House Proceedings — 16 February 2021 (42nd Legislature, 1st Session)
2021-02-16
Quebec — Debates (Hansard)
Vice-Président (M. Picard) : Mmes et MM. les députés, avant d'entreprendre nos travaux, nous allons
nous recueillir quelques instants.
Veuillez vous asseoir, s'il vous plaît.
M. le leader adjoint du gouvernement.
Caire : M. le
Président, pourriez-vous appeler l'article 3 du feuilleton, s'il vous
plaît?
Vice-Président (M. Picard) : À l'article 3, l'Assemblée reprend le débat ajourné le
10 février 2021 sur l'adoption du principe du projet de loi
n° 59, Loi modernisant le régime de santé et de sécurité du
travail.
Y a-t-il des interventions? Et je reconnais M.
le député de Vimont.
M. Rousselle : Merci, M. le Président. Premièrement, je
voudrais, avant de commencer, remercier tous les gens qui ont participé, et les mémoires, les gens qui se
sont présentés. Et je comprends mal qu'on continue toujours dans le p.l. n° 59, honnêtement, parce que mon collègue de Nelligan, qui fait un
travail exceptionnel dans le dossier, mais pas juste dans le dossier, il fait un travail exceptionnel tout
le temps, donc, c'est un gars qui est rigoureux, mais pour vous dire, c'est que
j'entendais... Il y a beaucoup de syndicats qui m'ont appelé, beaucoup de gens
de la population. Parce que, là, on dit : Ah! les syndicats. Non,
non, j'ai des gens de la population qui m'ont appelé aussi pour me dire :
On comprend mal que le gouvernement continue
dans ce projet de loi là. Et ils voudraient avoir plus de consultations, parce
que ça touche très large.
Je comprends
que c'est une loi qui a besoin d'être actualisée, je comprends. Ça fait, je
pense, au-dessus de 40 ans qu'elle n'a pas été touchée. Donc, je
comprends. Je comprends aussi que le milieu du travail a changé aussi. Il y a beaucoup
de choses qui ont changé dans le milieu du
travail, puis je pense qu'à un moment donné il faut que ce soit actualisé. Mais
ce projet de loi là, qui fait 118 pages, a des manques, je vous
dirais. Puis en espérant que le ministre va régulariser ces manques-là. Mais,
il y a tellement de choses à régulariser là-dedans, je pense que ça va être
difficile.
Premièrement, le fait de ne pas avoir entendu
totalement les groupes qui n'ont pas eu la chance de se faire entendre, mais aussi qu'il manque de consultation
de la population là-dedans. Quand tu fais des changements de même, je pense, c'est important. Quand on veut avoir la
meilleure loi, parce que c'est ça qu'on est supposés travailler ici tous
ensemble, d'avoir les meilleures lois
possible pour notre population, je pense que c'est... il faut travailler dans
ce sens‑là. Il ne faut pas avoir à
dire : Bien, écoute, j'ai consulté du monde, c'est assez, je sais où je
m'en vais. Je pense que l'importance de la consultation... Puis ça fait aussi, en même temps... les gens acceptent,
à ce moment-là. Les gens, une fois qu'ils sont consultés, qu'ils ont dit qu'est-ce qu'ils avaient à dire, c'est
plus facile à comprendre aussi, parce
qu'il y a eu des échanges pendant ces consultations-là. Donc, je trouve
ça malheureux de base.
Continuer
dans le projet de loi, j'ai aussi le dossier de l'agriculture puis... je trouve
tellement malheureux, parce que... Puis, comme je vous dis, c'est un projet de
loi qui change... que ça fait longtemps qu'il n'a pas été touché, mais tout qu'est-ce qui est agriculture, tout qu'est-ce
qui est... les gens qui travaillent comme
agriculteurs... Puis pourtant il y a eu
une commission parlementaire sur les pesticides, puis le ministre, justement,
en avait parlé, le ministre aussi, au niveau de l'Agriculture, avait dit : Oui, oui, on va regarder ça, on va
travailler dans ce sens-là, on va voir ça. Bien, il y a des gens, actuellement, qui ont des maladies comme le
parkinson, entre autres, entre autres, il y a d'autres maladies, et là,
actuellement, ces gens-là, bien, ils ne sont pas couverts. Dans ce projet
de loi là, là, j'ai regardé, à moins que je fais erreur, mais j'ai regardé pas mal, je vous dirais, puis je ne vois
rien là-dessus pour ces gens-là. Et les gens comme la fondation parkinson,
et tout, même les gens qui m'ont appelé, qui ont la maladie, trouvent ça très
malheureux, très malheureux. Puis on aurait dû
même y aller un petit peu, dire : Regarde, on va regarder... on va vous
regarder avec les choses du passé, on va essayer de corriger des choses
du passé qui ne sont pas incluses là-dedans.
Vous savez, on n'arrête pas de dire... Puis là
je suis avec le projet de loi juste l'autre côté, au salon rouge, là, p.l. n° 70, sur l'ITAQ. Ça,
c'est une école, justement, pour les futurs agriculteurs. Bon. Mais on veut les
enseigner, on veut vraiment les amener à un haut niveau pour qu'ils
puissent nous donner notre nourriture, parce qu'on parle toujours de la terre à la table, là, mais on ne les protégera
pas. Travaillez pour nous autres, c'est vous autres qui vous organisez à faire
notre garde-manger, c'est vous autres qui
travaillez pour nous autres, qu'on puisse manger localement, qu'on travaille...
Comprenez-vous, là? C'est une aberrance,
quelque part. Voyons donc! C'est que, là, ces gens-là, qui vont... oui, je le
sais, maintenant, ils vont faire plus attention au niveau des pesticides, et
tout, mais, au moment qu'on a mis ces pesticides-là dans nos champs, là, on le savait-u que c'était
pour donner le parkinson, et tout? Non. C'est par l'expérience de vie qu'on
le voit.
Mais
là, actuellement, il va y avoir d'autres pesticides qui vont sortir, d'autre
chose, puis on essaie d'aller plus santé, on essaie d'aller plus naturel, oui, on travaille là-dessus. Les
agronomes, les technologues, et tout ça, travaillent dans ce sens-là, mais il y a toujours des pesticides dans
le champ, là. Et ces pesticides-là, est-ce qu'ils vont nous donner des
maladies, surtout à ces
agriculteurs-là qui épandent ces pesticides-là? Bien, ça se peut. Ça se peut.
Mais là il faut faire quelque chose, il
faut les protéger, ces gens-là qui s'occupent de notre garde-manger. Si on ne s'occupe pas d'eux autres,
là, bien, c'est ça, on va dire :
Non, travaillez fort, puis soyez productifs, puis essayez que nos champs, notre
production soient meilleurs, on va
pousser au maximum nos terres, nos bonnes terres actuellement, mais vous
autres, si vous tombez malades de pesticides et tout, non.
J'avais aussi
la lettre d'une... ça a paru, ça, dans Initiative de journalisme local à La Tribune , La lente avancée des fermières , là. Je lisais
dans cet article-là, je me disais : Oui, moi, là, je suis un agriculteur,
j'ai ma femme qui m'aide beaucoup, puis, si j'ai la chance d'avoir un enfant ou
deux, tant mieux, parce que ça vient m'aider. Parce que, là, moi, je parle toujours des petits agriculteurs. Ceux qui sont des plus
gros agriculteurs, bien, ils peuvent aller chercher du travailleur qui vient d'ailleurs
aussi, bon. Mais le petit travailleur que lui... le petit fermier ou
l'agriculteur que lui, il n'a pas beaucoup
d'acres puis il vit de ça, bien, lui, malheureusement, s'il est malade, s'il tombe en accident de travail, qu'on pourrait
dire, pour les gens qui travaillent
normalement, comme moi, ici, ou peu importe le député ici, on tomberait... on
s'enfargerait ou quoi que ce soit, on pourrait être sur l'accident de
travail, mais, eux autres, il arrive quoi? Et bien souvent, ça, ça amène justement que, s'il y en a un, quelqu'un
de la famille est malade, bien, ça entraîne des problèmes, puis là, bien, ça
amène des problèmes familiaux. Vous
savez, c'est une chaîne, ça, là, là. Ça, c'est... tu commences par un petit
problème qui devient gros problème, puis là, bien, c'est un problème
insurmontable. Puis là, bien, on peut penser à n'importe quoi, là, mais
ça peut arriver, là. Donc, c'est pour ça que
moi, je m'attendais, à cette réforme de santé-sécurité, qu'on fasse quelque chose là-dessus.
Là, je vais
vous parler concernant les risques, le nouveau... les risques qui vont changer.
Là, maintenant, ça va être risque faible, moyen et puis élevé.
Si j'ai bien compris le projet de loi, si tu es bon, si tu as une performance
incroyable dans une shop qui a même
des produits dangereux, mais des produits dangereux qui sont sous clé, quoi que
ce soit, là, si jamais que tu as une performance incroyable, que la
personne qui travaille vraiment à protéger, donc qui travaille en santé et
sécurité, travaille dans cette compagnie-là, a une performance incroyable,
bien, ça se peut que son risque tombe faible, parce que, là, tu n'as plus beaucoup
d'accidents de travail, tu vas tomber à faible. Oui, mais c'est à cause qu'il
travaille continuellement.
Est-ce que ça se peut que, si... Puis là, à ce
moment-là, on enlève des gens qui travaillent sur la santé et sécurité au travail parce que, bien là, c'est moins
important, puis là, bien, un agent de santé-sécurité de travail pourrait faire
deux, trois bâtisses, puis on pourrait se promener un peu partout de même. Mais ça, ça fait qu'il y a moins de
santé, il y a moins de prévention, il
y a moins de prévention, automatiquement, bien, ça se pourrait qu'on tombe, à
ce moment-là, à un risque moyen. Ah! Avec
un risque moyen, on va te donner plus de personnes. Bien non! Il faut
travailler sur la prévention. Mieux que
je suis meilleur, bien, gardons-moi meilleur puis gardons justement cet
emplacement-là avec une prévention comme elle est actuellement, puis on
va la garder. Aïe! savez-vous qu'actuellement il y a des compagnies qui ont des
produits explosifs à l'intérieur, explosifs, vraiment des produits nocifs au
bout, puis là, bien, on va tomber à faible, là, là-dedans. Là, je ne vous parle
pas de quelqu'un... puis là je ne veux pas dénigrer aucune compagnie puis aucun
secteur, là, manufacturier, mais il y a des secteurs plus à risque que d'autres.
Mais là je vous parle d'un secteur qui est vraiment à haut risque.
L'autre affaire qui me désole énormément
là-dedans, j'ai entendu puis j'ai lu... Dans les hôpitaux, ce serait comme un niveau risque faible. Non, mais on est-u
conscient, là, qu'actuellement on est dans la COVID-19, puis que ça se pourrait qu'il y ait des variants, puis ça se
pourrait qu'il y ait d'autres choses qui se produisent dans les hôpitaux? Parce
que le moindrement qu'il y a un problème dans les hôpitaux, c'est le personnel,
la première chose, qui mange le coup. On
le vit actuellement. On le vit actuellement. Ce n'est pas dans l'espace puis ce
n'est pas comme : Non, non, Jean, tu rêves, là. Non, non, non. Pour
vous dire, c'est qu'on le vit actuellement dans le risque... Aïe! Risque faible
dans les hôpitaux. Wow! Bravo! Bravo! Ça n'a
pas d'allure, M. le Président! Comprenez-vous? C'est qu'il faut maintenir ces
niveaux-là, zieuter ce personnel-là,
c'est eux autres qui tiennent le système de santé à bout de bras, puis là on va
dire : Vous autres, bien, vous n'avez pas besoin, concernant des
représentants de santé-sécurité travail, ce n'est pas nécessairement si
important, parce que vous êtes à faible, donc on va en enlever, vous n'êtes pas
obligés d'en avoir tant que ça, là, donc on va en enlever. Bien non. Il faut
les protéger, ces gens-là, c'est le contraire. C'est eux autres qui nous
soignent, en plus. Je ne comprends pas qu'on s'en va avec un niveau de même.
Puis là je vous parle des femmes, actuellement,
là, les infirmières. Il y a des infirmiers, mais vous savez comme moi que la grande, très grande majorité, dans les
hôpitaux qu'on a, dans les cliniques, on parle de femmes. Oui, il y a des
hommes, mais la grande majorité, c'est des femmes. Je peux vous en parler, moi.
Ma femme est dans le domaine, ma belle-fille est dans le domaine. Écoutez, je
peux vous en parler, je le connais, ce domaine-là.
Là, je n'ai
pas parlé non plus des femmes qui font le ménage, les femmes qui travaillent comme bonnes, les femmes
qui... Aïe! C'est toutes des femmes.
Ils n'ont pas de syndicat, eux autres, là. Eux autres, là, ils travaillent puis
ils pourraient justement avoir une
blessure, quoi que ce soit. Oui, mais le nombre d'heures que tu as travaillé,
ce n'est pas pareil, c'est que, là, on joue avec le nombre d'heures, on
joue... Aïe! On veut-u protéger ces gens-là ou on ne veut pas les protéger? On veut-u améliorer ce projet de loi là ou on veut
juste s'en aller sur le côté monétaire? C'est-u ça, l'objectif? Qu'on nous le dise : Non,
non, regarde, on veut y aller
vraiment sur le côté monétaire, on veut sauver de l'argent, puis c'est ça.
Parce que j'ai entendu des gens dire :
Oui, mais, tu le sais, là, qu'au niveau des accidents de travail il y en a qui
abusent. Bien, je ne peux pas vous
dire qu'il n'y en a pas qui abusent, je ne peux pas, mais le pourcentage qui
abuse, là, c'est tellement petit que ça veut dire qu'on va pénaliser tout le monde.
Non, non, pognons ceux qui abusent puis organisons justement qu'ils en
paient le prix, mais faire payer ça à tout le monde, je trouve ça tellement
malheureux.
Donc, si c'est
l'objectif de sauver des sous, oui, mais je pense que c'est sur le dos des
femmes qu'on le fait, malheureusement, parce
que la majorité des dossiers que j'ai vus, c'est des femmes qui... Puis mon
collègue, justement, de Nelligan,
justement, demandait justement qu'il y ait une étude qui soit faite, quelque
chose qui soit fait sur le travail des femmes,
parce que, là, à un moment donné, encore une fois, écoutez, c'est un travail...
c'est un projet de loi qui remonte de voilà
40 ans. Voilà 40 ans, est-ce qu'il y avait autant de femmes sur le
marché du travail? Je ne pense pas. Tant mieux, on s'améliore, puis
égalité, et tout...
Écoutez,
moi, ma mère... juste pour vous dire que ma mère, moi, travaillait. Donc, je
peux comprendre aisément, il n'y a pas de problème là-dessus. Mais ma mère, qui
travaillait dans ces années-là, était comme... même des voisines la regardaient, disaient : Aïe! C'est effrayant,
elle s'en va travailler puis elle laisse ses enfants, puis, bon, juste pour
vous dire que des préjugés, il y en
avait pas mal dans ces années-là. Enfin, je pense qu'on a évolué, puis c'est
correct, hein? À un moment donné, la population, les citoyens, on évolue
tous, mais je pense qu'on évolue dans le bon sens, mais on n'a pas terminé.
