Agriculture, Fisheries, Energy and Natural Resources — 14 September 2015 (41st Legislature, 1st Session)
CAPERN 2015-09-14
Quebec — Committees
Pour terminer,
je désire souligner l'excellent travail de vigie des citoyens sur le terrain
qui dénoncent au 1 844 animaux
les situations inacceptables dont ils sont témoins. Grâce à leur collaboration,
le ministère reçoit plus de 500 appels par mois, ce qui facilite
grandement le travail de nos inspecteurs dans plusieurs cas.
Je désire
également remercier l'ensemble de mes collègues parlementaires pour l'accueil
réservé au projet de loi lors de son
dépôt, le 5 juin dernier. Le travail que nous entreprenons aujourd'hui
mettra à profit le travail de chacun des parlementaires de même que l'expérience de chacun de nos invités. En ce
sens, soyez assurés de toute ma collaboration afin de bonifier ou
d'améliorer ce projet de loi. Merci, M. le Président.
Président (M. Morin) : Merci, M. le ministre. J'invite
maintenant le porte-parole de l'opposition officielle en matière
d'agriculture et d'alimentation, le député de Berthier, à faire ses remarques
préliminaires pour une durée maximale de 3 min 30 s.
Villeneuve : Merci, M. le Président. Alors, je vous salue, vous
et toute l'équipe qui vous entoure, pour mener à bien et dans le calme, comme c'est coutumier dans les commissions
parlementaires, les travaux de cette commission. Je veux aussi saluer,
évidemment, M. le ministre, et l'ensemble des parlementaires qui vous
accompagnent, ainsi que l'équipe du
ministère qui vont vous soutenir, j'en suis convaincu, tout au long du travail
qui sera fait dans cette commission. Je
veux saluer aussi les parlementaires de la deuxième opposition ainsi que les
gens qui vous accompagnent. Et vous me permettrez,
M. le Président, de saluer le redoutable recherchiste qui est à mes côtés pour
la durée de cette commission parlementaire
et probablement pour bien d'autres. Je veux saluer aussi les gens qui sont dans
la salle. Je veux saluer aussi les
gens qui par le truchement des médias tous azimuts, tout confondu, et il y en a
plusieurs, donc tous les médias, arrivent à nous suivre et nous
suivront, j'en suis convaincu, jusqu'à la fin de ces travaux-là.
Vous savez,
quand on... et je suis convaincu que c'est pareil pour M. le ministre et pour
la députée de Mirabel, on reçoit
beaucoup de courriels, beaucoup de petits mots, des fois de longs mots
concernant ce projet de loi là. Et, quand on va sur le site de l'Assemblée nationale, on constate aussi qu'il y a
beaucoup de commentaires qui sont émis par plusieurs citoyens et citoyennes du Québec. Alors, on voit
que ce projet de loi là suscite un intérêt certain dans la population. Et
d'ailleurs la forte participation des
organismes, différents organismes qui composent notre société, pas tous mais
beaucoup, on parle de 41 ou 42 qui
seront entendus, sans compter ceux qui ont déposé des mémoires mais qui ne
viendront pas en commission... Ça, on aura l'occasion d'en discuter ou
d'échanger là-dessus au cours de la commission parlementaire peut-être
éventuellement pour voir comment on n'a pas pu accommoder certains groupes ou
certains représentants de groupe pour venir
discuter de leurs sûrement très bonnes propositions qu'ils avaient à nous
faire, mais ça, c'est un autre débat. Alors, M. le Président, donc, voyant cet
engouement, on ne peut que, en tout cas... et je suis convaincu que c'est
pareil pour le ministre, on parlait de
collaboration tantôt, et pareil pour la deuxième opposition officielle, je suis
convaincu que nous sommes tout ouïe
parce que c'est un dossier qui est complexe. On peut... Quand on regarde le
titre, on dit : Bon, c'est...
Mais, quand on reçoit les mémoires puis qu'on prend connaissance des mémoires,
on se rend compte à quel point c'est
un dossier qui est extrêmement complexe, donc qui va assurément nous obliger à
une profonde réflexion quant à la teneur, au final, que ce projet de loi
là pourra prendre.
Alors, sur ce, M. le Président, je nous souhaite
à tous et à toutes une excellente commission parlementaire.
Président (M. Morin) : Merci, M. le député de Berthier, pour
ces remarques. J'invite maintenant la porte-parole du deuxième groupe d'opposition en matière
d'agriculture, de pêcheries et d'alimentation, députée de Mirabel, à faire
ses remarques préliminaires pour une durée maximale de 2 min 30 s.
D'Amours : Merci, M. le Président. J'aimerais à mon tour saluer M. le
ministre, mes collègues ainsi que vous, M. le Président, ainsi que M. le
secrétaire.
Tout d'abord,
je crois important de souligner que ma formation et moi abordons les travaux de
la commission avec beaucoup
d'intérêt. Comme chacun le sait, le Québec fait piètre figure depuis de
nombreuses années en matière de protection
des animaux. Un des intervenants qui sera des nôtres aujourd'hui publie depuis
quelques années le classement des
différentes provinces du Canada pour leurs lois en matière de protection des
animaux. Sur ce classement, le Québec se
retrouve au dernier rang des provinces canadiennes. Il s'agit d'une situation
inacceptable et qui perdure depuis trop longtemps. C'est pourquoi, M. le Président, nous entendons être
attentifs aux présentations et aux discussions qui auront lieu au cours de cette commission parlementaire.
Nous croyons que la protection des animaux doit être grandement améliorée.
Par contre, nous serons aussi très attentifs aux
conséquences pour les agriculteurs
des propositions du gouvernement et
des divers groupes. L'agriculture est un secteur important de l'économie des
régions et du Québec. L'agriculture, c'est 52 000 emplois. On
peut ne pas imposer à ce secteur des conditions qui nuiraient à leur
compétitivité.
Mais les abus envers
les animaux et les conditions d'élevage inacceptables ne doivent pas être
tolérés. Nous serons donc très attentifs afin qu'un équilibre parfait puisse
être trouvé.
Finalement,
nous nous soucions aussi de l'impact que ce projet de loi pourrait avoir sur
les chasseurs du Québec.
Malgré qu'il
ne vise pas les activités de chasse, nous sommes préoccupés par les
utilisations possibles de certaines clauses de ce projet de loi. Nous serons donc la voix des chasseurs dans ce
dossier, mais, comme pour l'agriculture, nous nous soucierons aussi
qu'un équilibre adéquat soit trouvé afin d'éviter les mauvais traitements
envers les animaux.
ce, M. le Président, je vous souhaite, ainsi qu'à mes collègues et à tous les
intervenants, une bonne commission parlementaire.
Président (M. Morin) : Merci, Mme la députée de Mirabel.
Maintenant, nous recevons le Groupe de recherche international en droit animal, représenté par une seule personne. Donc,
je l'invite à se présenter, aux fins d'enregistrement. Et vous avez
10 minutes pour votre présentation. À vous, chère madame.
Lachance (Martine) : Merci beaucoup, merci beaucoup. Alors, Martine
Lachance. Je suis directrice du Groupe
de recherche international en droit animal, le GRIDA, que j'ai mis sur pied en
janvier 2007 au sein de la Faculté de
science politique et de droit de l'UQAM. Je suis la seule à représenter mon
groupe parce que nous sommes très peu nombreux
au Canada, nous sommes sept professeurs de carrière à s'intéresser donc au
droit animal, s'il en existe un. Et je vous
dirai tout à l'heure que ce projet de loi là, particulièrement à la
Loi sur le
bien-être et la sécurité de l'animal, est un début, sinon un droit
animal, un vrai régime autonome pour l'animal, ce qui est une très grande
avancée.
Alors,
très rapidement, le groupe de recherche, je l'ai mis sur pied justement pour
susciter la réflexion des rapports qu'ont les humains avec les espèces
animales, ayant constaté qu'il y avait de grandes maltraitances, qu'il y avait
de grandes douleurs chez les animaux et que
le système juridique était peu enclin à recevoir ces cas-là, et donc mon
objectif était de promouvoir
l'intérêt des animaux à l'intérieur du corps juridique. Je suis une professeure
de carrière, je ne fais pas d'activisme.
Donc, ce dont je vais vous parler aujourd'hui, c'est basé sur des études, des
recherches et, donc, des études toujours très objectives.
Ce projet de loi là,
je le reçois... Et je remercie d'ailleurs... d'entrée de jeu c'est ce que
j'aurais dû faire, vous remercier, vous, M.
le ministre Paradis, M. le Président, de même que tous les parlementaires et
membres de la commission. Vous me
permettez de venir vous présenter mes commentaires, mon opinion sur ce
projet-là qui, pour moi, est vraiment un
cadeau. Ça fait huit ans que je travaille pour améliorer la condition des
animaux. Il y a sept ans, huit ans, je ne peux même pas répéter ici les quolibets et, bon, enfin, la façon qu'on me
recevait, tant dans les médias que même parmi le corps, donc,
professoral général, chez les professeurs, alors qu'aujourd'hui, huit ans plus
tard, on voit qu'il y a du sérieux et qu'il
y a vraiment du travail à faire de ce côté-là. Alors, je reçois ça avec grand
plaisir, d'autant plus que, comme le soulignait M. le ministre Paradis, le Code civil, c'est le ius commune, c'est
vraiment le tronc de notre droit civil. Très rare qu'on a la chance de participer à son évolution, si vous
voulez, et à son détachement du droit français pour avoir notre propre marque,
notre propre couleur à nous, au Québec, et ça, j'en suis très fière.
y a dans ce projet-là de très, très grandes avancées. J'en ai énuméré 10, je
vais le faire très, très rapidement. Il y a seulement quatre éléments qui, pour moi, pourraient compléter le projet
de loi pour qu'il soit à mon image, là, et à l'image de la société où
nous sommes rendus en 2015. Donc, je vais le faire très rapidement.
Statut juridique des
animaux, il y a plusieurs façons. J'ai déposé un mémoire, vous en avez sûrement
pris connaissance. Il y a plusieurs façons
de le faire. Il y a une façon plus américaine, plus «animal rights» qui demande
de reporter ou d'emprunter aux droits
fondamentaux humains des droits pour les donner aux animaux. Il y a le modèle
plus européen qui est celui, donc, de
garder l'animal où il est, donc, par rapport à l'homme, c'est-à-dire de se
détacher d'une personne, mais de lui enlever cette étiquette, qui ne lui
colle pas du tout, qui est celle d'un bien meuble. Alors, ce projet de loi là
sort l'animal des biens meubles, le dit ouvertement. Et là où, pour moi, est
une première, c'est qu'on reconnaît, dans le droit commun, dans le Code civil,
que les animaux ont des impératifs biologiques. On avait cette mention-là,
cette définition-là dans le droit statutaire, la
Loi sur la protection
sanitaire des animaux, de même que le règlement
qui a été adopté sous ce P-42, mais le fait de le mettre dans le droit commun
fait que dorénavant on ne pourra pas regarder les animaux sans avoir en tête que chaque espèce animale,
chaque bête a des impératifs qui correspondent à sa race même, et ça, ça
va vraiment, je pense, permettre d'interpréter tout ce qui va toucher les
animaux.
niveau également de... Là, je sors du droit civil pour vraiment
arriver à ce que je pense qui devient un régime juridique autonome pour
l'animal. Et je pense qu'au Québec on pourra parler de droit animal, parce que
jusqu'à maintenant je disais toujours à mes
étudiants : Il y a, oui, des différentes normes qui gouvernent
l'exploitation, l'utilisation des
animaux, mais là je pense qu'on a vraiment un régime qui est construit, qui est centré sur
l'intérêt de l'animal et non plus sur l'intérêt de l'homme quand il
utilise l'animal.
Alors,
bien entendu, j'ai entendu des préoccupations par
rapport aux agriculteurs, aux
chasseurs. Ce n'est pas qu'on ne se
préoccupe pas d'eux, mais c'est que, dans ce projet de loi là, pour une
fois, c'est vraiment l'intérêt de l'animal, je pense, qui est
mis de l'avant.
Alors,
définir un animal en détresse, moi, j'ai trouvé ça très bien,
puisque ça vient combler le flou qu'on a entre ce que la
Loi sur la protection sanitaire des animaux, à l'époque, nous
donnait comme étant les normes de sécurité et bien-être... et il y
avait le Code criminel, donc cruauté,
négligence criminelle, on avait comme une espèce de zone grise, et le fait de
dire qu'un animal est en détresse, le
définir, pour moi, vient combler ce vide-là. Alors, c'est très bien,
puisque souvent on avait des animaux qui tombaient, justement, des cas, entre
deux juridictions, deux compétences, deux infractions, et on n'était pas
capable d'agir sur ces cas-là.
Les combats
d'animaux. Nous sommes peut-être moins centrés sur le football comme le sont les
Américains. Vous allez vous demander peut-être
quel est le rapport avec le football. Ceux qui écoutent le football américain
sauront qu'un quart-arrière extrêmement reconnu, Michael Vick, à
l'époque, 2007‑2008, a été reconnu coupable d'avoir entraîné et d'avoir organisé des combats de chiens et il a
fait de la prison pour ça. À l'époque, ça n'a pas été publié, ça n'a pas été
choisi, mais j'avais écrit une lettre
ouverte dans les journaux ici, au Québec, pour dire que, si cette même situation-là,
à l'époque, s'était produite au Québec,
il n'aurait rien, rien, rien eu, il serait sorti blanc comme neige, il aurait continué
à lancer ses ballons, et tout le monde aurait été heureux, sauf, bien entendu, les 50 pitbulls, dont une
grande majorité ont été euthanasiés et d'autres ont été replacés.
Alors, le gouvernement fédéral, entre autres, le
GRIDA a fait des représentations, on a souvent tenté de faire modifier le Code criminel, et le gouvernement fédéral se limite à punir le fait d'aider, d'encourager et d'assister, mais
jamais on va vraiment chercher le noeud du problème qui est le fait de
les organiser, d'avoir des équipements. Et puis, en plus, là le projet de loi va plus loin, à ma grande satisfaction, c'est de
dire : Si vous êtes propriétaire ou gardien d'un animal, vous ne pouvez
pas tolérer ou laisser... ou permettre que votre animal fasse
partie de ces
combats de chiens là. Les études...
enfin, ceux qui connaissent le sujet, parce
que c'est très, très clandestin,
disent que très rarement ces animaux-là survivent à plus de cinq combats. Alors, s'ils ne meurent pas
immédiatement de grandes souffrances, ils meurent dans les jours suivants de
leurs blessures, si ce n'est pas tout
à fait comme dans l'affaire Vick, où
on pendait les chiens tout simplement
parce qu'ils n'étaient pas assez bons puis on n'était pas
content, alors donc on s'en débarrassait de façon assez violente, merci.
Mise à mort
sans douleur, sans anxiété, c'est un autre cheval de bataille que le GRIDA a,
donc à se dire : Oui, l'animal
sert à l'alimentation, mais peut-on l'amener de sa vie à son transport, à son
abattage de façon humaine? Et ce que ça demande, donc, c'est qu'on
respecte le fait qu'il souffre et qu'il est sensible, donc qu'il ressent de
l'anxiété.
