Institutions — 15 January 2014 (40th Legislature, 1st Session)
CI 2014-01-15
Quebec — Committees
Mme la secrétaire, est-ce qu'il y a des remplacements?
Secrétaire : Oui, M. le Président. M. Ouimet (Fabre) est remplacé par Mme Weil (Notre-Dame-de-Grâce) et M. Duchesneau (Saint-Jérôme), par Mme Roy (Montarville).
Président (M. Ferland) : Merci, Mme la secrétaire. Et, avant d'entendre notre premier témoin ce
matin, nous avons déjà un retard, alors ça me prend le consentement pour
dépasser l'heure prévue, c'est-à-dire 12 h 30.
M. Tanguay : …que l'on répartisse le temps pour terminer à
12 h 30, parce que tous, nous avons évidemment des horaires serrés. Puis on va essayer, ceci dit, moi
le premier, d'être plus disciplinés pour arriver à l'heure.
Président (M. Ferland) : Bien, j'allais le mentionner. Moi, je n'ai aucun problème, je vais suivre les membres de
la commission, vous savez comment je préside. Alors donc, je
n'ai pas consentement. Mais vous faites bien — je
vais vous faire la remarque également — d'essayer
d'arriver à l'heure le plus possible parce
que, quand on… parce qu'il y a des gens qui se déplacent, on est en audition, hein, il y a
des gens qui se déplacent pour venir. À ce moment-là, on est obligés de couper
dans le temps.
Alors, sur
ce, ce matin nous entendons notre premier témoin, M. Martin Laperrière, et
nous entendrons également, cet avant-midi, M. Fernand Morin et
Mme Michelle Blanc. Alors, M. Laperrière, la parole est à vous, en
vous mentionnant que vous avez un gros 10 minutes, et après il y
aura la période d'échange.
Laperrière (Martin) : Merci,
M. le Président. J'aimerais d'abord souhaiter une bonne année 2014 à tous les
élus de l'Assemblée nationale, de quelque
côté qu'ils soient, ainsi que les fonctionnaires qui les accompagnent de chaque
côté, qui font un travail remarquable aussi.
Même si certains ont peut-être des mots un petit peu durs des fois envers les
fonctionnaires, je crois que les
fonctionnaires de l'Assemblée nationale font un bon travail, puis ça méritait
d'être souligné.
M. le
Président, ça me fait… je voudrais remercier la commission de m'avoir accepté,
parce que certains ont envoyé des mémoires et n'ont pas été retenus par
les députés. Donc, je vous remercie beaucoup.
Dans un
premier temps, il me semble que le projet de loi ne respecte pas l'arrêt Oakes
de la Cour suprême du Canada portant
sur le droit à la religion ainsi que l'arrêt Amselem aussi et à peu près une
vingtaine aussi, là. Contrairement à ce
que certains prétendent, la liberté
de religion est un droit constitutionnel garanti par les deux chartes des
droits et libertés de la personne, la canadienne et la québécoise. De plus,
dans celle du Canada, le législateur a même prévu ceci : «Attendu que le Canada est fondé sur des principes qui
reconnaissent la suprématie de Dieu et la primauté du droit…» C'est fort.
Même le législateur reconnaît que le Canada et le Québec sont bâtis sur la
suprématie de Dieu.
Certains ou
plutôt certaines ont voulu opposer le principe politique d'égalité
hommes-femmes, principe qui n'est pas
un droit constitutionnel reconnu par les deux chartes, sauf peut-être dans le
préambule de la charte québécoise. C'est sous-entendu, mais ce n'est pas écrit clairement, noir sur blanc. À
celles-ci, je les invite à venir faire un débat avec moi n'importe quand. C'est facile un peu d'insulter les
autres et de dire n'importe quoi à la télévision lorsqu'on n'a pas d'opposition en face de soi. Je pense ici à
Mme Benhabib — là, je
veux bien prononcer son nom — qui avait, cet automne, quasiment un
temps d'antenne gratuit à RDI.
Autre point
que j'aimerais rajouter, M. le Président, à mon mémoire, c'est le
suivant : certains ont avancé que la
province est déjà laïque et areligieuse. Je suis d'accord avec ce point, mais
en contrepartie le gouvernement devrait laisser aux citoyens le droit de
pratiquer ou non leur religion comme ils l'entendent. C'est un peu la position
de la Commission des droits de la personne du Québec, de Me Frémont que
j'ai entendu cet automne.
fait que mon boucher soit juif et porte sa calotte juive ne me porte à moi
aucun préjudice. Le fait qu'un policier de la SQ qui me donne une contravention
porte sa croix de Saint-Louis dans le cou ne m'enlève aucun droit
constitutionnel. En fait, je serais plutôt porté à contester devant les
tribunaux la contravention plutôt que le fait que mon sergent de police préféré porte sa croix de Saint-Louis dans le cou.
Je pense sincèrement que le gouvernement devrait agir avec sagesse et
prudence dans le dossier, ce qui n'est pas le cas jusqu'à maintenant.
Finalement,
quatre autres éléments ont retenu mon attention. Il fut mentionné par
certains — et ce
fut le cas de Mme Marois — que la France, une des rares démocraties sur
la planète, a éliminé sur son territoire le droit à la religion. Eux, ils ont fait une charte de la laïcité. Mais
la raison est fort simple pourquoi ça a réussi en France, c'est qu'eux, ils
n'ont pas de charte des droits et des libertés. C'est d'ailleurs une
aberration.
Mais
ce que ne dit pas le gouvernement et qui est en réalité le vrai débat, c'est
l'immigration. Certains qui appuient la charte sur la laïcité sont
contre l'immigration, et l'inverse est aussi vrai.
D'ailleurs,
le gouvernement, s'il serait réellement sérieux quant à son projet, il
arrêterait de subventionner via la fiscalité les différents organismes
religieux.
Aussi,
le gouvernement pourrait régler la question, le débat via la tenue d'un
référendum. C'est une des solutions qu'il
peut utiliser à sa guise. Il y a aussi le renvoi — hier, je
vous écoutais — il y a
aussi le renvoi constitutionnel à sa cour suprême à lui, c'est-à-dire la
Cour d'appel du Québec.
Merci
beaucoup aux élus d'avoir lu mon mémoire et d'avoir pris le temps de le lire.
Je vais être prêt à répondre aux questions, M. le Président.
Président (M. Ferland) : Merci. Merci, M. Laperrière.
Maintenant, nous allons procéder aux échanges, alors je cède la parole à
M. le ministre. À vous la parole.
M. Drainville :
Oui. Merci, M. le Président. Bien, d'abord, merci pour votre présentation.
Peut-être juste quelques commentaires,
là. Notamment, dans votre mémoire, vous dites : «Ceux qui supportent le
projet de loi n° 60 sont contre l'immigration et ceux qui sont pour…» C'est-à-dire : «Ceux qui
supportent le projet de loi n° 60 sont contre l'immigration et ceux qui sont contre le projet [du]
gouvernement sont pour l'immigration.» Ce n'est pas vrai, là. Vous disiez qu'il
ne fallait pas laisser les personnes
dire n'importe quoi, alors, si vous me permettez, je vais vous réitérer qu'au
Parti québécois nous avons toujours
été en faveur, évidemment, de l'apport extrêmement positif des nouveaux
arrivants. On a toujours pensé que la diversité, c'était une valeur très
importante au Québec. Puis je vous rappelle que la société québécoise a accueilli pendant toute son histoire des vagues de
nouveaux Québécois, de nouveaux arrivants. Ça a commencé avec la
Conquête, quand nombre de personnes d'origine écossaise, anglaise se sont installées
sur notre territoire. Par la suite, il y a
eu, bien sûr, la Grande Famine irlandaise qui nous a amené beaucoup, beaucoup
de familles irlandaises, plusieurs d'entre
elles se sont installées sur le territoire québécois. Puis, il y a eu des… la
communauté juive s'est installée au Québec très, très, très rapidement.
Je vous rappelle que le premier Parlement de l'Empire britannique à reconnaître
les droits politiques de la communauté
juive, ça a été le Parlement du Bas-Canada, lorsqu'on a permis à M. Ezekiel
Hart de siéger au Parlement du
Bas-Canada, c'était une première dans les Parlements de l'Empire britannique.
Je vous rappelle également les vagues d'immigration qui ont eu lieu par
la suite, notamment dans l'après-Deuxième Guerre, avec nombre de nos compatriotes italophones qui se sont installés
chez nous, des Grecs. Lors de la chute de Saigon, beaucoup, beaucoup de Québécois d'origine vietnamienne se sont installés
chez nous… enfin, nombre de Vietnamiens sont devenus des Québécois d'origine vietnamienne en s'installant chez nous.
On peut parler des Haïtiens, on peut parler des Latinos. Plus récemment,
il y a eu beaucoup de nouveaux arrivants qui
sont venus de l'Afrique du Nord. Et la politique du gouvernement du Parti québécois, qui a d'ailleurs été réitérée
récemment par ma collègue Mme De Courcy, à
titre de ministre de
l'Immigration, c'est de continuer à
encourager l'immigration au Québec. Donc, je me garderais, si vous me
permettez, de faire de tels raccourcis comme celui que vous avez fait
dans votre mémoire.
ailleurs, je ne vais pas m'étendre sur vos affirmations, là, concernant la
France, là. Je vous rappelle que c'est la
France qui a adopté la Déclaration des droits de l'homme. Ça a été une
déclaration qui a marqué l'histoire de l'humanité, en fait. Ça reste encore aujourd'hui, cette
déclaration-là, un phare. Et la France est tenue de respecter un certain nombre
de textes fondamentaux qu'elle s'est elle-même donnés ou encore que son
adhésion à l'Europe lui a donnés.
Maintenant,
vous parlez de restriction à la liberté de religion. Je comprends que vous
considérez donc que cette restriction
en matière de port de signe religieux constitue une négation de la liberté de
religion. Ce n'est pas notre point de vue, hein? La liberté de religion,
avec la charte, elle est plus que jamais protégée, et moi, je vous dirais que
le fait d'affirmer que l'État est neutre sur le plan religieux, ça protège
encore mieux la liberté de religion qu'elle ne l'est présentement, parce qu'en affirmant le fait que l'État est neutre sur le
plan religieux on garantit, à ce moment-là, à chacune des religions un respect équitable, on garantit le
même respect à toutes les religions parce qu'on dit justement : L'État
est neutre parce qu'il doit respecter toutes
les croyances. Alors, peu importe la croyance que vous décidez d'avoir, peu
importe la religion à laquelle vous décidez
d'adhérer, l'État doit vous respecter dans votre choix individuel, dans
l'exercice de votre liberté de
religion ou de votre liberté de conscience, et c'est pour ça, notamment pour ça
qu'il faut faire la laïcité de
l'État, qu'il faut adopter la neutralité religieuse, y compris en matière
d'apparence, y compris dans l'image que vous renvoyez à vos citoyens. C'est justement par respect pour les autres que
tu te dois, lorsque tu es dans le service public, de garder pour toi tes convictions religieuses et
donc de ne pas les manifester d'une façon ostentatoire par le port d'un signe
religieux.
Est-ce que vous êtes
d'accord, vous, avec la neutralité politique de la fonction publique?
M. Laperrière (Martin) : Est-ce
qu'on peut répondre? J'ai plusieurs choses, M. le Président, à répondre à M. le
ministre.
Le Président (M.
Ferland) : Vous pouvez répondre, vous pouvez répondre. C'est un
échange.
Laperrière (Martin) :
Premièrement, c'est que vous avez… concernant la France, c'est qu'eux n'ont pas
un «bill of rights», c'est-à-dire une
vraie charte des droits et des libertés, parce qu'eux, ils ont pu réussir
votre… ce que vous voulez faire,
vous, c'est-à-dire une charte de la laïcité, parce que l'État, un, ils n'ont
pas de charte des droits et des libertés puis, deux, ils n'ont pas de cour suprême, contrairement aux
Britanniques, ou aux Américains, ou à nous, parce qu'on a vraiment,
nous, deux chartes des droits et des libertés.
Deuxièmement,
vous, vous… C'est parce que c'est déjà le cas. C'est que l'État québécois… Bon,
bien si M. le ministre veut… J'aimerais ça qu'il me regarde.
Le Président (M. Ferland) :
Monsieur, là, écoutez…
Laperrière (Martin) : Merci
beaucoup, M. le ministre. C'est que l'État québécois est déjà neutre. Comme
dirait Me Frémont, c'est déjà neutre.
En contrepartie, c'est que l'État québécois respecte la liberté de religion de
tout un chacun, là. C'est déjà le
cas, l'État est neutre au niveau religieux, là, l'État québécois est neutre. Il
n'a pas de religion.
M. Drainville : Oui, mais
vous savez que ce n'est…
M. Laperrière (Martin) : C'est que,
là, vous faites quelque chose qui est déjà fait, là.
M. Drainville : C'est écrit
où, ça, que l'État québécois est neutre?
M. Laperrière (Martin) : Bien,
c'est… Il y a eu des avis juridiques puis… Il y a eu des avis juridiques de la
Commission des droits de la personne. Me Frémont a été très clair
là-dessus, c'est déjà le cas, il y a déjà la neutralité religieuse de l'État québécois. En contrepartie, l'État laisse au
citoyen ce qu'il veut faire de sa religion, même ceux qui n'ont pas de
religion, là.
Aussi, ce que
j'ai regardé hier, et d'ailleurs plusieurs journalistes sont revenus cet
automne là-dessus, c'est que votre
projet de loi, il est inconstitutionnel, M. le ministre, en tout respect. C'est
que vos propres avocats du ministère de la Justice vous ont donné un avis juridique, et cet avis juridique là est
défavorable au gouvernement, c'est-à-dire que le projet, votre projet de
loi, est inconstitutionnel. Je n'ai pourtant pas rêvé ça, là. Il y a même… Même
le constitutionnaliste Me Brun, Henri Brun,
qui est pourtant quelqu'un qui est favorable au Parti québécois, dit : Bien,
ça va être très difficile, là, de
passer ça devant la Cour suprême du Canada. À moins que ça serait plus facile
avec la proposition de la CAQ? Là, à ce
moment-là, ça sera plus difficile à des gens de challenger ça devant les
tribunaux, mais, dans la forme actuelle que vous proposez, vous, ça ne
passera pas devant les tribunaux.
M. Drainville : Est-ce que
vous avez eu des discussions…
M. Laperrière (Martin) : C'est… Là,
je mettais le cas aussi du policier…
Le Président (M. Ferland) :
Excusez. On va régler ça tout de suite, là, O.K.?
M. Laperrière (Martin) :
Excusez-moi, M. le Président.
Président (M. Ferland) : Vous allez vous adresser à la
présidence. Et, quand vous posez une question, peu importe que ça soit le ministre ou un autre
parlementaire, vous leur permettez de vous répondre, s'il vous plaît. Sans ça,
on est très mal partis. Alors, la réponse du ministre, s'il vous plaît.
Drainville : Bien,
d'abord, M. Laperrière, sur la question de la constitutionnalité, nous, on
est confiants que le projet que nous
proposons a de solides fondements juridiques. Je vous rappelle qu'une ancienne
juge de la Cour suprême, Mme Claire
L'Heureux-Dubé, qui, je pense, a une certaine expertise en la matière, appuie
le projet de la charte; l'ancienne juge en chef de la Cour du Québec
Mme Huguette St-Louis également.
Je ne
sais pas si vous avez vu passer la déclaration de Roger Tassé, qui est un des
pères, en tout cas, très certainement de
la Charte canadienne des droits dont vous vous réclamez, qui était
sous-ministre de la Justice au moment du rapatriement de la Constitution, de triste mémoire. M. Tassé a fait une sortie entre Noël et le
jour de l'An pour dire qu'il était loin, loin, loin d'être évident que ce projet de la charte était inconstitutionnel.