Hein, je veux dire, on est bien parti, on est parti vers là, puis tant mieux,
mais, en même temps, si on veut actualiser ce projet de loi là... ce projet de
loi là, il est là pour actualiser cette loi-là, bien, on va le faire
correctement, on va le faire d'une manière
correcte. Parce que, là, ces gens-là, qui travaillent... ou, encore une fois,
j'ai aussi vu des gens qui... on
essaie d'attirer les personnes retraitées dans le travail. Il arrive quoi avec
quelqu'un qui est retraité, qui va chercher un surplus monétaire parce que,
peut-être, il n'a pas eu la chance d'en mettre assez de côté, peu importe le
problème, là, on ne commencera pas...
mais la personne, elle, là... puis on manque d'employés, on manque de staff, on
manque de personnes au travail. Donc,
on incite les gens qui sont à la
retraite : Bien, revenez travailler, puis venez-vous-en, puis... bon. Mais
là ces gens-là, ils vont-u avoir droit à un montant d'argent?
Ils vont-u avoir droit, eux aussi, à quelque
chose pour compenser la perte monétaire qu'ils font? Parce que,
là, ils font une perte monétaire. Ils retournent au travail, là, c'est que
c'est pour un besoin, c'est pour quelque chose. Est-ce qu'on a pensé à
ça? Jusqu'à date, je n'ai rien vu de ça.
autre affaire aussi, M. le Président, quelqu'un qui est en accident de travail, est-ce que
cette personne-là peut participer à son fonds de pension? Aïe!
Vous savez qu'il y a des gens en accident de travail, ils sont en accident de
travail pendant 10 ans, 10 ans en
accident de travail pour peu importe le problème. Puis, si ça fait 10 ans en accident, ça
veut dire qu'il y a eu un gros problème. Pas le droit de fournir dans son fonds de
pension. Voyons! Voyons! Fonds de pension des gens, là. Il me semble qu'il pourrait essayer de participer à son
fonds de pension d'une manière, là. Écoutez, il s'organisera à ce moment-là avec son fonds
de pension, mais actuellement il ne peut pas le faire, là. Moi, je pense que le projet de loi... je comprends qu'on veut améliorer,
mais, quelque part, on ne s'en va pas dans le bon sens jusqu'à date.
Vous
savez, les gens qui travaillent puis, encore une fois, les gens qui... comme je
vous disais, ceux, même, qui demandent l'accident de travail, parce que,
là, il y a une question de médecin, là, ça va être le médecin, la CNESS ou... par expérience, j'ai déjà vu des gens non
syndiqués, des gens qui ont un accident, qui décident de dire : Bien, moi,
je vais aller me faire représenter au
tribunal concernant justement... un tribunal administratif, on s'entend bien,
pour se faire entendre, pour dire :
Écoute, moi, j'ai besoin... j'ai fait
mon... j'ai eu un accident au travail puis j'ai besoin de ci, j'ai besoin de
ça. Mais la personne qui s'en va là,
lui, demande à son médecin traitant, qui est bien souvent son médecin de
famille : Écoute, j'ai besoin de
toi, aller là-bas, je peux vous dire tout de suite, les médecins traitants, ils
ont tellement de paperasse à remplir dans ces affaires-là, ils ont
tellement de travail pour se présenter à la cour, ils ne sont pas totalement
intéressés. Ils vont prendre le choix de
dire : Écoute, moi, j'aime bien mieux rester à mon cabinet puis voir cinq,
six personnes que je peux aider qu'aller perdre un avant-midi à la cour. Puis
là, à ce moment-là, c'est sur un dossier comme tel, puis, bon... Mais les compagnies qui sont là, eux autres, là, ces
compagnies-là, là, sont avec des firmes, des grosses qui ne font que ça, que
ça. Donc, c'est des firmes
spécialisées qui s'en aillent au Tribunal administratif puis que, là, écoutez,
ils ont l'expertise, ils ont l'expérience,
donc ils savent quoi faire, ils savent quoi dire concernant qu'une personne qui
se retrouve toute seule, toute seule. Donc, imaginez-vous quelqu'un, un
travailleur, peu importe le travailleur, là, peu importe le travailleur, mais
la personne, elle, là, qui ne connaît
pas, justement, les tribunaux administratifs, ne sait pas comment ça
fonctionne, son médecin, il ne peut pas être là, puis donc il n'y a
personne qui va venir parler pour cette personne-là, puis là il se retrouve à
la cour administrative, puis là, bien... le tribunal, je veux dire, puis là la
personne en avant... qui va parler de l'autre côté, c'est une personne hyperspécialisée qui va venir parler au juge. Ils
n'ont pas de chance. Mais ils n'ont vraiment pas de chance. Je vous le
dis, c'est malheureux.
Et là la manière
qu'on s'en va, à la place de s'en aller dans le sens, dire : Non, non,
écoutez, on va s'organiser justement qu'il y
ait un médecin qui soit attitré, un médecin neutre qui va venir prendre la
partie des gens qui n'ont pas les
moyens, qui n'ont pas... comme un petit peu à la Cour des petites créances, on
leur donne un avocat, bon, bien, dans le même sens. Mais là pas qui
devient de la CNESST, qui a déjà... comprenez-vous? Quelqu'un de neutre
vraiment.
Donc,
je vous dirais, moi, l'affaire que je trouve malheureuse là-dedans, c'est qu'on
ne pense pas aux travailleurs comme tels. Puis là j'entends les... au
niveau patronal, ils vont dire : Oui, mais tu le sais, Jean, il y en a
quelques-uns... Ça, je comprends ça. Mais,
comme je vous dis, là, bien, qu'on en fasse la preuve puis qu'on fasse payer le
gros prix pour ceux qui abusent. Moi, je n'ai aucun problème. À ce
moment-là, ceux qui abusent du système, ceux qui ne sont pas malades puis ceux qui ont... qui veulent... ils
essaient de profiter du système, bien, qu'on les pénalise, eux autres. C'est
eux autres qu'il faut pénaliser. Puis je comprends les patrons, à ce
moment-là, dire : Oui, mais je le sais, qu'il y en a un, puis lui... Bon, bien, on fait la preuve, on fait
des démarches nécessaires, puis «that's it». Mais ce n'est pas ça qu'on s'en
va. Là, on s'en va vraiment généraliser, on
s'en va, je pense, pénaliser surtout des femmes, surtout des femmes, parce que,
tout à l'heure, je vous ai parlé toujours,
là... tu sais, dans les hôpitaux, au niveau du ménage, plein de choses. Puis,
bien souvent, ces femmes-là, aujourd'hui, bien souvent, sont
monoparentales en plus.
Ça fait que, là, je pense que, si on veut aider
notre société, si on veut faire notre société une société meilleure... bien,
moi, je pense qu'on devrait s'en aller vraiment à regarder le problème en
général puis regarder aussi le projet de loi, p.l. n° 59, d'une manière, avec... d'une autre vision, d'une
autre manière, parce que, la manière qu'on s'enligne actuellement, je ne pense pas qu'on s'enligne d'une manière correcte.
Puis surtout, je reviens encore avec les agriculteurs, là, je vais vous
dire de quoi, il faut faire quelque chose pour eux, parce qu'actuellement c'est
abominable, qu'est-ce qu'ils vivent, puis on
ne fait rien pour eux autres. Puis en plus les ministres avaient dit :
Oui, oui, on va faire quelque chose. Bien, jusqu'à date, là, on voit
qu'ils ne font absolument rien. Merci, M. le Président.
Vice-Président (M. Picard) : Merci, M. le député de Vimont.
Je cède maintenant la parole à Mme la députée de Mercier.
Mme Ghazal : Merci, M. le Président. Ça me fait plaisir
d'intervenir sur ce projet de loi, le projet
de loi n° 59, qui modernise le régime de santé et sécurité au
travail. Je tenais à le faire
parce que j'ai travaillé pendant 10 ans en santé et sécurité au travail
dans des entreprises privées en plus d'être gestionnaire aussi en
environnement. J'ai un certificat obtenu depuis aussi 10 ans, à peu près,
un certificat en santé et sécurité au travail de l'Université de Sherbrooke, au
campus de Longueuil. Et donc c'est
important pour moi d'intervenir sur le sujet et de m'y replonger.
J'ai
surtout travaillé, en entreprise, du côté de la prévention. Donc, ça, c'est la
Loi sur la santé et sécurité au travail, le Règlement sur la santé et sécurité au travail
que j'utilisais quotidiennement dans mon travail. Que de l'indemnisation,
ça, c'était plus souvent pour les spécialistes en ressources humaines qui
s'occupaient de cet aspect-là. Et, juste pour vous donner une idée, pour les gens qui ne connaissent pas vraiment ça, le
côté prévention, par les employeurs, ça peut être vu comme le côté dépenses, moi, je dirais,
investissements, c'est des investissements dans la santé-sécurité des
travailleurs, alors que le côté indemnisations,
bien, c'est sûr que, là, il y a des réclamations à la suite d'un accident du
travail, et l'employeur, bien, il y a toutes sortes de recours pour
pouvoir réduire la facture.
Donc, concrètement, ce que ça veut
dire, le travail que j'avais à faire, parce que je trouve que c'est important aussi de le dire pour l'intervention que je vais
faire par rapport au projet de loi, c'est... ce que je faisais, par exemple,
j'animais et je coordonnais des
réunions de comité santé et sécurité au travail, je faisais des analyses de
risques, des formations des employés en santé et sécurité, des
inspections, comme on dit, sur le plancher de l'usine, acheter, gérer des
équipements de protection individuelle. On entend beaucoup parler du N95. Bien,
une des façons, avant de porter ce masque-là, qui est tellement important pour les travailleurs de la santé aujourd'hui,
en temps de COVID et de pandémie, bien, il faut faire des tests d'essai,
d'ajustement, ce qu'on appelle des «fit tests», ça, c'est quelque chose aussi
que je faisais, des équipements, acheter des équipements pour les
machines, etc. Donc, c'est vaste, c'est un terrain très vaste, la question de
la santé et sécurité, et je crois que mon expérience de travail pourrait
peut-être aider à la réflexion pour le projet de loi n° 59.
collègue le député d'Hochelaga-Maisonneuve est évidemment sur le
dossier, il a fait déjà son intervention, il a participé aux consultations
particulières. Et j'ai lu dans son intervention, il disait que, lui, en tant
que syndicaliste, quand ils allaient
dans un congrès, dans n'importe quel événement, il y avait toujours la gang de syndicalistes qui s'occupent de la santé-sécurité au travail, et il les qualifiait de
geeks. Ça, c'est comme une gang un peu bizarre, là, très geek, qui
connaissaient des détails. Bien, moi, je peux me qualifier de geek de la
santé-sécurité à force d'y avoir travaillé et j'en discute souvent avec lui,
avec mon collègue d'Hochelaga-Maisonneuve, qui fait un travail vraiment extraordinaire.
Il fait un bon travail, parce que je sens qu'il
va faire et il est en train de faire cheminer le ministre dans sa réflexion pour le projet de loi n° 59,
puisqu'on a entendu le ministre dire, suite à plusieurs interventions, que
ce soit des oppositions, de mon
collègue le député d'Hochelaga-Maisonneuve, ou des gens qui sont venus en consultations particulières, ou même des
lettres qui sont publiées dans les médias, de dire : Bien, je vais peut-être
amener des amendements, j'ai entendu. Et, bien, je salue cette ouverture du ministre pour modifier le projet de loi, parce qu'il y a beaucoup, beaucoup de choses à modifier, surtout, comme j'ai mentionné, de l'aspect prévention, qui est
un aspect extrêmement important, fondamental, qui me
tient beaucoup à coeur comme ancienne, entre guillemets, préventionniste ou gestionnaire en matière de prévention et
aussi comme société, parce que, si la santé-sécurité des travailleurs n'est pas prise en compte par cette loi-là, si la réforme du régime de santé-sécurité ne permet pas de réduire
les risques auxquels sont exposés les travailleurs et les travailleuses
dans tous les milieux de travail, bien,
c'est la société qui va payer pour ça. De toute façon, quelqu'un, à un moment
donné, va écoper de, entre guillemets, la facture. Je n'aime pas parler
d'argent et santé, mais c'est quand même ça.
Depuis le début, le début de ma carrière, dès
que j'ai commencé à travailler en santé-sécurité et même avant, parce que je travaillais plus en environnement,
mais on est souvent dans les mêmes départements, j'entendais mes collègues en
santé-sécurité dire : Il faut absolument qu'il y ait une réforme. Ça fait
40 ans, mais, à l'époque, c'était 30 ans, parce que c'était il y a 10 ans. Il faut qu'il y ait
une réforme. La loi a été très, très bienvenue et avant-gardiste au moment de
son adoption, à la fin des années 70, et quelques autres dispositions au
début des années 80, mais aujourd'hui ça n'a pas de bon sens, on est en retard, il faut qu'elle soit
réformée. Et ça, c'est quelque chose que j'entendais constamment, que ce soit
par, donc, mes ex-collègues, mes professeurs aussi quand j'ai étudié dans le
domaine et surtout les travailleurs, qui disaient qu'il faut aussi couvrir plus de secteurs de travail
pour qu'ils aient accès à tous les mécanismes de prévention qui sont dans la
loi.
Et, quand je
parle des mécanismes de prévention, il y en a quatre dans la loi, c'est d'avoir
un comité santé-sécurité au travail,
d'avoir un programme de prévention, un programme de santé spécifique, et la
troisième, c'est un représentant à la prévention, donc quelqu'un du côté des
travailleurs qui est libéré quelques heures ou, quelquefois, à temps plein
quand c'est une grande entreprise où il y a
beaucoup d'employés. Donc, ces quatre mécanismes-là ne couvrent et ne sont
implantés que dans quelques secteurs de tous les milieux de travail. Il
y en a beaucoup, beaucoup, beaucoup qui sont délaissés.
Et donc cette
couverture-là de ces mécanismes de prévention à tous les secteurs de travail
aurait pu être faite sans un projet
de loi, sans aucune réforme, ça aurait été quelque chose de possible, parce
qu'au début quand la loi a été votée ce qui a été dit, c'est : Bien, on va organiser
tous les milieux de travail en six groupes prioritaires, tout le monde, là,
partout où on travaille. Il y a six groupes prioritaires. On va
commencer par les premiers, les groupes I, qui sont les industries chimiques, les mines, ensuite, le groupe II,
industrie du bois, fabrication d'équipements de transport, etc., et on va
appliquer, on va mettre en place, on
va rendre obligatoires ces mécanismes de prévention dans ces lieux-là. Et plus
tard, quand le temps va avancer, on
va appliquer ces mécanismes-là, que je viens de nommer, dans groupe de priorité III,
après ça IV, après ça V, après ça VI.
Mais, la réalité, ça n'est jamais arrivé. On s'est arrêté en très bon chemin au
groupe II, et personne n'a mis en place ces mécanismes dans les
autres milieux de travail.
Moi, les
milieux de travail où j'ai travaillé, il y avait les mécanismes qui étaient
obligatoires, sauf peut-être à un moment
où ce n'était pas obligatoire, mais il y a des employeurs quand même qui le
font quand même. Par exemple, ils mettent en place un comité santé-sécurité
parce qu'ils veulent rendre leurs travailleurs heureux, et en santé, et
efficaces, donc productifs. Donc, ils
les mettaient, mais ce n'était pas obligatoire. Mais il y a beaucoup, beaucoup
de milieux de travail où ce n'est pas mis parce que personne n'a
continué cette oeuvre qui avait commencé.
