Institutions — 4 May 2009 (39th Legislature, 1st Session)

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(13 janvier 2009 au 22 février 2011)

Le lundi 4 mai 2009 - Vol. 41 N° 11

Étude des crédits du ministère du Conseil exécutif (5): volet Affaires autochtones

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Table des matières

Affaires autochtones

Remarques préliminaires

M. Pierre Corbeil

M. Camil Bouchard

Discussion générale

Ententes avec le gouvernement fédéral pour la construction

et l'entretien de logements dans le Nord-du-Québec

Recrutement de travailleurs sociaux pour le Nunavik

Programme de dépistage et de prévention de la négligence envers les enfants

Soutien au développement socioéconomique des communautés autochtones

Actions entreprises pour la formation professionnelle des autochtones

Recrutement de travailleurs sociaux pour le Nunavik (suite)

Actions entreprises pour la formation professionnelle des autochtones (suite)

Conditions de vie de la communauté algonquine de Kitcisakik

Mesures pour favoriser l'intégration sociale des autochtones vivant hors réserve

Conditions de vie de la communauté algonquine de Kitcisakik (suite)

Plan d'action pour la valorisation de l'éducation

Mesures pour améliorer la situation des femmes autochtones

Guide intérimaire en matière de consultation des communautés autochtones

Rapport du juge Réjean F. Paul sur les responsabilités respectives des

communautés jamésiennes et cries sur le territoire de la Baie-James

Négociations concernant l'ancienne seigneurie du Sault-Saint-Louis

Participation des communautés autochtones au plan Nord

Fonds d'initiatives autochtones

Négociations concernant l'ancienne seigneurie du Sault-Saint-Louis (suite)

Négociations entourant l'Approche commune

Financement des centres d'amitié autochtones

Suites du Forum socioéconomique des premières nations

Mesures pour favoriser l'intégration sociale des autochtones vivant hors réserve (suite)

Adoption des crédits

Adoption de l'ensemble des crédits

Document déposé

Autres intervenants

M. Claude Bachand, vice-président

M. Pierre Marsan, président suppléant

M. Stéphane Billette

Mme Maryse Gaudreault

Mme Stéphanie Vallée

* M. Gilles Harvey, Secrétariat aux affaires autochtones

* Témoin interrogé par les membres de la commission

Journal des débats

(Quatorze heures une minute)

Le Président (M. Bachand, Arthabaska): Donc, mesdames messieurs, je vous souhaite la bienvenue à la Commission des institutions. M. le ministre particulièrement, bien sûr, bienvenue à notre commission, puisque vous êtes notre invité privilégié aujourd'hui. En fait, pour nous, nous partageons ce privilège. Il y a aussi, du côté de l'opposition officielle, mon collègue et une personne que j'estime beaucoup, le député de Vachon, porte-parole au ministère des relations avec les premières nations, son équipe, bien sûr, que je salue. Et, du côté du gouvernement, mes collègues, donc je vous salue tous.

Je suis sûr que nous allons faire un travail senti, mais surtout inspiré par votre présence et votre connaissance, que nous allons partager avec beaucoup d'intérêt, j'en suis convaincu.

Donc, ayant constaté le quorum, je déclare la séance de la Commission des institutions ouverte et je demande à toutes les personnes dans la salle de bien vouloir fermer les sonneries de leurs téléphones cellulaires.

Donc, je vous rappelle le mandat de la commission. La commission est réunie afin de procéder à l'étude du volet Affaires autochtones des crédits budgétaires du portefeuille Conseil exécutif pour l'exercice financier 2009-2010.

M. le secrétaire, y a-t-il des remplacements?

Le Secrétaire: Oui, M. le Président. M. Kelley (Jacques-Cartier) est remplacé par M. Moreau (Châteauguay); M. Sklavounos (Laurier-Dorion) est remplacé par M. Billette (Huntingdon); Mme Beaudoin (Rosemont) est remplacée par M. Bouchard (Vachon).

Le Président (M. Bachand, Arthabaska): Donc, merci, M. le secrétaire. Je vais partager avec vous, en fait, l'organisation de nos travaux et que vous en preniez, séance tenante, les conclusions. Si, toutefois, il y a des ajustements à faire, on peut les faire dans l'immédiat. Donc, pour faciliter nos échanges, je vous propose de procéder par une discussion générale sur le volet Affaires autochtones par blocs d'à peu près 20 minutes, incluant les questions et les réponses, et de procéder à la mise aux voix des crédits à la fin de la séance.

Donc, à la suite d'une entente des groupes parlementaires, il y aurait des remarques préliminaires d'une durée de 10 minutes pour vous, M. le ministre, et de 10 pour l'opposition officielle. Et, dans l'éventualité où le deuxième groupe de l'opposition se joindrait à nous, il y aurait un deux minutes qu'on pourrait leur accorder.

De plus, les temps de parole seraient répartis comme suit ? et ça, je sais que vous les oubliez tout le temps, que vous ne les prenez pas en note, mais ce n'est pas grave, je suis là et nous sommes là pour vous les rappeler: 50 % au groupe ministériel, donc 1 h 45 min, à peu près; et, à ma gauche, 40 % à l'opposition officielle, environ 1 h 25 min ? ce n'est qu'un guide; 10 % au deuxième groupe d'opposition, environ 20 minutes. Donc, le temps inutilisé pour le deuxième groupe d'opposition serait alloué à l'opposition officielle. Est-ce qu'il y a consentement pour ces procédures? Il y a consentement.

Donc, puisque nous devons effectuer quatre heures sur ce volet et que nous avons débuté à 14 heures, je dirais, hein, une minute ou deux ? nous sommes à l'heure ? y a-t-il consentement pour terminer nos travaux au-delà de l'heure prévue, c'est-à-dire 18 h 2 ou 18 h 3? Il n'y aura pas de grand débat là-dessus.

Affaires autochtones

Remarques préliminaires

Donc, je vais reconnaître tout de suite et sans plus tarder les remarques préliminaires de M. le ministre. Vous avez la parole, M. le ministre, pour un maximum de 10 minutes.

M. Pierre Corbeil

M. Corbeil: Merci, M. le Président. M. le député de Vachon, chers collègues, c'est la première fois que je participe à l'étude des crédits à

titre de ministre responsable des Affaires autochtones et je m'engage dans cet exercice démocratique en toute sincérité. Je profite pour saluer mes collègues de l'opposition et les inviter à participer aux travaux de notre commission avec rigueur, dignité et générosité, nos échanges n'en seront que plus constructifs.

J'ai accepté le mandat que m'a confié le premier ministre avec enthousiasme et j'ai fait mienne la mission du Secrétariat aux affaires autochtones, qui consiste à accompagner et à soutenir les autochtones dans leur développement le plus efficacement possible. En poste depuis à peine quelques mois, je suis déjà bien engagé dans le processus de suivi des différents dossiers amorcés par mes prédécesseurs. Je considère l'étude des crédits budgétaires 2009 comme un moment opportun pour faire le bilan de notre action et expliquer notre vision en ce qui a trait aux activités en cours.

M. le Président, les autochtones font face à des défis auxquels je suis très sensible. Je veux donc approfondir les relations que nous entretenons avec eux sur l'ensemble du territoire québécois afin de consolider le dialogue politique déjà amorcé. Pour ce faire, je me suis fixé comme objectif personnel d'être un interlocuteur disponible, attentif et respectueux. Ce que je préconise avant tout, ce sont des échanges qui reflètent la volonté manifeste du gouvernement du Québec de rapprocher les Québécois et les autochtones. Je suis persuadé que la clé du succès de cette démarche est le dialogue.

Depuis le mois de janvier, j'ai discuté avec les chefs d'une quinzaine de communautés représentant cinq nations. Cette approche fondée sur le respect et la volonté de faire converger nos intérêts donne déjà de bons résultats. J'entends poursuivre dans cette voie. Bien sûr, en quelques minutes, je ne pourrai vous rapporter toutes les avancées qui ont été réalisées, mais j'aimerais toutefois m'arrêter à quelques-unes.

À cet égard, le Forum socioéconomique des premières nations, tenu à Mashteuiatsh en 2006, et la conférence Katimajiit, tenue à Kuujjuaq en 2007, constituent d'utiles balises. Ces grands rendez-vous ont en effet été porteurs et franchement constructifs. Ces rencontres historiques ont notamment permis d'aborder des sujets traitant du développement social et économique des premières nations et des Inuits sur la base des priorités qu'ils avaient eux-mêmes établies. Les engagements que nous y avons pris amélioreront assurément les conditions socioéconomiques de leurs populations.

Ainsi, le Fonds d'initiatives autochtones, fondé dans la foulée du forum socioéconomique de Mashteuiatsh et doté d'une enveloppe globale de 125 millions pour cinq ans, a appuyé près de 120 projets de développement économique et communautaire. Les 30 millions attribués jusqu'à maintenant ont aidé une douzaine d'organismes d'action communautaire et financé 16 projets de soutien à la consultation. Le fonds a ainsi permis de créer ou de consolider près de 250 emplois et généré des investissements de l'ordre de 90 millions.

Les forums socioéconomiques des premières nations et des Inuits ont permis des améliorations notables en matière d'éducation, que l'on pense à la construction d'un pavillon des premières nations au campus de Val-d'Or de l'Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue. Également, la construction d'une résidence pour étudiants et de logements pour les enseignants et le personnel des services éducatifs comblera, pour sa part, un manque important à Kangiqsualujjuaq.

Nous avons également signé un protocole d'entente pour la mise sur pied d'une table de concertation avec l'Assemblée des premières nations du Québec et du Labrador. Par cette entente, le Conseil en éducation des premières nations et le ministère de l'Éducation, du Loisir et du Sport ont établi une relation de travail formelle dans le respect mutuel de leurs missions et mandats respectifs.

En février, j'ai eu le privilège de remplacer ma collègue la ministre de l'Éducation, du Loisir et du Sport au Sommet national sur l'éducation des autochtones, à Saskatoon. À cette occasion, j'ai pu exprimer l'appui du gouvernement du Québec aux préoccupations des premières nations concernant la responsabilité du gouvernement fédéral en matière de financement. Le chef régional de l'Assemblée des premières nations du Québec et du Labrador a d'ailleurs accueilli favorablement cette position via un communiqué de presse conjoint émis le 25 février dernier.

À la conférence Katimajiit, en août 2007, le gouvernement du Québec avait annoncé un investissement additionnel de 25 millions pour la construction de logements à loyer modique au Nunavik. Depuis, nous en sommes venus à la conclusion qu'en raison de la forte croissance de la population nous devions investir davantage. Nous avons convenu avec nos partenaires, le gouvernement fédéral et les Inuits, de tenir prochainement une rencontre portant uniquement sur le logement. Il est à noter que la Société d'habitation du Québec a projeté d'investir 135 millions entre 2008 et 2011 pour améliorer la qualité des unités d'habitation actuelles.

Les gouvernements du Québec et du Canada ont confirmé qu'ils lanceront cette année les travaux d'aménagement de la piste d'atterrissage de l'aéroport de Povungnituk sur la côté de la baie d'Hudson, projet auquel ils accorderont 31 millions d'ici 2010. L'objectif visé est que la piste soit prête en décembre 2009 pour assurer le service par jet.

(14 h 10)

J'aimerais maintenant aborder un autre sujet qui fait l'objet de beaucoup d'attention au Secrétariat aux affaires autochtones, la négociation d'ententes entre le gouvernement du Québec et les autochtones. Dans l'exercice de mes fonctions, on me demande souvent pourquoi le gouvernement négocie avec les autochtones. M. le Président, la réponse est fort simple: le gouvernement négocie pour favoriser la cohabitation harmonieuse de tous les citoyens qui partagent un même territoire dans l'objectif d'en assurer le développement ordonné.

La négociation des revendications autochtones nécessite d'aborder les questions complexes de reconnaissance de droits, de gouvernance, de pouvoirs législatifs, de territoire et d'accès aux ressources. Évidemment, dans plusieurs dossiers de négociation, nous ne sommes pas le seul gouvernement à la table. Ottawa a aussi son mot à dire, étant donné sa responsabilité de fiduciaire à l'égard des autochtones.

Puisqu'il est question du gouvernement fédéral, j'ai récemment interpellé mon homologue fédéral concernant la situation qui prévaut dans deux communautés algonquines. Il a fait montre de beaucoup d'écoute, et je peux même affirmer que nous sommes clairement centrés sur des objectifs communs. Comme vous le savez, à Kitsisakik, les conditions de vie matérielles et sociales sont très difficiles et ne peuvent être tolérées plus longtemps.

Nous avons soutenu directement plusieurs actions porteuses: construction d'un bloc sanitaire, d'un centre de la petite enfance et de locaux scolaires, aménagement d'une aire de jeu et expertise externe en matière de gestion. L'érection d'un nouveau village demeure la question préoccupante. Le conseil de bande devra rapidement s'entendre avec les gouvernements sur son emplacement et l'ampleur du projet. Le Québec a déjà offert au gouvernement fédéral de lui transférer des terres publiques pour constituer une réserve sur laquelle sera érigé le village.

L'équipe du Secrétariat aux affaires autochtones, dans une autre communauté, discute régulièrement avec le nouveau conseil de bande de lac Barrière. Nous lui avons notamment offert notre collaboration à propos du financement de certains projets, dont une maison des jeunes grâce au Fonds de développement pour les autochtones. D'autres discussions sur ces dossiers sont à venir avec mon vis-à-vis du gouvernement fédéral.

Lors du discours du trône, en mars dernier, le premier ministre a rendu publique une nouvelle vision du développement du territoire du Québec situé au nord du 49e parallèle, le plan Nord. Ce que propose le gouvernement du Québec, c'est le développement des ressources qui s'y trouvent en collaboration avec les populations concernées, dans une perspective de développement durable.

