Institutions — 21 September 2016 (41st Legislature, 1st Session)
CI 2016-09-21
Quebec — Committees
(Onze heures vingt-cinq minutes)
Le Président (M. Ouellette) : À
l'ordre, s'il vous plaît! Ayant constaté le quorum, je déclare la séance de la Commission des institutions ouverte. Je demande à
toutes les personnes dans la salle de bien vouloir éteindre la sonnerie
de leurs appareils électroniques.
La commission
est réunie afin de poursuivre les consultations particulières et auditions
publiques sur le projet de loi n° 98, Loi modifiant diverses lois
concernant principalement l'admission aux professions et la gouvernance du
système professionnel.
M. le secrétaire, y a-t-il des remplacements?
Le Secrétaire : Oui, M. le
Président. M. Leclair (Beauharnois) est remplacé par Mme Lamarre (Taillon).
Le Président (M. Ouellette) : Oui,
O.K. Puis Mme Roy, c'est la porte-parole. C'est correct.
Nous entendrons cet avant-midi les organismes
suivants : l'Ordre des acupuncteurs du Québec, l'ordre...
Président (M. Ouellette) :
Ah! c'est une erreur, c'est ce que je pensais. Donc, nous entendrons cet avant-midi
la Fédération des cégeps — c'est
mieux que les acupuncteurs, hein, bon, c'est correct — l'Ordre
des administrateurs agréés du Québec et l'Ordre des pharmaciens du Québec.
Représentant
la Fédération des cégeps, son président-directeur général, M. Bernard
Tremblay... qui allez nous faire la
présentation et qui allez nous présenter les personnes qui vous accompagnent.
Vous avez 10 minutes, il y aura, après
ça, une période d'échange avec Mme la ministre et les porte-parole des deux
oppositions, la porte-parole officielle maintenant la députée de Chicoutimi, qui est rendue membre de notre
commission, et la députée de Montarville, qui se joint à nous pour la
dernière journée de nos consultations.
M. Tremblay, à vous la parole.
M. Tremblay (Bernard) : Bonjour.
Merci, M. le Président, Mme la ministre, Mmes, MM. les députés. Tout d'abord, merci, évidemment, de nous recevoir pour
présenter le point de vue et les commentaires de la Fédération des cégeps
sur le projet de loi n° 98.
Alors, je me présente, Bernard Tremblay,
président-directeur général de la Fédération des cégeps. Je suis accompagné de
la présidente du conseil d'administration, Mme Marie-France Bélanger, qui est
également directrice générale du cégep de
Sherbrooke, ainsi que de ma collègue Mme Isabelle Laurent, qui est directrice
des affaires éducatives et de la recherche à la Fédération des cégeps.
Le projet de
loi n° 98 touche l'ensemble des 48 cégeps, puisque ceux-ci offrent
des programmes donnant ouverture aux
permis des ordres professionnels sous forme de diplômes d'études collégiales,
les D.E.C., et d'attestations d'études collégiales, les A.E.C.
l'automne 2015, près de 17 300 étudiants sont inscrits à l'un ou
l'autre de ces programmes donnant ouverture aux permis des ordres dans le domaine de la santé, soit 21,7 % de
tous nos étudiants cette année-là. Les cégeps contribuent ainsi largement à la formation des futurs membres
des ordres professionnels sur l'ensemble du territoire québécois, et ce,
tant en anglais qu'en français. Nos programmes sont en effet associés à
13 ordres professionnels.
Nous suivons
de très près l'évolution des travaux de modernisation du système professionnel
québécois et nous en faisons d'ailleurs une de nos priorités
stratégiques pour 2016-2017. Nous accordons aussi une importance toute particulière aux travaux de concertation avec les
ordres professionnels et avec les différentes instances qui les
encadrent, ainsi qu'avec les ministères et
organismes concernés par ces travaux, dans le respect de l'autonomie et dans le
respect des rôles et responsabilités de
chacun. Ainsi, depuis au moins 2010, la fédération a mis sur pied une table de
concertation sur la formation
collégiale avec le Conseil interprofessionnel du Québec et des membres des
ordres professionnels, et un pôle de
coordination a aussi été mis en place, et auquel nous participons, pour l'accès
à la formation prescrite par les ordres professionnels ainsi qu'aux
stages.
La fédération
accueille positivement certains éléments du projet de loi, notamment ceux qui
visent à assurer la bonne gouvernance
des conseils d'administration des ordres professionnels et une meilleure
représentativité des jeunes au sein des conseils d'administration. Cependant, la
fédération émet certaines réserves. Il s'interroge sur le bien-fondé de certains moyens proposés pour améliorer l'accès
aux formations prescrites par les ordres professionnels, notamment les pouvoirs d'enquête dévolus au futur commissaire à
l'admission aux professions auprès des cégeps et le fait que les A.E.C. ne font pas
partie des exclusions prévues par le
législateur à l'article 16.10 de ce projet de loi. Pour ces motifs, nous
ne saisissons pas comment le législateur,
donc, a choisi d'élargir... Pour des motifs que nous ne saisissons pas, pardon,
le législateur a choisi d'étendre la portée
de l'article 16.10 révisé aux attestations d'études collégiales. Celles-ci
représentent la majorité des programmes où
se réalisent des formations d'appoint prescrites par les ordres professionnels,
même si nous offrons aussi des D.E.C. à la formation continue.
Nous
recommandons donc que les A.E.C. fassent
partie des exclusions prévues
au projet de loi à l'article 16.10, puisqu'elles relèvent de l'autorité des
collèges tout comme les D.E.C. Mme Bélanger va poursuivre.
Le Président (M. Ouellette) : Mme
Bélanger.
Mme Bélanger (Marie-France) :
Nous nous interrogeons par ailleurs sur les pouvoirs d'enquête et de recommandation
donnés au commissaire à l'admission et aux professions en ce qui concerne
surtout leur caractère prescriptif, comme si les établissements d'enseignement
supérieur ne disposaient pas déjà de mécanismes d'enquête indépendants pour
évaluer les questions se rapportant à la pédagogie ou à toute autre matière.
Il faut rappeler que le Règlement sur le régime
des études collégiales et la
Loi sur les collèges ont prévu des mécanismes de régulation et d'enquête pour
s'assurer de la saine administration et gestion des programmes et des
cégeps. Notamment, l'article 29 de la
Loi sur les collèges prévoit que «le
ministre peut charger une personne qu'il désigne de vérifier si les dispositions de la présente loi et de ses textes
d'application sont observées par un collège ou d'enquêter sur quelque matière que ce soit se rapportant à la
pédagogie, à l'administration ou au fonctionnement d'un collège». De
plus, la réalisation des activités liées à
la mission éducative des collèges est soumise à un processus d'évaluation de la
qualité par un organisme indépendant du
ministère et externe aux cégeps, actuellement la Commission d'évaluation de
l'enseignement collégial.
Le pouvoir
d'enquête dévolu au futur commissaire à l'admission et aux professions nous
semble donc superflu, considérant les dispositions déjà prévues par la
Loi sur les collèges en matière d'enquête. Il nous semble au surplus surprenant que les articles se référant au pouvoir
du commissaire, qui étaient dirigés vers les ordres professionnels
incluent dorénavant les établissements d'enseignement.
Nous
profitons de l'occasion pour rappeler par ailleurs nos préoccupations en lien
avec les comités de formation des
ordres professionnels, qui ne sont pas l'objet de discussion dans ce projet de
loi, mais qui servent de principaux espaces de concertation entre les établissements d'enseignement, les ordres
professionnels et les ministères concernés. Ces comités, qui ont un statut consultatif, permettent aux
différents partenaires de partager des réflexions sur un programme,
d'échanger sur l'évolution des pratiques et
les impacts qui s'ensuivent sur la formation. Les représentants des collèges
font
partie de 13 comités de formation associés aux programmes qui
donnent ouverture aux permis des ordres.
Nous investissons beaucoup d'énergie et d'efforts
pour cet objectif de concertation. La fédération a soulevé à quelques reprises
auprès de l'Office des professions du Québec que certains de ces comités vivent
des problèmes intrinsèques de fonctionnement
qui rendent difficile la concertation dans certains dossiers. Nous recommandons
donc qu'une réflexion sur les comités de formation soit amorcée dans le cadre
des travaux liés au projet de loi n° 98 et que celle-ci se fasse en
concertation avec les membres de ces comités.
En tant que membres du pôle de coordination
depuis sa création, nous nous questionnons également sur la disparition de la coresponsabilité de ses
activités entre l'Office des professions et le ministère de l'Enseignement
supérieur. Nous avons toujours apprécié le fait que le pôle soit sous la
coordination conjointe de l'Office des professions et du ministère de
l'Éducation et de l'Enseignement supérieur, ce qui garantissait un équilibre
des prises de position et une certaine
indépendance des points de vue. Dans l'adéquation formation-emploi, il y a une
dualité, l'emploi évidemment est beaucoup
mieux assumé par des représentants d'employeurs, dont les ordres professionnels
et l'Office des professions, alors
que la formation, c'est notre champ d'expertise. Je pense qu'on a avantage à travailler
en collaboration, d'où le fait que,
dans un pôle qui soit assumé par les deux volets, ça nous semble une garantie
de succès. Donc, le pôle qui serait enchâssé dans la nouvelle loi, il
nous semble imprudent de le faire relever uniquement de la responsabilité de
l'Office des professions.
Nous souhaitons poursuivre les travaux dans une
optique de partenariat avec les ordres professionnels, dans une perspective de collaboration et de
complémentarité des interventions dans nos réseaux respectifs. Nous recommandons
donc que le pôle demeure sous la
responsabilité conjointe de l'Office des professions et du ministère de
l'Éducation et de l'Enseignement supérieur et que sa présidence soit
assumée en alternance par ces deux organismes.
Rappelons que
le réseau collégial a subi une série de compressions budgétaires au cours des
sept dernières années, qui totalisent
155 millions de dollars. Ces coupes successives ont fragilisé l'offre de
services, notamment aux étudiants issus de l'immigration. Bien que les collèges bénéficient du soutien financier
du gouvernement pour le développement et l'offre de formation d'appoint, il faut insister sur le fait que les besoins des
étudiants issus de l'immigration dépassent le cadre de ces formations financées et qu'ils requièrent des
services d'accueil, de francisation, de reconnaissance des acquis et des
compétences, de soutien psychosocial et d'intégration socioprofessionnelle.
M. Tremblay (Bernard) : Je vais
conclure.
Le Président (M. Ouellette) : Oui,
en conclusion.
M. Tremblay (Bernard) :
Donc, il nous apparaît que les mécanismes supplémentaires proposés pour
favoriser l'accès aux professions
réglementées empiètent, en quelque sorte, sur les règlements et lois qui
encadrent déjà les collèges et
contribueront à alourdir un dossier qui compte déjà toute une panoplie
d'acteurs. Alors, que les collèges
oeuvrent et innovent pour l'insertion
des personnes immigrantes, il nous semble que les moyens sont disproportionnés,
considérant les travaux de concertation, qui
se déroulent bien, somme toute, au sein du pôle de coordination et que des
changements positifs ont été observés au
cours des dernières années, comme en témoigne un rapport préparé par le pôle en
2014, qui mentionne que des progrès et des avancées ont été constatés en
matière de formation d'appoint au Québec.
Devant
ce constat positif, nous ne pouvons que souhaiter que cette collaboration se poursuive dans des conditions harmonieuses et dans un cadre qui laisse une place aux établissements d'enseignement. Changer le mandat de l'actuel commissaire aux plaintes et étendre la portée de
ses pouvoirs vers les maisons d'enseignement supérieur créent, selon nous, un précédent et sèment la confusion dans les
rôles et responsabilités des différents partenaires dans ce dossier.
Il nous semble aussi que les pouvoirs
dévolus à l'appareil professionnel dans ce projet de loi ne contribueront
qu'à exacerber cette confusion. Des lieux de concertation sont déjà
opérationnels.
Par ailleurs, dans le contexte des coupures, comme le mentionnait ma collègue, la fédération
rappelle que les cégeps doivent pouvoir compter sur toutes les
ressources financières pour développer et mettre en oeuvre non seulement les
formations d'appoint, mais celles en éthique et déontologie dorénavant exigées
par le projet de loi, et aussi tous les services
nécessaires à la réussite éducative des étudiants formés
hors Québec. Car, je le répète, il ne faut pas sous-estimer
les autres besoins des étudiants issus de l'immigration.
clair, nous souhaitons que l'autonomie des collèges quant à l'élaboration des
activités d'apprentissage et à la gestion
de leurs programmes d'études, qui, répétons-le, s'adaptent aux
besoins locaux et régionaux, soit prise en considération dans les
travaux de modernisation du système professionnel. Les ordres professionnels et
les maisons d'enseignement ont chacun des rôles et responsabilités distincts,
tout comme le ministère de l'Éducation et de l'Enseignement supérieur et celui de la Justice. Il ne faudrait pas, selon nous, qu'au
nom de la modernisation du système professionnel un glissement de responsabilités s'opère dans les champs de compétence des établissements d'enseignement. Je vous remercie.
Le Président (M.
Ouellette) : Merci beaucoup, M. Tremblay. Mme la ministre.
Mme Vallée :
Merci. Merci, M. le Président. Merci, M. Tremblay, pour votre présentation.
J'aimerais, d'entrée de jeu, vous rassurer :
L'objectif du projet
de loi, ce n'est pas du tout de
placer les établissements d'enseignement sous la juridiction de l'office, ce n'est pas ça pantoute, comme on
dit en bon québécois. Ce n'est pas non plus d'encadrer les collèges d'enseignement par le système professionnel, ce n'est pas la
volonté. Le projet de loi n'a pas aucune des intentions que vous lui
prêtez, il n'est pas rédigé non plus dans ce sens-là. Lorsque nous avons
élaboré le projet de loi, j'ai eu des échanges, j'ai rencontré ma collègue
la ministre de l'Enseignement supérieur. Le projet de loi s'est rédigé de
concert avec nos équipes respectives. Donc, il est faux de prétendre que nous
avons travaillé en silo, dans notre cave,
bien à l'abri des regards et des commentaires des équipes du ministère de l'Enseignement supérieur. Nous avons travaillé ensemble, parce que c'est comme
ça qu'on travaille dans notre équipe, ensemble.
Et par contre notre objectif
était de voir à bien reconnaître cette complémentarité, parce qu'elle existe,
la complémentarité. Dans l'admission aux
professions, il y a plusieurs éléments qui relèvent de l'office des ordres professionnels,
dont je suis la ministre responsable, il y a des éléments qui, immanquablement,
relèvent de ma collègue la ministre de
l'Enseignement supérieur, parce que les institutions d'enseignement dispensent
des formations d'appoint, notamment, et il
y a même des éléments qui vont
interpeller mon collègue de la Santé. On est condamnés à travailler ensemble. Et vous savez quoi? Vous êtes
condamnés à travailler avec nous, parce qu'à quelque
part vous avez
des pouvoirs qui vous sont dévolus par les lois du gouvernement du Québec. On
n'a pas le choix.
