Labour and the Economy — 31 January 2024 (43rd Legislature, 1st Session)
CET 2024-01-31
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Accueil > Travaux parlementaires > Travaux des commissions > Journal des débats de la Commission de l'économie et du travail
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41e législature, 1re session (20 mai 2014 - 23 août 2018)
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39e législature, 1re session (13 janvier 2009 - 22 février 2011)
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37e législature, 2e session (14 mars 2006 - 21 février 2007)
37e législature, 1re session (4 juin 2003 - 10 mars 2006)
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36e législature, 1re session (2 mars 1999 - 9 mars 2001)
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35e législature, 1re session (29 novembre 1994 - 13 mars 1996)
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34e législature, 2e session (19 mars 1992 - 10 mars 1994)
34e législature, 1re session (28 novembre 1989 - 18 mars 1992)
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33e législature, 1re session (16 décembre 1985 - 8 mars 1988)
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32e législature, 3e session (9 novembre 1981 - 10 mars 1983)
32e législature, 2e session (30 septembre 1981 - 2 octobre 1981)
32e législature, 1re session (19 mai 1981 - 18 juin 1981)
31e législature, 6e session (5 novembre 1980 - 12 mars 1981)
31e législature, 5e session (24 octobre 1980 - 24 octobre 1980)
31e législature, 4e session (6 mars 1979 - 18 juin 1980)
31e législature, 3e session (21 février 1978 - 20 février 1979)
31e législature, 2e session (8 mars 1977 - 22 décembre 1977)
31e législature, 1re session (14 décembre 1976 - 23 décembre 1976)
30e législature, 4e session (16 mars 1976 - 18 octobre 1976)
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30e législature, 2e session (14 mars 1974 - 28 décembre 1974)
30e législature, 1re session (22 novembre 1973 - 22 décembre 1973)
29e législature, 4e session (15 mars 1973 - 25 septembre 1973)
29e législature, 3e session (7 mars 1972 - 14 mars 1973)
29e législature, 2e session (23 février 1971 - 24 décembre 1971)
29e législature, 1re session (9 juin 1970 - 19 décembre 1970)
28e législature, 5e session (24 février 1970 - 12 mars 1970)
28e législature, 4e session (25 février 1969 - 23 décembre 1969)
28e législature, 3e session (20 février 1968 - 18 décembre 1968)
28e législature, 2e session (20 octobre 1967 - 20 octobre 1967)
28e législature, 1re session (1 décembre 1966 - 12 août 1967)
27e législature, 6e session (25 janvier 1966 - 18 avril 1966)
27e législature, 5e session (22 octobre 1965 - 23 octobre 1965)
27e législature, 4e session (21 janvier 1965 - 6 août 1965)
27e législature, 3e session (14 janvier 1964 - 31 juillet 1964)
27e législature, 2e session (21 août 1963 - 23 août 1963)
27e législature, 1re session (15 janvier 1963 - 11 juillet 1963)
26e législature, 2e session (10 novembre 1960 - 10 juin 1961)
26e législature, 1re session (20 septembre 1960 - 22 septembre 1960)
25e législature, 4e session (18 novembre 1959 - 18 mars 1960)
25e législature, 3e session (19 novembre 1958 - 5 mars 1959)
25e législature, 2e session (13 novembre 1957 - 21 février 1958)
25e législature, 1re session (14 novembre 1956 - 21 février 1957)
24e législature, 4e session (16 novembre 1955 - 23 février 1956)
20e législature, 1re session (7 octobre 1936 - 12 novembre 1936)
18e législature, 2e session (10 janvier 1933 - 13 avril 1933)
18e législature, 1re session (3 novembre 1931 - 19 février 1932)
17e législature, 2e session (8 janvier 1929 - 4 avril 1929)
16e législature, 4e session (11 janvier 1927 - 1 avril 1927)
16e législature, 3e session (7 janvier 1926 - 24 mars 1926)
16e législature, 1re session (17 décembre 1923 - 15 mars 1924)
15e législature, 4e session (24 octobre 1922 - 29 décembre 1922)
15e législature, 3e session (10 janvier 1922 - 21 mars 1922)
15e législature, 2e session (11 janvier 1921 - 19 mars 1921)
15e législature, 1re session (10 décembre 1919 - 14 février 1920)
14e législature, 3e session (21 janvier 1919 - 17 mars 1919)
14e législature, 2e session (4 décembre 1917 - 9 février 1918)
14e législature, 1re session (7 novembre 1916 - 22 décembre 1916)
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13e législature, 3e session (7 janvier 1915 - 5 mars 1915)
13e législature, 2e session (11 novembre 1913 - 19 février 1914)
13e législature, 1re session (5 novembre 1912 - 21 décembre 1912)
12e législature, 4e session (9 janvier 1912 - 3 avril 1912)
12e législature, 3e session (10 janvier 1911 - 24 mars 1911)
12e législature, 2e session (15 mars 1910 - 4 juin 1910)
12e législature, 1re session (2 mars 1909 - 29 mai 1909)
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Journal des débats de la Commission de l'économie et du travail
Version préliminaire
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43 e législature, 1 re session
(29 novembre 2022 au 10 septembre 2025)
Cette version du Journal des débats est une version préliminaire : elle peut donc contenir des erreurs. La version définitive du Journal, en texte continu avec table des matières, est publiée dans un délai moyen de 2 ans suivant la date de la séance.
Pour en savoir plus sur le Journal des débats et ses différentes versions
mercredi 31 janvier 2024
Vol. 47 N° 36
Consultations particulières et auditions publiques sur le projet de loi n° 42, Loi visant à prévenir et à combattre le harcèlement psychologique et la violence à caractère sexuel en milieu de travail
Aller directement au contenu du Journal des débats
Heures
11 h
11 h 30
12 h
12 h 30
14 h 30
15 h
15 h 30
16 h
16 h 30
17 h
17 h 30
18 h
Intervenants par tranches d'heure
11 h
D'Amours, Sylvie
11 h 30
D'Amours, Sylvie
Boulet, Jean
Tremblay, Suzanne
Cadet, Madwa-Nika
Leduc, Alexandre
12 h
D'Amours, Sylvie
Leduc, Alexandre
Paradis, Pascal
Boulet, Jean
Poulet, Isabelle
Cadet, Madwa-Nika
12 h 30
Cadet, Madwa-Nika
D'Amours, Sylvie
Caron, Linda
Leduc, Alexandre
Paradis, Pascal
14 h 30
D'Amours, Sylvie
15 h
D'Amours, Sylvie
Boulet, Jean
Caron, Linda
15 h 30
Caron, Linda
D'Amours, Sylvie
Leduc, Alexandre
Boulet, Jean
16 h
Boulet, Jean
D'Amours, Sylvie
Poulet, Isabelle
Caron, Linda
Leduc, Alexandre
16 h 30
D'Amours, Sylvie
Boulet, Jean
Poulet, Isabelle
Tremblay, Suzanne
17 h
Tremblay, Suzanne
D'Amours, Sylvie
Caron, Linda
Leduc, Alexandre
17 h 30
D'Amours, Sylvie
Boulet, Jean
Cadet, Madwa-Nika
Leduc, Alexandre
18 h
Leduc, Alexandre
D'Amours, Sylvie
Journal des débats
11 h (version révisée)
(Onze heures vingt-sept minutes)
La Présidente (Mme D'Amours) : Alors,
bonjour, tout le monde. Bienvenue à la Commission de l'économie et du travail.
Avant de commencer officiellement la captation, je vous demanderais de vous
nommer à tour de rôle de... pour valider le bon fonctionnement et... Bon. On l'a
fait, ce travail-là. Je suis désolée. Je suis ma feuille de route.
Donc, à l'ordre, s'il vous plaît! Ayant
constaté le quorum, je déclare la séance de la Commission de l'économie et du
travail ouverte. Je vous souhaite donc la bienvenue et je demande à toutes les
personnes dans la salle de bien vouloir éteindre la sonnerie de leurs appareils
électroniques.
La commission est réunie afin de
poursuivre les consultations particulières et auditions publiques sur le projet
de loi n° 42, Loi visant à prévenir et à combattre le harcèlement
psychologique et la violence à caractère sexuel en milieu de travail.
Mme la secrétaire, y a-t-il des
remplacements?
La Secrétaire : Oui, Mme la
Présidente. M. Martel (Nicolet-Bécancour) est remplacé par Mme Mallette
(Huntingdon); M. Tremblay (Dubuc) est remplacé par Mme Poulet
(Laporte); et Mme Lakhoyan Olivier (Chomedey) est remplacée par Mme Caron
(La Pinière).
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
Nous entendrons ce matin les témoins suivants, soit l'Institut de recherche
Robert-Sauvé en santé et en sécurité du travail et la Commission des normes, de
l'équité, de la santé et de la sécurité du travail.
Je souhaite maintenant la bienvenue à l'Institut
de recherche Robert-Sauvé en santé et en sécurité du travail. Je vous... je
vous rappelle, chers invités, que vous disposez de 10 minutes pour votre
exposé, puis nous procéderons à la période d'échange avec les membres de la <commission...
La Présidente (Mme D'Amours) :
...avec les membres de la > commission. Je vous invite donc à
vous présenter et à commencer votre exposé.
Mme Sauvageau (Lyne) : Je
vous remercie, Mme la Présidente. Je suis Lyne Sauvageau, présidente-directrice
générale de l'Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et en sécurité du
travail. Je suis accompagnée par M. Alain Marchand, qui est directeur
scientifique à l'institut et qui est également professeur titulaire à
l'Université de Montréal et directeur de l'Observatoire sur la santé et le
mieux-être au travail, qu'on appelle communément l'OSMET. Je suis également
accompagnée de Mme Iuliana Nastasia, qui est ergonome-ingénieure, chercheuse
senior ici, à l'Institut de recherche en santé et sécurité du travail, et qui
s'intéresse aux questions de réadaptation et de retour au travail. Comme le
temps est compté, je vais donc initier tout de suite la présentation de notre
mémoire.
En fait, qu'est-ce qu'est l'institut?
Rapidement, c'est un organisme scientifique à but non lucratif. On est... on
existe depuis maintenant plus de 40 ans. C'est un organisme paritaire qui
exerce sa mission de recherche appliquée dans le domaine du travail à travers
quatre grands leviers scientifiques. Donc, on a des chercheurs, on est un
centre de recherche, on attribue aussi des subventions et des bourses à travers
un fonds de recherche, un fonds subventionnaire pour les chercheurs internes,
externes, et également, là, qui vise à soutenir la relève scientifique à
travers des programmes de bourses de maîtrise, de doctorat et des bourses
postdoctorales. On a un service de laboratoire, donc on fait des analyses, on
développe des méthodes en lien avec les contaminants en milieu de travail, et,
bien sûr, on a une fonction de centre de liaison et de transfert. Donc,
l'objectif de l'ensemble de nos travaux, c'est de, bien sûr, s'assurer que les
milieux de travail québécois reçoivent les connaissances scientifiques
appropriées à leurs enjeux et à leurs besoins. Donc, c'est la seule
organisation qui est entièrement consacrée à la recherche en santé et en
sécurité du travail au Québec.
• (11 h 30) •
Aujourd'hui, en fait, on vous... on a
souhaité attirer l'attention de la commission sur l'importance des changements
qui sont proposés à l'intérieur du projet de loi pour la réadaptation et le
retour et le maintien au travail des personnes victimes de harcèlement et de
violence à caractère sexuel. Donc, on a abordé la... notre mémoire en fonction...
parce qu'on était interpelés par la recommandation n° 8 du comité qui
était présidé par Mme Cox et qui, en fait, souhaite... ou nous interpelle pour
procéder à l'élaboration d'une échelle de limitation fonctionnelle pour les
personnes qui sont victimes de violence à caractère sexuel, parce que... Et je
vais laisser M. Marchand vous présenter, en fait, les deux grands enjeux qui
nous... en fait, qu'on a vus à travers cette demande-là qui est formulée, là,
indirectement à l'IRSST et qui, en fait, a des... a une importance, je dirais,
quand on s'intéresse à la réadaptation et au retour durable au travail, là, des
personnes qui ont été indemnisées et/ou victimes d'une lésion professionnelle
de cette nature. Alain?
M. Marchand (Alain) : Oui,
bien sûr. Donc, reconnaissance de la violence à caractère sexuel comme lésion
professionnelle va impliquer la mise en place de processus de réadaptation et
de retour durable au travail pour la victime. Évidemment, compte tenu de ce
type de lésion, les conséquences peuvent être multiples et diverses,
conséquences au plan physique, psychologique, somatique, sexuel et social.
Évidemment, tout ça peut varier d'une personne à l'autre. Dans certaines
situations, ça peut réellement provoquer un événement traumatique, et il y a...
(panne de son) ...importance aussi de la dimension psychosociale pour le retour
au travail. Les gens doivent retourner dans leur milieu, là où possiblement les...
là où les agressions se sont produites, donc il y a une dimension importante
qu'il faut prendre en considération.
Donc, deux grands enjeux, là, qu'on a
soulevés. Un premier enjeu qu'on a identifié, c'est qu'il y a très peu de
connaissances sur les effets pour les victimes de violence à caractère sexuel
en milieu de travail. Pour les besoins de ce mémoire, on a fait ici, à l'IRSST,
une revue rapide de la littérature et on a pu voir qu'aucun outil n'existait,
là, actuellement qui est spécifique à ce type d'évaluation. On a trouvé une
seule revue systématique qui aborde ces questions des conséquences, mais ce
n'était...
Haut de la page
11 h 30 (version révisé
e) M. Marchand (Alain) : ...des
conséquences, mais ce n'était pas spécifique à la situation en milieu de
travail, alors, donc, il y a vraiment des limites à cet égard-là. Et il existe
cette fameuse... cette fameuse échelle de limitations fonctionnelles sur
laquelle l'IRSST a travaillé, a publiée en 1991, mais on reconnaît, là, qu'il y
a des limites à cette... à l'utilisation de cette échelle.
Donc, deux grands enjeux, ce qui fait que
les approches pour nous aider à aborder cette question du retour et de la
réadaptation, on a trois approches, là, qui ont été... qui ont été proposées,
une approche basée sur les atteintes ou les déficiences, une autre qui est
basée sur les limitations fonctionnelles et une autre qui porte surtout sur l'évaluation
directe de l'incapacité. Donc, c'est... on va tenir en compte... on va faire
une évaluation qui va tenir en compte l'interaction entre la personne et son
environnement, on va prendre en considération l'état de santé et les
déficiences de la personne ainsi que sa capacité à faire face aux exigences du
milieu de travail. Et on peut dire que c'est une approche, là, qui est
préconisée par l'Organisation mondiale de la santé.
