House Proceedings — 12 September 2023 (43rd Legislature, 1st Session)
2023-09-12
Quebec — Debates (Hansard)
Le mardi 12 septembre 2023 — Vol. 47 N° 56
Le Vice-Président (M. Lévesque) : Bon
matin, chers collègues. Je vous invite à prendre place et à bien vouloir
vous asseoir.
Permettez-moi,
d'entrée de jeu, de vous souhaiter à tous et à toutes une très bonne rentrée,
cet automne, ainsi qu'aux citoyens qui nous écoutent aujourd'hui.
Alors, nous allons
nous recueillir quelques instants.
Alors, pour nos
travaux, je cède la parole à M. le leader adjoint du gouvernement.
M. Lévesque (Chapleau) : Bonjour, M. le Président.
Moi aussi, vous me permettrez de vous souhaiter une bonne rentrée parlementaire. Très heureux de vous
retrouver ce matin. J'espère que vous avez passé un bel été, de même que
l'ensemble des collègues, que vous avez pu prendre un peu de temps pour vous.
Et donc, sans plus
attendre, je vous demande de bien vouloir appeler l'article 3 du
feuilleton, s'il vous plaît, M. le Président.
Le Vice-Président (M. Lévesque) : Merci,
M. le leader adjoint du gouvernement. Alors, à l'article 3 du feuilleton,
M. le ministre de l'Éducation propose
l'adoption du principe du projet de loi n° 23, Loi modifiant principalement la
Loi sur l'instruction publique et édictant la
Loi sur
l'Institut national d'excellence en éducation. Y a-t-il des interventions? Alors, je reconnais maintenant M. le
ministre de l'Éducation.
M. Drainville :
Merci beaucoup, M. le Président.
Je suis très heureux d'être le premier député en cette Chambre à prendre
la parole dans cette reprise de nos travaux, n'est-ce pas? Je salue, bien
entendu...
M. Drainville : Vous sentez l'enthousiasme, n'est-ce pas, du moins de notre côté. Je
salue les collègues d'en face également, qui ne m'applaudissent pas,
mais c'est sans doute un oubli de leur part.
Alors,
madame... M. le Président... Là, je me suis pratiqué pour dire «madame», mais
là il faut que je dise «monsieur». Alors, pardonnez-moi d'avance si
jamais je fais quelques lapsus, M. le Président. Alors, on me prie de lire
d'abord la petite phrase suivante : «L'honorable lieutenant-gouverneur a
pris connaissance de ce projet de loi et il en recommande l'étude à l'Assemblée.» Nous voilà tous rassurés,
n'est-ce pas, M. le Président? Allons-y maintenant avec le contenu du
projet de loi.
D'abord,
on a mené nos consultations particulières, M. le Président. Ça s'est fait d'une
manière très respectueuse, avec
beaucoup de sérieux et de rigueur. On a entendu plusieurs témoignages. On a lu
plusieurs mémoires. Et évidemment, M.
le Président, il y avait, dans ces témoignages et dans ces mémoires, des
propositions d'amélioration pour le projet de loi n° 23. Moi, j'avais déjà annoncé qu'on était ouverts, bien
entendu, à des améliorations. Évidemment qu'il y en aura. Nous les
annoncerons en temps et lieu, M. le Président.
Alors,
rappelons d'abord les fondements du projet de loi, parce que je pense que
c'est... Quand on parle de l'étude du principe, les mots ont un sens. Alors, le
principe de ce projet de loi, M. le Président, c'est d'abord d'améliorer
l'efficacité de notre réseau
scolaire. Quand on regarde tous les défis auxquels nous sommes confrontés, et
on n'a qu'à lire les articles dans les
médias, entendre les reportages à tous les matins, ou pratiquement, on voit
bien à quel point nous sommes confrontés à de multiples défis.
donc, dans un contexte comme celui-là, M. le Président, ça devient encore plus
important d'avoir un réseau scolaire qui
soit le plus efficace et le plus performant possible. Et moi, M. le Président,
je vous soumets que ce projet de loi n° 23 va nous permettre d'être plus efficaces et d'être
plus performants, l'objectif n'étant pas de viser l'efficacité et la
performance comme une fin en soi, mais de mettre l'efficacité et la performance
au service des élèves, au service de la réussite scolaire, et aussi, disons-le, contribuer à valoriser le
travail du personnel scolaire, et en particulier le travail de nos enseignantes
et de nos enseignants.
Alors, si je voulais
schématiser, M. le Président, il y a trois grandes orientations à ce projet de
loi.
D'abord,
il y a tout un pan du projet de loi qui concerne ce qu'on appelle la
gouvernance du réseau. C'est un mot un peu technique, un peu froid, mais, dans
les faits, ce que ça veut dire, c'est l'amélioration du processus par lequel
on prend les décisions dans le réseau
scolaire et le processus par lequel on gère par la suite les orientations, la
mise en oeuvre des décisions pour
justement arriver à un résultat qui est davantage porteur d'efficacité, de
performance et de réussite scolaire.
Alors,
dans ce projet de loi, ça a fait grand bruit, oui, c'est vrai que les
directeurs généraux des centres de services scolaires seront nommés par le
gouvernement sur recommandation du ministre pour des mandats d'au plus cinq ans
renouvelables. L'objectif, M. le Président, c'est de s'assurer qu'entre les
orientations qui ont été adoptées par le ministre et par le gouvernement, les
orientations et la mise en oeuvre de ces orientations sur le terrain...
l'objectif, c'est qu'il y ait une cohérence entre les deux. On ne veut pas
avoir un système, M. le Président, où le ministre dit : Voici les
orientations qui sont les nôtres et avoir des dirigeants scolaires qui
disent : Écoutez, moi, j'ai mon idée sur l'orientation que le centre de
services scolaire devrait prendre et donc je vais aller dans une autre direction.
Ce que nous souhaitons, en nommant les directions générales, c'est justement
d'assurer une cohérence puis d'assurer une cohésion dans notre façon de gérer,
dans notre façon de faire avancer nos écoles, notre réseau scolaire.
Et, pour s'assurer,
justement, qu'il y a cette cohérence et cette cohésion, le projet de loi
n° 23 prévoit qu'on va conclure une entente annuelle de gestion et
d'imputabilité avec chaque centre de services scolaire. Alors, cette entente, M. le Président, va définir des objectifs, va
préciser des cibles, va donner des orientations, va avancer des priorités. Et
on va vouloir, à travers ces ententes
de gestion et d'imputabilité, s'assurer que ces cibles-là soient atteintes ou,
en tout cas, qu'on travaille pour les
atteindre. Encore une fois, cohérence, cohésion, toujours avec cette logique
d'aller... d'atteindre des résultats qui
vont nous rendre meilleurs et qui vont permettre une meilleure utilisation de
nos ressources au service des élèves. Alors, la gouvernance, c'est un
aspect important de 23.
deuxième orientation, M. le Président, concerne l'accès aux données. Alors, on
s'entend tous dans cette Chambre, si
on veut prendre de bonnes décisions, ça prend d'abord de la bonne information.
C'est vrai dans tous les domaines de la
vie. Actuellement, M. le Président, trop souvent, je n'ai pas accès à la bonne
information ou je n'ai pas accès à l'information suffisamment rapidement. Je dois, c'est comme ça que ça fonctionne,
envoyer 72 courriels dans les 72 centres de services scolaires pour qu'ils puissent me donner
l'information dont j'ai besoin notamment pour répondre aux questions des
personnes de l'opposition ou des
porte-parole de l'opposition, qui font leur travail, qui demandent des comptes
au gouvernement. C'est normal, c'est
leur travail, je le sais, je l'ai déjà fait. Mais encore faut-il que j'aie en
main l'information pour donner les bonnes réponses. Et actuellement, pas tout le temps, mais trop souvent, je n'ai
pas cette information. Et donc, avec le projet de loi n° 23, on va
créer, justement, un mécanisme qui va nous permettre d'avoir accès à
l'information en temps réel.
encore une fois, M. le Président, l'idée, ce n'est pas d'avoir accès à
l'information juste pour pouvoir dire : J'ai l'information. L'idée, c'est de pouvoir utiliser
cette information pour la mettre au service de la réussite scolaire. L'exemple
que j'ai donné à de multiples reprises quand on a présenté le projet de
loi : par exemple, actuellement, si je veux connaître le taux de réussite
scolaire dans les écoles du Québec, trop souvent je dois attendre à la fin de
l'année scolaire. Ce n'est pas normal. M. le Président, si on se rend compte
que, dans un certain nombre de centres de services scolaires, il y a des écoles où le taux d'échec scolaire est plus
élevé que la moyenne, la moyenne du centre de services ou même la moyenne québécoise, bien, ce serait bien que je le
sache, qu'on le sache plus tôt que tard, idéalement en temps réel, mettons,
à la fin de la première étape, pour qu'on
puisse interpeler le centre de services scolaire ou l'école concernée et qu'on
puisse lui dire : Écoute, est-ce
qu'on peut t'aider? Est-ce qu'on pourrait déplacer, peut-être, des ressources
pour te donner un coup de main, pour donner un coup de main à tes élèves qui
performent... qui ont un taux de réussite scolaire en dessous de la moyenne, en dessous de la moyenne de ton centre de
service ou de la moyenne québécoise? Alors, c'est un exemple, M. le Président, mais c'est un exemple, me semble-t-il,
qui est assez éloquent, sur la nécessité, donc, d'avoir cette information.
Et donc... Alors là,
vous allez me dire : Bien, oui, mais pourquoi est-ce qu'on a besoin de 23
pour ça? Bien, on a besoin de 23 parce
qu'actuellement l'information appartient aux centres de services scolaires, et
donc, si on veut qu'ils puissent nous
la partager dans des banques de données communes, il faut le projet de loi
n° 23, M. le Président, pour qu'on puisse, justement, partager
cette information-là en temps réel.
Alors,
je vous ai parlé de la réussite scolaire. Vous savez, on vient de vivre une
rentrée scolaire, il en sera peut-être question un peu plus tard
aujourd'hui, on verra bien, mais, quand j'ai rendu publics, M. le Président,
les chiffres sur le nombre de postes à
combler, je n'ai pas pu aller voir en temps réel, dans une banque de données,
quel était l'état de situation. Il a
fallu que je m'adresse aux 72 centres de services scolaires pour leur
demander : Combien de postes à combler te reste-t-il? Et là ils m'envoient les 72 réponses, et je
compile les 72 réponses pour les rendre publiques pour les fins,
notamment, des députés d'opposition,
pour les médias, pour le grand public. Alors, c'est un autre exemple, M. le
Président, donc, de cette nécessité d'avoir le projet de loi n° 23
pour améliorer notre accès aux données.
Troisième
élément important, M. le Président, de ce projet de loi, c'est la création de
l'Institut national d'excellence en
éducation, l'objectif étant, M. le Président, d'avoir un institut tel qu'il en
existe déjà en France, en Grande-Bretagne, aux États-Unis, notamment, et qui
vise essentiellement une chose, identifier les bonnes pratiques pédagogiques,
qu'est-ce qui fonctionne dans les
salles de classe, qu'est-ce qui fait que la réussite scolaire est encore
meilleure, et prendre ces pratiques pédagogiques
et les diffuser dans les écoles du Québec, M. le Président. C'est ça,
l'objectif de l'institut d'excellence en éducation... l'Institut national d'excellence en éducation : on
veut démocratiser les connaissances, M. le Président, c'est ça qu'on
veut, pour avoir le meilleur enseignement possible pour nos élèves.
je fais une petite parenthèse ici, M. le Président, parce que je lis des choses
à propos de l'institut, dans les médias, je lis des choses. M. le
Président, ce qui m'a convaincu de la nécessité et du bien-fondé de créer un
institut national d'excellence en éducation, c'est ce rapport intitulé Promouvoir
des savoirs et des pratiques validés par des résultats scientifiques en
éducation . Ce rapport, M. le Président, ce n'est pas moi qui l'ai commandé,
il a été commandé par Sébastien Proulx,
ministre de l'Éducation du dernier gouvernement libéral. Dans ce rapport, et
j'invite les membres de l'opposition
à en prendre connaissance, dans ce rapport, tout l'argumentaire justifiant la
création de l'institut est présenté et développé avec, je pense,
beaucoup de persuasion, beaucoup de conviction.
On dit
notamment : Le premier principe de l'INEE, c'est de «rendre accessible
l'état des connaissances scientifiques et
des pratiques avérées pour l'ensemble des acteurs de la réussite éducative au
Québec». Est-ce qu'il y a quelqu'un, dans cette
Chambre, qui est opposé à l'idée de rendre accessibles les connaissances
scientifiques en matière d'enseignement aux élèves?
deuxième principe : garantir l'indépendance de l'INEE. Évidemment, on est
d'accord avec ça, on ne peut pas être
contre ça, et le projet de loi garantit cette indépendance. Est-ce qu'il faut
renforcer certaines dispositions? M. le Président, je vous l'ai dit
d'emblée, on est ouverts aux discussions.
troisième principe, dit le rapport commandé par le ministre Sébastien
Proulx... «Le troisième principe est lié aux types de savoirs à considérer et à l'étendue des savoirs scientifiques
dont il importe de rendre compte auprès des usagers.» Rendre compte des résultats des travaux
scientifiques qui tiennent compte non seulement des recherches qualitatives,
mais aussi des recherches
quantitatives. M. le Président. L'un peut très bien aller de pair avec l'autre.
Quantitatif, qualitatif peuvent très bien se conjuguer, M. le Président.
Quatrième
principe du rapport qui recommandait la création de l'INEE, M. le Président,
rapport commandé par le ministre
libéral de l'Éducation, Sébastien Proulx, quatrième principe : qu'il y ait
une relation de proximité avec tous les acteurs et groupes concernés par
l'éducation. On en fait la liste dans le rapport.
finalement le cinquième principe : que l'institut joue un rôle déterminant
par rapport aux besoins de formation, en collaborant avec les
universités, etc.
le Président, j'ai fait miens... ou j'ai fait miennes les recommandations de ce
rapport. Et donc, quand je lis parfois dans
les médias qu'il y aurait eu des forces occultes qui m'auraient influencé, M.
le Président, j'ai réfléchi, j'ai discuté avec des personnes très
connues, notamment Normand Baillargeon, Égide Royer et d'autres personnes qui
travaillent dans le milieu de l'éducation,
pour leur demander ce qu'ils pensent de cette idée de créer un institut, et ils
étaient d'avis que c'était une bonne
idée. Et moi, je l'ai lu, le rapport, M. le Président, et je le trouve
convaincant. Et donc nous avons décidé d'aller de l'avant avec cela.
Il n'y a personne, M.
le Président, aucun comité, quel qu'il soit, qui m'a influencé indûment, qui
m'a soufflé à l'oreille, qui m'a fait des
pressions, qui m'a rencontré dans des... Voyons donc! M. le Président, on se
connaît un petit peu, vous et moi,
là, j'ai beaucoup de défauts, mais j'ai quelques qualités, j'ai quelques
qualités, et l'une d'entre elles, je pense, mais ça, ce sera... on
pourra délibérer là-dessus, chers collègues, mais je pense avoir une certaine
indépendance d'esprit et je prends mes décisions en fonction de l'information
qui m'est présentée. Et donc l'information qui m'a été présentée sur la question de l'institut, l'information que j'ai obtenue
dans mes rencontres, dans mes conversations, les lectures que j'ai faites m'ont convaincu que c'était une
bonne idée d'aller de l'avant avec l'INEE. Et donc nous avons décidé de le
créer et nous le faisons en vertu du projet de loi n° 23. Voilà, M. le
Président, où nous en sommes.
