Culture and Education — 23 February 2022 (42nd Legislature, 2nd Session)
CCE 2022-02-23
Quebec — Committees
(Onze heures trente minutes)
La Présidente (Mme
Thériault) : Votre attention, s'il vous plaît! Donc, ayant constaté le
quorum, je déclare la séance de la Commission de la culture et de l'éducation
ouverte.
Commission est réunie afin de poursuivre l'étude détaillée du projet de loi
n° 96,
Loi sur la langue officielle et commune du Québec, le
français.
Mme la secrétaire, y
a-t-il des remplacements?
Secrétaire : Oui, Mme la Présidente. M. Allaire (Maskinongé) sera
remplacé par M. Caron (Portneuf); Mme
Guillemette (Roberval), par M. Lévesque (Chapleau); Mme Rizqy
(Saint-Laurent), par M. Barrette (La Pinière); Mme St-Pierre (Acadie), par M. Birnbaum
(D'Arcy-McGee); Mme Dorion (Taschereau), par Mme Ghazal
(Mercier); et Mme Hivon (Joliette), par M. Bérubé (Matane-Matapédia).
La Présidente (Mme
Thériault) : Merci. Donc, hier, au moment où nous avons ajourné les
travaux, nous étions à discuter de
l'amendement qui a été déposé par le député de Matane-Matapédia à
l'article 88.0.1 qui était introduit par l'article 58 du
projet de loi. Et je vois que le député de Matane-Matapédia me fait signe. Je
veux juste vous indiquer, M. le député, qu'à
votre temps sur l'article il vous reste... sur votre amendement, pardon, il
reste 2 min 45 s.
M. Bérubé :
Merci, Mme la Présidente. J'irai droit au but. J'informe cette commission que
je souhaite, avec son assentiment, retirer mon amendement pour le remplacer par
un autre.
La Présidente (Mme
Thériault) : Est-ce qu'il y a consentement pour retirer l'amendement
du collègue le député de Matane-Matapédia? Consentement. Donc, nous retirons
donc l'amendement que vous avez déposé, et je comprends que vous allez me
déposer immédiatement un autre amendement qui est sur Greffier. Est-ce que...
M. Bérubé :
Effectivement, vous l'avez, Mme la Présidente, et...
La Présidente (Mme
Thériault) : L'amendement est sur Greffier, Mme la secrétaire? Oui,
l'amendement est sur Greffier. Donc, vous pouvez y aller, M. le député de
Matane-Matapédia.
M. Bérubé :
Merci, Mme la Présidente. Et l'objectif est que ça soit très clair, sans
interprétation, notre proposition. Alors, l'article 58 :
L'article 88.0.1, introduit par l'article 58 du projet de loi, est
remplacé par :
«88.0.1.
L'enseignement collégial doit se donner en français, sauf pour les ayants
droit.»
La Présidente (Mme Thériault) : Donc, sur votre argumentaire, M. le ministre...
M. le député de Matane-Matapédia, désolée. Allez-y.
M. Bérubé :
Merci, Mme la Présidente. Le Parti québécois propose de travailler pour vrai à
stopper le déclin du français au Québec, à Montréal, à Laval, dans toutes les
régions du Québec, sur les réseaux sociaux. Il faut poser des gestes forts. On
s'y connaît. Aucun gouvernement dans l'histoire du Québec n'en a fait autant
pour la langue que le Parti québécois, a utilisé autant de courage pour faire
face à l'adversité.
Quand René Lévesque
et ses compagnons, en 1977, ont fait adopter comme première loi, en fait,
grande loi, avec espoir, la Charte de la langue française, ils avaient en tête
que le statut de minoritaire des francophones au Québec devait cesser. Ils
étaient confrontés à une réalité où le français n'était pas une langue de
prestige, ce n'était pas la langue des patrons. C'est une langue qui avait
besoin de prendre sa place dans le monde des affaires, dans la vie des Québécois, dans leurs rêves, dans leurs
aspirations et aussi dans la vie des nouveaux arrivants. Et c'est peut-être
le changement le plus significatif, les enfants des nouveaux arrivants au
Québec étudieraient en français au primaire et au secondaire. C'est un
changement qui a eu un impact considérable sur le Québec, et je n'ose pas
imaginer ce que serait le Québec aujourd'hui, au plan linguistique, sans cette
mesure.
Il en a fallu, du
courage, face à l'adversité du monde des affaires, de l'opposition officielle,
qui a voté en bloc contre, qui était formée par le Parti libéral du Québec,
face aux chroniqueurs, face à tous ceux qui disaient : On ne peut pas
faire ça. Bien, René Lévesque et Camille Laurin ont dit : Oui, on peut
faire ça, parce qu'il y a une exigence. Ce n'est pas parce que c'est facile,
c'est difficile de faire ça, mais c'est nécessaire. J'aimerais que ce même
courage anime le gouvernement de la Coalition avenir Québec. Il arrive parfois
que des mesures ne soient pas les plus populaires, mais sont nécessaires. Et
là, ici, on parle de l'avenir de la langue française, le plus grand vecteur
historique et actuel de l'identité québécoise, la langue.
Ce projet de loi vise à
améliorer la vitalité du français au Québec en faisant la promotion, en
défendant, en faisant appel à panoplie de moyens, en portant attention à des
phénomènes qui étaient moins présents à l'époque. C'est normal, on améliore les
lois. Mais là on est confrontés à une réalité implacable. Les chiffres qui nous
sont présentés démontrent que, pour la première fois de l'histoire, le nombre
de francophones au Québec passe en bas de la barre des 80 %, que les
transferts linguistiques se font en anglais pour des milliers de Québécois, et
ce n'est pas ce qu'on souhaitait, que le français est véritablement menacé à
Montréal et à Laval et que ça va augmenter, si on ne fait rien de significatif.
Alors, face à cette réalité, des chercheurs, des
démographes, des mathématiciens, des gens qui s'intéressent à cette question
nous ont dit : Nous avons vu le projet de loi du ministre, qu'il qualifie
lui-même de costaud, mais il faut aller plus loin. Le grand Guy Rocher, un des
plus grands intellectuels du Québec moderne, à 97 ans, est venu dans cette
commission nous dire : Si c'était à refaire, j'ajouterais le collégial à
la Charte de la langue française et je vous le dis aujourd'hui — en
2021, c'était l'an dernier — faites-le.
Ça a créé vraiment des alliances inusitées. Le politologue Christian Dufour,
qui a souvent été très favorable au gouvernement de la CAQ, nous a dit : Faites-le,
j'ai changé d'idée moi aussi. Guy Rocher, Christian Dufour, un ensemble
d'intervenants et le Parti québécois aussi. Et le fait d'avoir changé cette
opinion ne rend pas moins valide cette opinion. Elle est basée sur la science,
sur les chiffres, sur la démographie. Ce n'est pas subjectif, quand on regarde
les chiffres.
Alors, ce gouvernement qui nous a demandé
d'écouter la science, qui nous a dit qu'il écoutait toujours la science,
choisirait de ne pas regarder franchement les chiffres, en disant : Les
mesures les plus structurantes, on ne va pas aller de l'avant parce qu'il y a
peut-être un coût politique à payer. Parce que c'est ça, le débat qu'il y a eu
à la Coalition avenir Québec. Radio-Canada nous rapportait, le 14 décembre
2021, qu'il y avait des nationalistes. Je ne parle même plus d'une aile
nationaliste, certains nationalistes qui essaient de faire comprendre à leurs
collègues fédéralistes, ou affairistes, ou parfois les deux à la fois, qu'il
fallait aller de l'avant puis qu'il allait y avoir un débat. Bien, j'ai
dit : Tant mieux, le débat se poursuit, je vais les aider du mieux que je
peux, je vais rencontrer des députés, je vais essayer de les convaincre. J'ai
commencé à le faire, je vais manquer de temps pour rencontrer tout le monde.
Et puis là le ministre de l'Éducation est
arrivé, il y a quelques semaines, en disant : Écoutez, c'est la position
de notre gouvernement. Alors là, j'ai été déçu, parce que je croyais que le
ministre de l'Éducation faisait
partie de cette aile, de plus en plus
rachitique de la CAQ, qui pratique un nationalisme homéopathique. Ils n'en
mettent pas trop. Un nationalisme homéopathique.
Et là aujourd'hui, Mme la Présidente, à la
lumière des statistiques, à la lumière des chiffres, j'accuse ce gouvernement
de non-assistance à une langue en danger, rien de moins, de mon siège. Parce
que l'évidence, elle est implacable, tous les chiffres le démontrent. Et non
seulement le gouvernement décide de tourner le dos à cette proposition qui est
sensée, qui recueille de plus en plus d'appuis, notamment dans les syndicats
d'enseignants partout au Québec, y compris dans les comtés où il y a des
députés de la CAQ, mais en plus, à moins d'avis contraire, il sera appuyé par
le Parti libéral du Québec et par Québec solidaire. Ça, c'est une surprise.
J'espère me tromper, que le verdict ne soit pas celui que j'anticipe.
Regardons les chiffres, regardons la réalité.
Les cégeps anglophones ont été inaugurés, en même temps que les autres cégeps, pour desservir la communauté
anglophone, les ayants droit. Savez-vous combien de ces anglophones
fréquentent ces collèges? 25 %. Donc, on a un réseau très complet avec un
des cégeps, Dawson, qui compte près de 10 000 étudiants, pour
accueillir non seulement le 25 % d'anglophones au Québec, ayants droit,
mais aussi des francophones et des allophones. Dans le cas des allophones,
c'est 40 %.
Donc, l'objectif de la loi 101, qui est de
faire en sorte que les enfants des nouveaux arrivants au Québec étudient en
français au primaire et au secondaire, on l'abandonne, au collégial, financé à
plus de 80 % par l'État. On dit : Non, non, allez-y, on va financer
notre assimilation. Et c'est ce qui se produit ici. C'est ce qui se produisait
quand le gouvernement a décidé d'aller de l'avant avec Dawson, en disant :
On va continuer le projet que les libéraux ont apporté. Et là ils ont
dit : On va le retarder. Ils ne l'ont pas annulé, je n'entendrai pas
qu'ils l'ont annulé, ils l'ont retardé. Si d'aventure, ce gouvernement était
réélu, ils vont le refaire.
Je dis à la communauté anglophone, à travers ces
médias qui sont juste derrière moi : N'ayez pas peur de la Coalition
avenir Québec, ils ne sont une menace en aucun temps à vos intérêts,
croyez-moi. Ayez davantage peur de la détermination de gens qui ont fait de
leur engagement politique un témoignage quotidien de ce que c'est, la fierté et des gestes forts pour la politique au Québec.
Ça, vous pouvez compter là-dessus. N'ayez pas peur de ce gouvernement. Les municipalités bilingues, il n'y a rien qui va
changer. Même Otterburn Park, à 5,7 % d'anglophones, dans le comté
du ministre, ils vont rester comme ça, ça va bien se passer. L'immigration qui
connaît le français avant d'arriver ici, oh non, non plus. Bien, il y a une
belle continuité avec le gouvernement précédent, Mme la Présidente.
Donc, au collégial, il y a un transfert
linguistique qui se fait. Le cas de Dawson, c'est 42 % d'allophones qui
constituent la population étudiante. C'est plus que le nombre d'anglophones
ayants droit. C'est incroyable. Donc, quand ils arrivent au collège, ils ne
sont pas majeurs, ils sont encore mineurs. C'est un argument que je veux
contredire, de la part des opposants. Ils arrivent à un moment où ils font des
choix importants au plan professionnel, au plan de la socialisation. Ils vont
peut-être envisager de fonder une famille, le lieu d'implantation. Ça a un
impact considérable. Je ne vous parle pas de l'université, je parle du réseau
collégial. Bien, si le Québec, à la lumière des chiffres, décide de ne rien faire,
sachant tout ça, bien, c'est non-assistance à une langue en danger.
Je vais passer vite sur les propos du premier
ministre, qui a dit que les gens qui étaient en faveur de cette mesure étaient
des extrémistes. Il peut bien le dire de moi. Je n'ai jamais changé d'opinion,
moi, dans ma vie politique. Je suis fidèle à mes convictions. Vous pouvez me
citer là-dessus, Mme la Présidente. Qu'il ait fait ses choix,
tant mieux, il est premier ministre du Québec aujourd'hui. Mais vous ne l'avez
pas entendu répéter ça à Guy Rocher qui, lui, est en faveur, Christian Dufour,
combien d'autres qui se sont dits : Bien, on est rendus là, on a changé
d'idée parce que le... Même le conseiller du ministre a écrit ça, déjà. On
comprend qu'il ne peut plus le dire, il travaille pour la CAQ. C'est
malheureux. Mais il le pense, j'en suis convaincu. Après la commission, il
pourra me dire s'il a changé d'idée. J'en doute.
Mme la Présidente, j'aurais bien aimé que le
ministre ait l'influence qu'on lui prête dans son gouvernement. Or, il n'en est
rien. Il n'a pas remporté. D'ailleurs, vous me permettrez de lui lancer le défi
suivant. Quand on lui pose la question sur pourquoi le gouvernement n'a pas
changé d'idée, le ministre va dire : C'est la position du gouvernement.
Est-ce la vôtre? Êtes-vous capable de dire : Je suis contre cet amendement
pour telle raison? Je le mets au défi de dire ça tout à l'heure :
Pourquoi, moi, ministre responsable de la Langue française, je suis contre
cette mesure, moi, personnellement. Parce que le ministre a des opinions sur
bien des choses, en matière de magistrature, en matière gouvernementale, en
faveur d'un tribunal spécialisé, de plein d'enjeux, puis il fait bien, puis il
le fait bien, d'ailleurs. Il est volontaire, puis je lui reconnais ça, puis il
sait l'estime que je lui porte, sincèrement. Mais là-dessus je ne le comprends
pas.
J'aimerais ça qu'il dise... S'il me dit que lui
est vraiment contre, je vais arrêter de dire le contraire. Mais là la
résultante, aujourd'hui, c'est que la CAQ va voter comme le Parti libéral puis
Québec solidaire là dessus. Je ne tenais pas à ce qu'on soit les seuls
là-dessus. La réalité est implacable. On avait une occasion, on avait un projet
de loi, on avait un momentum. Ça se passe maintenant. Il n'y a même pas de coût
à payer pour le gouvernement. La population, ça augmente de plus en plus, les
appuis. Je dis aux nationalistes ou ceux qui se prétendent nationalistes dans ce parti : Portez attention à ce que
vous allez faire aujourd'hui. Et je dis au ministre qu'il devrait se présenter
devant son premier ministre aujourd'hui et
renoncer à ses responsabilités de ministre responsable de la Langue française,
parce que c'est une capitulation honteuse, et ça va... et, quand ça va à
l'encontre des principes, il faut poser des gestes.
Dans l'histoire du Parti québécois, des
ministres qui ont décidé de quitter leur fonction et de reprendre leur voiture
pour des convictions, ça existe. Peut-être qu'on verra ça un jour à la
Coalition avenir Québec. Moi, Mme la Présidente,
j'ai beaucoup de renoncements que j'ai faits dans ma vie pour me tenir debout
avec mes convictions. Ça fait en sorte
que je suis dans l'opposition, mais les gens de chez nous, ils m'élisent
toujours plus fort. Pourquoi? Parce qu'ils ont l'heure juste sur mes convictions,
ils savent à quoi s'en tenir. Et, quand je me présente comme un nationaliste,
ça ne paraît pas juste dans les discussions privées, ça paraît dans ce que je
dis ici depuis bientôt 15 ans, Mme la Présidente.