Dans mon mémoire, j'ai mis l'accent sur le fait
qu'il y a toutes les questions de ce que moi, j'appelle très ouvertement, un langage cru, les chambres à gaz,
mais qu'on peut se plaire à appeler les cabinets d'euthanasie, mais c'est
quand on a surpopulation animale qui vient
avec le fait qu'il n'y a pas de stérilisation obligatoire des animaux de
compagnie, sauf ceux qui servent à la
reproduction, on se ramasse avec surpopulation, la SPCA, SPA, Humane Society
vont sûrement vous en parler, il y a une surpopulation, et ces
animaux-là, bien, malheureusement, l'efficacité demande qu'ils soient euthanasiés de façon massive, ils vont dans des
chambres à gaz et ils sont plusieurs. Alors, ça, c'est quelque chose sur lequel j'aurais aimé qu'on intervienne, puisque c'est vraiment
source de très grande anxiété.
Un sujet que
je n'ai pas parlé dans le mémoire mais qui me préoccupe également
et dont on a parlé dès ce matin dans les médias, c'est la question des
abattages religieux, cashers, halals, et donc le fait que le projet de loi
demande maintenant qu'on respecte le fait que ces animaux-là ne
devraient pas ou ne doivent pas souffrir inutilement et être anxieux inutilement, le fait de ne pas être insensibilisé.
Je vous épargne des photos d'un boeuf qu'on doit tourner sur le dos, ça
prend plusieurs coups pour être capable d'ouvrir la gorge avant que l'animal
meure. Je peux vous dire que les études vétérinaires
démontrent que ça se fait dans des conditions extrêmement souffrantes. C'est
un sujet très délicat, je le sais, ça
touche la religion, la pratique, le respect de la liberté de religion, mais,
moi, dans ce dossier-ci, c'est plus la souffrance animale qui m'inquiète, et, je me dis, on devrait
être capable, donc, avec ce projet de
loi là, d'encadrer un petit peu mieux.
Les animaux
abandonnés, c'est tout à fait une problématique, on le sait, chaque mois de juillet je suis
interpelée, vous entendez ça dans les
médias, et, bien entendu, c'est une
autre... J'aurais aimé qu'on aille un petit peu plus loin avec le projet de loi en interdisant les clauses qui
prohibent la possession d'un animal de compagnie dans les logements. Les
études, encore là, démontrent que la plus
grande cause d'abandon des animaux... On le sait, on est tellement caractériel
là-dessus au Québec en juillet, c'est le
1er juillet, donc les abandons se font tellement sur une même période qu'on
le sent. Les animaux, ça rentre à la
pelletée, excusez le terme, dans les SPA, SPCA, principalement les chats. Et je
vous avais donné les chiffres dans
mon mémoire, dans le mémoire que j'ai déposé. De mémoire, c'est
467 000 chats et 297 000 chiens, en tout cas des
chiffres assez élevés.
Le Président (M. Morin) : ...conclure,
Mme Lachance.
Lachance (Martine) : Oui. Je conclus sur l'obligation, l'immunité et
la pénalité, donc, pour les médecins vétérinaires.
Ça a été mon champ de bataille aussi dans la dernière année, je suis
extrêmement contente. Les vétérinaires sont
les premiers intervenants. Si l'animal qui est maltraité n'est pas tué par son
agresseur, il est amené chez un vétérinaire pour être soit euthanasié ou soit soigné. Et donc je pense que le code
de déontologie n'était pas suffisant à les inciter, et donc ce qu'il y a
dans le projet de loi va nous permettre, je pense, d'aller de l'avant. Je vous
remercie.
Le Président (M. Morin) :
Merci, Mme Lachance. M. le ministre, vous avez 16 min 30 s.
M. Paradis
(Brome-Missisquoi) : Oui. M.
le Président, je tiens à remercier Me Lachance. On a pu bénéficier de son expertise sur le plan du Québec, sur le
plan national et sur le plan international, ça nous a aidés à bonifier le
projet de loi.
Mais,
comme je l'ai indiqué, on n'est pas fermés à des bonifications ultérieurement.
J'ai l'habitude... Je pense que je
n'ai jamais adopté un projet de loi tel que déposé, je le dis, là, en
35 ans. Donc, il y a de la place pour le bonifier et l'améliorer, mais, pour le faire, et les
députés l'ont souligné, ce n'est pas un sujet qui est simple, c'est un sujet
qui est extrêmement complexe, autant
sur le plan juridique que sur le plan sociétal. Pour arriver à une oeuvre qu'on
souhaite la plus correcte possible,
la plus équilibrée possible, il faut comprendre... — puis là je pense que je vais tenter de
bénéficier d'un conseil juridique
gratuitement, je ne sais pas si c'est permis, là — il faut comprendre les juridictions de
chacun des pouvoirs — moi, je tente de les marier le plus
possible — entre le
gouvernement fédéral, le gouvernement provincial puis les municipalités,
chacun a son élément de juridiction et de distinction.
Comment on se
situe avec ce qu'on a déposé comme projet de loi dans cet appareil-là? Parce
que, s'il y a un maillon faible dans
la chaîne en quelque part, on aura beau avoir les meilleures intentions, on va
avoir des problèmes. Me Lachance.
Mme Lachance (Martine) : Oui, bien
sûr. En termes de compétence, et d'ailleurs je le soulignais dans mon mémoire, moi, je ne vois rien là-dedans qui est
hors de la compétence de la province, donc provinces et territoires.
D'ailleurs, même si la protection des
animaux est une compétence qui est partagée notamment entre le fédéral et le provincial,
il reste qu'il appartient aux provinces et territoires d'assurer le
respect de cette compétence-là.
D'ailleurs,
le fait que le projet de loi parle des animaux non ambulatoires, le fait qu'on
ne peut pas transporter des animaux
qui sont soit incapables de se mouvoir par eux-mêmes ou alors si ce n'est que
pour les faire soigner, ces normes-là, on
les trouve dans le règlement sur la santé des animaux, qui est de compétence
fédérale, et jusqu'à maintenant la province s'en était, de ce que je connais, remise à l'Agence canadienne
d'inspection des aliments pour le faire respecter. Le fait d'avoir mis ça dans le projet de loi, pour moi,
est tout à fait cohérent, j'ai vérifié, tout à fait cohérent avec la compétence
du provincial.
Au niveau,
maintenant, des municipalités, peut-être que vous voulez m'amener au niveau du
bail de logement, peut-être, mais...
Paradis (Brome-Missisquoi) :
Deux volets : bail de logement et — je vais en profiter pour lancer le
débat — les
calèches.
Mme Lachance (Martine) : Bon, si
vous me lancez sur les calèches, c'est sûr que vous ne serez pas surpris, personne ici, d'apprendre que je ne suis pas tout
à fait en faveur des calèches ou de l'utilisation des chevaux dans l'état
actuel. Si on avait un endroit qui était
respectueux de leurs impératifs biologiques... Je ne pense pas que c'est normal
qu'un cheval marche avec les
émanations des voitures alentour, le stress. Moi, je trouve que ce n'est pas...
Quand on parle d'anxiété chez les animaux, ce n'est pas acceptable.
S'ils avaient un endroit au Vieux-Montréal qu'on pouvait promener, bon, encore
là, ce serait plus humain, si on respectait les conditions, les chaleurs, bon,
l'abreuvement, et tout ça.
Je ne vois pas de problème, moi, personnellement...
Je ne me suis pas penchée exactement là-dessus, mais je ne vois pas de problème à ce que dans une loi provinciale on vienne dire
qu'on réglemente l'utilisation de ces animaux en respect de leurs impératifs biologiques, en respect de leur sécurité et
de leur bien-être, donc qu'ils ne souffrent pas de chaleur
excessive — c'est
dans le projet de loi — qu'ils
soient abreuvés, qu'ils aient des périodes de repos. Tout ça est là.
Au niveau du bail de logement, ça prendrait,
encore une fois, une loi qui serait particulière comme celle-ci. Moi, je
pense qu'au point de vue des compétences il n'y a pas de problème.
Est-ce que
maintenant... C'est un peu comme la
loi sur la faune, hein? Un autre... le
petit reproche que je fais, c'est que
je trouve qu'au Québec on ignore beaucoup les animaux de la faune. Madame ici,
tout à l'heure, parlait des chasseurs, il
y a ça aussi. Je sais qu'il y a toujours des zones qui sont assez limites,
hein, entre les compétences et les zones des uns et des autres, mais je pense, moi, que la province a
les compétences pour le faire, puis après il faut juste s'entendre qui fait
appliquer, qui fait respecter les normes
édictées. Moi, je ne vois pas de problème. Peut-être que j'aurai des appels ce
soir, mais j'espère que non.
M. Paradis (Brome-Missisquoi) : Ça
va, M. le Président.
Président (M. Morin) : Oui? Est-ce qu'il y a d'autres
intervenants? M. le député de... oui, des Îles-de-la-Madeleine.
Chevarie : Merci, M. le Président. Mme Lachance, dès le début de
votre mémoire vous dites : «La science révèle que la souffrance et la douleur ne sont pas inhérentes à la
nature humaine», et vous mentionnez que la capacité de l'animal est très bien observée, de ressentir la
douleur et la souffrance. Et tantôt, dans votre résumé que vous avez fait,
sur la question de la mise à mort, vous dites que la mise à mort devrait se
faire sans douleur et sans anxiété.
Je peux
comprendre «sans douleur» puis je peux comprendre aussi de l'anxiété, mais
comment est-ce qu'on pourrait, par un
projet de loi, encadrer ce volet-là de la perception de l'anxiété au niveau de
l'animal? Et comment ça peut se traduire dans le quotidien par rapport à
la protection de cet élément-là?
Lachance (Martine) : Bien, deux choses. Il est certain que, quand on
arrive à des normes beaucoup plus précises
qui mettent en oeuvre la loi, ça irait peut-être plus sous forme d'un règlement
mais... Je le sais parce que ça existe dans d'autres États. Bon, si on
parle de l'abattage tel qu'on le fait dans notre société, là, je ne parle pas
de l'abattage religieux, il y a des pays où
on a des chambres, donc des chambres qui sont à l'écart, où les animaux sont
gardés tranquilles, on les calme.
Parce que, quand les animaux sortent du transport, souvent... D'ailleurs,
j'ouvre une parenthèse pour dire que,
dans la condition de vie d'un animal de ferme, il y a sa vie, il y a son
transport, il y a son abattage. Le transport est une période qui est très, très difficile. Elle,
elle relève, bon, beaucoup plus du fédéral peut-être. Mais, quand ces
animaux-là sortent des camions, où
ils sont entassés, ils ont eu chaud, bon, ils n'ont pas été abreuvés ni nourris
suffisamment, il faudrait au moins
qu'on leur permette de pouvoir se reposer dans un endroit avant d'aller dans un
endroit où ils seront abattus. Je
sais qu'il y a des pays où on a des chambres comme ça, où les animaux qui sont
abattus ne le sont pas en présence de ceux
qui attendent pour être abattus. Donc, les animaux, ça ressent, ça ressent
l'anxiété entre membres de même espèce. Si vous avez un animal qui est en train de se faire... — bon, disons que ce serait un bovin — qui reçoit la tige, les autres sont là, ils piétinent, ils le sentent, ils sont
vraiment très, très, très entassés, ne serait-ce que d'avoir un endroit où on
les place, on les calme avant qu'ils aillent peut-être chacun leur tour
ou en plus petits groupes, ça pourrait être une façon concrète de le faire.
Pour
ce qui est de l'abattage rituel, bien ça, c'est certain que le degré d'anxiété
et de souffrance est élevé, parce que
l'animal n'est pas insensibilisé. Je pense que ce n'est peut-être pas tous les
membres, en tout cas, ou toute la population qui sait que l'animal n'est pas insensibilisé. Donc, il est complètement
conscient au moment de la saignée, donc du moment où on va retirer le sang de son corps. Je l'ai
répété tout à l'heure : Quand c'est une petite poule, ça peut être facile
de couper tout de suite puis de...
bon, l'animal se vide de son sang rapidement, il n'y a pas un grand volume de
sang. Quand on est chez un bovin...
Imaginez juste comment c'est énorme. Vous irez voir les photos; on le met dans
un gros cylindre métallique, on le
tourne sur le dos. Déjà, la panse, hein, il y a plusieurs... alors déjà, les
estomacs, ça pèse, juste là, l'animal, déjà il étouffe. Et là vous n'avez pas encore essayé... Alors, vous comprenez,
déjà juste d'améliorer, de l'insensibiliser avant de le mettre à mort,
je pense, ce serait déjà une grande avancée.
Certains
membres de la communauté religieuse vous diront... Encore là, j'ai donné une
conférence à Barcelone là-dessus,
c'est un sujet qui préoccupe plusieurs États, pas juste au Québec et au Canada,
mais où vraiment on dit : L'animal doit être vivant et non pas conscient. Alors, si on dit que l'animal
doit être vivant pour être sacré, pour vraiment pouvoir après être
consommé, bien on peut le rendre insensible. Il est encore vivant, c'est juste
qu'il a perdu toute capacité de ressentir sa souffrance et de ressentir une
anxiété qui est assez majeure. Alors, moi, c'est ce que les... Enfin, les gens consultés qui interprètent les textes religieux — ce
n'est pas moi qui le fais, je suis allée voir des gens — il y a
des ouvrages qui ont été publiés là-dessus, où on demande que l'animal
soit, je le répète, vivant et non pas inconscient.
Donc,
ce sont de petites choses qui tranquillement pourraient nous amener à amener
ces animaux-là à leur fin de vie dans un contexte beaucoup plus humain.
Le Président (M.
Morin) : Ça va? C'est terminé, de ce côté-ci? M. le député de
Berthier.
M. Villeneuve :
Merci, M. le Président. Alors, bonjour, madame...
Le Président (M.
Morin) : ...minutes.
Villeneuve : Merci. Bonjour, Mme Lachance, c'est un
plaisir de vous rencontrer. Et je salue le travail que vous avez fait.
Honnêtement, je me doutais qu'il y avait un peu de vous et votre organisation
dans le projet de loi. Le ministre l'a dit
tantôt, que vous aviez été consultés effectivement. Et moi, j'invite toutes les
personnes qui nous écoutent à aller lire le mémoire, il est vraiment...
c'est une mine d'informations et de compréhension aussi.
justement, parlant compréhension, vous dites dans votre mémoire... Parce que,
là, je veux en arriver, finalement, à la
définition première, là. On dit dans le projet de loi : «Les animaux ne
sont pas des biens. Ils sont des êtres doués de sensibilité et ils ont des impératifs biologiques.»
Malgré cela, ils
vont être quand même sous le régime des biens. Alors là, là, j'aimerais
ça peut-être vous entendre un peu plus là-dessus, et d'autant plus qu'on ajoute
que ça peut être une constitutionnalisation
de la protection de l'animal, ça pourrait être ça, ça pourrait être une extension
à l'animal de certains droits fondamentaux, un statut particulier, etc.
Et ce qui m'amène
peut-être à vous citer directement, parce que vous dites dans votre
recommandation : «Ma recommandation
première aurait été que les animaux, ainsi extraits des biens mobiliers, aient
un régime juridique de droit commun
qui leur soit propre», mais vous dites :
Malgré tout cela, j'accepte la
définition qui est dans le projet de loi. Et vous parlez aussi que c'est une question d'acceptabilité politique — ça, on pourrait en débattre longtemps — et sociale. Ça aussi, d'ailleurs, on
pourrait en débattre longtemps.