Alors, ce que l'on
souhaite, évidemment, c'est aller de l'avant, M. le Président. Je l'ai dit à un
moment donné... Comment j'ai dit ça? Nous allons résister à la résistance au
changement, n'est-ce pas? Parce que, M. le Président, oui, il y a malheureusement, dans notre société,
parfois des blocages, il y a parfois une tentation de s'accrocher au statu quo.
Et je pense que... quand on regarde les défis
qui sont les nôtres présentement en matière d'éducation, je pense que le statu
quo n'a pas sa place, n'a plus sa place.
faut, M. le Président, se donner des instruments modernes, efficaces pour
permettre à nos élèves de mieux réussir et pour donner à notre personnel scolaire un environnement encore plus
agréable, même s'il y a de grands défis dans les écoles, je le
reconnais. Et je pense que le projet de loi n° 23 va y contribuer, M. le
Président, au bénéfice de nos élèves.
Alors,
voilà mon propos. Notre... Notre détermination, dis-je bien, notre
détermination, elle est ferme, M. le Président. Nous souhaitons
l'adoption du projet de loi n° 23 et nous souhaitons le faire en
collaboration avec les oppositions. J'espère
que j'aurai cette collaboration, M. le Président, parce que, il ne faut jamais
l'oublier, au-delà de la politique il y a les enfants, M. le Président, et il y a le personnel scolaire qui
travaille dans nos écoles auprès de nos enfants. C'est pour eux que le
projet de loi n° 23 a été conçu, déposé et, je l'espère, adopté. Merci.
Le Vice-Président (M. Lévesque) : Merci
beaucoup. Merci beaucoup, M. le ministre de l'Éducation. Je suis
prêt à reconnaître la prochaine intervention, et ce sera Mme la députée
de D'Arcy-McGee.
Mme Prass : Merci, M. le Président. Je me lève aujourd'hui au
nom des élèves avec des besoins particuliers et de leurs familles. Le projet de loi n° 23 ne
fait rien pour les élèves avec des besoins particuliers, il ne fait que brasser
les structures qui existent.
Laissez-moi
vous dresser un portrait de la situation, justement, des élèves avec des
besoins particuliers. Dans les derniers
mois, la CSSDM abolit le Service de
soutien pédagogique à l'intégration
des élèves handicapés physiques. À ce sujet, le ministre nous a dit que tout
était beau, alors que les directions des écoles, les parents et les élèves
disaient tout le contraire. Les cris
de coeur qui sont venus de la part de ces parents qui, finalement, voyaient la
réussite scolaire de leurs enfants qui a été enlevée de leurs mains avec
l'abolition de ce service.
cause du gouvernement de la CAQ, des mesures sanitaires ont été imposées aux
écoles sans qu'aucun financement supplémentaire
adéquat n'en suive. Le résultat : nos écoles épongent le déficit avec le
fonds... leur fonds de roulement, qui sert
habituellement à payer des services supplémentaires, comme psychologues,
orthopédagogues, éducateurs spécialisés.
Ensuite,
le gouvernement de la CAQ a changé la vocation d'une école de Lanaudière, qui a...
pour la prochaine... pour cette rentrée, même si l'école accueille
depuis 25 ans des jeunes avec des grandes difficultés de langage.
Résultat : plusieurs enfants seront
envoyés à d'autres écoles. Plusieurs de ces enfants risquent de devenir des
victimes d'intimidation et d'exclusion. Plusieurs parents devront
assumer la charge des services de réadaptation de leurs enfants.
cause du gouvernement de la CAQ, la déclaration des cas de difficultés, liée au
financement, se poursuit encore. Résultat :
des parents doivent encore se tourner vers le privé pour obtenir un diagnostic
afin que leurs enfants obtiennent des services à l'école.
Avec la
rentrée scolaire de cette année, on a vu qu'il y avait plus de
1 000 profs qui manquaient, mais, en plus de ça, les profs, les éducateurs spécialisés, les
orthopédagogues, orthophonistes, ils en manquent encore. Et, pour ceux qui sont
dans les commissions... dans les centres scolaires, ils ont été mutés comme
profs, parce qu'il n'y a pas assez de profs dans nos écoles, donc nos
spécialistes, dont nos jeunes ont désespérément besoin, ne sont même pas au
service pour lequel ils ont été formés. Ils
sont là comme enseignants plutôt que d'être du support pour nos profs. Et les
profs qui ont juste un secondaire V,
qui n'ont jamais été dans une classe auparavant avec des élèves qui ont des
difficultés d'apprentissage, bien, ils
n'ont aucun soutien. Ils sont laissés pour eux-mêmes, et nos jeunes sont
laissés pour eux-mêmes aussi. La réponse du ministre, tout cela :
Coupure par ci, diminution par là, sous-financement par ci, changement de
vocation par là.
Le Protecteur
du citoyen, Marc-André Dowd, a écrit que le Québec fait défaut aux élèves avec
des besoins spéciaux. Son rapport sur
les services offerts aux élèves du primaire qui présentent des difficultés
d'apprentissage ou de mésadaptation sociale
est en effet déconcertant. Il y a une pénurie de services et de main-d'oeuvre,
et ça ne va que s'empirer. Et ce projet de loi ne fait rien pour
adresser cet enjeu. Le projet de loi ne fera rien pour contrer ces coupures ni
pour la réussite scolaire des élèves avec
des besoins particuliers. Le ministre et ce gouvernement se disent que leur
priorité, c'est la réussite scolaire,
mais la réussite scolaire pas pour tous, pas pour ceux qui ont des besoins
particuliers. Eux, ils sont laissés dépourvus, et leurs parents
également. Donc, encore une fois, ce projet de loi n'adresse aucunement la
situation.
Dans les
derniers mois, les coupures et manques de services pour les élèves avec des
besoins particuliers se sont accumulés.
Le projet de loi n° 398, déposé par ma collègue de Westmount–Saint-Louis,
fait justement en sorte d'adresser cet
enjeu et d'adresser... avec un article, qui pourrait être appelé par le gouvernement,
qui ferait en sorte de garantir à ces élèves-là et à leurs familles d'avoir
accès aux mêmes services, aux mêmes ressources, au même niveau d'éducation que
tous les autres élèves. Le projet de loi
n° 398, Loi modifiant la
Loi sur
l'instruction publique afin de consacrer le droit des élèves handicapés ou en difficulté d'adaptation ou
d'apprentissage de recevoir des services éducatifs équivalents à ceux dispensés par l'école, c'est ce projet de loi que je voudrais voir passer
aujourd'hui. C'est ce projet de loi qui ferait une différence dans la
vie de ces jeunes et de ces familles-là.
Ce projet de
loi que vous présentez aujourd'hui, encore une fois, ne fait rien pour adresser
la situation des élèves les plus
vulnérables. Nos professeurs sont dépourvus. Si on veut valoriser nos jeunes,
il faut valoriser nos professeurs. Nos professeurs n'ont pas de soutien,
ils se sentent délaissés, ils se sentent dépassés, et on ne fait rien pour
adresser cet enjeu-là. Si on ne veut pas
seulement retenir les profs qu'on a, mais en attirer d'autres, il faut que ce
gouvernement fasse en sorte que le métier de professeur soit quelque
chose qu'on veut intégrer, avec des conditions, avec le respect, avec la valorisation, avec des salaires, avec des
conditions qui font en sorte qu'on n'aura pas une autre rentrée avec plus de
1 000 profs qui manquent
pour nos jeunes. Nos orthophonistes, nos orthopédagogues, nos éducateurs
spécialisés, eux aussi, se sentent dépourvus.
Ils sont mutés dans des cours... dans des classes avec trop d'élèves, pour
lesquels ils sont responsables, à offrir des services. Ils sont dépourvus parce que les écoles n'ont pas le temps
et l'administration n'a pas le temps de les soutenir, de les orienter,
de leur offrir la formation qu'ils voudraient avoir pour mieux servir nos
jeunes.
Si ce
gouvernement est vraiment sérieux pour la réussite scolaire de nos jeunes, il
faut que ce soient tous les jeunes du
Québec, et ce n'est pas ce qu'on voit maintenant. L'hiver dernier, il y avait
plus de 1 500 élèves qui ont eu un bris de service, donc qui ont dû quitter l'école et
rentrer à la maison pour que leurs parents soient leurs éducateurs, leurs
parents qui n'ont pas de formation, à
qui on offre peu de ressources, qui doivent maintenant quitter le marché du
travail pour rester à la maison avec leurs jeunes, ces parents qui...
Certains
d'entre eux vont avoir des enjeux de santé mentale parce qu'ils n'ont pas les
moyens financiers de s'occuper de
leurs familles, comme ils doivent rester à la maison avec un jeune. Ces
familles-là, c'est les premiers auxquels il faut qu'on pense puis c'est
les derniers auxquels ce gouvernement pense. Il faut que ces jeunes et leurs
parents savent que, quand ils vont envoyer
leurs enfants à l'école le matin, ça ne va pas être pour qu'ils soient renvoyés
l'après-midi puis qu'il soit
maintenant la charge de leurs parents de les éduquer. Il n'y a rien, encore une
fois, dans ce projet de loi qui fait en sorte qu'on va adresser ces
enjeux, et c'est un enjeu de société.
Tout le monde connaît quelqu'un qui a un enfant
avec un handicap, quelqu'un avec un enfant sur le spectre de l'autisme. Et qu'est-ce qu'on va dire à ces
parents-là? Bien, vous allez vous organiser. Ce n'est pas la responsabilité des
écoles, ce n'est pas la responsabilité du
gouvernement, c'est la vôtre, c'est la vôtre de quitter votre emploi, de
quitter votre vie pour vous occuper
de votre enfant, parce que le gouvernement, les écoles ne se sentent pas... ne
peuvent pas prendre les élèves en main parce qu'ils n'ont pas les ressources,
que ce soient les salles d'isolement qui ne sont pas encadrées, qui sont
utilisées comme des salles de punition par
des profs plutôt comme... plutôt que des salles de relaxation pour ces
jeunes-là, parce que les profs ne
sont pas formés, les profs sont dépourvus. Ils ne comprennent pas c'est quoi...
comment gérer des enfants avec des besoins particuliers.
Donc, on ne
voit pas ce gouvernement se fier du problème. Vous êtes obsédés avec la
centralisation, avec les structures, de pouvoir dire quoi faire à qui,
mais vous n'êtes pas intéressés à adresser les vrais enjeux de société. Ces
jeunes-là ont quelque chose à offrir. S'ils
sont encadrés, si on leur offre les services, les ressources, l'éducation dont
ils méritent, ils peuvent être des
membres de la société qui contribuent à la même hauteur que n'importe qui. Mais
ce qu'on fait, plutôt, en les négligeant, c'est de faire en sorte qu'ils
n'auront pas les outils, justement, quand ils vont arriver à l'âge adulte, pour
pouvoir contribuer à la société. Et je
n'entends rien de la part de ce gouvernement, que ce soit dans le projet de loi
n° 23 ou dans les autres discours sur l'éducation, pour même
prendre conscience de cet enjeu-là.
La question,
c'est : Ah! bien, c'est qui qui va être le dirigeant du centre scolaire?
Comment est-ce que le ministre pourra
faire pour les placer ensuite? Ils n'auront pas le courage de critiquer le
gouvernement parce que leur emploi dépend de la nomination du ministre. Donc, pour ceux qui
sortent pour dire : Bien, nous, on n'est pas d'accord avec les coupures,
on n'est pas d'accord avec le plan du
gouvernement, ces voix-là vont être muées, comme vous allez faire davantage
pour muer les voix de ces jeunes et de leurs familles qui ont des besoins
particuliers. Le gouvernement n'adresse même pas l'enjeu. Donc, comment
est-ce qu'on va vraiment arriver au fond de l'affaire si on n'adresse même pas
la question?
Également, je suis aussi porte-parole pour les
dossiers de la santé mentale, et on sait que nos profs sont déjà dépourvus. Nos profs sont brûlés. Nos profs quittent le
réseau de l'éducation à un plus grand nombre qu'ils ne l'intègrent. Nos
professeurs n'arrivent pas. Et la raison pour laquelle on a un manque de
profs... Et, encore une fois, le métier n'est plus attrayant pour eux. Ils
n'ont pas la reconnaissance, ils n'ont pas la valorisation de ce qu'ils font.
Ils n'ont pas les ressources. Ils n'ont pas
les moyens de pouvoir intégrer leur emploi et être satisfaits, à la fin de la
journée, qu'ils ont fait une différence, parce qu'ils veulent... C'est
la raison pour laquelle ces personnes-là étudient en éducation, pour laquelle ils rentrent dans nos écoles, ce n'est pas pour
les bonnes conditions, ce n'est pas pour la valorisation, ce n'est pas pour la
bonne paie, c'est parce qu'ils sont de tout coeur avec nos jeunes, et ils
veulent voir avancer l'éducation de ceux-là.
Et, encore
une fois, le gouvernement va juste faire en sorte d'ajouter à leurs tâches,
d'ajouter à leur stress, pour faire en sorte que ça va être encore moins
attrayant d'être prof. Et les enjeux de santé mentale, bien, ça va être leur
responsabilité. Ils vont se mettre
sur une liste d'attente avec 20 000 autres personnes, parce que le
gouvernement, encore une fois, n'adresse pas cet enjeu-là. Donc, c'est un cercle vicieux. On demande aux jeunes
d'étudier, d'aller à l'école et d'intégrer nos écoles, mais on ne leur donne pas les moyens de pouvoir y
rester et de vouloir y rester, de faire la job la plus importante qu'on a dans notre société, de préparer la prochaine
génération, de les encadrer, de les entourer, de s'assurer qu'ils ont les
connaissances et l'éducation pour
être des bons citoyens pour contribuer à notre société à la hauteur à laquelle
ils méritent et ils peuvent.
Et c'est tous
les élèves que... moi, dans ce contexte-là, je parle de tous les élèves, mais,
si on revient aux élèves avec des besoins particuliers, qu'est-ce que...
on n'entend même pas le début d'un plan, d'une stratégie pour adresser ces jeunes-là. Tout ce qu'on entend : Bien, c'est
la responsabilité... c'est le centre scolaire qui a pris la décision, ce n'est
pas le gouvernement. Donc là, avec votre projet de loi, et quand vous allez
nommer les directeurs généraux des centres scolaires, est-ce que vous
allez prendre acte, quand il va y avoir des coupures dans des programmes pour
des... et des services pour les enfants...
des élèves avec des besoins particuliers? Est-ce que vous allez vous lever à ce
moment-là? Est-ce que vous allez être
imputable à ce moment-là plutôt que de mettre la responsabilité sur des D.G.?
Bien, il reste à voir, mais pas certaine.
Ces jeunes-là
méritent d'être reconnus, méritent d'avoir un plan, méritent d'avoir le même
service, le même niveau d'éducation que tous les élèves. Ils sont différents,
mais ils ne sont pas moins, mais ce gouvernement, en les ignorant, fait en sorte que vous leur donnez l'impression, à eux
et à leur famille, qu'ils sont moins. Quand il y a des spécialistes qui font en
sorte que des jeunes qui ont pensé... jamais n'allaient avoir un parcours
scolaire, puissent avoir un parcours scolaire réussi
en fondant un lien de confiance avec cette personne-là et que, du jour au
lendemain, ce service, cette personne-là disparaît pour des raisons
budgétaires, comment est-ce qu'on explique ça à ce jeune et à ces familles?
