Health and Social Services — 3 June 2019 (42nd Legislature, 1st Session)
CSSS 2019-06-03
Quebec — Committees
Voilà un amendement,
M. le Président, je crois, qui cadre parfaitement, je crois,
même, à la vocation du ministère que le ministre porte, le ministre délégué à la Santé et
les Services sociaux. Le ministère de... ce ministère-là, c'est un ministère qui a à répondre aux
besoins des clientèles vulnérables. Pensons, par exemple, aux enfants qui
sont, en vertu de la
Loi sur la protection de la jeunesse... pensons aux
personnes handicapées, pensons aux personnes âgées.
Et, ici, on
a, devant nous, un amendement, un amendement qui vise à répondre à une particularité, à une
particularité qui n'est pas,
contrairement à ce qu'on pourrait entendre, contrairement à ce qu'on pourrait
croire, M. le Président, qui n'est pas une particularité montréalaise, qui est une particularité que
nous... c'est une situation que nous vivons, peut-être dans une
échelle beaucoup plus grande dans la région... à Montréal, mais partout au Québec.
Il y a quelque deux ans, M. le Président, il y a eu un exercice qui a été fait dans une... près d'une quinzaine
de régions du Québec,
c'est un exercice de dénombrement, de dénombrement des personnes en situation
d'itinérance. Et cet exercice-là, c'est
un exercice qui a donné de bons résultats, qui a permis... L'objectif
de cet exercice-là, c'était de comprendre, quand on parle d'itinérants, de qui parle-t-on, de quelles personnes
parle-t-on, au niveau des hommes, au niveau des femmes, au niveau des
jeunes.
plusieurs éléments sont sortis. Il y a des cas classiques
d'itinérants qu'on connaît, et donc, c'est-à-dire, c'est des personnes qui sont... éprouvant... vivant avec la maladie mentale et des
personnes qui vivent des dépendances de drogue, etc., qui se retrouvent,
pour toutes sortes de raisons, itinérants.
Mais
il y a aussi... et ce que ce dénombrement a permis de constater, notamment
dans deux régions, donc la région de Montréal, entre autres, c'est que,
de plus en plus, de plus en plus, il y a un nombre croissant de personnes
d'origine immigrante qui se retrouvent dans la cohorte des personnes dites
itinérantes.
pense qu'il... on a dénombré quelque 6 000... 6 000, de personnes, de
cas classiques d'itinérants. Mais, cependant, il y a des cas d'itinérance qu'on n'a pas réussi à dénombrer. Par exemple, le cas de certains jeunes qui vivent de maison en maison. Cette semaine, ils vont coucher... ils
vont chez l'ami, un tel, une semaine plus tard, ils se rendent chez d'autres
amis, donc on n'a pas réussi à les dénombrer.
qui nous intéresse ici, dans... en lien, c'est particulièrement la situation des jeunes. Quand on parle de jeunes,
c'est... quand on parle des jeunes, l'itinérance des jeunes... et ça, ça a été
démontré, d'ailleurs, dans le portrait, M. le Président, donc... et je me réfère, d'ailleurs, à des extraits de ce
portrait qui est présent sur le site du ministère de la Santé et des Services
sociaux pour en parler...
l'itinérance des jeunes de la rue s'installe tôt dans leur vie, c'est ce qu'on
apprend. Leur présence dans la rue et dans les autres espaces publics est de
plus en plus visible. Les facteurs qui expliquent leur arrivée dans la rue,
sont, entre autres, la violence
familiale et sexuelle, la négligence vécue durant l'enfance ou l'adolescence,
les séjours répétitifs dans les services de protection et de réadaptation pour
les jeunes en difficulté d'adaptation ou les familles d'accueil durant l'enfance, les fugues répétées, les ruptures
familiales, par exemple, la séparation de parents, par exemple, les maladies
mentales, la toxicomanie, le
décrochage scolaire. Vous voyez, c'est un peu ça, donc, ces raisons-là. Des
fois, ça peut être une raison que je viens d'évoquer, ça peut être une addition
aussi, des fois, de ce que je viens d'évoquer, qui explique qu'un jeune
se ramasse très tôt comme itinérant.