Alors là, moi, je
suis un peu confus dans tout ça, là, et j'aimerais peut-être... Et aussi vous
dites qu'il y a des oppositions. Alors,
voyant qu'il y a des oppositions, vous préférez qu'on garde ce qui est proposé
dans le projet de loi, mais ça aurait
été quoi exactement, vous, parce que vous en parlez un petit peu dans votre
recommandation, là, mais la définition
parfaite, idéale? Oubliez les oppositions, là, oublions les oppositions,
oublions l'acceptabilité politique, gardons l'acceptabilité sociale
parce que, je pense, c'est ça qui doit nous guider, et moi, je veux vous
entendre là-dessus. Puis essayez peut-être
de me démêler le premier, là, dans tous ces concepts-là qui... parce qu'il y a
d'autres pays qui ont changé aussi le statut...
Le Président (M.
Morin) : Mme Lachance.
Lachance (Martine) : Oui, bien sûr. Oui. Alors, en vulgarisant, parce
que c'est ce que j'ai essayé de faire dans le mémoire. J'espère avoir
réussi.
Bon, tout à l'heure, d'entrée de jeu, dans mon
introduction, je vous parlais de la méthode dite américaine, parce que les Américains sont beaucoup plus
centrés sur la personnification de l'animal, alors il y a un courant qui veut
qu'on en fasse des personnes juridiques, et donc le Code
civil aurait personne physique, personne morale et personne animale. Et, bon, alors on se dit : Ça
pourrait exister. La personne morale, ça n'existe pas, hein, ce n'est pas... on
ne peut pas lui parler, à la personne
morale, c'est une fiction de la loi, alors on pourrait faire la même fiction
avec la personnification animale.
Bon,
évidemment, là, les opposants vous diraient : Oui, mais mettre l'animal au
même
titre que l'homme, ça peut vraiment entraîner des dérapages du
type : Si je ne peux pas faire d'expérimentation sur l'humain parce qu'il
est une personne, si l'animal devient une
personne, donc, je ne peux plus faire d'expérimentation sur les animaux, et là
vous voyez la boîte qu'on vient d'ouvrir. Donc, ça, c'est une voie qui
appelle beaucoup d'opposants.
L'autre voie, qui est celle de dire : On va
prolonger ou on va remettre aux animaux des droits fondamentaux comme ceux qu'a l'humain, droit à la dignité,
droit à l'intégrité de son corps, droit de ne pas souffrir, droit de vivre en
toute liberté selon ses comportements, bon,
encore là, on ouvre une autre boîte parce que, pour avoir des droits, il faut
être une personne. Là, on revient à la case
départ, donc. Alors, il y a encore des opposants à ce sujet-là. Et ça, c'est un
courant qu'on appelle «animal rights», qui
est très, très, très fort aux États-Unis, et actuellement il y a un très grand
courant pour accorder des droits
humains aux grands primates, les chimpanzés. Steven Wise, entre autres, avec
son Human Rights Project, travaille très, très, très fort là-dessus.
Ensuite de
ça, la question, donc, de la constitutionnalisation, je vous dirais, ce n'est
pas par paresse, mais c'est une
technique. Alors, comme il y a certains États qui ne veulent pas rentrer dans
le débat que, je pense, avec grand courage le ministre Paradis puis son gouvernement a décidé, c'est de dire :
Bien, nous, on va se prononcer là-dessus, alors pour ne pas avoir à lancer ces débats-là, on met dans la
constitution le fait que l'animal, soit la dignité de l'animal ou la vie
animale, on parle même de la vie, de
la nature, est protégé. Et donc ça veut juste dire que, quand on interprète une
loi, elle se fait toujours selon la hiérarchie des normes, selon la norme
la plus grande, qui est celle de la constitution, et donc on doit tenir compte de ça quand on légifère puis quand on
interprète une loi. Petite paresse juridique, mais c'est une façon que
certains pays ont trouvée.
L'autre
façon, qui est celle de déréifier, donc, c'est de dire : L'animal n'est
plus une chose. Vous me demandez ce
que j'aurais voulu, le scénario qui aurait été idéal... mais pour lequel je
pense qu'on n'est pas prêts, notamment au niveau du Code civil.
Le Code civil,
il faut savoir que c'est extrêmement rigide. M.
le ministre Paradis l'a dit :
1804. Mme Suzanne Antoine, en
2005, c'est le garde des Sceaux, c'est le ministre de la Justice qui
l'avait mandatée de travailler sur le statut, et elle s'est heurtée à cette structure-là qui dit :
Tu es soit une personne ou un bien, puis, si tu es un bien, tu es un meuble ou
un immeuble. Et pourquoi?
Parce que le droit civil est fondé sur la propriété, et
donc c'est la propriété foncière qui est à l'origine, donc, de... ce sont les immeubles à l'origine de la
propriété, et donc, bien, tout ce qui n'est pas ça est meuble. Puis
l'animal, il faut qu'il...
Le Président (M. Morin) : Mme Lachance...
Mme Lachance (Martine) : Oui, rapidement.
Le Président (M. Morin) :
Oui. Le député de Berthier a d'autres questions.
Lachance (Martine) : Oui,
excusez-moi. Alors, juste pour revenir là-dessus, donc, ce que j'aurais voulu, moi, j'aurais voulu qu'il y ait les meubles, les
immeubles et les animaux, donc une catégorie complètement à part avec
son régime complètement à part. Ce
faisant, il aurait fallu qu'on revoie toute la propriété, parce que,
là, on n'aurait plus été
propriétaire, on aurait été, quoi, gardien, et là c'était ouvrir quelque chose pour lequel, je pense... que notre système n'est pas prêt à accepter à ce stade-ci.
Le Président (M. Morin) : M.
le député de Berthier.
Mme Lachance (Martine) : Je
m'excuse, hein? Quand vous me parlez d'animaux, moi, je suis partie.
Villeneuve : Merci.
Avant d'aller à d'autres points, je veux juste revenir sur... Vous avez abordé
l'abattage religieux tantôt, et je
vous cite, là, on vérifiera au verbatim, mais ça ressemblait pas mal à ça, vous avez dit : Encadrer un petit peu mieux, vous parlez d'encadrer un peu...
ce serait mieux encadré dans le projet de loi qu'on a là. Vous avez une proposition à faire à la commission
concernant un meilleur encadrement par rapport à l'abattage religieux ou si,
selon vous, ce que nous avons actuellement comme projet de loi va faire le
travail?
Lachance (Martine) : Moi, je pense que ce qu'on a actuellement fait le
travail dans le champ de compétence que
vous avez au niveau de la province. Je pense effectivement que les conditions
d'abattage sont... En fait, je pense qu'on vient d'avoir le mieux qu'on peut avoir à la province ici, à dire sans
douleur, sans anxiété. Malheureusement, où ça va jouer...
Villeneuve : Juste, M. le Président, parce que je veux vous...
Tantôt, vous disiez que, dans le cadre des compétences qui sont celles du Québec, tout va bien, on est capable de
faire ce qu'il faut, mais là vous venez de faire une nuance en disant : Bien là, selon les
compétences du Québec, parce que, là, ce serait fédéral. Je voulais juste que
vous puissiez nous ramener un petit peu votre pensée là-dessus.
Mme Lachance (Martine) :
Pour ramener, je pense qu'actuellement, ce qu'il y a là, O.K., on pourrait
aller plus loin puis dire : On
interdit tout abattage religieux sans insensibilisation. Ça, on pourrait le
faire au Québec, je n'ai aucun problème
avec ça, ça pourrait être une recommandation qui pourrait être faite. Je l'ai
indiqué dans mon mémoire, je me suis gardé une petite gêne parce que je
ne voulais pas partir... C'est un sujet...
Bon, maintenant, un
coup que ça, ça va être fait, vous devez être conscients que vous allez avoir
tout de suite l'opposition et qu'on va invoquer la charte, la liberté de
religion. Je suis en train de travailler là-dessus, je vous en reparlerai dans plusieurs mois, mais je peux juste
vous dire qu'actuellement, au point de vue de la province, oui, on peut l'interdire formellement. Maintenant, il va y
avoir... bien je crains une contestation, et ça va se jouer sur la charte, qui...
ça ne se joue pas dans ce forum-ci.
M. Villeneuve :
Bien, écoutez...
M. Paradis (Brome-Missisquoi) : ...je peux-tu vous demander juste... J'ajouterais
à votre argumentaire dans le même sens.
M. Villeneuve :
Vous me le rembourserez au centuple. Allez-y, monsieur...
M. Paradis (Brome-Missisquoi) : Oui, ça va. Quand vous dites ça, moi, je suis à
l'écoute, là, mais l'Ontario, le Manitoba et la Colombie-Britannique,
d'où on s'est inspirés, est-ce qu'ils l'interdisent?
Mme Lachance
(Martine) : À ma connaissance, il n'est pas interdit nulle part au
Canada. Et là où il y a une différence avec
toutes les provinces que vous me mentionnez, c'est que vous parlez de common
law; nous, on est dans un système, ici, de droit civil. Donc, il y a
quand même certaines distinctions à faire.
Mais,
à ma connaissance, ça n'a pas été fait dans une province et territoire
canadien. Par contre, ça a été fait dans plusieurs pays européens, où il
y a une interdiction formelle de ne pas abattre sans insensibilisation. J'ai
une liste, je pourrai la faire suivre.
M. Villeneuve :
Oui, j'aimerais ça. J'aimerais ça, oui.
Lachance (Martine) : De toute façon, je vais sûrement modifier mon
rapport, et je vous mettrai la liste.
M. Villeneuve :
Oui, tout à fait, tout à fait.
Lachance (Martine) : Il y a
trois types. Il y a la situation qui dit : On le laisse comme c'est là, O.K., on
fait une exemption puis on dit : Bien,
la loi exige l'insensibilisation, sauf quand c'est religieux. Ensuite, il y a
ceux qui disent : Non, on
demande une insensibilisation très rapide, en dedans de tant de temps, si la
mort ne vient pas, ou alors le plus sévère,
qui dit : Aucun abattage sans insensibilisation. Moi, ce que je voudrais,
c'est qu'il n'y ait aucun abattage au Québec sans
insensibilisation. Ça se fait dans plusieurs pays, je vous en donnerai la
liste.
Villeneuve : Bien,
écoutez, on prend bonne note de ce que vous venez de nous dire. Puis, oui, des
oppositions, c'est toute la beauté de
la chose en démocratie, les oppositions, c'est correct et puis ça permet le
débat, alors qui... Ça prend un débat, finalement. Et en tout
cas, bref, on prend bonne note de ce que vous nous dites.
Puis
vous disiez aussi que la charte pourrait être contestée à cet égard, mais, bon...
Vous êtes avocate de formation, oui ou non?
Mme Lachance
(Martine) : J'ai fait le Barreau et la Chambre des notaires.
M. Villeneuve :
Bon, parfait. Alors...
Mme Lachance
(Martine) : J'ai les défauts et qualités des deux professions.
M. Villeneuve :
Oui, c'est ça. Il faut juste voir si la charte tiendrait le coup ou non.
J'ai encore un peu de
temps, M. le Président?
Le Président (M.
Morin) : Oui. Tout à l'heure, j'ai arrêté le temps.
M. Villeneuve :
Oui? Ah! c'est gentil, ça. Vous avez coupé sur M. le ministre, d'accord.
Le Président (M.
Morin) : Allez-y.
Villeneuve : Je veux
juste vous amener... Il y a une recommandation où vous parlez de l'article 63, paragraphe 4°, et vous dites qu'il est préférable d'indiquer que le gouvernement doit appliquer... — pas
vous, là, mais c'est écrit dans... — préférable d'indiquer que le gouvernement
doit appliquer cet
article plutôt que... Et là je veux juste retourner à l'endroit exact, là. En fait, c'est
«rendre obligatoire, pour toutes les personnes qu'il détermine, l'application
de dispositions de codes de pratique publiés par le Conseil national pour les
soins aux animaux».
Ne pensez-vous pas qu'on pourrait
l'élargir, pas seulement, justement... L'application de dispositions de codes
de pratique publiés par le Conseil national
pour le soin des animaux d'élevage, ça pourrait être pour d'autres... le Conseil
canadien de protection des animaux élabore aussi d'autres codes, notamment sur
la recherche et l'enseignement. Ne pensez-vous pas qu'on pourrait inclure aussi
la recherche et l'enseignement dans le projet de loi?
Lachance (Martine) : Oui. D'ailleurs, quand je regardais les groupes,
je trouvais qu'il y avait peu de gens qui
avaient réagi en matière, donc, de recherche. Puis, quand je parle à mes
étudiants puis on les questionne un peu sur la recherche, c'est drôle, ils n'ont pas d'opinion. Puis là je leur
dis : Mais comment se fait-il que vous n'avez pas d'opinion?, puis c'est clair, c'est parce qu'on n'en parle
pas. Alors, tout est gouverné par des protocoles de recherche. Puis, comment
dire, ce qui permet de jouer sur ces gens-là, souvent, ça va être le
financement, O.K.?
Maintenant,
oui, les codes de pratique, il y a les mêmes choses dans les codes de pratique
dans la recherche puis dans
l'élevage. Comme on parlait du conseil national, moi, j'ai pensé tout de suite
aux animaux d'élevage parce que, ces codes de pratique là, je me tue à
dire que ce sont des normes volontaires. Alors, à part d'avoir l'opprobre des
gens du milieu, là, qui disent, bien, je ne
sais pas, moi : Les porcs d'Untel sont maltraités, ou ci, ou ça, on arrive
toujours à écouler nos produits puis... Bon. Alors, ce n'est que
l'opprobre d'un milieu fermé.
les tribunaux ont déjà dit que la norme qui est la meilleure, en élevage, c'est
la norme qui est déterminée par le
milieu. Ça, moi, ça, m'effraie, ça m'inquiète parce que, je me dis, plus on va
vers de grandes exploitations plutôt que des petites fermes, plus la norme risque de se durcir pour répondre à
des critères d'efficacité puis de rentabilité. Alors, si c'est le milieu
lui-même qui s'autoréglemente, ça risque... on perd le contrôle.
quand un éleveur... Parce que, quand on regarde ces codes-là, personne n'est
contre la vertu, c'est merveilleux. Par
contre, on est surpris de trouver, entre autres, qu'il ne faut pas donner un
coup de pied à un porc, c'est écrit dans un code de pratique. Moi, je me demande comment ça se fait qu'on doit être
obligé de le dire, qu'on ne donne pas un coup de pied à un porc, mais
c'est écrit dans les... Bon.
Alors, tout ça pour
dire que, si on peut les rendre obligatoires par un règlement, ça, pour moi,
c'est une nette avancée, parce que, là,
vraiment, s'il y a des dérapages, on est capable de dire : Tel secteur, il
y a un dérapage. Par règlement, on
rend ces codes-là obligatoires, et là on est capable de dire : Non, non,
il va y avoir des sanctions, vous devez faire attention.
Président (M. Morin) : Mme Lachance, là, j'ai été chercher
le temps du ministre qu'il n'a pas pris tantôt et je suis rendu à la
députée de Mirabel.
D'Amours : Pour combien de temps, M. le Président?
Le Président (M.
Morin) : Vous avez 6 min 30 s.
Mme D'Amours : Ah! quand même. Bonjour, madame. Tout à l'heure,
vous avez parlé des calèches, des chevaux qui subissaient un stress,
qu'il y avait de l'émanation puis que... Bon. Qu'est-ce que vous pensez des
chiens pour les non-voyants, là, des chiens
qui sont obligés de marcher sur la rue, sur la rue Sainte-Catherine à Montréal,
avec de l'émanation, du stress, mais que c'est un outil pour le
non-voyant?