Ces familles
se sentent dépourvues. Pour eux, c'était ce qui faisait en sorte que leur jeune
se levait le matin, que leur jeune
voulait aller à l'école, que leur jeune avait le goût de réussir. Et, sans ces
spécialistes et sans ces ressources-là, ces jeunes ne se retrouvent plus. Ils ne veulent pas aller à l'école,
ils ne veulent pas se faire intimider. Ils ne veulent pas devoir expliquer à chaque fois quelles sont leurs
difficultés d'apprentissage ou autres. Ils veulent être traités comme tous
les jeunes, avec les ressources et les outils qui sont nécessaires pour bien
les encadrer.
Alors, je
vous pose la question : Quand les coupures vont venir, puis on sait qu'ils
vont venir parce que c'est la tendance dans les derniers mois, est-ce
que le ministre va se lever à ce moment-là et dire aux D.G. des centres
scolaires que lui, il aura nommé : Vous
ne devez pas faire ça ou est-ce que, là, ça va être la responsabilité, encore
une fois, des centres scolaires? Donc, il s'en lave les mains, comme il
l'a fait tout au long de la dernière année. Donc, on veut voir une imputabilité pour les décisions qui sont prises
parce que, jusqu'à présent, tout le monde se lance la balle. Le CSDM : Ah!
bien, c'est question de budget, on n'a pas
assez de budget, on n'a pas assez de budget du gouvernement. Le
gouvernement : Ah! bien, ce n'est pas nous, c'est le centre
scolaire qui a pris la décision.
À un moment donné, ces jeunes et ces parents, on
leur doit des réponses. On leur doit de les regarder dans les yeux et de leur donner des explications, la raison
pour laquelle on fait en sorte de nuire à la réussite scolaire de ces jeunes
qui ne veulent qu'être traités comme tout le
monde, qui ne veulent qu'aller à l'école, avoir une éducation et ensuite
intégrer le marché du travail.
Les familles
ne font plus confiance à ce gouvernement-là. Les familles avec des élèves avec
des besoins particuliers voient que les choses continuent. Les choses
pas seulement continuent, mais, en fait, se... dégringolent. Le service, les ressources ne sont plus là. Donc, plutôt que de...
plutôt que de faire avancer la situation de ces jeunes-là, on a des reculs,
et ces familles-là ne se retrouvent plus.
Ils n'ont pas les moyens, ils n'ont pas le temps, ils n'ont pas la patience.
Ils aiment leurs enfants, ils veulent
voir leurs enfants réussir. Et ce gouvernement, avec les décisions des derniers
mois, fait tout pour que ces jeunes-là n'aient pas les mêmes chances, n'aient
pas les mêmes ressources que les autres jeunes. Donc, le système d'éducation à deux vitesses, avec aucune
reconnaissance, qui est un enjeu, avec aucune reconnaissance de l'essentiel de
ces services pour ces jeunes, et pour leurs familles, et pour notre société,
pour que ces jeunes-là, quand ils vont grandir, ils vont avoir une place dans notre société, ils vont avoir
un emploi, ils vont contribuer, ils vont se sentir comme des citoyens à part
entière, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui,
donc, ce projet de loi plein d'articles, rien pour adresser les vrais enjeux
des élèves avec des besoins particuliers et leurs familles. Merci, M. le
Président.
Vice-Président (M. Lévesque) : Merci beaucoup, Mme la députée de D'Arcy-McGee. Et
je reconnais maintenant l'intervention de Mme la députée de Mercier.
Mme Ghazal : Merci beaucoup, M. le
Président. Moi aussi, je veux souhaiter à tous les collègues une bonne rentrée parlementaire. Ça me fait plaisir d'être
de retour. J'espère que tout le monde s'est reposé pendant l'été et qu'on
revient avec un esprit apaisé pour avoir des débats sains et structurants pour
notre société, et c'est ce à quoi les gens s'attendent.
J'ai senti,
tout à l'heure dans l'intervention du ministre, que j'ai écouté très, très
attentivement, qu'il avait envie qu'on l'applaudisse. Moi, je vais intervenir,
donc, sur le projet de loi n° 23, que moi, j'appelle la réforme — mais
là je ne peux pas dire le nom — du
ministre de l'Éducation, une réforme des structures. Je vais peut-être avoir un
élément ou deux, quand même, de
positifs à souligner dans le projet de loi. C'est important, les gens aussi
aiment ça quand on reconnaît les points positifs dans le travail qui est fait
par le gouvernement. J'espère aussi que le ministre va reconnaître les bonnes
propositions que les partis d'opposition font aussi au gouvernement, parce
qu'on en fait plein.
Puis je
disais que j'écoutais très, très attentivement le ministre puis j'ai entendu un
petit peu ses critiques, justement, pour
l'opposition. Parce que ce n'est pas juste les partis d'opposition qui
critiquent le gouvernement. Les partis d'opposition, comme nous, à Québec solidaire, on se fait aussi
critiquer par le gouvernement, même si c'est lui... c'est le gouvernement
qui a tous les pouvoirs. J'ai envie de
donner un conseil au ministre, que je vais aussi, moi-même, suivre : ce
serait bien que le ministre ne succombe pas au piège de caricaturer les
critiques. Et là je ne parle pas uniquement des critiques des partis d'opposition, mais aussi des critiques des
intervenants des milieux scolaires, que ce soient les professeurs dans les
facultés d'éducation, dans nos
universités, au Québec, qui réfléchissent à ces questions-là, qui sont des
experts qui ne pensent pas tous pareil. Il y a plusieurs, plusieurs
façons de penser dans la recherche scientifique, et c'est une bonne chose.
Je l'invite
aussi à ne pas caricaturer les propositions qui sont faites, par exemple, par
les syndicats qui représentent quand même les profs, les enseignants,
dont on manque beaucoup, beaucoup, beaucoup dans nos écoles aujourd'hui. On l'a
vu, et le ministre a dû vivre avec ce drame-là, c'est un drame national de
manquer de profs, de professionnels, d'intervenants
pour être présent à la rentrée parlementaire. De ne pas caricaturer, donc, les
propositions qui sont faites par les partis d'opposition, de ne pas
succomber aussi à l'idéologie. C'est-à-dire que : Voilà, ça, c'est une
bonne façon de penser, c'est comme ça qu'il faut penser, puis après ça tous les
autres qui critiquent de façon... qui peut être une critique positive, c'est-à-dire une critique constructive,
de dire : Bien, ça, ce n'est pas bon, ça. Ça veut dire qu'ils sont contre,
donc ce n'est pas bon. Il y a les
pour, il y a les contre, une certaine idéologie. Et ça, c'est un piège très,
très, très fort auquel j'invite le ministre à ne pas succomber.
Et moi-même,
je vais donner l'exemple puis je ne vais pas y succomber. Il n'y a pas les
bons, les méchants, il n'y a pas le noir et le blanc. Dans plein de secteurs de
notre société, encore plus en éducation, il y a 50 nuances de gris, et
c'est important d'être à l'écoute puis d'écouter les idées. Ce n'est pas de
l'idéologie de ne pas de succomber dans l'idéologie, mais les idées qui sont proposées. Parce que je partage exactement, et
je suis certaine que tout le monde ici, dans cette Chambre, et la
société dans son entièreté partage l'objectif commun qui est la réussite de nos
élèves. C'est extrêmement important pour
notre société, pour que le Québec puisse avancer, que notre système d'éducation
fonctionne, qu'il fonctionne bien, qu'il
puisse offrir une éducation de qualité à tous les élèves du Québec, qu'ils
soient... évidemment, quand ils sont à l'école publique. J'ai un préjugé extrêmement favorable envers l'école publique
gratuite de qualité. Il faut qu'on y tienne, puis c'est notre objectif
commun. On n'a pas besoin de le répéter à toutes les fois. Moi, je prends pour
acquis que n'importe quel intervenant,
n'importe qui qui intervient sur le système de l'éducation, son objectif
premier n'est pas de nuire aux élèves du Québec, mais bien qu'ils
réussissent. Donc, on n'a pas besoin de le répéter à chaque fois puis de le
justifier.
Et j'espère que le ministre écoute ce que je
suis en train de lui dire. C'est quelque chose d'extrêmement positif. Quand je vais amener des critiques sur son projet
de loi, qu'il ne dise pas : Ah! bien, je le rejette du revers de la main,
ça veut dire qu'ils sont contre tout
ce que je dis dans le projet de loi. Pas du tout, parce que c'est... Moi, je prends
extrêmement au sérieux l'étude qu'on
va faire, là, quand on va terminer l'adoption du principe, l'étude
article par
article. Donc, je voulais un petit peu mettre la table et dire dans quel
état d'esprit j'ai envie qu'on travaille sur ce projet de loi là.
Avant d'aller
sur les éléments plus détaillés et plus particuliers du projet de loi, je ne
peux pas passer à côté de ce qu'on a appris hier par une demande d'accès
à l'information, qui est quand même très préoccupant, un fameux comité confidentiel que le ministre a mis sur pied, le
ministre de l'Éducation. C'est un comité qui n'existe plus aujourd'hui, qui
n'est plus actif, mais qui l'a été en 2021 et 2022, donc pendant deux
ans, le Comité sur les résultats scientifiques et le milieu scolaire. Et le fait que le ministre met sur pied
un comité pour le conseiller, c'est tout à fait normal. Je veux dire, ça fait
partie du travail d'un ministre de
dire : Je vais me faire conseiller par des experts et, voilà, je vais
mettre sur pied un comité pour pouvoir réfléchir et m'aider à la réflexion. Ça,
c'est tout à fait dans le droit du ministre. Et même on s'attend que le
ministre pose ce genre de geste là.
Moi, ce que
je trouve extrêmement, extrêmement inquiétant, c'est le fait que ce comité-là
soit confidentiel, qu'il donne même son avis et ses recommandations de façon
confidentielle. Je le disais, j'ai écouté attentivement ce que le ministre disait tout à l'heure. Il a parlé de
l'INEE, l'Institut national d'excellence en éducation. Il a dit que l'objectif
de l'INEE, c'est de démocratiser la
connaissance. Quand on parle de démocratie, de démocratiser les connaissances,
ça, ça veut dire de la transparence. Ça va de pair. La démocratie et la
transparence vont de pair. Donc, de mettre sur pied un comité puis que ce soit confidentiel, premièrement, je ne
m'explique pas pourquoi c'était confidentiel. Le ministre aurait très bien pu
en parler, s'il n'a rien à cacher, et de dire : J'ai mis en place ce
comité-là, puis ça va m'aider à faire mon travail de ministre pour
déposer un projet de loi qui soit complet. Et je ne peux pas l'écrire tout seul
sur le coin d'un bureau, j'ai besoin d'experts.
Et c'est tout à son honneur de faire ça. Mais le fait qu'il soit confidentiel
puis que ce soit uniquement par demande d'accès à l'information, que le
public ait pris connaissance de l'existence de ce comité, c'est ça qui est
inquiétant, très inquiétant.
moi, je ne veux pas, aucunement, remettre en question les qualités et les
compétences des gens, des huit personnes qui ont composé ce comité, pas du tout. Au contraire, ils ont été
appelés par le ministre et, comme citoyens impliqués et comme experts, ils ont répondu à l'appel du
ministre pour faire un travail et un mandat qu'ils ont eu. Et ça, c'est une
excellente chose. Mais on a quand
même des questions à se poser sur le fait que ce soit confidentiel, que
certaines de ces personnes-là sont venues intervenir dans le cadre du
projet de loi.
Lors des
consultations particulières, on a, tout le monde, posé des questions à ces
experts, et aucune fois ils n'ont mentionné qu'ils ont fait
partie d'un
comité. On a posé des questions à certains d'entre eux par rapport au fait
qu'ils ont fait
partie du précédent comité
qui a été mis sur pied par le précédent ministre de l'Éducation du Parti libéral pour un comité, en 2017, où
on parlait déjà de l'existence d'un institut d'excellence comme celui-là, et
ça, c'était clair parce que c'était public. Et on a posé des questions puis... moi,
j'ai posé des questions, puis ils étaient tout à fait à l'aise de dire
qu'ils en ont fait partie, mais aucun, à aucun moment, ils n'ont parlé pour
dire que nous avons aussi conseillé le ministre.
Certains
d'entre eux ont aussi écrit une lettre. Ils auraient pu très bien dire :
On entend toutes sortes de choses sur le projet de loi — ça,
c'était à l'automne dernier — voilà
notre notre avis, puis exactement la même lettre qu'ils ont publiée pour dire que... pour défendre l'idée, par
exemple, d'un institut national, défendre l'idée que... qu'il y ait des études
basées sur des données probantes,
etc., et de mentionner au passage non seulement leurs occupations
professionnelles dans les facultés d'éducation ou autres, mais aussi de
dire : Par souci de transparence, on veut quand même dire que nous avons conseillé le ministre, et il a tenu compte de nos
recommandations dans le projet de loi. Et personne n'aurait été scandalisé.
Personne. Ce qui est scandaleux, c'est de ne
pas l'avoir mentionné, de ne pas l'avoir dit. Ça va à l'encontre de l'idée même
quand on dit que l'éducation, ce n'est pas
uniquement la responsabilité des parents, ce n'est pas uniquement la
responsabilité des profs, ce n'est
pas uniquement la responsabilité du ministre de l'Éducation, c'est la
responsabilité de toute la société.
L'éducation est un enjeu de société. Ça, ça veut
dire que l'ensemble de la société doit être mise au courant des changements qui sont faits dans notre système
d'éducation et comment est-ce qu'on les fait. C'est ce qui a été fait il y a
60 ans avec le rapport Parent. Quand il
y a eu le rapport Parent, bien, il y a eu des consultations dans toute la
société pour parler, pour faire une
réforme extraordinaire qui doit nous inspirer aujourd'hui. La façon que ça a
été fait, ça doit nous inspirer. J'ai entendu le ministre nommer Normand
Baillargeon. Bien, Normand Baillargeon, je ne sais pas si le ministre est au courant, je suis certaine que oui, il appelle à ce
qu'il y ait un rapport Parent 2.0 ou, en tout cas, des consultations qui
précèdent un rapport pour réformer
notre système d'éducation. Et, quand on parle de ça, bien, ça ne se fait pas en
catimini dans un comité caché. Ça se fait de façon transparente où tout
le monde, tout le monde, y compris les syndicats, les profs, les professionnels, les intervenants, les directions,
les parents, les élus, tout le monde intervient pour dire c'est quoi, l'école
de demain que nous voulons à nos
enfants. C'est cet esprit-là qui doit nous guider aujourd'hui, pas l'esprit de
cacher des choses et de ne pas les montrer.
