Institutions — 26 October 2021 (42nd Legislature, 2nd Session)
CI 2021-10-26
Quebec — Committees
Nous avons ainsi
déposé à l'Assemblée nationale le projet de loi n° 92, Loi visant la
création d'un tribunal spécialisé en matière de violence sexuelle et de
violence conjugale et portant sur la formation des juges en ces matières.
Le tribunal spécialisé vise à redonner confiance envers le système
de justice aux personnes victimes, à réduire les délais et à mieux
répondre aux besoins des personnes victimes avec des services adaptés et
coordonnés.
Comme recommandé par
le groupe de travail sur la mise en place du tribunal spécialisé, nous
procéderons d'abord par projets pilotes. Ces projets pilotes permettront d'élaborer les meilleures pratiques
sur le terrain et de faciliter la transition vers un tribunal permanent
à la grandeur du Québec. Cette phase d'essai est nécessaire pour tester et ajuster l'ensemble des mesures spécifiques qui
seront mises en place pour les personnes victimes de violence sexuelle ou de violence
conjugale. La mise en oeuvre de ces projets pilotes sera l'occasion de revoir chacune des étapes du parcours
judiciaire des personnes victimes de ces types de violences.
Cela
dit, nous le réitérons fermement, notre volonté, notre objectif
est d'étendre, dans les plus brefs délais, le tribunal spécialisé à la grandeur du Québec. Ce projet de loi donne également un mandat au Conseil de la magistrature,
qui devra mettre en place une formation en matière de violence sexuelle et de violence conjugale destinée aux juges. L'ensemble des candidats
à la fonction de juge et des juges retraités désirant exercer de nouveau des
fonctions judiciaires devront s'engager à suivre cette formation pour pouvoir
siéger.
Les crimes en matière
de violence sexuelle et de violence conjugale sont généralement commis dans un contexte d'intimité, et les personnes victimes
peuvent se retrouver dans une position de très grande vulnérabilité au moment de dénoncer, de porter plainte ou
de témoigner. Ce sont des éléments qui doivent être pris en considération par
tous les acteurs du système de justice.
cours des derniers mois, nous avons déjà posé des gestes importants, des gestes
concrets, pour mieux accompagner les personnes victimes. Pensons notamment à la
réforme de l'IVAC, qui est maintenant en vigueur et qui abolit le délai maximal
pour faire une demande en cas de violence sexuelle, de violence conjugale ou de
violence subie pendant l'enfance, l'application du principe de poursuite
verticale pour les dossiers de violence conjugale et de violence sexuelle au Directeur
des poursuites criminelles et pénales pour s'assurer que ce soit le même
procureur qui suive une personne victime du
début jusqu'à la fin des procédures, le déploiement du programme d'aide au
témoignage Enfant témoin à travers le Québec en collaboration avec le Réseau
des CAVAC et également le développement de cet outil pour l'ensemble des
témoins qui en auraient de besoin, et, plus récemment, l'accès à
quatre heures de consultation juridique gratuite auprès d'un avocat de
l'aide juridique pour toutes les personnes victimes de violence sexuelle et de violence
conjugale, peu importe le revenu et la situation.
Lorsqu'il est question
de rétablir la confiance dans le système de justice et de mieux répondre aux
besoins des personnes victimes, l'ensemble des acteurs du système de justice a
un rôle à jouer. Dans les dernières semaines, certains se sont opposés à la
création d'un tribunal spécialisé en violence sexuelle et en violence conjugale
ainsi qu'à la formation des juges en ces matières. La possibilité d'une
contestation judiciaire du projet de loi n° 92 devant les tribunaux a même
été évoquée. Les personnes victimes méritent mieux.
Comme cela a été
souligné dans une motion unanime, il existe un consensus à l'Assemblée
nationale du Québec sur la nécessité d'un
tel projet de loi. L'adoption du projet de loi n° 92, encore une fois, à
l'unanimité le démontre. Je veux être très clair. Les élus de la nation
québécoise ont non seulement la légitimité pour débattre et pour légiférer sur
le tribunal spécialisé et la formation des juges, mais ils ont même le devoir
de le faire. Nous avons la ferme intention de mener à terme cette réforme.
appel au ralliement a été également lancé le 9 octobre dernier, réitérant
l'importance d'un tribunal spécialisé pour les personnes victimes et
soulignant le courage de tous ceux et celles qui ont pris la parole ces
dernières années pour raconter leur histoire et éveiller leur conscience à leur
réalité. 150 personnes y ont apposé leur signature initialement. Aujourd'hui, deux semaines plus tard, l'appel au
ralliement continue de résonner et le nombre de signataires a plus que
quadruplé. La pétition de plus de 10 000 noms qui sera déposée par ma
collègue la députée de Joliette en est une autre démonstration. Ces cris du
coeur ne doivent plus être ignorés.
Le projet de loi
n° 92, nous en sommes convaincus, permettra de faire une réelle différence
dans l'expérience judiciaire des personnes victimes de violence sexuelle et de
violence conjugale qui désirent porter plainte contre leur agresseur. Il n'y a pas de temps à perdre. Les
personnes victimes doivent pouvoir avoir confiance envers le système de justice. Elles doivent pouvoir se sentir
soutenues. Elles doivent pouvoir s'y sentir en sécurité tout au long de leur
parcours, et cela passe par l'instauration
d'un tribunal spécialisé. Pensons aujourd'hui à tous les plaignants et toutes
les plaignantes, à toutes les personnes victimes qui ont demandé
l'instauration d'un tribunal spécialisé. Merci, M. le Président.
Le Président (M. Benjamin) : Merci,
M. le ministre. J'invite maintenant
la porte-parole du deuxième groupe... pardon, plutôt, de l'opposition
officielle et députée de Verdun à faire ses remarques préliminaires.
Mme Melançon :
Merci, M. le Président. Salutations au ministre, aux collègues députés qui sont
parmi nous aujourd'hui.
Bien,
on est ici aujourd'hui pour mettre en oeuvre des recommandations de Rebâtir la confiance , un document sur lequel j'ai eu
le bonheur de travailler avec la collègue, bien sûr, de Sherbrooke, la collègue
de Joliette et aussi la ministre de la Condition féminine.
Le gouvernement doit,
bien sûr, aujourd'hui, parler de ce tribunal spécialisé, puisque c'est le but
du projet de loi n° 92. Cependant, cependant, on doit aussi mettre en
oeuvre le plus rapidement possible les 190 recommandations de ce même
rapport, parce que ça devient un tout. Et c'est là-dessus que les victimes,
aussi, s'attendent à ce que nous puissions bouger rapidement.
M. le Président, vous
savez, le projet de loi n° 92, on va entendre des groupes, aujourd'hui et
demain, mais, quand même, l'éléphant dans la pièce, c'est l'absence de la juge
en chef, qui a aussi demandé à être entendue. Et, entendez-moi bien, je suis
d'accord avec le tribunal spécialisé, je l'ai dit, j'ai, d'ailleurs, signé une
lettre ouverte avec le ministre à cet effet. Cependant, comme législatrice,
j'aurais aimé pouvoir entendre la juge en chef, qui nous a envoyé aussi un
mémoire. Et il aurait été, je crois... parce que la juge en chef, elle-même,
souhaitait être entendue, elle faisait partie, d'ailleurs, de la liste que nous
avions soumise au gouvernement.
Cela étant dit, ce
que je veux éviter, ici aujourd'hui, c'est que les victimes soient au coeur d'une
certaine bataille entre le ministre de la Justice et la juge en chef. Il faut
éviter ça à tout prix, et je crois que là-dessus nous nous entendons très bien.
Il faut que nous puissions démontrer une ouverture. Parce que, si la juge en
chef n'est pas d'accord, je ne voudrais pas qu'il y ait échec du tribunal
spécialisé. Et nous sommes là, aujourd'hui, pour travailler en ce sens, parce que, d'abord et avant tout,
c'est les victimes qui doivent être au coeur de nos discussions
aujourd'hui.
faut assurer l'accompagnement, bien sûr, des victimes. Il faut un meilleur
accompagnement, que ce soit, bien sûr, avec
le tribunal spécialisé, mais je pense aussi aux policiers. Je pense aussi au
soutien des victimes lorsqu'elles veulent, bien sûr, déposer... porter
plainte. Parce qu'actuellement on voit le taux très, très bas de plaintes qui
sont déposées, parce que les victimes ont peur. Il faut rebâtir la confiance,
tout est une question de confiance lorsqu'on parle des violences sexuelles et
de la violence conjugale.
On est ici
aujourd'hui, justement, pour entendre les groupes mais aussi pour bonifier. Et
je veux que le ministre m'entende très
clairement, je suis là aujourd'hui pour travailler, pour améliorer le projet de
loi. Je suis persuadée qu'ensemble, comme législateurs... Et c'est une volonté, je crois, qu'on
partage de ce côté-ci puis, j'en suis persuadée aussi, du côté du
ministre, on veut pouvoir penser aux victimes, on veut le meilleur pour les
victimes. Et l'Assemblée nationale, je
crois, tout le monde, veut mettre l'épaule à la roue en ce sens. Et c'est
pourquoi on sera là, M. le Président, pour travailler, aujourd'hui, à
écouter, bien sûr, et à améliorer le projet de loi qui est devant nous.
Le Président
(M. Benjamin) : Merci, Mme la députée. Au tour maintenant de la porte-parole
du deuxième groupe d'opposition et députée de Sherbrooke à faire ses remarques
préliminaires.
Mme Labrie :
Merci, M. le Président. Il y a un an, très exactement, on était en train de
finaliser le contenu du rapport Rebâtir la confiance avec plusieurs de
mes collègues, dont plusieurs sont autour de la table aujourd'hui et plusieurs
autres vont être entendus en audition dans les prochains jours.
Et puis, à l'époque,
on savait déjà qu'il y aurait plusieurs écueils, on savait que ce serait
difficile, que plusieurs recommandations qui étaient présentes dans le rapport
n'allaient pas être reçues de manière unanime dans la société. On anticipait
notamment des difficultés pour la mise en place des tribunaux spécialisés. Mais
on a décidé quand même que ça ferait
partie du rapport parce que, de toute
évidence, au terme de toute la démarche qui avait mené à la rédaction du
rapport, les consultations qui avaient eu lieu, les témoignages des victimes
qui avaient été reçus, de toute évidence, c'était nécessaire d'implanter des
tribunaux spécialisés.
Et donc, un an plus
tard, on se retrouve avec ce projet de loi, et, moi, tout ce que je peux
souhaiter, dans les dernières secondes qu'il me reste, c'est que tout le monde
va se rallier autour de ce projet-là et qu'on va être capable de travailler
ensemble pour y arriver.
Le Président
(M. Benjamin) : Merci, Mme la députée. J'invite maintenant la
porte-parole du troisième groupe d'opposition et députée de Joliette à faire
ses remarques préliminaires.
Mme Hivon :
Merci, M. le Président. Salutations à tous. Alors, je me réjouis qu'aujourd'hui
on franchisse une étape de plus vers l'instauration d'une réforme extrêmement
importante pour les victimes de violences sexuelles et conjugales, soit
l'instauration d'un tribunal spécialisé, une idée que je porte depuis plus de
trois ans et demi avec beaucoup de conviction, que mes collègues portent aussi,
que nous avons travaillée au sein du groupe d'experts et dans le rapport Rebâtir
la confiance , dont mes collègues ont parlé, qui est une pierre
centrale, une pierre d'assise de cette réforme-là, de cette mini révolution
pour que les victimes soient au centre du processus judiciaire.
Bien sûr, il va
falloir apporter des bonifications, et j'espère qu'on va pouvoir vraiment bien
collaborer autour de l'élaboration du projet de loi et collaborer aussi avec
les acteurs externes pour que ce projet de loi là donne toutes les visées qu'on
s'est données avec l'instauration d'un tribunal spécialisé, et que ce
tribunal-là voie le jour et qu'il donne tous les résultats auxquels on
s'attend. Merci, M. le Président.
Le Président
(M. Benjamin) : Merci, Mme la députée. Et j'invite maintenant le
député de Chomedey à faire ses remarques préliminaires.
M. Ouellette :
Merci, M. le Président. Salutations à tous. Après avoir entendu les remarques
de mes collègues, la dernière chose qu'on souhaite, c'est que ce soit un projet
de loi politique. Il faut que ça soit un projet de loi pour les victimes. Et
gardons tous en tête que, pour qu'on ait du succès, ça va prendre la cohésion
de tous les intervenants dans le système. On aura beau avoir le plus beau des
tribunaux, on aura beau avoir des juges formés, on aura beau avoir tout ça, s'il y a un maillon, dans le système, qui ne
fonctionne pas, c'est encore les victimes qui vont être les premières à en souffrir. Ça fait que j'ai
l'ouverture, d'ailleurs, c'est le pourquoi de ma présence en cette
commission, j'ai un petit peu d'expérience
là-dedans et je fais miennes les remarques de mes collègues sur l'absence de la
juge en chef.
Le Président (M. Benjamin) : Merci,
M. le député. Maintenant,
nous allons débuter nos auditions. Peut-être,
avant même de commencer, rappeler le temps de parole réparti à chacun des
groupes. Donc, une dizaine de minutes pour
l'exposé de l'organisme; ensuite suivra une période d'échange, période d'échange répartie comme suit : une quinzaine de minutes pour le gouvernement,
une dizaine de minutes pour l'opposition officielle, 2 min 33 s
pour le deuxième groupe d'opposition, 2 min 33 s pour le troisième
groupe d'opposition et 2 min 21 s pour le député indépendant.
Je souhaite
maintenant la bienvenue aux représentants du Regroupement des maisons pour
femmes victimes de violence conjugale. Je
vous rappelle que vous disposez de 10 minutes pour votre exposé, après
quoi nous procédons à la période d'échange avec les membres de la
commission. Je vous invite, donc, à vous présenter et à procéder à votre
exposé. La parole est à vous.
Mme Riendeau (Louise) :
Bonjour, M. le Président, M. le ministre, membres de la commission. Je suis
Louise Riendeau, je suis coresponsable des dossiers politiques au
regroupement et je suis accompagnée aujourd'hui par Cathy Allen, qui est membre
de notre conseil d'administration et qui est coordonnatrice de la maison
Alternative pour elles à Rouyn-Noranda.
Notre association regroupe 43 maisons
d'aide et d'hébergement pour femmes victimes de violence conjugale. Pour près de 25 % des femmes que
nos membres soutiennent, une plainte est déposée avant ou pendant qu'elles
reçoivent des services. Pour le regroupement, et ce, depuis ses tout débuts,
l'intervention de la justice fait
partie de la solution à la violence conjugale, non seulement individuellement pour chaque femme
qui est victime, mais collectivement pour dénoncer cette violence et aussi pour éviter que les auteurs de cette
violence puissent continuer à l'exercer en toute impunité.
Le regroupement salue aujourd'hui la volonté du gouvernement
de mettre en oeuvre les recommandations du rapport Rebâtir la confiance
et de donner ainsi un meilleur accès à la justice pour les victimes de violence
conjugale et d'agression sexuelle.