Alors, je dis au gouvernement : Votre
projet de loi, il n'est pas costaud, il passe à côté de l'histoire. Et je
termine en vous disant qu'aujourd'hui, et c'est l'accusation que je porte à ce
gouvernement, c'est de non-assistance à une langue en danger sur le principe
élémentaire que le déclin du français est connu. Et, si on décide de ne pas
porter attention à cette réalité avec des mesures cosmétiques qui font croire
qu'on est nationalistes à quelques mois d'une élection, on passe à côté non
seulement d'un objectif fondamental pour le Québec, mais c'est au-delà du
politique. Il est question ici de l'avenir de la langue française. Et soyez
assurée d'une chose, Mme la Présidente, tant qu'il y aura des députés du Parti québécois, vous entendrez
parler de ces enjeux, parce qu'heureusement qu'on était là dans ce
débat, parce que personne d'autre, manifestement, n'aura ce courage, le même
qu'a eu Camille Laurin et René Lévesque en 1977, de défendre l'existence même
de cette nation québécoise. Merci.
La Présidente (Mme Thériault) :
Merci. Donc, je reconnais maintenant M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Oui. Merci, Mme
la Présidente. Écoutez, je l'ai dit au député de Matane-Matapédia, il défend
son point de vue avec vigueur, avec toute l'énergie qu'on lui connaît. C'est
bien ainsi, et je lui ai déjà dit que je respecte sa position.
Sur le fond
des choses, lorsque le député de Matane-Matapédia nous dit : Écoutez,
j'accuse, j'accuse, j'accuse ce gouvernement de prêter non-assistance à
une langue qui est en déclin, je lui répondrais : Au contraire, nous
agissons. Que s'est-il passé durant toutes ces années? Que s'est-il passé? Où
étaient les gouvernements successifs? Où était le gouvernement du Parti
libéral? Où était le gouvernement du Parti québécois? La période entre 1994 et
2003 n'a pas été extrêmement glorieuse pour la défense de la langue française.
Ces deux gouvernements majoritaires avaient l'occasion d'agir pour la
protection et la défense du français.
Écoutez, lorsqu'on se retrouve en 2002, là, puis
la loi n° 104, elle est adoptée puis
l'article 1 qui prévoit que, sur décret, l'État québécois devra
communiquer exclusivement en français avec les entreprises, qu'est-ce qui est
arrivé, Mme la Présidente? Il y a eu quatre
gouvernements : 2002-2003, 2003-2012, 2012-2014 du PQ, Mme la
Présidente. Et qu'on ne me dise pas : Ah! on était minoritaires, Mme la
Présidente. C'est un décret gouvernemental. Il ne fallait pas revenir à
l'Assemblée puis convaincre l'ensemble des parlementaires. Vous aviez la latitude
de le faire. 2014-2018, le gouvernement du Parti libéral...
C'est la première fois depuis 1977 qu'on a un
projet de loi qui couvre toutes les sphères de la société, qui renforce les
protections associées à la langue française : le fait d'avoir un commissaire
indépendant qui va donner un juste regard sur la situation linguistique, alors
que certaines formations politiques cachaient les chiffres, les données
statistiques; le fait d'avoir un ministère de la Langue française qui va
pouvoir superviser les autres ministères, qui va pouvoir superviser l'État
québécois par rapport à l'utilisation exemplaire de la langue française; le
fait que les différents réseaux vont être assujettis; le fait qu'il va y avoir
des changements au niveau des municipalités bilingues; le fait qu'il va y
avoir, de la part de l'État québécois, une politique linguistique de l'État qui
devra être respectée par l'ensemble de l'Administration — on a
élargi la notion d'Administration; le fait que les droits fondamentaux prévus
dans la Charte de la langue française vont être exécutoires.
Écoutez,
ce n'est pas normal que ça a pris 44 ans avant de rendre les droits
fondamentaux exécutoires. Comment se
fait-il que ça n'a pas été fait avant? Les recours pour les travailleurs, la
langue du travail au Québec, le français, le...
M. Bérubé : Question de règlement,
Mme la Présidente. On est sur un
article très précis, le ministre me parle de
tout son projet de loi au complet. J'aimerais qu'on revienne au sujet.
La Présidente (Mme Thériault) : Je
m'excuse, M. le député de Matane-Matapédia, vous savez que la règle que la
pertinence, ici, elle est interprétée largement, et votre amendement porte sur
un
article de son projet de loi. Donc, c'est tout à fait pertinent. M. le
ministre, poursuivez.
M. Jolin-Barrette : Alors, on agit
sur la langue du travail, la langue des affaires, la langue du commerce.
Écoutez, le fait de donner aux travailleurs québécois des recours pour que
leurs droits soient respectés. Et c'est ça, la différence fondamentale, Mme la
Présidente, entre eux et nous, c'est le fait que nous, on donne des outils, on
donne des moyens. Au-delà, Mme la Présidente, des idées, des projets, des
volontés, des souhaits, nous, on propose des actions concrètes.
Et l'ensemble des gens qu'on a entendus en
commission parlementaire nous ont tous dit, et la députée de
Marguerite-Bourgeoys nous le dit : C'est un projet de loi qui est
complexe, qui est costaud, qui a des ramifications dans toutes les sphères de
la société. Oui, c'est vrai, parce qu'on l'a travaillé de longue haleine avec
les meilleurs spécialistes linguistiques qu'on a au Québec, dont un qui est à
côté de moi, aujourd'hui. Alors, il n'y a personne, Mme la Présidente, qui
trouve les accusations du député de Matane-Matapédia... qu'elles sont fondées.
Écoutez, même Guy Rocher a dit, lorsqu'il est
venu en commission, qu'on était le premier gouvernement à agir sur la question
des cégeps. M. Rocher n'est pas d'accord avec la formule qu'on propose, il
aurait voulu qu'on aille dans le sens du député de Matane-Matapédia. Mais, par
contre ,on agit, et, au niveau collégial, ce que nous proposons va
véritablement changer le visage de la langue normale d'enseignement au niveau
collégial. Le fait d'avoir une épreuve uniforme de français, le fait de
plafonner... Comment ça se fait, Mme la Présidente, que le Parti québécois n'a
pas vu à plafonner les délais... les devis, en 2012-2014? Il n'avait pas besoin
d'un projet de loi pour faire ça, de faire respecter les devis. Il pouvait le faire.
Alors, je ne
crois pas avoir aucune leçon à recevoir de la part du député de
Matane-Matapédia. Le gouvernement n'a
pas à recevoir aucune leçon du député de Matane-Matapédia. Et, si on parle des
convictions, Mme la Présidente, si on parle des convictions, je crois
que le gouvernement a exprimé très clairement ses convictions, et surtout en
termes de livraison de ses engagements, et surtout en matière de langue, et
surtout en matière de nationalisme.
Et le député de Matane-Matapédia me connaît très
bien, puis ça ne me fait pas peur, les lobbies. Puis vous savez, quand on est en vie politique, souvent, on
dit, et c'est le député de La Pinière qui nous disait ça : On est
inflexibles. Ce n'est pas d'être inflexible
d'avoir des convictions. Ce n'est pas des... ce n'est pas d'être inflexible de
dire non puis de dire : Ce n'est
pas parce que ça a toujours fonctionné comme ça que ça va continuer de
fonctionner comme ça. Et la vie
politique est un combat permanent pour faire avancer des dossiers, puis le
député de Matane-Matapédia devrait le savoir.
Alors, moi, je respecte son travail, au député
de Matane-Matapédia. Il défend une position qui est légitime, qui est celle de
sa formation politique, mais qui est une position récente de sa formation politique,
avril 2021. Le député de Matane-Matapédia me dit : Qu'est-ce que ça
change? Qu'est-ce que ça change, Mme la Présidente, que ce soit une position
récente? Moi, je trouve que c'est un retournement soudain, à la veille du dépôt
du projet de loi.
Comment ça se fait qu'en 2012-2014, Mme la
Présidente, même si Pierre Curzi, l'ancien député de Borduas, avait fait
inscrire au congrès du Parti québécois que le PQ devait étendre la loi 101
aux cégeps... Qu'est-ce qui est arrivé en 2012? Comment ça se fait que le
député de Matane-Matapédia, en 2012, a accepté de se présenter sous les
couleurs du Parti québécois, alors que ce n'était pas dans la plateforme
électorale, mais que les membres de sa propre formation politique avaient dit
au congrès de 2011 : Il faut que ça soit dedans? Comment ça se fait? Le
député de Matane-Matapédia est-il intervenu
à ce congrès-là? De quel côté du micro était-il, en 2005, en 2006 aussi, quand
il y a eu ces débats-là au sein du Parti québécois?
Alors, Mme la Présidente, tout ce que je veux
vous dire, c'est que je respecte la position du collègue de Matane-Matapédia,
je l'entends bien. Ce n'est pas le choix que nous faisons, mais simplement lui
rappeler qu'il n'y a pas eu de pièce législative comme celle que nous avons
déposée, qui va aussi loin, qui est aussi complète, qui a des ramifications sur
l'ensemble de la société québécoise. Et surtout il faut se rappeler, si on veut
agir pour la pérennité du français, il ne
s'agit pas que d'une mesure comme d'étendre la loi 101 au cégep. Il s'agit
d'une multitude de mesures, et on les retrouve... Et une des bonnes
indications, Mme la Présidente, que c'est un bon projet de loi, notamment,
c'est l'ardeur avec laquelle certains collègues ici, autour de la table,
veulent qu'on l'amoindrisse, et ça n'arrivera pas.
La Présidente (Mme Thériault) :
Merci, M. le ministre. M. le député de Matane-Matapédia, il vous reste
6 min 30 s à votre disposition.
Bérubé : Le ministre est
très mal tombé avec moi, avec ce qu'il vient de dire, puis je pense qu'il va le
réaliser assez rapidement. Il parle de la
politique qui est une affaire de batailles. Il vient de perdre sa bataille la
plus importante depuis qu'il est en politique, et tout le mouvement
nationaliste a noté qu'il l'a perdue. Alors, je ne sais pas quelle place il
pense avoir dans ce gouvernement ou quelles sont ses ambitions futures, mais il
va y avoir des conséquences à ça. Premier acte.
Deuxième élément. Moi,
j'étais là, en 2012, 2013, 2014. Quand on a déposé le projet de loi n° 14, la CAQ était contre parce que ça allait trop loin.
Puis leur position tardive, c'est le nationalisme. Alors, quand le ministre
dit : C'est une position tardive... On a les nouvelles études, on a les
mêmes chiffres que lui. La différence, c'est qu'on veut agir. Est-ce que vous
pensez qu'il dit ça à Guy Rocher : Aïe! Guy Rocher, vous avez eu cette
position-là toute votre vie, ce que vous
venez de nous dire à l'Assemblée nationale, ce n'est pas valide parce que vous
l'avez eu récemment.
C'est quoi, cet argument-là? Moi, je ne suis pas
juriste, mais j'imagine qu'on apprend, à l'École du Barreau, un certain nombre
de pratiques. Ça ne marche pas, comme argument. Bon, je n'ai pas le prestige du
ministre, mais je me permets de noter ça.
Pourquoi lui, il est contre? Jamais il va le
dire. Le gouvernement est contre, mais, dans d'autres enjeux, il va dire avec
beaucoup d'émotion : Moi, je suis pour ça. Pourquoi il refuse de le dire?
Parce qu'il a perdu la bataille, parce qu'il était tout seul au caucus, parce
que certains de ses collègues me l'ont dit. C'est pour ça que je le sais, Mme
la Présidente. Je le mets au défi, encore une fois, de dire : Je suis
contre, personnellement, pour telle, telle, telle raison. Tant qu'il ne le fera
pas... Bien, peut-être qu'il va démontrer que je ne le connais pas tant que ça
finalement. J'aimerais ça qu'il puisse le dire : Je suis contre ce que le
gouvernement apporte, ce n'est pas mes convictions, je suis dissident
là-dessus. C'est plus important, les titres actuels. Je l'invite à réfléchir
là-dessus.
Présidente (Mme Thériault) : Merci, M. le député. M. le ministre, ça va? Pas de
commentaire? D'accord. J'ai Mme la députée de Marguerite-Bourgeoys qui
veut intervenir. Madame, allez-y.
Mme David : Merci, Mme la
Présidente. J'ai hésité avant de prendre la parole, parce que le débat a l'air
de se faire entre deux partis qui se disent évidemment très nationalistes, un
plus que l'autre. Je salue le collègue de Matane-Matapédia, moi aussi, pour ses
convictions, pour la façon dont il les présente. Et je pense que ça nous donne l'occasion, aux quatre partis représentés ici, de
faire une vraie, une sérieuse discussion démocratique avec quatre
visions qui représentent le Québec d'aujourd'hui, littéralement.
Et je ne pense pas qu'il y a un Québec, je pense
qu'il y a peut-être quatre façons de se dire Québécois. Est-ce qu'il y en a des meilleures que d'autres? Je ne le
crois pas. Je crois qu'il y a quatre façons de dire que nous participons
et que nous avons tous à coeur l'avenir de la langue française au Québec,
quatre façons avec... Le ministre vient de dire qu'il y a des gens, et on ne
sent pas visés du tout, les libéraux, évidemment, mais qui veulent amoindrir le
projet de loi, qu'une autre formation politique voudrait évidemment la rendre
encore plus costaude, et il y a Québec solidaire aussi qui fait de très bonnes
interventions. Alors, j'oserais croire que nous sommes tous ici pour l'avenir
du Québec, pour l'avenir de la langue française. Nous avons des propositions
qui, des fois, sont effectivement plus inclusives, avec raison, de nos
collègues des communautés issues de l'immigration, des communautés anglophones.
Donc, on essaie d'imaginer un Québec de demain qui soit le plus inclusif
possible.
Nous aurons des propositions, et le ministre le
sait, qui vont plus loin que ses propositions pour le collégial, en ce qui a trait à, par exemple, donner... que
chaque étudiant doive suivre obligatoirement trois cours en français et
non pas de français. Qu'est-ce que ça veut
dire? Ça veut dire des étudiants qui, tous ensemble, dans un collège
anglophone, se retrouvent à parler en français, à étudier en français et à
acquérir des connaissances et des savoirs en français. Ce qui va au-delà d'une position plus séparée, je dirais,
entre anglophones et francophones dans un cégep anglophone, c'est-à-dire
certains étudient pour l'épreuve uniforme de français, donc pour l'épreuve
uniforme en anglais. Nous, on propose quelque
chose où on les met ensemble à discuter, en français, soit de culture, soit
d'histoire du Québec, soit de théâtre, de cinéma. Ça, c'est vraiment,
vraiment une façon de garder tout le monde intéressé par la culture
francophone.
Alors, nous aurons cette occasion de discuter
sérieusement de choses qui vont au-delà des clivages loi 101, pas
loi 101, au collégial, et j'espère que le ministre sera ouvert à cette
discussion-là. Mais j'apprécie quand même cet échange
et je tenais à participer à cet échange, parce que la formation politique dont
je fais partie, que je représente, pour la question de la protection de
la langue française, a déposé des propositions, veut protéger la langue
française en tout respect de nos collègues
et des communautés, soit issues de l'immigration soit de la communauté
anglophone, qui tous ensemble veulent
continuer à construire un Québec francophone inclusif et tourné vers l'avenir.
Merci, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme Thériault) : Merci.
Est-ce que j'ai d'autres commentaires sur l'amendement déposé par le collègue
de Matane-Matapédia? Oui, allez-y, il vous reste du temps. Il vous reste cinq
minutes.
M. Bérubé : Cinq minutes?
La Présidente (Mme Thériault) :
Oui, il vous reste cinq minutes.
M. Bérubé : Bien, je voudrais
permettre à Québec solidaire, avant moi, d'intervenir, si elle le souhaite.