Un des
intervenants dans l'article du Devoir d'hier disait qu'il faisait
partie... un des membres de ce comité-là qui a été mis sur pied par le ministre
a dit : Ça aurait été impossible, on n'aurait pas pu travailler s'il y
avait des gens dans notre comité qui avaient une autre façon de penser, qui étaient
contre le fait qu'on analyse tout, par les données probantes, dans la classe. On n'aurait pas pu avancer, ça aurait
été impossible. Bien, le ministre, ce qu'il aurait pu faire, c'est avoir un
autre comité, avec une autre idée, de gens qui interviennent aujourd'hui
beaucoup dans l'espace public pour dire : On ne peut pas uniquement se concentrer sur les données probantes
de façon fermée dans ce qui se passe dans les classes, et il faut quand même tenir compte de plusieurs études avec des
facteurs socioéconomiques beaucoup plus larges. Il y a des gens qui disent :
Oui, il y a des données probantes, mais ce
qu'il faut, c'est aussi tenir compte de d'autres facteurs et d'autres
indicateurs pour aider à la prise de décision.
Il aurait pu y avoir un autre comité avec une
autre façon de penser, une autre idéologie, et après ça le ministre aurait eu les deux. Ça aurait été rendu public,
les recommandations, et il aurait pu, après ça, faire son travail d'élu, de
ministre et de... prendre des
décisions, puis peut-être qu'il aurait été... il serait allé dans le même... On
aurait eu le même projet de loi, peut-être, peut-être, mais, au moins, il
aurait donné la chance d'avoir un débat sain et transparent. Donc, ça, ça
aurait été une autre avenue ou,
peut-être, une autre... C'est ce que moi, je propose en lisant les informations
puis en ayant cette inquiétude face à cette nouvelle-là.
Donc, ça, ça
va être important, la transparence. Vous allez m'entendre parler de ça
beaucoup, beaucoup, beaucoup. Et je
ne suis pas seule. Il y a aussi... Il y a eu une lettre, aussi, qui a été
adressée au premier ministre en juin dernier. Il y a eu 217 profs
d'université qui ont partagé leurs inquiétudes par rapport au projet de loi
puis la tendance vers laquelle il nous mène.
Ils ont écrit récemment pour dire : Wow! M. le ministre, il y a eu un
comité confidentiel, on a appris sa connaissance par demande d'accès à
l'information, on est encore plus inquiets, encore plus inquiets. 217 profs,
et, depuis ce temps-là, la liste s'est allongée. On ne peut pas rejeter
ça du revers de la main puis dire : C'est des gens qui font de la critique
ou...
Comme... J'ai
été, il y a quelques jours, sur la Côte-Nord, j'ai été dans le comté de
René-Lévesque et j'ai lu... j'ai entendu le député de René-Lévesque dire, sur
un projet de pont, là, dans le journal La Manic , dire : Il y a les
majoritaires, ceux qui sont pour
nous, puis il y a les perturbateurs, ceux qui critiquent puis qu'on entend.
J'espère que le ministre de l'Éducation puis que le gouvernement de la
CAQ ne réfléchissent pas comme ça : Il y a ceux qui sont avec nous, puis qui votent pour nous, puis qui sont avec nous,
puis il y a les perturbateurs. C'est très insultant comme mots, surtout dans
une démocratie. On ne peut pas réfléchir de
cette façon-là. Je dirais que ce n'est pas juste insultant, c'est aussi
dangereux, dans une démocratie, de penser comme ça.
Donc, je
vais, une fois cette longue mise en garde faite... Et, je répète, ce que je
suis en train de dire, je veux me l'appliquer
à moi-même. Quand il y a des gens qui ne sont pas d'accord avec qu'est-ce que
je propose ou quand je relaie, par
exemple, des informations qui me sont communiquées par toutes sortes de gens du
milieu... Parce que, vous le savez, M. le
Président, on parle avec tout le monde, et c'est important. Ça fait
partie de
votre description de tâches, comme député, de parler avec tout le monde, d'écouter, et, à un
moment donné, on relaie ces informations-là, puis de ne pas dire : Bien,
ce n'est pas bon, c'est de la critique. On
peut débattre. Nous sommes ici, dans cette Chambre, dans cette Assemblée, pour
avoir des débats de société, et je vais toujours me le rappeler. Des fois, je
vais dire avec... au ministre : Je ne suis pas d'accord avec vous et je
veux vous sensibiliser à mes arguments, et pourquoi. Puis je vais écouter les
arguments du ministre. Puis, à la fin, on
n'est peut-être pas d'accord, mais ce n'est pas une raison pour dire : Il
y a une bonne façon de penser, puis
le reste, c'est mauvais, surtout en matière d'éducation. Parce que le projet de
loi qu'on a devant nous, le projet de
loi n° 23, va avoir des impacts extrêmement, extrêmement importants dans
les années à venir. Donc, il faut prendre le temps de bien entendre tous les arguments sur, par exemple, les
modifications qui doivent être faites à ce projet de loi là.
Je vais
essayer de synthétiser mon discours puis les éléments plus particuliers, là,
dans les articles du projet de loi en quelques minutes, là, juste pour que tout
le monde sache vers où je m'en vais puis c'est quoi, l'idée à laquelle je veux
sensibiliser tout le monde qui nous écoute, et plus particulièrement le
ministre.
Dans ce projet de loi là, le ministre centralise
les pouvoirs entre ses mains. Il devrait plutôt mettre fin à l'école à trois vitesses. Le ministre, dans ce projet de
loi là, veut décider à la place des centres de services scolaires, qui ont été
créés par le gouvernement de la CAQ. Il devrait plutôt mettre fin à l'école à
trois vitesses. Le ministre abolit le Conseil supérieur de l'éducation. Il
devrait plutôt se concentrer à mettre fin à l'école à trois vitesses. Le
ministre abolit le Comité d'agrément des
programmes de formation à l'enseignement, le CAPFE pour les intimes. Il devrait
plutôt se concentrer à mettre fin à
l'école à trois vitesses. Le ministre veut décider, à la place des profs,
quelle formation elles... Et je vais utiliser «elles» pour «profs», et je suis certaine que les profs masculins vont
m'en excuser, parce que la majorité de leurs collègues, je suis certaine, dans pas mal toutes les écoles,
c'est des femmes. Donc, ça va être le féminin qui va l'emporter dans la profession enseignante. Le ministre veut décider à
leur place, à ces enseignantes, quelle formation elles devraient suivre.
Le ministre devrait plutôt se concentrer à mettre fin à l'école à trois
vitesses.
Je pense que,
M. le Président, vous me voyez venir, ça devrait être ça, l'obsession du
ministre. Parce que c'est l'école à
trois vitesses : l'école publique régulière, qui est de moins en moins
régulière, c'est surtout des élèves qui ont des difficultés
qu'on retrouve là, de plus en plus, il y a l'école publique avec projets
particuliers et il y a l'école privée, subventionnée 60 % et plus par l'argent public. C'est ça, l'école à trois vitesses.
Et ça, cette façon de faire là, notre réseau, notre système d'éducation, au Québec, qu'on a laissé aller vers
cette école à trois vitesses, parce que ce n'était pas ça, au départ, ça s'est
accentué, bien, c'est un problème
fondamental duquel découlent énormément de problèmes que nous vivons
aujourd'hui dans notre système
d'éducation, y compris la pénurie de main-d'oeuvre, qui est un drame national.
Si le gouvernement nous dit que l'éducation est sa priorité, il devrait
considérer que la pénurie qu'on vit aujourd'hui dans nos écoles est un drame
national.
Donc, pendant
que tout le monde dit au ministre, y compris des parents — la
fédération des parents aussi a parlé de
ça — pendant
que tout le monde lui dit que l'école à trois vitesses, c'est vraiment un
problème, le ministre se lance dans une
autre réforme des structures où il y a une grande centralisation, une
centralisation que Gaétan Barrette ne renierait pas. Il a été très, très
satisfait de la centralisation dans le système de santé parce que c'est son
domaine puis, s'il avait vu ce qui est
en train de se passer dans le système d'éducation, il aurait jubilé. Peut-être
qu'il l'a déjà vu puis peut-être qu'il en a parlé, je ne le sais pas.
Puis cette
centralisation-là est aussi dangereuse pour un gouvernement qui se dit le
gouvernement des régions. Dans les
régions, les réalités du système d'éducation sont différentes. On ne peut pas
avoir des solutions mur à mur partout. On ne peut pas, dans le système
d'éducation, prendre les décisions loin des écoles, dans la capitale nationale,
au complexe G, dans le bureau du
ministre. Le ministre nous a dit que ce n'était pas ça, son intention, mais,
quand on lit le projet de loi, c'est
ça qu'on voit. Il se donne énormément, énormément de pouvoirs. Et il y a eu des
gens qui sont intervenus, notamment dans...
qui travaillent, qui sont dans des centres de services scolaires, ou des gens
du milieu, dans des régions, où ils se disent :
Bien, attention, notre réalité, nous, elle est différente. Ça ne peut pas être
décidé uniquement à Québec, comment ça se passe, et on est très inquiets
pour ça.
Et ça va même
à l'encontre de l'esprit de l'ancien ministre de l'Éducation avec le projet de
loi n° 40. Pas ce qu'il a fait,
parce qu'il y a eu une centralisation, il y a eu... Quand on a changé, quand on
a enlevé la démocratie scolaire, il s'est donné plus de pouvoirs, mais ce qu'il disait, ce n'était pas ça. Et je
le cite, l'ancien ministre de l'Éducation, lors de l'étude ou, en tout cas, du... des discussions autour...
et des débats autour du projet de loi n° 40, qui a aboli les commissions
scolaires. Il disait : «Ce
projet de loi — on
parle du projet de loi n° 40 — permettra
notamment de donner davantage d'autonomie aux écoles et de rapprocher la
prise de décision de celles et ceux qui connaissent les élèves par leur nom.»
Qui connaît
les élèves par leur nom? Souvent, c'est les directions dans les écoles, pas
juste les profs qui connaissent les élèves par leur nom, les gens qui sont sur
le conseil d'établissement, dans les écoles, ils le connaissent. Je ne pense
pas que le ministre de l'Éducation a comme
objectif de connaître le nom de tous les élèves de nos... dans nos écoles, mais
c'est ça qu'il fait, il éloigne la prise de décision des gens qui
connaissent les élèves.
Plus précisément, dans le projet de loi quand on
dit... quand je dis qu'il y a une centralisation qui est opérée, de quoi je parle, au juste? Le ministre veut, par
exemple, avoir le droit de contrôler les communications dans l'ensemble du
système. Il va y avoir une omerta qui va s'installer. Déjà, c'est le
cas. Moi, quand il y a des profs qui me parlent, quand je leur parle, c'est très, très difficile. Ils le font sous le sceau de
l'anonymat. Et, on l'a vu, il y a des communications qui sont faites, c'est : Gare à vous si vous parlez,
parce que vous devez fidélité à votre employeur. Mais, sous le couvert de la
fidélité, il y a toutes sortes de
choses aussi qui... qu'on met là-dedans, et ça devient une omerta. Puis, en
contrôlant l'information, ça devient de plus en plus opaque. L'omerta va
exister de plus en plus, le problème va s'aggraver, et ça, ce n'est pas bon pour personne, en premier pour les élèves. Et
surtout, avec ce qu'on a appris par rapport aux comités confidentiels pendant
deux ans, bien, c'est d'autant plus inquiétant, cette opacité-là puis ce
contrôle des communications.
Le ministre va aussi procéder à la nomination du
directeur général de chacun des centres de services scolaires. C'est lui qui va
dire : Oui, tu restes, non, tu ne restes pas, puis je vais te remplacer
par un autre. Extrêmement inquiétant, extrêmement inquiétant que ce soit lui et non pas
les membres du C.A. Donc, on vient d'enlever, de transférer des pouvoirs
des C.A. vers... des conseils
d'administration des centres de services scolaires, où des parents, par
exemple, siègent, vers le ministre. Ça, c'est une autre centralisation
qui est faite par le projet de loi.
Les centres de services scolaires vont devoir
conclure, avec le ministre, une entente de gestion et d'imputabilité contenant
notamment des indicateurs nationaux, des objectifs et des orientations. C'est
vrai qu'il faut qu'il y ait de l'imputabilité
de la part des centres de services scolaires. Il faut que quelqu'un soit
imputable quand une mauvaise décision est
prise, comme par exemple dans le centre de services scolaire des Mille-Îles, où
j'ai parlé avec beaucoup, beaucoup de parents,
des gens qui sont inquiets parce qu'ils vont voir, à cause d'une décision qui a
été prise par le centre de services scolaire, leurs frais de garde exploser. Les parents ne le savent pas encore. Ils
ne le ressentent pas encore. Les conseils d'établissement essaient de
sensibiliser les profs à ça, puis je porte une pétition à ce sujet-là.
Puis il y a une mauvaise décision dans les
centres de services scolaires, il faut qu'ils soient imputables. Bien, contrairement à ce que pense le ministre, les
parents ne peuvent pas renverser la décision. Bien, ce n'est pas à lui de la
renverser, ça devrait être aux
parents, ça devrait être aux gens autour de la table, dans les centres de
services scolaires, de dire : Bien, ça, cette décision-là n'a pas
de bon sens. Il faut qu'elle soit changée, puis vous êtes imputable quand vous
prenez des mauvaises décisions. Ce n'est pas
au ministre de dire : Mon Dieu! les oppositions m'interpellent parce que
les centres de services scolaires
prennent des mauvaises décisions, et donc c'est moi... moi, j'ai la science
infuse... c'est-à-dire que je le sais, c'est quoi, la bonne chose, et ce
que je vais décider va être la bonne chose.
Peut-être que
le ministre actuel, c'est bien, qu'est-ce qu'il décide, mais, dans le projet de
loi, ce n'est pas son nom ni son
prénom qui sont écrits là-dedans, c'est écrit «ministre de l'Éducation». Ça
fait que ça peut être n'importe qui, et le ministre n'a pas la science infuse.
Donc, c'est important de renforcer les pouvoirs et les contre-pouvoirs qui sont
dans les centres de services
scolaires pour qu'ils soient imputables, et pas sa solution d'y aller de
manière drastique : Bien, c'est moi qui vais, finalement, donner
les orientations, etc.
Il peut y
avoir une entente, mais toute cette question-là des indicateurs nationaux,
cette logique-là... Le ministre nous a parlé de la performance. Il n'y a
personne qui veut que ce ne soit pas performant ou qu'on dilapide l'argent
public. Il n'y a personne qui fait ça, là,
dans les écoles, mais il y a cette logique marchande de dire : Bien, il
faut attendre des cibles, des résultats.
Moi, j'ai
travaillé dans les entreprises pendant longtemps, puis, tous les matins, on
regardait des indicateurs sur la production,
sur les accidents, etc., puis là il fallait que ce soit vert, là, parce que, si
c'est rouge, là, ça va mal. Ça, je comprends, quand on parle d'usines, là, de machines qui produisent des choses à la
chaîne, mais on est dans des écoles. On ne peut pas implanter cette
philosophie, cette idéologie — je dis au ministre de faire attention aux
idéologies, là — cette
idéologie marchande à nos écoles publiques, ce qu'on appelle la nouvelle
gestion publique, à laquelle le gouvernement succombe énormément, et c'est déjà commencé, c'est déjà fait dans le système de
santé, puis là on le continue dans les écoles. Ça, il faut faire
attention beaucoup à ça.
Ces méthodes
et techniques de gestion qui sont empruntées au secteur privé, comme par
exemple la compétition, bien, ça, ce
n'est pas très bon dans nos écoles, pour les enfants, ces valeurs-là, comme
celles qu'on a dans les entreprises privées pour les employés, pour les P.D.G. On est, je rappelle, dans des écoles.