Donc, le regroupement appuie la création d'une
nouvelle division de la Cour du Québec, à la fois par le projet de loi mais aussi au niveau de celle qui
est créée par la cour elle-même. Toutefois, la dernière chose qu'on
voudrait, c'est semer la confusion chez les victimes qui se disent :
Qu'est-ce qu'il arrive? Est-ce qu'il y a deux divisions, etc.? Donc, on
pense qu'il faut profiter à la fois de l'adoption du projet de loi et de tout
le débat qui l'entoure pour clarifier avec les victimes ce à quoi elles peuvent
s'attendre au niveau de la cour mais au niveau des autres services dont elles
ont besoin et qui sont prévus dans les différents rapports.
Le regroupement invite, donc, le ministre de la
Justice, la Cour du Québec et les autres acteurs à collaborer ensemble pour
trouver une appellation qui puisse à la fois couvrir tout ce dont on parle,
tout ce qu'on veut faire comme nouveau modèle
québécois de traitement judiciaire des infractions commises en contexte
conjugal et en contexte sexuel, mais qui fasse aussi une image bien,
bien claire pour les victimes en ce sens-là.
Donc, si on va un peu plus loin, pour nous, il
serait fort utile de bonifier, de clarifier les interventions du gouvernement, et ce, dans le projet de loi. Donc,
pour être clair, pour les victimes, pour les auteurs de violence et pour
le public, ce sur quoi ils sont en droit de s'attendre avec ce qu'on est en
train de créer, le regroupement recommande d'inclure
dans le projet de loi, d'une part, les principes directeurs qui guident ce
qu'on est en train de faire maintenant au Québec, les objectifs qui sont
poursuivis, les actions qui sont nécessaires pour mieux soutenir et accompagner
les victimes, la création d'équipes spécifiques, la création d'un poste de
coordonnateur judiciaire, les infractions visées, la tenue des projets pilotes,
leur encadrement et leur évaluation. On pense qu'il faut déjà marquer le ton et
indiquer tout ça. Ça sera beaucoup plus clair que des arrêtés ministériels ou
des règlements dont le commun des mortels est souvent peu au courant.
On parlait des principes directeurs et des
objectifs. Le regroupement recommande, au fond, que le projet de loi indique
que le changement qui est proposé repose sur les principes directeurs qui
auront été énoncés par le groupe de travail sur la mise en place d'un tribunal
spécialisé, dont le rapport a été rendu public au mois d'août.
Au plan des objectifs, même chose, le groupe de
travail, je pense, a fait un bon travail et énonce les objectifs qu'on devrait poursuivre. Toutefois, au niveau du
regroupement, nous en ajouterions deux : on pense qu'un des
objectifs, et le ministre en a parlé d'entrée de jeu, est d'augmenter le taux
de dénonciation et de condamnation des infractions commises en contexte
conjugal et sexuel; et, d'autre part, si on pense particulièrement à la
violence conjugale, de favoriser l'arrêt d'agir et de prévenir la récidive,
mais ça peut aussi, évidemment, s'appliquer en matière sexuelle.
Le regroupement recommande aussi que le projet
de loi indique que le gouvernement compte mettre en place, allouer les ressources nécessaires et coordonner les actions nécessaires dans la perspective des
recommandations de Rebâtir la confiance .
Dans notre mémoire, nous avons tenté
d'identifier toutes les recommandations de Rebâtir la confiance qui nous semblent essentielles pour... en amont et en
aval de ce tribunal spécialisé là. Pensons aux victimes qui ne dénoncent
pas; il faut déjà agir auprès d'elles. Et, à l'autre bout du spectre, il faut
leur assurer qu'on va assurer une surveillance adéquate des conditions de
remise en liberté, des sentences, etc. C'est tout ça qui fera qu'on rebâtira
leur confiance.
J'ai aussi indiqué tantôt que nous sommes en
faveur de la création d'équipes spécifiques. Les enjeux pour les victimes de violence conjugale ne sont pas les
mêmes que ceux que vivent les victimes d'agression sexuelle. Les
victimes des Premières Nations ont aussi leurs propres réalités. Donc, le
regroupement recommande qu'on ait, au sein de ce qu'on va créer, des équipes
spécifiques en violence conjugale, en violence sexuelle et aussi des services
holistiques pour les Premières Nations.
Au plan des infractions, on pense qu'il faut
aussi être clair là-dessus et indiquer qu'au fond toutes les infractions, en
contexte sexuel ou en contexte conjugal, qui relèvent de la Cour du Québec
devraient être visées par la division qui va
être dédiée à cela. Ce n'est pas tant les chefs d'accusation qui sont
importants, mais c'est le contexte. Donc, on pourrait parler, par
exemple, de méfaits, en contexte conjugal, qui peuvent créer autant de dégâts
que des crimes contre la personne, et s'assurer que, pour toutes ces
infractions-là, les victimes auront le soutien nécessaire.
En ce qui concerne les districts judiciaires,
évidemment, nous pensons que toutes les victimes du Québec doivent avoir accès
à la même justice et nous pensons qu'au terme des projets pilotes tous les
districts devraient être visés par la nouvelle... le nouveau fonctionnement
qu'on va créer.
Je vais laisser la parole à ma collègue.
Mme Allen
(Cathy) : Oui. Parfait. Donc, je poursuis en ce qui concerne, là, la
formation des juges et la formation, là, de tous les intervenants. En fait, le
regroupement recommande de modifier le projet de loi n° 92 afin de prévoir que tous les professionnels qui
interviendront auprès des victimes d'infractions commises en contexte
conjugal ou sexuel, dans le cadre du processus judiciaire, soient formés sur
les réalités relatives à ces deux problématiques distinctes. Donc, on doit étendre la formation aux policiers, aux
procureurs puis aux autres professionnels, là, qui auront à intervenir
auprès des victimes. Être mieux formé n'équivaut pas à être moins objectif. Et,
bien évidemment, cette obligation, là, doit également s'appliquer aux juges.
Concernant les projets pilotes, afin de
s'assurer que le modèle développé pourrait ensuite s'adapter partout au Québec, afin d'expérimenter les nouvelles façons de faire et rectifier plus
facilement le tir, là, en cas de difficulté ou d'effets pervers non
prévus à la suite des nouvelles pratiques mises en place, aussi afin d'estimer
les ressources nécessaires pour un fonctionnement optimal, le regroupement
recommande au ministre de tenir des projets pilotes d'une durée de 24 mois
à partir de leur mise en oeuvre pour avoir suffisamment de temps, là, pour
évaluer leur succès ou pour identifier les correctifs nécessaires à apporter.
Afin de procéder aussi à la mise en oeuvre des
projets pilotes et à leur évaluation, à l'image du comité d'experts, le
regroupement recommande que le ministre de la Justice mette sur pied un comité
multidisciplinaire pour s'assurer qu'il atteint les objectifs fixés et qu'il
adopte les changements jugés nécessaires à sa réussite.
Le regroupement recommande également d'inclure
dans le projet de loi que, dans les six mois suivants la fin des projets
pilotes, le comité d'encadrement fasse rapport au ministre de la Justice et que
celui-ci dépose ce rapport à l'Assemblée nationale dans les trois mois de
sa réception.
Pour conclure, bien, bien que le regroupement
salue la volonté du gouvernement d'agir rapidement, il croit que le projet de
loi n° 92 doit être bonifié pour envoyer un message clair aux victimes et
à la population sur la création d'un processus dont tous les aspects et toutes
les actions participeront à améliorer l'expérience des personnes victimes de violence
conjugale et d'agression sexuelle dans le système de justice criminelle. Merci.
Président (M. Benjamin) :
Merci. Merci pour votre exposé. Nous allons maintenant commencer la
période d'échange. M. le ministre, la parole est à vous.
M. Jolin-Barrette : Merci, M.
le Président. Mme Riendeau, Mme Allen, merci beaucoup de participer
aux travaux de la commission parlementaire. Puis j'accueille votre mémoire avec
une grande ouverture, je trouve que c'est des propositions qui sont intéressantes.
Puis, quand je l'ai lu, ça nous amène à réflexion également sur les façons de
pouvoir bonifier le projet de loi. Puis moi, je le dis à mes collègues, je vais
être très ouvert également, parce que c'est fondamental, pour le gouvernement
et pour moi, que ça se fasse et que ça fonctionne.
Et là je veux vous poser la question, vous avez
abordé, d'entrée de jeu, la question des projets pilotes, vous dites : Vous devriez établir les projets pilotes pendant 24 mois. Pourquoi est-ce
que vous nous recommandez d'y
aller tout d'abord par des projets pilotes?
Mme Riendeau (Louise) : Bien,
je peux y aller, puis Cathy pourra continuer. Écoutez, nous, on veut... Ça fait
longtemps que les victimes attendent ça, et on comprend l'envie d'aller de
l'avant rapidement, mais on veut être certaines que ce qui va être fait va
c'est plus simple d'apporter des correctifs à l'issue d'un projet pilote que
quand on a déployé un modèle pour l'ensemble du Québec. Donc, nous, on pense
que ça, c'est un élément important et que...
Je vous donne un exemple. Si on se rendait
compte, par exemple, à l'issue des projets pilotes, qu'une grande
partie des
dénonciations sont abandonnées au profit de l'utilisation de
l'article 810, pour nous, ça ne serait pas un succès. Mais tout le monde
n'a pas la même vision là-dessus. Donc, je pense qu'un projet pilote ça donne
l'occasion aussi de voir qu'est-ce que ça
donne, est-ce qu'on semble avoir rebâti la confiance, quelle est l'issue de ce
processus-là. Donc, c'est pour ça
aussi que nous, on demande, à l'instar du comité d'experts, qu'il y ait une
équipe scientifique ou, en tout cas,
qu'on appuie le comité d'encadrement pour qu'on puisse se rendre compte des
effets de ce nouveau fonctionnement là et qu'au besoin on puisse le
changer.
C'est aussi une façon... Le groupe de travail
l'a redit, il faut s'assurer qu'on aura les ressources suffisantes pour le faire. Bien, c'est une façon d'estimer
quelles sont les ressources, avec les projets pilotes. Nous, on ne
voudrait pas que des districts judiciaires mieux nantis aient plus de services,
alors que des femmes dans d'autres régions en aient moins. Donc, un projet
pilote, ça nous permet d'estimer les ressources nécessaires, ça nous permet,
comme je l'ai dit, s'il y a des effets pervers non prévus qu'on constate, de
voir comment on peut rectifier le tir.
M. Jolin-Barrette : O.K. Bien,
en fait, là-dessus, je vous suis complètement, et c'est l'objectif également
d'y aller par projets pilotes dans un premier temps. Mais je veux juste dire
clairement que, dans le projet de loi, également, il y a les outils législatifs
pour le permanentiser également. Donc, à partir du moment où, les projets pilotes, on va s'être ajustés, on va avoir vu ce
qui fonctionne, ce qui ne fonctionne pas, notre objectif, au
gouvernement, c'est de le rendre permanent à la grandeur du territoire
québécois, dans tous les districts. Et vous avez raison de dire... Moi, mon
objectif, c'est que, peu importe où vous déposez votre plainte au Québec, vous
ayez accès aux mêmes services durant tout le processus judiciaire. Alors, ça,
je veux être très clair là-dessus.
Peut-être une question sur la formation des
juges. Dans le projet de loi, on vient indiquer, bon, que les candidats à la magistrature devront suivre...
s'engager à suivre une formation sur les violences sexuelles, les
violences conjugales, notamment, que les
juges en exercice, bien, c'est le Conseil de la magistrature qui développe la
formation, puis ça
leur appartient de la suivre, et pour les juges à la retraite, s'ils souhaitent
être désignés comme juges suppléants... devront l'avoir suivie. Pourquoi
c'est important que tous les acteurs du système de justice soient formés?
Mme Riendeau (Louise) : Veux-tu
y aller, Cathy?
Mme Allen (Cathy) : Bien, en
fait, c'est important effectivement que tous les acteurs soient formés, qu'on
comprenne mieux la réalité des victimes de violence conjugale, d'agression
sexuelle, qu'on ait des formations qui sont axées sur les mythes et préjugés,
sur les obstacles que vivent les victimes aussi, là, dans le système de
justice. Il nous semble vraiment très important aussi, là, d'informer et
sensibiliser sur tous les éléments, là, qui peuvent avoir... les impacts des
traumas chez les victimes, donc, la présence de traumatismes crâniens chez des
victimes, l'impact des différents traumas, le stress post-traumatique. On pense
aussi...
M. Jolin-Barrette : Peut-être
une sous-question, Mme Allen.
Mme Allen (Cathy) : Oui.
M. Jolin-Barrette : Parce que,
quand j'ai rédigé le projet de loi, là, puis également, là, depuis que je l'ai
déposé, je me fais beaucoup dire, écoutez... on me dit : Les juges sont déjà
formés, on n'a pas besoin de formation. Vous, là, dans le cadre, là, de votre
pratique de tous les jours, là, dans les maisons d'hébergement, là, c'est quoi,
les témoignages que vous avez des personnes victimes? Parce que vous nous
dites : Tout le monde, il faut qu'ils soient formés, il y a des traumas,
notamment physiques, notamment physiologiques pour les personnes victimes.
C'est quoi, votre expérience terrain en lien
la formation de tous les acteurs, incluant les juges? Pourquoi
vous recommandez ça?
Mme Allen (Cathy) : Bien, en
fait, ça fait toute la différence d'être formé, dans l'approche, au niveau du savoir, au niveau du savoir-être aussi auprès des
victimes. Tout le monde dit être formé, les policiers disent être
formés, mais sur le terrain, concrètement, ce qu'on observe, c'est qu'il y a
des lacunes importantes dans la réception, dans l'accueil qu'on a, aussi,
auprès des victimes. Ça se vit aussi dans les salles de cour, donc, avec les différents
acteurs du système de justice.
On dit
vraiment que la formation doit s'adresser à tout le monde, doit s'adresser aux
policiers, aux procureurs, mais aux juges aussi parce que, bon, les
victimes s'adressent à eux directement, dans le cadre d'un procès, vont les
regarder, vont leur parler. Donc, tu sais, tout le monde a besoin d'être formé.
Et, on le sait, ça peut faire toute la différence,
l'accueil qu'un juge peut avoir, là, le fait d'être en relation avec la
victime, la regarder. Avoir la formation, là, ça ne veut pas dire qu'on...
Être mieux formé, ça ne veut pas dire, comme on disait tout à l'heure, là,
qu'on est moins objectif. Donc, c'est majeur que tout le monde reçoive cette
formation-là.
Mme Riendeau (Louise) : Moi,
j'ajouterais aussi, si vous me permettez, que les connaissances évoluent, et,
il y a quelques années, puis au Québec on en entend très peu parler, on ne
savait pas, par exemple, que les victimes d'agression sexuelle ou de violence
conjugale, pour plusieurs, avaient vécu des traumatismes crâniens, ce qui peut
leur donner l'air d'être confuses quand elles témoignent, ce qui peut jouer sur
leur crédibilité. Donc, c'est sûr que c'est au procureur d'amener une preuve
d'expert à ce niveau-là, mais il faut que les gens qui sont là soient capables
d'être sensibles et de comprendre ces éléments-là.