Et on ne peut pas se
cacher sous notre indépendance, chacun d'entre nous, pour dire : Les problématiques
auxquelles on fait face au Québec,
ça ne me regarde pas, ça regarde l'autre. Et la volonté, dans ce projet de loi là, c'est justement d'attaquer cette mauvaise habitude parfois
que nous avons de travailler en silo ou parfois de regarder une problématique et d'être très heureux de travailler en silo pour pouvoir dire :
Ah! non, ce n'est pas moi. L'objectif, c'est d'avoir une entité qui réponde du gouvernement.
Parce qu'on s'entend,
là, le commissaire n'est pas une créature indépendante n'ayant aucun compte à
rendre. Le commissaire, il existe déjà, son
rôle est déjà prévu, il a déjà des pouvoirs de recommandation, et l'objectif,
c'est de permettre à cette tierce
partie d'avoir une vision d'ensemble et d'amener des recommandations. Donc, il a ces pouvoirs de recommandation actuellement, là, le projet
de loi ne vient pas changer le pouvoir
ultime du commissaire que de dire : Écoutez, il y aurait peut-être
une modification réglementaire à apporter, il y a peut-être une solution, que
je vois d'un regard externe, qui amène un
ordre professionnel et peut-être une maison d'enseignement à revoir une
façon de travailler.
Donc,
moi, j'essaie de comprendre comment un pouvoir de recommandation peut être
perçu comme une ingérence dans
l'indépendance de l'institution, qui n'est pas remise en cause, d'aucune façon,
dans le projet de loi, là. Et ça serait ma première question pour vous,
parce que j'essaie de comprendre en quoi un regard externe d'un fonctionnaire
nommé en vertu du Code des professions peut être considéré comme une ingérence.
Le Président (M.
Ouellette) : M. Tremblay.
M. Tremblay (Bernard) : Oui. Bien,
écoutez, Mme la ministre, nous sommes convaincus de vos intentions et nous avons bien compris dans quelle perspective
le projet de loi avait été écrit. Et je ne doute pas non plus qu'il y a
eu un travail de fait
avec les gens du ministère de l'Enseignement supérieur. Ce qu'on vous amène, en
fait, c'est notre point de vue. Et,
vu du point de vue, donc, des établissements... Il faut se rappeler que le
réseau des collèges c'est un... j'aime dire que c'est un grand réseau,
mais de petites organisations, de très petites organisations. Et, dans le
contexte où on doit rendre des comptes, de
façon très élaborée, à différents ministères, en commençant par le ministère de
l'Enseignement supérieur... On a une
commission de l'évaluation de l'enseignement collégial, comme on l'a mentionné,
donc on a un mécanisme d'assurance
qualité qui nous est propre, qui est très exigeant, qui demande des travaux et
des investissements importants, et, face, donc, à un contexte budgétaire
difficile, où on nous a dit : Concentrez-vous sur les services aux étudiants, diminuez la bureaucratie, ce qu'on vous
dit, c'est que, là, on parle d'un mécanisme qui existe, et qui va devenir
plus puissant, et qui va nous demander de rendre des comptes. On parle d'un
commissaire qui a des pouvoirs d'un commissaire
d'enquête, c'est important, qui va, oui, émettre des recommandations, mais à
qui on va devoir fournir des informations...
accompagner lors de ses enquêtes, répondre à ses recommandations dans un délai
de 60 jours. Il y a une exigence administrative qu'on ne peut pas
négliger.
Et, nous, ce qu'on privilégie, c'est une
approche de concertation, qui est déjà en place. Parce que je pense qu'il y a des mécanismes qui existent, de
concertation, et on a déjà des illustrations de situations où, lorsqu'on se
parle, avec l'office, avec les ordres
professionnels, on met le doigt sur des difficultés et on cherche des solutions
ensemble. Et donc cette mécanique-là nous semble plus porteuse qu'un
mécanisme d'enquête.
Et, encore
une fois, le mécanisme d'enquête, il faut le faire vivre, et ça, bien, on n'a
pas les ressources puis on n'a pas, je dirais, les moyens nécessaires
pour être en mesure de vraiment répondre de façon efficace. On a déjà des exemples de recommandations du commissaire qui,
malgré qu'il n'ait pas les pouvoirs, vient nous dire, par exemple, dans son dernier rapport, que, lors de la révision des
programmes de D.E.C., même si ce ne sont pas dans ses pouvoirs et ce ne sont pas dans ses capacités actuelles, donnant
ouverture aux permis des ordres, il faudrait porter une attention
particulière à certains écarts. Donc, on se
retrouve avec une mécanique additionnelle qu'on devra alimenter, et on ne peut
pas négliger les efforts administratifs qui vont devoir résulter de ça.
Et, même si
c'est juste un pouvoir de recommandation, je dois vraiment vous dire que c'est
pris avec beaucoup de sérieux par les
collèges. Quand un organisme ou un... oui, un organisme du gouvernement émet
des recommandations, même si c'est
juste de la nature d'une recommandation, il faut qu'on s'assoie, il faut qu'on
l'analyse, il faut qu'on réponde — ce sera dans le projet de loi, de toute
façon — donc, il
y a un effort associé à ça qui est énorme, et, pendant ce temps-là, on
ne se pose peut-être pas les vraies questions sur comment, concrètement, mettre
en place les meilleures mécaniques qui feraient en sorte qu'on réglerait les
problèmes sur le terrain. Donc, je pense que c'est ça, le sens de notre
message.
Le Président (M. Ouellette) : Trois
minutes, Mme la ministre.
Mme Vallée :
Mais vous avez, dans votre mémoire, fait référence à des données de l'Office
des professions, des données, je pense, qui vous sont utiles.
Actuellement, comment ça s'effectue, votre
collaboration avec les ordres?
M. Tremblay (Bernard) : ...ma
collègue Mme Laurent.
Le Président (M. Ouellette) : Mme
Laurent.
Mme Laurent (Isabelle) : Oui. Alors,
bien, comme on le disait tout à l'heure et dans notre mémoire, bien, l'instance majeure de collaboration avec les
ordres se fait évidemment dans les comités de la formation. L'ensemble
des ordres professionnels ont des comités de la formation,
où on discute essentiellement de la formation, des programmes, de leur actualisation, des besoins de part et d'autre, des moyens. Ça,
c'est vraiment des instances qui sont privilégiées. On note... On souhaite qu'il y ait des éléments sur
lesquels on réfléchisse plus en
termes de responsabilité, mais on est vraiment, comment dire, participants de façon très,
très active à ces comités de la formation. Ce sont les directeurs des études qui y siègent, et ça, je pense
que, de part et d'autre, on conçoit que ce sont vraiment
des lieux importants d'échange qu'il faut absolument maintenir.
Les autres
instances, comme on faisait référence aussi, c'est la table qu'on a mise en
concertation avec le CIQ, avec le Conseil interprofessionnel, à la suite
justement d'une volonté de se rapprocher, d'assurer... et je pense que ça correspondait aussi à la période où on commençait
à faire de plus en plus de formation d'appoint. On a créé, avec le CIQ, la table de concertation sur les programmes de
formation et surtout la formation d'appoint. Et, au-delà de ça aussi,
comme je le disais, on siège à l'office... au pôle de concertation, de
collaboration aussi.
Donc,
actuellement, on a plusieurs instances qui nous permettent continuellement
d'être à l'écoute des besoins des ordres professionnels, de discuter, de
voir quels sont les moyens qu'il faut mettre en oeuvre.
On parlait
aussi des recommandations que faisait le commissaire suite à sa mission sur la
formation d'appoint, d'analyse. Il y
a une des recommandations qui faisait référence déjà à une problématique que
les collèges avaient repérée, les
ordres, sur la question des prescriptions des ordres professionnels, qui, quand
elles sont envoyées dans les réseaux,
aussi bien au niveau universitaire que collégial... il y a souvent, bon, des
termes un peu différents, termes de prescription,
comment ça se conçoit dans le cadre d'une formation en termes de compétence. Il
y a un très beau projet actuellement,
d'expérimentation, justement pour faire en sorte qu'il y ait un
référentiel commun entre un ordre professionnel qui fait
partie de l'expérimentation et les collèges, de façon à
arrimer le plus possible les besoins de formation d'appoint de ces personnes
et de rendre vraiment une démarche de plus en plus personnalisée,
individualisée pour les personnes qui ont besoin
de la formation d'appoint. Ça, ça se fait en
collaboration avec les collèges, avec l'ordre professionnel, dans ce
cas-là les technologistes médicaux. Ça se
fait évidemment avec le ministère de l'Enseignement, avec le MIDI. Ça se fait
aussi... l'office suit aussi cette expérimentation. L'objectif, à moyen terme,
c'est d'ouvrir aussi un plus large nombre de programmes.
C'est ce type de démarche, de référentiel commun. Donc, je pense que la
volonté, les moyens sont là, on met en oeuvre régulièrement des
nouvelles approches.
Il faut aussi
se rappeler que, la formation d'appoint, ce n'est pas si loin que ça, hein? Si
on le regarde, c'est quand même...
les besoins ne font qu'augmenter. On y répond, mais on remonte à quand même un nombre
d'années, je dirais, assez limité.
Les collèges
ont fait un travail énorme. Tout à l'heure, on parlait aussi de la nécessité
d'encadrer, d'accueillir ces étudiants-là.
Ce n'est pas juste dans les cours, ce n'est pas juste dans les stages, il faut
aussi... Là aussi, on a mis en place un
nombre de services. Donc, je pense que c'est ça qui démontre vraiment les
moyens de concertation puis de collaboration qu'on a mis en place. Je
vous remercie.
Président (M. Ouellette) :
Merci, Mme Bélanger. Merci, Mme la ministre. C'est terminé. Mme la
députée de Chicoutimi.
Mme Jean : Merci. Alors, bonjour, M.
Tremblay, Mme Laurent, Mme Bélanger. Bienvenue à l'Assemblée nationale et merci
de participer avec nous à l'exercice de l'analyse du projet de loi n° 98,
qui est très important.
Concernant
l'admission principalement et le pôle de concertation, de coordination dont il
est question, on comprend que... je
comprends que vous faites déjà
partie du pôle de coordination actuel et que,
selon les témoignages qu'on a reçus jusqu'à maintenant, ce pôle-là ne
semble pas être des plus efficaces, mais je comprends que c'est une plateforme
de concertation que vous trouvez
intéressante à conserver. Comment, selon vous, pourrait devenir plus efficace
ce pôle-là? Qu'est-ce qu'il lui manque pour être efficace?
Tremblay (Bernard) : C'est effectivement une bonne question. Moi, je
pense que c'est des mécanismes qui prennent
un certain temps avant d'avoir... je dirais, là, prendre leur vitesse de croisière.
Alors, nous, c'est sûr que... Puis je
me permettrais de faire une petite
parenthèse en disant : Il ne faut pas voir notre mémoire comme une
préoccupation... ou axé sur une
préoccupation de garder des privilèges, ou une autonomie, ou de rester seuls
sur notre planète. Au contraire, je pense
que ma collègue l'a bien mentionné, on a une volonté de collaboration et de
contribution partagée, mais en même temps
il faut aussi assurer que les gens qui sont les spécialistes de la formation
soient, je dirais, dans une perspective... un rapport d'égalité dans l'échange et dans la discussion. Et le mécanisme
actuel, qui est le pôle, il permet ça. Il permet de faire en sorte que les acteurs impliqués dans le
dossier soient vraiment au même niveau, et c'est là qu'on a les
meilleures collaborations, beaucoup plus que dans une dynamique, je dirais, un petit
peu autoritaire, où c'est un secteur qui dit à l'autre comment faire. C'est ça qu'on perçoit dans le projet de loi et qui, je dirais, nous inquiète, parce qu'on pense qu'à long terme ce n'est pas ce qui génère la
meilleure réponse.
Vous savez,
quand on nous émet des recommandations, les analyses, on y donne suite, mais,
des fois, on peut lui donner suite de
façon très mécanique, alors que, quand on est dans un lieu de partage et de
discussion... Donc, on pense qu'il faut continuer à renforcer le pôle
par justement des rencontres plus fréquentes, un arrimage plus établi,
peut-être une meilleure communication. Mais
c'est des mesures qui, à mon avis, ne sont peut-être pas de nature législative,
elles sont peut-être juste de nature organisationnelle.
Je ne sais
pas si mes collègues veulent ajouter là-dessus, mais, vous voyez, donc l'idée,
ce n'est surtout pas de rester seuls
dans notre tour d'ivoire, comme l'expression consacrée le dit, mais, au
contraire, de bien établir que
l'éducation doit travailler avec le monde professionnel, oui, mais vraiment
dans une dynamique d'égalité. Alors, nous, c'est cet aspect-là, en fait,
qui nous inquiète.
Le Président (M. Ouellette) : Mme la
députée de Chicoutimi.
Mme Jean : Il y a une proposition de
transformer le commissaire aux plaintes en commissaire à l'admission. L'objectif énoncé, c'est
d'avoir une personne avec des pouvoirs d'enquête pour pouvoir aller chercher
de l'information, avoir une vision globale de la situation,
au niveau de l'admission, on s'entend, et, à la limite, de
pouvoir faire des recommandations là-dessus, les pouvoirs sont grands, et tout. Est-ce que
vous pensez que d'avoir une personne comme
ça, qui va chercher de l'information avec autant de pouvoirs, pourrait être utile au
pôle de coordination, avec ce point de vue là général?
M. Tremblay (Bernard) : Bien,
franchement, la réponse, c'est non, pour nous. Nous, on pense que, cette démarche-là, qui est quand même
une démarche, j'oserais dire, très intrusive, hein, parce qu'on est avec un commissaire qui a des pouvoirs d'enquête, encore une fois, on
n'est plus sur le terrain de la collaboration, on est dans une autre
dynamique. Et on a déjà des mécanismes qui
existent, qui font en sorte que, dans notre propre loi... S'il y avait
justement des cégeps, entre
guillemets, récalcitrants ou pour lesquels on avait des questionnements
importants en termes de fonctionnement, il y a, selon nous, tous les mécanismes, dans d'autres lois, qui permettent
de contraindre ces cégeps-là. Et donc on a de la peine à voir la valeur ajoutée, en fait, comment s'articulerait, là,
dans une journée type, là, la fonction du commissaire à l'éthique
parallèlement à ce que fait déjà la Commission d'évaluation de l'enseignement
collégial, parallèlement aux pouvoirs que la
ministre a et qu'elle peut exercer, la ministre de l'Enseignement supérieur,
par rapport aux établissements d'enseignement.
Le Président (M.
Ouellette) : Mme la députée de Chicoutimi.
Mme Jean : Merci. Dans votre
mémoire, vous parlez du nombre d'acteurs et de la confusion du pouvoir qui superpose... ces différents acteurs là ont des
pouvoirs qui peuvent s'interposer. Donc, cette confusion-là, si, par exemple, le commissaire et le pôle de coordination, qui sont encore d'autres
acteurs qui peuvent intervenir... Si, dans le projet de loi ou dans la loi qui serait déposée, les pouvoirs
d'action et la mission, les mandats qui seraient donnés au commissaire
seraient plus précis, est-ce que vous pensez que ce serait plus acceptable pour
vous?