Puis ça fait des décennies, là, ça fait deux décennies qu'on implante
cette nouvelle philosophie-là, ce type de gestion axée sur les résultats, sur
les tableaux de bord, sur les cibles, etc.,
puis, si ce n'est pas atteint, ça veut dire que tout est mauvais. Et, des fois,
c'est beaucoup plus nuancé que ça, il y a d'autres indicateurs qu'il faut
regarder, pas uniquement des résultats précis avec des chiffres précis. C'est
très dangereux, il faut faire
attention à ça. Puis ça amène aussi, puis on le vit aussi en santé, une perte
de sens du travail, ça amène de l'anxiété de performance pour les
élèves, pour les profs, où il y a une pression accrue qui ne les incite pas à
vouloir rester.
Donc, cette
idée-là, de nouvelle gestion publique, ça a été un échec, là, dans le
système... dans les services publics, et, avec le projet de loi, bien, ça s'en
va exactement dans cette direction-là. Ça, on va regarder les articles, là,
article par
article pour s'assurer...
pour voir si c'est possible de faire des modifications pour que ce ne soit pas
cet esprit-là de nouvelle gestion,
là, publique basée sur le privé qui s'implante de façon accrue dans nos écoles
et de façon... qui va rendre la gestion, dans nos écoles, inefficace de
toute façon. Ce sera inefficace.
Le projet de
loi accorde aussi, comme je le disais, au ministre le pouvoir d'annuler une
décision de centre de services scolaire, et j'en ai parlé tout à l'heure, oui,
il y a des décisions qui peuvent être mal faites, mal prises, etc. Bien,
il faut qu'il y ait d'autres gens qui
puissent décider. Justement comme le disait l'ancien ministre de l'Éducation de
la CAQ, il faut que ce soient les gens qui connaissent les élèves par leur nom
qui puissent renverser les décisions, ou les changer, ou en discuter, et
non pas au ministre.
Pour ce qui
est de la formation des enseignantes, ça, là, c'est plus que de l'ingérence que
fait le ministre, c'est une insulte,
c'est une dévalorisation de nos profs, et Dieu seul sait à quel point nos
profs, pour qu'ils... pour qu'elles restent dans notre réseau, ont besoin
d'être valorisées, d'être reconnues. J'ai entendu le ministre, lors des
consultations particulières, dire :
Bien, attention, c'est 30 heures. Si, par exemple, à cause des études, des
données probantes puis ce que l'Institut national d'excellence propose, on va mettre quelques
heures, trois heures, cinq heures, que ça va être... c'est ce qu'on propose, on
va rendre ça obligatoire, par exemple
le français, de la formation de français, là, lui, il dit : Deux heures,
trois heures, cinq heures sur 30,
c'est écrit où dans le projet de loi? J'ai cherché, là, ce n'est pas écrit. Un
ministre pourrait dire : Bien, moi, ça va être 30 heures sur 30, ça
va être ça, les formations que vous allez suivre, parce que, quand je regarde
mon tableau de bord puis mes cibles, là, bien là, les élèves, ils n'ont
pas réussi dans telle matière. Ça fait que, ça, ça veut dire que, dans la classe, c'est peut-être mal enseigné, il va
falloir tous que vous alliez suivre telle formation. Mais, des fois, les
résultats, ce n'est pas parce que c'est mal enseigné, il y a d'autres facteurs.
Il n'y a pas juste les petites données probantes, exactement, qu'on
regarde dans ce qui se passe dans la classe, il y a peut-être d'autres choses,
d'autres facteurs qui influencent les cibles puis les résultats que le ministre regarde,
et donc on s'en va vers une mauvaise solution de dire que ça va être telle
formation.
Donc, ça, là,
de dire que c'est uniquement quelques heures de formation, il n'y a aucune
garantie. Ce n'est écrit nulle part,
le pourcentage ou combien d'heures, ce n'est écrit nulle part, ça peut être
100 % des heures imposées par le ministre.
Ça, c'est... Ça, là, c'est vraiment... Si on ne veut que cibler puis contrer
l'autonomie des profs, là, c'est... il n'y a pas mieux que ça pour décourager
les profs puis dire : Mon Dieu! moi, je le sais, qu'est-ce que j'ai
besoin. Puis ça, là, moi, j'ai fait une tournée éducation puis j'ai
parlé avec des profs et des gens dans le système d'éducation puis qui nous ont dit... ou des gens de... qui témoignaient. Ils
disaient : Moi, ce n'était pas ça, la formation que je voulais suivre, là.
Je le sais que ce n'est pas bon, ce
n'est pas ça que j'ai besoin, puis là on me l'imposait. Ça fait que j'étais
obligée de la suivre, mais moi, je
sais que ce que j'ai besoin, c'est telle autre formation. Ça fait que, ça, il
va falloir faire attention à ça. Et le projet de loi n° 40, c'était ça,
son objectif. Ça a été même un gain.
Là, il y a
comme un recul avec le projet de loi n° 23. Il y avait un gain de dire :
Bien, il y a eu une entente entre les syndicats et le ministère pour faire en
sorte que ce sont les enseignants qui décident de leur formation. Et là on va
l'imposer par l'Institut national de
l'excellence et parfois même par le ministre, parce qu'il va y avoir des
objectifs nationaux, ce qui est une
bonne chose aussi, d'avoir des objectifs nationaux, ça, on n'en a pas contre,
mais de ne pas y aller par le moyen d'imposer des formations à nos profs. C'est assez de les prendre par la main puis
de ne pas les considérer comme des expertes de leur classe.
J'ai parlé
avec des profs qui ont quitté l'enseignement. On parle beaucoup des profs, ceux
qui quittent quelques années, des
nouveaux, là, avant cinq ans, mais ceux aussi que ça a fait mal au système,
c'est ceux qui ont de... celles qui ont de l'expérience, par exemple 20 ans en éducation, assez vieilles pour
avoir de l'expérience, mais trop jeunes pour prendre leur retraite et qui décident d'aller ailleurs puis de
travailler ailleurs. Bien ça, premièrement, ces enseignantes-là, la majorité
m'ont dit : On n'a pas eu d'entrevues de départ, hein? Si on veut une
bonne gestion, peut- être, dans le système privé, des entrevues de départ, quand tu quittes une entreprise, moi,
c'est déjà arrivé, on le fait pour savoir qu'est-ce qui a bien, qu'est-ce qui a
mal été. Bien, elles, elles n'ont pas eu ça
du tout. Et ça, là, ça, c'est une saignée, ces profs qui quittent. Puis,
là-dedans, c'est de sentir que leur expertise, outre leur charge, et tout ça,
de sentir que leur expertise n'était pas reconnue, puis de leur
dire : Tu vas suivre cette
formation-là. Voilà ce qui a été décidé en haut, là. Ça, là, ça ne s'en va pas
vers la valorisation des profs.
L'ancien
ministre de l'Éducation, j'ai envie de le citer. Je le cite beaucoup, mais
c'est important. Je ne sais pas si, des fois, l'ancien ministre de
l'Éducation et l'actuel ministre se parlent. Et ce qu'il disait pour son projet
de loi n° 40 : «...il n'y a pas assez d'autonomie dans nos écoles. Ils nous disent : Parfois,
en enseignant dans les écoles, on se sent un peu comme des techniciens, on ne se sent pas respecté. On ne sent pas la
compétence des enseignants et de toute l'équipe-école
reconnue pour prendre les bonnes décisions pour les élèves.» Je ferme les
guillemets. Ça, là, c'est l'ancien ministre
qui disait ça. Bien, je veux dire, on pourrait le reciter. Il pourrait dire la
même chose sur le projet de loi n° 23. C'est vraiment une attaque à
l'esprit de démocratie participative, là, dans notre réseau.
Donc, après
le CAPFE, le comité, là, pour les programmes qui existait... oui, est-ce qu'il
y avait des choses à changer, à améliorer? Bien sûr. Mais ça, c'est
souvent avec la CAQ : Ah! il y a des défauts, ça ne marche pas. Moi, j'ai
été responsable de l'énergie puis je me
rappelle, quand on a étudié le projet de loi, là, où ça devait être simple,
simple, simple, avec l'ancien ministre de l'Énergie qui disait que : Bien
là, ça ne marche pas, c'est long, la régie. Parfait, on enlève ça, on réduit sa responsabilité. Ça, c'est une tendance,
chez le gouvernement, de dire : Il existe quelque chose qui fait défaut,
mais, au lieu de l'améliorer, bien,
on va l'abolir, puis on va mettre d'autres choses, puis on va réinventer la
roue nous-mêmes. Ça, c'est une mauvaise façon de penser. Ce n'est pas
agir de façon ciblée. Donc, abolition du CAPFE, abolition du Conseil supérieur de
l'éducation et attaques contre l'autonomie des profs.
Je vais
encore reciter l'ancien ministre de l'Éducation quand il parlait de son projet
de loi n° 40 : « C'est l'écho
qu'on reçoit sur le terrain en visitant des dizaines d'écoles dans des milieux favorisés et défavorisés, en
milieu rural, en milieu urbain. C'est
ce qui ressort. Évidemment, il n'y a pas d'unanimité. Évidemment, il y a des
gens qui souhaiteraient que ça ne change pas. Mais beaucoup de personnes
sur le terrain attendent cette décentralisation de la prise de position, attendent qu'il y ait davantage d'argent qui sont
envoyé aux écoles.» Bien, en ce moment, avec qu'est-ce que je vous dis, ce n'est pas juste une phrase que je dis comme ça,
il y a une centralisation, et je vous en ai parlé, ça va être que le ministre
va pouvoir choisir les formations. Le ministre va pouvoir tasser un directeur
général ou le mettre... l'embaucher. Le ministre
va pouvoir enlever ou mettre de côté une décision qui a été prise par les
centres de services scolaires, imposer ses décisions. Donc, tout ça, c'est des articles qui sont dans la loi, qui
amènent une centralisation entre les mains du ministre dans son bureau. Si ce n'est pas une
centralisation, je ne sais pas c'est quoi. Bien, l'ancien ministre de l'Éducation
ne devrait pas être d'accord avec le projet de loi n° 23
parce qu'il va exactement dans le sens contraire que ce que lui recherchait.
Les fleurs.
Le ministre, tout à l'heure, disait : Mon Dieu! on n'applaudissait pas. Je
vais quand même mentionner un aspect
positif dans le projet de loi, et il l'a mentionné aussi dans son discours,
c'est l'accès aux données. Absolument. Ça,
c'est un problème, de devoir faire des demandes d'accès à l'information. Quand
les journalistes essaient d'aller chercher, qu'ils font des enquêtes
puis ils essaient d'aller voir tous les centres de services scolaires un par
un, à leur envoyer un questionnaire à ne plus finir pour avoir des réponses,
ça, c'est vraiment problématique.
Même,
d'ailleurs, j'ai l'impression que le ministre, quand il nous a mis dans... le
chiffre astronomique qu'il avait mentionné,
une semaine, là, à peine avant la rentrée, pour dire : voilà, il manque
tant de profs, puis, finalement, on a appris qu'il y en a moins, c'était peut-être une démonstration pour nous
démontrer à quel point il ne détient pas les chiffres. Peut-être que c'était ça qu'il voulait démontrer. Mais ça,
il n'avait pas besoin de le faire, on le sait. C'est quelque chose d'important.
De ce que je
comprends, c'est que les chiffres existent, les chiffres sont là, les données
existent dans les centres de services
scolaires. Maintenant, il veut se donner le pouvoir de pouvoir les demander,
puis que ça rentre dans une base de données
commune, puis qu'on ait accès aux chiffres rapidement, puis qu'on ne cherche
pas de midi à 14 heures pour les avoir, puis que le ministre puisse
répondre, quand il se fait poser la question, combien il manque de profs,
combien il manque de professionnels, combien
telle chose, telle chose, etc., qu'il puisse répondre. Et, en ce moment il n'y
a pas les outils pour le faire. C'est
très bien qu'il puisse avoir une loi pour lui donner le pouvoir d'avoir ça. Ça,
c'est une bonne chose.
Nous
sommes d'accord avec ça. Mais ces données ne doivent pas rester à l'intérieur
de la boîte du ministère puis du ministre, puis que ce soit uniquement
par des demandes d'accès à l'information à ne plus finir, qui font travailler beaucoup de monde puis qui retardent les prises de
décision puis retardent aussi la transparence. On veut démocratiser les connaissances, démocratiser tout, bien, il va
falloir qu'il y ait de la transparence, je ne le répéterai jamais assez. Il
faut que ces données soient
accessibles à tout le monde, aux experts, aux syndicats, aux universités, pas
juste au ministre, qui les sort quand ça fait son affaire. Ça, c'est
très important.
Donc,
abolition de deux... abolition, plutôt, du Conseil supérieur de l'éducation
et création de l'Institut national de l'excellence
en éducation. Donc, le ministre veut créer cet institut-là. D'ailleurs, quand
j'ai lu, puis j'ai eu aussi l'occasion de
réagir à cet
article sur le comité secret, où tout était confidentiel, bien, ce
comité-là, j'avais comme l'impression que c'était comme l'INEE avant l'INEE. On a mis en place peut-être quelque
chose comme l'institut avant de mettre en place l'institut. Puis moi, je me pose des questions. Ces gens-là... Et je le
répète, je ne remets pas en question leur compétence. Ils ont une façon de penser, une idéologie, c'est
très bien. C'est des experts, puis c'est ça qu'ils défendent puis ils font leur
travail, puis c'est une bonne chose.
Maintenant, eux, est-ce que ces personnes-là seulement vont avoir le privilège
de siéger et d'être à la tête de
l'Institut national d'excellence en éducation parce qu'ils vont dans
l'idéologie que la ministre veut mettre sur pied en éducation? Ça, c'est une
vraie question et qui m'inquiète, énormément. Ça va être quoi, les critères
pour nommer ces personnes-là? Le ministre, ça va être lui qui va le
faire. On va pouvoir aussi en discuter dans les articles.
Abolition
du Conseil supérieur de l'éducation. Moi, je soupçonne que peut-être que le
ministre était tanné, comme beaucoup
de ministres avant, de se faire faire la leçon par le Conseil supérieur de l'éducation.
Notamment, le Conseil supérieur de l'éducation a été très, très... a parlé très
fort sur la question de l'école à trois vitesses puis les inégalités que ça
crée dans l'école, mais dans notre société.
Ce rapport-là était toujours, toujours, toujours attendu par le milieu, par les
experts du milieu, et c'est un héritage que nous avions de la Révolution
tranquille, avec le rapport 2.0, ce Conseil supérieur de l'éducation. Est-ce que, des fois, on peut faire
des changements, des... peu importe? Absolument. On peut, par exemple,
dire : Bien, peut-être que le
Conseil supérieur de l'éducation pourra avoir une branche qui s'occupe de
l'excellence, admettons, ou quelque
chose comme ça. Tout à fait, c'est des choses qui sont possibles. Mais de
dire : on jette le bébé avec l'eau du bain, parce que, de toute façon, les rapports étaient extraordinaires,
puis c'était vraiment, vraiment génial, mais ça allait... Puis ça allait très, très large, ça ratissait
très, très large. On n'était pas juste sur un seul aspect. Puis ça, c'est
important dans notre société
démocratique : il y avait des débats. Il y a des débats à l'intérieur du
Conseil supérieur de l'éducation. Et là, le ministre dit : On se
départit de ça.
