Agriculture, Fisheries, Energy and Natural Resources — 4 December 2013 (40th Legislature, 1st Session)
CAPERN 2013-12-04
Quebec — Committees
Évidemment, il y a des raffineries. Il y en a
une dans la région de Montréal, il y en a une dans la région de Québec. Il y a
des entreprises pétrochimiques dans la région de Montréal.
Il y a au travers de ces entreprises, dans l'industrie de la pétrochimie, beaucoup d'entreprises qui sont en concurrence directe avec d'autres entreprises
du reste de l'Amérique du Nord. Nous avons vu, au cours des dernières
années, des dernières décennies, un affaiblissement marqué de notre grappe pétrochimique sur la région de Montréal
et de nos capacités au Québec. Si nous ne faisons rien, il n'y a aucun doute dans notre esprit que
nous verrons l'affaiblissement se poursuivre et peut-être éventuellement la
disparition de nos capacités. D'un point de vue d'économie,
d'un point de vue de compétence au Québec, ce serait tourner la tête sur un
domaine qui est nécessaire pour notre économie.
Et c'est important qu'on ait à l'esprit qu'il ne
s'agit pas uniquement de se transporter en utilisant la ressource énergétique
qu'est le pétrole. Il s'agit éventuellement aussi de transformer ce pétrole en
toutes sortes de produits, incluant le
polyester, et en toutes sortes de produits qui seront là pour toujours. On ne
s'en va pas vers une économie qui va faire abstraction de la source qui
est la matière première, qui est les hydrocarbures.
Cela dit,
nous avons déposé récemment un mémoire à la Commission des enjeux énergétiques
du Québec où nous évoquions trois grands principes qui devraient dicter
nos décisions collectives en matière énergétique. Le premier : un principe
de pragmatisme. Je l'ai dit, le pragmatisme, ce que ça implique, c'est de
reconnaître que cette source énergétique que
sont les hydrocarbures fossiles, elle est là pour durer encore plusieurs
années. Juste du point de vue du transport,
mais aussi du point de vue du reste de notre économie, elle va durer très
longtemps, cette source de ressource. La diversification, l'optimisation
des ressources énergétiques et du dispositif énergétique du Québec. Et
finalement la cohérence des politiques. Donc, qu'il s'agisse de politiques
industrielles, de politiques d'innovation, de politiques de transport, de politiques de tarification
d'hydroélectricité, qu'on ait une vision cohérente de l'ensemble de nos
décisions en matière énergétique.
Le document
de consultation soulevait trois enjeux : la sécurité des personnes, la
protection de l'environnement et les retombées économiques. Je l'ai dit
d'entrée de jeu, nous sommes ici pour témoigner de ce que les retombées
économiques ne font aucun doute dans notre esprit. Et nous étions, au point de
vue de la chambre, à Calgary, il y a deux
semaines, avec une mission commerciale vers l'Alberta avec une trentaine
d'entreprises d'ici, essentiellement dans des technologies vertes, et
donc, au-delà de la grappe elle-même du secteur pétrochimique, c'est la grappe
Écotech qui bénéficie des avancées reliées à
l'utilisation de l'énergie, à la transformation de l'énergie et éventuellement
à la recherche de façons de faire, de façons plus efficaces ou qui vont
avoir moins d'impacts négatifs sur l'environnement.
Pour ce qui
est de l'écosystème à Montréal, je disais qu'il a été fragilisé. Ce n'est pas
surprenant quand on regarde sur la
période 2005‑2012 et qu'on constate que le prix du brent qui nous approvisionne
était de 15 % plus cher en moyenne que le prix du pétrole dans
l'ouest, le WCS, c'est ça. Et surtout, au moment où on se parle, c'est de
l'ordre de 30 %. Donc, une raffinerie
au Québec est approvisionnée en matière qui coûte 30 % plus cher
qu'ailleurs dans l'ouest du pays.
C'est clair
dans notre esprit, finalement, qu'une économie du savoir comme l'économie de
Montréal bénéficie de la présence d'entreprises qui vont utiliser des
services comptables, des services d'assurance, des services légaux. Bref, encore une fois, s'il y a une raffinerie à
Montréal, s'il y a un écosystème dans le domaine pétrochimique, ça
bénéficie à d'autres secteurs. J'ai parlé de l'économie verte, mais je vais
également mentionner tous les services.
