Culture and Education — 18 August 2015 (41st Legislature, 1st Session)
CCE 2015-08-18
Quebec — Committees
Actuellement, pour répondre aux besoins des populations
que nous desservons, l'UQAT a des campus, et des centres, et des points de service en Abitibi-Témiscamingue, dans le
Nord-du-Québec, dans la MRC Antoine-Labelle et même à l'extérieur de
ceux-ci. Il est important de noter que cette présence dans de nombreux sites se
fait toujours en partenariat avec d'autres institutions ou d'autres organismes. On n'est jamais présents seuls dans un
des sites. On partage les espaces, les infrastructures, on partage aussi
de plus en plus aussi les ressources.
Au fil des années, avec l'immensité du
territoire, nous avons aussi su développer une expertise technique et technopédagogique
dans le domaine des technologies de l'information et de la communication. À
titre d'exemple, là, je fais un petit peu
d'histoire, nous avons utilisé nos premiers tableaux interactifs en 1990 pour
assurer l'offre du bac en sciences
infirmières sur les cinq territoires de MRC. Ces tableaux interactifs, il y
avait le son qui passait, et le prof était dans un centre, écrivait au tableau, et ce qu'il écrivait au tableau
était — par
exemple, s'il était à Ville-Marie — présenté
à Rouyn-Noranda, à Amos ou La Sarre. Ce
n'était pas une technologie très performante, mais on l'a testée jusqu'à la
fin pour se dire : On ne peut pas trop,
trop travailler de cette façon-là, parce qu'il n'y avait pas d'élément vidéo.
Donc, nos premiers cours médiatisés ont été offerts en 1994, et, en
2000, toujours en partenariat avec les commissions scolaires, le cégep de l'Abitibi-Témiscamingue et la défunte
conférence régionale des élus, nous nous dotions collectivement de huit
salles de vidéoconférence, réparties sur tout le territoire de
l'Abitibi-Témiscamingue.
Aujourd'hui,
l'UQAT dispose d'un réseau de 25 salles de vidéoconférence, qui nous permet
d'assurer une présence et de rendre la formation accessible à la
grandeur de nos territoires. Je vous donne un seul exemple. L'an passé, pour permettre le démarrage du bac en enseignement
préscolaire-primaire sur le territoire de Mont-Laurier et celui de Val-d'Or,
pour lesquels, dans les deux territoires, on
avait un nombre d'étudiants insuffisant pour permettre l'offre du programme
et surtout permettre l'offre d'un point de
vue rentable, l'offre du programme, on a donc jumelé les deux cohortes, celle
de Mont-Laurier et celle de Val-d'Or. Il ne
faut pas oublier qu'il y a 300 kilomètres entre les deux villes. Donc, un seul
et même groupe, une grande
partie de la
formation a été dispensée grâce à l'utilisation notamment des salles de
vidéoconférence.
L'UQAT fait
aussi
partie des institutions qui a vu une augmentation de son nombre
d'étudiants. De 2002 à 2014, cela
représente une hausse de l'effectif de 45 %, qui s'explique notamment par
l'utilisation des technologies de l'information, bien entendu, par nos
programmes à distance en santé et en gestion, l'augmentation aussi du nombre d'étudiants d'origine étrangère ainsi que
l'augmentation du nombre d'étudiants aux deuxième, troisième cycles.
L'UQAT possède un profil d'étudiants unique et un peu particulier. Pensons
seulement au fait que notre université, avec un pourcentage de 71 %, est un des établissements universitaires qui
accueillent le plus haut taux d'étudiants de première génération au premier cycle. C'est-à-dire qu'ils
sont les premiers de leur famille à fréquenter un établissement
d'enseignement supérieur. De plus, trois étudiants sur quatre sont des femmes.
La moyenne d'âge est de 31 ans, et, quatre fois sur 10, ils ont un enfant à
charge. 60 % de nos étudiants évoluent à temps partiel au premier cycle. Il est
important de noter qu'au début des années
70, seulement 3,6 % de la population de l'Abitibi-Témiscamingue
détenait un diplôme universitaire.
Actuellement, c'est environ 14 %. Il y a beaucoup de chemin qui a été
parcouru.
Malgré tout, si on se compare à la moyenne québécoise, qui est
près de 22 %, nous sommes à même de constater que le travail est loin
d'être terminé.
À ce jour,
notre université a formé plus de 18 000 personnes. Près de 75 % des
diplômés proviennent de l'Abitibi-Témiscamingue et du Nord-du-Québec.
L'UQAT contribue également à la formation d'une main-d'oeuvre qualifiée
directement en région. En effet, une étude récente nous a permis de constater
que plus de 70 % de la main-d'oeuvre universitaire en
Abitibi-Témiscamingue est formée par l'UQAT. Concrètement, ce que ça signifie,
c'est 84 % des enseignants au
préscolaire-primaire qui sont formés par l'UQAT. C'est 100 % des
infirmières bachelières qui travaillent sur le territoire qui sont formées par l'UQAT. 86 % des comptables
sont formés par l'UQAT. Ces pourcentages élevés s'expliquent par le fait que le patrimoine académique de notre
université a été développé pour répondre aux besoins réels du milieu,
sur l'ensemble du territoire, et ce, dans plusieurs secteurs :
psychoéducation, travail social, administration, sciences comptables, éducation, foresterie, génie, mines, nouveaux médias ainsi que sciences infirmières. Ainsi,
l'UQAT est réellement un fournisseur de main-d'oeuvre pour l'Abitibi-Témiscamingue,
et son rôle est essentiel.
Sur le plan
de l'enseignement toujours,
l'UQAT a aussi développé quelques programmes de formation inédits dans
certains domaines, c'est-à-dire dans lesquels on est les seuls à intervenir au
Québec, dont toute la question de l'art-thérapie,
la création de jeux vidéo, la formation des suppléants dans les écoles
primaires et secondaires, l'efficience cognitive et, le tout dernier, la
prévention de la violence en milieu scolaire.
Du côté de la recherche, l'université est
également devenue une force, particulièrement dans la gestion environnementale des ressources naturelles. Dès
1983, au moment de notre création, nous avons choisi d'investir ces
secteurs stratégiques pour le Québec, qui correspondent à notre identité et
dans lesquels nous excellons aujourd'hui, à savoir l'environnement minier et la
gestion intégrée des résidus miniers, l'aménagement forestier durable et le développement des petites collectivités, trois
dimensions qui sont vraiment omniprésentes en Abitibi-Témiscamingue. Bien entendu, depuis 1983, notre patrimoine de
recherche s'est élargi dans plusieurs domaines : pensons à
l'hydrogéologie, à la psychoéducation, l'éthique de la recherche avec les
communautés des premiers peuples, la douleur en santé, et bien d'autres.
Actuellement,
avec nos 10 chaires de recherche, deux instituts de recherche ainsi que 11
regroupements, le volume de recherche
de l'UQAT s'élève à plus de 10 millions annuellement. Vous allez me
dire : 10 millions? Compte tenu de notre taille, ça représente... quand on reprend le
volume de recherche par prof, c'est un des plus élevés parmi les
universités membres du réseau de l'Université du Québec, qui est à près de
87 000 $ par prof.
Un autre
élément important qui nous distingue, c'est le rôle qu'on joue auprès des
communautés des premiers peuples en
favorisant, bien entendu, la prise en charge et l'autonomie de ces communautés.
En effet, l'UQAT est parmi les rares universités à offrir un service
spécialisé de soutien aux étudiants autochtones. Actuellement, le patrimoine
académique propose 27 programmes d'études, et, depuis 2006, l'UQAT a formé près
de 700 étudiants provenant des premiers peuples et compte plus de 250 diplômés.
Il faut aussi savoir que, pour certains des programmes offerts aux communautés
des premiers peuples, on les offre en anglais, notamment quand on travaille
avec les Cris et les Inuits.
Nous sommes
aussi un établissement universitaire dans lequel la structure administrative
est minimale et où chaque membre du personnel fait une différence, qu'il
soit professeur, chargé de cours, professionnel, technicien ou autre.
Un autre
élément que nous souhaitons ce matin soumettre à votre attention, c'est notre
attachement au réseau de l'Université
du Québec qui, pour nous, est une réelle valeur ajoutée puisqu'il permet un
partage d'expertise et de ressources essentiel à notre développement,
expertise et ressources, il va sans dire, que nous serions incapables de nous
payer seuls. Ainsi, pour une région comme
l'Abitibi-Témiscamingue, une université permet le développement d'une
société juste et équitable en étant non pas uniquement un fournisseur de
services, mais également un fournisseur de savoir, de compétences et d'innovation. Notre université est un facteur et un
acteur de développement, de changement et d'innovation, et ce, sur nos
territoires d'ancrage au Québec, ailleurs au Canada et à l'échelle
internationale.
Comme vous
pouvez le constater, l'UQAT est un établissement universitaire reconnu qui se
démarque sur plusieurs plans. En
centrant notre offre de formation sur les besoins du milieu pour former les
professionnels essentiels au développement de l'Abitibi-Témiscamingue et
du Québec, en choisissant d'investir dans des secteurs stratégiques et d'excellence en recherche, tels l'environnement
minier et l'aménagement forestier durable, et en développant, année
après année, des partenariats à l'échelle
régionale, nationale, internationale avec les établissements d'enseignement de
tous les niveaux, les organismes ainsi que les entreprises, l'UQAT a pu
développer afin de rayonner et d'être aujourd'hui une université humaine,
créative et surtout audacieuse.
Évidemment,
comme tous les établissements universitaires, l'UQAT fait face à de nombreux
défis. Je ne ferai pas le tour de tous les défis. Je vais vous en
présenter seulement quatre.
Tout d'abord,
un défi prioritaire pour nous est encore une fois d'assurer l'accessibilité à
la formation universitaire et à la
réussite. De par son profil d'étudiants, composé majoritairement d'étudiants de
première génération et à temps partiel, l'immensité du territoire à
desservir ainsi que l'importance d'une offre de formation de base qui répond
aux besoins de ces populations,
l'accessibilité à la formation universitaire et à la réussite est un enjeu
crucial pour notre université. En effet,
pour répondre aux besoins des étudiants, nous devons offrir un soutien adéquat
et adopter des mesures spécifiques pour
contribuer à leur réussite académique. De plus, pour favoriser notre
déploiement et notre accessibilité, nous misons particulièrement sur les
technologies de l'information et de la communication.
Le deuxième défi est le positionnement de l'UQAT
comme un leader en recherche, création, formation de personnel hautement
qualifié dans des secteurs vitaux pour le Québec, particulièrement dans le
contexte du Plan Nord. L'UQAT est au coeur d'un centre minier de
calibre international et au sein même de la forêt boréale du Québec.
Principalement grâce à une formule encore une fois unique de partenariat avec
différentes universités au Québec et ailleurs
et particulièrement avec l'appui d'un important réseau d'entreprises et
d'organismes, l'UQAT est une force active et reconnue en recherche en
environnement et gestion écosystémique de la forêt boréale. La récente création
de nos deux instituts de recherche dans ces secteurs cruciaux à l'avenir du Québec
vise à consolider cette position. C'est un réel défi pour nous, surtout que
nous ne pouvons pas compter sur des programmes de premier cycle dans ces mêmes
domaines pour les soutenir.
Le troisième
défi, c'est la mise en place des conditions d'encadrement qui favorisent la
réussite des étudiants issus des
communautés des premiers peuples. Depuis sa création, l'UQAT propose des
programmes respectueux des perspectives autochtones, forme une main-d'oeuvre et des professionnels issus des
premiers peuples et participe de ce fait à l'amélioration des conditions de vie des individus ainsi qu'à
l'épanouissement des familles et des communautés, un constat reconnu par
les leaders des premiers peuples de la
région et de l'ensemble du Québec. Cependant, les groupes d'étudiants sont de
petite taille, donc difficiles à
rentabiliser, tout comme le service de soutien étant donné la formule de
financement actuelle. Donc, dans le
contexte, pour continuer de former les meneurs de demain au sein des
communautés autochtones qui pourront participer activement au développement
et au rayonnement du Québec, un financement adéquat est essentiel pour la
poursuite des activités.
Le quatrième
défi est également lié au fait d'assurer la formation de base essentielle au
développement du plein potentiel des
territoires du Québec et de l'Abitibi-Témiscamingue. Certaines professions sont
essentielles au développement de la région. Le recrutement de ce type de
main-d'oeuvre à l'extérieur est souvent difficile. Pensons seulement aux enseignants, aux ingénieurs, aux comptables, aux
infirmières bachelières. De plus, pour une région à faible densité de
population, ces programmes accueillent souvent un petit nombre d'étudiants, ce
qui a un impact important sur le coût moyen de formation par étudiant.
Malgré
tout, nous savons pertinemment que financier adéquatement ces formations essentielles est un investissement pour un Québec
soucieux de son développement ordonné et harmonieux. En effet, former des gens chez nous contribue à combler les besoins
de main-d'oeuvre de chacune des régions que l'UQAT dessert. Je vous donne un exemple. Lors des dernières
compressions, on s'est sérieusement posé la question : Est-ce qu'on
continue à offrir, par exemple, le bac en
enseignement des mathématiques au secondaire? Quand ça va bien, on a à peu près
une dizaine d'étudiants admis dans ces programmes-là. Donc, on s'est posé la
question, mais on ne s'est pas posé la question
très longtemps, parce que ça n'a pas été long que les commissions scolaires
sont venues nous voir puis nous ont dit :
Johanne, tu ne peux pas. Tu ne peux pas cesser d'offrir le bac en enseignement
des mathématiques au secondaire. Si tu cesses
d'offrir ce programme-là, on n'aura plus d'enseignants dûment formés à cet
effet qui vont enseigner à nos enfants et à
nos petits-enfants. Donc, on a choisi collectivement de continuer à offrir
cette formation-là. On imagine toutes sortes de façons, mais on va être
créatifs et audacieux et on va continuer à offrir cette formation-là.
Outre ces défis, je ne peux pas continuer de
passer sous silence les impacts de la rigueur des budgets actuels. En effet, les coupes budgétaires des trois
dernières années, qui représentent, en 2014‑2015, près de 3 millions sur
un budget d'opération total de 46 millions pour l'UQAT, ont amené
l'université à revoir en profondeur tous les aspects de sa mission. Je vous rappelle qu'on a été... Cette
année, on a présenté un budget 2015‑2016 avec un déséquilibre de près de
800 000 $, mais, toutes les autres
années, au cours des dernières années, on a toujours réussi à boucler nos
budgets en équilibre. Ainsi, l'UQAT
entend continuer à réaliser pleinement sa mission et à relever les défis
auxquels elle devra faire face au
cours des prochaines années, et ce, pour le bénéfice premier des populations
desservies. En effet, il est primordial d'assurer le maintien, voire le
renforcement de la capacité de l'UQAT à jouer pleinement son rôle d'institution
d'enseignement supérieur sur ces territoires d'ancrage, mais aussi au Québec,
au Canada et à l'échelle internationale.
En dernier
lieu, abordons les perspectives de développement de l'Université du Québec en
Abitibi-Témiscamingue. Comme vous
pouvez le constater, les 30 dernières années ont permis à l'UQAT de passer de
la légitimité à la notoriété. Pour
répondre aux défis des prochaines années de notre université, nous avons
entrepris une démarche de planification stratégique en 2014 qui nous a permis de faire le bilan des cinq
dernières années et de tracer le parcours qui permettra à l'UQAT de repousser encore davantage ses limites.