Et, entre
parenthèses, ça, ça a été nommé, et c'est très important de le rappeler, les
groupes prioritaires I et II, c'est emplois
majoritairement masculins, qui sont occupés par des hommes. Les groupes
prioritaires un peu plus éloignés, comme, par exemple, santé, éducation, surtout dans la fonction publique, ou
d'autres, eh bien, ils sont dans les groupes prioritaires un peu plus loin,
mais qui n'ont jamais été couverts par ces mécanismes-là. Ce n'était pas voulu
par exprès, mais c'est parce que,
souvent, on se dit : Les risques et les dangers sont très visibles, sont
très, très faciles à détecter de façon évidente dans les milieux de travail comme en construction ou dans
les mines. Mais, dans les milieux de travail à prédominance féminine, on
ne les voit pas, mais ça ne veut pas dire
que les risques n'existent pas. Ils ne nous sautent pas dans la face, mais ils
existent, les risques et les dangers auxquels font face les
travailleuses dans les milieux de travail à prédominance féminine, mais c'est
invisible. Mais ce n'est pas parce que c'est invisible que ça n'existe pas et
que ça n'affecte pas la santé des travailleuses.
Donc, ça, c'était au début, ce n'était pas
couvert, et là, avec la réforme, ça ne le sera pas plus, malheureusement. Le ministre, au lieu de faire ce que tout le monde attendait et ce à quoi les experts en santé-sécurité, les travailleurs,
les syndicats, etc., appelaient de
tous leurs voeux de couvrir, de mettre tous ces mécanismes de prévention
partout pour réduire les accidents à
la source, pas attendre qu'il vienne une réclamation pour agir, eh bien, le
ministre n'a pas suivi cette logique-là à laquelle on s'attend depuis très longtemps. Il a utilisé une autre
logique, une drôle de logique, en utilisant une drôle de formule, il a
dit : Bien, tous les niveaux de travail, on oublie les six catégories
prioritaires, et tous les milieux de travail, on
va les évaluer selon le risque. Pas le risque à la santé d'un milieu de
travail, non, c'est-à-dire qu'il va le regarder, mais ce qu'il va regarder surtout, c'est combien ça a
coûté depuis les 10 dernières années dans ce milieu de travail en matière
de réclamations. Il y a eu combien
d'accidents? Ça a coûté combien? Ça a coûté cher? Ah! c'est risqué, risque
élevé. Il n'y en a pas eu, de
réclamations, ça n'a pas coûté cher? Bien, ce milieu de travail, donc, c'est un
risque faible. Ça, c'est une très drôle de logique.
Et moi qui ai fait énormément d'analyses de
risques de postes de travail, je vais utiliser un peu le même parallèle. Au lieu de prendre un lieu de travail,
je vais prendre, c'est-à-dire, un établissement, ou une entreprise, ou un
secteur d'activité. Je vais parler
d'un poste de travail, quelqu'un, par
exemple, qui travaille en hauteur de
plus de trois mètres. Si, par
exemple, dans ce poste de travail, je
viens pour l'analyser, puis dans cette entreprise, je dis : Sortez-moi les
fichiers, je veux savoir il y a eu
combien d'accidents dans le passé, les 10 dernières années, ça se peut
qu'il n'y en ait eu qu'un seul et que ça a causé la mort parce que,
quand on tombe de trois mètres, on peut mourir. Il y en a eu un seul puis ça a
coûté, par exemple, cher, mais il y en a juste eu un seul. Ça se
peut qu'il n'y en ait eu aucun dans ce poste de travail où la personne
travaille en hauteur, aucun accident. Est-ce que je peux dire que ce poste de
travail n'est pas risqué? Non. Il faut que je
regarde d'autres facteurs. Est-ce
qu'il y a un danger? Est-ce que le danger a été contrôlé? Oui, parce que, par
exemple, on s'assure que la personne puisse faire la tâche sans être obligée de
monter en hauteur, elle peut le faire en bas. Ce n'est pas possible? Elle va le faire en hauteur, mais
elle va porter un harnais de sécurité. On va lui donner une formation pour inspecter son harnais de sécurité avant. On va la
former sur comment travailler de façon sécuritaire. On va mettre des gens,
par exemple, s'il y arrive une urgence, qu'ils
puissent appeler rapidement pour qu'ils puissent le secourir, etc. Donc,
ce qu'il faut regarder, c'est que, s'il n'y a pas eu d'accident dans ce poste
de travail, c'est peut-être parce qu'on a mis en place des mesures de prévention et qu'elles ont été efficaces. Donc, on
va appeler ça... c'est un poste de
travail à risque élevé, mais un risque contrôlé.
Eh bien, si
je prends la logique du ministre, lui, ce qu'il dit, c'est : Il n'y a pas
eu d'accident de travail dans tel secteur d'activité ou... il n'y en a pas eu ou ça n'a pas coûté cher par rapport
à un autre, donc il y a eu moins de réclamations dans ce secteur-là, alors
c'est un risque faible. Mais, non, le risque, il est là, il est toujours
élevé, mais on l'a contrôlé. Et c'est ça qui n'est pas logique dans la logique, si on veut, du ministre,
et qui n'est pas scientifique non plus et qui n'utilise pas la connaissance, et la science, et l'expertise en
matière de santé-sécurité du travail. C'est n'est pas comme ça qu'on évalue le
risque. Donc, cette formule-là ne fonctionne pas.
Et, encore une fois, comme dans les
années 70, où on a commencé à appliquer les mesures de prévention, les quatre mécanismes que je parlais, aux groupes
prioritaires 1 et 2 qui sont à prédominance masculine, encore aujourd'hui, comme par hasard... bien, ce n'est pas un hasard, là, parce que les
milieux de travail à prédominance féminine, le risque, comme je le
disais, est plus invisible, c'est plus compliqué peut-être pour ces
travailleuses d'aller réclamer ou de dire : Ah oui! bien, je vais aller réclamer, je vais aller me battre pour
prouver que c'est arrivé par le fait du travail, au travail, etc., parce que c'est toute une définition de ce qu'est
un accident de travail, je vais plutôt aller sur mes assurances, ça va être
plus facile, puis tant pis.
Et aujourd'hui c'est ça qui arrive, en 2021, mais en 2021 il n'y a pas d'excuse. Même
dans les années 70, il n'y a pas
d'excuse que ce soient uniquement les jobs de gars qui soient couverts par la
loi et non pas les jobs de femmes, mais aujourd'hui ça l'est encore moins. Et c'est ce que fait le ministre
pourtant, les secteurs à forte prédominance féminine sont considérés risque faible parce qu'on ne regarde
pas le vrai risque, qui est invisible, on analyse les réclamations, et ça, ça
ne fonctionne pas. Je suis contente quand
même que les arguments ont ébranlé le ministre. Et ce que j'ai entendu, c'est qu'il avait
une ouverture pour changer ça. On a très, très de voir les amendements.
Il y a un autre élément aussi qui est important,
c'est les établissements, c'est-à-dire que les mécanismes de prévention ne vont pas être pour un établissement
physique, mais par entreprise. Par
exemple, moi, j'ai déjà travaillé
dans des entreprises où il y avait
multiples sites, où, des fois, des fois, les opérations sont à peu près
similaires, mais il y a un comité de
santé et sécurité dans chacun des sites physiques, même si ça appartient à la
même propriété, la même entreprise. Eh bien là, le ministre va dire :
Non, ils vont avoir un comité de santé-sécurité, il va y avoir un seul
mécanisme. Mais ça, il faut faire attention
parce que ça peut marcher peut-être dans certains secteurs, peut-être,
mais pas partout. Et il y a des particularités qui existent dans
certains établissements qui n'existent pas ailleurs, et ça, c'est extrêmement
important d'en tenir compte. Et il ne faut
pas juste y aller par entreprise, mais continuer à faire ce qui existe maintenant
dans la loi, c'est-à-dire, par établissement. Ça, c'est fondamental. Et
moi, je me dis même, même si le ministre ne change pas ce fait-là, peut-être
qu'il y a des entreprises qui vont dire : Bien, c'est un peu compliqué
d'avoir juste une place, et ça va être gros, et ici, les travailleurs sont assez forts pour dire :
Bien, nous, on veut que ce soit par établissement, peut-être
qu'ils vont gagner. Mais il y a
beaucoup d'endroits où ce n'est pas syndiqué, où les travailleurs, ils ont peur
de perdre leur emploi, et c'est la responsabilité du gouvernement de les
protéger, ces gens-là qui ne sont pas syndiqués.
Choix du
médecin du travail, ça, c'est un élément extrêmement important. On n'a jamais
autant parlé qu'aujourd'hui de la santé publique, de l'importance de la santé
publique. C'est le parent pauvre de notre système de santé. Moi,
j'ai eu à travailler, à gérer un programme
de santé spécifique dans les entreprises où je travaillais et j'étais en
contact avec le médecin du travail avec son équipe, des hygiénistes, des
ergonomes. Et ça, c'est un aspect de la santé-sécurité auquel tiennent
beaucoup les travailleurs et travailleuses parce que c'est leur qualité de vie
qui en dépend. On parle de surdité, on parle d'ergonomie,
des troubles musculosquelettiques, on parle de la qualité de l'air, ça, c'est extrêmement important pour eux et elles.
Et un des
aspects comme... moi, spécialiste en santé
et sécurité, qui est important, c'est
la confiance. Moi, j'ai été du côté
de l'employeur, mais c'est la confiance, il faut que les travailleurs et
travailleuses... pour qu'ils s'engagent dans la prévention et dans... porter leur équipement de protection
individuelle, suivre les formations, etc., il faut qu'il y ait une
confiance. Et, si le médecin du travail, c'est un médecin payé par l'employeur
et qu'il dit : Voici ce qui doit être fait, voici les risques, mais il est payé... Ça ne veut pas dire qu'il n'est
pas compétent, du tout, du tout, il y a quand même une éthique à suivre, mais qu'on le veuille ou pas, il
est quand même influencé. Et ça, ce n'est pas moi qui le dis, il
y a eu un front commun contre le projet de loi, jugé dangereux par les
18 directeurs régionaux de santé publique.
Je le dis
encore, on n'a jamais autant parlé de santé publique. Si on ne comprend pas le
rôle de la Santé publique dans la
société aujourd'hui, en pleine pandémie, je ne sais pas ce que ça va
prendre pour comprendre leur rôle. C'est extrêmement important. Et
donc, pour créer ce climat de confiance, il faut écouter la Santé publique.
C'est ce que le premier ministre
nous dit depuis un an maintenant, il va continuer à nous le dire. Bien moi, je
lui dis la même chose : Oui, M. le premier ministre, vous avez raison, il
faut écouter la Santé publique, et la Santé publique vous dit qu'il faut que le
médecin de la Santé publique, ce soit lui qui vienne faire la visite. En
ce moment, il y a 25 % des milieux de travail où le médecin de Santé publique vient dans ces usines-là. Comme je
disais, moi, j'en ai vu, mais il faut que ce soit étendu partout pour créer
ce sentiment de confiance là. Ça, c'est vraiment fondamental.
Je vois que
je prends beaucoup de temps, c'est vraiment... je suis une geek, j'aime
beaucoup ça. Ça me fait vraiment plaisir de me replonger dans mes
anciennes amours, et je voulais parler des maladies professionnelles, je vais
en parler rapidement. Les mesures qui sont
mises en place sont extrêmement restrictives, mais surtout arbitraires. Je vous
donne un exemple : l'exposition au plomb qui cause la plombémie.
Selon ce qu'on appelle la MADO, les maladies à déclaration obligatoire, le seuil pour la déclarer, pour
déclarer cette maladie-là à déclaration obligatoire est sept fois moins élevé
que le seuil pour dire que c'est
reconnu comme une maladie professionnelle selon les nouveaux critères de la loi du ministre.
Elle est où, la science là-dedans? Même
chose pour l'atteinte de perte auditive. J'ai travaillé dans des milieux
extrêmement bruyants. Des pertes
auditives, il y en a beaucoup, beaucoup, beaucoup, énormément. Déjà que la
norme était vraiment... ne respectait
pas ce que la science disait, 90 dBA au lieu de 85, on avait du retard. Et
là, ici, pour faire des économies
de bouts de chandelles, 21 millions de dollars, au lieu de réduire et de mettre en place des
mesures pour inciter les employeurs
à réduire à la source le bruit en changeant
leurs machines, par exemple, en mettant des cabines, etc., au lieu de faire ça
puis de les inciter à réduire
eux-mêmes leurs coûts, on leur dit :
Bien, maintenant, pour que cette maladie-là soit reconnue, les
mesures vont être restrictives, et vous n'allez pas payer, et ça, ça va à
l'encontre de la prévention.
Donc, je veux simplement terminer pour dire que
ce dossier-là ne concerne pas uniquement les travailleurs, travailleuses du Québec,
évidemment, mais ça concerne toute la société, les mesures de santé-sécurité au
travail, et, si ce n'est pas bien fait, si
cette réforme-là tant attendue n'est pas bien faite et que le ministre ne
corrige par le tir, bien, c'est toute la société qui va payer. Merci, M.
le Président.
Le Vice-Président (M. Picard) :
Merci, Mme la députée de Mercier. D'autres interventions? Je reconnais Mme la
députée de Verdun.
Mme Melançon : Bonjour, M.
le Président. Très heureuse ce matin, à mon tour, de prendre la
parole pour le principe du projet de
loi n° 59. Le projet de loi n° 59, c'est, bien sûr, la Loi modernisant le régime de santé et de
sécurité au travail. C'est un projet
de loi qui est important. Il est important parce qu'on parle de plus de
4,4 millions de travailleurs et de travailleuses, donc, qui
seront touchés par cette nouvelle loi. Et aujourd'hui, M. le Président, je vais m'adresser à vous à
titre de porte-parole en matière de
condition féminine pour l'opposition officielle. J'ai des collègues qui
prennent la parole selon les secteurs, et,
de mon côté, je veux principalement me tourner vers la condition féminine.
Parce que le projet de loi qui nous a
été présenté, de 293 articles, c'est une brique, là, il faut que les gens
comprennent qu'on vient toucher à plusieurs lois, bien entendu, mais
c'est surtout que c'est très costaud comme projet de loi. Et, de notre côté, je
suis très heureuse aujourd'hui, et je vais saluer le député de Nelligan, qui
est avec nous aujourd'hui, qui fait un travail exceptionnel, exceptionnel, parce qu'il fait entendre, bien sûr,
la voix de ceux et de celles qui ont été oubliés, négligés dans le projet de loi. Il y a eu trois jours, donc, d'auditions, il y a
30 groupes qui se sont fait entendre, il y a eu des dizaines et des
dizaines de mémoires qui ont été
déposés et il y a une chose qui revenait à chaque mémoire ou
presque, c'est l'oubli des femmes dans le projet de loi, donc, 59.
Je vous le
disais, c'est une question importante, importante pour la suite, bien sûr, des choses. Parce
que je dois bien le dire, et le député de Nelligan l'a répété souvent,
nous sommes d'accord avec la modernisation de cette loi, les collègues l'ont fait entendre. C'est une loi, quand même, qui date de 1979, avec différents ajouts qui ont été faits autour de
1985. Donc, est-ce qu'on peut dépoussiérer
cette loi? Certainement. Est-ce qu'on va dépoussiérer cette loi à vitesse
grand V en laissant de côté des
femmes? La réponse, c'est non. Et je salue le député du travail de Nelligan
parce qu'il a bien fait entendre au ministre là où il y avait des trous
immenses.