Il a parlé... Ses mots exacts, c'étaient «une atteinte modeste», je
pense, c'étaient... En d'autres mots, lui considérait que cette charte... Oui. Alors, il a parlé de
«minime» : «On parle d'une prohibition qui [est] en fin de compte
[...] assez minime. Elle ne défend pas la pratique de la religion musulmane ou de toutes les autres religions, la
religion catholique. Elle dit simplement : Lorsque vous occupez un poste dans une fonction gouvernementale qui sont
décrites, bien vous ne pouvez pas vous présenter avec le voile ou des signes
ostentatoires.» C'est Roger Tassé,
ex-sous-ministre de la Justice au gouvernement
fédéral qui tenait la plume au moment
de la rédaction de la charte canadienne, qui le dit.
Alors, en tout
respect pour votre point de vue et vos connaissances, je ne
pense pas que vous puissiez déclarer
d'une façon aussi péremptoire, aussi
catégorique que la messe est dite, et que la cause est entendue, et que le
projet de charte est
inconstitutionnel d'emblée. Je pense qu'il y
a un débat là-dessus.
Et, nous, notre position, c'est que notre projet va passer la rampe et qu'il a de solides
fondations sur le plan juridique et constitutionnel, alors permettez-moi
d'avoir un désaccord avec vous là-dessus.
M. Laperrière
(Martin) : C'est correct. M. le Président, j'aimerais répliquer. Je vais lire ceci, M. le Président. C'est Henri Brun, c'est un
éminent juriste qui est quelqu'un qui est très proche du Parti québécois et qui dit ceci : «"Les chances que ça passe le test seraient plus grandes" si on limitait
la restriction aux figures d'autorité — juge,
procureur de l'État, gardien de
prison, etc.» Je pense que M. Brun est un constitutionnaliste assez
réputé, puis c'est quelqu'un qui est proche du Parti québécois.
Moi aussi,
quand je donnais l'exemple du policier, c'est qu'il y a un arrêt que j'ai lu
quand je suis allé sur le site de la Cour suprême du Canada, il y a un
arrêt. Il y a un policier de la GRC qui a contesté une décision de relations de
travail, M. le Président, avec son
employeur, la GRC, et lui, c'était un hindou. Et, lui, l'employeur
disait : Non, non, non, tu ne
peux pas mettre ton petit chapeau hindou, là, sur ta tête quand tu travailles
comme policier. Il lui dit : Moi, c'est mon droit à la religion et
ça fait
partie de ma religion. Il l'a contesté devant les tribunaux et il a eu
gain de cause à la Cour suprême du Canada.
Donc, un policier de la Sûreté du
Québec, probablement, pourrait aussi challenger la loi n° 60, là.
Le Président (M. Ferland) :
Allez-y, M. le ministre.
M. Drainville :
M. Laperrière, ce n'est pas pour vous...
Laperrière (Martin) : Oui.
Je ne voulais pas faire de débat avec M.
le ministre aujourd'hui, là, mais bon...
Le Président (M. Ferland) :
Non, écoutez...
M. Drainville : Il n'était
pas question d'un...
M. Laperrière (Martin) : En tout
respect.
Drainville : Non, mais c'est parce que ce n'est pas la Cour
suprême, c'est la Cour fédérale, c'est la Cour fédérale qui a pris la décision ultime sur la question
du turban. C'est Grant c. Canada, Cour fédérale d'appel, 1995.
Le Président (M. Ferland) :
Alors, M. Laperrière.
Laperrière (Martin) : Ah,
bien c'est parce que moi, j'en avais un autre, là. Mais c'est vrai que
je suis d'accord avec vous qu'on peut restreindre, parce que tous
droits, tous droits dans la Charte des droits et libertés peuvent être
restreints si on peut prouver que
c'est... Dans une société démocratique, c'est normal qu'on peut restreindre ce
droit-là, mais le fardeau de la preuve revient à celui qui veut
restreindre ce droit-là.
Drainville : Est-ce
que je peux vous demander… Est-ce que vous jugez, vous, que... De mettre des
balises en matière d'accommodement
religieux, est-ce que vous êtes d'accord avec ça, vous, par exemple, pour
éviter des cas comme celui de
l'Université York, où très clairement la direction de l'institution a décidé
que la liberté religieuse ou la conviction
religieuse d'un élève avait préséance sur l'égalité entre les hommes et les
femmes parce qu'il refusait d'être dans
la même classe que des femmes? Est-ce que vous pensez que, pour éviter des cas
comme ceux-là, il faudrait avoir des balises en matière d'accommodement,
comme le prévoit la charte?
Laperrière (Martin) : Bien,
si je peux répondre, M. le Président, moi, je vous conseillerais plutôt, en
matière d'accommodement, d'aller
faire un renvoi juridique devant la Cour d'appel du Québec, la cour suprême de
la province, pour voir qu'est-ce qui
serait réellement un droit religieux, qu'est-ce qui serait un caprice
religieux, pour voir… C'est toujours
du cas par cas, là, devant les tribunaux aussi, mais vous auriez un avis
juridique de juristes de votre cour suprême à vous, M. le ministre, là. Eux pourraient vous dire : Ceci, c'est
vraiment un accommodement raisonnable; ceci n'est pas un accommodement
raisonnable, c'est plutôt un caprice religieux. Ça serait du cas par cas, là.
Le Président (M. Ferland) :
M. le ministre.
Drainville : …vous ne pensez pas que ça appartient aux élus de
l'Assemblée nationale de prendre une décision comme celle-là et de décider démocratiquement de
se donner cette charte-là? Et les juges, évidemment, comme il se doit,
feront leur travail par la suite, s'il y a
lieu. S'il y a effectivement, comme certains l'annoncent déjà,
une contestation de la charte, à ce moment-là les juges pourront se
prononcer. Mais vous ne pensez pas que c'est d'abord et avant tout aux représentants de la population de décider du sort d'un document
aussi fondamental que celui que nous proposons dans le projet de
loi n° 60?
Laperrière (Martin) : Je
peux répondre, M. le Président? Merci. Oui, d'abord aux élus de se
prononcer, et par la suite aux
différents juges, aux différents tribunaux de se prononcer. Ça va
être… Moi, comme j'ai toujours dit, vous allez probablement avoir un deal avec la CAQ à la fin de la commission. Ce projet de loi là va passer parce que les gens de la CAQ vous appuieront avec des amendements,
probablement que vous ferez aussi des amendements.
Vous vous gardez une
petite gêne, là, vous dites : Pas question de concéder quoi que ce soit, mais, à la fin du
processus, probablement que vous
allez vous entendre avec la CAQ. Entre personnes responsables… Moi, c'est ce
que je ferais. Si j'étais à votre place, là, comme ministre, c'est ce que je ferais. Je m'assoirais avec les
gens de la Coalition avenir Québec, je
trouverais un compromis. Et ce
compromis-là sera probablement amendé par la Cour suprême du Canada par la suite, peut-être dans deux, trois
ans, là.
M. Drainville :
La question du visage à découvert, êtes-vous d'accord avec ça, vous, le fait
que quelqu'un qui donne un service à
ses concitoyens, donc qui travaille comme agent de l'État, là, au sens très
large, tel qu'on l'a défini dans le
projet de loi… que cette personne-là donc qui est dans le service public donne
son service à visage découvert et que la personne, le citoyen qui
s'adresse à l'État, qui demande un service, doive le faire également à visage
découvert? Est-ce que vous êtes d'accord avec ça?
M. Laperrière (Martin) : Moi… Merci, M. le Président. Moi, je vous
répondrais qu'un fonctionnaire qui porte sa calotte juive ou une madame qui porte son foulard, je ne sais pas
comment on appelle ça, islamique ou quoi que ce soit…
M. Drainville :
Le hidjab.
M. Laperrière (Martin) : …ça ne m'enlève pas de droit à moi, là. Donc, ces
gens-là peuvent pratiquer leur religion comme ils l'entendent, ça ne
m'enlève aucun droit à moi, là.
M. Drainville :
…d'accord avec le port du niqab?
M. Laperrière
(Martin) : Ce n'est pas ce que je vous ai dit, M. le ministre.
M. Drainville :
Mais ma question, c'était : Est-ce que vous êtes d'accord avec le fait que
la personne…
M. Laperrière (Martin) : Mais normalement les gens… Là, ce que vous faites
référence, là, c'est à la folie de Richard Martineau, ce petit
journaliste raciste qui s'est… qui a mis son…
M. Drainville :
Non, non, non!
Le Président (M.
Ferland) : Excusez, non. Là, je vais vous arrêter.
M. Laperrière
(Martin) : Excusez-moi.
Président (M. Ferland) : On est ici en auditions publiques, on
est là pour vous écouter, vous venez vous faire entendre pour faire valoir votre opinion sur le projet de loi qui est
déposé ici, mais, en ce qui a trait à des commentaires sur des individus, des journalistes, des politiciens,
bien on peut… on repassera. Alors, je vous demanderais de demeurer dans
le respect, s'il vous plaît. Allez-y.
M. Laperrière (Martin) : Oui. Je m'excuse, M. le Président, je n'ai jamais
dit que M. le ministre était raciste. C'est un journaliste qui voulait
se donner de l'importance et provoquer les gens, tout simplement.
M. Drainville :
M. le Président, je m'excuse, là…
Le Président (M.
Ferland) : Allez-y, M. le ministre.
M. Drainville :
M. Laperrière, vous ne pouvez pas traiter qui que ce soit ici, dans cette
enceinte, de raciste. Je n'accepterai
pas ça, que ce soit pour un journaliste ou quelqu'un d'autre. Alors, je vous
demanderais de retirer le mot que vous avez utilisé, s'il vous plaît.
M. Laperrière
(Martin) : Je vais le retirer, M. le Président.
Le Président (M.
Ferland) : Alors, monsieur… Non…
M. Laperrière (Martin) :
Je retire mes propos à votre demande, M. le Président.
Président (M. Ferland) : Et voilà. Mais je vous réitère :
Le ton, les mots utilisés, soyez un peu prudent. On est ici pour vous écouter, la commission a accepté
de vous entendre parce qu'on est convaincus que vous avez vos opinions, votre mémoire, le temps que vous avez pris pour
préparer votre document. Alors, on est là pour vous écouter. Et ce que
vous allez dire aux membres de la commission, lorsque nous serons rendus à une
autre étape qui s'appelle l'analyse détaillée
article par article, les
parlementaires considéreront ou prendront en considération toutes les
personnes, les groupes qui sont venus se
présenter, et c'est ce qui va nous permettre à nous ici, en cette enceinte, de faire
en sorte que le projet de
loi n° 60 soit le meilleur projet de loi pour l'ensemble des
Québécois et des Québécoises. Alors, est-ce qu'il sera adopté ou pas?
Est-ce qu'il sera appuyé par un parti ou l'autre? On n'est pas rendus à cette
étape-là.
Alors, je vous cède la parole, M. Laperrière.
Laperrière (Martin) : Merci,
M. le Président. Bien, j'ai répondu à votre question, M. le ministre. Ce que
vous demandez, bien, normalement, les
gens sont à visage découvert, là, à 99,9 %. Là, ce que vous parlez, M. le
ministre, en tout respect pour vous,
c'est un ou deux cas qui est arrivé dans la région de Montréal. À ce moment-là,
ça sera probablement aux tribunaux de décider oui ou non, là, ce n'est
pas à moi. Moi, je ne suis pas un juriste, je ne suis pas un avocat.
M. Drainville : Vous n'êtes
pas juriste ni avocat?
M. Laperrière (Martin) : Non, je
suis un simple citoyen. Je viens déposer un mémoire.
Drainville : Très
bien. Mais nous, dans le projet de loi n° 60, on dit… Et c'est là-dessus
que je voulais vous entendre. Ce
n'était pas tellement sur le niqab ou la kippa, c'était sur l'obligation d'avoir le visage à découvert lorsqu'on
donne le service de l'État
ou lorsqu'on le reçoit. Est-ce que vous pensez que c'est
une bonne idée de dire dans la loi : Si tu fais affaire avec l'État, tu dois le faire à visage découvert, et, lorsque
tu donnes un service aux citoyens, tu dois le faire à visage découvert? C'était juste ça, ma question,
M. Laperrière. Est-ce que vous pensez que c'est une bonne idée ou pas?
M. Laperrière (Martin) : Bien, normalement,
oui. À 99 % du temps, l'ensemble des fonctionnaires sont à visage
découvert. C'est parce que moi, je considérais un petit peu…
Drainville : Mais
êtes-vous favorable à ce qu'on légifère là-dessus? Vous ne souhaitez pas que ce
soit dans la loi et qu'on l'oblige,
qu'on oblige les personnes qui travaillent pour les citoyens et aux citoyens
eux-mêmes qui demandent un service de l'État… Vous ne croyez pas qu'on
doit les…
Président (M. Ferland) : Malheureusement, c'est le temps qui
était imparti pour la
partie ministérielle. Je cède…
M. Laperrière (Martin) : Oui,
toujours, M. le Président…
Président (M. Ferland) : Attendez. On va aller de l'autre côté,
s'il vous plaît, si vous permettez. Alors, je cède la parole au député
de LaFontaine.
M. Tanguay :
Merci beaucoup, M. le Président. D'abord, j'aimerais vous remercier pour le
temps que vous avez pris,
M. Laperrière, pour rédiger le mémoire et le temps que vous prenez ce
matin pour venir répondre à nos questions. Donc, merci pour votre
travail et votre temps ce matin.
Vous me
permettrez, M. Laperrière… parce que j'ai des questions par rapport à l'arrêt
Oakes, au processus, au questionnement
qui doit nécessairement avoir lieu devant une cour de justice, parce qu'on
parle beaucoup que, ce projet de loi
là, évidemment, la ville de Montréal va contester, et plusieurs autres
organismes, municipalités, établissements vont contester, si d'aventure la CAQ et le Parti québécois s'associent pour
faire passer ce que l'on considère une violation de la liberté de conscience et de religion. Ceci dit,
j'aimerais juste revenir… Avant de vous poser des questions en rafale sur
Oakes et le processus, j'aimerais revenir sur un élément que le ministre vous a
déclaré en vous… Il vous a posé une question :
C'est écrit où que l'État est neutre? Il vous a posé cette question-là :
C'est écrit où que l'État est neutre? Évidemment, vous n'êtes pas juriste, vous n'êtes pas
constitutionnaliste, mais ce sont des documents, les chartes, charte québécoise
et charte canadienne, lorsqu'on les lit, que tout le monde peut très, très bien
comprendre, trois éléments pour affirmer qu'il
y ait la neutralité religieuse de l'État et donc des fonctionnaires. Elles
existent déjà. Le projet de loi n° 60 ne viendra que mettre par écrit une situation de fait qui
existe déjà en venant préciser une réalité qui est déjà dans nos textes de loi.
Trois éléments.
Premier
élément, il y a la liberté de religion, que vous connaissez très bien, qui fait
en sorte que personne ne peut imposer sa religion à un autre, et ça, ça
s'applique au premier chef à l'État. La charte québécoise, c'est l'article 3. Charte canadienne, c'est l'article 2. Et de
la liberté de religion découle la neutralité de l'État. L'État et la religion
sont séparés, c'est un état de fait au Canada puis au Québec depuis
plusieurs années.