M. Jolin-Barrette : Est-ce que
vous pensez que le fait de suivre de la formation, de la formation continue,
là, pour la magistrature, ça a un effet sur leur indépendance? Pensez-vous que
le fait d'être mieux renseigné sur la réalité des personnes victimes qui ont
été agressées sexuellement ou qui ont été victimes de violence conjugale, ça va
affecter leur indépendance judiciaire, leur impartialité? Le fait de savoir ce
qu'une victime... les conséquences d'être battue,
les conséquences d'avoir été agressée sexuellement, l'impact que ça a,
pensez-vous que ça affecte l'indépendance d'une personne, le fait de
savoir... de comprendre la réalité d'un individu qui est victime?
Mme Riendeau (Louise) : Non,
nous, on pense que, comme l'a dit ma collègue... qu'être mieux formé, être
mieux sensibilisé ne fait pas qu'on n'est moins objectif. Au contraire, on a
une perspective plus large sur l'ensemble du dossier et on est capable de
balancer les différents éléments. Et moi, je dirais que ça donne aussi des
jugements qui sont souvent mieux étayés, qui sont mieux reçus du public.
M. Jolin-Barrette : Peut-être
juste une dernière question avant de céder la parole à mes collègues qui
souhaitent vous poser des questions, là : Pouvez-vous nous parler de
l'impact du trauma sur les personnes victimes? Parce qu'on a beaucoup entendu
parler de ça, là, mais je veux juste que vous nous expliquiez, là, c'est quoi,
l'impact du trauma dans le témoignage, dans ce que vit la victime, associé à la
violence qu'elle a subie.
Mme Riendeau (Louise) : Cathy,
tu veux-tu y aller?
Mme Allen (Cathy) : Oui, je
vais y aller. Bien, en fait, on le sait, là, un traumatisme, c'est un événement
qui se produit quand une personne est soumise à quelque chose qui est
effrayant, qui est bouleversant, et ça provoque chez une personne un grand
sentiment de perte de contrôle. Donc, les agressions sexuelles, les agressions
en contexte de violence conjugale sont souvent des
expériences très traumatisantes qui peuvent avoir vraiment une incidence, là,
neurobiologique, c'est-à-dire qui va affecter le cerveau mais aussi le système
nerveux de la personne victime. Donc, après un traumatisme, les victimes
peuvent fournir des déclarations qui semblent incomplètes ou incohérentes.
C'est ce qui peut se produire quand tu as le sentiment que ta vie est en
danger, quand tu vis un événement qui bouleverse complètement ta vie.
Et, oui, tu sais, on a des attentes sociales de
se conformer aux stéréotypes d'une victime parfaite, là, on pense à, tu sais, communiquer clairement son
non-consentement, offrir une résistance verbale pendant une agression,
couper le contact avec la personne qui a commis des agressions, démontrer des
souvenirs clairs et précis, des récits cohérents de l'agression.
Donc, c'est ça, c'est ça, l'impact que peut
avoir un traumatisme chez une victime. Et c'est aussi ça qui explique que,
souvent, les femmes ou les victimes d'agression sexuelle ou de violence
conjugale ne vont pas dénoncer, par peur de ne pas être crues, parce qu'elles
ont des blancs de mémoire, parfois, parce que le récit, il n'est pas parfait.
Et on doit les rassurer à ce niveau-là. Mais, en même temps, elles se font
rentrer dedans — excusez-moi,
je cherche un terme plus adéquat, mais... — en salle de cour, et nous, on
doit les rassurer de ça, on doit travailler très, très fort pour leur dire
qu'elles ne se feront pas rabrouer dans une salle de cour, mais ce qui n'est
pas le cas. Donc, c'est ça, accompagner des victimes de traumas importants à
travers le processus judiciaire.
M. Jolin-Barrette : Je vous
remercie, Mme Allen, Mme Riendeau, pour votre présence en commission
parlementaire. Je vais céder la parole à mes collègues. Un grand merci pour
votre présence.
Le Président (M. Benjamin) :
Merci, M. le ministre. Maintenant, au tour de la députée de...
Président (M. Benjamin) :
Ah! pardon? Ah! Ah! il vous reste... c'est vrai, il vous reste
4 min 25 s, c'est vrai.
Le Président (M. Benjamin) : M.
le député de...
M. Lévesque (Chapleau) : Chapleau.
Le Président (M. Benjamin) : Allez-y,
M. le député de Chapleau.
M. Lévesque (Chapleau) : Merci beaucoup,
M. le Président. J'en profite pour vous saluer, saluer également les collègues.
Mme Riendeau, Mme Allen, merci beaucoup de votre témoignage, également
votre mémoire. C'est un plaisir de vous revoir, Mme Riendeau. Nous avons
eu l'occasion d'échanger dans le cadre d'autres consultations, là.
Je lisais, justement, là, certaines portions de
votre mémoire, notamment en lien avec la formation des juges. Donc,
l'expérience vécue par de nombreuses femmes révèle que, même lorsque la
violence est rapportée à la cour, en matière familiale, les juges n'en tiennent
pas compte. Les juges, les avocats, les experts minimisent, c'est-à-dire, la réalité de la violence. Les femmes victimes de
violence conjugale sont particulièrement confrontées à la complexité des
lois et au fonctionnement de l'appareil, dans un contexte où elles cherchent à
assurer leur sécurité et celle de leurs enfants. Évidemment, c'est très, très
troublant de lire ces éléments-là et de les constater.
Selon vous, là, les éléments essentiels que
devrait couvrir le programme de perfectionnement des juges, qu'est-ce que ce
serait, là, si vous en aviez, là, quelques-uns, une liste que vous pourriez
peut-être nous dire, là, de façon à bien nous éclairer?
Mme Riendeau (Louise) : Bien,
je pense que, comme on l'a déjà dit, toute la question de l'impact des
traumatismes sur la capacité à témoigner est centrale.
Toute la question de l'évaluation des risques.
En violence conjugale, ce n'est pas parce qu'on porte plainte qu'on est en
sécurité. Au contraire, ça peut exacerber l'opposition et le contrôle du
conjoint. Donc, il faut qu'à chaque étape des procédures tout le monde soit
conscient de ça pour qu'on s'assure que les mesures qu'on va mettre en place,
que ce soit à l'étape de la remise en liberté, que ce soit à l'étape de la
sentence, vont être adaptées à chacune des situations en l'espèce. Alors, ça,
pour nous, c'est des éléments importants.
Évidemment, toute la question des mythes et des
préjugés. On voit des victimes qui, parce qu'elles se sont défendues, sont
parfois considérées comme aussi violentes, alors que, si les gens étaient
formés à distinguer qui est l'agresseur principal dans des situations comme ça,
on arriverait à des visions différentes. On voit aussi des victimes qui ne
correspondent pas au stéréotype de la victime, qui ont l'air rebelles, et,
souvent, on va peut-être leur accorder moins de crédibilité.
Alors, ces éléments-là, mythes et préjugés, les
impacts des traumatismes, l'évaluation des risques, sont, pour nous, absolument
importants. Le fait que la violence se poursuive en matière conjugale après...
pendant et après les procédures est aussi un élément très important pour nous
et pour tous les intervenants.
M. Lévesque (Chapleau) : Merci.
Mme Allen
(Cathy) : Je pense qu'on
pourrait ajouter aussi, si je peux me permettre, le contrôle coercitif,
donc, une meilleure compréhension, là, de tout ce volet-là, en fait.
M. Lévesque
(Chapleau) : Merci de vos
lumières. À la page 9 de votre mémoire, vous parlez de l'importance d'un
titre
clair pour le tribunal. Pourriez-vous nous en faire mention? Pourquoi cette
importance-là du
titre clair?
Mme Riendeau
(Louise) : Bien, écoutez,
je pense que tout le monde en a parlé ce matin, il y a
un contentieux sur l'appellation entre la cour et le ministre, d'une
part. Et, d'autre part, il faut absolument envoyer le message que ce qu'on
change, ce n'est pas juste ce qui se passe en cour, c'est avant et c'est après.
Donc, il faut qu'on soit capable d'envoyer ce message-là dès maintenant. Et on
pense qu'il y a assez de créativité au Québec et autour de la commission aussi
pour qu'on arrive, là, à trouver une façon de nommer les choses et à bien le
communiquer aux victimes, aux auteurs de violence et à la population en
général.
M. Lévesque (Chapleau) : Ce
semble bien clair. Sans mauvais jeu de mots, M. le Président, je crois que ma collègue
de Repentigny aurait une question s'il reste un peu de temps.
Le Président (M. Benjamin) : Il
reste 40 secondes, allez-y.
Mme Lavallée : En fait, je lui
demande de répondre rapidement. Vous avez parlé du coordonnateur judiciaire.
J'aimerais ça que vous nous donniez des exemples de pourquoi ça peut être
pertinent, puis je suis sûre que vous avez des cas à nous donner.
Mme Riendeau
(Louise) : Bien, on a dit
souvent que les décisions du tribunal de la famille sont incohérentes
avec celles de la cour criminelle, même chose en protection de la jeunesse.
Bon, déjà, on a changé le règlement de la Cour supérieure en matière familiale
pour que l'information circule, mais je pense qu'il faut qu'il y ait quelqu'un
qui s'assure qu'on sait ce qui se passe dans les différentes instances, et que,
s'il y a une interdiction de contact au criminel,
bien, que la chambre de la jeunesse le sache aussi, pour qu'on ne se
court-circuite pas et pour que les victimes ne soient pas absolument,
d'une part, confuses, et, d'autre part, en danger à cause de ces
incohérences-là.
Le Président (M. Benjamin) :
Merci. Merci beaucoup. Maintenant au tour de la députée de Verdun.
Mme Melançon : Merci, M. le
Président. Bonjour, Mme Allen, Mme Riendeau. Merci beaucoup d'être
présentes aujourd'hui.
J'ai lu avec attention votre mémoire. D'abord,
j'ai remarqué que vous souhaitiez, donc, qu'il y ait une bonne collaboration
pour éviter, justement, ce contentieux, comme vous dites, Mme Riendeau,
mais aussi pour éviter toute contestation
judiciaire. Moi, je veux savoir, Mme Riendeau, est-ce que vous êtes
inquiète d'une possibilité de contestation judiciaire?
Mme Riendeau (Louise) :
Écoutez, moi, je dirais que je suis inquiète de tout message qui laisse croire
aux victimes qu'on ne les met pas en premier dans ce débat-là. Je pense que ce
à quoi il faut penser, c'est vraiment quel est l'impact des messages qu'on
envoie à l'heure actuelle. On part de loin pour rebâtir la confiance. Donc, il
faut vraiment aller dans ce sens-là, et, nous, c'est toujours notre premier
souci, quel sera l'impact sur les victimes.
Mme Melançon : Vous écrivez,
d'ailleurs, en page 9 : «Il nous semble que [les différends] sur
l'appellation de cette nouvelle division pourraient être facilement résolus.»
Donc, pour vous, vous ne tenez pas nécessairement au nom «tribunal», c'est ce
que je comprends bien?
Mme Riendeau (Louise) : Non.
Nous, on pense que, si le mot fait débat, travaillons ensemble à trouver
quelque chose qui pourra correspondre, mais qui pourra aussi englober tout ce
qu'on veut faire, parce que certains ont dit, puis à juste
titre : Ce
n'est pas ce dont on parle, ce n'est pas qu'est-ce qui va se passer en cour,
c'est beaucoup plus large. Donc, s'il y a une meilleure appellation pour mieux faire
comprendre ce qu'on fait, cherchons-la.
Mme Melançon : Lorsqu'on parle
de la confiance, Mme Riendeau, puis Mme Allen aussi, bien sûr, par
votre connaissance du terrain, là, lorsqu'on parle des dénonciations, je pense
qu'il faut rappeler ici les pourcentages qui sont faméliques, là. On parle de
20 % lorsqu'il est question de la violence conjugale et de 5 %
seulement dans les cas d'agression sexuelle. Dites-moi, est-ce qu'avec une
confiance rebâtie vous prévoyez qu'on va pouvoir augmenter le nombre de
dénonciations?
Mme Allen (Cathy) : Bien, je
peux y aller. Moi, je souhaite de tout coeur que oui. En fait, on le sait,
hein, souvent, les victimes, en fait, ne vont pas dénoncer, justement, par peur
de ne pas être crues, par peur d'envenimer la situation. Des fois, on a des
acteurs du système de justice qui ont des discours dissuasifs auprès des
victimes, malheureusement, trop souvent même. Donc, si on travaille mieux
ensemble en équipe, si on a de meilleures formations,
moi, je pense qu'on va augmenter le taux de dénonciations. Et, en fait, toute
la confiance des victimes se joue là,
parce qu'elles vont recevoir, là, vraiment un accompagnement bonifié d'un bout
à l'autre, là, du processus
judiciaire.
Mme Melançon :
Mme Riendeau, à l'intérieur du mémoire, il est indiqué, à la recommandation 3,
donc, d'ajouter les principes directeurs énoncés, là, justement, pour éviter
que ça se retrouve dans des règlements puis qu'on n'ait pas mainmise, comme législatrices,
justement, ici en commission parlementaire, là... J'aimerais vous entendre sur... Comment ça se passe lorsqu'il y a
des règlements? Est-ce
que vous êtes tenue au courant? Parce que je sens une certaine inquiétude,
là, tout de même, de votre part, de savoir qu'il y a des parties qui vont se
retrouver dans des règlements et non pas à l'intérieur du projet de loi.
Mme Riendeau (Louise) : Bien,
c'est sûr que, quand il y a des nouveaux règlements qui sont publiés dans la Gazette ,
on est toujours invitées à se prononcer. Mais je vous dirais que, pour la population,
ce sont des processus qui sont beaucoup moins visibles que, par exemple, une commission
parlementaire, comme on le vit aujourd'hui, qu'un débat à l'Assemblée nationale.
Donc, nous, on disait : Mettons-le clair dans le projet de loi. Et ça fera
que, quand le comité d'encadrement fera son rapport au ministre qui le déposera
à l'Assemblée, on pourra référer à ça puisque c'est clairement dans la loi, et
ça montrera aussi clairement la volonté du législateur, de l'ensemble des
partis d'aller dans ce sens-là. On a vu qu'il y avait eu une motion unanime de l'Assemblée
nationale sur la création du tribunal. Je pense que, pour les gens, ça parle beaucoup.
Donc, c'est pour ça qu'on se dit que, si on a une loi, au Québec, dans laquelle
c'est clairement énoncé, ça sera aussi très visible et très clair.
Mme Melançon : J'ai une question
qui va venir peut-être du champ gauche un peu, mais, quand même, j'ai besoin de
vous entendre. Comme vous faites... vous êtes sur le terrain avec les femmes
qui sont des victimes, il y a de l'exploitation sexuelle, aussi, dont on a très
peu parlé à l'intérieur, donc, du projet de loi, puis on ne l'a pas beaucoup
incluse, mais les proxénètes sont souvent les conjoints des victimes, hein?
Souvent, on l'a vu, et je vois la députée de Repentigny, là, qui est avec nous aujourd'hui,
qui connaît bien le dossier. Est-ce que, selon vous, l'exploitation sexuelle,
on devrait l'introduire à l'intérieur du présent projet de loi?
