Agriculture, Fisheries, Energy and Natural Resources — 16 March 2015 (41st Legislature, 1st Session)
CAPERN 2015-03-16
Quebec — Committees
Quand
on considère l'ensemble des régions du Québec, il est très important de
réaliser qu'il y a déjà des variabilités très, très significatives au Québec. Si je regarde
l'Abitibi-Témiscamingue, qui a une valeur moyenne de 1 237 $ par
hectare, l'Outaouais,
4 108 $, Lanaudière, 16 464 $, les Laurentides,
11 000 $, la Montérégie Est et Ouest, autour de 18 000 $,
19 000 $ de l'hectare, et le
Centre-du-Québec, à 8 000 $, Chaudière-Appalaches, à
8 700 $, ensuite le Bas-Saint-Laurent, à 2 700 $, et l'Estrie, à 3 699 $, donc on voit
déjà, de prime abord, une variabilité relativement significative sur la valeur
des terres, naturellement, les plus élevées
étant centrées autour de la vallée du Saint-Laurent, où, là, il y a de plus en
plus d'intérêt, j'oserais dire. Mais
il y a quand même des choses très intéressantes. Si on compare avec
Chaudière-Appalaches, l'Estrie et le
Centre-du-Québec, où le Centre-du-Québec et Chaudière-Appalaches ont une valeur
plus du double de celle de l'Estrie, donc il y a définitivement des
phénomènes ici qu'il va être peut-être intéressant de comprendre.
Une autre chose, pour
moi, qui va être relativement intéressante... Parce qu'on parle d'accaparement
de terres agricoles, mais il y a aussi de la
forêt, O.K., des forêts qui sont exploitées ou non. Il y a aussi
l'acériculture, qui, dans le Sud du
Québec, a un impact très, très significatif sur la valeur des terres parce
qu'on sait très bien aujourd'hui qu'une érablière a une valeur fondamentale — dans ma région, en tout cas — de l'ordre de 15 000 $ à
17 000 $ de l'hectare. Donc, quand
on a une moyenne de 3 699 $ l'hectare, là, il y a définitivement des
variabilités, encore là, qui sont très, très larges.
autre chose qui est intéressante à considérer à l'intérieur de ces enjeux-là,
c'est que, pour une ferme laitière, si
vous regardez la valeur de la ferme, le quota est généralement 50 % de la
valeur totale d'une ferme d'opération, et la machinerie, un 25 %, 30 %, et les terres, le restant de la
somme. Donc, ça aussi, je pense que c'est une question qu'il va falloir regarder avec attention parce que, si on
veut faire du transfert intergénérationnel, le problème n'est pas
nécessairement l'acquisition des terres, mais comme l'acquisition du
quota de lait, entre autres, et des autres biens par la suite. Donc, il y a toutes sortes de considérations à
l'intérieur de ce mandat-là qu'il va falloir porter des attentions pour
s'assurer qu'on aura des
recommandations que je qualifierais de légitimes et représentatives de ce que
l'on va entendre et observer à travers ce mandat d'initiative.
Maintenant, on nous
dit aussi que l'agriculture au Québec est centrée sur les fermes familiales. Ce
constat-là, peut-être qu'il va falloir aussi
l'approfondir parce que est-ce que c'est vraiment ça? Jusqu'où on va aller
aujourd'hui? Parce que ce qu'on
constate de plus en plus, c'est qu'il y a plus d'un agriculteur par ferme
laitière. La superficie agricole, le
nombre de vaches s'agrandit parce que ça permet généralement aux producteurs
d'améliorer leur qualité de vie et de partager,
si on veut, un risque qui est en train de devenir relativement grand quand on
considère les investissements que les producteurs sont obligés de faire
pour acquérir leurs biens.
La Présidente (Mme
Léger) : ...monsieur...
Bolduc : Merci. En conclusion, je vais aussi vous mentionner
que, par exemple, je prends le comté de Mégantic, où, dans les derniers 30 ans, 30 % de la
superficie agricole du comté a été laissée soit en plantations ou en terres de
friche. Je ne connais pas l'effet
directement que ça a sur la valeur des terres agricoles. Ce n'est peut-être pas
un hasard que ce soit aussi la région qui a un bas prix, on verra. Donc,
je suis intéressé à écouter tout le monde.
Présidente (Mme Léger) : Merci, M. le député de Mégantic. Alors, je
passe la parole à l'opposition officielle. M. le député de Berthier,
pour sept minutes...
M. Villeneuve :
3 min 30 s.
La Présidente (Mme
Léger) : ...non, 10 min 30 s.
10 min 30 s.
M. Villeneuve :
3 min 30 s.
La Présidente (Mme
Léger) : Trois. Excusez-moi, trois minutes. Excusez-moi, on n'est même
pas dans...
M. Villeneuve :
3 min 30 s. Merci. Merci, Mme la Présidente. Et je tiens à vous
saluer et saluer aussi tout le personnel qui
vous accompagne et qui, assurément, va mener à bien cette commission. Je veux
saluer, évidemment, mon collègue ici
présent, à ma gauche, saluer notre redoutable recherchiste à ma droite et
saluer l'ensemble des parlementaires qui
sont ici présents à cette commission. Et, évidemment, je veux vous saluer tous
et toutes dans la salle. Bienvenue chez vous. Bienvenue chez vous.
Bienvenue au Parlement.
L'agriculture
au coeur de nos vies. L'agriculture joue un rôle fondamental, vital pour les
sociétés. La souveraineté alimentaire
est à la société ce que la cellule est à la vie. Cependant, produire en
quantité suffisante pour répondre aux besoins de notre monde est une chose, mais produire en quantité, et en qualité,
et en diversité en est une autre. Il n'y a pas si longtemps, ce que l'on retrouvait dans nos assiettes était
composé à plus de 70 % de produits d'ici, de chez nous. Aujourd'hui, c'est
à peine un peu plus de 30 %. Pourtant, nos produits sont de très grande
qualité, en particulier grâce aux restrictions d'utilisation de produits chimiques et autres substances du même acabit.
Évidemment, on comprendra tous que rien n'est parfait, il y a encore des améliorations à apporter à nos pratiques
agricoles, et nous les apporterons, j'en suis persuadé.
D'ailleurs, par comparaison avec
certains produits provenant d'autres pays, on peut dire que les productions de
nos agriculteurs d'ici sont de qualité nettement
supérieure. Cette qualité et cette diversité sont liées au modèle d'agriculture
québécois, qui repose sur la ferme familiale
et l'agriculteur propriétaire. Bien évidemment, ce modèle n'est pas sclérosé,
et il évolue, et il évoluera inexorablement,
tout comme la société, aussi bien dans le contexte québécois que mondial, et
nul ne pourra y échapper. Une question... Pardon, nul ne pourra y échapper.
Excusez-moi. Bon.
question, Mme la Présidente, qui, à mon avis, mérite d'être posée
aujourd'hui : Devons-nous prendre des mesures pour contrer les impacts négatifs des achats ou de la location de
terres à grande échelle? Maintenant, comprenons-nous
bien, je ne suis pas en train de dire que nous vivons présentement une
situation catastrophique. Ce que j'affirme,
c'est qu'il ne faut pas attendre que la catastrophe arrive et que nous avons,
comme société, comme État, le devoir de
poser des gestes préventifs qui nous permettront d'élaborer une stratégie
prospective. Pour ce faire, il nous faut, dès à présent, nous doter d'outils nous permettant de mesurer, d'analyser et
d'encadrer une situation qui est en pleine évolution. Le rôle premier de l'État est d'assurer que
l'ensemble des acteurs aient en main toutes les données nécessaires pour être
en mesure de proposer et, ultimement,
de mettre en place un modèle qui correspond aux attentes et aux aspirations,
bien sûr, du monde agricole, mais aussi de toute la population du
Québec.
espérant que cette commission parlementaire permettra de bien analyser les différents
rouages du phénomène qui interpelle les élus que nous sommes ainsi que
le monde agricole et toute la société, laissons maintenant la parole, Mme la Présidente, aux représentants des
différents groupes que la commission a invités. Assurément, leur participation
nous amènera à mieux comprendre le phénomène
de l'accaparement des terres et à envisager les moyens nécessaires à l'État québécois pour jouer son rôle afin que le
monde agricole puisse prospérer comme il en est capable et réponde aux besoins de la population d'aujourd'hui et de
demain. Façonnons notre avenir à l'image de ce que nous sommes. Merci,
et bonne commission à tous.
Présidente (Mme Léger) : Merci, M. le député de Berthier. Je cède la
parole maintenant au deuxième groupe d'opposition. Mme la députée de
Mirabel.
D'Amours : Merci. À mon tour de vous saluer, Mme la Présidente, de
saluer mes collègues du gouvernement et du groupe d'opposition, ainsi
que tous les invités qui sont ici aujourd'hui, et mon collègue ici, juste à
côté de moi.
Donc,
notre formation politique est très heureuse du mandat d'initiative parce que
les terres agricoles, au Québec, c'est
des ressources qui sont non renouvelables, c'est le garde-manger des Québécois.
Alors, le mandat d'initiative va nous donner un portrait réel de la
situation au Québec — je
l'espère — de
nos terres agricoles.
Alors,
j'espère, et je souhaite, et je suis convaincue que, tout le monde, on sera en
mode d'écoute, en mode d'ouverture, en
mode de solution pour arriver à un consensus. Je pense pertinemment que le
mandat d'initiative de l'accaparement des
terres, qui est un gros mot... L'accaparement des terres, est-ce qu'on le vit
vraiment? Est-ce qu'on est mieux d'être en mode de prévention au lieu d'être en mode solution? Donc, après nos deux
journées en commission, on pourra commencer à travailler avec toutes les informations que les partenaires vont nous
avoir données. Alors, je nous souhaite et je vous souhaite une bonne
consultation. Merci.
Présidente (Mme Léger) : Merci, Mme la députée de Mirabel. Alors,
maintenant, je vais donner un petit
peu des consignes pour la suite des
choses. Les groupes qui viennent devant nous, à moins qu'il y ait des groupes qui sont jumelés,
là... mais, en général, c'est 45 minutes, dont 10 minutes pour l'exposé du
groupe, de l'organisation qui est devant nous. Et après on a 35 minutes d'échange avec les membres de la commission
réparties évidemment, je rappelle : 17 min 30 s pour le gouvernement,
10 min 30 s pour le groupe d'opposition officielle et
sept minutes pour le deuxième
groupe d'opposition.
nous commençons avec — je
vais vous souhaiter la bienvenue — la
Fédération québécoise des
municipalités, la FQM. Nous avons des
gens qui sont devant nous, et, si vous voulez nous les présenter... Je pense,
c'est M. Lehoux. M. le président, M. Lehoux...
M. Lehoux
(Richard) : Oui, bonjour.
Présidente (Mme Léger) :
...alors, bienvenue. Vous avez 10 minutes de présentation, mais juste nous indiquer qui est avec vous et...
Lehoux (Richard) : Alors, oui, merci. Bonjour, Mme la Présidente,
aussi mesdames messieurs, membres de la Commission de l'agriculture, des pêcheries, de l'énergie et des ressources
naturelles. Effectivement, m'accompagnent ici, à ma gauche, M. Michel Gagnon, directeur des politiques à la fédération,
et M. Farid Harouni, qui est conseiller politique spécifiquement aux
dossiers agricoles et ressources naturelles.
Alors, la Fédération québécoise des
municipalités remercie la commission de lui permettre de présenter ses commentaires dans le cadre des consultations
particulières et auditions publiques sur le mandat d'initiative portant sur
l'accaparement des terres agricoles.
Le phénomène de l'accaparement des
terres est devenu, au cours des dernières années, un enjeu majeur pour les
sociétés préoccupées par leur souveraineté
alimentaire et la prospérité de leur agriculture. Les rumeurs d'achat de terres
par des étrangers ou par des groupes
d'acheteurs qui ne pratiquent pas l'agriculture, notamment au Saguenay—Lac-Saint-Jean et au Bas-Saint-Laurent, ont soulevé plusieurs inquiétudes parmi les
acteurs du milieu agricole, mais aussi du milieu municipal.
Nous ne le
rappellerons jamais assez, l'agriculture est un des moteurs économiques
essentiels à la survie de nombreuses
municipalités. En plus de nourrir la population du Québec et d'ailleurs, elle
lui a permis d'occuper les territoires ruraux
aux quatre coins de la province et a favorisé le développement de plusieurs
régions. L'agriculture doit jouer un rôle complet dans la structuration
de l'économie locale et régionale. Elle n'est pas seulement pourvoyeuse
d'emplois et distributrice de retombées,
elle est étroitement liée à l'identité des milieux et elle génère son
développement. Son potentiel doit
servir à l'élargissement des divers moyens pour créer de la richesse et assurer
la prospérité des communautés rurales.
Dans
le mémoire que la Fédération québécoise des municipalités a fait parvenir à la
commission, nous formulons trois principales recommandations sur la
question de l'accaparement des terres agricoles.
FQM recommande au gouvernement du Québec de confier à un organisme le mandat de
faire enquête afin d'obtenir les données réelles des différentes
transactions des propriétés vendues afin de quantifier le phénomène de l'accaparement des terres et d'en assurer une
analyse appropriée. Nous partageons ainsi le constat du Centre
interuniversitaire de recherche en
analyse des organisations, le CIRANO, qui indique, dans son document Acquisition
des terres agricoles par des
non-agriculteurs — Ampleur,
causes et portée du phénomène au Québec , publié en 2013, que les données numériques ne permettent pas de mesurer directement le phénomène
d'acquisition ou de possession des terres agricoles au Québec par des non-agriculteurs et que les investisseurs
non agriculteurs ne détiennent qu'une infime
partie des terres agricoles,
soit moins de 14 %. Tout comme le
CIRANO, nous croyons que l'enjeu immédiat n'est pas nécessairement celui de
légiférer sur la question, mais bien
de collecter davantage d'information sur le phénomène et d'en assurer une
analyse appropriée.
deuxième qui serait en conséquence, la Fédération québécoise des municipalités
recommande au gouvernement du Québec
de resserrer les règles d'acquisition des terres agricoles pour les
investisseurs non exploitants pour une période limitée afin de laisser le temps à l'organisme mandaté par le
gouvernement de collecter davantage d'information sur ce phénomène.
Finalement,
notre troisième recommandation serait que... l'on recommande au gouvernement du
Québec d'adopter le plan d'action qui
va permettre la mise en oeuvre des plans de développement de la zone et des activités
agricoles, les fameux PDZA. Pour la FQM, les plans de développement de
la zone agricole doivent être des outils de planification territoriale complémentaires aux autres démarches
de planification qui visent à favoriser l'exploitation du plein potentiel
agricole d'une MRC en se basant sur l'inventaire des possibilités de
développement agricole et sur la concertation.
L'élaboration des
plans de développement de la zone agricole, dans une approche de planification
globale du territoire, a de nombreux
avantages, car elle situe la zone agricole dans la dynamique d'ensemble du
territoire rural et permet aux élus
locaux d'entrevoir une vision multifonctionnelle du territoire tout en
encourageant la participation citoyenne aux enjeux de développement. De plus, la concertation liée à
l'élaboration des PDZA incite une plus grande communication entre les
acteurs et, conséquemment, est susceptible d'éviter des conflits.