Lachance (Martine) : O.K. L'animal qui est un animal de support ou en
matière de... donc pour les handicapés, cet animal-là, premièrement, il ne passera pas 12 heures de sa vie
en plein milieu de la rue, l'animal qui est instrumenté — oui,
c'est un outil qui est instrumenté pour servir à ces gens-là — je ne pense pas, va avoir plus d'émanations
ou moins que moi, si vous allez vous promener à la même heure que moi sur la
rue, que ce chien-là. O.K.?
Alors,
le problème n'est pas le fait d'y aller à l'occasion; le fait, c'est que ces
animaux-là, on le sait, sont là des journées entières. Ils partent de
leurs écuries, ils sont là plusieurs heures d'affilée. Alors, ce n'est pas
juste de façon ponctuelle, où on a des
choses à faire puis on repart. Ils sont là, ils sont confinés à tous les jours
de leur vie à marcher sur du bitume qui dégage une chaleur, un animal...
Normalement, c'est dans un champ, ce n'est pas fait pour marcher sur l'asphalte. À l'époque, mon père me disait :
Oui, mais, les chevaux, on les utilisait dans les fermes. Oui, mais ils étaient
sur des chemins de terre, ils étaient dans
des champs, ils n'étaient pas sur un asphalte à 40° qui dégage de la chaleur
avec plein de voitures alentour qui
klaxonnent. Alors, pour moi, c'est cet environnement-là. Et, quand on parle
d'impératifs biologiques, ça, pour moi, cette utilisation-là ne respecte
pas leurs impératifs biologiques.
D'Amours : D'accord. Qu'est-ce que le premier
article du projet
de loi n° 54 changera pour la population,
dans votre mémoire, pour les animaux en général et leur protection?
Mme Lachance
(Martine) : Le fait de les définir?
Mme Lachance
(Martine) : Bien, je pense que le fait de reconnaître, que le droit
reconnaisse... Le droit est toujours en retard sur la société. Demandez à à peu près n'importe qui, leur animal de compagnie,
si c'est une chose, si c'est comme
ça, ils vont tous vous dire que non, O.K.? Et ce que ça va changer, je pense
que ça va permettre d'abord une meilleure
protection, et je pourrais même aller... Et ça, je n'en ai pas parlé dans le
mémoire, j'aurais pu l'ajouter aussi. Pour
M. et Mme Tout-le-monde dont l'animal est blessé, est agressé, et soit qu'il a
des... bon, disons qu'il meure de ses blessures,
on ne peut pas demander ce qu'on appelle le solatium doloris, on ne peut pas
demander une perte pour la douleur, ce qu'on peut faire quand un être humain
disparaît. Alors, quelqu'un vous agresse, il vous arrive quelque chose, je peux
me tourner vers l'agresseur puis dire, oui,
bon, outre le fait que vous avez fait un acte criminel ou une infraction,
mais : Vous m'avez enlevé
quelqu'un que j'aimais, j'ai de la peine, et ça, ça se monnaie, j'ai vraiment
de la peine. Et on ne l'aura pas pour un bien, on ne l'a jamais eu pour
un bien, et l'animal est un bien jusqu'à maintenant.
Alors, c'est sûr que
ça va avoir une influence sur la pratique vétérinaire, entre autres, parce que
les médecins vétérinaires vont vraisemblablement
devoir augmenter leurs assurances, parce qu'on va pouvoir dire, en cas de
mauvaise intervention ou d'une
intervention qui tourne mal et qu'on peut démontrer que le vétérinaire a commis
un acte qui n'était pas
déontologiquement ou qui n'était pas médicalement correct, on va pouvoir lui
dire : Tu es responsable, tu es responsable, et il faut que tu me compenses pour la perte de
mon animal. Ça, c'est M. et Mme Tout-le-monde qui va pouvoir en bénéficier.
bail du logement, le fait de dire que c'est un animal sensible, on ne peut pas
dire : Je déménage, mon divan ne
rentre pas, bien là... mon animal ne rentre pas. Alors, ça va donner, je pense,
l'image que... Il y a un lien d'affection qui se tient avec un animal
qu'on n'a pas pour un bien, une chose.
D'Amours : Est-ce que je me trompe ou cela signifie aussi que, dès que
l'intégrité physique d'un animal... qu'elle serait affectée, il y aurait une
poursuite en vertu du Code civil, ça serait possible? Moi, je pense toujours,
là, que, tu sais, ça signifie que, si un chasseur tue un cerf, il
pourrait être poursuivi?
Lachance (Martine) : Dans l'état actuel des choses, je vais
malheureusement vous dire que non, il ne sera pas poursuivi, tout
simplement parce que les animaux de la faune ont droit à la protection de leur
espèce et de leur environnement et non pas à
la protection individuelle. Alors, c'est ce qui arrive avec tous les chats
errants. Donc, on peut impunément assassiner quand ils nous dérangent
parce qu'ils ne sont pas couverts par le Code criminel.
Et ça, c'est une particularité de notre droit
civil. En common law, vous parlez à des gens, ils vont vous dire que ça
n'existe pas, ça. C'est ce qu'on appelle les res nullius, les biens sans
maître. Ça n'existe pas, ça. Malheureusement, en 1994, quand on fait la réforme
du code, on a décidé qu'il y avait des biens sans maître, alors qu'avant, sous
l'ancien code, tous les biens qui étaient sans maître étaient la propriété du
souverain, donc ils avaient un propriétaire, ils étaient appropriés.
Aujourd'hui, lors de la réforme, on a enlevé
cette mention-là, qui fait que les animaux qui n'ont pas de maître. Même s'ils
sont susceptibles d'appropriation, ils ne sont pas protégés. Et c'est le
cas des animaux de la faune et de tous les chats errants qui sont partout dans
nos environnements urbains, et ça, pour moi, c'est une grande lacune, de ne pas
protéger ces animaux-là.
D'Amours : Vous avez mentionné il y a quelques minutes que vous aviez
oublié de mettre un commentaire dans votre... Est-ce que vous en avez
d'autres que vous auriez oubliés, auxquels on pourrait bénéficier?
Lachance (Martine) : Il y a des choix. Il y a des choix, des fois, des
tactiques, hein? Il y a des choix qu'on fait, bien sûr.
D'Amours : Oui, allez-y. Je vous donne le choix de...
Mme Lachance
(Martine) : Vous me donnez la chance?
Une voix :
...Mme Lachance.
Lachance (Martine) : C'est bien. Non, honnêtement non. J'y pense comme
ça, là, qu'est-ce que j'aurais pu
mettre. Sincèrement, là, ce que j'ai vraiment fait de choix, c'est l'abattage
rituel. L'autre élément, là, ce qu'on appelle le solatium doloris, était quelque chose que je trouvais, bon, un peu
moins important... pas moins important, mais je veux tellement qu'elle passe, cette loi-là, je veux tellement
qu'elle passe pour les bonnes raisons, je ne voulais pas qu'on vienne caricaturer en disant : Bien là, je vais
poursuivre parce que j'ai perdu mon chien puis... Vous comprenez? Pour moi,
c'était un plus, mais ce n'était pas un élément essentiel.
Mais
si jamais, par contre... J'ai demandé avant si je pouvais amender mon rapport
après ma présentation. Si c'est le cas, vous pouvez être certains que je
vais penser... Tout ce qu'on pourra faire dans ce forum-ci, je vais l'intégrer.
Le Président (M.
Morin) : C'est bien?
D'Amours : C'est bien.
Président (M. Morin) : Merci beaucoup, Mme Lachance, du
Groupe de recherche international en droit animal.
Donc, je cesse les
travaux pour reprendre en recevant l'Ordre des médecins vétérinaires du Québec.
Merci.
(Suspension de la séance à
14 h 55)
Le Président (M. Morin) :
Nous reprenons nos travaux. Comme je l'ai mentionné tout à l'heure, nous
recevons l'Ordre des médecins vétérinaires du Québec. Donc, messieurs, si vous
voulez bien vous présenter. Et vous rappeler que vous avez 10 minutes pour
votre présentation.
Bergeron (Joël) : Très bien, merci
beaucoup. M. le Président de la commission, M. le
ministre, MM. et Mmes les députés, au nom de l'Ordre des médecins
vétérinaires, nous vous remercions de cette invitation, de nous offrir
l'occasion de venir nous exprimer sur
le projet de loi n° 54, la Loi visant l'amélioration de la situation
juridique de l'animal, un projet de loi qui est majeur.
Nous pouvons certainement saluer l'initiative du
gouvernement et le courage du ministre d'avoir déposé cet ambitieux projet de loi. C'est un geste qui est
concret, c'est un geste qui est fort, qui témoigne définitivement de la volonté
de notre société, d'un choix de société vers
où on veut progresser, vers où on veut aller dans le domaine du bien-être
animal.
C'est un
projet qui, bien entendu, touche directement la profession vétérinaire. Comme
vous le savez, le mandat d'un ordre,
dont l'Ordre des médecins vétérinaires, c'est la protection du public, mais
l'Ordre des médecins vétérinaires choisit
d'assumer ce mandat-là dans sa mission en parlant surtout de l'amélioration de
la santé et du bien-être animal. En
fait, améliorer la santé et le bien-être animal, c'est le point commun qui
rejoint tous les médecins vétérinaires. C'est d'abord ce qui nous dirige et ce qui nous attire, plutôt, je devrais
dire, même, vers la profession. Pour un médecin vétérinaire, un animal, ce n'est pas un bien, c'est un être qui
est sensible, c'est un être qui est doué de cette capacité-là de ressentir
la douleur et autres souffrances, alors d'autant plus que le projet de loi nous
rejoint, et la profession vétérinaire et l'Ordre des médecins vétérinaires ont
défendu ce fait depuis plus de 125 ans.
L'Ordre des
médecins vétérinaires a le privilège, a la chance de siéger sur de nombreux
comités qui touchent au bien-être
animal. Qu'on pense au groupe de travail qui avait été présidé par
M. Kelley, député de Jacques-Cartier, sur la sécurité et le bien-être des animaux de compagnie,
la stratégie québécoise, ANIMA‑Québec, ce sont tous des endroits où l'ordre a l'occasion de signifier sa présence
comme chef de file en matière de santé et de bien-être animal. Au cours des
dernières années, l'ordre a pu s'exprimer à
au moins une vingtaine de reprises, sinon plus, en émettant des positions sur
le bien-être animal, des mémoires comme
celui-ci, des communiqués, bien entendu, et en intervenant en développant des
normes de pratique, tout récemment des
normes de pratique sur la médecine de refuge, des normes de pratique en
clinique vétérinaire de stérilisation
ciblée, donc tout ce qui sont des volets qui touchent le bien-être animal. Bien
entendu, on touche également aux chirurgies esthétiques et aux usines à
chiots dans nos interventions.
On souhaitait depuis longtemps la reconnaissance
de la nature sensible de l'animal. C'est déjà émis dans des mémoires précédents, dans une position qu'on a
d'ailleurs adoptée l'année dernière. On veut qu'il y ait des changements,
bien entendu, au sein même de la
reconnaissance de l'animal, mais surtout et avant tout auprès de nos
concitoyens. Ça nécessite des changements au sein de la société.
Le bien-être
animal est intimement lié à la santé physique et à la santé mentale des
animaux. La formation et les compétences
que développent les médecins vétérinaires leur permettent de répondre aux exigences
des propriétaires, des éleveurs et
aussi aux préoccupations de la population et du gouvernement. Par la multitude
de secteurs où le vétérinaire peut
intervenir, il est souvent au premier plan, c'est le premier témoin des
situations qui peuvent être préoccupantes, et d'ailleurs à ce titre,
depuis 1993, dans notre code de déontologie, il y a un
article précis qui
demande et qui donne le devoir au médecin vétérinaire de rapporter les cas de
mauvais traitement. Le médecin vétérinaire est placé... Par cette capacité-là qu'il a d'évaluer et la santé et le
bien-être de l'animal, il est placé à l'interface même du lien humain et animal,
et on en fait état dans le mémoire, où il y
a des préoccupations qui nous rejoignent quand on parle du lien entre les mauvais
traitements aux animaux et, malheureusement, les mauvais traitements qui sont
faits aux humains
producteurs, d'ailleurs, même aussi le reconnaissent. Il y a eu des changements
énormes au sein de la profession, c'est
un fait, ils reconnaissent le travail de prévention incroyable que peut faire
le médecin vétérinaire. J'en parlais d'ailleurs directement avec M. Groleau, président de l'UPA, la semaine dernière,
puis ce qu'on réalise, c'est que le médecin n'est plus là pour intervenir, pour guérir, il n'est
plus appelé pour éteindre des feux, comme on dit, mais il est d'abord là et
avant tout pour conseiller, concerter et collaborer avec les
producteurs.
Le projet de
loi soulève de grandes interrogations, nous en faisons part... nous en faisons
état, pardon, dans notre mémoire. Je
le répète, le projet de loi est très bien rédigé, il est courageux, c'est
important, on a un mouvement important à
faire au sein de notre société, et c'est ce que ça nous apporte, mais on
considère qu'il y a quand même des ajustements ou des assouplissements qui doivent être faits, vous l'avez mentionné un
peu plus tôt, M. le ministre. La déclaration de la situation juridique,
c'est le point d'ancrage clair de l'ensemble du projet de loi. Par contre, il
doit y avoir des balises, il doit y avoir
des encadrements qui vont être donnés. L'émotivité, la subjectivité ne peuvent
pas avoir leur place dans un secteur qui est si, justement, émotif à la
base.
Bien entendu, on salue et on reconnaît le besoin
de l'immunité juridique. On l'avait déjà demandé, on est très heureux qu'elle soit présentée dans le mémoire...
dans le projet de loi, pardon. C'est un élément essentiel pour les médecins
vétérinaires. De plus en plus de médecins
vétérinaires rapportent des cas, parce qu'ils ont un devoir déontologique, mais
je ne vous cacherai pas que souvent ils sont
mal pris et ils vont consulter auprès du bureau de l'ordre, particulièrement
auprès du bureau du syndic, pour bien savoir de quelle façon ils doivent
monter leurs dossiers, de quelle façon ils doivent intervenir, parce qu'ils brisent leur secret professionnel, et c'est
extrêmement précieux, le secret professionnel. Donc, c'est des choses
pour lesquelles nous, on est satisfaits qu'il y ait cette immunité-là.
Par contre,
dans la suite de l'immunité, lorsqu'on arrive avec des dispositions pénales
pour un médecin vétérinaire qui
pourrait être en infraction notamment de l'article 14, pour nous, c'est un
dédoublement. Il y a un risque marqué de nuire davantage et de ne pas aller
rejoindre les objectifs, comme le disait Me Lachance précédemment, les
objectifs qui sont d'améliorer le
sort de nos animaux. On fait porter un lourd fardeau aux médecins vétérinaires,
il y a un dédoublement de justice.
Ils ont déjà la justice disciplinaire, on y ajouterait une justice pénale.
Cette situation-là de pénalité au sein des médecins
vétérinaires n'existe nulle part ailleurs dans la situation vétérinaire au
Canada. Donc, les autres médecins vétérinaires
qui ont le devoir, entre autres en Ontario et au Manitoba, de rapporter ces
cas-là ne sont pas soumis à cette épée de Damoclès qui leur pend
au-dessus de la tête d'un double fardeau.