Mme Riendeau (Louise) : Bien,
en fait, pour nous, quand on parle d'infractions commises en contexte sexuel,
ça contient l'exploitation sexuelle, très certainement, et, effectivement, moi,
je pense qu'il faut faire entendre cette réalité-là. Vous avez raison de dire
que, pour un certain nombre, le proxénète est le conjoint ou leur fait croire que c'est le conjoint. Donc, des fois, on a les
deux dimensions, là, violence conjugale et exploitation sexuelle, mais,
tout à fait, et, pour nous, c'est important que ces infractions-là puissent
bénéficier des changements qu'on est en train d'opérer.
Mme Melançon : Je voudrais vous
poser des questions concernant les projets pilotes. Je vous ai entendue, tout à
l'heure, Mme Riendeau, dire que des projets pilotes, ça en prenait dans
tous les districts judiciaires.
Mme Melançon : O.K., parce que
c'est ce que j'avais entendu. Puis, plus loin, pourtant, je voyais dans votre
mémoire, à la page 21, donc, que vous recommandiez, là, certaines régions,
mais, en favorisant, donc, dans certains districts...
vous n'avez pas peur qu'on crée des inégalités? Une fille qui se retrouve...
qui est une victime, sur la Côte-Nord, n'aurait pas nécessairement le
même accompagnement que la fille qui va se retrouver en Estrie, par exemple.
J'ai un petit... J'ai un questionnement, mais j'ai besoin de vous entendre sur
ce sujet.
Mme Riendeau (Louise) : Bien,
écoutez, c'est sûr qu'on voudrait que, le plus rapidement possible, toutes les victimes aient le même accès aux services, au
soutien, et etc., mais, nous, il nous semble que ça vaut la peine, si on
veut être sûrs de ne pas se tromper, de faire les choses correctement, de bien
estimer, de faire le test. Et, en fait, nous, on recommandait trois districts
judiciaires ou trois palais, plus particulièrement, qui avaient des
caractéristiques qui pouvaient nous sembler représentatives d'autres régions et
qui pouvaient nous permettre, par la suite, d'aller de l'avant. Donc, oui, je
peux comprendre la déception de certaines d'attendre, mais, en même temps, moi,
je suis très consciente que c'est beaucoup plus facile d'opérer des changements
pendant un projet pilote que quand on dit : Voici, c'est notre modèle, au
Québec. C'est difficile de revenir, par la suite, et de faire les améliorations
nécessaires.
Mme Melançon : Et pourquoi deux
ans?
Mme Riendeau (Louise) : Parce
que, si on prend le temps que les choses cheminent dans le système judiciaire,
si on veut qu'il y ait suffisamment de causes, il faut se donner un peu de
temps. Tu sais, en six mois, bien des causes n'auraient pas procédé. Donc, deux
ans, ça nous semble un délai raisonnable pour, à la fois, avoir vu des causes
du début à la fin puis pour avoir un peu de volume pour être capable de poser
un jugement puis d'avoir un peu, là, un portrait de ce que ça donne, et ce
n'est pas trop long non plus.
Mme Melançon : Parfait. Moi,
j'ai toujours en tête, cependant, cette iniquité, je vais dire ça comme ça, là,
d'une victime selon les régions. Ça me brise le coeur, là, de pouvoir penser
que, selon là où on habite, bien, on n'aura pas le même accompagnement, mais,
ça, on pourra en débattre dans l'article par
article au moment convenu.
Je terminerais, parce que j'ai vu le... On parle
de temps, le temps file. Concernant la formation des juges, bien entendu, sur
laquelle je pense qu'on peut faire encore mieux... Mais, aussi, il y a la
formation des policiers, je pense que, Mme Allen, tout à l'heure, vous en
faisiez mention, que ce soit pour les patrouilleurs... On a parlé, bien sûr, d'enquêteurs
spécialisés. Il y a les procureurs. Il y a plein d'autres recommandations aussi
à l'intérieur du rapport Rebâtir la confiance . Est-ce que vous
voyez, comme nous, que c'est un tout, ce rapport?
Mme Riendeau (Louise) : Bien, tout
à fait. En fait, dans la recommandation qu'on a, qui dit qu'il faut que le ministère
soit clair sur les actions qu'il va mettre en branle, qu'il va financer, qu'il
va coordonner, on a recensé plusieurs des recommandations de Rebâtir
la confiance qui sont essentielles aux changements qu'on veut faire, là. On
ne les a pas listées ce matin, mais, dans notre mémoire, c'est clair.
Président (M. Benjamin) :
Malheureusement, c'est tout
le temps dont nous disposons. Merci.
Alors, maintenant, au tour de la députée de Sherbrooke.
Mme Labrie : Merci,
M. le Président. Bonjour. Vous nous
invitez, dans votre mémoire, vos recommandations 3 et 4, à inclure,
dans le projet de loi, les principes directeurs et les objectifs poursuivis
dans le projet de loi. J'aimerais ça que vous nous expliquiez c'est quoi, vos
craintes, si ça ne se retrouve pas dans le projet de loi, comme c'est le cas actuellement.
Mme Riendeau (Louise) : Bien,
pour nous, l'idée de mettre ça dans le projet de loi, d'une part, c'est de les
rendre visibles. Ça envoie un message aux victimes, à la population, à
l'ensemble des intervenants. C'est le premier objectif. Le deuxième objectif,
c'est qu'au moment où on fera l'évaluation de ce qu'on aura fait on pourra clairement
s'y référer et on se dira : Bien, au Québec, on veut, par exemple, que...
améliorer l'expérience des personnes victimes ou répondre aux besoins de la
personne par des services d'accompagnement. Pour nous, c'est si important qu'on
l'a enchâssé dans une loi.
Mme Labrie : ...en quelque
sorte, de s'assurer qu'on ne va pas créer une coquille vide qui porte seulement
le bon nom, mais qui va vraiment répondre aux besoins des victimes.
Mme Riendeau (Louise) : Oui, tout
à fait.
Mme Labrie : Parfait. Je vous
remercie.
Le Président (M. Benjamin) : Merci,
Mme la députée. Donc, au tour de la députée de Joliette.
Mme Hivon : Merci,
M. le Président. Merci de votre excellent mémoire. Donc, je l'ai lu avec beaucoup
d'intérêt... très constructif aussi. Je pense que c'est l'état d'esprit dans
lequel on doit être.
Moi, je veux vous amener... Là, ma collègue a
débuté l'échange... a terminé son échange, moi, je veux le débuter avec ça...
c'est la question de l'étendue des intervenants qui devraient être formés et
spécialisés. Donc, je veux juste que vous nous spécifiiez, je pense que,
là-dessus, on est sur la même longueur d'onde, là... mais que, selon vous, le projet de loi doit parler de la
formation, je dirais, barre oblique, spécialisation des autres intervenants du
milieu judiciaire. Donc, pour vous, ça comprend qui et est-ce que ça doit,
nommément, être inscrit dans le projet de loi?
Mme Allen (Cathy) : Vas-y,
Louise.
Mme Riendeau (Louise) : O.K.
Bien, en fait, pour nous, ça part du début à la fin. Donc, ça peut même inclure des intervenants psychosociaux qui sont
appelés à intervenir auprès des victimes, qui ne sont pas nécessairement
spécialisés en matière de violence
conjugale. Rebâtir la confiance recommandait qu'on ait des policiers,
des procureurs spécialisés, formés.
Donc, pour nous, ça comprend ces gens-là, et ça comprend évidemment les juges,
mais ça comprend aussi des gens qui peuvent être au niveau des services
correctionnels, qui auront à gérer les sentences ou les conditions qui sont imposées.
C'est important que ces gens-là aient une vue globale.
Tantôt, on
parlait du contrôle coercitif. C'est un terme nouveau dans le vocabulaire, mais
ce n'est pas une réalité qui est
nouvelle. C'est, en fait, toutes les stratégies qui, souvent, ne sont pas des
actes criminels, qui vont être utilisées par un contrevenant pour intimider, contrôler sa victime. Si on n'a pas une
idée que tout ça existe puis qu'on regarde juste l'acte criminel qui est
là, devant nous, on va échapper des grands pans de la réalité des victimes. On
va mal évaluer les enjeux qu'elles vivent au
niveau de la sécurité. Donc, c'est pour ça que, pour nous, il faut que tout le
monde ait ça. Il faut qu'on ait vraiment une idée claire de qu'est-ce
que vivent les victimes, quels enjeux de sécurité ça pose, quelles conséquences
ça peut avoir sur leur capacité de porter plainte, de témoigner, comment on
peut mieux les soutenir.
Mme Hivon : Puis
vous faites allusion à un autre élément, que je trouve important, dans votre
mémoire, c'est un peu l'idée de la formation, oui, mais de la spécialisation
aussi. Si je comprends bien, vous, vous dites : C'est bien, donner de la
formation à tout le monde, mais l'idée d'avoir des équipes dédiées, d'avoir de
la spécialisation, c'est aussi quelque chose qui est présent. Est-ce que vous
nous demandez de l'inscrire dans le projet de loi?
Président (M. Benjamin) :
Malheureusement, le temps ne nous permet pas de pouvoir y répondre,
donc...
Mme Hivon :
Esprit de synthèse.
Le Président
(M. Benjamin) : Voilà. On ira avec... On va aller avec le député
de Chomedey.
M. Ouellette : Bien, c'est tellement
important, Mme Riendeau, Mme Allen, ça va être sur mon temps que vous
allez nous donner la réponse, parce que je veux entendre la réponse à la question
de ma collègue de Joliette. Est-ce que vous pouvez me la donner?
Mme Riendeau (Louise) : La
compétence, ça s'acquiert par de la formation, mais ça s'acquiert aussi par
l'expérience, et c'est en étant chaque jour dans des dossiers, en étant dédié à
ceux-là, en côtoyant des collègues qui le sont,
qu'on acquiert aussi de la compétence. Et des choses comme le savoir-être, dont
parlait ma collègue, ça ne s'acquiert pas toujours dans de la
formation. C'est parfois, effectivement, là, à exercer ces fonctions-là qu'on
le fait. Ça fait que, pour nous, le fait que les gens soient formés est
important, le fait qu'on ait des gens dédiés qui développent une spécialisation
l'est aussi.
M. Ouellette : Je pense qu'on
est tous à la même place. Parce que moi, j'ai moins de temps que tous les autres, je vais me permettre un commentaire, pour
terminer, en vous remerciant. C'est un projet
de loi qui crée beaucoup
d'attentes, beaucoup d'attentes chez les victimes, qui ne va pas assez loin, à
mon humble avis. Vous avez mis 20 recommandations dans votre mémoire qui
est très, très, très fouillé. Ça sera notre
partie à nous, les législateurs, parce
qu'il ne faut pas manquer notre coup. Il y a des bonnes intentions. Il ne faut
pas manquer notre coup parce qu'on va perdre toute la
partie de la population
qui est victimisée là-dedans. C'est une bonne intention, puis je pense qu'il
faut être... Dans ce cas-là, mesdames, il va falloir être plus intelligent
qu'orgueilleux dans le traitement de ce projet de loi là.
Mme Riendeau
(Louise) : En tout cas, on a une obligation de moyens, mais on a certainement une
obligation de résultats dans ce cas-ci.
Le Président (M. Benjamin) :
Merci beaucoup, Mme Riendeau, Mme Allen. Merci beaucoup pour votre
contribution aux travaux de la commission.
Je suspends les travaux quelques instants afin
d'accueillir les prochains témoins. Merci.
(Suspension de la séance à 10 h 50)
Le Président (M. Benjamin) :
Alors, à l'ordre, tout le monde! Nous allons reprendre nos travaux. Donc, nous
allons poursuivre les auditions et, maintenant, nous allons accueillir
Mme Manon Monastesse, de la Fédération des maisons d'hébergement pour
femmes, ainsi que Mme Danielle Mongeau, directrice de la Maison Dalauze.
Bienvenue, mesdames. Vous avez 10 minutes pour votre exposé.
Mme Monastesse (Manon) : Merci.
Alors, on remercie la commission de nous avoir invitées pour témoigner. On
remercie également M. le ministre ainsi que les députés qui sont présents de
leur attention. Alors... Et nous voulons
souligner, tout d'abord, la volonté politique et l'engagement du gouvernement
dans sa volonté de mettre en place des tribunaux spécialisés. On sait
que c'est une question qui a été discutée depuis de nombreuses années et on
arrive enfin à la croisée des chemins. Alors, nous remercions tous les efforts
qui ont été faits pour que, finalement, l'on puisse voir, dans un avenir assez
rapproché, la mise en place des tribunaux spécialisés ici, au Québec.
Alors, je
passerais la parole à notre présidente, Mme Mongeau, qui va pouvoir vous
expliquer plus amplement notre position.
Mme Mongeau (Danielle) : Oui.
Bonjour, tout le monde. Nous considérons qu'un projet de loi visant la création
d'un tribunal spécialisé en matière de violence sexuelle et de violence
conjugale aurait avantage à présenter une description des objectifs à atteindre
afin de le rendre plus rassembleur, de permettre une compréhension commune et
une plus grande adhésion à ses principes.
De façon très résumée, voici quelques résultats
communs à viser : une spécialisation de tous les acteurs clés impliqués
dans le processus; une sensibilisation accrue à la violence faite aux femmes au
sein de la communauté et des organismes qui
y répondent; la réduction de la victimisation secondaire; une augmentation du
taux de signalement des délits de
violence; une action policière proactive et de meilleures méthodes d'enquête
sur les infractions de violence; une
participation accrue des victimes; une diminution du taux de retrait des
accusations; une augmentation du taux de poursuite pour les infractions
de violence conjugale; un niveau de sécurité plus élevé pour les victimes de
violence et leurs enfants; des ordonnances
de protection plus appropriées et adaptées aux situations des victimes; une
meilleure qualité de la prestation de
services; une meilleure coordination des services; une meilleure coopération
entre les différents acteurs et
instances du système judiciaire; le développement d'un sentiment de
responsabilité des tribunaux et de leur personnel envers la communauté
et les prestataires de services; et la satisfaction des victimes à l'égard de
la procédure.
Ainsi,
un tribunal spécialisé en matière de violence sexuelle, conjugale ou familiale
constitue un modèle de bonnes pratiques et implique idéalement un changement de
système ou, tout au moins, des adaptations majeures. De façon globale, un
tribunal spécialisé diffère d'un tribunal classique du fait qu'il permet, entre
autres, de porter une attention particulière sur la victime et ses besoins;
d'assurer que la victime ait accès à des services de soutien et
d'accompagnement appropriés; de sensibiliser tous les acteurs du droit aux
réalités des victimes afin notamment d'éviter toute victimisation secondaire;
d'assurer la sécurité des victimes en mettant en place ou en consolidant des
installations judiciaires appropriées; d'identifier, de mieux gérer et de
traiter de façon accélérée les dossiers des victimes; de favoriser des
pratiques d'enquête policière de haute qualité; d'encourager les politiques
favorisant les inculpations et les poursuites judiciaires entamées par les
victimes; déterminer les ordonnances de protection qui assurent la sécurité des
victimes et de leurs enfants; et, finalement, d'assurer un suivi des progrès du
délinquant et du respect des ordonnances rendues.
Je vous laisse la
parole, Mme Monastesse.