Ce septième plan dans l'histoire de l'UQAT est le fruit d'une réflexion de gens engagés qui ont à coeur le développement
de l'université. Dans le cadre de deux tournées de consultation, ce sont
plus de 1 000 personnes qui ont été consultées en Abitibi-Témiscamingue,
dans le Nord-du-Québec et dans la MRC Antoine-Labelle. L'UQAT a fait le choix
de six enjeux stratégiques pour 2015‑2020, qui lui permettront de réaliser pleinement sa mission, soit l'expérience
étudiante, une formation d'avant-garde, le positionnement en recherche et
en création, le renforcement du partenariat
avec les premiers peuples, les interrelations durables mutuellement
profitables avec des partenaires, un milieu
de travail stimulant et une gestion efficiente. Des chantiers prioritaires sont
identifiés pour répondre aux objectifs
que nous nous sommes fixés. Pour l'année présente, 2015‑2016,
les trois chantiers sur lesquels on a choisi de travailler sont le développement
de la recherche, l'intégration des technologies de l'information et des
communications dans la formation et l'expérience étudiante.
En conclusion, comme gouvernement, je pense que
vous pouvez être fiers de l'évolution de l'Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue, et ce, en
seulement 32 ans d'existence. Grâce à notre modèle de développement
unique misant sur des partenariats solides,
nous avons déployé notre offre de formation et nos activités de recherche sur
tous nos territoires d'attache.
Ainsi, comme université, nous avons su assurer l'accessibilité à la formation
universitaire et contribuer de façon
significative au développement de la société québécoise. Dès notre création,
nous avons fait le choix de nous concentrer
sur un patrimoine académique de base qui répond aux besoins du milieu ainsi que
sur certains axes d'excellence en recherche, des axes qui, aujourd'hui,
font notre renommée dans le monde entier.
L'UQAT est une université à part entière qui
évolue dans un contexte d'échange, de collaboration et de concurrence, et ce, à
l'échelle provinciale, nationale et internationale. Notre plan de développement
2015‑2020 nous permettra de relever les défis actuels et futurs. Ce plan
reflète notre volonté de dépassement et nous amène à voir le changement comme une opportunité à saisir. Encore
une fois, l'UQAT misera sur son humanité, sa créativité et son audace
pour contribuer de façon majeure et significative à l'avancement du Québec.
Merci.
Présidente (Mme Rotiroti) : Merci beaucoup pour votre exposé, Mme Jean. Nous allons maintenant débuter la période d'échange.
Alors, nous commençons avec le groupe formant le gouvernement, et je cède la
parole au député de Sherbrooke.
M. Fortin
(Sherbrooke) : Merci beaucoup, Mme la Présidente. Mesdames, messieurs, bienvenue à l'Assemblée
nationale. Merci beaucoup pour votre présentation, qui était très éloquente
et très enrichissante. D'ailleurs, dans votre présentation, il y a un
élément qui m'a frappé, c'est lorsque vous avez dit qu'il y avait 70 % de
la main-d'oeuvre universitaire dans votre
région qui était formée dans votre établissement. Mais je voulais savoir...
Parce que les universités en région,
évidemment, ont des vocations très importantes, une vocation d'enseignement, de
recherche, ce sont également des
leviers de développement économique, mais elles jouent un rôle très important
dans toute la notion d'occupation du territoire,
donc dans l'attraction et la rétention, notamment des jeunes. Alors, on a vu
hier que l'UQAR avait des très bonnes statistiques
à ce sujet-là. Je voulais voir un petit peu chez vous si c'était la même chose,
si vous avez une bonne proportion de
vos diplômés qui demeurent dans votre région et si vous réussissez à attirer
des jeunes des autres régions, et que, suite à leur formation chez
vous... demeurent dans votre région.
Mme Jean
(Johanne) : On sait que, quand on fait des relances puis qu'on cherche
à savoir où sont nos étudiants... Quand
on forme un étudiant en région, la probabilité qu'il demeure en région, elle
est très grande. Quand on forme un étudiant
d'origine étrangère ou qui vient de l'extérieur de la région en région, sa
probabilité qu'il reste en région, elle est très grande aussi. Tantôt, dans ma présentation, je vous disais : Quand
on fait le tour, on voit qu'on a formé... 75 % des gens qui détiennent un diplôme universitaire et qui
travaillent en Abitibi-Témiscamingue, ils sont passés à l'intérieur des murs
de l'UQAT. Donc, je veux dire, je pense
qu'on a une capacité d'attraction qui est assez intéressante. As-tu d'autre
chose à...
M. Martel (Denis) : Oui, puis
j'ajouterais qu'effectivement on accueille quand même un bon nombre... on a peut-être, dépendamment des programmes, mais, de
façon générale, 20 % à 25 % d'étudiants québécois qui ne
viennent pas de la
région qui viennent effectivement se former en Abitibi-Témiscamingue par la
qualité des programmes, mais par aussi les aspects un peu différenciés
que l'on a dans nos programmes, que ce soient même des programmes connus et reconnus un peu partout, comme le travail social.
L'approche travail social en Abitibi-Témiscamingue, par exemple, est un peu différente. Et la majorité, la très grande
majorité, je dirais de 70 % à 80 % de ces gens-là, qui viennent de
l'extérieur, finissent par — parce
qu'ils font des stages, c'est souvent en milieu pratique — rester
dans la région.
Pour ce qui
est des étudiants étrangers, comme il s'agit beaucoup du secteur génie et des
deuxième et troisième cycles, là
aussi, une forte majorité, effectivement, de ces... c'est plus de 60 % de
ces étudiants-là qui demeurent en région, parce qu'encore une fois ils font des activités pratiques et sont en
contact avec des organisations, des entreprises, donc ils demeurent dans la vaste région. J'inclus, dans
cette région-là, disons, jusqu'à Chibougamau et Matagami, parce qu'on déborde un peu l'Abitibi-Témiscamingue lorsqu'on
travaille, par exemple, avec des minières ou avec des forestières, parce
que c'est tout à fait normal. Donc, si on
englobe ça, effectivement, c'est une très forte proportion, effectivement, qui
demeure.
La Présidente (Mme Rotiroti) :
M. le député de Sherbrooke, allez-y.
M. Fortin
(Sherbrooke) : Oui. Merci, Mme la Présidente. Je voudrais revenir un
petit peu sur ce que vous venez de
dire, parce qu'effectivement pour que les jeunes demeurent en région, il doit y
avoir des emplois disponibles, il doit aussi
y avoir un arrimage entre la formation, entre votre établissement et le marché
du travail. Alors, vous avez parlé des stages,
vos relations avec certaines minières, certaines entreprises. J'aimerais ça que
vous en parliez un petit peu plus, de la
nature de vos relations, justement, avec les milieux de travail pour que les
jeunes, parce qu'on le sait lorsqu'ils font un stage dans une entreprise, ils ont davantage de chances de devenir des
employés permanents de cette entreprise-là... alors, l'importance que
vous accordez aux stages, notamment dans votre programme académique.
Mme Jean
(Johanne) : Bien, dans la majorité de nos programmes... Comme notre
patrimoine académique de base a été
bâti en fonction des besoins, c'est souvent des programmes de type
professionnel. Et, dans la grande majorité de nos programmes, que ce
soit en travail social, éducation, psychoéducation, génie, il y a une grande
partie de la formation qui se fait en milieu
de stage, c'est-à-dire dans des milieux de pratique, et, règle générale, les
gens réussissent à se trouver un emploi à proximité ou dans le même
milieu dans lequel ils ont été formés.
Je vous donne
un exemple. En génie, on a une approche projet, ce n'est pas un programme
coopératif, mais on a une approche
projet, les jeunes doivent faire des projets en entreprise, de réels projets en
réponse à des besoins d'industriels de
la région. Donc, on peut constater qu'après la réalisation de ces projets-là
souvent les jeunes font une
partie de leur pratique ou... une
partie ou
toute leur pratique professionnelle par la suite à l'intérieur de ces
entreprises-là.
Je vous donne un autre exemple. Vous savez, les
besoins de main-d'oeuvre chez nous, notamment, il y a quelques années, puis... Dans le secteur minier, il y avait une
problématique particulière de main-d'oeuvre pour pouvoir répondre. Quand je vous dis qu'on est un peu
créatifs, audacieux, on était très conscients des problèmes que les
minières avaient pour pouvoir recruter du personnel qualifié de niveau
universitaire, on s'entend, pour l'université, on a donc monté ce que nous, on a appelé une école d'été.
Une école d'été, on est allés chercher des gens qui étaient déjà
diplômés de d'autres universités ailleurs,
pas au Québec, mais en France, au Maroc, qui parlaient français, mais qui ne
connaissaient rien des mines, rien de la
géologie de l'Abitibi-Témiscamingue et du Québec. On leur a préparé un
programme de formation, ils sont venus pendant... on a fait ça pendant cinq,
six ans. Ils sont venus en Abitibi-Témiscamingue passer trois à quatre mois à l'intérieur d'un programme de
formation pour qu'ils apprennent c'est quoi, les mines, c'est quoi, la
géologie de l'Abitibi-Témiscamingue. Par la
suite, ces gens-là ont fait des stages à l'intérieur des entreprises minières,
et pour la... je dirais 75 % d'entre eux sont encore à l'emploi des
industriels miniers du Québec.
La Présidente (Mme Rotiroti) :
M. le député de Sherbrooke.
M. Fortin
(Sherbrooke) : Oui, avant de laisser la parole à mes collègues. Donc,
je comprends que vous avez une bonne
réceptivité de la part des entreprises de votre région, je pense. Des fois, si
je compare à Sherbrooke, évidemment, nous
aussi, on a 85 % des étudiants de l'université de Sherbrooke qui viennent
d'à l'extérieur de la région. Il y a parfois certains enjeux avec les entreprises pour accueillir les étudiants, là,
qui trouvent que c'est lourd, le processus d'encadrement; on parle de stages, et tout ça. Alors, je
comprends que vous n'avez pas ces enjeux-là chez vous ou, sinon, est-ce que
vous offrez un support aux entreprises qui accueillent vos étudiants pour
justement leur donner un coup de main dans l'encadrement qu'ils doivent donner
à leurs stagiaires?
La Présidente (Mme Rotiroti) :
M. Martel.
M. Martel
(Denis) : Si vous permettez, oui, effectivement, il y a un support, et
c'est variable par type de formation. Dans
le secteur des sciences humaines, évidemment, il y a tout un support qui est
fait dans les sciences de l'éducation, sciences sociales,
psychoéducation, sciences infirmières, il y a tout un support effectivement qui
est fait par l'équipe professorale de former
et d'accompagner les gens qui sont superviseurs de stage en milieu pratique.
Ça, c'est organisé depuis des années, c'est très, très, très tissé
serré, si vous me prêtez l'expression.
Dans les
secteurs plus industriels comme tels, les supports viennent effectivement de
l'attribution d'un certain nombre de bourses, en
partie avec les
étudiants, que ce soit avec l'aide de la Fondation de l'UQAT, que ce soit avec l'aide de ce qu'on appelle les bourses en milieu
de pratique ou encore les bourses Mitacs, qui est un programme de
bourses particulier auquel on participe. Et c'est à travers, effectivement, ce
financement-là qu'ils sont aidés.
Mais il faut comprendre
aussi que, dans le cadre des organisations industrielles, beaucoup
d'entrepreneurs du milieu, de nos régions,
font
partie aussi, de façon bénévole, de groupes de gestion qui viennent aider
effectivement au développement de nos programmes. Donc, ils participent
pour vrai; ils connaissent déjà les programmes, ils savent ce que l'on veut.
Vous savez, à
titre d'exemple, chez nous, on offre du génie, mais on n'offre pas toute la
panoplie, effectivement, de formation
en génie. On n'offre pas... Je ne sais pas, moi, génie chimique, on ne l'offre
pas chez nous. Ce n'est pas qu'il n'y en a pas, mais il n'y en a pas
assez pour qu'on puisse justifier, effectivement. Par contre, la demande du
milieu venait essentiellement du génie
électrique, du génie électromécanique, du génie mécanique, et là,
effectivement, voilà ce que l'on offre. Donc, c'est toujours en lien
avec le milieu, effectivement, la façon dont on travaille.
La Présidente (Mme Rotiroti) :
Ça va? Merci. Alors, M. le député de D'Arcy-McGee, la parole est à vous. Il
vous reste à peu près huit minutes.
M. Birnbaum : Merci, Mme la
Présidente. Bonjour à Mme Jean, M. Martel, M. Boivin,
Mme Rioux.
J'aimerais
poursuivre un petit peu la ligne de questionnement de mon collègue le député de
Sherbrooke. On est devant une
situation pan-Québec d'une pénurie de main-d'oeuvre. Là, on est à croissance
zéro, et donc l'enjeu d'adéquation en
formation emploi s'impose et de façon très importante. C'est intéressant de
voir, vous avez l'air d'être au rendez-vous à ce sujet, et j'aimerais poser deux questions supplémentaires
là-dessus. Vous parlez d'offrir presque des projets d'adapter vos programmes aux besoins. Je me demande si vous
pouvez nous parler un petit peu de comment vous échangez avec les
entreprises du coin et avec les instances gouvernementales pour saisir et
établir ces besoins-là.
Mme Jean
(Johanne) : Je l'ai dit un petit peu dans la présentation : Une
des particularités, c'est ce qu'on observe, en Abitibi-Témiscamingue, sur les cinq territoires de MRC, puis,
maintenant aussi, dans la MRC d'Antoine-Labelle, on a des corporations de développement de
l'enseignement supérieur. Sur ces tables-là — c'est une table de bénévoles — se retrouvent,
oui, des représentants de l'université, du cégep, des commissions scolaires,
des centres de formation professionnelle,
des employeurs de la région, des chambres de commerce, des villes, des gens qui
ont à coeur le développement de
l'éducation, et, une grande
partie des échanges, on les fait avec eux.
Par exemple,
quand on a fait les démarches de consultation pour le plan de développement 2015‑2020, on est allés s'asseoir avec les
corpos. On a demandé aux corpos : Invitez tous ceux que vous pensez qui
peuvent être une valeur ajoutée à tout ce
processus de consultation là. Donc, il y a ce premier élément là qui fait
vraiment
partie de nos... fait
partie de notre identité. Et on a la même
chose de façon particulière, un comité consultatif des premiers peuples, avec
les communautés des premiers peuples.
L'autre
élément, toute la structure de l'université fait en sorte qu'on a toujours, sur
nos conseils de modules, sur nos comités de programmes de deuxième,
troisième cycle, on a toujours des représentants des industriels qui siègent à ces instances-là, O.K.? Donc, là aussi il peut y
avoir un échange qui se fait de façon plus régulière, parce que les
conseils de modules ont des réunions de façon... pas une fois par année, de
façon régulière. Donc, là aussi il y a des échanges qui se font de façon
importante, là.
La Présidente (Mme Rotiroti) :
Allez-y, M. le député de D'Arcy-McGee.
