CRC — 12 March 2021 (42nd Legislature, 1st Session)
CRC 2021-03-12
Quebec — Committees
Alors, je veux vous dire où on en est parce que,
bien sûr, quand la CAQ est arrivée au gouvernement, la situation n'était déjà pas
facile. Mais là on est vraiment passé d'une situation difficile à une
crise sans précédent. Donc, quand la CAQ est arrivée, combien il y avait
de parents qui attendaient une place sur le guichet unique, une place en service
de garde? Il y en avait 42 000. C'est passé, l'année suivante, à
46 000. Et maintenant, aux derniers chiffres qu'on a eus, mais déjà ça date de quelques mois,
51 000 familles qui attendent une place. Ça, c'est le bilan de la
CAQ.
L'autre bilan de la CAQ. Quand ils sont arrivés,
ils nous ont dit qu'il y avait 8 000 places en milieu familial qui,
faute d'éducatrices pour s'en occuper, étaient des places fantômes, donc des
places qu'on ne réussissait pas à occuper, que des enfants ne pouvaient pas
occuper parce qu'il n'y avait pas d'éducatrice pour pouvoir développer ou, en
fait, simplement occuper, parce qu'elles existent, ces places-là. En août
dernier, ce chiffre était rendu à 24 000 places
en milieu familial qui existent en théorie, mais qui ne peuvent toujours pas
être occupées, faute d'éducatrices. Et, depuis, dans la dernière année
seulement, il y a eu 837 fermetures supplémentaires de milieux familiaux.
Et évidemment on va vouloir avoir les chiffres à jour de toutes ces données-là
aujourd'hui de la part du ministre.
Donc, ça veut dire qu'en plus on a un
autre 5 000 places, fort probablement, qui se sont perdues dans
les derniers mois. Et, selon l'AQCPE, il manque présentement au moins
3 000 éducatrices au Québec. Et, si on se projette jusqu'en 2023‑2024,
ils estiment que ce sont 10 000 éducatrices, si la tendance se
maintient, qu'il va manquer au Québec.
Donc, ça, c'est le bilan
de la CAQ depuis l'arrivée du ministre et de son gouvernement au pouvoir. Et ce
qui est absolument hallucinant, c'est qu'il nous disait, la main sur le coeur,
en février 2019, que lui, il allait complètement changer les choses, que
les places allaient se créer, qu'il y en aurait au moins 13 500 en deux
ans qui seraient créées. Or, le résultat net, c'est quoi, Mme la Présidente?
C'est 2 500 places qui, pendant les deux années et demie du début du
mandat du ministre, ont été créées, 2 500, quand il s'était engagé à en
créer 13 500.
Et qu'est-ce qu'il a fait, le ministre, le mois
dernier, quand il a dû avouer cet échec retentissant? Il a blâmé à peu près tout
le monde, mais il n'a pas pris la responsabilité. Donc, le processus n'avait
aucun sens, le ministère n'était pas assez efficace, le réseau ne collaborait
pas suffisamment, il fallait revoir le processus. Le seul problème, c'est que
c'est le ministre qui est responsable de son ministère, c'est lui qui est
responsable de développer les places, c'est lui qui, depuis deux ans et demi,
avait tout en main pour pouvoir bouger, selon ce qu'il nous disait, là, qu'il
allait être la réinvention de l'efficacité, là, pour le développement des
services de garde à la petite enfance. Et donc, quand, il y a un mois, il a dû
admettre son échec, parce qu'au lieu de 13 500 places, c'était
2 500... Et je rappelle que la CAQ avait promis, en campagne électorale,
qu'il y en aurait 26 000, nouvelles places, dans son mandat, 26 000. Dans les premiers deux ans, il devait en créer
13 500. Ça tenait la route, c'était à peu près la moitié de l'engagement
de la CAQ. Le résultat, deux ans et demi
plus tard, il y en a 2 500 à peine de créées. Le ministère doit se sortir
de son pétrin, dit que ça n'a pas de bon sens, ce n'est pas efficace, ce
n'est pas de sa faute, le processus ne marche pas, il y a 17 étapes, il
n'y a personne qui avait entendu, avant, parler de ce processus administratif
derrière lequel le ministre se réfugie.