La Présidente (Mme Thériault) :
Bien, moi, je peux tout simplement vous dire que, si les collègues veulent
faire une intervention, elles vont le signifier, puis je vais les reconnaître.
Mme Ghazal : Oui. Bien, vu
qu'il m'en parle, je n'avais pas l'intention... J'ai beaucoup de choses à dire
sur le sujet, mais pas sur cet amendement. Merci.
La Présidente (Mme Thériault) :
Il n'y a pas de problème. Allez-y, M. le député de Matane-Matapédia.
M. Bérubé : Bon, j'aurais bien aimé entendre Québec solidaire
sur cet enjeu. Ça ne sera pas pour cet amendement.
Ceci étant dit, si l'étalon de mesure du
gouvernement, sur cette question-là, c'est le Parti libéral, je l'invite à bien
réfléchir. Quand le Parti libéral du Québec est en faveur de votre projet de
loi en matière de la langue... de langue,
dites-vous qu'il est inoffensif, il n'aura pas de conséquence. Juste ça, ça
devrait être un indicateur pour montrer qu'il n'est pas costaud. En
1977, là, ils ont voté en bloc contre la loi 101 puis maintenant ils s'en
font les fiduciaires. Ça va être correct. Mme la Présidente, ça, c'est un
indicateur. Je trouve que c'est une occasion manquée, je l'ai dit tout à
l'heure.
Je trouve que le ministre, qui avait une
position, semblerait-il, avantageuse pour faire la promotion d'idées
nationalistes... Ça, c'est du vrai nationalisme. La laïcité, ce n'est pas du
nationalisme, je le dis sur toutes les tribunes. C'est une posture qu'un
gouvernement se donne pour séparer l'État du religieux. On ne devrait jamais
placer ça dans le nationalisme, sinon ça nous amène aux frontières d'enjeux
glissants. Le français, c'est du nationalisme. Le nationalisme économique, les
sièges sociaux, la culture, c'est nationaliste. D'ailleurs, la culture aurait
dû se retrouver vraiment très près de ce projet de loi là, mais manifestement
on n'aura pas ça.
Donc, la demande que je fais, elle repose sur
des données probantes, sur des chiffres. Est-ce que le ministre a des
projections qui lui permettent d'indiquer que le déclin du français va être
stoppé par ses mesures? S'il a ça, ça ne serait pas trop tard ni prématuré de
les sortir. Je doute qu'il en ait. Est-ce qu'une organisation indépendante lui
a dit : Grâce à vos mesures, on va changer le cours des choses? Grâce à
votre manoeuvre, qui indique que le Québec est la seule langue, est-ce que ça
va permettre de bloquer le transfert linguistique massif qui se fait des
nouveaux arrivants vers l'anglais? Bien sûr que non. C'est du symbolisme.
D'ailleurs, quand on va y arriver, à ça, je vais pousser la logique beaucoup plus loin de l'idée qu'il a
resquillée de Patrick Taillon, pour avoir eu des bonnes discussions là-dessus.
On va voir jusqu'où il est autorisé à aller en matière de nationalisme, elle
est où, la jauge.
C'est important, là, en matière linguistique...
Encore une fois, je remets au défi le ministre de nous indiquer pourquoi,
personnellement, il est contre notre amendement. S'il ne le fait pas, tirez vos
conclusions. Ce n'est pas compliqué : comme parlementaire, comme citoyen,
comme ministre responsable de la Langue, voici pourquoi je suis contre votre
proposition. Une fois qu'il l'aura dit, j'arrêterai d'en parler, Mme la
Présidente. Mais je suis plutôt persistant de nature. Je veux en savoir plus
là-dessus, parce que ça n'engage pas juste la CAQ, ça engage l'ensemble du
gouvernement du Québec.
Je regrette que le gouvernement s'attache à des
symboles au lieu de s'attaquer à l'essentiel. Quand il choisit, dans un projet
de loi, de nommer une circonscription au nom du grand Camille Laurin,
évidemment qu'on est pour. Mais, dans le processus régulier, ça s'apparente à
de la récupération.
Le directeur des élections lui a dit, la semaine dernière,
ça peut être comme Maurice Richard. On l'a fait, dans le processus, mais là, de
mettre ça dans le projet de loi, c'est de s'approprier la mémoire de Camille
Laurin. Moi, je souhaite qu'il s'approprie la mémoire de Camille Laurin, mais
la meilleure façon de le faire, c'est dans le projet de loi, là où ça compte,
sur le cégep en français. Là, on va parler. Pour le reste, je pense qu'il va y
avoir des communications, prochainement, qui vont peut-être l'inviter à
reconsidérer cet article-là. Ça pourrait arriver. Ça, c'est un geste qui
compte, avoir une loi courageuse.
Camille Laurin, il a convaincu son premier
ministre avec la loi 101. La première mouture allait beaucoup moins loin.
Il est allé voir son premier ministre, il l'a convaincu. Alors, je souhaite que
le ministre, puis là il commence à se faire tard, ait le même pouvoir de
persuasion que Camille Laurin a pu convaincre René Lévesque... Bien, je
souhaite que le ministre responsable de la langue puisse convaincre le premier
ministre. Il me semble qu'il devrait avoir moins de chemin à faire. Je l'ai
connu, moi, le premier ministre, dans d'autres circonstances. Je le croyais
sincère, quand il me parlait de la langue. J'ai hâte de voir. Là, à date, c'est
non.
Alors, à moins d'un renversement spectaculaire
d'ici l'heure du lunch, finalement, je me serais peut-être trompé sur les intentions réelles en matière de
nationalisme, qui devient de plus en
plus, je vous le dis,
homéopathique.
La Présidente (Mme Thériault) :
Merci, M. le député de Matane-Matapédia. M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Bien, Mme la
Présidente, je vous l'ai dit, je respecte les interventions du député de
Matane-Matapédia, je respecte sa position également, mais la stratégie derrière
ça aussi, c'est de dire : Ah! vous n'êtes pas nationalistes. Au contraire,
on est nationalistes, et tous les gestes qu'on a faits depuis 2018 pour
démontrer le nationalisme, vous en êtes témoins, Mme la Présidente, le député
de Matane-Matapédia en est témoin. Alors, on comprend qu'on est un peu plus
dans les effets de toge présentement.
Un point sur lequel je souhaite intervenir en
lien avec l'intervention du député de Matane-Matapédia, lorsqu'il parle de
Camille Laurin, c'est vrai qu'il a eu du courage. Puis il vient du Parti
québécois, puis on attribue de grandes réalisations au Parti québécois pour la
nation québécoise, et je le dis, tout comme le Parti libéral également avec M.
Bourassa ont fait des avancées pour le Québec. Il y a des bonnes choses qui
sont faites par toutes les formations politiques, Mme la Présidente. Il y en a
juste, parfois, des fois, qui sont en retard, comme en 1977 avec le PLQ par
rapport à l'adoption de la loi 101, mais on va voir avec le projet de loi
n° 96.
Pour ce qui
est du processus de modification de la circonscription de Bourget, puis on
revient à un débat qu'on a déjà eu,
là, ici, notamment, Mme la Présidente, entre le député de Matane-Matapédia et
moi, moi, je pense qu'il revient aux élus
de la nation, si on souhaite faire certains gestes qui rentrent dans les
paramètres législatifs, de les faire puis d'assumer ça.
Alors, je pense que Camille Laurin, son héritage
appartient à tous les Québécois. Et je suis persuadé et je suis convaincu que
le fait de l'inscrire dans le projet de loi, ça va permettre de l'honorer,
d'honorer la mémoire de sa famille
également. Puis je souhaite que toutes les formations politiques votent en
faveur de cette modification législative là, parce que lorsqu'on veut
quelque chose, comme représentants des Québécois, c'est à nous à prendre la
décision.
Oui, il y a un processus
qui existe avec le DGEQ, avec la Commission de la représentation électorale. On
ne nie pas ça. Le DGEQ et la Commission de la représentation électorale peuvent
faire les modifications, s'ils le souhaitent,
aux huit ans, minimum, aux huit ans. Je pense qu'on ne doit pas attendre
davantage avant d'honorer Camille Laurin. Je pense que, dans notre
histoire collective commune, il doit avoir la place... une place importante qui
lui est désignée puis il ne faut pas
attendre avant de faire les choses. En politique, il faut faire les choses
lorsqu'elles se présentent.
Dans ce cas-là, c'est ce que nous faisons, puis
je suis convaincu que vous allez être heureux de pouvoir désigner la
circonscription de Bourget maintenant comme étant la circonscription de
Camille-Laurin. Là-dessus, au niveau de la mécanique, le DGEQ a son opinion, je
la respecte, mais ce n'est pas le choix que le gouvernement a fait. Puis je
pense qu'honnêtement, pour un sujet aussi important, c'est important d'agir à
ce niveau-là. Puis j'espère que vous allez appuyer la proposition.
La Présidente (Mme Thériault) :
Merci. Ça va, M. le ministre?
M. Jolin-Barrette : Oui. Merci.
La Présidente (Mme Thériault) : Il
vous reste 30 secondes, M. le député de Matane-Matapédia.
M. Bérubé : Mme la Présidente, ça
n'a aucunement sa place dans le projet de loi. Je veux dire, c'est à part,
c'est du symbole, c'est de la récupération, c'est très clair. Le ministre,
tantôt, il dit «stratégie». Nous, ce n'est pas de la stratégie, la langue,
c'est une conviction.
Camille Laurin était membre de ma famille
politique. Chaque fois qu'ils écrivent sur Camille Laurin, ils oublient de dire
que c'est au Parti québécois, à escient. Camille Laurin était membre de ma
famille politique. J'ai connu Camille Laurin. Le ministre n'est pas Camille
Laurin. Merci, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme Thériault) : Oui,
M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Bien, loin de
moi, et je n'ai jamais affirmé ça, cette prétention-là. Puis jamais je
n'oserais dire ça avec tout ce qui a été accompli par M. Laurin.
Moi, je pense qu'on lui doit respect, qu'on doit
respect à sa mémoire. Puis surtout, ce qu'il a subi comme homme politique, c'est horrible, horrible. Le
traitement qu'il a eu en 1977, le traitement que certains élus de
l'Assemblée nationale lui ont fait, c'est disgracieux, horrible. Quand vous
regardez ça en rétrospective, ça donne mal au coeur. Il ne méritait pas ça,
puis il a été combatif, puis il a pu livrer la loi 101.
Puis, à juste titre, vous l'avez dit
aujourd'hui, c'est vrai que le Parti libéral se réclame de la loi 101,
alors que certains élus de la formation politique d'en face lui ont vomi dessus
durant les travaux parlementaires, l'ont traité... l'ont affublé de tous les
noms. Alors, là-dessus, je pense qu'on s'entend.
Puis, vous savez, c'est toujours particulier de
mesurer les convictions, Mme la Présidente. Alors, le député de
Matane-Matapédia le fait, puis tout le monde a ses propres convictions, et
elles sont sincères et engagées aussi. Puis je pense qu'on fait très bien la
démonstration que l'État... puis le gouvernement du Québec est résolument
engagé en faveur de la défense puis la protection du français avec le projet de
loi n° 96.
La Présidente (Mme Thériault) :
Merci, M. le ministre. Mme la députée de Mercier.
Mme Ghazal : Oui. Merci, Mme la Présidente. Je voulais juste
corriger une information. Moi, je veux intervenir sur l'enjeu. Je ne veux juste pas... Je ne vois pas
l'intérêt d'intervenir sur cet amendement. Moi, j'ai fait plein
d'amendements pour renforcer le français dans le travail. C'est extrêmement
important, et jamais... jamais, en fait, le député de Matane-Matapédia n'est
intervenu, et c'est tout à fait son droit, et je le respecte. Merci.
La Présidente (Mme Thériault) :
C'est dit. Donc, on est prêts à mettre aux voix l'amendement déposé par le
député de Matane-Matapédia...
M. Bérubé : Par appel nominal,
s'il vous plaît.
La Présidente (Mme Thériault) :
...puisque je ne vois plus d'intervention, et on nous demande un vote par appel
nominal. Mme la secrétaire.
La Secrétaire : Veuillez répondre
pour, contre ou abstention. M. Bérubé (Matane-Matapédia)?
La Secrétaire :
M. Jolin-Barrette (Borduas)?
M. Jolin-Barrette : Contre.
La Secrétaire : M. Lévesque
(Chapleau)?
M. Lévesque
(Chapleau) : Contre.
Secrétaire : M. Émond (Richelieu)?
Secrétaire : M. Caron (Portneuf)?
Secrétaire : Mme Foster (Charlevoix—Côte-de-Beaupré)?
La Secrétaire :
M. Chassin (Saint-Jérôme)?
Secrétaire : M. Poulin (Beauce-Sud)?
Secrétaire : M. Lemieux (Saint-Jean)?
Secrétaire : Mme David (Marguerite-Bourgeoys)?
Mme David :
Ah oui! Pour. Contre. Attendez. Contre. Excusez. C'est parce que...
Secrétaire : M. Birnbaum (D'Arcy-McGee)?
Secrétaire : M. Barrette (La Pinière)?
La Secrétaire :
Mme Ghazal (Mercier)?
Secrétaire : Et Mme Thériault (Anjou—Louis-Riel)?
La Présidente
(Mme Thériault) : Abstention. Donc, l'amendement est rejeté.
Donc, nous pouvons
donc revenir à l'article introduit au 58, 88.0.1. Est-ce que j'ai d'autres
interventions sur l'article et non pas sur l'amendement? M. le député de La
Pinière.
M. Barrette :
Oui. J'avais... Bien, je ne sais pas si ma collègue voulait prendre la parole
tout de suite, là. Sinon, je peux la prendre. Je vais lui laisser le choix, Mme
la Présidente. O.K.
Mme la Présidente, la
semaine dernière... pas la semaine dernière, hier, j'avais posé une question,
là, qui était un petit peu hors d'ordre, là, je le sais, mais le ministre, juste
pour lui rappeler, lui remettre ça à l'esprit, j'avais posé la question
suivante, là : Le projet de... l'article, là, en question, sa condition
d'application, c'est que l'établissement reçoive des fonds publics? Il m'avait
dit oui à ça. Et c'est encore oui, Mme la Présidente? Je veux juste... juste se
remettre dans le bain, là.
M. Jolin-Barrette : ...la classification des établissements, à
l'article 88.0.1, c'est sûr que... «les établissements offrant
l'enseignement collégial, à l'exception des établissements privés non agréés
aux fins de subventions et des établissements qui sont des organismes
gouvernementaux au sens de l'annexe I», donc, quand on dit «non agréés aux fins
de subventions», c'est privé-privé, «et des établissements qui sont des organismes
gouvernementaux au sens de l'annexe I», là-dedans, vous avez l'ITAQ, vous avez
aussi... vous en avez un autre, là, un autre organisme qui n'est pas couvert,
il me semble, là, gouvernementaux en vertu de l'annexe I, «ainsi que les
établissements d'enseignement universitaire visés aux paragraphes 1° à 11° de
l'article 1 de la
Loi sur les établissements d'enseignement».
M. Barrette : Alors là...
Jolin-Barrette : Excusez, ITHQ.
M. Barrette : ITHQ. C'est ce que
j'ai pensé.
M. Jolin-Barrette : ITAQ, ITHQ.
M. Barrette : Oui, ce que j'ai
pensé, là. Bon, là, Mme la Présidente, est apparu, dans les médias, une affaire
que je ne connaissais pas, que le ministre connaît, j'imagine, là, la fameuse
école 42 Québec.
M. Jolin-Barrette : Juste en complément d'information, là, dans...
pour compléter ma réponse, c'est à l'annexe I, quand vous êtes au
paragraphe 4°... non, oui, 4°... non, 5°, 5° ii, dernier alinéa.