Birnbaum : J'ai la tâche, comme adjoint parlementaire auprès du
premier ministre, de travailler de près avec mes collègues ministres, surtout le ministre de l'Éducation, du Loisir
et du Sport, le ministre de l'Emploi et Solidarité, justement sur cette question de formation emploi.
Et un des enjeux, vous venez d'entamer la question un petit peu, mais c'est de veiller à une meilleure harmonisation des
partenaires : Emploi-Québec, les entreprises, les commissions
scolaires, les cégeps, les universités. De
s'assurer que la Commission des partenaires du marché du travail et ses
instances sectorielles et régionales sont au rendez-vous, et on ne parle
pas juste des réunions avec des documents empilés jusqu'au plafond... De votre
expérience, est-ce qu'on commence à voir un arrimage, un partenariat qui
s'annonce promettant?
Mme Jean
(Johanne) : Ah! bien sûr. Moi, personnellement, je siège au Conseil
des partenaires du marché du travail
de l'Abitibi-Témiscamingue avec mon collègue du cégep. Il y a un représentant
des centres de formation professionnelle autour de la table, l'ensemble
des employeurs; donc, on se connaît bien. On se rencontre sur plein d'autres comités. Donc, moi, je dirais que, oui,
on est vraiment dans une démarche où, moi, je pense, en tout cas, qu'on
va être capables d'avoir une bonne adéquation main-d'oeuvre-emploi-formation.
Je veux dire, ces dossiers-là, on les discute.
Je regarde, je prends juste l'exemple du secteur
minier. Au conseil des partenaires du marché du travail, la problématique de la main-d'oeuvre du secteur
minier, il y a quelques années, elle était très importante,
et on a vraiment travaillé,
collectivement ensemble, pour trouver comment on va réussir à répondre à
ces besoins-là. Former un ingénieur, ça prend minimum quatre ans, puis
les industriels miniers, ils ne pouvaient pas attendre quatre ans, donc on
s'est dit : Bien, on va aller voir
ailleurs; ailleurs, en France, au Maroc... Puis on n'a pas payé pour les
former, là. C'est les Français, les
Marocains, puis ils s'en viennent chez nous, on leur donne une formation,
puis après ils peuvent être... Si ça avait été ce qu'on avait... Puis, je vous le dis, quand je vous dis qu'on peut
être créatifs et audacieux, c'est des exemples semblables qui font que,
quand on se parle, on réussit vraiment à trouver des solutions qui sont
innovatrices.
Rioux (Martine) : Si je peux me permettre, dans la même veine... Ça va,
Mme la Présidente?
La Présidente (Mme
Rotiroti) : Oui, oui, allez-y.
Mme Rioux
(Martine) : Si je peux me permettre, dans la même veine, peut-être qu'il
y a un arrimage qui est toujours plus difficile à faire. On parle des partenaires
sur le territoire, commissions
scolaires, cégeps... En tout cas,
je ne connais pas tellement
les autres régions, mais je connais celle de l'Abitibi-Témiscamingue; des
fois, les arrimages ne sont pas toujours faciles à faire entre ministères.
Alors, on a le ministère de l'Éducation d'un côté qui tente de faire des arrimages avec son milieu puis on a le secteur de
l'emploi qui fait les arrimages avec son milieu. Tout le monde a des statistiques, tout le monde... mais c'est comme s'il n'y avait
pas de fenêtre entre les silos. Alors, il
y a des fois où... C'est
heureux qu'il y ait des préoccupations comme vous les nommez, mais je pense
que, des fois, les solutions ne sont pas si
loin que ça. Et déjà des enlignements ministériaux qui pourraient amener ou supporter les gens qui travaillent
dans le milieu puis qui souhaitent arriver avec des projets concrets, ça
serait aidant.
La Présidente (Mme
Rotiroti) : Merci. Il vous reste une minute, quelques secondes,
M. le député de D'Arcy-McGee.
M. Birnbaum :
Une minute?
La Présidente (Mme
Rotiroti) : Oui.
M. Birnbaum :
Bon, j'espère que peut-être on pourra poursuivre dans le prochain bloc.
L'autre
chose qui me frappe, quand on parle de vos efforts de taille, des fois, des
programmes au besoin, sur le plan pratique, pour avoir travaillé dans le
réseau des commissions scolaires, quand il s'agit de l'organisation de travail,
les relations avec les syndicats, la
disponibilité des gens, le recrutement du monde pour un programme qui rejoint
un besoin ponctuel, mais qui doit
commencer tout de suite, c'est quoi, votre expérience avec tous ces défis-là?
Ce n'est pas facile.
La Présidente (Mme
Rotiroti) : Mme Jean, vous avez une minute pour répondre.
Mme Rioux
(Martine) : On a une belle collaboration.
Jean (Johanne) : Oui, on a une belle collaboration avec, je dirais,
l'ensemble du personnel de l'UQAT. Sincèrement,
là, si on réussit... On réussit toujours à passer au travers, O.K., quels que
soient les défis. Et je le dis souvent : C'est beaucoup grâce à la
ténacité puis à l'expertise puis à l'ensemble du personnel, que ce soient les
professeurs, les chargés de cours, les
techniciens, les professionnels. On a aussi une approche très... comment je
vous dirais, très transparente, O.K.,
très humaine, très transparente. Quand on a des défis à relever, on n'essaie
pas de les relever juste dans le bureau
de direction, là, on les prend, on les amène là où on pense qu'on pourrait
avoir une solution, donc on les partage avec les gens puis on trouve les solutions avec les gens qui nous entourent.
Règle générale, c'est une approche qui est assez gagnante-gagnante, oui.
La Présidente (Mme
Rotiroti) : Merci. Alors, on va passer du côté de l'opposition
officielle, pour un bloc de 14 min 30 s. Alors, Mme la députée
de Joliette, la parole est à vous.
Hivon : Merci beaucoup, Mme la Présidente. Alors, à mon tour
de vous souhaiter la bienvenue et de vous témoigner mon appréciation que vous vous rendiez disponibles pour les
travaux de la commission. C'est très apprécié. Je pense que c'est difficile de ne pas évidemment y
faire référence, puis vous l'avez nommé parmi vos défis, c'est bien sûr
les compressions, je dirais, dont le réseau universitaire est l'objet cette
année, comme il l'a été l'année dernière aussi.
Vous
aviez déclaré, l'année dernière, qu'en fait, s'il y avait d'autres
compressions, vous vous demandiez comment vous alliez pouvoir survivre. Et j'imagine que c'est ce qui a fait en
sorte que, cette année, au printemps, au moment du budget, vous avez dit
que vous receviez les nouvelles compressions un peu comme une gifle. Je
voudrais juste qu'on ait les chiffres — parce que, nous, on n'a pas le détail de ça.
L'année dernière, vous avez fait état qu'en 2014‑2015 c'était 3 millions de compressions qui vous étaient
demandées. Et, en 2015‑2016, on parlait, au printemps, de près de
1 million. Mais le chiffre réel qui vous a été demandé comme effort, je ne
sais pas si c'est possible de me le préciser pour 2015‑2016. Vous avez parlé que vous pensiez que vous auriez, cette
année, un déséquilibre, un déficit autour
de 800 000 $, mais l'effort de compression qui vous est
demandé, pour la présente année 2015‑2016, il s'élève à combien?
Mme Jean
(Johanne) : 3 millions.
Hivon :
C'est 3 millions?
Mme Jean
(Johanne) : Oui.
Hivon :
O.K. Puis, en 2014-2015, c'était?
Mme Jean (Johanne) : C'était autour
de 2... un peu moins, 1,8 million.
Hivon : O.K. C'est beau. C'est pour ça... parce que
tantôt j'ai noté 2014‑2015, mais je me demandais si c'était 2015‑2016.
Parfait.
Est-ce que
vous pouvez nous dire... Parce que, visiblement,
vous avez réussi en
partie à absorber l'effort supplémentaire. Est-ce que vous pouvez nous décrire un peu où vous avez
dû faire les efforts cette année, notamment en ce qui concerne l'offre de cours, les programmes, l'embauche de
professeurs ou de chargés de cours? Dans l'administration, comment ça
s'est répercuté un peu?
Jean (Johanne) : Bien, je l'ai mentionné un peu en survol dans ma
présentation, on a revu tous les éléments de notre mission. Je ferais peut-être une suite avec la dernière
intervention : la première chose qu'on a faite, je vous le dis,
c'est aller s'asseoir avec notre monde. Puis, quand je dis : Aller
s'asseoir avec notre monde, ce n'est pas juste avec la direction, là, c'est aller s'asseoir avec toute la communauté
universitaire pour faire état de la situation et du défi à relever. Et je dois vous dire qu'à partir de ce moment-là il y
a plein d'idées qui sont arrivées sur la table; certaines qu'on a
retenues; d'autres pas, O.K.? Donc, tout au
long de ce processus-là, l'an passé, cette année, ça a été vraiment : on
s'est assis avec les gens, on a décrit la situation telle qu'elle était
et les défis tels qu'ils étaient. Donc, on a revu tout.
Évidemment,
3 millions de compressions pour 2015‑2016, il était difficile... on ne
pouvait pas ne pas faire de changements, là,
il fallait apporter un certain nombre de changements. Mais il y a des choses
qu'on a protégées. Il y a des choses sur lesquelles on ne voulait pas
faire de concessions, O.K.? De pouvoir continuer à offrir une formation qui répond aux besoins de main-d'oeuvre puis une
formation de qualité, ça, on l'a protégé. De continuer à travailler avec
les communautés des premiers peuples, c'est un autre élément qu'on a protégé.
Ça ne veut pas dire qu'on n'a pas fait de changement,
là, qu'on n'a pas modifié certaines pratiques, mais, au terme de tout le
processus d'analyse, on souhaitait protéger un certain nombre
d'éléments.
Donc,
la première chose qu'on a revue, c'est au niveau de l'administration,
comment... Puis déjà on n'est pas une administration à très... Tu sais,
si vous voyez les chiffres en pourcentage, là, on est nettement en bas de la
moyenne provinciale pour l'ensemble des
universités. Bien, vous allez me dire : Vous êtes une université de petite
taille. Oui, mais, souvent, l'effet de levier n'est pas toujours
évident. Mais on a quand même revu au niveau de l'administration, puis on est
allés juste un peu plus loin, au niveau des partenariats, O.K.?
Quand
je vous dis... Je vous donne des exemples bien concrets des décisions qu'on a
prises. Vous savez qu'on partage le campus de Val-d'Or avec le cégep de
l'Abitibi-Témiscamingue ainsi que celui d'Amos; c'est-à-dire qu'on partage les
mêmes espaces. On ne partage pas le patrimoine académique, là. Je ne vous parle
pas d'académique, mais vraiment on partage les espaces. On s'est dit :
Bien, peut-être qu'on pourrait aller un peu plus loin au niveau de l'administration. Donc là, on partage les
administrations : mais je parle du travail administratif, non pas
académique. Donc, en faisant ça, ça nous
a permis de réduire un peu les coûts au niveau de la... même si on trouve qu'on
n'est pas une grosse administration, on a quand même réussi à les
réduire.
s'est aussi posé la question sur l'offre de la formation. Quand je donnais
l'exemple de l'enseignement des maths au
secondaire, bien, on s'est dit : Non, on ne peut pas ne pas offrir ces
programmes-là. Donc, on va continuer à les offrir puis on va regarder pour établir des partenariats avec d'autres
universités qui font face à la même problématique que nous. Donc, on est en démarche pour réussir à
trouver des solutions pour nous permettre de continuer à offrir ces
formations-là.
Ce qu'on fait avec
les communautés des premiers peuples : là aussi, on a un service de
soutien important, pas beaucoup d'étudiants,
des petits groupes, donc on a un peu réduit l'offre de formation. On n'avait
pas le choix, là : compte tenu
des disponibilités budgétaires, on a réduit un peu l'offre de formation; on va
essayer d'être plus présents à l'intérieur des communautés. Puis on a réduit... on a réaménagé de façon différente
notre Service Premiers Peuples puis là on a établi, encore une fois, un
partenariat avec le cégep de l'Abitibi-Témiscamingue.
Donc,
c'est quelques exemples. Vraiment, on a cherché à toucher l'ensemble des
sphères de notre organisation, et,
tout ce processus-là, on l'a partagé avec la communauté universitaire et avec
la communauté régionale. Parce que les corpos, sur l'ensemble des
territoires, étaient là : Qu'est-ce que tu vas faire, Johanne? Tu vas-tu
être encore à Amos? Tu vas-tu fermer ton bureau à Amos? Non, on va continuer à
être là, mais on va le faire de façon différente.
Je ne sais pas si mes
collègues ont quelque chose à ajouter.
M. Martel
(Denis) : Moi, peut-être?
Mme Jean
(Johanne) : Ah oui! Les profs.
La Présidente (Mme
Rotiroti) : Oui. M. Martel?
Martel (Denis) : C'est ça, c'est qu'on a sollicité la communauté et
toute la communauté a répondu, autant les employés de soutien, les professionnels, les professeurs. C'est clair
qu'effectivement les professeurs aussi ont répondu. On est une petite
communauté universitaire dans une petite communauté humaine qui est
l'Abitibi-Témiscamingue. Même si c'est sur
un vaste territoire, on se connaît tous et on travaille tous effectivement dans
le même objectif, ce qui fait que
c'est clair qu'il y a eu moins d'embauche de professeurs et il va y avoir moins
d'embauche de professeurs. Ce qui est difficile,
c'est qu'effectivement ça augmente la tâche des professeurs déjà en place. Et
ça nous expose : on peut faire ça pendant un certain temps, mais on
ne peut pas continuer ça pendant des années et des années.
Autre
élément : même les professeurs ont certains avantages qui sont associés
effectivement à leur convention collective.
Ils ont été prêts, effectivement, à s'en départir. Pas de demande de congé
sabbatique, pas de demande de congé de perfectionnement
ou des choses de ce type-là. Donc, toute la communauté a vraiment participé, et
ça, c'est extrêmement important pour nous.
Hivon : Quand vous dites que vous n'avez pas pu procéder,
par exemple, au même nombre d'embauches, vous avez réduit, est-ce que ça, ça se traduit par des postes vacants?
En fait, est-ce qu'il y a un chiffre... Avez-vous comme un chiffre de
nombre de postes vacants que vous avez en ce moment?
Puis l'autre
question, c'est : Est-ce que vous avez augmenté pour compenser le nombre
de chargés de cours ou en fait c'est plutôt la tâche des profs, comme
vous venez de le mentionner, qui s'est accrue en maintenant le nombre de
chargés de cours à peu près égal?
M. Martel
(Denis) : La dernière
partie de la question, c'est majoritairement,
effectivement, l'augmentation de la tâche des professeurs,
effectivement, qui s'est faite.
À la première
partie, il y a une vingtaine de postes de professeurs, effectivement, qui sont
vacants, actuellement, sur un plan d'effectifs de 125 profs, ce qui est
donc très significatif, là, comme tel.
Mme Jean
(Johanne) : Mais il faut
être... Mais ce n'est pas la première année, là, O.K.? Si, au cours des 10
dernières années, si on a réussi à
boucler nos budgets, cette stratégie-là, ça fait longtemps qu'on l'utilise,
O.K.? C'est sûr que plus d'embauche
de chargés de cours... mais on a quand même... on a un bon réseau de chargés de
cours puis des chargés de cours qui
sont proches, proches des milieux de travail, proches des milieux de stages.