Alors, pour être en mesure d'avancer, on
pense, dans cette direction-là, de se donner une démarche d'évaluation pour les
travailleurs et les travailleuses. Il nous semble, là, nécessaire, là, de
procéder à la formation d'un groupe élargi qui va regrouper des experts en
provenance de diverses spécialités et disciplines avec, évidemment, une
connaissance, là, de la problématique et des différents contextes de travail.
Ce qui... Il faut arriver à développer de nouvelles connaissances sur les
conséquences des violences à caractère sexuel sur les... pour les travailleurs
et les travailleuses, là, on a vu, là, qu'il y a vraiment un manque de
connaissance à cet égard, ce qui va nous amener aussi à tenter d'établir un
consensus sur quels outils on doit retenir, quels tests on doit intégrer dans
cette évaluation-là, qu'on peut faire, des capacités de la personne et,
évidemment, en venir à une clarification des rôles et responsabilités des
professionnels qui accompagnent les victimes de violences à caractère sexuel,
en lien, évidemment, avec cette démarche.
Alors, étant donné notre mission à l'IRSST,
là, de favoriser la recherche appliquée en matière de santé et sécurité, donc,
on se met à la disponibilité, là, des partenaires du monde du travail pour
initier une démarche, démarche qui va mener au développement d'une procédure
qui va nous permettre d'évaluer, de procéder à de bonnes évaluations pour la
réadaptation et les retours au travail pour les personnes qui sont victimes d'une
lésion causée par une violence à caractère sexuel.
Mme Sauvageau (Lyne) : Donc,
avant de vous remercier, donc, l'intention ou ce sur quoi on souhaite porter l'attention
des membres de la commission, c'est qu'en fait, la mise en œuvre du projet de
loi nous interpelle dans le sens où on a un travail pour aider le retour au
travail et le maintien durable au travail des personnes victimes de ce type de lésion.
Merci.
La Présidente (Mme D'Amours) : Je
suis maintenant prête à entendre le ministre pour sa période d'échange.
M. Boulet : Merci, Mme la
Présidente. Merci, Mme Sauvageau, M. Marchand, Mme Nastasia. C'est intéressant
parce que vous abordez le projet de loi sous un angle différent. Évidemment, c'est
à connotation réglementaire, parce que le projet de loi vise à établir une
substance pour permettre plus de prévention, un meilleur accompagnement, un
meilleur soutien, mais il y a aussi des mesures administratives. Mais
souvenez-vous, quand on a fait le projet de loi modernisant le régime de santé
et sécurité, constamment, quand on faisait des comparaisons, on réalisait que
les durées d'absence suite à un accident ou une maladie professionnelle étaient
beaucoup trop élevées au Québec, ce qui faisait que les coûts étaient beaucoup
plus importants pour les employeurs qui paient les cotisations permettant d'indemniser
les travailleurs, et on s'est assurés que les travailleurs, travailleuses
blessés ou malades puissent accéder à des mécanismes de réadaptation, que ce
soit social ou professionnel, le plus rapidement possible.
Donc, vous, ce qui vous interpelle, c'est
particulièrement les conséquences, qu'est-ce que les violences à caractère sexuel
peuvent engendrer chez la personne victime. Et je pense qu'il y aura beaucoup
de matière à considérer pour un éventuel règlement dans la mise en application
des mesures administratives et pour le bénéfice des médecins qui font le suivi,
là, que ce soient les médecins qui sont désignés par les employeurs ou les
médecins traitants parce que quand ils remplissent les formulaires sur les cinq
éléments médicaux, il y <a...
M. Boulet :
...quand
ils remplissent les formulaires sur les cinq éléments médicaux, il y > a,
notamment, les limitations fonctionnelles. Ça fait qu'il faut identifier les
limitations fonctionnelles pour déterminer ce que la personne serait en mesure
de faire. Parce que M. Marchand référait à un retour au travail durable, mais
pour permettre un retour au travail durable, ça prend un minimum de précision
quant à l'identité des limitations fonctionnelles, qu'elles soient temporaires
ou permanentes. Ça fait que je pense que la contribution de l'IRSST peut être
extrêmement intéressante pour déterminer les tenants et aboutissants de ces
limitations-là puis faire avancer la science médicale. Moi, je trouve que c'est
un... une approche... puis on va certainement, Mme Sauvageau, s'en reparler,
puis là, je ne veux pas prendre tout le temps, là, mais je vais vous faire
discuter.
Donc, vous savez qu'on propose, dans le
projet de loi, que les programmes de prévention et de prise en charge soient
intégrés... ou les politiques soient intégrées dans les programmes de
prévention ou les plans d'action, là, dépendamment de la grosseur de
l'entreprise. Est-ce que vous pensez que le contenu minimal que nous avons dans
notre projet de
loi sur la politique de prévention devrait inciter, dans la
mesure où il est intégré au programme de prévention en santé et sécurité, qu'il
y ait une recherche plus poussée sur ce que vous considérez comme étant les
conséquences ou les limitations fonctionnelles découlant d'une violence à
caractère sexuel? Je ne sais pas, Mme Sauvageau, M. Marchand ou Mme Nastasia,
là, lequel ou laquelle veut répondre.
• (11 h 40) •
Mme Sauvageau (Lyne) : En
fait, le propos ou ce qu'on souhaite... Effectivement, il y a une question, je
pense, qui le... Là où on voit notre apport, là, où on voit la plus-value de ce
que peut amener l'IRSST, c'est vraiment de... c'est la contribution dans la...
je dirais, dans la façon d'évaluer la capacité de la personne à revenir au
travail. Compte tenu de la complexité, je dirais, la nature de la lésion, les
outils actuels sont limités dans notre... En fait, il y a deux choses, là, on
l'a dit. Il y a la limite même de... je dirais, de l'outil qui est utilisé en
ce moment puis il y a la volonté de mieux comprendre les conséquences pour ces
victimes-là.
Est-ce que, quand on... Je pense, c'est
ça, ce qu'on dit, c'est que la mise en œuvre du projet de loi va probablement
nous amener à avoir, en définitive, beaucoup plus de personnes qu'on devra
accompagner dans un processus de retour de... tel que vous le proposez. Est-ce
que ça devrait être intégré d'emblée dans un... dans une approche de
prévention? Je vous dirais peut-être que j'enverrais la réponse... le
questionnement à M. Marchand, mais, a priori, c'est peut-être confondre les
genres, selon nous. On est vraiment... Nous, je pense qu'on a une... vraiment
un apport spécifique à faire pour aider, je dirais, un retour réussi dans les
milieux de travail puis une compréhension des conséquences pour les
professionnels qui cheminent avec ces personnes-là.
Alain, je ne sais pas si...
M. Marchand (Alain) : Bien,
on peut peut-être ajouter que l'ensemble des investissements qu'on peut faire
en termes de prévention, de pratiques, de programmes, de formations,
interventions politiques et tout ça, va évidemment nous aider à faire une
meilleure prévention en milieu de travail, et donc, évidemment, on salue les
efforts qu'on peut mettre dans cette direction-là pour arriver à prévenir les
cas de violence à caractère sexuel. Alors, que répondre... que oui? Je pense
que plus on va en faire, mieux ça va être.
M. Boulet : ...Marchand, moi,
j'élargirais le mandat, entre guillemets, en faisant une analyse un peu plus
poussée de ce que peut être l'atteinte permanente à l'intégrité physique ou
psychique, parce que ça, ça a un impact sur l'indemnité pour dommages corporels
versée aux travailleurs, travailleuses. Et souvent on a l'impression, bon, ces
violences-là, à caractère sexuel, peuvent engendrer des... non seulement des
limitations fonctionnelles qui retardent le retour au travail, mais des
atteintes permanentes qui empêchent de revenir dans ton travail prélésionnel,
pré violence à caractère sexuel. Ça fait que moi, je pense qu'au-delà des
limitations fonctionnelles, il faut s'attarder, aussi, <aux...
M. Boulet :
... qu'au-delà des limitations fonctionnelles, il faut
s'attarder, aussi, > aux atteintes permanentes à l'intégrité physique
et psychique. Et, évidemment, il va y avoir du travail de collaboration à faire
avec les médecins qui pratiquent particulièrement en santé-sécurité., puis
impliquer la CNESST qui est ici présente, qui nous écoute aussi en même temps.
Moi, ça va compléter mes remarques, Mme la
Présidente, mais je veux vous dire merci. Bravo pour votre volonté de
contribuer. Puis, évidemment, même si ce n'est pas dans le projet de loi qu'on
va identifier les limitations fonctionnelles et/ou l'atteinte permanente, je
pense que votre mémoire nous invite à avoir une vision de l'avenir. Et, dans la
mesure où ces violences-là sont bien reconnues et bien indemnisées, il va
falloir s'assurer, par la suite, qu'on détermine bien comment ça engendre des
déficiences ou des limitations. Et ça, ça va être pour le bénéfice des
travailleurs et travailleuses ainsi que des employeurs.
Une voix : ...
M. Boulet : Oui, ma collègue,
ma collègue de Hull aurait une question.
La Présidente (Mme D'Amours) : Oui.
Est-ce que vous avez terminé, M. le ministre?
M. Boulet : Oui, c'était
terminé.
La Présidente (Mme D'Amours) : Ah,
parfait. Donc, je vais céder la parole à la députée de Hull.
Mme Tremblay : Oui. Oui,
bonjour. Lors de votre exposé, vous avez parlé, là, que, bon, il y avait très
peu de choses qui se faisaient, qu'on allait être probablement innovateurs au
Québec, là, en mettant en place cette échelle-là, mais, parmi, là, ce que vous
avez recensé dans la littérature, là, j'aimerais ça... bien, s'il y a un petit
quelque chose qui se fait ailleurs, c'est quoi? Puis de voir, tu sais, la
perspective que ça ça va amener ici, au Québec, puis comment ça va... Vous
l'avez un peu expliqué, là, l'implantation, comment vous voulez implanter cela,
mais est-ce que vous avez déjà aussi créé des liens avec des différents
partenaires, également? Donc, voir un peu ce que vous avez recensé puis les
liens que vous créez ou que vous souhaitez créer avec les différents
partenaires.
Mme Sauvageau (Lyne) : Alain,
je crois que la question est toute indiquée pour toi.
M. Marchand (Alain) : Bon,
alors, c'est ça, comme on est trois, on les prend à la balle. Voilà. Alors,
bien, écoutez, oui, là, c'est une démarche, évidemment, qu'on va entreprendre,
on a... Par exemple, l'IRSST est en lien avec un réseau en réadaptation, ce
qu'on appelle le REPAR. Il y a plusieurs acteurs qui sont impliqués sur les
questions de retour et de réadaptation en milieu de travail. Donc, on est assez
bien outillés, ici, à l'IRSST, avec des partenaires pour être en mesure de
faire avancer, là, un programme pour nous aider à mieux faire nos évaluations,
pour s'assurer que les personnes qui retournent, retournent au travail dans les
conditions optimales.
Et la question, le point qui a été soulevé
par M. le ministre sur essayer de comprendre davantage les incapacités
permanentes que ces situations-là ont provoquées, là, il y a vraiment quelque
chose, là, qu'on pourrait aussi développer avec des partenaires autour de nous,
nos équipes de chercheurs, les collaborations qu'on a dans les... avec les
universités, etc.
Une voix : Peut-être, pour
ajouter...
Mme Tremblay : Moi, j'aurais
peut-être une dernière question, là. Au niveau des risques psychosociaux,
est-ce que vous en avez identifiés qui sont plus... pour éviter, là, les
séquelles, est-ce qu'il y en a que vous avez plus ciblés que d'autres qui
peuvent éviter des séquelles dans les travaux que vous avez faits jusqu'à
maintenant?
M. Marchand (Alain) : Bien,
écoutez, moi, j'ai... comme chercheur, j'ai travaillé beaucoup sur ce qui amène
les gens à développer des symptômes de détresse, de dépression, d'anxiété,
d'épuisement professionnel. Pour avancer sur la question de savoir... pour les
personnes qui ont vécu une violence à caractère sexuel et, en particulier, les
conséquences par la suite, ça, il y a un peu plus... il y a davantage de
besoins en matière de recherche, mais, assurément que des observations qu'on va
faire sur la nécessité du soutien social au travail, la nécessité de ne pas que
ces personnes-là se retrouvent en situation d'isolation, ça va être des
facteurs extrêmement importants, mais surtout de montrer dans quelle mesure que
la direction ou l'entreprise accueille favorablement ce retour et met en place
des conditions favorables qui vont permettre à la personne de bien retourner au
travail.
Alors donc, évidemment, il y a... on a
toute une connaissance sur les risques psychosociaux, là, je pourrais vous en
sortir une liste d'une vingtaine, là, mais spécifiquement pour la question des
personnes qui ont vécu une violence à caractère sexuel, je pense qu'on a besoin
d'avancer encore un peu plus pour mieux comprendre le rôle des risques
psychosociaux en lien avec le développement de conséquences particulières pour
ce type de lésions.
Mme Tremblay : Donc, votre
échelle, vous allez... Bon, vous avez parlé d'une certaine échelle, donc de
bien, justement, établir comment la personne, tu sais, elle est <touchée...
Mme Tremblay :
...comment
la personne, tu sais, elle est > touchée, puis où est-ce qu'elle en est,
ça permettrait à l'employeur, justement, de mieux adapter, selon ce que je
comprends, là, le retour au travail aussi de la personne puis de favoriser
finalement la réussite, là, de ce retour-là.
M. Marchand (Alain) : Assurément,
avec les bons outils, on devrait arriver à faire un excellent retour au travail
de la personne. Mais on a besoin de travailler dans cette direction-là, par
contre.
Mme Tremblay : Parfait. Bien,
je vous remercie.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
Je cède maintenant la parole à la députée de Bourassa-Sauvé.