Deuxième élément : le droit à l'égalité. On
ne peut pas discriminer, puis les chartes québécoise et canadienne s'appliquent au premier chef, évidemment, à
l'État… Le droit à l'égalité fait en sorte qu'on ne peut pas discriminer basé
notamment sur la religion. La charte
québécoise, c'est l'article 10. La charte canadienne, c'est
l'article 15. Ce qui fait en sorte
que l'État ne pourrait pas prendre une décision ou un fonctionnaire ne pourrait
pas prendre une décision en disant : Bien, ma décision est différente parce que je discrimine ce citoyen-là
basé sur la religion. Et c'est ce que l'on dit, nous, c'est que le gouvernement, avec le projet de
loi n° 60, va discriminer tous les citoyens qui désireraient porter
un signe parce que ça participe de
leurs croyances, leurs convictions. Puis on a eu l'occasion de le dire, qu'un
signe religieux, ça ne se compare pas
à un macaron du PQ. Lorsque l'on dit : La neutralité politique, bien, si
elle existe, pourquoi pas la neutralité religieuse?, quand on vous dit ça, M. Laperrière, là, dites-vous
qu'on fait des raccourcis intellectuels assez extraordinaires!
Troisième et dernier point, encore plus
précis : La
Loi sur la fonction publique, qui existe déjà, précise à son
article 10 la neutralité politique et à son…
à son
article 10, voilà, et, à son
article 5, précise que chaque
fonctionnaire agit de façon
impartiale. Ça veut dire qu'il ne peut pas favoriser ou défavoriser qui que ce
soit autre par rapport à sa religion ou à la religion, bien évidemment.
Une fois que l'on a dit ça, M. Laperrière…
Et là j'ai des questions pour vous, parce qu'on peut dire… Et j'ai toujours trouvé ça, moi, fascinant de voir
l'accessibilité au raisonnement de nos cours de justice. Autrement dit, souvent
on va dire : Ah! bien moi, je ne suis
pas avocat, je ne suis pas avocate. Les décisions des tribunaux, c'est
compliqué, c'est de la jurisprudence, puis le citoyen ne
se reconnaît pas là-dedans. Mais, lorsqu'on les lit… Et visiblement vous n'êtes
pas constitutionnaliste, mais vous
avez lu l'arrêt Oakes. Lorsqu'on lit cet arrêt-là, il est limpide quant au
test, qu'on appelle, de raisonnabilité. Autrement dit, oui, il peut y
avoir des limitations à nos droits et libertés, mais, lorsque l'on dit... Première question que toutes les cours vont vous
dire, c'est : Est-ce qu'une loi vient limiter un droit? La réponse, c'est
oui ou non. Si la réponse est non, bien, à ce moment-là, là s'arrête l'analyse,
il n'y a pas d'infraction, il n'y a pas de violation
d'un droit protégé par la charte. Si la réponse est oui, il y a une violation,
ce que nous, là, on dit, il y a une violation avec le projet de loi n° 60, d'interdire le port de signe
religieux il y a une violation de la liberté de conscience et de religion, là on embarque dans ce qu'on appelle, en jargon
juridique, le test de Oakes. Et vous en faites état, et j'aimerais y aller
avec vous. Ce n'est pas le questionnaire de Proust, mais c'est le test de
Oakes.
Alors,
allons-y avec le questionnaire de Oakes. On dit, première question lorsqu'il
y a une violation, première question : Est-ce que l'objectif est
important? La réponse est soit oui ou
non. Si l'objectif n'est pas important, on arrête là, ça ne
passe pas le test. Selon vous, est-ce que l'objectif...
Mais
avant ça… avant ça, la règle de droit, avant ça, la règle de droit, l'on doit de façon
claire dire ce que l'on vient
limiter. Est-ce que, selon vous, lorsque l'on dit «un signe
ostentatoire»… Est-ce que c'est suffisamment clair? Et je rappelle la sortie médiatique de ma collègue de la CAQ, qui disait :
Ostentatoire? Est-ce que cette croix-là, elle est suffisamment petite ou trop grande pour être ostentatoire? Selon vous, est-ce que
le terme «ostentatoire» est suffisamment
défini pour dire : Oui, oui, ça, c'est clair, ça, cette grosseur de croix
là, ça ne passe pas?
M. Laperrière (Martin) : Ça, ça veut dire… Quand on parle de signes
ostentatoires, dans mon livre à moi, ça veut dire les signes religieux. Ça veut
dire la petite calotte juive, le petit foulard islamique ou arabe. Bon, dans
mon livre à moi, c'est ça. Là, le
gouvernement dit : Bien, nous, on aimerait ça limiter ça puis on aimerait
ça que nos fonctionnaires n'en aient pas. Est-ce que ça va passer le
test? À l'heure actuelle, la réponse serait non. Ça ne passe pas le test des
deux chartes des droits et libertés, en tout respect, M. le Président.
Tanguay : Oui, puis on est là pour entendre votre opinion. Et,
selon vous, est-ce qu'il y aura un débat sur la grosseur de la croix? Est-ce que, vous, selon votre lecture, il y aurait
un débat sur la grosseur de la croix avec le terme «ostentatoire»?
M. Laperrière (Martin) : D'après moi, non. Mais ce que je voulais dire
aussi, M. le Président, parce que
vous m'avez demandé tout à l'heure de
vous adresser à vous, c'est que, pour moi, il y a des valeurs fondamentales.
Les droits individuels et la justice sociale,
pour moi, ce n'est pas négociable, et là le gouvernement dit : Bon, on va
attaquer la Charte des droits et des libertés pour essayer d'avoir une petite
majorité à la prochaine élection. C'est ce qu'on tente de faire du côté du Parti québécois, en tout respect. C'est de
bonne guerre. Ils peuvent réussir ou pas, on ne le sait pas encore. C'est
de bonne guerre, mais c'est ça qu'ils
tentent de faire, c'est d'aller chercher les nationalistes de droite de la CAQ
pour avoir une majorité. Ils ont le
droit de le faire, mais, à l'heure actuelle, le projet de loi n° 60
ne passerait pas le test des deux chartes des droits et libertés.
Tanguay : Et juste pour préciser une chose, donc, vous, selon
vous, il n'y aura pas de débat au niveau... donc ça ne passe pas le test, mais, même là, il n'y aurait pas de débat au
niveau de la grosseur de la croix. Je laisserai le ministre préciser sa pensée, mais je crois que
l'intention... Mais, voyez-vous, ça démontre quoi? C'est que ce n'est pas
clair. Et on décode que l'intention
du gouvernement, c'est de faire un débat sur la grosseur de la croix, parce
qu'«ostentatoire» — et
là je veux être honnête
intellectuellement — ne
ferait pas en sorte que ce seraient toutes les croix, il y en a qui passeraient
le test puis il y en a qui ne le passeraient
pas. Mais que l'on ne s'entende pas, vous et moi, sur la nature du test, je
pense que ça dénote déjà là, au
départ, que ce n'est pas clair. Et, de deux, s'il y a un débat sur la grosseur
de la croix, ça sera un débat qui effectivement n'est pas clair. Et le premier
élément du test de Oakes, ça paraît bien compliqué, mais c'est très simple, puis vous l'avez bien vu. C'est de
savoir : Est-ce que la règle est claire? Est-ce que l'on sait si, oui ou
non, on est ou pas dans l'interdiction?
Deuxième élément,
l'on dit : Est-ce que l'atteinte… la mesure est proportionnelle à
l'objectif? Autrement dit, est-ce qu'on
essaie de tuer une mouche avec un canon? L'objectif est que, lorsque le
gouvernement… Le ministre de la Sécurité
publique dit : Écoutez, dans la police, il n'y en a pas, de problème, il
n'y a pas de demande. Alors, que l'on vienne légiférer, exemple, sur le corps policier, il n'y aura pas de demande,
demain matin ça ne règle rien, je veux dire, on n'a pas besoin
d'interdire à tous les fonctionnaires. Parce que les cas sont extrêmement
minimes. Il n'y a aucune étude à ce stade-ci — et on l'a souvent demandé — qui démontre combien, demain matin, de
personnes seraient visées par ça, ce serait important de le savoir. Et,
si au départ on n'est pas capable de dire combien de personnes seraient
touchées par l'interdiction, ça veut dire
que… êtes-vous d'accord avec moi qu'on n'a pas fait ses devoirs et que l'on
essaie de régler un problème, dans le fond, qui n'existe pas? Qu'en
pensez-vous, sur cet aspect du test?
M. Laperrière (Martin) : Bien, je suis parfaitement d'accord avec vous, M.
le député. Je rajouterais même… Comme je disais à M. le ministre tout à
l'heure, c'est que ses propres fonctionnaires au ministère de la Justice, les propres avocats qui conseillent le gouvernement du
Québec, il y a plusieurs constitutionnalistes dans ce groupe-là qui disent : Bien, la décision que nous, on vous
rend, MM. les ministres, c'est que ça serait inconstitutionnel, ça serait
illégal en vertu des deux chartes des
droits et des libertés, non seulement la canadienne mais aussi la québécoise.
C'est ça que les juristes de l'État,
qui sont des gens professionnels et très compétents, ont déclaré au Conseil des
ministres l'automne passé.
M. Tanguay :
Dernière question en ce qui me concerne, puis je vais laisser mon collègue,
pour les cinq dernières minutes, les
quatre dernières minutes, compléter. Vous dites dans votre mémoire… Vous dites
que le gouvernement devrait agir avec sagesse et prudence.
M. Laperrière, que voulez-vous dire par là?
M. Laperrière
(Martin) : C'est-à-dire qu'avec sagesse et prudence un gouvernement
qui est minoritaire n'embarquerait pas dans
un débat comme ça sans avoir au moins des avis juridiques très solides,
excusez-moi le terme anglophone, M. le Président, être «backbenché» bien
comme il faut par ses propres juristes ou au moins un bon avis juridique de sa Cour d'appel à lui, là, la cour
suprême du Québec, là. Et là il n'a rien de ça, là, à moins d'un deal avec
un autre parti politique, probablement à la
fin comme vous avez dit, M. le Président, à la fin du processus, en tout
respect pour vous, M. le Président.
Président (M. Ferland) : Oh, je n'ai aucun problème avec ça.
Moi, je préside la commission, alors je vais laisser les partis
s'entendre ou pas à la fin. Alors, je reconnais le député de
Lotbinière-Frontenac.
Lessard : Merci, M. le Président. M. Laperrière, donc,
il me reste trois minutes. Un, vous féliciter, donc, de la présentation de votre mémoire. Même si vous n'êtes
pas juriste, vous n'êtes pas dépourvu d'intelligence puis de curiosité
d'aller sur les différents sites pour donner votre opinion.
D'ailleurs,
vous n'êtes pas seul à penser puis vous présenter, plus de 270… mais vous êtes
supporté aussi dans vos demandes,
dans vos questionnements par rapport au projet de loi qui est déposé.
66 professeurs et chargés de cours de l'Université de Sherbrooke ont déposé récemment un mémoire — d'ailleurs ils le rendent public en
partie à
travers leur revue de presse — alors 66 professeurs.
Donc, il y a Maxime St-Hilaire, professeur adjoint à la Faculté de droit, Michèle Vatz-Laaroussi, professeure titulaire du
Département de service social, et David Koussens, professeur adjoint à Faculté de théologie et des études religieuses.
Ce qu'ils disent : Dans l'élaboration de ce projet de loi, il nous semble
qu'on n'a pas tenu compte de toute l'expertise, des recherches, des éléments
qui permettraient d'asseoir les choses de manière
plus légitime que ce qu'il est actuellement. Alors, ils déplorent que le
ministre n'a pas tenu compte de toutes ces expertises-là. Ils disent
même : Tout le monde n'est pas expert, c'est normal, les experts doivent
aussi donner leurs arguments et les rendre
publics, et on pense que les gens comme vous aussi peuvent venir ici sans avoir
toute l'expertise de la Cour suprême.
Donc, le gros bon sens. Vous êtes venu ici au nom du gros bon sens, après avoir
fait une certaine recherche.
vous supportent en vous disant : Il y a trois ruptures. Donc, c'est des
professeurs émérites. Il y a une rupture historique parce que la laïcité québécoise est historiquement la
garantie de la liberté de conscience et de religion — donc ils supportent votre point de vue par rapport à ce que le ministre a
déclaré — il y a
une rupture juridique parce que, selon toute
vraisemblance… alors ce n'est pas… il n'y a pas de monopole de vérité, mais eux
pensent que ce serait inconstitutionnel, puis il y a une rupture sociale aussi parce que ça renie les acquis du
passé dans le domaine de l'intégration, réveille des préjugés et des tendances racistes et xénophobes,
légitime les peurs de l'autre et détruit le processus du vivre-ensemble.
Alors, voyez-vous ce qui… Donc, ils
supportent un peu tout ce que vous avez pu exprimer, même en excès. Vous-même,
vous avez eu un certain excès en nommant quelqu'un. Ça réveille tout ça, ces
préjugés-là. Ça dit même que ça a des conséquences
sur l'immigration, des départs, des replis communautaires, la radicalisation de
certains d'entre eux, la création d'une fracture entre locaux et
immigrants, changement de l'image internationale.
Alors
donc, pour vous dire que vous êtes venu présenter votre mémoire, on entend
beaucoup de division actuellement. Le
ministre veut régler des problèmes. Il n'a pas présenté ses études. Il ne se
fonde sur rien, on ne le sait pas, ni juridique ni autres. Alors, vous n'êtes pas seul, donc, c'est un commentaire qui
va dans le même sens. Je pense que ce que vous invoquez est tout à fait
légitime, là, par rapport à cette commission-là.
Président (M. Ferland) : Alors, merci, M. le député. Malheureusement, c'était tout le temps, il est écoulé.
Alors, je reconnais la députée de Montarville. À vous la parole.
Mme Roy
(Montarville) :
4 min 30 s?
Le Président (M.
Ferland) : Oui.
Mme Roy
(Montarville) :
Merci, M. le Président. Bonjour, M. Laperrière.
M. Laperrière
(Martin) : Bonjour.
(Montarville) : Merci de vous être déplacé, merci pour votre mémoire.
Écoutez, je vous écoutais parler puis
je me dis : Si vous avez eu la chance de lire les avis juridiques du gouvernement, là, vous êtes privilégié, parce
qu'on aurait aimé les lire puis on aurait aimé savoir ce qu'il y a
dedans.
M. Laperrière
(Martin) : Non, je ne les ai pas lus, malheureusement.
(Montarville) : Vous ne les avez pas lus? Nous non plus. On aurait aimé voir ce qu'il y a
là-dedans. En tous les cas,
éventuellement peut-être on va en savoir un petit peu plus long à cet égard-là.
Vous avez
parlé, dans votre mémoire, de droit, des tribunaux et, pour préparer ce
mémoire-là, vous avez aussi sûrement
constaté qu'autant d'avocats, autant de positions divergentes, autant de
jugements. Vous avez des juges majoritaires, minoritaires. Vous lisez leurs
conclusions, leurs jugements, et des fois un côté comme l'autre ça se tient,
alors c'est difficile de trancher.
Cependant,
vous avez aussi probablement constaté qu'il est possible de limiter un droit
individuel. Mon collègue de la
première opposition en faisait mention tout à l'heure. Il y a des conditions,
il y a des critères pour le faire, il faut respecter ça. Il est possible de faire cette limitation à un droit
individuel. Donc, il faut respecter des conditions, et nous, à la
Coalition avenir Québec, nous savons qu'il y a des critères à respecter, et
c'est la raison pour laquelle nous croyons — il y a 12 juristes qui appuient également cette position — nous croyons… Notre position, à la
coalition : En limitant le port de signes religieux aux employés de l'État en position d'autorité
coercitive et également aux enseignants du primaire et du secondaire et des directions d'école, en limitant
spécifiquement le port des signes religieux à ces gens-là, nous croyons que cette limitation-là au droit individuel se
justifie au profit des droits collectifs. Naturellement, c'est un débat de
juristes, c'est technique, mais nous
ne sommes pas les seuls à penser ça. Et, cela dit, à la lecture de votre
mémoire, je comprends que vous adoptez une position qui est différente.