Vous savez,
la semaine dernière, nous avons déposé une motion de report pour ce projet de loi là, que le gouvernement
a battue. C'est ça, la majorité gouvernementale. Cependant, on ne demandait pas
un report en années, on demandait trois
semaines de report pour qu'on puisse aller faire nos travaux correctement parce
que plein de groupes sont venus dire : Il n'y a pas d'ADS. Et je
vous expliquerai, M. le Président, un peu plus tard ce qu'est l'ADS. Mais il
manque des données scientifiques pour qu'on puisse bien faire notre travail à
titre de législateurs, et ça, le député de Nelligan et les collègues des autres oppositions l'ont bien fait
remarquer au ministre. Et ce n'est pas parce que l'opposition voulait ralentir quoi que ce soit, ce sont les groupes qui l'ont
demandé.
M. le Président, si le temps me le permet, parce
que je pourrais partir bien longtemps sur le projet de loi, mais, si le temps me le permet, je vais pouvoir vous
citer différents groupes, les demandes des groupes qui ont été faites lors des
auditions, bien entendu, et aussi de groupes qui n'ont pas été entendus, qui
nous ont cependant écrit des mémoires qui ont
été déposés et qui disent : Holà! Oui, à la modernisation, mais pas une
modernisation bâclée. On veut, bien sûr, bien faire les choses, et c'est ce que nous demandions, du côté de
l'opposition officielle, en appui, bien sûr, avec les différents autres
partis des oppositions.
Alors, vous le
savez, M. le Président, la pandémie, bien sûr qu'elle a bouleversé notre
quotidien. Comme parlementaires, on
le voit ici, hein? Je vous vois à travers des plexiglas. On le voit aussi sur
le nombre de personnes que nous sommes ici, au salon bleu. On est beaucoup
moins nombreux et lors des périodes de questions, mais aussi lors des
travaux qui ont lieu ici. Mais la pandémie a principalement affecté les femmes,
et c'est démontré, là, il y a des études. J'écoutais
la députée de Mercier, tout à l'heure, dire : Ça fait un an qu'on entend
le premier ministre parler de science, puis, lorsqu'il faut appliquer la
science, bien, on ne l'écoute plus. Il y a une contradiction qui est énorme
ici.
Alors, je
veux juste vous rappeler, M. le Président, que cette pandémie-là a frappé les
femmes, bien entendu, pour la
précarité financière de celles-ci parce que de nombreuses travailleuses étaient
dans les domaines du tourisme — je vois la ministre du Tourisme — donc en tourisme, en restauration, hein? On
le sait, ce sont les premières qui ont vécu un impact dans leur vie, un impact négatif dans leur vie,
donc précarité financière, stress, anxiété. Pas besoin de faire un grand, grand
dessin là-dessus, là, je pense que c'est
anxiogène, et on le sait. Et principalement, lorsqu'on vit des problèmes
financiers, je peux vous dire que ça
en ajoute une couche. La responsabilité des enfants, on parle souvent de la
charge mentale pour les femmes, bien,
elles l'ont vécu dans cette pandémie-là. L'augmentation de la violence
conjugale, on voit les chiffres, c'est terrible,
puis bien sûr qu'avec les couvre-feux, ça n'aide pas non plus. Les femmes sont
victimes de leur monstre à la maison, elles sont presque prisonnières,
hein, à la maison, alors on voit l'impact.
Et là,
lorsque j'entends le ministre parler, justement, de la diminution des secteurs
de risque pour les femmes, dans les secteurs majoritairement féminins, je
souris parce qu'en pleine pandémie, moi, j'ai pensé à celles qui étaient au
front, je pense aux infirmières, aux préposées aux bénéficiaires, je
pense aux enseignantes, je pense aux éducatrices. Vous irez demandez à mes filles, là, qui sont actuellement
au front à Verdun, à l'Hôpital de
Verdun, là, si elles pensent que le risque est zéro en pleine pandémie. C'est
un peu gênant, vous en conviendrez. Même chose pour les préposées aux
bénéficiaires qui étaient dans les
CHSLD, hein, il y a un an. On a vu ce que ça a donné, on a vu l'hécatombe. Il y
en a qui y ont laissé leur santé, il y en a qui y ont laissé leur vie.
Et là la même chose pour, bien sûr, les enseignantes, les éducatrices.
Je lisais de
mon collègue extraordinaire de Nelligan... vous allez voir, je l'aime beaucoup,
mon collègue de Nelligan, puis c'est
vrai, c'est non seulement un magnifique collègue, mais c'est un ami qui a une
place bien particulière dans mon coeur,
et je lisais Une réforme «sexiste», qui «bafoue la science» et qui devra
être réécrite . C'est le
titre d'un
article qui a été publié sous la plume
de Patrice Bergeron le 31 janvier dernier et dans lequel mon collègue de Nelligan
disait que cette réforme, bien
sûr, est sexiste, bafoue la science, qu'«en vertu de cette réforme, plusieurs
secteurs d'emploi à majorité féminins ne seraient plus assujettis aux
mécanismes de prévention actuels». Ça veut dire que des femmes qui avaient des droits dans l'actuelle loi vont perdre au
change avec la réforme telle que proposée par le ministre. En pleine pandémie,
comme je vous le rappelle, de savoir que «les hôpitaux seraient considérés à
faible risque d'accident alors qu'un grand nombre de lésions est
rapporté chaque année», c'est un peu dérisoire.
Je veux vous
dire, M. le Président, que, lorsque je vois le projet de loi dans sa mouture
actuelle, bien, j'en ai une définition qui est un peu courte, vous allez me
dire, mais on peut dire une chose, là, il discrimine les femmes. Et pourquoi
il discrimine les
femmes? Bien, parce qu'on ne reconnaît pas la spécificité, donc, de celles-ci
puis on ne se base pas sur la science.
Et, tout à l'heure, je vous disais : Je vais vous donner les définitions
de l'ADS. Je vais moi-même écourter le tout parce que je veux en venir
au manque d'information dont on parlait pour la motion de report et qu'on n'a
toujours pas. Qu'est-ce que c'est l'ADS, M.
le Président? C'est «un processus d'analyse favorisant l'atteinte de l'égalité — de l'égalité — entre
les femmes et les hommes par l'entremise des orientations et des actions [des]
instances décisionnelles de la société sur [le plan] local, régional et
national.
«Elle
a pour objet de discerner de façon préventive les effets distincts sur les
femmes et les hommes que pourra avoir l'adoption
d'un projet à l'intention des citoyennes et [...] citoyens — projet de loi, je pense que c'est pas mal à
l'intention des citoyens et des
citoyennes — [...]sur
la base des réalités [...] des besoins différenciés des [hommes] et des
[femmes]. Elle s'effectue au cours de
l'élaboration, de la mise en oeuvre, de l'évaluation et du suivi d'un projet.
Dans certaines situations, l'ADS
mènera à l'offre de mesures différentes aux femmes et aux hommes en vue de
réduire les inégalités. Sa finalité est d'atteindre une égalité de
fait.»
Moi, j'étais
complètement stupéfaite d'apprendre qu'il n'y a pas eu d'ADS pour le projet de
loi n° 59. J'étais stupéfaite d'apprendre
qu'on a déposé un projet de loi... Là, est-ce qu'il y a des problèmes,
actuellement, dans les comités ministériels,
dans le Comité de législation? Je ne le sais pas, M. le Président, mais
clairement il y a un problème. Et j'aurais aimé entendre la ministre de la Condition féminine sur le sujet, qui a
été bien silencieuse depuis, comme les femmes du côté de la banquette ministérielle, qu'on n'a pas beaucoup entendues sur
ce projet de loi là. J'imagine qu'il y a un peu de gêne. En tout cas,
moi, je le serais, gênée.
J'ai
un problème, actuellement, à comprendre pourquoi le ministre s'est entêté à ne
pas avoir d'ADS. Il faut qu'une analyse
différenciée selon les sexes soit faite, surtout dans un projet de loi comme
celui-là. Je veux juste vous dire... Puis souvent je le ramène, mais ça revient toujours à la même chose. La
CAQ élimine les contre-pouvoirs , c'est un
article qui a paru en
novembre 2019, toujours très d'actualité, c'est Michel C. Auger. Voici ce qu'il
écrivait : «Le gouvernement concentre
les décisions au Conseil des ministres et veut se passer le plus possible des
avis susceptibles de lui indiquer qu'il pourrait faire fausse route.» Ah! est-ce que c'est pour ça qu'on n'a pas
demandé d'ADS ou d'ADS+? Est-ce qu'on a là une des réponses, justement? On veut aller vite, on veut cocher, dans la
colonne, «fait». À force d'aller trop vite, ça se peut qu'on se casse le
nez, puis malheureusement c'est les femmes qui vont faire les frais de cette
urgence.
Puis
je le répète, là, je veux être claire, nous sommes d'accord avec la
modernisation de la loi, mais pas n'importe comment, pas à n'importe quel prix, pour ceux ou pour celles qui vont perdre au change. Alors, on ne
veut pas faire une modernisation
bâclée, il faut prendre le temps de bien faire les choses, il faut surtout
écouter. Et c'est là où j'ai quelques doutes et c'est là où je félicite, bien sûr,
aussi le député de Nelligan qui a été capable de faire entendre raison au ministre qui...
le ministre, je le cite, là : «Le ministre du Travail cherche le consensus.» Bien,
il cherche le consensus pourquoi? Parce que le député de Nelligan s'est levé, il a pris la parole haut et fort.
Elles sont où, les analyses différenciées selon les sexes aujourd'hui? Bien, il n'y en a toujours pas, M. le
Président, malgré le fait que presque tous les groupes sont venus dire :
Il manque des informations. L'ADS, elle est où?
C'est
pour ça que, pour moi, M. le Président, lorsqu'on parle d'un projet de loi qui
discrimine puis qui ne se base pas
sur la science, on en a un exemple. J'entendais le collègue de Vimont, tout à
l'heure, parler des travailleuses domestiques. La même chose, à
l'intérieur du projet de loi, actuellement, là, on va imposer un nombre
d'heures pour être reconnues, contrairement
à tous les autres groupes. Bien, savez-vous que des travailleuses domestiques,
ça le dit, hein, des travailleuses domestiques, majoritairement un
emploi occupé par une femme?
Lorsqu'on
dit qu'on doit se baser sur les données scientifiques probantes pour classer le
risque lié à l'emploi, bien, ce n'est
pas ça qu'on fait dans l'actuel projet de loi. Savez-vous ce qu'on fait, M. le
Président, actuellement? Bien, on va se baser sur un calcul d'actuaire. Combien ça coûte? Combien ça a coûté?
Ah! ça, ça veut dire qu'il y a beaucoup, beaucoup de risques. Mais savez-vous que les femmes vont
déclarer beaucoup moins leurs lésions que les hommes? Alors, ce n'est pas
bon, une étude actuarielle. Ce que ça prend,
savez-vous ce que c'est? C'est une analyse différenciée selon les sexes, puis plus qu'une parce qu'on peut y aller par thèmes,
on peut y aller par catégories. Puis on les attend toujours puis on ne les a
toujours pas entre les mains, actuellement.
Donc,
je pourrais dire que c'est un projet de loi qui ne se base pas sur la science,
malheureusement. Je peux vous dire que c'est un projet de loi qui demande
encore beaucoup de travail. Puis je veux bien croire le ministre lorsqu'il
dit qu'il cherche le consensus puis qu'il va présenter des amendements.
Ils sont mieux d'être non seulement nombreux, mais ils sont mieux d'être
costauds, comme amendements, parce qu'il y a des trous immenses, actuellement,
dans le projet de loi n° 59, et il faudra y répondre. Et nous, comme opposition officielle, avec le député de Nelligan,
bien sûr qu'on va continuer à faire entendre la voix de ceux et de
celles qui ont été oubliés à l'intérieur du projet de loi n° 59.
Malheureusement, on a
pris l'habitude de voir qu'on veut aller rapidement. Je comprends, là, qu'il y
a un menu législatif, je comprends qu'il y a
une élection qui s'en vient, je comprends qu'on va vouloir avoir fait des
coches partout, mais je comprends
qu'on ne peut pas faire ça n'importe comment. On ne peut pas être les pee-wee
de la législation, on ne peut pas.
Surtout pour les femmes, là, on ne peut pas. Actuellement, là, la dernière
année a été assez dure pour les femmes qu'on ne peut pas en ajouter une
couche.
Là, on parle, bien
sûr, du projet de loi n° 59. Je pourrais aussi vous parler du projet de
loi n° 84, qui va enlever des droits
d'indemnisation à des femmes victimes d'actes criminels. C'est un gouvernement
qui est dur à l'égard des femmes, je
peux vous dire ça, M. le Président, puis on le voit au quotidien. Puis, à
chaque fois que je me lève ici, je veux qu'on puisse faire entendre la voix de celles qui n'en ont pas.
Et là, bien, on vient frapper en plein coeur les travailleuses du Québec avec
un projet de loi qui vient malheureusement,
je vous l'ai dit tout à l'heure, discriminer les femmes dans un projet de loi
où il manque... où on va moins protéger les femmes. En fin de compte,
c'est ça, le projet de loi n° 59.
Alors, vous allez nous entendre souvent, M. le
Président. On va demander au ministre de présenter, bien sûr, des amendements. On aurait préféré prendre du
temps, un pas de recul, trois semaines, là — on n'a pas demandé trois ans, trois semaines — pour pouvoir faire le travail. Vous savez,
si le gouvernement n'est pas prêt à faire ce travail-là, bien, nous
autres, les oppositions, on va le faire puis on va le faire avec les groupes.
Puis, tout à
l'heure, je vous disais, là, si j'avais le temps... Puis il me reste une minute.
C'est terrible, c'est difficile, mais
il y a différents groupes qui sont venus se faire entendre. Puis, lorsque je
vous parle de l'ADS, là, M. le Président, je peux vous dire que le Conseil du statut de la femme n'était pas
impressionné par le travail qui a été fait
par le gouvernement, pas du tout, pas du tout. Je peux vous dire que le Conseil
d'intervention pour l'accès des femmes au travail n'était pas impressionné par le travail du gouvernement avec
l'ADS. Je peux vous dire que les syndicats n'étaient pas impressionnés
par le travail du gouvernement. Je peux vous dire que la FIQ n'était pas
impressionnée par le travail du gouvernement, projet de loi n° 59.
Alors, je
peux vous dire qu'on est d'accord avec l'idée de moderniser la loi. Cependant,
on ne le fera pas sur le dos des femmes, et, là-dessus, vous allez nous
trouver sur votre chemin. Merci, M. le Président.
Le Vice-Président (M. Picard) :
Merci, Mme la députée de Verdun. Je reconnais maintenant M. le député
de René-Lévesque.