Mme Cadet : Merci beaucoup,
Mme la Présidente. Merci beaucoup à vous trois et, donc, aux personnes qui vous
accompagnent en filigrane, d'être virtuellement, donc, présents, donc, pour ces
consultations particulières, merci d'avoir accepté l'invitation. Je pense qu'à
la fin de votre exposé, juste avant, donc, la période, donc, d'échange avec le
ministre, vous avez bien embouteillé l'essence de votre démarche et du rôle,
là, que vous entrevoyez jouer. Je l'ai noté, là, vous disiez, donc, aider au
retour au travail et au maintien durable des personnes victimes de ce type de
lésion. Donc, on comprend vraiment que c'est dans ce cadre-là que vous voyez
votre champ d'intervention. Donc, à ce titre, la première question que j'ai
pour vous, c'est de voir, donc... et généralement, tu sais, vous, quand vous
avez pris connaissance, donc, du projet de loi n° 42 tel que rédigé, est-ce qu'il
y a des articles qui limiteraient, qui... ou qui empêcheraient, là... mais je
n'irais même peut-être pas jusqu'à dire ça, mais qui... qui, pour vous, là,
seraient peut-être un frein, donc, à cette... à cette mission-là? Donc, s'il y
a des articles qui pourraient être mieux formulés, ou des amendements qui
devraient être déposés pour permettre, là, que le cadre, donc, qui vise à...
comme l'indique le libellé du... du
titre du projet de loi, donc prévenir et
combattre, donc, le harcèlement psychologique et la violence à caractère sexuel
en milieu de travail. Est-ce qu'il y a des articles qui limitent le rôle, là,
d'aider au retour au travail et au maintien durable?
• (11 h 50) •
Mme Sauvageau (Lyne) : Je
n'avais pas... pas dans la lecture que nous, on en a faite. Puis vraiment, on a
voulu... surtout, on a voulu attirer l'attention sur des éléments qu'il fallait
mettre en place au moment où le projet de loi, par exemple, serait adopté ou
mis en œuvre, les éléments qui... sur lesquels il nous semblait, en fait, que
la lumière n'était pas mise, mais c'est... ça ne... et qui interpellait notre
rôle à nous comme institut de recherche. Donc, je ne sais pas si c'est... c'est
clair. C'est qu'en fait la lecture qu'on fait du projet de loi, il n'y a rien
qui limite, là, au contraire, toutes les dispositions sont là pour favoriser la
réadaptation et le retour durable. Je veux dire, toutes les... toutes les... je
veux dire, on a des lois, il y a des mécanismes qui sont en place, on pense,
nous, qu'on a un rôle à jouer pour spécifiquement venir mieux appuyer les
professionnels qui sont investis du côté de la réadaptation et du retour
durable au travail à travers un travail qu'on a, je dirais, déjà... qu'on a
amorcé en 1991. Et on voit que cette échelle-là, qu'on a développée, elle est
très bien acceptée, mais il y a moyen de l'améliorer, et il y a moyen de la
spécifier, ou, en tout cas, il y a du travail à faire pour tenir compte des
risques psychosociaux, notamment, et encore davantage, là, je dirais, le
travail est encore peut être plus grand quand on veut à déterminer les
capacités de la personne à revenir en milieu de travail lorsqu'elle a été
victime de lésions de type violences à caractère sexuel.
Alors, nous, on voit qu'il y a... il y a
peu de choses dans la littérature, on... vous le verrez, là, peut-être, à la
lecture approfondie du mémoire, il y a peu de choses sur cette dimension-là,
des violences à caractère sexuel en milieu de travail, lorsqu'on veut
effectivement favoriser un retour durable. Donc, là où on voit qu'il y a une
contribution de connaissances originales à faire pour permettre de mieux
soutenir les professionnels qui seront appelés, peut-être, de plus en plus, ou
en tout cas qui seront appelés à faire ce travail de retour, avec, je dirais,
des guides, des tests qui sont standardisés, bien reconnus.
Mme Cadet : Puis... puis,
oui, j'ai vu ça dans votre mémoire, là, qu'effectivement, donc toute la
question du déficit de littérature, puis c'est certain, puis j'imagine que
c'est votre approche aussi. Donc, vous accueillez... bon, vous accueillez,
quand même, donc, favorablement, le dépôt du projet loi dans une perspective de
recherche et de bonification de la littérature. Parce que, bon, avec le... je
vous... donc, je vous vois hocher de la tête, donc, en <précisant...
Mme Cadet :
...le...
je vous... donc, je vous vois hocher de la tête, donc, en > précisant,
donc, les différents mécanismes en matière de prévention des VACS, bien, ça
vous permet, donc, d'avoir, donc, plus de cas et de bonifier, donc, l'échelle
dont vous parliez précédemment. C'est bien ça? Parfait.
Ensuite, bien, l'autre aspect, donc, ça,
je pense que c'était plus dans vos échanges avec le ministre, donc, vous
parliez, donc, du rôle de prévention, donc j'avais peut-être un peu, donc, la
même... la même question. Donc, en mettant mon chapeau de législateur, donc, en
pensant, donc, à la prochaine étape pour nous, là, qui va venir, là, qui va
être de l'étude détaillée du projet de loi, donc, c'est aussi sous cette
loupe-là que je vous pose... je vous pose ces questions-là, donc, sur l'aspect
prévention aussi, est-ce que... s'il y a... est-ce qu'il y a des moyens de...
des avenues de bonification, là, que vous voyez, que vous vous dites : Ah
bien... de bonification, tu sais, d'une part, puis... puis... puis en vous
parlant puis en échangeant, aussi, sur votre rôle, des éléments qui vous... que
vous dites : Ah, bien ça, ça nous permettrait, là, de mieux avoir accès
aux données ou mieux pouvoir... Bien, je pense, c'est vraiment, donc, l'accès
aux données, là, vraiment, donc, être capables, donc, de colliger le tout, là,
pour bonifier la littérature. Donc, le volet prévention mais aussi donc le
volet sur lequel on vient d'échanger, sur la bonification de la littérature,
est-ce qu'il y a des éléments qui vous faciliteraient la tâche à cet égard-là?
Mme Sauvageau (Lyne) : Alain,
je pense que je... toute la question, peut-être, d'accès aux données, c'est
peut-être un petit peu dans... c'est davantage dans tes... en lien
spécifiquement, peut-être, avec cette préoccupation-là, je dirais, de... Je te
laisse... je te laisse la parole, Alain, sur ces éléments-là.
M. Marchand (Alain) : Oui.
Bien évidemment, là, il y a un besoin de connaissances nouvelles, ça, c'est
clair, mais il y a un besoin, aussi, peut-être, de... d'une meilleure
surveillance de comment va évoluer la situation en matière de... en matière de
réclamation de lésion. Ici, à l'IRSST, on a pour mission, entre autres, de
surveiller comment se profilent, au fil du temps, les lésions professionnelles
et, donc, d'avoir accès à des informations qui vont nous permettre de voir où
sont les principaux problèmes, où sont les foyers de lésions professionnelles à
caractère... à caractère sexuel, les différences hommes/femmes, selon l'âge,
selon les secteurs, selon la profession. Donc, nous, on peut évidemment arriver
à mieux documenter cette évolution-là de ce profil-là, lésionnel, à partir des
informations de surveillance qu'on a à l'IRSST à partir des données de la
commission, entre autres, où on fait ces évaluations, mais aussi d'autres
données qui pourraient être disponibles, des données plus larges auprès de la
population, on pense aux données de l'Institut de la statistique du Québec, des
données de Statistique Canada. Alors, donc, il y a vraiment, là, un intérêt
marqué pour être en mesure de mieux suivre puis de voir, aussi, en fonction des
interventions qu'on fait, comment la législation, par exemple, a des effets
pour nous aider à réduire ces lésions-là au fil... au fil du temps.
Mme Cadet : Là-dessus...
Ah...
Mme Sauvageau (Lyne) : Peut-être,
j'ajouterais qu'en fait... puis là, j'élargis peut-être à toute la notion de
risque, prévention, santé mentale, risques psychosociaux, ce qu'on voit, c'est
que, oui, il y a beaucoup de littérature sur la connaissance de ces risques-là,
ce qu'on a moins, en fait, en termes de prévention, c'est quelles sont les
interventions efficaces en milieu de travail pour, je dirais, prévenir
l'apparition de lésions pour soutenir les travailleurs. Donc, la connaissance
des risques, elle est là, hein... (panne de son), la connaissance des
interventions qui sont... (panne de son) ...efficaces à mettre en œuvre en
milieu de travail. Là, il y a effectivement, je dirais, des... il y a encore
des... je pense, de la recherche à faire, des connaissances à avoir, et c'est
peut-être dans le champ de la... je dirais, de la mise en œuvre, aussi, même en
prévention, des interventions qu'on sait efficaces en milieu de travail, il
reste du travail à faire... il reste de la recherche à mener.
Mme Cadet : J'ai une question
aussi sur le délai de présomption... donc, à l'article 28.0.2, dans le
libellé du projet de loi, on dit : Une maladie d'un travailleur qui
survient dans les trois mois après que ce dernier ait subi de la violence à
caractère sexuel sur les lieux du travail est présumée être une lésion
professionnelle. Est-ce que le... en regard, là, de ce que vous mentionnez dans
votre mémoire pour élaborer un plan de réadaptation individualisé adéquat puis
d'évaluer, donc, les conséquences multiples que peuvent entraîner les VACS,
est-ce que ce délai-là, est-ce qu'il est trop court, selon vous, il est trop
long? Comment est-ce que vous l'évaluez?
Mme Sauvageau (Lyne) : ...peut-être,
Alain, je ne sais pas si nous, <spécifiquement...
Sauvageau (Lyne)T :
...peut-être, Alain, je ne sais pas si
nous, > spécifiquement , on a... Cette question-là, en fait, elle
est... elle est très, très pointue, là. Est-ce qu'on a, nous, des données
probantes en lien avec ça? Je ne peux pas vous... je ne pense pas que...
Mme Cadet : Pas encore.
Mme Sauvageau (Lyne) : C'est
ça, et voilà. En revanche, sur les liens, peut-être, Alain, je sais que toi,
tes travaux ont mené potentiellement, là, sur la question des liens entre
les... les lésions, par ailleurs, et de ce type de violence là, des lésions...
La Présidente (Mme D'Amours) : 20 secondes...
M. Marchand (Alain) : Oui,
bien, rapidement, écoutez, on a... on sait que... d'avoir vécu une lésion a des
conséquences sur le plan physique, mental. Et quel est le délai? Ça, je ne serais
assurément pas en mesure de vous répondre là-dessus, là, on aurait possiblement
besoin de connaissances là-dessus aussi.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci
infiniment. Nous sommes maintenant rendus au député d'Hochelaga-Maisonneuve
pour sa période d'échange.
M. Leduc : Merci beaucoup,
Mme la Présidente. Bonjour à vous trois. Merci d'être là. J'aimerais d'abord...
question plus générale, comprendre un peu comment ça fonctionne, votre récolte
de données. Tout le monde dit qu'il manque des données. Quelles sont les
données, des fois, qui nous... qui nous manquent? Qu'est-ce qu'il faudrait
faire pour mettre la main dessus? C'est-tu plus le traitement des données qui
est difficile ou qu'il manque de temps? J'aimerais ça vous entendre un peu
là-dessus.
• (12 heures) •
M. Marchand (Alain) : C'est
une question qui est fort intéressante. Écoutez, on a actuellement, nous, à
l'IRSST, nous, accès aux données de la commission, on a certaines informations
que collige la commission qui nous permettent de comprendre, de faire des
profils en matière de... en matière de lésions. C'est sûr que ce qui manque, au
Québec, ce sont des enquêtes plus spécifiquement orientées santé, sécurité du
travail, là, des enquêtes à grand déploiement, avec un nombre appréciable de
personnes sur le marché du travail qui répondent, avec des volets qu'on
pourrait explorer spécifiquement sur des questions de l'exposition à des
violences à caractère sexuel, par exemple, là, ou autres risques psychosociaux.
Sur ce plan-là, je pense qu'on pourrait
faire un effort supplémentaire, là, en termes de société pour mieux documenter
les réalités vécues par les personnes en milieu de travail. On a évidemment
l'enquête sur la santé de la population, mais c'est un tout petit volet qui est
dédié... qui est dédié au monde du travail. On avait vraiment besoin d'avoir
des enquêtes beaucoup plus importantes en matière de santé et sécurité, avec
des... vraiment des problématiques spécifiques au monde du travail. Alors là,
comme vous pouvez le voir, là, il y a vraiment un besoin, là, en matière de
données pour être en mesure d'encore mieux documenter, là, les différentes
expositions auxquelles sont soumis les travailleurs, travailleuses.
M. Leduc : Si je comprends
bien, vous me corrigerez, mais ce n'est pas tellement l'accès aux données
brutes, l'enjeu, que le temps et les ressources pour les traiter puis en faire
une recherche x, là.
M. Marchand (Alain) : Bien,
je dirais, pas tant les traiter que les avoir sous la main, donc avoir des
données disponibles, avoir des données d'enquêtes récentes sur des populations
larges d'employés sur le marché du travail. Ces informations-là sont très peu
disponibles, mais une fois qu'elles sont disponibles, c'est facile de les
analyser, là.
M. Leduc : Donc, c'est
l'inverse, c'est la collecte de données qui est un problème, qui est difficile.
Qu'est-ce qu'il faudrait faire, alors, pour améliorer cette collecte-là? C'est...
plus de ressources, c'est-tu un meilleur maillage avec la CNESST?
Mme Sauvageau (Lyne) : Je
vous dirais que ce dont... ce à quoi M. Marchand fait référence en ce moment,
c'est davantage... c'est-à-dire qu'on a plusieurs types de données qui sont
accessibles, mais qui sont parcellaires, qui couvrent des aspects parfois
restreints pour des sous populations. Ce qu'on n'a pas, c'est vraiment comment
est-ce qu'on peut relier ça, peut-être, à des portraits d'ensemble,
c'est-à-dire qu'on a des réalités qui sont toujours particulières. Ce qu'on n'a
pas, c'est... c'est un petit peu l'idée, comme le recensement, hein?
On...pourriez faire une... l'idée, c'est d'avoir des données qui nous permettent
de voir l'ensemble des populations de travailleurs. Quand on... Et les données,
les enquêtes populationnelles, faites, par exemple, par l'Institut de la
statistique du Québec, n'ont pas vraiment, jusqu'à présent, été dirigées vers
cette population de travailleurs, vers l'ensemble des travailleurs. Ce qui fait
qu'on a des données populationnelles, dont une
partie qui concerne le travail,
ou alors les données de la CNESST qui regardent une autre réalité. C'est
comment on arrive à faire un portrait d'ensemble de tout ça qui est parfois
difficile. Donc, une enquête, je dirais, de nature populationnelle, qui vient
parler du monde du travail ou qui vient interroger les gens sur le monde du
travail, nous permettrait d'avoir...
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12 h (version révisé
e) Mme Sauvageau (Lyne) : ...ou
qui vient interroger les gens sur le monde du travail nous permettrait d'avoir
cette espèce de...