Présentement,
plusieurs MRC ont complété leur PDZA. Ces plans adressent différentes problématiques
régionales de développement de
l'agriculture et, surtout, proposent des moyens ou des pistes d'action pour
favoriser le développement. Ainsi,
les investissements privés encadrés touchant notamment la mise en valeur des
terres agricoles, la relève agricole, la transformation agroalimentaire pourraient être bénéfiques au maintien de
la vitalité des communautés rurales. De l'avis de la FQM, la priorité est donc de s'assurer que ces investissements
garantissent : premièrement, l'usage agricole de la terre, sa mise
en valeur ou son exploitation dans une perspective de développement de
l'agriculture dans une région; deuxièmement,
l'implantation d'entreprises de deuxième et troisième transformation
alimentaire et de produits locaux et régionaux visant la création
d'emplois et de richesse.
Considérant
que ces plans de développement de la zone agricole réalisés à l'échelle d'une
MRC répertorient des pistes d'action
possibles, adaptées à chacune des réalités observées pour protéger les
territoires agricoles, aménager le territoire
et permettre le développement des communautés rurales, il apparaît donc
opportun pour la FQM que le gouvernement du Québec adopte un plan
d'action qui va permettre une mise en oeuvre de ces plans.
conclusion, la fédération espère que ces commentaires sauront enrichir les
travaux en cours et, plus particulièrement,
en assurer la pérennité des communautés locales. Cette consultation publique
est, nous le réitérons, judicieuse,
notamment dans le contexte de modernisation de l'État prôné par le gouvernement
du Québec et, surtout, dans sa volonté
d'une décentralisation vers les régions et les municipalités. Ce sont des
préoccupations importantes pour la vitalité des communautés, et la FQM assure les membres de la commission et le
gouvernement du Québec de toute sa collaboration en ce sens. Merci, Mme
la Présidente.
Présidente (Mme Léger) : Merci, M. Lehoux. Alors, on va commencer
l'échange. Alors, du côté du gouvernement, vous avez une période de
17 min 30 s pour faire l'échange avec la Fédération québécoise
des municipalités. Alors, M. le député de Mégantic.
Bolduc : Merci, Mme la Présidente. Bonjour encore une fois.
Ça me fait plaisir de vous écouter aujourd'hui sur un nouveau sujet. Comme on vous rencontre presque régulièrement en
commission, donc il est bien agréable d'entendre la FQM, qui nous parle de toutes sortes de sujets et qui a des
compétences très larges. Moi, ce que j'aimerais savoir de vous, M. Lehoux, c'est : Est-ce que, dans
votre évaluation sur l'acquisition des terres... est-ce qu'il y a des
municipalités ou des régions qui vous semblent plus problématiques que
d'autres? Je vous ai parlé de prix tout à l'heure, là, mais est-ce que vous
avez une perception à travers ce que vous entendez de vos municipalités au
Québec?
La Présidente (Mme
Léger) : Alors, M. Lehoux, je vous amène à toujours vous diriger vers
la présidence, s'il vous plaît.
M. Lehoux
(Richard) : Merci, Mme la Présidente. À cette question, c'est sûr qu'on
n'a peut-être pas l'information, là,
totale que l'on voudrait avoir, et ça fait partie, en fin de compte... et c'est
la raison pour laquelle une de nos recommandations, c'est de nommer une
instance, là, qui pourrait faire, en fin de compte, là, ce répertoire-là. Mais
il faut comprendre qu'il y a quelques
années... puis on ne recule pas si lointain que ça pour penser que, dans la
région du Lac-Saint-Jean, il y a déjà
eu, puis on remonte aux années 2010, puis peut-être un petit peu avant aussi...
commencé, en fin de compte, à avoir
de l'acquisition de terres par des non-agriculteurs, mais aussi on en a vu
apparaître, là, dans les dernières années du côté du Bas-Saint-Laurent.
Et ce que vous avez soulevé, ce n'est sûrement pas à cause du prix des terres agricoles parce que le prix, dans ces régions-là,
n'était peut-être pas si élevé que ça. Mais il y avait quand même un aspect
intéressant, puis on le regarde, puis on le
voit aussi au niveau international, que de plus en plus, là, d'intérêts sont
portés vers l'acquisition de sols agricoles parce qu'on comprend que la
planète prend son expansion aussi, puis, d'ici 2050, 9 milliards d'individus à nourrir, ça va prendre du sol agricole, ça va
prendre des terres puis des gens qui vont travailler à les nourrir.
Ça fait qu'on
n'a pas l'évaluation de cette donnée-là actuellement, et c'est la raison pour
laquelle la fédération trouve très
pertinent, en fin ce compte, que le gouvernement nomme un organisme, en fin de compte, une instance pour faire ce
répertoire-là et puis, par la suite, d'avoir un suivi aussi. Parce que ce n'est
pas tout d'avoir juste le portrait aujourd'hui, mais qu'il y ait un suivi de fait lors de
transactions, je pense que c'est tout
à fait pertinent pour savoir que...
Pour la fédération québécoise, l'important,
c'est... on comprend que l'occupation dynamique du territoire, ça se fait aussi
avec des individus, et non juste avec des
gens, là, qui vont faire des acquisitions de terres et puis qui vont, par la
suite, là, oui, les cultiver, mais
que l'on va voir apparaître dans nos municipalités, là, deux fois par année
pour venir les ensemencer et les
récolter. Ça fait que c'est aussi... l'inquiétude qui est partagée par le
milieu municipal, c'est, oui, de voir partir des terres, de laisser aller des terres à des propriétaires externes, mais
aussi toute la question de l'occupation du territoire. La vitalité d'un
milieu, ça passe aussi par l'habitation de ce milieu-là.
La Présidente (Mme Léger) : M. le
député de Mégantic.
Bolduc : Merci,
Mme la Présidente. Écoutez, je
voudrais vous entendre aussi sur une autre variable de ces enjeux-là, c'est qu'on a mentionné dans quelques
mémoires que l'agriculture au Québec était essentiellement
des fermes familiales. O.K.? Est-ce qu'on peut dire aujourd'hui que c'est encore le cas? Et est-ce que ce n'est pas plus ça, le risque,
parce que ça devient un peu des entreprises
avec des frères, des cousins, des familles plus élargies, je dirais, qu'un
père, une mère propriétaires à élever une famille? Est-ce que vous avez
des commentaires à ce sujet-là?
La Présidente (Mme Léger) : M.
Lehoux?
M. Lehoux
(Richard) : Mme la Présidente, peut-être un commentaire, puis juste pour vous mentionner,
étant agriculteur moi-même et ayant
vécu une transaction il y a trois ans exactement, c'est certain que cet enjeu-là... En tout
cas, je pense qu'on est préoccupés par cela
dans le milieu municipal aussi parce que, oui, l'enjeu de la ferme familiale,
c'est très pertinent et c'est prioritaire,
mais il faut voir aussi, là, jusqu'à quelle ampleur, en fin de compte,
lorsqu'on parle d'une entreprise
familiale... On parlait tout à l'heure... M. le député, vous mentionniez
des frères, des soeurs, des cousins, puis là on est rendu, des fois, à
la troisième génération, quatrième génération. Là, ça devient un petit peu plus...
pas quatrième génération, mais les liens
apparentés un petit peu plus éloignés, c'est un petit peu plus difficile. C'est pour ça qu'il
faut toujours rester dans la perspective, là, d'une occupation dynamique du
territoire, ce qui veut dire des fermes familiales, mais à dimension, aussi, humaine. Puis je pense que ça, il
ne faut pas le négliger parce que c'est ce qui fait le dynamisme aussi
d'un milieu.
Puis, lorsque je mentionnais d'entrée de jeu
dans le mémoire que l'agriculture, c'est un moteur économique important pour chacune de nos municipalités puis
dans les quatre coins du Québec, à des niveaux différents, vous me le direz, et j'en conviens, mais je pense que
l'agriculture et toute la deuxième et troisième transformation dans
l'agroalimentaire jouent un rôle
important comme moteurs de développement économique d'un milieu. Je pense qu'il
y a cet aspect-là aussi qui est très, très important, là, à notre
perception au niveau de la fédération.
La Présidente (Mme Léger) : Merci.
Je vais céder la parole au député de Beauce-Sud.
M. Dutil :
Oui. Merci, Mme la Présidente. Quand on a formé le zonage agricole, M. Lehoux,
vous vous rappelez de ça comme moi,
sans doute, ça fait un bout de temps, là, mais on souhaitait agrandir les
parcelles de terrain. Rappelez-vous qu'une
des règles était : Tu acquières une propriété adjacente, et tu ne peux
plus la rescinder. Ce qu'on vivait à ce moment-là, c'était une trop grande partition des terrains, on
s'est dit : Les unités plus grandes vont nous permettre d'avoir certaines
économies d'échelle et, donc, arriver à
faire des produits à un prix plus abordable. D'ailleurs, je discutais tout à
l'heure avec mon collègue
d'érablières, je ne connaissais pas cette économie d'échelle là, mais on
parlait d'une petite érablière où
s'installer, ça coûte 100 $ l'entaille, puis une plus grosse érablière, où
ça peut coûter 30 $ l'entaille. Donc, il y a cet aspect-là qui a
été bien important.
Donc,
aujourd'hui, on parle de l'accaparement des terres, puis ça peut être un sujet
qui est pertinent, qu'il faut adresser correctement, et, d'autre part,
on se retrouve dans nos régions avec l'impossibilité — à
moins de demander la permission de la Commission de
protection du territoire agricole, puis ça, c'est un processus assez long et
assez dispendieux — pour pouvoir rescinder. La personne qui a
acheté une terre, deux terres, trois terres, si elle n'a pas eu la sagesse d'en avoir une puis d'avoir l'autre au nom
d'une autre personne, puis l'autre au nom d'une autre personne, ne peut plus les rescinder. Alors, je voudrais avoir
votre opinion sur cette espèce de contradiction là que l'on rencontre entre
l'objectif initial de grossir les fermes
pour avoir une certaine économie d'échelle et l'accaparement des terres, dont
on parle, où il y a des unités plus grandes pour produire à meilleur
coût.
La Présidente (Mme
Léger) : M. Lehoux.
Lehoux (Richard) : Mme la Présidente, dans un premier temps, je pense
que la première question de M. le député,
c'est de... l'ampleur, en fin de compte, des entreprises, ce n'est pas à nous,
dans le milieu municipal, à décider quelle
grosseur d'entreprise on doit avoir, mais on a quand même une préoccupation
très importante sur le morcellement des
sols. Parce que je pense que c'est ça à quoi vous faites allusion, M. le
député, c'est clair qu'il y a
eu, en fin de compte, là, oui,
des regroupements de fermes parce que le propriétaire... il y avait une fusion à
l'intérieur de la famille, que les enfants se rassemblaient et achetaient le voisin, le deuxième voisin, le
troisième voisin. Mais aujourd'hui, quand on arrive pour faire, en fin de compte, des cultures
commerciales, on s'entend-u, là, que ça ne prend pas nécessairement
100 hectares en culture, là, pour être capable d'être un producteur
maraîcher et de fournir un certain marché?
va vous donner des exemples. Ici, dans la grande région de Québec, il y aurait
un bassin quand même important de gens qui auraient de l'intérêt pour
des paniers, mais l'implantation de ces agriculteurs-là dans la grande région de Québec — là, j'inclus à l'intérieur de ça, là,
Chaudière-Appalaches et puis du côté de la Rive-Nord de la Capitale-Nationale — une
certaine problématique parce qu'on a des gens... J'ai vécu personnellement chez
nous, à la municipalité, comme maire, un
jeune qui avait quand même recruté, là, son marché pour l'implantation de ses
paniers de produits maraîchers, mais
qui s'est vu, en fin de compte, là, dans la problématique d'être obligé de
laisser tomber son projet parce qu'il
fallait qu'il fasse l'acquisition d'une terre, là, d'environ une trentaine
d'hectares, et ça lui en aurait pris cinq ou six, maximum, pour servir et
puis vivre aussi décemment de cette activité-là.
fait que je pense que d'établir une règle précise sur l'ampleur que doit avoir
une entreprise agricole, je pense que
ce n'est peut-être pas le but, mais l'objectif ultime de l'accaparement des
terres, à la perception de la fédération, c'est de dire d'avoir un certain contrôle parce qu'actuellement il n'y a
peut-être pas péril en la demeure, si je peux me permettre l'expression,
mais il ne faudrait peut-être pas attendre, là, qu'on en ait un pourcentage x,
là, qui soit propriété de ressources
externes ou de groupes d'investisseurs qui, eux, nécessairement, n'habitent pas
le territoire où est-ce qu'elle est
exploitée. On va me dire : Oui, il y a des productions, là, qui... des
producteurs qui sont acquis, et puis il y a toujours une activité qui se fait,
puis il y a l'activité humaine qui se passe, mais, si les gens viennent pour
travailler puis qu'ils retournent
dans les grands centres urbains, on comprend qu'on n'a pas d'activité
économique qui est suscitée sur le terrain.
Mais,
à votre question, M. le député, c'est clair que... Et on ne peut pas définir
nécessairement, mais l'opportunité d'avoir
une souplesse au niveau du morcellement des terres en lien avec... Et je m'en
remets à notre troisième recommandation,
qui était les plans de développement de la zone agricole, qui ont été réalisés
pour plusieurs MRC au Québec actuellement. Mais, dans l'application
concrète, on rencontre ces difficultés-là lorsqu'on arrive pour vouloir implanter de la relève, des jeunes qui voudraient
s'installer sur des fermes de plus petite taille, cette difficulté, là, de non
morceler des terres, là, qui ont été, là, jumelées, là, dans les années
passées.
La Présidente (Mme
Léger) : M. le député de Beauce-Sud.
Dutil : Merci. Je vais m'éloigner un petit peu de
l'accaparement comme tel pour la prochaine question, mais je pense que c'est un sujet qui mérite d'être
abordé, c'est la problématique de ne pas pouvoir remettre en terres cultivables
les terres qui sont en friche ou en
reboisement. Vous connaissez cette règle-là, qui existe depuis maintenant, je
pense, une douzaine d'années ou une
quinzaine d'années, et est-ce que vous n'estimez pas que ça pose un problème?
C'est comme si on avait une espèce de
contradiction. On veut plus de terres agricoles, on veut plus de monde sur le
terrain pour s'occuper des terres
agricoles, on a de la dénatalité dans nos régions, mais on a un obstacle qui
est l'obstacle de si la terre, par malheur, a été en friche quelques
années, elle ne peut pas retourner à l'agriculture.
La Présidente (Mme
Léger) : M. Lehoux.
Lehoux (Richard) : Oui, Mme la Présidente. C'est une problématique qui
nous interpelle, oui, beaucoup, le milieu
municipal, dans l'objectif où on a actuellement, par le biais de nos plans de
développement de la zone agricole que
chaque MRC a faits, cette sensibilité-là... J'ai perdu le sens de ma réponse.
Mais, juste pour vous mentionner, M. le député, que, pour nous, il y a
un impact qui est très majeur. C'est quoi...
M. Dutil :
Mme la Présidente, on...
La Présidente (Mme
Léger) : Allez-y, M. le député de Beauce-Sud.
M. Lehoux
(Richard) : Juste répéter votre question, M. le député, je m'excuse.