En plus des ressources à développer et à mettre en valeur, il y a des infrastructures à édifier ou à améliorer, des routes à construire pour rapprocher les populations ainsi que des aéroports à rénover pour faciliter la circulation des personnes et le transport des biens. Le premier ministre a clairement mentionné qu'il souhaite réaliser le plan Nord en partenariat avec les premières nations, les Inuits et les communautés régionales, c'est incontournable.

Le premier ministre a également mentionné à plusieurs reprises que les autochtones contribueraient à la définition des priorités, qu'ils auraient la possibilité de participer étroitement à l'atteinte des objectifs et bénéficieraient des retombées qui découleront de la concrétisation du plan Nord. Ainsi, à mesure qu'ils seront confirmés, les projets associés au plan Nord suivront les processus habituels d'autorisation et répondront aux obligations qui incombent au gouvernement en matière de consultation. Notre objectif est de protéger et de mettre en valeur le potentiel du Nord dans le respect de tous.

C'est le mandat que m'a confié le premier ministre.

M. le Président, comme vous le constatez, le Secrétariat aux affaires autochtones a connu une année fructueuse et riche en réalisations de toutes sortes. J'aimerais que mes collègues et moi profitions du temps qui nous est alloué pour discuter en profondeur des enjeux qui nous touchent comme élus. Je souhaite que nos travaux soient fructueux et marqués du sceau d'une franche collaboration. Merci de votre attention.

Le Président (M. Bachand, Arthabaska): Ils le seront, M. le ministre. Merci pour vos remarques préliminaires. Par la même occasion, pour les bénéfices des gens qui sont chez eux qui nous regardent et des gens en commission, si vous souhaiteriez présenter votre équipe, je pense que ce serait apprécié

M. Corbeil: Merci, M. le Président. Alors, j'aimerais vous présenter les gens qui m'accompagnent ici aujourd'hui: M. André Maltais, à ma droite, qui est secrétaire aux Affaires autochtones, secrétaire général associé dans le vrai jargon; il est accompagné de M. René Dufresne à sa droite, de la Direction des services et des programmes; à la droite de M. Dufresne, Mme Élizabeth Mackay, qui est secrétaire adjointe au Secrétariat aux affaires autochtones, à la consultation et aux dossiers spéciaux; en arrière, ici, nous accompagnent M.

Gilles Harvey, de la Direction des négociations, Mme Andrée Bélanger, de la Direction des relations gouvernementales, M. Lucien-Pierre Bouchard, de la Direction des relations et du suivi des ententes, et M. Patrick Brunelle, de la Direction des consultations et de la médiation intergénérationnelle. M'accompagnent ici, directement à ma gauche, mon chef de cabinet par intérim, M. Daniel Doucet, mon attaché de presse, M. Kevin Bilodeau, et Mme Karina Kesserwan, attachée politique.

Le Président (M. Bachand, Arthabaska): Merci, M. le ministre. Donc, sans plus tarder, je vais reconnaître le porte-parole de l'opposition officielle en matière de relations avec les premières nations, M. le député de Vachon.

M. Camil Bouchard

M. Bouchard: Alors, merci beaucoup, M. le Président. Vous me permettrez de saluer d'abord vous et les gens qui vous accompagnent dans cette salle, les gens du secrétariat, de saluer mes collègues d'en face représentant le gouvernement. Je veux saluer aussi bien cordialement le ministre et les personnes qui l'accompagnent.

Discussion générale

J'utiliserai plutôt le temps imparti aux remarques préliminaires pour les ajouter à mon premier bloc de questions si vous permettez. On a tellement de dossiers à traiter et tellement peu de temps que j'aimerais, tout de suite, qu'on puisse entrer dans le vif du sujet et je veux peut-être vous indiquer tout de suite un petit peu l'approche que j'entends adopter.

On verra si on réussit à faire ça de façon ordonnée, mais j'ai une préoccupation d'abord non pas sur l'organisation, sur les structures et sur les grandes politiques qui gouvernent l'ensemble des dossiers, mais je veux, pour commencer, qu'on puisse porter suffisamment de temps à la question du bien-être des populations autochtones, des enfants et de leurs familles. Donc, mes premières questions porteront plus spécifiquement là-dessus, M. le Président.

Et j'aimerais donc revenir sur la question du dossier de la protection de la jeunesse dans le Nord, chez les Inuits.

Je veux tout simplement rappeler très brièvement qu'il y avait un certain nombre d'observations extrêmement accablantes qui ont été acheminées via le rapport de la Commission des droits de la personne et de la jeunesse en 2007 dans lequel rapport on pouvait lire qu'un enfant sur quatre faisait l'objet d'adoption traditionnelle sans aucun encadrement de services dans le Grand Nord, dans la nation inuite, que, de fait, 30 % des dossiers qui étaient traités en protection de la jeunesse avaient trait à des enfants qui étaient placés en mode d'adoption traditionnel.

Les signalements se faisaient pour le même enfant à répétition, on va même jusqu'à 16 signalements pour un même enfant. Près du quart des signalements ont trait à des abus sexuels, M. le Président, 25 % comparé à 4 % dans l'ensemble du Québec. Il y a énormément de problèmes avec l'évaluation des signalements pour plusieurs raisons dont je vous épargne la teneur. Plus de la moitié des enfants de là-bas consomment abusivement ou bien de l'alcool ou sont... c'est-à-dire sont témoins de consommation abusive d'alcool et de violence dans leur maison.

Le ministre connaît bien, parce qu'il s'est occupé notamment du dossier de logement, dont il nous a fait part tout à l'heure, la surpopulation, la très haute densité d'occupation des logements là-bas, on retrouve facilement 14, 15 personnes par logement. Il y a au moins 500 familles qui sont en attente d'un logement selon la commission. L'office régional d'habitation nous parle plutôt de 915 logements ou unités manquantes. Enfin, on verra ça tout à l'heure.

Mais tout ceci pour dire qu'on a affaire à une détresse là-bas, en ce qui concerne les tout-petits, les jeunes enfants et les jeunes, qui est extrêmement préoccupante, alarmante, inacceptable, tout à fait inacceptable. Et il y a des grands déterminants de ça, on y viendra tantôt.

(14 h 20)

Ce que je veux dire d'abord, M. le Président, c'est que ces remarques n'ont en rien pour objet d'accabler les familles et les parents de là-haut. Comme analogie, je vous dirai ceci. Moi, je suis un amateur de kayak et je fais beaucoup de kayak entre Port-au-Persil et Tadoussac. Et, à chaque année, M. le Président, je rencontre des bélugas qui viennent fréquenter mon kayak, qui passent sous le kayak, qui frôlent le kayak, qui poussent sous le gouvernail du kayak, et on reconnaît d'année en année les familles à qui on a affaire.

Et je reconnais donc les mères, les pères sont quelque part ou sont... durant l'été, restent au Saguenay. Mais les mères qui accompagnent leurs tout jeunes, leurs tout nouveau-nés et qui les nourrissent, et ces mères-là sont des mères très attentives, d'ailleurs, qui préviennent leurs nourrissons contre une approche trop gaillarde des embarcations, dont la mienne.

Mais, en les nourrissant, elles les empoisonnent parce qu'elles se nourrissent des sédiments que... des planctons qui, eux-mêmes, originent des sédiments du fond, des fosses là-bas, et ces sédiments sont très souvent composés de matières toxiques que les usines du haut du Saguenay jettent dans le fleuve.

Donc, on a affaire à des mères attentionnées mais qui, en même temps, vivent dans un environnement toxique, et je pense que l'analogie vaut très bien pour les parents, les pères et les mères, les grands-parents que l'on rencontre dans le Nord-du-Québec, les villages inuits. Donc, les discussions que nous avons ici cet après-midi ne devraient pas susciter des sentiments de culpabilité chez ces gens-là.

On comprend que la capacité parentale est en interaction avec les environnements dans lesquels on exerce nos capacités parentales, et les environnements dans lesquels s'exerce la capacité parentale dans le Grand Nord sont très souvent toxiques. Et la densité d'habitation, c'en est une, ça... c'en est un, élément toxique.

Ententes avec le gouvernement fédéral

pour la construction et l'entretien de

logements dans le Nord-du-Québec

Alors, si vous voulez bien, M. le Président, je vais d'abord aborder ce problème du logement. J'ai suivi le dossier attentivement et je pense que le ministre conviendra avec moi qu'ils ont annoncé... Le ministre a annoncé des logements supplémentaires, une cinquantaine lors de Katimajiit qui s'ajoutaient aux 275 dans l'entente avec les Inuits, qui étaient dus pour, je pense, 2010 comme date finale de livraison. Donc, 275 plus 50, on arrive à 325. J'ai plusieurs questions. La première question: Où en sommes-nous dans les négociations avec le fédéral en ce qui concerne le financement des logements?

Le Président (M. Bachand, Arthabaska): O.K. Simplement, M. le ministre, avant de vous permettre de répondre à la question, si j'ai bien compris et pour que, tout le monde, ce soit clair dans l'organisation de nos travaux, vos remarques préliminaires font aussi

partie de la période de questions. Donc, si vous le voulez bien et s'il y a consentement, nous allons utiliser le premier bloc, un bloc de 30 minutes, y compris vos remarques préliminaires. Est-ce que ça vous va? De l'autre côté, ça va. Je comprends qu'il y a consentement. Allez-y, M. le ministre, en réponse.

M. Corbeil: Merci, M. le Président. Mon collègue le député de Vachon a introduit plusieurs dossiers concernant les Inuits, d'abord la question de la protection de la jeunesse, la question du logement, la question de l'alimentation. Il a fait un parallèle avec ce qui se passe sur la côte nord du fleuve Saint-Laurent et l'alimentation des membres des communautés.

Maintenant, si on se recentre sur sa première question, qui concerne le logement, d'abord je dois dire ici qu'il y a eu des ententes 2000-2005, qu'il y a eu une entente 2005-2010 avec le gouvernement fédéral pour la construction de nouvelles unités et l'entretien de ces mêmes unités là. Pour ce qui est du gouvernement du Québec, l'entente 2005-2010 va arriver à terme l'an prochain, mais on n'a pas attendu la fin de cette entente-là pour commencer une ronde de négociations avec le fédéral dès cet année ? même, je dirais, l'an passé, en 2008 ? pour reconduire un programme 2010-2015.

Et, pour 2005-2010, on aura probablement construit quelque chose comme un peu plus de 300 unités à terme, je crois. Bien, on va vérifier le chiffre, là, mais...

Force est de constater, M. le Président, qu'on est, malgré ces constructions, malgré l'ajout de budgets additionnels ? j'ai fait référence dans mon discours, tantôt, à 25 millions lors du forum de Katimajiit ? pour construire des unités additionnelles cette année et l'an prochain, on est encore en mode, je dirais, rattrapage ou en mode accumulation d'un retard, et c'est directement relié au phénomène démographique particulier du Nunavik où le taux de fécondité, là-bas, est à peu près de, je dirais, le double du sud, à quelque chose comme 3,6 enfants par femme.

Alors, ensemble, le gouvernement fédéral et le gouvernement du Québec, on a ciblé la question du logement comme étant une priorité. Et, je l'ai mentionné encore dans mon discours d'introduction, on prévoit tenir prochainement sur le territoire, avec les gens de Makivik Corporation et de l'Administration régionale Kativik, un forum destiné, dédié spécifiquement à la question du logement. Et on veut véritablement être en mode solution, on veut poursuivre sur la lancée des ententes qu'on a présentement, mais en mode rattrapage.

Et le chiffre évoqué par mon collègue le député de Vachon, de quelque 900 000 unités est une cible... 900 à 1 000, pas 900 000 ? parce que, là, j'ai provoqué une réaction, M. le Président, et je voudrais juste qu'on soit bien clairs ? est une cible qu'on doit envisager si on veut résoudre cette équation, ce problème numéro un dans lequel découlent plusieurs autres problèmes.

Il faut comprendre, M. le Président, que qui dit... Ce n'est pas tout de dire un chiffre, ce n'est pas tout de cibler un nombre d'unités sur un horizon de temps, faut-il encore humainement et matériellement être en mesure de le faire. Il faut comprendre ici que, pour des questions climatiques, le Nunavik a ses particularités, qui font en sorte que la fenêtre de temps où on peut se mobiliser, mobiliser du matériel, mobiliser des hommes, un chantier dans 14 communautés dispersées sur le territoire est assez étroite, et ça commande un exercice de planification.

Et d'ailleurs, suite au suivi du forum de Katimajiit, dans le mécanisme qu'on a identifié comme étant table ronde ou « round table » , le 6 mars dernier, avec les autorités compétentes du territoire, on a aussi ? comment je pourrais dire ça, donc? ? regardé la question de la logistique, regardé la question aussi des inventaires à être faits. C'est quoi, le besoin formel? C'est quoi, le besoin par communauté? J'ai été visiter, au mois de mars, les deux communautés de Puvirnituq et d'Inukjuak, et ce sont les deux plus importantes communautés sur l'ouest, sur le côté de la baie d'Hudson.

Et ce sont deux communautés à peu près jumelles de 1 500 à 1 600 personnes, citoyens, citoyennes, et là le maire des deux villages m'ont identifié des besoins qui tournent autour de 100 unités. Alors, je veux qu'on comprenne ici, là, qu'il y a une question de faisabilité, il y a une question de réalisation, il y a une question de cibler les besoins réels. Il faut regarder ça de façon adaptée aux particularités du Nord.