Mme Monastesse
(Manon) : Alors, dans notre mémoire, on vous a présenté vraiment les
deux modèles qui, pour nous, sont les plus
prometteurs. Alors, il y a le modèle du tribunal spécialisé de Moncton, au Nouveau-Brunswick, et surtout celui de Southport, dans le Queensland, en
Australie. Ce qui est intéressant aussi, c'est que ce sont deux modèles
qui ont fait leurs preuves, mais qui ont surtout aussi été évalués. Alors, on a
quand même des données sur l'impact que ces deux modèles ont fait au niveau de
l'amélioration, justement, du traitement de la violence conjugale et sexuelle.
Alors, en d'autres
termes, si on regarde qu'est-ce qu'on vise avec un modèle de tribunal
spécialisé, on veut augmenter le niveau de coordination et de partage
d'informations. On veut avoir un meilleur retour d'informations sur le
processus, une meilleure concertation, une concentration des... concertation, bien
sûr, mais une concentration également des connaissances spécialisées, que ce
soit par les procureurs, les juristes, le soutien, les magistrats, ce qui n'est
pas présent dans un modèle, disons, classique, plus conventionnel. Et,
également, aussi, ce qui est intéressant, surtout avec le modèle de Southport,
c'est que le tribunal aussi est culturellement adapté à la population. On sait
qu'il dessert une population importante aborigène.
Alors, quand on
regarde en ce qui concerne le modèle de Southport, ce qu'on constate effectivement,
quand on regarde les résultats de l'évaluation, on a vu qu'il y a eu un
renforcement des collaborations entre le tribunal, le service de lutte contre
les violences conjugales, les procureurs, les policiers, les avocats, ce qui a
permis d'améliorer la coordination des dossiers et des services. Il y a une
satisfaction déclarée des victimes, et leur perception de l'équité procédurale
du processus est beaucoup plus élevée dans un tribunal spécialisé. La disponibilité
est accrue, aussi, au niveau des services-conseils et également au niveau de la
disponibilité des formations; la présence, bien sûr, de tout un encadrement
sécuritaire pour les victimes, pour atténuer le stress que vivent les victimes
et assurer leur sécurité dans les locaux du tribunal; le niveau de
compréhension des résultats du tribunal, tant pour les victimes que pour les
auteurs, ce qui est plus mitigé, au niveau des auteurs, mais, quand même, sont beaucoup
plus élevés dans un tribunal spécialisé que dans un tribunal conventionnel; l'augmentation
de la responsabilité, aussi, des auteurs de crime, il semble que le sentiment
que les contrevenants soient tenus responsables est beaucoup plus élevé dans un
tribunal spécialisé qu'un tribunal conventionnel.
Alors, globalement,
on peut dire que le tribunal spécialisé, à Southport, a amélioré la gestion de
la procédure, le partage des informations et la coordination de l'aide accordée
aux victimes et aux contrevenants. Et ce qu'il est très intéressant de voir,
c'est, quand on a demandé aux victimes et aux contrevenants, comment... dans
quelle mesure leur perception des procédures avait été, pour elles,
satisfaisante. On a quand même un taux de 81 % qui qualifient leur
expérience au tribunal d'excellente, alors c'est un taux qui... c'est quelque
chose qu'on vise. Alors, le tribunal de Southport a démontré que... par son efficacité,
a démontré qu'il y a eu un changement très notable, là, au niveau de
l'expérience des victimes au sein du tribunal. Et on peut comparer à un
tribunal conventionnel, qui existe dans une autre ville, à 50 %. Alors,
c'est majeur, là, comme impact positif. Et puis la question, aussi... le niveau
de perception positive de la justice procédurale est également élevé, dans
l'échantillon de Southport, avec plus de 85 % des participants qui sont
d'accord ou tout à fait d'accord pour dire qu'ils ont été traités avec respect,
que le processus judiciaire était juste et que la décision était juste. Alors,
je passe la parole à Mme Mongeau.
Mme Mongeau
(Danielle) : Alors, en
conclusion, l'implantation de tribunaux spécialisés se veut un
changement structurant, novateur et prometteur qui deviendra, par suite de son
actualisation, un levier crucial dans la lutte contre les violences sexuelles
et conjugales qui s'inscrivent dans le continuum des violences faites aux
femmes. Nous espérons que l'implantation de
ce projet pilote, grâce au projet de loi, se fera en synergie avec
l'actualisation des nombreuses recommandations du rapport Rebâtir la
confiance afin de restaurer la confiance des victimes envers notre système
de justice.
À ce titre, la
Fédération des maisons d'hébergement pour femmes recommande ainsi que
l'implantation des tribunaux spécialisés s'inscrive dans un chantier plus
global...
Le Président
(M. Benjamin) : Malheureusement, c'est tout le temps qui nous est
imparti...
Le Président
(M. Benjamin) : Alors, allez-y, sur le temps du ministre,
allez-y, poursuivez.
Mme Mongeau
(Danielle) : ... — ah!
O.K. — dans
un chantier plus global d'actualisation structurante des nombreuses mesures
inscrites dans le rapport Rebâtir la confiance, afin d'assurer un filet
de sécurité tissé serré autour des victimes et de leurs enfants. Ce but ultime
leur permettra de s'affranchir du contexte de violence auquel elles sont
assujetties et ainsi faciliter la reprise de pouvoir sur leur vie. Le modèle de
tribunaux spécialisés espagnols démontre qu'un changement global et durable est
réalisable en suivant ce principe.
Nous recommandons aussi que le projet de loi
présente une description des objectifs à atteindre afin de le rendre plus
rassembleur et s'assurer d'une plus grande adhésion à ses principes. À ce
titre, nous recommandons que le modèle de tribunal spécialisé de Southport,
dans le Queensland en Australie, soit un des modèles de référence privilégiés
de par son efficacité et sa cohérence avérés, en plus d'être en fonction dans
un système... dans un pays où le système de droit est comparable à celui du
Canada.
En résumé, à l'instar de plusieurs experts et
juristes, nous avons espoir que les tribunaux spécialisés permettront une
augmentation des taux de condamnation, l'amélioration de la qualité des
témoignages, la diminution des délais et de
la victimisation secondaire, l'amélioration de la connaissance de tous les
acteurs sociojudiciaires impliqués sur les réalités vécues par les
victimes. Ils représentent, donc, une initiative prometteuse pour
l'amélioration de l'expérience des victimes et, conséquemment, un espoir pour
le rétablissement de leur confiance envers notre système de justice, tout en
respectant à la fois les préoccupations de justice fondamentale et les droits
de l'accusé.
Je laisse la parole à Manon Monastesse pour
la dernière recommandation.
Le Président (M. Benjamin) :
Oui, une dernière intervention, parce que le ministre a été assez généreux pour
vous laisser parler, donc... Mais il faudrait terminer, une dernière
conclusion. Allez-y, s'il vous plaît.
Mme Monastesse (Manon) : Bien,
écoutez, je laisse la parole à M. le ministre. On aura l'occasion, dans les
échanges, d'aller plus en profondeur.
Le Président (M. Benjamin) : M.
le ministre.
M. Jolin-Barrette : Merci, M.
le Président. Mme Monastesse, Mme Mongeau, merci pour votre présence
en commission parlementaire. C'est très instructif, la présentation de votre mémoire.
Écoutez, d'entrée de jeu, là, avez fait référence,
là, au modèle dans le Queensland, qui existe, qui est un système de justice
similaire au nôtre, et là-bas, ça se fait puis ça marche, un tribunal
spécialisé. Et je crois même qu'il y a une obligation de formation pour tous les acteurs du système
de justice, incluant les juges. Alors, comment vous percevez ça, là, le fait qu'on vient encadrer et dire : Écoutez, tous les acteurs
du système de justice doivent être
formés, incluant les juges? Comment vous voyez ça, là, vous, la formation par
rapport aux violences sexuelles et conjugales?
Mme Monastesse (Manon) : Bien, écoutez,
on voit ça de façon très positive, puisqu'on a des modèles qui prouvent leur
efficacité, donc ça fonctionne, la question de... et de la formation. Et
d'autant plus que, quand on regarde le modèle de Southport, le fait que... et
même, dans notre mémoire, on l'a dit, même les juges ont été consultés, aussi,
pour l'évaluation, et eux-mêmes le disent que ça leur permet de faire un
meilleur travail, d'avoir une meilleure connaissance des impacts et aussi ça
leur permet d'être plus efficaces, et puis, ça, ce ne pas seulement envers les
victimes, c'est aussi envers les contrevenants. Ça leur permet aussi de mieux
encadrer, que les contrevenants soient mieux encadrés, de mieux faire les
suivis, alors, même au niveau des juges.
Puis effectivement il faut que tout le monde,
dans la chaîne, dans le processus, soit formé. Mais, au niveau des juges, c'est extrêmement positif dans
l'évaluation du modèle de Southport. Ils le disent eux-mêmes que ça leur a
permis de grandement améliorer... grandement
améliorer leur intervention, tout en préservant leur impartialité,
l'impartialité qui est nécessaire, et l'indépendance de la magistrature.
Il y a quelqu'un qui est, justement... qui s'assure, justement, qu'il n'y ait pas des écarts à ce niveau-là. Et il y a
une douzaine de tribunaux spécialisés, en Australie, et il n'y a jamais eu
de plaintes, à date, sur cette question,
qu'il y avait un bris au niveau de l'impartialité ou de l'indépendance de la
magistrature.
M. Jolin-Barrette : C'est
intéressant, ce que vous dites, parce que c'est beaucoup les critiques que je
reçois, pour dire : Ça va affecter l'indépendance, l'impartialité. Or,
comme on dit, lorsqu'on compare les choses qui existent dans le monde, et
l'Australie, ce n'est pas si différent du Canada, il y a la même, un peu,
histoire, la source originelle, si je peux dire... tire sa même source, alors
les principes de droit, tout ça. Je trouve ça intéressant ce que vous dites, de
dire : Bien, écoutez, non, il n'y a pas eu d'atteinte à l'impartialité,
non, il n'y a pas eu d'atteinte à l'indépendance, non, la présomption
d'innocence n'a pas été remise en question, puis ça fonctionne. Puis les juges sont formées, puis ils disent même que c'est
positif d'avoir davantage de formation. Alors, je trouve ça vraiment
pertinent.
Peut-être aborder avec nous, là... Je crois que
la fédération donne déjà de la formation à des acteurs du système de justice,
notamment au Directeur des poursuites criminelles et pénales, hein? Je pense,
c'est le cas.
Mme Monastesse (Manon) : Tout à
fait, tout à fait. Ça fait déjà deux ans que la formation est donnée, et ça a
été très favorablement accueilli. Il y a eu plusieurs cohortes de procureurs
qui ont été formées, alors ça va... Même, on en a... il y a eu des demandes
supplémentaires du DPCP, à cet effet.
M. Jolin-Barrette : Et
relativement, là, au contenu de la formation qui doit être donnée, là, en
violence sexuelle, en violence conjugale, là, selon votre expérience terrain,
là, avec ce que vous vivez au jour le jour, là, avec les femmes qui sont dans vos maisons
d'hébergement, là, qu'est-ce qui devait être mis de l'avant dans ces
formations-là, en fonction de la réalité des femmes qui passent à travers le
processus judiciaire, là? C'est quoi, les commentaires que vous entendez par
les femmes qui sont hébergées chez vous?
Mme Mongeau (Danielle) : Je
peux y aller. Je peux peut-être compléter, M. le ministre. Ce qu'on voit
beaucoup dans les maisons d'hébergement, de la part... ce que les victimes nous
disent, c'est que la compréhension de la violence conjugale n'est pas
suffisante de par l'ensemble du système de justice. Du premier contact avec les
policiers jusque dans le processus, vraiment, elles ne sentent pas que la
compréhension est très bonne de leur situation. Et souvent, même, elles ont
l'impression que la violence conjugale n'est pas prise en compte comme elle le
devrait. Donc, souvent, on va tenir en compte que le présumé accusé va avoir
une présentation qui va être plus soignée, tout ça, alors qu'elles, dans leurs
impacts de la violence, elles ne sont pas reconnues à ce niveau-là. Et le fait
qu'elles ne soient pas reconnues... comme étant des impacts de la violence fait
en sorte que leur propos n'est pas reconnu à leur juste valeur non plus. Alors,
c'est beaucoup au niveau de la sensibilité, de la compréhension, de la
compréhension des impacts du vécu en violence conjugale. Donc, de défaire les
mythes, de défaire des préjugés, souvent, qu'on va retrouver encore aujourd'hui.
Donc, c'est beaucoup à ce niveau-là que ça doit se passer et que la formation
doit... l'accent doit porter là-dessus.
M. Jolin-Barrette : O.K. Et une
dernière question, avant de céder la parole, là. Lorsque vous avez fait votre
mémoire, vous avez regardé les différents modèles, là, et on s'inspire de ce
qui se fait ailleurs, puis vous nous invitez à
dire : Bien, écoutez, il y a des meilleures pratiques qui se
font ailleurs, mais c'est pertinent de le mettre en place, là.
Pour vous, c'est fondamental qu'il y ait ce changement-là, dans le système de
justice, et qu'on puisse mieux accompagner les victimes, tout en s'assurant
que, les accusés, leurs droits sont respectés aussi. Mais ça prend une plus
grande place, maintenant, dans le processus judiciaire, pour les victimes.
Donc, c'est ça, au fond, un tribunal spécialisé : du début de la
dénonciation, de l'accompagnement, jusqu'à la fin, la condamnation, et même
après, pour accompagner la victime, mais le bout dans le milieu, là, avec la
cour, là, ils gèrent leurs choses en toute indépendance, tout ça. On n'est pas
là, mais c'est sur le continuum de services. Ça, vous êtes en accord avec ça,
pour le tribunal spécialisé?
Mme Monastesse (Manon) : Tout à
fait. Tout à fait. Et on voit avec les résultats que ça a donnés, parce que
c'est quand même impressionnant, quand il y a 85 % des victimes qui disent
qu'elles se sont senties crues, qu'elles ont une expérience très positive du système
de justice. Puis il faut le préciser, ça, ce n'est pas dans des situations où
il y a eu nécessairement une condamnation, c'est vraiment dans leur
appréciation globale du traitement qu'elles ont eu dans le système de justice.
Alors, quand on regarde un modèle qui, pour nous, est extrêmement performant,
dans, justement, la perception procédurale des victimes, on trouve ça vraiment
porteur d'espoir pour l'implantation ici, au Québec. Puis il ne faut pas
oublier aussi que même les contrevenants avaient une perception positive du processus.
Alors, bien, on ne peut que dire : Allons-y.
M. Jolin-Barrette : Je vous
remercie grandement, Mme Monastesse, Mme Mongeau, pour votre
présence. Les collègues vont vous poser des questions. Merci beaucoup.
Le Président (M. Benjamin) : Il
reste cinq minutes, donc. Alors, Mme la députée de Lotbinière-Frontenac.
Mme Lecours
(Lotbinière-Frontenac) : Bonjour, Mme Monastesse,
Mme Mongeau. Ça me fait plaisir d'être ici aujourd'hui. Moi, j'aimerais...