Cependant,
à la lecture des limitations — et mon collègue en faisait état tout à
l'heure — lorsqu'on
veut limiter un droit, il y a aussi
quelque chose d'intéressant : il faut que cette limitation-là soit claire.
On parlait justement des croix. Quand
M. le ministre nous parle des objets religieux, des signes religieux
ostentatoires, depuis le début, la fin de l'été, début de l'automne, je dis à M. le ministre : Simplifiez-vous la
vie, puisqu'à partir du moment où on parle d'ostentatoire on crée des catégories. Alors, ça, ce n'est pas
encore réglé. Nous croyons qu'il faut plutôt dire… limiter le port de signes
religieux de façon très précise, qu'on ne les voie pas. On crée des catégories.
Cela dit, votre
mémoire — et
je reviens là-dessus, moi, j'ai bien, bien hâte de voir les avis juridiques du gouvernement — exprime une position, et quelle sera la
position que prendront les tribunaux, si les tribunaux sont questionnés sur la question, ça reste à voir. Et
je me demandais cependant… Et je vais revenir sur les signes religieux :
Est-ce que vous croyez que le fait de parler de signes ostentatoires, ça vient
compliquer les choses?
M. Laperrière
(Martin) : Est-ce que je peux répondre, M. le Président?
Mme Roy
(Montarville) :
Oui, oui, oui.
M. Laperrière (Martin) : C'est que votre position, la position qui est la
plus raisonnable, qui pourrait peut-être aider le gouvernement, c'est que M. Brun, qui est plutôt proche du
Parti québécois, est un peu dans votre position à vous, à la CAQ, dit :
Bien, ça va être plus difficile, à ce moment-là, de challenger devant les
tribunaux. Un genre de restriction que
lui propose, ce que vous aussi, vous proposez. Mais il y a un arrêt, là, il y a
des arrêts que la Cour suprême dit : Pour les policiers, les policiers de la GRC ont le droit, en vertu du droit
religieux, ont le droit de porter leurs signes religieux, là. Je
pourrais toujours revenir, M. le Président...
Le Président (M.
Ferland) : Le quatre minutes est terminé.
Mme Roy
(Montarville) :
Le temps est écoulé. Merci.
M. Laperrière
(Martin) : O.K. Bon.
Président (M. Ferland) : Je dois reconnaître le député de
Blainville, qui va vous questionner sûrement. Alors, M. le député.
Ratthé : Merci beaucoup, M. le Président. Bonjour,
M. Laperrière. Merci d'être présent avec nous ce matin.
M. Laperrière
(Martin) : Merci.
Ratthé : Je trouve toujours
intéressant d'entendre les opinions. Je pense que vous prenez le temps de venir nous
voir. Vous dites : Je suis un simple citoyen, mais, bon, il y a beaucoup
de personnes qui sont dans votre
situation qui probablement pensent un peu comme vous, et je trouve que
c'est quand même intéressant d'entendre... Ce qu'on constate aussi, c'est que, bon, vous arrivez avec une panoplie
d'informations, là, qui... avec des personnes aussi très crédibles. On pourrait aussi, de l'autre côté, arriver,
j'imagine — le
ministre vous le faisait entendre — avec autant d'information de
personnes tout aussi crédibles, ce qui montre en tout cas la nécessité, à mon
sens, du débat.
J'ai
une question très simple puis je ne veux pas parler trop longtemps, je veux
plutôt vous entendre. Moi, ce qui m'a
frappé, dans votre mémoire… Et je le disais hier, je suis beaucoup ici pour
comprendre. Si on entend 200 personnes, c'est parce qu'on veut comprendre leurs points de vue puis nous aider
peut-être à cheminer dans ces points de vue là. Et ce qui m'a frappé, c'est que vous dites que la charte
enlève le droit de la religion, et brièvement je dirais, moi, que… le droit
de pratiquer sa religion, pardon. Moi, en ce qui me concerne, pratiquer sa
religion, c'est, dans le cas des catholiques, peut-être
aller à l'église. Le culte, en fait, c'est de pouvoir peut-être arborer sur la
rue différents, peut-être, signes qui vont faire savoir que je suis chrétien, catholique. Et c'est ça qui m'a
frappé. Pourquoi pensez-vous que la charte enlève… Vous dites : «…le gouvernement devrait laisser aux
citoyens le droit de pratiquer on non leur religion comme ils l'entendent.»
Alors, moi, je voudrais comprendre, de votre
point de vue, pourquoi, à votre sens, la charte empêche les gens de pratiquer
leur religion, leur droit de pratiquer.
M. Laperrière (Martin) : O.K. Là,
vous parlez du projet de loi n° 60, là, comme charte? O.K.
M. Ratthé :
Bien sûr. C'est là-dessus qu'on est, oui. C'est dans votre mémoire.
M. Laperrière (Martin) : O.K. Bon.
Parce que, là, là, vous étiez en train de me mêler, M. le député.
C'est
qu'actuellement l'avis que la Commission des droits de la personne du Québec…
que Me Frémont a donné, c'est
qu'actuellement l'État québécois est neutre au niveau religieux, c'est-à-dire
que le gouvernement, l'État n'a pas de religion,
il est neutre envers tout le monde. En contrepartie, le citoyen peut pratiquer
sa religion comme il l'entend. C'est un
peu, là… c'est une sorte de statu quo, mais c'est ça, là, c'est déjà le cas.
Là, le Parti québécois propose quelque chose qui existe déjà. Il est là,
le problème.
M. Ratthé : Mais pourquoi vous dites qu'il
enlève le droit de pratiquer? Pour vous, ce que veut dire… Puis c'est par pure compréhension. Ce que vous nous dites ce
matin, c'est que le fait de ne pas pouvoir, par exemple, porter une
croix visible aux yeux de tous, c'est un empêchement de pratiquer sa religion?
C'est ce que vous nous dites?
Laperrière (Martin) : Bien,
c'est un peu… Je donnais tout à l'heure l'exemple de la calotte juive ou du
foulard. Ça fait
partie d'une valeur culturelle, d'une valeur
religieuse, c'est une sorte de pratique de la religion. Moi, ça ne m'enlève
aucun droit constitutionnel puis aucun droit juridique, donc, moi, ça ne me
dérange pas du tout.
M. Ratthé : O.K., mais c'est…
Donc, si je comprends bien ce que vous nous dites, là…
M. Laperrière (Martin) : Ça ne
m'offense pas, là, que…
M. Ratthé :
Non, non, pas à vous personnellement, mais ce que vous dites, c'est que la charte
vient enlever ce droit de pratique, si on peut l'appeler comme ça, là,
de porter…
Laperrière (Martin) : Bien,
si je comprends bien, là, le projet du Parti québécois, c'est que les
fonctionnaires n'auraient pas le
droit… quelqu'un, exemple un Juif d'Outremont qui travaillerait à Revenu
Québec, dans les bureaux à Montréal, ne pourrait pas porter sa petite
calotte juive, si je comprends bien, là, le projet de loi.
M. Ratthé :
Vous comprenez bien, effectivement. Mais, pour vous, ça, c'est lié à la
pratique de sa religion? C'est juste le point que je veux comprendre de
votre part.
M. Laperrière (Martin) : Oui, bien,
c'est ça.
M. Ratthé : Le fait de porter
une kippa, un voile, c'est étroitement lié à la pratique de sa religion.
M. Laperrière
(Martin) : Que le monsieur
porte sa… un Juif porte sa calotte juive, pour moi, c'est tout à fait
normal, là. Ça ne m'offusque pas du tout, du tout, du tout.
M. Ratthé : O.K. Merci
beaucoup, M. Laperrière.
M. Laperrière (Martin) : Ça me fait
plaisir.
Le Président (M. Ferland) :
Alors, merci, M. le député. Je reconnais la députée de Gouin, présentement.
Mme David : Merci, M. le
Président. Bonjour.
M. Laperrière (Martin) : Bonjour.
David : D'abord, peut-être deux remarques. Je représente ici un
parti qui est souverainiste. Vous comprendrez, à ce moment-là, que, même s'il y avait des problèmes constitutionnels avec
l'État canadien par rapport au fait que le Québec veuille avoir une charte de la laïcité, bien on ne
se laissera pas nécessairement arrêter par ça, puisque le Québec veut en
toute connaissance de cause se donner des moyens d'avancer dans l'amélioration
de sa société.
J'ai une
question pour vous. Vous dites : «Attendu que le Canada est fondé sur des
principes qui reconnaissent la
suprématie de Dieu…» Personnellement, je conteste l'existence de ce principe
dans une constitution, j'espère qu'on aura
un jour une constitution québécoise et qu'il n'y aura pas là-dedans de question
religieuse, mais, vous, est-ce que vous considérez qu'il est normal que la Constitution canadienne qui nous
influence encore aujourd'hui reconnaisse la suprématie de Dieu?
M. Laperrière (Martin) : Oui. Je
peux répondre, M. le Président?
Le Président (M. Ferland) :
M. Laperrière, oui.
Laperrière (Martin) :
Personnellement, moi, je suis un athée, je ne crois pas que Dieu existe.
Scientifiquement, Dieu n'existe pas.
Mais, que les autres citoyens pratiquent leur religion comme ils l'entendent,
moi, ça ne m'enlève aucun droit.
Aussi, ce que je voulais vous dire,
c'est qu'en étant comme social-démocrate, au cours des trois dernières
élections, bien j'ai voté deux fois
sur trois pour votre formation politique. Mais, comme je vous ai dit tout à
l'heure, moi, pour moi, il y a deux
choses, il y a deux valeurs qui ne sont pas négociables pour moi, c'est les
droits des citoyens, les droits individuels, et la justice sociale. Pour
moi, ce n'est pas négociable. Et, pour moi, ce que je voulais rajouter — je
fais rapidement, M. le Président — c'est que, pour moi, la justice sociale
est plus importante que l'appel au drapeau ou la question nationale, si vous
voulez, en tout respect, M. le Président.
Le Président (M.
Ferland) : Aucun problème pour le drapeau. Allez-y, Mme la
députée de Gouin.
David : Et je
suppose, puisqu'on ne vous demandait pas de le révéler en public, mais, si vous
dites que vous avez voté pour ma formation politique, vous êtes évidemment d'accord avec le principe de l'égalité entre les
hommes et les femmes, puisque vous en parlez dans votre mémoire.
M. Laperrière (Martin) : Oui. Moi, personnellement, oui. Mais ce que je
redoute, c'est que ce n'est pas marqué clairement, c'est sous-entendu.
Là, je n'ai pas le goût de refaire un débat. Je pense que c'est marqué, mais
c'est sous-entendu. Mais ce n'est pas marqué
clairement dans un article, autant dans la charte québécoise
des droits et libertés que la charte
canadienne, que les hommes et les femmes sont égaux en droits. Ce n'est pas
noir sur blanc, ce n'est pas écrit. On le sous-tend, là.
David : C'est maintenant,
si je ne me trompe pas, M. le
Président et mes collègues, inscrit
dans le préambule de la charte québécoise des droits et libertés de la
personne.
M. Laperrière
(Martin) : Oui, c'est marqué dans la charte québécoise, comme j'ai dit
dans mon mémoire.
Mme David :
Alors… Est-ce qu'il me reste un petit peu de temps, M. le Président?
Le Président (M.
Ferland) : Il reste à peu près 15 secondes, le temps de…
David : Alors, je
voudrais juste signifier, en terminant, que la vraie question, je pense, qu'on
doit se poser ici, c'est celle que
vous posez, c'est : Y a-t-il plus d'avantages que d'inconvénients à
interdire le port de signes religieux chez les employés de l'ensemble
des services publics? Je pense que c'est au coeur de la question.
Président (M. Ferland) : Alors, sur ce, Mme la députée, je vais vous remercier. Alors, merci,
M. Laperrière, pour votre présentation.
M. Laperrière
(Martin) : Merci beaucoup, M. le Président.
Président (M. Ferland) : Alors, je vais suspendre quelques instants afin de permettre au
prochain témoin de prendre place pour…
(Suspension de la séance à 10 h 36)
Président (M. Ferland) : Alors, la commission va reprendre ses travaux. Maintenant,
nous allons entendre M. Fernand
Morin, alors en vous mentionnant que vous disposez de 10 minutes pour présenter
votre mémoire, et ensuite suivra une période d'échange avec les
parlementaires. Alors, M. Morin, la parole est à vous.
M. Morin (Fernand) : Merci, M. le Président. En raison du temps imparti, 10 minutes… Je
suis habitué à travailler… à faire
des présentations de trois heures, depuis 35 ans, alors je vais essayer
d'être plus bref et de me contenir.
importe de souligner au tout début, à mon avis, les difficultés d'ordre
juridique à traiter des questions de nature spirituelle et qui réfèrent notamment à la conscience, aux diverses manifestations des
croyances et des valeurs de chacun. En effet, l'encadrement juridique
des divers moyens d'expression — je pourrais vous en donner des exemples — des croyances et des valeurs des citoyens demeure un
défi sociopolitique certain, car l'action des uns et les réactions des autres
à ces sujets sont toujours imprévisibles.
Depuis
1960, le Québec est devenu progressivement une société
laïque puis a reconnu formellement les libertés fondamentales de chacun au moyen d'une charte qui est toujours,
à mon avis, en vigueur. Maintenant, on entendrait, par le truchement d'une deuxième charte, articuler des
voies et moyens juridiques en vue de manifester davantage notre laïcité.
Par ce projet de loi n° 60, l'État prohiberait — je
parle au conditionnel puisque c'est un projet — certaines pratiques individuelles plus ou moins religieuses et
aménagerait divers processus de décision collective, notamment pour établir
la mise en application de ce projet de loi.
Ainsi, près de 600 000 salariés,
indirectement ou directement, y seraient visés. Il suffit de consulter le
projet de loi n° 60 aux
articles 40 et suivants pour constater que l'on se prépare à de nombreux
débats au sein des municipalités et arrondissements,
au sein des professeurs des collèges et des universités et entre le personnel
des institutions de santé, ce qui
fait une population assez importante. Il
s'agit de multiples scrutins, tenus selon les articles 44 et 60, en vue
d'obtenir ou non une prolongation des
sursis de transition. S'il y eut, et c'est relativement frais à votre
mémoire, j'en suis convaincu… S'il y
eut récemment un printemps érable du seul fait de l'annonce
d'une majoration de frais de scolarité, ces divers scrutins tenus en de multiples milieux de travail ne
pourraient-ils pas donner aussi prise à d'autres saisons tumultueuses? Celui
qui annonce le feu n'est pas en faveur de l'incendie, bien sûr.
2014, l'État québécois entend légiférer les manifestations personnelles
des croyances des Québécois, alors que, depuis plus de 40 ans, la
Charte des droits et libertés de la personne affirme la liberté de conscience,
la liberté de religion, la liberté
d'opinion, la liberté d'expression, de réunion et d'association. Et, ces six
facettes de la liberté, il faut
savoir les conjuguer, elles ne sont pas des…
ce n'est pas un club sandwich. Et, quel que soit leur employeur, ces six
facettes s'appliquent, même si l'employeur est l'État.