M. Ouellet : Merci beaucoup, M.
le Président. Donc, à mon tour ce matin de prendre la parole sur le projet de loi n° 59. J'aimerais revenir sur la motion de report qui a été rejetée par le
gouvernement, motion qui a été présentée par l'opposition officielle, pour laquelle le Parti québécois a donné son
appui. On croyait effectivement nécessaire de bénéficier d'un temps d'arrêt, minimalement pour permettre au
ministre de nous déposer ses amendements. Déjà, il a été annoncé dans l'espace
public qu'il y en aurait peut-être une cinquantaine. Suite aux représentations
que nous avons faites ici, au salon bleu,
on peut peut-être douter, M. le Président, qu'il y en aura plus, en tout cas,
du moins, on l'espère, mais ça aurait donné aux oppositions l'opportunité, minimalement, de les consulter, de faire
un travail rigoureux avec les différents représentants, les travailleurs et les travailleuses, pour voir
si, effectivement, dans le projet de loi en question, on faisait un véritable
gain en matière de protection et de
prévention pour la
Loi sur la santé et sécurité au travail. Donc, on a voulu
prendre le temps, on ne nous l'a pas
donné. Donc, M. le Président, ce matin, je vais prendre mon temps de député
pour continuer sur cette même
direction, à savoir que, pour nous, le projet
de loi n° 59 n'est pas une
avancée, proprement dit, pour les conditions de prévention et de
sécurité au travail, mais c'est plutôt un recul.
M. le Président, je prends la parole ici, sur la
banquette du député de René-Lévesque, et je veux dire à cette Chambre que ma circonscription est avant tout une
circonscription de travailleurs et de travailleuses. Sur la Côte-Nord,
plusieurs industries sont présentes, les mines, forêts, l'aluminium. On est un
territoire de grands projets. Hydroélectriques, entre autres, les grands barrages, de grandes constructions. Tout ça
pour vous dire, M. le Président, que la présence et la vivacité des
travailleurs et des travailleuses de la Côte-Nord, je la sens et je la ressens
à chaque jour. Pas plus tard que vendredi
dernier, j'ai eu l'opportunité de rencontrer des représentants des travailleurs
qui nous faisaient effectivement des représentations
sur le projet de loi n° 59, en quoi, pour eux, pour leurs syndicats, mais
pour les autres travailleurs aussi qui n'ont
pas la chance d'être représentés par les syndicats, en quoi ce projet de loi là
était un immense recul pour nos travailleurs et travailleuses.
Donc, je disais tout à l'heure que la Côte-Nord
est une région de travailleurs et de travailleuses des industries lourdes, mais aussi, comme partout ailleurs,
plusieurs hommes et femmes travaillent dans le secteur public : soins de
la santé, le CISSS—Côte-Nord, au sein de notre ancienne commission
scolaire de l'Estuaire, les professeurs. Bref, j'ai sur mon territoire beaucoup
de travailleurs et travailleuses à risque, à risque dans le milieu industriel,
mais à risque aussi dans le milieu de
la santé. Et c'est pour ça, M. le
Président, que, pour un député de René-Lévesque, parler pour les travailleurs, c'est fondamental.
M. le Président, j'ai quelques points que j'aimerais porter à votre attention
concernant les différents reculs que nous avons constatés dans ce projet de loi en question. Et, d'entrée
de jeu, je vous dirais, M. le Président, que tout projet de
loi, au départ, n'est jamais
bien, bien parfait. Je pense que tout ministre, peu
importent les gouvernements, n'a pas la prétention de
présenter le meilleur projet de loi. C'est pour ça qu'on a des consultations avec des
experts, c'est pour ça qu'on a des études détaillées pour qu'ensemble
on adopte la meilleure pièce législative possible.
M. le Président, le problème qu'on a présentement, avec tout près de 250 articles déjà
dans le projet de loi, c'est déjà gros, c'est fastidieux comme
révision de la
Loi sur la santé et sécurité au travail, qui n'a pas été faite
depuis les 40 dernières années... mais
on se serait attendu, M. le Président, à trouver un certain équilibre
à l'intérieur du projet
de loi, équilibre
nécessaire en droit du travail entre les droits des
travailleurs et travailleuses et les droits de gérance des employeurs.
Habituellement, lorsqu'il y a des projets
de loi qui touchent le secteur du
travail, les deux groupes, les représentants des travailleurs et des
entreprises y vont de leurs recommandations, et, souvent, un tire d'un côté,
les employeurs tirent de l'autre. Et
le ministre du Travail, habituellement, essaie de trouver le meilleur compromis possible
pour emmener, dans certains cas, je dis bien dans certains cas, des intérêts
divergents à converger pour le bien commun.
M. le Président, dans ce projet de loi là, n° 59, malheureusement, c'est un énorme déséquilibre. Beaucoup, beaucoup, beaucoup de nouveaux pouvoirs sont octroyés aux
entreprises, et on affaiblit de beaucoup les protections et la prévention
pour les travailleurs et les travailleuses.
Je vais vous en donner quelques exemples, M. le Président, que mon
équipe de recherche, que je remercie, d'ailleurs, m'a préparés pour
cette intervention.
Le premier, M. le Président : dans le projet
de loi, on note, nous, au Parti québécois, une... classification,
pardon, erronée et aberrante des
niveaux de risque. Le projet de loi introduit une classification des niveaux de
risque en fonction des milieux de
travail classés en fonction du nombre d'indemnisations plutôt
qu'en fonction des risques réels sur les milieux de travail. Ça, ça veut dire, M. le Président, que, pour déterminer un lieu de travail à risque, une des variantes
que nous allons considérer, c'est le
nombre d'indemnisations. M. le
Président, je ne suis pas un expert
de la santé, sécurité, mais j'y ai pratiqué, pendant huit ans de temps,
dans une entreprise de mon territoire, Abiti‑Consol, pour ne pas le nommer.
J'ai fait de la prévention, j'ai fait de la sensibilisation, j'ai fait de la gestion des ressources
humaines, et je peux vous dire, M. le Président, qu'il ne faut pas faire ça, il ne faut pas baser un régime de prévention
et de protection de la santé et sécurité au travail sur les indemnisations. Parce qu'en prévention,
souvent, il faut travailler en amont, il faut travailler sur le risque, le potentiel
de risque et surtout il faut travailler sur
ce qu'on appelle, dans le jargon, les «passé proche», les «ouf», les : Ce
matin, c'est passé très, très proche que je me blesse, j'ai été
chanceux, il ne s'est rien passé.
Pour bien comprendre, là, ce qu'il ne faut
surtout pas faire, c'est de mettre des mécanismes de prévention en fonction
toujours de la conséquence, la gravité. Est-ce que c'est des accidents qui
donnent des bras cassés, qui donnent des
décès? Oui, il faut en prendre compte, mais il faut prendre surtout en compte
tous les événements avant, qui étaient des indicateurs d'une mauvaise
prévention ou, du moins, d'une mauvaise application des mécanismes de
prévention dans une entreprise. Tous ces
«passé proche», ces «oufs» sont des indicateurs que le milieu de travail rend
les travailleurs dans des conditions dangereuses et qu'il faut
intervenir. Donc, on ne comprend pas pourquoi cette classification-là a été changée, et surtout que des milieux hospitaliers
et des milieux de fabrication de produits chimiques sont classés risque faible.
M. le Président, on est en pleine pandémie. Nos
travailleurs et travailleuses de la santé qui sont au front, qui nous donnent de l'aide pour essayer de vaincre ce
foutu virus, vous ne viendrez pas me dire, M. le Président, qu'ils ne sont
pas à risque, qu'ils ne sont pas dans un environnement à risque? Ces femmes-là
et ces hommes-là ont revendiqué, dès le
départ, d'avoir des équipements de protection individuelle adéquats. On a eu le
débat ici, à l'Assemblée nationale, pour l'utilisation des
masques N95, notamment, en zone jaune... en zone chaude, pardon, pas en
zone jaune. Tout ça pour vous dire qu'il est
faux et erroné de faire une classification du risque en fonction exclusivement
des indemnisations qu'une entreprise
ou qu'un secteur d'activité aura, il faut travailler à la source, et ça, c'est
en identifiant le risque, peu importe les indemnisations que nous avons
ou que nous aurons dans le futur.
Deuxième
recul, M. le Président, le retour à la médecine d'entreprise. Le projet de loi affaiblit la présence de la Santé publique dans
les milieux de travail. Il transfère aux employeurs la responsabilité
d'élaborer le plan de prévention et retire l'obligation pour eux de
collaborer avec la Santé publique.
Un autre exemple,
M. le Président, en pleine pandémie, lorsqu'est venu le temps
d'appliquer des protocoles de confinement
ou, plutôt, de déconfinement, la première question que les employeurs avaient,
pour en avoir eu quelques-unes aussi
par téléphone, et même sur mes réseaux sociaux : O.K., maintenant
je peux remettre mon monde au travail, quelles sont les mesures que je dois mettre en application? Et ces mesures
étaient faites en collaboration entre les indications données par la Santé
publique mais aussi par les indications données par la commission des normes du travail et de la
santé-sécurité du travail, la CNESST.
Alors, comment se fait-il qu'en temps de
pandémie on trouve judicieux et important de faire appel à la science de la Santé publique pour donner des indications
claires sur quoi faire en méthode... en milieu de travail, pardon, pour faire
une meilleure prévention, et que, là, on enlève totalement l'obligation de
l'employeur de consulter la Santé publique pour l'élaboration des plans de prévention? Comment se fait-il qu'en
pandémie, on dit que la Santé publique, c'est important, et que, hors pandémie, pour tout autre risque dans
une entreprise, on fera fi de la science de la Santé publique? Pour nous,
M. le Président, c'est un autre recul.
L'augmentation
des pouvoirs de la CNESST, qui se comporte maintenant comme un gestionnaire de
fonds. Écoutez bien celle-là, M. le
Président. La CNESST pourra notamment court-circuiter le médecin traitant en
mettant fin à des traitements ou des interventions de réadaptation afin
de forcer un retour plus rapide au travail de travailleurs accidentés ou
malades. Je ne le sais pas pour vous, M. le
Président, mais moi, si j'ai un accident de travail, j'aurai un médecin
traitant. Celui-ci, avec la science, avec son expertise va me dire :
M. Ouellet, voici les contre-indications de votre emploi et voici les
mesures que vous devriez apporter ou
adapter à votre poste de travail pour vous assurer de ne pas avoir de récidive
ou, du moins, pour vous assurer que
votre milieu de travail ne soit pas enclin à aggraver votre lésion
professionnelle. C'est le médecin traitant.
J'en
conviens, M. le Président, c'est peut-être difficile d'avoir accès à un médecin
traitant rapidement pour que... Entre le moment où il y a un rétablissement et
le retour à l'emploi, il peut se passer quelques jours, peut-être, à la limite,
quelques semaines, mais ça, c'est l'état
dans lequel on fait notre travail dans le système de santé actuel. On peut
l'améliorer, M. le Président, mais ce
n'est pas vrai, puis je n'en veux pas pantoute aux fonctionnaires de la CNESST,
là, mais ce n'est pas vrai que c'est
un fonctionnaire de la commission des normes du travail et de la santé et
sécurité au travail qui va décider du
retour au travail d'un travailleur, en dehors de la recommandation du médecin
traitant. Comment se fait-il qu'on peut penser que la décision d'un
fonctionnaire de la CNESST est prépondérante sur la décision d'un médecin
expert qui a évalué la condition qui a mené
à retirer le travailleur et la condition qui amène encore le travailleur à ne
pas reprendre son travail ou, dans certains cas, d'être en assignation
temporaire, M. le Président? Alors, ça, pour nous, c'est un immense
recul, et on ne comprend pas pourquoi le gouvernement décide d'aller dans cette
direction.
Conditions favorisant la détérioration de la
sécurité sur les chantiers de construction. Celle-là, elle est bonne, M. le Président. Le projet de loi diminue l'expertise des agents de sécurité sur les
chantiers, qui deviennent des coordonnateurs et qui voient leur formation être amputée drastiquement. Le projet de loi limite aussi l'obligation légale d'avoir un coordonnateur en santé et sécurité pour les projets entre 8 millions et 25 millions. Il n'y
aura donc plus d'obligation légale pour ces chantiers de disposer d'une personne
qualifiée et complètement dédiée à la gestion de la santé et sécurité au
travail.
M. le
Président, comme je disais tout à l'heure, j'ai fait de la prévention dans ma
carrière professionnelle et j'ai travaillé
avec ce qu'on appelait, dans le jargon, des RP, des représentants en
prévention, des travailleurs dédiés, libérés, dans certains cas, à temps plein, 40 heures par
semaine ou à mi-temps, pour aider l'employeur à changer la culture
organisationnelle et à apporter les modifications pour que chacun adopte les bons
comportements en matière de prévention et qu'on évite les risques. Je ne comprends pas pourquoi le
gouvernement trouve judicieux de limiter le temps de formation à ces
représentants-là de la prévention,
d'une part, et comment se fait-il aussi qu'on veut réduire leur temps de
présence sur les opérations et, dans certains cas, comme la disposition
nous le dit dans le projet de loi, il n'y a plus d'obligation légale pour les
projets entre huit et 25 millions dans le domaine de la construction.
Expliquez-moi, là. C'était parce que c'était de la paperasse, parce que c'était
compliqué? Non, c'est parce qu'on a voulu que ça coûte juste moins cher aux
contracteurs.
le Président, c'est fondamental, si on veut faire de la prévention un outil
plus que de sensibilisation, mais un outil
qui donne des résultats, la meilleure façon de le faire, c'est de le faire pas juste de manière coercitive
avec les superviseurs ou les directions
qui font des contrôles et qui donnent des amendes ou des mesures
disciplinaires, il faut le faire aussi avec des représentants des travailleurs qui sont élus par leurs pairs et qui travaillent
avec eux, en toute connaissance des risques, à modifier les comportements. Alors, je ne comprends pas pourquoi, M. le
Président, dans le projet de loi n° 59, on veut se soustraire à
cette obligation-là et enlever cette expertise issue du milieu du travail.
L'autre
partie, M. le Président, qui nous amène un énorme recul, pour nous, c'est
les plans multiétablissements.
Écoutez bien celle-là aussi, elle est spéciale : le projet de loi introduit la possibilité pour une entreprise d'adopter un seul plan
de prévention pour l'ensemble des
établissements d'une même bannière et d'un même secteur. Celle-là, M. le Président, je ne la comprends pas. Expliquez-moi comment un plan de
prévention dans une usine de sciage à Pointe‑aux‑Outardes, à Baie-Comeau, a la même configuration et les mêmes risques
qu'une usine de sciage du côté du Lac‑Saint-Jean. J'en ai visité,
des usines de sciage, M. le Président, dans ma carrière, et je peux vous dire que même
si les procédés se ressemblent, il n'est pas vrai que la configuration,
elle est 100 % pareille.
Alors,
je ne comprends pas quelles sont les économies de bouts de chandelles qu'on
veut essayer de faire sur le dos des
travailleurs et des travailleuses en permettant un plan de prévention
multiétablissements sans prendre en considération les risques inhérents à chaque milieu de travail.
Ça, M. le Président, c'est un immense, immense, immense recul pour
nous.
Dernier
point, les maladies professionnelles. L'annexe concernant la liste des maladies
professionnelles dans la
Loi sur les accidents du travail et les maladies
professionnelles est abolie et remplacée par un règlement qui pourrait être
modifié par la CNESST. Cette dernière pourra
maintenant retirer des maladies professionnelles de la liste, ce qui pourrait
affaiblir la reconnaissance des
maladies professionnelles. Un règlement, là, ça a des pour puis des contre.