On peut concevoir ici, dans le sud, des unités de logement de deux chambres, trois chambres, mais, quand les familles sont plus nombreuses, il faut envisager du trois chambres, du quatre chambres et, dans certains cas, peut-être du cinq chambres.

Alors, monsieur... ce qu'on veut changer aussi avec la collaboration de tous les ministères ? et ça, je vais terminer là-dessus parce qu'on pourrait en parler longtemps, du logement ? c'est de briser la formule de travailler en silo, par ministère, par besoins aussi non seulement de la population... Là, on parle des besoins de la population quand j'ai évoqué les chiffres de 900 à 1 000 unités, de construction de logements dans les ententes de 2000-2005, 2005-2010, mais aussi les besoins pour le personnel.

Alors, pour la Santé, l'Éducation, Sécurité publique et différents autres ministères et organismes, il y a des besoins de logement là. Alors, on veut regarder toute cette question-là sur une base plus globale.

Le Président (M. Bachand, Arthabaska): Merci, M. le ministre. M. le député de Vachon.

M. Bouchard: M. le Président, je ne suis pas peu fier d'avoir été plus chanceux et efficace que Mme Galipeau lors de l'entrevue avec le ministre en ce qui concerne le nombre de logements qu'il était prêt à livrer dans le Grand Nord. Le ministre vient de dire 900 à 1 000, mais j'aimerais clarifier avec lui ce chiffre. Le 900 à 1 000, est-ce qu'il comprend les 325 qui sont livrés en vertu de l'entente... en vertu du plan 2005-2010 ou est-ce que c'est en sus de ce cadre, de cette livraison?

M. Corbeil: ...M. le Président, les données qu'on a, ce serait en sus du programme 2005-2010. Parce que j'ai parlé tantôt de rattrapage et j'ai mentionné aussi tantôt dans mon discours qu'on parlait d'une enveloppe d'entretien et de rénovation des édifices qui avait été, au forum de Katimajiit, ciblée pour trois ans à 53 millions. Avec l'annonce du plan des infrastructures du gouvernement, cette enveloppe-là a été majorée à 135 millions de dollars. Alors, ça aussi, ça fait

partie de remise en état des logements que la Société d'habitation du Québec dispose dans le Nord. Et on me dit ici qu'aux 135 millions annoncés, si le programme de logement va bien, la SHQ pourrait allouer des sommes additionnelles pour les années 2011-2012. Donc, ça pourrait être, au niveau de la remise en état de certains logements, là, qui étaient considérés comme insalubres, quelque chose d'important.

(14 h 30)

Il faut comprendre ? et je tiens à le répéter, M. le Président, pour le bénéfice de la commission ? que le logement, là, c'est vraiment la clé du bien-être là-bas. Et ça s'est confronté à des questions de culture, de mutations sociologiques, de responsabilité parentale, de responsabilité individuelle, et il y a une volonté, mais il reste à coordonner les moyens.

Le Président (M. Bachand, Arthabaska): Merci, M. le ministre. M. le député de Vachon.

M. Bouchard: M. le Président, j'aimerais savoir du ministre si cette volonté-là est partagée par les gens du fédéral.

Le Président (M. Bachand, Arthabaska): M. le ministre.

M. Corbeil: Pardon? Je n'ai pas compris la question.

M. Bouchard: J'aimerais savoir du ministre si cette volonté qu'il exprime est une volonté qui est partagée par ses homologues fédéraux.

M. Corbeil: M. le Président, au moment où on se parle, c'est une volonté qui est exprimée par le gouvernement du Québec envers le gouvernement fédéral. Et c'est une réalité qui est partagée parce que, le forum auquel je fais référence, le ministre Strahl était présent le 6 mars dernier, et il y a aussi M. le ministre Lebel, du Développement économique, qui a participé à une

partie de la rencontre. Et M. Strahl est bien conscient que la question du logement est prioritaire, et c'est pourquoi on tiendrait ce forum-là dédié au logement sur le territoire en collaboration avec le gouvernement fédéral.

Le Président (M. Bachand, Arthabaska): Oui, M. le... Oui, M. le ministre.

M. Corbeil: Pardon, M. le Président, qui, jusqu'ici, a été notre partenaire, un, dans les investissements en construction, et, nous, on a pris le relais dans les déficits d'opération et les entretiens de ces infrastructures-là dans le temps par après.

Le Président (M. Bachand, Arthabaska): M. le député de Vachon.

M. Bouchard: Bon. Alors, je comprends que la volonté du fédéral, d'après ce que je peux décoder du langage très diplomatique du ministre, la volonté du fédéral n'est pas encore clairement exprimée mais qu'il est bien informé et bien conscient du problème. Je lui souhaite donc bonne chance. Et pour quand je lui souhaite bonne chance, M. le Président, je ne le sais pas. Quand ce forum va-t-il se tenir?

M. Corbeil: Bon, M. le Président, j'ai utilisé le vocable « prochainement » . Vous savez que c'est le genre de chose qui peut fluctuer dans le temps, mais l'horizon, au moment où on se parle, là, c'est fin juin. Les députés de l'opposition vont nous laisser aller sur le terrain.

M. Bouchard: ...avec le ministre sur le terrain, il n'y a pas de problème.

M. Corbeil: Vous ou votre collègue le député du Nord-du-Québec, M. Ferland.

M. Bouchard: Bien. Je suis persuadé que les deux vont accepter l'invitation.

M. Corbeil: Et d'ailleurs, M. le Président, je m'en voudrais de ne pas mentionner que, lors de ma visite à Puvirnituq et à Inukjuak en mars dernier, le député Luc Ferland m'accompagnait à ma demande.

Le Président (M. Bachand, Arthabaska): M. le député de Vachon.

Recrutement de travailleurs

sociaux pour le Nunavik

M. Bouchard: Il en garde, j'en suis sûr, d'heureux souvenirs. M. le Président, un autre aspect, évidemment, du rapport de la Commission des droits de la personne a trait à toute la question de l'offre de services dans les services sociaux. Et je sais pertinemment que cela relève de la ministre déléguée aux Services sociaux et principalement aussi au ministre de la Santé, mais, comme le ministre responsable des Affaires autochtones est responsable de la coordination de tous les efforts qui doivent être mis en oeuvre, j'imagine qu'il est bien informé sur l'état du dossier.

Lors du forum de Katimajiit, il y avait eu là un constat à l'effet qu'il manquait là-bas au moins 22 intervenants, dont huit de première ligne, 14 dans les services spécialisés. On me dit, au moment où on se parle, M. le Président, que 80 % des postes des travailleurs sociaux ou des intervenants sociaux inuits, les postes occupés par des Inuits, 80 % ne sont pas comblés. On me dit aussi qu'il y a un retard important à combler les postes de spécialistes, ou d'experts, ou d'intervenants venant du sud.

Alors, je demande tout simplement au ministre: Quelle sorte d'approche ou quelle stratégie, depuis 2007, le gouvernement a-t-il adoptée pour arriver à solutionner ce problème-là? On a parlé du logement tout à l'heure. Je sais que c'est un élément qui est considéré, et on pourra l'exclure, si vous voulez, de la discussion parce que le ministre inclut ça dans sa politique... dans son approche de livraison de logements là-bas. Mais y a-t-il d'autres efforts que le gouvernement est prêt à faire pour faire en sorte que le recrutement soit facilité et que la rétention du personnel soit aussi renforcée?

Le Président (M. Bachand, Arthabaska): M. le ministre.

M. Corbeil: M. le Président, comme le mentionnait mon collègue, c'est bien sûr que la personne la mieux placée que moi pour répondre à cette question-là serait la ministre responsable des Services sociaux, ma collègue... Là, je ne peux pas la nommer, excusez.

Mais la chose est la suivante, c'est que, oui, il y a eu le rapport de la commission de la protection de la jeunesse, que j'ai en main ici, en fait services de protection de la jeunesse dans la baie d'Ungava et la baie d'Hudson, les conclusions d'enquête et les recommandations. Et ça a fait l'enjeu d'un des sujets traités à Katimajiit, à Kuujjuaq en août 2007, et c'est revenu, la question est revenue le 6 mars dernier.

Mais je dois tout de suite dire qu'on travaille en étroite collaboration avec la Régie régionale de la santé et des services sociaux du Nunavik et aux autres organismes du Nunavik ayant des responsabilités relatives à la jeunesse et aux adolescents, et ça, c'est primordial, essentiel et incontournable.

Alors, pour la réorganisation des services en matière de protection de la jeunesse et de réadaptation, des montants de près de 2 millions de dollars et de 450 000 $ ont été versés à la régie régionale de la santé et des services sociaux au Nunavik. Ainsi, ces montants ont notamment permis que 15 travailleurs sur 17 soient actuellement en poste. Un montant de 1 114 000 $ par année a aussi été octroyé pour permettre le renforcement des services sociaux de première ligne et dégager ainsi les intervenants en protection de la jeunesse.

Je voudrais, M. le Président, mentionner qu'en matière de mobilisation communautaire un montant de 700 000 $ a été transféré à la régie régionale pour développer un programme touchant les dépendances, et plus particulièrement auprès des jeunes du Nunavik, sans compter qu'il y a 54 unités de logement qui ont été construites en 2008 pour loger le personnel du réseau de la santé, favorisant ainsi la présence d'intervenants dans le milieu. Toute cette énumération-là, M. le Président, ce n'est que quelques exemples d'engagements financiers assumés par le gouvernement du Québec en lien avec les recommandations de la commission de la protection de la jeunesse.

Par contre ? et là il y a des difficultés, et on travaille de concert avec les intervenants puis la direction de la régie régionale sur le territoire ? il y a un problème de formation auprès des Inuits et un problème de recrutement et de rétention du personnel pour les non-Inuits, c'est-à-dire les allochtones, si je peux me permettre l'expression.

Alors, on travaille toujours en étroite collaboration avec la régie régionale et on veut les accompagner dans les moyens à mettre en place, dans les solutions qu'on va identifier ensemble, Et, comme je vous dis, on n'est pas en mode, là, de les dicter, ces solutions-là, on est en mode de collaborer à les identifier puis à les matérialiser avec les intervenants inuits concernés. Et, là-dessus, ce n'est pas nécessairement une question de budget, c'est une question d'être en mesure de recruter du personnel et aussi de le retenir.

Le Président (M. Bachand, Arthabaska): Merci, M. le ministre. M. le député de Vachon.

M. Bouchard: Je ne suis pas certain, M. le Président, si ce n'est pas une question en même temps de budget ou d'allocation à partir des budgets, mais ce qu'on me dit ? et le ministre pourra vérifier cette assertion auprès des gens qui l'entourent ? ce qu'on me dit, c'est qu'il y aurait une prime nordique qui est offerte... ou qui serait offerte aux gens, aux intervenants en matière de santé dans les institutions, donc qui offrent des services de santé, mais que cette même prime nordique ne serait pas offerte aux intervenants du social, aux travailleurs sociaux, et que cela, d'une part, représente un problème dans le recrutement.

Deuxièmement, même si on forme énormément de gens qui viennent des nations inuites, ce qu'on me dit également, c'est qu'à formation égale les gens des nations inuites sont plutôt intéressés à aller travailler dans les services du gouvernement fédéral, dont les rémunérations seraient plus généreuses, et beaucoup plus généreuses que les nôtres. Alors, j'aimerais entendre le ministre là-dessus, M. le Président.

Le Président (M. Bachand, Arthabaska): M. le ministre.

(14 h 40)

M. Corbeil: M. le Président, je voudrais tout de suite, sur les derniers commentaires de mon collègue, dire que le gouvernement fédéral n'intervient pas au Nunavik, c'est la régie régionale de la santé et services sociaux et le gouvernement du Québec qui sont responsables de ces questions-là. Le gouvernement fédéral va intervenir pour du financement, une question de frais partagés, mais n'a pas comme telles, sur place, de personnes qui sont responsables de ça. Il l'a au Nunavut pour la terre de Baffin, le côté ouest de la baie d'Hudson, mais pas au Nunavik, au Québec.

Et je dois aussi rappeler que les dirigeants du Nunavik sont bien conscients, là, que les Inuits eux-mêmes ont une responsabilité dans cet état de fait et qu'ils sont en mode de travailler avec nous pour régler ces situations-là, qui ne sont pas strictement ? et je tiens à le rappeler à nouveau, M. le Président ? une question d'argent, une question de budget. Au contraire, c'est un problème qui est partagé entre les institutions inuites et les Inuits eux-mêmes.

Puis le Québec les accompagne, mais on n'est toujours pas en mode d'imposer les choses, on est en mode de collaborer, d'accompagner puis de cheminer ensemble vers la concrétisation des solutions à ces problématiques-là qui sont, je le reconnais, aiguës. Puis là je ne prendrai pas un discours diplomatique, auquel on faisait référence tantôt, c'est aigu. Et on est aussi dans un contexte où on commence, dans certaines disciplines des secteurs de la santé et des services sociaux, à avoir des pénuries de main-d'oeuvre.

Alors, s'il y a des emplois d'ouverts partout dans le réseau, au Québec, nord, sud, au Québec, Moyen Nord, moi, je peux en parler, là, en Abitibi, alors faire le recrutement pour des gens qui peuvent aller exercer ces métiers-là dans le Nord, ça pose des problématiques.

Pour ce qui est des primes nordiques ? et vous avez mentionné que les gens de la santé auraient ces primes-là mais que ceux des services sociaux ne l'auraient pas ? on est en mode vérification et on va vous revenir là-dessus, M. le Président. Parce que, dans ma compréhension des choses, je pense que les gens, qu'ils soient de la santé, des services sociaux, de l'éducation, ont des primes à oeuvrer dans le Nord, lesquelles primes ne sont pas exclusivement monétaires, elles peuvent être des sorties, des congés ou des choses comme ça. Alors, on va vous revenir avec une précision là-dessus, mais je ne dis pas, là, que c'est le cas ou ce n'est pas le cas.