Donc, il y a comme... Je veux dire, ce n'est pas l'idéal, je le concède,
là, mais la qualité des chargés de cours, la proximité qu'ils ont avec
l'organisation, somme toute, ça, c'est une valeur ajoutée pour l'UQAT.
Hivon : Donc, en
fait, pour nous, c'est intéressant juste de voir comment l'impact... Puis c'est
vrai qu'il y a une accumulation, donc, de
compressions. Donc, à un moment donné, évidemment, on arrive à l'os, ce qui
fait que vous n'êtes pas, évidemment, comme
vous le savez, la seule entité qui, je dirais, réussissait toujours à être en
équilibre, même à avoir des surplus, mais,
cette année, ils n'arrivent pas... Même si c'est pour des petits montants...
bien, en tout cas, relativement, parce qu'on voit les efforts qui sont
déployés. Donc, je vous remercie des précisions.
Je ne sais pas si vous vouliez ajouter...
J'ai-tu vu une main se lever? Oui?
La Présidente (Mme Rotiroti) :
Mme Rioux.
Mme Rioux
(Martine) : Je ne veux pas prendre de votre temps, mais l'impact de ce
que vous dites est important, dans la mesure où, quand on regarde ça des
yeux de quelqu'un qui enseigne au secondaire, on pourrait dire : Bien, le professeur a déjà un programme. La différence,
quand les professeurs se transforment en chargés de cours, que ce sont
des chargés de cours, et Dieu sait qu'ils
sont précieux dans notre organisation, mais les chargés de cours ne contribuent
pas nécessairement au développement des programmes, à les actualiser. Alors,
cette tâche-là repose sur moins de monde, et c'est ça qui fait que la tâche est
très lourde. Et ça peut faire un temps, mais, à un moment donné, ça prend du
sang neuf dans les équipes.
La Présidente (Mme Rotiroti) :
Il vous reste 4 min 30 s, Mme la députée.
Hivon : Parfait. Je vais aborder la question
de la recherche, parce que vous avez mentionné, tantôt, à peu près, que vous évaluez en moyenne peut-être
environ 85 000 $ par prof.
Donc, je pense que c'est tout à fait honorable, effectivement, pour une université comme la vôtre. Mais, en regardant
les documents, je voyais que vous aviez vraiment très bien performé, dans le passé, en matière de recherche, puis là, en
2013, selon nous, ce qu'on a, vous seriez passés du deuxième au 10e rang du classement du Research
Infosource en termes de ce que vous étiez capables d'engranger comme
fonds de recherche. Je me demandais à quoi c'était dû. Et est-ce que, depuis,
vous avez été capables d'augmenter à nouveau
les fonds de recherche que vous êtes capables d'aller chercher? Puis peut-être
aussi me faire la part entre les fonds subventionnaires versus les fonds
contractuels que vous êtes capables d'aller chercher.
Mme Jean
(Johanne) : M. Martel va répondre, mais juste une petite
précision : possiblement que, dans les chiffres que vous avez, dans
les indicateurs, les chiffres que vous avez pour 2013‑2014 sont des chiffres
prévisionnels.
Hivon : En fait,
moi, c'est en 2013. Donc, c'est pour ça que ça se peut que depuis ça se soit
amélioré. Donc, c'est pour ça que je vous demandais la question.
M. Martel (Denis) : En fait, ce
qu'il faut voir, c'est que, l'année précédente, il y a eu une levée de fonds extrêmement importante dans le secteur minier,
auprès des minières, pour nous permettre effectivement de créer entre autres un institut de recherche en environnement
minier. Donc, c'est sûr qu'il y a un débalancement dans les... en fait,
les deux, trois dernières années, parce
qu'une levée de fonds ça ne se fait pas entièrement en criant ciseau,
évidemment. Ce qui fait qu'on arrive
effectivement à un endroit où ça semble descendre, mais c'est que ces fonds-là
sont déjà entrés; donc, il n'y a pas eu une augmentation. On a été
chercher 7 millions de dollars en l'espace de deux ans, deux ans et demi
ou à peu près, dans le secteur minier, pour créer un institut en environnement
minier.
Et l'autre
élément, parce que les deux secteurs principaux sur lesquels, effectivement,
les levées de fonds ou en fait les
fonds de recherche sont les plus importants, c'est le secteur de
l'environnement minier et le secteur de l'environnement forestier. Et en parallèle, effectivement, il y a
eu le nouveau régime forestier qui est entré en vigueur et qui a
chambardé largement, effectivement, l'attribution des fonds de recherche en
forêt. Donc, cette baisse-là s'explique effectivement de façon très ponctuelle, là, par ces éléments-là.
Mais, dans l'ensemble, effectivement, on performe assez bien, même très bien. Je vous dirais que nos chercheurs, dans ces
deux secteurs-là particulièrement, effectivement font
partie des
sommités canadiennes, voire internationales,
dans certains cas. Effectivement, le Pr Bergeron, c'est une sommité reconnue un
peu partout dans le monde et qui performe extrêmement bien.
C'est clair
aussi que le secteur plus des sciences des humanités, c'est-à-dire les secteurs
des sciences de l'éducation, sciences
de la gestion, travail social, psychoéducation, sont des secteurs plus
difficiles, effectivement, à lever du financement de recherche, mais,
dans l'ensemble, on performe bien.
La Présidente (Mme Rotiroti) :
Merci. Il vous reste encore 1 min 20 s, Mme la députée.
Hivon :
Donc, est-ce que vous êtes très tributaires, je dirais, des partenaires privés,
des minières, pour la recherche à votre université? Vous avez le
sentiment que, quand même, il y a un certain équilibre qui est atteint dans vos
sources, je dirais, de financement pour la recherche?
Mme Jean
(Johanne) : On l'est moins qu'on l'a déjà été dans le passé. Quand on
regarde l'histoire de l'UQAT sur les
30 dernières années, les premières années où on a cherché à se positionner
en recherche, on était vraiment... ce qu'on appelle les contrats étaient très importants. Maintenant, au cours des
10, 15 dernières années, ça s'est rééquilibré. Et je pense qu'on a
un taux de partenariat contractuel avec les différents industriels qui est,
somme toute, là, raisonnable, puis un volume de recherche avec les organismes
subventionnants qui est beaucoup plus important qu'il l'était. Et c'est ce
qu'on souhaitait. Ça faisait partie, au cours des dernières années, des cibles
qu'on souhaitait atteindre.
Et, comme M.
Martel le mentionne, quand il parle, entre autres, de sciences du développement
humain et social, le secteur des
humanités, ça fait
partie des cibles des prochaines années, ça : de
pouvoir réussir à augmenter notre volume de recherche, de façon
importante, dans ces secteurs-là.
Présidente (Mme Rotiroti) : Merci, Mme Jean. Alors, on retourne
du côté du gouvernement, pour un bloc de 16 minutes. Alors, M. le
député de D'Arcy-McGee, la parole est à vous.
M. Birnbaum : Merci, Mme la
Présidente. J'aimerais poursuivre un petit peu nos discussions sur l'arrimage formation emploi. On attend les règles budgétaires
pour cette année, mais, de votre expérience, est-ce que le régime de financement des universités... On va mettre à
côté, si on peut, pour une seconde, le fait qu'on est dans une période,
qui n'est pas nouvelle cette année, mais une
période difficile, mais, en ce qui a trait aux structures du financement
par l'État des universités, de votre expérience, est-ce que ça facilite
votre approche à la fois nécessaire et très efficace ou est-ce que vous pouvez
imaginer des améliorations?
Mme Jean
(Johanne) : Quand vous parlez de régime de financement, vous parlez de
structure de financement?
M. Birnbaum : Oui, oui, oui, les
modalités.
Mme Jean
(Johanne) : Bien, actuellement, on est financés par étudiant et
étudiante équivalent temps complet, O.K.? Chez nous, pour faire un
étudiant à temps complet, ça en prend quatre, cinq, étudiants parce qu'on a
plus de 60 % de notre effectif étudiant
qui est à temps partiel. Donc, quand je reçois un financement, par exemple,
pour le bureau du registraire, pour
tout ce qui est registrariat, étudiant, étudiante équivalent à temps complet,
normalement, un étudiant qui est à
temps complet dépose un dossier d'admission, fait un dossier d'inscription,
puis c'est un dossier à suivre à l'intérieur de l'organisation. Avec un pourcentage d'étudiants à temps partiel aussi
important que le nôtre, bien, chez nous, pour un étudiant, c'est quatre personnes, quatre dossiers d'admission, quatre
dossiers d'inscription, quatre dossiers que je dois suivre dans l'organisation, que chacun, personnel, doit
suivre pour pouvoir faire en sorte qu'ils puissent atteindre les
objectifs, réussir le programme pour lequel... Donc, il y a un certain déficit,
si je peux dire, dans ce sens-là.
L'effet de
taille aussi, c'est un élément qui est important. On est un établissement de petite
taille, donc on n'a pas beaucoup d'effet de levier dans l'organisation, sinon très peu. Souvent, c'est une personne, tu sais, je veux dire, on
a une registraire. La registraire,
elle n'a pas d'adjoint, elle n'a pas de... les vice-recteurs, ils n'ont pas
d'adjoint; moi non plus, je n'en ai
pas. J'ai deux vice-recteurs, une secrétaire générale, ça fait que je suis très bien
servie. Donc, vous comprenez que ça aussi, ça... en tout cas, quand on
se met en lien avec la structure de financement, bien là on voit, il y a des
écarts.
L'autre élément : le fait qu'on est en Abitibi-Témiscamingue,
c'est sûr qu'on utilise beaucoup les moyens techniques,
les vidéoconférences, le téléphone; tout ce que vous voulez, on l'utilise.
Mais, à un moment donné, il faut se déplacer, là, O.K.? On n'a pas le choix, alors il faut se déplacer.
Et de venir rencontrer les gens... à chaque fois qu'on le fait, on se dit : Ah! on devrait le faire le
plus souvent. Mais on ne le fait pas parce
que la distance fait en sorte que
c'est quand même relativement onéreux puis qu'on cherche à équilibrer nos
finances le plus possible. Donc, c'est sûr qu'il y a, à notre point de vue, des
éléments qu'on doit revoir au niveau de la structure de financement des
universités.
Puis il tient
compte... Parce qu'il n'y a pas une université qui est semblable. Même si on se
dit : On est pareils, on est
dans le même secteur, on a tous des caractéristiques différentes qui nous
distinguent. Nous, comme Rimouski, comme Chicoutimi, comme Montréal, on a toutes des caractéristiques qui sont
différentes puis on n'a pas le choix de ne pas en tenir compte. Je pense
qu'on n'a pas le choix de ne pas en tenir compte.
La Présidente (Mme Rotiroti) :
Ça va, M. le député?
M. Birnbaum :
J'avais une autre...
La Présidente (Mme Rotiroti) :
Oui, continuez. Oui, allez-y.
M. Birnbaum : Merci, Mme la
Présidente. Je vous invite, je ne sais pas si c'est une chose faite déjà...
mais il y avait des mesures, dans le dernier
budget, de quelque 120 millions de dollars pour veiller à l'adéquation
dans tous ces aspects et de voir s'il y a des partenariats à poursuivre
là-dedans.
Si je peux me
permettre une petite question sur un autre sujet, vous avez parlé un petit peu
de tous vos efforts de réconcilier
les distances avec les façons de faire. Je nous vois, en toute franchise, avec
notre paperasse jusqu'au plafond une autre fois. Est-ce qu'avec vos
réunions à distance, au plan administratif, on fait de notre mieux pour
utiliser la documentation électronique et éviter le papier?
Mme Jean
(Johanne) : Tout à fait. On essaie d'utiliser le moins de papier
possible au niveau de l'administration mais aussi au niveau de la
formation. O.K.? De plus en plus, tout l'ensemble des documents que les profs
utilisent en formation sont rendus
disponibles sur une plateforme. Donc, on tente de réduire au maximum l'utilisation
de papier et au maximum l'utilisation des technologies.
M. Birnbaum : ...la deuxième
miniquestion...
Mme Jean (Johanne) : Bien, ça baisse
les coûts.
M. Birnbaum : Ça va? Oui. Si j'ai
bien compris, vous avez des programmes de formation à distance aussi, et c'est un phénomène qui s'impose et est très
nécessaire. Ce qu'on entend moins, c'est une évaluation de l'efficacité
de ces programmes et les taux de réussite. De votre expérience, est-ce que
vous, vous avez examiné ça un petit peu?
M. Martel (Denis) : J'y vais?
La Présidente (Mme Rotiroti) :
M. Martel.
M. Martel
(Denis) : Oui, on l'a examiné, effectivement. On est, d'ailleurs,
aussi dans un processus de réaffirmation de ce... On a une façon de
faire qui est absolument unique dans notre formation à distance, c'est que l'ensemble des formations, lorsque c'est
100 % du cours qui est formation à distance, c'est que le cours a été
filmé en classe avec des étudiants
qui posent de vraies questions, ce qui fait que la personne, effectivement, qui
reçoit et qui fait le suivi de la
formation à distance chez elle se sent participer à une classe, avec la
disponibilité du professeur soit par voie électronique soit par voie
téléphonique dans certains cas.
Donc, il y a une façon de faire, et je vous
avoue que tous les sondages que l'on peut avoir, les évaluations d'enseignement que l'on peut avoir, on est dans le
96 %, 97 % de taux de satisfaction, et, en général, le 3 %, ou
4 %, ou 5 % maximum de
moins de satisfaction sont liés à des petits problèmes techniques. Souvent, les
gens n'ont pas accès à Internet à
haute vitesse dans leur région, donc ça devient un petit peu plus compliqué, ou
des choses de ce type-là sont... ce genre
d'éléments là, ou il y a une panne de courant en Abitibi, et là, à ce
moment-là, c'est plus difficile d'aller chercher les documents sur...
Alors, c'est ce genre d'éléments là qui sont des problèmes techniques qui
peuvent se contrôler.
Mais c'est
vraiment un succès, et, comme le disait Mme Jean, on est parmi les premières
universités, effectivement, au
Québec, à avoir utilisé la formation à distance, pour juste cause : c'est
que la région, effectivement, elle
est vaste et peu peuplée, donc ça devenait une obligation.
Présidente (Mme Rotiroti) : Merci. Ça va, M. le député? Oui? Alors, le prochain intervenant, oui?
Alors, M. le député de Jean-Talon, la parole est à vous.
M. Proulx : Oui, il me reste encore
un peu de temps?
La Présidente (Mme Rotiroti) :
Neuf minutes.
Proulx : Oui, parfait.
Alors, à mon tour de vous remercier de votre présence et également
de la clarté de vos explications.
J'ai été intéressé par le développement et les défis pour l'Université du
Québec, que vous dirigez, notamment ce
qui touche le partenariat avec les premiers peuples. C'est une particularité
que vous avez, c'est quelque chose qu'on ne voit pas ou n'entend pas ailleurs. Les gens qui habitent loin de votre
région, je dirais, n'ont pas cette connaissance-là, ne savent pas les défis, les difficultés qui
persistent, notamment dans ces secteurs-là, et comment c'est difficile
d'amener ces gens-là à acquérir une formation universitaire, notamment, et de
cycles supérieurs.