M. Barrette : Bon, alors donc,
je répète, là, au cas où le ministre n'a pas saisi ma question, commentaire,
là. Il y a une chose qui est apparue sur
l'écran radar de l'éducation, là, dans les médias, que je ne connaissais
absolument pas, qui est l'école 42 Québec. Est-ce que le ministre est au
fait de cette affaire-là?
La Présidente (Mme Thériault) :
M. le ministre.
M. Jolin-Barrette :
École 42 Québec?
M. Jolin-Barrette : Je vais
vérifier.
M. Barrette : Alors là, juste
pour son équipe, là, si jamais ils n'en ont pas entendu parler, ce qui est
possible, là, moi, je n'avais pas connu ça,
là, il y a eu un
article dans Le Soleil , là, le 2 décembre 2021, à propos de cette
école-là, qui s'appelle 42 Québec, qui fait
partie d'un réseau international
qui est subventionné par le gouvernement et qui enseigne en anglais. Qu'en
est-il de cette patente-là?
La Présidente (Mme Thériault) :
M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Oui. Moi,
ce qu'on m'a dit, ce n'est pas une école qui est reconnue par le ministère de
l'Enseignement supérieur.
M. Barrette : Là, c'est pour ça
que j'ai posé ma question précédemment, Mme la Présidente, à savoir que, ça, est-ce que ça couvre les établissements qui...
est-ce que la condition de recevoir des fonds publics... Et on constate,
Mme la Présidente, toujours selon... parce que ça, on apprend ça par les
médias, là, dans un
article du Soleil , le 2 juillet dernier. Le gouvernement du Québec a versé une subvention
de 5 millions pour mettre sur pied une formation de niveau collégial. La formation est en anglais,
dispensée au centre-ville de Québec, et c'est reconnu, là, parce que,
dans le... sur les formations admissibles du
gouvernement du Québec, il est là. Quand on regarde, là, sur le site du
gouvernement, là, la liste des formations collégiales admissibles reconnues
dans l'ensemble du Québec, entièrement à distance, il est là.
La Présidente (Mme Thériault) :
M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Donc, ce
qu'on me dit, c'est une école qui est privée-privée, sans permis de la ministre
de l'Enseignement supérieur. Là, peut-être qu'il y a eu des fonds relativement
à un autre programme.
M. Barrette : Peut-être, là. Le
ministre ne va pas me dire...
M. Jolin-Barrette : C'est avec
la Commission des partenaires du marché du travail.
M. Barrette : Est-ce que le
ministre est en train de me dire qu'il y a des ponts? Vous savez, les ponts,
c'est quasiment le cousin d'une école passerelle.
La Présidente (Mme Thériault) :
M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Non.
L'objectif de l'article est de faire en sorte que ceux qui sont financés par le
ministère de l'Enseignement supérieur soient visés par l'article et donc ceux
qui sont titulaires de permis qui sont reconnus par la ministre de
l'Enseignement supérieur.
M. Barrette : Bien oui, Mme la Présidente, là, moi, je suis
vraiment perdu, parce que le discours du ministre, depuis le début, là,
c'est en lien avec un financement public. Et là le financement est public,
mais, c'est vrai, il ne vient pas de l'Éducation, le financement, semble-t-il,
vient de son collègue au Travail. C'est quand même pas mal public, là. Il
pourrait venir de la Santé, ce serait public aussi.
Alors là, on donne une
formation, financée par le public, en anglais. Moi, je veux juste comprendre,
parce que, là, il me semble, Mme la
Présidente, qu'il y a là un problème de cohérence dans l'ensemble de l'oeuvre.
J'ai posé la question très clairement au ministre, là, puis je ne veux
pas le prendre en défaut, ce n'est pas ça. C'est que c'est un fait que je
décris. Je veux comprendre. Mais j'ai posé la question : Son projet de
loi, là, c'est quoi, la condition d'application? Financement public. Alors là,
c'est bien plate, là, mais le financement est public, c'est en Anglais, à des
francophones au centre-ville de Québec. De que c'est?
La Présidente (Mme Thériault) :
M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Alors, ce
n'est pas un établissement collégial qui offre un diplôme d'études collégiales.
Puis vous le voyez, là, ce n'est pas une école privée subventionnée, donc c'est
privé-privé, et donc il n'y a pas de diplôme à la clé de cette formation-là.
C'est indiqué dans l'article, notamment, auquel vous faites référence, dans Le Soleil
du mois de février, là... du mois de décembre, là.
M. Barrette : Mme la
Présidente, nous naviguons de plus en plus dans le brouillard, là. Ça veut dire
quoi, à ce moment-là, la liste des formations admissibles? Je montre ici, Mme
la Présidente, le document visuellement au ministre, là. Je peux faire une
pause puis aller lui en donner une copie, ça ne me dérange pas, là. Mais ça,
c'est admissible à quoi, là?
M. Jolin-Barrette : Bien, il
faudrait nous renseigner ça émane de qui, c'est de quel ministère, c'est
quoi...
L'objectif de l'article 88.0.1, c'est de
viser les établissements collégiaux qui émettent des diplômes. Là, dans ce
cas-ci, de ce que je comprends, là, de 42 Québec, c'est un centre de formation,
mais qui n'est pas reconnu comme étant un établissement d'enseignement
collégial qui délivre des diplômes d'études collégiales. C'est un centre de
formation qui ne donne pas de diplômes.
M. Barrette : J'imagine, il
doit donner sûrement une attestation quelconque, là. Moi, je ne connais pas
d'organisation, qu'elles soient publiques ou privées, qui donne une formation
sans donner un document à la fin, là. C'est étonnant. Ce n'est pas... Ce n'est
pas un stage, là.
M. Jolin-Barrette : Bien, écoutez,
je vous réfère à votre
article de journal, que vous m'avez référé, là...
M. Barrette : Oui, mais l'article de
journal... Mme la Présidente, je vais interrompre le ministre. Je ne veux pas
l'interrompre pour l'empêcher de parler, là, mais simplement pour... Je lui ai
indiqué pour qu'il trouve de quoi qu'on parle, là. Je ne m'assois pas... Je n'assois
pas toutes mes questions sur un
article de journal. Il est très bien, l'article
de journal, il est bien écrit, là, par Mme Lajoie, là... ou M. Lajoie, pardon.
Je n'ai aucun problème avec ça, là. C'était juste pour orienter le ministre.
Mais là, un coup qu'on est orientés, là...
M. Jolin-Barrette : Juste pour
compléter ma réponse...
M. Barrette : Je veux juste finir,
Mme la Présidente. Un coup qu'on est orientés, là...
M. Jolin-Barrette : Bien, c'était
mon temps de parole. C'est vous qui m'avez interrompu.
M. Barrette : Non, non, mais il va
pouvoir...
M. Jolin-Barrette : C'est moi qui
étais en train de parler.
M. Barrette : C'est juste pour qu'il
puisse me répondre précisément.
La Présidente (Mme Thériault) : M.
le député de La Pinière...
M. Jolin-Barrette : C'est lui.
La Présidente (Mme Thériault) : ...le
ministre a raison. Il l'avait, la parole.
M. Barrette : Il a raison, hein? Ce
n'est pas grave. Je vais revenir.
La Présidente (Mme Thériault) : Vous
reviendrez. Il n'y a pas de problème.
M. Barrette : C'était juste pour
l'aider à me donner une réponse précise, ce qu'il ne fait pas souvent.
La Présidente (Mme Thériault) : Il
n'y a pas de problème. Les discussions sont assez cordiales. Le ton est bon ce
matin, là. Donc, M. le ministre, vous avez la parole. Continuez.
Jolin-Barrette : Bien, j'aime ça quand le député de La Pinière veut
m'aider, Mme la Présidente.
Présidente (Mme Thériault) : Il va vous aider après. Je suis convaincue qu'il
va vous offrir encore son aide.
Jolin-Barrette : Je me sens bien outillé en sa compagnie. Je suis
sûr que je vais bénéficier de sa sollicitude.
Alors, dans l'article, ils disent
clairement : La nouvelle formation n'est pas, à ce jour... pas encore
reconnue par le ministère de l'Éducation.
Aucun diplôme officiel ne sera fourni. Donc... Et dans la
Loi sur l'enseignement privé : «Le ministre peut, après consultation de la
commission, agréer aux fins de subventions un établissement
d'enseignement privé relativement à tout ou
partie des services éducatifs
appartenant aux catégories visées [...] 1° à 4°, 7° et 8°...»
Donc, pour pouvoir faire en sorte qu'un tel
établissement soit agréé, la ministre doit le faire en vertu de la
Loi sur
l'enseignement privé. Donc, le fait que ce centre de formation là reçoive une
forme... une aide financière du ministère du Travail ne fait pas
automatiquement en sorte que l'école est un établissement d'enseignement privé
agréé aux fins de subventions.
M. Barrette : Donc, dans l'esprit du
ministre, là, si je comprends bien, là, sa porte de sortie de ce mystère
administratif, c'est qu'il est dans les limbes. Il n'existe pas pour le
gouvernement, en tout cas, au sens de la loi n° 96.
M. Jolin-Barrette : Ce n'est pas...
En fait, c'est en vertu de la
Loi sur l'enseignement privé. Ce n'est pas un
établissement d'enseignement reconnu. Donc, si vous allez là, vous n'avez pas
de diplôme.
M. Barrette : O.K. Donc, ça a...
M. Jolin-Barrette : C'est des... Cet
organisme-là a proposé au ministère... de ma compréhension, là, a proposé au
ministère du Travail des formations qui sont non reconnues, puis le ministère
du Travail a financé des formations qui sont non reconnues en lien avec,
j'imagine, certains besoins du marché du travail.
Barrette : C'est amusant, là, parce que... Mme la Présidente,
c'est amusant parce qu'on navigue dans toutes
sortes de concepts, là, et le concept principal dans lequel... sur lequel on
navigue, c'est celui de l'enseignement de niveau collégial. Et moi,
j'essaie... Je ne le connaissais pas, moi, cette affaire-là... je ne la
connaissais pas, cette affaire-là, Mme la Présidente, École 42, mais
clairement, là, ça donne de l'enseignement... Mais là je comprends que, pour le
ministre, le projet de loi n° 96, là, il ne s'applique pas à cette
école-là parce que l'enseignement n'est pas reconnu. C'est ça, là? Je comprends
bien?
M. Jolin-Barrette : Ce n'est pas un
établissement collégial. Ce n'est pas une formation qui est reconnue pour
obtenir un diplôme d'études collégiales.
Dans les articles dans lesquels on est
présentement, on vise le réseau collégial, donc les établissements qui sont
autorisés, en vertu du ministère de l'Enseignement supérieur, à émettre, à
produire un diplôme. Ceux qui sont des
collèges privés subventionnés au Québec, là, anglophones, vous avez le collège
Centennial, le collège Marianopolis, TAV également. Donc, ce n'est pas
dans la liste. Donc, il n'y a pas de désignation d'établissement parce que
c'est... Ils font des formations, mais ce n'est pas des formations collégiales,
ce n'est pas des attestations d'études collégiales. Le diplôme... Il n'y a pas
de diplôme de reconnu, là. Vous aussi, vous pouvez... vous pourriez vous partir
un centre de formation, si vous voulez.
M. Barrette : Alors, si je comprends
bien, là, Mme la Présidente, juste pour être certain de bien faire le tour de
la question, cet établissement-là, et s'il y en avait d'autres, il n'entre pas
dans le 12 %, il n'entre pas dans le 2 %, il n'entre pas dans ces pourcentages-là, là. Il est dans les limbes de
la loi n° 96, il n'est pas dedans. Pas une critique,
là. C'est juste une question que je pose.
M. Barrette : Bien, la réponse à
cette question-là, c'est non parce que ce n'est pas un établissement d'enseignement. Ce n'est pas un établissement
d'enseignement reconnu, ce n'est pas un établissement d'enseignement
public ni privé, donc c'est... il n'y a rien. Puis ce n'est même pas agréé au
sens de donner un diplôme. Ce n'est pas un privé-privé qui permet de donner un
diplôme d'études collégiales.
M. Barrette : Alors, je vais poser
une question, Mme la Présidente, qui pourrait faire plaisir au député de
Matane-Matapédia. Je ne sais pas s'il a la chance de pouvoir m'écouter
là-dessus. Le ministre, là, depuis le début, il insiste sur son projet de loi qui fait quelque chose qui n'est jamais
fait par son gouvernement et lui-même, le gouvernement duquel il fait
partie lui-même, parce que, le marché du travail, c'est en français que ça se
passe. C'est ça qu'il nous dit, là. Il nous dit ça à répétition. Et là on a,
là... puis avec conviction, même. Et là on constate, dans cette affaire-là de
Québec 42, que c'est le ministre du Travail, de l'Emploi et de la
Solidarité sociale — on
va insister sur Travail et Emploi — qui subventionne une
formation donnée en anglais à des francophones, notamment. En tout cas, on peut
dire que, très probablement, l'École 42 au centre-ville de Québec, c'est
des francophones qui y vont. Il y a de fortes chances que ce soit une majorité.
Alors, au Québec,
c'est en français que ça se passe, mais le ministre du Travail va faire de
l'enseignement en anglais. Et, en plus, le ministre du Travail, lui, il dit,
parce que ça, c'est cité dans l'article : «Ça répond à un besoin concret du marché du travail.» Il n'y a-t-il pas là, Mme la
Présidente, un problème de cohérence? Ou peut-être que le problème de cohérence
explique pourquoi le ministre, comme dit le député de Matane-Matapédia, a dû
céder devant les pressions de ses collègues.
La Présidente (Mme
Thériault) : M. le ministre.
Jolin-Barrette : Bien, vous savez, il y a différents types
d'organismes qui donnent des formations. Il y a notamment des formations en
alphabétisation qui ne sont pas des organismes qui sont dans le cadre des
plafonds d'études collégiales, des diplômes d'études collégiales. Alors, c'est
un organisme qui donne certaines formations. Puis
la Commission des partenaires du
marché du travail a recommandé, de ce
que je constate, d'attribuer un financement. Mais, pour l'objectif des articles que nous avons aujourd'hui, nous ce
qu'on vise, c'est les établissements d'études collégiaux.
M. Barrette :
Mais, Mme la Présidente, ne trouve-t-il pas incohérent que, lorsqu'on
dépose un projet de loi qui vise à franciser le milieu du travail, que l'État,
par son ministère du Travail, subventionne une formation donnée en anglais à
des francophones pour répondre à des besoins estimés du ministère du Travail?
Il me semble, Mme la Présidente, que l'un vient en opposition avec l'autre.
Le ministre peut bien
me dire : C'est des formations, ils ont le droit d'en donner. L'enjeu
n'est pas là. L'enjeu est : l'État le subventionne. N'y a-t-il pas là un
problème de cohérence comme dans cohérence?
La Présidente (Mme
Thériault) : M. le ministre.
Jolin-Barrette : Bien, écoutez, très clairement, le projet de loi
n° 96 encadre les établissements d'études collégiaux. Et on va voir qu'il
y aura des dispositions, dans le projet loi, relativement aux contrats de
service qui sont donnés en termes
d'exemplarité de l'État. Donc, on constate qu'il y a une subvention qui a été
donnée à cet organisme-là par le ministère du Travail en lien avec la Commission
des partenaires du marché du travail.
M. Barrette :
Mme la Présidente, le ministre a établi deux conditions pour l'application
de sa loi, une que je n'avais pas
parfaitement saisie, qu'il nous a expliquée, établissement collégial reconnu,
agréé, et ainsi de suite, deuxième condition, qui reçoit des fonds
publics. Elles sont les deux, là... Elles ne sont pas... Elles sont plutôt
indissociables. Elles ne sont pas dissociables. Alors, je reviens avec ma
question : N'y a-t-il pas là un problème de cohérence?