Moi,
je trouve ça... Vraiment, là, s'il y a une chose sur laquelle j'aimerais...
puis je me donne comme défi personnel de
faire changer d'idée le ministre, c'est de ne pas abolir le Conseil supérieur
de l'éducation, c'est-à-dire qu'il change son mandat, puis il va juste s'occuper de l'éducation supérieure. Moi, là,
c'est un défi personnel que je me donne. Je trouve ça vraiment, vraiment dommage. C'est dommage pour la
réussite de nos élèves, c'est dommage pour toute la société
de se départir de ce joyau de la
Révolution tranquille et de dire : Bien, ça va être remplacé par
l'institut. L'institut a un mandat très
restreint sur les données probantes, les connaissances et de les utiliser, ces
données, puis c'est tout... c'est extrêmement restreint comme mandat. Puis c'est correct, il peut y avoir un institut.
Mais d'enlever ce Conseil supérieur de l'éducation, qui a une vue d'ensemble, qui nous permet d'avoir
une vision 360, là, ça, c'est dangereux, ce n'est pas une bonne nouvelle
pour notre système d'éducation. Puis, un
jour, si le ministre le fait puis va de l'avant puis qu'il l'abolit, comme il
souhaite le faire, bien, on va s'en mordre les doigts, on va s'en mordre
les doigts.
J'ai aussi une
crainte, là, puis qui a été nommée par plusieurs intervenants qui sont venus
lors des consultations particulières, que
l'enseignement à distance vienne combler la pénurie de main-d'oeuvre. Il faut
faire très attention à ça. On dit souvent que le diable est dans les
détails, donc c'est... Le ministre nous a dit que ce n'était pas ça, son
intention, qu'il va falloir l'utiliser à
certains moments, par exemple, un élève qui est malade, qui ne peut pas venir à
l'école mais qui peut quand même... à
qui on peut enseigner, peut-être, de le faire... de faire de l'enseignement à
distance. Quoiqu'il y en a qui nous
ont dit : Déjà, un élève, peut-être, qui est malade, ce serait mieux que ce
soit en personne. À distance, je veux dire, il a... Cet enfant-là a autant besoin que tous les autres d'avoir une
éducation de qualité, puis on devrait pouvoir lui offrir ça, mais peut-être dans certaines situations
exceptionnelles, on n'est pas fermés, je ne suis pas fermée. Mais il va falloir
faire attention que ce ne soit pas ça, la solution, parce qu'on manque
de profs, puis dire : Bien, ça va être l'enseignement à distance ou qu'on
manque de gens, et tout ça. Ça, je vais regarder de façon attentive, puis il va
y avoir sûrement des amendements, là, que je vais mettre sur pied... que je
vais déposer lors de l'étude détaillée.
parlais tantôt du joyau de cet héritage-là que nous avons eu de la Révolution
tranquille, dans les années 60, lors du rapport Parent, le Conseil
supérieur de l'éducation. J'ai envie de nommer... de lire un extrait d'une
lettre ouverte de Suzanne-G. Chartrand, qui
est aussi une experte qui est très, très vocale, qui fait partie, là, de toutes
ces personnes-là qui se mobilisent
pour parler du projet de loi n° 23, de vers où il s'en va, cette centralisation-là,
puis qui va vraiment changer des choses. Ce n'est pas de la résistance contre
le changement. Encore une fois, je le répète, il ne faut pas faire de la
caricature avec la critique qui est
faite à ce projet de loi. Ça, c'est très important de ne pas dire : Ah! il
la critique, donc ce n'est pas bon. C'est des critiques qu'il faut
entendre, qu'il faut écouter. Et ce qu'elle dit, là, et c'est très très fort,
c'est pour ça que je veux le
mentionner : «Malheureusement, avec ce coup de force, le ministre de
l'Éducation ne change pas que les structures : il s'attaque à la
nature profonde de l'éducation et à la mission de l'institution dont nous avons
hérité de la Révolution tranquille. Ce n'est
pas d'un progrès dont il s'agit, mais d'un grave retour en arrière. Il faut
remonter au premier mandat de Duplessis
pour trouver pareils autoritarisme et mépris de la démocratie et du savoir.» Je
la cite. C'est extrêmement fort. C'est extrêmement fort.
Peut-être que le ministre
n'aime pas... il trouve que c'est de l'enflure verbale, peut-être. Mais abolir
le Conseil supérieur de l'éducation est un
recul pour notre système d'éducation. Ça, je n'en démordrai jamais, ça l'est.
Et je ne sais pas si le ministre,
quand il est devenu ministre, on lui a donné... Je sais qu'on leur donne des
dossiers à lire, et tout ça, j'imagine. Est-ce qu'on lui a donné les rapports du Conseil supérieur de l'éducation?
Est-ce qu'il les a lus? Est-ce qu'il a pu discuter avec les gens qui travaillent dans le Conseil
supérieur de l'éducation? Ce serait bien qu'il porte attention avant de
dire : Bien, c'est terminé, vraiment.
J'ai beaucoup
parlé de la pénurie, puis on va continuer à en parler, puis on va avoir des
chiffres, de plus en plus, ce n'est
pas un phénomène nouveau, c'est un phénomène qui s'accentue et,
malheureusement, qui va ne faire que s'accentuer avec le temps, avec le vieillissement, avec les départs à la retraite.
Je vois les efforts que le ministre fait et le gouvernement fait pour pouvoir rentrer des gens dans les
facultés d'éducation, pour réduire le nombre de crédits, le nombre de temps
qu'on passe à l'université pour
pouvoir être qualifié, etc., les gens qui ne sont pas légalement qualifiés mais
qui ont un bac, et tout ça. Il y a
certains efforts. Ce n'est pas tout parfait, parce qu'il y a beaucoup de gens
dans mon comté aussi... Je me fais même interpeler par des gens qui ont
une expérience de 15 ans, 20 ans d'expérience d'enseignement dans
leur pays d'origine, qui viennent ici, qui
parlent un français impeccable, qui veulent enseigner et, à cause des problèmes
avec le ministère de l'Immigration, bien, le MIFI, il y a
des problèmes. Donc, peut-être, j'invite aussi le ministre, là... j'ouvre une
parenthèse, le ministre de
l'Éducation et la ministre de l'Immigration de se parler pour voir comment
corriger cette situation-là pour ne
pas qu'on perde ces élèves-là... ces profs-là, à qui on a dit : Bien, vas
donc en Ontario, c'est plus vite. Imaginez, ils ne parlent même pas
anglais, eux autres. Ils veulent travailler ici.
Tout ça pour
dire qu'il y a des efforts qui sont faits, pas parfaits, mais quand même, pour
les faire rentrer. Mais le défi énorme du ministre, c'est comment faire
en sorte que les profs ne quittent pas. Oui, on fait rentrer d'un côté, mais, après ça, il y en a qui quittent, et pas
uniquement pour aller à la retraite, qui quittent le navire pour toutes sortes
de raisons. Et je le mentionnais,
j'ai parlé avec des profs qui quittent : charge de travail trop
importante, la gestion de classe de plus en plus difficile...
La raison, c'est : école à trois vitesses,
parce que les bons, ils ne sont pas dans les classes régulières de l'école. C'est-à-dire, les bons... C'est-à-dire que ceux
qui viennent de milieux plus favorisés, ceux qui ont du sport à l'école, ceux
dont les parents ont de l'argent pour payer
l'école privée, tout ça, ça fait en sorte qu'il y a une concentration. Il y a
des classes de plus en plus difficiles,
extrêmement difficiles, où les profs n'ont pas assez de bras, n'ont pas assez
de mains, n'ont pas assez de cerveaux pour pouvoir gérer ça.
Et aussi une
autre raison, c'est les manques de ressources, d'avoir des professionnels...
multiplication des élèves à besoins
particuliers, gestion difficile des élèves en difficulté — je
remercie ma collègue qui en a parlé tantôt — un nombre d'élèves par classe trop élevé, les
nouvelles technologies, le manque de soutien psychologique, composition de la
classe trop lourde, etc. Les raisons
sont immenses, du départ, et ça, c'est le défi du ministre. Près de
30 000 enseignants, c'est-à-dire le quart des effectifs, ont enseigné dans les écoles québécoises sans
être légalement qualifiés. Il y en a qui ont sorti puis qui ont dit : Il faut arrêter de dire qu'on a
l'air d'une gang d'illégaux, là, pas légalement qualifiés. Tu sais, le terme
n'est pas très beau. C'est péjoratif, c'est vrai. Ils ont la compétence.
Ils ont envie d'enseigner.
Cela dit, en
parlant avec des profs qui, eux, sont légalement qualifiés puis qui ont
l'expérience, bien, eux, leur charge de
travail augmente parce qu'ils prennent sur leur temps pour aller aider les
collègues non légalement qualifiés, pas parce qu'ils ne sont pas bons, c'est parce qu'ils n'ont pas encore
l'expérience, mais ils ont la passion d'enseigner. Mais il faut leur donner les ressources, puis, en ce moment,
bien, ce sont les profs actuels qui ont un brevet, qui, en plus d'enseigner
dans leur classe dans ces
conditions-là, doivent aider sur leur temps, et sans aucune reconnaissance, par
exemple, monétaire ou autre, pour leur dire : Parfait, on te libère
pour pouvoir aider ton collègue non légalement qualifié.
Mais, quand
même, 30 000, c'est immense, c'est énorme. Là, en ce moment, avec les
derniers chiffres, on manque... plus de 14 000 d'ici quatre ans.
Puis, encore là, peut-être que les chiffres vont être révisés puis le chiffre
va augmenter. C'est vraiment, je le répète, un drame national. Ce n'est pas
d'une réforme de structure et de plus de pouvoir entre le ministre... Peu importe qui est le ministre qui va
être assis, là, sur ce siège-là, ce n'est pas ça qui va le régler. C'est le
défi, là. Puis comment on va le relever, c'est avec un vrai plan de
lutte contre la pénurie de main-d'oeuvre, notamment par les conditions de travail. J'ai mentionné tous les
facteurs qui sont nommés, entre autres, il y en a plein d'autres, là, qui sont
nommés par les profs qui quittent, puis on n'a pas les moyens de les perdre.
Et là, à
court terme, il y a des négociations dans le secteur public qui ont lieu, là, à
court terme, ça va être intéressant de
ne pas tomber dans l'idéologie puis de dire : Ah! bien, c'est les
syndicats, donc, les syndicats, ça chiale, c'est des perturbateurs. Il ne faut pas tomber dans cette
idéologie-là, parce que les profs et leurs représentants syndicaux dont on
parle, bien, ce sont eux qu'on s'arrache les
cheveux, que le ministre s'arrache les cheveux pour trouver comment faire
rentrer des nouveaux. Bien, il ne
faut pas qu'ils quittent le navire, parce que, pendant qu'on fait rentrer
plein, plein, plein de gens, puis on essaie le plus possible de les
rentrer, bien, ils ne restent pas.
C'est ça, le
vrai défi du ministre, ça passe par les conditions de travail de ces gens-là,
de ces femmes-là, en majorité, qui
travaillent dans nos écoles, parce qu'elles n'en peuvent plus qu'on compte sur
leur, comment on appelle ça, là, que les femmes, on a... ça a de l'air en
surplus, là. Notre vocation, là, ça n'existe pas. On est en 2023. On ne peut
plus compter sur... comme on le
faisait dans le temps, là. On n'est plus dans les écoles de rang, en comptant
sur juste le bien... juste la volonté. On ne peut plus... C'est
irrespectueux. Il faut avoir un plan.
Moi, je vais avoir un plan. J'ai plein de
propositions qui ont déjà été mentionnées, mais je vais avoir un plan
structurant à proposer au ministre, parce qu'on ne fait pas que critiquer, M.
le Président. On amène aussi des solutions. Encore
faut-il qu'à l'autre bout on écoute les solutions. Même si on ne les prend pas
au complet, juste une partie, je vais être la première à féliciter puis
à applaudir le ministre. Il pourrait parler avec son collègue ministre de
l'Environnement. Quand
je portais le dossier Environnement, je l'ai déjà fait. Quand il a fait sa
réforme de la consigne du verre, je l'ai félicité, et il était très, très heureux de ça, puis il n'a
pas arrêté de le dire que je l'ai félicité. Je ne sais pas s'il l'a dit à son
collègue ministre de l'Éducation. Je
suis capable de le faire pour le bien être de nos élèves. Donc, c'est un autre
défi que je me lance, en plus de ne
pas abolir le Conseil supérieur de l'éducation, ce que j'ai envie de faire, c'est
de féliciter le ministre à l'aide d'une mesure qu'il fait, qu'il va
prendre, de celle que vais lui proposer. J'ai très, très hâte.
Je vais finir
avec ça. Je l'ai mentionné au début, rappelez-vous : On n'a pas besoin
d'une centralisation des pouvoirs. Le
ministre devrait plutôt axer tous ses efforts à abolir l'école à trois
vitesses. En premier, il faudrait qu'il le reconnaisse, parce que, pour régler un problème, c'est très
difficile de le régler sans le reconnaître. Le ministre a déjà dit le mot... J'espère
qu'il a réfléchi pendant l'été puis qu'il va
revenir sur ses paroles. Il a dit que c'est une idéologie. Non. Il nous parle
de données probantes, de données de
la science, des experts, et tout ça. Bien, il existe des données, il existe des
études sur l'impact de l'école à
trois vitesses. Tout à l'heure, juste après mon intervention, je vais avoir mon
collègue, le député de Maurice-Richard, qui va, entre autres, en parler, de l'école à trois vitesses, son impact, son
impact sur de moins en moins la possibilité d'avoir ce que j'appelle des transfuges de classe, comme
le premier ministre est un transfuge de classe. Il nous a parlé, là, de sa
mère qui avait des enveloppes pour
l'épicerie, une enveloppe pour le logement, une enveloppe pour tous les comptes
de dépenses qu'elle avait puis à quel
point ses parents ont travaillé fort. Bien, le premier ministre, là, si on
n'avait pas l'école puis l'éducation
publique et gratuite, où est-ce que ses parents n'auraient peut-être pas eu une
enveloppe assez grande pour mettre
l'argent pour qu'il puisse aller dans une école privée... Bien, il est allé
dans l'école publique. Bien, l'école publique de cette époque-là, du ministre... du premier ministre, comme il a eu
cette chance-là de pouvoir aller au bout de ses rêves, puis de ses compétences, puis de ses
connaissances, puis de devenir aujourd'hui premier ministre, bien, il faut que
cette chance-là existe, pas uniquement
aux élèves qui sont dans les écoles privées parce que leurs parents ont des
études universitaires et que leurs parents peuvent les soutenir. Parce
que moi, je ne suis pas inquiète pour ces élèves-là. Je ne suis pas inquiète.