Alors, vous
avez parlé du partenariat, et je lisais dans votre document, notamment,
et dans ce que j'ai pu obtenir depuis,
c'est qu'ils sont dans un contexte particulier, que vous tentez d'adapter les
programmes à leurs réalités. Qu'est-ce que ça veut dire, ça, pour les gens qui pourraient
nous écouter? Qu'est-ce que ça veut dire, ça, adapter des programmes
pour les premiers peuples? Parce que, bien entendu, ils ne veulent pas tous
devenir comptables, ingénieurs, biologistes, n'ont peut-être pas tous la même réalité. Certains vont vouloir
demeurer dans leur région, certains vont vouloir retourner auprès des
leurs. Alors, qu'est-ce qui fait que ce sont des étudiants — et je
le dis, là, vraiment de façon factuelle et positive — un
peu différents de la communauté universitaire, je dirais, traditionnelle, là,
qui vit à Amos ou à Rouyn?
Mme Jean
(Johanne) : Je vais faire un petit historique, un petit peu
d'histoire. Quand je parle du travail qu'on a à faire avec les communautés des premiers peuples, premièrement, là, il
faut prendre pour acquis que — on le dit toujours dans l'ensemble de
nos présentations, de nos présences sur le territoire de
l'Abitibi-Témiscamingue — on
partage un territoire, d'une part. D'autre
part, je fais souvent le parallèle quand j'exprime ce qu'on doit faire pour les
aider à leur prise en charge, et à une maîtrise, puis à... prise en
charge, là, de leurs organismes, des communautés, etc.
Vous savez,
au début des années 60, quand on a déployé le réseau de l'Université du
Québec à la grandeur de la province,
O.K., l'objectif qu'on poursuivait, c'était d'augmenter le niveau de scolarité
des francophones au Québec. C'était ça, l'objectif. Les anglophones
avaient un niveau de scolarité beaucoup plus élevé que les francophones, donc, collectivement, on a pris, comme société, la décision
de déployer le réseau d'universités puis on a installé le réseau à la grandeur de la province. Et là, effectivement,
quand on regarde les chiffres, nous, à 3,6 % en 1983, maintenant à
14 %, même si on est nettement en bas de la moyenne, il y a eu des efforts
qui ont été faits qui ont permis de hausser.
Il faut se
rappeler que, pour... Je regarde, prends l'exemple de l'Abitibi-Témiscamingue,
puis un peu partout au Québec aussi
on a commencé par former des administrateurs, des travailleurs sociaux, des enseignants.
Notre première... la raison d'être de
notre création, c'étaient des enseignants. Bien, c'est la même chose avec les
communautés des premiers peuples. Ils
ont fait le choix de l'éducation, O.K.? Mais il faut toujours garder à l'esprit
qu'ils n'ont pas de... il n'y a pas de culture
de l'éducation à l'intérieur des communautés, mais ils ont fait le choix de
l'éducation. Ça, c'est très clair. Et les besoins qu'ils ont, actuellement, ce n'est pas surprenant, ça prend des
maîtres, des maîtres dûment formés qui vont devenir des modèles pour des jeunes. Puis effectivement la
roue se met à tourner : des maîtres, des gestionnaires, des
comptables, des travailleurs sociaux, les demandes qu'ils nous adressent sont
Quand on dit
«adapter des programmes», je ne dis pas «réduire les objectifs», là, ce n'est
pas du tout ça. Je dis souvent... Mais je tiens à... parce que souvent
les gens peuvent...
Une voix : Avoir cette
impression-là.
Mme Jean
(Johanne) : Oui, avoir cette impression-là. Je vous donne un
exemple : quand on arrive avec — puis c'est arrivé dans le passé — des groupes en enseignement, on prend un
programme d'enseignement préscolaire-primaire avec un groupe d'étudiantes, règle générale, c'est des étudiantes
autochtones, puis ils sont tous, règle générale, sauf une exception, en charge pas juste d'un enfant, de
plusieurs enfants, ils choisissent de revenir aux études. Ils sont souvent
seuls, en plus, donc ça demande un
accompagnement. On n'a pas le même étudiant qui a fait son primaire, son
secondaire, son cégep, qui arrive à l'université : Moi, je veux
être ingénieur, je veux être enseignant. On n'est pas là. Donc, il faut
l'accompagner puis tenir compte de l'environnement social dans lequel il évolue.
C'est ce qu'on fait... c'est ce qu'on cherche, je veux dire, à l'aider dans
cette perspective-là.
Quand
j'arrive avec une étudiante au bac en enseignement, par exemple, normalement,
faire un programme en enseignement,
c'est quatre ans; bien, on l'a vu, ça peut prendre jusqu'à sept à
huit ans, O.K., avec un groupe d'étudiants autochtones. Mais ce qu'il faut prendre pour acquis, là, c'est qu'on les
prend là où ils sont et on les emmène au même endroit que tous les autres diplômés, sauf que ça n'a pas pris quatre
ans, ça a pris huit ans. Ça fait qu'on pouvait imaginer l'effort, l'effort en ressources humaines, mais
l'effort aussi en ressources financières pour pouvoir y arriver. Mais
moi, je pense sincèrement qu'au Québec on doit faire ça si on veut... On n'a
pas le choix. Comme société, il faut absolument accompagner adéquatement
l'ensemble des communautés pour leur permettre d'atteindre ces objectifs-là.
Martine?
La Présidente (Mme Rotiroti) :
Merci. Oui, Mme Rioux, vous voulez...
Mme Rioux (Martine) : Je voulais
juste donner un autre exemple. On a, à Val-d'Or, construit, avec les
communautés, le gouvernement québécois et fédéral, un pavillon et qui porte
même le nom du Pavillon des premiers peuples. On a des résidences qui sont là.
Notre ambition, c'était que les gens arrivent du Nord, viennent s'installer, viennent étudier à Val-d'Or à temps plein. On
amenait notre modèle assez traditionnel. Force est de constater que,
quand les gens arrivent, ils arrivent en famille. Ils n'arrivent pas à un tout
seul, ils arrivent en groupe : des fois, ils sont sept, huit. Alors,
problématique de logement, problématique de déracinement. Ce sont des gens qui
sont très familiaux, ils s'ennuient, c'est
difficile. Alors, ce qu'on se rend compte, c'est qu'on a développé au fil des
années l'approche dont parle Mme Jean,
mais où on se dit : Comment on est capables maintenant, avec l'expérience
qu'on a, de ramener un enseignement sur communauté, donc beaucoup moins
exigeant pour eux, où, à la limite, ils restent dans leur milieu, ils peuvent
même continuer à donner des coups de pouce à la gestion de la communauté, mais
où nous, on continue à faire cet accompagnement-là à distance?
Alors, c'est
là qu'on est rendus, mais c'est énormément d'énergie pour une petite organisation
comme nous. On a un peu d'aide du
gouvernement du Québec, mais on a été... avec les coupures, ça fait
partie des
choix, parce que c'est tout le restant de la communauté universitaire
qui porte ça et c'est vraiment exigeant. Mais on a développé un beau modèle
vraiment intéressant et là on est rendus à regarder sur communauté comment on
peut faire, mais en... parce que les communications
aussi se sont développées dans les communautés, alors ça va être beaucoup plus
facile. Alors, c'est là, dans
l'histoire, où on est rendus. Mais nos résidences, elles servent à autre chose
qu'à ce qu'on pensait qu'elles serviraient. C'est ça, l'adaptation.
La Présidente (Mme
Rotiroti) : Merci. Oui, il vous reste
1 min 30 s, M. le député de Jean-Talon.
Proulx : Bien, écoutez,
je vais plutôt faire un commentaire et je reprendrai dans le bloc suivant. Mais je vous remercie d'avoir fait la distinction,
parce que j'avais bien compris puis... et c'est important de le dire, à
l'obtention du diplôme, les gens ont réussi
les mêmes objectifs, mêmes standards que tout le monde, et c'est tant mieux, mais c'est également vrai que parfois il
faut les prendre là où ils sont rendus. Et je ne suis pas surpris de l'exemple
que vous nous donnez. C'est une anecdote qui est savoureuse, là, ici,
mais effectivement je ne suis pas surpris qu'un lit simple dans une chambre, ce n'était pas suffisant lorsqu'ils
arrivent, bien évidemment, comme on l'a à peu près tous — ou
en tout cas certains d'entre nous — connu.
Mais c'est très intéressant, ce que vous faites par rapport à ça. Et je vous rejoins tout
à fait, Mme Jean, c'est une responsabilité que nous avons dans notre société si on veut
l'occuper, ce territoire-là, si on veut le partager et l'occuper en
partenariat, bien entendu. Mais on doit également offrir à tous ceux qui y
habitent les mêmes chances que nous avons et que nous avons eues par rapport à
ça. Je vous remercie.
Présidente (Mme Rotiroti) : Merci, M. le député de Jean-Talon. Alors, on va passer du côté du deuxième
groupe de l'opposition pour un bloc de 19 min 30 s. Alors, M. le
député de Chambly, la parole est à vous.
Roberge : Merci, Mme la Présidente. Alors, je salue tous les collègues
et je vous remercie de votre présentation.
Puis ça fait déjà presque une heure, là, qu'on vous entend répondre
aux questions, puis c'est assez formidable, ce que fait l'Université du Québec en Abitibi, là. Jean-Pierre Ferland dirait :
Une chance qu'on vous a, une chance qu'on vous a. Et là le dernier échange m'a amené une réflexion, parce qu'on
voit que vous faites un travail d'éducation, mais presque aussi du travail social, puis on voit
qu'il y avait... vous avez fait un peu, des fois, des rappels historiques,
puis c'est éclairant. On voyait qu'il y a un écart très, très grand entre les
francophones et les anglophones, on a en
partie comblé cet écart-là. Là, on voit qu'il y a un écart entre les nations
qui cohabitent au Québec, et là vous travaillez à rattraper cet écart-là
pour les Premières Nations.
Et là je vois
que votre étudiante type est une femme, et là ce n'est pas à 52 %, c'est
trois quarts de vos étudiants qui sont
des étudiantes. Et là j'ai l'impression qu'on n'est plus dans le rattrapage,
là, pour qu'il y ait autant de femmes que d'hommes qui soient diplômés universitaires. À un moment donné, le
balancier est rendu de l'autre bord. Et est-ce que vous faites quelque chose non pas pour décourager
les femmes d'étudier... bien, j'espère que non, il faut qu'elles restent
là, puis qu'elles s'émancipent, puis
qu'elles prennent leur place, mais pour susciter davantage de vocations chez
les jeunes hommes pour que les hommes
aussi en Abitibi se rendent aux études supérieures? Donc, est-ce que vous avez
un plan d'action, une façon, là, d'augmenter l'effectif étudiant
masculin?
Mme Rioux
(Martine) : Bien, je pense que la rectrice vous a dit tantôt qu'elle
participait à la table des partenaires du marché du travail. Il y avait aussi... et j'espère que ça va continuer,
mais la Table interordres qui avait dans son plan cette préoccupation-là. C'est une préoccupation qui est
régionale, je ne pense pas qu'elle est propre à la région. Je pense
qu'on a entendu... On était ici hier pour la
présentation des gens de Rimouski et on s'aperçoit que l'université est devenue
quelque chose de peut-être difficile à acquérir pour... la formation
universitaire pour les garçons. Il faudrait fouiller, et il y a sûrement des chercheurs qui s'intéressent à cette
question-là, il faudrait peut-être se documenter davantage. Mais c'est
clair que, dans une région comme la nôtre particulièrement, le défi est grand
parce que le secteur minier et le secteur forestier, ce sont des secteurs
industriels où les salaires pour les hommes sont vraiment bons et à beaucoup
moins d'années de formation. Alors, on a
quand même des formations qui ont été exigées. Il y a 30 ans, tu n'étais
même pas obligé d'avoir un
secondaire V. L'industrie là-dessus s'est responsabilisée, et... parce
que, comme c'est une industrie cyclique, quand ils sont obligés de
mettre les gens dehors, au moins les gens ont un papier. Mais il reste que
c'est attractif et en beaucoup moins de
temps. Alors, ça, c'est un défi, un double défi pour nous en
Abitibi-Témiscamingue, mais, comme société québécoise, je pense que
c'est une préoccupation qu'on doit avoir, effectivement.
Mme Jean
(Johanne) : Un autre élément, si vous regardez dans le patrimoine
académique, une grande
partie de ce patrimoine-là
est plus... quand on parle d'enseignants, quand on parle d'infirmières, de
travail social est traditionnellement plus fréquenté par les femmes que
par les hommes. Ça aussi, ça fait en sorte que le décalage est un peu plus
grand chez nous.
La Présidente (Mme Rotiroti) :
Oui. Alors, Mme la députée d'Iberville.
Samson : Merci, Mme la Présidente. Mesdames, messieurs, bonjour.
Quelques petites questions rapides. D'abord,
Mme Jean, dans votre présentation, vous avez indiqué l'importance pour
l'université de faire
partie du réseau de l'Université du Québec à cause
de ressources dont vous ne disposeriez pas nécessairement autrement.
Pouvez-vous me donner des exemples?
Mme Jean
(Johanne) : Mon Dieu! Actuellement, avec le réseau, vous savez, on a,
par exemple, la Direction de la
recherche institutionnelle au siège social que chacune des constituantes
utilise. Moi, je serais incapable de... on n'a pas la taille, je n'ai pas les moyens financiers, je
n'ai pas l'expertise pour qu'on puisse avoir accès à une direction de
recherche institutionnelle, c'est-à-dire des données qu'on va chercher qui nous
permettent de se comparer, qui nous permettent de s'évaluer, qui nous permettent... Je vous donne
d'autres exemples : que ce soit au niveau financier, il y a, là aussi,
une équipe qui, lorsqu'on a besoin d'aide,
nous conseille, nous dirige, nous donne d'autres stratégies. Je regarde au
niveau juridique, O.K., je veux dire, on n'a
pas de service juridique, je veux dire, mais on utilise celui du siège social,
par exemple. Donc, il y a plein d'éléments dans ces... Tout ce qu'on
fait au niveau de la recherche, enseignement, je vais laisser M. Martel...
M. Martel
(Denis) : Oui. Au niveau de la recherche puis l'enseignement, on
partage beaucoup, effectivement, des
meilleures façons de faire, les meilleurs procédés, effectivement, dans le
développement de nos programmes, dans la recherche. Avec ce partenariat-là, on s'est dotés, effectivement, d'un
petit fonds de démarrage de projets de recherche qui permet à nos
chercheurs de travailler plusieurs institutions ensemble et d'aller chercher
des subventions auprès des subventionnaires plus importants.
Mais je pense que le meilleur exemple que je
pourrais vous donner, c'est le réseau de bibliothèques. L'Université du Québec
s'est dotée d'une table de bibliothécaires qui va faire en sorte qu'on échange
les meilleures pratiques, la meilleure façon
de faire. Effectivement, ça coûte très cher, les bibliothèques, et ça coûte de
plus en plus cher, malheureusement,
et il faudra peut-être se pencher, effectivement... avoir une commission
d'enquête, effectivement, sur la collusion de certains organismes qui
dispensent de l'information dans les bibliothèques. Mais ça fait en sorte qu'on
réduit les coûts. Et non seulement on réduit
les coûts puis on se donne des meilleures pratiques, c'est que maintenant
les autres universités en dehors du réseau
de l'Université du Québec se sont associées, effectivement, à ce réseau-là.