Nous notons que l'article 3
du projet de loi précise que le salarié d'un organisme public doit faire preuve
de neutralité religieuse et de réserve quant
à l'expression de ses propres croyances religieuses. Au-delà de cette consigne
sibylline en raison de ses effets pratiques,
on ne saurait faire d'ignorer que ces 600 000 salariés visés demeurent néanmoins des citoyens à part entière. Il va de soi que ces
mêmes six facettes des libertés affirmées s'appliqueraient également à tous ces fonctionnaires,
et c'est pourquoi leur assimilation en vrac à
titre d'agents personnels de
l'État pourrait justifier pareille contrainte.
Quant
au port de signes religieux, cette appréciation ou cette assimilation nous
paraît exagérée au point d'y percevoir une
atteinte aux droits fondamentaux de ces mêmes personnes. À tout le moins, il
importerait de préciser que ces contraintes imposées, s'il faut vraiment les imposer, ne s'appliqueraient qu'au
cours de l'exercice de leurs fonctions respectives, et jamais cette restriction, cette réserve qui est
déjà dans la loi à deux reprises ne devrait être répétée à chacun des articles
où il est question de ce point-là, compte
tenu des interprétations souvent surprenantes ou de nos savants avocats et
confrères ou des tribunaux.
En vue d'éviter
quelque méprise, nous soulignons cependant que la question demeure d'une tout
autre nature lorsqu'il s'agit de
l'obligation du visage découvert à l'occasion de l'exercice notamment d'acte
démocratique fondamental, telle la
tenue d'un scrutin, et ce, en vue justement de s'assurer qu'il n'y ait pas
d'usurpation de droit par quiconque. De même en est-il quant à la protection par voie législative des signes
ostentatoires propres à notre passé, par respect de notre histoire. En ce domaine, on sait depuis longtemps
que le présent d'une société qui serait dénudée de son passé mettrait en
danger son propre avenir.
Quoi
qu'il en soit, comment pourrions-nous valablement retenir une approche aussi radicale
visant principalement et de fait les
nouveaux Québécois, qui, eux aussi, ont un passé et une culture? À ce sujet, la
tolérance et l'équité abordées par
l'État s'imposeraient à
titre de valeurs citoyennes. Autrement, la radicalité
de l'État au sujet de semblables questions, qui peut faire plaisir à certains dans leur ego, ne pourrait que légitimer
l'intolérance de bien des citoyens, notamment par un possible mimétisme du Big Brother. C'est-à-dire,
si l'État le fait de façon radicale, pourquoi chacun, dans sa paroisse,
dans son village, ne pourrait pas être aussi radical?
l'État s'affirme clairement laïque ne peut implicitement comprendre ni
sous-entendre un blanc-seing pour imposer
négativement une quelconque tenue vestimentaire sous prétexte que cette
personne serait un salarié de l'État. Je soulignerais la déclaration
initiale, dans le premier document du gouvernement, qui affirmait, dans ce
document d'orientation, je cite, que «ce
devoir de neutralité vise à assurer un mode de gouvernance indépendant et
tolérant envers l'expression de la diversité des croyances, afin de n'en
favoriser aucune et de traiter également toutes les personnes». Certes, des valeurs et des croyances peuvent être
librement partagées par un grand
nombre de citoyens
mais sans qu'elles soient
juridiquement métamorphosées en un dogme singulier… séculier, excusez-moi. L'uniformité formelle,
c'est-à-dire par voie législative, du
traitement des croyances et des valeurs nous paraît contradictoire à la liberté
individuelle affichée et même
garantie à l'article 3 que j'ai déjà souligné. Si au plan historique on a
cru nécessaire et juste d'assurer le maintien de notre patrimoine culturel — je réfère à l'article 1 du projet de
loi — comment
alors pourrions-nous en toute équité demeurer indifférents à la
situation que pourraient connaître les nouveaux salariés?
Est-ce que le port
d'un simple signe religieux par un fonctionnaire ou assimilé à ce
titre peut
véritablement produire un effet réel de
prosélytisme? Nous ne le croyons pas, car, à notre avis, un tel effet négatif,
un tel jugement rapide ne seraient
possibles que de la part d'une personne qui nourrisse déjà un préjugé à l'égard
des croyants d'une autre religion que
la leur. Le seul fait de porter un signe manifestant ses propres croyances et
non pas un costume — c'est
tout à fait différent aussi, et non
pas un costume — demeure
d'abord l'exercice des libertés garanties à la charte. Nous le réitérons :
Comment en une deuxième charte provenant du
même législateur pourrions-nous valablement effectuer de tels grignotages?
Nous soumettons que le choix du port d'un
signe religieux ne peut être, au Québec, que le fait d'une décision personnelle
et libre, personnelle et libre… Oui?
Le Président (M.
Ferland) : …conclure, monsieur.
M. Morin
(Fernand) : Vous voulez que je conclue? Il me reste trois pages…
Le Président (M.
Ferland) : Il vous reste une minute, oui.
M. Morin (Fernand) : Alors, j'y vais. La pratique de tolérance et de respect des croyances
religieuses ou politiques du citoyen
serait fort plus révélatrice de la
part de l'État
qui se voudrait neutre et démocratique que de prohiber au moyen d'une
loi le port de tel ou tel signe que l'on qualifie, à tort ou à raison, à
connotation religieuse. Je saute, bien sûr.
Disposant
de ces affirmations des libertés publiques depuis 40 ans — 40 ans,
c'est l'âge de la charte — pourquoi en 2014 devrions-nous nous doter d'une deuxième charte modulant d'une façon fort différente l'expression de nos
croyances religieuses, et ce, d'une
façon plus négative et répressive que positive? À cette fin, il nous paraît… de
souligner quelques implications, juste à
titre d'exemple, quelques
implications. Vous avez à l'article 14 de la loi…
Président (M. Ferland) :
Malheureusement, M. Morin, on va passer à la période d'échange, le
10 minutes étant écoulé, alors…
M. Morin (Fernand) : J'en profiterai
pour faire mes pirouettes.
Président (M. Ferland) : Oui, mais vous allez avoir l'occasion
de vous réexprimer à nouveau avec les questions qui vous seront
adressées et les commentaires. Alors, je cède la parole à M. le ministre.
M. Drainville : Merci, M. le
Président. Merci pour votre présentation, M. Morin. Merci beaucoup.
Juste avant de vous poser quelques questions,
j'aimerais revenir sur les propos de mon estimé collègue de LaFontaine, là, que ça fait quand même deux ou
trois fois, là, qu'il revient sur le fait que la neutralité religieuse existe
déjà, à son avis. Je lui ai répondu déjà
qu'elle n'est pas reconnue explicitement dans quelque texte de loi que ce soit
et j'attends toujours le texte de loi
qui reconnaît explicitement par les mots «neutralité religieuse» la neutralité
religieuse en question. Je lui
rappelle notamment les propos de M. Tassé, encore une fois, qui, sur cette
question-là, sur la question en fait
de la laïcité de l'État, a déclaré : «On ne le dit pas clairement dans la
charte canadienne [ou] la charte québécoise. Donc, il peut y avoir un intérêt à ce que le législateur — là, on parle de législateur québécois — [le] dise clairement que l'État
québécois est laïque.»
Moi,
évidemment, j'ai tout le respect du monde pour mon collègue de LaFontaine,
mais, si je dois comprendre ses propos, là, qu'il a répétés encore ce
matin, ce que je comprends donc, c'est que, pour le Parti libéral, ce n'est pas
nécessaire de reconnaître la neutralité
religieuse dans la loi. Et, si c'est le cas, j'aimerais bien qu'il nous le
dise, parce que, s'il continue à nous dire qu'à son avis la neutralité
religieuse, M. le Président…
M. Drainville : M. le
Président, je m'adresse à…
Le Président (M. Ferland) :
Non, mais juste…
M. Drainville : Je m'adresse
à vous, là.
Le Président (M. Ferland) : Oui,
M. le ministre. Oui, c'est ça, mais juste être prudent un peu pour les… Je comprends, les remarques, là, qu'on aura
l'occasion, lors des échanges sur l'analyse détaillée
article par article, de faire part de ça. Je ne
veux pas empêcher ça, mais juste d'être prudent quand même, parce que
je ne veux pas qu'on tombe dans une discussion.
M. Tanguay : …appel au règlement.
Le Président (M. Ferland) :
Oui. Allez-y, M. le député.
M. Tanguay : M. le Président, j'aimerais prendre le temps, parce que
c'est important de ne pas mettre des propos…
Président (M. Ferland) : Question de règlement… Excusez. Si vous avez demandé une question
de règlement, je ne veux pas de commentaire.
M. Tanguay : Question de règlement,
l'article 36. Il nous impute des propos qui sont faux.
Le Président (M. Ferland) : O.K.,
parfait. C'est beau, donc, la question de règlement. Alors, M. le ministre.
Drainville : M. le
Président, dans le fond, c'est une question, là, à laquelle il pourra répondre en temps et
lieu, mais est-ce qu'effectivement l'opposition libérale est en faveur
de la reconnaissance de la neutralité religieuse telle qu'elle est prévue dans le projet de charte? Si elle l'est, j'aimerais
bien qu'on l'entende. Je croyais que c'était le cas, mais là j'ai l'impression qu'on recule là-dessus, parce
qu'on semble dire… pas on semble dire, on affirme deux fois plutôt qu'une
qu'elle existe déjà, cette neutralité religieuse. Et, si je comprends bien, ça
ne semblerait pas être nécessaire de le dire explicitement.
Pour ce qui
est de la question des avis juridiques, je veux juste être bien, bien clair,
parce que j'ai l'impression que cette
question-là va être soulevée à nouveau dans certaines des présentations qui
pourraient survenir dans les prochains jours
ou les prochaines semaines. Alors, je ne voulais pas, quand même, laisser le
témoignage de M. Laperrière sur un malentendu, là. Je veux juste vous rappeler la déclaration de mon
collègue ministre de la Justice, député de Chambly, le 2 novembre dernier. Je vais la citer parce
que je pense que c'est important qu'on s'en… qu'elle nous éclaire pour la suite
de nos travaux.
Alors, je le cite, là, c'est le ministre de la Justice qui parle : «Personnellement,
comme jurisconsulte du gouvernement,
je ne dis même pas si j'ai reçu ou non un avis et encore moins qui aurait pu me
faire un avis, sous quelle forme [il
aurait] été fait et ce qu'il contient. C'est une règle que je suis depuis le
départ. Je vous rappelle que, depuis des décennies, jamais un ministre de la Justice et jurisconsulte n'a révélé
les avis juridiques qu'il a reçus pour éclairer le Conseil des ministres.» Ça comprend évidemment, M. le
Président, les ministres de la Justice qui ont servi sous les gouvernements
libéraux.
Maintenant,
M. Morin, quelques questions d'abord sur votre présentation. Hier, on a
entendu M. Réjean Parent, qui a
été président de la Centrale des syndicats du Québec de 2003 à 2013, je suis
sûr que vous devez le connaître. Il nous disait — et je
reprends ses mots — qu'il
était favorable à l'encadrement des demandes d'accommodement parce que — alors début de la citation — «cela [aurait] le mérite de cristalliser une
grille d'analyse pour de futures demandes d'accommodement et de nous éloigner du traitement à la pièce en
nous forçant à réinventer une roue qui existe déjà». Comment vous réagissez à
Le Président (M.
Ferland) : M. Morin.
M. Drainville :
Pas sur le fait que ce soit M. Parent qui l'ait exprimé mais sur
l'argument comme tel, sur le fond des choses.
M. Morin (Fernand) : Je vous dirai franchement que ma propre idée à ce niveau-là, c'est que
ce projet de loi, bien sûr, s'il
devient loi, c'est une porte battante qui va ouvrir de nombreux, nombreux,
nombreux débats. Entre parenthèses, je
me demande comment il se fait que vous n'ayez pas reçu une lettre de
remerciement du Barreau, compte tenu de la charge de travail que bien
des avocats auront au cours des prochaines années.
Ceci
étant, je suis convaincu que la tenue de tant de scrutins à savoir… pour la
suspension de l'application de la loi, ces
tiraillements qu'il va y avoir à l'intérieur, à l'interne du personnel des
collèges, des hôpitaux, etc., de toutes les institutions publiques va ne faire qu'alimenter, que nourrir le
feu sur cette question-là, hein? Ce n'est pas pour rien que j'ai soulevé
l'histoire de l'an passé, de l'augmentation,
la légère augmentation des cotisations de scolarité. Il en faut peu pour
allumer un feu, et c'est une question, je crois, qui va exiger beaucoup
Prenons
un exemple. Pour reprendre votre témoin, prenons l'exemple de l'enseignement.
Vous avez à l'article 5 la règle
du premier manquement, le premier manquement d'un salarié, et c'est une mesure
disciplinaire. Dans le cadre du processus
ordinaire, ce qu'on appelle le principe de la progression des sanctions, en ouvrant une première sanction sur ce point-là, dans la mesure où c'est le premier
manquement, bien, s'il y a une sanction et s'il y a récidive, nécessairement c'est la porte ouverte pour la progression des sanctions, et la
progression des sanctions, pour un enseignant ou pour toute autre personne, ça veut dire, à deux ou trois
étapes, un congédiement. Et c'est dans ce sens-là qu'une règle semblable — je
le prends à
titre d'exemple — une règle semblable, dire : Le
premier manquement, c'est une mesure disciplinaire, c'est justement
une porte ouverte à des débats, à des coûts énormes, des coûts non seulement financiers, mais surtout moral, professionnel et autres. C'est dans ce sens-là que je dirais… Ce n'est peut-être
pas gentil de le dire, mais le projet
de loi constitue un germe de dispute et de discorde. C'est dans ce
sens-là que…
M. Drainville :
Mais, si vous me permettez, M. Morin, ma question portait sur les règles
devant encadrer les demandes d'accommodement. On pourra revenir, si vous le
voulez bien, sur la question des…
M. Morin (Fernand) : Oui. Vous avez fait, dans le projet
de loi, une synthèse de la
jurisprudence, que je connais bien
forcément, hein, ce n'est pas par plaisir. Par conséquent, il faut se
rappeler : les règles d'accommodement, d'une part, il faut tenir compte… Qu'est-ce que c'est, un
accommodement? C'est faire une exception, une adaptation à une situation particulière,
compte tenu du respect des droits fondamentaux. C'est la base
même. Nécessairement, ce qui est vrai dans un cas peut être erreur dans un autre, il y a
des considérations de personne, de lieu, de temps qui sont en cause. Et, quand
vous regardez votre projet de loi, les articles 15 et 16, il
y a neuf critères possibles, neuf
critères de jugement pour qu'un gestionnaire puisse légitimement,
correctement et valablement, au plan juridique, refuser l'accommodement, et par
conséquent c'est une série de débats. Moi,
personnellement, je ne pourrais pas agir comme arbitre dans le domaine parce que je me commets devant vous, mon
impartialité est bien sûr vidée de toutes pièces, mais ce n'est pas important.
Et il y aura des débats nécessairement,
c'est un exemple entre autres. Et ce qui est vrai par les scrutins, ce qui sera
vrai dans un arrondissement de la
ville de Montréal pourrait être faux de l'autre côté de la rue, dans un autre
arrondissement, etc., donc des problèmes, des conflits internes.
Le Président (M.
Ferland) : M. le ministre.
M. Drainville :
Donc, vous dites, d'un côté, les critères… notamment les critères de
raisonnabilité qui sont inscrits dans
notre projet de charte reflètent l'état du droit, et vous ajoutez que ces
critères qui sont déjà dans la jurisprudence sont sujets à
interprétation nécessairement, hein, comme…
M. Morin
(Fernand) : Pas à interprétation, à adaptation des circonstances de
temps, de lieu et de personne.