Évidemment, un règlement, ça nous permet d'agir plus vite. Donc, si, par
règlement, on décide d'introduire une nouvelle couverture par rapport à
une maladie professionnelle, donc, elle est
reconnue comme étant une maladie causée par le travail, il y a des
indemnisations qui peuvent être
effectivement versées. On peut effectivement, par règlement, être capable d'en
introduire d'autres si la science et le travail des gens dans le milieu
nous amènent à conclure que cette maladie est une maladie professionnelle.
Notre
crainte, c'est que, par règlement, la CNESST pourrait effectivement en retirer.
Et ça, M. le Président, je pense que c'est faire un pas de recul dans le
sens où est-ce que, s'il y a un consensus établi scientifiquement sur
les conditions dans un milieu de
travail qui causent des maladies professionnelles, comment se fait-il que, par
règlement, la CNESST pourrait elle-même
décider de le retirer? Sur quoi elle va se baser? Et moi, j'aimerais participer
au débat, effectivement. Si, dans le projet de loi en question, on
gardait la liste telle quelle, et ce ne serait pas en règlement, donc, toute
modification, M. le Président, donnerait
lieu à des débats, à des avis d'experts, à des consultations avec des experts
nommés dans le domaine pour nous donner des éclairages. Présentement, M.
le Président, le règlement, avec son côté positif, je pense qu'il nous amène plus de côtés négatifs, et je retourne
encore dans ce fameux déséquilibre entre le droit des travailleurs et les
droits de gérance.
Donc,
en terminant, M. le
Président, je vous ai exposé en quoi
ma formation politique, et en quoi Martin Ouellet, le député
de René-Lévesque, représentant de fiers travailleurs de sa circonscription, trouve que le projet de loi
n° 59 est un recul pour les travailleurs et travailleuses. Je pense
qu'on doit retourner sur la table à dessin. J'espère qu'on pourra continuer
le débat cette semaine pour nous permettre,
on l'espère, d'avoir, pendant les semaines en circonscription que nous aurons
à partir de la semaine prochaine, des
échanges avec la
partie gouvernementale afin de mettre la main sur les amendements
proposés, afin de nous permettre assurément de donner notre indication sur
notre volonté à améliorer très clairement
les dispositions de ce projet de loi.
Donc,
pour nous, M. le Président, à cette date-ci, il n'est pas question
d'appuyer le projet de loi n° 59 dans sa mouture. Pour nous, c'est un immense recul pour l'ensemble des travailleurs et
travailleuses du Québec. Et, si, pour moderniser une loi qui n'a pas été modernisée en 40 ans, ça
peut prendre des semaines, ça peut prendre encore quelques mois... Moi, là,
ce n'est pas une question de temps, c'est une question de rigueur et de
pertinence.
Alors,
M. le Président, pour la suite de nos travaux, le Parti québécois va faire son travail avec rigueur et pertinence pour, on l'espère, ramener cet équilibre
entre les droits des travailleurs et le droit de gérance des entreprises au
Québec. Merci, M. le Président.
Vice-Président (M. Picard) : Merci, M. le député de René-Lévesque. Je
cède maintenant la parole à Mme la députée de Saint-Laurent.
Mme Rizqy :
Bonjour, M. le Président. Je me sens très privilégiée de pouvoir prendre la
parole sur ce costaud projet de loi n° 59. Mon collègue le
député de Nelligan
m'avait dit : Attache ta tuque, il va neiger, il va y avoir beaucoup
de vent de face. Et, aujourd'hui, avec la tempête extérieure, je peux vous
confirmer qu'effectivement c'est particulier. Et c'est toute une
tempête que ce projet de loi n° 59 nous propose.
Quand mon collègue m'a dit :
Tu vas voir, il y a beaucoup de contenu, beaucoup de matière... Effectivement, il y a plusieurs groupes qui ont été entendus. Puis le constat qui
s'est dégagé de différents groupes, c'était la rapidité, trop vite, beaucoup
trop vite, et que c'est un travail très important que nous devons faire, tous
faire ensemble.
Et, si vous
me permettez l'exemple, imaginez que vous avez fait construire une
maison en 1979, à votre goût. Vous l'aimez,
vous êtes dedans, mais vous savez, là, qu'évidemment, au fil des ans, il y aura des travaux à faire, il va falloir la
moderniser. 40 ans plus tard, vous arrivez,
puis votre conjointe vous dit : Tadam! Voici le résultat, mais elle ne
vous a pas consulté. Elle trouve que
vous êtes allé trop vite, puis
finalement, il y aurait peut-être besoin d'un architecte, peut-être un autre ingénieur. Ah! puis vu
que vous êtes proche de l'eau, bien, ça prendrait aussi des analyses.
Puis on se
rend compte que c'est un travail tellement important, vous allez mettre beaucoup
de temps, beaucoup d'efforts, puis vous avez aussi vos enfants dans
tout ça. Puis tout le monde se dit : Bien, attendez, là, il y a... moi
aussi, j'aimerais vous dire que,
bien, finalement, telle, telle affaire, si vous touchez... Bien, par exemple, vous avez une salle de bain parce qu'un de vos enfants est handicapé, c'est important d'en tenir compte.
Vous ne pouvez pas juste l'enlever, parce que, sinon, votre enfant
handicapé ne pourra pas y avoir accès.
Alors, je
fais ce parallèle parce que j'ai l'impression que c'est ça, un petit peu, qui
est présenté devant nous, le projet
de loi n° 59. Parce que c'est une
loi qui touche le coeur même du travail des gens si jamais il y a un accident
ou une maladie professionnelle, alors c'est clair qu'il faut prendre le
temps de faire les choses correctement. Et face à l'ampleur des boucliers qui se sont dressés lorsque le projet de loi a été déposé, et face à l'ampleur des constats lorsque les gens ont été
consultés, c'était clair qu'il fallait peut-être
faire une pause. Et c'est à cet effet que mon collègue le député de
Nelligan dépose une demande de report, qui aurait été
vraiment souhaitable, très à-propos. Pas parce qu'on veut ralentir pour
ralentir, au contraire, c'est de
savoir, des fois, faire ce pas de recul puis dire : J'ai entendu, j'ai
vraiment entendu les messages. Pas juste
dire : Oui, je vous entends, mais je ne vous écoute pas. Dire :
Parfait, il y a ici assez de constats importants, puis parlons-en.
Première
chose que moi, j'ai entendue : C'est un projet de loi qui discrimine.
Qui discrimine envers qui? Envers les femmes.
Je vais vous en parler plus en détail tantôt, M. le Président. Un projet de loi qui donne beaucoup, beaucoup de pouvoirs à la CNESST et qui semble
écarter un peu beaucoup la présence du médecin traitant, donc le médecin à qui l'employé, le travailleur fait confiance, son
médecin, celui qui le traite habituellement. Il y a aussi le groupe qui
représente les personnes avec un handicap. Ils ne sont pas très
satisfaits.
Je vous
dirais que, si on commence avec, je crois, la chose la plus importante, les
données probantes, la science... Ça
va faire pratiquement un an que nous sommes dans une pandémie mondiale qui nous
a vraiment frappés de plein fouet, mais qui a aussi mis en lumière quelque
chose : les travailleurs, ceux qui sont au front, qui au risque de leur
propre vie et de leur propre santé sont au front. Ça, il faut le souligner. Une
des plus belles façons de dire merci, c'est dire : Merci, puis on va s'assurer de vous protéger, et, pour ce
faire, on va reconnaître, à tout le moins, les maladies auxquelles vous êtes
exposés puis surtout le risque auquel vous êtes exposé. Alors, au niveau des
risques, j'ai été très surprise de constater que l'analyse des risques se fait d'une façon... avec une approche
comptable, l'approche actuarielle. Donc, combien qu'il y a eu de cas
réels? Combien ça nous a coûté? Puis, en fonction de ça, on va attribuer le
risque.
Quand j'étais légèrement plus jeune, j'ai eu le
bonheur de faire un stage à La Baie, à Alcan. Vous savez, l'aluminerie, là, belle usine, La Baie.
Exceptionnels, les efforts qui sont déployés, lorsque j'y étais, là, pour voir,
là, à la prévention. C'est assez
important parce que, si jamais il y a un incident, avec de l'alumine
en fusion, vous comprendrez que les chances que vous en sortez vivant
sont très minimes. Alors, c'est pour ça qu'on fait énormément de prévention.
Alors, quand
je suis arrivée, première des choses, on m'a dit, à l'époque je n'étais pas députée de Saint‑Laurent...
c'était : Toi, la jeune, tu vas enlever tes talons hauts, voici tes bottes
de cap d'acier. Ton masque, tout un masque! Un casque, en veux-tu en v'là! Des lunettes de protection et,
évidemment, les gros écouteurs pour me protéger du bruit. Et il y avait
aussi toute la règle de 20 minutes-40 minutes, parce que, quand on
rentre dans l'usine alors que l'alumine coule, il fait excessivement chaud, et, pour s'assurer que personne ne s'évanouit,
alors, on rentre 20 minutes maximum, on ressort pour un 40 minutes, hydratation obligatoire, tout
ça. Alors, vous comprendrez que... Puis en plus de ça, on va se le dire, au
Saguenay, ils sont fiers. Donc, ils sont très, très fiers, alors ils
n'en veulent pas, d'accident. Leur usine... on les protège. Alors, c'est sûr qu'on était très fiers de dire : On
n'a pas eu d'accident. Ça ne veut pas dire que le risque n'est pas élevé. C'est
juste qu'on a été très bons. On a été
très, très bons, puis on est fiers de dire : On n'a pas d'accident.
Pourquoi on n'en a pas? Parce qu'on a fait énormément de prévention,
parce que, oui, il y a quelqu'un qui se promène, oui, il y a une personne qui est attitrée à la prévention, puis, quand une
petite fille de Montréal débarque avec ses gros talons hauts, là :
Viens-t'en ici, petite fille, là, on
va te donner un petit cours de prévention, là, puis tu fais attention, puis on
va te le redonner, ton petit cours, encore, on va te le refaire. Pourquoi?
Parce qu'on ne tient jamais pour acquises les avancées qu'on fait en prévention,
puis qu'une personne avertie, c'est bien,
mais l'autre personne, là, il faut faire... s'assurer que tout le monde soit
averti bien comme il faut. Puis on répète, hein? Cent fois sur le métier
tu remettras ton ouvrage. Je peux vous le dire, qu'à Alcan, qui est devenue
Rio Tinto, c'était vrai.
Bien, si,
maintenant, permettez-moi de vous dire, M. le Président... quand je constate...
Puis c'est ça qui me fait un petit peu sourire, c'est que je le connais, le
ministre. C'est un avocat, lui aussi, en droit du travail. S'il y en a un
qui m'a vraiment surprise, c'est lui, parce
que justement il le sait mieux que n'importe qui, ici, dans cette salle, pour
avoir pratiqué, d'ailleurs, dans ce secteur d'activité, que le risque ne
s'évalue pas de façon actuarielle, il s'évalue, là, avec des vraies données basées sur la science. Alors, le niveau de
risque... Donc, par exemple, chez Alcan, le risque n'est pas élevé, il est
très élevé, mais c'est un risque qui est bien contrôlé. Il n'en demeure pas
moins qu'il s'agit d'un endroit à risque très élevé. Alors, à
plus forte raison, il faut donner les outils et il faut faire de la prévention.
Or, de là l'importance de faire une classification qui est vraiment bien faite.
Et là, là-dessus, vous comprendrez que je ne suis pas la seule à le dire parce qu'on a un beau petit tableau qui nous a été fait
par mon collègue... puis je vous le dis, finalement, les tableaux, puis il n'y
a pas juste moi, hein, il y en a
plein qui en font, puis mon collègue de Nelligan en a fait un super bon. Alors,
permettez-moi de
m'y référer. Il y a plusieurs groupes qui en parlent, de ce risque qui est très
mal calculé, qui n'est pas basé sur une science, mais vraiment sur des
chiffres comptables.
Mais il y a
aussi une autre affaire qu'il nous parle : consolidation. Là, ici, je ne
vous parle pas de consolidation de dettes,
et tout ça, là. Consolidation d'une blessure, ça, c'est super important. Quand
on a un accident, à ce moment-là, notre médecin, bien, il va nous prescrire un traitement, peut-être de la
physiothérapie, peut-être. Mais ici ce qui me préoccupe, c'est que la prépondérance du médecin traitant
soit maintenue et ne puisse pas être limitée par la CNESST. Donc, ici, je ne
comprends pas pourquoi que la consolidation,
ce n'est pas le médecin traitant, mais que c'est sorti puis que ça s'en va à la
CNESST, puis pas par un médecin, là, par quelqu'un qui a une formation, je ne
sais pas laquelle, mais une formation quelconque. C'est cette personne-là qui
va devenir notre référent pour accompagner un travailleur blessé.
Il me semble,
M. le Président, que c'est assez spécial. Lorsqu'on a quelqu'un de blessé, au
moment de la blessure... Puis la
consolidation, là, c'est la période, là... c'est une période cruciale, là,
c'est là qu'on a besoin de notre médecin, de nous dire, là, c'est quoi, et de nous prescrire les bons remèdes, mais
surtout nous prescrire aussi le chemin vers la guérison pour que la blessure,
une fois qu'elle soit consolidée, bien, évidemment, elle soit bien consolidée
et dans un bon temps, là, évidemment.
Alors, ça, ici, je trouve ça très particulier, le fait qu'on... J'ai
l'impression qu'on tasse les médecins, puis ça, je n'aime pas trop ça. Ça,
j'aimerais ça, que le ministre nous explique sa vision, puis, surtout, s'il
pense que c'est une bonne idée, qu'il
nous explique pourquoi. Mais, si, finalement, il se range aux arguments de mon
collègue de Nelligan, j'ai hâte de
voir les amendements qui vont être proposés, parce que c'est vraiment notre souhait, qu'il y ait des amendements.
D'autre part,
ma collègue la
députée de Verdun,
vous la connaissez, il n'y a rien qui lui échappe lorsqu'il
est question de plusieurs
sujets, mais particulièrement le dossier des femmes. Alors, permettez-moi
d'aller maintenant dans mon deuxième thème, ces femmes... ces femmes
qui sont où présentement en grande proportion? Dans le réseau de la santé,
puis dans le réseau de l'éducation, ainsi que dans le réseau des services
de garde. C'est drôle, hein, je n'ai
pas entendu des groupes féliciter le gouvernement là-dessus. Le Conseil
du statut de la femme soulève combien
que le milieu du travail a changé, depuis 1979, et qu'il y a beaucoup de femmes maintenant sur le travail. Ça,
j'aime ça. Ça, c'est bon, mais ça veut aussi dire qu'on doit continuer à
les protéger.
Le Conseil du statut de la femme recommande que
le projet de loi tienne compte des réalités des femmes, qui ne sont pas forcément celles des hommes. Je vais
vous donner un exemple, M. le
Président, puis j'espère que vous
êtes bien assis sur votre chaise. J'allais dire «trône», mais «chaise», ce
serait peut-être plus approprié. Au moins, j'en ai réveillé quelques-uns.
Alors, M. le Président, le Conseil du statut de la
femme donne l'exemple
suivant. On reconnaît le cancer de la prostate chez les pompiers mais pas le cancer du sein chez les femmes. Super de
belle avancée pour les hommes, je suis très contente, surtout
qu'à chaque année ici, à l'Assemblée
nationale, on achète notre noeud papillon
pour sensibiliser les hommes pour le
cancer de la prostate. Par contre, M. le
Président, cet exemple
tiré des consultations, lorsque le Conseil
du statut de la femme est venu... moi, j'ai fait : Voyons donc!
