Transportation and the Environment — 1 October 2015 (41st Legislature, 1st Session)
CTE 2015-10-01
Quebec — Committees
Chacune de
ces interventions présente un certain potentiel de réduction des gaz à effet de serre. En vertu du marché du carbone, des projets de
réduction de cette nature sont théoriquement admissibles à des crédits
compensatoires. La réalisation d'un projet
de crédits compensatoires doit cependant être encadrée par un protocole
reconnu. Il n'en existe toutefois qu'un seul en agriculture, qui vise en le
recouvrement d'une fosse à lisier et à la destruction du méthane qui, autrement, s'en échappe. Quelques dizaines de
projets de ce type verront bientôt le jour au Québec après de longs
délais pour l'obtention de l'autorisation par rapport au ministère.
Il reste maintenant à voir s'il serait rentable
d'obtenir les crédits compensatoires associés à de tels projets de réduction. Pour obtenir ces crédits, il faut
réaliser un rapport qui doit notamment démontrer la quantité de gaz à effet de serre réduit. Cela présuppose l'instrumentation du site
pour mesurer la manière fiable de la réduction réalisée. Le rapport du
projet doit faire l'objet d'une vérification
par une tierce
partie indépendante et accréditée. L'ensemble du processus
engendre des coûts qui sont, dans le contexte d'une entreprise agricole la
plupart du temps, supérieurs au revenu espéré.
Selon les
règles en vigueur, le système des crédits compensatoires s'avère inadapté au
contexte agricole. Il y aurait lieu de revoir ces règles, par exemple,
en prévoyant des dispositions permettant l'agrégation des projets agricoles de réduction des gaz à effet de serre et la
vérification d'un échantillon représentatif des projets agrégés. Ceci
contribuerait à réduire les coûts de transactions sur le marché, qui,
autrement, sont trop élevés.
Malgré les
contraintes actuelles, la participation du secteur agricole au marché du
carbone par une amélioration de l'acceptabilité
aux crédits compensatoires demeure sans doute la meilleure façon de faire
évoluer les pratiques. La voie réglementaire,
c'est-à-dire l'imposition de mesures visant la réduction des gaz à effet de serre, serait vraisemblablement ingérable.
En outre, le
coût marginal de réduction est très élevé par le secteur agricole. Une
obligation de réduire les gaz à effet de
serre agricoles serait donc très
coûteuse pour l'État et pour les agriculteurs. Aussi bien, dans ce contexte,
favoriser la participation volontaire
du secteur agricole au marché du carbone en facilitant la réalisation de
projets admissibles à des crédits
compensatoires. Ces crédits pourraient devenir un incitatif à l'innovation et à
l'adaptation de pratiques agricoles plus sobres en gaz à effet de serre tout en générant des réductions de gaz à effet de
serre utiles aux entreprises québécoises visées par le système de
plafonnement et d'échange des droits d'émission.
Les carburants fossiles. Une forte proportion
des besoins énergétiques du secteur agricole est comblée par les énergies
fossiles. Selon les données de Statistique Canada, les agriculteurs québécois
en ont consommé pour près de 394 millions en 2014. Ce montant inclut les combustibles pour le chauffage et les
carburants pour les machines. C'est toutefois sans compter tout le
carburant nécessaire au transport par camion des intrants et des produits
agricoles qui parcourent chaque année plusieurs centaines de millions de
kilomètres. C'est donc dire que les agriculteurs subissent, depuis le 1er janvier dernier, la hausse du coût
des carburants attribuable au marché de carbone et que cela se répercute
sur leurs coûts de production.
Il faut
bien comprendre que, de ce côté-là, bien que la hausse des coûts unitaires des
combustibles et des carburants fossiles
résulte du marché du carbone... puisse sembler dérisoire, l'impact peut
s'avérer majeur au final parce que la plupart des gens ignorent que certains des marchés se gagnent et se perdent en
raison de quelques sous le kilogramme de denrées. Lorsqu'on ajoute cela
aux coûts et qu'on respecte la réglementation environnementale, qui est
généralement plus exigeante au Québec que
chez nos compétiteurs, l'impact devient véritablement significatif.