M. Tremblay (Bernard) : Là aussi, je
vous dirais, l'idée de base dans notre mémoire, c'est de valoriser la collaboration, donc, d'y aller juste par une précision
des pouvoirs, je ne crois pas que ce soit l'approche la plus porteuse.
Mais je vais laisser peut-être Mme Bélanger compléter.
Bélanger (Marie-France) : En
fait, ce qu'on vous dit depuis tout à
l'heure, c'est qu'il ne faut pas
penser que les gens... que tout le monde peut s'improviser expert en éducation sous prétexte qu'on a nous-mêmes
été éduqués. L'éducation, c'est un
champ de savoir, et il y a des expertises qui sont actuellement dans le réseau de l'éducation, on a des enseignants, on a des experts.
Tout comme on ne s'improvisera pas, nous, des experts du monde professionnel parce
que ce n'est pas notre métier. Et c'est pour ça que la collaboration est importante,
il faut cette dualité, il faut cette concertation-là, et c'est comme ça qu'on va
être plus forts.
Nous, on vous dit : On travaille déjà beaucoup
en concertation avec les différentes instances, les différents organismes du monde professionnel, que ce soient
des ordres professionnels, que ce soit la Commission des partenaires du marché
du travail, que ce soit... Bref, il y en a
toute une série, de gens avec lesquels on travaille. Et ce qu'on dit par contre, c'est : Laissez-nous notre champ d'expertise. Je pense
qu'on connaît bien le monde de l'éducation. Et, oui, ces gens-là peuvent avoir un apport à nous questionner, à
amener des éléments de réflexion, tout comme nous, on peut avoir un
apport dans la discussion, mais il faut
penser à un tandem, et je pense que c'est comme ça qu'on va être plus gagnants.
Donc, préciser les rôles, oui, mais le faire de manière égalitaire, ça nous
semble beaucoup plus porteur.
Le Président (M. Ouellette) : Merci,
Mme la députée de Chicoutimi. Mme la députée de Montarville.
Mme Roy : Merci
beaucoup, M. le Président. Bonjour à vous tous. Mesdames, monsieur, bonjour, merci d'être là, merci pour le mémoire. Et je ne peux pas
m'empêcher de faire un petit commentaire. Mme Bélanger, l'Université de Sherbrooke, j'y suis allée et j'en garde d'excellents
souvenirs, alors je tenais à vous le dire. L'université, mais aussi le
cégep, naturellement, le cégep de Sherbrooke bien avant l'université, alors
c'était de beaux souvenirs.
Cela dit,
vous avez dit quelque chose, sur vos feuilles, lorsque vous nous faisiez la
lecture, et ça m'a interpellée, vous parliez
des personnes immigrantes, vous nous parliez d'une problématique à l'égard du financement. Et là j'ai pris des notes en bonne
ex-journaliste. Vous nous dites : Des coupes de services, notamment pour
les étudiants issus de l'immigration, donc, qui se répercutent sur la francisation, l'intégration
socioprofessionnelle. Est-ce que vous pourriez nous donner, de un, une idée
de grandeur des compressions, au fil des dernières années, qui touchent justement
les personnes immigrantes qui fréquentent nos cégeps, et également des
conséquences sur la vie de ces personnes?
Tremblay (Bernard) : En
fait, on ne peut pas cibler précisément les coupures qui concerneraient la
clientèle immigrante. Vous comprendrez que les services ne sont pas déterminés
sur cette base-là, hein, c'est des services aux étudiants globalement. Mais, à partir du moment où on a vécu des
compressions très importantes, hein, parce
qu'encore une fois les budgets des cégeps,
là, c'est des petits budgets, c'est clair que c'est des services, donc, qui ont
été soit coupés, et ce qu'on voulait
mentionner... aux étudiants en général, y compris les étudiants, donc, qui sont
issus de l'immigration, et ce qu'on
veut souligner, c'est qu'au-delà, évidemment, des services usuels il y a des
besoins particuliers aussi d'accompagnement
puis de soutien pour que ces étudiants-là réussissent. Alors, c'est sûr qu'il y
a un effort additionnel, et ça, on n'est pas capables de suffire aux
besoins, ça, c'est clair.
Alors, si on
souligne que, pour l'ensemble de notre clientèle, il y a un manque de services,
c'est clair que... pour les étudiants
qui ont des besoins additionnels, que ce soient les étudiants en situation de
handicap ou les étudiants qui sont issus de l'immigration, bien, c'est
clair que, ces jeunes-là aussi, comment dire, on ne suffit pas à la tâche.
Le Président (M. Ouellette) : Mme la
députée de Montarville.
Mme Roy :
Je vais poursuivre plus précisément : Est-ce qu'on peut mettre le doigt...
Vous nous avez dit : De façon générale,
francisation, intégration. Mais est-ce qu'il y a des choses qui ont disparu,
qui ont dû disparaître de certains de vos cégeps concernant les
étudiants immigrants? Ou est-ce que c'est trop pointu comme question?
M. Tremblay (Bernard) : Bien, en fait,
on pourrait vous répondre en vous disant, évidemment, qu'il y a des services de tout ordre, hein? La fédération
étudiante du collégial a d'ailleurs fait une enquête sur les services qui ont
été coupés dans les cégeps, et, je vous
dirais, encore une fois ça touche l'ensemble des étudiants. Mais c'est sûr que,
quand on touche à une clientèle qui est plus
vulnérable, l'effet de ces compressions-là est nécessairement augmenté. Et,
quand on a moins de services d'intégration, moins de services d'accueil, moins
de services d'accompagnement, moins d'aide pédagogique
individualisée, des services de placement qui ont été, là aussi, mis à mal,
c'est sûr que cette clientèle-là, elle en
souffre tout particulièrement. Et donc, dans une perspective où on se soucie de
façon plus marquée de cette clientèle-là ici, nous, on vous dit : Attention, là, il y
a un enjeu; au-delà des mécanismes de collaboration ou de contrôle, il y a un
enjeu, carrément, de ressources, là.
Mme Roy :
Et, tout comme vous, nous nous soucions de l'intégration justement des nouveaux
arrivants, et vous nous donnez des
motifs à l'effet que force est de constater qu'il y a des lacunes parce qu'il y
a eu des compressions, donc il y a des manques de services. J'ai
apprécié l'entendre et le comprendre de votre part.
Maintenant,
vous nous dites... en recommandations neuvième et dixième, vous nous parlez
que, dans le contexte de ces
compressions budgétaires, de façon générale, ayant affecté le réseau collégial
depuis les sept dernières années — alors, c'est quelque chose de
récurrent — «le
ministère de l'Éducation et de l'Enseignement supérieur s'assure que les collèges publics puissent recevoir le financement
adéquat pour le déploiement des formations d'appoint prescrites par les ordres professionnels, tant pour [le] D.E.C. que
pour les A.E.C., ainsi que pour les services aux étudiants qui
soutiennent la réussite éducative».
De un, des jeunes dans les cégeps, il y en a
moins ou il y en a plus? Et, de deux, actuellement est-ce que vous suffisez... Pardon. Actuellement, est-ce que les
sommes... le financement est au rendez-vous? Et dans quelle mesure il en
manque? Et dans quelle mesure, avec l'application du p.l. n° 98, qui
deviendra loi, il va vous en manquer? Vous estimez à combien le manque à
gagner?
M. Tremblay (Bernard) : Alors, là
aussi...
Le Président (M. Ouellette) : Une
courte réponse.
Tremblay (Bernard) : Pardon. Là aussi, c'est difficile de cibler un
chiffre précis, mais on vous parle, donc, de compressions de 155 millions. Donc, il y a 155 millions de
moins dans le système, en partant. Donc, comme je le disais, pour l'ensemble des étudiants, il y a des services
en moins. Mais, quand on ajoute à ça le fait que les formations
d'appoint sont financées à même notre enveloppe de la formation continue, qui
est une enveloppe fermée, si on augmente les besoins dans cette enveloppe-là,
nécessairement il reste moins d'argent pour les autres formations. Et les
besoins de formation continue sont énormes
au Québec, on l'a dit, on parle d'adéquation formation-emploi, mais
présentement on doit refuser des gens
qui veulent se former au Québec, dans nos cégeps, parce qu'il manque d'argent.
Alors, c'est clair que cet enjeu-là, évidemment, joue aussi ici.
Si on ajoute
des formations d'appoint et qu'il n'y a pas de financement additionnel, on
vient encore plus prendre une portion
de la tarte, et la tarte, elle n'est pas plus grande. Puis il y a toutes les
formations à temps partiel, en plus,
qui ne sont pas financées dans le régime actuel. Au-delà de ça, on ajoute des
obligations au niveau de l'éthique ici,
et donc il y a des formations qui vont devoir se donner, qui... Puis on en est,
on est d'accord avec ça, mais, encore une fois, s'il n'y a pas d'argent neuf, ça devient encore une fois des
sommes qu'on doit récupérer à l'intérieur des enveloppes actuelles, et
donc il y a nécessairement une portion de la tarte, comme je disais, qui va
diminuer dans ce contexte-là.
Président (M. Ouellette) :
Merci, M. Bernard Tremblay, Mme Isabelle Laurent, Mme Marie-France
Bélanger, de la belle région de
Sherbrooke — je
partage entièrement l'opinion de Mme la députée de Montarville — représentant
la Fédération des cégeps du Québec, d'être venus déposer en commission
parlementaire.
Je vais suspendre quelques minutes et je vais
demander à l'Ordre des administrateurs agréés du Québec de bien vouloir
s'avancer.
(Suspension de la séance à 12 h 2)
Président (M. Ouellette) :
Nous reprenons nos travaux. Nous recevons maintenant l'Ordre des
administrateurs agréés du Québec et son
président, M. Jacques Grisé. Vous allez nous présenter les personnes qui vous
accompagnent. Vous avez 10 minutes pour
faire votre présentation. Après, il y aura un échange avec Mme la ministre et
les porte-parole des deux oppositions. M. Grisé, à vous la parole.
M. Grisé
(Jacques) : Oui, bonjour. Merci, M. le Président. Mon nom est Jacques
Grisé, je suis président de l'Ordre des administrateurs agréés du Québec
depuis un peu plus d'un an. Je suis accompagné aujourd'hui de Mme Francine Sabourin, qui est directrice générale de l'ordre,
et de M. Simon Denault, à ma gauche, qui est secrétaire et directeur des
affaires professionnelles.
M. le
Président, Mme la ministre, M. le président de l'Office des professions,
messieurs et mesdames, membres de la
commission, l'Ordre des administrateurs agréés du Québec est le seul ordre
professionnel consacré à la gestion et à la gouvernance. Ses
1 400 membres, des dirigeants, des gestionnaires, des conseillers,
oeuvrent dans tous les secteurs d'activité économique du Québec.
L'ordre se
réjouit de la modernisation du Code des professions. L'important volet du projet
de loi portant sur la gouvernance interpelle plus directement notre ordre, étant donné qu'il touche
l'expertise professionnelle détenue par les administrateurs agréés. C'est donc avec beaucoup
d'intérêt que nous participons à cette consultation. D'ailleurs, notre organisation a procédé à une
réforme complète de sa gouvernance en 2011.
L'ordre est d'accord
avec la proposition de centrer les fonctions du conseil
d'administration sur la surveillance des
activités et l'établissement des orientations stratégiques,
sans s'ingérer dans la gestion opérationnelle de l'ordre, ou des ordres.
Ce partage des responsabilités entre gouvernance et gestion, management, fait
également
partie de la réalité de notre ordre.
Nous
soutenons l'inclusion du rôle de directeur général au Code des professions. Il
s'agit d'un message clair : les ordres doivent se doter d'une
structure administrative permanente afin d'exercer leurs missions, et ce, sans
égard aux changements politiques. Toutefois, nous sommes d'avis qu'il n'y a pas
lieu d'inscrire au code le rôle de porte-parole et qu'il faut laisser les
ordres faire leurs propres choix en fonction de leurs réalités.
L'ordre croit également nécessaire que le nombre
d'administrateurs soit réduit. Cette tendance mondiale contemporaine amène plus de dynamisme au sein des conseils, plusieurs
études le montrent, amène aussi un fonctionnement plus efficace et un
meilleur engagement des administrateurs, une plus grande mobilisation. Nous
sommes également d'accord avec l'imposition d'un seuil minimum de 25 %
d'administrateurs nommés.
Enfin, la
recherche d'une diversité de compétences et de profils socioprofessionnels
d'administrateurs devrait animer les conseils d'administration.
Dès 2011,
nous avons réduit significativement la taille de notre ordre professionnel, le
nombre d'administrateurs passant de
17 à huit. De ce nombre, deux administrateurs sont nommés par l'Office des
professions. Le comité exécutif a été
mis en veille, puisqu'il n'est plus nécessaire dans les circonstances, et
remplacé par un comité d'audit et un comité de gouvernance et de ressources humaines, lesquels comportent
obligatoirement un minimum d'un membre nommé par l'office.
L'ordre croit
essentiel que les conseils d'administration se dotent de codes d'éthique. Ce
code devrait être adopté comme politique de gouvernance plutôt que par
voie de règlement, et ce, afin de laisser une souplesse dans son élaboration et
sa modification. D'ailleurs, notre ordre a adopté une politique réunissant les
principes devant guider la conduite des administrateurs.
Enfin, l'ordre appuie l'obligation pour les
administrateurs de se soumettre à une formation en matière de gouvernance et d'éthique. Étant donné que ces
thématiques relèvent directement du champ d'expertise ou d'activité de
notre ordre et de nos membres, nous souhaitons contribuer à la mise en place de
ces formations, et cela, avec la participation de nos collaborateurs.
Quant au
volet du projet de loi portant sur l'élargissement du rôle du commissaire aux
plaintes, nous souhaitons simplement vous exprimer notre inquiétude.
L'augmentation possible de la bureaucratie entraînera un effet sur le fonctionnement des ordres et sur les frais de
cotisation déjà élevés et assumés par les membres, d'autant plus que
cette problématique de l'admission ne semble pas suffisamment documentée, en ce
qui nous concerne.
Le projet de
loi donne également suite à des recommandations de la commission Charbonneau.
Celle-ci a mis en lumière de sérieuses, de nombreuses faiblesses dans la
pratique de la gestion. L'ordre souhaite que la réflexion sur la contribution du système professionnel au défi de
l'intégrité soit l'occasion de réfléchir au potentiel lié à la
professionnalisation de la gestion.
C'est un axe qui a été malheureusement occulté dans les suites données à la
commission Charbonneau. En effet, le rôle joué par certains
professionnels de la gestion a été remis en question. En sa qualité d'ordre
professionnel encadrant la pratique des
gestionnaires, l'ordre peut compléter le dispositif en place pour limiter les
risques d'inconduite dans le domaine
de l'administration. L'ordre interpelle l'État et l'invite à favoriser
l'adhésion de ses dirigeants aux systèmes professionnels, dont le nôtre,
si c'est possible.