Alors, je pense que c'est le meilleur
exemple de dire : Il y a beaucoup de collaborations qui se font de façon
plus ou moins formelle parfois, mais
on échange beaucoup dans les meilleures pratiques, et ça, c'est énorme, puis
une petite université comme la nôtre, bien, c'est fondamental.
Mme Samson : ...mais vous ne
pourriez pas vous payer ces services-là pour...
M. Martel (Denis) : Tout à fait, tout
à fait.
Boisvert (Luc) : Effectivement. C'est aussi dans nos projets d'immobilisation... Dans les dernières
années, on a eu plusieurs projets d'immobilisation. On a eu un sérieux coup de
main, un solide coup de main de la part du siège social pour nous aider à faire la gestion de ces projets-là, pour
s'assurer que ces projets-là soient amenés à terme dans les délais et
dans les budgets.
Samson : Je comprends. Je vous remercie. Une autre petite question, puis c'est vraiment
un éclaircissement, là... Dans un des
3 692 millions de tableaux qu'on a reçus, je vois qu'il y en a un, en ce qui vous concerne, qui parle des revenus, et on parle des ventes externes, et on voit que ce qu'on
qualifie de ventes externes a quand
même connu une baisse
importante au cours des dernières années. Qu'est-ce que c'est que les ventes
externes?
M. Boisvert (Luc) : Ventes externes,
pour nous, c'est au niveau de la... on va au niveau de la formation continue. On peut le voir au niveau de la vente de
certains documents. Quand, particulièrement en formation à distance, on vend des
documents, on va avoir ces éléments-là.
M. Martel (Denis) : Et, comme ils
sont informatisés maintenant, bien...
Mme Samson : Les ventes sont... O.K.
M. Boisvert (Luc) : ...c'est des
revenus de moins, mais c'est des dépenses de moins aussi, c'est...
Samson : C'est des dépenses
de moins aussi, mais c'est des revenus de moins. O.K. Merci. Mais c'est parce
que ça faisait... ça avait l'air fou un peu, mais... Bien là, ça n'a plus l'air
fou, là, on comprend.
Dans les statistiques qu'on a regardées, vos
ratios étudiants par professeur sont relativement bas si on les compare à ceux de d'autres universités. Est-ce que
c'est essentiellement dû à la spécificité de votre clientèle, à la
réalité géographique de votre environnement, ou s'il y a un autre objectif de
la direction dans ça, ou si c'est essentiellement l'effet de la spécificité de
votre clientèle?
Mme Jean
(Johanne) : Ce n'est pas l'effet de la spécificité de la clientèle.
Vous savez, l'Abitibi-Témiscamingue, c'est
149 000 habitants, O.K.? En 1983, quand on a décidé de créer l'Université
du Québec en Abitibi-Témiscamingue, on ne répondait pas aux bonnes
normes, là, je dois vous le dire, c'est clair, là. Si on avait utilisé une
norme, on ne nous aurait pas créés, parce que faire vivre une université avec
150 000 habitants... Normalement, c'est un minimum... au minimum, on dit, dans les chiffres, 300 000.
Donc, on est la moitié de ça. Évidemment, on a quand même... on déploie
une offre de formation qui répond aux
besoins de la population, qui permet de former une main-d'oeuvre que... dont on
a besoin en région et ailleurs. On n'a jamais de très gros groupes, là.
Je veux dire, moi, j'aimerais ça, sincèrement, là, en avoir juste un, un cours avec 300 étudiants dans
l'amphithéâtre. Je n'ai pas d'amphithéâtre pour les recevoir, par exemple,
il faudrait que je le construise, mais j'aimerais vraiment ça, mais...
Une voix : On a des
résidences. Elles sont pleines, elles sont pleines.
Une voix :
Elles sont occupées.
Mme Jean (Johanne) : Donc, on n'a jamais
des gros groupes. Le maximum qu'on peut avoir, c'est, dans certains cours, 50,
une cinquantaine d'étudiants, 60 étudiants. Donc, évidemment, je veux dire...
Mais ce n'est pas... je pense, c'est compte tenu de la taille. Nous, on
s'assure toujours d'avoir quand même une moyenne groupes-cours qui nous permet,
là, de boucler nos budgets, de répondre aux besoins.
Mme Samson : C'est beau. Merci, Mme
la Présidente.
La Présidente (Mme Rotiroti) :
Ça va, Mme la députée, oui? Alors, M. le député de Chambly.
Roberge : Oui. Donc, l'établissement est petit, mais ce n'est pas nécessairement un défaut. Vous avez
votre spécificité, votre couleur, vos
créneaux d'excellence puis, d'après ce que j'ai compris, vous réussissez à
attirer des étudiants de l'extérieur
de votre territoire, et donc ça, ça enrichit la région. Est-ce que
vous réussissez, avec vos créneaux d'excellence,
à faire du recrutement d'étudiants étrangers? Si oui, comment? Est-ce rentable
en regard des investissements que
vous devez faire pour aller recruter ces étudiants-là? Et je pose une... Bien,
ma troisième sous-question, c'est : Est-ce qu'une mise en commun
des énergies, des ressources au Québec pour aller faire du démarchage des
étudiants, c'est quelque chose que vous verriez d'un bon oeil, là, de s'unir,
pas juste le réseau UQ, mais les universités du territoire pourraient aller
recruter à l'étranger? Donc, voilà.
Mme Jean
(Johanne) : Je vais laisser
Martine y répondre, mais, juste avant, il faut prendre pour acquis que
les étudiants d'origine étrangère, chez nous, viennent dans certains programmes,
O.K.? Ce n'est pas «at large», là, on ne retrouve pas ça dans... on retrouve beaucoup
d'étudiants étrangers dans le secteur minier, dans le secteur forestier ainsi
que création nouveaux médias et génie, O.K., on retrouve nos étudiants dans ces
secteurs-là. Je vais laisser Martine y répondre pour... de quelle façon on les
recrute.
Mme Rioux
(Martine) : Alors, en deuxième, troisième cycles... puis c'est intéressant, moi, ça ne fait pas très
longtemps que je suis à l'université, puis je rencontrais des étudiants qui venaient de partout, puis mon
plaisir, c'était de dire :
Comment ça se fait que tu te retrouves ici? Et ce n'est pas parce que
nous, on s'est déplacés, puis on est allés dans une foire pour se présenter, puis ça... ce qui coûte une fortune, et qui
est un peu comme aller à la pêche puis ne pas prendre de poisson, là, tu sais. C'est vraiment
la... C'est tout à fait simple, parce
qu'en deuxième, troisième cycles l'étudiant qui est prêt à quitter son pays pour approfondir sa recherche, il veut avoir
le meilleur. Il veut avoir un professeur qui a obtenu des fonds, pas qui est allé en... qui a obtenu des
contrats, mais qui a obtenu des fonds, parce que, pour obtenir des
fonds, il faut qu'il soit vraiment bon.
Alors, c'est pour ça, l'intérêt qu'on disait
tantôt, on est passés de commandites à des fonds. C'est parce que, pour avoir
des fonds, un professeur doit se faire connaître par ses parutions, par ses
découvertes, parce qu'il a poussé la
connaissance dans son secteur. Et ce n'est pas compliqué, c'est Google .
Les étudiants, ce qu'ils font, c'est qu'ils cherchent c'est qui, le
meilleur prof qui travaille en caractérisation du bois. Bien, chez nous, il
s'appelle Ahmed Kooba, il est à La Sarre. Le
jeune, là, qui était au Maroc, là, zéro idée c'est où, La Sarre — je ne sais pas si vous autres, vous le
savez, mais c'est en Abitibi-Témiscamingue,
c'est à La Sarre — et ça a fait qu'il s'est retrouvé à La Sarre pas parce qu'il
choisissait le campus de
l'Abitibi-Témiscamingue, mais parce que c'était le professeur de haut niveau.
Et c'est pour ça qu'il faut vraiment être préoccupé d'abord à bien
supporter nos professeurs qui font de la recherche.
Mais aussi notre stratégie, elle n'est pas si
coûteuse que ça, parce que c'est beaucoup une stratégie pour les mettre en valeur. On fait du démarchage, mais par
le biais des profs. C'est les profs qui attirent la qualité, la
compétence puis l'étudiant, ce n'est pas mon
équipe de recrutement. Mon équipe de recrutement est là pour supporter les
professeurs qui ont la capacité d'attirer des étudiants de deuxième et
troisième cycles.
La Présidente (Mme Rotiroti) :
Allez-y, M. le député, il vous reste six minutes.
M. Roberge :
Donc, ce que je comprends, essentiellement, c'est que, pour recruter des
étudiants, il faut recruter des profs,
essentiellement, et des profs... et bien les supporter. Or, je vois que... vous
avez dit tout à l'heure, les conséquences des coupures des dernières années, c'est que vous avez 20 postes de
prof vacants sur les 125. Donc là, non seulement on se prive de poisson,
mais on se prive de pêcheurs. C'est ça que je comprends, là. Donc, ça, c'est un
appauvrissement pour le Québec, mais pour l'UQAT, pour l'Abitibi, parce que,
là, on n'est pas capables de recruter ni des profs ni des étudiants étrangers.
Comment
faites-vous, malgré tout, pour... Là, on comprend, on espère que c'est
passager, là, puis qu'on va arrêter de
désinvestir dans notre avenir, puis qu'on va se remettre à avoir un peu de
vision. Mais comment faites-vous malgré tout pour recruter des profs et
les conserver?
M. Martel (Denis) : Effectivement,
c'est une situation problématique et on espère nous aussi que, dans le temps,
il y aura d'autres investissements qui permettront, effectivement, de relancer
notre processus.
Il faut voir
que ce qui est conservé, effectivement, c'est une équipe professorale très
dévouée, et très, très, très efficace,
et très fonctionnelle. Et l'autre élément, c'est que, pour attirer des profs,
des professeurs chez nous, on a développé, effectivement, un certain nombre de stratégies. D'une part, on les
accueille dans des environnements qui leur permettent, effectivement, de se développer notamment en recherche et
sur l'ensemble du volet des tâches, parce que la tâche professorale, c'est l'enseignement, c'est la recherche et c'est aussi
les services à la collectivité. C'est la même chose que pour une
université, c'est eux, effectivement, qui remplissent cette mission-là.
Alors, on a
créé des instituts de recherche en forêt, en environnement forestier, en
environnement minier. On a des
groupes de recherche très dynamiques, on utilise des technologies,
effectivement, très développées, qui permettent aux professeurs... parce que c'est toujours le stress,
hein, venir faire une carrière en Abitibi-Témiscamingue. Je sais, moi,
j'en ai fait une à Chicoutimi, et je me suis déplacé souvent sur
Québec-Montréal à l'époque, parce qu'on avait moins ces technologies-là. Là, ce que l'on tente, c'est de l'éviter le plus
possible, leur permettre quand même d'avoir, donc, un réseau national et
international de contacts. Donc, tous ces investissements-là dans lesquels on
travaille nous permettent une forte rétention.
Là, pour l'instant,
c'est le recrutement. On continue à recruter lorsque... par exemple, on a un
départ à la retraite, on va faire un
remplacement. C'est d'aller chercher ces nouveaux-là pour augmenter le
développement, où là on est en phase un
peu plus latente pendant un certain temps. Mais je pense que ça... pour nous,
on est certains, effectivement, que ça va se développer. Puis avec les étudiants, on le voit, effectivement, au
niveau des cycles supérieurs, comme le disait Mme Rioux, mais, au niveau des premiers cycles comme tels, c'est la notoriété de notre
formation de programmes. On est les seuls à avoir une création nouveaux
médias, c'est-à-dire à approcher les médias par la dimension création et non
pas par la dimension programmation. Alors,
on a associé les arts et l'utilisation des multimédias, et ça, ça attire des
étudiants, parce que c'est unique. Même chose pour l'art-thérapie, c'est
unique comme tel. Donc, la stratégie est sur les profs, mais aussi sur
l'unicité de certains programmes.
Mme Rioux
(Martine) : Et, dans le
dernier cas qui vous est apporté, c'est les professeurs qui ont fait des
alliances avec entre autres des universités
françaises et où on a un bon contingent d'étudiants français qui viennent
parfaire leur formation. Parce
qu'encore là on a des profs extrêmement dévoués et qui travaillent pour leur propre
développement, alors c'est beaucoup
par ces relations-là... Et on a des ententes avec plusieurs universités, notamment
les universités françaises.
M. Roberge : Il ne reste pas beaucoup
de temps?
La Présidente (Mme Rotiroti) :
Deux minutes.
Roberge : Donc, je vais être
bref. Justement, je suis content que vous me parliez des
universités françaises parce que,
bon, là, il y a eu une modification des frais chargés aux étudiants français.
Je sais que ça ne touche pas les étudiants des cycles supérieurs, ça touche les étudiants du premier cycle. Est-ce que
vous croyez que ça va passer comme une lettre à la poste ou si vous
anticipez des conséquences négatives de ça? Bref, ça va être quoi, l'impact
réel, à l'UQAT, de cette modification-là?
La Présidente (Mme Rotiroti) : ...en
1 min 25 s.
Mme Jean (Johanne) : Ce ne sera pas
très long. C'est sûr que ça va avoir de l'impact, là. Parce que, comme Martine le mentionne, c'est des ententes qu'on a
prises avec des universités, puis, au moment où on a pris ces
ententes-là, on était dans un régime
différent de celui qu'on a là, donc c'est sûr qu'à partir du moment où tu
modifies certains éléments de
l'entente, bien, ça a de l'impact. Donc il est difficile, à ce moment-ci, de
dire : Est-ce que ça a un impact catastrophique? Je dirais que non, là. Je veux dire, somme toute,
les chiffres qu'on a... ce que les directeurs du UER nous ont mentionné
jusqu'à maintenant, il y a quand même beaucoup d'étudiants d'origine française
qui vont être au rendez-vous cet automne et l'hiver prochain chez nous.
M. Martel (Denis) : Vous permettez,
10 secondes?
La Présidente (Mme Rotiroti) :
Oui. Allez-y, M. Martel.
M. Martel
(Denis) : 10 secondes. Il ne
faut pas oublier qu'il y a aussi beaucoup d'impact qui vient du gouvernement fédéral et de nouvelles dispositions
liées à l'immigration. Et ça, ça affecte beaucoup toutes les
universités, effectivement. C'est peut-être plus là qu'on a plus de
difficultés.
La Présidente (Mme Rotiroti) :
Oui, 30 secondes.
M. Roberge : ...préciser, non?
La Présidente (Mme Rotiroti) :
Allez-y.
Roberge : O.K., mais... si
vous voulez préciser de quoi vous voulez parler précisément quand vous nous
parlez de ces modifications-là...