M. Dutil : Oui. Bien, on avait une règle... C'est une règle
de l'Environnement, hein? Je pense
qu'à l'époque ça avait été mis en place parce qu'il y avait trop de
phosphore, et on a dit : Temporairement, on va empêcher les terres qui sont en friche de
redevenir agricoles pour contrôler cet aspect-là. Moi, il me semble qu'on l'a
contrôlé, mais on a oublié d'enlever la règle qui était : On ne
peut plus remettre les terres en culture.
Lehoux (Richard) : Oui, Mme la Présidente. C'est clair que, sur cet enjeu-là... Puis c'est
une loi qui remonte, là, je pense, au début des années 2000, un règlement
sur les exploitations agricoles, le fameux REA, et qui interdit, en fin de
compte, de déboiser pour compenser.
Et on vit actuellement dans plusieurs municipalités au Québec cette situation-là parce
qu'on va... comme municipalité qui a à expansionner son périmètre urbain, il y
a une problématique aussi qui est importante
parce que les agriculteurs nous disent : Bien, vous venez empiéter sur des
terres agricoles, mais nous, on n'a pas le droit d'aller, en fin de
compte, déboiser pour reprendre ces superficies-là.
Je peux comprendre la
dynamique qu'il y avait au début des années 2000 au niveau de certaines
analyses qui avaient été faites de cours d'eau où il y avait quand même, là,
des surplus de phosphore estimés, il faut bien le dire, à l'époque. Et ils sont peut-être aussi un peu moins
importants qu'ils avaient été estimés, et aussi le milieu agricole a quand
même fait un exercice important, et de revoir aujourd'hui cette
réglementation-là, je pense que ça serait une urgence nationale, si je peux me permettre, parce que... Et c'est clair que oui,
ça cause une problématique au niveau des agriculteurs qui ne peuvent pas non plus remettre en culture
des parties en friche ou déboisées, mais aussi ça permettrait à certaines
municipalités, lorsqu'ils agrandissent en
périmètre urbain, à tout le moins de donner la possibilité aux agriculteurs
d'aller chercher, là, des sols qui
sont en boisés pour les amener en sols agricoles. Parce que, les périmètres
urbains, on sait qu'à un moment
donné, là, on s'expansionne, on empiète sur le terrain qui est en culture, et
les agriculteurs font souvent le reproche aux municipalités : Bien, vous nous enlevez 15 hectares pour
faire de l'agrandissement du périmètre urbain, mais on n'a pas le droit,
nous, de notre côté. Ça fait qu'il y a quand même un facteur qui est non
négligeable et, je penserais, très important,
et, de ce côté-là, la Fédération québécoise des municipalités est très
interpellée, et même on est avec l'UPA pour voir, là... On est d'accord
sur cet enjeu-là majeur.
La Présidente (Mme
Léger) : Merci. M. le député de Beauce-Sud, ça va? M. le député de
Saint-Maurice.
Giguère : Merci beaucoup, Mme la Présidente. Tantôt, vous avez fait un
exposé sur l'agriculture, le rôle qu'elle a dans les régions. Donc, oui, on parle beaucoup d'accaparement des
terres, mais aussi, là, le rôle qu'elle peut jouer dans les régions, ce
rôle-là, il peut être majeur. Donc, quand on dit : Une région est
dynamique, vous avait parlé, là, des moyens
pour créer la richesse et assurer la prospérité de la communauté rurale, c'est
que... Où est-ce que je veux en venir, c'est
que la transformation, la deuxième, troisième transformation en région, donc,
souvent, ça prend des volumes. On a parlé
tantôt accaparement des terres, oui, mais ça prend des bons blocs de terres,
des fois, pour produire certains... Moi, je suis producteur de boeuf,
donc il faut être capable de produire des volumes en région pour être capable
de faire de la première et de la deuxième
transformation. Je crois qu'on se rejoint, qu'il y a beaucoup de... on pourrait
ramener du monde dans les régions, garder notre monde dans les régions
avec cela.
Donc, j'aimerais ça,
vous entendre — vous
venez d'en glisser un petit mot, là, avec mon collègue — sur
les terres, là, qu'on pourrait, là, remettre
en culture. Et aussi où est-ce que je veux en venir, c'est que ça nous prend
des bons blocs de terres. Donc,
c'est-u qu'on fait l'accaparement des terres, c'est qu'on... Ce n'est pas tout
à fait la même chose, là, qu'on
devrait, là... Est-ce qu'on devrait laisser aller ça ou pas pour faire de la
deuxième transformation en région, de la première et deuxième transformation?
La Présidente (Mme
Léger) : M. Lehoux.
Lehoux (Richard) : Oui, Mme la Présidente. Puis je reviens toujours
sur cette importance de la deuxième et
troisième transformation pour créer de l'activité économique en région. On le
voit dans plusieurs régions au Québec, la transformation des produits agroalimentaires n'est pas faite
nécessairement en région, et on aurait à gagner à faire cette
transformation-là.
l'aspect de l'enjeu des blocs de terres, parce que oui, j'en conviens, ça va
prendre, à certains égards, certaines superficies
plus importantes... Mais je pense que la réflexion, et c'est pour ça qu'on
n'est pas prêt non plus, à la fédération, à dire : Il faut mettre une loi pour interdire totalement, là, et
puis de geler les superficies... Mais, lorsqu'on est en milieu agricole, pour cultiver, là, 300 à
400 hectares de sol, il faut quand même avoir... ça commence à faire quand
même des bons lopins, là, à cultiver,
et ce qui pourrait aider aussi à faire de la deuxième transformation. Juste
de... On ne peut pas statuer sur une façon de faire de façon, là,
uniforme et unilatérale. Moi, je pense qu'on a vraiment un bel outil que chacune des MRC a développé au Québec actuellement
et puis peut-être de se repencher pour aller un petit peu plus en
profondeur avec cet outil-là, le plan de développement de la zone et des
activités agricoles.
La Présidente (Mme
Léger) : M. le député de Saint-Maurice.
M. Giguère :
Oui, merci beaucoup.
La Présidente (Mme
Léger) : Il reste à peu près une minute.
Giguère : Oui. Je voudrais vous ramener aussi sur... Vous demandez de
resserrer les règles d'acquisition. Donc, on va en entendre parler souvent, dans les prochains... bien,
aujourd'hui puis demain, le fameux, là, 100 hectares. Donc, pour la
relève agricole, ne pensez-vous pas que ça va mettre une pression, là, à la
hausse sur le prix des terres, le resserrement qu'on veut mettre, là, le
100 hectares, là, par entreprise?
Présidente (Mme Léger) : M. Lehoux.
Lehoux (Richard) : Mme la Présidente, c'est sûr que, pour nous, on
n'est pas allés aussi loin, là, que de définir un nombre d'hectares. Le 100 hectares, là, ce n'est pas... Nous, ce
que l'on demande, en fin de compte, c'est de resserrer les règles pour un court laps de temps — on parle de deux ou trois ans — pour bien identifier c'est quoi, les
besoins, c'est quoi, le portrait
réel, et, par la suite, je pense qu'on sera en meilleure position pour prendre
une décision à l'égard, là, d'une superficie x, là, qui pourrait être
plus contrôlée, si on veut.
La Présidente (Mme
Léger) : Il reste 10 secondes.
M. Giguère :
Donc, c'est beau.
La Présidente (Mme
Léger) : Merci beaucoup, du côté du gouvernement. Maintenant, on va à l'opposition
officielle. M. le député de Berthier, vous avez 10 min 30 s d'échange
avec la Fédération québécoise des
municipalités.
Villeneuve : Merci, Mme la Présidente. Alors, M. Lehoux, M. Gagnon,
M. Harouni, bonjour. C'est toujours un plaisir
de vous rencontrer. Tantôt, M. Lehoux, vous parliez de fermes à dimension
humaine. Et heureux d'apprendre — parce que je ne le savais pas — que
vous étiez agriculteur, et on doit le rester toujours dans l'âme, j'imagine
bien.
Villeneuve : Tout à fait. Ma question, dans le fond, vous savez
que — et on
l'a répété à satiété — le modèle québécois, présentement, c'est un modèle
d'agriculteurs propriétaires. Selon vous, est-ce que ce modèle agriculteurs
propriétaires est un modèle à privilégier pour la suite des choses au Québec?
La Présidente (Mme
Léger) : M. Lehoux.
Lehoux (Richard) : Mme la Présidente, M. le député, je pense que, si
on veut avoir des fermes à dimension humaine, je pense qu'on n'a pas le
choix d'avoir cette réflexion-là, si on veut habiter notre territoire. On a des
lois actuellement qui sont supposées de
prioriser l'occupation dynamique d'un territoire, mais l'occupation dynamique
d'un territoire, là, ce n'est pas
d'avoir non plus un propriétaire de terrains qui achète une
partie d'une
municipalité ou 300 hectares de
terrain et qui réside, là, à 200 kilomètres plus loin. Je ne pense pas que
ça soit comme ça qu'on va dynamiser puis habiter un territoire.
La Présidente (Mme
Léger) : M. le député de Berthier.
Villeneuve : Oui. Bien, écoutez, dans la même veine, si je peux
me permettre, vous parlez de l'agriculture comme devant entrer dans la dynamique d'ensemble du territoire rural. De
quelle façon l'accaparement des terres entre dans l'aspect de l'occupation du territoire selon vous? Et est-ce que
c'est négatif? Est-ce que vous avez des exemples concrets? Est-ce que
c'est négatif? Est-ce que c'est positif? Comment vous voyez ça, vous?
La Présidente (Mme
Léger) : M. Lehoux.
Lehoux (Richard) : ...Mme la Présidente. Bien, c'est un peu comme je
viens de vous le mentionner, M. le député, c'est clair que, si on a une
propriété, là, qui... un acquéreur de terres, un investisseur de l'extérieur
qui achète x nombre d'hectares dans une
municipalité puis qu'il y a plus juste une personne qui réside dans ce
rang-là — parce
que, quand on est en milieu rural, nos agriculteurs résident dans les
rangs — je
pense qu'il y a une dynamique qui est très importante
quand on parle d'occupation de territoire, ça va coûter les mêmes frais à la
municipalité aussi pour entretenir, et il faut...
Outre
la question des coûts pour l'entretien, la desserte, en fin de compte, de ce
noyau rural là, je pense que ça fait
partie de la dynamique, là, et du dynamisme d'un milieu d'avoir des gens,
d'avoir une activité qui rayonne autour de cela. Moi, je reste convaincu que de la transformation dans
l'agroalimentaire, qu'elle soit sur une base plus petite... Parce qu'il
y a des besoins quand même au niveau, là, de productions de plus petite taille,
des productions qui sont actuellement
peut-être marginales, mais qui pourront prendre de l'expansion, donner
l'opportunité à ces gens-là de développer
ce type d'agriculture là pour permettre, en fin de compte, là, à chacun des
milieux d'aller y trouver, en fin de compte,
son change parce qu'il y a un facteur de développement économique, je reste
convaincu, qui est prioritaire pour l'ensemble
de nos municipalités rurales. Que l'on soit en Abitibi ou que ce soit dans le
Bas-Saint-Laurent, ou chez nous, dans
Chaudière-Appalaches, il y a toujours place, en fin de compte, là, au dynamisme
qui va être amené par le milieu, par l'activité agricole comme telle et
tout ce qui en découle.
Parce
qu'on parle beaucoup d'agriculture puis d'industrie de deuxième et troisième
transformation, mais, quand on a une
agriculture qui est prospère dans un milieu, bien, ça engendre aussi d'autres
activités économiques, un ensemble de professionnels, que ce soient des
comptables et des notaires, des gens qui habitent ce territoire-là et qui
l'occupent. Je pense qu'on a tendance
souvent à oublier, là, l'impact et toute l'ampleur que le milieu agricole peut
représenter sur le terrain.
La Présidente (Mme Léger) : M. le
député de Berthier.
M. Villeneuve :
Donc, on n'y échappe pas, l'occupation du territoire passe par, évidemment, sa
vitalité. Et vice versa, sa vitalité passe
par son occupation. Donc, plus il y aura de fermes en opération à échelle humaine,
comme vous le dites si bien, et plus, effectivement, le territoire sera
dynamisé et sera occupé.
Tantôt, vous
disiez — et je ne
veux pas... j'espère que c'est ça, si je vous cite mal, vous me le direz,
là : Il n'y a pas péril en la
demeure quand on parle présentement de l'accaparement des terres. Dans l'étude
de CIRANO, qui a été faite, il faut
bien se le dire, en 2012 sur une période de quatre mois, durant l'été, je
pense, il est dit à la fin, à la conclusion de l'étude, que le problème est marginal. On s'entend, là, que, si les
fonds d'investissement privés possédaient 25 % ou 30 % des terres agricoles du Québec, on le saurait,
hein, on ne serait peut-être pas ici à en discuter. Le problème, il ne se situe
peut-être pas nécessairement à savoir... Puis il faut le savoir, remarquez, là.
Mais, pour le moment, là, pour l'heure, là, moi, je pense que ce qu'il est
urgent de savoir, c'est l'accélération du phénomène, à quelle vitesse il
progresse. Et ça, on ne le sait pas. Et donc l'étude a été faite en 2012,
nous sommes en 2015.
Selon
vous — et je
sais que vous y avez répondu tantôt en partie, mais je vais vous reposer la
question, tout de même — même s'il n'y a pas péril en la demeure,
est-ce que l'État québécois, de par son rôle qu'il doit jouer dans toute la
cohésion sociale et dans tout le
développement du Québec, doit prendre le problème à bras-le-corps, aller
chercher les informations
pertinentes, en faire une analyse sérieuse, rigoureuse et, finalement, fournir
toute l'information? Je crois que les Québécois s'attendent à avoir cette
information-là pour être en mesure, justement, de prendre les décisions qui
seront les leurs pour l'avenir de l'agriculture puis pour l'avenir du
Québec tout entier.
La Présidente (Mme Léger) :
M. Lehoux. Vous n'avez pas le temps de boire, là. Ha, ha, ha!
Des voix : Ha, ha, ha!
M. Lehoux
(Richard) : Mme la Présidente, je pense que c'est très clair, oui, il
n'y a pas péril en la demeure, mais je
veux juste vous ramener à un fait. À l'assemblée des MRC, que la fédération
organise à chaque année, deux fois par année,
en 2010 — ça va
faire cinq ans au mois de mai — j'avais interpelé, parce qu'on avait eu, en
fin de compte, une situation qui nous
avait été amenée, le gouvernement du Québec, le ministre de l'Agriculture de
l'époque sur cette situation, là, d'accaparement des terres. On est il y
a cinq ans, et c'est certain que, l'augmentation de la cadence, on ne peut pas
exactement, là, dire que c'est en explosion, mais on voit, là, qu'il y a quand
même un plus grand intérêt de la part des investisseurs à acquérir des sols. Je
pense que l'objectif — puis
c'est la raison de la première recommandation que la fédération fait ici, à la commission — c'est de dire : On veut avoir le
portrait, et je pense que c'est important de le faire le plus rapidement
possible.
La deuxième,
de dire : Bien, on pourrait peut-être-tu, là, relever aussi, là, le pied
sur l'accélérateur pour certaines acquisitions
qui voudraient aller un peu rapidement? Je pense que ça pourrait faire état
aussi d'un grand intérêt. Moi, je pense
que le milieu municipal est tout à fait ouvert. Et on ne dit pas, là, que le
péril est dans la demeure puis que le feu est dans la bâtisse, si je peux me permettre, mais il ne faut quand même pas
attendre qu'il y ait 25 %, 30 % des sols avant de se poser ces questions-là et de lui réfléchir
comme il faut. Et la pertinence d'avoir une instance qui ferait ce portrait-là,
et avec un suivi aussi, parce que moi, je
trouve très important qu'on fasse le portrait et qu'on suive cette évolution-là
parce qu'on sait que, des fois, ça
peut aller plus rapidement que l'on pense, là. Ne pas faire l'exercice une fois
aux 15 ans non plus.