Et là qu'est-ce qu'il fait ce matin? Bien, il
prouve exactement que, depuis deux ans et demi, la question du processus, il
n'en tenait qu'à lui de le changer. Il vient nous faire une belle conférence de
presse, avec un beau briefing technique, une
technique éprouvée, d'ailleurs, par le gouvernement. Heureusement qu'il y a des
interpellations, parce que ça amène les gouvernements à faire des annonces.
Donc là, soudainement, il est capable, donc, de changer le processus. Le mois
dernier, à cause du méchant processus, il n'avait pas pu livrer son engagement,
puis là c'est drôle, aujourd'hui, là, il est capable de réduire les étapes.
Mais ce qui est très déconcertant de l'annonce de ce matin, c'est qu'encore une
fois c'est un écran de fumée, donc, c'est un écran de fumée pour nous parler du
processus administratif derrière lequel il se réfugiait, évidemment, en toute
incohérence pour dire, le mois dernier, qu'il était pris puis qu'il n'avait pas
pu livrer sa promesse.
Mais où sont les nouveaux budgets, où sont les
nouveaux budgets pour pouvoir accélérer véritablement le développement des
places? Où est le programme vigoureux pour aller valoriser la profession
d'éducatrice, pour freiner la perte d'intérêt
des femmes et des hommes pour ce programme-là?
Baisse de 40 % des inscriptions en sept ans dans les programmes d'éducation à l'enfance. Où est le plan pour
dire : On va tout mettre en oeuvre parce qu'on fonce dans le mur et
on n'attendra pas de vivre une crise encore plus grave, comme celle qu'on a
vécue dans les CHSLD, avec la pénurie de préposés aux bénéficiaires? C'est là
qu'on en est. Les briques commencent à tomber dans le mur dans lequel on est en
train de rentrer.
Bien, le ministre me regarde, là, mais je
m'excuse, mais, quand il y a 51 000 familles, c'est des chiffres qui
viennent directement de son ministère, qui attendent une place, quand nos
téléphones n'arrêtent pas de sonner dans nos bureaux de circonscription, moi,
je n'ai jamais vu ça en 10 ans, de femmes qui ne peuvent pas retourner
travailler, d'infirmières, de préposées aux bénéficiaires, d'auxiliaires,
d'enseignantes qui ne peuvent pas retourner travailler parce qu'il n'y a pas de
place en service de garde... Oui, la crise, elle est majeure, et, oui, on est
en train de foncer dans le mur, et ce n'est pas parce qu'on ne l'a pas dit au ministre
depuis le début de son mandat que c'était une urgence nationale de s'attaquer à
la pénurie d'éducatrices. Or, ce matin, zéro annonce pour la pénurie
d'éducatrices. L'AQCPE a pourtant dit publiquement qu'elle avait remis au ministre,
en septembre dernier, un plan de match, un
plan de match où on pourrait favoriser les inscriptions, où on pourrait
accentuer le nombre d'éducatrices, où on pourrait leur permettre de
faire à la fois leurs études et des stages, donc ça permettrait de les former
tout en ayant plus d'éducatrices dans les CPE, même chose pour les milieux
familiaux.
Donc, pas un mot ce matin là-dessus, pas un mot supplémentaire
sur l'abolition formelle qu'on espérait du 25 %. Il dit : Il va y
avoir des assouplissements, on va voir. Le gouvernement continue à exiger un
25 % de mise de fonds des milieux pour développer des CPE. Or, ce matin,
il aurait dû dire clairement et simplement : Il n'y en aura plus,
d'exigence. Bien non, il nous dit : Il va y avoir des assouplissements, puis
on va pouvoir donner une mise de fonds. Bien, abolissez-la, c'est simple. Quand
nous, on était au gouvernement puis qu'on réussissait à créer
10 000 places par année, il n'y en avait pas, de mise de fonds, puis
le processus, il était simple.
Puis je veux
juste montrer un petit tableau, là, quand on dit que ça prend des budgets, le
PQI, investissements pour les CPE.
Alors, je veux juste qu'on voie la décroissance des investissements au PQI.
Donc, si on regarde, là, où on en était,
2013‑2023, on était à cette hauteur-là, on était donc à plus de 1 milliard
pour les investissements au PQI en CPE. Et là on est rendu à moins de
400 millions pour 2020‑2030. Donc, ça, là, c'est ce que le ministre offre
aux familles du Québec qui sont en attente, qui sont désespérées, qui nous
lancent des cris du coeur pour pouvoir retourner au travail, pour pouvoir
concilier famille-travail, pour pouvoir avoir un développement économique au
Québec qui a du sens.