Le Président (M. Bachand, Arthabaska): Merci, M. le ministre. Si vous voulez transmettre les documents éventuellement à la commission, ce serait apprécié. Oui, M. le député de Vachon.

M. Bouchard: Oui, d'autant plus apprécié que, M. le Président, nous avons posé la même question au salon bleu, il y a quelques semaines de cela, et que nous n'avons pas obtenu de réponse lors de cette interaction avec la ministre déléguée aux Services sociaux. Et ça ferait une différence de 14 000 $ à 15 000 $ par année simplement dans le traitement salarial, ce qui pourrait être un motif, en passant, pas le seul, pas exclusivement, mais un motif d'intéressement au moins à regarder vers le Nord lorsqu'on veut se destiner à une carrière dans le domaine du travail social.

Programme de dépistage et de prévention

de la négligence envers les enfants

La même commission, M. le Président, dans sa recommandation 7, disait ceci, recommandait « que la Régie régionale de la santé et des services sociaux du Nunavik s'assure que les CLSC mettent sur pied un programme de dépistage et de prévention de la négligence chez les enfants de la naissance à cinq ans » . Alors, ma question est la suivante: Est-ce que le ministre est au courant d'efforts spécifiques qui auraient été faits dans cette direction-là?

Sachant que nous avons là-bas des CPE dans beaucoup de villages qui reçoivent des enfants entre zéro et cinq ans, qui ont donc des relations, j'imagine, assez étroites avec les services de santé et les service sociaux, est-ce que le ministre est au courant d'approches qui auraient été développées en ce sens-là?

Le Président (M. Bachand, Arthabaska): M. le ministre, votre réponse va clore ce bloc.

M. Corbeil: Bien, rapidement, M. le Président, c'est sûr que, si les conditions d'embauche ? sur la question précédente ? de la part du gouvernement fédéral au Nunavut sont différentes, il peut y avoir un attrait, mais on n'est pas sur le même territoire, là, je veux dire, il faut rester...

M. Bouchard: On n'est pas sur le même territoire, mais c'est facile d'aller travailler ailleurs quand on partage la même culture et les mêmes préoccupations.

M. Corbeil: C'est possible. Maintenant, je dois dire ici qu'habituellement, règle générale, les Inuits, pour les avoir observés dans plusieurs situations, là, non seulement dans les questions de problèmes sociaux, sont tissés assez serré. Alors, la question, là, de partir d'une communauté au Québec, à Povungnituk, puis aller travailler à Iqaluit ou aller travailler à Rankin Inlet, ce n'est pas naturel, même si les conditions d'embauche sont plus favorables.

Alors, tout simplement, pour ce qui est de la recommandation à laquelle vous faites référence, je pense que les autorités du Nunavik, de la régie régionale de la santé et services sociaux, en collaboration avec les intervenants au niveau des centres de la petite enfance travaillent pour justement le dépistage et la prévention de la négligence chez les enfants.

Mais je voudrais tout de suite mentionner à mon collègue que ce phénomène-là est partagé entre les institutions elles-mêmes sur le territoire, là, les CPE, les services sociaux, santé, etc., est partagé par les dirigeants inuits qui sont préoccupés et par nous-mêmes. Et on travaille à identifier les meilleures pistes de solution, et une de ces pistes-là va passer obligatoirement par le logement, c'est-à-dire améliorer la condition de ces familles-là et tendre ? comment je pourrais dire ça? ? à réduire le phénomène de surpopulation dans les unités de logement et tout ce qui peut s'ensuivre.

Le Président (M. Bachand, Arthabaska): Merci, M. le ministre. Ça conclut donc ce bloc. Nous allons avoir l'opportunité d'entendre le député de Huntingdon. M. le député.

M. Billette: Merci beaucoup, M. le Président. Il me fait plaisir de se joindre à cette séance de travail cet après-midi. M. le ministre, son personnel, il me fait plaisir de me retrouver parmi vous, également le député de Vachon et mes collègues de l'aile parlementaire, à ce moment-là. Donc, je vais vous dire pourquoi un plaisir pour moi. J'écoutais le député de Vachon en préambule, à ce moment-là, de mentionner ses aventures en kayak. Moi également, j'adore visiter des réserves ? c'est de l'autre côté, mon côté plus paresseux un petit peu ? en motoneige.

Donc, des réserves comme Oujé-Bougoumou, Obedjiwan, j'en ai visité peut-être une soixantaine, mais c'est toujours la prononciation ou le souvenir des noms qui est souvent plus difficile. Mais il y a quelque chose que je peux vous mentionner, que ce soit... peu importe la communauté autochtone, à ce moment-là, ce sont des gens très attachants qui ont beaucoup à nous faire vivre à ce moment-là, lorsqu'on se présente là. Et M. le ministre a bien utilisé les mots tantôt, c'est des communautés tissées entre eux, donc qui ont un esprit de groupe qui est très, très fort, qui est très intéressant à voir aller.

Je suis d'autant plus interpellé en tant que député de Huntingdon, j'ai une des plus importantes réserves amérindiennes sur mon territoire qui s'appelle la réserve d'Akwesasne. Je suis également voisin de Kahnawake. Donc, c'est des gens que j'ai côtoyés depuis ma jeunesse. J'ai plusieurs connaissances avec qui j'ai pratiqué des sports. On a fraternisé également un petit peu plus tard tout au long de notre vie. Puis, je veux vous dire, c'est d'excellentes personnes, à ce moment-là.

En parlant d'Akwesasne, plusieurs gens connaissent la réserve autochtone qui est située... qui a une localisation géographique très spéciale. Je pense que, la commission, le temps arrive de façon très opportune, j'ai justement rencontré lundi dernier le grand chef de bande et tous les chefs également du conseil de bande pour avoir une approche, mieux connaître leurs territoires. Parce qu'Akwesasne, il ne faut pas... c'est une réserve vraiment spéciale dû, premièrement, à sa localisation géographique. C'est la seule...

On cherche souvent le point où l'Ontario, le Québec, les États-Unis se touchent, c'est vraiment un point spécial au milieu des trois, et c'est la réserve d'Akwesasne qui est située sur notre territoire. Donc, c'est la porte d'entrée du Québec, qu'on pourrait dire, à ce moment-ci.

Toutefois, comme vous le savez, Akwesasne vit des problèmes comme plusieurs autres réserves, mais des problèmes sont vraiment différents. On parle beaucoup de contrebande. La localisation géographique fait en sorte qu'il est plus difficile de manoeuvrer à travers les frontières. Parce que je pense que c'est important d'illustrer la réserve en tant que telle, il y a une

partie en Ontario, une

partie au Québec et une

partie aux États-Unis également. Donc, c'est savoir, les échanges, où ça va. Puis, en plus de toucher deux pays, qui sont les États-Unis et le Canada, on touche deux provinces également et l'État de New York. Donc, vous pouvez voir, les différents intervenants qu'on peut y retrouver dans ce domaine, ça devient complexe. Même, des fois, pour passer d'une place à l'autre de la réserve, la

partie québécoise, qui s'appelle le Snye Island, mieux connue sous le nom de Saint-Régis, pour passer d'une

partie de la réserve québécoise, la

partie sur le territoire québécois, on doit passer par les États-Unis. Donc, vous pouvez voir un petit peu...

Puis, eux, ils ont de plus en plus de difficultés au niveau frontalier depuis les malheureux événements du 11 septembre 2001. Donc, ils s'en ressentent grandement, touchés par ces effets-là au niveau du service frontalier, principalement américain, où ils demandent de plus en plus de documents, ils doivent se rapporter régulièrement à la douane. Donc, ça fait en sorte une localisation géographique qui les importune un petit peu et même de façon beaucoup dans leurs déplacements à l'intérieur même de la réserve.

(14 h 50)

La réserve d'Akwesasne est connue, elle est populaire au niveau de la contrebande, j'en ai fait une petite parenthèse tantôt. La contrebande, ce qui est important suite à ma rencontre avec le conseil de bande d'Akwesasne... La réserve est devenue en tant que telle beaucoup plus un outil. On pense souvent que c'est les résidents de la réserve, les autochtones qu'on y retrouve à ce moment-ci qui sont les artisans mêmes de la contrebande. Je dois dire, ce n'est pas le langage que l'on reçoit là-bas, c'est souvent un outil.

C'est important de le mentionner, c'est un outil à la contrebande, à ce moment-là, qui facilite. C'est des groupes criminels qui ont pris un petit peu possession du lien géographique ou du lieu géographique dans lequel ils sont présentement placés. Puis tout ça, je vais vous dire, la criminalité, ça affecte beaucoup la réserve, les résidents, principalement, de la réserve.

Un mot que j'ai retenu, qui est très important, lorsque je me suis assis avec eux, c'est que la première chose qu'ils m'ont dite, ils ont dit: On a perdu une génération au complet dû à la contrebande. Ce n'est pas rare de voir un jeune de 14, 15, 16 ans avoir une auto neuve... peut-être pas ceux de 14 ans parce qu'ils n'ont pas le droit de conduire malheureusement, mais avoir des motoneiges neuves, et tout s'ensuit à ce moment-là, on tombe, la drogue, l'alcool. Donc, vous pouvez voir un petit peu, décrochage scolaire parce que l'appât du gain est là pour ces jeunes-là.

Quand on a 14, 15 ans, on a de l'argent qui coule à flot, donc il est souvent tentant de quitter l'école. Donc, c'est des gens souvent sans formation qui vont tomber dans un problème de drogue très important. Puis, je vais vous dire, ce n'est pas... c'est assez... une situation assez complexe parce qu'on a plusieurs ministères au niveau de la contrebande des jeunes... C'est un phénomène de société qu'ils vivent là-bas à ce moment-là.

Le conseil de bande, je vais vous dire, se cherche des solutions. Ce n'est pas facile, c'est très complexe comme situation. Lorsqu'on dit qu'on a perdu une génération, c'est de repartir et tout rebâtir sur des bases très solides à ce moment-là. Et, dans les actions qu'ils ont posées, que je suis très ravi de voir, ils ont formé un commissariat au développement économique, ils ont embauché une commissaire industrielle qui va s'occuper principalement au niveau du développement économique, de l'implantation d'entreprises.

Le développement touristique également qui est fort intéressant. L'avantage des deux réserves de Kahnawake et d'Akwesasne, c'est la présence de grandes villes tout près, contrairement à Kuujjuaq ou des endroits situés dans le Grand Nord, de Montréal. Il y a un bassin de population fort intéressant, lequel il peut rejoindre au niveau touristique. Au niveau touristique, faire découvrir la réserve et, deuxième des choses, faire connaître un petit peu la culture autochtone qu'on retrouve. Souvent, l'image est déformée par les gens.

Donc, c'est important de faire découvrir ça aux différents résidents, que ce soit de l'Europe, du Québec, de l'État de New York ou de tous les États-Unis à ce moment-là. Eux, ce qu'ils veulent, ce qu'ils recherchent, c'est clair, c'est une richesse collective par le développement économique. Ils ont plusieurs projets qui sont en cours actuellement. Parce qu'on parle de projets, ils ne sont pas encore réalisés. Ça a parti d'une idée, c'est devenu un projet, et ils sont maintenant rendus à ce point-là.

Donc, on peut voir qu'ils suivent un petit peu les traces qu'on pourrait appeler de développement économique. Ils veulent en faire un petit peu... pas un petit peu, beaucoup de développement pour les générations futures, pour reconquérir ou rembarquer ces générations-là au mieux-être de la collectivité autochtone de la réserve. Également, on parle de Kahnawake, située tout près de chez nous, on a le projet de l'autoroute 30 qui va passer tout près, qui est, je pense, une opportunité en or pour eux à ce moment-là.

Soutien au développement socioéconomique

des communautés autochtones

J'aimerais savoir, M. le ministre ? le préambule a été long, mais je pense que c'est important d'illustrer les problématiques qu'on peut retrouver sur les différentes réserves autochtones ? j'aimerais savoir, de votre part... Je vous ai parlé du développement économique, que fait le Québec pour soutenir les communautés autochtones au niveau du développement économique et social de leurs communautés?

Le Président (M. Bachand, Arthabaska): M. le ministre.

M. Corbeil: Merci, M. le Président. Je vais tout de suite renchérir sur ce que disait mon collègue. Pour ce qui est des communautés, des membres des communautés, effectivement, les gens, il les a qualifiés d'attachants, moi, je pourrais dire aussi qu'ils sont accueillants.

Et, pour ce qui est du coup de pouce que le gouvernement du Québec peut offrir aux communautés autochtones pour les supporter, les soutenir dans leurs efforts de développement, il y a un assez long historique pour différentes communautés, et je m'en voudrais de ne pas mentionner, là ? ça remonte à 1975 ? la Convention de la Baie James et du Nord québécois, la Convention du Nord-Est québécois en 2002... en 1978 celle-là, en 2002, la « Paix des Braves » et l'entente Sanarrutik, et, on va nous ramener à des périodes plus récentes, le Forum socioéconomique des premières nations en 2006, puis le forum socioéconomique inuit en 2007, et les rencontres de suivi de ces deux mêmes forums là.

Précédant le sujet que je vais traiter, M. le Président, du Fonds d'initiatives autochtones, il y a eu le fonds de développement autochtone, qui a été dans la période 1999-2007, qui a permis de soutenir 800 projets pour des aides financières dépassant les 110 millions de dollars, des investissements générés de près de 450 millions. Parce qu'il y a un effet de levier ici, là. Habituellement, quand, dans le fonds, il y a 1 $ d'investi, il y a des retombées, il y a un effet multiplicateur pour presque quatre autres dollars d'associés à ce dollar-là dans le développement, et ça a permis la création de près de 2 000 emplois en milieu autochtone.

