Health and Social Services — 23 February 2022 (42nd Legislature, 2nd Session)
CSSS 2022-02-23
Quebec — Committees
(Onze heures trente minutes)
Le Président (M. Provençal)
: Ayant constaté le quorum, je déclare
la séance de la Commission de la santé et des services sociaux ouverte.
La commission est réunie afin de procéder à
l'étude détaillée du projet de loi n° 15, loi
modifiant la
Loi sur la protection de la jeunesse et d'autres dispositions
légales.
Je souligne que cette séance se déroulera à la
fois dans la salle Louis-Joseph-Papineau, où je me trouve, et dans la salle
Louis-Hippolyte-La Fontaine. D'ailleurs, j'en profite pour saluer les
députés qui sont dans l'autre salle, à savoir le député de Vanier-Les Rivières,
Rousseau, Lotbinière-Frontenac et Dubuc. Et, compte tenu de... du salut que
j'ai vu, ça signifie que vous m'entendez bien. Excellent.
M. le secrétaire, y a-t-il des remplacements?
Le Secrétaire : Oui, M. le
Président. Mme Blais (Abitibi-Ouest) est remplacée par M. Thouin
(Rousseau); Mme Picard (Soulanges) est remplacée par Mme Jeannotte
(Labelle); M. Derraji (Nelligan) est remplacé par Mme Weil
(Notre-Dame-de-Grâce); Mme Sauvé (Fabre) est remplacée par Mme Robitaille
(Bourassa-Sauvé); M. Marissal (Rosemont) est remplacé par M. Zanetti
(Jean-Lesage); et M. Arseneau (Îles-de-la-Madeleine) est remplacé par M. Ouellet
(René-Lévesque).
Le Président (M. Provençal)
: Merci beaucoup, M. le secrétaire.
Lors de la suspension de nos travaux, hier, nous
étions rendus à l'étude de l'article 5. Je vais céder immédiatement la
parole au député de Jean-Lesage puisque, lorsqu'on s'est quittés, on était en
attente du libellé de votre amendement. Nous avons tous maintenant votre
amendement, et ce dernier est sur Greffier. Alors, je vous invite à nous en
faire la lecture et à nous donner vos commentaires. À vous la parole.
M. Zanetti : Merci beaucoup, M.
le Président. Alors, je ne sais pas si on peut le projeter. O.K., c'est en
train d'ouvrir. Formidable. Alors, je fais la lecture de l'amendement et je
commenterai par la suite.
L'article 5 est modifié par l'insertion,
après le deuxième paragraphe, du passage suivant :
«Dans l'évaluation de l'intérêt de l'enfant et
des capacités parentales des parents, ne peuvent être pris en considération les
concepts associés à la théorie de l'aliénation parentale ni les évaluations à
l'effet que l'enfant serait aliéné ou placé dans un conflit de loyauté.»
Alors, ça fait, bon, référence directement à des
témoignages qu'on a eus durant les audiences publiques et particulièrement la présentation de la chercheuse
Suzanne Zaccour. L'idée, comme le mentionnait... Là, je nous remets en
contexte. Mme Zaccour, qui est une chercheuse en études féministes, très
intéressée par les enjeux de violence
conjugale, disait... elle disait même qu'au Québec, encore plus qu'ailleurs, la
théorie de l'aliénation parentale, qui est une théorie sans fondement
scientifique, sert à dire essentiellement... à invalider souvent le discours de
la mère qui dénonce, en fait, une situation de violence conjugale. Et puis ça
peut faire en sorte, justement, des fois, qu'on enlève l'enfant pour le mettre
sous la garde et sous la responsabilité d'un parent violent, et ce n'est pas
dans l'intérêt de l'enfant de faire ça, évidemment.
Donc, je pense que tout le monde avait été, là,
très sensible à ces arguments-là. Puis je pense... je me souviens aussi que la
chercheuse, Mme Zaccour, disait que plusieurs pays avaient fait... étaient
en train ou avaient fait des législations pour justement interdire le recours à
la théorie, là, de l'aliénation parentale parce que c'est un phénomène qui est
mondial. Donc, je pense que c'est pour cela... non seulement une bonne façon de
fonctionner, parce que comme ça, quand il va
y avoir déjudiciarisation ou des conflits, bien, on va... on ne pourra pas se
baser là-dessus puis on va avoir... Ça va être une façon aussi de
prendre en compte davantage les problèmes de violence conjugale dans les
situations, de prendre des décisions en faveur de l'intérêt de l'enfant, qui
sont plus éclairées que ça l'est dans le cas présent. Alors, c'est pour ça que
je pense que c'est intéressant de le mettre dans le projet de loi, tel que ça a
été recommandé par plusieurs intervenants.