Voyons donc! Cancer du sein, il me
semble que la moindre des choses, ce
serait de l'inclure. Et là-dessus je ne peux que concéder au Conseil du statut de la femme... Ça n'a pas de bon sens. Ça ne fait
aucun sens, en 2021, qu'on n'est pas capable de reconnaître ça.
Le Conseil du statut de la femme ajoute : Les emplois majoritairement féminins sont automatiquement
classés faible. Bien oui, le risque
est faible. Travailler dans un hôpital, COVID-19 ou pas, c'est faible. Aller
travailler dans une école avec des
enfants ayant un handicap et que certains d'entre eux, par exemple, peuvent
avoir un excès de comportement, parfois... Puis ça arrive qu'il y a des enseignants qui, malheureusement... puis
pas parce que c'est un geste posé volontairement par un enfant, là, loin de là, loin de là. C'est un
enfant qui a besoin de soins. Mais tous ceux qui travaillent autour de cet
enfant, ils le savent, là, il y en a
qui vont manger des fois des coups, ça va arriver. Mais ça, ah, ça, c'est un
risque faible. Pourtant, M. le Président, il me semble que, s'il y a une chose que moi, j'ai apprise de la pandémie,
ce n'est pas un risque faible, d'aller travailler
dans un hôpital. Ce n'est pas vrai que c'est un risque faible d'aller
travailler dans une école. Un des principaux foyers d'éclosion, au
Québec, sont dans les écoles.
Le plomb dans l'eau. Moi, je suis fière de dire
qu'à l'Assemblée nationale j'ai fait le tour des points d'eau du deuxième étage. Je ne suis pas allée dans l'étage
principal, l'étage de la CAQ, je ne suis pas allée non plus dans l'étage du
Parti québécois, mais j'espère que vous avez vu comme moi le
petit autocollant pour dire : L'eau a été vérifiée, testée, elle est de
qualité, exempte de plomb. C'est ce que moi... À l'étage n° 2.
Inquiétez-vous pas, je n'ai pas fait ma Colombo de moi, je n'ai pas fait
d'autre étage, je respecte votre intimité par caucus.
Alors, là-dessus,
c'est clair qu'évidemment la question du plomb dans l'eau est importante.
Donc, je me suis vraiment posé la
question : Pourquoi que, par exemple, dans le règlement du ministre, son
projet de loi, il n'a pas le même taux de plomb dans son eau, pour reconnaître le problème, que celui qui est
exigé, par exemple, pour la plombémie? Ça, j'ai trouvé ça assez spécial.
C'étaient des taux beaucoup plus élevés, en vertu de ce qu'il nous présente,
que pour reconnaître un vrai problème. Alors, ça, c'est assez
particulier.
Je vois que le temps file, mais permettez-moi
d'aller voir maintenant tout de suite ce que la FIQ mentionne, Fédération
interprofessionnelle de la santé du Québec, communément appelée la FIQ.
La FIQ recommande entre autres que le comité
scientifique et le comité sur les maladies oncologiques soient obligés
d'utiliser une ADS pour la mise à jour de
la loi, la LATMP, la LSST. Ici, c'est quoi, une ADS? ADS, ce n'est pas comme
les pneus ABS, là, que je parle, c'est l'analyse différenciée par sexe. Pourquoi
qu'on s'est doté de ça? Bien, parce qu'à l'époque, dans les années 90,
plusieurs leaders mondiaux se sont rencontrés puis ils ont dit : C'est
important que, lorsqu'on dépose un projet de loi, qu'il y a une analyse sur l'impact entre les hommes et les femmes. Le
Québec a fait écho à cette demande internationale, a emboîté le pas, a fait des projets pilotes. Ça a
été concluant, et depuis, nous faisons des analyses différenciées sur le sexe
au Québec. Et je dis nous faisions, hein, parce que j'ai conjugué au passé,
Pourquoi? Parce qu'ici ça n'a pas été fait.
Et ça, là, M. le Président, vous
comprendrez que c'est un petit peu, comment dire, pas préoccupant, je dirais plutôt
énervant puis je vous dis pourquoi. Il y a
plus de femmes au Parlement. Allo, chère collègue. Allo, chère collègue. Allo,
chère collègue. Il me semble que ce n'est
pas le temps de faire des reculs lorsqu'on a plus de femmes au Parlement. Au
contraire, on est plus nombreuses que jamais, et, en plus, c'est des femmes qui
prennent leur place, c'est des femmes qui
donnent l'exemple. Oui? Ah oui! la députée de Gaspésie, elle dit que oui, elle.
Alors, ça, j'aime ça. Mais, voyez-vous, il me semble qu'ici la demande
de report de mon collègue de Nelligan permettrait justement de faire cette
analyse différenciée sur les sexes avant
d'aller de l'avant. Sinon, ce serait un terrible recul pour le Québec. Et je ne
peux pas croire que ça pourrait se
faire alors que nous avons plus que jamais des femmes au Parlement, plus que
jamais. Alors, ce ne sera certainement
pas sur notre leadership féminin qu'on peut se permettre un recul féminin.
Alors, la moindre des choses, ce serait
que tout le monde, puis là j'invite l'ensemble des collègues, peu importe leur
couleur politique, à réclamer une ADS. Parce
que c'est bien beau, acheter des chandails pour dire que le futur est féminin,
là, encore faut-il que les projets de loi soient aussi féminins. Alors, ça, M.
le Président, vous comprendrez que le Parti libéral du Québec y tient, puis
l'opposition officielle que nous
sommes, on va continuer à le demander, en espérant que, là-dessus, ça trouvera
écho chez le ministre ainsi qu'au Conseil des ministres.
Enfin,
je ne pourrais terminer sans avoir un petit mot sur le télétravail. On est
tombés, la très grande majorité d'entre nous au Québec, en télétravail. Même
nous au Parlement, là, on a fait, là... Vous vous rappelez, M. le Président?
Moi, je me rappelle de vous : Ouvrez
votre micro, non, fermez votre micro, lorsque nous étions confinés, dans la
première partie, et que nous devions
faire nos travaux en ligne. Mais plusieurs Québécois sont maintenant confinés à
la maison et travaillent à distance. Veux veux pas, ça a une incidence. Et
d'entrée de jeu plusieurs employeurs le disent, que, par la suite, même lorsque
la pandémie sera terminée, plusieurs envisagent de continuer, peut-être pas de
façon permanente, pas non plus nécessairement à temps plein, mais ils veulent
continuer sur le télétravail. Ce sera peut-être deux jours par semaine, peut-être trois jours par semaine à distance, mais
vous voyez, on se dirige vers ça. Alors,
si on sait qu'on se dirige vers ça, bien,
soyons évidemment alertes. Ce serait très intéressant que ce projet de loi
tienne compte de tout ce que ça peut générer, travailler à distance devant un écran. Imaginez, là, travailler à
distance devant l'écran. Moi, je ne sais pas pour vous, là, mais je sais
que ça fait quelque temps que je vais voir mon ostéo pour mon mal de dos et de
cou, mais j'ai aussi les yeux hypersecs.
Hypersecs pourquoi? Parce que je suis constamment devant mon ordinateur, alors
qu'en temps normal, bien, je ne
regarde pas mon téléphone ni mon ordinateur. Alors, ici, ce serait vraiment
à propos de faire les choses correctement.
je pourrais vous parler de plein d'affaires. Je pourrais vous parler de la
maladie de Parkinson, je pourrais vous parler des agriculteurs, je pourrais aussi vous parler des personnes avec un handicap, mais le
temps file. Mais mon souhait, M. le Président... C'est un important projet
de loi, qui mérite qu'on y prenne du temps, de faire les choses correctement. Alors, je joins ma voix à mon collègue de Nelligan, et nous vous demandons de vraiment
considérer encore une fois la
motion de report. Merci, M. le Président.
Le Vice-Président
(M. Picard) : Merci. Merci, Mme la députée de Saint-Laurent. Je
reconnais maintenant Mme la députée de Gaspé.
Mme Perry
Mélançon : Merci, M. le Président. Il m'apparaissait nécessaire de venir intervenir, là, sur le principe du projet
de loi n° 59,
en ce qui concerne spécifiquement la condition des femmes dans cette réforme
proposée par la CAQ ou plutôt
ce qu'on leur enlève comme précieux acquis depuis les 40 dernières années,
là, au cours de cette loi qui a été bonifiée. Ce sont effectivement des précieux acquis, comme je le disais, en matière de santé et sécurité, et je suis contente, en fait, de voir plusieurs intervenantes femmes
prendre la parole sur le projet de loi n° 59, du moins, du côté
des banquettes de l'opposition.
veux aussi féliciter et remercier les parlementaires qui siègent sur cette
commission-là, parce que c'est... Ils ont entre les mains une très grande
responsabilité, là. Ce n'est pas rien, de moderniser cette loi-là, qui n'a pas
été fait depuis plusieurs, plusieurs
années. Il y a plusieurs mises à jour importantes à faire, et plusieurs vont
tenter de retirer des éléments qui ne
devraient pas s'y retrouver ou, du moins, bonifier d'autres éléments. Alors,
c'est une participation qui est nécessaire, quand on parle de changer la
vie des travailleuses et des travailleurs du Québec, soit pour le bien, ou
malheureusement ça peut aussi tourner au
cauchemar pour certains. Alors, j'espère qu'il y aura un travail très assidu
qui sera fait de la part du gouvernement aussi sur tout ce qu'on vient
d'entendre dans l'adoption du principe.
Alors, je veux aussi
remercier mon collègue le député de Bonaventure qui tient les rênes pour notre
formation politique. Et je pense qu'il ne
lâchera pas le gouvernement d'une semelle pour faire passer, là, cette loi qui
a plusieurs reculs notés et appréhendés par le milieu du travail.
ministre du Travail ose qualifier son projet de loi de féministe, mais,
M. le Président, nul besoin d'être législateur et d'avoir suivi l'ensemble
des travaux jusqu'à maintenant sur le projet de loi pour noter, finalement,
qu'on est loin d'une avancée
vers un traitement équitable entre les hommes et les femmes. C'est plutôt le
contraire.
Quand je dis :
pas besoin d'avoir suivi, là, toutes les consultations particulières, c'est qu'il
y a beaucoup, déjà, d'encre qui a coulé sur
le sujet. Les syndicats sont sortis en trombe pour dénoncer le projet de loi. Il y a un nombre important de regroupements de femmes qui l'ont aussi fait dans la foulée
des consultations particulières en janvier dernier. Il y a
même un site qui a été créé, M. le
Président, par la CSN pour informer
la population des enjeux de la réforme, parce que ça touche l'ensemble de la société,
une réforme de cette envergure-là, la FTQ aussi qui a préparé plusieurs grandes
mobilisations un peu partout au Québec.
Alors, pour
prendre quelques arguments qui sont sortis de ces critiques-là, publiquement,
bien, il y a la CSN qui dit : «En vertu de l'éventuel nouveau classement, 60 % des secteurs jugés prioritaires sont
désormais classés dans les catégories à risque faible ou
modéré.» On l'a bien vu, là, des secteurs comme l'éducation, les centres
hospitaliers, les services municipaux maintenant sont classés à risque
faible.
Mais je vais
reprendre des exemples qui ont été formulés juste avant moi. Si on voit tous le
chaos qu'on est en train de vivre en
contexte de pandémie, mais même avant, dans le système de l'éducation, un
manque flagrant de personnel qui fait qu'on a des classes bondées avec
différents besoins particuliers, donc on a un manque de professionnels pour
soutenir ces jeunes-là qui ont des
besoins spécifiques. Alors, ça, ça crée des situations qui peuvent mettre à
risque les enseignantes, et ça, bien
là, on est en train de considérer le domaine de l'éducation comme... classé
comme un risque faible. Moi, pour moi, ça dépasse l'entendement, M. le
Président.
La CSQ aussi
dit que ça défavorise l'éducation, santé, enseignement supérieur, pour les
mêmes raisons. Ça a été évoqué en commission parlementaire.
Alors, on dit aussi que c'est des milieux dont
le nombre de lésions sont importantes. Je lisais des taux comme 80 % des lésions dans le milieu de la santé,
80 % des lésions reconnues par la CNESST sont dans le réseau de la santé
et de l'enseignement, que nous dit la présidente du Conseil du statut de
la femme.
Alors, je
lisais aussi dans... bien, avec tous les travaux qui ont eu cours, on a entendu
beaucoup parler aussi de la situation des travailleuses enceintes ou qui allaitent.
On dit qu'il y a une modification subtile du retrait préventif, que
maintenant ce ne sera plus nécessairement les médecins traitants, qui, à mon
avis, sont encore les mieux qualifiés pour pouvoir
juger d'une situation qui contient des risques élevés de possibles lésions, possibles accidents de
travail... ce sont nos médecins traitants qui ont toujours fait ce
travail-là en fonction des situations très précises, et là on va instaurer un
cadre très rigide, qui fait que la Direction générale de la santé publique va
édicter des protocoles pour encadrer les professionnels,
là, dans leur démarche. Alors, pour moi, je vois déjà des bémols et je pense
que c'est important de le souligner et que le ministre prenne en
considération tout ce qui s'est dit à ce sujet-là.
Maintenant,
il y a des regroupements de femmes aussi qui critiquent le projet de loi n° 59. «Les travailleuses des établissements de santé
du Québec s'exposent à des troubles musculosquelettiques et
à des problèmes de santé mentale»,
que nous dit l'APTS. L'APTS, c'est 86 %
de membres qui sont des femmes, dans une centaine de corps de métier du réseau de la santé. Alors, je pense qu'il
faut écouter ce genre de groupe là.
Est-ce que
le ministre s'est assis avec tout ce monde-là pour juger, évaluer des
potentiels écarts, là, dans le projet
de loi? Je vois ici, bon, il y a plusieurs possibilités : bursite,
syndrome du tunnel carpien... Ça, c'est des exemples que nous donne la présidente de l'APTS. Alors, tout ça,
bien, c'est sûr que c'est évalué dans la prévention. C'est là où est-ce qu'on peut, à la source, s'assurer
de prévenir les risques de lésions professionnelles.
Alors, j'ai
parlé, bon, c'est ça, de l'APTS, Conseil du statut de la femme, Conseil
d'intervention pour l'accès des femmes au travail, s'ajoutent à ça la CSN, la
CSQ, la FTQ. Ça fait beaucoup de groupes qui vont dans le même sens,
qu'en matière de condition féminine, on a
vraiment des gros signaux d'alerte présentement et que cette loi-là, non
seulement a des reculs majeurs, mais ne met pas à jour tout le travail
qui a été fait pour l'avancée des femmes dans le milieu du travail, et donc on
ne va pas assez loin non plus pour moderniser la loi en ce qui concerne la
santé et la sécurité des travailleuses.
Alors, la
mouture actuelle du projet de loi induit une discrimination sexiste envers les
femmes. C'est sûr qu'à la lumière de
ces constats-là, on se dit aussi : Pourquoi... bien, qu'il y a la nécessité
de prendre en considération les spécificités reliées aux femmes ainsi
qu'aux hommes dans cette réforme, et ça, ça passe inévitablement par une
analyse différenciée selon les sexes. Ça aussi, ça a beaucoup été évoqué déjà
par les collègues. Et moi, je ne peux pas considérer que le gouvernement n'ait pas analysé la possibilité de
faire une analyse différenciée selon les sexes dans une réforme de cette envergure-là, que personne ne s'est
manifesté, autour de la table, pour dire : L'ADS, elle est inévitable, et
moi, je mets mon point sur la table, et ce n'est pas vrai qu'on va passer à
côté d'une analyse qui touche vraiment bon nombre de citoyens et citoyennes du Québec,
parce qu'on parle d'une réforme en matière de travail, M. le Président.