Mme la Présidente, à
Montréal, là, que l'Institut Goethe donne des cours d'allemand, là, «big deal»,
là. Ce n'est pas au gouvernement d'aller jouer là. On s'entend-tu? Puis je
pense que le ministre va être d'accord. Mais, à partir du moment où il met,
lui, une condition pour faire
partie du périmètre de sa loi, qui est le financement
public, dans un discours : Nous allons franciser le milieu du travail,
bien, il me semble que, là, c'est le ministère du Travail qui finance de
l'enseignement en anglais pour des francophones à Québec. Mettons qu'il y a
quelque chose qui ne marche pas, là. Point d'interrogation.
La Présidente
(Mme Thériault) : Bien, c'est une question. M. le ministre.
M. Jolin-Barrette :
Bien, moi, on m'indique que la formation est en français.
M. Barrette :
...pas ça qui est dans ce journal.
M. Jolin-Barrette :
Je comprends, mais, selon mes sources, on me dit que la formation qui a été
financée par le ministère du Travail, c'est une formation qui est en français.
M. Barrette : Bien, alors donc, est-ce que le ministre est en
train de nous dire que le journaliste a botché son article?
M. Jolin-Barrette :
Non, pas du tout, mais ça mérite... parce que vous nous avez référés à cela. On
est en train de faire les vérifications, mais, selon les informations que je
dispose actuellement, c'est que la formation serait en français.
M. Barrette :
Étonnant, Mme la Présidente. Écoutez, c'est rare que les journalistes font de
telles erreurs. Bien, Mme la Présidente, moi, ce qu'on m'indique, là, c'est
qu'il y a les deux, en anglais et en français. Dans tous les cas, Mme la Présidente, nos informations soit
concordent partiellement ou totalement, mais il y a de l'enseignement en
anglais à des francophones, subventionné par l'État québécois qui tient un
discours de marché du travail en français.
La Présidente
(Mme Thériault) : M. le ministre.
M. Jolin-Barrette :
Bien, en fait, juste apporter une nuance un peu. Puis, en fait, dans l'article,
là, du Soleil , ce n'est pas écrit que c'est en anglais. Donc, c'est
indiqué où, dans l'article, que c'est en anglais?
M. Barrette : Je ne l'ai pas... Je n'ai pas la référence exacte, là, mais c'est ce
que l'on me donne. Ceci étant dit...
M. Jolin-Barrette :
Mais attendons. Attendons, je n'ai pas terminé. Je n'ai pas terminé.
M. Jolin-Barrette : Oui. Non, non,
non. Donc, écoutez, heure du jour... installés derrière leurs écrans... un
programme d'enseignement basé sur l'apprentissage... sans prérequis de diplôme
nécessaire... les étudiants devront démontrer et récolter des points... en
moyenne... de ce financement...
M. Barrette : Mme la
Présidente, j'ai un complément d'information qui va faire plaisir au ministre.
J'ai ici... Mme la Présidente, on me donne ça, là. Je ne l'avais pas vu, là. Je
remercie les gens de mon équipe pour leur vigilance et leur rapidité de
réaction. L'école 42 fournit... On voit ça sur les sites Internet, là,
FAQ, hein? D'ailleurs, FAQ, c'est un anglicisme, Mme la Présidente. Alors, dans
cette affaire-là, Mme la Présidente, dans les questions posées fréquemment, alors
il y a ici : Puis-je suivre la formation en anglais? Réponse : Oui,
le parcours académique de 42 est dispensé en anglais et en français. FAQ, ça,
c'est pour le
titre qui est en anglais. Et puis la réponse...
M. Jolin-Barrette : Foire aux
questions.
La Présidente (Mme Thériault) :
C'est foire aux questions...
M. Jolin-Barrette : Foire aux
questions.
M. Barrette : Vous avez raison,
ça peut se dire comme ça.
M. Jolin-Barrette : Mais je
veux juste vous dire, Mme la Présidente, que le député de La Pinière nous a
référés à l'article puis il a dit : Il est écrit que la formation est en
anglais. Je viens de lire rapidement l'article, et il n'est pas écrit que c'est
en anglais dans l'article.
Alors là, Mme la Présidente, quand le député de
La Pinière dit : Ah! vous mettez en doute l'intégrité du travail
journalistique, ta, ta, ta, alors que lui-même, dans son rôle de député, n'a
même pas pris la peine de lire l'article pour voir qu'il était écrit dedans,
comment on appelle ça? Il y a quelqu'un qui a déjà dit, Mme la
Présidente : rigueur, rigueur, rigueur. Je pense que ça s'applique, Mme la
Présidente. Au-delà, là, de la discussion intéressante que nous avons, faisons
nos travaux sérieusement.
M. Barrette : Mme la Présidente,
dans la piscine de documents que j'ai devant moi, bon, il se peut que j'aie mis la main dans la mauvaise place. Mais il n'en
reste pas moins que, dans ladite piscine, l'information est là. Et avant
que le ministre ne se noie en conjectures, est-ce qu'il peut me répondre si
c'est cohérent que le gouvernement donne du financement à une école, l'école
qui va donner de la formation, maintenant que c'est établi...
M. Jolin-Barrette : ...reconnue.
M. Barrette : O.K., l'argent
qui est donné, là, c'est-tu du vrai argent? Il est-tu public?
M. Jolin-Barrette : Ce qu'il
est important de faire, c'est de faire les vérifications nécessaires, ce que je
vais faire sur l'heure du dîner. Notamment, vous dites : Est-ce que la
formation peut être suivie en français et en anglais? On va vérifier à quelle fin est destinée la subvention. Donc, on va
aller rigoureusement vérifier toutes les informations. Je comprends qu'à
ce stade-ci ce sont des allégations du député de La Pinière. Alors, on va...
M. Jolin-Barrette : Bien, c'est
comme ça qu'on appelle ça, des informations qui ne sont pas encore prouvées. Ça
s'appelle une allégation avant de devenir un fait, si c'est prouvé et démontré.
M. Barrette : Mme la Présidente,
est-ce que vous souhaitez que je dépose la copie? Je vais déposer la...
La Présidente (Mme Thériault) : Vous
pouvez le déposer. Ça va aider la réflexion du ministre au niveau des
recherches aussi, j'imagine.
M. Barrette : Voilà. On va déposer
la copie de la page de l'école, surlignée, qui dit... Voilà, M. le ministre, la
question a été posée...
La Présidente (Mme Thériault) : Je
vais demander, M. le député de La Pinière, à votre recherchiste de la faire
parvenir par courriel au secrétariat de la commission. Comme ça, on pourra en
prendre connaissance, et ça sera versé au site Greffier pour... comme étant un
document reçu pour la commission.
M. Barrette :
Donc, en attendant que tout ça circule, je vais quand même poser une ou deux
questions additionnelles. Comme ce n'est pas une école reconnue par le
ministère de l'Éducation, donc, je conclus que les gens qui tirent... qui reçoivent là une formation ne sont pas assujettis à
des épreuves uniformes de français, ce genre de choses là.
La Présidente (Mme Thériault) : M.
le ministre.
M. Jolin-Barrette : Bien, comme je
l'ai dit préalablement, ce n'est pas une formation qui est reconnue. Il n'y a
pas de diplôme à la clé dans le cadre de cette formation-là. L'épreuve uniforme
de français est rattachée au diplôme d'études collégiales. Là, on est dans un
établissement non agréé qui n'est pas subventionné en vertu des règles qui sont
prévues à la loi qui couvre les collèges d'enseignement. Donc, c'est
privé-privé. Ce n'est pas une formation... il n'y a pas de diplôme, là, à la
clé.
M. Barrette : C'est correct. Et, si
je comprends bien, Mme la Présidente, cette formation... Bien, en fait,
peut-être que je comprends mal, parce que je vais en faire une question. Cet
argent-là public dépensé pour de la formation... La formation, c'est quand même
de l'enseignement, là, même si, dans l'esprit du ministre, ce n'est pas reconnu
puis peut-être que, dans les faits, effectivement, ça ne l'est pas, il y a...
M. Barrette : Bien là, je n'ai pas
fini ma question, là, Mme la Présidente. Je vais finir ma question.
La Présidente (Mme Thériault) :
Allez-y.
M. Barrette : Alors, il n'y aura pas
non plus de reddition de comptes? L'État subventionne une formation en anglais
à des francophones, sans reddition de comptes?
La Présidente (Mme Thériault) : M.
le ministre.
M. Jolin-Barrette : Bien, écoutez,
on va faire les vérifications, notamment à savoir de quelle façon est octroyée
la subvention, quelle est l'entente intervenue entre l'État québécois et cet
organisme-là, puis je vais pouvoir vous répondre de façon plus approfondie
après la pause du dîner.
M. Barrette : O.K. Alors, c'est très
intéressant, les échanges qu'on a, Mme la Présidente, parce que ça vient
clarifier toutes sortes d'affaires. Ça veut dire, là, que le ministre nous dit,
là, que le français, c'est la langue commune au Québec, que le français, avec
la loi n° 96, va devenir la langue du travail au
Québec. Quand il nous dit, là... parce qu'il nous dit ça, aussi : Le
français, c'est la langue de l'enseignement au Québec, bon, bien, ça, c'est
vrai partiellement, ce n'est pas un mur-à-mur, alors il y a plein de
circonstances où on peut passer à côté.
Hier, je disais ça au ministre, puis il n'aimait
pas ça, je pense, mais, si je comprends bien, là, il y a des manières de passer
à côté qui sont autorisées par l'État, puisque ça, c'en est un bel exemple. Et
puis je pourrais même aller jusqu'à dire qu'on va pouvoir, au Québec, continuer
à se payer une voie d'évitement. Il n'aime pas ça, quand je dis ça, mais c'est
Le ministre nous dit : On va restreindre
l'accès, par exemple, aux cégeps francophones — peut-être qu'il ne le dit pas
comme ça, mais sûrement qu'il le pense comme ça — mais, à certaines
conditions que je qualifierai de pécuniaires, on va pouvoir le faire. Moi, je
trouve qu'il y a un problème de cohérence là-dedans, dans l'esprit du ministre,
pas dans notre esprit à nous autres. Mais, Mme la Présidente, je vais attendre
patiemment les explications du ministre, qui
vont nous arriver après la pause. Et je crois comprendre que ma collègue
souhaite, après, prendre la parole.
La Présidente (Mme Thériault) :
...le ministre qui veut intervenir. Oui, merci, M. le député. J'ai le ministre
qui veut intervenir avant.
M. Jolin-Barrette : Juste un point
rapide, là, là-dessus, là. Dans le projet de loi, j'ai toujours été clair que
la langue normale des études, au niveau
collégial doit être et doit demeurer le français. Alors, c'est pour ça qu'on
met les balises en lien avec cette
section-là, donc, qui mène à l'obtention d'un diplôme d'études collégiales.
C'est ce dont on parle.
Le député de La Pinière, ce qu'il fait, c'est
qu'il va sur un autre sujet qui n'est pas visé par l'objectif des dispositions
sur lesquelles... desquelles on étudie. Puis l'autre élément également, c'est
qu'on a conçu le projet de loi de cette façon-là dans l'objectif également de
respecter les établissements de la communauté anglophone et de faire en sorte
de les indiquer très clairement.
La Présidente (Mme Thériault) : M.
le député, allez-y.
M. Barrette :
...choix, avant de laisser la parole à ma collègue, Mme la Présidente, de
revenir sur ce que le ministre vient de dire : financé par le public. Là,
on se retrouve avec deux conditions : reconnu, financé par le public. Là,
on a un cas important qui a peut-être une seule des deux conditions pour le
moment. Peut-être que ça va changer en revenant de la pause. Mais la condition
«financé par le public», ce n'est pas une condition banale, à prendre à la légère. D'autant plus qu'on parle de quoi, ici?, de
formation, de marché du travail, dans le cadre d'une loi qui met les deux
ensemble, hein, comme objectif de franciser le marché du travail. Alors, voilà.
La Présidente (Mme
Thériault) : Merci. Mme la députée de Marguerite-Bourgeoys, vous avez
2 min 45 s qui restent à votre temps.
Mme David :
Oui. Je veux juste donner de l'inspiration au ministre pendant sa recherche. Le
site Web de l'école dit bien qu'il y a une formation informatique de trois ans,
là, pas trois jours, trois ans, pour accéder à une foule de métiers liés au
numérique. Et là on est à Québec puis on est en anglais.
Alors, moi, ce que je
veux savoir, c'est le rôle de la CPMT par rapport au ministère de
l'Enseignement supérieur — j'en
aurais très long à dire là-dessus — qui décide qui va avoir des
bourses Perspective Québec, qui... les étudiants vont être payés ou pas. Mais,
en plus, la CPMT finance des formations paracollégiales, littéralement, en
dehors du système, et qui peuvent durer jusqu'à trois ans, et qui sont en
anglais ou en français, qui se passent à Québec, et qui donnent une formation
numérique qui donne accès à une foule de métiers.
Ça, si ce n'est pas,
comme dit mon collègue, contourner le système, je ne sais pas ce que ça prend.
Ça, ça veut dire que... bienvenue, CPMT va donner de l'argent à plein de
formations comme ça, puis là le ministre, avec la loi n° 96,
bien, il va se retrouver avec les officiels qui sont agréés puis tous les
autres qui ne sont pas agréés, qui vont donner de la formation, qui peuvent
durer jusqu'à trois ans. Ce n'est pas rien, là, on n'est pas à trois jours,
petite formation de fin de semaine... et qui vont aller allègrement dans tous
les métiers très en demande, comme les technologies de l'information, dont on
est si friands au Québec.
La Présidente (Mme
Thériault) : M. le ministre.
Jolin-Barrette : Bien, en fait, comme je vous dis, les vérifications
vont être faites, mais les dispositions que
l'on étudie présentement, c'est pour le réseau collégial, ce n'est pas pour des
organismes qui offrent de la formation x, y, z. Alors, je comprends que
cet organisme-là a reçu une subvention. Je sais qu'il y a pas mal de
partenaires également qui mettent de l'argent là-dedans. Mais il n'en demeure
pas moins que la langue de travail, c'est le français, puis ça doit être le
français. Puis il n'y a pas de diplôme associé à ça, à la clé.
Mme David :
Bien, il est même dit que ça va être facile, après, ils auront juste à faire de
la reconnaissance d'acquis à partir de ça pour avoir un diplôme. Alors, je vous
le dis que c'est une pente qui peut être glissante et linguistiquement, et
financièrement, et après sur la reconnaissance d'acquis. Alors, ça, ça
s'appelle un système parallèle au collégial. Donc, vous avez peut-être le
pouvoir sur certaines choses, mais le ministre de l'Emploi a le pouvoir sur
plein d'autres choses. J'ai hâte aux vérifications.
La Présidente (Mme
Thériault) : M. le ministre.
Jolin-Barrette : Bien, moi aussi. Est-ce qu'on peut voter 88.0.1?
La Présidente (Mme
Thériault) : Si je n'ai pas d'autres interventions, nous pouvons
passer au vote. Votre... Non, on ne le vote pas, on ne vote pas les articles
introduits, on va voter à la fin, M. le ministre. On passe tout simplement à
l'autre article, lorsqu'on a terminé. Est-ce que ça va? La discussion est faite
ou vous m'avez demandé la parole? Vous m'avez demandé la parole? O.K., allez-y,
M. le député de D'Arcy-McGee.
M. Birnbaum :
Bon, question de précision sur l'article. Au deuxième paragraphe : «Tout
établissement offrant un tel enseignement
est francophone, sauf lorsqu'il est désigné comme établissement anglophone par
le ministre de l'Enseignement supérieur, de la Recherche, de la Science
et de la Technologie et par le ministre de la Langue
française.» Précision. Le ministre nous a confirmé, on l'a revu, que ces
établissements sont identifiés dans l'annexe.