L'ordre
appuie la volonté gouvernementale visant à assurer une meilleure efficacité des
ordres dans leur mission de
protection du public. Toutefois, les ordres à
titre réservé, comme le nôtre,
doivent avoir pleinement les moyens pour remplir cette mission. Cette consultation sur la réforme du Code des
professions est l'occasion d'exprimer nos attentes légitimes. Alors que l'ordre doit renforcer ses
mécanismes de protection du public, il doit aussi relever le défi de
recruter des membres qui se soumettent à des devoirs déontologiques sans
bénéficier d'actes réservés.
Ici, il nous faut saluer l'adhésion volontaire
et même exemplaire de nos membres en faveur d'une pratique encadrée de leur profession. En 2006, l'Office des
professions nous demandait d'actualiser notre réglementation. Notre ordre a
effectué un travail, je dirais, colossal à cet égard. Si cela a servi l'objectif
de protection du public, cela a rendu plus
ardus la rétention et le recrutement de nos membres. L'ordre a, en fin de
compte, un solide corpus réglementaire, mais il n'encadre malheureusement
qu'un nombre limité de professionnels. Au même moment, on observe l'émergence d'organismes non universitaires offrant une
panoplie de certifications en gestion à
l'extérieur du système professionnel. Or, ces organismes délivrent des titres sans
imposer d'exigence réglementaire de surveillance de la profession et sans
avoir à composer avec la surcharge
administrative propre au système professionnel. Cette concurrence de titres à jeu
inégal nuit grandement à la capacité de recrutement de notre ordre. Nous
croyons également que cela crée une confusion pour le public, qui peut difficilement
faire la différence entre un praticien régi par un ordre professionnel et des
détenteurs de certification, puisqu'on ajoute toutes sortes de symboles à la
fin d'un nom maintenant, c'est rendu assez incroyable.
Nous sommes
très déçus aussi de constater que le projet de loi ne comporte pas de
disposition modernisant les champs
descriptifs des ordres du secteur des affaires. Pourtant, en 2012, lors des
consultations sur le projet de
loi sur les CPA, le ministre de la Justice de l'époque avait donné ce mandat à
l'office. Je le cite : «Je suis de ceux qui pensent que des libellés peuvent être trouvés assez rapidement.
Alors, je ne crois pas qu'on doive se donner des délais trop longs.
[...]Sortez vos crayons, commencez à
travailler, la balle est dans votre camp autant que dans le mien.» Or, les
travaux sont terminés depuis 2014, et l'inaction dans ce dossier nuit à
notre ordre. En effet, le champ descriptif — ce qu'on appelle le champ évocateur aussi — de notre ordre n'a pas été modernisé depuis
1974. Il ne reflète évidemment plus l'évolution de notre profession. Le nouveau champ descriptif
approuvé par l'office consacre l'administrateur agréé comme un
généraliste de l'administration, ce qui le
distingue des autres professions. L'ordre est également en attente de mesures
législatives pour la réserve d'acte en gestion de copropriété, une action
recommandée par l'office.
En terminant, nous sommes convaincus que le
gouvernement souhaite renforcer l'efficacité de son système professionnel et
croit aux avantages de l'autorégulation des professions. L'ordre l'a exposé
dans son mémoire, la professionnalisation de
la gestion sert l'intérêt collectif. En 1973, l'État québécois faisait le choix
courageux de consacrer la discipline
de l'administration comme profession. 42 ans se sont écoulés depuis, et,
après une vaste commission d'enquête qui
a exposé pendant 246 jours d'audiences une série de dérives administratives, il
nous apparaît plus pertinent que jamais que les Québécois puissent
compter sur un ordre professionnel de la gestion robuste. Merci de votre
attention.
Le Président (M. Ouellette) : Merci,
M. Grisé. Mme la ministre.
Mme Vallée : Merci. Merci, M.
Grisé. D'entrée de jeu, je veux simplement vous mentionner que les travaux font... sont toujours en cours pour l'encadrement
du champ de pratique en lien notamment avec le dossier de la
copropriété. Alors... vous rassurer, on
n'est pas restés les bras croisés. Il y a quand même pas mal de projets de loi qui
sont passés ici, à l'Assemblée, au cours des
deux dernières années. Mais les travaux sont en cours, alors gardez espoir. Je
veux simplement vous passer le message pour faire suite à vos dernières...
M. Grisé (Jacques) : Mme la
ministre, qu'est-ce que ça impliquerait, les travaux en cours?
Mme Vallée : On en parlera en
temps opportun. Je ne...
M. Grisé (Jacques) : Oui. J'ai bien
hâte.
Mme Vallée :
Mais il y a des travaux actuellement en cours sur cet aspect-là. Il y a quand
même beaucoup de... Vous savez, dans l'appareil, il y a quand même
plusieurs projets de loi qui peuvent cheminer en parallèle.
Dans un
premier temps, j'apprécie vos commentaires, puisque vous abordez, et peu l'ont
fait, la gouvernance, la question de la gouvernance de l'Office des
professions. Dans votre mémoire, vous... Et quels seraient les critères de
compétence, les critères de diversité de profils que vous pourriez proposer à
l'égard de la nomination des membres de l'office?
Le Président (M. Ouellette) : M.
Grisé.
M. Grisé
(Jacques) : Oui. Alors, si on regarde un peu l'expérience de notre
ordre, depuis plusieurs années les personnes qui ont été nommées par
l'Office des professions ont toujours été des candidats de grande qualité. Il
faut dire qu'il y a quand même une
concertation, d'une certaine façon, une communication entre l'office et puis
l'ordre pour nommer des personnes qui
viennent complémenter un peu les autres membres du conseil d'administration.
C'est de plus en plus important parce que nous, on est seulement huit
personnes, donc six personnes qui sont élues, en quelque sorte, et deux personnes qui sont nommées membres de
l'office. Donc, nous sommes extrêmement fiers des personnes qui sont
avec nous, parce qu'ils ont toute l'expérience requise et surtout ils ont une
expérience de plusieurs autres ordres professionnels, ce qui est très important
en ce qui nous concerne.
Maintenant, je ne sais pas si j'ai répondu à
votre question complètement, là.
Mme Vallée : Bien, en fait,
je me demandais si vous aviez en tête des...
M. Grisé (Jacques) : Il y a une
grille de compétences.
Mme Vallée : ... — oui — des
enjeux... des éléments particuliers qui devraient être portés à l'attention,
qui touchent le profil de ces membres-là,
les compétences détenues par les membres. Est-ce que vous avez des
préoccupations particulières?
M. Grisé
(Jacques) : Bien, certainement qu'une expérience de gouvernance de
conseil d'administration dans le passé
serait presque essentielle, là, dans notre cas à nous, en tout cas. Et on
pourrait aussi mentionner qu'il serait intéressant d'avoir peut-être plus de femmes pour accroître la
diversité au niveau des différents ordres professionnels, plus de jeunes
aussi, plus de personnes des minorités culturelles... des minorités
culturelles, en effet.
Maintenant,
est-ce qu'il faut avoir un guide de compétences, là, assez arrêté? Non, je
pense qu'il faut que ce soit établi avec chacun des ordres
professionnels, qui ont des besoins bien différents.
Mme Vallée : Votre ordre appuie les principaux
éléments qui concernent la gouvernance des ordres professionnels que l'on retrouve à l'intérieur du projet de loi,
notamment en lien avec les nouvelles responsabilités du conseil d'administration, la distinction de la fonction de
président, directeur général, l'obligation d'adopter un code de déonto. C'est quand même important pour nous, cet
appui-là, compte tenu de votre expertise, de votre expertise fine en
matière de gestion et de gouvernance. Alors,
j'aimerais vous entendre davantage sur la question des pratiques de
saine gestion, des pratiques de saine gouvernance et comment le projet de loi
n° 98 pourrait y répondre davantage.
Je vous pose la question parce que, notamment
hier, on a eu certains ordres qui nous ont dit : Ne touchez pas à
notre gouvernance actuelle, elle nous sert bien, et il n'y a pas de problème.
D'autres ont formulé des commentaires différents. Compte tenu de votre
expertise, est-ce que... quels seraient les méthodes, les moyens qui
permettraient au projet de loi n° 98 de répondre davantage aux principes
de saine gouvernance à l'intérieur des ordres, notamment?
Grisé (Jacques) : Bien, c'est un peu difficile. Je peux concevoir que
certaines des dispositions du projet de loi ne conviennent pas à tous les ordres professionnels et que certains
ordres souhaiteraient qu'il y ait beaucoup plus de souplesse sur ce plan-là. Par contre, nous, on exprime notre avis en ce qui a trait à la gouvernance générale, là, lorsqu'on examine un peu ce qui se passe, là, dans le milieu des organisations, dans le milieu des affaires, sur les conseils d'administration, par exemple. Et ce qui est proposé dans
le projet de loi correspond tout à fait, tout à fait. D'ailleurs, ce sont les règles de gouvernance que nous-mêmes,
on a appliquées à l'ordre. Par exemple, la diminution du nombre de personnes au conseil d'administration. Vous le
savez, M. Nadeau est venu vous le dire, lorsqu'un conseil d'administration
a 25 membres, 20 membres,
30 membres, dans certains cas, ça devient impossible de gérer cette
situation-là. Ça devient impossible
de créer une dynamique, là, qui soit consensuelle, en quelque sorte, au sein du
conseil d'administration. Et vous
savez ce qui se passe : c'est le conseil exécutif qui, à toutes fins
pratiques, là, dans chacun de ces ordres-là, s'occupe de tout, conseil
exécutif composé de cinq à sept membres, beaucoup de monde, qui se réunissent
souvent et qui sont rémunérés aussi.
Donc,
moi, je pense que... Si on reprenait chacun des points qui sont dans le projet
de loi, je pense que c'est tout à fait
conforme avec les principes reconnus de saine gouvernance que nous, on
enseigne, qu'on enseignait, que j'enseignais à l'université et puis au
Collège des administrateurs de sociétés. Je pense que c'est tout à fait conforme.
Mme Vallée :
Est-ce qu'il y aurait... est-ce qu'il y aurait un...
Grisé (Jacques) : Là, je vous parlais de la réduction du nombre
d'administrateurs. Nous, on proposerait... Comme vous voyez dans le mémoire, là, 10, on trouve que ce n'est quand
même pas si mal. On est huit, là, présentement. Mais je sais que le mémoire propose... je pense que c'est 15, là, un
maximum de 15, et sûrement qu'il y a des ordres qui doivent s'opposer à ça. Mais je pense que ça fait
du sens. Si on veut vraiment s'assurer que le conseil d'administration
est efficace, bien, il faut, je pense, aller là, il faut aller jusque-là.
Vallée : Vous critiquez la modification, apportée au projet de
loi, qui permettrait à l'office d'entreprendre une enquête sans préalablement avoir obtenu une autorisation
ministérielle. Évidemment, cette enquête-là doit quand même être portée à l'attention de la ministre par un
avis. Donc, quelle est la distinction entre les deux, pour vous? Puis
qu'est-ce qui vous amène à manifester
certaines craintes à l'effet de ce changement-là? Vous ne croyez pas que c'est
plus efficace de permettre à l'office
de pouvoir intervenir en amont plutôt que de devoir attendre parfois une
autorisation ministérielle qui pourrait, dans certains cas... on ne le
sait pas, mais pourrait ajouter des délais avant d'intervenir?
Grisé (Jacques) : Pas vraiment. Nous, on pense que... Puis ce n'est
pas une critique, non plus, qu'on formule, là. On peut très bien vivre
avec ça, là. Mais il reste que, non, on ne croit pas vraiment que c'est une
mesure qui est efficace. Il faut dire qu'on
n'a pas apporté une grande attention à ce point-là. Ce n'est pas un sujet, là,
disons, qui est un enjeu pour nous. Mais il reste que c'est... On n'en
fait pas une critique, là.
Le Président (M.
Ouellette) : Deux minutes, Mme la ministre.
Mme Vallée :
Je comprends que vous ayez manifesté certaines préoccupations quant à
l'élargissement du regard du commissaire et
les pouvoirs. Le fait de permettre au commissaire d'avoir un regard sur
l'ensemble des acteurs de
l'admission, qui ne sont pas que les acteurs du système professionnel, on
s'entend, est-ce que vous ne croyez pas que ça permet aux candidats d'avoir un recours un petit peu plus efficace
lorsqu'il y a des différends avec des tierces parties? Et puis est-ce que vous ne croyez pas que ça
donnerait un outil supplémentaire pour assurer la cohérence de l'action
de la réglementation professionnelle?
Parce
que je le mentionnais... puis je ne sais pas si vous étiez dans la salle, mais,
avec la Fédération des cégeps, ce que je mentionnais, c'est qu'à quelque
part on est condamnés pour travailler ensemble, parce que, oui, les ordres professionnels vont établir les conditions pour
faire
partie d'un ordre, et tout ça avec l'objectif de protéger le public,
mais cette formation-là qui amène un
candidat à avoir les compétences requises, elle est dispensée par des tiers, et
il y a plein d'exigences qui relèvent
de tiers. Alors, est-ce que vous ne croyez pas que le commissaire, en ayant un
regard beaucoup plus distancé, pourrait permettre d'assurer une
meilleure cohésion?
Grisé (Jacques) : Nous, vu de notre point de vue, là, on ne voit pas
ce que ça peut ajouter à part une lourdeur administrative en ce qui nous
concerne. On pense que le commissaire aux plaintes fait très bien son travail. En
ce qui nous concerne, on n'a pas vraiment regardé ça de façon... je ne sais pas
si mes collègues, ici, veulent ajouter...
Le Président (M.
Ouellette) : On n'a plus de temps.
M. Grisé
(Jacques) : ...un petit mot à ça.
Mme Sabourin (Francine)
Oui, si on peut rajouter.
Le Président (M.
Ouellette) : Oups!
Mme Sabourin (Francine)
Francine Sabourin.
En fait, pour nous, la mission, c'est plutôt
simple. On comprend que les ordres de la santé ont des processus d'admission plus complexes, et ils ont bien fait
leurs devoirs. Ils ont analysé ça pour eux. Pour nous, en fait, ce qu'on
se dit, c'est : une lourdeur
administrative, ça va amener des coûts supplémentaires. Comme tout coûte quelque chose, si on veut ajouter pour nos membres, on préférerait que
ça soit des coûts qui leur soient refilés sur une problématique qu'on vit et non sur une problématique que tous les
ordres ne semblaient pas vivre. Donc, on est allés plutôt modestement,
on se disait que nos collègues de la santé ont bien analysé le tout.
Le Président (M. Ouellette) : Merci,
Mme Sabourin. Mme la députée de Chicoutimi.
Jean : Merci. Alors,
bonjour, M. Grisé, Mme Sabourin, M. Denault. Bienvenue à l'Assemblée nationale. Merci d'être avec
nous. Vous êtes des experts de l'administration.