Deux points finaux — j'avais remarqué que
j'avais 10 minutes : l'acceptabilité sociale du projet et les enjeux environnementaux. Du point de vue des enjeux
environnementaux, les questions sont légitimes, elles se posent. Il y a
des pipelines qui fuient à travers le monde.
Ça n'empêche pas qu'il y a des pipelines qui sont construits, il y a des
technologies qui s'améliorent, il y a des
suivis qui peuvent être faits, il y a des meilleures pratiques qui existent,
et, dans cet esprit-là, le fait que
le risque nul n'existe pas ne devrait jamais être un argument pour ne pas aller
de l'avant avec un projet. Ce n'est pas ça, l'argument. L'argument,
c'est : Est-ce que l'entreprise elle-même est une entreprise qui fait
montre de pratiques crédibles et sérieuses
en contrôle des risques? Est-ce que collectivement nous avons les mécanismes
ainsi que l'expertise, au niveau des agences réglementaires et de
l'État, pour faire face aux imprévus? Et puis finalement, d'un point de vue
environnemental, est-ce que nous avons devant nous une entreprise qui va
s'ajuster dans le temps, qui va s'améliorer au fur et à mesure que des découvertes sur des technologies, sur des meilleures pratiques
vont émerger? De ce point de vue là, nous jugeons qu'Enbridge fait
preuve de sérieux, fait preuve de compétence et de bonne volonté pour améliorer
ses processus au fur et à mesure que des découvertes le permettent.
Le dernier
point : l'impact, l'acceptation sociale. L'acceptation sociale est un
enjeu important. Présentement, je pense
que les élus ont un rôle à jouer pour favoriser cette acceptation sociale, et
c'est de distinguer les vrais arguments des faux arguments. Le vrai argument, dans ce cas-ci, c'est :
Est-ce que c'est bon pour notre économie? Est-ce que nous pouvons, de façon
sérieuse, contrôler les risques, s'assurer qu'Enbridge livre correctement le
service et qu'Enbridge soit bien préparée à faire face aux éventualités, si
jamais il y avait des incidents? Ce n'est pas, dans ce contexte-là, une décision de savoir si le pétrole de l'Ouest
devrait être confiné, devrait être arrêté, ce n'est pas une décision anti-sables
bitumineux qui se pose au Québec. C'est une décision sur sa santé économique,
la capacité de son économie de bien utiliser
du pétrole avec des sources fiables, des sources meilleur marché que les
sources actuelles et qui nous permettront, dans notre mixte énergétique,
de tirer le meilleur profit de toutes les possibilités que nous avons.
Je vous remercie. Je pense qu'il y a peut-être
du temps pour des questions.
La Présidente
(Mme Boulet) : Il vous reste
un peu de temps, M. Leblanc, il reste à peu près deux minutes…
ou un peu moins de deux minutes. Est-ce que les gens qui vous accompagnent
auraient un commentaire pour compléter ou si votre présentation se termine à ce
moment-ci?
M. Leblanc (Michel) : Bien, je vous
dirais, peut-être je vais dire ce qu'ils auraient dit. C'est le plaisir du président
de pouvoir dire ça, je prends exemple sur des ministres souvent. Ce que je
rajouterais, c'est qu'on pourrait demander…
et ça se ferait, de demander à Enbridge et aux autres entreprises qui risquent
de bénéficier de cet accès de s'engager à soutenir davantage nos
entreprises de la grappe des technologies propres associées à l'énergie. Je
l'ai vu dans le passé, quand j'ai travaillé
sur la grappe biopharmaceutique Montréal InVivo, où, en contrepartie de
conditions préférentielles, et dans ce
cas-là c'était la… voyons, la possibilité d'avoir une extension de la protection de la
propriété intellectuelle
et de l'accès au marché, on a vu des demandes à l'industrie de s'investir dans
le support aux biotechnologies, et ça a porté fruit. Il n'est pas faux de penser,
du point de vue des entreprises, et que ce soient les
producteurs, à l'autre bout, ou les
transporteurs et les raffineurs, qu'il y ait une possibilité de les voir
s'engager dans le soutien à la grappe Écotech liée à l'énergie, et ça
pourrait être un signal clair de la part du gouvernement qu'on s'attend à ce
que ces entreprises se comportent en bons citoyens corporatifs.