M. Drainville :
Mais vous ne pensez pas…
M. Morin
(Fernand) : Et vous avez dans les articles 15 et 16 neuf
conditions, neuf critères pour évaluer la qualité de l'accommodement
demandé, et ces neuf critères sont autant d'excuses possibles pour les refuser.
M. Drainville : Oui, je veux bien. Mais, sur le
fond des choses, est-ce que vous êtes d'accord avec les critères qui
sont proposés?
D'abord,
il faut, pour les gens qui nous écoutent, là, faire la part des choses.
L'article 15 précise les quatre grands critères qui s'appliquent à toute demande d'accommodement qui serait
faite à un organisme public. Donc, il faut d'abord qu'il y ait discrimination. S'il y a un potentiel
de discrimination, la demande d'accommodement doit respecter l'égalité hommes-femmes. Par la suite, on passe au critère
de raisonnabilité, donc pas de contrainte excessive eu égard au respect des
droits d'autrui, santé et sécurité, bon
fonctionnement, les coûts également. Et finalement, pour une demande
d'accommodement qui est faite, donc,
toujours à un organisme public, il faut que le principe de la séparation des
religions et de l'État ainsi que la
neutralité religieuse et la laïcité soient respectés. Ça, c'est les quatre
grands critères qui vont s'appliquer, si la loi est votée, à des
demandes d'accommodement des organismes publics.
Les points…
L'article 16 compte effectivement cinq paragraphes, mais il faut bien
préciser qu'on parle ici de l'encadrement
des demandes de congé religieux. Je voulais juste préciser ça, là, parce que
vous sembliez dire qu'il y avait neuf
critères qui s'appliquaient à l'ensemble de demandes d'accommodement. Il faut
être prudent. Les quatre premiers, effectivement
à l'ensemble des demandes d'accommodement, et l'article 16, les cinq
autres, dirions-nous, c'est spécifiquement pour la question des congés
religieux.
Mais je veux juste revenir sur… Les gestionnaires
que nous avons rencontrés, plusieurs d'entre eux dans tous les domaines, que ce soit hospitalier, dans le domaine
des commissions scolaires, je vous dirais qu'il y a un assez fort consensus, en fait, M. Morin, y compris au sein de la classe politique, pour
dire qu'il faut mieux baliser les demandes d'accommodement. Donc, vous vous inscrivez contre cette volonté de
mieux baliser les demandes d'accommodement tel que nous le faisons dans
le projet de loi?
Le Président (M.
Ferland) : M. Morin.
M. Morin (Fernand) : Non, c'est une... Je dirais que ce n'est pas comme ça, je pense, que
c'est... C'est que, si un gestionnaire
veut refuser, il peut très bien, à l'aide de ces critères, hein, refuser.
Prenons… Il y a une question, par exemple... Il y a des domaines, des données que le salarié, comme tel, ne peut pas
disposer nécessairement. Je vais prendre juste un exemple : l'absence. Est-ce qu'il est
irremplaçable ou remplaçable, etc.? En raison des effets de son absence, hein…
Que sait-il des besoins de l'ensemble
du service et combien de personnes sont disponibles, peuvent être appelées en
rescousse? Comment peut-il répondre à ça?
M. Drainville :
Si vous me permettez, il y a la loi, et par la suite il y a l'application de la
loi. Et ce n'est pas rare, vous
savez, qu'on vote une loi puis après ça on se donne une réglementation qui va
avec la loi. Vous avez travaillé dans le domaine du travail très longtemps, vous savez très bien qu'à un moment
donné il faut se donner des règles internes qui découlent des principes
qu'on se sera donnés.
Alors, nous, on prend
la jurisprudence. En tout cas, pour ce qui est de la partie, là, des critères
de contrainte excessive, on prend la
jurisprudence, on la codifie par un texte législatif. Et ce qu'on dit également
dans les politiques de mise en oeuvre, on dit : Une fois qu'on aura
voté ces grands principes, ces grandes balises, il va falloir par la suite qu'il y ait des politiques de mise en oeuvre dans
les ministères qui vont appliquer, donc, concrètement les balises qu'on se sera données. Et éventuellement il y aura dans
les écoles, il y aura dans les universités, il y aura dans les hôpitaux des,
comment dire… appelons ça le manuel
d'application, mais ça, ça va se faire avec le temps, comme ça se fait pour
toutes sortes d'autres législations.
Avec le temps, on met en pratique la loi, on apprend à travailler avec cette
loi-là sur le terrain et on se donne les règles plus précises, plus techniques,
la mécanique d'application. Je ne vois pas en quoi c'est problématique,
puisqu'on le fait déjà pour beaucoup d'autres législations.
Et je vous le dis
encore une fois, là : Les gestionnaires, vous savez, ils ne se promènent
pas avec la pile des jugements de la Cour
suprême, les gestionnaires. Ils ont besoin, à un moment donné, qu'on les aide.
Et actuellement... Vous voyez ce que
les infirmières ont dit, la FIQ, tiens, principal syndicat des infirmières, qui
sont favorables à la charte et qui
disent : Ça prend des balises. Pourquoi? Parce que dans le tiers des cas
c'est notre infirmière sur le plancher qui est obligée de prendre la décision au sujet de la demande
d'accommodement. Elle ne monte pas au gestionnaire, c'est l'infirmière elle-même sur le terrain qui doit
prendre cette décision-là, souvent dans des situations... vous comprenez, hein,
dans le domaine de la santé c'est souvent des décisions qu'on doit prendre
rapidement, situations de tension, parfois situations
de fatigue. Alors, c'est les gens aussi sur le terrain, comme les enseignantes,
d'ailleurs, qui nous demandent la
même chose : Donnez-nous des balises, parce qu'actuellement la situation,
elle n'est pas claire. Même si la jurisprudence, elle existe… Puis vous, vous êtes un spécialiste de la jurisprudence,
puis c'est pour ça que vous venez partager avec nous vos connaissances, puis on l'apprécie énormément,
mais les gens qui sont sur le terrain, ils demandent une sorte de manuel
qui va clarifier les choses. Et donc je vous
demande : Au-delà des difficultés que vous soulignez, sur le principe même
de clarifier les règles, y compris les règles existantes, est-ce que vous êtes
d'accord avec ça?
Le Président (M.
Ferland) : M. Morin.
M. Morin (Fernand) : On ne peut pas être contre ce que vous dites actuellement, tel que vous
le formulez, mais la transposition
pratique, ça peut être une tout autre chose, et il s'agit d'un gestionnaire qui
veut refuser l'accommodement, pour
une raison ou pour une autre, qu'on lui donne nécessairement tout ce qu'il faut
pour... Il y a un manuel ici pour refuser, pour refuser l'accommodement,
c'est...
M. Drainville : Bon, on ne va
pas...
Morin (Fernand) : …et quels que soient les rêves des gestionnaires que
vous avez pu rencontrer.
M. Drainville :
Mais vous avez raison de dire qu'il y aura toujours une part de la décision qui
appartiendra au bon jugement et au bon sens, on s'entend là-dessus. Mais
ça, si vous me permettez, c'est un principe qui s'applique à l'ensemble des
affaires humaines.
Si vous me permettez,
on va passer à un autre sujet. Il me reste combien de temps, M. le Président?
Le Président (M.
Ferland) : Il reste quatre minutes.
M. Drainville :
Oh boy! Bon. Alors, si je comprends bien votre mémoire… Enfin, je pense bien le
comprendre. Au sujet de la neutralité
religieuse et du caractère laïque des organismes d'État, vous dites, et je vous
cite : «Il allait de soi d'apporter cette dernière précision, car
autrement de multiples aspects de la configuration du Québec auraient été modifiés ou seraient susceptibles de l'être.»
Donc, vous semblez d'accord avec la reconnaissance formelle dans la charte
du caractère neutre de l'État québécois sur le plan religieux, sur le plan,
donc, de sa laïcité.
Maintenant,
à partir du moment, donc, où vous êtes d'accord, c'est ce que je crois
comprendre de votre mémoire, vous
êtes d'accord avec la reconnaissance de la neutralité religieuse de l'État,
est-ce que, pour vous, ce serait acceptable d'interdire pour certains
agents de l'État le fait de manifester ouvertement leurs convictions
religieuses, par exemple pour les policiers,
ou les gardiens de prison, ou les juges? Est-ce que, pour vous… Dans le
prolongement de cette neutralité
religieuse de l'État avec laquelle vous êtes
d'accord, est-ce
que vous êtes d'accord
avec une restriction pour les agents coercitifs?
J'ai bien compris que, pour l'ensemble des signes, là, tel que nous le
proposons, ça, vous êtes contre ça, vous avez un problème avec ça, mais, pour les agents coercitifs, est-ce que
vous seriez prêt à vivre avec ça ou même là-dessus vous trouvez... vous seriez opposé?
Le Président (M.
Ferland) : M. Morin.
M. Morin
(Fernand) : Oui. Je dirais que, pour ce qui est des policiers, je
comprends très bien la question. Je comprends très bien que, compte tenu du
moment où ils interviennent, il ne faut pas donner prétexte aux citoyens de réagir autrement en disant : Toi, parce que
tu es de telle religion… etc., tu sais, une réaction semblable. Je comprends très bien que, comme policier… Je n'ai
aucune, aucune difficulté.
Par ailleurs, mon seul point au niveau du port de signes, c'est la généralisation,
la radicalisation du système pour tous.
Faire assimiler chaque fonctionnaire à un représentant de l'État,
ça me paraît une glissade trop rapide à
ce niveau-là. Je pense qu'un
fonctionnaire demeure un salarié, demeure une personne entière, et il ne perd
pas son âme personnelle parce
que de 9 à 5 il travaille pour l'État.
Le Président (M.
Ferland) : M. le ministre.
M. Drainville : Je veux juste vous dire en terminant, parce que
malheureusement il nous reste très peu de temps… Vous
faites référence également, dans votre mémoire, à l'article 30, là,
c'est-à-dire, dans le fond, la transposition dans la loi d'une directive qui existe déjà — et d'ailleurs qui a été adoptée sous le
gouvernement précédent — et qui prévoit, disons,
résumons ça comme ça, là, qui prévoit que, dans les garderies, CPE et les
garderies privées subventionnées, on
ne doit pas faire l'apprentissage de la religion aux enfants, on ne doit
pas essayer... Bon, alors...
M. Morin
(Fernand) : Ça, je suis tout à fait d'accord, monsieur…
M. Drainville :
O.K., vous êtes d'accord. Parce que...
M. Morin
(Fernand) : …mais sauf sur... Je fais une mention simplement sur le
régime alimentaire.
M. Drainville :
Oui, mais, sur le régime alimentaire, vous savez, ce n'est pas interdit actuellement
dans une garderie, pour un papa ou une
maman, d'arriver, par exemple, à la garderie puis de remettre à l'éducatrice, par exemple, ou à la direction, là, s'il y
a un arrangement... de dire :
Écoute, voici la nourriture que je voudrais que tu serves à mon enfant ce midi, là. Les garderies gèrent ça
différemment, elles ont des... certaines gèrent ça d'une telle façon, d'autres
le gèrent de d'autres façons, mais, moi,
quand j'ai rencontré, par exemple, l'association des CPE, elles m'ont dit que certains de
leurs membres accommodaient très bien les parents, qui ne leur… qui ne
demandaient pas nécessairement un...
Président (M. Ferland) : Sur ce, M. le ministre, le 20 minutes étant écoulé, je dois malheureusement... Mais il y aura un
autre tour tout à l'heure. Alors, je cède la parole au député de LaFontaine. M.
le député.
Tanguay : Merci. Merci beaucoup, M. le Président. D'abord, M. Morin, merci beaucoup pour le temps
que vous avez pris pour rédiger le mémoire et aujourd'hui d'être présent
et répondre à nos questions.
Vous
me permettrez, M. Morin, juste rapidement de répondre à ce qu'a dit le ministre
un peu plus tôt. Et vous avez vu un appel au règlement
qui était... qu'il a occasionné...
M. Morin (Fernand) : ...ça, monsieur, là, je ne pourrai pas... Ce n'est pas de la
sous-traitance que je fais, là, hein, vous ne me parlez pas pour...
M. Tanguay :
Non, mais vous avez raison, vous avez tout à fait raison. Alors, je vous
remercie beaucoup.
M. le Président, je pense qu'il est important de corriger les propos du ministre
lorsqu'il essaie de nous faire dire des choses que l'on n'a pas dites. Il a dit hier,
le ministre, que le Parti
québécois, par le projet de loi n° 60, créait la neutralité religieuse de l'État, rien de moins. Les
galées le démontreront, il a dit que le projet de loi n° 60
créait la neutralité religieuse de l'État.
Or, elle existe déjà. Je n'ai pas besoin de revenir sur ce que j'ai fait hier
et ce matin, la démonstration par A plus B qu'elle existe dans la liberté de religion, droit à l'égalité et, dans
la
Loi sur la fonction publique,
l'impartialité. Donc, le Parti québécois ne crée pas, c'est une
situation de droit et de fait.
Deuxième
élément : Depuis le 5 septembre, sur le site du Parti libéral du
Québec, plq.org, nous avons toujours clairement
indiqué que nous souhaitons — et ça fait
partie du très large
consensus — que l'on
inscrive à l'intérieur de la charte
québécoise des droits et libertés le principe de neutralité de l'État. Et ça,
ça fait
partie du consensus très, très large, M. le Président. Et il est important de souligner que le projet de
loi n° 94 en 2010, M. le Président, qui avait été déposé par ma collègue Kathleen… ma collègue députée, à
l'époque ministre, inscrivait dès 2010 — ça, c'était un projet de loi libéral — le principe de la neutralité, venait
reconnaître cet état de fait. Et l'on disait aux articles 10… À
l'article 4, le principe de
neutralité religieuse de l'État devait y être inscrit. À ce moment-là, M. le Président,
il est important de souligner que malheureusement l'actuel ministre, qui
était député à l'époque, a participé à bloquer ce projet de loi là.
Alors,
quand on vient de voir le raccourci qui vient d'être fait, je pense qu'on fait
écho à ce que disait Gérard Bouchard, La démagogie au pouvoir ,
M. le Président. Je pense que ce sont des propos qui viennent accréditer la
thèse de Gérard Bouchard, lorsqu'on insinue de telles choses.
Le Président (M. Ferland) :
Là-dessus, je vous inviterais…
M. Drainville : M. le
Président, sur un rappel au règlement. Je pense que c'est important que je le
fasse.
Le Président (M. Ferland) :
Oui, monsieur. Oui, oui, et voilà, allez-y.
Drainville : J'étais
président de la Commission des institutions à ce moment-là. Alors, je suis sûr
que vous n'êtes pas en train de dire
que j'ai utilisé mon siège de président de la Commission des institutions pour
bloquer quoi que ce soit, je suis sûr que ce n'est pas ça que vous
vouliez dire.
Le Président (M. Ferland) :
Merci, M. le ministre. Oui, mais…
Tanguay : Je vous réponds? Question, simple question :
Avez-vous participé au débat? Vous êtes-vous prononcé sur le projet de
loi n° 94?
Le Président (M. Ferland) :
Écoutez, on est… Non, je ne veux pas tomber…
M. Tanguay : Je vous le
confirme.
Le Président (M. Ferland) :
M. le député de LaFontaine, M. le député de LaFontaine!
M. Tanguay : Non, vous n'avez
pas présidé tout le temps.