Donc, dans
les dépôts de mémoires qu'on a eus, les autres témoins qu'on a eus, les
autres présentations qu'on a eues, certains ont émis des réserves quant
à l'obligation de séparer le poste de directeur général et de président, donc voulaient pouvoir cumuler les deux postes. On
parle de gouvernance, on parle de gestion. L'intention du projet de loi, c'est de séparer les deux. Mais il y a des ordres qui émettaient des
réserves là-dedans. J'aimerais vous entendre justement sur
votre vision sur le cumul de ces deux postes-là ou la séparation de ces deux
postes-là.
M. Grisé
(Jacques) : Oui, enfin, pour
moi puis pour l'ordre, il n'y a aucune ambiguïté sur ce point-là, et je
pense que, dans le monde des organisations,
c'est la réalité, on retrouve une séparation effective des pouvoirs. Par exemple, au Canada, il y a 14 %, seulement, où il y a une cumulation, là, du
rôle de «chairman» puis le rôle de chef et président de direction. Aux États-Unis, c'est un peu différent,
là, c'est un petit peu plus... mais ça va dans le sens, là, si on veut,
de la séparation nette des pouvoirs, pour
éviter, évidemment, les conflits d'intérêts éventuels qui peuvent se produire
entre les deux instances. Le conseil
d'administration surveille ce que le management fait et le conseil
d'administration... c'est le conseil
d'administration qui engage, évalue et peut éventuellement, évidemment,
recommander sa démission. Non, c'est vraiment, là... C'est dans la ligne
de la bonne gouvernance.
Jean : Dans un esprit de flexibilité, de souplesse, est-ce que ce
serait quelque chose que vous verriez d'un bon oeil qu'un ordre demanderait une dérogation à ce niveau-là, de
pouvoir cumuler les deux postes, qu'une personne pourrait cumuler les
deux postes?
M. Grisé (Jacques) : Non, je n'ai
pas de difficulté, là, à ça, mais il reste qu'on peut voir peut-être des petits
ordres, là... mais j'imagine très mal un ordre professionnel de grande
envergure, là, disons, qui voudrait cumuler les deux fonctions. J'aurais beaucoup de difficultés avec ça. Je sais qu'il y en
a quand même un certain nombre, là, mais, s'il y a un changement important,
là, dans ce projet de loi là, c'est bien celui-là.
Jean : Concernant le code d'éthique, par rapport à ce qu'on a dans le
projet de loi, l'Office des professions pourrait par règlement imposer le code d'éthique aux ordres. Est-ce que
c'est quelque chose avec lequel vous êtes d'accord?
M. Grisé
(Jacques) : Absolument. Absolument. Puis non seulement on est
d'accord, mais en même temps on offre toute notre collaboration pour
pouvoir travailler à mettre en place les programmes de formation appropriés.
Mme Jean : D'accord. Et, encore une
fois, plusieurs présentateurs, plusieurs ordres nous ont démontré leur intérêt
ou leur besoin d'avoir de la flexibilité dans le code d'éthique, donc on
parlait peut-être plus de balises ou d'encadrement pour laisser une flexibilité
sur l'application au sein des ordres.
M. Grisé (Jacques) : Vous me mettez
des mots dans la bouche.
Mme Jean : Est-ce que c'est quelque
chose qui...
M. Grisé
(Jacques) : Oui, c'est exactement ça. On pense qu'il peut y avoir une
espèce de règlement-cadre, en quelque
sorte, qui balise un peu, là, le futur code d'éthique et déontologie, mais
c'est à peu près ce qu'on propose dans notre mémoire, là.
Mme Jean : Donc, c'est...
Mme Sabourin (Francine)
: En
fait, pour rajouter, on le sait, des règles, on peut en ajouter avec
l'évolution d'une organisation. Des fois, on a des oublis, et, on le voit quand
c'est dans un règlement, c'est plutôt long à faire changer, évoluer. On le vit, donc on préférerait que ce soit dans une
politique où on peut justement adapter rapidement pour s'assurer de
rester avec des saines pratiques de gouvernance dans l'organisation.
Mme Jean : Vous parlez de temps qui est requis à l'Office des professions
pour changer un règlement. Est-ce
que vous pouvez m'informer sur les raisons de pourquoi ça peut prendre autant
de temps?
Grisé (Jacques) : Je me pose
souvent la même question, hein? Tantôt, dans mon exposé, on disait que nous, on a travaillé
pendant près de deux ans à s'assurer que le champ descripteur entre les... dans
le domaine des affaires avait été...
On avait pris deux ans, à peu près, pour arriver à s'entendre, et là ça fait
déjà deux ans de ça, et là, aujourd'hui, là, on se serait attendu à ce que ce soit dans le projet de loi, là. Je sais
que la ministre n'en a pas parlé tantôt, mais on s'attend encore à ce que ce le soit. Donc, on pense qu'un
projet de loi comme celui-là, là... Si on est convoqués pour pouvoir
dire des choses, bien là, ce n'est pas très
compliqué, à l'article 37i, d'ajouter les champs évocateurs et les champs
descriptifs, là, des trois ordres professionnels en question, tout au moins.
Parce que le travail est fait, le travail est fait depuis deux ans. Alors, ça, on s'explique mal par contre
pourquoi ce n'est pas dans le projet de loi. J'ai peut-être débordé un
peu, là, mais j'ai un message à passer.
Mme Jean :
Ça va, ça va bien. Bien, merci. Une question sur la composition du conseil
d'administration. C'est invoqué dans le
projet de loi qu'on pourrait nommer ou conserver un poste pour quelqu'un... un
jeune, en tout cas moins de 10 ans de
profession. Est-ce que vous, vous avez des politiques de représentativité ou
d'équité hommes-femmes, par exemple? Est-ce que c'est quelque chose sur
lequel vous avez travaillé?
Grisé (Jacques) : On ne peut pas dire qu'on a vraiment travaillé, mais
on est vraiment pour la diversité la plus totale possible au niveau du conseil d'administration. Là, présentement,
le conseil d'administration est composé, si je me souviens bien, de
trois femmes et...
Grisé (Jacques) : ...pardon, de 40 %, plus une directrice
générale. Donc, je pense que, de ce côté-là, nous, on a fait notre part. Mais on vise la parité, et ce
n'est pas si simple que ça à faire, lorsque ce sont les élections, là, on
n'est pas toujours... hein? Ce n'est pas nous qui menons tout, là. Mais il
reste qu'on vise ça. Et c'est la même chose pour les autres aspects qui
concernent soit les régions ou soit qui concernent les autres aspects, là, de
la diversité culturelle.
Jean : Est-ce que l'avenue d'un poste électif ou de mettre des postes
électifs, préciser justement la composition d'un conseil
d'administration serait quelque chose qui serait peut-être à étudier?
M. Grisé
(Jacques) : Pouvez-vous reformuler la question?
Jean : Un poste de... de justement déterminer par postes électifs de
comment devrait être composé un conseil d'administration, pour assurer
sa diversité, justement.
M. Grisé
(Jacques) : Oui, je sais que ça a été avancé. Mais, avec ce qu'on
propose dans le projet de loi, il va y avoir
une diminution du nombre de membres du conseil d'administration. Donc, il va y
avoir un certain réaménagement des régions pour faire en sorte qu'il y
ait moins de personnes qui viennent de différentes régions, là, qui viennent de
20 régions différentes, disons. Nous
autres, il y a trois régions seulement. Donc, je pense que ça peut régler une
grande
partie du problème, ça.
Mme Jean :
Parfait. Merci.
Le Président (M.
Ouellette) : Mme la députée de Montarville.
Roy : Merci beaucoup, M. le Président. Madame, messieurs, merci
d'être là. Ce que je trouve fascinant avec le mandat de députée actuellement, c'est que j'apprends des choses, et
là vous m'en apprenez. J'ai lu votre mémoire, et, pour le bénéfice des
gens qui nous écoutent, vous nous dites : «Bien que cela soit le cas pour
la quasi-totalité des professionnels des
45 autres ordres professionnels, à ce jour aucun acte n'a été réservé aux
administrateurs agréés.» Et je lis votre
mémoire et je vois qu'il y a plusieurs de vos recommandations qui portent
justement sur la reconnaissance de votre ordre et sur ces fameux actes
réservés.
je vous amène à la page 17. Vous nous dites, et là je vais lire pour les
gens qui nous écoutent : «En octobre 2014, [notre ordre] a déposé à l'office un mémoire
détaillé soutenant une demande d'activité réservée en gestion de
copropriété pour la gérance d'immeubles de
plus de deux étages et de plus de huit unités. En février 2016, après une
analyse approfondie, l'office a émis une recommandation favorable à
l'octroi d'une telle réserve. Depuis, nous sommes sans information sur l'état
d'avancement de ce dossier.» Mme la ministre vous a répondu tout à l'heure, on
a appris un petit peu de choses. On a appris
qu'il y a des travaux qui sont en cours, c'est ce qu'elle vous a dit :
Gardez espoir. Moi, je l'apprends, ça, aujourd'hui.
Alors,
moi, ça m'intéresse. J'aimerais savoir qu'est-ce que vous demandez et quel est
cet acte plus précisément que vous voulez qu'il soit réservé pour votre
ordre professionnel, relativement à la garde de la gestion des copropriétés?
Qu'est-ce que vous voulez?
M. Grisé (Jacques) : Moi, je veux
bien m'épancher là-dessus, mais je peux laisser peut-être mon...
Roy : Ah! bien, vous pouvez, mon cher monsieur.
M. Grisé
(Jacques) : ...le secrétaire, M. Denault, peut-être...
Denault (Simon) : Bonjour. En fait, bien, le Québec a pris un certain
retard dans la réglementation au niveau de la gestion de copropriété, que ça soit au niveau de la formation ou
de l'encadrement. Nous, en ce moment, à l'ordre, on le fait. Donc,
on a une cinquantaine de gestionnaires de copropriétés, donc, qui sont
inspectés, qui sont encadrés par un règlement notamment pour la gestion
des comptes en fidéicommis. Il faut comprendre qu'un condo, c'est un actif extrêmement important pour... probablement
l'actif le plus important pour un individu, et, en ce moment, c'est le far
west. Donc, on pense que c'est extrêmement
important qu'il y ait un encadrement. Nous, à l'Ordre des administrateurs, on
a l'expertise, on a la compétence, on a développé un programme de formation
avec l'Université McGill à ce sujet-là.
Donc, il y a du
retard qui a été accumulé au Québec dans ce domaine-là, et on pense qu'il est
temps d'agir.
Mme Roy :
Vous dites : Il est temps d'agir. Précisément, vous demandez quoi?
Denault (Simon) : Bien, un acte réservé, pas nécessairement réservé
exclusivement à l'Ordre des administrateurs.
Mais maintenant les représentations ont été faites à l'office, il y a une
demande qui a été faite, et l'office a émis une recommandation
favorable. Maintenant, c'est au législateur à agir pour réserver cet acte.
Grisé (Jacques) : Oui, on a
aussi un mémoire qui a été produit à cet effet-là, il y a déjà un
certain temps. Et là on attend toujours, évidemment, des nouvelles de
ça. Il y a deux autres ordres professionnels, là, aussi qui pourraient
contribuer.
Roy : Si je comprends bien, quand vous dites : Actuellement,
c'est le far west, c'est qu'actuellement, en ce qui concerne la
copropriété et les condos, et Dieu sait qu'il y en a de plus en plus, maintenant, des gens qui achètent des condos, ce sont
que... les gestionnaires, il n'y a aucune surveillance qui se fait, il n'y a
aucune...
Grisé (Jacques) :
...encadrement. Il peut y avoir peut-être... Il y a peut-être des condos qui sont
bien gérés puis qui sont gérés par
des administrateurs agréés, mais,
dans l'ensemble, ce n'est pas le cas du tout. Donc, les gestionnaires de
copropriétés, et ça va aussi pour, évidemment, le conseil d'administration
composé de membres, mais surtout les gestionnaires de copropriétés, ne sont
nullement encadrés ici, au Québec, alors qu'ils le sont dans d'autres provinces
canadiennes, dont l'Ontario.
Roy : Bon, alors, ça, c'est un bon point de réglé. On va
attendre de voir ce qui va se passer à cet égard-là. Je vous remercie de
m'avoir informée. C'est quand même... Il me reste un petit peu de temps, M. le
Président?
Le Président (M.
Ouellette) : 30 secondes.
Mme Roy :
Misère, c'est trop court!
Le Président (M.
Ouellette) : Oui, mais vous me l'avez demandé.
Roy : Merci. En ce qui a trait aux cotisations annuelles, le
projet de loi recommande que ce soit le C.A. qui les détermine au lieu
des membres. Vous, qu'en pensez-vous?
M. Grisé
(Jacques) : Bien, il ne fait aucun doute que le conseil
d'administration, qui connaît très bien les activités
puis la situation financière de l'ordre, puisse être l'organisme, là, l'entité,
en quelque sorte, qui recommande les cotisations, et non l'assemblée
annuelle.
Le Président (M.
Ouellette) : Merci, M. Jacques Grisé, Mme Francine Sabourin et Me
Simon Denault, représentant l'Ordre des
administrateurs agréés du Québec. Merci d'être venus rencontrer les membres de
la commission.
Je vais suspendre
quelques minutes. Je demanderais à l'Ordre des pharmaciens du Québec de
s'avancer, s'il vous plaît.
(Suspension de la séance à
12 h 38)
Le Président (M. Ouellette) : Nous reprenons nos travaux. Nous recevons maintenant
l'Ordre des pharmaciens du Québec et son président, M. Bertrand Bolduc, qui fera la
présentation. M. Bolduc, vous allez nous présenter les personnes qui vous accompagnent, et après il y aura
discussion avec Mme la ministre et les porte-parole des deux oppositions. À vous la parole, M. Bolduc.
M. Bolduc
(Bertrand) : Merci, M. le Président. Mme la
ministre, messieurs dames les parlementaires, je suis accompagné de Mme Manon Lambert, directrice générale
et secrétaire de l'ordre, et nous avons la chance d'être accompagnés également de M. Jean Landry,
qui est un administrateur externe, donc nommé par l'Office des professions, et président de
notre comité de gouvernance, et président de notre comité d'audit également.
Alors, nous
vous remercions de l'opportunité qui nous est donnée de vous donner notre point de vue sur le projet de loi n° 98. En général, l'ordre accueille
bien, favorablement les modifications proposées au Code des professions, exception faite de l'élargissement des pouvoirs du
commissaire à l'admission. Mais nous pensons aussi que les modifications ne vont pas suffisamment loin en
matière de bonification des
mécanismes de protection du public. Nous allons vous soumettre plusieurs
suggestions qui seront, nous l'espérons, de nature à alimenter vos réflexions.
Ces suggestions sont basées sur une longue
et concrète expérience de la poursuite de la mission d'un ordre professionnel. Nous vous demandons de faire
preuve d'audace et de profiter de l'occasion pour véritablement nous donner les moyens de bien remplir
notre mission, qui est celle de protéger adéquatement le public.