Donc, aujourd'hui, on veut des réponses du
ministre. On ne veut pas juste qu'il nous parle d'un processus administratif
qu'il aurait pu changer depuis deux ans et demi, on veut qu'il nous parle de
vraies actions, de plan d'accélération, de plan de valorisation, de recrutement
et de formation des éducatrices et d'objectifs. Parce que ce n'est pas vrai
qu'on va se contenter de voir des gens continuer à accumuler l'attente.
La Présidente (Mme D'Amours) :
Merci, Mme la députée de Joliette. Maintenant, je cède la parole au ministre de
la Famille, également pour une période de 10 minutes.
M. Lacombe : Merci beaucoup,
Mme la Présidente. Bien, d'abord, je veux aussi saluer tout le monde. Merci
d'être là. Je veux saluer la députée de Joliette aussi, qui m'a invité à cette
interpellation. Moi, ça me fait plaisir, j'aime ça, Mme la Présidente, parce
que je trouve parfois qu'on ne parle pas assez de petite enfance. Et, quand
l'opposition s'y attarde, quand l'opposition pose des questions là-dessus, je
trouve toujours que c'est une belle opportunité de démontrer ce qu'on fait et
puis, effectivement, de rendre des comptes, on est là pour ça. Parce que moi,
je pense bien sincèrement qu'on fait de bien belles choses depuis qu'on est
arrivés, qu'évidemment ce n'est pas parfait, mais qu'on fait des pas de géant.
D'abord, peut-être juste une parenthèse pour
dire que sur la question de la main-d'oeuvre, là, moi, je sourcillais,
effectivement, la députée de Joliette, là, l'a relevé en ondes, mais je tiens à
le préciser, la comparaison avec les CHSLD me dresse toujours les cheveux sur
la tête, parce que moi, je ne ferai pas cette comparaison-là. Dans nos CHSLD,
la pénurie de personnel, là, elle a été catastrophique, elle a causé des morts.
Et ça, ça nous a été légué, disons, par des années et des années de
sous-investissement. Je n'entrerai pas là-dedans, mais moi, je ne ferai pas
cette comparaison-là. Je peux très bien dire que c'est un enjeu, et je le dis
clairement, là, mais je vais toujours me garder de faire des comparaisons avec
les CHSLD, et j'invite les collègues aussi à le faire, là, parce qu'à chaque
fois, là, je trouve que ce n'est peut-être pas approprié.
Maintenant, oui, Mme la Présidente, on manque de
places en service de garde éducatif à l'enfance au Québec, c'est une évidence.
On ne s'obstinera pas là-dessus. Je n'essaierai pas de convaincre les gens ici
qu'on a suffisamment de places. Ce serait comme vous convaincre, Mme la
Présidente, que le soleil ne se lèvera pas demain matin. Donc, c'est clair, net
et précis qu'on manque de places au Québec, je dirais pour deux raisons. Et
vous me permettrez de vous les expliquer.
La première,
il y a une raison, là, qui est évidente, qui est structurelle. Pour qu'on soit
capable de couper des rubans aujourd'hui,
n'est-ce pas, il faut qu'il y ait eu des appels de projets dans les années
précédentes. Et, quand on regarde, c'est
un fait, c'est public, quand on regarde les appels de projets des dernières
années, il n'y en a pas eu en 2014, il n'y en a pas eu en 2015, il n'y en a pas eu en 2016, il n'y en a pas eu en
2017. Il y en a eu une sous le précédent gouvernement en 2018, là, à
quelques semaines des élections, des places qu'on a nous-mêmes attribuées quand
on est arrivés en poste. Donc, c'est dire que le délai, là, était très serré à
la fin du mandat libéral, ce qui fait en sorte qu'il n'y a pas de projets qui
ont été mis dans ce qu'on appelle le «pipeline», là, il n'y a pas de projets
qui ont pris la route. Donc, c'est difficile aujourd'hui de couper autant de
rubans qu'on voudrait parce qu'évidemment ça prend
un moment, là, pour que ces places-là se réalisent. Et, s'il y avait eu des
appels de projets, évidemment, s'il y avait des places qui avaient été offertes à ce mome