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
Mme Sauvageau (Lyne) : Ça
nous permet de passer de l'un à l'autre. Merci.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci
beaucoup.
M. Leduc : Merci beaucoup.
Merci.
La Présidente (Mme D'Amours) : Je
vais céder maintenant la parole au député de Jean-Talon, s'il vous plaît.
M. Paradis : Bonjour. Je vous
remercie de votre mémoire. Je dois dire que j'ai beaucoup appris en le lisant.
Si je comprends bien, ce que vous dites, c'est que, même pour une personne qui
n'a pas été victime de violence à caractère sexuel, la procédure d'évaluation
des limitations fonctionnelles ne fait pas l'unanimité, puis là vous dites :
Il y a beaucoup de travail à faire, notamment, maintenant, quand on se penche
sur le cas spécifique des violences basées sur le genre.
Je vais m'inscrire dans la foulée des
questions de ma collègue la députée de Bourassa-Sauvé en vous demandant :
Est-ce que vous avez des recommandations à nous faire, nous, à
titre de
législateurs? Est-ce qu'on devrait, dans le projet de loi qu'on est en train d'analyser,
donner... se donner des devoirs, donner des devoirs au gouvernement ou à une
institution particulière pour mieux équiper, notamment, je pense ici aux
employeurs du Québec, pour prévenir, d'abord, en matière de prévention, mais
aussi pour être capable de mieux accompagner les victimes pour un retour le
plus serein possible, le plus digne possible en milieu de travail? Est-ce qu'il
y a des choses qu'on peut faire? Parce que vous parlez d'études par des
experts, mais nous, comme législateurs, à quoi on devrait penser? En retenant
aussi qu'il y a des employeurs qui sont des toutes petites organisations, des
toutes petites PME et qui ont souvent... qui sont démunies face à ça?
Mme Sauvageau (Lyne) : Écoutez,
spécifiquement pour... dans le projet de loi, à
titre de... je dirais, de
représentants de la population ou de parlementaires, c'est sûr que notre point
de vue à nous, c'est, ce qui est important, de fonder les actions et les
interventions sur des données probantes. Il arrive parfois que le législateur
est devant les données. Là, je dirais, on a besoin, pour mieux vous accompagner
dans le processus, de déployer des recherches dans le domaine. Et j'attirerais
votre attention sur l'importance peut-être d'investir dans le domaine ou dans...
pour tout ce qui s'appelle développement de nouvelles connaissances, recherche,
pour nous permettre de mieux vous accompagner dans des choix de société. Ce
serait le... ce serait ma réponse.
Est-ce que c'est... on doit l'inscrire
dans ce projet de loi? C'est plutôt une attention générale à laquelle
peut-être, là, comme représentants... sur l'importance de la recherche et de...
sur le... et l'importance du développement de connaissances. En santé et en
sécurité du travail, je dois dire qu'au Québec moi, je suis très fière, là, qu'on
ait un institut, des gens qui se consacrent à cette recherche-là. Au Canada, c'est
unique. On devrait capitaliser sur cette force-là au Québec, et puis voilà.
Donc, je vous remercie.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
Merci infiniment, chers invités. Maintenant... Merci pour votre contribution à
nos travaux.
Maintenant, je souhaite la bienvenue à la Commission
des normes, de l'équité, de la santé et de la sécurité du travail. Je vous
rappelle que vous disposez de 10 minutes pour votre exposé, et puis nous
commencerons la période d'échange. Je vous invite donc à vous présenter et à
nous lire votre exposé.
Mme Oudar (Manuelle) : Merci,
Mme la Présidente. Alors, d'abord, permettez-moi de vous remercier, ainsi que
les parlementaires, là, pour l'invitation ce matin. Je me présente, Mme
Manuelle Oudar. Je suis présidente-directrice générale de la CNESST, la Commission
des normes, de l'équité, de la santé et de la sécurité du travail. Je suis
accompagnée aujourd'hui de Me Mélanie Vincent, vice-présidente aux normes du
travail, M. Claude Beauchamp, vice-président à l'indemnisation et à la
réintégration au travail, et de M. Pierre Cyr, directeur général de la
performance et de l'innovation, alors, ici avec moi pour informer les
parlementaires et répondre à vos questions.
Par sa mission, vous le savez, la
commission s'inscrit dans la réflexion et dans la recherche de solutions afin
de prévenir le harcèlement sexuel et les agressions à caractère sexuel dans un
contexte de travail, bien sûr, dans la mission de la commission, notre mission
étant aussi d'accompagner les victimes qui font appel à nos services.
Selon le rapport des trois chercheuses, d'ailleurs
que je remercie chaleureusement, Mme Cox, Mme Laflamme, Mme Gesualdi-Fecteau,
au sujet du harcèlement sexuel dans le milieu de travail, rapport qui a été
rendu public au printemps, elles constatent que les comportements sexualisés
inappropriés ou discriminatoires sont encore monnaie courante. Selon le
rapport, au Québec, presque une personne sur deux, puis je pense que vous l'avez
cité plusieurs fois ici depuis hier, 49 % ont observé ou subi un <comportement...
Mme Oudar (Manuelle) :
...hier,
49 % ont observé ou subi un > comportement sexualisé inapproprié ou
discriminatoire en milieu de travail au cours des 12 mois précédant le sondage
effectué par Statistique Canada. Quant aux personnes visées personnellement par
un comportement sexualisé ou inapproprié, j'ajoute que les femmes sont deux
fois plus nombreuses que les hommes à indiquer avoir subi un comportement
sexualisé, inapproprié ou discriminatoire au cours de la dernière année. Selon
nous, c'est inacceptable. Selon elles aussi, les chercheuses, il faut que les
milieux de travail améliorent la prise en charge des enjeux de harcèlement
sexuel et d'agressions à caractère sexuel, et ce, par la formation, la
prévention, mais aussi en ce qui concerne le processus de traitement des
plaintes. Et c'est là que la CNESST souhaite rappeler l'importance de prendre
soin des victimes et de toujours améliorer nos pratiques.
C'est pourquoi nous, on a collaboré de
façon très étroite avec les chercheuses, à la fois pour examiner en profondeur
nos façons de faire, mais aussi pour changer certaines pratiques. Et on a
conclu également une entente de partenariat avec Juripop en décembre dernier.
Dans la foulée de la mise en œuvre des recommandations, on a effectué des
travaux sur notre offre de services aux victimes de harcèlement sexuel ou
d'agression à caractère sexuel. Comme vous le savez, l'offre de services, à la
commission, elle s'étend du début de l'appel des victimes auprès de la
commission jusqu'à leur représentation devant les tribunaux, où... on assure
sans frais la représentation des victimes devant les tribunaux.
• (12 h 10) •
Il est important de bien les accompagner,
les victimes, et, sur un total de 82 recommandations qui se trouvent dans le
rapport, 23 concernaient des améliorations administratives, des améliorations
qu'on a déployées au cours de l'automne dernier. Donc, à ce jour, 90 % de
ces recommandations sont mises en place. Elles ont d'ailleurs été présentées au
conseil d'administration, parce que la question a été posée hier par quelqu'un
en auditions, elles ont bien été présentées au conseil d'administration en
septembre 2023, et même, je remercie les chercheuses puisqu'elles sont venues
faire la présentation de leur rapport aussi, également.
Alors, ces recommandations et celles qu'on
a mises en œuvre concernent plus particulièrement la formation continue pour
l'ensemble des intervenants, l'amélioration du processus de traitement des
réclamations, le développement aussi des liens institutionnels avec les autres
organismes. On a aussi optimisé la prise en charge pour offrir un service
personnalisé aux victimes de violence à caractère sexuel. On a consolidé aussi
une ligne de traitement. On a une équipe de six agents aussi dédiés uniquement
aux réclamations. Alors, c'est des exemples de changements qu'on a procédé
aussi au cours de l'automne.
Je voudrais vous parler des risques
psychosociaux, parce que vous avez certainement vu qu'on a lancé une grande
campagne publicitaire à l'automne dernier. Pour nous, protéger la santé,
assurer l'intégrité physique et psychique des travailleuses et travailleurs,
c'est au cœur des lois du travail. Une attention particulière a donc été
apportée aux risques psychosociaux, particulièrement sur les violences
physiques et psychologiques, qui incluent la violence conjugale, familiale ou à
caractère sexuel. À
titre d'organisme gouvernemental de la mise en application
des lois du travail, on a priorisé nos interventions qui permettent de soutenir
le développement d'une culture de prévention. On a fait en sorte que la prise
en charge soit aussi adéquatement assurée par les milieux de travail.
Hier après-midi aussi, vous avez eu le
dépôt de la planification stratégique de la CNESST à l'Assemblée nationale,
planification qui a été adoptée par le CA en décembre dernier. Donc, vous allez
voir qu'il y a un indicateur très pertinent, le 1.2.2, qui est effectivement
l'obligation des employeurs de se doter d'une politique de prévention de
harcèlement psychologique et sexuel. Alors, les choses tombent à point.
Le temps m'est compté, Mme la Présidente,
alors je vais aller rapidement sur les points qu'il me reste à traiter. Comme
je vous le disais tout à l'heure, donc, on a annoncé une grande initiative et
nos... le lancement de nos travaux au niveau de la promotion de la santé
psychologique. On a ajouté aussi 18 conseillers et conseillères en santé
psychologique à temps plein qui oeuvrent exclusivement à la promotion de la
santé psychologique au travail. Puis, en parallèle, le travail en synergie est
fait avec les spécialistes des normes du travail pour se concerter dans les
actions à fournir, les renseignements aussi à donner puis les recours plus
spécifiques en matière de harcèlement. À ce jour, c'est 300 activités qui ont
été réalisées auprès de 800 employeurs, presque 3 000 travailleuses et
travailleurs qui ont été <rencontrés...
Mme Oudar (Manuelle) :
...3 000
travailleuses et travailleurs qui ont été > rencontrés, et, en 2024, on
va hausser nos activités à 900. Donc, avec la campagne publicitaire, l'ajout
des conseillers en santé psychologique, le rayonnement de ces actions est au
rendez-vous.
Si l'Assemblée nationale adopte le projet
de loi n° 42, la commission veut assurer les parlementaires qu'elle
répondra présente pour informer, accompagner les milieux de travail, diffuser
aussi les nouvelles mesures. On veillera à faire connaître les nouvelles
obligations aussi auprès des employeurs, des travailleurs, des partenaires, des
travailleuses, également, dans le cadre de toutes nos actions, là, de
communication, de prévention, de surveillance, toutes nos initiatives en
matière de promotion, de partenariat et d'accompagnement des milieux de travail.
Ça complète ma présentation. On va être
disponible pour répondre aux questions. Comme vous avez pu le constater, on a à
coeur d'informer les milieux de travail, de les accompagner dans la
compréhension et l'application conforme des lois.
Moi, je profite des quelques secondes qu'il
me reste pour rendre hommage aux victimes qui osent porter plainte. Je trouve
qu'on est là pour ça aussi, et aussi remercier les membres du personnel de la
commission, mais aussi tous ceux qui oeuvrent auprès des victimes, je pense aux
CAVAC, je pense aux organismes communautaires, mais aussi aux corps policiers,
on n'en a pas beaucoup parlé aussi, aujourd'hui, il y a des gestes qui
nécessitent aussi qu'une plainte à la police soit portée. Alors, je remercie
l'ensemble des acteurs et actrices de la société québécoise qui oeuvrent auprès
des victimes. C'est un grand pas pour la réhabilitation.
J'en profite pour remercier aussi les
membres du personnel de mon organisation, des membres que j'apprécie
énormément, pour lesquels j'ai énormément d'admiration, ils font un travail
formidable, là, dans tous ces dossiers, pour soutenir et aider les milieux de
travail en prévention, pour lutter contre ce fléau, Mme la Présidente. Alors,
on est disponibles pour répondre aux questions. Merci.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
Merci infiniment pour votre exposé. Maintenant, la période d'échange avec le
ministre. La parole est à vous.
M. Boulet : Merci, Mme Oudar.
Merci pour la qualité du mémoire ainsi que de votre présentation de ce matin.
C'est important. J'ai quatre questions précises à vous poser, mais, d'abord,
mentionner que la CNESST, en matière de normes d'équité, de santé-sécurité,
joue un rôle vraiment primordial au Québec.
Puis ici on parle de violence à caractère
sexuel puis de harcèlement. On se souvient tous, puis vous les avez rencontrées...
donné un mandat à un comité d'expertes, et elles nous ont présenté un rapport
qui contient 82 recommandations. Et je voyais ce matin un représentant
syndical, via les médias, qui disait : Il n'y a rien dans le projet de
loi, en fait, peu pour accompagner, former et soutenir, mais il faut
constamment redire qu'il y a des recommandations d'application administrative
et des recommandations d'application législative. Et la CNESST, puis j'aime que
vous le mentionniez, a confirmé un partenariat avec Juripop qui accompagne des
personnes victimes, marginalisées, souvent, des personnes qui sont en dehors de
la société. Et ça, moi, je trouve que c'est une avancée considérable.
Puis, en matière de sensibilisation, de
formation, la CNESST est constamment là pour répondre aux besoins, s'assurer
que ce qui est identifié comme étant une priorité pour les employeurs, les
syndicats et les travailleurs... on soit en mesure d'avoir un plan d'action.
Puis votre plan stratégique, on l'a déposé effectivement hier au salon bleu, et
il fait état de l'ensemble de ce que vous réalisez pour atteindre nos objectifs,
mais je le dis, hein, puis... La CNESST, c'est un organisme qui est purement
paritaire, tu sais, il faut trouver un équilibre, là, ce n'est pas tout le
temps blanc, ce n'est pas tout le temps noir. Il faut trouver une voie de
passage qui s'appuie sur un consensus qui est raisonnable. C'est pour ça que je
le mentionnais au comité d'expertes, elles sont tout à fait conscientes de ce
qui a valeur administrative, qui est mis en application par la CNESST ou le
Tribunal administratif du travail. Parce qu'on n'en parle pas beaucoup, là,
mais il y a une équipe dédiée qui a déjà été formée, de juges, au Tribunal
administratif du travail, et de conciliateurs. Il va y avoir de la
confidentialité, des paravents, de l'accompagnement, des conférences
préparatoires individuelles. Il y a un ensemble de recommandations, ça fait
qu'il ne faut pas isoler ou fragmenter parce que ça nous fait perdre de vue la <globalité...