Alors, j'ai parlé de l'inacceptable
classification des niveaux de risque et des mécanismes de prévention. La
prévention va beaucoup être mise à l'écart dans les secteurs qui touchent
majoritairement des femmes. On a parlé de la
reconnaissance des maladies professionnelles propres aux femmes. L'IRSC, les
Instituts de recherche en santé du Canada disent que les données scientifiques montrent que les différences
biologiques et sociales entre les femmes et les hommes contribuent aux différences sur le plan de la
santé. Alors, ce sont des données scientifiques qui nous disent qu'une maladie
peut se manifester plus chez un homme ou chez une femme. Alors, quand je dis :
L'ADS, elle est inévitable, c'est qu'on le voit par des données scientifiques, qu'avec les spécificités biologiques
et sociales il y a des maladies professionnelles qui sont reconnues chez un ou chez l'autre. Alors, un
projet de loi qui ne tient pas compte de ces connaissances scientifiques là,
bien, ne va certainement pas assez loin, M. le Président.
L'évaluation des risques pour les travailleuses
enceintes ou qui allaitent, j'en ai parlé tout à l'heure, mais là je veux
revenir avec quelques propositions qu'on a entendues et qui devraient être
considérées par le ministre du Travail. Il y
a le Conseil du statut de la femme qui a recommandé d'ajouter une
responsabilité au directeur national de la santé publique, celle de mettre à jour les protocoles, on parle de
mise à jour, à la lumière de l'évolution des connaissances que nous avons
maintenant en lien avec les travailleuses enceintes ou qui allaitent. Il
recommande également d'ajouter dans le contenu des programmes de prévention une évaluation des dangers pour les
travailleuses enceintes ou qui allaitent de même que les ajustements possibles aux tâches ou aux postes
de travail pour éliminer un tel danger. Donc, il serait également souhaitable
que la CNESST outille les employeurs quant
aux mesures possibles pour adapter les tâches et les postes aux travailleuses
enceintes ou qui allaitent. Alors, je pense
que le ministre du Travail a l'opportunité de bonifier la protection des
travailleuses enceintes ou qui allaitent, puis nous, c'est sûr qu'on
veut qu'il fasse preuve de vision à cet égard-là.
Alors,
bien que nous accueillions favorablement la disposition du p.l. n° 59 qui oblige les employeurs à
prendre des mesures pour protéger leurs employés de la
violence physique ou psychologique sur les lieux de travail, il y a plusieurs précisions qui demeurent
à faire du côté du ministre du Travail. C'est-à-dire, O.K., c'est une avancée,
mais comment on s'y prendra? Comment on s'assure que les employeurs
aient les outils nécessaires pour bien protéger les travailleuses? Il y a quand même aussi beaucoup de questionnements qui sont
restés, là, en suspens, du côté des employeurs. Les manifestations de la violence conjugale en milieu de travail
prennent des formes variées : le harcèlement, la poursuite, communications
avec des collègues. Il y a aussi le
télétravail qui est en nette croissance depuis le début de la pandémie, alors
ça vient renforcer le pouvoir sur les victimes et amplifier les risques de
violence au foyer tout en limitant la capacité d'action des employeurs. Alors, tout ça, est-ce que ça a été pris en
considération dans l'élaboration de ce projet de loi? Il faudra y ajouter
plusieurs précisions, M. le Président.
Alors, en terminant,
je crois que le ministre du Travail ne doit pas se contenter de corriger les
lacunes existantes dans le projet de loi,
les lacunes sexistes. Il doit aller plus loin, il doit faire preuve de vision,
s'assurer qu'on bénéficie d'un portrait juste et différencié en fonction du
genre, tant en matière d'accidents de travail, de maladies professionnelles,
de réparation et d'indemnisation des lésions
professionnelles. Donc, nous demandons au gouvernement, tout comme les principaux groupes syndicaux, de mandater l'INSPQ
ou l'IRSST pour faire des recherches pour faire une veille stratégique
sur les risques particuliers des femmes, pour corriger la discrimination
systémique envers les femmes.
Alors, l'égalité
entre les hommes et les femmes, bien sûr qu'elle n'est pas atteinte, M. le
Président, comme nous l'illustre très bien cette première version du projet de
loi n° 59. Alors, est-ce qu'il est trop tard
présentement pour faire des corrections,
pour faire des ajouts, bonifier le projet de loi? On ne croit pas, mais
présentement je pense qu'il faut agir avec beaucoup d'humilité et que le
gouvernement amende son propre projet de loi. Alors, je pense que, s'il le
fait, ce sera évidemment un premier pas dans
la bonne direction, et on pourra ensuite s'asseoir et travailler pour bonifier,
là, cette réforme, qui est attendue
et que l'on souhaite. C'est une modernisation qui est souhaitée dans le milieu
du travail. On est bien heureux de pouvoir y travailler avec le gouvernement,
mais il y a des travaux qui doivent être faits d'abord et avant tout.
Je pense que la
motion de report, elle était légitime. C'est bien décevant qu'on n'ait pas pu
prendre quelques semaines de plus pour y
retravailler. Mais le gouvernement a encore quelques devoirs à faire avant de
pouvoir dire que nous avons ici un
projet de loi qui est féministe. Alors, on continuera de se lever sur tout ce
qui concerne les enjeux liés à la condition
des femmes, et c'est pourquoi, pour nous, il est évident qu'il faut aller plus
loin dans ce projet de loi là. Merci, M. le Président.
Le Vice-Président
(M. Picard) : Merci, Mme la députée de Gaspé. Est-ce qu'il
y a d'autres interventions? Je reconnais Mme la députée de Fabre.
Mme Sauvé : Merci beaucoup, M. le Président. À mon tour d'intervenir sur le projet
de loi n° 59. Alors, d'entrée de jeu, je veux bien sûr
souligner le grand engagement de mon collègue de Nelligan qui porte ça fièrement, parce que, bien sûr, il y aura un grand, grand travail à faire non
seulement à collaborer à améliorer ce projet de loi dans la suite des travaux,
mais clairement à nommer la voix de ceux qui
ont été oubliés. Et je sais qu'il le fera avec une telle rigueur et un tel
engagement, alors je veux le remercier et reconnaître tout le travail
qu'il fait.
veux également souligner la présentation précédente de ma collègue de Verdun,
porte-parole au niveau de la condition féminine, qui a porté avec
beaucoup d'affirmation, tel qu'il se doit, la réalité des femmes encore une
fois qui ont été oubliées. Je veux souligner
tous mes collègues qui interviennent sur ce projet de loi fondamental et
important. Je veux également
souligner tous les groupes qui ont, bien sûr, écrit des mêmes, parce que
plusieurs d'entre eux n'ont pas pu
participer aux consultations, mais tous les groupes qui viennent, à chaque
fois, nourrir, avec leurs réflexions, l'éclairage qu'on doit avoir pour
ce projet de loi.
projet de loi n° 59, M. le Président, c'est comme un grand TGV, un train à
grande vitesse. La destination est là, on y va, c'est attendu depuis
40 ans, et l'objectif, c'est d'y arriver le plus rapidement possible, donc
pas de report possible, même si c'est
seulement trois semaines. Ce que je considère, pour reprendre des mots du
projet de loi, une demande convenable, en tout cas, dans le... convenable, on
parle d'une demande convenable. Alors, la destination est là, et la vitesse
est si grande qu'on oublie de regarder à droite et à gauche qu'est-ce qui se
passe.
qu'est-ce qui se passe à droite et à gauche? C'est la pandémie. C'est la
réalité des femmes exacerbée par leur travail
de première ligne tout au long de cette pandémie qui se poursuit. C'est
d'oublier le télétravail qui est en train de métamorphoser complètement
le lieu de travail. C'est la réalité encore plus criante des femmes à la maison
qui vivent déjà des violences conjugales.
C'est tout ça, M. le Président, le paysage à droite et à gauche de cet immense
TGV qui veut aller vite et qui
proclame, avec le ministre qui dit que ce n'est pas un projet de loi... c'est
un projet de loi qui est féministe, alors que, quand les groupes et les
syndicats disent : Ce projet de loi, cette réforme, elle est sexiste, la
ministre de la Condition féminine ne peut
pas répondre. Alors, il fallait donner un temps d'arrêt à ce TGV. Il fallait
permettre ce trois semaines de report pour faire en sorte qu'on observe
le paysage et on regarde la réalité.
Et ce n'est pas la
première fois, M. le Président, que je suis devant un projet de loi... je l'ai
été, entre autres, avec la loi n° 56 sur les proches aidants, où on dépose un projet de loi qui est
attendu, qui est en soi une bonne nouvelle, mais comme si la réalité de la pandémie n'existe pas. C'est comme si tout ce qui fait en sorte que,
depuis un an, on est au coeur d'une crise exceptionnelle, historique,
qui vient changer les réalités, les réalités de tout le monde et particulièrement
celles des femmes, on est en train de se
dire : Ce projet de loi là, il était... À vrai dire, ce projet de loi là, il est le projet de loi qui aurait été
déposé avant la pandémie. Mais on est dans une pandémie. On est dans une
pandémie, M. le Président.
Alors donc,
on a oublié ces femmes, ces femmes de la première ligne, ces femmes qui sont
dans le réseau de la santé, des
préposés aux bénéficiaires, des infirmières, des infirmières auxiliaires, le
personnel féminin de la santé, qui est là et qui a vécu le cauchemar que l'on connaît dans les
hôpitaux, dans les milieux de vie. Et pourtant, le ministre juge ces environnements à faible risque. À faible risque.
Même chose du côté de l'enseignement, de l'éducation. Encore une fois, l'enseignement de nos petits et de nos plus
grands, qui est porté par une majorité de femmes enseignantes, est, encore une
fois, faible risque.
travailleuses domestiques. Moi, j'ai parlé longuement au réseau des EESAD, donc
les entreprises d'économie sociale
qui font de l'aide à domicile, des femmes qui travaillent à temps partiel, des
femmes qui ont une précarité financière, des femmes qui se retrouvent dans des situations comme celle de la
pandémie, dans la première ligne, et qu'on ne protège pas suffisamment.
j'avais à résumer, M. le Président, un peu le portrait en lignes très simples
de ce qu'est le projet de loi n° 59, au-delà de la bonne nouvelle, puisqu'il
est attendu depuis 40 ans, mais avec ses multiples... plus
qu'imperfections, ces grands oubliés que
sont les femmes, et l'indemnisation telle qu'elle se doit pour faire une
véritable protection, je vais reprendre les mots de la professeure de droit à l'Université d'Ottawa, Katherine
Lippel, qui, dans Le Soleil , disait ceci : «On tente de
rapetisser la porte d'entrée, réduire
l'accès à l'indemnisation en resserrant les critères pour que moins de gens
soient couverts et que, en bout de piste, ça coûte moins cher.»
Vous
savez, il y a une expression qu'on utilise, qui dit... puis là je vais faire
attention parce que, M. le Président, je suis toujours très mauvaise à reprendre des proverbes, alors je vais
tenter de ne pas manquer mon coup, on dit : Qui trop embrasse mal
étreint. C'est ça, l'expression? Alors...
Vice-Président (M. Picard) : Oui. C'est ça, l'expression, Mme la
députée de Fabre, mais je dois vous demander si vous allez vouloir
poursuivre lorsque nous allons reprendre le débat.
Mme Sauvé :
Très certainement. Merci.
Vice-Président (M. Picard) : Très certainement. Compte tenu de
l'heure, et afin de permettre, cet après‑midi, la tenue des affaires
courantes, le présent débat sur l'adoption du principe du projet de loi
n° 59 est ajourné.
Les travaux sont
suspendus jusqu'à 13 h 40.
(Suspension de la séance à 12 heures)
La Vice-Présidente
(Mme Gaudreault) : Alors, bon mardi à vous tous et toutes. Vous
pouvez prendre place.
nous allons débuter notre séance avec la rubrique des déclarations de députés. Et notre première
déclaration sera celle de Mme la députée de Lotbinière-Frontenac.
Mme Lecours
(Lotbinière-Frontenac) : Merci, Mme la Présidente. Aujourd'hui, je
souhaite rendre hommage à M. Jean-Guy
Paré, député de la circonscription de Lotbinière de 1994 à 2003, et qui est
décédé le 26 décembre dernier.
M. Paré
a débuté sa carrière politique en siégeant en tant que conseiller municipal, de
1979 à 1989, avant d'être élu maire
de Saint-Pierre-les-Becquets, de 2008 à 2013. Dans le cadre de ses fonctions de
député, M. Paré fut, entre autres, adjoint parlementaire du ministre responsable de la région de
Chaudière-Appalaches ainsi qu'au ministre de l'Éducation, de l'Agriculture, et de l'Économie et des Finances. Il a également
occupé la fonction de président de la Commission des finances publiques.
tiens donc à saluer l'implication politique de M. Paré et à offrir mes
plus sincères sympathies à sa famille et ses proches.
La Vice-Présidente
(Mme Gaudreault) : Je vous remercie, Mme la députée. Maintenant,
je cède la parole à Mme la députée de Westmount—Saint-Louis.
Mme Maccarone :
Merci, Mme la Présidente. Le 13 janvier dernier, des croix gammées ont été
peintes sur les portes de la congrégation Shaar Hashomayim, à Westmount.
Rappelons-nous de la signification derrière ce symbole : le génocide de 6 millions
de Juifs et de millions de Slaves, de personnes noires, de Roms, de Sinté, de
personnes homosexuelles et de personnes souffrant d'un handicap mental
ou physique.
Survenu à peine une semaine
avant la journée internationale de commémoration, en mémoire des victimes de l'Holocauste, ce genre d'acte haineux nous
rappelle le devoir que nous avons de combattre l'antisémitisme ainsi que toutes
les autres formes de discrimination et de racisme.
Today, I invite all my colleagues at
the National Assembly to condemn and denounce the acts of
vandalism that occurred at the Shaar Hashomayim
Congregation, which have no place in our society.
Rappelons-nous, n'oublions jamais. Et continuez de promouvoir des valeurs de
tolérance, d'inclusion et de respect. Merci, Mme la Présidente.
La Vice-Présidente
(Mme Gaudreault) : Je vous remercie, Mme la députée de Westmount—Saint-Louis.
Et maintenant je cède la parole à M. le député de Beauce-Sud.
M. Poulin : Merci,
Mme la Présidente. Une personnalité connue de ma région, M. Victor
Bélanger, nous a récemment quittés, à
l'âge de 87 ans. Homme d'action et largement impliqué, il était
propriétaire d'O.-Bélanger Transport, qui sillonnait les routes du Québec pour vous livrer votre pain
Gailuron, et, également, dans l'industrie forestière, il était extrêmement
actif. Grand collectionneur, il est
fondateur du musée qui porte son nom à Saint-Côme, dans mon comté, un lieu
fantastique, impressionnant et riche
en objets de toutes sortes qui nous rappelle à notre histoire collective de la
Beauce mais aussi du Québec.