Bien, dans le cadre de mon mandat, là, en violence conjugale, on s'est
rencontrées plusieurs fois, j'ai fait la tournée des maisons d'aide et
d'hébergement, j'ai beaucoup entendu toutes sortes d'histoires puis je veux en
revenir, justement, à la formation des juges. Est-ce que vous pouvez nous
donner des exemples de situations où est-ce que les victimes ont été désavantagées
par rapport soit à l'hébergement qu'elles ont eu dans les maisons d'aide et d'hébergement,
justement, à cause de leur sécurité, puis des conséquences que ça a sur les
victimes, puis aussi en rapport avec tout ce qui a trait avec la garde des enfants,
Mme Monastesse (Manon) : Bien, écoutez,
d'emblée, je vous dirais qu'on a... Il y a deux ans, on a produit une
recherche qui, justement, faisait état de l'analyse de plus de
200 jugements, alors, au niveau des tribunaux de la famille, et il y a quand même une... il y a à peu
près 25 jugements, aussi, qui émanaient de la Cour d'appel, et où est-ce qu'on faisait
vraiment état de... le peu de prise en compte de la violence conjugale, de ses
manifestations et de ses impacts également. Et ça, ça avait une conséquence
directe sur la question de l'évaluation de l'intérêt de l'enfant.
Et on a des citations telles quelles de
jugements. Bien sûr, c'est partiel, mais, quand même, ça donne à quel point, où
il y a beaucoup... ça démontre à quel point il y a beaucoup de travail à faire
au niveau de la formation, bien sûr, des juges, mais également des magistrats
et au niveau des policiers également, là, vraiment, de toute la chaîne
d'intervenants. Et on voit à quel point il y a une méconnaissance et une
incompréhension du contexte de violence conjugale, où est-ce que perdurent,
comme dans les tribunaux de la famille, des préjugés, des stéréotypes du
genre : si monsieur a été violent avec sa conjointe qui est aussi la mère
des enfants, ça ne veut pas nécessairement dire que c'est un mauvais père. Mais
toutes les études ou l'expérience démontrent que ce n'est pas le cas. On ne
peut pas diviser, au niveau des habilités parentales, le fait que monsieur est extrêmement
violent, et que ça n'a aucun impact sur les
enfants, et qu'il ne sera pas... qu'il n'exercera pas de violence. Et là on ne
parle pas juste de violence physique, mais de plusieurs niveaux de
violence envers les enfants.
Alors, souvent, on se
retrouve avec des gardes partagées, des situations qui sont extrêmement... qui
mettent en péril la sécurité des mères et des enfants, et là ça se rajoute avec
toute la question des jugements en silo, quand au criminel on dit que monsieur
est extrêmement dangereux puis qu'il ne devrait pas avoir de contacts, puis
qu'on se retrouve au civil où est-ce que monsieur a des contacts, via la garde
des enfants, et on peut avoir aussi un autre jugement du Tribunal de la
jeunesse, quand la protection de la jeunesse est en jeu. Donc, ça, c'est
extrêmement difficile à vivre pour les victimes, pour leurs enfants, et ça les
met dans des situations où leur sécurité va être compromise. Mais je peux
laisser Mme Mongeau compléter.
Le Président (M. Benjamin) : Il
vous reste 20 secondes.
Mme Monastesse (Manon) : Ça va.
Le Président (M. Benjamin) : ...
Mme Monastesse (Manon) : Oui.
Merci.
Le Président (M. Benjamin) :
Merci. Alors, maintenant au tour de la députée de Verdun.
Mme Melançon : Bonjour,
mesdames. Merci. Merci infiniment de votre présence. Merci aussi pour ce mémoire, dans lequel vous avez fait un travail de
recherche formidable qui permet, justement, d'éclairer les législateurs
que nous sommes.
J'imagine que vous avez entendu aussi,
préalablement, là, on a fait une rencontre avec le Regroupement des maisons,
là, pour femmes victimes de violence conjugale. Ma première question, c'était
sur le nom du tribunal. Je sais... tout à l'heure, j'ai demandé à
Mme Riendeau, que vous connaissez bien aussi : Est-ce que le nom...
Parce qu'il faut qu'on finisse par s'entendre. Moi, ce qui me fait peur ici,
là, aujourd'hui, c'est que, justement, il y ait des affrontements puis qu'on
échappe l'idée du tribunal spécialisé. Est-ce que vous, vous êtes d'accord à
une certaine collaboration pour qu'on puisse trouver un terrain d'entente pour
arriver finalement, au final, là... qui est d'offrir la meilleure façon
possible d'accompagner les femmes victimes de violence sexuelle et de violence
conjugale?
Mme Monastesse (Manon) : Bien, écoutez,
merci pour la question, Mme Melançon. Je pense que... je crois sincèrement
qu'on ne devrait pas... je vais le dire directement, là, qu'on ne devrait pas
s'enfarger dans les fleurs du tapis. Parce que, quand on regarde à travers le
monde, il y a vraiment une dénomination qui est très claire, que ce soit en
Australie, que ce soit dans les pays scandinaves, dont on n'a pas discuté les
structures, que ça soit partout à travers le monde, que ça soit aux États-Unis,
où on a même des lois, on a une Domestic Violence Act, donc partout, on
qualifie et... la structure, on qualifie directement ce sur quoi, les tribunaux
spécialisés, on fonctionne, là. Je veux dire, on qualifie carrément les
tribunaux : que ça soit soit «specialized», ou que ça soit des tribunaux
intégrés, que ça soit des tribunaux spécialisés, bien, on qualifie directement
ce sur quoi les tribunaux travaillent. Alors, je ne vois pas pourquoi ici, au
Québec, carrément, on s'enfargerait dans les fleurs du tapis. Je pense que
Mme Mongeau... Vas-y.
Mme Mongeau (Danielle) : Bien,
si vous permettez, Mme la députée, j'ajouterais que, pour nous, ce n'est pas tant le nom. Pour nous, le nom, il veut tout
dire : «tribunaux spécialisés», on est à l'aise avec ça. Mais
l'important, c'est que, dans le projet de loi, on puisse y mettre la qualité, le contenu, les objectifs, pour que, dans le fond, l'accord réel soit sur ça
plutôt que sur le nom. Le nom, c'est le «branding» qui est connu un peu
partout. Mais c'est pour ça qu'on
tenait, dans notre recommandation, à ce que les objectifs, le contenu y soient aussi, pour qu'il y ait vraiment une compréhension commune de ce qu'est un
tribunal spécialisé et que ce soit une adhésion, que ça permette une adhésion
plus grande.
Mme Melançon : Merci. Merci
beaucoup. Je lisais votre première, dans le fond, recommandation, en page 27, vous dites : «...l'implantation
des tribunaux spécialisés s'inscrive dans un chantier plus global
d'actualisation structurante des nombreuses mesures inscrites dans le rapport.»
Donc, pour vous, si je comprends bien, là, vous voulez que ce soit un peu plus
large, où on doit aussi parler, bien sûr, de la formation pas uniquement des
juges, c'est ce que j'entendais tout à l'heure, si j'ai bien compris, tant des
patrouilleurs... qu'on devrait l'inclure à l'intérieur du projet de loi
n° 92. C'est bien ce que j'ai compris.
Mme Monastesse (Manon) : Tout à
fait, tout à fait, oui.
Mme Mongeau
(Danielle) : Tout à fait. C'est intéressant que vous rameniez vraiment
cette recommandation-là. Moi, comme membre du comité d'experts, de
l'ex-comité d'experts sur Rebâtir la confiance , on tenait beaucoup à ce
que les tribunaux soient spécialisés. Il y a un
chapitre là-dessus, mais sur
15 chapitres et sur 190 recommandations. Donc, les tribunaux
spécialisés, c'est quelque chose... auxquels on tenait beaucoup, mais dans un
ensemble. Juste faire ça, il va manquer des morceaux. C'est important que ce
soit vu, effectivement, dans un chantier global. On est quand même très rassuré de voir qu'il y a plusieurs recommandations qui
sont déjà en action, mais on le voit comme étant vraiment un tout. Et,
au niveau de la formation, c'est sûr que les juges sont touchés mais l'ensemble
des acteurs, c'est vraiment important. Dans
notre deuxième recommandation, c'était que tous les acteurs visés... les
acteurs impliqués soient visés par la formation.
Mme Melançon :
Et je vous remercie, vous faites bien de le rappeler. Parce que, souvent, on
l'a dit, que ce soit au salon bleu ou
que ce soit dans différentes commissions, l'important, c'est de mettre en
oeuvre les 190 recommandations, parce que ça fait un tout, et il ne
faut pas en laisser une de côté. Je pense que votre voix est bien entendue en
ce sens.
Et, d'ailleurs, il y a les projets pilotes. Et
là, Mme Monastesse, je vous ai lue, là, à quelques reprises dans les
journaux, vous disiez : Bien, pour nous, je pense que c'est correct qu'on
puisse y aller avec des projets pilotes. Je vais redire ce que j'ai dit tout à
l'heure, ça me brise le coeur de penser qu'une victime, qu'elle soit de la
Côte-Nord ou qu'elle soit de l'Estrie, si on privilégie un district judiciaire
versus un autre pour les projets pilotes... que les victimes n'auront pas droit
au même accompagnement. J'imagine que vous partagez avec moi cette réticence.
Mme Monastesse (Manon) : Oui,
je partage avec vous cette réticence. Mais comme, je dirais, dans l'idéal, bien
sûr, on devrait implanter le plus rapidement possible les tribunaux spécialisés
dans toutes les régions. Mais, quand même, c'est un chantier important du fait
que ce ne sont pas des mesures accessoires, là, on parle d'un changement de
culture organisationnelle, alors ce sont quand même des changements qui sont
très fondamentaux. Alors, le fait, est-ce que... si on a la capacité d'y aller
partout en même temps, bien oui, c'est l'idéal, mais n'empêche que ça va
falloir toute une logistique, là, si on le fait partout en même temps. Alors,
c'était pour ça qu'on était favorable à l'instauration de projets pilotes.
Puis je tiens aussi à souligner que le ministre
a mis en place une table nationale de consultation sur l'implantation des
tribunaux spécialisés, et nous sommes des représentants, nous faisons
partie de
cette table et nous sommes avec des représentants de tous les secteurs, c'est
vraiment multidisciplinaire et multisectoriel. Alors, bien sûr dans l'idéal, on
voudrait que le travail se fasse partout en même temps au Québec, mais,
logistiquement parlant et réalistement parlant, est-ce possible? Le fait de
faire le suivi sur différentes régions qui vont implanter des projets pilotes,
bien, ça va nous permettre aussi de rectifier en temps réel qu'est-ce qui ne
fonctionne pas, qu'est-ce qui devra être fait autrement. Alors...
Mme Melançon : Mais aidez-moi, là, Mme Monastesse, là,
aidez-moi, là. Quand on sera rendus dans l'article par
article pour les
projets pilotes... Combien de temps ça doit durer, un projet pilote? Parce que,
moi, ce qui me fait toujours peur, dans un
projet pilote, là, c'est qu'on fasse des démonstrations que ça ne puisse pas
fonctionner puis que finalement, là,
après x nombres d'années, là, quand c'est moins dans l'actualité, le
projet pilote s'évanouit. Je vais compter
sur vous, puis vous allez pouvoir compter sur moi pour toujours garder ça bien
frais dans la mémoire des différents élus de l'Assemblée nationale.
Cependant, là, j'ai besoin de savoir par où on commence puis combien de temps,
un projet pilote.
Mme Monastesse (Manon) : C'est
une question... c'est une grande question. Mais moi, j'y vais toujours par
exemples. Alors, on a des exemples concrets, et il faudrait s'inspirer de la
façon dont le processus a été créé, comme à Southport. Je sais qu'à Southport...
parce que nous sommes en contact aussi, via notre réseau international, avec
des maisons d'hébergement, des associations. Et, quand même, c'est pour ça que
je disais quand même qu'on était enclines aux projets pilotes, parce que ça a
quand même nécessité des investissements majeurs de tous les acteurs. Alors, ça
s'est fait quand même sur une période, et c'est toujours dans une perspective
de renouvellement. Ça existe à Southport depuis 2017, alors, et ça a quand
même pris un certain temps, là, parce qu'on change la structure. On change la
façon de procéder. On veille à ce qu'il y ait vraiment une synergie à tous les
niveaux. Alors, je crois qu'il faut laisser quand même un certain temps, mais
je crois que ça s'est fait quand même relativement... Le processus de façon
relativement complexe s'est fait quand même sur une période de plus
d'un an.
Le Président (M. Benjamin) : Malheureusement,
c'est tout le temps qu'il nous reste pour la députée de Verdun. La parole
revient maintenant à la députée de Sherbrooke pour cette période d'échange.
Mme Labrie : Merci. Je vais
revenir sur la question du chantier plus global dont vous parliez sur la mise
en oeuvre du rapport Rebâtir la confiance . C'est la première des recommandations
que vous faites. Je sais que vous et moi, on
est assez informées sur l'évolution de la mise en oeuvre de certaines recommandations. Ce n'est pas nécessairement le cas de toutes les victimes.
J'aimerais vous entendre sur ce qui doit être fait pour que les victimes,
justement, aient confiance dans ce qui est en train d'être fait en ce moment.
Est-ce que, d'après vous, les victimes ont vraiment connaissance des recommandations
qui sont en train d'être mises en oeuvre? Est-ce qu'elles sont rassurées par ce
qui se passe en ce moment ou est-ce qu'elles manquent d'information sur ce qui
est en cours?
Mme Monastesse (Manon) : Bien,
il est évident que les victimes que nous, on reçoit via nos maisons
d'hébergement ou nos services externes sont mieux informées. C'est évident que
les maisons, c'est une grande
partie de leur
travail, de les soutenir quand elles doivent passer à travers le processus
judiciaire. Mais je crois qu'effectivement, pour toutes celles que l'on ne voit pas, il devrait y avoir une campagne
plus au niveau de présentation de ce qui va venir, ce qui est déjà en
place et la volonté aussi de faire en sorte que l'on puisse réaliser les
nombreuses recommandations.
Mais je pense qu'il devrait y avoir un message
plus global qui... pour la population en général, parce que, ce que ça veut
dire, c'est d'envoyer, oui, un message très positif pour les victimes, mais
également pour toutes celles qui gravitent autour des victimes... et la
question aussi par rapport aux agresseurs, aux contrevenants, qu'il y a aussi
quelque chose qui va être fait et... au niveau de l'accompagnement et de
l'encadrement, là. Alors, vraiment, d'envoyer un message général qu'on est
vraiment dans un chantier important, qu'il y a une volonté politique de le
faire, et que ça vise vraiment des changements de culture, alors je pense que
ça va donner un espoir important.
Mme Mongeau
(Danielle) : Je me
permettrais d'ajouter, si vous me permettez, Mme la députée, que l'information,
c'est toujours la base, là. Effectivement, quand elles sont réseautées dans des
ressources, c'est plus facile. L'information, c'est la base, mais surtout la
compréhension de l'information. Donc, on voit que, dans les derniers mois, il y
a eu vraiment un effort soutenu pour réaliser...
Le Président (M. Benjamin) : En
conclusion.
Mme Mongeau (Danielle) : ...
plusieurs de ces recommandations-là, mais, ces recommandations-là, il faut comprendre les liens les unes avec les autres, et
ça, ce n'est pas toujours simple. Alors, c'est plus dans la
vulgarisation de l'information qu'elles pourraient amener vraiment auprès des
victimes une meilleure compréhension du changement qui est en train de se
faire.