M. Boulet :
...ça
nous fait perdre de vue la > globalité de la mission que nous avons,
comme parlementaires, de lutter, de combattre et de prévenir le harcèlement et
particulièrement les violences à caractère sexuel. Ceci dit, le projet de loi
est toujours perfectible, puis c'est la raison pour laquelle on fait des
consultations particulières, puis, bon, j'ai fait des commissions
parlementaires avec mes collègues qui sont dans les partis d'opposition, il y a
le collègue de Jean-Talon, que je vais apprendre à découvrir et à connaître... Et
donc je veux vous donner l'opportunité de répondre à quatre questions bien,
bien précises. Qu'est-ce que vous mettez en place de façon concrète pour accompagner
les employeurs dans l'application de ce qui serait... bien, ce qui serait dans
la loi, là, mais dans ce qui est dans le projet de loi... donc, accompagnement
des employeurs, Mme Oudar?
Mme Oudar (Manuelle) : Merci,
M. le ministre, pour la question. Puis, effectivement, il faut rappeler que
c'est un maillage, là, toutes les mesures, les 83 recommandations du
rapport des expertes, à qui aussi nos propres... nos propres plans d'action
administratifs ont été présentés. Donc, on continue aussi ce maillage-là et ce
travail ensemble.
• (12 h 20) •
Donc, ces mesures, pour répondre à votre
question, pour accompagner les... plus précisément les employeurs... D'abord,
les employeurs, ils peuvent contacter, bon, l'agent de relation client pour
obtenir toute l'information. Ils ont aussi tout le soutien qui est effectué du
côté des inspecteurs et inspectrices. Il y a des mesures d'accompagnement qui
sont déployées par les inspecteurs et inspectrices, qui ont été formés, en
passant, sur les risques psychosociaux, parce que ça aussi, j'entendais qu'ils
n'étaient pas formés. Eux aussi... j'ai beaucoup d'admiration pour ces
personnes qui, dans le fond, soutiennent, convainquent, contraignent, hein?
C'est toujours le slogan de la commission : Soutenir, convaincre,
contraindre . On est là dans le soutien, l'accompagnement, et, s'il y a des
choses qui nécessitent effectivement qu'il y ait des interventions pénales,
elles seront faites, mais il faut retenir aussi qu'on est dans un rôle d'accompagnement.
Pourquoi? Pour la prise en charge de la prévention durable et de la santé-sécurité.
Les milieux de travail doivent aussi devenir des ambassadeurs de la prise en
charge de la prévention.
Les employeurs aussi peuvent faire appel
aux 18 conseillers, là, dont j'ai parlé tout à l'heure, là. C'est des
conseillers en santé psychologique au travail. Ils peuvent organiser une
activité de sensibilisation sans frais, donc, dans leur milieu de travail,
c'est offert de la façon dont ils le souhaiteront, virtuelle, présentielle,
dans tous les milieux de travail du Québec. Aussi, dès le processus de
traitement d'une plainte, l'employeur est toujours contacté. Donc, on va lui
expliquer la situation, le processus de traitement de la plainte, ses droits et
obligations aussi.
Puis notre service de médiation est assez
performant aussi, avec des très bons taux de satisfaction, là, dans nos
sondages clientèle, un bon taux aussi de règlement, à la... au choix des
parties. Il y a... Toute cette démarche-là est volontaire, bien entendu, là,
dans le processus de médiation. Ensuite, bien, quand il y a des décisions qui
sont rendues, bien entendu, là, les gens sont contactés pour les informer.
Là, j'ai parlé spécifiquement des services
directs à l'employeur, mais, si j'y vais à plus haut niveau, au niveau du site Web,
des outils qui sont développés, tout notre site Internet est adapté, là, depuis
l'automne passé, au niveau des risques psychosociaux, il le sera... Je m'excuse
si je prends trop de temps de votre... de parole.
M. Boulet : ...mais allez-y.
Non, non, moi, je vous laisse aller.
Mme Oudar (Manuelle) : Je
termine en vous disant, parce que c'est utile aussi, hein... Vous parlez
souvent des PME. Vous avez raison, on se rappelle, souvent, que la plupart
n'ont pas de direction de ressources humaines, donc c'est important de déployer
des outils qui peuvent être utiles. Donc, nous, on a déployé un modèle de
politique de prévention des... de la prise en charge, un modèle, un guide
aussi, une politique qui peut être adaptée à la situation de la PME en question.
Puis moi, je vous invite à visiter le site Web de la commission sur les risques
psychosociaux. Ça explique très clairement et de façon très vulgarisée c'est
quoi, les risques psychosociaux, puis des exemples de facteurs de risques
psychosociaux, de façon à avoir des exemples puis des choses très concrètes.
Alors, voilà, M. le ministre, je termine là-dessus.
M. Boulet : Merci, Mme Oudar.
Les 18 conseillers en santé psychologique, là, il faut constamment en
faire la promotion, ce n'est pas toujours connu, mais il y a un déficit de
connaissance de ce que nous faisons, particulièrement à la CNESST, puis ça
s'applique à bien des égards.
Puis la culture de prévention, elle est
aussi extrêmement importante, là. Si on veut lutter contre un <phénomène...
M. Boulet :
...là.
Si on veut lutter contre un > phénomène, il faut d'abord identifier les
risques pour mieux les contrôler, mieux les éliminer. Et les risques
psychosociaux, ça, ça émane de notre projet de loi modernisant le régime de
santé-sécurité du travail, puis le harcèlement... tu sais, ça en fait partie,
de ces risques-là. Donc, les employeurs, avec les syndicats puis les travailleurs,
doivent se prendre en charge, identifier ces risques-là pour les éliminer, mais
utiliser les outils que la CNESST met à leur disposition.
Donc, ma deuxième question, là, ça réfère
à la culture de formation, et la culture de signalement aussi, qu'il faut
améliorer, le signalement, de façon à ne pas craindre des représailles ou une
mesure quelle qu'elle soit, parce qu'on l'a vu dans un autre sondage commandé
par la Commission de la construction du Québec, 79 %, là, de ceux qui
observaient ou subissaient, ne signalent pas par crainte de représailles ou de
perte d'emploi. Donc, quelles sont les formations et les campagnes de
sensibilisation, ciblées par la CNESST, que vous mettez en application pour
prévenir, lutter et combattre?
Mme Oudar (Manuelle) : Alors,
tout à l'heure, effectivement, j'ai parlé de notre campagne sociétale. J'espère
que tout le monde l'a vue, elle a été rediffusée le 31 décembre, avec les
trois dragons, je vais vous expliquer...
M. Boulet : Une campagne
sociétale, là, sur le...
Mme Oudar (Manuelle) : La
campagne sociétale qui va être rediffusée au printemps, alors je l'explique sur...
bon, tout le monde l'a compris, je pense, parce que les Québécois sont très
intelligents, mais sur trois planches, donc, la première, le harcèlement
sexuel, la deuxième, le harcèlement psychologique, où on voit des gobelins, là,
qui parlent contre un employé avec un casque de la construction... D'ailleurs.
Le but de viser des personnages fantastiques, c'est de ne pas stéréotyper une
personne, par exemple, vous voyez? La troisième planche, dans la publicité,
c'est une personne qui crie après une réceptionniste à travers un Plexiglas,
alors c'est personnalisé par un énorme dragon. Là, je suis certaine que tout le
monde voit un peu à quoi je fais référence, effectivement.
Ça, c'est sur les risques psychosociaux. Donc,
les trois situations, le harcèlement sexuel, le harcèlement psychologique et
l'exposition à des chocs traumatiques fait en sorte qu'on... ça devient un
risque... des risques psychosociaux qui affectent la santé psychique et
psychologique du travailleur ou de la travailleuse. Ça émane, vous l'avez
mentionné aussi, d'un projet de loi qui a été adopté ici, le projet de loi 59,
dans le fond, qui a intégré toute la santé psychique et psychologique à
l'intérieur de la législation du travail. On vous remercie d'ailleurs
infiniment, M. le ministre, là-dessus, et les membres de la commission.
Parmi aussi les autres aspects
promotionnels et de publicité à grand déploiement qui ont été faits, outre la
campagne sociétale, bien, c'est de changer le site Web, de l'adapter, de
bonifier aussi toutes les pages qui sont existantes, de développer des outils,
comme je mentionnais tantôt aussi, qui sont adaptés, qui peuvent être utilisés
par les milieux de travail. Puis merci de mentionner aussi qu'on est un
organisme paritaire, donc, sur notre conseil d'administration. Tout ça est
déployé aussi en partenariat avec les membres du conseil d'administration,
patronal et syndical, ce qui permet d'avoir des outils qui sont pertinents et
utilisables dans les milieux de travail. On a développé aussi toute notre
stratégie, là, de communication. On l'a... on va fêter... souligner, pardon,
cette année, en 2024, les 20 ans d'introduction des dispositions sur le
harcèlement psychologique dans la
Loi sur les normes du travail. Donc, on
profite aussi de cet événement-là pour rappeler les dispositions et faire en
sorte, puisque ça faisait
partie aussi de votre question, M. le ministre... de
faire en sorte que... de sécuriser aussi les victimes dans cette crainte de
représailles qui a été exprimée à travers les divers sondages qu'on a vus.
M. Boulet : ...aussi que
90 % des 23 recommandations qui interpelaient la CNESST sont mises en
application. Je vais aussi reparler de la campagne sociétale. Et moi,
j'offrirais à mes collègues de Bourassa-Sauvé, Hochelaga-Maisonneuve,
Jean-Talon... mon acolyte de mon cabinet vous transmettrait... ça dure à peu
près deux minutes, là, le... puis ça a passé à peu près partout, là, Manuelle,
on l'a vu...
Mme Oudar (Manuelle) : Effectivement,
puis, à l'automne, on était dans le top cinq des... même avant la publicité, je
pense, du lait, et <autres...
Mme Oudar (Manuelle) :
...publicité,
je pense, du lait, et > autres sur... les campagnes publicitaires les
plus fortes.
M. Boulet : C'est une
campagne fine, subtile, intelligente, qui a retenu l'adhésion des syndicats
puis des employeurs, puis j'aimerais ça vous la partager, puis Linda aussi... excusez-moi,
«collègue de La Pinière». Et donc j'aimerais ça quand même... Ah! vous l'avez
vue? OK. Parfait. Donc, OK, excellent, puis j'apprécie énormément parce que...
je veux laisser à mes collègues du temps, mais votre collaboration que vous
exprimez dans l'application d'un projet de loi qui, souhaitons-le tous,
deviendra une loi au bénéfice du Québec et des Québécois et des Québécoises,
particulièrement les victimes d'un phénomène qui est désastreux dans les
milieux de travail. Merci beaucoup à vous quatre.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
OK, c'est la députée de Laporte en premier. Il vous reste deux minutes.
Mme Poulet : Bien, merci, Mme
la Présidente. Bonjour. Merci beaucoup de votre implication, à vous quatre.
Vous avez mentionné tantôt que la CNESST voulait changer certaines pratiques.
Vous publiez déjà des informations sur le harcèlement psychologique ou sexuel
au travail. Vous publiez d'ailleurs un portrait sur la violence, le stress, le
harcèlement au travail, incluant le harcèlement sexuel... de 2018... il y a un
rapport en 2018, 2019, 2022.
Le précédent groupe a mentionné qu'il
manque une enquête à grand déploiement avec volet sur la violence à caractère
sexuel, que la société pourrait faire un effort supplémentaire. Selon vous,
comment pourrait-on colliger le nombre de signalements auprès des employeurs?
• (12 h 30) •
Mme Oudar (Manuelle) : ...bonne
question. Puis on travaille énormément avec l'IRSST puisque, bien, vous le
savez, c'est le... nos cousins ou notre cousine, comme je dis souvent donc,
même conseil d'administration aussi, les mêmes membres, un organisme paritaire
aussi. Je pense que ce à quoi il faisait référence aussi, c'est d'avoir une vue
peut-être sociétale aussi de l'ensemble de la problématique. Parce que nous, à
la commission, bien, nos statistiques couvrent les personnes qui ont porté
plainte, qui ont fait appel à nos services. Du côté des normes, on ne couvre
que les non-syndiqués parce que quand on est syndiqué, le recours, c'est vers
le grief. Donc, au Québec, il faut savoir que 60 % des personnes sont non
syndiquées, on a un haut taux de syndicalisation par rapport aux autres
provinces canadiennes, mais il reste quand même qu'une
partie de la population...
Donc, la plainte et le recours et la défense des droits, c'est l'association
syndicale qui fait le même travail que, dans le fond, Mélanie Vincent, ici, au
niveau des normes. Il faut...
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
C'est tout le temps que nous avions...
Mme Oudar (Manuelle) : Ah!
pardon.
La Présidente (Mme D'Amours) : ...pour
la
partie gouvernementale. Je cède maintenant la parole à la députée de
Bourassa-Sauvé.
Mme Cadet : Merci, Mme la
Présidente. Bonjour, Mme Oudar. Bonjour. Ma première question toute
simple, donc, je cite le ministre : «Tout projet de loi est perfectible »,
donc, comment nous, comme législateurs, on peut réfléchir au projet de loi et
trouver des moyens pour que celui-ci facilite votre travail en matière de
prévention des violences à caractère sexuel ou de traitement, là?
Mme Oudar (Manuelle) : Bien, déjà,
en tout cas, je pense que c'est un grand pas en avant. Je pense que le projet
de loi va aider, en tout cas, au niveau du travail de la commission. On
s'attend aussi... Vous avez certainement vu, dans l'étude d'impact, qu'on a des
demandes au niveau des ressources, donc, on souhaite aussi avoir une solidarité
entière pour s'assurer que la vingtaine de personnes qu'on demande au niveau de
l'application qui est nécessaire soient au rendez-vous. C'est ce qu'on vous
mentionne quand on vous dit aussi qu'on assure l'entière application. Ça ne
fait pas
partie du projet de loi, mais ça fait
partie d'une application sensée
et judicieuse des articles qui sont prévus. Je salue, moi, le contenu du projet
de loi.
J'ai suivi les débats aussi d'hier avec
les chercheuses. Il y a des recommandations qui vous sont faites au niveau de
l'examen de certaines problématiques. J'ai bien aimé aussi certaines questions
sur les choix qu'elles ont... qu'elles suggèrent... qu'elles vous suggèrent,
là, sur le travail qu'il y a à faire, dans leur top trois ou quatre. Il y a des
idées qui sont intéressantes aussi là-dedans, alors je pense que ça fera
partie
de votre travail au niveau de l'étude
article par article, mais pour nous,
comme le projet de loi est là actuellement, c'est satisfaisant dans, à la fois,
la protection, la prévention aussi et l'accompagnement des victimes.