La première recommandation dont j'aimerais vous faire part porte sur-le-champ d'action de l'ordre.
Nous vous demandons d'étendre
l'autorité des ordres sur les sociétés auxquelles nos membres sont affiliés, par exemple les chaînes ou bannières en
pharmacie. Nul besoin de revenir sur les dossiers épiques que l'ordre a eu à
traiter en lien avec des tiers pour
lister ce besoin. Ce nouveau champ d'activité devra toutefois être assorti d'une contribution financière de la part de ces sociétés afin de rendre cet
éventuel nouveau pouvoir réellement effectif.
Considérant
que l'ordre doit dès maintenant disposer de meilleurs moyens d'action sur les tiers,
l'ordre suggère que, sans plus attendre, le syndic soit investi des
pouvoirs de commissaire enquêteur. En effet, en comparaison du commissaire aux plaintes à l'admission, déjà
investi d'un tel pouvoir, le syndic de notre ordre doit obtenir des renseignements d'individus ou d'organisations beaucoup moins enclins à collaborer que ne le sont les
ordres, les maisons d'enseignement ou les ministères visés, où qui le seront, par le commissaire. De
plus, pour les appuyer concrètement dans leur travail, les syndics devraient aussi pouvoir compter sur une
protection accrue du législateur au profit des lanceurs d'alerte, qui ne
devraient pas être freinés dans leur élan par peur de perdre leur emploi, par
exemple.
De façon
générale, tous les ordres devraient pouvoir évaluer la conduite et les bonnes
moeurs des demandeurs à l'admission. Cette mesure permettrait
d'interdire l'accès à la profession aux candidats qu'ils jugent insensibles aux
formations en éthique et déontologie. Ces
formations sont très pertinentes pour la majorité de nos
professionnels, mais, dans certains
cas, il est inutile de tenter d'insuffler un comportement moral à certains
individus, et nous souhaitons les priver d'un accès à la profession qui compte des responsabilités aussi vitales
que la nôtre. En tout temps, le droit d'exercer une profession ne peut primer sur l'intérêt supérieur
de la protection du public. Cela doit se traduire clairement
dans la loi.
À l'instar de
nos amis du Collège des médecins du Québec, nous demandons aussi que les ordres puissent
conclure des ententes simples et efficaces
avec les détenteurs de certaines bases de données gouvernementales pour obtenir de façon préventive des renseignements
reflétant les pratiques professionnelles de nos membres.
Sur le plan
de la gouvernance, nous souhaitons et nous soutenons la proposition de séparer les pouvoirs politique et exécutif en éliminant le
cumul des fonctions de président et de directeur général. À l'égard de la
composition du conseil d'administration,
l'ordre est déçu de la réduction proposée du nombre d'administrateurs. Nous appuyons par
ailleurs la proposition de lui confier la responsabilité de fixer le montant de
la cotisation. En contrepartie, nous préconisons toutefois une reddition de
comptes financière accrue pour tous
les ordres et la possibilité pour l'Office
des professions de procéder à un audit sur leur gestion, le cas échéant.
Afin de mieux
répondre à la volonté exprimée d'éviter les conflits d'intérêts de ses membres
élus, nous demandons la révision de
la proposition actuelle sur l'inéligibilité du poste d'administrateur. Ceux qui
siègent déjà dans des associations de
services qui n'antagonisent pas le mandat d'un ordre, comme, chez nous,
Pharmaciens sans frontières, par exemple, devraient être autorisés à se présenter. Par contre, ceux qui sont liés à des parties prenantes visées
directement ou indirectement avec les actions de
l'ordre devraient être disqualifiés.
Finalement, l'ordre ne soutient pas
l'élargissement du pouvoir du commissaire aux plaintes à l'admission à l'ensemble
du processus d'admission et émet de sérieux doutes quant à l'efficacité de cette mesure. De plus, à l'instar du Barreau, l'ordre croit qu'avec les modifications proposées le
commissaire disposera d'un mandat dont les limites seront soumises à sa seule discrétion, avec des pouvoirs
trop larges et trop imprécis. Il préconise plutôt une plus grande
coordination des multiples intervenants et un meilleur financement
des initiatives porteuses pour accroître l'intégration des personnes
diplômées hors Québec au marché du travail.
En terminant, j'aimerais laisser quelques
minutes à M. Landry pour le mot de la fin.
Le Président (M. Ouellette) : M.
Landry.
M. Landry (Jean) : Merci, M.
Bolduc. À
titre de représentant du public au sein du conseil d'administration de l'Ordre des pharmaciens, je suis en mesure de
témoigner des réussites de l'ordre sur le plan de la gouvernance. J'ai aussi, au cours des dernières années, été témoin
des combats majeurs qui ont été menés à l'encontre de joueurs importants
de l'industrie, ceci afin que l'ordre puisse
assumer sa mission de protection du public. Et c'est d'ailleurs au nom de
cette protection du public qu'il m'apparaît
que l'élargissement de l'autorité des ordres envers certains organismes et
évidemment le financement qui doit y être
associé ne doivent pas rester des voeux pieux. Les changements profonds de
l'environnement commercial des professions, depuis l'introduction du Code des
professions en 1974, justifient que cette demande soit sérieusement prise en
considération.
J'aimerais ajouter quelques mots sur un
sujet qui me tient à coeur, les fonds d'assurance responsabilité professionnelle. Les fonds d'assurance sont un
outil important dont disposent les ordres professionnels pour
s'acquitter de leur mission de protection du
public. Pour s'en convaincre de façon concrète, il suffit de constater qu'au
31 décembre dernier cinq fonds
d'assurance en opération au Québec avaient accumulé 350 millions de
dollars, 350 millions de dollars qui
étaient immédiatement disponibles pour le client et, dans notre cas, pour les
patients qui subiraient un préjudice par la faute ou par une erreur professionnelle d'un professionnel. Il nous
apparaît que ces 350 millions accumulés au cours des années doivent continuer de bénéficier d'une
gestion spécialisée et rigoureuse. Or, selon ce que nous en savons,
certains changements envisagés, qui d'ailleurs apparaissaient dans les
premières versions du projet de loi, pourraient, s'ils se matérialisaient,
entraîner des modifications importantes à la gouvernance des ordres et de leurs
fonds d'assurance en introduisant, entre autres, des notions imprécises en ce
qui a trait à la gestion des sommes accumulées.
Malgré
certaines difficultés opérationnelles réelles, mais qui ont trouvé des
solutions dans plusieurs ordres, nous ne
croyons pas judicieux de changer profondément un système qui a fait ses
preuves. S'il devait y avoir des changements, ces derniers devraient,
selon nous, être débattus dans une perspective de protection du public, et non
de difficultés opérationnelles ponctuelles,
qui, de toute façon, ont déjà trouvé des solutions. Pourquoi ne pas tout
simplement s'inspirer des ordres qui ont réussi? Merci.
Le Président (M.
Ouellette) : Mme la ministre.
Vallée : Merci. Merci beaucoup pour votre présentation. En
fait, vous formulez de nombreux commentaires, dans votre mémoire et dans votre présentation, qui sont très
constructifs puis, je pense, qui vont bonifier, oui, le texte... vont probablement nous aider à bonifier le texte
du projet de loi, mais j'ai l'impression que ça nous amène aussi un peu
plus loin, parce qu'il y a des réflexions
sur... Parce que, vous savez, on aborde la réforme du Code des professions en
étapes et, tout ce qui est en lien avec la justice disciplinaire, on souhaitait
l'aborder dans une deuxième étape.
Vous
avez quand même formulé des recommandations fort intéressantes quant au rôle du
syndic. J'aimerais vous entendre
davantage sur cet aspect-là, parce que je sais que nous aurons cet après-midi
des représentations à l'effet que les syndics
vont trop loin et ont trop de pouvoirs, et donc on aura des représentations
partagées sur cette question-là. Mais j'aimerais vous entendre... Parce
que le syndic est un peu le chien de garde de la protection du public, est
celui ou celle qui doit intervenir lorsque
des questions importantes sont soulevées, notamment en matière de pratique
illégale, et donc j'aimerais vous entendre quant à ces pouvoirs accrus que vous
recommandez, dont le fait d'être investi du pouvoir de commissaire enquêteur. Il y a certainement des enjeux auxquels vous avez fait face, ou votre ordre a fait face, au
cours des dernières années. Donc, j'aimerais que vous puissiez l'illustrer davantage
pour les fins de nos travaux.
Le Président (M.
Ouellette) : Mme Lambert.
Mme Lambert
(Manon) : Oui, bien, en fait, je vais vous exprimer... je vais vous
expliquer un exemple qu'on a eu, qui est un
exemple public, le dossier Pharmascience, dossier des avantages non autorisés
que les pharmaciens ont reçus, qu'on a traité sur une période de
10 ans. Ça a pris 10 ans, traiter ce dossier-là, parce qu'il nous
fallait, ou il fallait à notre syndic des
renseignements de tiers pour pouvoir avancer dans ses enquêtes. Or, il nous a
fallu aller jusqu'en Cour suprême
pour obtenir des données. On comprend qu'aller en Cour suprême, là, ce n'est
pas à la portée de n'importe quel ordre. C'est plusieurs centaines de
milliers de dollars d'avocats pour aller là.
Malgré qu'on soit
allés en Cour suprême et que l'ordre ait établi un principe fondamental au
niveau de notre système professionnel, c'est-à-dire que le syndic pouvait
requérir des renseignements de tiers, ce qui n'était pas nécessairement si évident auparavant, quand notre
syndic, par la suite, a demandé les renseignements à d'autres compagnies
pharmaceutiques que Pharmascience, une autre
compagnie, la compagnie Apotex, a recontesté de nouveau le pouvoir de
notre syndic d'obtenir les renseignements, et c'est allé de nouveau jusqu'en Cour
d'appel.
Alors,
je pense que je ne peux pas illustrer de meilleure façon le besoin.
Malgré une
décision de la Cour suprême, on nous a ramenés jusqu'en Cour d'appel
pour avoir ces renseignements-là. Il nous semble que, dans une situation comme celle-là, le pouvoir de commissaire
enquêteur aurait été tout à fait le bienvenu, si on veut agir avec diligence
et investir les sommes correctement. Parce
que les sommes qu'on a investies dans ces poursuites-là, elles n'ont pas pu
être investies dans d'autres mécanismes de protection du public.
Mme Vallée :
Et vous avez également fait référence à une meilleure protection des lanceurs
d'alerte. Il y a, à l'intérieur du projet de
loi, des dispositions permettant évidemment d'analyser certains dossiers et d'accorder
une immunité à un lanceur d'alerte, mais
j'aimerais vous entendre : Quels seraient des moyens additionnels qui
pourraient ou devraient être mis en place et pourquoi?
Mme Lambert (Manon) : En fait, le projet de loi constitue une belle amorce, c'est-à-dire
qu'il y a une immunité pour la
personne, le pharmacien dans notre cas, le professionnel qui pourrait lui-même
s'incriminer auprès du syndic en matière
de justice disciplinaire, donc de lui accorder une immunité. Nous, ce qu'on a
vu dans le passé, et quand on vous disait
que les recommandations qu'on fait sont le fruit de choses qu'on a vécues,
d'une longue expérience de gestion, bien, nous, on a vu que, parfois, c'est des employés des pharmaciens, par
exemple, qui donnent l'alerte. Ces employés-là ne sont pas
nécessairement des membres, et on a vu des cas où certaines de ces personnes-là
ont subi des représailles par la suite, pouvant aller jusqu'à la perte
d'emploi.
Évidemment, on est
conscients que le Code des professions actuellement ne s'applique pas à ces
gens-là. C'est peut-être difficile sur le
plan technique et juridique de donner suite à cette recommandation-là, mais il nous semble opportun
d'en discuter. Est-ce qu'on peut inclure une protection dans le code pour des
gens qui ne seraient pas des
professionnels? Ça sera aux avocats de le décider, mais il nous semble
important de le faire, parce que, nous, de notre côté, c'est souvent des
employés non professionnels... parfois des employés non professionnels qui
lancent l'alerte.
lorsqu'il est question de pratiques commerciales, lorsqu'il y a une main
donnante et une main recevante, c'est extrêmement
difficile pour nos syndics de pouvoir avoir accès à l'information pour amorcer
ou continuer une enquête.
Vallée : Donc, je comprends que votre préoccupation serait
peut-être de trouver un moyen, qu'il s'agisse peut-être des normes du travail ou d'un... de trouver un moyen pour
protéger le lanceur d'alerte employé d'un membre d'un ordre
professionnel, qui dénoncerait des pratiques contraires à l'intérêt, à la
protection du public.
Mme Lambert
(Manon) : Absolument, quant à la protection de l'emploi, quant à la
protection contre le harcèlement, ce genre
de... Toute la question de la protection des renseignements personnels. Est-ce
que le lanceur d'alerte, dans ce
contexte-là, ne va pas devoir fournir des renseignements personnels? Donc, est-ce
qu'il pourrait être poursuivi
par son employeur pour l'avoir fait, alors
que ces renseignements-là sont utiles
dans la suite de l'enquête? C'est ce genre de protection là, je pense, qu'il faudrait donner. Parce que la réalité...
Jean Landry en a parlé, l'environnement commercial change, et on voit de
plus en plus des problèmes qui sont liés aux pratiques commerciales.
Vallée : Et d'ailleurs c'est aussi une des raisons pour
laquelle vous demandez, au même
titre que le Collège des médecins l'a demandé la semaine dernière,
d'avoir accès aux banques de données de la RAMQ, pour permettre à vos syndics aussi d'avoir des données supplémentaires
pour intervenir en amont. Je comprends que cette question-là va être
abordée ou est abordée dans le projet de loi n° 92, là, il y a des
amendements qui ont été déposés. Donc, on travaille ensemble, on travaille en collaboration. Mais je pense qu'il y a une
volonté d'y voir, là, dans les travaux qui ne sont pas de cette
commission-là mais, bref, qui sont de notre grande équipe.
Sur la question de
l'éthique et de la déontologie, vous avez abordé un élément intéressant en
disant : Bien, en dehors des critères qui sont déjà prévus à
l'article 45, nous, on vous propose d'ajouter le critique... pas une
critique, mais d'ajouter qu'on puisse
refuser la délivrance du permis à une personne qui ne présente pas les
sentiments moraux qu'on recherche chez un professionnel, basés sur les
moeurs et la conduite. Alors, comment on pourrait encadrer ça? Puis qu'est-ce que vous voulez dire? Parce que ça
semble très subjectif comme élément, et peut-être difficile de mettre en
application puis d'assurer qu'il n'y ait pas d'utilisation, disons, qui ne
serait pas celle souhaitée.
Mme Lambert (Manon) : En fait, ce n'est pas une innovation qu'on vous propose, c'est déjà un
mécanisme qui est prévu à la
Loi sur le Barreau et pour la Chambre des
notaires. Il y a déjà de la jurisprudence qui est venue établir deux choses. La première, c'est que c'est vrai que
c'est un pouvoir discrétionnaire et large, mais qui ne peut pas être
exercé sans tenir compte des principes de
justice naturelle, de l'équité procédurale, et les tribunaux sont venus
circonscrire ce pouvoir-là. Il y a
déjà de la jurisprudence, et un ordre qui l'utiliserait pour des fins autres
que celles qu'on propose dans notre mémoire pourrait être sujet à un
mécanisme de révision par les tribunaux.