Le Président (M. Benjamin) :
Merci. Merci beaucoup. Maintenant, au tour de la députée de Joliette de
poursuivre les échanges.
Mme Hivon : Bonjour. Heureuse de vous revoir en commission parlementaire. Excellent mémoire très fouillé. Merci
beaucoup. Merci de mettre en lumière des exemples très concluants de tribunaux
spécialisés. En fait, que l'on soit en violence conjugale ou en violence sexuelle,
toutes les expériences, jusqu'à ce jour, ont été très concluantes, et ça
devrait vraiment, là, rassurer tout le monde qui pourrait encore avoir des
réserves sur la pertinence de mettre en place au Québec un tribunal spécialisé.
Je suis parfaitement d'accord avec vous sur
l'idée d'inclure principes et objectifs dans le coeur du projet de loi pour
qu'on sache de quoi il s'agit. Je pense qu'à partir du moment où il y a un
choix de faire un projet de loi, c'est une occasion importante de mettre de la
chair autour de l'os et de bien s'entendre sur vers où on s'en va. Donc, recommandation
très intéressante, à laquelle j'adhère.
L'autre
élément, c'est votre recommandation 2.Vous parlez vraiment, là, de la question
de la formation. Je veux que vous me disiez si vous voulez qu'on inscrive dans la loi l'importance du
principe de formation pour tous les intervenants judiciaires. Et
mon autre question, j'ai peu de temps, c'est l'idée de la spécialisation, donc,
la formation, mais vous nous recommandez de
s'inspirer du modèle de Southport, où on est face à des intervenants
spécialisés, formés, oui, mais aussi
dédiés, spécialisés. C'est la recommandation que vous nous faites aujourd'hui? Je veux juste en être bien certaine.
Mme Monastesse (Manon) : Tout à
fait, tout à fait, c'est important pour nous que ce soit inscrit dans le projet
de loi, et la recommandation se termine aussi dans l'évaluation aussi des
impacts de cette formation-là. Alors, il
faut voir, oui, bien sûr, la formation, mais il faut voir aussi qu'est-ce que ça a donné
au niveau des impacts, comment ça a amélioré la façon de se concerter
des intervenants, la façon d'intervenir. Il faut que ça aussi, ça soit évalué
pour voir s'il y a des changements, s'il y a des modifications à faire, et où est-ce
que la façon, c'est toujours dans la perspective que ça soit le plus performant
possible au niveau de l'impact sur les victimes et aussi sur les agresseurs.
Président (M. Benjamin) :
Merci. Merci beaucoup. C'est tout le temps dont on dispose pour cette
partie-là. Est-ce que... Je comprends... Est-ce qu'il y a un autre... Le
député de Chomedey souhaite intervenir à ce segment?
M. Ouellette : Bien, j'aurais
juste une question pour Mmes Monastesse et Mongeau, si possible.
Le Président (M. Benjamin) :
Oui, allez-y.
M. Ouellette : Bonjour,
mesdames. Aurions-nous certains avantages dans le projet de loi à retirer de...
ce qui s'est fait à Moncton, au Nouveau-Brunswick? Parce que vous nous avez beaucoup
parlé de l'Australie, mais on a quelque chose qui est très, très près et qui
marche depuis plusieurs années. Est-ce qu'on aurait des choses, à votre connaissance,
à aller rechercher ou à aller retirer, pour ne pas réinventer la roue, là, de l'expérience
de Moncton?
Mme Monastesse (Manon) : Bien,
je veux dire, les deux modèles, on les a... Bien sûr, on n'a pas beaucoup de temps, mais, je veux dire, les deux modèles ont
été présentés dans notre mémoire et fonctionnent sur le même principe, là,
une meilleure... tout à fait, une meilleure coordination, une meilleure formation,
donc, mais, quand même, de notre expérience, le modèle de
Southport va plus loin au niveau... où est-ce
que, vraiment, même à Southport, le...
ce qu'on demande, le mandat qu'on demande aux juges, est encore plus
proactif. On leur demande d'être vraiment au centre de la coordination et
d'être vraiment extrêmement impliqués.
Donc, ça va encore plus loin, vraiment, dans le
modèle de Southport. Même les greffiers, là, ça va très loin, dans le sens que même les greffiers sont formés.
Alors, tout le monde est formé. Quand ça procède, tout le monde est au courant de ce qui doit être fait. On n'a pas besoin de
réexpliquer, de prouver, de justifier que ça soit n'importe quel aspect. Donc, c'est un modèle qui, pour nous, est
encore plus intégrateur et qui donne des impacts encore plus notables.
Mme Mongeau (Danielle) : Mais
on peut quand même rajouter que le modèle de Moncton, sa principale qualité est au niveau de la coordination. Donc, ça, c'est vraiment quelque
chose qui est peut-être
à retenir, qu'eux autres, ils ont
poussé vraiment très loin au niveau de la coordination. Il y a un poste
spécifique au niveau coordination judiciaire. Alors, ça, ça peut être
quelque chose qui est à retenir quand même dans le modèle.
Le Président
(M. Benjamin) : Merci beaucoup, Mmes Monastesse et Mongeau,
pour votre contribution aux travaux de la commission.
Je vais suspendre quelques instants les travaux
afin d'accueillir les prochains témoins. Merci. Bonne journée.
(Suspension de la séance à 11 h 40)
Président (M. Benjamin) : Alors, nous allons reprendre nos travaux. Donc, je vous souhaite la
bienvenue. Bienvenue à Me Elizabeth Corte, ancienne juge en chef de la
Cour du Québec de 2009 à 2016 et coprésidente du rapport Rebâtir la
confiance , ainsi qu'à Mme Julie Desrosiers, chercheuse et professeure
titulaire à la Faculté de droit de l'Université Laval et coprésidente du
rapport Rebâtir la confiance . Je vous rappelle que vous disposez de 10 minutes pour votre exposé, après quoi nous
procéderons à la période d'échange avec les membres de la commission. Je
vous invite, donc, à procéder à votre exposé. La parole est à vous.
Mme Desrosiers (Julie) : Merci
beaucoup, monsieur. Bonjour à tous. D'abord, merci pour cette invitation à
présenter nos observations sur le projet de loi n° 92. C'est un honneur
pour nous. Donc, comme vous le savez, on est ici, Elizabeth Corte et moi-même,
Julie Desrosiers, à
titre de coprésidentes du rapport Rebâtir ... en
fait, coprésidentes du comité d'experts qui
a rendu le rapport Rebâtir la confiance en décembre dernier. Et, avant
de faire des observations sur le projet de loi en tant que tel, nous
aimerions saluer le sérieux avec lequel le gouvernement a accueilli nos
recommandations et les efforts sincères qui ont été déployés pour les mettre en
oeuvre.
Dans le domaine de la justice, particulièrement,
sans entrer dans les détails, je tiens quand même à souligner, en mon nom
personnel et au nom du groupe, que nous saluons le programme de préparation à
la cour, l'aide financière d'urgence, les policiers et les enquêteurs
supplémentaires qui ont été déployés en matière de violence conjugale, l'instauration de la poursuite
verticale en matière de violence conjugale, d'agression sexuelle et
d'exploitation sexuelle, l'offre de
quatre heures de conseils juridiques gratuits pour les victimes. Et donc
je n'entrerai pas dans les détails étant donné le temps qui m'est
imparti, mais, déjà, les choses sont en branle pour une amélioration du
traitement des victimes à l'intérieur de l'appareil judiciaire.
Le dépôt du projet de loi répond également à
l'une de nos recommandations, recommandation, donc, qui visait l'instauration d'un tribunal spécialisé et qui aurait pu être mis
en oeuvre par le judiciaire ou par voie législative, et, à cet égard,
j'aimerais souligner le fait que l'adoption d'une loi présente des mérites.
D'abord, elle envoie un message fort à la
population. Elle agit comme une mesure de communication directe auprès de la
population en indiquant que la mise en place d'un tribunal spécialisé ne relève
pas seulement des juges, mais de l'appareil gouvernemental au complet. Ensuite,
elle a le mérite de pérenniser la mise en place d'une division spécialisée au
sein de la Cour du Québec et elle place le ministère de la Justice comme un
acteur de premier plan dans cette mise en place, dans un contexte où, comme on
le sait, un tribunal spécialisé exige plusieurs ressources, et pas seulement
les ressources traditionnelles qui sont déployées dans le cadre d'une... en
fait, qui sont celles d'une cour de justice traditionnelle.
Maintenant, je vais faire certains commentaires
de nature à bonifier le projet de loi n° 92 parce que ce projet de loi là
doit envoyer un message clair visant à rassembler les acteurs pour qu'ils
travaillent ensemble, qu'ils arrêtent de travailler en vase clos. C'est ça, le
changement de culture qui est visé, c'est que tous se mettent ensemble,
coordonnent leurs actions de manière à placer la victime au centre d'une offre
de service intégré, tout au long de son parcours judiciaire.
Dans sa forme actuelle, le projet de loi
s'adresse aux juges et à la Cour du Québec. Il modifie la
Loi sur les tribunaux
judiciaires, essentiellement. Et ce que nous allons proposer, c'est d'élargir
la portée du projet de loi au-delà des
strictes modifications à cette
Loi sur les tribunaux judiciaires pour énoncer
clairement quels sont les objectifs poursuivis par le tribunal, pour affirmer clairement les responsabilités de chacun
des organismes et acteurs impliqués et pour affirmer clairement que la
formation doit viser tous les intervenants. Je vais reprendre chacun de ces
points dans la suite de mon propos.
Alors, d'abord, énoncer clairement les objectifs
poursuivis. Le fait d'énoncer les objectifs poursuivis donne déjà une couleur
et un contenu au projet de loi, là. On a beaucoup réfléchi sur ces
objectifs-là. Ils ont également été repris et énoncés par le groupe de travail
visant la mise en place du tribunal spécialisé, et nous croyons que le projet
de loi doit en faire état. Alors, quels sont-ils?
Il s'agit d'abord de réduire la victimisation
secondaire des personnes victimes, c'est-à-dire le fait qu'elles subissent une
deuxième victimisation, outre l'agression, à cause de leur passage à travers le
système judiciaire. Donc, plusieurs des aspects d'un tribunal spécialisé visent
à réduire cette victimisation secondaire, donc, offre de services psychosociaux et judiciaires intégrés,
espaces physiques sécuritaires, élimination des mythes et des
stéréotypes, approche coordonnée et
intégrée, y compris entre les différentes juridictions, et prise en compte des
réalités culturelles et historiques des personnes autochtones, autant
d'éléments qui doivent être listés, selon nous, à l'intérieur du projet de loi.
s'agit également de réduire les taux d'attrition, donc, réduire les délais, adopter
les meilleures pratiques de gestion des dossiers et une approche centrée sur la
victime. Et il s'agit également, et, je pense, nous pensons que le projet de
loi doit être clair à cet égard-là, d'assurer l'application du droit criminel
dans le respect des droits fondamentaux des personnes accusées. Il n'a jamais
été question de faire autrement.
Dans la mesure où ces
objectifs-là sont annoncés clairement, nous proposons d'instaurer directement
le tribunal sans passer par un projet de loi et de plutôt prévoir une clause à
la fin du projet de loi pour analyser sa mise en oeuvre à l'intérieur d'un
délai de cinq ans. Nous croyons également qu'il faut affirmer clairement,
donc, c'est le deuxième point... affirmer clairement les responsabilités des
différents ministères et des organismes impliqués dans la mise en place du
tribunal spécialisé, de même que d'identifier l'organisme qui sera responsable
de la coordination et de l'intégration des services.
Donc,
dans notre rapport et à l'intérieur de toutes nos discussions,
l'intégration et la coordination des services a été un sujet de
préoccupation constant parce que l'approche morcelée et par silo à laquelle on
assiste actuellement est au détriment des intérêts des personnes victimes. Et
on avait suggéré, dans cette optique-là, que la mise en place du tribunal
spécialisé soit chapeautée par une nouvelle instance qu'on avait appelée, dans
notre rapport, un secrétariat à la coordination et à l'intégration des actions.
Maintenant, on sait
que cette recommandation-là n'a pas été suivie à la lettre et que d'autres
mesures ont été mises en place par le gouvernement. Simplement, lorsqu'il est question
d'instaurer un tribunal spécialisé, il faut identifier clairement l'organisme,
le ministère qui aura la charge d'intégrer et de coordonner la mise en place du
tribunal, et l'autorité pour le faire, et le projet de loi doit être clair à
cet égard-là.
Troisième point, il
faut affirmer clairement que la formation de tous les intervenants est
nécessaire et non pas seulement celle des juges.
Alors, ces trois
propositions-là, énoncer les objectifs poursuivis, affirmer les responsabilités
des différents ministères et des organismes impliqués et affirmer que la
formation de tous les intervenants est nécessaire, vont permettre de formuler
les principes qui vont marquer l'esprit du tribunal et identifier les acteurs
qui vont participer à sa mise en oeuvre.
Quelques
commentaires également sur l'indépendance institutionnelle. Je vais céder la
parole à ma coprésidente, Elizabeth Corte.
Mme Corte
(Elizabeth) : Merci, Julie. Alors...
Le Président
(M. Benjamin) : Il vous reste 2 min 40 s,
Mme Corte.
Mme Corte
(Elizabeth) : Oui, absolument. Alors, il serait également possible, à
notre avis, de bonifier le projet de loi afin de mieux préserver l'indépendance
institutionnelle des juges et de la cour. Alors, je ne vais pas faire un cours
de droit sur l'indépendance judiciaire. Ce serait beaucoup trop long. Mais je
tiens quand même à rappeler que l'indépendance judiciaire n'est pas au profit
des juges, mais qu'elle est au profit de la société démocratique, de ses
citoyens, et de son gouvernement, et que tout le monde en profite.
Dans cette
indépendance institutionnelle, ça comprend... Je les reprends très rapidement.
Ils ont été mis de l'avant et repris dans une décision de la Cour suprême.
Alors, l'indépendance institutionnelle, dit cette cause de Valente, comprend minimalement l'assignation des
juges, la détermination des séances de la cour, la détermination du rôle
de la cour, la location des salles d'audience, la direction du personnel
administratif qui travaille à ces fonctions.
Alors, quand on
regarde le projet de loi, l'article 3 du projet de loi propose de modifier
la
Loi sur les tribunaux judiciaires et d'ajouter : «Le gouvernement
détermine, par règlement, quels types de poursuites sont entendues par le
Tribunal spécialisé[...]. Ceux-ci peuvent varier en fonction de toute
distinction jugée utile.» Et : «Le ministre
de la Justice peut, par arrêté, déterminer les districts judiciaires dans
lesquels ce tribunal peut siéger.» Alors, il nous semble clair que ces
ajouts à l'article 3 du projet de loi ne sont... (panne de son) ...et
qu'afin d'éviter toute ambiguïté nous
suggérons de recentrer cet
article sur la compétence de la cour et pas sur les
choses individuellement à faire.