Le Président
(M. Ferland) : Bien, écoutez… Sans ça, je vais suspendre
quelques instants, si vous continuez dans cette veine-là, monsieur…
M. Tanguay : Alors, M. le
Président, par respect pour M. Morin, continuons.
Président (M. Ferland) : Est-ce que je peux parler? Je préside
encore cette réunion, laissez-moi au moins faire mon travail. Alors, je vous invite tout simplement à faire
attention. Je n'empêcherai pas les échanges, les commentaires entre
parlementaires sur vos opinions ou vos perceptions, au contraire, mais je vous
invite à la prudence.
Et je vous
rappellerais qu'il y a des gens comme M. Morin et d'autres… On a encore
au-delà de 200 personnes qui
vont venir, M. le député, qui ont pris la peine de présenter un mémoire. Alors,
j'aimerais qu'on s'adresse à ces gens-là, qu'on les questionne et qu'on
leur permette de commenter.
M. Tanguay : Parfait, M. le
Président.
Le Président (M. Ferland) :
Allez-y, M. le député.
M. Tanguay :
Je vous remercie beaucoup, M. le Président. Je le prends à mon compte, votre
commentaire, qui est tout à fait
justifié, et je suis sûr que tous les collègues, incluant le ministre, le prend
à son compte. Mais on ne laissera jamais passer, M. le Président, des
commentaires de cet ordre-là, de cet ordre-là.
Président (M. Ferland) : Je m'adressais à l'ensemble des
parlementaires, je m'adressais à l'ensemble des parlementaires.
Tanguay : On va être vigilants, M. le Président. Ça, je vous
l'assure.
Le Président (M.
Ferland) : Allez-y, M. le député.
Tanguay : Alors, M. le Président, rapidement. M. Morin,
merci beaucoup. Désolé pour cet échange. Deux points très précis, mes collègues ont des questions.
Malheureusement, on n'a que 14 minutes. Le Code du travail, clairement, établit, et même la jurisprudence,
l'obligation, pour un syndicat, de défendre ses membres. Vous avez été…
Tanguay : Oui, vous avez tout à fait raison. Lorsque l'on voit…
Vous avez lu, vous avez commenté l'article 14 du projet de loi. Lorsque l'on parle d'une
gradation de mesures disciplinaires, vous dites, et je vous cite… Vous trouvez
ça un peu radical. Hier, il a été démontré
effectivement qu'à un certain moment donné il y a… Et je voudrais vous entendre
là-dessus, mon point, puis je vais vous laisser le temps de répondre.
J'aimerais vous entendre étayer l'état de fait de l'article 14 du projet de loi n° 60. C'est que, de un,
ultimement, mesure disciplinaire veut dire perdre son emploi. Et, de deux, deuxième volet, les syndicats… Là, on
parlait de la FIQ, mais ce n'est que 60 % de ses membres. Autrement dit,
ce n'est pas 100 %. 40 % sont contre, et même d'autres syndicats se
sont dissociés de la FIQ. Le syndicat, de deux, a l'obligation de défendre ses membres, il ne peut pas dire : Ah!
bien ils perdront leur job, puis ce sera… Comme les syndicats nous ont
accoutumés, ils doivent défendre leurs membres bec et ongles. J'aimerais vous
entendre là-dessus.
Le Président (M.
Ferland) : M. Morin.
M. Morin (Fernand) : Oui, c'est une très belle question. Enfin, comme professeur
d'université en droit du travail, j'aurais été très heureux qu'un élève,
qu'un étudiant me pose une pareille question. Ce n'est pas arrivé.
Alors,
ce que je veux dire, c'est que, cette règle, sans doute que monsieur l'a
oubliée.
L'article 47.2 est impardonnable sur ce point-là, c'est une obligation, ça fait
partie du mandat même
que… Par l'accréditation, c'est ce que demande… et c'est le pouvoir et l'obligation qu'a le syndicat,
de représenter tous et chacun des salariés. Qu'il soit ou non d'accord sur le
fond, il doit les représenter au plan
juridique, représenter. Par conséquent, si jamais il ne le fait pas, le
syndicat ne le ferait pas, il y aurait une plainte contre le syndicat,
et aux frais du syndicat d'ailleurs, hein?
Le Président (M.
Ferland) : Mme la députée de… Notre-Dame-de-Grâce, c'est ça,
excusez. Allez-y.
Weil : Merci, M. le Président. Oui, Me Morin, je voudrais vous dire dans
un premier temps : On est très heureux de vous recevoir, vous êtes
un juriste éminent. Mon seul regret, c'est qu'on n'a pas plus de temps avec
vous, parce que vous avez un passage extraordinaire sur une étude
article par
article — j'espère
que le ministre en tiendra compte si on arrive à l'étape d'article par
article — qui
est très éclairant et qui semble montrer beaucoup d'obstacles, beaucoup de difficultés, etc., parce que vous êtes
beaucoup… Et vous connaissez bien, évidemment, l'arrêt Oakes et tout,
mais je ne veux pas aller dans les détails techniques.
Comment
vous, votre interprétation des expressions «libre et démocratique» tel
qu'affirmé par le juge Dickson, le
sens lorsqu'ils parlent d'une société libre et démocratique et lorsqu'on
interprète des restrictions aux droits fondamentaux, les libertés fondamentales
telle la liberté de religion… comment vous faites, comment dire, la
conciliation entre ces paroles et cette vision et l'interdiction qui est
édictée ou qui serait édictée dans ce projet de loi?
M. Morin (Fernand) : «Libre et démocratique», ce sont des principes au départ, hein, on
allègue au niveau des principes le
mode général d'une gestion, d'organisation, d'aménagement d'une société. Je
pense qu'à ce moment-là il faut le
transposer en plus à quelle occasion on peut mettre en relief ou on peut mettre
en… discuter de cette question : Est-ce que l'acte, ou le geste, ou
la situation est libre et démocratique? C'est dans ce sens-là.
pense que, si… Pour ma part, je dirais, et dans le domaine de la religion…
C'est pour ça que j'ai commencé mon
texte en disant que, lorsque le législateur touche aux questions de
religion, aux questions de croyance, il ouvre une porte battante. Il ne sait pas comment la porte va
se refermer, parce qu'il y a des éléments, des… on a une société… Et Québec, à ce niveau-là, je pense qu'il est très
important de le considérer, dans ce cadre-là, qu'il y a une grande différence
entre la ville de Québec et les environs et
la situation de Montréal. Et c'est pour ça que je trouve que le projet de loi
s'adresse davantage… dans les
premières implications qu'il y aura en pratique, ce sera à Montréal. Et c'est
dans ce sens-là que je trouve que, si une société respecte, par exemple,
les principes fondamentaux, notre société respecte les principes fondamentaux de l'article 3 de la charte,
toutes les six facettes de la dimension de liberté de conscience, d'expression,
de religion, d'opinion, si on respecte ça et
si la disposition que vous mettez en cause respecte ces six facettes, je trouve
qu'à ce moment-là, démocratiquement,
c'est notre mode de vie qu'on élabore, qu'on articule par un
article de loi. À
ce moment-là, je n'ai plus rien à
dire, c'est la contrepartie de la règle démocratique. La règle démocratique,
c'est la loi de la majorité, ce qui
suppose, bien sûr, que ce qu'on espère — et Jean-Jacques Rousseau le soutenait, c'est
ce qu'on espère — c'est
une majorité éclairée. Et, la façon de l'éclairer, c'est ici à
l'Assemblée nationale par les partis qu'on peut éclairer.
Le Président (M.
Ferland) : Allez-y, Mme la députée.
Mme Weil :
Je vous remercie. Je n'ai pas le temps, je vais laisser mes collègues… Mais
j'aurai une autre question que je vous poserai après.
Président (M. Ferland) : Alors, je reconnais la députée de
Bourassa-Sauvé. Allez-y.
Mme de Santis :
Combien de temps?
Le Président (M.
Ferland) : Il reste cinq minutes et… un petit peu moins. Cinq
minutes, disons.
de Santis : Merci beaucoup, M. le Président. Merci
beaucoup. J'aimerais faire référence à un sujet qu'on a abordé hier, l'Hôpital Marie-Clarac. L'Hôpital
Marie-Clarac, c'est un hôpital privé subventionné. J'aimerais aussi faire
référence à l'article 10 du projet de
loi n° 60. Et vous en faites vous-même… à la page 11 de votre
mémoire, vous en faites référence.
J'aimerais rappeler à tout le monde que cet
article dit que «lorsque les
circonstances le justifient, notamment en
raison de la durée du contrat ou de l'entente, de sa nature ou des lieux de son
exécution, un organisme public peut exiger de toute personne ou société avec laquelle il conclut un contrat de
service [...] — etc. — de respecter un ou plusieurs des
devoirs et obligations [qu'on retrouve] aux chapitres II et III».
Donc,
il y a là la possibilité que l'Hôpital Marie-Clarac, où aujourd'hui la directrice
générale, c'est une soeur, une religieuse… peut être sujet à ce projet de loi, n'est-ce pas? Et j'aimerais avoir votre opinion là-dessus
et j'aimerais aussi que vous nous
expliquiez dans des mots que tout le
monde peut comprendre ce qu'implique
cet article, parce que, pour
moi, cet
article va très loin parce que ce n'est pas seulement
les 600… fonctionnaires de l'État qui
sont couverts par le projet de loi, mais la possibilité va au-delà de
Le Président (M.
Ferland) : M. Morin.
M. Morin (Fernand) : C'est pourquoi je l'ai souligné. J'ai souligné l'importance de l'article 10, je me souviens très bien,
parce que cette
personne-là, cette entreprise est aussi employeur et que, par conséquent, si
elle est soumise à la loi, elle sera…
ses salariés devront également obtempérer aux directives. Et je pense qu'à ce
moment-là ce n'est pas assez clair
dans le projet de loi que cette obligation incombe, incombe, et je dirais qu'on doit l'ajouter probablement dans les règles de mise en
transposition, en pratique. On doit préciser à un donneur d'ouvrage… Comme
donneur d'ouvrage, l'État est donneur d'ouvrage à un entrepreneur. Par conséquent, on doit souligner,
on devrait souligner dans le devis qu'il y aurait sujet à l'application de la charte, pour le fait
que l'employeur ne change pas unilatéralement les conditions de travail des
salariés, parce que, là, il va donner du travail à bien des arbitres puis à
bien des syndicats.
Président (M. Ferland) : Merci. Je reconnais le député de Lotbinière-Frontenac. Il reste à peu près deux… pas tout
à fait deux minutes.
Lessard : Oui,
c'est parfait. Alors donc, Me Morin, merci. Donc, question : Vous parlez de la radicalisation, du fait qu'on étend l'obligation de ne pas porter de signe à tous les employés de l'État.
Donc, exemple, un traducteur qui vient
du ministère des Communications ne devrait pas le mettre. Un
commis de département ne serait pas obligé… ne devrait pas le mettre. Le préposé à la balance à la Société de l'assurance automobile, le mécanicien
de la STM, le technicien aux
équipements audiovisuels, donc, dans l'idée du ministre, lorsque le technicien
à la STM remplace les pneus puis qu'il porte
un signe, il pense qu'il est en train d'induire les autres travailleurs
mécaniciens de sa religion. Il pense que le commis qui transporte des colis d'un département à
l'autre est en train de transmettre sa religion. Donc, est-ce que c'est bien ça
que vous dites…
M. Morin
(Fernand) : Exactement.
Lessard : …cette radicalisation qui dit que tout le monde
qui porte un signe quelconque est en train d'induire n'importe qui dans
sa religion, et c'est la raison première pour laquelle il le met?
M. Morin (Fernand) :
On instrumentalise chaque personne, chaque salarié comme un agent de l'État
pour l'habiller ou le déshabiller selon les
prescriptions, et c'est ça qui m'apparaît important. Puis, je dirais, parfois
négatives.
Compte
tenu de mon âge, j'ai vécu, moi, 1960, hein, j'ai vécu… J'étais un jeune
professeur à ce moment-là — parce que j'ai été jeune un temps — j'étais
un jeune professeur aux Sciences de l'administration ici, à l'Université Laval.
C'étaient des Frères des écoles chrétiennes
qui l'avaient mise en place, la faculté. Il y avait beaucoup d'enseignants qui
étaient en soutane. Jamais, jamais je n'ai
entendu un étudiant ou un de mes collègues laïques critiquer le fait que
l'autre, le mur à côté, était en soutane.
Le Président (M.
Ferland) : Alors, M. Morin, je m'excuse, on doit aller
maintenant au député de Blainville.
Ratthé : Merci beaucoup, M. le Président. Me Fortin, merci
d'être là. Un mémoire très étoffé, qui va sûrement nous être utile,
d'ailleurs, dans l'étude
article par article, parce que vous êtes allé très
précis sur des articles.
D'ailleurs,
j'ai soulevé… Et je n'ai pas beaucoup de temps, en ce qui me concerne, à peu
près quatre minutes. J'ai soulevé que
vous aviez un questionnement sur toute la question de la période tampon, qui
peut varier d'un organisme à un autre. Vous suggérez même peut-être
qu'elle devrait être plus longue.
Est-ce que vous
pensez qu'il devrait y avoir une période tampon pour l'ensemble de
l'application de la loi? Est-ce qu'elle
devrait être plus longue? J'aimerais vous entendre, là, prendre les deux, trois
minutes que j'ai pour m'expliquer votre point de vue.
Morin (Fernand) : C'est ma
crainte qu'en… Je pense qu'au niveau… Je peux comprendre la logique de fond
de faire des scrutins point par point, par groupes de population visés
directement, je peux comprendre ça, mais ce qui m'apparaît difficile, à ce moment-là, c'est qu'on entretient le feu, le
feu possible d'un problème, on radicalise, on généralise le problème et on va toujours avoir une braise
quelque part parce qu'il y aura des scrutins, des scrutins et des scrutins,
etc. C'est dans ce sens-là que je trouve que c'est dangereux, et c'est
dangereux parce qu'on ne sait pas quelles seront les conséquences, hein?
C'est pour ça
que j'ai fait une pirouette, tout à
l'heure, sur l'augmentation des frais de scolarité pour les étudiants et ce que ça a donné. Ce que je veux dire par là, c'est que ce qui
serait mieux, à mon avis, ce serait d'avoir une période tampon règle
générale avec une date de tombée radicale, si vous me permettez l'expression.
M. Ratthé : Et est-ce que
vous recommandez une période tampon plus longue que celle qui est suggérée actuellement?
Est-ce que vous aviez…
M. Morin (Fernand) : Bien, elle est
de cinq ans possible.
M. Ratthé : Cinq ans, donc,
pour vous, ça paraît suffisant?
M. Morin (Fernand) : Tout à fait.
M. Ratthé : Mais elle devrait
être la même pour tous?
M. Morin
(Fernand) : Oui. Et ce qui
permettra, si vous voulez, aux différents ministres, aux différents
responsables d'organisme de mettre au
point, là, mettre au point le système et avoir une certaine uniformité, parce qu'au plan strictement de la mécanique vous allez avoir un ministre
responsable chargé des choses, vous avez dans chaque secteur des ministres
responsables, et par conséquent il y aura
nécessairement… il devrait… il pourrait y avoir, je devrais dire, conflit entre
les ministres. Et, selon la loi, c'est le
ministre responsable qui départagerait les ministres. J'ai rarement vu ça au
Québec, qu'un ministre pourrait
départager. Il y a eu l'expérience sous le Parti québécois jadis, sous
M. Marois, des superministres, mais ils étaient quand même limités
à quelques ministres, et c'était… ils travaillaient en groupe, de toute façon.
Ratthé : Donc, c'est clair pour moi : période de cinq ans
acceptable, mais uniforme pour tous, avec une date butoir.