Vallée : Donc, pour vous, pour les fins de la protection du
public, il serait opportun que ce critère-là ne se retrouve pas
simplement dans les lois propres à un ordre mais qu'il s'agisse d'un critère
général auquel l'ensemble des ordres sont assujettis?
Mme Lambert (Manon) : Bien, en fait, ça pourrait être un pouvoir, c'est-à-dire pas une
obligation, donc un ordre qui veut s'en prémunir. Mais, comme on le dit
dans notre mémoire, on est d'accord pour les cours d'éthique et de déontologie,
mais de tenter d'enseigner l'éthique à quelqu'un qui n'a pas la motivation
d'agir de façon éthique, ça ne fonctionnera
pas. Et c'est dans cette optique-là... C'est rare que ce pouvoir-là va être
utilisé, mais on a peut-être un ou deux
exemples en tête, de notre côté, où, effectivement, on a eu des signalements
alors que la personne était étudiante, mais, comme il n'y a pas eu vraiment d'infraction criminelle, on ne pouvait
pas utiliser... je pense que c'est 45 du code, on ne pouvait pas utiliser cette disposition-là et on ne
pouvait à peu près rien faire avec le signalement. Parce que, dans notre
cas, le processus d'admission est
extrêmement technique : la personne a son diplôme, elle paie sa
cotisation, elle fournit les informations, elle est inscrite, point
final.
Le Président (M.
Ouellette) : 30 secondes.
Vallée : Aïe! Sur la question du pôle de coordination, vous
suggérez que l'ordre soit consulté avant que le pôle identifie des
besoins de collecte. Pourquoi?
M. Bolduc (Bertrand) : Bien, nous, dans notre structure actuelle, on a
réussi à faire des grands avancements. On a déjà mis en place un
programme universitaire pour les diplômés hors Québec. Dans la structure
actuelle, avec une concertation qui s'est
faite de façon assez efficace, grâce à un financement de cette
initiative-là, il y a une trentaine de pharmaciens formés hors Québec qui sont diplômés de ce programme de l'Université de Montréal à tous les ans et qui rejoignent la profession tous les ans. Donc,
c'est faisable de le faire sans changer le mécanisme. On n'est pas contre
un pôle d'information, mais évidemment on doit jouer un bon rôle là-dessus.
Lambert (Manon) :
Précisément, votre question, c'est que, parfois, quand on demande des statistiques,
on n'a pas nécessairement conscience du travail qui est requis pour fournir ces
statistiques-là, des changements qui sont requis
au niveau des systèmes d'information, des coûts que ça occasionne. Donc, il faut
s'assurer que les données qu'on va
demander sont facilement collectables par les ordres sans induire un
travail... Parce qu'encore une fois
les ordres, ce n'est pas des
organisations très riches pour la plupart. Donc, ce qu'on met comme ressources
d'un côté, on ne le met pas de l'autre, dans nos autres mécanismes de
protection du public.
Le Président (M. Ouellette) : Merci,
Mme Lambert. Mme la députée de Chicoutimi.
Jean : Merci. Alors, bienvenue, M. Bolduc, Mme Lambert, M. Landry,
merci de partager avec nous votre expérience
et vos recommandations. Sans plus tarder, j'inviterais ma consoeur députée de
Taillon de poser ses questions à...
Mme Lamarre : Merci. Ça vous va, M.
le Président?
Le Président (M. Ouellette) : Bien
oui, bien, ça s'en va à Taillon, c'est sûr.
Lamarre : C'est bon? Merci. Alors, bienvenue à vous trois. Très
contente de voir que vous avez invité un administrateur nommé pour cette
présentation qui concerne la gouvernance dans le projet de loi n° 98.
C'est un enjeu majeur. M. Landry, vous êtes président du comité de gouvernance
et d'audit. Le comité antérieur, en fait, c'était un administrateur nommé qui était aussi président avant vous. Est-ce que
vous en feriez une recommandation? Est-ce que l'ordre en ferait une recommandation? Parce qu'on est dans un... Le
projet de loi n° 98 a comme objectif d'améliorer la confiance du public. Est-ce que d'avoir un
administrateur nommé comme président d'un comité de gouvernance, ce
n'est pas un signal intéressant?
M. Landry (Jean) : Bien, écoutez, je
suis en conflit d'intérêts pour répondre à votre question, mais...
Mme Lamarre : On reconnaît votre...
M. Landry (Jean) : ... mais,
objectivement, je crois...
Mme Lamarre : Mais le président peut
répondre.
M. Landry
(Jean) : Je croirais qu'objectivement ce qui devrait guider les ordres
pour nommer un président, c'est les
compétences de la personne, ses expériences passées, et tout. Ça peut être un
administrateur nommé. Ça pourrait, dans notre cas, être un pharmacien. Évidemment, l'avantage d'un
administrateur nommé, c'est que, lors des nominations par l'office, on peut préciser notre demande, un
objectif avec un profil qui va vers, dans mon cas, le comité d'audit ou le
comité de gouvernance. Mais je pense que ce
qui doit primer, c'est l'expérience, les connaissances, les compétences de la
personne.
Mme Lamarre : Merci. On n'a que
6 min 24 s en tout. Alors, pour le tiers, la ministre a posé de
très bonnes questions, mais ce que
j'entends... vous avez présenté, hier on a eu l'ordre des vétérinaires, le
Collège des médecins, l'Ordre des optométristes, je crois qu'il y a une
urgence à vraiment légiférer et donner le pouvoir aux ordres au niveau des tiers. Il y a 40 ans, ce n'était pas dans le
profil des ordres, c'était une autorité par rapport à un membre, mais là on se
rend compte qu'on a énormément d'autres
personnes, personnes morales ou physiques, qui interviennent. Alors, c'est
bien entendu de ce côté-là.
Vous avez
parlé du fonds d'assurance responsabilité professionnelle et vous souhaitez le
garder dissocié du budget, dans le fond, de l'ordre. Vous êtes les
premiers à nous en parler. Est-ce que vous pouvez nous donner un peu plus de
détails? Mais j'aurais encore une question après, je vous le dis, sur le
commissaire à l'admission.
M. Landry
(Jean) : Écoutez, notre point là-dessus, c'est que les fonds
d'assurance... Et puis, pour peut-être mettre les choses en perspective, depuis une quinzaine d'années, j'ai participé
sur des conseils d'administration de trois fonds d'assurance, et les fonds d'assurance sont un mécanisme extrêmement
rigoureux pour assurer, comme je le disais tout à l'heure, que les ordres professionnels ont
toujours... sont en mesure de cumuler des fonds pour protéger le public en
cas d'erreur professionnelle. Ces
mécanismes-là fonctionnent très bien. Ils sont encadrés par l'AMF, l'Autorité
des marchés financiers. Certains
disent : L'AMF va trop loin, trop pointilleux. Bien, peut-être. Mais moi,
j'ai été conscient de l'évolution de
la qualité de la gouvernance des fonds depuis une quinzaine d'années. Je peux
vous dire que, grâce à l'intervention de l'AMF, la rigueur qui est maintenant appliquée dans les fonds que je
connais, à tout le moins, elle est extrêmement... elle a changé complètement, et je devrais dire que
cette rigueur-là se compare presque à la rigueur qui est appliquée aux
grandes compagnies, que ce soit Intact, que
ce soit Desjardins, assurances générales. Et c'est là, des fois, que le bât
blesse, c'est que l'AMF n'a pas nécessairement la marge de manoeuvre
pour de temps en temps dire : Bien, j'applique une ligne directrice à tout
le monde, puis, quand il arrive dans un petit fonds... comme celui, par
exemple, des pharmaciens, il l'applique de la même façon, ce qui devient une
charge assez importante, je l'admets.
Mais, ceci
étant dit, ça a permis une amélioration importante de la gouvernance. Et il
faut se rappeler que c'est un domaine extrêmement technique et que ce
n'est pas... Je prends toujours l'exemple des pharmaciens, ce n'est pas évident
qu'on va trouver, parmi les pharmaciens, des actuaires, les comptables
spécialisés, des avocats spécialisés dans ce domaine-là. Alors, moi, je pense que c'est un
mécanisme qui a fait ses preuves, qui a connu quelques difficultés de
fonctionnement, mais qui ont été résolues par les ordres professionnels, chez
nous et ailleurs.
Donc, je me
dis : Plutôt que de changer un système qui a très bien fonctionné, qui a
fait ses preuves... 350 millions,
excusez l'expression, ce n'est pas des pinottes, bien, c'est là et c'est
disponible pour la protection du public.
Lamarre : Je vois aussi le
fait que, pour un professionnel, puis je prends l'exemple d'un pharmacien,
le fait... On insiste beaucoup
pour que les gens déclarent volontairement maintenant leurs erreurs. Si
l'organisme qui reçoit la déclaration
d'erreur est celui qui est susceptible de la sanctionner comme étant l'ordre,
on peut briser ce qu'on essaie de, finalement, favoriser dans la
déclaration des erreurs.
Je vais juste vous faire parler quelques minutes
sur le commissaire à l'admission et sur le modèle qui a été développé au niveau de la qualification en pharmacie,
parce que vous avez un modèle, je pense,
qui a été financé et qui a donné des résultats. Donc, je vous laisse le
temps qui reste pour le préciser.
Le Président (M. Merlini) : Il vous
reste 45 secondes.
M. Bolduc (Bertrand) : Voilà. Les intervenants,
que ce soient les universités, l'ordre, le ministère de l'Immigration... le ministère de l'Éducation et de l'Immigration, se mettent ensemble,
on a une problématique, on crée un programme universitaire de qualification qui dure un an, plus un stage de
quatre mois qui suit. On a, nous, prêté notre directrice à l'admission
pendant plus d'un an pour monter ce programme-là. Aujourd'hui, plus d'une
trentaine de pharmaciens diplômés hors Québec, à tous les ans, graduent de ce programme-là,
et ça fonctionne très, très bien. Évidemment,
c'est contingenté, comme l'entrée en pharmacie régulière, les programmes
de pharmacie le sont aussi, mais, parce que ce programme-là a été bien
coordonné, bien financé, ça fonctionne très, très bien.
Alors, on
peut avoir une vision d'intégrer les diplômés hors Québec,
mais une vision sans financement, c'est une hallucination. Alors, quand on est bien financés, que les gens veulent
bien travailler ensemble, ça fonctionne très, très bien, on n'a pas besoin de changer tout le cadre
autour de ça.
Mme Lamarre : Vous avez été financés
pour ce programme à quelle hauteur, de quelle façon?
Lambert (Manon) : Ma mémoire
fait défaut, mais c'était autour de 1,2 ou 1,6 million de dollars qu'on a reçus en subvention pour développer le programme. En fait, ce n'est pas
nous, c'est l'université qui a reçu la subvention pour développer le
programme.
Président (M. Merlini) : Merci beaucoup pour cette réponse. On va
maintenant à la députée de Montarville. À vous la parole.
Mme Roy :
Merci, M. le Président. Madame, messieurs, merci d'être là. Mémoire étoffé,
beaucoup de détails. Chose
intéressante, je vous amène tout de suite à la page 2, un sujet que nous
n'avons pas encore abordé. Vous nous parlez du commissaire aux plaintes et vous nous dites, c'est une de vos
dernières recommandations : «Finalement, l'ordre ne soutient pas l'élargissement des pouvoirs du
commissaire aux plaintes à l'ensemble du processus d'admission et émet
de sérieux doutes quant à l'efficacité de cette mesure.» Pourquoi est-ce que
vous émettez des doutes quant à l'efficacité de cette mesure?
Lambert (Manon) : On a
vérifié les données financières et le nombre de traitements de dossier. Alors,
juste pour vous faire un parallèle, si on
compare au syndic à l'Ordre des pharmaciens, au syndic à l'Ordre des
pharmaciens, quand je regarde le budget et
le nombre d'enquêtes traitées, on est à peu près à 5 000 $ par
enquête traitée, ce qui n'est pas rien, mais qui... Quand je fais les
chiffres de la dernière année du commissaire, avec un budget de
530 000 $ puis une quinzaine d'enquêtes, bien, ça nous mène à
35 000 $ à 40 000 $ par enquête. Dans un contexte où on
veut utiliser les ressources sainement, il nous semble que, si on veut étendre
à l'ensemble du processus d'admission, il faut avoir, premièrement, des données : Qu'est-ce qu'on veut corriger? On n'a
pas... Où sont les problèmes dans l'admission des étudiants... des professionnels québécois? Quel
est le problème du parcours? On nous a parlé de parcours particuliers,
mais encore.
Parce qu'au
niveau québécois on a déjà un autre mécanisme qui est prévu au Code des
professions pour discuter de ces
problèmes-là, et ça, ça s'appelle les comités de formation, donc, où le
ministère de l'Éducation, les facultés ou les cégeps et les ordres
professionnels s'assoient pour évaluer les programmes, pour évaluer la qualité,
pour discuter des problèmes. Bien que ce
mécanisme-là ne fonctionne pas correctement dans tous les ordres, je pense qu'on
devrait regarder ce mécanisme-là,
pour ce qui est des diplômés québécois, parce que c'est un mécanisme qui,
lorsqu'il est bien utilisé, c'est le
cas chez nous, lorsqu'il est bien utilisé, nous permet d'avoir des discussions
fort intéressantes avec nos vis-à-vis de l'Éducation.
Mme Roy :
Si je vous comprends bien, vous êtes en train de me dire que ça coûte cher
d'enquête, puis, les résultats, on pourrait peut-être arriver avec des
résultats intéressants sans nécessairement étendre les pouvoirs du commissaire?
Mme Lambert (Manon) : Bien, en fait, si on en savait davantage sur les problèmes du parcours
des Québécois et ce qu'on veut
régler, on serait davantage en mesure de dire : Est-ce que l'élargissement
des pouvoirs du commissaire, c'est vraiment la solution? Est-ce que c'est le moyen le
plus efficace, le plus efficient? Mais, pour le moment, honnêtement, on
n'a pas ces données-là.
Roy : Vous nous
parlez de plaintes... des enquêtes à l'égard du nombre de plaintes qui sont
portées à l'égard de votre ordre au commissaire aux plaintes. Vous
nous dites que c'est à peu près 5 000 $
par plainte, traiter un dossier?
Mme Lambert
(Manon) : C'est au syndic, ça.
Roy : Au syndic,
pardon. Si on revient au commissaire aux plaintes, dans quelles mesure la
pertinence de l'étendre... Enfin,
vous vous questionnez... Je reprends ma question à l'envers, là. Vous
vous questionnez sur l'efficacité et vous soumettez qu'il
y aurait peut-être une autre façon d'y arriver.