Alors, voilà, évidemment, ça, c'est... Bien,
voilà, je vais voir quels sont vos commentaires ou si vous êtes ouvert à y
aller avec cette modification.
Le Président (M. Provençal)
: Alors, interventions, M. le ministre,
sur l'amendement?
M. Carmant : Oui, bien, merci, M. le
Président. Donc, j'aimerais dire au député de Jean-Lesage, suite au témoignage
de Mme Zaccour, on a quand même eu des réponses de certains, tu sais, comme des
chercheurs... des recherches qui ont été faites par d'autres chercheurs, là,
sur l'aliénation parentale, qui est un concept qui... Tu sais, elle, elle disait que ce n'était pas juste... en fait, elle
disait que, dès qu'il y avait de l'aliénation parentale, il y avait de la
violence conjugale, ce qui est un peu incertain, selon moi. Elle disait
également que le concept était éliminé de partout ailleurs. Je pense qu'elle
parlait du syndrome d'aliénation parentale et non pas de l'aliénation
parentale.
Donc, tu sais, est-ce que c'est le bon endroit
pour introduire ça? Actuellement, je ne suis vraiment pas sûr. Je pense que
c'est une question qui est très clinique aussi, là. Nous, on a des... par
exemple, des programmes qu'on a établis
sur... conflit sévère de séparation. Ça, ça fonctionne très bien avec la
médiation, puis elle, elle disait qu'il ne devrait pas y avoir de
médiation du tout dans ce cas là. Donc, tu sais, les résultats sont un petit
peu... paradoxal par rapport au tableau qu'elle, elle peignait. Peut-être que,
M. le Président, tu sais, j'aimerais peut-être que la directrice nationale
puisse commenter là-dessus aussi, là. C'est vraiment très clinique, là, comme
sujet.
Le Président (M. Provençal)
: Consentement pour que madame puisse
s'exprimer? Alors, consentement aussi dans la salle
Louis-Hippolyte-La Fontaine?
Des voix : Consentement.
Le Président (M. Provençal)
: Merci. Alors, je vais vous demander
de vous nommer, de mentionner votre fonction et, par la suite, de donner vos
commentaires.
Mme Lemay (Catherine) : Alors,
Catherine Lemay, sous-ministre adjointe... pardon, Catherine Lemay, sous-ministre adjointe au ministère de la Santé et
des Services sociaux et directrice nationale de la protection de la
jeunesse.
Alors, effectivement, pendant les consultations
particulières, on a entendu des points de vue concernant l'effet de la violence conjugale et familiale sur
les enfants. Effectivement, tel que le disait M. le ministre délégué, il y
a des chercheurs au Québec, des chercheurs émérites qui ont procédé à faire
avancer la science sur les notions d'aliénation parentale et de conflit sévère
de séparation en lien avec la coparentalité. En fait, ce qu'il faut s'assurer, puisqu'on est dans l'intérêt de l'enfant, c'est
que, quand on est face à une problématique... et on en a discuté
largement hier, vous en avez discuté
largement hier, à l'effet que vous souhaitiez reconnaître, de façon spécifique,
l'effet de la violence familiale ou conjugale sur les enfants, certes,
et le ministre délégué s'est engagé à travailler là-dessus. Il reste que, dans différentes problématiques d'enfants, il faut
assurer qu'on n'ait pas juste la lunette sur un type de problématique,
mais qu'on est capable d'adresser plusieurs problématiques.