Donc, tous ces efforts du gouvernement ont permis aux nations autochtones du Québec de faire des gains en matière de développement économique. Et je pense que, même s'il y a beaucoup qui a été fait, il y a beaucoup qui reste à faire. Ça, tout le monde en conviendra. Parce que ce qu'il m'a été donné d'observer, M. le Président, depuis mon arrivée dans ces fonctions, c'est qu'il y a encore beaucoup de différence ou d'écart entre les nations entre elles et souvent à l'intérieur même d'une même nation.

Il y a des communautés, comme on faisait référence tantôt, nation algonquine, il y a des communautés qui sont mieux nanties chez les Algonquins que d'autres, et l'exemple de Kitcisakik est assez évident là-dessus.

Alors, qu'est-ce qui est arrivé depuis le forum de Mashteuiatsh? Il y a eu la mise en place d'un nouveau fonds dédié au développement économique et communautaire des communautés autochtones du Québec, qu'on appelle le Fonds d'initiatives autochtones, et c'est de celui-là que je vais vous parler un peu plus au cours des prochaines minutes.

Alors, il est doté d'une enveloppe de 125 millions de dollars sur cinq ans dans cinq volets: 55 millions pour le développement économique, 35 millions pour les infrastructures communautaires, 25 millions pour le soutien à la consultation, 5 millions pour des garanties de prêt et 5 millions pour des organismes communautaires.

Et, après à peine deux ans d'activité, le FIA a engagé près de 30 millions sur les 125 millions de l'enveloppe globale, qui est un programme sur au moins cinq ans, probablement définitivement plus, ne serait-ce que pour la question du volet garanties de prêt, aussi ce qu'on appelle l'approche par service de dette, c'est-à-dire que, souvent, on est là pour supporter des investissements, mais sur un horizon de remboursement de prêts.

Alors, ça a permis, ces 30 millions là, de soutenir près de 120 projets de développement économique et communautaire, de soutenir 12 organismes d'action communautaire, 16 projets de soutien à la consultation, et de créer ou de consolider près de 250 emplois, et de générer des investissements, à ce jour, de près de 90 millions de dollars. Alors, ici, on est dans le phénomène, que j'expliquais tantôt du FDA, de l'effet de levier. Pour 1 $ investi avec le mécanisme du FIA, les autres partenaires mettent des sous, et ça fait souvent que, pour 1 $, il y en a trois autres qui arrivent en renfort, ou deux, ou trois autres qui arrivent en renfort pour soutenir des projets.

Le gouvernement du Québec a aussi, dans le cadre... Parce que, là, on essaie de couvrir assez large pour le soutien au développement économique, favorise des ententes permettant aux nations autochtones de participer activement au développement effectué sur le territoire, dont notamment le développement de la rivière Romaine et du projet Eastmain-1-A-dérivation Rupert-la Sarcelle. Alors, Hydro-Québec a négocié ou a conclu des ententes avec les communautés cries et innues afin qu'elles puissent bénéficier des retombées économiques de ces projets.

Notamment aussi, dans le dossier du prolongement de l'autoroute 30, auquel vous faisiez référence, M. le député, tantôt, dans la région de Montréal et de la 138 sur la Côte-Nord, il y a souvent des membres des communautés concernées à proximité de la réalisation de ces projets-là qui sont impliqués soit par des contrats, soit par des emplois ou soit les deux.

Alors donc, c'est des initiatives qui représentent plusieurs centaines, voire des milliers d'emplois pour les populations autochtones du Québec, et c'est intéressant de voir qu'à travers tous ces dossiers les entreprises autochtones, les ouvriers autochtones sont interpellés et peuvent prendre part au développement, non seulement à leur développement personnel, mais aussi au développement de leur communauté, des entreprises qui sont issues de leur communauté et aussi des régions dans lesquelles elles vivent.

(15 heures)

Et je m'en voudrais de ne pas citer un exemple qui est assez probant ? probablement qu'on va me donner un peu plus le détail ? pour ce qui est d'un exemple de soutien à travers le véhicule du FIA ici même, à Québec, sur la communauté de Wendake, la construction de l'hôtel-musée, alors, qui est un outil de développement économique, et je vais donner un peu plus de détails. Le FIA a participé au projet de carrefour des premières nations, comme je l'ai mentionné tantôt, l'hôtel-musée à Wendake, et ça s'inscrit dans une vision de développement durable pour le Vieux-Wendake.

Ça a nécessité des investissements de près de 20 millions de dollars. Ça a permis de créer 60 nouveaux emplois dans la communauté huronne-wendat, et ces emplois-là, là, ça fluctue selon la saison touristique, ça va de soi. Ce projet tourne principalement autour de trois infrastructures: l'hôtel appelé Maison des premières nations, le Musée de la nation huronne-wendat, l'Amphithéâtre de la nation.

La participation du FIA dans ce projet est constituée de trois montants ou du soutien à travers trois moyens: 1,3 million en développement économique, 1 million en infrastructures communautaires et 700 000 $ en garantie de prêt. On doit dire qu'à travers les différents volets du programme auquel je faisais référence tantôt, les Hurons-Wendat ont ciblé ce projet-là et ont fait converger les sommes auxquelles ils avaient droit dans le programme du FIA pour réaliser ce projet-là qui leur tenait à coeur, pour faire des activités économiques.

Et je m'en voudrais aussi ? puis là on peut voyager à travers tout le Québec, c'est la particularité de la chose ? de ne pas mentionner la question du soutien à la formation de la main-d'oeuvre dans le projet des Innus de Natashquan à travers leurs entreprises, qu'ils ont en participation avec deux autres groupes, dans la scierie de Rivière-Saint-Jean, dans Produits forestiers innus. Alors là, ici, on parle d'opportunités de formation de la main-d'oeuvre et on parle aussi d'emplois pour les Innus de la Côte-Nord et aussi les Nord-Côtiers, il va de soi.

Et on peut aussi accorder... le gouvernement du Québec est très ouvert, à travers ses différents ministères et organismes, notamment le ministère des Transports, dans l'attribution de contrats pour la construction de routes ou autres. On n'a qu'à penser ici à des contrats sur la 30, on l'a mentionné tantôt, la 138, la 175 dans la réserve faunique des Laurentides, et je pourrais énumérer une très longue liste, M. le Président. Je vais m'abstenir d'aller plus loin, à moins que mon collègue veuille qu'on aille dans d'autres sujets.

Notamment, je pense que toute la... Juste pour vous donner un exemple, M. le Président, là, on parle d'un dossier en cours de réalisation en matière d'énergie puis un dossier à venir en matière d'énergie. En ce qui a trait au dossier d'Eastmain-1-A? Rupert?la Sarcelle, les entreprises cries ont des retombées estimé es, au départ du projet, à environ 300 millions de dollars en termes de contrats. Alors ça, c'est plusieurs centaines d'emplois occupés par les Cris et c'est plusieurs bénéfices, probablement, que vont pouvoir réaliser ces entreprises-là puis investir dans d'autres projets, dans du développement additionnel de leurs entreprises, dans la formation de la main-d'oeuvre, etc.

Le Président (M. Marsan): Alors, M. le député de Huntingdon.

Actions entreprises pour la formation

professionnelle des autochtones

M. Billette: Bonjour, M. le nouveau président. Vous m'avez touché, M. le ministre, par la formation professionnelle. Vous avez conclu sur ce point-là, la formation de la main-d'oeuvre, à ce moment-là, je pense que c'est un point important. Puis je voudrais souligner en même temps un projet tout près de chez nous, c'est le pont Mercier, qu'il y a plusieurs millions d'investis, où on connaît les « steel workers » , les Amérindiens qui travaillent sur les structures de pont. Donc, je pense que c'est un projet qui est bienvenu également par les différentes communautés autochtones du Québec.

On a parlé beaucoup de développement économique, de développement d'entreprises, de projets structurants. Vous avez mentionné l'hôtel huron tantôt, qui est un joyau, je pense, des différentes communautés autochtones à travers le Québec. Un point qui me semble important lorsqu'on parle de développement économique, on l'a vu lorsqu'on allait bien au niveau des années expansion économique, c'était le problème de main-d'oeuvre. Les entreprises recherchaient, M. le Président, de la main-d'oeuvre qualifiée, des gens qui vont pouvoir effectuer un boulot, qui vont bien faire leur boulot à ce moment-là.

Je pense que c'est important parce qu'une entreprise ne peut pas croître sans employés, c'est le coeur même de l'entreprise. On a beau avoir des belles bâtisses, des beaux terrains, des beaux camions de livraison, mais, si on n'a pas de main-d'oeuvre, on oublie ça, il n'y aura aucune rentabilité à avoir une entreprise. Donc, on parle de développement économique ici, de développement de nouveaux projets, de nouvelles entreprises dans les différentes communautés autochtones du Québec.

J'aimerais savoir ? je sais que vous l'avez un petit peu... vous avez fait une petite entrée en matière à ce sujet-là ? j'aimerais connaître concrètement les différentes actions qui ont été posées au niveau de la formation professionnelle des autochtones à travers le Québec par le gouvernement.

Le Président (M. Marsan): M. le ministre, la parole est à vous.

M. Corbeil: Merci, M. le Président. Je veux juste vérifier avec vous le temps qui me sera disponible pour répondre à cette question parce que je veux quand même être...

Le Président (M. Marsan): Un petit peu plus de deux minutes.

M. Corbeil: Un petit peu plus de deux minutes? Oh! Alors, on pourra revenir ultérieurement. Alors, M. le Président, toujours dans la foulée du sommet de Mashteuiatsh, je pense qu'il y a eu un travail étroit qui s'est fait avec le ministère de l'Éducation, du Loisir et du Sport pour le financement à la création de ce que j'appellerais un centre virtuel de formation professionnelle autochtone pour les métiers de la construction. L'inauguration de ce centre ou à tout... Je n'aime pas utiliser le mot « centre » parce que ça donne l'impression que c'est à un endroit bien précis.

Mais pourquoi j'ai utilisé le vocable « virtuel » , c'est qu'on va constituer des cohortes, on va faire appel aux infrastructures de formation professionnelle qui existent sur le territoire et utiliser ces ressources matérielles et humaines pour faire la formation professionnelle appropriée. Et ça, ce centre de... l'ouverture ou l'inauguration devrait être cette année, en 2009, on vise le printemps. Et la création de ce centre dédié aux autochtones représente un outil d'inclusion crucial pour toutes les communautés.

C'est un outil qui mise sur leur avenir et d'un soutien au développement de leurs compétences, qui facilitera leur participation dans l'industrie de la construction.

C'est un projet unique de coordination de cohortes autochtones qui seront dirigées vers les écoles des métiers existantes. Et ce projet est pertinent, innovateur et rassembleur, et c'est suite à un plan d'action, qui a été dévoilé en février 2009, de développement de la main-d'oeuvre destiné aux opérations forestières et manufacturières sur le territoire de Minganie, notamment. Alors, je reviens à mon exemple de Produits forestiers innus tantôt, le travail va se faire en collaboration avec la commission scolaire de la Minganie ou de la Basse-Côte-Nord, là, je ne pourrais pas donner le nom exact de cette commission scolaire là.

Pour en revenir à mon centre de formation professionnelle virtuel auquel je faisais référence tantôt... J'ai épuisé mon deux minutes, M. le Président?

Le Président (M. Marsan): Oui. Et je suis certain qu'on aura suffisamment de temps pour y revenir avec l'échange avec le député de Huntingdon. Alors, nous allons revenir avec l'opposition officielle, et je vais céder la parole au député de Vachon, porte-parole des relations avec les premières nations.

M. Bouchard: Merci, M. le Président. M. le ministre peut continuer à s'épuiser quelques secondes sur le dossier de formation professionnelle, ça m'intéresse.

M. Corbeil: M'épuiser?

Le Président (M. Marsan): Alors, M. le ministre.

M. Corbeil: M. le Président, je n'ai pas l'intention de m'épuiser. Au contraire, c'est tellement quelque chose d'emballant et c'est une... Tantôt, j'ai parlé, dans mon discours d'introduction, du dialogue, qui était la clé de voûte. Mais une des clés du développement des individus dans les communautés, qu'ils soient autochtones ou non autochtones, passe par l'éducation et la formation, et ça, c'est un incontournable.

Alors, tantôt, on va parler d'éducation pour pouvoir saisir des opportunités d'emploi qui vont être très importantes, notamment dans les projets de développement énergétique qui sont à venir. Alors, c'est un projet, au niveau de la formation, du centre virtuel auquel je faisais référence tantôt, qui est estimé à 18 millions de dollars sur quatre ans. Et, de ce montant, à peu près 3,5 millions proviennent du ministère de l'Éducation, du Loisir et du Sport, et le reste a été aidé à se réaliser avec des subventions aussi fédérales.

Alors, la gestion du centre, ça va être géré par un consortium de partenaires autochtones et d'autres partenaires provenant des secteurs privé et public. Et il sera rattaché à la commission scolaire de Montréal, qui pourra offrir ses services en anglais et en français. La Commission de la construction du Québec et ses partenaires siégeront au comité de gestion de ce centre de formation et agiront à

titre d'experts au conseil d'administration du consortium.

Alors, ici, M. le Président, je pense que, là, il y a quelque chose de très, très intéressant. Et pourquoi la commission scolaire de Montréal? Je veux tout simplement donner des précisions. Si mon collègue le député de Vachon est d'accord, je continue sur la lancée de la formation professionnelle. C'est rendre accessible la formation afin que celle-ci soit dûment reconnue par... dûment reconnue. Et la Commission de la construction du Québec devait l'affilier à une commission scolaire.