Et je ne vous cacherai pas qu'au-delà de ce fardeau-là il y a toute la question de l'importance de la relation, ce que nous, on appelle relation
client-vétérinaire-patient. C'est une relation de confiance qui est
primordiale. Si on risque d'instaurer
un climat de suspicion, je n'oserais pas dire un système de dénonciation, mais
un climat qui fait en sorte que ce lien
de confiance là est rompu ou risque d'être rompu entre le propriétaire de
l'animal, l'éleveur ou autres et le médecin vétérinaire, qui est la meilleure personne pour faire l'analyse complète
et l'évaluation de l'état de l'animal, on ne se rendra pas service
dans l'objectif qu'on veut atteindre.
Finalement, les points majeurs — puis
vous allez les retrouver également au sein du mémoire — touchent
l'article 63, où il
y a plusieurs dispositions réglementaires qui sont apportées. Et, dans l'ensemble,
les principales dispositions nous
conviennent, bien entendu, mais on remarque que plusieurs de celles-ci peuvent
avoir un impact sur la
Loi sur les médecins
vétérinaires, certains des règlements qui en découlent et certaines normes également,
et nous considérons que ces articles-là,
ces paragraphes-là pourraient être révisés afin de tenir compte
de la législation qui existe déjà, particulièrement en ce qui touche les médecins
vétérinaires. Je vous en fais, là, rapidement état, de quelques-uns.
Donc, le quatrième alinéa, où on parle des conditions auxquelles doit être
assujetti l'exercice d'une activité qui implique un animal, il y a déjà des
lois et des règlements qui en tiennent
compte, il faut y penser. Au cinquième alinéa, on parle de situations
qui touchent beaucoup le comportement de l'animal; il faudra s'assurer
qu'on ne peut pas non plus risquer de mettre en péril la santé et les soins. Et, bien entendu, les euthanasies,
nous ne pouvons pas... Les euthanasies touchent d'abord et avant tout les
médecins vétérinaires. Le cabinet d'euthanasie est certainement un sujet qui
est délicat, il devrait être soumis à des protocoles
bien clairs, bien précis. Nous devons exiger la tenue d'un registre des
euthanasies, des registres aussi des produits qui sont injectés par les médecins vétérinaires. Ces produits-là sont extrêmement dangereux, c'est des produits qui sont contrôlés par la loi; on ne peut pas risquer qu'ils se retrouvent en
circulation libre et mettent en danger trop de personnes.
Si vous me permettez peut-être une brève
intervention...
Le Président (M. Morin) : Il
reste 18 secondes.
M. Bergeron (Joël) :
18 secondes.
M. Paradis
(Brome-Missisquoi) : ...avec l'opposition officielle et la deuxième opposition, est-ce qu'il y aurait... Au lieu de 18 secondes, parce que ça ne permet
pas grand-chose, là.
Le Président (M. Morin) :
Bon, bien, regardez, il est en discussion. Allez-y, là.
M. Gagné
(Jean-Paul) : Écoutez,
je vais prendre la parole. Je suis Jean-Paul Gagné, je suis un membre nommé
de l'Ordre des médecins vétérinaires. Vous
savez qu'à l'Office des professions on nomme des membres nommés, des représentants
du public. Alors, j'en suis un. Et on m'a demandé ici aujourd'hui d'accompagner
le...
Le Président (M. Morin) : ...pas
comme vétérinaire.
M. Gagné
(Jean-Paul) : Non, je ne
suis pas ici comme vétérinaire, puis donc je ne peux pas me prononcer sur la
médecine vétérinaire et je n'ai pas non plus ce privilège ni cette connaissance en la matière. Je suis ici quand
même pour témoigner de ce que fait en
gros l'Ordre des médecins vétérinaires concernant le bien-être
animal, concernant le souci, les préoccupations des membres de l'ordre.
Alors, je suis au conseil depuis 2011. J'ai vu
l'ordre, donc, à l'oeuvre. J'ai vu l'ordre qui a passé plusieurs politiques
à l'interne, des déclarations, des interventions publiques aussi, toujours
en lien avec la protection du public et le bien-être animal. Alors, c'est
l'évidence même, bien entendu, que le Québec doit redresser la situation actuelle et
démontrer sa volonté de renforcer la
protection et le bien-être des animaux de façon concrète. Toutefois,
l'amélioration de la protection des animaux, de sa situation juridique et du bien-être animal, ne peut être
portée exclusivement par les médecins vétérinaires.
Alors, on a fait allusion tout à l'heure aux
assouplissements qui sont suggérés, qui sont nécessaires afin de permettre d'assurer pleinement les devoirs et les responsabilités des vétérinaires envers les animaux et envers la société. On
ne peut pas distinguer, là, ici, la protection des animaux et la protection de
la santé publique parce que, bien entendu, on est tous ici probablement des consommateurs de produits qui viennent des
animaux, que ce soient des breuvages, que ce soit de la viande. Alors, les deux sont intimement liés.
Et, comme un certain vétérinaire me disait, la profession vétérinaire s'occupe
de la fourche à la fourchette. Donc, c'est quelque chose qui embrasse très,
très large, et c'est très important.
À la lecture
du projet de loi, nous constatons la ferme volonté du gouvernement de changer les choses. Il nous est
toutefois apparu que certaines dispositions, si elles étaient maintenues,
autoriseraient des gens qui ne possèdent pas les connaissances et les
compétences requises à poser des actes ou à prendre des décisions ayant des
répercussions majeures parfois et souvent irréversibles sur les animaux et sur
leurs propriétaires. Nous avons également noté dans l'article 63, dont parlait tout à l'heure le Dr Bergeron, que
certains éléments de cet
article contreviennent déjà à certaines lois, et notamment à la
Loi sur les médecins
vétérinaires. Le projet de loi est de grande qualité, bien
entendu, mais cet
article devrait être retravaillé. Nous réitérons donc que
le gouvernement fasse preuve de prudence et nous lui demandons
de resserrer les contrôles comme l'Organisation mondiale de la santé animale le demande à tous les pays et évidemment à toutes les provinces. Nous ne pouvons permettre à n'importe qui de donner et d'administrer des substances et poser des actes professionnels
sur les animaux, la santé publique; la santé animale et la protection du public
s'en trouvent menacées.
Nous
espérons que le courage manifesté par le gouvernement dans ce projet de loi saura trouver écho dans les autres
projets de loi qui toucheront la santé des animaux et des
élevages au Québec. Nous sommes solidairement responsables de la réputation du Québec sur les marchés internationaux. Nous devons faire bonne figure et
être une société responsable, tant en
matière du bien-être animal qu'en matière de prévention des maladies et
d'épidémies de source animale. Certaines substances qui sont administrées aux animaux d'élevage qui sont par la
suite consommés par les humains doivent être contrôlées, permettre à tout un chacun d'inclure toutes les substances
possibles aux animaux d'élevage est irresponsable et dangereux. Nous comptons donc sur le gouvernement
pour protéger nos animaux, nos cheptels et la santé publique et nous
l'encourageons à faire preuve de courage afin de bien positionner le Québec en
ce domaine. Alors, merci beaucoup.
Président (M. Morin) : Oui, merci. Étant donné que le ministre
a le sens du partage après-midi, là, on a pris ça sur son temps, là.
Allez-y, M. le ministre.
M. Paradis
(Brome-Missisquoi) : Vous êtes sévère, M. le Président.
L'Ordre
des médecins vétérinaires, les vétérinaires, là, sont des acteurs privilégiés dans
ce secteur d'activité là. On ne
pourrait pas l'appliquer, la loi, si vous n'étiez pas là, moi, je tiens à ce
que ça soit clair. On a besoin d'un lien de confiance gouvernemental
ordre des professions comme tel, l'Ordre des médecins vétérinaires.
Moi,
j'ai retenu vos propos sur l'article 14, vous m'avez dit... Parce qu'on
vous donne beaucoup de responsabilités, mais on vous en demande beaucoup, tu sais, il y a de l'échange
là-dedans, puis on a besoin de vous autres, je vous le dis carrément.
Vous me dites :
L'article 14, on n'est pas d'accord parce que ça ne
se retrouve pas ailleurs, dans les autres juridictions,
c'est un fardeau que vous nous imposez que personne d'autre n'a imposé. Moi, je
vous l'ai dit au début, là, je ne
suis pas fermé à des modifications au projet de loi. Maintenant, on
m'indique — puis ça,
là-dessus, je souhaiterais que vous
nous reveniez, informellement ou formellement, là, ça sera déposé devant la
commission — vous me
dites... on a le même type d'article
au même but en Colombie-Britannique, articles 22.1 et 25.2 de la loi; en
Ontario, articles 11.3 et 19; au
Manitoba, articles 5.3 et 37.1(2). Donc, si mes informations sont
justes — puis je
suis toujours méfiant tant que je ne les
ai pas vérifiées puis que vous ne les avez pas vérifiées, etc. — et que, dans les autres sociétés
canadiennes, les vétérinaires ont ces obligations-là, est-ce que ça vous
réconforterait de les partager?
Le Président (M.
Morin) : Oui, M. Bergeron.
M. Bergeron
(Joël) : Mon intervention n'était pas à l'effet que dans les autres
provinces il n'y avait pas d'obligation de
rapporter les cas, au contraire. 2009‑2010, entre autres, Ontario et Manitoba
ont pris ce pas-là, qui avait déjà
été pris en 1993 par l'Ordre des médecins vétérinaires en déontologie. Donc,
l'ajout de l'obligation de dénoncer puis même le libellé plus large que ce que nous, on a dans notre code de
déontologie, c'est très bien. Cet ajout-là, il est, je vous dirais, parfait, on le maintient et on le veut. L'immunité
qui y est associée, elle est extrêmement importante pour les raisons que
je vous disais tantôt.
Ce qu'on souhaite qui
soit retiré, c'est les sanctions, les pénalités qui en découlent à
l'article 65 lorsqu'on fait référence à
l'article 14, justement. Et ces sanctions-là, ces sanctions pénales là,
moi, dans les vérifications que j'ai pu faire avec mes collègues des autres provinces, elles n'existent pas. C'est un
fardeau supplémentaire qui vient s'ajouter déjà au travail que les
médecins vétérinaires font, c'est cet aspect-là.
M. Paradis
(Brome-Missisquoi) : Je saisis la nuance, et on va faire les
vérifications.
M. Bergeron
(Joël) : Très bien.
M. Paradis (Brome-Missisquoi) : Si vous avez raison, on procédera aux ajustements
requis; si vous n'avez pas raison, on vous en informera. Puis on va
conserver l'échange parce que, je le répète, là, ça ne peut pas s'appliquer correctement, cette loi-là, si on n'a pas la
collaboration des vétérinaires, comme tel, et de l'ensemble de la population.
Et c'est une chaîne de collaboration qu'il
ne faut pas briser. Je pense que, si on l'obtient, on va avoir du succès; s'il
y a un maillon faible, on va avoir des problèmes.
Moi, ça va. C'était
ma question.
Le Président (M.
Morin) : Ça va? Est-ce qu'on a d'autres questionnements?
M. Chevarie :
Est-ce qu'il reste du temps?
Le Président (M.
Morin) : Oui. Un peu de temps, oui.
M. Chevarie :
Je vais prendre une question, M. le Président.
Le Président (M. Morin) :
Allez. Allez, M. le député des Îles-de-la-Madeleine.
Président (M. Morin) : Avant ça, M. Bergeron, j'aimerais
connaître votre collègue de gauche, là, pour les fins d'enregistrement.
M. Bergeron (Joël) : J'ai omis de
faire la présentation.
Le Président (M. Morin) :
Oui. Il n'est jamais trop tard pour bien faire.
Bergeron (Joël) :
Certainement. Donc, à ma gauche,
Dr Simon Verge, qui est administrateur élu à l'Ordre des médecins
vétérinaires et praticien dans le domaine des grands animaux.
Le Président (M. Morin) :
Merci.
M. Bergeron (Joël) : Si j'ai la possibilité,
je lui permettrai de faire son intervention.
Le Président (M. Morin) :
Oui, ça va. Donc, M. le député des Îles-de-la-Madeleine.
Chevarie : Merci. Vous avez mentionné, durant votre exposé, que le
projet de loi était bien rédigé et même courageux. Bon, on sait que la province, et plusieurs personnes l'ont
mentionné... la province n'obtient pas la note de passage lorsqu'il est question de notre relation avec les
animaux domestiques ou encore la protection de ces derniers. Et vous dites
que le gouvernement est courageux, puis je
suis tout à fait d'accord avec ça. Je pense que le ministre a réellement une
ferme volonté d'intervenir et de faire
cheminer la réglementation pour augmenter le niveau de protection de l'ensemble
des animaux domestiques. Mais ma question
m'amène à ceci : Vous mentionnez cet élément-là parce que vous pensez
qu'il va y avoir beaucoup d'objections, beaucoup d'opposition au projet de loi?
Le Président (M. Morin) :
M. Bergeron.
M. Bergeron (Joël) : Oui. Écoutez,
dans un premier temps, les changements qui sont suggérés sont majeurs, sont
majeurs. Parler du statut juridique de l'animal — et je ne suis pas
juriste, alors je ne m'avancerai pas longtemps là-dessus — c'est
important, puis les modifications du Code civil qui couvrent l'ensemble du
droit civil québécois, c'est majeur.
Alors, c'est sûr que beaucoup de personnes ont été interpellées. Plusieurs vont
être satisfaites. D'autres vont avoir des interrogations, on en a
souligné quelques-unes.
Puis
peut-être, à cet égard, pour compléter cette information-là, je céderais la
parole à mon collègue, Dr Verge, où il y a des situations qui... vous le disiez, là, ça touche tous les
animaux, les animaux domestiques, animaux sauvages, animaux d'élevage, et il y a des choses que mon collègue,
qui travaille dans les grands animaux, pourrait aussi, là, vous préciser, là.
Le Président (M. Morin) :
M. Verge.
M. Verge
(Simon) : Pour répondre plus
directement à votre question, au
niveau des animaux de compagnie il y a eu
beaucoup d'efforts législatifs qui ont été faits dans les
derniers mois, mais je pense qu'il est important de comprendre
qu'on a un contrôle maintenant
dans les animaux d'élevage sur l'identification
permanente qui se fait de la ferme jusqu'à la table du consommateur, finalement, ce qu'on n'a pas au niveau des
animaux de compagnie, et, à mon sens et à notre sens, je pense que ça deviendra
important que le gouvernement, par sa législation, pense à imposer une
identification obligatoire au niveau des
animaux de compagnie. Quand on parle de bien-être animal, il faut être capable
de retracer le propriétaire d'un
animal. Il ne se promène pas avec un portefeuille. Il faut penser qu'on puisse
imputer la propriété d'un animal puis rendre responsables les gens qui
l'ont abandonné ou être capable de faire du retraçage de cette façon-là.
Au niveau de
la vente, je pense que ce serait important éventuellement que les chiens, les
chats soient identifiés pour que le commerce en soit permis.
Au niveau des
animaux de la faune, bien, évidemment il faudra continuer d'y penser. On
écoutait tantôt qu'on se retrouve un
peu devant un vide législatif face à ça, puis je pense que ce serait un point à
combler par la commission actuelle.
Au niveau des
approvisionnements sur le Web, il faudra penser également à ça, c'est devenu
une façon d'écouler des animaux et de
les anoblir quand ils proviennent d'origines plutôt douteuses. Tant qu'on
n'aura pas d'identification permanente, encore une fois, on se retrouve
devant un problème.