Mme Cadet : Merci. Puis, bien,
vous venez de le dire, là, que vous avez suivi un peu, donc, les débats d'hier,
puis je me demande... en fait, une des autres questions que je me demande plus
particulièrement, donc... Il y a des groupes, bien, d'un côté...
Haut de la page
12 h 30 (version révisé
e) Mme Cadet : ...il y a des
groupes, bien, d'un côté comme de l'autre, si on voulait dire ça comme ça,
parce que ça ne doit pas être toutes les parties, donc, sont pour le principe
du projet de loi, là, ils ont évidemment, donc, certaines revendications
précises, qui nous... en fait, qui nous soumettaient que l'article, donc, 33 du
projet de loi, qui définit les violences à caractère sexuel, pouvait peut-être
semer, donc, une certaine confusion avec la notion de harcèlement sexuel.
Évidemment, vous, au niveau de vos ressources, vous les formez, il n'y a pas
nécessairement d'enjeu. Mais est-ce que vous pensez que ça risque, au départ,
donc, de créer une certaine confusion au sein des différentes parties
prenantes, et que... qu'au départ, donc, vos ressources risquent d'être, je ne
veux pas dire «engorgées», là, mais, disons, «sollicitées» par rapport à cet
élément-là?
Mme Oudar (Manuelle) : La
définition qui se trouve à l'article 33, si je ne m'abuse, c'est une
définition qui est aussi basée à la fois sur des expertises, pas juste ici, au
Québec, mais ailleurs, sur, même, je pense bien, au niveau de l'OIT aussi,
également, l'Organisation internationale du travail. De notre côté, ce n'est
pas une problématique qui a été soulevée à l'interne dans la préparation qui
sera faite, là, au niveau des formations. Je pense que c'est... Ça ne pose pas
d'enjeu, là, dans la définition qui est... qui est proposée. On est donc dans
33, dans la
Loi sur la santé et la sécurité du travail.
Mme Cadet : D'accord, y
compris sur la question du contexte de gravité, là, je sais que... bien, vous l'avez
entendu hier, donc, une des... donc, a soumis à notre attention, donc, l'absence
du critère de gravité que l'on retrouve dans le harcèlement sexuel, et il y a d'autres
intervenants aussi, là, qui l'ont indiqué dans leur mémoire. Donc, pour vous,
donc, ici, donc, vous voyez vraiment, donc, ces éléments-là de façon
complémentaire.
Mme Oudar (Manuelle) : Oui.
Puis au niveau de la formation, bien, tenir compte effectivement de ce qui a
guidé la conception de la définition comme telle. Il n'y a pas de... il n'y a
pas d'enjeu, là, de notre côté, au niveau de la formation. Je ne sais pas si,
du côté des collègues, il y a des choses qu'ils souhaitent ajouter ou soulever.
Mme Vincent (Mélanie) : Je
tiendrais peut-être juste à préciser qu'en matière de normes du travail, il
faut se rappeler qu'une seule conduite peut mener... peut correspondre au
critère de harcèlement, là, dans la
Loi sur les normes du travail. Donc, quand
on parle de gravité, je comprends que c'est un concept qui existe
particulièrement en matière de santé et sécurité du travail, là, on est... on
est, disons, familiers avec ce critère-là en matière de SST, du côté des normes
du travail, bien, bien évidemment, un seul événement... Donc, on ne parle pas...
ce n'est pas tout à fait le contexte de gravité, mais on pourrait l'assimiler,
en quelque sorte.
Mme Cadet : Merci. Vous voyez
aussi, donc, que le délai de réclamation pour lésions professionnelles, donc,
passe, donc, de six mois à deux ans. Je voulais peut-être vous entendre
là-dessus, sur ce délai-là.
Mme Oudar (Manuelle) : Oui. C'est
une bonne chose aussi, effectivement, là, de laisser ce délai-là, cette
latitude-là aussi également. C'est conforme aussi aux dernières modifications
qui ont été faites dans la
Loi sur les normes du travail, où il y a une
certaine cohérence aussi avec le délai de deux ans. Donc, pour nous, ça ne
causait pas d'enjeu. Deux ans, bien, c'est un petit peu ce qu'on retrouve,
comme je disais, dans les lois du travail puis c'est ce qui permet peut-être
aussi à quelqu'un qui sera assigné à faire une enquête, d'aller retrouver les
témoins, d'aller documenter, d'aller rechercher la preuve. Donc, il n'y avait pas
d'enjeu, de notre côté, à être à deux ans.
Mme Cadet : Et, dans votre
étude d'impact, j'imagine qu'en termes, donc, de ressources, vous avez tenu
compte aussi, là, de... de ce délai, donc, élargi, donc, qui... donc, qui est
une bonne chose, mais pour vous assurer, donc, d'avoir assez de ressources pour
être capables, donc, de conjuguer avec l'augmentation des réclamations.
Mme Oudar (Manuelle) : Oui,
tout à fait. Parce qu'en fait tous les changements, celui-ci comme d'autres,
vont amener, et c'est tant mieux, une augmentation, c'est ce qu'on veut, hein,
des plaintes, puis de pouvoir aussi davantage accompagner des gens qui vont
venir faire appel à nos services, donc il faut aussi qu'on puisse répondre
présents.
Mme Cadet : Merci. Je passe
la parole à ma collègue.
La Présidente (Mme D'Amours) : Oui.
Je cède maintenant la parole à Mme la députée de La Pinière.
Mme Caron : Merci, Mme la
Présidente. Alors, bonjour à vous tous et merci pour votre mémoire et votre
présence.
Alors, j'ai remarqué que, dans votre
mémoire, il n'y avait pas de recommandation pour bonifier le projet de loi. Alors,
je ne peux qu'en déduire que le projet de loi, tel quel, même, vous convient.
Et la question que je me posais : Est-ce que vous avez tout ce qu'il faut
pour pouvoir mettre en application <ce qui vous revient...
Mme Caron :
...que je
me posais : Est-ce que vous avez tout ce qu'il faut pour pouvoir mettre en
application > ce qui vous revient?
Mme Oudar (Manuelle) : En
fait, comme je disais tout à l'heure, on a les objectifs poursuivis, on va les
accomplir, mais on a... on est, actuellement, vous l'avez vu dans l'étude
d'impact, en demande d'effectif, donc, une vingtaine d'effectifs récurrents,
des ETC, comme on l'appelle dans notre jargon. Vous savez qu'on est assujettis
à la
Loi sur la fonction publique, donc, on est... on a des obligations de ce
côté-là. La décision ne m'appartient pas.
Mme Caron : Je comprends.
Alors, vous avez actuellement combien d'enquêteurs pour les dossiers de nature
psychologique?
Mme Oudar (Manuelle) : Tous
les enquêteurs, je le mentionnais tantôt, ont été formés sur les risques
psychosociaux. Alors, peu importe si un enquêteur se retrouve... Au niveau
santé et sécurité, on parle de plus de 300 enquêteurs et, au niveau des
normes, plus d'une centaine, là, d'enquêteurs. Alors, les 300 dont je parle au
niveau de santé et sécurité, ils ont tous été formés pour justement être
sensibles à une situation qui pourrait arriver, même s'ils sont dépêchés sur
une autre situation, bien, qu'ils puissent être sensibilisés à une situation de
risques psychosociaux inattendue. Donc, ces 300 là sont prêts à intervenir. Et
même on va redonner de la formation au printemps aussi. On l'a mentionné
tantôt, dans le cadre de la... du partenariat avec Juripop, on a aussi des...
un partenariat justement pour la formation de nos... de nos intervenants.
• (12 h 40) •
Mme Caron : Donc, selon vous,
les personnes sont formées pour de multiples types d'enquêtes, finalement,
réalisées.
Mme Oudar (Manuelle) : Oui.
Mme Caron : Alors, vous avez
écouté hier aussi ce qui... les groupes qui sont venus nous rencontrer. Alors,
on avait... et c'est pour ça que je vous pose la question, il y avait le
mémoire de la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec, et dont
une personne siège au CA de la CNESST, qui nous disait, et là, pour ne pas me
tromper, je vais citer ce qui est dans le mémoire, que «le service de
l'inspectorat — donc, de la CNESST — doit veiller à ce que
les employeurs respectent les normes établies pour garantir des conditions de
travail sûres et saines, ce qui inclut les violences à caractère sexuel.
Malheureusement, la capacité de la commission à remplir ses obligations est
variable.»
Alors, est-ce que... est-ce que vous êtes
d'accord avec ce constat ou est-ce que vous avez peut-être quelque chose à nous
dire pour nuancer ce constat?
Mme Oudar (Manuelle) : Merci.
La Présidente (Mme D'Amours) : Votre
réponse en 30 secondes.
Mme Oudar (Manuelle) : D'abord,
mentionner que cette personne ne fait pas
partie du conseil d'administration, donc,
juste pour éclairer les parlementaires.
Mme Caron : Merci pour la
précision. Merci pour la précision.
Mme Oudar (Manuelle) : Quand
j'ai entendu ça, j'ai appelé d'ailleurs moi-même, hier soir, la présidente de
la FTQ, Mme Magali Picard. Au niveau des chiffres... qui siège au CA et pour
laquelle j'ai énormément d'admiration et très... je suis très satisfaite du
travail de Mme Picard. Au niveau des chiffres, alors, je vais vous dire qu'au
niveau 2023, il y a eu 32 994 visites...
La Présidente (Mme D'Amours) : C'est
tout le temps que nous avions. Je suis vraiment désolée. «
Mme Oudar (Manuelle) : D'accord.
La Présidente (Mme D'Amours) : Je
dois céder la parole au député d'Hochelaga-Maisonneuve.
M. Leduc : Merci, Mme la
Présidente. Bonjour à vous quatre. On doit adopter un règlement qui découlera
du projet de loi que nous adopterons dans les prochaines semaines, et on le
sait à quel point c'est un parcours du combattant, adopter un règlement en
droit du travail, parce que ça prend plusieurs étapes, c'est long, ça prend des
vérifications, ça prend des débats, ça prend des consensus patronaux, syndicaux,
et la cour est pleine, il y en a plusieurs, là, qui sont en rédaction en ce
moment. Pour faciliter la discussion, mettre un peu de pression sur les deux
parties, patronale, syndicale, a été évoquée hier l'idée qu'on reprendrait, en
fait, du modèle qu'on avait utilisé sur le PL 59, en santé et sécurité du
travail, d'imposer une date limite de deux ans après laquelle, s'il n'y a pas
de règlement adopté, ça serait le ministre qui serait obligé de trancher et de
procéder pour ne pas qu'on tombe dans une espèce de limbes où, bien, les
parties ne s'entendent pas et ça tombe sur... entre deux... entre deux craques,
là... dans une craque, pardon, puis là on n'en entend plus parler.
D'ailleurs, je pense que le règlement qui
nous a inspirés en... au PL 59 est déposé, là, depuis janvier, il est public,
donc les gens peuvent aller le voir, le commenter, c'est bien. Mais est-ce que
ça serait une bonne idée, donc? Est-ce que vous tirez une expérience positive
de ce délai-là qu'on avait utilisé par rapport à l'autre règlement?
Mme Oudar (Manuelle) : Alors,
merci. Écoutez, moi, je répondrais peut-être en plusieurs morceaux. D'abord,
j'ai énormément confiance en notre présidente du conseil d'administration,
Louise Otis. J'ai énormément confiance aussi en nos institutions publiques, en
la CNESST et au CA de la CNESST. J'étais étonnée d'entendre ça parce qu'il y a
déjà un
article dans la loi. On est dans la
Loi sur la santé et sécurité du
travail. On fait référence ici, <à l'article 223....
Mme Oudar (Manuelle) :
...de
la CNESST. J'étais étonnée d'entendre ça parce qu'il y a déjà un
article dans
la loi. On est dans la
Loi sur la santé et sécurité du travail. On fait référence
ici, > à l'article 223, de la loi 38 du projet de loi. Il se
trouve, dans un corpus législatif, avec des articles qui suivent où on dit que «si
la commission n'adopte pas le règlement à l'article 225, le gouvernement
peut le faire», pouvoir qu'il n'a pas utilisé, en tout cas, dans les huit
dernières années que je suis là. Ce qui me permet de vous dire que, dans notre
planification stratégique précédente, nous, on s'était fixé des cibles, hein,
pour atteindre justement une adoption de règlement. Donc, toujours étonnée
d'entendre ça. Je vais arriver avec des chiffres, encore une fois, si le temps
me le permet, Mme la Présidente, 19 dépôts sur 21 règlements en 2023,
c'est 90 % d'atteinte de notre cible, on l'a dépassée, 14 en 2022, 16 en
2021... 22 en 2020.
Alors, écoutez, moi, depuis que je suis en
poste, je n'ai pas vu de retard. Même, au niveau de la LMRSST, j'ai donné une
demande... une commande, parce que j'avais entendu ça aussi, qu'on était
toujours en retard, donc, j'ai demandé à mes équipes même d'arriver trois mois
avant l'échéance fixée par l'Assemblée nationale. Il y a des gens qui ont
travaillé très fort, du temps supplémentaire. Et hier j'ai entendu le cri du
coeur aussi de certains membres du CA, parce que tout le monde travaille fort
aussi dans les comités paritaires. Donc, moi, je réitère ma confiance énorme
envers la présidente du CA, là, Mme Louise Otis, envers les membres du
conseil d'administration qui font très bien leur travail. Puis toutes nos
cibles et nos résultats sont publiés dans nos rapports annuels qui sont déposés
chaque année ici, et on est à plus de 90 % d'adoption de nos règlements.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
C'est tout le temps que nous avions. Maintenant, je cède la parole au député de
Jean-Talon.
M. Paradis : Merci. Bonjour.
Merci pour votre contribution à nos travaux. J'ai été particulièrement interpellé
par ce que vous avez fait en matière de constitution d'une boîte à outils pour
tout le monde, pour les travailleurs, pour les employeurs, afin de favoriser un
milieu de travail le plus sain possible puis aussi une capacité de prévenir.
Alors, vous dites que vous avez un guide
pour l'élaboration d'une politique de prévention puis un modèle aussi de
politique en matière de harcèlement. Vous dites un peu plus loin que vous allez
travailler sur des nouveaux modèles. Est-ce que vous pouvez nous en dire plus?
Parce que... Et sur le... sur les contacts que vous avez ou l'arrimage que vous
avez avec les groupes d'employeurs puis les groupes de travailleurs pour qu'il
y ait aussi un mariage... un développement, là, des meilleures pratiques aussi
issues de ce qui se passe sur le terrain, ça m'apparaît essentiel, en tout cas
pour vraiment travailler sur le plan de la prévention.