La commission scolaire de Montréal présente plusieurs atouts, car elle est capable d'offrir des services en français et en anglais et elle peut offrir de la formation pour 19 des 26 corps de métier du milieu de la construction, alors ce qui est assez important.

(15 h 10)

Les cours seront offerts en région selon les cohortes et les ententes de partenariat qui se feront avec la commission scolaire de la région et la CCQ, comme c'est le cas présentement à Sept-Îles pour le métier foreur-dynamiteur pour une cohorte de huit Innus et de 14 opérateurs autochtones.

Le Président (M. Bachand, Arthabaska): Oui. Merci, M. le ministre. M. le député de Vachon.

M. Bouchard: Quel est l'objectif que poursuit le ministère en cette matière en termes de taux de diplomation?

Le Président (M. Bachand, Arthabaska): M. le ministre.

M. Corbeil: Puisqu'on parle de formation professionnelle et de programmes qui sont relativement... de formations, là, qui sont dans une fenêtre de temps relativement courte, je dirais, là, des programmes de tant de semaines ou de tant d'heures ? puis là on fonctionne plus souvent qu'autrement en termes d'heures ? on va essayer de déployer tous les efforts et les énergies possibles pour amener à la diplomation l'ensemble des étudiants concernés. Par contre, comme je vous dis...

M. Bouchard: Excusez, M. le Président, mais ça représente quoi comme volume, là, d'ici deux ans, disons? Combien d'étudiants comptez-vous inscrire dans ces cours? Combien comptez-vous en diplômer?

M. Corbeil: M. le Président, on va faire une vérification des objectifs. Mais ce que je veux dire, ce n'est pas le ministère qui va inscrire les élèves dans ces cours-là, c'est les élèves, les étudiants concernés qui vont vouloir améliorer leur employabilité, qui vont reconnaître l'importance de la formation et de l'éducation, qui vont s'inscrire. Parce qu'on parlait de cohortes tantôt, je vous ai donné l'exemple de huit Innus pour le métier de foreur-dynamiteur à Sept-Îles. Donc, ça va être des cohortes adaptées... En fait, on peut partir le programme pour six, huit, 10, 12.

C'est sûr que ce ne sera pas des 40 puis des 50, mais, si on veut être capables de faire une formation puis d'amener à terme la formation, on va travailler en étroite collaboration avec les étudiants concernés, la commission scolaire locale, l'entrepreneur, la Commission de la construction du Québec et celui qui est le coordonnateur, qui fait la coordination de ça. Mais l'objectif ultime, c'est d'amener ces gens-là à obtenir une diplomation. On va aller dans des cibles ou dans des... un peu plus tard, là, je vais essayer de...

Le Président (M. Bachand, Arthabaska): Oui. M. le député de Vachon.

M. Bouchard: Bon, très bien. Alors, si jamais le ministre met la main sur les cibles qu'a pu éventuellement définir le ministère de l'Éducation... Parce qu'en cette matière j'imagine que le ministère de l'Éducation entretient un certain nombre de paramètres, étant donné les budgets qu'il devra y investir. Alors, on devrait normalement avoir des cibles qui sont assez bien cernées.

Recrutement de travailleurs

sociaux pour le Nunavik (suite)

M. le Président, j'aimerais continuer, si vous le permettez, à explorer davantage toute la question de l'offre de services sociaux au Nord, là, mais pas très longuement, là. Hier, durant notre premier bloc, le ministre a mentionné qu'il y avait eu, je pense, 15 sur 17 intervenants d'engagés dans les services sociaux, et ma question est double. Puisqu'à Katimajiit il y avait eu plutôt un objectif de 22, je me demande d'où vient le 17, là. Deuxièmement, ces 17 intervenants sont engagés à quel titre? À

titre de remplacement? À

titre de temps partiel? À temps complet? Et dans quel secteur? En première ligne ou en offre de services spécialisés?

Le Président (M. Bachand, Arthabaska): M. le ministre.

M. Corbeil: Excusez, M. le Président, on recherche l'information. Ah bon! Tantôt, j'ai mentionné que ces montants ont notamment permis que 15 travailleurs sur 17 soient actuellement en poste au niveau des services en matière de protection de la jeunesse et de réadaptation. Et il y a des montants qui sont octroyés par année, un montant récurrent qui a été octroyé pour permettre le renforcement des services sociaux de première ligne et dégager ainsi les intervenants en protection de la jeunesse. Alors, il y a 14 communautés dans le Nunavik.

Je pense qu'il y a des communautés qui sont plus populeuses qui nécessitent un plus grand nombre de personnel. Je vais vérifier à quel endroit ils sont installés principalement et où il y a encore un déficit de personnel, s'il y en a un.

Actions entreprises pour la formation professionnelle des autochtones (suite)

Pour en revenir à la question de l'éducation, dans les territoires non conventionnés, M. le Président ? on fait une distinction ici, là, entre les conventionnés et les non conventionnés ? dans les territoires non conventionnés, c'est le conseil de bande qui reçoit les sous pour l'éducation du gouvernement fédéral, et qui fait les programmes de primaire et de secondaire, et qui peut aussi aider à des étudiants qui voudraient aller à des études postsecondaires sur une base individuelle.

Au niveau de la formation professionnelle, il y a là-dedans matière à ce que le Québec fasse sa contribution à travers un des mécanismes que j'ai expliqués tantôt, là, que ce soit pour le centre de formation professionnelle virtuel et l'exemple aussi de Produits forestiers innus, mais on doit, ici, se rendre à l'évidence que le gouvernement fédéral va nous donner un coup de main là-dedans ? puis je l'ai mentionné tantôt dans ma réponse ? mais aussi les conseils de bande ont une responsabilité dans toute la mécanique de la valorisation de l'éducation.

Et je pense que ces écoles-là sont sous la responsabilité financière et technique, comme je le disais tantôt, exclusive du gouvernement fédéral et elles appliquent les programmes de formation de leur choix et délivrent leurs propres diplômes. Alors, c'est pour ça que, nous, on doit prendre en charge les élèves qui sont non... c'est-à-dire on assume le financement pour les élèves qui sont conventionnés... issus des communautés conventionnées ou des nations conventionnées puis aussi on supporte, à travers le réseau de l'éducation du gouvernement du Québec, 10 % des élèves qui sont hors réserve.

M. Bouchard: M. le Président, je remercie le ministre pour cette information supplémentaire. Ça illustre une fois de plus que, lorsque le Québec s'entend avec les nations autochtones sur son territoire sur des traités, des conventions, la vie devient soudainement plus simple, les gens se projettent désormais dans des gouvernances un peu plus autonomes en ce qui concerne leur capacité de gestion de leurs établissements puis de leurs institutions et qu'on a moins affaire à des négociations sempiternelles, qui n'en finissent plus avec le gouvernement fédéral.

J'ai fait partie, moi, de la mission éducation dans la législature précédente.

On a fait le tour des nations autochtones concernant toute cette question de l'éducation puis on a pu constater combien c'était difficile pour les nations qui sont non conventionnées d'avoir des budgets récurrents, stables et non arbitraires de la part du fédéral, alors que l'État québécois transige à travers ses conventions de façon beaucoup plus prévisible pour les communautés et se préoccupe, quelque gouvernement soit-il, de la qualité de la gestion en partenariat avec ces nations en ce qui concerne les institutions scolaires, notamment. C'était ma montée de lait au sujet du fédéral.

Conditions de vie de la communauté

algonquine de Kitcisakik

M. le Président, Kitcisakik est un exemple foudroyant de ça, foudroyant de ça. Et j'aimerais ouvrir ce dossier parce que je sais que, bon, le ministre connaît très bien, c'est dans son comté, c'est sur le territoire de sa circonscription. Écoutez, j'ai un dossier qui aurait pu être deux pouces d'épais, là, sur Kitcisakik, là. Les médias en ont fait état. Desjardins, dans son film, en a fait état. Le ministre d'alors, M. Cannon, lors de Mashteuiatsh, déclarait ceci, donnait l'assurance que son collègue Jim Prentice agirait avec célérité pour régler cette situation digne du tiers-monde.

Ce n'est pas moi qui l'ai dit, c'est le ministre Cannon à l'époque. Notre premier ministre disait, lui: On a des conditions tiers-mondistes dans certaines communautés autochtones, puis il référait à Kitcisakik. Bon. Alors, qu'est-ce qu'on doit comprendre? Ça fait des lunes, là, qu'on discute du sort des Algonquins, principalement ou notamment de Kitcisakik, mais on pourrait aussi mentionner certaines autres communautés algonquines qui n'ont pas profité des conventions dont on parle chez, d'une part, les Inuits et, d'autre part, la nation crie.

Moi, franchement, je trouve que, normalement, là, on devrait avoir réglé cette situation-là depuis longtemps, étant donné la situation dans laquelle ces gens-là vivent.

(15 h 20)

Bon, on ne répétera pas ça trop longuement, là, mais pas d'eau courante, pas d'électricité. Un bloc sanitaire, dont on est très fier au gouvernement québécois parce qu'on a amélioré cette situation-là. Mais, après tout, ça demeure un bloc sanitaire, là. Et, quand tu dois sortir à moins 20° l'hiver pour aller au bloc sanitaire, ce n'est pas drôle, là. Une école qui termine en troisième année primaire, dont l'offre de cours se termine en troisième année primaire. Il y a quelque chose qui ne tourne pas rond. J'entendais tantôt le ministre nous dire que le Québec avait... Je pense, il y a... C'est en 2006?

En quelle année le Québec a-t-il offert un territoire à 26 kilomètres du village, de l'implantation actuelle?

M. Corbeil: 2004.

M. Bouchard: C'est en 2004. Bon, en 2004, le gouvernement du Québec offre un territoire. Depuis ce temps-là, les gens vivent toujours dans les mêmes conditions. Alors, moi, je demanderais au ministre de nous expliquer franchement, là, puis sans détour diplomatique, là, ce qui se passe avec le fédéral là-dedans, quel est l'état des négociations. On va-tu avoir une bonne nouvelle la semaine prochaine?

Le Président (M. Bachand, Arthabaska): M. le ministre.

M. Corbeil: M. le Président, d'abord, je dois tout de suite mentionner que, oui, Kitcisakik, c'est un établissement algonquin qui est dans ma circonscription d'Abitibi-Est. C'est probablement... Je pense que c'est la communauté autochtone au Québec, sur 55, qui est la plus démunie en termes d'infrastructures. On est plus en mode camping à l'année que village. Et j'en ai fait une de mes priorités. En campagne électorale, j'ai rencontré ces gens-là le 1er décembre 2008 et j'ai demandé de m'identifier les deux priorités qu'ils avaient.

Et la première priorité... ou les deux priorités ? là, je ne me rappelle plus dans l'ordre ? c'était l'électrification de cette communauté-là et aussi l'école primaire. Bien entendu, vous comprendrez que, dans la situation à laquelle le député de Vachon fait référence et que... dans lequel état de situation je souscris complètement, il y a bien plus d'autres... il y a ces besoins-là qui sont à combler, mais il y en a plusieurs autres.

Et le gouvernement du Québec, dans les circonstances, a fait des efforts dignes de mention, notamment le chef Edmond Brazeau qui avait salué celui qui occupait mes fonctions avant, M. Pelletier, pour le travail du Québec dans sa communauté. On pourrait la déposer sur demande, M. le Président, mais on faisait référence tantôt à la construction d'un bloc sanitaire neuf, d'un centre de la petite enfance, de locaux scolaires. Même si on dit qu'on va à l'école à Kitcisakik jusqu'à la troisième année, avant on n'allait pas à l'école à Kitcisakik, point.

Les jeunes prenaient l'autobus le dimanche soir et entraient en famille d'accueil à Val-d'Or, allaient dans une école élémentaire à Val-d'Or et revenaient le vendredi soir. Maintenant, ça, ça a été arrêté, donc il y a une maternelle, il y a une première, il y a une deuxième puis il y a une troisième année, et on peut probablement aussi profiter de cet état de fait là pour enseigner la langue maternelle et autres questions d'ordre un peu plus culturel.

Il y a eu l'embauche d'un coordonnateur sportif, l'aménagement d'aires de jeu asphaltées, le soutien et l'expertise externe en matière de gestion et la recherche et études sur les besoins de la communauté dans le domaine social et psychosocial.

Tantôt, M. le Président, j'ai dit que c'était une priorité. À toutes les occasions que j'ai eu l'opportunité de parler à mon homologue fédéral, j'ai fait la mention de Kitcisakik, j'ai dit: Ça, c'est une priorité absolue, c'est une priorité qu'il faut travailler à résoudre ensemble. Et, à l'heure actuelle, au moment où on se parle, il y a deux autres sites potentiels pour construire une communauté, des sites qui sont en validation, si on veut, quant à leur possibilité de prendre de l'expansion. Autrement dit, oui, pour le format requis pour accommoder les gens, la population actuelle, sont potables.

Maintenant, est-ce qu'on peut envisager une expansion future? Alors, les informations que j'ai de la part du fédéral, c'est qu'ils sont en train de faire ces études-là, et j'espère qu'on aura les réponses le plus tôt possible.

Maintenant, une fois que ces sites-là auront été identifiés, il va falloir travailler avec la communauté pour savoir si ça correspond à leurs aspirations, et il y a là-dessus des objectifs bien, bien précis. Autrement dit, c'est une communauté qui a gravité autour d'un plan d'eau que, chez nous, on appelle ? on l'identifie, puis sur une carte aussi, là, ce n'est pas juste une particularité des Abitibiens ? le Grand-Lac-Victoria. Alors, je pense qu'on doit avoir un point d'attache à ce plan d'eau là dans l'identification des sites et je ne lâcherai pas. Je ne lâcherai pas tant et aussi longtemps...