Au niveau des
cahiers de charges dans l'élevage des animaux de production, on se retrouve
également des fois avec une adéquation entre le bien-être animal, finalement,
puis le cahier de charges d'une production. On pensera parfois notamment à des élevages de type
biologique qui à cause d'un cahier de charges ne peuvent pas, par exemple,
utiliser des antibiotiques et se retrouvent devant le mur de ne pas pouvoir
traiter un animal ou de devoir le réformer, alors
que, moyennant certaines provisions, il y aurait possiblement moyen qu'il y ait
une prescription vétérinaire qui soit établie pour un animal en
particulier puis s'assurer de son bien-être, finalement.
Ça fait que, je pense, ça fait un petit peu le
tour des points qu'on voulait rajouter sur ce dossier-là.
Le Président (M. Morin) :
Merci, M. Verge. Oui, M. le député des Îles.
Chevarie : Est-ce qu'il reste...
Le Président (M.
Morin) : Oui, vous avez amplement de temps, mon cher.
Chevarie : O.K. Il y a
un élément qui m'a étonné dans votre mémoire que vous avez présenté. À la
page 8, l'avant-dernier
paragraphe, vous mentionnez : «À l'instar de certains événements
en médecine humaine, est-ce que le fait
que les animaux ne sont pas des biens mais sont doués de sensibilité [ou] ont
des impératifs biologiques permettrait à
un médecin vétérinaire de demander une injonction lors d'un refus de traitement
pour ces patients?» Et ça m'étonne
pour la raison suivante, c'est parce que
dans le réseau de la santé, particulièrement au Québec, on a le droit au refus
de traitement. Alors, ce n'est pas
quelque chose qui est différent, et ça ne le serait pas au niveau d'un animal,
parce que le patient peut refuser un
traitement, que ce soit pour des traitements de chimiothérapie ou d'autres
sortes de traitements, qui de toute
façon, s'ils ne les ont pas, vont entraîner probablement une mort imminente,
mais le patient a le droit de refuser ces traitements-là. Alors,
j'aimerais entendre votre justification dans ce sens-là.
Le Président (M.
Morin) : Dr Bergeron.
M. Bergeron (Joël) : Oui. Effectivement, notre intervention faisait un lien avec des
situations où il y a des conditions qui se sont retrouvées devant les
tribunaux, où, par exemple, pour des croyances religieuses ou autres, des gens refusaient une transfusion sanguine et
mettaient en péril, par exemple, la santé de leurs enfants ou des choses comme
ça. Alors, en considérant le fait... le flou
actuel où l'animal n'est pas un bien mais n'est pas une personne, si ce flou-là
est présent, est-ce qu'il y aurait ce
pouvoir-là de dire : Bien, l'animal, je ne veux pas qu'il souffre? Il a
une nature sensible, j'ai ce qu'il faut pour pouvoir le sortir de son
état de détresse. À qui je peux m'adresser? Actuellement, bien entendu, l'animal étant un bien, la décision revient au
client, et on comprend que globalement elle continuera à lui revenir, mais
il y a cette situation-là où l'animal,
actuellement, dans l'affirmation du Code civil, se retrouve, pour nous, dans un
certain flou. C'est dans ce sens-là qu'on faisait l'intervention.
Le Président (M.
Morin) : Ça va?
Le Président (M.
Morin) : Merci beaucoup. M. le député de Berthier.
M. Villeneuve :
Merci, M. le Président. Écoutez...
Le Président (M.
Morin) : Vous avez 10 min 30 s.
Villeneuve : Bien, écoutez, dans la même ligne, hein, vous le
dites, vous le reprenez, je reprends vos paroles dans le mémoire, là : «Les animaux ne seraient plus des biens, mais
ils ne deviennent pas des personnes au sens de la loi. L'animal se voit accorder un statut particulier,
tout en étant régi par des dispositions du Code civil applicables aux biens.»
Et tantôt on a parlé avec la personne avant
vous, Mme Lachance, et, bon, je pense que ça a été tout un débat, là. Ça
va être quoi, son statut? Puis là, à
force de discuter avec vous et avec la personne avant vous, on se rend compte
que ça va apporter... il y a beaucoup
d'inconnues dans l'avenir pour la suite des choses, c'est un peu ce que... Et
vous parlez, vous... Vous parlez même de répercussions des
interprétations des flous, vous venez de le dire, un flou à ce niveau-là.
fait quoi pour la suite? Parce que, là, projetons-nous dans l'avenir, disons
que le projet de loi est adopté et que c'est
ce libellé-là qu'on retient pour l'article 1. On fait quoi pour prévenir,
pour prévoir? Parce qu'on le sait, qu'il va y avoir plein de questions, plein de situations qui vont
se présenter et on n'aura pas nécessairement prévu cela. Est-ce que vous
proposez quelque chose pour justement s'assurer que ça se passe bien, ça va
bien se passer? Comment on procède?
Le Président (M.
Morin) : Dr Bergeron.
M. Bergeron (Joël) : C'est ce qu'on souhaite, que ça se passe bien, définitivement. Dans le
mémoire, on amène certaines
situations qui sont ressorties au fil des discussions qu'on a eues quand on
préparait tout ça, et puis l'essence même d'un changement aussi majeur
va se trouver dans la collaboration et dans les échanges. On parlait tantôt de
lien de confiance, M. le ministre l'a bien...
Si le lien de confiance est là en intégrant dans le processus de ce qui va
venir... Parce qu'il va y avoir lieu
de tenir des échanges, des discussions, il faut que les principaux partenaires
soient consultés, soient pris en
compte. Alors, qu'il y ait des groupes de travail qui soient mis en place,
qu'il y ait des... ou autres formes de comité, c'est ce qu'on souhaite.
travail qui a été fait, le... je vais plutôt dire la première étape qui a été
franchie en déposant ça laisse maintenant la porte ouverte à un éventail
d'opportunités, mais ces opportunités-là vont demeurer des opportunités
positives dans la mesure où on va tendre
vers notre objectif commun. Alors, cette concertation-là, cette
collaboration-là, il faut que le gouvernement
choisisse de faire appel aux gens qui sont sur le terrain, que ce soient les
professionnels, que ce soient les producteurs,
que ce soient les gens qui travaillent dans les refuges, c'est eux qui ont les
deux pieds dedans, pour savoir vraiment qu'est-ce qui se passe avec nos
animaux.
Président (M. Morin) : Oui, M. Verge.
Verge (Simon) : J'oserais dire que, les productions animales,
maintenant, le bien-être animal, c'est un consensus multidisciplinaire qui doit se faire au niveau du
bien-être. On travaille beaucoup, comme vétérinaires, avec des collaborateurs
de toutes professions, de toutes formations,
puis le souci doit être commun, et l'information doit circuler, puis on doit
arriver à monter des protocoles qui soient adéquats en vertu du bien-être
animal.
Villeneuve : ...je ne sais pas si vous avez regardé aussi
l'aspect assurances. Tu sais, tantôt vous disiez, bon : Il y a aussi le refus. Le patient, ce n'est pas
lui qui va refuser, mais le propriétaire va refuser le traitement. Mais avez-vous
pensé aussi au niveau assurances?
vous donne un exemple. Moi, j'ai un poney et j'ai un cheval, je m'en confesse.
Ça me coûte 30 $ par année, les
assurer, chez moi. Est-ce que ça pourrait avoir une incidence sur les
assurances? Parce que, là, on tombe dans un... Vous le dites vous-mêmes, il y a un flou, là, et donc il faut prévoir,
dans la mesure du possible, les différentes possibilités où les choses
vont bouger peut-être, là.
M. Bergeron
(Joël) : Pour préciser, vous parlez des assurances pour couvrir les
soins aux animaux?
M. Villeneuve :
Assurance responsabilité, assurance... Bien, assurance responsabilité entre
autres, là.
M. Bergeron (Joël) : Actuellement, de toute façon, comme professionnels, pour les vétérinaires — et,
j'oserais penser, pour l'ensemble
du système professionnel — chacun
est tenu de détenir une assurance responsabilité professionnelle.
M. Villeneuve :
Oui, tout à fait.
M. Bergeron (Joël) : Et c'est bien sûr
que, pour les raisons qu'on disait tantôt, l'émotivité, la valeur intrinsèque que l'animal peut prendre maintenant,
on ne s'en cachera pas, ça va influencer le coût des assurances responsabilité des médecins vétérinaires, c'est clair. Et donc ça, oui, on y a
songé, on y a pensé.
Pour revenir à la question
du refus des soins tantôt, oui, on pourrait souhaiter, petite parenthèse du
mémoire d'aujourd'hui, souhaiter que les
gens puissent avoir accès à de l'assurance pour les soins de leurs animaux
parce que, dans la mesure où le
bien-être dépend de la santé des animaux, s'ils peuvent avoir l'apport et le
soutien financier nécessaire, bien ça leur donne accès aux meilleurs
services possible.
Villeneuve : Donc, beaucoup de vigilance pour la suite des
choses, là, advenant l'adoption du projet de loi. O.K.
M. Bergeron
(Joël) : Collaboration. Pour moi, le point majeur, c'est collaboration.
Villeneuve : Collaboration, oui, tout à fait, je suis d'accord avec vous. Collaboration, vigilance et
puis rester aux aguets, parce que
les choses vont évoluer peut-être rapidement aussi, là. Puis, oui, ça va
bien aller, comme vous disiez tantôt, je suis tout à fait d'accord avec
vous.
J'ai abordé le sujet
suivant, et vous en parlez dans votre mémoire, concernant... Vous dites, l'article 63,
donc, qu'«il serait opportun de ne pas limiter l'application de la loi seulement
aux codes utilisés en élevage», mais de l'appliquer
aussi en recherche et enseignement. Et Mme Lachance, puis, si jamais je ne
la cite pas comme il faut, là, elle me
corrigera, là, mais elle disait que souvent les tribunaux, ils disent :
Bien, c'est selon les pratiques utilisées dans le milieu, c'est les bonnes pratiques, puis on peut se fier à
ça, mais elle amenait une certaine réticence tout en disant : Bien,
écoutez, peut-être qu'il faudrait que
ce soit fait différemment mais pas seulement laissé au milieu, pour établir les
bonnes pratiques. Ça, c'est une
chose. Mais, l'autre chose, vous, vous dites : Par rapport au projet de loi, nous, on ajouterait aussi recherche scientifique.
M. Bergeron (Joël) : En fait, le Conseil canadien
de protection des animaux, qui couvre justement les aspects de la recherche, ont des codes de pratique, ont élaboré des codes de
pratique qui sont précis, qui sont importants, alors... Et ils ne semblaient pas mentionnés ou inclus, du moins explicitement,
dans le mémoire. Donc, ce serait ce type de code là.
Pour
le reste, les codes de pratique qui sont mis en place, qui sont élaborés, c'est
des codes de pratique, justement,
qui sont faits par consensus
par l'ensemble des partenaires et des intervenants, donc
souvent, justement, par les gens qui sont du milieu. Si la volonté exprimée par le gouvernement — puis
c'est ce qu'on sent maintenant — est
de tirer tout ça vers le haut, le reste des codes de pratique, qui sont
appelés à évoluer, à s'améliorer, vont suivre ce cheminement-là.
Donc,
je pense, moi, pour cet aspect-là, sur l'ensemble des codes de pratique qui
existent et qui sont appelés à évoluer,
le chemin qu'on leur montre à partir de maintenant va guider justement vers une
amélioration encore plus grande, déjà qu'il y en a eu, et qui suivra.
Villeneuve : D'accord. Je vous amène à un autre point :
«L'article 41 établit des circonstances où un animal risquant d'être soumis à des souffrances
importantes pourrait nécessiter d'être euthanasié.» Vous, c'est assez clair
dans votre mémoire, vous dites : Écoutez, il faut absolument qu'un
vétérinaire soit... parce qu'il y a des produits qui sont utilisés qui peuvent, si la personne ne les
connaît pas exactement, n'a peut-être pas la... non pas la nature du produit
mais comment l'administrer, ça peut peut-être faire l'effet inverse,
finalement, qu'au lieu de soulager l'animal on peut peut-être se retrouver dans
une situation traumatisante, sinon... pour ne pas dire plus, au niveau de
l'animal.
Vous
voyez ça comment? Parce que... Est-ce que vous seriez prêts à aller jusqu'à
dire : Bien, écoutez, si la loi prévoit
mais de façon exceptionnelle que cela se fasse, pour des raisons vraiment exceptionnelles...
Vous seriez ouvert à ce genre-là...
Parce qu'il y aura toujours des moments exceptionnels, mais encore faut-il les
baliser, s'assurer que ça ne devienne pas la règle, que l'exception ne devienne
pas la règle non plus et puis qu'il y ait un dérapage. Alors, comment on peut
éviter cela?
M. Bergeron (Joël) : Bien,
j'apprécie parce que vous rejoignez en fait l'esprit qu'on veut donner dans
notre intervention sur cet aspect-là, parce
que, comme de raison, on ne voudrait jamais risquer de mettre en péril un
animal qui l'est déjà parce qu'on va
retarder son euthanasie, ou l'abattage, ou peu importe. Mais, vous le dites
bien, il faut que ce soient des
situations exceptionnelles. Donc, on
ne pourra pas s'opposer à des dispositions qui indiqueront que le médecin vétérinaire a été consulté, il est peut-être
à deux heures de route, on ne dispose pas de ce temps-là, mais qu'il puisse au
moins... tous les efforts sont mis de l'avant pour s'assurer que, ce qui va se
passer pour cet animal-là qui est déjà en détresse,
on ne viendra pas aggraver sa situation.
Puis le médecin vétérinaire est en
mesure de donner toutes les informations nécessaires. Idéalement, il pourra y procéder lui-même,
mais sinon, au moins, qu'on ait fait tous les efforts nécessaires
et qu'on s'assure de ne pas le laisser souffrir davantage. Ça, on en est bien
conscients.
M. Villeneuve : D'accord. Il
me reste quelques minutes, monsieur...
Le Président (M. Morin) :
Oui, deux minutes.
Villeneuve : Deux minutes? Rapidement. Abattage religieux, on
l'a abordé tantôt, Mme Lachance nous disait qu'elle ne verrait pas de problème à ce que dans le projet de loi on
pourrait l'inclure spécifiquement, que l'animal soit insensibilisé avant
un abattage dit religieux. Vous voyez ça comment, au niveau de l'ordre?
Bergeron (Joël) : Il y a
quatre ans, l'Ordre des médecins vétérinaires avait organisé un programme
professionnel, c'est un programme en
préambule de notre congrès qui touchait justement la place des animaux dans la
religion et dans la société, et on a
abordé justement le sujet de l'abattage rituel. Je vous dirais que, pour
l'ensemble des médecins vétérinaires, ce type d'abattage là sans
insensibilisation ne devrait pas avoir sa place.
M. Villeneuve : Ne devrait
pas avoir sa place?
Bergeron (Joël) : Ne devrait
pas avoir sa place. Je ne vous cacherai pas qu'on ne s'est pas prononcés parce
qu'on est tout à fait conscients de ce que
représente... et j'ai la même réserve que Me Lachance par rapport à ça,
parce qu'on sait le côté sensible de
ce sujet-là pour les gens de diverses religions, mais les douleurs, et le
stress, et l'anxiété qui sont induits
à l'animal lors de ces situations-là, malgré tout ce qui peut être dit pour
améliorer les situations, à notre avis, ça ne devrait pas avoir sa
place.