Ils vont réussir. Il va y avoir plein d'enfants, plein, qui vont réussir, qui
vont siéger ici à l'Assemblée nationale, qui
vont être P.D.G. d'entreprises, qui vont être tout ce qu'on veut de la
définition aujourd'hui, là, dans notre monde
un petit peu, avec une logique, quand on réussit, c'est parce qu'on a fait du
cash, et tout ça, là. Moi, j'ai une autre définition, mais peu importe. Supposons, si je suis cette logique-là,
bien, ils vont se retrouver juste dans les écoles privées ou publiques à projets particuliers, où il y a une
ségrégation, il y a un écrémage qui est fait, où on prend les élèves qui ont
les meilleurs résultats. Pas parce qu'ils
sont plus intelligents, c'est parce qu'ils sont plus soutenus, parce qu'ils ont
tous les facteurs, là, toute leur
pyramide de Maslow, ils ont bien mangé, ils ont le support affectif, etc. pour
pouvoir se concentrer puis avoir
toutes les bonnes conditions pour réussir. Bien, il y en a que, parce qu'ils
ont des bonnes notes, à cause de tous ces
facteurs-là, bien, ils vont pouvoir aller, par exemple, à l'école publique,
mais avec des projets particuliers où les parents vont pouvoir payer. C'est public... Suivez-moi,
là, c'est public, mais on paie au public encore aujourd'hui, là, ce n'est pas
tout à fait public. Ça, c'est la deuxième vitesse. Ça, moi, je ne suis
pas inquiète pour eux et elles. Mais, dans une société riche comme le Québec, on ne peut pas accepter qu'il y ait ces
inégalités, parce que, quand notre école est inégalitaire, bien, c'est toute la société qui le devient. Et ça ne
fait qu'exacerber les inégalités, et on ne veut pas devenir comme les
États-Unis. Ce n'est pas un modèle à
suivre, où tu es riche, ça va bien pour toi; tu es pauvre, tant pis pour toi.
Le ministre... Le premier ministre,
les ministres ici, je suis certaine qu'ils ont pu bénéficier de ce filet
extraordinaire qui est notre réseau d'éducation publique, qui est notre héritage de la Révolution tranquille avec le
rapport Parent. Bien, moi, ce que je les invite... Leur rêve devrait
être que les enfants d'aujourd'hui puissent aussi bénéficier de l'école
publique gratuite de qualité, même s'ils viennent d'un milieu extrêmement
pauvre, même s'ils viennent à l'école le ventre vide.
Et on va avoir des propositions là-dessus, pour
arrêter la faim d'ici 2026. Demain, notre chef parlementaire va déposer une
motion, et j'espère que tous les partis politiques vont laisser tomber la
partisanerie, puis qu'on va travailler ensemble
pour offrir le minimum, c'est-à-dire arriver à l'école avec... en n'ayant pas
le ventre vide ou, à tout le moins, d'avoir un repas gratuit, peu importe d'où tu viens. Puis ces histoires-là, là, ça
existe. On a vu des reportages qui font mal au coeur, qui brisent le coeur,
d'enfants qui arrivent puis ils ont à peine un sandwich entamé de la veille.
Et, ça, on ne peut pas accepter, on
ne peut pas tolérer ça. Puis ces élèves-là n'ont pas besoin de charité, leurs
parents n'ont pas besoin de charité. Ce qu'ils ont besoin, c'est de mesures
structurantes pour qu'ils puissent réussir puis aller au bout de leurs rêves,
puis que ce soit juste... ce ne
soient pas juste des «success stories», excusez-moi l'anglicisme, mais que ce
soit possible pour tous les élèves. Ça
devrait être ça, l'idéal vers lequel on tend. Puis ça, ça se fait par
reconnaître le problème qui existe actuellement, où les inégalités sont
accentuées dans le Québec d'aujourd'hui.
Puis il y a
des chiffres, là, qui existent, là, je les ai déjà mentionnés, qui montrent que
les inégalités sont accentuées. Moi,
il y en a une, que j'ai déjà nommée ici : 60-51-15. 60 % des élèves
qui ont fréquenté l'école privée vont obtenir un diplôme universitaire,
51 % qui ont fréquenté la deuxième vitesse, l'école à projets particuliers,
qui est supposée être publique mais qui fait
de l'écrémage par les notes et/ou par l'argent des parents, vont à l'école...
vont obtenir un diplôme d'études
universitaires, et 15 %, 15 %, 15 % seulement des élèves qui
fréquentent l'école publique, ni privée, ni régulière, là, ni projet
particulier, vont obtenir un diplôme universitaire.
Je ne suis
pas en train de dire que réussir sa vie, c'est avoir un diplôme universitaire,
pas du tout. Moi, j'ai des gens dans
ma famille qui ont un diplôme... une technique ou un diplôme professionnel, et
j'encourage même les jeunes à aller là, mais c'est un indicateur. On
parlait d'indicateurs, de chiffres, c'en est un parmi d'autres. Ce n'est pas le
15 %, le 51 %, 60 % qu'il
faut regarder en tant que tel que l'écart entre le 60 % et le 15 %.
C'est l'écart qu'il faut regarder. C'est cet écart-là, il est parlant,
c'est une donnée probante, il est parlant, qu'il regarde de façon plus large
notre système d'éducation.
Et j'invite
le ministre à avoir cette réflexion beaucoup plus large, qu'uniquement
dire : Bien, nous allons avoir des indicateurs puis des tableaux de bord pour regarder ce qui se passe dans
la classe. Puis, si on n'en a pas, bien, on va se fier sur la recherche scientifique. Ah! bien, il n'y en
a pas, au Québec, bien, on va aller importer des données probantes qui existent aux États-Unis, parce que c'est là qu'il y a des
données sur comment ça fonctionne, telle méthode qui fonctionne pour réussir en français, en anglais, etc., puis
on va venir l'importer puis mettre en place les solutions ici. Ça, c'est ce que
va faire l'INEE, selon ce qu'il est écrit
dans le projet de loi. On s'en va dans la mauvaise direction, ce n'est pas ça
qu'il faut regarder.
J'invite le
ministre à élargir ses horizons puis à regarder, 60 ans plus tard, où est
rendu notre système d'éducation puis quels réels changements on veut
faire, et améliorations, parce qu'il n'y a pas de résistance au changement. Ce
qu'il y a, c'est une critique des changements obtus qui sont dans le projet de
loi, qui va dans le mauvais sens. C'est la responsabilité
de toutes les personnes qui interviennent, en ce moment, dans notre société, et
qui parlent au ministre, puis qui allument une lumière rouge en lui
disant : Attention, M. le ministre, vous allez dans le mauvais sens avec
votre projet de loi. Ce n'est pas de la
résistance au changement, c'est de la... c'est le refus du changement, que le
ministre veut imposer au réseau
scolaire, qui va avoir... qui ne va pas régler les problèmes qu'on a,
actuellement, notamment la pénurie, mais
qui va les accentuer. Donc, j'espère que le ministre va être dans le même état
d'esprit d'ouverture, et de débat, et de dialogue dans lequel je suis
puis que j'ai l'intention d'être.
Cela dit,
pour le principe, je vais quand même... à cause de tout ce que j'ai mentionné,
Québec solidaire, nous allons voter
contre, en espérant que je vais pouvoir améliorer ce projet de loi puis
travailler en collaboration avec le ministre pour le bien-être et la
réussite de nos élèves. Merci beaucoup.
Vice-Président (M. Lévesque) : Merci beaucoup, Mme la
députée de Mercier. Et je reconnais maintenant la prochaine
intervention, et ce sera Mme la députée des Mille-Îles.
Mme Dufour : Merci,
M. le Président, et puis bonne rentrée parlementaire à tous. Écoutez, je suis
ici pour parler du projet de loi modifiant principalement la
Loi sur
l'instruction publique, édictant la
loi sur l'instruction nationale d'excellence en éducation. Ça, c'est une loi qui
est une certaine, disons, on peut dire, réforme de la gouvernance scolaire.
C'est la deuxième en trois ans. La première
a été adoptée en 2020, sous bâillon, j'aimerais le rappeler. Puis d'ailleurs,
bon, on le sait, quand des choses qui
sont précipitées, forcées aussi, des fois il y a des insertions malheureuses,
des changements malheureux. Puis il y
a eu plusieurs articles qui ont été adoptés dans la nuit. Et puis, quoi,
aujourd'hui, on en vit les effets.
Et je dois
dire... bon, je vais rappeler que cette première réforme de la gouvernance
scolaire de la CAQ abolissait les commissions scolaires. Donc, il n'y a
plus d'élu scolaire maintenant au Québec, sauf dans les commissions scolaires anglophones. Ça a aboli les élections aussi, mais
ça a aussi introduit une particularité que j'ai dénoncée en juin dernier, qui
est... désormais, les municipalités doivent assumer le coût des terrains des
écoles. Pourtant, l'éducation... on le voit, hein, on le voit, le
ministre s'arroge beaucoup de pouvoirs avec son projet de loi... souhaite,
plutôt, s'arroger beaucoup de pouvoirs,
bien, on voit que l'éducation, c'est une compétence qui relève du gouvernement
provincial. Mais ça n'a pas empêché le
gouvernement caquiste de pelleter ça dans la cour des municipalités et de
dire : Bien, dorénavant, vous allez être responsables des terrains et des écoles, le coût financier des
terrains et des écoles. Et je dois dire que ça a créé des conséquences assez néfastes pour les citoyens et pour les villes,
qui, aujourd'hui, ne savent plus comment organiser leur budget. Quand on pense,
la ville de Brossard qui y en a pour 50 millions
de terrains à court terme, Laval estime à 170 millions, Montréal, à
très... Montréal, à très court terme, 200 millions, pour des
terrains, qu'ils doivent débourser, à très court terme.
Maintenant,
il y a des villes qui commencent à refuser. La ville de Châteauguay a
dit : Non, moi, je ne peux pas, je vous le dis de suite, je ne peux
pas. Puis, en plus, l'école, elle n'est même pas pour mes élèves, c'est pour
des élèves d'autres villes. Alors, pourquoi
moi, je vais payer pour l'école d'une autre... d'autres municipalités?
Blainville aussi a fait une résolution pour refuser. Eux, c'est... on parle de
20 à 25 millions de dollars, le terrain qui est exigé par le centre
de services scolaire. Ce n'est pas rien.
Le cas le
plus aberrant que j'ai vu, je l'avais dénoncé en Chambre en juin dernier, c'est
Val-David, où... qui ont été forcés à faire une expropriation qui
pourrait actuellement leur coûter 26 millions de dollars. Et
Val-David, je voudrais rappeler que c'est
une municipalité de 5 000 habitants, un petit budget de
12 millions. Et la mairesse estime que, si elle devait payer cette somme, il faudrait qu'elle
double les taxes pendant 40 ans, doubler les taxes pendant 40 ans
seulement pour payer cette école. On exclut tout ce qui est autre
service qui pourrait être nécessaire d'ajouter dans le futur.
Et, quand
j'avais interrogé le ministre de l'Éducation en juin là-dessus, à ce sujet-là,
il m'avait dit : Bien non, mais ça va permettre aux villes qui paient pour
ces terrains-là de se développer, elles vont générer des taxes, elles vont
pouvoir payer les écoles, les
terrains des écoles. Et j'aimerais... je n'ai, à ce jour, pas idée comment
Val-David pourrait récupérer ses
billes, entre guillemets, si elle doit payer 26 millions, d'autant plus
qu'il y a plein de municipalités voisines qui vont aussi être desservies
par l'école.
Et donc,
quand ça a été pris, la décision, ça n'a pas... on n'a pas... on n'est pas
venus préciser : Bien, O.K., mais vous
allez payer au prorata des élèves, que... Non, non. Vous payez le terrain. Vous
payez le terrain, peu importe d'où viennent les élèves. Alors là, si je
suis parent, j'envoie mon enfant à Val-David, mais que je sais que mes taxes
vont doubler si j'habite à Val-David, mais
il y a une municipalité à côté, je vais aller habiter là, ça va être bien moins
cher, mes taxes, mais je vais quand même avoir le service. Alors, il y a
une certaine iniquité.
Et là je
voudrais mentionner que, le projet de loi n° 23, il y a plusieurs pouvoirs
qui se donnent. Il y a une certaine centralisation qui se fait,
notamment la nomination des directeurs généraux, et je vais y revenir. Mais je
voudrais vous donner qu'est-ce que... un
extrait de ce que ça peut avoir l'air quand un ministre se donne un certain
pouvoir et je vais vous lire la
lettre que la municipalité de ville David... de Val-David a reçue pour l'aviser
qu'elle devait payer pour le terrain d'une école, comme je dis, qui va desservir plusieurs municipalités, et non
pas seulement la sienne. Et je vais vous lire le ton de la lettre. Donc :
«Mme la mairesse, en vertu de l'article 326 de la Loi modifiant
principalement la
Loi sur l'instruction publique
relativement à l'organisation et à la gouvernance scolaires — ce
que je vous disais, hein, la première réforme — j'ordonne — c'est
fort, j'ordonne — à
la ville de Val-David de céder, à
titre gratuit au centre de services scolaire
des Laurentides, un immeuble — et
là on décrit les propriétés de l'immeuble — et ce, au plus tard
dans un délai de — attachez
votre tuque — 45 jours,
45 jours à compter de la date de réception de la présente.» C'est... Ça ne
donne pas beaucoup de temps à une
municipalité, une petite municipalité de se revirer de bord puis de faire les
démarches pour faire cette cession-là. Mais, en plus, on leur dit, on en
rajoute, que la cession, à
titre gratuit, doit aussi être faite selon plusieurs
conditions. Puis là on les impose puis on dit : «L'immeuble doit répondre
aux exigences environnementales applicables — O.K. — mais
l'immeuble devra être desservi par des services d'aqueduc, d'égout et
d'électricité.» Vous comprendrez que le terrain en question, il n'est pas
desservi, et donc ça, ça s'ajoute au coût que la municipalité... de 26 millions. Alors, ils estiment environ à
3 millions pour amener les services pour ce terrain-là; là, on est rendu à
29 millions pour une école, pour une petite ville de
5 000 habitants.
Ça, c'est ce
qui découle d'une réforme qui a été faite vite, qui a été passée sous bâillon,
dans la nuit, et sans vraiment consulter. Malheureusement, ça semble
être une tendance qu'on voit, avec le gouvernement de la CAQ, de vouloir centraliser mais surtout de faire les choses un
peu vite et sans trop écouter les groupes. Et là j'espère sincèrement que ce
n'est pas ce qu'on va voir avec cette deuxième réforme, ici.
Et là je
voudrais... je reviens sur la nomination du directeur général, que le ministre
veut pouvoir faire lui-même avec ce projet de loi là. Il y a plusieurs
groupes qui recommandent plutôt que le conseil d'administration... les conseils
d'administration des centres de services
scolaires continuent à être impliqués dans ce processus-là, notamment la
Fédération des centres de services
scolaires du Québec, la Fédération des comités de parents. Ça va un peu de soi
qu'ils soient impliqués. Les comités
de parents ont... La première réforme, l'objectif, c'était de supposément
ramener, dans le fond... qu'on abolissait les élus scolaires. Et je m'en
souviens très bien, à l'époque : on abolit les commissions scolaires, on
abolit les élus scolaires pour se rapprocher des parents, ceux qui
prennent les meilleures décisions pour les enfants. Mais là on veut éloigner, maintenant, et éloigner mais encore plus loin des
parents, dans le fond, toutes les décisions qui relèvent de leurs enfants, et
notamment la nomination du directeur général. Alors, ici, je me questionne.
Quand on voit
l'exemple qu'on a vu il y a quelques mois, c'était en janvier, le
11 janvier, le ministre a dit, à propos d'un directeur général du
centre de services scolaire du Pays-des-Bleuets... Lui avait fermé la moitié de
ses maternelles quatre ans parce qu'il
jugeait qu'en vertu des... en raison de la pénurie de main-d'oeuvre il devait
procéder ainsi pour assurer le
meilleur service pour les élèves de son centre de services scolaire. Bien, le
ministre, lui, a dit : Non, non, non, il manque d'expérience, il ne connaît pas vraiment ça, il a
fait une erreur. Ça, c'était en janvier 2023. Un mois... Donc, manque d'expérience. Et là on voit c'est quoi,
l'importance de la connaissance du terrain, ce que le ministre n'avait pas,
évidemment, parce que, quand on est à
Québec, on n'est pas sur le terrain. Ça, c'est la réalité. Puis c'est pour ça
qu'il faut rapprocher les décisions de ceux qui sont sur le terrain.