Sans compter que je veux travailler à la question de l'école primaire pour qu'on fasse la quatrième, la cinquième puis la sixième année, le deuxième cycle du primaire. L'électrification, j'ai demandé aux gens d'Hydro-Québec de ma région de regarder ça. Mais quitte à ce que, l'école primaire, on la construise pareil comme on a construit le CPE, de façon modulaire, pour être éventuellement en mesure de la déplacer à l'endroit où il y aura le site permanent. Parce que ce qui est évident, c'est que le site actuel n'est pas adéquat, ne peut pas accueillir le village projeté ou attendu.

Et je pense que, de ce côté-là, le gouvernement du Québec fait beaucoup d'efforts, les gens de mon secrétariat font beaucoup d'efforts. Le site actuel est impropre à l'installation permanente. Et tantôt je mentionnais des fonds de développement autochtones à mon collègue et le Fonds d'initiatives autochtones. Et, pour Kitcisakik, on a assoupli les règles, et, dans certains cas, on peut payer jusqu'à 100 %, au lieu de 50 %, dans des projets dans d'autres communautés justement, là, pour une question de souplesse, de flexibilité et de reconnaissance des particularités propres de la communauté de Kitcisakik dans le FIA.

Le Président (M. Bachand, Arthabaska): M. le député de Vachon, oui.

M. Bouchard: Bien, moi, je respecte puis je reconnais l'approche du ministre dans sa volonté de régler le problème, mais, entre vous et moi, M. le Président ? puis la députée de Gatineau connaît bien ça, elle a été négociatrice en chef au ministère des Affaires indiennes ? il y a comme un blocage, là, à quelque part qui ressemble à du chantage, puis je le dis comme je le pense. La communauté de Kitcisakik refuse de se constituer en réserve.

Autrement dit, elle refuse un statut de pupille de l'État avec le fédéral qui leur dit, à ce moment-là: Écoutez, tant que vous n'aurez pas... tant qu'on n'aura pas brisé votre volonté, vous n'aurez pas d'eau puis vous n'aurez pas d'électricité. C'est comme ça que ça se passe, M. le Président. Il faut bien le dire, c'est comme ça que ça se passe.

Alors, moi, je demande au ministre de leur botter le derrière. Ça n'a pas de bon sens, c'est une question humanitaire. Et on est là à: Ça va-tu être ce terrain-là? Ça va-tu être l'autre? Le terrain de 2004 n'est plus... Ottawa dit: Non, je ne suis pas sûr. C'est des mesures dilatoires, M. le Président, cette histoire-là, voyons donc! On veut casser la volonté de cette communauté-là d'échapper au régime de pupille. C'est ça, le problème. Et on veut les casser en les assoiffant puis en leur refusant les infrastructures nécessaires au bien-être puis à leur survie. Alors, moi, je demande l'avis du ministre là-dessus.

Le Président (M. Bachand, Arthabaska): Très rapidement, M. le ministre. Vous pourriez revenir, là, parce qu'on est, en fait, là, à la veille de changer de bloc.

M. Corbeil: Alors, M. le Président, bien, très rapidement, je ne partage pas nécessairement la lecture de mon collègue député de Vachon pour la bonne et simple raison que, même sur ce modèle-là, le fédéral est flexible. Il s'appellera village, il s'appellera communauté, ils l'identifieront... Présentement, dans le vocable, là, dans ce qui existe au niveau du fédéral, c'est un établissement, donc, qui n'est pas une réserve, mais on ne se sert pas de ça pour faire du chantage et on veut regarder... On est en mode solution, et j'ai même...

Puis, vous l'avez mentionné, M. le Président, rapidement, j'ai une sous-ministre ou une secrétaire générale associée... ou adjointe, excusez, qui est dédiée à ce dossier-là. On parle de projets spéciaux tantôt, là, quand j'ai présenté... Alors, elle est, entre autres, sur ce dossier-là qui, comme je l'ai dit tantôt, est une priorité en ce qui me concerne.

Le Président (M. Bachand, Arthabaska): Merci, M. le ministre. J'avais cru comprendre que la députée de Hull voulait intervenir. Mme la députée.

Mesures pour favoriser l'intégration

sociale des autochtones vivant hors réserve

Mme Gaudreault: Merci beaucoup, M. le Président. Alors, à mon tour de saluer tout le monde, les membres de la commission, M. le ministre, les membres de son équipe. Alors, moi, contrairement à certains de mes collègues ici, il n'y a pas d'autochtones dans mon comté, mais j'ai ma collègue députée de Gatineau qui, très souvent, me parle de la réalité des gens des deux réserves qui sont dans son comté. Moi, j'ai entendu parler des affaires autochtones lorsque j'étais membre de la Commission des affaires sociales, au moment où on traitait du phénomène de l'itinérance au Québec.

On a tenu 12 séances, Mme la députée de Gatineau y était aussi. 105 organismes et personnes ont été entendus, 145 mémoires déposés, il y a eu des témoignages. Nous avons visité Montréal, Gatineau, Trois-Rivières et Québec. Alors, les témoignages étaient nombreux, très touchants. Nous sommes même montées à bord, ma collègue et moi, d'une caravane de l'organisme L'Anonyme, nous avons sillonné une

partie de la ville de Montréal. Vous savez, la nuit, tous les chats sont gris, mais il y avait des intervenants avec nous qui nous ont fait voir vraiment des choses vraiment troublantes par rapport au quotidien des itinérants.

(15 h 30)

On a eu le privilège d'entendre à deux reprises, dans le cadre de cette commission, les représentants des centres d'amitié autochtones du Québec. Ce réseau compte huit centres, et c'est surtout pour... leur mission est vraiment dédiée aux autochtones en milieu urbain. Dans le cadre de cette commission parlementaire, on a parlé de sujets aussi nombreux que le dénombrement des personnes en situation d'itinérance, la citoyenneté. On n'a qu'à penser aux règlements municipaux dans certaines villes au Québec qui sont vraiment... qui entraînent la judiciarisation de ces personnes itinérantes.

On a parlé de revenus, de logement, d'éducation, d'insertion sociale, professionnelle, accès aux services, adaptation.

Vous savez, les itinérants d'aujourd'hui ne sont plus que des adultes masculins, mais bien des femmes monoparentales, des jeunes décrocheurs, des personnes souffrant de maladie mentale, d'alcoolisme, de toxicomanie. Et, malheureusement, les autochtones n'y échappent pas, et il existe une dimension autochtone à l'itinérance. Les études démontrent qu'un autochtone sur trois en milieu urbain pourrait être itinérant ou en voie de le devenir, alors c'est vraiment une problématique très importante que nous prenons...

Au gouvernement, nous prenons ça très au sérieux, surtout lorsqu'on sait que plus de la moitié de la population autochtone de moins de 25 ans et qu'ils sont en migration constante vers les milieux urbains, et qu'ils se voient obligés de composer avec cette réalité urbaine. Ils sont très loin de leur milieu traditionnel, ils sont isolés, ils sont coupés de tous leurs points de repère, et même plusieurs d'entre eux ne parlent que leur langue traditionnelle.

Alors, ce qui m'amène à ma question, M. le ministre. M. le député de Vachon, tout à l'heure, a vraiment voulu mettre l'emphase sur l'aspect services sociaux, santé, tout ça, alors j'aimerais savoir que fait le gouvernement du Québec pour améliorer les conditions sociales des autochtones.

Le Président (M. Bachand, Arthabaska): M. le ministre.

M. Corbeil: Merci, M. le Président. D'entrée de jeu, je pourrais faire la précision suivante.

Justement, puisque vous faisiez référence à la Commission des affaires sociales sur les questions d'itinérance et la présentation, notamment, du Regroupement des centres d'amitié autochtones du Québec, tout dernièrement auquel j'ai eu le privilège de participer comme observateur sur le dépôt de leur mémoire, mon collègue le ministre de l'Emploi et de la Solidarité sociale et député de Louis-Hébert va entreprendre une consultation pour la réalisation du plan de lutte contre la pauvreté et l'exclusion sociale, le deuxième plan, très prochainement, et il va le faire en ayant un volet de sa consultation qui va concerner les organismes autochtones.

Il y a cinq groupes qui vont être consultés de façon spécifique: l'Administration régionale crie, l'Administration régionale Kativik, l'Assemblée des premières nations du Québec et du Labrador, les Femmes autochtones du Québec et le Regroupement des centres d'amitié autochtones. Alors ça, c'est une volonté très, très concrète du gouvernement, là, de tenir, dans le cadre de ce projet-là, une consultation spécifique auprès des organismes concernés.

Je pense que le Québec est sensible à une réalité qui est croissante, c'est ce qu'on appelle le phénomène des autochtones hors réserve qui... Comme vous l'avez mentionné tantôt, là, on peut parler d'à peu près une personne sur trois qui vivrait hors des communautés. Donc, on doit travailler de concert avec les organismes qui s'occupent de cette réalité-là, et le canal ou la voie qu'on emprunte le plus facilement possible est les centres d'amitié autochtones, qui sont au nombre de huit au Québec.

Le plus jeune centre d'amitié autochtone est à Sept-Îles, et il y a le Regroupement des centres d'amitié autochtones du Québec. Alors, on travaille avec eux, avec des investissements, en collaboration avec le ministère des Affaires municipales et des Régions, dans le développement de modèles puis de projets d'économie sociale, comme je l'ai dit tantôt, au sein du Regroupement des centres d'amitié autochtones et de ses affiliés.

Et on travaille dans un cas spécifique, notamment avec la ville de Montréal, et le gouvernement fédéral, et le milieu autochtone et non autochtone montréalais, à une meilleure coordination des services aux autochtones sur ce territoire et à une plus grande connaissance du milieu. Le milieu et les différents partenaires envisagent d'ailleurs la possibilité de mettre en oeuvre une stratégie urbaine coordonnée à Montréal.

Financièrement, le SAA soutient le Regroupement des centres d'amitié autochtones du Québec ainsi que les huit centres que j'ai mentionnés tantôt, répartis dans plusieurs régions du Québec, soit Québec, Montréal, La Tuque, Sept-Îles, Joliette, Senneterre, Val-d'Or et Chibougamau. Ces organismes jouent un rôle de première ligne auprès de la clientèle autochtone dans leurs milieux respectifs mais travaillent également au développement de partenariats avec la société civile.

Comme le mentionnait un grand chercheur de l'Université Laval, l'autochtonie, l'autochtonie urbaine est un phénomène croissant et d'une grande complexité, mais on travaille, au niveau du gouvernement du Québec, en coordination avec les différents ministères et organismes, là, pour avoir des actions les plus ciblées possible et les plus efficaces possible.

Je pourrais, M. le Président, aborder la question des jeunes, la question des femmes. Je viens de traiter de la question des centres d'amitié autochtones, mais, juste pour vous donner un exemple, au niveau des centres d'amitié autochtones, là, de 2006-2007 à 2008-2009, le soutien financier, que ce soit à la mission globale, ou au regroupement, ou aux entités individuelles, est passé de 560 000 $ environ à plus de 780 000 $ sur trois ans. Donc, il y a une progression qui reconnaît l'importance des services que rendent ces organismes-là.

Et, puisque je suis député de la circonscription d'Abitibi-Est, je m'en voudrais de ne pas mentionner le fait qu'il y a un projet d'agrandissement, justement, du centre d'amitié autochtone chez nous, à Val-d'Or, et aussi il y a une collaboration du gouvernement fédéral qui a été à travers Santé Canada. Il y a eu un budget d'à peu près un demi-million de dollars qui a été alloué pour qu'il y ait une étude et aussi une meilleure coordination du Centre de santé et services sociaux de La Vallée-de-l'Or et du Centre d'amitié autochtone de Val-d'Or pour les clientèles qui sont respectives, si on veut.

La particularité du Centre d'amitié autochtone de Val-d'Or, M. le Président, c'est qu'il offre des services dans un contexte de carrefour. Autrement dit, il y a des Algonquins qui sont sur le territoire de l'Abitibi-Témiscamingue, il y a des Attikameks qui se déplacent et qui viennent sur Val-d'Or, sur l'Abitibi, mais il y a aussi beaucoup de Cris.

Il y a des Indiens cris qui viennent dans notre communauté pour des services, des services de santé notamment ou des questions d'affaires, etc., qui bénéficient des services du Centre d'amitié autochtone, qui a développé un centre de la petite enfance, un CPE mixte, lequel a un nombre de places qui sont occupées à moitié par des allochtones et à moitié par des autochtones vivant en milieu urbain. Alors, je pense qu'on fait beaucoup d'efforts, on fait beaucoup de travail.

Et vous avez parlé de la question de la jeunesse, la jeunesse autochtone représente entre 40 % et 60 % des membres des communautés autochtones et fait l'objet d'une attention spéciale avec la création du programme de coordonnateur en sport et loisir créé pour encourager les jeunes à bouger, à adopter de saines habitudes de vie. Il s'agit également de diminuer la criminalité juvénile et de réduire le décrochage scolaire.

Comme je le disais tantôt, il y a 15 communautés amérindiennes qui bénéficient de ce programme qui a été initié au sommet de Mashteuiatsh et qui était doté d'une enveloppe financière pour trois ans, 2006-2009, laquelle enveloppe vient d'être reconduite dans le secrétariat à l'action jeunesse pour cinq ans, je crois, 2009 à... Peut-être que la députée de Gatineau...

Une voix: ...