La Présidente (Mme Léger) : M. le
député de Berthier.
Villeneuve : Merci, Mme la Présidente. En terminant, juste
préciser que, depuis 2012, lorsque l'étude a été faite par CIRANO,
d'autres fonds d'investissement privés ont vu le jour au Québec. Et, selon les
dires de l'étude, des chercheurs, ceux qui
étaient là à l'époque et ceux qui sont là maintenant sont très agressifs sur le
marché comme tel. Alors, tout
simplement, je voulais juste apporter cette précision-là. Donc, oui, il n'y a
pas péril en la demeure, effectivement, on n'est pas en péril, mais il
faut, en quelque part, s'assurer de mesurer le phénomène.
Merci beaucoup, M. Lehoux, M. Gagnon
et M. Harouni. Alors, je céderai la parole à mon collègue.
La Présidente (Mme Léger) : Alors,
M. le député de Bonaventure.
M. Roy :
Merci, Mme la Présidente. Bonjour, messieurs. Écoutez, il me reste à peine deux
minutes, donc, je vais être rapide.
En quoi la financiarisation du territoire agricole peut-elle modifier les
conditions de vie des agriculteurs qui veulent demeurer dans leur
région?
La Présidente (Mme Léger) :
M. Lehoux.
M. Lehoux
(Richard) : Question... Je pense que la... Il y a quand même un impact
important, là, quand on pense à la
financiarisation, là, pour que les gens puissent demeurer sur leur territoire
parce qu'on comprend que... Et puis on le voit aussi, là, dans plusieurs régions au Québec, la relève agricole est
là, elle est prête. Je pense qu'on a une belle relève, une belle
jeunesse qui est prête à s'installer sur les entreprises agricoles, mais avec
la difficulté que l'on rencontre de compétitionner
sur le marché avec des investisseurs qui font ça aussi, là, pour faire des
sous. Parce qu'il y a peut-être, dans
une perspective de moyen et long terme, un besoin, là, qui ne va être peut-être
pas, là... qui va être réel. Ça fait que je pense que c'est très pertinent d'avoir, en fin de compte, là, cette
réflexion pour pouvoir maintenir nos jeunes partout les régions à
dynamiser l'agriculture.
La Présidente (Mme
Léger) : M. le député de Berthier... excusez, de Bonaventure.
Roy : Bonaventure. Mais la question, c'est : Est-ce qu'on
va voir une amélioration ou une détérioration des conditions de vie des agriculteurs au Québec si on
voit le phénomène spéculatif prendre de l'ampleur et peut-être de voir
de plus en plus d'agriculteurs devenir des locateurs de terrains où ils ont peu
ou pas, je dirais, de contrôle de...
La Présidente (Mme
Léger) : M. Lehoux.
M. Lehoux
(Richard) : Mme la Présidente, je pense que l'avenir de l'ensemble des
régions du Québec doit passer par des gens qui y habitent et des gens qui ont à
coeur, en fin de compte, leur entreprise. Pour la majorité des agriculteurs, je pense que c'est leur passion, et
puis d'être à l'emploi d'une entreprise qui demeure à l'autre bout de la
planète, je ne suis pas sûr que c'est ce que
les gens recherchent et ce qui va dynamiser le milieu. Je pense qu'il y a une
belle richesse dans notre relève qui est là
pour développer. C'est des entrepreneurs dans l'âme, et je suis convaincu
qu'ils sont capables de relever le
défi. Mais c'est certain que, si on n'intervient pas, on risque de voir cette
situation-là nous heurter.
La Présidente (Mme
Léger) : Il reste une vingtaine de secondes.
Roy : Bien, écoutez,
je suis très sensible au phénomène de dévitalisation des régions. Parce que je ne
sais pas si vous suivez l'actualité,
bon, en ce moment, mais ce qu'on dit sur la Gaspésie est très déplorable,
et je voulais profiter de ces quelques secondes pour le dénoncer. Et
donc merci beaucoup.
La Présidente (Mme
Léger) : Nous passons maintenant au deuxième groupe d'opposition. Mme
la députée porte-parole de la CAQ, Mme la députée de Mirabel, à vous la parole,
puis pour un temps de sept minutes.
D'Amours : Merci, Mme la Présidente. Bonjour, messieurs. Moi, j'aimerais que vous me
disiez, si vous avez la réponse, combien de municipalités ont terminé
leur plan, leur PDZA.
La Présidente (Mme
Léger) : M. Lehoux.
Lehoux (Richard) : Mme la Présidente, je ne sais pas le nombre exact, mais on a, là, sûrement, là, pas loin d'une
cinquantaine, je pense — Farid,
si je ne me trompe pas — de
plans de développement de la zone agricole par territoire de MRC qui sont adoptés. Il y en a qui viennent de l'adopter,
il y en a que ça fait déjà quelque temps, il y en a qui ont un plan d'action qui est déjà en route.
Mais ce que l'on constate puis ce que l'on réalise avec plusieurs plans de
développement de la zone agricole, c'est qu'il y a certains freins, là, qui
sont occasionnés, et ça prendrait quelques assouplissements
au niveau législatif pour permettre, en fin de compte, une meilleure mise en
oeuvre de ces plans d'action là par les planifications qui ont été
faites sur chacun des territoires.
l'objectif de cette planification-là, quand on la regarde concrètement, c'est
de laisser plus de latitude aussi à chacun
des milieux parce qu'on reste convaincus que l'action qui a été faite pour la
réalisation de ce plan de développement de la zone agricole là a été faite en concertation avec le milieu
agricole, avec le milieu municipal et les développeurs au niveau économique qui font
partie aussi de la
société civile dans chacun de nos milieux. Il y a eu des belles réflexions,
des beaux échanges puis des beaux lieux de
concertation avec des plans d'action, mais il y a quand même, par la suite, un
frein qui est mis, là, lorsqu'on arrive pour
aller un petit peu plus loin. On avait tout à l'heure l'exemple, là, de pouvoir
enlever... en fin de compte, de déboiser
certaines parcelles de terrain pour permettre un agrandissement des sols en
culture. Je vous avais amené au
départ aussi l'opportunité de morceler des terres pour permettre des plus
petites unité que... en production
maraîchère, qui puissent naître. Ça fait que je pense qu'il y a quand même, là,
un facteur qui est important de ce côté-là.
La Présidente (Mme
Léger) : Mme la députée de Mirabel.
Mme D'Amours : Mais vous dites qu'il y a une cinquantaine de
municipalités qui l'auraient. Est-ce que, si c'était une exigence que toutes les municipalités se
dotent du plan, du PDZA, est-ce que ça ne pourrait pas aider, justement, à
avoir nos zones agricoles dynamiques, nos
zones agricoles... et, à ce moment-là, avoir un meilleur portrait de la zone
cultivée?
La Présidente (Mme
Léger) : M. Lehoux.
Lehoux (Richard) : Mme la Présidente, quand on parle d'une
cinquantaine de MRC au Québec sur 87, là, si je ne me trompe pas, là, qui peuvent adopter des plans de développement,
il y en a d'autres qui vont débuter l'exercice, il faut comprendre que c'est un exercice aussi qui avait été mis de
l'avant par le ministère de l'Agriculture... là, on recule en 2008, là, pour les premiers, les huit projets
pilotes qui ont été démarrés à ce moment-là. Par la suite, en 2010, il est
venu d'autres plans de développement qui ont été... Parce qu'il faut comprendre
que les MRC qui l'ont adopté et qui l'ont
fait d'entrée de jeu avaient quand même une aide gouvernementale pour le mettre
en place, le plan de développement, mais,
si l'exercice... Je crois que oui, il serait pertinent qu'il soit fait par
l'ensemble des MRC au Québec, et ça définirait encore mieux, comme vous le dites, Mme la députée, de bien cerner les
zones dynamiques et où est-ce que l'on peut faire vraiment, là... intensifier l'activité agricole,
où est-ce qu'on peut aussi amener à cela des activités para-agricoles qui
peuvent aussi s'implanter en zone agricole, même si ce n'est pas de
l'agriculture proprement dite.
Il y a beaucoup d'exemples comme ça,
là, que l'on a sur le terrain qui pourraient être mis de l'avant, mais avec
une réalisation. C'est pour ça que, nous, ce
que l'on fait comme troisième recommandation, c'est de demander aussi quel
est le plan d'action du gouvernement actuel
dans la mise en place de nos plans de développement de la zone agricole. Parce
que oui, il y en a qui sont en place, mais,
je vous dirais, le carnet du plan d'action est loin d'être mis à l'avant-plan
parce que plein de contraintes, là,
de différents niveaux, et c'est la
raison pour laquelle la fédération demande, en fin de compte, c'est quoi, l'orientation du gouvernement actuel dans sa planification et puis la capacité, là, de pouvoir aussi
permettre la mise en action de ces plans de développement de la zone
agricole.
Mais
j'ajouterais aussi zone agricole, mais aussi l'activité agricole. Parce qu'on
parle beaucoup de protection du territoire, mais il faut
aussi — puis
on en est très conscients — la
protection des activités agricoles qui viennent avec ça. Parce qu'on
sait que, dans certains secteurs, il y a eu toutes sortes de problématiques qui
ont été soulevées soit par la poussière, par
les bruits, les odeurs, et tout. Ça
fait que je pense
qu'il y a une réflexion
importante qui doit être faite, mais aussi,
de la part de l'État, c'est quoi, le plan d'action pour les prochaines années
pour le développement de l'agriculture, en répétant toujours que c'est
un moteur d'activité économique très important pour le Québec.
La Présidente (Mme
Léger) : Mme la députée de Mirabel.
D'Amours : Je vais laisser mon collègue poser une question, M. le...
La Présidente (Mme
Léger) : Alors, M. le député de Drummond—Bois-Francs.
Schneeberger :
Bonjour à vous...
Présidente (Mme Léger) : Oui, parce que vous pouvez vous céder la
parole, mais je demeure celle qui donne la parole.
D'Amours : Oui, pardon, je suis désolée.
La Présidente (Mme
Léger) : M. le député de Drummond—Bois-Francs, allez-y.
Schneeberger :
Bonjour à vous tous. Dans votre mémoire, vous faites un lien avec l'accaparement des
terres agricoles et la souveraineté
alimentaire. Pour moi, la souveraineté alimentaire, c'est d'avoir, grosso modo,
là, c'est d'avoir le maximum
de terres possible pour cultiver et produire les fruits et légumes et les
besoins pour l'homme et aussi les animaux. Par contre, n'êtes-vous pas un
peu... je ne dirai pas en conflit, mais... Parce que, pour moi, un des
phénomènes principaux, si je puis
dire, de l'accaparement des terres, c'est surtout l'étalement urbain dans
certaines places, et, justement, vous êtes la fédération... C'est sûr qu'il y a
des villages au Québec qui travaillent beaucoup plus à pouvoir rester
en vie, mais, si je prends le cas de la Montérégie, où est-ce qu'on a les meilleures terres agricoles au Québec, c'est aussi l'endroit
où est-ce qu'il se perd, malheureusement,
le plus grand nombre de bonnes terres, et dû, nécessairement, à l'activité
surtout industrielle et les agglomérations.
Alors,
moi, je voudrais savoir un peu qu'est-ce que vous, vous faites là-dedans pour,
justement, en arriver que ce phénomène soit le plus réduit possible aussi, là.
Ça, c'est aussi une question qui fait un peu de l'accaparement des terres. Tu
sais, là, on parlait de... mais c'est parce qu'une terre, si elle est
cultivée, elle produit quand même, peu importe qui la cultive.
La Présidente (Mme
Léger) : M. Lehoux, dans une vingtaine de secondes.
Lehoux (Richard) : Oui. Je pense que, toute la question de l'étalement
urbain, on en est très conscients, puis je pense que, dans l'ensemble de
nos municipalités, aussi. Mais c'est la raison pour laquelle on amenait tout à
l'heure la possibilité de revoir certaines
règles comme le Règlement sur les exploitations agricoles pour permettre, dans
certains secteurs où est-ce qu'il y a quand même beaucoup de boisés
encore au Québec, de le réaliser.
faut juste ne pas perdre de vue qu'on veut aussi que les plans de développement
de la zone agricole... Que l'on soit
dans la couronne sud ou nord de Montréal, que l'on applique des règles x, mais
qu'elles soient différentes pour... que l'on soit chez nous, en Chaudière-Appalaches. C'est juste, je pense,
qu'il faut vraiment donner toute la capacité à ces plans de développement de la zone agricole là parce que
ça aura été fait en concertation avec les gens dans le milieu, autant le
milieu agricole que le milieu municipal.
Moi, je pense qu'il y a des outils là qui doivent être encore mieux utilisés,
là, et c'est la réflexion que la fédération voulait apporter.
Présidente (Mme Léger) : Merci. Je remercie, pour votre présentation,
la Fédération québécoise des municipalités. Pour les échanges qu'on
vient d'avoir, merci, M. Lehoux, M. Gagnon, M. Harouni.
Alors, je suspends
quelques instants pour permettre à l'Union des producteurs agricoles de venir
s'installer.
(Suspension de la séance à
14 h 59)
Présidente (Mme Léger) :
Alors, bienvenue à l'Union des
producteurs agricoles. Alors, si vous voulez bien vous présenter et présenter les gens qui vous accompagnent.
Et vous avez pour une période de 10 minutes...
M. Groleau
(Marcel) : Alors, merci beaucoup. Alors, je suis Marcel Groleau, président général de l'Union des producteurs agricoles. Et je
suis accompagné de M. Charles-Félix Ross, qui est le directeur de la division
Recherches économiques et politiques agricoles à l'UPA.
Alors, nous
vous remercions, membres de la commission, pour votre invitation à cette
initiative d'entendre les intéressés sur la question de l'accaparement
des terres au Québec, un dossier jugé prioritaire par notre organisation. J'aimerais aussi remercier... Vous le voyez, ça
intéresse beaucoup de gens. Il y a plusieurs producteurs agricoles, d'ailleurs,
qui sont ici cet après-midi — et la relève agricole — pour
entendre nos délibérations.
Le dossier de l'accaparement des terres soulève
donc des passions. N'allez pas croire qu'il est facile pour une organisation comme la nôtre de prendre position
dans un tel débat, car, pour certains, la présence d'investisseurs dans les transactions foncières constitue une occasion
de profiter d'une valeur accrue pour la vente de leurs terres. Il est clair
cependant que, pour la plupart, elle présente
un obstacle ou une menace au développement de leur entreprise ou à leur
propre établissement en agriculture. Aussi,
au-delà des intérêts privés des uns et des autres, nous savons qu'il en va de
l'intérêt général de l'agriculture, des agriculteurs d'aujourd'hui et de demain
et de la société québécoise tout entière.
Les terres agricoles sont limitées et
constituent un bien rare qui sert à la production d'un bien essentiel, la nourriture. Le phénomène d'accaparement des terres
ne peut être pris à la légère. C'est d'ailleurs avec cette vision, celle
du long terme et de l'intérêt général, que
le congrès général adoptait après plusieurs consultations une position qui sera
présentée ici cet après-midi.