Et de dire que, quand des parents sont en
conflit et qu'un enfant se retrouve pris entre deux chaises... Puis je vous
donne un exemple. Papa qui attend son enfant pour la fin de semaine, maman qui
veut s'assurer que les vêtements qu'elle a achetés ne s'en aillent pas chez le
père, on laisse l'enfant en situation de dire : O.K., je vais me mettre les vêtements que c'est papa qui met. Ou
encore un papa qui dit : Ta maman, elle ne veut pas que tu viennes
chez nous, ou c'est la maman qui dit : Ton papa ne veut pas que tu aimes
sa nouvelle blonde ou son nouveau conjoint, peu importe, il y a des effets réels sur les enfants quand ces choses-là
arrivent. Et il faut que les intervenants, quand il n'y a pas de
violence conjugale, et ça, c'est bien important de distinguer... il faut
pouvoir adresser ces problématiques-là auprès des enfants. Les chercheurs
auxquels je faisais référence tantôt ont développé des guides de pratique pour
former les intervenants pour accompagner les conflits sévères de séparation.
Et d'ailleurs on s'apprête, dans un esprit de
médiation, et là il faut bien distinguer contexte de violence ou non-contexte
de violence, à déployer des interventions pour venir centrer les parents
sur la réponse aux besoins de leurs enfants
et non pas sur leurs conflits respectifs de couple. Et ça, c'est quand même
reconnu sur le plan scientifique. Et comme on a parlé... comme on en a
discuté hier pour les signalements, à l'effet qu'il était risqué d'introduire
dans la loi une certaine définition, puisque
la pratique peut nous faire avancer, il en est de même pour des notions qui...
où la science continue d'évoluer. De
venir camper, dans la loi, une pratique clinique qui est constamment remise en
amélioration continue par les chercheurs, ça risque de nous mettre des angles
morts et d'empêcher, finalement, la réponse aux besoins des enfants.
M. Zanetti : Bien, c'est
que... En fait, ce qui est problématique ici, c'est la théorie de l'aliénation
parentale dans le contexte de violence conjugale, et c'est ça que je pense
qu'il faut absolument baliser. Puis c'est plus qu'un enjeu clinique, parce que
c'est utilisé par des avocats, et les juges se sentent les mains liées avec ça,
puis ils prennent une décision en fonction de ça. Donc, c'est un enjeu légal,
donc il faut le régler, je pense, dans la législature.
Ça fait que moi, je suis bien ouvert à ce qu'on
trouve des façons qui conviennent à tout le monde, puis qu'on évite certains
écueils, puis qu'on peaufine la formulation, mais il m'apparaît important, en
fonction de ce qui nous a été dit, qu'on fasse quelque chose dans cette loi
pour la question de l'aliénation parentale, la théorie de l'aliénation
parentale, lorsqu'elle est utilisée en contexte de violence conjugale pour
invalider la parole des mères, finalement, le plus souvent, là.
M. Carmant : Alors là, je suis
beaucoup plus à l'aise. Tu sais, quand on va s'attaquer à la violence conjugale
à l'article 38, là, on pourra introduire le concept d'aliénation
parentale. C'est que là, ici, il semble, vous l'introduisez
de façon très générale, puis ça, ça viendrait invalider nos initiatives dans
beaucoup d'autres problématiques. Comme, tu sais, elle a dit : Le
conflit sévère de... parental, ça n'existe pas. Il y a toujours de la violence
cachée... Je trouve, c'était un argument qui
était un peu trop fort, parce que les études de médiation, les travaux en
médiation qu'on fait ont d'excellents résultats. Puis on ne veut pas
annuler ces travaux... ce projet-là, au contraire, on veut l'étendre au reste
du Québec, parce que ça nous... ça allège beaucoup le processus.
Donc,
si, dans le concept de violence conjugale, on vient baliser le concept
d'aliénation parentale, là, je vais être plus en accord avec ça.
M. Zanetti : Donc,
dans le fond, ça serait de dire... Vous êtes ouvert à ce qu'on mette le terme,
là, de la théorie de l'aliénation parentale pour dire qu'il ne peut pas être
utilisé, mais qu'on spécifie que ça soit dans le cas de la violence conjugale
et que ce soit plutôt fait à l'article 38. C'est ça? O.K. Peut-être que je
demanderais une suspension pour analyser ça, parce que, bon, moi, mon analyse
première, c'était que ça allait à l'article 5. J'aurais besoin de me
remettre en tête, là, l'article 38 pour voir comment est-ce qu'on serait
capable de pluguer ça avant de, tout simplement, passer à un autre
article
puis... d'un coup que je réalise, à la fin, que c'était une erreur puis que