(15 h 40)

M. Corbeil: 2014. Alors, plus que... Et je pense que ça, ça a eu des impacts très, très positifs dans les 15 communautés concernées. Alors, il y a beaucoup de sujets dans votre question. Puis j'ai mentionné les jeunes tantôt, il y a les femmes.

Soit dit en passant, si on fait le montant total des aides, allocations, subventions, soutien de toute nature offert aux organismes qui s'occupent des jeunes, des femmes et des centres d'amitié autochtones, la progression est très importante, M. le Président, on parle, de 2006-2007 à 2008-2009, de 860 000 $, l'année suivante, 1 150 000 $ et, l'année dernière, 1,5 million de dollars. Alors, le gouvernement du Québec répond présent aux besoins exprimés par les organismes pour des clientèles jeunes, femmes ou en milieu urbain.

Et je dois mentionner que les autochtones hors réserve ont également accès à tous les services offerts à l'ensemble des Québécois, que ce soit le logement modique, la santé, l'aide sociale, l'école, etc.

Le Président (M. Bachand, Arthabaska): Merci, M. le ministre. Mme la députée de Hull.

Mme Gaudreault: ...

Le Président (M. Bachand, Arthabaska): ...temps complémentaire? Non.

Mme Gaudreault: Il reste combien de temps, M. le Président?

Le Président (M. Bachand, Arthabaska): Amplement le temps pour suffire à la tâche.

Mme Gaudreault: Bien, alors, je vais céder la parole à mes collègues.

Le Président (M. Bachand, Arthabaska): Mme la députée de Gatineau.

Mme Vallée: Oui. Merci.

Le Président (M. Bachand, Arthabaska): Allez-y, madame.

Mme Vallée: Alors, merci, M. le Président. Ça me fait plaisir de prendre la parole cet après-midi. J'aimerais saluer les gens de l'équipe du ministre qui l'accompagnent, avec qui on a la chance, à l'occasion, de transiger. Parce que, vous savez, le comté de Gatineau, comme l'a souligné ma collègue de Hull, compte deux communautés: la communauté de Kitigan Zibi et la communauté du lac Barrière ou communément appelée, par chez nous, le Lac-Rapide ou Rapid Lake.

Vous savez, par le passé, dans le comté de Gatineau, il y avait plus ou moins de relations entre les élus provinciaux, les élus québécois et les communautés et les conseils de bande. Lorsque je suis arrivée, pour moi, il était essentiel d'établir des liens avec ces communautés parce que nous sommes voisins, parce que nous sommes appelés à avoir des relations entre nous, des relations d'affaires, et nous avons beaucoup à apprendre l'un de l'autre. Et je pense...

En tout cas, je suis d'opinion qu'il y a beaucoup, beaucoup de conflits qui peuvent être évités et atténués par la discussion et par l'écoute et je tiens particulièrement, cet après-midi, à remercier le ministre d'avoir pris le temps, en mars dernier, de se déplacer, et de venir rencontrer le chef Whiteduck à Kitigan Zibi, et de prendre... et surtout d'avoir pris le temps d'échanger avec lui sur différents dossiers.

Parce qu'évidemment plusieurs dossiers relèvent du gouvernement fédéral, mais il y a plusieurs façons pour le Québec d'aider et d'améliorer les conditions de vie des citoyens des différentes communautés. Alors, là-dessus, M. le ministre, je tenais à prendre quelques minutes pour vous remercier de votre écoute parce que je sais que nous avons abordé plusieurs dossiers d'intérêt et je sais que ces dossiers cheminent. Et c'est fort apprécié, fort apprécié de la communauté, mais surtout fort apprécié de votre collègue la députée de Gatineau.

J'aimerais aussi prendre quelque minutes pour faire un petit aparté cet après-midi. Ce week-end, à Maniwaki, à Kitigan Zibi, il y a eu une grosse battue d'organisée pour retrouver deux jeunes adolescentes disparues depuis le 6 septembre dernier. Il s'agit de Shannon Ferguson et de Maisy Odjick. Je tiens à prendre le temps parce que la battue, l'objectif de la battue était d'attirer l'attention médiatique sur leur disparition pour tenter de relancer les recherches et pour aussi amener toute personne qui aurait pu voir une ou l'autre des adolescentes à apporter cette information-là.

Alors, pour moi, il était essentiel, dans ce contexte, de prendre quelques minutes de la tribune qui nous est accordée aujourd'hui pour inciter les gens qui nous écoutent, qui sont vraisemblablement intéressés par les travaux de cette commission-là, à apporter toute information qu'ils pourraient avoir. Il y a un site Internet qui s'appelle findmaisyandshannon d'un seul bloc. Et le député de Vachon m'excusera, mais le site WWW.findmaisy , m-a-i-s-y, and , a-n-d, shannon , c'est s-h-a-n-n-o-n, dot com , point com .

Alors, toute personne qui pourrait avoir de l'information concernant la disparition de ces deux jeunes adolescentes, s'il vous plaît, l'indiquer, ce serait fort apprécié.

Je pense que ce serait apprécié des parents, des gens que j'ai eu la chance de côtoyer dans une autre vie, alors que j'étais non seulement négociatrice, mais j'ai longtemps pratiqué en droit familial, droit criminel puis en protection de la jeunesse dans la Haute-Gatineau et j'ai eu à rencontrer plein d'intervenants et à tisser des liens serrés.

Donc, on apprend à se connaître, on est une petite communauté, et puis, pour moi, c'était important, cet après-midi, de prendre quelques minutes pour souligner la disparition de ces deux adolescentes et de constater que, devant une situation comme ça, peu importe que nous soyons d'une communauté algonquine ou que nous soyons, par exemple, les parents d'une jeune fille comme la jeune Cédrika Provencher, ce sont des situations très dramatiques pour une famille.

Sur le plan personnel, ne pas savoir où est notre enfant, c'est un drame assez terrible, et puis je tenais tout simplement, cet après-midi, à souligner le tout, et en espérant que peut-être quelqu'un qui nous écoute pourra transmettre de l'information importante pour les familles.

Alors, ceci étant dit, vous avez, M. le ministre, souligné l'apport du gouvernement du Québec auprès des jeunes, et je m'en voudrais de ne pas faire la promotion de notre Stratégie d'action jeunesse cet après-midi. Parce que la Stratégie d'action jeunesse qui a été lancée le 27 mars dernier par le premier ministre vise à soutenir tous les jeunes Québécois, peu importe leur origine, peu importe où ces jeunes résident sur le territoire, qu'ils soient âgés de deux ans, trois ans, 15 ans, 18 ans, 20 ans. Bref, c'est une stratégie... c'est une importante mobilisation d'action gouvernementale.

À l'intérieur de cette stratégie-là, on a identifié six défis. Et, à l'intérieur des défis des régions, on a identifié particulièrement l'implication des jeunes autochtones dans leur communauté et à l'intérieur de la société québécoise. C'est important parce que, dans les communautés autochtones puis surtout dans les communautés rurales, on se rend compte qu'il y a des défis qui sont très similaires aux défis des communautés dévitalisées, les petites communautés qui font face à des enjeux de décrochage scolaire, d'exode des jeunes.

C'est certain... Le député de Vachon, tout à l'heure, faisait état de situations assez particulières dans la communauté de Kitcisakik. Il y a une situation similaire, des problèmes de logement, des problèmes d'approvisionnement en eau potable et en électricité dans certaines communautés. Mais il y a aussi d'autres enjeux, puis l'exode des jeunes en est un. Et ça, c'est important, et on doit s'y attaquer, et c'est pour ça que la Stratégie d'action jeunesse a mis en place des mesures spécifiques.

Vous avez soulevé tout à l'heure, M. le ministre, l'embauche d'un coordonnateur jeunesse au sein de l'Assemblée des premières nations du Québec et du Labrador. Alors, on va saluer M. Serge Rock, qui est le coordonnateur jeunesse et qui fait un travail extraordinaire en sillonnant les différentes communautés et en élaborant des plans avec chacune d'entre elles qui visent à soutenir les jeunes dans ces communautés-là. Et c'est un travail qui est important, et, si on pense à toute la distance que cette personne-là doit sillonner à l'intérieur d'une année pour rejoindre les jeunes, c'est non négligeable.

Mais il y a aussi d'autres mesures qui ont été mises en place en collaboration avec d'autres ministères...

Le Président (M. Bachand, Arthabaska): Ce n'est pas l'intérêt qui doit vous interrompre, Mlle la députée, mais c'est le temps qui nous manque. Donc, nous devons conclure ce bloc. Désolé, M. le ministre, nous y reviendrons peut-être. Donc, M. le porte-parole de l'opposition officielle en matière de relations avec les premières nations, M. le député de Vachon.

Conditions de vie de la communauté

algonquine de Kitcisakik (suite)

M. Bouchard: J'aimerais, si vous permettez, M. le Président, continuer quelques minutes l'échange entrepris avec le ministre au sujet de la communauté de Kitcisakik.

(15 h 50)

J'aimerais avoir du ministre des informations concernant l'échéancier qu'il se donne ? autrement que le plus vite possible, là ? l'échéancier qu'il se donne pour arriver à une entente à la fois, j'imagine, flexible, mais ferme et définitive avec le gouvernement fédéral en ce qui concerne l'emplacement de la nouvelle communauté de Wanaki et l'échéancier quant à son projet d'électrification, le cas échéant, si jamais l'échéancier de nouvel emplacement se manifestait comme étant trop long.

Le Président (M. Bachand, Arthabaska): M. le ministre.

Une voix: ...

M. Bouchard: La question de l'électrification, j'imagine que c'est dans le très court terme, là, puisque le ministre dit: Regarde, on fait des efforts là-dessus, c'est prioritaire. Puis, deuxièmement, l'entente avec le fédéral, c'est dû pour quand?

Le Président (M. Bachand, Arthabaska): M. le ministre.

M. Corbeil: M. le Président, moi, les deux engagements électoraux que j'ai pris, c'est la question de l'électrification et de l'école primaire. Pour ce qui est du village, quand bien même je ferais les annonces aujourd'hui pour une date de livraison de la communauté, il y a un élément essentiel qui manque dans la question de mon collègue le député de Vachon, c'est: Est-ce que ce site-là qui va être... les deux sites qui vont être proposés à la communauté vont leur convenir? Est-ce qu'ils vont être d'accord avec la proposition du gouvernement fédéral sur l'un ou l'autre site ou les deux?

Et ils auront à discriminer pour un des ces deux-là s'il leur est acceptable, et ça, c'est un incontournable. C'est pour eux qu'on va faire ça et ce n'est pas nous qui va dicter: Voici, c'est là que vous allez puis c'est ça que vous allez avoir. Alors, il va falloir travailler, là... Moi, je pousse le fédéral pour qu'il atterrisse avec ses études sur les deux sites, mais il va falloir que la communauté concernée par ce projet-là y adhère.

M. Bouchard: M. le Président, je m'excuse de...

Le Président (M. Bachand, Arthabaska): Oui, M. le député de Vachon, allez-y.

M. Corbeil: Je pense que mon collègue va être d'accord avec ça.

M. Bouchard: Non, non, je m'excuse d'interrompre le ministre, ma question portait précisément sur ça: Quelle date l'entente avec le fédéral sur les territoires en question, l'un ou l'autre ou les deux territoires qui seraient proposés à la communauté algonquine, à la nation algonquine? Quelle date? Quel est l'échéancier? Là-dessus, pas sur le fait que la communauté puisse être d'accord ou non, on comprend que ça puisse être une autre étape, là. Mais ma question portait sur l'identification des sites alternatifs.

Le Président (M. Bachand, Arthabaska): M. le ministre.

M. Corbeil: M. le Président, je dois tout de suite, ici, revenir en disant qu'il y a trois parties d'impliquées dans ça, et donc l'échéancier doit se décider avec les trois partenaires. Et je pense qu'il y a des rencontres qui sont sur une base régulière avec les membres de la communauté et mon secrétariat. D'ailleurs, je pense qu'il y en a une de prévue d'ici les deux prochaines semaines avec les dirigeants, le conseil de bande, le chef probablement ou les responsables de ce dossier-là à Kitcisakik.

Mais, encore là, ce n'est pas moi qui va décider tout seul aujourd'hui que ça va être le 10 septembre, le 15 octobre ou le 17 février que ça, ça va atterrir, et je pense que mon collègue député de Vachon comprend très, très bien la situation.

Et, moi, ce sur quoi je peux poser des gestes de réalisation, c'est la question, comme je l'ai dit tantôt, de l'école primaire. Le précédent existe auprès du gouvernement du Québec avec la question du CPE qui est modulaire, on peut répéter avec l'école. Mais je suis très concerné et indigné par la situation humanitaire qui prévaut à Kitcisakik. J'ai eu l'occasion de visiter, à plus d'une reprise, cette communauté-là. Il y a eu des progrès, j'en ai fait mention tantôt, des choses qui ont été améliorées. Il y a encore de la place pour faire beaucoup de choses. Maintenant, si...

D'entrée de jeu, là, prenons un exemple. Les deux sites peuvent prendre de l'expansion en fonction de l'accroissement de la population et que c'est... un de ces deux sites-là convient à la communauté. Donc, on pourra entamer des discussions immédiates sur l'ampleur du budget nécessaire pour réaliser le projet puis aussi viser l'électrification de ces sites-là dans les meilleurs délais avec la collaboration de la société Hydro-Québec. Alors, comme c'est là, on travaille sur tous ces fronts-là à

Document details

CollectionQuebec — Committees
CitationCI 2009-05-04
Typecommittee
Volume / chapterfr travaux-parlementaires commissions ci-39-1 journal-debats CI-090504
Languageen
Formathtml
SourcePROVINCIAL
Identifierdd99b842ef8c852b6a0e87f48d81105f3439ad4b

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