M. Morin (Fernand) : Oui.
M. Ratthé : Ça me convient.
Merci, M. Fortin.
Président (M. Ferland) : Merci, M. le député. Maintenant, je
reconnais la députée de Gouin. À vous la parole.
Mme David : Merci, M. le
Président. Une question que je vous adresse pour commencer.
Le Président (M. Ferland) :
Oui, allez-y.
Mme David :
La collègue de la Coalition avenir Québec n'ayant pas pris son temps de parole,
est-ce que je dispose d'un peu plus de temps?
Président (M. Ferland) : Non, c'est… Vous avez trois minutes,
on ne peut pas répartir le temps. Donc, vous disposez de trois minutes.
Mme David :
Ça aurait été pourtant sympathique. Bonjour. Merci beaucoup d'être présent.
J'ai deux questions pour vous, je vais les poser rapidement.
Vous avez
parlé du rapport majorité-minorité. Vous avez dit : Ce genre de loi là va forcément
être adopté par une majorité, que
vous espérez éclairée. Moi, ce que je voudrais vous demander : Compte tenu
de l'importance des changements induits
par une charte de la laïcité, quelle devrait être une majorité acceptable?
Au-delà des règles habituelles, quelle devrait être une majorité acceptable, à votre avis, sur le plan politique, sur
le plan moral, sur le plan de l'avancement d'une société pour qu'il y
ait réellement acceptation d'une charte de la laïcité?
M. Morin
(Fernand) : Personnellement…
Je ne suis pas très fort dans les chiffres, hein, alors je ne vous donnerai
pas de chiffre. Je vous dirais que, personnellement, je souhaiterais qu'elle
soit retenue à une très forte majorité pour qu'elle
s'impose elle-même. C'est important qu'elle s'impose, et d'autant plus qu'on en
fait une deuxième charte. Une deuxième charte, aussi, on élève le niveau
au niveau pas seulement, je dirais, virtuel, mais au niveau hiérarchique de la législation, on l'élève en faisant une charte.
Par conséquent, je pense que c'est important qu'elle soit bien martelée et
bien soulignée par l'Assemblée nationale, qui est l'autorité suprême.
Mme David :
Merci. Et j'ai le temps, je pense, pour une deuxième courte question. Je pense
que, dans tout le débat sur la question
du port des signes religieux, implicitement on fait référence au fait que les
employés de l'État… On cite souvent la fonction publique, mais je rappelle
avec vous effectivement que, là, on parle de 600 000 personnes. On est
bien au-delà de la simple fonction
publique, où il y a à peu près 80 000 personnes, mais c'est comme si on
faisait de l'ensemble des employés de
l'État des agents de l'État représentatifs. Et on en fait autant pour un
certain nombre… en fait nombreuses entreprises privées qui en ce moment
même et dans l'avenir contractent avec l'État.
Trouvez-vous
raisonnable que ces 700 000 ou 800 000 personnes, finalement, soient
considérées comme des agents de l'État?
M. Morin (Fernand) : Je pense que ma réponse est dans le texte. Pour
moi, c'est… je ne dirais pas «déraisonnable», mais ce n'est pas objectif, ce n'est pas, je dirais, valable et c'est
exagéré, c'est exagéré. Ça parle d'une idée comme si on voulait
évangéliser, évangéliser la province…
Président (M. Ferland) : Alors, malheureusement, M. Morin,
c'est tout le temps. Je dois reconnaître la députée de Montarville. À
vous la parole.
(Montarville) : Oui. Merci beaucoup, M. le
Président. Bonjour, Me Morin.
Merci pour votre mémoire, un mémoire
étoffé. Vous nous expliquez et décortiquez les articles du projet de loi n° 60, et j'aimerais profiter de votre expertise, puisque vous êtes un éminent
juriste, pour vous poser une question plus précise. On en parlait hier, d'ailleurs, avec le ministre.
L'article 10 du projet de loi n° 60, et
vous en parlez à la page 11 de votre mémoire, alors j'aimerais que
vous nous expliquiez ce que l'article 10
du projet de loi n° 60 — vous
en parlez à la page 11 de votre mémoire — signifie.
Et, plus précisément, signifie-t-il que la charte pourra s'appliquer au secteur
privé lors de contrats de services? Alors, j'aimerais que vous élaboriez sur ce
que vous… sur vos enseignements sur l'article 10.
M. Morin (Fernand) : Oui. Bien, c'est ce qu'on a un peu soulevé tout à l'heure également. C'est qu'indirectement, parce qu'il y a un contrat, le donneur d'ouvrage — c'est ce qui est prévu — du
fait de la nature du donneur d'ouvrage, l'entrepreneur, le sous-traitant
aurait à ce moment-là l'obligation, hein, de la respecter.
C'est
dans ce sens-là que je trouve que… Ce qui est important, pour moi, c'est que
cette règle soit bien claire et précisée
dans le devis, notamment pour passer à la transposition pratique, dans le
devis, de manière à ce que l'entrepreneur, qui est employeur à l'égard
de ses salariés, doit être capable de l'imposer et que le syndicat, s'il y en a
un, ou que les salariés, s'il n'y a
pas de syndicat, puissent penser qu'il modifie les conditions de
travail. Parce que ce sont des conditions de travail, il y a déjà une
jurisprudence à savoir que le vêtement est une condition de travail. Le port de
tel, tel vêtement est une condition de travail, et ça pourrait faire un grief, etc. Et c'est important, je pense, que,
si on veut l'application… Je ne suis
pas contre l'article 10 comme tel, mais je pense que ce qui est
important, c'est que le message porte, soit bien clair pour ce qui est du donneur d'ouvrage, que le sous-traitant puisse
savoir qu'il est lié par cette disposition et de
façon à ce qu'il puisse, lui
aussi, lier ses salariés.
Mme Roy
(Montarville) :
Si je comprends bien, lorsqu'on parle du donneur d'ouvrage, donc l'État ou…
M. Morin
(Fernand) : L'État, oui, ou un organisme.
(Montarville) : …aura, passera un contrat avec une société. Donc là, on parle
d'une entreprise qui peut être une entreprise privée ou une
personne. La charte pourra s'appliquer à cette entreprise.
M. Morin
(Fernand) : Oui.
(Montarville) : Par exemple, une compagnie pharmaceutique qui fabriquerait
des médicaments, qui vendrait ses médicaments à l'État, est-ce que ça
pourrait s'appliquer?
M. Morin (Fernand) : Là, c'est juste une transaction, un achat. C'est une… Il n'y a
pas de suite, hein? Je ne pense pas que ce soit le cas, on ne puisse pas considérer le fabricant de produits
pharmaceutiques comme un entrepreneur. Un entrepreneur… Il n'y a pas eu
un contrat d'ouvrage.
(Montarville) : D'accord. Alors, c'est vraiment le contrat de services.
Tout sera dans le contrat, tout sera dans le lien qu'il y aura entre l'entreprise
privée et le gouvernement.
M. Morin
(Fernand) : C'est ça.
(Montarville) : Et ce n'est pas un lien qui est uniquement dans le lieu, si on comprend
l'article 10. On parle de nature, on parle de
temps. Ce n'est pas uniquement le lieu où le contrat serait effectué.
M. Morin
(Fernand) : Non, pas du tout, pas du tout.
Mme Roy
(Montarville) :
Parfait. Je vous remercie. Ça clarifie quelque chose pour moi.
Également,
au niveau du projet
de loi n° 60,
on parle de signes religieux ostentatoires, ostensibles. On définit la
grandeur ou la grosseur des signes qui seront permis et non permis, parce que
certains le seront s'ils ne sont pas ostentatoires ou ostensibles. Qu'est-ce
que…
Président (M. Ferland) : Malheureusement, le temps est écoulé.
Mme Roy
(Montarville) :
Ça va vite. Merci, maître.
Président (M. Ferland) : Alors, je vous remercie, M. Morin, pour votre mémoire,
le temps que vous avez pris pour préparer ça. Je suis convaincu que ça
va éclairer les membres de la commission pour la suite des choses.
Alors, sur ce, je
vais suspendre quelques instants pour permettre au prochain témoin de prendre
place.
(Suspension de la séance à
11 h 34)
Président (M. Ferland) : Alors, la commission reprend ses travaux. Nous allons maintenant
entendre Mme Michelle Blanc, en vous
mentionnant que vous disposez de 10 minutes pour présenter votre mémoire,
et suivra après l'échange avec les groupes parlementaires. Alors, la
parole est à vous, Mme Leblanc.
Mme Blanc (Michelle) : Bien, merci de me recevoir. Mon nom n'est pas
Mme Leblanc, c'est bien Mme Blanc.
Le Président (M.
Ferland) : Blanc? J'ai dit «Leblanc»?
Mme Blanc
(Michelle) : Blanc.
Le Président (M.
Ferland) : O.K. Excusez. J'ai ajouté un «le» sans… Allez-y,
Mme Blanc.
Mme Blanc (Michelle) : C'était
mon ancien nom dans une autre vie, puis ça m'a coûté assez cher de changer
de nom, avant que justement les
péquistes décident de faire une loi pour faciliter, justement,
ce changement de nom là.
Écoutez,
je suis vraiment émue d'être ici, je suis touchée. Je vous
remercie de me recevoir, M. le
Président, et Mmes les députées
et MM. les députés. Je remarque d'ailleurs qu'il y a beaucoup de femmes. Merci
à la Révolution tranquille pour ça.
sors de ma zone de confort et je vais vous parler un peu des aspects personnels
qui font que je viens discuter de la
charte avec vous aujourd'hui. Je sors de ma zone de confort, évidemment, je suis une spécialiste du numérique. J'aurais beaucoup
aimé discuter d'un plan numérique pour le Québec, mais aucun de vos
chefs n'a encore eu la vision de penser à ça. Pourtant, c'est plus que l'agriculture
et l'énergie mis ensemble, mais c'est une autre histoire.
Donc, je viens vous
parler à
titre de femme, de grand-mère et de lesbienne. Je ne vous parlerai pas
à
titre de transsexuelle, puisque je n'ai
pas d'existence légale au Canada. Vous le savez, le bill C-279 est encore en train
de dormir au Sénat, donc je n'existe
pas légalement. Et, comme je viens de vous le dire, bien j'ai déjà été un homme.
J'ai vécu… Je sais c'est quoi, être
quelqu'un de viril. Je sais c'est quoi, faire des jokes de cul. Je sais c'est
quoi, avoir des femmes qui nous
servent d'escortes, parce que j'ai fait le Collège militaire royal de
Saint-Jean, puis on avait des «blind dates». C'était la seule occasion où les femmes avaient le droit de mettre les
pieds, à l'époque, au Collège militaire royal. Et on faisait un concours
«dog of the night», on mettait chacun 5 $ dans un chapeau, et, la moins
avantagée par la nature, si l'élève-officier
avait été gentleman avec elle jusqu'à la fin de la soirée, il remportait le
chapeau. Donc, évidemment, j'ai quand même
un cheminement qui est assez particulier et qui fait que j'ai une vision qui,
je pense, vaut la peine d'être entendue.
Chaque jour, je suis victime de sexisme, de
mépris, de rejet. J'apprends à vivre avec ça, merci à mes psys. Mais évidemment,
si on parle de fait religieux, le mépris monte d'une coche, et, si on parle
d'intégrisme, il monte d'une très grosse
coche. Et, quand je parle d'intégrisme, je ne parle pas nécessairement
de l'intégrisme musulman, je parle même de l'intégrisme religieux chrétien. On n'a qu'à se fier au ministre
fédéral des religions pour comprendre que dernièrement il a décidé qu'on
pourrait «basher» la communauté LGBT si c'était fait dans un cadre religieux.
Puis on est au Canada encore.
Donc,
évidemment, l'intégrisme n'est pas très, très gentil avec les LGBT. D'ailleurs,
moi, quand je vois un voile, l'image
mentale que je me fais, ce sont tous les gais qui se font pendre haut et court
sur la place publique dans des pays de
la... en tout cas certains pays arabes, et évidemment on invite les enfants à
venir voir ça parce que c'est un show familial.
vous savez, j'ai aussi eu la chance d'apprendre des cours de psychologie, des
cours d'anthropologie culturelle, d'étudier
les religions. Je comprends le phénomène culturel religieux. Je comprends aussi
que la communication inclut du verbal
et du non-verbal et que la puissance évocatrice des symboles non verbaux est
assez forte. On n'a rien qu'à se souvenir
d'un petit morceau de tissu qui était gros de même et qui était rouge, et la
moitié du Québec se déchirait pour un
petit symbole de rien, finalement. Alors, évidemment, quand on voit des grosses
croix, quand on voit des voiles, quand on voit toutes sortes de symboles
religieux, évidemment, ils sont très, très connotés.
On interdit de faire
de la pub aux enfants parce que supposément ils sont susceptibles. Pourtant, il
y en a qui seraient prêts à laisser des femmes voilées avec nos enfants mineurs
à longueur de journée. Un enfant, évidemment, quand
il est dans la phase du pourquoi, il va se poser des questions : Pourquoi
tu portes le voile? Pourquoi les hommes n'en portent pas? Pourquoi,
quand mon papa, il vient me chercher, tu ne lui donnes pas la main? Et
finalement il va peut-être arriver chez eux,
il va dire à sa mère : Maman, moi aussi, je veux porter le voile. Est-ce
que c'est ce qu'on veut pour le Québec? Je suis loin d'être certaine de
Après
ça, bien on peut se dire aussi... Évidemment, vous êtes une jeune fille, vous
avez 14, 15, 16 ans, vous vous ramassez
à l'hôpital. Vous avez une maladie vénérienne à faire soigner, vous voulez
avoir la pilule contraceptive ou encore vous voulez avoir un avortement. Est-ce que vous voulez subir le
jugement moral d'un signe ostentatoire de votre médecin traitant ou de
l'infirmière qui vous rencontre? Il me semble que non.
Pas plus tard
que la semaine dernière, une dame qui est quand même assez respectée au Québec,
qui s'appelle Lise Payette, révélait
qu'elle était à l'hôpital, et qu'elle avait besoin de faire nettoyer ses
organes génitaux, et que la dame voilée
infirmière qui était là lui a dit qu'elle ne pouvait pas le faire, c'était
contre sa religion. Il me semble qu'on serait dus pour renforcir la laïcité au Québec. On serait dus pour faire un
«statement» et pour signifier aux nouveaux immigrants qui arrivent ici que l'homme est égal à la femme
et que la communauté LGBT, ce n'est pas des freaks qui méritent qu'on
leur crache dessus ou qu'on les batte. Il me semble.
Pourquoi la
charte de la laïcité ne va pas assez loin? Je suis contente d'être ici, dans le
salon rouge, parce que devant moi il
y a ce super beau monument sculpté où il n'y a... et évidemment il y a M. le
président aussi, mais juste au-dessus de M. le président je ne vois pas
la croix de Duplessis...
Le Président (M. Ferland) :
…allez-y, continuez, Mme Blanc.
Mme Blanc
(Michelle) : Je ne vois pas
la croix de Duplessis. Il y en a qui disent que la croix de Duplessis qui
est dans le salon bleu, c'est une mémoire
historique. Bien, moi, mon père, c'est un orphelin de Duplessis qui s'est fait
abuser sexuellement et par les frères et par
les soeurs, qui le cachaient quand venaient les parents pour adopter des
enfants parce qu'ils ne voulaient pas
perdre leur jouet sexuel, puis après ça, bien, ils l'ont envoyé dans un asile.
Ça, ça fait
partie de notre histoire.
Et, quand on dit qu'on veut conserver la mémoire histori