Alors, nos analyses. Une analyse des
transactions que nous avons réalisée tout récemment a fait ressortir quatre raisons qui justifient une intervention
gouvernementale pour surveiller, encadrer et limiter la financiarisation des
terres agricoles. Ce sont quatre indices très factuels qui ne mentent pas quant
à l'accroissement du phénomène de l'accaparement
des terres : le premier, la hausse fulgurante du prix des terres; le
deuxième, l'augmentation des transactions foncières agricoles; le troisième, la présence de fonds d'investissement
dans le marché des terres; et le dernier, la concentration des
transactions.
Sur le
premier indice, le prix des terres agricoles s'est apprécié de 600 % au
cours des 23 dernières années. Un hectare de terre, qui valait, en
moyenne, 1620 $ en 1990, vaut aujourd'hui 10 115 $. Cette hausse
dépasse le taux de croissance de la
productivité économique des terres. Autrement dit, la valeur marchande des
terres agricoles s'est accrue plus
rapidement que leur valeur économique. Depuis 2010, le prix des terres
agricoles s'éloigne de la tendance des prix à long terme. Dans ce
contexte, un jeune de la relève peut difficilement espérer rentabiliser l'achat
de terres.
Le deuxième
point. En cinq ans, le nombre annuel de transactions foncières agricoles est
passé de 1 605 à 2 678, une hausse
de 67 %. Le marché des terres agricoles est donc beaucoup plus actif
aujourd'hui qu'il ne l'était il y a cinq ans. Pourquoi le nombre de transactions augmente-t-il? Quel est le profil des
vendeurs? Est-ce que les producteurs agricoles sont plus nombreux à prendre leur retraite? Est-ce qu'il y a plus
d'acquisitions qu'auparavant qui sont réalisées par des producteurs qui ne sont pas des exploitants
agricoles? Quel est le profil des acheteurs? Ces questions sont pertinentes,
mais sans réponse pour l'instant.
Le troisième point. L'analyse des transactions
foncières agricoles des dernières années révèle l'apparition de nouveaux acteurs sur le marché, notamment des
acteurs du monde financier : dans un premier temps, la Banque Nationale,
suivie de Pangea, Agriterra, Partenaires
agricoles SEC, Solifor, Haig et, dans une moindre mesure, le FIRA. Ensemble,
ils achètent à chaque année d'importantes superficies de terres dans des
régions très ciblées.
Et le dernier point. Au cours des cinq dernières années,
les 15 sociétés les plus actives sur le marché des terres
auraient acquis plus de 27 000 hectares.
La société Pangea, à elle seule,
a déboursé plus de 26 millions pour acquérir 4 131 hectares. Pour ceux qui disent que le phénomène est marginal,
c'est l'équivalent des terres de 40 familles agricoles. En fait, il ne faudrait que 700 investisseurs
possédant chacun 4 000 hectares pour remplacer les 28 000 fermes du
Québec.
Lac-Saint-Jean, avec des achats de 2 209 hectares en 1913-1914, Pangea a
occupé plus de 50 % du marché. Une
position aussi dominante n'est, ni plus ni moins, qu'une prise de contrôle du
marché. Pour nous, le modèle d'affaires proposé par Pangea est peu attrayant pour la relève entrepreneuriale,
qui n'a pas accès aux actifs ni à leur appréciation et qui doit, tout de
même, partager les risques liés aux opérations.
Ces quatre
indices sont autant de sonnettes d'alarme qui devraient alerter les autorités
du MAPAQ et de la Commission de protection du territoire agricole.
Au Québec, la
zone agricole est relativement petite. Au cours des dernières années, plusieurs
intervenants ont tenté de
marginaliser le phénomène d'accaparement des terres agricoles au Québec en
martelant que les producteurs détenaient près de 85 % des terres agricoles. La réalité est différente. Les
terres en culture occupent à peine 30 % de la zone agricole. Avec plus de 600 000 hectares de terres en
location, le taux de propriété des fermes québécoises se situerait plutôt entre
65 % et 70 %. Dans le territoire
de la Communauté métropolitaine de Montréal, ce taux est à 50 %. La
capacité de production de plusieurs fermes dépend donc de leur accès à
des terres en location, lesquelles appartiennent à des propriétaires promoteurs qui sont de moins en moins issus du
milieu agricole et qui attendent, pour certains, l'occasion d'en changer
la vocation.
Alors, nos
réflexions. La financiarisation des terres est un phénomène spéculatif. Les
fonds achètent des terres, car leur
valeur est à la hausse, et le rendement probable de leur investissement est
intéressant. Ce genre de procédé n'amène toutefois pas de capitaux en
agriculture. Les fonds achètent les actifs agricoles avec leurs capitaux et
s'accaparent les rendements de ces actifs,
rendements auparavant réinvestis en agriculture. Les fonds ne développent pas
non plus l'entrepreneuriat. Par
exemple, quand Pangea arrive, elle installe un seul opérateur par bloc de
1 000 hectares et elle pousse graduellement tous les producteurs en
périphérie qui, eux, ne voient plus de possibilité d'expansion.
Autre
question : Dans 10 ou 20 ans, qui va acheter les actifs de Pangea
lorsqu'ils seront à vendre? Sans doute, un plus gros fonds d'investissement, peut-être avec pignon sur rue à
Montréal, mais aussi peut-être dont le siège social sera à New York ou à
Hong Kong.
On ne peut
attendre pour agir, car la ressource terre est limitée. C'est un bien rare,
essentiel à la vie, à la sécurité alimentaire.
Les terres arables doivent être protégées, et on ne peut laisser une telle
responsabilité sociale entre les mains d'une
poignée d'individus. La protection des terres agricoles est un fait reconnu et
accepté depuis 35 ans au Québec. La loi de protection des terres agricoles protège tant bien que mal les terres
de l'accaparement des promoteurs. La
loi sur l'acquisition par des
étrangers fait de même en regard de l'appétit des investisseurs non québécois.
La population mondiale va atteindre
9 milliards d'individus en 2050. Avec les changements climatiques et l'imprévisibilité de leur ampleur et de leurs effets,
chaque gouvernement a la responsabilité d'assurer à long terme la sécurité
alimentaire de sa population. Le phénomène d'accaparement des terres n'est pas
marginal au Québec, et les données présentées dans ce mémoire démontrent qu'il
s'accentue. L'accaparement des terres pourrait avoir des conséquences irréversibles sur le modèle d'agriculture
familiale québécois : l'abandon de plusieurs projets d'établissement de la
relève et de consolidation en raison
de l'incapacité des producteurs à concurrencer les sociétés d'investissement;
le passage d'une agriculture d'entrepreneurs à une agriculture de
salariés; la marginalisation des fermes de petite et moyenne taille; la
diminution significative du nombre de fermes; et l'aggravation de la
dévitalisation des territoires ruraux.
Donc, nos
demandes au gouvernement du Québec. Donc, doit, à très court terme, dresser le
portrait détaillé de la situation et
instaurer un mécanisme de suivi des transactions. Nous demandons cela depuis
déjà plusieurs années. Le Registre foncier
du Québec, les publications spécialisées dans lesquelles sont colligées toutes
les transactions relatives au monde agricole
ainsi que les données issues de la récente réforme cadastrale sont autant
d'outils permettant au MAPAQ ou à la Commission
de protection des terres agricoles de surveiller et de suivre l'évolution des
transactions foncières agricoles.
Dresser un
portrait plus complet des propriétaires de la zone agricole. L'information
nécessaire pour assurer un bon suivi des transactions existe, elle est
disponible et publique. Il suffit de la colliger, de la traiter et de procéder
aux analyses pertinentes.
Le deuxième point, c'est de...
La Présidente (Mme Léger) : Il vous
reste une minute.
M. Groleau
(Marcel) : Une minute? D'accord.
Alors, ce qu'on propose, c'est de limiter, pour les trois prochaines années, à 100 hectares l'acquisition par un
propriétaire, ou un individu, ou une entreprise. Pourquoi trois ans? Parce que ça permettrait pendant cette
période-là de... ça permettrait aux producteurs de continuer à transiger des
terres, pour la plupart — parce qu'on a
vérifié, selon les registres, encore
une fois, il y a très peu de producteurs qui ont acheté plus de 100 hectares par année pendant trois années — et ça limiterait l'action des fonds
d'investissement. Pendant cette période-là, donc, nous, ce qu'on souhaiterait, c'est qu'il y ait une vraie réflexion
autour de cet enjeu-là, l'établissement de la relève agricole, l'accès aux actifs agricoles de plus en
plus dispendieux, les outils pour accéder au crédit, pour accéder aux actifs
agricoles et toute la question de
l'établissement de la relève agricole et de la consolidation des entreprises.
Donc, c'est pour ça qu'on propose cette mesure-là.
Et aussi, en
terminant, lorsque M. Paradis a été nommé ministre de l'Agriculture, M.
Couillard lui a expressément demandé
de trouver des solutions à la financiarisation des terres agricoles et à la
difficulté pour les jeunes de s'établir en agriculture. Alors, si on laisse la situation actuelle s'accentuer,
c'est sûr que ce sera de plus en plus difficile de trouver des solutions
durables et à long terme. Alors, c'est pour ça qu'on demande cette espèce de
clause là qui limiterait à 100 hectares l'acquisition par année, l'acquisition
par une personne ou une entreprise.
Présidente (Mme Léger) : Merci, M. Groleau. Alors, on commence la
période d'échange, donc, avec la
partie ministérielle. Vous avez 17 min 30 s.
Donc, je crois comprendre que c'est le député de Mégantic.
Bolduc : Merci, Mme
la Présidente.
Présidente (Mme Léger) : Je
vous invite tous les deux, et autant l'organisation,
tout ça, de vous adresser à la présidence à chaque fois.
Bolduc : Merci.
Écoutez, bonjour. Il me fait plaisir de vous rencontrer aujourd'hui. Vous nous
parlez, à l'accaparement des terres agricoles, début de la
section 2, de
Cominaret vous nous parlez que la CPTAQ autorise annuellement, à la demande d'intervenants de toutes sortes, que près de
4 000 hectares de terres appartenant à la zone verte, qu'ils soient utilisés à d'autres fins que
l'agriculture, et, de ce nombre, 1 000 en sont exclus. Est-ce que c'est
vraiment la quantité de terres qui
sont autorisées à être exclues de l'agriculture annuellement? Et, si oui, de
quelle qualité sont-elles, ces terres-là?
La Présidente (Mme Léger) : M.
Groleau.
M. Groleau
(Marcel) : En fait, cette
statistique-là est une moyenne. En fait, sur 10 ans, c'est 4 000 hectares
par année en moyenne. Et, bon, oui,
c'est les meilleures terres du Québec habituellement parce que c'est pour des
agrandissements principalement de périmètres
urbains, construction de routes ou agrandissement de parcs industriels dans
la plupart des cas. Donc, c'est parmi les meilleures terres du Québec, oui.
La Présidente (Mme
Léger) : M. le député de Mégantic.
Bolduc :
Merci, Mme la Présidente. À la page... vous nous parlez après ça de la zone
agricole, vous nous dites qu'avec
plus de 600 000 hectares de terres en location le taux de propriété des
fermes québécoises se situe autour de 65 % à 70 %. Ma compréhension — puis je suis peut-être dans l'erreur ici,
là — c'est
que beaucoup de ces anciens agriculteurs là préfèrent les louer que les vendre parce que ça leur permet de garder un
bien qui appartient à leur famille, mais peut-être que je n'ai pas la bonne perception. Est-ce que
vous pourriez expliquer pourquoi ce phénomène de location là s'étend?
M. Groleau
(Marcel) : Bien, je vais
demander à Charles, finalement, peut-être de faire le point là-dessus parce
que c'est important, parce que ça vient, en
quelque sorte, un peu clarifier l'analyse qu'a faite CIRANO de la situation.
Donc, c'est important de bien comprendre ce bout-là. Charles...
M. Ross (Charles-Félix) : Écoutez...
La Présidente (Mme Léger) : Alors,
M. Ross.
M. Groleau (Marcel) : Oui, pardon.
M. Ross
(Charles-Félix) : La réalité,
c'est que la zone cultivée au Québec, c'est 1,9 million d'hectares, et les
producteurs, pour cultiver cette zone-là,
ils en louent 600 000 hectares par année. Donc, le 600 000 hectares,
oui, dans certains cas, ça appartient
à des anciens agriculteurs. Mais, vous l'avez dit, des anciens agriculteurs, ça
peut appartenir aux générations
suivantes, mais ça n'appartient plus à des producteurs agricoles. Ce n'est plus
des producteurs agricoles, c'est
600 000 hectares. Et ça, on n'a aucune information de qui sont les
propriétaires de ces 600 000 hectares là. Ce qu'on sait, par
contre, c'est qu'entre 2006 et 2010 le taux de location, ce que les producteurs
agricoles louent aux autres, a augmenté de
10 points. Donc, on est passé, là, d'à peu près, là, un 20 % à un
35 % ou un 25 % à 35 % de taux de location. Donc, c'est un phénomène qui s'accroît. Et, si on
va au pourtour des villes, dans la région de Montréal, dans la CMM, on
parle d'un taux de location de 50 %.
La Présidente (Mme Léger) : M. le
député de Mégantic.
Bolduc :
Merci, Mme la Présidente. Moi, j'ai aussi... Quand on regarde ce phénomène-là,
puis je regarde, entre autres, les
producteurs laitiers... Et je sais très bien que l'UPA est très concernée par
la relève agricole, mais, quand on regarde
la valeur des quotas, la valeur de la machinerie et la valeur des fermes, en
fait les quotas, entre autres, sont de très
loin des valeurs beaucoup plus supérieures au coût d'acquisition des terres
et que la problématique aujourd'hui, c'est la
dimension des terres, qui fait que les jeunes ne peuvent pas mettre en place
une capitalisation suffisante pour acquérir leurs terres, d'où une
déviation des terres vers d'autres utilisations ou d'autres formes
d'entreprises. Est-ce que vous pourriez commenter là-dessus, s'il vous plaît?
La Présidente (Mme Léger) : M.
Groleau.
M. Groleau
(Marcel) : En fait, dans
certaines régions, aujourd'hui la valeur des terres est plus importante pour
une entreprise agricole que la valeur du
quota. Selon la taille de l'exploitation laitière, nécessairement.
Mais l'augmentation du prix des
terres, qu'on a démontrée, là, le 600 % depuis 1990, c'est une... Et, si
on avait pris l'augmentation des cinq
dernières années, l'augmentation du prix des terres a été plus lourde à
supporter dans les transactions foncières ou dans les transactions
d'entreprises, dans bien des cas, que la valeur des quotas.
La Présidente (Mme Léger) : M. le
député de Mégantic.
Bolduc : Merci,
Mme la Présidente. Vous avez mentionné
qu'il y avait, dans certains cas, plusieurs milliers d'entreprises qui avaient des terres au Québec
et vous nous avez fait une liste de certains joueurs très actifs, comme vous
les qualifiez, dans les cinq dernières
années, qui auraient acquéri pour 121 millions de dollars de terres. Est-ce que ça, ça inclut
seulement que les terres ou ça inclut aussi des actifs agricoles tels que des quotas de lait,
etc.? Parce que, si je prends, par
exemple, Pangea, là, je sais qu'elle acquiert environ 49 % d'une
participation dans des fermes. Donc, là-dedans, là, c'est l'ensemble de la ferme, pas seulement que
les terres. Ça fait que je suis un peu... Est-ce que vous pourriez clarifier
ça, s'il vous plaît?