Mme Lambert (Manon) : Bien, effectivement, vous avez tout à fait raison, vous avez
bien compris notre propos. Mais, en
amont de ça, je dirais que notre recommandation serait encore plus pertinente si nous savions
quels problèmes on veut traiter. En pharmacie puis en médecine, on
commence d'abord par faire le diagnostic, et ensuite on applique le traitement, on donne le bon médicament pour la
bonne maladie. Actuellement, on ne sait pas trop quelle est la maladie
pour ce qui est du parcours des Québécois. Le diagnostic est un peu flou.
Roy : Donc, il y a
des réserves à cet égard-là. Je vous amène à la page 5 maintenant,
lorsqu'on parle de la composition du... pas de la
composition, mais des prérogatives du C.A., entre autres à l'effet de faire en
sorte que ce soit le C.A. qui a la responsabilité de fixer les montants de la cotisation annuelle des membres. Parce que,
Dieu sait, quand on fait
partie d'une
corporation professionnelle, la cotisation annuelle, c'est quelque chose qui nous intéresse. Je
pose la question. Je l'ai posée aux
organismes avant vous, aux ordres avant vous. Vous êtes également favorables à
ce que ce soit le C.A. qui détermine
le montant, mais vous nous arrivez avec une suggestion intéressante : une
forme d'obligation de transparence. J'aimerais que vous m'en parliez
pour le temps qu'il reste.
Le Président (M.
Merlini) : En une minute.
M. Bolduc
(Bertrand) : Présentement, c'est les membres qui décident puis qui
approuvent la suggestion d'augmentation de
cotisation. Donc, on est soumis au bon vouloir de nos membres de nous financer.
Si on transfère tout le pouvoir du
côté du conseil d'administration, ce qu'on dit, c'est : Bon, bien,
maintenant les membres vont être en otages vis-à-vis du conseil d'administration. Ce qu'on dit : Bien, plus
facile par le conseil d'administration de juger qu'est-ce que ça prend, mais il faut être raisonnable, il faut
être transparent et il faut avoir un mécanisme de compensation potentiel
par un audit de l'office si on exagère.
Alors, pour une bonne gestion des fonds que les membres nous confient et qu'on
dédie à la protection du public, il faut
quand même être sérieux et avoir un mécanisme de contrôle pour être sûr que les
sommes sont bien utilisées.
Le Président (M.
Merlini) : Mme Lambert, M. Bolduc et...
Mme Lambert
(Manon) : Ah...
Le Président (M.
Merlini) : Vous avez un complément? Allez-y. Je vais vous permettre le
complément.
Mme Lambert (Manon) : Bien, en d'autres termes, il ne faut pas passer d'un côté du balancier
à l'autre sans passer par le milieu puis avoir un certain équilibre.
Président (M. Merlini) : Alors, Mme Lambert, M. Bolduc et M. Landry,
représentant l'Ordre des pharmaciens du Québec, je vous remercie pour
votre contribution aux travaux de la commission.
La commission suspend
donc ses travaux jusqu'à 15 heures, où nous continuerons notre mandat, à
la salle La Fontaine. Merci et bon appétit.
(Suspension de la séance à
13 h 13)
Président (M. Merlini) : Alors, à l'ordre, s'il vous plaît! À l'ordre,
s'il vous plaît! Ayant constaté le quorum, je déclare la séance de la Commission des institutions ouverte. Je demande
à toutes les personnes dans la salle de bien vouloir éteindre la
sonnerie de leurs appareils électroniques.
La commission est
réunie afin de poursuivre les consultations particulières et auditions
publiques sur le projet de loi n° 98,
Loi modifiant diverses lois concernant principalement l'admission aux
professions et la gouvernance du système professionnel.
M. le secrétaire, y
a-t-il des remplacements cet après-midi?
Le Secrétaire : Non, c'est le
même remplacement que ce matin.
Président (M. Merlini) : Très bien. Alors, nous entendrons cet
après-midi les organismes suivants : l'ordre des technologues en imagerie médicale, en
radio-oncologie et en électrophysiologie du Québec, l'Ordre des
technologues professionnels du Québec, Les
Entreprises Daniele Henkel et le Commissaire aux plaintes en matière de
reconnaissance des compétences professionnelles de l'Office des professions du
Québec.
Alors, nous
avons maintenant devant nous l'Ordre des technologues en imagerie médicale.
Alors, je vous inviterais à vous identifier. Vous avez 10 minutes
pour votre présentation, et suivront les échanges avec Mme la ministre et les
porte-parole des deux groupes d'opposition. Alors, à vous la parole, et
bienvenue à la Commission des institutions.
Mme Boué (Danielle) : M. le
Président, Mme la ministre, chers membres de la commission, bonjour. Je suis Danielle Boué, présidente de l'Ordre des
technologues en imagerie médicale, en radio-oncologie et en
électrophysiologie médicale du Québec. Je suis accompagnée aujourd'hui de M.
Alain Cromp, directeur général et secrétaire de l'ordre.
D'entrée de
jeu, nous souhaitons vous remercier de nous accueillir aujourd'hui dans le
cadre de cette consultation.
Fondé il y a
75 ans maintenant, notre ordre encadre la pratique professionnelle de plus
de 6 000 technologues
issus de quatre professions distinctes. Afin de mieux nous connaître et savoir
qui nous sommes, je vous précise que les technologues
en imagerie médicale utilisent des techniques ayant pour but de produire des images
qui servent à établir un diagnostic
chez les patients. Ce sont eux, entre autres, qui réalisent les examens, les
images de médecine nucléaire, les images en échographie, en mammographie
et en résonance magnétique, pour ne nommer que ceux-ci. Ce sont les technologues en radio-oncologie qui traitent les
patients atteints du cancer en appliquant les traitements de
radiothérapie. Et finalement, si vous passez
un électrocardiogramme à l'effort, c'est-à-dire un célèbre tapis roulant, c'est
fort probablement un technologue en électrophysiologie médicale qui
s'occupera de vous cette journée-là.
Alors, avec
le respect... afin de respecter, pardon, le temps qui nous est imparti
aujourd'hui, nous irons directement droit au but sur les points qui nous
préoccupent.
Le projet de
loi n° 98 propose de transformer le commissaire aux plaintes en un
commissaire à l'admission en élargissant ses pouvoirs. Pourquoi? Nous
nous questionnons sur les résultats que nous attendons d'une telle mesure.
Prenons
l'exemple manifeste des candidats étrangers. Le réel problème, pour nous, c'est
l'accès aux stages. Les établissements
de santé, qu'ils soient publics ou privés, n'offrent pas suffisamment de places
de stage. Bien que notre ordre
admette les candidats étrangers sur la base de l'accord de reconnaissance
mutuelle de compétences en leur accordant un permis temporaire, ils
doivent malgré tout faire un stage pour obtenir un permis régulier. Quelques
chiffres pour mettre le tout en images.
Depuis 2012, dans le cadre de l'accord avec la France, nous avons reçu
59 demandes de permis de candidat.
100 % des demandes d'équivalence ont été acceptées par le comité, avec une
obligation de stage. De ce 100 %, encore
aujourd'hui, 37 % des candidats sont toujours en attente d'une place de
stage. Donc, vous comprenez bien, par ces chiffres, que la problématique
n'est pas située à l'ordre professionnel.
Je vous raconte un cas pratique, qui est le cas
de Frédéric. Donc, Frédéric est un candidat français à qui nous avons donné un permis temporaire. Il doit bien sûr
réaliser un stage, un stage en échographie afin de pratiquer dans le secteur. Frédéric a fait des démarches auprès de
22 établissements de la santé, qui lui ont tous refusé l'accès aux
stages. Il a écrit au président de l'Office
des professions, au ministre de la Santé et des Services sociaux, rien à faire,
aucune place de stage pour Frédéric.
Les établissements publics n'ont pas de budget, pas de personnel. Quant aux
cliniques privées, elles ne prennent tout simplement pas de stagiaire.
Dites-moi comment, maintenant, le nouveau commissaire à l'admission pourrait
faire en sorte que Frédéric ait accès au marché du travail?
Peut-être
pensez-vous que le pôle de coordination aura plus d'efficacité. Nous en
doutons, car, déjà en 2011, nous écrivions à l'Office des professions
pour sonner l'alarme sur l'absence de milieux de stage. Le président de
l'office partageait alors la préoccupation qui est la nôtre et nous précisait
que, justement, le pôle de coordination avait pour mandat de se pencher sur ce problème. Cinq ans plus tard, force est de
constater que, malgré tout ça, malgré le fait qu'il s'agissait d'une
priorité dans le plan d'action du pôle, il n'y a toujours rien de fait. Nous
n'avons toujours pas de place de stage.
Alors, pour
nous, qu'on l'appelle le commissaire aux plaintes, le commissaire à
l'admission, le pôle de coordination ou toute autre table de
concertation qu'on pourrait imaginer, ça va prendre une volonté politique
d'exiger des établissements qu'ils ouvrent
des places de stage. Si vous souhaitez vraiment être efficaces dans ce dossier,
il faut asseoir des décideurs autour de la table et qu'ils puissent
décider de mesures concrètes, plutôt que de créer un pôle ou un commissaire qui
vont justement nous refaire des recommandations que nous connaissons très bien.
C'est pour toutes ces raisons que notre ordre
recommande que soit retirée du projet de loi la désignation du commissaire à
l'admission de même que ses nouveaux pouvoirs. Quant au pôle de coordination,
nous appuyons la recommandation du Conseil interprofessionnel du Québec voulant
que le comité interministériel prenne les mesures nécessaires pour bonifier
l'offre de places de stage.
M. le Président, nous souhaitons aussi sensibiliser les parlementaires aujourd'hui à un autre enjeu majeur auquel font
face plusieurs ordres professionnels : la lourdeur du processus
réglementaire. Sachez que modifier ou adopter
une loi constituante ou un règlement est un
parcours laborieux pour les ordres. Les délais, les étapes, la lourdeur des
processus paralysent nos organisations.
Pire, lorsqu'il est simplement question de demander une mise à jour de la
formation initiale de nos membres,
les ordres doivent composer avec différents ministères dont les officiers sont
souvent très mal coordonnés. À preuve, notre ordre demande depuis 2010 déjà la
création d'une formation distincte en échographie et une formation
plus approfondie dans le secteur de la mammographie, entre autres. Notre
dossier de correspondance, de résumés de réunions se compte par centaines de
pages. Comités au ministère de l'Enseignement supérieur, comités au ministère
de la Santé et des Services sociaux, comités interministériels, tables de
concertation, ça ne finit plus, les représentations.
Pourtant, il s'agit d'un dossier où
on veut mieux former nos technologues, qui réalisent des examens ou qui
appliquent des traitements contre des maladies graves comme le cancer.
faut que l'office soutienne les ordres dans leurs démarches, leur ouvre des
portes et qu'ils s'impliquent auprès
des différents intervenants, pour nous permettre de remplir mieux notre mission
de protection du public.
C'est
pour cette raison, M. le Président, que nous demandons que le comité
interministériel supervise la révision systématique,
tous les cinq ans, des programmes de formation collégiale afin d'assurer
l'adéquation entre les programmes de formation et les besoins des
différentes professions.
En terminant, nous
aborderons trois points relatifs à la gouvernance. En ce qui a trait au code
d'éthique des administrateurs, nous sommes parfaitement en accord. De fait,
notre ordre a déjà ce type de code depuis 2005. Nous souhaitons cependant vous proposer la simplicité, encore une fois. Tel
que rédigé, le projet propose que l'office adopte un règlement qui viendrait dicter le contenu du code
pour qu'ensuite chaque ordre adopte à son tour un nouveau règlement pour son propre code. A-t-on besoin d'un
règlement? De grâce, simplifions les choses. Nous proposons un seul
règlement, celui de l'office, et la possibilité que le code soit adopté par
simple résolution du conseil.
Deuxième
point, nous comprenons la volonté de réduire la taille des conseils
d'administration des ordres. Puisque notre
ordre regroupe quatre professions différentes, nous serons placés devant un
défi, d'assurer un juste équilibre entre la diversité régionale et les profils de compétence requis pour exercer
notre mandat. Plus tôt, je vous parlais de la lourdeur administrative
lorsque vient le temps d'adopter des règlements. Alors, nous souhaitons que
l'office fasse preuve de flexibilité et d'ouverture lorsque viendra le temps de
modifier nos règlements.
Dernier
point, sur le rôle du président au sein des ordres. Le président est un élu et,
en ce sens, il est imputable des activités
de l'ordre. Cela signifie qu'il a la capacité d'agir en dehors des séances du
conseil d'administration. Dans les faits, cette responsabilité est en parfaite continuité avec son rôle au sein du
conseil. Cela fait de lui un leader imputable, bien sûr, mais aussi un porte-parole pertinent, crédible
pour toute l'organisation. Notre ordre recommande donc de conserver la
responsabilité de surveillance générale au président.
conclusion, nous souhaitons souligner que nous appuyons sans réserve toutes les
propositions visant à accroître l'éthique et à accorder l'immunité
disciplinaire aux lanceurs d'alerte. Il en va, évidemment, de la confiance du
public à l'égard du système professionnel québécois.
vous remerciant de votre attention, nous sommes maintenant disposés à répondre
à l'ensemble des questions. Merci.
Le Président (M.
Merlini) : Merci beaucoup, Mme Boué, pour votre exposé. Alors,
nous allons maintenant débuter la période des échanges avec Mme la ministre et
députée de Gatineau. À vous la parole.
Vallée : Merci, M. le Président. Alors, Mme Boué,
bienvenue. Bien, en fait, je vous dis «bienvenue», mais vous êtes ici à
tous les jours depuis le début de nos travaux. Alors, vous êtes dans la salle,
bien discrète. Alors, j'ai l'impression que
vous savez déjà, d'ores et déjà, les questions que je risque de vous poser et
les angles, parce que vous avez su nous observer et observer les
échanges.
D'abord, merci.
Évidemment, pour moi, c'est important, là, quand même, de réitérer, même si
vous m'avez entendue le dire abondamment, la
volonté... notre volonté, ce n'est pas de créer des structures additionnelles.
Parce que vous laissez sous-entendre
dans votre présentation que l'objectif... que l'une des conséquences du projet
de loi, c'est de créer des structures
additionnelles et puis des structures lourdes qui ne viendront pas répondre à
un besoin concret. Et notre volonté, avec le projet de loi, justement,
ce n'est pas de créer des structures, c'est d'utiliser les outils que nous
avons actuellement, les rôles qui sont
déjà... Le commissaire existe déjà. Donc, on a un commissaire qui a des
fonctions, qui a des pouvoirs, qui est déjà en place et qui connaît déjà
pas mal le système professionnel pour avoir eu, au cours des six dernières années, à y oeuvrer et à émettre des
recommandations. C'est de l'utiliser et de lui donner ce pouvoir un peu plus large, d'avoir un regard élargi, parce que
(interruption) — excusez-moi — il y a différents enjeux, je pense, qui
sont pour nous importants, notamment
d'assurer l'équité dans le traitement des demandes, que ce soit demande d'un
citoye