Alors, un mot sur le
nom du tribunal. Remarquez que le comité d'experts ne s'est pas prononcé sur le
nom à donner au tribunal spécialisé. Alors, évidemment, il était clair, pour
nous, ma collègue vous en a parlé tout à l'heure, que sa mise en place se
faisait par concertation, en collaboration, et qu'on avait pensé que cette mise
en place en concertation, en collaboration, ferait en sorte que le nom
suivrait. Ce qu'il est important, pour nous, de dire, c'est que le nom du
tribunal doit communiquer clairement aux personnes victimes que leurs besoins
seraient pris en compte, et nous maintenons cette affirmation, mais nous
pensons qu'il y a moyen de s'entendre sur un nom et...
Le Président
(M. Benjamin) : Merci.
Mme Corte
(Elizabeth) : ...l'article 80, juste une petite seconde, pourrait se
dire : La chambre criminelle... se lire plutôt : La chambre
criminelle et pénale comporte une division spécialisée en matière de violence
sexuelle et de violence conjugale. Selon nous, ça réglerait la situation. Merci
beaucoup.
Le Président
(M. Benjamin) : Merci pour votre exposé. Maintenant, nous allons
commencer les échanges, et j'invite le ministre de la Justice à débuter.
M. Jolin-Barrette : Merci, M.
le Président. Me Corte, Mme Desrosiers, c'est un plaisir de vous revoir à
nouveau. On s'était vus sur le projet de loi n° 84.
Je veux vous remercier,
dans un premier temps, pour votre présence aussi, mais tout le travail que vous
avez effectué durant ces dernières années en lien avec la violence conjugale,
la violence sexuelle. Puis, aujourd'hui, moi, je suis fier d'être avec mes
collègues pour la première journée d'auditions publiques, justement, parce
qu'on donne suite aux recommandations du rapport Rebâtir la confiance ,
puis ça, c'est un travail collectif, puis c'est un travail de société, puis
c'est un changement, également, de mentalité dans la société. Puis, Puis,
Mme Desrosiers, vous l'avez dit tout à l'heure, depuis que le rapport Rebâtir
la confiance a été déposé, il y a plusieurs actions qui ont été mises de
l'avant par le gouvernement. Et, moi, à
titre de ministre de la Justice, c'est important,
pour moi, de mieux accompagner les victimes, puis c'est pour ça que je vais
continuer à aller dans cette direction-là, puis, justement, à déposer des projets
de loi, des changements concrets qui vont avoir une incidence sur la société,
comme c'est demandé par plusieurs acteurs et par vous-même.
Première question. Mme Desrosiers, vous
avez dit : L'Assemblée nationale est tout à fait légitime, par voie
législative, de venir créer un tribunal spécialisé.
Mme Desrosiers (Julie) : Oui.
Alors, bien, vous connaissez la réponse. M. le ministre, vous avez le pouvoir, en
vertu de l'article 92 de l'Acte de l'Amérique du Nord britannique,
d'adopter des lois en matière d'administration de la justice. Comme l'a évoqué
madame... maître, devrais-je dire, Elizabeth Corte, ce pouvoir-là doit
s'arrêter là où commence l'indépendance institutionnelle. À mon avis, c'est
votre seule contrainte dans les circonstances. Vous avez absolument ce pouvoir
législatif et vous devez le faire dans le respect de l'indépendance
institutionnelle des juges, donc, le respect de la séparation des pouvoirs, que
vous connaissez bien à
titre d'avocat vous-même.
M. Jolin-Barrette : Effectivement,
et je vous dirais même à
titre de leader parlementaire du gouvernement de cette
Assemblée...
Mme Desrosiers (Julie) : Absolument.
M. Jolin-Barrette : ...et comme
membre de l'Assemblée, comme député élu démocratiquement, comme chacun des
collègues qui sont ici, en cette Assemblée, qui sont des législateurs. Et ça,
c'est fondamental, pour notre société, que les députés puissent exercer leur
prérogative de législateurs et de légiférer sur des aspects qui sont importants
pour la société québécoise. Écoutez, moi, mon souhait le plus fondamental, là,
c'est de pouvoir livrer un tribunal spécialisé du début, hein, du dépôt de la
dénonciation avec la personne victime jusqu'à la fin du processus, à la
condamnation et au-delà, pour accompagner la victime.
Alors, dans ce continuum-là de services, bien
entendu, il y a l'aspect judiciaire, et, pour moi, l'aspect judiciaire est
totalement indépendant, totalement. On n'affecte pas l'impartialité. On ne va
pas se mêler... Et vous l'avez bien dit, Me Corte, ce n'est pas au gouvernement
à assigner des juges. Ça relève de la prérogative de la cour. Ce n'est pas au
gouvernement à dire : Ça va être dans telle salle. Ce n'est pas au
gouvernement à gérer ces assignations-là. Et moi, je le comprends très bien, et
ce n'est aucunement notre objectif. Notre objectif est de faire en sorte, dans
le continuum de services, oui, de venir créer une division.
Et vous l'avez bien dit, Me Corte, tout à
l'heure, vous avez dit : Bon, sur le nom, là, nous, là, on est ouvert.
Dans la recommandation n° 156, c'était : «Instaurer un tribunal
spécialisé en matière d'agressions sexuelles et de violence conjugale au sein
de la Cour du Québec.» Nous, on l'a appelé tribunal spécialisé en matière de
violence sexuelle et de violence conjugale. Vous, vous dites : Écoutez,
vous devriez peut-être... au lieu de dire «tribunal», vous devriez peut-être
dire «une division spécialisée en matière de violence sexuelle et conjugale».
Écoutez, entre vous puis moi, on n'est pas loin,
mais mon désir le plus sincère est de pouvoir fédérer tous les acteurs du
système de justice pour faire en sorte, justement, d'envoyer un signal positif
à toutes les personnes victimes qui... Et, moi, ça m'a frappé, là, et c'est
pour ça que j'ai insisté, à l'époque où j'étais dans l'opposition... avec
l'abolition de la prescription en matière civile, parce que ça, ça date de 2015
ou 2016. Écoutez, on me disait : Ce n'est pas possible de le faire, les
victimes qui ont été agressées sexuellement, là, il y a 30 ans, il y a
40 ans, là, non, on ne peut pas, notre droit ne permet pas ça.
Bien, qu'est-ce qu'on a fait? Ma collègue la
députée de Champlain, ministre et présidente du Conseil du trésor, a repris ça
et a fait le projet de loi n° 55. Après ça, avec l'IVAC, hein, ce n'était
pas normal, là, que des victimes d'agression sexuelle, juste à cause du temps
passé, se faisaient dire par un programme étatique : On le sait, que vous
avez été victimes d'agression sexuelle, on le sait, que vous avez été violées,
mais on ne peut pas vous aider et vous accompagner. Alors, c'est pour ça qu'on
change les choses. Et moi, je pense que, dans l'accompagnement, bien là on
amène le tribunal, avec le continuum de services.
Alors, voyez-vous, Me Corte, quelque chose dans
le projet de loi qui dit : On vient assigner les choses, on vient avoir un
impact sur l'indépendance judiciaire, parce qu'on ne parle pas du tout
d'assignation des juges... Alors, en tout respect, il y a quelques juristes qui
m'accompagnent aussi. Alors, on a fait bien attention de ne pas aller au niveau
de l'indépendance judiciaire.
Mme Corte (Elizabeth) : Bien,
je pense que, quand on dit que c'est le gouvernement qui peut dire à quel
endroit va siéger cette division ou ce tribunal, par la force des choses, il va
y avoir des juges qui vont être là, là. Clairement, vous n'avez pas la...
Clairement, ça ne dit pas que c'est vous qui assignez les juges, là.
Clairement, on a fait... Vous avez quand même fait attention à ça. Mais, en
disant, par exemple : Cette division va siéger à tel endroit, ou à tel
endroit, ou à tel autre endroit, bien, vous forcez, en quelque sorte, une
assignation des juges à cet endroit, à cet endroit ou à
cet endroit, et c'est là que je pense que c'est problématique. Mais, vous
savez, dans le fond, je trouve aussi que ce n'est pas grave dans le sens qu'une
fois que la division est instaurée, une fois que la législation est là, bien,
l'assignation des juges va suivre, c'est clair.
M. Jolin-Barrette : Mais vous êtes d'accord avec moi, Me Corte,
que, moi, mon objectif, là, c'est de rendre le tribunal permanent
à la grandeur du Québec et d'offrir à l'ensemble des personnes victimes le
soutien à la grandeur du Québec, comme c'est recommandé dans votre rapport. Là,
vous nous dites : Écoutez, vous ne devriez pas y aller...
Mme Corte
(Elizabeth) : Absolument.
M. Jolin-Barrette :
...par projets pilotes dans un premier temps, le mettre par phases, mais moi,
je préfère réussir à l'ajuster puis vraiment, lorsqu'on va être prêt à
l'étendre à la grandeur du Québec, pouvoir l'étendre partout. Mais je veux
juste vous rassurer sur la question de l'indépendance. Depuis le début, ma
volonté est de faire en sorte de respecter les compétences de la cour. Et, vous
savez, on n'a rien à voir là-dedans, là. Nous, le gouvernement, l'État québécois
vise à mieux accompagner et à soutenir les victimes, mais il faut que tout le
monde embarque dans le train à partir du moment où il a quitté la gare. Il faut
faire en sorte, justement, d'amener ces changements-là. On a eu les fédérations
de maisons d'hébergement qui sont venues nous dire : Écoutez, dans
d'autres États, là, ça fonctionne, là, puis c'est positif pour les victimes et
c'est même positif pour les accusés.
Alors, moi, je
trouve, là, qu'on est vraiment rendu à avoir un changement comme vous le
proposez dans votre mémoire, surtout parce que ce qui me dérange le plus, là,
comme ministre de la Justice, là, et probablement que vous l'avez vécu vous
aussi comme ancienne juge en chef, là, notre désir le plus fondamental, là,
c'est que les Québécois puis les Québécoises aient accès dans nos... aient accès, mais aussi
aient confiance dans nos institutions, et ça, là,
c'est vraiment primordial. Puis moi, je vais tout faire pour
rendre cette confiance-là, parce que, vous savez, dans la justice, on a des défis à remplir. Le taux de
confiance des gens dans le système de justice, il ne va pas en s'améliorant.
J'ai vu un sondage,
là, c'est pire une fois qu'ils sont passés dans le système de justice que quand
ils sont rentrés. Vous savez, normalement, dans le système hospitalier, les
gens disent... Écoutez, ça ne va pas bien dans le système hospitalier, mais, un
coup qu'ils sont pris en charge, ils ressortent du système hospitalier, un coup
qu'ils ont eu les services, puis tout ça, ils disent : Aïe! Mon taux d'appréciation
est plus élevé. Dans le système de justice, c'est le contraire. On a un
problème, et je crois que le tribunal spécialisé participe à ça pour faire en
sorte d'améliorer l'expérience. Là, vous... Oui, allez-y, allez-y.
Mme Desrosiers
(Julie) : Sur ce point-là, je voudrais juste... peut-être que je
voudrais reprendre, en fait, à partir de votre intervention sur, tu sais, cette
idée d'un projet pilote, d'indépendance judiciaire ou d'assignation des juges.
Tu sais, je pense qu'à l'heure actuelle il faut faire preuve de souplesse. Vous
faites preuve de souplesse quand vous parlez de débuter... bon, division
spécialisée, tu sais, c'est ça, là... Là, en ce moment, là où on est, il faut
éviter les irritants, faire preuve de souplesse pour assurer la mise en place
du tribunal parce que c'est pour les personnes victimes puis parce que, comme
vous, je pense que c'est un changement nécessaire.
Donc, toutes nos ressources
ont le focus sur cette mise en place, toutes nos ressources intellectuelles,
humaines sont à ce service. Et ce qui est un irritant en ce moment, c'est quels
types de poursuites sont entendues puis la détermination des districts
judiciaires. Puis, si on y va dans une interprétation stricto sensu de
l'indépendance institutionnelle, il y a matière à débat. Alors, on l'enlève et
on recentre sur ce qui est votre préoccupation, la compétence juridictionnelle.
Moi, c'est ce que j'ai compris dans le projet de loi. J'ai compris que vous
vouliez déterminer la compétence juridictionnelle comme on le fait partout à
travers la
Loi sur les tribunaux judiciaires.
Alors, c'est pour ça
qu'on propose, après réflexion, Elizabeth et moi, d'enlever ces irritants,
recentrer sur la compétence juridictionnelle et instaurer la division. Ensuite,
laissez le judiciaire l'instaurer. Il a l'obligation de le faire par loi. Il a
commencé à le faire. La loi va préciser ses obligations, préciser cette mise en
place. Voilà, c'est lancé, et vous assurez
la coordination et l'intégration des services, donc, sans déterminer les
districts, sans déterminer la façon dont se déploiera ce tribunal, mais
en assurant une révision de l'implantation du tribunal après cinq ans. À notre
avis, cette proposition évite des irritants, des possibilités de contestation.
Merci.
M. Jolin-Barrette :
Vous êtes d'accord avec moi...
Mme Corte
(Elizabeth) : Surtout, si vous me permettez...
M. Jolin-Barrette :
Allez-y, Me Corte.
Mme Corte
(Elizabeth) : ...je voulais juste dire : Surtout qu'on sait que
la Cour du Québec est d'accord, est d'accord avec cette division, est d'accord
sur un paquet d'éléments qui sont parmi les recommandations du rapport. Alors,
je voulais juste ajouter cette petite note là, et je m'excuse de vous avoir
interrompu.
M. Jolin-Barrette :
Bien, écoutez, je prends la balle au bond, et l'objectif étant, justement, de
faire en sorte que ça soit étendu à la grandeur du Québec, mais il faut
s'assurer que ça soit permanent dans le temps, d'où l'importance du projet de
loi.
Et, sur la question, là,
des dossiers, là, je vous entends bien, mais c'est fondamental que tous les
dossiers de violence sexuelle, de violence
conjugale s'en aillent à ce
tribunal-là. Et, tout à l'heure, la collègue, je crois, de Verdun soulignait : Est-ce
que l'exploitation sexuelle va y être? Alors, oui, l'exploitation sexuelle,
aussi, va y être.
Alors... Mais je prends note de vos commentaires.
Je vais réfléchir à tout ça et puis je vous remercie. J'ai certains collègues
qui souhaitent vous poser des questions, mais un grand merci pour votre
présence en commission parlementaire. Puis je peux vous assurer de mon désir
d'être en mesure de livrer un tribunal spécialisé qui va, justement, répondre
aux besoins des victimes. Et, il faut le dire, la présomption d'innocence
demeure, les règles de droit criminel demeurent, et il n'a jamais été question
de remettre en question cela. Et on l'avait très bien compris, mais il faut que
tout le monde comprenne cela aussi. Je vous remercie.
Le Président (M. Benjamin) :
Merci. Il reste 2 min 30 s. La députée de Repentigny.
Mme Lavallée : Merci d'être là.
Je reviens sur la recommandation 166, où on dit : «Doter le tribunal
spécialisé de postes de coordonnateur judiciaire pour assurer la circulation de
l'information...» Donc, les deux autres groupes avant vous en ont parlé.
J'aimerais ça que vous reveniez là-dessus pour expliquer qu'est-ce que vous
avez pu constater. Pourquoi vo