La Présidente (Mme Léger) : M.
Groleau.
M. Groleau
(Marcel) : Oui. En fait, ce
sont des acquisitions de terres. Le 121 millions, c'est les acquisitions
de terres. Et, dans le cas de Pangea,
Pangea, quand elle achète les terres, le 49 % auquel vous faites
référence, c'est la compagnie de gestion qui va opérer les terres agricoles
achetées par Pangea, et, dans cette compagnie de gestion là, Pangea détient
49 % des actions. Alors, il faut faire
bien la distinction. Et c'est là, nous, où on dit que le modèle... En fait,
l'exploitant qui détient 51 % de
cette compagnie de gestion là détient soit les actifs qu'il a amenés dans cette
entreprise-là ou, à défaut, ne détient que des actions d'une entreprise
qui opère les terres. Donc, il ne détient pas l'actif foncier.
Présidente (Mme Léger) : ...M. le député de...
Bolduc : O.K. Merci, Mme la Présidente. Le 11 septembre
2014, le ministre de l'Agriculture vous a envoyé une lettre en vous demandant que, si vous aviez connaissance de
transactions et de phénomènes d'accaparement, de lui transmettre l'information.
Est-ce que vous avez un document de réponse à cette lettre-là?
M. Groleau (Marcel) : En fait, cette demande-là, pour nous, on peut transmettre... Le
ministre a plus d'outils que nous
pour avoir un portrait plus détaillé des transactions, que n'importe quel autre
groupe dans la société, là. Moi, je peux
rapporter ce qui s'est passé chez mon voisin, je peux rapporter ce qu'untel ou
untel m'a dit ou je peux faire comme on
a fait, aller fouiller dans les registres fonciers puis relever les principaux
acheteurs des cinq dernières années. Mais, en fait, je pense que cette demande-là du ministre visait à peut-être
tenter de démontrer la marginalité de la situation, alors qu'en fait,
pour nous, la situation, elle s'accentue, et on ne peut pas parler de phénomène
marginal.
C'est un phénomène,
de toute façon, qui est mathématiquement appelé... juste d'un point de vue
finances, qui devient intéressant. Une
augmentation de 600 % depuis 1990, est-ce que ça va se répéter dans les 10
prochaines années? Je ne le sais pas.
Mais, basé sur le passé, il n'y a pas beaucoup d'investissements qui ont donné
autant que le rendement procuré par les terres agricoles. Donc, pour un
fonds d'investissement, c'est intéressant d'acheter ou d'avoir dans son
portefeuille des actifs aussi sûrs que les terres agricoles.
D'ailleurs,
ce n'est pas pour rien que la Caisse
de dépôt a mis 250 millions dans un fonds qui fait de l'achat, de l'acquisition de terres, un fonds américain qui
fait de l'acquisition de terres. Alors, le phénomène est mondial, là. Mettre
nos capitaux à l'abri dans des valeurs
sûres, tous les fonds d'investissement font ça. Alors, la situation est la même
au Québec qu'ailleurs dans le monde,
là. Et la preuve de ça, bien, encore une fois, c'est que la Caisse de dépôt
elle-même le fait.
La Présidente (Mme
Léger) : M. le député de Mégantic.
Bolduc : Merci, Mme la Présidente. Si je comprends bien, ça
veut dire que vous n'avez pas... il n'y a pas eu de réponse à la lettre
au ministre officiellement, là, vous n'avez pas envoyé de lettre.
M. Groleau
(Marcel) : Bien, je pense que le mémoire, c'est une réponse.
Bolduc :
O.K. Je vous remercie. Donc, je vais laisser ma...
La Présidente (Mme
Léger) : Alors, M. le député de Beauce-Sud, à votre tour.
M. Dutil :
Merci, Mme la Présidente. Tout à l'heure, vous avez mentionné qu'il y a
1,9 million d'hectares au Québec de disponibles. Ça, c'est les terres qui
sont en production ou ce sont l'ensemble des terres zonées agricoles?
La Présidente (Mme
Léger) : M. Groleau.
M. Groleau (Marcel) : Ça, ce sont les terres en production. Donc, dans la zone agricole, il y
a autour de 3,4, je crois, millions d'hectares, là, mais, en culture,
c'est 1,9 million d'hectares.
Dutil : L'autosuffisance alimentaire exige combien de... On
sait qu'il y a eu une augmentation de productivité considérable depuis un siècle, là, mais on est
passé de 1 million à 8 millions d'habitants, puis probablement que l'autosuffisance
est plus difficile à obtenir à 8 millions d'habitants qu'à 1 million
d'habitants il y a un siècle.
M. Groleau (Marcel) : Oui, parce qu'on ne peut pas agrandir nos terres agricoles d'autant,
là. Mais je laisserais peut-être...
M. Dutil :
Justement, on a compensé par de la productivité supplémentaire.
M. Groleau
(Marcel) : Voilà. Mais Charles pourrait peut-être apporter quelques
éclairages là-dessus.
La Présidente (Mme
Léger) : Alors, M. Ross.
M. Ross (Charles-Félix) : Oui. Bien, sur la zone qui est protégée par la
loi sur la protection du
territoire agricole, c'est
6,4 millions d'hectares. Donc, là-dessus, les producteurs en occupent
3,4 millions, puis, sur le 3,4 millions, il y en a 1,9 million en culture. Dans le 3,4, ils en
louent 600 000. Donc, ce qu'ils possèdent, c'est 2,8 . Donc, il y a
une bonne
partie de la zone occupée
par les producteurs qui sont des territoires boisés, ce qui fait qu'il y a
1,9 million qui est cultivé. Mais
il y a un 3 millions d'hectares entre le 6,4 puis le 3,4, il y a un
3 millions d'hectares qui est protégé par la
loi sur la protection du territoire agricole. Il n'y a pas de
producteurs qui occupent ces zones-là, mais c'est protégé quand même pour un potentiel futur. Et, là encore, on n'a
absolument aucune information sur qui sont les propriétaires de ces terres-là
et quelles sont les transactions qui opèrent
sur ces marchés-là. On n'a absolument aucune information. En fait,
l'agriculture, le 1,9 million
d'hectares, c'est ce qu'on dit, on n'occupe que 30 %, là, de la zone qui
est protégée par la Commission de la protection
du territoire agricole, et, une bonne
partie de ces hectares-là, de ce fonds-là
foncier, on n'a absolument aucune idée de qui sont les propriétaires.
à votre question sur l'autonomie alimentaire je vous dirais qu'on produit, en
termes de valeur d'aliments, là, sensiblement
ce que les Québécois consomment annuellement, mais c'est sûr qu'on produit
beaucoup de porc, de lait, de sirop
d'érable. Donc, il y a une
partie de cette production-là qui est exportée soit
à l'extérieur du Canada ou à l'intérieur du Canada, mais on importe également en retour. Mais, au net, on produit
sensiblement, en argent, ce qu'on consomme au Québec.
M. Dutil :
Donc, on peut dire, Mme la Présidente, là, qu'on est autosuffisants sur le plan
alimentaire. Évidemment, il y a des
échanges, ça, c'est sûr. On ne produit pas d'oranges puis on achète des
oranges, mais on produit du porc puis on l'exporte. Bon, un dans l'autre,
on a plus ou moins zéro.
Ceci étant,
ça a dû évoluer à la baisse, j'imagine, ça, parce que plus la population
augmente, plus c'est difficile de
continuer à être autosuffisant sur le plan alimentaire, à moins que la
productivité suive, ce qui a peut-être été le cas, là, remarquez bien.
M. Groleau (Marcel) : Je vous dirais
que, depuis 20 ans, la productivité a certainement suivi. Je regarde la productivité, que ce soit au niveau des céréales,
animale, production laitière, végétale, je dirais que la productivité a suivi.
M. Dutil :
Vu l'augmentation de la population. Maintenant, je vais vous revenir avec deux
questions que j'ai posées tout à
l'heure qui m'inquiètent personnellement. Parce que, ça, je pense qu'on est
d'accord sur une chose, la situation de la pression sur le monde agricole n'est pas la même, dépendant des régions,
et nous, on fait
partie des régions où il n'y en a plus, de pression. Au contraire, on se demande qui
on va aller mettre là parce qu'il y a moins d'enfants, il n'y a pas
d'immigration. Bon, en tout cas, je
ne vous conterai pas l'ensemble de nos problèmes, mais, quand on fait la
couronne sur le bord des États-Unis,
là, on s'éloigne de Lévis puis on s'éloigne de Beauce-Nord, qui est assez
productif, puis on s'en va vers la frontière
américaine, là, c'est le désert, ce n'est pas compliqué, c'est la friche, c'est
le reboisement. Nos ennemis pour l'agriculture, ce n'est pas les
spéculateurs.
Je repose la question, est-ce qu'il y a encore
lieu de maintenir le refus, par législation ou par règlement, de prendre les terres en friche puis de les recultiver, comme on le vit actuellement et qui avait été pour une cause, à mon avis, qui est
réglée, le phosphore?
M. Groleau
(Marcel) : Bien, nous, on
est tout à fait d'accord à ce que les terres en friche soient remises en
culture prioritairement. Ça, on le
demande, d'ailleurs, la réouverture du règlement sur les entreprises
agricoles, parce qu'actuellement,
dans ce règlement-là, les superficies en
culture sont limitées actuellement au Québec, donc on perd des superficies en
culture. Par le 4 000 hectares
par année qui est converti à d'autres fins que les fins agricoles, la zone
agricole se rétrécit au Québec.
M. Dutil : ...la friche.
M. Groleau (Marcel) : Bien, entre autres,
il y a ça. Mais la friche, ça représente, somme toute, à l'échelle du Québec, une petite portion, somme toute, là, il
faudrait la... Je ne l'ai pas en mémoire ici, mais ce n'est pas très important.
C'est moins important que ce qu'on perd à
chaque année par l'accroissement des périmètres urbains ou l'utilisation du sol
à d'autres fins que l'agriculture.
M. Dutil :
Je pense, Mme la Présidente, qu'on est d'accord avec le président là-dessus. La
différence, c'est que la friche est
localisée à des endroits où il y a une dévitalisation. Alors donc, c'est
important dans certains endroits, là. Ce n'est pas important sur
l'ensemble, je comprends bien.
M. Groleau
(Marcel) : Mais ça soulève
aussi pourquoi... Souvent, dans ces régions-là, bon, il y a moins d'intérêt
à y habiter, plus loin des centres, des sols
peut-être aussi moins propices à la diversification de l'agriculture,
production de céréales ou autres.
Mais il y a aussi d'autres phénomènes qu'uniquement les lois existantes au
Québec qui ont provoqué cette situation-là.
M. Dutil : Effectivement.
Moi, je pense que la dénatalité est le principal facteur, là, personnellement,
mais, effectivement, il peut avoir une multitude d'autres aspects.
L'autre
point, que j'ai soulevé tout à l'heure, que je tiens à resoulever, c'est qu'on
a certaines difficultés dans la revente des terres à des propriétaires
quand le propriétaire de la terre en a acheté plusieurs et ne peut pas les
rescinder autrement que par une décision de la CPTAQ, qui est difficile à
obtenir et qui est coûteuse à obtenir. Ils finissent par l'obtenir, là. Je pense qu'il y a des débats qui
se font, et, en général, la commission n'est pas déraisonnable. Mais c'est
un an, deux ans, 10 000 $ plus
tard, là, donc ça décourage certaines personnes. Que pensez-vous de cette
règle-là? Est-ce qu'il n'y aurait pas lieu de retoucher également la
règle du morcellement de façon à être un peu plus souple?
M. Groleau
(Marcel) : Avec M. Paradis,
on n'a pas eu l'occasion d'avoir cette discussion-là. On avait eu cette
discussion-là avec le gouvernement précédent sur la question du morcellement, et une des prérogatives avant de
parler de morcellement, ça devrait être de parler de la protection des activités
agricoles. La commission a dans son mandat de protéger les terres agricoles et
les activités agricoles. Par contre, le seul moyen que la commission a pour
protéger les activités agricoles, c'est d'assurer l'harmonie sur le territoire
agricole, donc de ne pas avoir, par
exemple, des élevages animaux à proximité de tables champêtres, ou d'utilisation de sites agrotouristiques, ou des choses comme ça. Mais c'est là où la situation...
On le voit, nous, il y a de plus en plus d'intolérance des citoyens aux activités agricoles : odeurs,
poussière, le voyagement des machineries sur les routes. Nous, on avait
dit : On peut s'asseoir puis parler de morcellement ou de comment on pourrait faciliter le morcellement pour
des projets agricoles, mais il faut s'assurer que ça se fasse dans le
respect et la protection des activités agricoles.
La Présidente (Mme Léger) : Merci.
Alors, M. le député de Saint-François.
Hardy : Mme la Présidente, ma question est sur un paragraphe que je viens de voir, là,
sur l'augmentation des transactions qui se passent avec les terres
agricoles. Ma question est : Est-ce que les producteurs agricoles
sont plus nombreux à prendre leur
retraite et qu'ils n'ont pas personne
pour prendre la relève? Est-ce que vous avez fait une étude sur la relève
agricole? Est-ce qu'il y a beaucoup de jeunes qui veulent reprendre les terres
familiales?
La Présidente (Mme Léger) : Alors,
pour une vingtaine de secondes.
M. Groleau
(Marcel) : On a un taux, disons, d'établissement en agriculture
meilleur que dans les autres provinces canadiennes
au Québec. Donc, il y a deux raisons principales qui expliquent ça. On a des
meilleurs programmes pour aider la relève agricole à acheter ou à
devenir producteur agricole que les autres provinces. Et, dans les productions
sous gestion de l'offre particulièrement, il
y a un bon taux de renouvellement ou de transfert intergénérationnel qui se
fait, alors... Mais on n'aura jamais
assez... il faut toujours se soucier de plus en plus de cette question-là parce
que ça, c'est... Les taux qu'on a
aujourd'hui, c'est un reflet du passé, mais ce n'est pas une garantie pour
l'avenir. Nous, on vous dit aujourd'hui exactement ça : L'augmentation du prix des terres agricoles et
l'implication des financiers dans le milieu des terres agricoles...
La Présidente (Mme Léger) : Je vous
arrête.
M. Groleau (Marcel) : ...compliquent
cette situation-là.
Présidente (Mme Léger) : Si vous voulez poursuivre, peut-être que vous
allez être capable dans les autres questions que vous aurez,
M. Groleau. Alors, M. le député de Berthier, le porte-parole de l'opposition
officielle en matière d'agriculture, à votre tour. Vous avez
10 min 30 s.
Villeneuve : Merci, Mme la Présidente. Alors, bonjour,
M. Groleau. Bonjour, M. Ross. On a abordé, évidemment... Au fil des gens qu'on va rencontrer,
assurément qu'il y aura de la redondance quelque peu, mais enfin je pense qu'il vaut mieux répéter parfois pour être
sûr qu'on a bien compris, là. Mais tantôt on discutait avec le groupe avant
vous du rapport CIRANO qui parlait d'un phénomène marginal. Certains vont le
qualifier d'épiphénomène, mais phénomène
marginal, restons sur ce point-là, ce qui n'est pas votre perception des
choses. Je veux juste rappeler que le rapport date quand même de 2012 et que,
depuis, il y a des joueurs qui se sont ajoutés dans la mêlée, si je peux dire
ça comme ça, des joueurs, donc des fonds d'investissement privés qui
sont agressifs sur le marché.