Alors, le ministre, un mois plus tard...
d'abord, quelques jours plus tard seulement, s'est rétracté, a dit : Ah!
je m'excuse. Il a finalement pris la bonne
décision. Mais, même pas un mois plus tard, là, on est venu dire : Bien,
finalement, les maternelles quatre ans, là, on va être obligé de
reporter ça parce qu'à l'impossible nul n'est tenu, qu'ils ont... qu'ils avaient dit, à l'époque. Le premier ministre avait
dit ça. Pourquoi? Parce qu'il y a une pénurie d'enseignement et une rareté
d'espace dans les écoles. C'est exactement
les raisons pourquoi le D.G. du centre de services scolaire des
Pays-des-Bleuets avait pris la décision. Lui, il le savait déjà, il n'a
pas eu besoin d'une grande étude, il est sur le terrain.
Et c'est ça
qui m'inquiète, sincèrement, quand je vois que le ministre souhaite s'arroger
beaucoup de pouvoirs et nommer lui-même les directeurs généraux et les
destituer, en cas où ils ne suivent pas la vision. Bien, la vision... les maternelles quatre ans, ça faisait
partie de la
vision du gouvernement caquiste, et puis, un mois plus tard, ce n'est plus
partie de la vision, hein? Troisième lien, même chose, c'était la vision, ce
n'est plus la vision. À un moment donné, est-ce qu'on va démettre de ses fonctions quelqu'un parce
qu'une semaine c'est notre vision puis, deux mois plus tard, ce n'est plus
notre vision? Bien, on embauche
quelqu'un d'autre, mais ce n'est pas grave, on l'a démis de ses fonctions. Il y
a quelque chose qui m'inquiète beaucoup. Alors, si, au moins, on a
toujours le conseil d'administration dans la... je ne veux pas dire la «loop», mais c'est le seul mot qui me vient en
tête... dans le cycle des décisions, au moins on va avoir une certaine
protection. Mais il y a vraiment un élément, ici, où je vois une
centralisation, puis beaucoup de groupes l'ont dénoncé, d'ailleurs.
Et là je
voudrais mentionner que le projet de loi énonce... C'est intéressant, je vais
vous lire ce que ça dit : «...énonce de plus que le ministre a notamment pour fonction de veiller à la
réussite éducative, d'assurer un suivi du parcours scolaire des élèves
et de favoriser une gestion et une planification des ressources affectées au
système d'éducation fondées notamment sur la
connaissance des besoins des élèves.» C'est fort louable, très... tu sais, une
belle description. Et je suis contente que le ministre se préoccupe de
l'éducation ainsi et de la réussite de nos enfants. J'ai deux enfants moi-même.
Donc, c'est important que, je pense, tous
les enfants réussissent. C'est la base de l'éducation et c'est la base de notre
société.
Par contre,
c'est qui qui connaît le mieux les besoins des élèves? Est-ce que c'est
vraiment le ministre? Je ne le crois pas. C'est plutôt les enseignants. Je
pense que c'est, à la base, ceux qui sont sur le terrain. Et on revient au
terrain. Les enseignants, c'est ceux
qui sont les plus près des élèves, mais, pour ça, pour être capable de bien,
bien suivre et bien connaître les besoins des élèves, ils doivent... il
doit y avoir une certaine stabilité, hein?
La rotation
des enseignants, ce n'est pas souhaitable. Je l'ai vécue. Une de mes filles a
eu, je ne sais plus, peut-être 10 professeurs
dans la même année et beaucoup de congés de maladie, etc. Puis, à la fin, cette
année-là, malheureusement, ça n'a pas été
une année très bonne. J'ai de la chance. Je suis choyée. J'ai une fille qui est
très, très douée, mais il y a d'autres élèves
qui en ont souffert dans la classe. Ils avaient besoin d'avoir un professeur
stable. Et ça prend aussi des qualifications, évidemment, donc.
quand j'entends le ministre qui dit que, bien, on est chanceux, on va peut-être
avoir un élève... un adulte par classe,
ça m'inquiète. Ça m'inquiète parce que, là, on ne parle pas nécessairement de
qualification, mais on ne parle pas de stabilité
non plus, parce que l'adulte dans la classe, c'est en attendant qu'il y ait un
professeur. Et je l'ai vu, j'ai vu cette rotation-là dans la classe de ma fille, et c'est vrai, hein, c'est
arrivé, il y a eu un adulte dans la classe. C'était quelqu'un qui faisait de la formation continue pour des employés
du milieu aéronautique, qui est venu dépanner, très gentille personne,
mais elle n'avait pas la pédagogie pour enseigner aux enfants. Elle avait la
pédagogie pour enseigner à des travailleurs professionnels,
et ce n'était pas du tout, du tout la même chose. On s'entend que des enfants
de six, sept ans, ce n'est pas équivalent à des adultes de 30 ans
ou 40 ans.
Bref, donc,
on a un enjeu de ce côté-là qui n'est pas du tout adressé dans le projet de
loi. Le projet de loi ne touche pas du tout, du tout à ça. Et il y a un élément
que j'ai lu, là, que je voudrais souligner, que 37 % des tâches des
enseignants... Actuellement, selon un
sondage, là, qui a été fait, mené auprès de 10 000 enseignants,
37 % des tâches, c'est dédié à autre chose que d'enseigner. On a une
pénurie de main-d'oeuvre, mais, pendant ce temps-là, nos enseignants, 37 %
de leur temps, font autre chose
qu'enseigner, la bureaucratie, la paperasse, puis, ça, le projet de loi, il n'y
a rien là-dedans pour ça. On ne s'y... On ne l'adresse pas du tout dans
le projet de loi.
Et là il y a
une importance... On a entendu beaucoup le ministre parler que c'est important
de revaloriser la profession d'enseignant.
On est tout à fait d'accord. Il faut absolument la revaloriser. Il nous faut
plus d'enseignants. Mais, encore une fois, qu'est-ce qu'il y a dans ce
projet de loi là qui va revaloriser la profession d'enseignant? Il n'y a rien.
D'ailleurs, même, on dit que le ministre se
donne le droit... se donne le pouvoir, pardon, d'encadrer la formation continue obligatoire des enseignants. C'est un peu
inquiétant, encore une fois. Il y avait un comité d'agrément des programmes
de formation à l'enseignement, le CAPFE, qui
était une instance neutre, composée... là, je vais le dire exactement comme
c'est écrit, «une instance neutre composée
d'une diversité d'acteurs impliqués dans la formation des [enseignements]», et
là, ça, on veut l'abolir avec ce projet de loi là, alors, et là, maintenant,
c'est le ministre qui déterminerait c'est quoi, la formation continue.
Alors, encore
une fois, on s'éloigne du terrain, et les enseignants connaissent mieux que
quiconque quels sont les besoins
d'enseignement et de formation pour eux-mêmes. Alors, pourquoi on éloignerait
ça? Pourquoi on centraliserait ça dans
les mains du ministre, de déterminer quelle est la formation qui est
nécessaire? J'ai des grands doutes que ce soit au bénéfice des élèves.
Et donc, au
bout du compte, je voudrais inviter, là, le ministre à revoir son projet de
loi, mieux soutenir ceux qui sont le plus près de nos enfants, les
enseignants, et éviter surtout de tomber dans le piège de la centralisation,
parce qu'il y a plusieurs éléments dans ce
projet de loi là qui centralisent des pouvoirs dans les mains du ministre, au
détriment, encore une fois, je dis, des besoins de l'élève.
Puis,
finalement, bien, vous comprendrez, avec tout le plaidoyer que j'ai fait
concernant les terrains des écoles près des municipalités, bien, j'invite également le ministre à profiter de ce
projet de loi là pour introduire des amendements pour que le gouvernement reprenne la pleine
responsabilité de l'éducation, la responsabilité financière, du moins, des
terrains des écoles. Que les
municipalités fournissent un terrain ou exproprient un terrain pour le
gouvernement, ça peut être une façon
plus rapide d'opérer, peut-être, parce que, sinon, les expropriations doivent
passer par le ministère des Transports, mais qu'elles soient compensées pour ça. Ce n'est pas aux municipalités
de payer pour l'éducation, pour les terrains des écoles. Alors, merci
beaucoup, M. le Président.
Vice-Président (M. Lévesque) : Merci beaucoup, Mme la
députée des Mille-Îles. Et je reconnais maintenant la prochaine... le
prochain intervenant, c'est M. le député de Maurice-Richard.
M. Bouazzi : Merci,
M. le Président. Quel plaisir d'être de retour aujourd'hui, au salon bleu, pour
parler, de surcroît, d'éducation. Je suis très heureux de voir M. le
ministre de l'Éducation ici présent.
Je vais
commencer par dire que j'ai une affection vraiment particulière pour l'école
publique. Étant donné que, dans ma formation politique, on est obsédé
par les questions de justice sociale, on veut absolument contribuer à améliorer
la situation, à lutter contre les
inégalités, et quoi de mieux qu'une école publique fonctionnelle pour pouvoir
le faire. Je suis moi-même fils d'une génération de baby-boomers qui ont
changé de classe sociale grâce à leur accès à une école publique de bonne qualité et gratuite. Et je sais que beaucoup de
baby-boomers, et incluant leurs enfants, se reconnaîtront aussi. Combien de fois nous avons rencontré des
personnes qui sont très fières de nous dire qu'ils sont les premiers d'une
génération à accéder à des études
universitaires? Malheureusement, l'école publique est dans une situation très
difficile, et c'est de ça que je vais vous parler aujourd'hui, et je
vous... et pour vous parler des écoles à trois vitesses.
Quelles sont les inégalités qui se produisent et
se reproduisent dans nos écoles? Il y a les questions d'inégalité de classe, il y a les questions d'inégalité de
bagage universitaire et il y a les questions d'inégalité de race. Pour être...
faire court, les inégalités de classe, c'est que les enfants de riches
seront plus souvent riches qu'autre chose et les enfants des moins nantis seront plus souvent moins nantis
qu'autre chose. Il y a aussi une inégalité dont on parle rarement, c'est
celle du bagage culturel, c'est-à-dire que
les enfants d'universitaires seront plus souvent universitaires et les enfants
des personnes qui ne sont pas allées à l'université, malheureusement,
iront moins souvent à l'université.
Aujourd'hui,
qu'est-ce qu'on voit dans l'école publique? Et l'école publique devrait être le
principal ascenseur pour lutter contre ces inégalités, pour permettre à
des gens de changer de classe sociale. On voit un système brisé, basé sur trois vitesses. Et là je vais donner juste
quelques chiffres, et on va comprendre plus tard que ce n'est juste la pointe
de l'iceberg. Et malheureusement on
manque de chiffres, comme dirait le ministre, mais ce n'est peut-être pas ceux
dont ils... auxquels
il porte attention ou même ceux qu'il demande lui-même aux chercheurs qui
l'entourent pour pouvoir prendre des décisions éclairées sur ces
questions d'inégalité.
Donc, sur les questions universitaires,
85 % des élèves du privé ont des parents qui ont un diplôme collégial ou universitaire. Ce sont 50 % des élèves,
dans le public régulier, qui détiennent... 50 % des parents des élèves du
public régulier détiennent un diplôme secondaire et seulement 14 %
des parents détiennent un diplôme universitaire. Donc, je répète, juste pour qu'on ait une idée de la situation :
85 % des élèves du privé ont des parents qui ont un diplôme ou collégial,
universitaire, et c'est 50 % qui n'ont
pas de diplôme, qui ont juste un diplôme universitaire ou moins, et seulement
14 % des élèves du régulier... des parents des élèves du régulier
qui ont un diplôme universitaire.
C'est quoi,
les conséquences, ensuite, de ça? C'est que 60 % des jeunes des écoles
privées vont à l'université contre 51 %
de ceux du public dans un système enrichi et seulement 15 % de ceux qui
sont dans les écoles régulières. 60 % dans le privé, 15 % dans
le public régulier iront à l'université. On voit tout de suite une production
et une reproduction des inégalités dans
notre société plutôt que d'essayer d'abolir et de contrer ces inégalités. C'est
comme si, à la naissance, si nos
parents sont universitaires, on a de plus en plus de chances d'être
universitaire à la naissance, là. Et, si nos parents ne le sont pas, nos chances d'être universitaire sont
vraiment moindres, et l'école à trois vitesses y contribue. On est dans une
situation où on produit et on reproduit des inégalités.
Sur les
questions de classes, c'est la même chose, 60 % des revenus... Donc, dans
le privé, pour les parents, donc, 60 %
ont un revenu supérieur à 70 000 $, alors que c'est seulement
30 % de l'ensemble des familles du Québec. Dans une analyse en 2018 du MEP Consulting, ils montrent
que... six fois plus d'élèves défavorisés au public qu'au privé, six fois
plus d'élèves défavorisés au public qu'au
privé. C'est assez terrible comme situation, cette ségrégation sociale où,
évidemment, il y a plus de personnes
nanties ou enfants de parents bien nantis qui se retrouvent dans le privé et
beaucoup plus évidemment d'élèves défavorisés, de familles défavorisées
dans le public.
Est-ce qu'on
a entendu un moment le gouvernement s'attaquer à ce problème-là
particulièrement? Malheureusement, ce
n'est même pas un sujet de conversation. Ce n'est même pas un sujet de
conversation. C'est assez terrible et dramatique que des jeunes de six ans... de cinq ans qui rentrent à l'école
primaire, en fonction de leur classe sociale, en fonction des diplômes de leurs parents, sont déjà condamnés à
être défavorisés à la sortie du secondaire. Car, évidemment, s'ils ont moins
de chances d'arriver à l'université, ils ont
aussi plus de chances d'être parmi les classes sociales les moins payées, parce
que, vous le savez comme moi, plus on a de
diplômes universitaires, plus notre moyenne de revenus augmente. Pour les
enfants issus de l'immigration, on peut
faire le même constat, pratiquement 83 % des enfants issus de
l'immigration se retrouvent dans le public.
Et je veux
juste être clair, là, ici, je comprends tout à fait les parents qui mettent
leurs enfants dans le privé, car quel principe
les pousserait... le mettre dans le public? Quel principe? Celui de se
retrouver avec plus d'enfants défavorisés, celui de se retrouver avec plus d'enfants qui ont des problèmes, qui ont
besoin de plus d'accompagnement, celui de se retrouver avec des infrastructures délabrées? Ce n'est pas
un principe, ça, c'est un sacrifice qu'aucun parent ne ferait; évidemment,
les parents qui sont capables de mettre
leurs enfants au privé vont le faire. Le problème, aujourd'hui, qui se pose,
c'est que le privé doit être au
minimum aussi bon que le public, et ça doit être une obsession, une obsession
que nous nous donnons en tant que
législateurs, de se dire : Comment est-ce qu'on peut corriger une
situation aussi injuste? Surtout que tout ceci se fait avec la complicité de nos institutions
publiques. Vous le savez comme moi, 75 % des montants demandés par un
élève dans le priv