Par exemple, en matière de formation, quel
type de formation, qu'est-ce que devrait être le contenu, comment aménager les
lieux physiquement pour mieux prévenir, pour aussi assurer une réinsertion des
victimes, etc. Pouvez-vous nous en dire un peu plus?
Mme Oudar (Manuelle) : Merci,
Mme la Présidente. Pour la question, je vais donner la parole à Me Mélanie
Vincent. C'est une question très pertinente et qui fait appel aussi à notre
ADN, la façon dont on travaille avec les partenaires pour être pertinents dans
le développement de nos outils. Me Vincent.
Mme Vincent (Mélanie) : Pour
répondre à la question, je peux peut-être reprendre un peu l'exemple qu'on a
fait en 2018, lors de l'introduction... la première introduction de
l'obligation pour les employeurs de détenir une politique en matière de
prévention du harcèlement et de traitement des plaintes. Donc, on a élaboré un
modèle de politique, on a élaboré un guide. Et, évidemment, lorsqu'on fait ces
exercices-là, on s'associe nos partenaires, je dirais, naturels, à la CNESST,
donc, évidemment, les associations d'employeurs, les associations syndicales.
On a aussi, vous le savez, un comité consultatif en matière de normes du
travail, qu'on peut évidemment consulter lorsqu'on met en place. C'est son
rôle, c'est son mandat de venir nous guider sur les meilleures pratiques à
mettre en place. Donc, c'est ce qui a été fait lorsqu'est entrée en vigueur la
première obligation en 2019. Depuis, le modèle de politique est disponible
sur le site Web de la CNESST. Je dirais, bon an mal an, il y a un
téléchargement d'environ 9 000... il y a 9 000 téléchargements
annuellement du modèle de politique. Donc, évidemment, on est déjà en train de
revisiter à la lumière des propositions qui sont faites, puis on va être au
rendez-vous, on va être au rendez-vous.
La Présidente (Mme D'Amours) : Merci.
Je suis désolée. Je suis la gardienne du temps, et c'est terminé pour le bloc
d'échange. Je vous remercie infiniment pour votre contribution à nos travaux à
la commission.
Et la commission suspend ses travaux
jusqu'à 15 heures. Merci, tout le monde.
(Suspension de la séance à 12 h 48)
Haut de la page
14 h 30 (version révisée)
(Reprise à 15 h 01)
La Présidente (Mme D'Amours) : À
l'ordre, s'il vous plaît! La Commission de l'économie et du travail reprend ses
travaux. Je demande à toutes les personnes dans la salle de bien vouloir
éteindre la sonnerie de leur appareil électronique.
Nous poursuivons les consultations
particulières et auditions publiques sur le projet de loi n° 42, Loi visant à
prévenir et à combattre le harcèlement psychologique et la violence à caractère
sexuel en milieu de travail.
Cet après-midi, nous entendrons les
témoins suivants, soit l'Ordre des conseillers en ressources humaines agréés, l'Association
des professionnels de la construction et de l'habitation du Québec, le Conseil
d'intervention pour l'accès des femmes au travail et l'Union des travailleuses
et travailleurs accidentés ou malades.
Je souhaite maintenant la bienvenue à nos
invitées, qui sont de l'Ordre des conseils... des conseillers, pardon, en
ressources humaines agréés. Je vous rappelle que vous disposez de 10 minutes
pour votre exposé, et puis ensuite nous procéderons à la période d'échange.
Maintenant, je vous invite à vous présenter et à commencer votre exposé.
Mme Poirier (Manon) : Merci. Bonjour à toutes, bonjour à tous. Mon nom est Manon
Poirier. Je suis la directrice générale de l'Ordre des conseillers en
ressources humaines agréés du Québec et je suis accompagnée de ma précieuse
collègue Noémie Ferland-Dorval, directrice des Communications et affaires
publiques.
L'Ordre regroupe plus de 12 000 professionnels
de la gestion des ressources humaines et des relations industrielles. Nous
assurons bien sûr, à l'instar des autres ordres au Québec, la protection du public,
notamment par l'encadrement de la profession, et on a aussi un souci constant d'outiller
l'ensemble de l'écosystème en matière de pratiques de gestion de ressources
humaines. Les interventions de l'ordre sont... se font toujours dans un souci d'équilibre
entre la réussite des organisations et le bien-être des travailleurs.
Avant de se lancer sur les éléments du
mémoire, je vais faire un petit peu un pas de recul puis prendre un petit peu l'état
de la situation.
Malgré une prise de conscience grandissante et certaines
avancées législatives ces dernières années, le harcèlement continue de faire
des impacts négatifs dans nos organisations. Tant ils sont nombreux, il est un
peu difficile de faire le décompte de l'ensemble des cas qui, en plus, ont défrayé
l'actuelle... l'actualité ces dernières années. Je pense qu'ils rappellent l'omniprésence
de ce fléau et qu'aucun milieu de travail n'est à l'abri, que ce soit dans le
domaine de la culture, dans le milieu des affaires ou même celui de la
politique.
Malheureusement, puis je pense que c'est
un des enjeux, le Québec ne dispose que d'un portrait statistique bien
incomplet de la situation. Les près de 5 000 plaintes qui sont
déposées à la CNESST ne représentent que la pointe de l'iceberg. Et, ça, on le sait
depuis longtemps et on a voulu, par des sondages et des études, donner un petit
peu un aperçu de l'ampleur du phénomène au Québec. Donc, on a sondé récemment,
et 11 % des travailleurs et travailleuses affirment avoir été
personnellement victimes de harcèlement au cours de la dernière année seulement.
Bien sûr, il y a une mécompréhension parfois de ce que constitue le harcèlement...
Haut de la page
15 h (version révisé
e) Mme Poirier (Manon) : ...cours de la dernière année seulement.
Bien sûr, il y a une mécompréhension,
parfois, de ce que constitue le harcèlement. Alors, selon nos experts, qui nous
disent qu'un cas sur cinq représente véritablement du harcèlement, c'est quand
même 100 000 Québécois ou Québécoises qui ont été victimes de
harcèlement l'année dernière. C'est un chiffre qui est vraiment énorme.
Considérant les conséquences physiques et psychologiques chez les victimes et
leur entourage, autant personnel que professionnel, les conséquences
financières, les conséquences sur la productivité et réputationnelles sur les
organisations et la pression que tout ça amène sur les instances publiques, que
ce soit au niveau de la CNESST, bien sûr, le système de justice, le système de
santé, le harcèlement en milieu de travail ne représente rien de moins, selon
nous, qu'un enjeu de santé publique auquel nous avons collectivement l'obligation
de remédier.
L'intention du projet de loi n° 42 est
bien sûr très noble, et nous saluons la volonté du ministre de faire avancer
les choses en la matière. Parmi les bons coups du projet de loi, on aimerait
souligner, entre autres, la sagesse du législateur à considérer tant le
harcèlement sexuel que le harcèlement psychologique, évitant ainsi de créer des
mécanismes à deux vitesses, la prescription d'un contenu minimal, bien sûr, à
la politique organisationnelle — c'était l'invitation qu'on vous
avait faite, M. le ministre, en 2018, et là on retrouve certains éléments au
projet de loi — le retrait des clauses d'amnistie dans les cas de
violence et l'allongement à deux ans du délai de réclamation pour une lésion
professionnelle, qui nous semble être cohérent avec les autres durées et délais
en matière de harcèlement.
Il y a quelques articles dans le projet
qui nécessitent peut-être des ajustements, selon notre avis. Bien sûr, on vous
en a fait état dans notre mémoire, mais... souligner peut-être trois éléments.
Premièrement, la définition proposée de «violence à caractère sexuel» nous apparaît
trop large et devrait être un peu resserrée par souci de cohérence avec les
critères qui sont déjà établis au niveau du harcèlement à la
Loi sur les normes
du travail; la notion «d'attitude» nous semble extrêmement subjective; et la
notion de «gravité pour une seule inconduite» devrait être intégrée dans la
définition.
Au niveau d'imputation des coûts en
matière de santé-sécurité, je pense que le défi ici, c'est de trouver le juste
équilibre entre la responsabilisation des employeurs et la considération des
victimes, bien sûr, pour limiter le nombre de fois qu'elles doivent répéter...
ils et elles doivent répéter leur histoire. Donc, une façon pour nous serait de
donner une définition plus restrictive de la notion de «représentant de l'employeur»
pour ne pas que ça soit... ça n'inclue pas trop de personnes.
Finalement, un des éléments à améliorer
aussi, au niveau de la confidentialité du dossier médical, il serait selon nous
approprié d'élargir l'accès à d'autres professionnels qui aussi ont un code de
déontologie et sont soumis au secret professionnel afin de donner plus de
flexibilité aux employeurs de toutes tailles au Québec pour... et pour soutenir,
bien sûr, leur droit de se défendre, pour ne pas imposer un fardeau trop grand
aux médecins désignés, et tout en, bien sûr, assurant la confidentialité.
Néanmoins, ce qui nous préoccupe le plus n'est
pas tant ce que le projet de loi contient, mais plutôt ce qu'il omet. Pour
réaliser son intention d'améliorer la prévention et l'intervention en matière
de harcèlement au travail, ce qui manque, selon nous, c'est un meilleur
encadrement de la prise en charge à la source, là où les problèmes sont vécus
et relevés, soit au sein même des organisations. Actuellement, le topo qu'on a,
c'est que la gestion des plaintes par les organisations est excessivement
inégale, ce qui engendre, bien sûr, des préjudices importants pour bien des
gens.
C'est sûr qu'il y a les recours légaux,
que ce soit à la CNESST ou à la commission des droits de la personne<i>,
mais ces recours-là, ils sont souvent complexes puis comportent un peu
certaines limites parce qu'ils sont plutôt basés sur une philosophie d'indemnisation
plutôt que de réelle résolution de la problématique.
Puis je vous rappelle une donnée qui,
nous, nous interpelle beaucoup : c'est que, sur les 5 000 plaintes,
annuellement, qui sont déposées en matière de harcèlement à la CNESST, la très
grande majorité des gens qui déposent une plainte ne sont plus à l'emploi ou
encore sont en congé de maladie et n'envisagent peut-être pas le retour au sein
de l'organisation qui les employait.
Donc, une amélioration de la prise en
charge en organisation permettrait notamment d'éviter que les situations
toxiques se détériorent, parce qu'on serait en mesure de les attraper plus
rapidement. Donc, restreindre l'impact humain, psychologique de détresse, ça
éviterait que ça embourbe les instances publiques puis, bien sûr, ça éviterait
la répétition de ces situations-là. Puis, pour parvenir à ça, la bonne
nouvelle, c'est qu'il y a des véhicules qui existent qui sont éprouvés et qui
bénéficient aussi, selon nos données, d'un appui fort à la population. Donc, le...
pour nous, vraiment, la prise en charge, ce qu'il faut regarder, c'est, un, le
comment et, deux, le <qui...
Mme Poirier (Manon) :
...prise en charge, ce qu'il faut regarder, c'est,
un, le comment et, deux, le > qui.
Donc, tout d'abord, le comment. Le projet
de loi vient dicter des thèmes de contenu qui doivent se retrouver dans les
politiques, ce qui est vraiment un excellent début, mais la prise en charge
d'une plainte de harcèlement, c'est un geste qui est extrêmement complexe, puis
elle doit être réalisée selon des règles de l'art. Donc, l'ordre recommande que
le processus de traitement des plaintes soit clarifié et standardisé selon les
bonnes pratiques éprouvées, un peu de la même manière que le législateur, il a
fait au niveau de l'équité salariale. Donc, non seulement les organisations ont
l'obligation de réaliser l'équité salariale mais, aussi, elles doivent le faire
selon une méthode définie. C'est un peu la même logique que nous proposons ici
afin d'avoir des résultats concrets.
Outre le comment, il faut s'interroger sur
le qui. Lorsqu'un employeur confie à une personne une enquête, par exemple, en
matière de harcèlement, je vous dirais qu'il met un peu dans les mains de cette
personne-là le sort de la victime et de la personne mise en cause. Parce que la...
c'est la personne qui fait enquête qui a accès à la preuve, aux témoignages, et
qui fait sens de ça, et qui regarde si ça constitue du harcèlement ou pas. Donc,
c'est absolument essentiel que l'employeur s'assure de la compétence de l'enquêteur,
sa compréhension de ce que constitue le harcèlement, que la personne ait une
rigueur dans la méthodologie, un protocole afin de préserver la confidentialité
et un processus qui génère de la confiance et qui amène les témoins à
s'exprimer.
• (15 h 10) •
Je pense qu'il est inconcevable,
aujourd'hui, malgré tout ce qu'on sait, que n'importe qui peut faire une
enquête en matière de harcèlement, n'importe qui peut traiter les plaintes en
matière harcèlement aujourd'hui. Je pense qu'il est crucial de s'assurer de la
compétence et de l'encadrement des personnes responsables de la prise en charge
des plaintes. Sondés sur le sujet, 80 % des travailleurs québécois sont en
accord avec le fait que cette personne devrait être un professionnel
spécifiquement formé en la matière.
Vous savez, maintenant, on forme les
juges, les arbitres, les corps policiers, les intervenants de la CNESST par
rapport à... donc qui nous... par rapport au harcèlement, aux violences
sexuelles. Il nous apparaît clair que le législateur reconnaît que ces
situations demandent des compétences spécifiques, donc qu'est-ce qu'on attend
pour exiger les mêmes compétences chez ceux qui traitent, sur le terrain, en
amont, en entreprise, la très grande majorité des cas?
Donc, deux avenues ont fait leurs preuves
au Québec... Pardon.
(Interruption) Donc, deux avenues ont fait
leurs preuves au Québec. Un, le système professionnel québécois. La voie du
système professionnel est la preuve que les ordres permettent d'assurer la
compétence et l'encadrement des professionnels. Dans le cas des enquêtes, ça
pourrait être les membres du Barreau, bien sûr les membres de notre ordre, et
il pourrait y en avoir d'autres. L'autre véhicule auquel on peut penser, c'est
la voie de l'accréditation. On le fait déjà en matière de médiation, en matière
familiale, donc on pourrait aussi répliquer cette même approche pour le
harcèlement. Je vous remercie.
La Présidente (Mme D'Amours) : ...infiniment.
Merci pour votre exposé. Maintenant, nous allons commencer la période d'échange.
M. le ministre, la parole est à vous.
Des voix : ...