Vous, ce que
vous notez, c'est que le phénomène est différent d'une région à l'autre. On
prend le Lac-Saint-Jean, où 50 %... C'est la moitié des
transactions, ça, c'est énorme parce qu'à mon sens à moi... Je ne sais pas ce
que les collègues en pensent, ici, autour de
la table, là, mais c'est quand même énorme comme transactions. Alors, moi, ce
que j'aimerais savoir de votre part, c'est : Ce phénomène-là, que
vous, vous ne qualifiez pas de marginal, est-ce que vous considérez que, pour toutes sortes de raisons,
qu'il pourrait, j'allais dire, s'éteindre de lui-même? Est-ce qu'on prend une
chance? Comme on dit, est-ce qu'on prend une chance que les terres vont se
stabiliser en termes de hausse de valeur? Est-ce
qu'on prend une chance, finalement, que les investisseurs vont vouloir... Parce
que la vraie question qu'il faut se poser
aussi, c'est quoi, l'intérêt des fonds d'investissement privés? C'est quoi,
leur intérêt d'acheter des terres? Un fonds d'investissement privé, à
mon sens à moi, c'est un fonds qui doit, tôt ou tard, redonner des profits à
ses actionnaires. Tantôt, vous le disiez
bien — je pense
bien que c'est vous qui disiez ça — que les fonds d'investissement, dans le
fond, vont générer beaucoup moins
d'activité économique ou de retombées économiques que si c'est une ferme
familiale qui... ou plusieurs fermes familiales, finalement, qui sont en
activité sur le territoire.
Moi, je sais
que c'est redondant un peu, mais j'aimerais quand même vous entendre par
rapport à ces questions-là, qui sont
fondamentales. Pourquoi un fonds d'investissement privé s'intéresse-t-il aux
terres agricoles? C'est quoi, la raison première? Et, selon vous, est-ce que, le phénomène, on prend une chance
ou si l'État doit s'assurer d'avoir toute l'information en main, toutes les données en main pour être en mesure
d'informer la population? Comme on disait tantôt, il n'y a peut-être pas péril en la demeure, mais il
y a comme une perception ou un sentiment d'accélération de ce
phénomène-là actuellement au Québec.
La Présidente (Mme Léger) :
M. Groleau.
M. Groleau (Marcel) : Bien,
peut-être que Charles pourrait ajouter à ce que j'ai déjà dit, mais c'est...
La Présidente (Mme Léger) :
M. Ross.
M. Ross
(Charles-Félix) : Oui. En
fait, là, souvent, devant la cour, on dit à l'avocat adverse : Vous avez
erré en droit. Bien, CIRANO, il a
erré en économie en disant que les producteurs agricoles étaient propriétaires
à 84 % de leurs terres. Tous les chiffres le démontrent, le taux de propriété est entre
65 % et 70 %. Ça, c'est une vraie statistique, c'est une
réalité.
Lac-Saint-Jean — puis
maintenant dans le Kamouraska — au Lac-Saint-Jean particulièrement, quand,
d'abord, la Banque Nationale a
acquis, sur une année ou deux, plus de 2 000 hectares de terres,
effectivement la Banque Nationale a
occupé, cette année-là, plus de 50 % du marché des transactions. Il y a à
peu près 130 000 hectares de terres cultivées au Lac-Saint-Jean, c'est à peu près 3 % du
territoire agricole du Québec, puis acheter 2 000 hectares une année,
on occupe le marché et on peut dicter
nos règles. Même chose pour Pangea, deux années plus tard, ils ont racheté des
terres de la Banque Nationale, ils
ont acheté également des terres directement des producteurs, donc ils ont eu
une position qui était dominante sur le marché et ils ont le pouvoir.
Nous,
l'information qu'on est allés chercher dans les registres, les informations
qu'on peut retrouver sur le Registre foncier, c'est que Pangea dispose
d'une marge de crédit d'au-dessus de 20 millions de dollars. Il n'y a pas
beaucoup d'agriculteurs, là, puis de jeunes
de la relève agricole qui ont 20, 25 millions de dollars dans leurs poches
pour acheter des terres agricoles.
Mais Pangea, c'est ses moyens. Puis ils ne le font pas en Montérégie, ils ne le
font pas dans Lanaudière, ils le font
au Lac-Saint-Jean, puis là ils veulent le faire au Kamouraska... ils l'ont fait
déjà au Kamouraska. Donc, ils ont une position
dominante. Ils veulent acheter des superficies qui sont importantes pour ces
régions-là, donc ils ont un impact et ils viennent compétitionner la
relève agricole pour l'achat de terres.
La Présidente (Mme
Léger) : M. le député de Berthier.
Villeneuve : Oui. Puis là vous me corrigerez si je me trompe,
là, mais un agriculteur va bâtir son entreprise — agriculteur propriétaire — sur un actif qui, au fil des ans, va
nécessairement croître, des fois moins, des fois plus. Là, on a vu que,
depuis les 15 dernières années, c'était assez fulgurant, mais il y a eu
d'autres années où c'était moins élevé que
ça comme croissance au niveau de l'actif. Le modèle, entre autres, de Pangea,
lui, ce qu'il dit, c'est que vous
allez être locataire. Comment est-ce qu'un agriculteur-entrepreneur locataire — disons-le
comme ça — à
51 % des parts, s'il y a des profits — parce qu'il y a des années où les profits
peuvent être moins là, son loyer, il faut qu'il le paie pareil, là — comment il peut penser construire, bâtir son
avenir en agriculture si l'actif principal, qui ne se déprécie pas, au contraire, en général, qui est le fonds de
terre, ne lui appartient pas, et les risques qui lui appartiennent sont
plutôt... En tout cas, les chances
que ça devienne à lui un jour, ce n'est pas clair, ça non plus, là. Alors, moi,
j'aimerais vous entendre là-dessus.
La Présidente (Mme
Léger) : M. Groleau.
M. Groleau (Marcel) : Oui. C'est exactement le point qui nous inquiète le plus pour la relève
et l'entrepreneuriat. Au Québec, on a
28 000 fermes environ actuellement. C'est
28 000 entreprises, entrepreneurs, hommes et femmes, qui investissent à chaque jour pour développer leur
entreprise puis faire bonifier les capitaux dans lesquels ils ont investi,
c'est leur capital. Ma situation,
moi, en 1988, quand j'ai acheté de mes parents, si je n'avais pas participé ou
si l'appréciation de la valeur du
capital était allée à quelqu'un d'autre plutôt qu'aller à mon entreprise, je
n'aurais jamais pu continuer de me
développer parce que ces capitaux-là auraient peut-être été à des actionnaires
d'un fonds d'investissement qui, eux... leur intention n'était peut-être
pas de réinvestir en agriculture. Moi, j'ai ce levier-là de la valeur de mes
capitaux pour garantir mes créanciers, alors
continuer de développer et de faire des acquisitions, faire progresser. Donc,
la taille de mon entreprise a plus
que triplé depuis 1988, là, dans différents secteurs, là. Donc, c'est ça, la
capacité qu'offre le fait d'être propriétaire
de ses actifs. Ce que propose Pangea, ce n'est pas du tout ce modèle-là. Puis
tous les producteurs agricoles qui
sont derrière moi ici pourraient vous raconter ce que je viens de vous
raconter, c'est important, dans le développement d'une entreprise agricole, de pouvoir utiliser l'appréciation de la
valeur de ses actifs pour se développer. Alors, c'est essentiel que le
modèle...
c'est ça, l'entreprise au Québec... l'agriculture, elle est familiale au
Québec. Puis, dans le monde, c'est presque exclusivement familial, l'agriculture. Et c'est démontré que
l'agriculture familiale est plus productive que l'agriculture par des fonds d'investissement parce que leur
intérêt, eux, ces fonds-là, peut varier dans le temps. Aujourd'hui, c'est
intéressant. Il se présente d'autres
bonnes affaires dans le futur, c'est quoi, mon intérêt de poursuivre en
agriculture? C'est quoi, mon intérêt
de diversifier s'il faut que je réinvestisse? Nous, comme producteurs
agricoles, notre seul intérêt, c'est d'investir et de développer nos
entreprises.
Alors,
lorsqu'on parle du modèle futur agricole québécois, bien, les décisions que
vous allez prendre cette année sont
très importantes pour le modèle futur d'occupation de notre territoire. C'est
pour ça que la FQM est ici, d'ailleurs. C'est pour ça qu'il y a tant de gens qui sont préoccupés par cette
situation-là. Et je lisais le communiqué de presse du Conseil des entrepreneurs agricoles, qui, eux aussi,
disent : Il faut protéger le modèle familial. Le seul endroit où on ne
s'accorde pas cette fois-ci, c'est
sur le fait de mettre une limite ou pas de 100 hectares pendant les trois
prochaines années pour trouver des
solutions et, pendant ces trois années-là, limiter l'action des fonds
d'investissement. Mais, sur le fait que notre agriculture familiale est
performante, je pense qu'il n'y a personne qui va contredire ça ici.
Présidente (Mme Léger) : Vous avez des supporteurs à l'arrière parce
qu'ils hochent la tête, M. Groleau. M. le député de...
M. Villeneuve :
Je céderai la parole à mon collègue, Mme la Présidente, avec votre accord.
La Présidente (Mme Léger) : Alors,
M. le député de Bonaventure.
Roy : Merci, Mme la Présidente. Bonjour, messieurs. Dans une
ancienne vie, on nous enseignait qu'il existait un phénomène de financiarisation du capital, où, au lieu d'investir sur
terre, dans des usines, des entreprises, on a décidé de prendre les sous puis de les jouer à la bourse
ou dans... et puis ce qui a amené des pertes d'emplois très significatives
dans l'économie, je dirais, industrielle dans les sociétés capitalistes. La
financiarisation du territoire agricole semble découler d'un surplus très important de liquidités où on cherche des
territoires d'investissement, et là je me demande si l'impact ne
pourrait pas être similaire à celui d'une économie plus industrielle, à savoir
diminution de l'intérêt à long terme de
faire des investissements qui vont susciter de la création d'emplois et de la
richesse. Et puis la question est très simple :
Dans un contexte comme celui-là, d'accaparement des terres agricoles par la
finance, quel avenir pour l'agriculture?
La Présidente (Mme Léger) :
M. Groleau.
M. Groleau
(Marcel) : Bien, si on
laisse aller le modèle de financiarisation et le modèle où les producteurs ne
sont plus propriétaires des capitaux, mais
uniquement des opérateurs et des exploitants du sol, c'est sûr que moi, je
pense qu'il va y avoir une diminution de la propriété québécoise
des terres agricoles à terme parce
que ces fonds d'investissement là qui vont constituer des
banques de terres deviennent inréressants pour des fonds plus gros qu'eux qui
veulent ajouter à leur portefeuille des actifs solides. Alors, c'est clair qu'à
mesure que ces fonds-là vont se constituer, s'il y a un fonds de 50 000 hectares
de terres au Québec parmi les plus belles terres du Québec, c'est sûr que, pour
un fonds international qui veut
ajouter de ces actifs-là dans son portefeuille, ça devient intéressant. Alors,
c'est ça, l'intérêt d'un fonds d'investissement, c'est de générer de
l'intérêt pour quelqu'un de plus important qui va s'en porter acquéreur, puis
eux vont «casher» la plus-value qu'ils ont
faite pendant la période où ils l'ont détenu. Alors, c'est sûr que cette
situation-là, pour moi, elle est préoccupante.
Présidente (Mme Léger) : Je dois maintenant céder la parole au
deuxième groupe d'opposition. Juste avant, je vais vous dire que nous
avons quand même invité... Vous avez, tout à l'heure, noté, M. Ross, on a
invité la Banque Nationale, mais ils ont
décliné l'invitation. Alors, je voulais quand même vous le signifier. Mme la
députée de Mirabel.
D'Amours : Merci, Mme la Présidente. On voit, bon, des partenaires
agricoles, Pangea a acheté des terres, mais
moi, je me dis tout le temps : S'il y a des acheteurs, c'est parce qu'il y
a des vendeurs. Alors, comment vous expliquez qu'un producteur agricole qui a travaillé toute sa vie en mode ferme
familiale arrive un jour à une décision qu'il va vendre sa terre à un
regroupement comme ça?
M. Groleau
(Marcel) : Oui. Bien, parce
que c'est sûr... Puis, on l'a dit d'entrée de jeu dans notre mémoire, pour
nous, l'UPA, ce n'est pas une situation facile parce qu'on le sait qu'on a des
producteurs qui sont vendeurs, puis eux, il est normal qu'ils veuillent aller chercher le meilleur prix pour la
vente de leurs terres. En contrepartie, on a des producteurs qui veulent consolider leur entreprise, puis eux
voient arriver dans le marché un compétiteur qu'ils ne sont pas capables
de soutenir ou de compétitionner. Alors, cette dualité-là, elle existe, et
c'est vrai dans tous les systèmes, là.
Nous, les
producteurs agricoles qui ont des terres à vendre, habituellement, aujourd'hui,
là, la demande est assez forte un peu
partout sur le territoire, sauf quelques exceptions. Et, dans ces
exceptions-là, les fonds d'investissement ne sont pas là actuellement, donc sauf... Les producteurs
trouvent preneur pour leurs terres, là, il n'y a pas de... Il y a vraiment,
par les producteurs existants, un intérêt à
consolider leur entreprise. Quand il y a un acre de terre à vendre, je peux
vous assurer qu'il y a plusieurs preneurs actuellement.
La Présidente (Mme Léger) : Mme la
députée de Mirabel.
D'Amours : Bon, on vit ce phénomène-là, mais c'est un phénomène qui
est mondial, comme vous disiez. Est-ce
que ce n'est pas des modèles — là, on est en 2015 — différents? Est-ce qu'ils ne peuvent pas
former une avenue? Peuvent-ils s'harmoniser? Est-ce qu'on a le droit de
dire à quelqu'un à qui tu vas vendre ta terre et combien tu vas la vendre? Alors, est-ce qu'il y a une façon de
faire, d'après vous — j'aimerais
ça, vous entendre là-dessus — qu'il y aurait des modèles différents, mais qu'on pourrait tous
bien prospérer dans le monde agricole avec ces modèles différents là?
La Présidente (Mme Léger) :
M. Groleau.
M. Groleau (Marcel) : Tout d'abord,
ce qu'on propose, là, ce n'est pas du tout de fixer le prix des terres et d'indiquer à qui un producteur peut vendre ou pas
sa terre. Ça, on n'est pas du tout là, là. Le marché des terres est un marché
libre, et il n'y a pas de personne qui en
fixe les prix, sauf le marché ou la pression sur le marché. Ça, on veut laisser
ça comme ça, mais on veut que ça soit un marché entre producteurs
agricoles.
Maintenant, est-ce qu'il y aurait une avenue
pour des investisseurs en agriculture qui voudraient mettre des capitaux,
investir des capitaux et partager et les risques et les rendements avec les
producteurs? C'est ce que font nos prêteurs.