Alors, une des premières questions que je poserais
à M. le ministre, si vous permettez, M. le Président, c'est que, face à cette situation particulière, donc, des
conditions de vie des jeunes itinérants, ne croyez-vous pas, M. le ministre,
opportun... que nous devrions mettre en
place des balises pour permettre que ces jeunes-là ne se retrouvent pas, encore
une fois de plus, alourdis, leur fardeau de vie alourdi, par un projet
de loi comme celui-là?
Le Président (M.
Provençal)
: M. le ministre
Carmant : Merci beaucoup, M. le Président. Effectivement, la situation
d'itinérance est un problème important. Puis, comme vous dites, on
estime, à peu près, que 20 % des itinérants sont des jeunes adultes de
moins de 29 ans.
Nous,
on a cependant l'approche vraiment, encore une fois, différente. Nous, ce qu'on
veut faire, c'est... Et, comme vous l'avez
su, comme vous l'avez mentionné, la plupart de ces itinérants viennent de nos
centres jeunesse ou ont côtoyé, à un
moment donné, nos centres jeunesse, et c'est pour ça que nous, on essaie de
modifier la dynamique au niveau de la protection
de la jeunesse. Moi, j'ai visité plusieurs centres jeunesse, là, depuis mon
introduction, et ce que la plupart des gens me demandent, en fait, puis
c'est un petit peu en lien avec notre loi, c'est que la plupart des gens
demandent de rester au centre jeunesse passé l'âge de 18 ans. Ils veulent
rester jusqu'à l'âge de 21 ans, ou même plus, pour, justement, s'adapter. Tu sais, quand on parle de jeunes
adultes en difficulté, là, ils sont là, ces jeunes-là, ils sont vraiment là. Et
là, pour le moment, la seule façon qu'ils
ont de rester en centre jeunesse passé l'âge de 18 ans, c'est en restant
aux études jusqu'à l'âge de 21 ans. Donc, nous, on aimerait
déployer d'autres façons de les garder en centre jeunesse, parce que l'histoire
typique, c'est : 18 ans, kickés
dehors du centre jeunesse, se trouvent dans la rue. Présentement, il y a
beaucoup d'emplois disponibles, ils trouvent un emploi, mais, dès qu'ils
le perdent, ils sont vraiment dans la rue.
Maintenant,
l'autre
partie de votre question, c'est à propos, bon, de la pénalité. Mais,
encore une fois, je le répète, ça,
c'est une des choses que l'on veut voir dans une façon plus globale avec un
travail qui est en cours pour ne pas pénaliser ces jeunes-là et pour ne
pas les judiciariser, et ça, ça va passer dans le projet plus global dont je
vous parlais depuis les deux dernières semaines.
Le Président (M.
Provençal)
: M. le député de Viau.
Benjamin : Merci. Merci, M. le ministre. Est-ce que je dois
comprendre, à partir des éléments de réponse que M. le ministre vient de donner, qu'il y a une ouverture à exclure,
justement, ces jeunes-là afin qu'ils ne soient pas pénalisés, c'est-à-dire qu'ils ne reçoivent pas de
contravention additionnelle, mais qu'ils vont plus regarder une autre voie, une
autre alternative pour ces jeunes-là, donc les jeunes itinérants?
M. Carmant :
Alors, tout à fait. Ce que je dis, c'est qu'on ne veut pas les judiciariser, on
veut leur donner une option, qui reste à
définir et qui va être possible, et aussi une option à ceux que... comme vous
avez mentionné, qui vont accumuler les pénalités. Mais ce ne sera pas
inclus dans le projet de loi n° 2, comme ce n'était
pas inclus dans le projet de loi n° 157. Ça va venir
à part.
M. Benjamin :
D'accord. En fait, j'entends bien M. le ministre, mais j'aimerais pouvoir mieux
comprendre, surtout lorsqu'on sait, M. le
Président, que ces jeunes-là, ce sont des jeunes, souvent, qui n'ont pas
d'emploi, qui ont une condition de vie socioéconomique très précaire, ce sont des jeunes...