M. Villeneuve : M. le
Président, un petit commentaire tout simplement.
Le Président (M. Morin) :
Allez. Vous avez...
Villeneuve : Mme Lachance, tantôt, précisait qu'elle avait
consulté des gens au niveau des différentes religions, et insensibilité
serait correct, selon ce qu'on a pu comprendre tantôt de Mme Lachance.
Alors, bien, moi, je vous...
M. Bergeron (Joël) : Ce qui serait une
bonne nouvelle.
M. Villeneuve : D'accord.
Bien, je termine là-dessus. Merci.
Président (M. Morin) : Il reste un petit peu de temps. Vous
vouliez intervenir tantôt sur la recherche. Courte, courte...
M. Verge
(Simon) : Oui. Je voulais juste compléter la réponse à la question du
député à l'égard des protocoles de
recherche, mais je pense que la discussion... la mise en place d'une
réglementation dont on parle, au niveau du bien-être animal, va mettre
en lumière le fait qu'il y a des protocoles qui devraient être révisés
également dans les productions animales, où
on se retrouve parfois dans des flous juridiques où il y a des interventions
qui sont faites par des éleveurs mais
sans nécessairement avoir de protocoles qui ont été établis par un médecin
vétérinaire à l'égard de la douleur ou de tout autre aspect. Il y a des choses qui ont été tolérées au travers des
années, mais, à un moment donné, à la lumière d'une réglementation comme
ça, il y aura des révisions de protocole qui devront être faites. Merci.
Le Président (M. Morin) :
Merci. Mme la députée de Mirabel. Je sens que M. Bergeron voulait
intervenir encore là-dessus, mais je vous laisse la parole.
D'Amours : Bien, en fait, peut-être qu'il pourrait répondre à mon
questionnement. Tout à l'heure, Mme Lachance
nous a mentionné qu'une industrie agricole, une industrie... faisait ses
propres recommandations. On sait que l'industrie du porc, là, qui doit
nécessairement aussi arriver avec les demandes des grandes chaînes de
restauration et... Bon, je sais qu'on
fait état non de l'animal mais plutôt de l'industrie, mais ils exigent que les
porcs soient élevés... soient libres ou semi-libres, donc ils s'adaptent
à l'industrie, la demande de l'industrie. On sait aussi qu'il y a une
progression, chez les truies en gestation, qu'elles soient aussi libres.
Je vous parle
de l'industrie porcine. Il y a aussi l'industrie du poulet où eux sont élevés
dans des couvoirs, où ils ne peuvent pas sortir parce qu'on a peur des
maladies, entre autres la grippe aviaire, et tout ça.
Comment on va
faire pour voir son bien-être, à ce poulet-là ou à ce porc-là qui soit est
élevé semi-libre ou qui ne peut pas
être libre? Comme, le poulet qui ne peut pas être libre, bien on rêve tous
d'avoir des poules dans notre cour qui
mangent de l'herbe, qui donnent des bons oeufs, mais la réalité, ce n'est pas
ça. Alors, comment on va articuler tout ça avec les producteurs sans
qu'ils ne soient mal pris à essayer d'envoyer 3 000 poulets manger de
l'herbe?
Bergeron (Joël) : Merci de
votre question. La situation est complexe, elle est très complexe. Je l'ai
mentionné en présentation, on a l'occasion, nous, de siéger avec des
gens de tous les secteurs, particulièrement au niveau de la stratégie québécoise, où il y a des éleveurs, des
producteurs, il y a des gens des transports, de la transformation et tout.
Ce qu'on a pu voir, puis vous l'avez mentionné, il y a eu beaucoup
d'améliorations qui ont été apportées.
Pour ma part, si on rentre dans un processus de
concertation et de collaboration, il y aura toujours, à ce
moment-là, possibilité d'évaluer quelles sont les raisons. Il faut
comprendre aussi qu'est-ce qui avait
amené la création de ces cages. Oui,
il y a eu une forte montée de la production industrielle, au détriment du
bien-être animal. On s'aperçoit maintenant qu'il y a moyen de bien faire la production, en termes de ressources
économiques, tout en respectant de plus en plus le bien-être animal, et c'est là que c'est important,
c'est là que l'apport des gens qui sont sur le terrain va être important.
Vous parlez
des poules qui sont laissées en liberté. C'est ce qu'on souhaite. Par contre,
il faut comprendre... Et là c'est le
médecin vétérinaire qui vous répond. Même si ce n'est pas mon secteur de
pratique, je sais que la poule en liberté va être beaucoup plus à risque de se blesser, même si des fois les cages
sont trop petites, mais va pouvoir être plus à risque aussi d'attraper des parasites, elle va picorer un
peu partout, elle va picorer un peu partout dans le champ, même chose pour les animaux qui sont laissés en liberté. Il y
a toute une question de biosécurité aussi de laquelle on doit tenir compte
parce qu'ultimement on termine avec la
question de la salubrité et de la qualité des aliments qu'on veut mettre dans
notre assiette. Alors, c'est cette
concertation-là qui est importante parce que les consommateurs sont de plus en
plus exigeants, et l'industrie
elle-même, sur la notion de bien-être animal, mais il faut aussi garder en tête
qu'il faudra s'assurer que la biosécurité est respectée, la salubrité et
la qualité des aliments également.
Mme D'Amours : Selon vous, le projet
de loi qui est sur la table, est-ce que ça fait en sorte qu'on va se
conscientiser à ce phénomène-là ou si le bien-être animal est préconisé?
Bergeron (Joël) : Moi, je
dirais qu'on va y arriver avec une conscientisation claire et nette. Les gens
que je côtoie pour les comités que je
vous parlais tantôt en sont tout à fait conscients. Du côté de la médecine
vétérinaire, je l'ai mentionné, c'est
clair et net; santé et bien-être animal, c'est au coeur même de notre
profession. On a le privilège d'accompagner
ces gens-là dans leurs décisions en apportant des notions de médecine
préventive. On parle de médecine industrielle; on pourrait parler des
centres de réhabilitation de la faune, on pourrait parler de médecine de
refuge, où actuellement il y a énormément de
travail à faire également, et le médecin vétérinaire a la possibilité d'être
présent et doit être présent. Malheureusement, à cause de certaines
contraintes, il n'y est pas toujours. Mais tout ça, que ce soit la médecine, la production des animaux, que ce soient
les centres de réhabilitation de la faune, que ce soit la médecine de
refuge, c'est le centre même. Ce qu'on affirme, là, que l'animal est de nature
sensible, pour moi, ça ne peut pas faire autrement
que ça va nous amener dans ces prochaines étapes là que vous souhaitez, que
vous exprimez, avec lesquelles... et que je partage.
Mme D'Amours : Ma collègue aurait
une question, M. le Président.
Le Président (M. Morin) :
Oui, allez-y, Mme la députée de Saint-Hyacinthe.
Mme Soucy : Bonjour. Alors, merci
d'être ici.
Le bien-être des animaux, c'est parfois
subjectif, hein? Si on regarde quelqu'un qui habite en ville versus un producteur, un agriculteur, on va avoir parfois
deux façons différentes de voir l'animal. Pensez-vous que ça peut causer
des problèmes?
Tantôt, vous
parliez de code de bonne pratique. Concernant les codes de bonne pratique des
éleveurs, il y a un
article qui parle
de l'amputation de la queue de l'animal, dont la vache laitière. On sait que
les agriculteurs mettent un élastique sur la queue de la vache, qui fait
en sorte qu'elle sèche puis elle tombe. J'aimerais vous entendre sur cette pratique-là parce que je me suis fait interpeller,
hein, je suis dans le secteur où est-ce qu'il y a beaucoup d'agriculteurs.
Plusieurs producteurs laitiers mettent en pratique l'amputation de la
queue pour la raison que justement, la queue, pour
ceux qui s'y connaissent moins, la queue de la vache, elle trempe dans les
excréments, puis eux autres, après ça, ils ont ça dans la figure, tu sais. Alors, parlez-moi de ça, parce que j'ai
consulté quelques médecins vétérinaires, puis eux autres me disent : Bien non, il n'y en a pas,
de problématique, comme tel, tu sais, il n'y a pas de danger, puis ça ne fait
pas souffrir l'animal non plus. Donc, j'aimerais vous entendre sur ça.
Le Président (M. Morin) :
J'ai besoin d'une réponse courte et précise.
M. Verge (Simon) :
Je pense qu'il faut faire, à quelque part, un petit peu confiance à l'industrie
au niveau de l'amélioration de la condition
de vie des animaux, en ce sens que depuis plusieurs années les conditions, par
exemple, dans les étables se sont
beaucoup améliorées au niveau ventilation, au niveau confort des animaux. C'est
des pratiques qui ont eu cours, qui sont de moins en moins tendance, je
dirais, et qui sont possiblement appelées à disparaître aussi. Il y a des attaches de queue, il y a toutes sortes
de dispositifs qui se font autres que ça. C'est sûr que la méthode qui est appliquée, le moment où c'est fait peut avoir un rôle à jouer sur le
fait... sur le bien-être animal, finalement, mais il faut se dire que l'industrie a intérêt, face aux
consommateurs aussi, à présenter l'image d'un animal qui est gardé dans de
bonnes conditions. Puis ils réalisent
de plus en plus aussi que l'amélioration des conditions de vie des animaux
travaille pour eux, en bout de ligne on a une meilleure productivité.
Mme Soucy : Est-ce que c'est l'image
ou c'est scientifique? Moi, ma question, c'est : Est-ce que c'est
scientifiquement...
Le Président (M. Morin) : Mme
la députée de Saint-Hyacinthe, je suis obligé...
Mme Soucy : Le temps est terminé?
Alors...
Président (M. Morin) :
Je veux laisser un petit peu de temps au Dr Bergeron, mais très minime,
parce que le ministre avait quatre minutes dans son REER puis veut
l'utiliser, mais j'ai besoin du consentement.
M. Bergeron (Joël) : Peut-être en
complément de ce que disait Dr Verge... Et, dans le mémoire, vous aurez l'occasion de voir que l'ordre, en 2010, a pris
position sur diverses chirurgies esthétiques, dont la caudectomie. Alors,
pour nous, autant chez les chevaux que chez
les bovins, chez les chiens également, c'est une pratique où on suggère à nos
membres de la cesser.
Mais on n'est
pas passés par le bannissement de cette pratique-là parce qu'il y a
une sensibilisation, une éducation
qui doit se faire parce qu'il y a
des habitudes qui ont été prises, et c'est dans ce travail-là de
sensibilisation et d'éducation
qui est extrêmement important
qu'on va réussir graduellement à... Les pratiques changent, et on n'a plus
besoin de le faire, de moins en moins certainement. Alors, on voit que
ça, ça s'estompe. C'est dans ce principe-là qu'on travaille.
Le Président (M. Morin) :
Merci, docteur. C'est bien, une bonne réponse courte. M. le ministre.
M. Paradis
(Brome-Missisquoi) : Oui,
deux sujets. Pour l'ensemble des membres, pour l'application comme telle des
articles de loi, vu qu'on s'est inspirés de ce qui se passait en Europe pour la
définition du statut de l'animal, avec vos équipes de recherche vous
pouvez regarder, là, l'Autriche, c'est depuis 1988 qu'ils l'ont, donc il y a eu
des applications devant les tribunaux qui
peuvent donner des pistes d'éclairage, comme tel. L'Allemagne, c'est depuis
1990; la Suisse, depuis 2002. La
France, je pense que c'est trop récent, là, pour qu'il y ait
de la jurisprudence, comme tel, c'est 2015,
mais les trois premiers pays dont on s'est inspirés il y a déjà de
la jurisprudence. Maintenant, dans les provinces canadiennes qui sont
l'Ontario, le Manitoba et la Colombie-Britannique, il y a également de la
jurisprudence qui peut nous donner un éclairage sur ce qui va arriver dans
l'application, quand on s'est inspiré, là, de ces éléments-là.
Peut-être un dernier mot pour l'Ordre des médecins
vétérinaires. Moi, je tiens à vous remercier. Je ne veux pas vous comparer avec aucun autre ordre professionnel,
mais disons que vos membres sont disponibles et font des visites à
domicile.
Président (M. Morin) :
Merci. Dr Bergeron, M. Verge et M. Gagné, merci beaucoup. C'était un mémoire très intéressant, des bons échanges. Merci.
Bon retour à la maison.
Je suspends quelques instants.
(Suspension de la séance à 15 h 43)
Le Président (M. Morin) :
Nous reprenons nos travaux et par le fait même nous recevons le Conseil de la transformation alimentaire du Québec.
Donc, Mme Cloutier, si vous
voulez bien vous présenter, présenter
les personnes qui vous accompagnent et nous présenter votre mémoire.
Vous avez 10 minutes.
Cloutier (Sylvie) : Alors,
Sylvie Cloutier, du Conseil de la transformation alimentaire du Québec.
Je suis accompagnée de Jean-Patrick
Laflamme, qui est notre vice-président aux affaires publiques, et de M. Stéphane
Beaudoin, qui est expert-conseil en bien-être animal pour l'industrie alimentaire.
Très brièvement,
le CTAQ est un regroupement d'associations sectorielles. Nous avons à peu près
500 membres, tous des
transformateurs alimentaires ou à peu
près ou des fournisseurs
d'ingrédients et autres. Le but de notre regroupement, c'est évidemment
de représenter les intérêts de l'industrie de la transformation alimentaire québécoise.
Merci
aux membres de la CAPERN de nous recevoir aujourd'hui, M. Paradis, MM. et
Mmes les députés. On accueille favorablement
le projet de loi et on tient à souligner que l'industrie de la transformation alimentaire québécoise a à coeur les
bonnes pratiques en matière de bien-être animal par le souci de ses membres à évoluer dans
un cadre humain en regard à la santé et au bien-être des animaux dans la
pratique quotidienne de leurs activités.
voulait quand même apporter certains éléments au projet de loi présenté. Par exemple, on est d'avis que, pour maximiser la portée de cette loi éventuelle et de
s'assurer du respect des entreprises interpellées, certaines précisions doivent
être apportées quant aux dispositions de la loi en ce qui a trait
notamment à l'encadrement éthique des inspecteurs et des enquêteurs, la formation adéquate en matière de transport avec les normes et règlements
en vigueur ailleurs au Canada
et finalement l'éclaircissement de certains aspects sur les dispositions réglementaires impliquant entre autres les acteurs de
proximité.
Alors, je vais céder
la parole à Jean-Patrick pour la première partie.
Laflamme (Jean-Patrick) : M. le ministre, M. le Président et votre équipe, membres de la commission,
bonjour.
Alors,
comme l'a mentionné Sylvie, en fait, le premier élément était d'élaborer,
premièrement, un code d'éthique
pour les inspecteurs et enquêteurs, donc le
CTAQ est en faveur de la description des interventions dictées dans le
chapitre IV, sections I et
II, relatif aux inspections et enquêtes. Par ailleurs, il serait avisé de
définir le cadre dans lequel les inspecteurs et enquêteurs évolueront et de définir certaines balises éthiques de ces
fonctions. Le CTAQ, donc, privilégie une approche intégrée d'un code d'éthique pour les inspecteurs
et enquêteurs dont les exigences et recommandations seraient à valider par les acteurs de l'industrie
pour les éléments de la loi qui les concernent.