Lorsque Mouvement Desjardins me fait un prêt, bien, il investit avec moi, puis
on partage ensemble un risque. Quand ça devient trop serré,
habituellement, lui, il se retire, là, mais on partage un risque et on partage
une
partie des bénéfices, puisque lui, il a un rendement là-dessus.
Moi, je
dis... Et le trois ans, il est intéressant à ce niveau-là. Si on prend une
pause de trois ans où on dit aux fonds d'investissement :
Regarde, mettez-vous sur pause, là, puis réfléchissons ensemble est-ce qu'ils
ont un rôle ou est-ce qu'ils pourraient
jouer un rôle dans le développement de l'agriculture au Québec et dans le
développement de nos entreprises agricoles au Québec... Prenons-la, cette pause-là, puis réfléchissons. Je n'ai pas la
réponse à votre question, mais je
pense que, là, ça prend des capitaux
en agriculture. On le sait, ça en prend, comme dans les autres secteurs de l'économie,
mais il ne faut pas que ces
capitaux-là s'accaparent les actifs du secteur. Il faut qu'ils profitent au développement
du secteur, mais il ne faut pas qu'ils s'accaparent les actifs du
secteur.
La Présidente (Mme Léger) : Mme la
députée de Mirabel.
D'Amours : Il y a, dans toutes les revues, journaux, qu'on parle
depuis le tout début, là, de l'accaparement des terres depuis quelques années, il y a souvent une question qui est
soulevée, c'est le modèle des intégrateurs dans le porc versus l'accaparement des terres, les gens
qui... Donc, j'aimerais ça que vous me parliez de la différence entre ça,
entre les intégrateurs de porc et les... Bien, je dis intégrateurs en général.
M. Groleau (Marcel) : La
contractualisation, là?
Mme D'Amours : Et voilà.
M. Groleau
(Marcel) : O.K. La
contractualisation, dans le secteur des viandes, surtout dans le boeuf et dans
le porc, en Amérique du Nord — et même dans la volaille, là — c'est un modèle de développement. Bon, la
différence, c'est que, premièrement,
quand tu... Prenons n'importe quel groupe au Québec, là, ils ont leur
génétique, ils ont leurs méthodes ou leurs recettes pour l'élevage, ils
ont leurs abattoirs et leurs coupes de viande, et ils ont leurs marchés. Donc,
il y a comme une ligne de production de la
ferme jusqu'au client, et la contractualisation vise à assurer la meilleure
homogénéité possible dans cette ligne
de production là. Et nous, donc, on n'est pas contre ce modèle-là, hein, l'UPA,
le fait qu'il y ait de la
contractualisation. Là, où on veut assurer nos arrières ou les producteurs,
c'est, dans cette ligne de production là, il faut assurer que le producteur participe aux bénéfices de façon juste et
équitable. C'est ça, notre préoccupation, nous, dans ce modèle-là.
Dans le cas de l'accaparement des terres, on
n'est pas tout à fait là, là, ou on ne souhaite pas en arriver là non plus, là, mais le producteur qui n'est pas du tout
propriétaire des actifs, qui n'est que l'opérateur, c'est quoi... il n'a aucune
garantie, là. Tu sais, au moins, dans la
ligne de production de la viande, il a une expertise, il est là. Dans
l'accaparement des terres, on a vu
des gens qui ne sont pas restés longtemps associés, là. Ils ont fait quelques
mois, après ça ils ont été remplacés,
ils ne rencontraient pas les objectifs. C'est là où le producteur devient
vulnérable, et nous, on ne souhaite pas ce modèle-là.
La Présidente (Mme Léger) : Une
vingtaine de secondes.
Mme D'Amours : J'ai terminé. Merci,
Mme la Présidente.
Présidente (Mme Léger) : Bien, merci, M. Groleau, président de
l'Union des producteurs agricoles, et M. Ross, de l'échange que
nous avons eu.
J'arrête
quelques instants juste pour permettre maintenant au Conseil des entrepreneurs
agricoles de venir s'installer.
(Suspension de la séance à 15 h 48)
La Présidente (Mme Léger) : À
l'ordre, s'il vous plaît! Merci. Merci.
Présidente (Mme Léger) : À l'ordre, s'il vous plaît! Ceux qui veulent parler, je vous invite à aller
dans les couloirs, c'est votre
prérogative. Mais, si vous êtes ici, à la commission, je vous
demanderais le silence, s'il vous
plaît. Merci.
Alors, nous sommes heureux de recevoir le
Conseil des entrepreneurs agricoles. Alors, M. Cartier, qui est le président, bienvenue. Vous allez avoir
10 minutes pour votre présentation.
Et je vous invite avant de nous présenter les gens qui vous
accompagnent, et après on aura des échanges avec les formations politiques.
M. Cartier
(Jacques) : Alors, merci, Mme la Présidente. Alors, Mme la Présidente
de la commission des pêcheries, de
l'énergie et des ressources naturelles, Mmes, MM. les députés, permettez-moi
d'abord de vous présenter les personnes qui m'accompagnent pour la
présentation. D'abord, à ma gauche, M. Gilles Brouillard, qui est
producteur agricole et administrateur du Conseil des entrepreneurs agricoles,
et, à ma droite, M. Michel Saint-Pierre, invité du Conseil des
entrepreneurs agricoles et observateur de l'évolution de l'agriculture
québécoise depuis de nombreuses années.
Alors, je
tiens à souligner aussi la présence de producteurs agricoles et de jeunes de la
relève qui ont jugé important de se
déplacer aujourd'hui pour soutenir le message du Conseil des entrepreneurs agricoles.
La majorité des gens qui sont derrière nous sont des gens qui sont ici pour nous
supporter dans notre démarche, comme des gens d'entreprises, alors des producteurs agricoles qui, par ailleurs, n'ont
jamais eu l'occasion de voter d'aucune façon en faveur des propositions que l'Union des producteurs agricoles vous a
présentées, des jeunes de la relève qui, eux non plus, n'ont pas eu l'occasion
de se prononcer sur les propositions qui
seront déposées par la Fédération de la relève agricole, le club-école de
l'Union des producteurs agricoles, qui répète le même message.
D'entrée
de jeu, le Conseil des entrepreneurs agricoles tient à souligner qu'il ne fait
d'aucune façon la promotion des
modèles d'agriculture proposés par des fonds d'investissement et décriés comme
étant de l'accaparement des terres agricoles. Nous avons même certaines
réserves sur la viabilité à moyen et à long terme de ce modèle d'affaires. Nous
partageons cependant encore moins et nous
nous dissocions complètement de la vision de ceux qui exigent un contrôle
des achats des terres et d'une intervention
réglementaire drastique pour régir les transactions. Cette approche prônée par
l'UPA aura sans aucun doute des conséquences
désastreuses pour les entreprises agricoles familiales existantes et surtout
pour la relève agricole.
L'achat des terres et
la mise en valeur sont au coeur de la réussite des fermes familiales
québécoises depuis toujours. La capacité et
la liberté pour les entreprises agricoles familiales d'acheter des terres sont
un facteur fondamental d'amélioration
de leur situation économique ainsi que de la qualité de vie des exploitants. Où
seraient les leaders agricoles de nos régions qui font la fierté de nos
villages et de notre agriculture si on les avait contraints dans le processus d'acquisition des terres? Auraient-ils pu
s'étaient vus interdire de procéder à certains achats?
Pensons
à l'entreprise Patates Dolbec dans la région de Portneuf, aux Maraîchers Van
Winden en Montérégie, aux frères
Raynault de la Ferme Bonneterre dans Lanaudière, à la Ferme Landrynoise dans les Bois-Francs ou encore à l'exemple de Denise Verreault et le développement
de la culture du chanvre en Gaspésie. Voulons-nous mettre fin à ces exemples
et à cette image de l'agriculture forte et dynamique? Ce sont ces entreprises
et combien d'autres leaders de notre secteur
agricole qui seront les premiers perdants d'un éventuel plafonnement des
superficies agricoles pouvant être achetées.
Cette mesure serait catastrophique pour les entreprises agricoles, pour la
relève et pour la viabilité économique des régions agricoles du Québec.
Comment
expliquer alors le lobby de l'UPA depuis 2011 d'aller convaincre le
gouvernement d'intervenir pour brimer
le droit de l'ensemble des entreprises agricoles du Québec
de transiger librement des terres agricoles? Les études réalités par AGECO et CIRANO concluent qu'il n'y a
pas de réel accaparement des terres agricoles au Québec. Il ne s'agit pas non plus d'une demande venue des producteurs,
comme l'a confirmé avec éloquence M. Denis Bilodeau, premier
vice-président de l'UPA, lors de la commission parlementaire, ici, en
octobre 2013, sur le projet de loi n° 46.
dossier d'accaparement des terres agricoles et les propositions viennent des
dirigeants, de l'exécutif de l'UPA depuis
2011, et il ne trouve que très peu d'appui chez les producteurs. En fait, ils
n'ont jamais été vraiment consultés. Pour preuve, il y a tout au plus
une semaine, des producteurs agricoles de la Montérégie ont reçu une invitation
pour participer à des consultations sur les positions à prendre par leur
fédération concernant l'accaparement des terres, des consultations qui débuteront à compter du 23 mars prochain, soit
quatre ans après la prise de position des dirigeants de l'UPA, et tout
cela après la commission parlementaire qui tient aujourd'hui audience sur ce
sujet. Rappelons que les entreprises
agricoles de la Montérégie représentent pas moins de 25 % des fermes du Québec
et génèrent 30 % de l'ensemble des
revenus. Alors, on commencera à les consulter après la commission parlementaire, et non avant dans un vrai processus
démocratique.
Il faut noter que le
peu de support obtenu par l'UPA auprès des producteurs agricoles afin
d'instaurer une réglementation sur les transactions de terres l'a conduite à se
tourner vers le public cible des jeunes et de la relève en tentant d'associer
accaparement et financiarisation de l'agriculture. Pourtant, comme nous le
démontrons dans notre mémoire, il s'agit de
concepts distincts. Les propositions prônées par l'UPA sur l'accaparement des
terres ne règlent en rien les enjeux
de la relève agricole. Il faut réaliser qu'intervenir pour limiter ou contrôler
l'achat des terres sous une forme ou
une autre, c'est aussi encourager le développement des terres en location,
puisque les entreprises agricoles existantes devront, de toute façon,
prendre de l'expansion, et, si on ne peut acheter, ça se fera par location. Le
seul mouvement pouvant s'apparenter à de
l'accaparement des terres agricoles au Québec est causé par l'appétit insatiable des villes et
des villages qui, depuis de nombreuses années, ne... qui souhaitent
agrandir leur périmètre urbain au détriment de la zone agricole. Alors, il y a
des chiffres qui nous ont été mentionnés, je pense que c'est assez clair.
Alors, je vais
laisser M. Brouillard continuer.
La Présidente (Mme
Léger) : Alors, M. Brouillard.
M. Brouillard (Gilles) : Pour le Conseil des entrepreneurs agricoles, si l'on veut demeurer
vigilant sur le dossier de
l'acquisition des terres agricoles, la prochaine étape consiste à la
réalisation d'une enquête par une équipe de chercheurs indépendants
auprès des agriculteurs et des propriétaires afin de raffiner encore davantage
le portrait de la tenure des terres
agricoles au Québec. Il s'agit d'un prérequis pour l'analyse du dossier. La
réalisation périodique d'une telle enquête à période déterminée serait pour le producteur agricole un moyen de
suivre l'évolution du phénomène, et ce, à moindre coût et à moindre
risque qu'un registre des transactions des terres agricoles. Un tel registre,
en raison de la nature des informations qui
seraient alors disponibles, pourrait jouer un rôle direct pour contribuer à
faire augmenter le prix des terres. L'Union
des producteurs agricoles fait dans ce dossier tout en son pouvoir pour brimer
le développement de leurs entreprises et
les empêcher de prendre l'expansion nécessaire au maintien de leurs fermes. De
plus, il attaque directement le patrimoine familial de certains de ses
membres en voulant les priver d'une digne retraite.
Quant
à l'enjeu de la relève agricole, il est beaucoup plus profond que celui d'un
plafonnement du nombre d'hectares des
terres agricoles pouvant être achetées annuellement par une entreprise agricole
ou par des fonds d'investissement. Devant l'évolution de notre agriculture, du modèle
des fermes familiales, de même que la diversité des enjeux que doit
surmonter la relève — par
exemple, prix des terres, financement, etc. — nous proposons à la CAPERN
d'analyser en profondeur cette question plutôt que l'accaparement. Le Conseil
des entrepreneurs agricoles juge prioritaire qu'une révision en profondeur des outils et des programmes disponibles pour
aider les jeunes à démarrer en agriculture, à prendre la relève des
fermes existantes ou encore à s'intégrer à une entreprise agricole déjà en
opération soit effectuée. Cette réflexion
doit inclure un examen des normes de production encadrant chacun des secteurs
agricoles pour identifier les dispositions spécifiques à un secteur qui
peuvent freiner et même empêcher l'implantation de la relève agricole. Les
programmes actuels d'aide à la relève dispensés par certaines fédérations sont
très marginaux et ne règlent en rien les problèmes des jeunes motivés à
s'implanter en agriculture.
Dans le
dossier de l'accaparement des terres et de la financiarisation, des termes que,
d'ailleurs, le Conseil des entrepreneurs agricoles ne partage pas, l'UPA fait encore une fois la
démonstration qu'elle n'hésite pas à faire fi du droit démocratique des agriculteurs et à prendre des
décisions qui feront reculer la situation de l'agriculture
au Québec. De fait, l'opposition que
l'UPA rencontre auprès des producteurs sur le dossier l'a forcée à adapter ses
propositions à de nombreuses occasions, mais toujours dans le but de
forcer la mise en place d'une réglementation. À quelle nouvelle proposition aurons-nous droit à la suite de cette commission
parlementaire? De l'avis du Conseil des entrepreneurs agricoles, il ne peut y avoir de bonne solution à un faux problème.
L'agriculture québécoise sera la grande perdante s'il fallait que l'État altère
la liberté fondamentale de transiger des terres dont disposent les
agriculteurs. Merci.
Présidente (Mme Léger) : Merci. Alors, nous allons du côté du
gouvernement. M. le député de Mégantic, vous débutez l'échange.
Bolduc : Merci, Mme
la Présidente. Bonjour, messieurs. Bienvenue à la commission. Écoutez, moi,
j'ai plusieurs questions, en fait, sur votre
mémoire, que je trouve intéressant. Vous nous parlez qu'il y a certaines
régions qui ont des problèmes,
d'autres qui n'en ont pas. Moi, je vais vous parler de la région de l'Estrie,
où, par exemple, dans mon comté, on a
perdu, en 30 ans, 24 % du territoire agricole. Je ne vois pas
beaucoup — comment
je dirais ça? — de débat
là-dessus, mais ce n'est peut-être pas du
tout un phénomène unique. Est-ce que vous croyez ou pensez que les spéculations
ou que les investissements seraient plus
centrés sur l'agriculture de grande production autour de Montréal, la
spéculation, etc., ou, comme vous le dites très bien là-dedans, c'est un
phénomène qui n'existe pas du tout, là? On voit des différences régionales
appréciables. Je ne suis pas sûr qu'on peut les interpréter très bien. Quelle est
votre opinion à ce sujet-là?
La Présidente (Mme Léger) : Alors,
M. Cartier.
M. Cartier
(Jacques) : Alors, avan