Alors,
est-ce qu'on peut comprendre la portée, le raisonnement derrière l'inclusion de
ce deuxième paragraphe? Est-ce que c'est advenant un nouvel
établissement? C'est quoi qui est opérationnalisé par ce deuxième paragraphe?
Voilà. Merci.
La Présidente (Mme
Thériault) : Une réponse au retour, M. le député de D'Arcy-McGee,
puisque, compte tenu de l'heure, je dois suspendre les travaux. Et je vous
souhaite bon appétit. Et je vous rappelle en même temps qu'il y a un caucus
dans cette salle, donc merci de libérer promptement.
(Suspension de la séance à
12 h 45)
La Présidente (Mme
Thériault) : Votre attention! À l'ordre, s'il vous plaît, collègues!
Donc, la Commission de la culture et de l'éducation reprend ses travaux.
Nous poursuivons l'étude détaillée du projet de
loi n° 96,
Loi sur la langue officielle et commune du
Québec, le français.
Lors
de la suspension de nos travaux, nous en étions à l'étude de l'article 18...
non, excusez-moi, 88.0.01, qui est à l'article 58 du projet de loi. Je vais...
Avant de passer la parole, le ministre avait des vérifications à faire. Il les
a faites. Donc, avant de lui passer la
parole, je vais tout simplement mentionner que le document qui nous a été...
dont le député de La Pinière avait, on a eu le consentement, il est
présentement sur le site Greffier. Donc, les parlementaires en ont accès, et
les gens qui suivent nos travaux pourront avoir accès plus tard, à la fin de la
journée.
Donc, cette mise au
point étant faite, M. le ministre, pour les informations que vous avez été
chercher pendant la pause.
M. Jolin-Barrette : Oui. Alors, aux questions du député de La Pinière, dans le fond, le
quartier 42 ou... l'organisme qui s'appelle 42, là, c'est un concept qui
est inspiré de la France, a démarré en France, cette organisation-là, et il y a
eu un démarrage ici, au Québec, d'où la subvention de 5 millions de
dollars.
Donc, dans le cadre
de cet organisme-là, il n'y a pas d'enseignement qui est donné. Il y a deux
ressources, deux personnes qui sont là pour
accompagner les personnes qui reçoivent la formation, et les deux personnes qui
donnent la formation, si je peux dire, ou qui accompagnent au niveau de la
formation, ce sont deux unilingues francophones, donc les deux personnes qui
sont au studio 42.
Les personnes qui
suivent la formation là, c'est de l'apprentissage avec les pairs, dans le fond,
puis il n'y a pas de cours magistraux qui sont donnés. Le matériel est en
français... En fait, en France, le matériel est en anglais et le matériel est
traduit ici. Donc, l'étudiant a le matériel didactique en français. Donc, on le
traduit pour le Québec, et ça se passe en français.
Pour le matériel,
l'étudiant peut avoir accès aux documents en français. Également, le matériel,
l'aide pédagogique, les interactions entre les participants sont en français.
Les deux coordonnateurs pédagogiques sont unilingues francophones et... par
contre, l'étudiant, s'il souhaite avoir le matériel didactique dans une autre
langue, il peut l'avoir dans une autre langue. Et c'est ça, il décide de
télécharger dans la langue de son choix le matériel didactique. Donc, ça se
passe en français.
La Présidente (Mme Thériault) : Merci, M. le ministre, pour votre précision.
Est-ce que j'ai, j'imagine, M. le député de La Pinière? Oui, attendez.
M. Jolin-Barrette : Pour plus de précisions également, là, la subvention sert à payer les
licences d'utilisation de la méthode 42, le personnel
d'accompagnement en français et les frais administratifs pour opérer 42 Québec
au Québec. Donc, ça se passe en français.
La Présidente (Mme
Thériault) : M. le député de La Pinière.
M. Barrette : Je ne sais pas si vous avez remarqué, là, mais disons que, dans tout ce
que le ministre a dit, il y avait une certaine confusion, là. On est
passé de : Il n'y a pas d'enseignement, il n'y a pas de formation, mais il
y a un accompagnateur, à : Il y a une formation.
Je vais revenir à
l'article du Soleil puis je vais dire ce qui est écrit, là, dans
l'article, là. Alors, il y a un projet pilote puis il va y avoir une
évaluation, et c'est marqué, là : «Le financement est conditionnel à la
mise en place d'un observatoire du projet afin — je cite — "d'évaluer
ses retombées réelles dans la réalité québécoise et d'évaluer la possibilité
pour les étudiants d'obtenir une reconnaissance des acquis et des compétences
avec des établissements d'enseignement postsecondaire reconnus", selon le
gouvernement. La nouvelle formation n'est, à ce jour, pas encore reconnue», et
ainsi de suite. Ça, c'est du monde financé, là, qui se voie, à un moment donné,
siglé dans un cours reconnu d'un cégep. C'est ça qui est écrit là, là.
Jolin-Barrette : C'est écrit... Ce n'est pas ça qui est écrit.
M. Barrette :
Je ne dis pas que c'est ça maintenant, Mme la Présidente.
Jolin-Barrette : Ce n'est pas ça qui est écrit. Ce n'est pas ça
l'article.
La Présidente (Mme
Thériault) : Ça ne sera pas long. M. le ministre, ça ne sera pas long.
On va laisser compléter...
Jolin-Barrette : Il cite un
article puis il ne cite pas l'article en
disant ce qui est écrit.
La Présidente (Mme
Thériault) : M. le ministre, c'est le...
M. Jolin-Barrette :
Il dit : C'est ça que ça veut dire.
La Présidente (Mme
Thériault) : M. le ministre, vous n'avez pas la parole.
Jolin-Barrette : Ça m'induit en erreur, Mme la Présidente. Ce n'est
pas permis.
La Présidente (Mme Thériault) :
M. le ministre, vous aurez l'occasion de corriger les propos du député. Pour le
moment...
Tout à l'heure, vous aviez la parole, puis j'ai
dit au collège que vous avez la parole. Je ne veux pas vous interpeler, donc je vais laisser le député de La
Pinière terminer. D'abord, de toute façon, il ne vous reste pas beaucoup
de temps, puis, par la suite, le ministre corrigera les propos.
M. Barrette : ...combien de temps,
Mme la Présidente, là?
La Présidente (Mme Thériault) :
Pardon?
M. Barrette : Combien il me reste de
temps?
La Présidente (Mme Thériault) : Il
vous reste à peu près 2 min 30 s. Je vous dis ça à peu près, là.
On est dans ces eaux-là.
M. Barrette : Je lui ai lu l'article
de journal. Bon, parce que je n'ai pas beaucoup de temps, je vais lui poser une question bien simple, là : Est-ce qu'il
souhaite fermer la porte à ce genre de parcours là pour le futur? Si la
réponse est oui, est-ce qu'il a l'intention de mettre un amendement dans son
projet de loi, puis je ne sais pas où, il peut me dire où, pour fermer la porte
à ça? Est-ce que c'est son intention?
La Présidente (Mme Thériault) : M.
le ministre.
M. Jolin-Barrette : Bien, la réponse
à cette question-là, Mme la Présidente, c'est : Est-ce qu'on va empêcher d'autres types de formation que des
formations collégiales accréditées par le ou la ministre de l'Enseignement supérieur? La réponse à ça, c'est non. Les gens ont le droit de suivre des
formations qu'ils souhaitent suivre, de formation... Pardon?
Mme David : ...c'est bien.
M. Jolin-Barrette : Non, non, ce
n'est pas une formation collégiale, c'est ça.
Présidente (Mme Thériault) :
Non, je m'excuse. Je m'excuse, Mme la députée de Marguerite-Bourgeoys...
Mme David : Je m'excuse, je
m'excuse, je m'excuse.
Présidente (Mme Thériault) :
...je suis obligé de vous dire la même chose que je viens de dire au
ministre. Le ministre a la parole.
Mme David : Mais j'entendais des
choses fausses comme j'ai entendu tout à l'heure.
La Présidente (Mme Thériault) :
Non... Oui, mais le ministre a la parole. Vous avez du temps. Il n'y a pas de
problème. Si vous voulez parler, vous me faites signe, puis je vais vous donner
la parole. J'ai fait la même chose au ministre, là. J'essaie d'être conséquente
avec moi-même. Si tout le monde parle chacun son tour, ça va être beaucoup plus
convivial pour nos travaux. Enfin, il ne faut pas s'interpeler, s'il vous
plaît.
M. le ministre, vous avez la parole. Continuez.
M. Jolin-Barrette : Alors, ce n'est
pas une formation collégiale, ce n'est pas une formation universitaire. La
question du député de La Pinière, c'est : Est-ce que vous souhaitez
interdire ce genre de formation là, le fait que les gens aient du matériel pédagogique traduit en français puis qu'ils
puissent faire un apprentissage? Non, on n'interdira pas le fait que les
gens acquièrent certaines connaissances puis qu'il y a un apprentissage.
Honnêtement, et vous l'avez dit dans l'article, il n'y a pas de diplôme à la
clé.
Alors, je comprends que le député de La Pinière
voudrait interdire tout type de formation, mais c'est un concept inspiré de la France qui a été incorporé
ici. C'est pour démarrer le studio 42, la méthode 42 avec la Commission
des partenaires du marché du travail. Et les coordonnateurs pédagogiques sont
unilingues francophones, le matériel pédagogique est en français, puis, en
plus, on me dit que le projet est en nomination pour le plus beau projet
franco-canadien de la Chambre de commerce France-Canada.
Donc, on est vraiment loin des questions, avec
le député de La Pinière, sur... le
chapitre sur l'enseignement collégial puis
les programmes de D.E.C. prévus à l'article 88.0.6.
Barrette : Mme la
Présidente, j'aurai un amendement à déposer parce que j'ai l'intention de vider
le sujet. Et je vous demanderais de
suspendre. Ce ne sera pas très long puis ça ne sera pas un amendement très
compliqué à déposer.
Présidente (Mme Thériault) :
D'accord. Je vais suspendre quelques instants, le temps de préparer
l'amendement.
(Suspension de la séance à 15 h 21)
La Présidente (Mme Thériault) : À
l'ordre, s'il vous plaît! Donc, nous allons poursuivre nos travaux. M. le
député de La Pinière, votre amendement est sur Greffier, donc les collègues
peuvent en prendre connaissance. Est-ce que vous voulez nous en faire la
lecture, s'il vous plaît?
M. Barrette : Avec plaisir, Mme la
Présidente. Alors,
article 58 :
L'article 88.0.1 de la Charte de
la langue française introduit par l'article 58 du projet de loi est
modifié par l'ajout, dans le premier alinéa, des mots «recevant des fonds
publics» après le mot «collégial».
Alors, Mme la Présidente, l'article se lirait
ainsi :
«Les établissements offrant l'enseignement...»
Je m'excuse. «Les établissements — et il y a une coquille, Mme la
Présidente, là, il manque un "s", voulez-vous me pardonner — offrant
l'enseignement collégial recevant des fonds
publics, à l'exception des établissements privés non agréés aux fins de
subventions et des établissements qui sont des organismes
gouvernementaux au sens de l'annexe I, ainsi que les établissements
d'enseignement universitaire visés aux paragraphes 1° à 11° de l'article 1
de la
Loi sur les établissements d'enseignement de niveau universitaire
(chapitre E-14.1) appartiennent à une seule des catégories
suivantes : francophone ou anglophone.».
Alors, Mme la Présidente, ici, il y aura une
intention pour nous de clarifier la situation, essentiellement selon les paramètres que j'ai exprimés à date. Alors,
ici, Mme la Présidente, à un moment donné, il va falloir que le
gouvernement prenne une position ou le ministre prenne une position. Ils sont
où, ces établissements-là, là?
Et là, Mme la Présidente, je sais tout de suite
ce que le ministre va nous dire. Alors, je vais répondre tout de suite à cet
argumentaire-là. Il va nous dire : Ce n'est pas un établissement collégial
au sens de la loi. O.K. Mme la Présidente, là, il va falloir qu'il nous
explique pourquoi, au ministère du Travail, là, pourquoi on liste parmi... pourquoi on met cet établissement-là? On le met
parmi 174 institutions. Vous allez me dire que c'est un
établissement parmi 174, mais on le met dans la catégorie «formation
collégiale». Alors, je veux simplement, Mme la Présidente, encore une fois,
insister sur l'incohérence que je vais qualifier de gouvernementale. Le
ministre nous dit une chose dans le ministère de l'Éducation, le ministère du
Travail, lui, en dit une autre. Commençons donc par clarifier ça.
La Présidente (Mme Thériault) :
Merci, M. le député de La Pinière. M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Bien, juste sur
l'amendement député par le déposé de La Pinière, là, ça amène une contradiction
avec l'objectif de l'amendement... avec l'objectif de l'article, là. Dans le
fond, un établissement non agréé aux fins de
subvention, c'est du ministre de l'Enseignement
supérieur. Donc, le débat, là, il est
sur les établissements collégiaux, il
n'est pas sur d'autres types d'établissements Le débat, présentement, il est
sur les établissements collégiaux reconnus. Il n'est pas sur les autres
types d'établissements. Et là, dans cette situation-là, c'est en français et le
matériel pédagogique qui est également en français. Donc, on ne parle pas
d'établissement collégial, là.
La Présidente (Mme Thériault) : M.
le député.
Barrette : Mme la Présidente,
le ministre nous dit qu'on ne parle pas... Je n'ai pas compris son
argumentaire. On ne parle pas d'établissement collégial parce que le matériel
pédagogique est en français? J'ai dû mal comprendre.
Jolin-Barrette : Oui. À
l'école 42, là, les formateurs sont unilingues francophones, le matériel
pédagogique est disponible en français. Ça se
passe en français, là, puis ce n'est pas une école qui est régie, ce n'est pas réglementé, c'est privé-privé. Puis ce n'est
pas... Vous n'avez pas de diplôme, là, à la fin, là. Ce n'est pas
reconnu par le ministère de l'Enseignement supérieur, là. Vous n'avez pas de
D.E.C. quand vous sortez de là. Vous n'avez pas de A.E.C. quand vous sortez de
M. Barrette : Bon, je vais le
répéter, Mme la Présidente, là. Je l'ai dit ce matin, je l'ai déposé. Dans la
foire aux questions, hein, il est clairement indiqué que l'individu peut faire
sa formation en anglais. S'il peut la faire en anglais, O.K., c'est qu'il y a
du matériel en anglais. S'il peut le faire en anglais, c'est très probable
qu'il y ait du personnel pédagogique qui est anglophone. C'est écrit dans leurs
documents. Je les ai déposés.
Et tantôt le ministre me reprochait d'avoir mal
lu l'article du Soleil , là, mais je veux bien, là, mais j'imagine qu'il
a eu le temps de le regarder, là. Et, dans l'article du Soleil , c'est
clairement indiqué, Mme la Présidente, que leur
souhait, à cette organisation-là, c'est d'être reconnue, d'avoir une
attestation quelconque. Regardez, je vais répéter, là, «une reconnaissance
des acquis et des compétences». Atteindre... Obtenir des acquis et des
compétences, là, c'est de la formation. Et une reconnaissance, c'est une forme
quelconque de diplôme, d'attestation, peu importe. Il y a un papier et, le
papier, il faut qu'il soit reconnu, validé par l'État.