M. Martel
(Denis) : Les demandes de
visas, l'augmentation des problématiques liées aux demandes de visas
pour les étudiants étrangers, l'impossibilité, effectivement, de travailler, même
à temps partiel, pour aider dans les études, ce qui est une façon de travailler, les délais
énormes, effectivement, qui sont occasionnés et le fait qu'on ne peut
plus, dans les universités, accompagner ces étudiants-là dans ces demandes-là,
les accompagner auprès des fonctionnaires fédéraux
à moins d'avoir un officier attitré qui a été formé à Ottawa pendant six mois,
qu'on a payé sa formation, et ainsi de suite. Alors, ça, ça nous pose
des problèmes, et pas juste chez nous, partout.
Présidente (Mme Rotiroti) : Merci. Alors, le temps est écoulé. Alors, on passe du côté du
gouvernement pour un bloc de 15 minutes, et je cède la parole au député
d'Ungava.
Boucher : Alors, bienvenue,
mesdames, bienvenue, messieurs. Ça me fait plaisir de vous voir aujourd'hui
à l'Assemblée nationale. On parlait tantôt, là... mon collègue de Jean-Talon
vous parlait des étudiants autochtones puis des
programmes offerts pour ces gens-là. Vous savez que, moi, bon, à
titre
d'adjoint parlementaire du ministre responsable du Secrétariat aux affaires autochtones puis à
titre de député d'Ungava, où les deux tiers de ma population sont Cris ou Inuits, c'est quelque chose qui me touche particulièrement. Et puis vous
parliez tout à l'heure... Vous donniez un exemple... Quelqu'un qui voudrait faire un bac en
enseignement préscolaire-primaire dans le cheminement standard, entre
guillemets, on parle d'un contrat d'à peu près
quatre ans à l'université, là, si les choses vont bien. Vous parliez que, du
côté, bon, des Premières Nations,
vous les preniez là où ils sont pour les amener au même point que celui qui
aura pris le cheminement standard sera au moment de sa sortie.
Puis là j'aimerais qu'on revienne un petit peu
là-dessus parce que, vous savez, bon, souvent, du côté des Premières Nations, autant niveau primaire que
secondaire, l'école n'est pas toujours une valeur très mise en évidence, hein?
Souvent, bien : Mon grand-père n'est jamais allé à l'école de sa vie et il
a très bien vécu. Mon père est allé à l'école
de façon minimale puis il a très bien réussi dans la vie.
Alors, pourquoi moi, je me taperais jusqu'au secondaire V quand je peux
travailler facilement? Il y a de l'ouvrage dans les communautés cries, dans les
communautés inuites, et puis, à 12, 13, 14 ans, c'est très facile de se trouver
un boulot assez payant.
Vous disiez
tantôt, bon... tu sais, il arrive à l'université, tu as une petite chambre avec
un lit simple puis un petit lavabo
dans le coin, ça ne marche pas. Ils arrivent en gang. Vous savez que, bon, chez
les jeunes femmes autochtones, être
mère à 16, 17 ans, non seulement ce n'est pas rare, mais c'est une valeur qui
est promue, qui est mise en évidence, contrairement
à nous. Si ma fille de 16 ans était mère, c'est sûr que je l'accepterais, mais,
en même temps, je me ferais du souci
puis des nuits de, hein, de turlupinage, comme on peut dire, de qu'est-ce
qu'elle va devenir, qu'est-ce qu'on va faire. Je serais très inquiet
pour elle, quand, du côté autochtone, c'est totalement différent.
Alors, je
voudrais... Bon, moi, peut-être que je suis simpliste, là, mais souvent les
gens quittent l'école secondaire II, secondaire III, ils vont
travailler, des expériences à gauche puis à droite. Puis à l'âge de 24, 25 ans,
par exemple, ils font de la suppléance à
l'école parce que le professeur est malade pour un mois, puis, dans les
communautés, on n'appelle pas sur la
liste de remplaçants, là, on prend... ou la classe est fermée ou on prend qui
qu'on peut. Puis là, bien, la personne dit :
Ah! bien, regarde donc ça, l'enseignement, ce n'est pas pire, puis j'aimerais
ça puis je me trouve une vocation. Donc, moi, avec un secondaire III,
j'aimerais devenir un enseignant diplômé et puis faire une carrière en
enseignement. Mettez-moi, pratico-pratique, là, qu'est-ce que vous faites avec
quelqu'un comme ça.
Mme Jean
(Johanne) : C'est sûr que, quand on a un étudiant d'origine autochtone
qui arrive puis qui n'est pas passé,
par exemple, par le réseau collégial, tu sais... Vous savez que, normalement,
pour fréquenter l'université, on doit avoir passé par le réseau collégial. À l'UQ, il nous arrive d'admettre des
étudiants sur la base de l'expérience, compte tenu de leur âge et de ce qu'ils ont fait. Comme vous...
prenez l'exemple d'un étudiant ou d'une étudiante qui, par la force des choses, a fini par faire de la suppléance parce
qu'ils avaient besoin de quelqu'un pour s'occuper du groupe et
contribuer à la formation de ce groupe-là. Puis, s'il le fait pendant quelques
années, ça demeure somme toute une expérience, O.K., qu'on va analyser, qu'on va regarder qu'est-ce qu'on peut faire. Mais il
n'a pas fait son collégial. Il maîtrise possiblement... si c'est un étudiant cri, il ne maîtrisera pas,
possiblement, le français, il va maîtriser l'anglais. Donc, on va vérifier
c'est quoi, sa qualité.
Donc, on va lui donner une formation qui va le
préparer à l'université, O.K.? Une formation, vous allez me dire : Bien
là, Mme Jean, ce n'est pas une formation de niveau universitaire, ça va être de
formation secondaire ou collégiale. Oui,
possiblement, mais on travaille, on travaille notamment avec le cégep de
l'Abitibi-Témiscamingue, qui est un
des partenaires avec nous pour monter des programmes de formation, les
dispenser au besoin des étudiants pour pouvoir augmenter son niveau pour faire en sorte qu'il soit en mesure de
poursuivre des études universitaires. Et après, bien, je veux dire, veux veux pas, on a toujours le même
étudiant qui est en soutien de famille et qui a besoin d'avoir un
encadrement particulier, tu sais. Tu sais,
l'étudiant ou l'étudiante ne peut pas être disponible 12 heures par jour, là,
pour... Il faut avoir des plages bien
précises. Nous, on s'assure notamment... ce qu'on fait, on va s'assurer
d'avoir, oui, des plages d'enseignement, mais on va mettre à l'horaire
avec les étudiants autochtones des plages d'encadrement sur lesquelles il y a
des profs, il y a des tuteurs qui
accompagnent les étudiants pour leur permettre de faire les travaux, de prendre
le temps de faire les travaux sans être repris dans leur quotidien.
Donc, c'est comme ça qu'on fait puis qu'on
réussit à les amener au même endroit. Mais ce qui est important, c'est qu'il faut en former, des maîtres, pour que,
dans la classe dont vous me parliez, le jeune en secondaire III qui n'a
pas... arrive en prise en charge de la classe, il faut avoir des gens qui sont
formés à cet effet et qui vont effectivement prendre en charge les classes.
Peut-être qu'il va y avoir des aides.
Donc,
il faut casser ça, pas casser dans le sens péjoratif, là, mais il faut vraiment
s'attarder à faire en sorte qu'on va effectivement avoir des maîtres qui
vont retourner dans leurs communautés. Les autochtones, quand ils viennent à
Val-d'Or, ils veulent... ils retournent presque tous dans leurs communautés,
O.K.? Ils s'en viennent... ils ne restent pas à Val-d'Or, ils ne descendent pas dans le Sud,
sauf si ça les tente, mais, règle
générale, ils retournent, ils ont hâte de retourner à l'intérieur de
leur communauté.
C'est
la raison pour laquelle, quand Martine, tantôt, vous exprimait qu'on est en
train de regarder pour modifier nos stratégies
puis être beaucoup plus présents à l'intérieur des communautés... parce que,
de toute façon, elle le disait, quand ils arrivent avec tout l'ensemble de la famille,
on n'est pas capables de les loger. Donc, ça fait qu'on a là une
problématique importante, mais c'est comme ça qu'on le fait.
M. Boisvert
(Luc) : Pour rajouter, justement, pour amener ces gens-là plus loin,
notre service des premiers peuples est formé
de gens des premiers peuples qui comprennent leur... Ça ne vient pas de nous,
là, ce n'est pas juste nous qui... C'est ces gens-là qui viennent des
premiers peuples qui nous appuient pour mieux comprendre ces réalités-là et vraiment
adapter les formations aux besoins de ces gens-là.
Martel (Denis) : Et des
exemples en communauté, on en a. On en a effectivement dans votre comté
d'ailleurs, à Povungnituk puis à Iqaluit. On se déplace. C'est le professeur
qui se déplace pour aller former, effectivement, des enseignantes sur place, et
ça, depuis quoi, 15 ans, 15, 20 ans?
Martel (Denis) : 30 ans?
Bon, c'est ça. Ça fait longtemps qu'on le fait dans ces communautés-là de
façon très significative.
Rioux (Martine) : Puis
au-delà de l'enseignement, quand on parle du service des premiers peuples,
vite, on s'est rendu compte qu'ils avaient
besoin d'un accompagnement dans toutes leurs hautes sphères, c'est-à-dire que, quand... vous décrivez très bien la personne qui arrive
avec... qui a déjà à jongler avec quatre, cinq enfants, bien, il y a une
travailleuse sociale qui aussi la supporte dans son équilibre et son
épanouissement.
Alors, c'est vraiment
une approche holistique — c'est
un mot que vous connaissez bien, là — dans le monde autochtone, mais c'est vraiment...
et c'est le fait de cette présence-là de gens formés par l'UQAT qui maintenant travaillent à l'UQAT et nous ont
aidés à développer ce que les gens des communautés avaient besoin. Alors là,
c'est ça qui est vraiment toute la différence, mais qu'on supporte parce que — il y a quelqu'un qui l'a exprimé
tantôt — depuis
toujours, les gens qui ont été à la
direction de l'UQAT ont reconnu, ont valorisé le fait qu'on avait une
responsabilité sociale parce qu'on partageait le même territoire.
M. Boucher :
Ça, là-dessus, je suis content d'entendre ça parce que, vous savez, encore une
fois, c'est un clash, là, entre les
non-autochtones et les autochtones. Souvent, un jeune qui vient d'un village
éloigné de l'Abitibi puis qui se
ramasse à Rouyn ou à Amos, c'est sûr, sur le coup, il va avoir un petit dépaysement, mais assez vite
il va s'y plaire. Puis peut-être
qu'à l'occasion il va s'ennuyer de la sauce à spaghetti de maman,
là, mais, si elle lui fait des petits plats congelés, ça va faire la job. Ils sont libérés de la tutelle familiale,
de la tutelle du clan, mais, chez les autochtones, c'est exactement
le contraire. C'est tissé hyper serré, puis l'esprit communautaire, puis le
fait que la cousine, que le mononcle n'est plus là, d'être tout seul, à
part, c'est vraiment un déracinement, puis c'est vraiment difficile pour eux.
Puis je suis content
qu'ils soient supportés à ce niveau-là parce que, si je prends l'exemple des
Inuits qui se ramassent souvent, bon, soit au collège Marie-Victorin ou à
John-Abbott du côté secondaire, presque la moitié ne termineront jamais leur formation, pas parce
qu'ils ne sont pas à la hauteur, pas parce qu'ils ne sont pas assez intelligents, pas capables, mal préparés,
c'est à cause du déracinement. Ils ne sont pas capables de souffrir
l'éloignement pendant deux ans, trois ans du
village, de la communauté, des siens, de la nourriture traditionnelle, puis ça,
c'est des talents qui sont gaspillés malheureusement. Puis comme vous
dites, ces gens-là ne rêvent pas d'avoir un bureau en haut de la Place Ville-Marie. Bien au contraire, ils rêvent,
en vaste majorité, de retourner dans leur communauté, de donner aux
leurs et puis de faire évoluer les leurs là-dessus.
ne veux pas prendre le bloc de temps, là, je veux laisser un petit peu de place à mes collègues, mais j'aimerais... j'ai lu, dans le document que vous nous avez remis
tantôt, quelque chose qui a piqué ma curiosité. Attendez un petit peu, là, je vais essayer de... c'est toujours quand on veut aller vite qu'on ne trouve pas. À
la page 9 de votre document, vous parlez des formations uniques traitant
des questions autochtones, dont Piwaseha. Qu'est-ce que Piwaseha?
Jean (Johanne) : C'est une formation
sur la culture autochtone. C'est une de nos collègues, Janet Mark, que vous connaissez peut-être, qui a conçu ce programme-là,
qui porte vraiment sur toute la question de la culture
autochtone, l'approche holistique. Donc,
c'est une formation qui est actuellement... qui a été offerte partout au Québec,
à de nombreuses organisations, entreprises, pas seulement les entreprises de l'Abitibi. C'est vraiment... la
demande est très forte, les gens veulent comprendre, connaître. Et
Janet, avec son équipe, parce que là, elle est en train de former d'autres
personnes pour pouvoir dispenser cette formation-là... Donc, c'est vraiment une
formation qui porte sur la culture autochtone.
La Présidente (Mme
Rotiroti) : Mme Rioux.
Rioux (Martine) : Bien, tant qu'on est là-dedans, on a fait un... je
ne suis pas capable de le prononcer, mais une adaptation de cette formation-là, mais pour le monde de la santé,
parce que Piwaseha, c'est un cours qui est offert, qui est beaucoup
suivi par les fonctionnaires, réseau de la faune, notamment, tu sais, des gens
qui ont à transiger, mais qui fallait qu'ils comprennent... la Sûreté du
Québec, beaucoup la fonction publique.
Alors, c'est une formation à grandeur du
Québec, mais il y avait une demande particulière pour les gens du
secteur de la santé, comprendre la réalité
ou la vision de la santé pour les autochtones. Alors, c'est un cours qui a été
développé, encore là, par la même formatrice
et qui est offert au réseau de la santé en ce moment. Ça fait fureur, c'est
vraiment... on l'offre par le biais de la
formation continue, et ça répond à un besoin, et tout ça toujours dans notre
mission ou dans notre volonté de partager et de cohabiter. On est
toujours dans les mêmes valeurs.
Présidente (Mme Rotiroti) : Ça va, M. le député? Alors,
il reste deux minutes. M. le député de Papineau, allez-y.
M. Iracà :
Ça va être plus peut-être un commentaire qu'une question, vous n'aurez
peut-être pas le temps de répondre. D'abord,
laissez-moi vous dire que je trouve ça beau de vous voir ici aujourd'hui. Je
sais que vous travaillez très fort.
L'Université du Québec en Abitibi a surmonté plein d'obstacles et s'est
développée de manière exceptionnelle. Je peux vous en parler, moi, je suis un enfant de l'exode. Je suis né à Val-d'Or
et, dans mon temps, quand j'ai fini le secondaire, il n'y avait pas de cégep, alors j'ai dû quitter la
région — maintenant
je demeure à Gatineau depuis plusieurs années — et l'université, là, débutait à
Val-d'Or, là, tranquillement. Je vous dis que c'est parti de loin.
Mme Jean
(Johanne) : ...une longue bataille.
M. Iracà :
Oui, une longue bataille. Alors, vous avez fait un travail exceptionnel avec
les années, et ça, c'est tout en votre
honneur, l'honneur des dirigeants qui avaient une vision. Puis vous couvrez un
grand territoire également, donc ça ajoute au fait que c'est
exceptionnel.