Parmi eux, vous et moi, vous conviendrez qu'il y a sûrement un certain nombre d'entre eux qui fument
et... qui ont fumé ou qui fument, qui fumeront le cannabis. Donc, est-ce
que je dois comprendre, M. le Président, que
le ministre est en train de regarder une solution ou, du moins, voudrait bien
nous présenter une solution qui permettrait
d'exclure ces jeunes-là, à faire en sorte qu'on attraperait un jeune, donc, en
train de fumer le cannabis, au lieu de lui
donner une contravention à 100 $, donc, ce serait autre chose qu'on
regarderait? Et, si c'est oui,
j'aimerais savoir, cette autre chose, qu'est-ce que c'est précisément. Est-ce
qu'il s'agit tout simplement de le
déférer, comme nous l'avions proposé antérieurement... de les référer vers des
services d'éducation et de sensibilisation? Qu'en est-il précisément?
Le Président (M.
Provençal)
: M. le ministre.
Carmant : Alors, M. le Président, c'est exactement ça, c'est de
retrouver une alternative à l'amende, et la façon dont ils vont être... dont le
processus va se faire ne sera pas, cependant, pas définie dans le projet de loi
n° 2. On veut une approche plus globale, on
veut éviter le pièce à pièce.
Benjamin : M. le ministre vient d'évoquer quelque chose qui m'apparaît
intéressant. Donc, c'est une idée, pour moi, nouvelle, l'idée que les jeunes puissent... Vous êtes en train de
travailler sur l'idée que les jeunes, par rapport aux centres jeunesse, puissent rester jusqu'à 21 ans.
Donc, j'aimerais peut-être entendre le ministre là-dessus. Quel est donc ce
projet-là? J'aimerais vous entendre là-dessus.
Le Président (M.
Provençal)
: M. le ministre.
Carmant : Écoutez, la commission commence son travail. Ça va être une
commission non partisane. Je crois que
vous allez être informé aussi rapidement que moi sur le suivi, sur les options.
Il va y avoir un représentant de tous les partis qui vont siéger à cette
commission-là, et, moi, mon rôle, ça va être de faire le suivi de cette commission.
Benjamin : Actuellement, qu'en est-il de la situation, par exemple,
pour des jeunes qui se retrouvent... en vertu de la
Loi sur la protection de la jeunesse, qui se retrouveraient dans
cette situation-là? Parce que, nous aussi, ce sont les jeunes
vulnérables. Donc, vous comprendrez que toutes les vulnérabilités... Donc, dans
le cadre de cette étude détaillée, nous
voulons nous attarder à tous les jeunes Québécois, mais particulièrement,
particulièrement celles et ceux qui vivent dans des situations de vulnérabilité, donc pour lesquels nous ne souhaitons pas que cette loi devienne un
fardeau additionnel dans leur vie, que ce soit, par exemple, comme nous l'avions abordé un peu
plus tôt, dans le cas, par exemple, des jeunes adultes qui décident de retourner aux études, qui ont été des
décrocheurs, parce qu'on sait que l'enjeu de la persévérance scolaire, c'est un enjeu fondamental pour l'ensemble de la société
québécoise, que ce soit, par exemple, aujourd'hui... en fait, dans le cadre de cet amendement-là,
ce qui nous concerne et ce que nous regardons, c'est la situation particulière
des jeunes itinérants. Mais qu'en est-il précisément pour des jeunes qui se
retrouvent... qui sont, en vertu de la
Loi sur la protection de la jeunesse, au niveau de la DPJ? Est-ce qu'il y a une
avenue que vous regardez pour ces jeunes aussi par rapport à ce projet
de loi là?
Carmant : Non, il n'y a rien qui sera inclus dans le projet de loi
n° 2. Cependant, la non-judiciarisation des causes pénales est à
l'étude dans un travail qui est en cours au niveau du gouvernement
actuellement.
Benjamin : Vous comprenez aussi que, comme je l'ai souvent rappelé
ici, autour de cette table, M. le Président, que, lorsque les règlements ou les lois sont muets,
donc c'est dans leur utilisation, c'est dans leur instrumentalisation que ces
lois-là ou ces règlements-là deviennent ou peuvent devenir des fardeaux, donc,
dans la pénalisation et pénalisation qui
mène vers la judiciarisation. Donc, si cette loi-là, si elle est muette dans sa
forme, si elle est muette, donc, au niveau de cette contravention qui va... donc, si la loi dit qu'il faut, donc, tout
jeune contrevenant aura une contravention de 100 $, de 200 $,
peu importe le montant, ça devient, à ce moment-là, un levier de pénalisation.
Donc,
moi, j'aimerais savoir précisément quel est l'outil que le ministre compte
utiliser précisément... quel est l'outil que le ministre com