Dans
le domaine de la production de protéine animale, les enjeux de bien-être
sont importants pour l'animal et pour
l'industrie. Donc, l'objectif d'une telle mesure est d'intervenir afin d'éliminer
les abus et de favoriser une prise en charge
responsable par l'industrie. Le choix final de la force d'inspection devra
tenir compte du risque de tomber dans la subjectivité de la part des inspecteurs et des enquêteurs et le risque
d'influence partisane ou philosophique en opposition avec l'essence de l'industrie
et l'essence de la loi elle-même.
En ce sens, et pour
faciliter le rôle du législateur à encadrer l'éthique des inspecteurs et des
enquêteurs, il est suggéré qu'il soit établi
un lien de proximité entre les auteurs du cadre légal et les membres de l'industrie agroalimentaire afin d'établir un cadre éthique adéquat auquel
devront s'assujettir les inspecteurs et enquêteurs mandatés par le gouvernement. Les éléments que le CTAQ aimerait notamment valoriser sont la
compétence des inspecteurs, les critères de sélection — pour
les inspecteurs, évidemment — la
promotion des produits de viande, donc que les inspecteurs soient au fait que l'industrie privilégie la promotion des produits de viande saine et de qualité
provenant d'animaux bien traités, et
que l'immunité n'exclue pas la possibilité d'arbitrage. Donc, nous recommandons que les
inspecteurs et enquêteurs mandatés par le gouvernement travaillent dans le
respect de normes de travail irréprochables dictées par une approche concertée en vertu d'un code d'éthique pour les
inspecteurs et enquêteurs afin de préserver l'intégrité liée à leurs fonctions
respectives et de définir les facteurs extérieurs qui pourraient altérer leur
jugement dans l'exercice de leur travail.
J'inviterais Stéphane
à élaborer, là, sur la question de la formation adéquate en transport.
M. Beaudoin
(Stéphane) : Merci. Bonjour, M. le ministre, M. le Président, membres
de l'équipe.
Donc,
en ce qui a trait à une formation adéquate au transport, plusieurs entreprises
membres du CTAQ font de la formation
professionnelle en bien-être animal une priorité. Le programme d'agrément de
transport canadien d'animaux d'élevage, communément appelé le CLT, d'où
l'acronyme anglais, existe dans les principales espèces d'animaux d'élevage transportées au Canada. Le CLT est un
programme normalisé qui offre un agrément reconnu partout au Canada et aux États-Unis. Ce programme est une initiative
de l'industrie du transport des animaux d'élevage en vue d'assurer une
responsabilisation accrue et une amélioration des pratiques de manipulation des
animaux. Un nombre croissant d'installations
de transformation en Amérique du Nord exigent une preuve de compétence ou un
agrément en transport de bétail et de
la volaille; le programme CLT répond à cette exigence. Pour l'heure, la
certification n'est pas une obligation réglementaire,
mais de plus en plus d'installations exigent une preuve de compétence. Le
programme d'agrément CLT est reconnu partout en Amérique du Nord.
bien-être des animaux soumis au transport, pour toute espèce transportée,
constitue une responsabilité partagée, on
tient à le souligner. Cette responsabilité incombe aux producteurs, aux équipes
de capture des volailles, aux transporteurs, aux abattoirs ainsi qu'à tout autre intervenant impliqué dans la
décision de mettre en transport un animal, on peut penser aux encans, aux commerçants d'animaux aussi, sans
les nommer plus précisément. Une compréhension et une formation uniformisée telles qu'offertes par le CLT
constituent un premier pas vers l'atteinte des objectifs à l'égard du bien-être
des animaux d'élevage que l'on doit
obligatoirement transporter au cours du processus de production, c'est un
incontournable.
secteur de la volaille, entre autres, a déjà emboîté le pas avec des formations
CLT et a aussi développé une formation
spécifique à son secteur, toujours en lien avec le bien-être animal. Cette
dernière formation aborde différents aspects
tels que les lois et les règlements liés au transport, les effets du stress lié
transport sur la qualité de la
viande, les audits, les manipulations
appropriées et l'identification de ce qu'est un animal ou un oiseau apte au
transport selon la Politique sur les animaux fragilisés. Le Règlement
sur la santé des animaux interdit de charger, faire charger ou de
décharger ou de faire décharger des animaux de manière à leur infliger des
blessures ou des souffrances inutiles.
Donc,
la recommandation du CTAQ : Le CTAQ est d'avis que le présent projet de
loi doit permettre à l'industrie de
développer ses propres formations en bien-être animal selon ses besoins
spécifiques et doit respecter le cadre établi par le Règlement sur la santé des animaux et s'assurer
que tous les maillons impliqués dans son approvisionnement adhèrent à
des formations portant sur le bien-être et le transport des animaux.
Mme Cloutier (Sylvie) : Maintenant, concernant le partenariat avec les acteurs de
proximité, il est mentionné à l'article 4,
alinéa un, que «toute disposition d'une loi accordant un pouvoir à une
municipalité ou toute disposition d'un règlement
adopté par une municipalité, inconciliable avec une disposition de la présente
loi ou d'un de ses règlements, est inopérante, à moins qu'elle n'offre
une plus grande protection à l'animal». Également stipulé dans le
chapitre VI,
article 60, que «le
ministre peut conclure, avec toute personne ou organisme, y compris une
municipalité, une communauté métropolitaine ou l'Administration
régionale Kativik, une entente établissant un programme d'inspection concernant
l'application de la présente loi».
D'une
part, le CTAQ croit effectivement que la proximité des acteurs favorise un
meilleur contrôle des pratiques en
bien-être animal. D'autre part, nous formulons une préoccupation quant au
caractère arbitraire qui semble se dégager de tels énoncés. Nous croyons
au principe de consensus lorsqu'il est question d'arbitrage... d'activités
liées à la transformation alimentaire, notamment dans le secteur de l'abattage.
Le CTAQ endosse et promeut l'utilisation des différents
codes de bonne pratique et des lois et règlements du fédéral. Nous croyons à
cet effet que, dans l'intérêt
des producteurs et du public
québécois, tous les programmes d'inspection relatifs à la transformation
alimentaire et les normes doivent
être le fruit d'un consensus... d'une concertation, plutôt,
et d'un consensus des différentes parties prenantes, incluant les acteurs de l'industrie. Nous recommandons donc
que les normes établies par la législation canadienne fassent préséance et qu'elles soient reconnues dans le présent
projet de loi afin d'éviter toute confusion. De plus, il est recommandé que
les inspecteurs et enquêteurs mandatés par les acteurs de proximité soient
assujettis au même code d'éthique qu'on recommandait dans le point n° 1.
Donc, en conclusion, le CTAQ est d'avis que le bien-être
animal est un enjeu sociétal important, que des balises qui favorisent la
cohérence, la clarté et la prévisibilité des actions devraient être définies
quant à la disposition du gouvernement à encadrer les inspecteurs et enquêteurs relevant
de la loi et d'identifier un code d'éthique définissant des facteurs qui
pourraient altérer le jugement de ces derniers. Il est donc suggéré que
l'inspection devrait favoriser un personnel compétent, impartial et axé sur une
approche scientifique, tels les vétérinaires et inspecteurs du MAPAQ.
CTAQ reconnaît également l'importance
du bien-être animal dans les pratiques de l'industrie de la transformation
alimentaire, particulièrement de ses membres. À cet effet, la responsabilité de
l'industrie à former son personnel sur le
bien-être des animaux facilite la mise en place de techniques s'inspirant des
meilleures pratiques, basées sur des normes canadiennes et internationales.
Enfin, le CTAQ est
d'avis que les normes établies par la législation canadienne, soit l'ACIA,
doivent avoir préséance et doivent être
reconnues dans le présent projet de loi afin d'éviter toute confusion entre les
acteurs de proximité, telles les municipalités, dans l'élaboration de
leurs programmes d'inspection. Je vous remercie.
Président (M. Morin) : Merci, Mme Cloutier. Ça arrive
juste dans le temps, je vous félicite. J'avais envie de dire :
«Bull's-eye!» M. le ministre.
M. Paradis (Brome-Missisquoi) : C'est rare que quelqu'un a des félicitations
du président, prenez-le pendant que ça passe.
Trois
éléments. Peut-être, avant les trois éléments, une introduction. On
est conscients qu'il faut bouger comme société, et je pense
que vos membres également, vous l'êtes. Il y a un aspect commercial, et
le consommateur, où qu'il se trouve
sur la planète aujourd'hui, veut savoir que le produit qu'il achète a été, comment je pourrais dire ça... il vote
avec son portefeuille, a été correctement élevé, etc., et je pense que
là-dessus on a tout avantage à progresser.
Maintenant, il y a
trois éléments sur lesquels j'aimerais avoir un petit peu plus d'éclairage de
votre part. Le premier est en lien avec les
inspections. C'est clair que, si on a une nouvelle législation, une nouvelle
réglementation, ça prend de la
formation pour les inspecteurs puis ça prend une application qui est soit
correcte, mais, dans l'état actuel du dossier, comment comparez-vous nos
systèmes d'inspection avec ceux de l'agence canadienne?
Cloutier (Sylvie) : Je vais
laisser l'expert vous répondre, mais, comme vous savez, la plupart des
entreprises qui exportent actuellement sont sous l'Agence canadienne d'inspection des aliments, et je peux
vous dire que ce sont... il y a des codes de bonne pratique, des guides, les
inspecteurs sont directement dans les usines, les abattoirs à temps plein.
Alors, je vais quand même laisser la suite des choses à Stéphane.
Le Président (M.
Morin) : ...
Beaudoin (Stéphane) : Oui.
Les inspections qui sont faites présentement, à ma
connaissance, sont faites surtout dans les cas où il y aurait des
problématiques en bien-être animal, il n'y a pas rien qui est fait d'emblée, de
façon systématique qui est mis en place. À
ma connaissance, ce qui est sous juridiction du MAPAQ va être ce qui se passe à
la ferme, aux encans d'animaux, ces endroits-là. Ce qui...
M. Paradis
(Brome-Missisquoi) : ...si vous permettez, les abattoirs de proximité.
M. Beaudoin
(Stéphane) : Oui, oui, les abattoirs de type B, oui, absolument,
ou les plus petits abattoirs.
Donc,
le premier commentaire serait que peut-être
avec plus d'effectifs on pourrait
faire plus, au niveau du MAPAQ. Je n'ai pas de message, là, d'aucun employé du MAPAQ ici, mais, si on
avait plus d'effectifs, on pourrait peut-être arriver, du côté élevage, du côté
commercial, à faire un petit peu plus que juste y aller dans les cas de
problématique.
Je suis de ceux qui croient qu'on ne peut
améliorer ce qu'on ne mesure pas. Donc, si on ne mesure pas, en élevage, si on n'a pas des façons d'évaluer le bien-être
animal, c'est difficile de le faire progresser. Dans votre cas, dans le cas du système
qu'on a actuellement, c'est surtout dans les cas d'abus. Puis c'est toujours
ça qu'on veut améliorer, le bien-être, on veut enrayer les abus en bien-être
animal.
crois que le MAPAQ rend bien son mandat présentement. Dans l'esprit de
votre loi, ce que j'en comprends, c'est
qu'on va aller au-delà de l'abus puis regarder plus la normalité ou la
façon dont on fait les choses. Il
faudra définir les paramètres de ce
qu'on entend par «bien-être animal» sans, comme on le suggère, aller au-delà de
ce qui est peut-être déjà en
mouvement par en avant quand on considère les guides, les guides de bonnes
pratiques, qui sont un collectif, en passant,
que ce n'est pas seulement que les scientifiques qui font ça, là, dans leurs
bureaux, mais tous les offices nationaux des différentes espèces animales y
participent, les gens pour la défense des droits des animaux, les académiciens,
tout ça. Ça fait que ce qu'on a déjà en place en fait de bien-être animal,
c'est un cheminement. Votre loi s'inscrit dans ce sens-là. C'est peut-être de mettre un peu plus de vitesse,
un peu plus de momentum dans ce cheminement-là qui est une bonne chose
mais sans nécessairement, on pense, aller en dehors des balises qui sont déjà
gagnantes avec qu'est-ce qu'on a présentement en pratique.
M. Paradis (Brome-Missisquoi) : Juste brièvement, là, je n'ai pas ma réponse sur
ma comparaison entre mes inspecteurs puis ceux du fédéral. Je vais
continuer à chercher.
le nombre d'inspecteurs, depuis qu'on a mis en ligne ou qu'on a fait connaître
la ligne 1 844 animaux, on a plus de 500 appels par mois au
ministère, ce qui contribue à cibler les interventions de nos inspecteurs. On
n'aurait pas pu engager, avec les
budgets qu'on a, 8 millions d'inspecteurs, là, tu sais. Puis on les a, puis la population
participe. On a des dénonciations, et nos inspecteurs donnent suite.
Donc, c'est plus efficace que ne pas avoir mis la ligne puis avoir engagé deux, trois inspecteurs de plus, là. Ça fait qu'on a fait un choix, qu'on pense, qui
est correct, qui va dans la bonne direction,
qui implique le citoyen, qui a un rôle d'éducation, puis qui donne des
résultats pratiques, puis qui ne déséquilibre pas les budgets. Ça fait
qu'on peut diverger un petit peu là-dessus, mais... C'est correct.
le transport CLT, merci de la suggestion, c'est quelque chose qu'on va regarder
attentivement. Je pense que, si on
peut s'ajuster avec ces normes-là comme on le fait dans des autres choses,
c'est très positif comme intervention.
L'autre
élément, j'en avais un troisième sur la législation, réglementation municipale
versus provinciale. C'est directement inspiré de la loi de l'Ontario.
Donc, si les Ontariens le font puis que ça fonctionne, à moins qu'on ait des problèmes qu'on n'ait pas détectés... On s'en est
inspirés puis on a décidé de le garder. Si vous avez des éléments pour
nous informer que ça ne marche pas en Ontario, qu'ils ont des problèmes, bien
on va le regarder attentivement.
Le Président (M.
Morin) : ...commentaires?
M. Beaudoin
(Stéphane) : Je crois que l'essence ou l'esprit de ce que mes
partenaires voulaient proposer ou demander,
comme mise en garde, c'était peut-être d'éviter que des lois municipales
deviennent des empêchements à la production,
un peu comme on a vécu à certains endroits avec les normes environnementales,
des fois, qui pouvaient être abusives. C'est dans ce sens-là tout
simplement, là, que c'était apporté.
M. Paradis
(Brome-Missisquoi) : Merci.
M. Beaudoin
(Stéphane) : Merci.
Le Président (M.
Morin) : Ça va? Allez-y, M. le député des Îles, j'aime bien
vous entendre.
M. Chevarie :
Merci. Merci, M. le Président. Deux petites questions sur les normes de
certification.
Est-ce
qu'il existe actuellement des chaînes alimentaires qui exigent une norme de
certification pour le transport de bétail et de volaille? Première
question.
Deuxième
question : Est-ce qu'il existe, à votre connaissance, une valeur ajoutée
au prix que reçoivent les fermes d'élevage
ou les transporteurs, je ne sais pas, je ne sais pas qui, là, par rapport à ce
qu'ils ont une norme de certification au niveau du transport?
Le Président (M.
Morin) : M. Laflamme, Mme Cloutier? M. Laflamme.
M. Beaudoin
(Stéphane) : M. Beaudoin. M. Laflamme est de l'autre côté.
Le Président (M.
Morin) : Ah! excusez-moi. Je su