M. Boulet : Oui. Merci, Mme
la Présidente. Merci pour la présentation. J'anticipais, et ça s'est confirmé,
que vous alliez bien faire ça. C'est un excellent mémoire, et, évidemment,
l'Ordre des CRHA a une réputation que nous reconnaissons tous.
C'est certain que, votre sondage Léger, il
y avait même un 47 %, là, des personnes qui avaient subi ou vécu du
harcèlement au cours de leur vie. Je pense que la raison d'être de
l'intervention, elle est incontournable, elle est incontestable. En même temps,
on va faire des pas en avant, puis je vous remercie d'avoir soutenu le principe
du projet de loi qui vise à combattre, à lutter puis à prévenir des situations
qui sont totalement inacceptables. Puis, il y a des retombées, vous le
mentionnez bien dans votre rapport, non seulement pour les travailleurs,
travailleuses, mais leurs familles, leurs proches et pour la société québécoise
dans son ensemble.
En même temps, évidemment, il faut... il
faut toujours trouver une espèce d'équilibre, hein? Puis je vous le mentionnais
au début, puis Noémie n'était pas présente ce matin, mais je tiens quand même à
préciser que les expertes avaient recommandé une division spécialisée au Tribunal
administratif du travail. Puis on a formé, déjà, une équipe spécialisée au Tribunal
administratif du travail. La formation a déjà été donnée par Catherine
Gareau-Blanchard, du ministère de la Justice, puis le
titre de la formation,
c'est Mythes et stéréotypes avec lesquels composent les personnes victimes
de harcèlement sexuel et d'agressions à caractère sexuel . Ça a été dispensé
aux juges administratifs, <aux...
M. Boulet :
...de
harcèlement sexuel et d'agressions à caractère sexuel. Ça a été dispensé aux
juges administratifs, > aux conciliateurs, aux assesseurs. Il y a une
équipe spécialisée dédiée à la conciliation, puis, évidemment, vous le savez,
avec la CNESST, il y a une priorisation des plaintes, des réclamations en cette
matière. Et il y aura aussi, là... puis, des fois, ça a l'air de détails, là,
mais il va y avoir des conférences préparatoires, il va y avoir de
l'accompagnement individuel. Le médiateur, ça, c'est dans le projet de loi, va
pouvoir mettre fin au processus de médiation. Il y a l'utilisation des mesures
d'aide aux témoignages, comme les paravents, les témoignages à distance, les
ordonnances pour omettre le nom des personnes impliquées, si la situation,
évidemment, pouvait être préjudiciable, notamment à la victime, comment faire
des ordonnances de non-divulgation, non-publication, non-diffusion.
Mais je trouve tout le temps, moi, qu'il y
a un déficit, puis je le mentionnais ce matin, de connaissances. Puis là je
mets beaucoup l'accent sur la victime, mais vous mentionniez que... Bien,
pour... L'harmonisation des définitions, c'est une belle réflexion, là, qui
nous a été partagée par d'autres groupes, là, puis je ne ferai pas de
discussion profonde là-dessus, mais simplement pour se rappeler que la <i>loi
santé et sécurité, c'est une loi de prévention, la <i>loi accidents de
travail, maladies professionnelles, c'est une loi d'indemnisation, puis celle
des normes, c'est une loi, comme le
titre le dit, de normes et de recours, ça
fait que les définitions peuvent varier en fonction des objectifs des lois
concernées. Mais je suis assez d'accord que ça crée de la confusion alors qu'on
veut quand même simplifier. Ça fait que ça, c'est certain que mon équipe et
moi, on va s'attarder à cette... à cette situation-là.
Puis, au-delà des pourcentages, je
mentionne souvent que Léger a aussi fait un sondage dans le secteur de la
construction, puis qui n'est pas si écarté de bien d'autres secteurs d'activité,
mais les signalements qui ne sont pas faits... Puis, tu sais, Manon, vous en
faisiez référence, 5 000 plaintes, ce n'est pas le reflet de la réalité,
là. Juste votre sondage, ça démontre qu'il y en a déjà beaucoup plus. Ça fait
que les gens subissent, sont victimes ou sont témoins et ne disent pas. Ça fait
qu'au-delà de la culture de prévention puis de formation, il faut développer
une culture de signalement, puis j'espère que, notre loi, le jour venu de son
adoption, on déploiera toutes les mesures qui s'impose pour sensibiliser,
informer.
Puis, la CNESST... vous le savez, en
septembre, on a annoncé la mise en application de 90 % des
23 recommandations des expertes qui concernaient la commission, et il y en
aura d'autres à venir. Puis vous avez sûrement vu la campagne sociétale qui a
tourné beaucoup. Moi, j'ai trouvé cette campagne-là fine, intelligente, assez
subtile, mais qui a... qui a fait l'objet d'énormément de discussions. Puis je
me suis assuré que mes collègues en face puissent en prendre connaissance.
Manon, je veux vous entendre maintenant.
Je me sers aussi de ce temps-là pour parler de ce qui se fait, là. Mais, quand
vous dites «encadrement de la prise en charge», puis là c'est une question
de contre-interrogatoire, est-ce qu'il n'y a pas une contradiction entre
l'encadrement puis la prise en charge? Souvenez-vous, quand on a modernisé le
régime de santé et sécurité, le père de Noémie a été très actif dans ce
dossier-là, mais ce qui était véhiculé, ce qui était anticipé des parties,
c'est qu'elles se prennent en charge. Puis il y a des groupes qui me disent :
Le contenu minimal, il ne faut pas que ça soit trop instructif. Il ne faut pas
que vous nous dictiez quoi faire. Vous nous dites : Prenez-vous en charge.
Mais, que les parties identifient notamment les risques, décident des
techniques puis des méthodes utilisées, puis du contenu des programmes de
formation puis d'informations, j'y vois quand même un petit peu une... pas une
contradiction, là, mais une divergence d'opinions. Est-ce qu'on dicte trop ou
on laisse la marge de manœuvre aux parties pour déterminer beaucoup de ce qu'il
y a à faire?
Puis ça fait référence, notamment, au
processus, là, vous disiez, Manon, comment et qui, je vais y revenir, mais, le
processus, on y réfère spécifiquement... au paragraphe 6° de... du contenu
minimal, on dit : «le processus de prise en charge d'une situation de
harcèlement, incluant le processus applicable lors de la tenue d'une enquête».
On verra, là, l'identité de l'enquêteur. Mais j'aimerais ça, vous entendre sur
ce que moi, je vois comme un petit peu à l'opposé. Est-ce qu'on encadre plus ou
on permet plus aux parties de se prendre en <charge...
M. Boulet :
...peu à
l'opposé. Est-ce qu'on encadre plus ou on permet plus aux parties de se prendre
en > charge?
Mme Poirier (Manon) : Bien, ça fait quand même... La notion de harcèlement
psychologique a été intégrée à la loi il y a 20 ans. C'est sûr qu'on a
fait du progrès. Est-ce qu'avec les chiffres qu'on a partagés, est-ce qu'on est
satisfaits d'où on en est par rapport à tout ce qui a été fait en prévention,
en sensibilisation, en formation, tu sais, dans la mesure...
C'est sûr qu'il y a plein d'employeurs qui
font une excellente prise en charge. Tu sais, on ne peut pas parler de tous les
employeurs du Québec dans le même souffle, hein? Ils sont tous très différents.
Mais il reste encore, puis on le voit trop souvent, des employeurs qui, peut-être
par mécompréhension, parce que, bien sûr, ils ont d'autres... d'autres
responsabilités, ne comprennent pas ou ne prennent pas au sérieux toute la...
cette détresse humaine là ou ces plaintes-là. Ça fait que je ne pense pas que
de... de venir cadrer...
` C'est la façon de traiter une plainte,
alors, tu sais, c'est le mécanisme. Nous, on le connaît, on l'a établi, c'est
nos exigences de normes de pratiques pour nos professionnels. Le Barreau fait
la même chose. Ça fait qu'au fil du temps puis au fil de notre expertise, on a
établi que, pour vraiment prendre en charge de façon adéquate une plainte, il y
a un certain protocole à suivre. Sinon, bien, on risque des dérapages, on
risque les préjudices. Donc, c'est comme ça qu'on fait ça.
• (15 h 20) •
Vous parliez de la construction. S'il y a
bien une industrie qui est très normée... Mais, tu sais, à un moment donné, on
a établi une façon de faire. Tu sais, je ne veux pas comparer l'humain avec la
construction, mais, vous comprenez, on a des normes pour dire : Quand on
fait ça, il faut qu'il y ait telle qualité, mais pourquoi on est réticents à
venir dire : Voici comment on traite une plainte pour éviter les
dérapages? Ça fait que je ne pense pas que c'est... Et ça s'adapte bien sûr à
tous les environnements, ce qu'on vous propose, donc ça n'a pas besoin d'être
exactement la même façon de l'exécuter pour la très grande entreprise ou la
petite entreprise. Mais je pense qu'il faut... je pense qu'il faut, comme
société, savoir prendre les moyens, surtout quand c'est l'humain.
Vous savez, présentement, là, il y a bien
des organisations au Québec qui travaillent très fort pour la loi 25, pour
la protection des données. J'ai... Je n'ai jamais entendu : Mon Dieu,
c'est épouvantable, les PME vont devoir... on leur dicte quoi faire, on leur
fait dépenser de l'argent. Ça fait que, tu sais... parce que, oh! il faut
protéger les données bien sûr, c'est important. Mais là on parle de l'humain.
Ça fait que je pense que, comme société, il va falloir s'assurer que l'humain
est important. Et, quand il y a des gens qui vivent de la détresse, des
situations très exigeantes émotivement, qu'il y a un impact sur la
productivité, il va falloir venir dicter : Bien, c'est la façon qu'on le
fait. C'est... C'est... C'est la norme qu'on fait et c'est comme ça qu'on doit
le faire. Sinon, on ne règle pas la problématique.
M. Boulet : D'accord. Donc,
c'est entre les deux. Il ne faut pas trop dire comment. Il faut laisser quand
même aux parties le soin de déterminer les tenants et aboutissants du processus.
Moi, je le comprends bien comme ça dans le libellé, là, de l'alinéa 6, là,
dans le contenu minimal obligatoire de la politique. Puis, tu sais, il faut tenir
compte tellement de la réalité des PME, puis, indépendamment des secteurs, il y
a une majorité d'entreprises où il y a moins de 10 travailleurs ou moins
de cinq travailleurs, puis les situations de harcèlement sont aussi possibles
dans des environnements où il y a peu de personnes.
L'identité de l'enquêteur. Qu'est-ce que...
Bon, je connais une des revendications légitimes de certains groupes comme le
vôtre. Il y a des avocats qui en font, il y a des internes qui en font aussi
des fois. Les plus petites organisations, elles disent : C'est toi qui vas
être responsable de l'application de la politique. Je vais juste en profiter
pour rappeler que la politique va être incluse dans le programme de prévention
ou le plan d'action, là, dépendamment de la... Et, ça, quand vous référiez aux
risques psychosociaux, bien, la santé psychologique, c'est nouvellement intégré
dans notre loi, ça fait que l'identification des risques, à mon avis, ça va
simplifier. Mais l'identité de la personne, Manon, eu égard à une PME, est-ce
que ça ne peut pas être une personne de... Ça aussi, là, ça peut être des
intérêts extrêmement variés, là. Les grandes compagnies plus multinationales ou
les grandes entreprises qui ont des établissements un peu partout, tu sais, qui
sont dans 15 villes du Québec, c'est variable, beaucoup, là. Vous, qu'est-ce
que vous pensez? Ça devrait être un enquêteur externe? Est-ce que ça peut, dans
certaines circonstances, être un enquêteur interne? Est-ce qu'il devrait y
avoir un code d'éthique? Est-ce qu'il devrait y avoir... La formation, j'en
conviens. Ça, je pense que... Et ceux qui font des enquêtes devraient
minimalement savoir <que...
M. Boulet :
...formation,
j'en conviens. Ça, je pense que... Et ceux qui font des enquêtes devraient
minimalement savoir > que... comment convoquer, comment s'assurer du
respect de la confidentialité, comment rédiger un rapport, bien connaître les
cinq critères d'application de la notion de harcèlement qui est à la
Loi sur
les normes du travail. Mais j'aimerais vous entendre là-dessus, là, tenant
compte de la diversité corporative québécoise.
Mme Ferland-Dorval (Noémie) : Oui.
Bien, tout d'abord, tu sais, je tiens à mentionner qu'on comprend votre
préoccupation au niveau de la diversité des réalités d'organisation. Puis on
est conscients puis on n'est pas insensibles à l'ampleur du fardeau
administratif de manière générale que beaucoup d'organisations ont, dont les
PME. Manon le mentionnait tout à l'heure, tu sais, il s'agit, des fois, de...
c'est une question de choix et de priorités. Par rapport au PL 25, on n'a pas
hésité à leur rajouter une couche... une couche de restrictions puis
d'obligations. On pense qu'on pourrait le faire aussi dans ce cas-là.
Par rapport à si c'est quelqu'un d'interne
ou externe, il n'est pas exclu que ça soit quelqu'un dans l'interne. En fait,
nous, ce qu'on veut, c'est que cette personne-là, peu importe c'est qui,
qu'elle soit à l'interne ou à l'externe, c'est qu'elle soit compétente puis
qu'elle soit encadrée. Les deux voies qu'on vous propose, que ce soit celle du
système professionnel ou celle de l'accréditation, permettent de faire ça. On
veut s'assurer qu'elle... qu'elle a un devoir d'impartialité, qu'elle a un
secret professionnel, qu'elle soit... qu'elle soit... qu'elle soit compétente.
Donc, pour nous, interne, externe, ça, ce n'est pas... ce n'est pas un enjeu à
ce niveau-là.
Mme Poirier (Manon) : ...il y a un modèle qui existe dans les petites
organisations qu'on voit de plus en plus. On invite un... je vais parler des...
on invite un professionnel en ressources humaines pour valider la politique.
Est-ce que ma politique est adéquate, là? Tu sais, je suis entrepreneur, j'ai
plein de chats à fouetter. Je ne connais pas ça, les RH, puis je veux bien
faire. J'invite cette personne-là à m'aider à écrire la politique. C'est cette
personne-là qui fait de la formation auprès de mes employés. C'est déjà le
visage. Et, s'il y a une plainte, c'est cette personne-là à qui... on
l'interpelle. Oui, c'est un investissement de quelques heures d'un
professionnel, mais c'est un modèle tout à fait accessible à ces petites
organisations là.
M. Boulet : Totalement.
Mme Poirier
(Manon) : Donc, d'aller chercher quelqu'un
à l'