Et il se trouve que le ministère du
Travail, là, qui, lui, a une bonne intention, qui essaie de rattraper le monde,
particulièrement les décrocheurs, en leur donnant une liste de diverses
formations reconnues dans le réseau collégial et
universitaire, bien, ils mettent cet établissement-là eux-mêmes dans les
établissements reconnus de niveau collégial. Là, il y a une incohérence
à sa face même.
Alors, nous, là, on
voit des gens qui veulent arriver à cette destination-là, qui sont appuyés par
l'État... Et je rappelle au ministre qu'il a dû le voir, quand il a pris la
documentation en compte. Il y avait deux autres ministres qui étaient là, Mme
la Présidente, si j'ai bien compris. Il y avait... En fait, il y avait deux ministres
qui étaient là à une occasion,
le Travail et le ministre responsable de la transformation... le ministre
délégué à la Transformation numérique, où tout le monde était bien
content d'être là, là. Alors, ça, là, si ce n'est pas clairement un chemin vers
une attestation dans notre système, c'est quoi? Je ne vois pas, là, comment le
ministère du Travail va regarder ça. Je ne le vois pas.
Alors là, moi, ce que
je demande au ministre, c'est, un, de clarifier la situation : On s'en va
où avec ça? Veut-il le maintenir? Veut-il le développer? Je vais en poser une
autre, question, simple : Des comme ça, il y en a combien? Il y en a combien? Ça, ça m'apparaît être... Et j'ai emprunté la
formule que ma collègue la députée de Marguerite-Bourgeoys a déjà
utilisée : Est-ce que ça va devenir la voie royale de contournement de la
loi n° 96?
Mme la Présidente,
qu'on ne me réponde pas : Aujourd'hui, c'est de même, rassurez-vous, M. le
député. Les intentions de l'organisation sont clairement exprimées ici. Il y a
un problème de cohérence dans cette situation-là. Qu'en est-il? Et il veut
faire quoi?
Je vais le répéter,
s'il veut le laisser, c'est son choix, il est majoritaire. S'il veut le fermer,
c'est son choix aussi. Alors, qu'il fasse un
amendement ou qu'il nous propose un amendement, qu'il nous dise là où il va le
mettre. C'est quoi qu'il va faire? C'est une réalité, ça. Et qu'on
arrête de nous dire qu'il n'y a rien en anglais, là, ce n'est pas vrai. Ce
n'est juste pas vrai.
La Présidente (Mme
Thériault) : Merci. M. le ministre.
Jolin-Barrette : Mme la Présidente, est-ce que le député de La
Pinière, à l'époque où il faisait son cours de médecine, a eu à avoir recours à
du matériel pédagogique en langue anglaise?
M. Barrette :
Mme la Présidente, je vais y répondre. Je n'aime pas ça, ces questions-là,
parce que je trouve ça inapproprié, mais je vais y répondre...
M. Jolin-Barrette :
Bien, c'est tout à fait approprié.
M. Barrette :
...mais je vais y répondre, Mme la Présidente. Il n'y avait pas de
ministre, quand j'ai fait mon cours de médecine, qui était là avec une
loi n° 96. «Irrelevant.»
M. Jolin-Barrette :
Est-ce que le député de La Pinière croit que, dans tous les cas, là,
lorsqu'il va y avoir de la formation dans les établissements collégiaux et
universitaires, on va pouvoir empêcher d'avoir des ouvrages de référence dans
une autre langue que le français? Ah! il faut favoriser le recours au matériel
pédagogique en français. Mais est-ce qu'il croit que, dans tous les programmes,
il est possible d'avoir recours à des ouvrages de référence uniquement en
langue française?
M. Barrette :
Alors là, Mme la Présidente, ça, c'est une question à laquelle le ministre
doit répondre lui-même. Ce n'est pas à nous. Il fait un projet de loi pour que
l'enseignement se fasse en français. Il est, à mon avis, implicite que le
matériel pédagogique est en français. Et je vais lui renvoyer la balle. S'il
advenait qu'un cégep fournisse un matériel pédagogique exclusivement en
anglais, est-ce que ça serait acceptable pour le ministre?
La Présidente (Mme
Thériault) : M. le ministre.
M. Jolin-Barrette :
Alors, voyez-vous comment le député de La Pinière ne veut pas répondre à ma
question? Alors, les articles qu'on étudie présentement, là, ça vise la langue
de l'enseignement au collégial, pas dans tout le reste des formations qui sont
données dans la société. Puis ça, je pense que vous en êtes bien conscient.
Vous en êtes bien conscient que ça touche la langue du collégial. Puis là vous
m'emmenez complètement à un autre sujet qui n'a pas de lien avec la formation
au niveau du D.E.C. On vient, à l'article 88.0.1, classifier les
établissements d'enseignement publics au
niveau collégial et privés subventionnés, prévus par la loi avec l'agrément, en
deux catégories : anglophone, francophone. C'est de ça dont on
discute.
Vous, vous parlez
d'autre chose qui n'est pas dans le périmètre de la loi, qui n'est pas sur le
débat, sur la question des cégeps. Ce n'est pas un établissement collégial, le
lieu de formation dont vous me faites référence. Puis pire que ça, vous
dites : C'est en anglais. Ce n'est pas en anglais. Les coordonnateurs
académiques sont unilingues francophones. Il y a du matériel pédagogique en
français. Puis c'est indiqué également, ils peuvent avoir le matériel pédagogique dans autre langue, s'ils le
souhaitent, mais ça se passe en français. Puis ce n'est pas un enseignement,
c'est un apprentissage par les pairs. Ce
n'est pas dans un cégep, là. Je ne peux pas être plus clair que ça, là. Ce
n'est pas collégial.
M. Barrette :
Alors, Mme la Présidente, je reviens à ma question. C'est plutôt le ministre
qui n'aborde pas la question. Non seulement il n'aborde pas le sujet, il ne
répond pas aux questions qu'on pose. Moi, quand on me pose des questions, là,
je ne fais pas partie, là... Ce n'est pas mon projet de loi, là. Il ne peut pas
me reprocher de ne pas répondre à ses questions, franchement, là.
Alors, Mme la
Présidente...
Jolin-Barrette : Bien, c'est vrai, c'est une discussion.
La Présidente (Mme Thériault) : Non,
mais vous avez une discussion quand je vous reconnais, mais là, présentement,
c'est le député de La Pinière qui a la parole. Je viens de reprendre le cinq
minutes de la députée de Marguerite-Bourgeoys parce
qu'elle vous a interrompu. C'est correct. On va juste prendre chacun son temps,
puis la personne que j'ai reconnue, c'est elle qui a la parole. Puis, si vous
voulez répliquer après, M. le ministre...
M. Jolin-Barrette : C'est correct.
La Présidente (Mme Thériault) :
...bien, je vous reconnaîtrai, ça va me faire plaisir.
M. Jolin-Barrette : Je constate
qu'ils prennent tout leur temps, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme Thériault) :
Bien, il n'y a pas de problème. C'est le rôle des parlementaires. Allez-y, M.
le député.
M. Barrette : Alors, il y a là une
formation. Les responsables de ladite formation disent que ça peut se faire en anglais. Alors, à un moment donné, il faudrait
arrêter de nier les faits. Et ensuite ces gens-là visent à ce qu'ils
soient officiellement reconnus. Bon. Et aujourd'hui, au moment où on se parle,
ils reçoivent de l'argent public pour ce qui est clairement une formation.
Et on est dans un projet de loi, un projet de
loi où on classe ces établissements-là, ces situations-là, en francophone et
anglophone. Juste là-dessus, là, le ministre, est-ce qu'il va nous dire s'il a
l'intention de les classer? Est-ce qu'il a l'intention de les amener à une
certification officielle, un diplôme? Mais surtout, Mme la Présidente, surtout, il y en a-tu d'autres, des comme ça,
ailleurs dans la société? Y a-t-il d'autres formations de ce type-là qui
reçoivent des millions, des milliers ou des
millions de dollars? Est-ce qu'il y en a d'autres? Avons-nous levé le voile sur
un problème qui est beaucoup plus grand que celui qui n'y paraît dans ce
seul exemple-là? C'est clair qu'il ne l'avait pas vu ni prévu. Il est là, là. On a trouvé ça. On n'a plus besoin de chercher,
là. C'est un
article d'il y a deux mois. Alors, on fait quoi? C'est ça
qu'on veut savoir.
La Présidente (Mme Thériault) : M.
le ministre.
Jolin-Barrette : Bien, le député de La Pinière n'est pas dans la
bonne section. On parle du collégial. Il n'y a pas de diplôme associé à
cette école-là. Je comprends que, Mme la Présidente, le député de La Pinière
pensait être bien fier de son coup puis
dire : Ah! Ha! j'ai trouvé quelque chose. C'est ça, votre prétention, là,
alors que ce n'est pas le cas.
Alors, Mme la Présidente, si le député de La
Pinière veut introduire une nouvelle section, qu'il fasse un amendement à
l'endroit approprié, mais là on parle des établissements collégiaux.
M. Barrette : Pour ce qui est des
«ah, ha», Mme la Présidente, je laisse le député de Matane-Matapédia faire
preuve de cruauté intellectuelle, lui, à nouveau, parce qu'on sait ce qui
touche le ministre, on l'a vu hier.
Pour le reste, non, je n'ai pas ici la
prétention d'avoir trouvé quelque chose. On a vu quelque chose, Mme la
Présidente, et on demande au ministre de clarifier. Et, en réponse, on a des
effets de toge bien... on ne le dira pas, Mme
la Présidente. C'est d'un autre âge, on va dire ça, donc moins 50 ans par
rapport à moi... non, même pas, moins 60.
Mme la Présidente, je pense que ma collègue
aimerait avoir la parole. Je vais la lui laisser.
La Présidente (Mme Thériault) : Est-ce
que...
M. Jolin-Barrette : Question de
règlement. Je ne comprends pas les propos du plaignant. J'aimerais qu'il les
précise pour les membres de la commission. Il a fait référence à hier. Je ne
sais pas à quoi il fait référence. Il fait référence
à des histoires de 50 ans, 60 ans. Je voudrais juste savoir. J'ai de la
difficulté à comprendre, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme Thériault) :
Bien, j'avoue que je n'ai pas compris moi non plus, M. le ministre.
M. Barrette : Ah! bien, moi, je
laisse, Mme la Présidente, je laisse essentiellement au député de Matane d'avoir la chance, éventuellement, d'expliquer les
défaites politiques et historiques du ministre à propos de sa défense du
français. J'aurais bien aimé ça hier... Et pour ce qui est des effets de toge
qu'il fait aujourd'hui, je trouve ça un petit peu puéril, mais ça, c'est une
autre affaire.
Je laisse la parole à ma collègue qui a levé la
main, Mme la Présidente, si elle le souhaite toujours.
La Présidente (Mme Thériault) :
Donc, je reconnais maintenant la députée de Marguerite-Bourgeoys.
Mme David : Merci, Mme la
Présidente. Je pense qu'on va reprendre les choses par la base. On a... La
CPMT, ministère de l'Emploi reconnaissent 174 formations universitaires et
collégiales, des formations. Des fois, c'est plusieurs formations dans une
université. Je vois l'Université Laval ici, le cégep Garneau, cégep de Lévis,
toutes des formations en numérique. On appelle ça «en numérique». C'est bien à
la mode. On est des chefs de file, au Québec, en numérique.
Alors, je
vous donne un exemple ici : Université
Laval, microprogramme de deuxième
cycle en informatique, génie logiciel; cégep de Lévis, une A.E.C. en
automatisation et instrumentation industrielle; UQAR, certificat en commerce
électronique. Il y en a 174 qui sont toutes, toutes, toutes données par des
établissements reconnus dans la liste de la CPMT, du ministère de l'Emploi et avec le beau drapeau du
gouvernement du Québec, et c'est... l'adresse, c'est : www.quebec.ca/emploi/planification-et-gestion-de-carriere/formation/programme-requalification-accompagnement-ti-communications/liste...
des formations. Les 173 sur 174 sont des établissements reconnus et
subventionnés par le gouvernement du Québec. Il y en a une qui représente
0,22 %, je pense, ou... même pas 1 %, donc une formation qui est non agréée par personne, qui n'est pas agréée,
pas reconnue, mais qui est subventionnée à hauteur de 11,5 millions
de dollars, 11,5 millions de dollars par le gouvernement du Québec, donc
le ministère de l'Emploi — c'est
pour ça que le ministre de l'Emploi était au lancement — et la
ville de Québec qui donne aussi 3,5 millions de dollars. Donc, on est, en
tout, à une subvention de 11,5 millions de dollars sur cinq ans.
Et le ministre de la Transformation numérique
était là aussi. Tous les deux étaient enchantés. Et ce que le gouvernement dit,
probablement à travers un communiqué de son ministère de l'Emploi, c'est que ce
qu'il vise, c'est une reconnaissance d'acquis et de compétences. Pour qui
connaît le moindrement ce qu'on appelle dans le jargon du réseau collégial de
la RAC, reconnaissance des acquis et compétences, bien, les compétences, là,
tout le système collégial fonctionne par
compétences. Ils veulent avoir des reconnaissances d'acquis et compétences par
des institutions scolaires reconnues. Donc, non seulement ce n'est pas
une formation donnée à côté, à côté de... même, ce sont des fonds publics.
Et, quand le ministre dit que c'est une
formation privée-privée, bien non, les étudiants ne paient aucun sou pour fréquenter.
C'est totalement gratuit. Pourquoi? Parce que ce sont les gouvernements qui
paient, le palier municipal, le palier provincial. Donc, c'est complètement
gratuit pour les étudiants.
Il n'y a pas de professeur. Effectivement, le
ministre s'est bien fait dire que c'était des accompagnateurs. Quand l'étudiant
pose la question dans la foire à questions : Est-ce que je peux étudier en
anglais — en
anglais — ou
en français?, on répond : Vous pouvez
étudier dans la langue de votre choix. Oui, vous pouvez étudier en anglais.
Pourquoi? C'est simple, c'est un réseau. Ils appellent même ça le
42 Network. C'est français, c'est vrai, mais on connaît les Français et
leur appréciation de la langue anglaise. Ça s'appelle le 42 Network, et ce
network-là a tous les vidéos, évidemment, toute la formation qui est
entièrement de l'autoformation. Les accompagnateurs, là, c'est s'il y a un
bogue, s'il y a quelque chose. C'est de l'autoformation. Tu viens là...
Et je ne dis
pas que je suis contre un modèle de formation comme ça. Ça raccroche des gens,
et la CPMT a bien vu, et le ministère de l'Emploi, que ça pouvait aller
chercher des décrocheurs. J'en suis. Ça peut aller permettre...
Alors, c'est
ouvert sept jours-semaine, 24 heures par jour. C'est un modèle totalement,
totalement inédit qui a séduit beaucoup le ministre de l'Emploi, qui est
allé à Paris regarder ça, qui a visité puis il a dit : Mais c'est fort
intéressant.
Sauf que, dans la liste, là, des 174, là, ce
sont toutes des institutions reconnues, toute la gang, donc qui vont être sous
la loupe, évidemment, et le... j'oserais dire, la gouverne du projet de loi
n° 96. Donc, elles vont être toutes, les
174 sauf une, classés anglophones, francophones avec tout ce qui vient avec. Et
on va le voir, Mme la Présidente, là, on
y arrive avec les 17,1 %, les 8 % d'augmentation, les 2 % chez
les francophones d'avoir le droit d'enseigner en anglais.