La Présidente (Mme Boulet) : Merci
beaucoup, M. Leblanc. Nous
allons débuter les échanges. Alors, je vais laisser la parole à Mme la
ministre pour le temps de parole du côté ministériel.
Zakaïb : Merci, Mme la Présidente. M. Leblanc, bonjour. Bonjour aux gens qui
vous accompagnent. On a eu à se croiser plusieurs fois depuis notre
entrée au pouvoir, souvent pour parler de développement économique.
D'entrée de jeu, vous
nous avez parlé de l'affaiblissement de la grappe pétrochimique. Depuis le
début des auditions de la commission, on a différents chiffres qui s'opposent,
différentes personnes qui viennent nous donner leurs points de vue, et plusieurs prétendent qu'il y a du raffinage
qui se fait présentement à Montréal avec du pétrole de l'étranger, ce n'est pas nécessaire d'avoir du pétrole qui vient de l'Ouest canadien
puisque de toute façon les entreprises sont là et les emplois sont là. À ces gens j'ai posé des questions
concernant l'avantage comparatif ou le désavantage comparatif quand une entreprise
n'a pas accès ou a accès à du pétrole qui est de 15 % à 30 % plus
cher que ses concurrents, que nécessairement
cette entreprise-là est moins portée à investir dans ses installations, et qu'il
peut y avoir un impact à court terme ou à moyen terme sur l'ensemble du
secteur pétrochimique québécois, si on ne permet pas à ces entreprises d'être
plus compétitives.
Maintenant,
j'aimerais que vous interveniez ou vous nous donniez votre commentaire sur
cette portion-là, parce que certaines personnes nous disent : Il
n'y a que quelques emplois en jeu parce que c'est les nouveaux emplois crées,
alors que, dans le document qui a servi à la consultation, on disait que c'est
une filière de 51 000 emplois et que la fragiliser, c'était dangereux.
J'aimerais vous entendre sur ça, s'il vous plaît.
La Présidente (Mme
Boulet) : M. Leblanc.
M. Leblanc
(Michel) : Merci. Pour moi, il y a beaucoup de gens qui parlent en ne
connaissant pas ou ne comprenant pas la
réalité économique. C'est clair que la fermeture de raffineries, dans le passé,
s'est passée pour des raisons logiques,
les entreprises ont fermé des raffineries qui ne leur paraissaient pas les
meilleurs lieux de réinvestissement pour préserver leur capacité. Les
décisions sont toujours basées sur des calculs d'opportunité, les entreprises
investissent dans un panier de possibilités.
Ça ne veut même pas dire qu'une usine n'est pas rentable. Ça veut dire que,
dans l'avenir, on ne pense pas que c'est là que les rendements sur les
capitaux rares vont être les plus élevés.
C'est clair dans
notre esprit que la décision de Suncor annoncée récemment de réinvestir dans sa
raffinerie de Montréal est directement liée à la possibilité pour Suncor de
s'approvisionner à cette raffinerie-là en pétrole meilleur marché et
d'un pari qu'elle fait qu'à partir de cette raffinerie-là elle va trouver un
rendement intéressant pour l'entreprise. Ça va se traduire par le
maintien des emplois en poste. Les 51 000
emplois ne sont pas des emplois directement dans la raffinerie, c'est tout le dispositif qui en
dépend, mais, si on affaiblit la raffinerie, si on affaiblit les entreprises
qui dépendent des intrants et d'un intrant fondamental qui est le
pétrole, on va les perdre, ces emplois-là. Et ces emplois-là, ils sont bien rémunérés. Et là un défi qu'on a au Québec,
le défi de pauvreté, ce n'est pas qu'on ne travaille pas bien, c'est
qu'on n'est pas bien payés parce que notre productivité n'est pas si élevée.
Les emplois à haute productivité qui génèrent des
revenus élevés sont des emplois qu'on doit absolument protéger puis qu'on doit
multiplier éventuellement. Donc, non seulement
il y a un risque de pe