Et j'avais une
question sur l'exode, mais vous n'aurez pas le temps d'y répondre. C'était pour
voir si... parce que, quand j'étais là, il y
avait beaucoup d'enfants d'exode qui se sont en allés ailleurs. C'était pour
savoir si vous le viviez encore, cet
exode-là, mais peut-être à un autre niveau, peut-être par les choix de
programme. Est-ce que, dans les choix de programme, si vous pouviez rêver, est-ce qu'il y a un programme qui
ferait en sorte qu'il y aurait encore plus de rétention, moins d'exode?
Est-ce qu'il y a des programmes que vous vous dites, avec les années, parce que
là, ça fait quelques années que c'est là... qui sont devenus moins pertinents?
Est-ce que vous voulez jouer dans l'offre de programmes ou vous pensez
peut-être plus à de la stabilité? Mais là, écoutez...
La Présidente (Mme
Rotiroti) : En quelques secondes, on va lui laisser un petit
peu le temps de répondre.
Jean (Johanne) : Je vous dirais qu'il n'y a pas de programmes qui sont
devenus désuets. Notre patrimoine académique de base était très ancré
avec les besoins du milieu, puis, je pense, les choix ont bien été faits, parce
qu'ils s'actualisent, et on est encore dans
les mêmes sphères. C'est sûr que, si on se permettait de rêver, il y a plein de
choses qu'on pourrait ajouter, mais il faut avoir le moyen de les faire. Là,
pour le moment, on va continuer à consolider nos bases puis continuer à se
développer dans les secteurs dans lesquels on est, je pense, déjà très
performants.
Présidente (Mme Rotiroti) : Merci. Merci beaucoup. Alors, on
passe au dernier bloc, à l'opposition officielle pour une période de 15
minutes. Alors, Mme la députée de Joliette, la parole est à vous.
Hivon : Oui. Merci beaucoup, Mme la Présidente. J'aimerais
vous amener sur la question des frais indirects de recherche. Hier, l'Université du Québec à Rimouski nous a dit que les
modifications aux règles concernant les frais indirects de recherche lui avaient occasionné des pertes de
1,8 million. Mais évidemment, la situation n'est pas la même pour chaque université. J'aimerais savoir, chez
vous, quel impact ça a eu, si vous êtes capable de m'éclairer là-dessus.
Martel (Denis) : Essentiellement le même type d'impact. Effectivement,
les pertes, chez nous, se chiffrent, effectivement,
par plusieurs centaines de milliers de dollars. C'est effectivement une
difficulté. Il faut bien comprendre que, dans la recherche... on ne se finance pas, les universités, par la
recherche. Un dollar qui entre en recherche sort en recherche. Ce qui vient jouer, c'est tous les coûts indirects
qui sont associés à la recherche. Et des coûts indirects, effectivement,
ça va de l'entretien des laboratoires, de l'achat d'éprouvettes dans les
laboratoires, du service des finances qui accompagne les professeurs, et ainsi de suite, la bibliothèque, en partie... Tout
ça, ces coûts-là sont réels, sont extrêmement importants. Et la baisse, passant... effectivement que le
gouvernement provincial, notamment, est passé d'environ 40 % de frais
indirects, qui étaient attribués de façon
automatique, quasi automatique, soit par... lorsqu'on obtenait une subvention
par les Fonds de recherche du Québec
ou encore à l'intérieur d'un ministère... on est passés de 40 % à
27 %. Et maintenant, avec l'attribution dans les ministères,
certains ministères hésitent et font plus qu'hésiter. Et on les comprend, là,
parce qu'ils sont en concurrence et en compétition, et eux aussi ont eu...
Donc,
je ne lance pas le blâme à tous les ministères, je veux juste dire qu'on
comprend la situation. Mais, pour nous, l'impact que ça a, c'est qu'on a moins d'argent pour couvrir les coûts
indirects de la recherche par ces frais indirects de recherche là, et là
ça devient difficile. Donc, augmenter la recherche, c'est extrêmement
intéressant, extrêmement pertinent. C'est
avoir effectivement de meilleurs pêcheurs pour pouvoir aller à la pêche, pour
faire un peu de pouce sur ce que l'on
disait tout à l'heure. C'est augmenter la notoriété, ça permet effectivement
d'aller chercher plus d'étudiants. Donc, en quelque part, c'est très
positif, mais ça a un coût de plus en plus élevé, et là on doit jouer avec cet
équilibre-là. C'est de plus en plus complexe.
Hivon :
Est-ce que ça pourrait vraiment freiner, pour vous, des projets de recherche?
Est-ce que ça fait en sorte que vous devez réfléchir plus en profondeur
avant de dire oui ou non à certains projets?
Martel (Denis) : Dans certains projets, effectivement, on doit
réfléchir plus en profondeur. Jusqu'ici, je vous avoue qu'on n'a pas mis
fin à un projet de recherche ou encore refusé un projet de recherche, mais on a
modifié des projets de recherche, par
exemple, des propositions de recherche pour pouvoir les adapter avec le budget
que l'on avait, parce qu'on ne peut
pas réaliser un projet de 100 000 $ si on nous donne juste
100 000 $, parce qu'on sait que ça va nous coûter
140 000 $, 150 000 $.
Hivon : Tantôt, on en parlait puis on en a parlé aussi avec
d'autres universités hier, tout le fait que vous avez une grande
clientèle qui est à temps partiel et que, bien sûr, c'est beaucoup de personnes
réelles, physiques, qui nécessitent des
services administratifs, donc un volume de personnes qui se déplacent, qui ont
besoin d'être en relation avec les
gens de l'université. Est-ce que vous avez le sentiment que cette réalité-là,
elle est assez prise en compte dans la formule de financement des
universités?
Puis
je vous amène sur le terrain aussi du rapport qui a découlé, là, du Sommet sur
l'enseignement supérieur, donc le
rapport Tremblay-Roy, qui vient proposer certains changements. Quels seraient,
selon vous, les meilleurs changements à apporter à la formule de financement pour être mieux adaptés à une
réalité comme la vôtre d'université de petite taille avec beaucoup
d'étudiants à temps partiel? Parce que, vous-même, vous nous dites quel est le
profil type, et puis on voit que c'est très, très fréquent, là.
Martel (Denis) : C'est clair que, pour le financement de tout ce qui
est le soutien à l'enseignement, de ne pas tenir compte du nombre
d'étudiants, mais plutôt d'un équivalent d'étudiants, c'est clair que c'est
défavorable dans notre cas, particulièrement
dans notre cas, compte tenu de la masse d'étudiants à temps partiel. Ça, c'est
essentiel, à ce niveau-là, de tenir
compte... puis, pour le moment, c'est un élément qui n'est pas tenu en compte
dans le financement qu'on reçoit. Donc, les prochaines modifications qui
viennent, c'est essentiel, pour une université comme la nôtre, qu'on considère
ces éléments-là comme...
Jean (Johanne) : Les autres éléments dont il faut tenir compte...
C'est sûr que, par exemple, dans ce qu'on fait... des éléments, en particulier, de notre mission, nos enjeux... ce
qu'on fait avec les communautés des premiers peuples, en termes de... On ne peut pas travailler avec un
étudiant équivalent à temps complet puis on donne un financement. On n'a
pas le choix, compte tenu de la tâche, compte tenu de l'encadrement, compte
tenu des distances qu'on va devoir parcourir
en allant plus souvent à l'intérieur des communautés, il faut avoir un
financement particulier qui nous permette vraiment de répondre aux
besoins puis d'offrir des programmes de formation de qualité.
Donc,
il y a beaucoup d'éléments qui nous distinguent, et je pense que chacune des
institutions universitaires a ses particularités dont, idéalement, il
faudrait tenir compte dans une éventuelle formule de financement.
Boisvert (Luc) : Souvent, ces étudiants-là qui sont à temps partiel,
c'est des étudiants qui sont en retour ou qui sont dans des situations
de famille, qui ont besoin d'un plus grand support, souvent, un étudiant de
première génération qui a besoin de plus de support. Donc, ça aussi, ces
éléments-là viennent s'ajouter en plus du traitement administratif. Mais il y a un support à ces étudiants-là... si on veut
s'assurer qu'ils se rendent jusqu'à la diplomation... d'avoir un support supplémentaire, donc
nécessairement des efforts supplémentaires de l'université, qui requièrent
un financement supplémentaire.
Hivon : O.K.
J'aimerais que vous me parliez de... vous avez mis en commun, vous y avez fait
référence tantôt mais... des services avec le cégep. Je comprends que vous avez
évalué différents degrés d'intégration. C'est un modèle qui est unique, ce que vous faites avec le cégep en Abitibi-Témiscamingue. Donc, comment ça fonctionne, cette mise en commun de services, puis comment vous vous
assurez de maintenir, en quelque sorte, l'indépendance ou... Je comprends
que vous n'avez pas intégré, vous l'avez bien dit tout à l'heure, les programmes académiques plus en termes de gestion, de ce que je comprends, avec des postes
de cadres, mais est-ce que vous pouvez expliquer un peu le modèle que
vous avez mis de l'avant?
Mme Jean (Johanne) :
Au niveau académique, les programmes qu'on... pas qu'on intègre, mais qu'on partage, c'est souvent les programmes
de D.E.C.-bac. On a de nombreux programmes de D.E.C.-bac qu'on offre, mais avec des
parcours collégiaux et universitaires.
premier élément de partenariat, ce qui nous a facilité la tâche pour aller un peu plus loin avec notre partenariat avec le cégep de l'Abitibi-Témiscamingue, c'est
notamment le fait qu'on a toujours partagé les espaces, O.K.? Quand je dis «partager les espaces», ça ne veut pas dire
qu'on est à la même place, mais, par exemple, quand on a construit, en
1995, l'agrandissement, notre pavillon
actuel à Rouyn-Noranda, on ne s'est pas... je veux dire, c'était comme évident
qu'on allait aller s'installer à côté du
cégep de l'Abitibi-Témiscamingue. Donc, on a construit notre pavillon à côté du
cégep, ce qui nous permettait de partager
des services et non pas de dupliquer des services. On a fait la même chose à
Val-d'Or. Le Pavillon des premiers peuples est construit sur le même
terrain que le cégep de l'Abitibi-Témiscamingue. Il y a des espaces, je veux
dire... puis je pense que c'est important, les étudiants nous l'ont dit,
lorsqu'on les questionne, c'est important
qu'ils se sentent à l'université ou qu'ils se sentent au cégep, puis qu'ils
sentent bien qu'ils viennent de franchir une étape en arrivant à
l'université. Donc, avec les communications, on s'attarde pour réussir à bien,
bien identifier cela. Mais on s'est
installés au même endroit, O.K., donc tout de suite, là, on a un ensemble de
ressources qu'on partage.
Quand
je vous dis, par exemple, au niveau du Service Premiers Peuples, le cégep avait
un service premiers peuples, nous, on avait un service premiers peuples,
on est au même endroit, on fait face tous les deux à des compressions budgétaires importantes, parce que le cégep est
dans la même situation que nous. Bien, on s'est dit : O.K., on va
travailler ensemble. Donc, le Service
Premiers Peuples, c'est le travail qu'on est en train de faire, on est en train
de regarder pour répondre à des besoins particuliers pour le cégep, qui
sont différents de l'université, mais quand même une équipe d'expertise qu'on
peut mettre au service des deux organisations.
Le cégep avait une direction, une direction du
campus du cégep à Val-d'Or. Nous, on avait une direction de l'université à Val-d'Or. À partir du mois de juin
dernier, c'est la même personne qui exerce la direction. Il faut être
très conscient que cette personne-là, on ne
vient pas de lui ajouter 12 heures dans sa journée, là. Donc, il y a des
choses qu'il ne fait plus. Ça fait
que, collectivement, on s'est dit... moi, je me suis assise avec mon homologue,
puis on a dit : Bien, ça, moi, je ne le ferai plus; ça, toi, tu ne
le feras plus. Donc, il y a des éléments...
Puis après ça on est allés s'asseoir avec la
communauté, valdorienne notamment, parce qu'on a eu la même chose à Val-d'Or, puis on a regardé avec la
communauté puis on a dit : Là, ne comptez plus sur nous pour tel type
d'activité parce qu'on ne peut pas, on n'aura
pas le temps de le faire. Donc là, on a une gestion administrative qui est
assumée par une personne, à la fois pour le cégep et pour nous. C'est un
salaire de moins, hein? Au total, là, c'est...
Puis on a
choisi de travailler sur un projet pilote trois ans. On s'était dit : Un
an, ils vont tout faire pour ne pas que ça marche, deux ans... trois
ans, on ne leur donne pas le choix, c'est un projet pilote trois ans. Moi, je
suis convaincue qu'on va y arriver.
Mais au niveau académique, on a quand même...
nous, on a nos programmes universitaires, le cégep a ses programmes. On a choisi, par exemple, pour
répondre... on a choisi aussi de partager. Partager... bon, en fait,
partager le gardiennage, partager un certain nombre d'éléments des ressources
matérielles, l'entretien des bâtiments, la santé et sécurité. C'est ça qu'on a
choisi de faire, ce qui nous a permis, pour les deux institutions, de tendre
vers l'équilibre.
Hivon :
O.K. Autre sujet. La dernière fois que l'exercice a été mené avec les universités,
il y a eu un certain nombre de recommandations de la commission. La
recommandation n° 5, c'était que les établissements, donc, universitaires
s'assurent d'avoir un plan de gestion des ressources humaines en provision des
postes de professeurs à pourvoir au cours
des prochaines années. Évidemment, il y a beaucoup d'universités, mais ça varie
d'un endroit à l'autre.
Donc, je ne sais pas quelle est la situation
chez vous, où il y a des professeurs qui vont partir à la retraite de manière
assez importante. Vous nous avez dit tout à l'heure que, compte tenu des
compressions, en ce moment, il y a 20 postes
qui sont vacants. Donc, ce n'est pas rien sur un effectif de 120 quelques
postes. Est-ce que vous avez un
plan clair de recrutement, de transition? Vous
y avez fait référence tantôt, rapidement, là, mais est-ce qu'il y a un plan
formel qui est mis de l'avant, chez vous, pour prévoir ce que vous allez
pouvoir faire les prochaines années?
Mme Jean
(Johanne) : Tout à fait. Ça fait déjà quelques années, on sait les profs qui partent à la
retraite, à quel moment on pense
qu'ils vont partir, et, avec les directions d'UER, les assemblées
départementales, on revoit ce plan-là à chaque année pour s'assurer, là, qu'on est en mesure de répondre aux besoins de nos programmes de formation puis ainsi qu'aux besoins de la recherche.
Mais c'est revu à chaque année dans le courant de l'automne, là.
Hivon : Compte
tenu qu'en ce moment il y a
un nombre plus important de postes non pourvus en plus de ce qui s'en vient comme défis en lien avec les
retraites, est-ce que vous anticipez des difficultés particulières de
recrutement ou, selon vous, il n'y aura
pas de problème au moment de... À un moment donné, vous allez
rouvrir les valves puis vous allez être capables de recruter malgré les
défis, des fois, d'être en territoire plus éloigné?
Mme Jean (Johanne) : Il y a certains
secteurs où, d'ores et déjà, le recrutement est pl