Mais cette formation-là, qui vise à être
reconnue par ce même réseau collégial, qui ne l'est pas encore, mais qui est
subventionnée par des fonds publics, d'où notre amendement recevant des fonds
publics, ça ne coûte pas un sou à l'étudiant. Ce n'est pas une formation comme
quand on part des écoles privées-privées non subventionnées ou l'exemple du
collègue de La Pinière, Saku Koivu, par exemple. On a parlé beaucoup des
enfants de ressortissants. Ils auront juste à aller au privé-privé. Ça va leur
coûter 30 000 $, 40 000 dollars par année.
Là, on ne parle pas de ça. C'est entièrement
gratuit. Donc, comme c'est entièrement gratuit et que c'est financé par l'État,
bien... et que ça peut se faire en anglais, en français, n'importe comment,
bien, moi, je pense que le gouvernement, l'État devrait regarder, et d'où notre
question : Est-ce que ça ne devrait pas être regardé en fonction des
critères du projet de loi n° 96? Parce qu'à ce moment-là l'État
pourrait...
Et la CPMT,
j'en ai parlé un peu tout à l'heure, parle beaucoup, beaucoup de formation de
main-d'oeuvre, il y a une grande pénurie de main-d'oeuvre, veut trouver
toutes sortes de modèles parallèles de pouvoir faire de la formation
rapidement. C'est un modèle, à ce moment-là, extrêmement intéressant. On ne se
bâdre pas de réseaux, on ne se bâdre pas de critères puis là, bien, on peut
enseigner en anglais, on peut enseigner en français. On va former, qui, un technicien en informatique, qui, un... quelqu'un
en n'importe quoi, en n'importe quelle formation où on a une urgence,
puis, à ce moment-là, bien, ça réussit à éviter tous les critères que le
ministre essaie d'installer avec le projet de loi n° 96.
C'est ça, l'enjeu, Mme la Présidente. C'est
qu'ils visent une reconnaissance. Alors là, quand il va y avoir la
reconnaissance... parce qu'ils vont essayer de l'avoir, un cégep va lever la
main, un cégep de Québec, probablement, parce que tout ça se passe à Québec.
C'est Québec numérique qui chapeaute ça.
Et, encore une fois, je ne dis pas que c'est une
formation qui est nécessairement mauvaise, il y a même des stages à la clé.
Moi, quand je parle de stages, d'habitude, c'est reconnu comme un établissement
reconnu avec un État qui surveille la formation. Là, il n'y a personne qui
surveille la formation. Ce n'est pas le ministère, ce n'est pas le ministre de
la Transformation numérique qui va aller voir si on peut agréer ce
programme-là. On parlait de médecine. C'est pas mal surveillé par les
universités, les programmes de médecine. Il y a... Ce n'est pas le ministre de
l'Emploi qui va aller surveiller non plus la qualité de la formation. On a
créé, depuis 50, 60, 70 ans, deux réseaux extraordinaires qui sont là pour être
sûrs de la qualité des formations qui se donnent.
Cette formation-là n'est pas surveillée dans ce
sens-là, mais elle est financée. C'est là qu'il faudrait être cohérent. Ou vous
financez la formation puis vous êtes très contents, mais vous utilisez les
réseaux que vous avez et qu'on a tous collectivement créés, formés, admirés,
soutenus depuis 60 ans, ou bien vous n'investissez pas, puis là vous les
laissez vraiment faire du privé-privé à 50 000 $ par année, puis il
n'y a personne qui surveille. Mais là vous subventionnez. C'est gratuit pour
l'étudiant. Puis ils veulent intégrer le réseau collégial, puis vous
dites : Ce n'est pas de mes affaires. Ça ne marche
pas beaucoup, ce n'est pas cohérent. Puis, dès qu'ils vont demander leur
affiliation au réseau collégial, peut-être un cégep de Québec va lever la main,
bien là, tout à coup, il va falloir qu'ils suivent tous les règlements. Il va
falloir que ça rentre dans un devis quelconque, ces étudiants-là. Il va falloir
que... s'ils ont un diplôme d'études collégiales ou une A.E.C, bien là, ça va
tomber dans vos critères.
Alors, ce n'est pas complètement farfelu qu'on
demande, un : Étiez-vous au courant? La réponse, c'est non. Pourtant, il y avait deux de vos collègues qui
étaient là. Deuxièmement, ça va poser beaucoup d'enjeux pédagogiques, ça
va poser des enjeux linguistiques. Ça pose des enjeux de financement, parce que
vous ne donnerez peut-être pas 11,5 millions tous les cinq ans, là. Ou, si
c'est ça, bien, soyez cohérent avec tout ce que vous voulez installer dans le
réseau collégial, parce qu'ils visent le réseau collégial, c'est ça qu'ils
veulent obtenir, puis c'est ça que le ministère de l'Emploi... La citation de
mon collègue est marquée «selon le gouvernement», là. Ce n'est pas... Alors,
c'est eux qui disent : On voudrait qu'ils soient agréés par un collège.
Alors, ça vous guette.
La Présidente (Mme Thériault) : M.
le ministre.
Jolin-Barrette : Moi, Mme la
Présidente, je veux bien des affaires dans la vie, j'ai beaucoup de souhaits
dans la vie. Ça ne veut pas dire que toutes mes volontés et tous mes souhaits
sont exaucés, loin de là, Mme la Présidente. J'en ai un, grand souhait, puis il
n'est pas exaucé, Mme la Présidente.
Mme David : ...celui du député de
Matane-Matapédia?
M. Bérubé : C'est-tu un changement
de fonction?
M. Jolin-Barrette : Le changement de
fonction? Écoutez, ça, c'est la prérogative du premier ministre, vous le savez
bien.
M. Bérubé : ...pour le remplacer un
jour, je ne sais pas.
M. Jolin-Barrette : Non, pas du
tout, loin de là, loin de là.
M. Bérubé : C'est noté. En tout cas,
vous êtes fixés.
M. Jolin-Barrette : Alors, sur la
question de la disposition, on vise les D.E.C., les diplômes d'études
collégiales. Je comprends ce que vous me dites, là, mais ce centre de formation
là, là, ou ce lieu-là, ce n'est pas accrédité. Ce n'est pas un D.E.C., ce n'est
pas un A.E.C. Nous, on se concentre sur les D.E.C., les A.E.C. Puis la prémisse
de base du député de La Pinière, quand il a introduit ça tout à l'heure,
c'est : Il donne de l'enseignement en anglais, puis tout est en anglais,
puis tout ça, alors que ce n'est pas le cas, c'est factuellement faux. Il y a
quelqu'un auparavant, dans votre formation politique, qui disait : C'est
factuel. Alors, c'est...
Mme David : ...en anglais ou
français, première des choses, mais c'est possible d'être en anglais. C'est
comme si un étudiant va étudier en sciences humaines au cégep Garneau puis là
il dit : Je pourrais-tu étudier en anglais au cégep Garneau? On lui
répond : Bien oui, pas de problème. Tu n'as rien qu'à tout faire ça en
anglais. Ça ne marche pas, la réponse.
M. Jolin-Barrette : ...pas un établissement collégial. On est dans
les dispositions sur les établissements collégiaux. Vous savez c'est
quoi, un D.E.C.?
Mme David : O.K., je vais vous
poser une question là-dessus. Vous dites : On ne touche pas à la formation
continue, etc. Pas vrai, pas vrai. Vous allez aller regarder dans les cégeps
anglophones. Puis vous dites même qu'il ne
faut pas qu'il y ait de recherche dans une langue autre que le français. Il ne
faut pas qu'il y ait de formation en entreprise dans une langue autre
que le français par des cégeps reconnus. Donc, vous... Plus loin, là, on va
s'apercevoir que vous mettez des contraintes aux cégeps anglophones pour aller
donner des A.E.C., des formations continues et même faire de la recherche dans
une langue autre que le français, puis ça, c'est des cégeps drôlement reconnus.
Puis là vous dites : Non, non, non, ce n'est pas grave, on ne touche pas à
ça. Ce n'est pas vrai que vous ne touchez pas à ça.
M. Jolin-Barrette : Alors, moi,
je vous invite à... lorsqu'on sera rendus sur les articles pertinents, on fera
le débat sur ces sujets-là.
Mme David : Oui, je peux quand même
me permettre de vous reprendre, parce que vous dites des choses qui sont,
j'oserais dire, pas vraies, parce que, plus loin, on va retrouver des choses
qui sont exactement à l'encontre de ce que vous dites, à moins que vous ayez
des beaux amendements à proposer.
M. Jolin-Barrette : Mme la
Présidente, je ne suis pas d'accord avec cette interprétation-là de la vérité.
Mme David : J'ai hâte de voir,
Mme la Présidente.
La Présidente
(Mme Thériault) : Vous aurez l'occasion de voir dans les autres
qui vont suivre.
Est-ce que j'ai d'autres interventions sur
l'amendement apporté par le député de La Pinière? M. le député de La Pinière.
M. Barrette : Alors, si je
comprends bien, là, pour conclure, Mme la Présidente, parce qu'à un moment
donné il va falloir conclure, à moins que... d'autres collègues qui sont
intéressés à revenir, là. Alors, si on conclut, on comprend que le ministre, parce que la formation en question n'a pas
atteint le niveau encore par non-reconnaissance, ça ne le dérange pas que cette formation-là, qui est
au moins partiellement, sinon complètement donnée en anglais, financée
par l'État, ça ne le dérange pas que l'État n'ait pas son mot à dire de quelque
manière que ce soit. Mme la Présidente, là, c'est fort, c'est vraiment fort.
C'est...
Je comprends, là, que le ministre, il aime ça,
avoir le dernier mot. Vous... Savez-vous quoi, Mme la Présidente? Moi, ça me
passe 100 pieds par-dessus la tête. Il est majoritaire, il va l'avoir, le
dernier mot. Mais, à un moment donné, il ne peut pas, lui, là, venir ici puis
tout le temps parler de principes puis de principes, puis vous autres, puis
nous autres, nous autres, on est ci puis, nous autres, on est ça, nous sommes
les héros du français et, à la première
occasion, Mme la Présidente, plier... bien, la première occasion connue, parce
qu'il y a eu d'autres occasions.
Regardez, Mme la Présidente, là, très déçu de
l'attitude du ministre dans ce dossier-là, mais une déception n'en attend pas
l'autre. Je vais attendre la prochaine.
La Présidente (Mme Thériault) :
Merci, M. le député de La Pinière. M. le ministre, est-ce que ça va?
M. Jolin-Barrette : Bien,
écoutez, Mme la Présidente, je fais preuve d'empathie envers le député de La
Pinière. J'espère que, d'ici la fin du projet de loi, je vais avoir comblé ses
attentes. Je vais essayer d'être à la hauteur de ses aspirations.
La Présidente (Mme Thériault) :
Donc, je comprends que c'était la dernière intervention sur l'amendement du député de La Pinière, que je peux mettre au
vote. À moins qu'il y ait quelqu'un d'autre qui veuille prendre la
parole? Je ne vois pas personne d'autre. Donc, est-ce que l'amendement déposé
par la députée de La Pinière est adopté?
M. Jolin-Barrette : Rejeté.
La Présidente (Mme Thériault) :
Rejeté? Rejeté. L'amendement est rejeté.
Donc, nous revenons à l'article 88.0.1. Il
ne reste pas beaucoup de temps. M. le député de D'Arcy-McGee, vous, vous en
avez beaucoup. Allez-y.
M. Birnbaum : Madame, avant
le... votre break, j'avais déposé une question.
Présidente (Mme Thériault) : Oui, c'est vrai, avant la suspension, vous aviez posé une question.
Absolument, vous avez raison.
M. Birnbaum : Oui, sur le
deuxième alinéa de 88.0.1, où... bon, j'ai déposé la question. Le ministre nous
fait constater, à juste titre, que la liste apparaît déjà dans l'annexe. Alors,
qu'est-ce qu'il apporte, ce deuxième alinéa? Et c'est quoi, le cas de figure où
ces deux ministres auraient à trancher?
La Présidente (Mme Thériault) :
M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Bien, en
fait, la question porte sur le deuxième alinéa, qui indique clairement :
«Tout établissement offrant un tel
enseignement est francophone, sauf lorsqu'il est désigné comme établissement
anglophone par le ministre de l'Enseignement supérieur, de la Recherche, de la
Science et de la Technologie et par le ministre de la Langue française.» Nous,
dans le fond, c'est... on vient créer un pouvoir de désignation, si on voulait
désigner un établissement collégial anglophone. C'est ce que ça fait. Ça permet
de donner le pouvoir de désignation. On a déjà, à l'article 179... comme vous
l'avez bien dit, on les identifie déjà, mais on pourrait venir en identifier un
nouveau. C'est un pouvoir de désignation qui est là.
La Présidente (Mme Thériault) : M.
le député de D'Arcy-McGee.
M. Birnbaum : Alors, le législateur
envisage la possibilité d'une croissance de la communauté d'expression anglaise
et la possibilité que l'État a jugé nécessaire de financer et d'autoriser
l'ouverture d'un autre établissement collégial de langue anglaise, si j'ai bien
compris.
La Présidente (Mme Thériault) : M.
le ministre.
M. Jolin-Barrette : Bien, en fait,
la disposition... Attendez-moi juste un instant.
Jolin-Barrette : Alors, le pouvoir de désignation, il est là,
effectivement, si on voulait en désigner un nouveau.
Donc, puisqu'on n'ouvre pas la charte à chaque semaine, dans le fond, ça permet
la possibilité aux deux ministres de désigner un établissement collégial
anglophone.
La Présidente (Mme
Thériault) : M. le député.
M. Birnbaum : ...bon courage, mais je ne note aucune... ce n'est pas mon travail à
faire pour le ministre, mais je ne note aucune référence à : sous
toute réserve de 84.0.4, alinéas 1° et 2°. Est-ce que je peux comprendre que
les critères qu'on va discuter bientôt ne
s'appliqueraient pas quand il s'agirait de la possibilité d'ouvrir un autre
établissement de langue anglaise?
La Présidente (Mme
Thériault) : M. le ministre.
Jolin-Barrette : Non, il faut... ça doit être lu en concordance avec
les deux. Donc, le plafond s'applique.
La Présidente (Mme
Thériault) : Ça va? Est-ce que j'ai d'autres interventions sur
l'article 88.0.1? Mme la députée de Mercier.
Mme Ghazal :
Oui. Merci, Mme la Présidente. J'avais une question. Dans l'article, au premier
alinéa, on parle : «À l'exception des établissements privés non agréés aux
fins de subventions...» Est-ce que, dans le projet de loi n° 96, il y a un endroit où on va... où on parle des
collèges privés non subventionnés? Est-ce que le ministre a l'intention
de légiférer là-dessus? On a beaucoup parlé, là, notamment, les collèges qui
amenaient beaucoup, beaucoup des gens de l'Inde pour venir ici étudier, puis c'était
vraiment scandaleux, là, comment c'était fait dans ces collèges-là.
Donc, je voulais
savoir si le... Parce qu'ici on dit «à l'exception», donc j'imagine qu'eux sont
exclus de cet article-là. Mais je n'ai pas vu ailleurs où est-ce qu'on va
légiférer sur ces collèges-là. Je me rappelle, c'était une enquête, là, dans le
journal, ça avait fait grand bruit, à Radio-Canada, en juin dernier.
La Présidente (Mme
Thériault) : Oui, M. le ministre.
Jolin-Barrette : Donc, en réponse à votre question, est-ce qu'on vise
les privés-privés, les établissements collégiaux
privés-privés, donc privés non subventionnés, la réponse, c'est non, mais... ou
non, sauf à l'article 88.0.11, où est-ce que, là, on va venir
prévoir que s'il doit... si on établit un programme, ça doit être autorisé par
la ministre de l'Enseignement supérieur. Parce que l'enjeu, actuellement, c'est
que la ministre de l'Enseignement supérieur n'avait pas les leviers pour
autoris