Cette situation est d'autant plus préoccupante dans le secteur agricole parce qu'il ne dispose pas de
solution de rechange aux énergies fossiles pour un bon nombre d'usages. Si le citadin pourrait faire le
choix du transport en commun ou d'un véhicule électrique, l'agriculteur
sera contraint au moteur à explosion pour la
majeure
partie des travaux faits... d'une alternative économique abordable. C'est pourquoi le gouvernement devrait impérativement
investir pour aider le secteur agricole à réduire les impacts du marché
du carbone sur les coûts de production. Il
faudrait offrir aux producteurs agricoles des programmes favorisant une plus
grande efficacité énergétique ainsi que la substitution aux énergies
renouvelables lorsque possible, naturellement.
Considérant
le montant consacré par les agriculteurs à l'achat de l'énergie fossile et
compte tenu du coût additionnel résultant du marché du carbone, le
gouvernement dispose d'un montant substantiel qui devrait être réinvesti aux programmes d'aide et aux autres mesures
structurantes favorisant l'adoption du secteur agricole... Les agriculteurs
ont d'ailleurs toujours bien répondu à ce genre d'opportunités lorsqu'elles
leur ont été offertes.
Je vais y
aller avec la conclusion. La cible de réduction des gaz à effet de serre
proposée est ambitieuse et aura sans contredit
un impact sur les coûts des carburants fossiles et, par conséquent, sur les
coûts de production des entreprises agricoles.
Ces dernières sont très dépendantes des sources énergétiques, et des solutions
de rechange sont souvent absentes. Des
investissements de la part du gouvernement seront nécessaires pour amoindrir
l'impact du marché du carbone sur les exploitations agricoles.
contrepartie du coût additionnel attribuable au marché du carbone que doit
désormais assumer le secteur agricole pour
l'achat des énergies fossiles, l'État devrait investir dans des programmes
d'efficacité énergétique et de substitution des énergies fossiles par
des sources renouvelables destinées au secteur agricole.
Le Président (M. Reid) : En
terminant...
M. Caron
(Martin) : En outre, l'État devrait aussi investir...
Le Président (M. Reid) : En
terminant rapidement parce qu'il reste quelques secondes.
M. Caron (Martin) : Oui. En
terminant, je vous dirais qu'au niveau des mesures structurantes déployées il
faudrait optimiser les possibilités de participation des producteurs au marché
de carbone tout en regardant au niveau du contrôle et au niveau des
investissements.
Président (M. Reid) : Merci beaucoup pour votre présentation.
Nous allons maintenant passer à la période d'échange. M. le ministre,
vous avez la parole.
Heurtel : Merci, M. le Président. Bonjour, MM. Caron et Bernier. Merci
beaucoup pour votre présentation ainsi que votre mémoire.
Plusieurs
questions, mais, en commençant, je peux tout de suite vous dire qu'au niveau de
la question des crédits compensatoires,
bon, il y en a déjà, il y a déjà un protocole qui existe pour le monde
agricole. Puis on travaille d'ailleurs sur
une série d'autres protocoles puis on a tout à fait la volonté de poursuivre le
travail avec l'UPA et le monde agricole pour poursuivre le développement de divers protocoles pour justement
refléter la réalité bien particulière de l'agriculture au Québec. Alors, je tiens tout de suite à vous
sécuriser là-dessus, puis qu'il va y avoir des annonces très bientôt en
termes de protocoles, de crédits
compensatoires, notamment le travail qu'on fait avec l'Ontario. Parce que vous
savez que l'Ontario s'est joint au
marché du carbone, et on travaille déjà ensemble sur une série de protocoles
conjoints, dont certains dans le domaine agricole.
Mais il y a
également le fait que c'est sûr qu'il va falloir travailler. Puis on travaille
avec d'autres groupes, d'autres regroupements pour voir comment on peut
justement peaufiner les mesures du plan d'action sur les changements climatiques 2013‑2020 puis mieux les adapter à la
réalité agricole, notamment en matière d'efficacité énergétique, puis surtout
au niveau des carburants parce que, en tout cas, je ne crois pas qu'il y ait
encore beaucoup de moissonneuses-batteuses
électriques ou à l'hydrogène, mais, d'ici là, il faut qu'on fasse un travail,
puis je veux juste vous communiquer qu'on
est très conscients de cette réalité-là et qu'on y travaille, et il y a une
réelle volonté de la part du gouvernement d'avoir des mesures qui
s'adaptent à cette réalité-là et à investir des revenus du Fonds vert dans
diverses mesures qui vont permettre justement à vos membres et à vous, en tant
que producteurs, de mieux profiter, justement, de nos mesures d'adaptation en
matière de changements climatiques.
Rapidement,
donc, au niveau... Je trouvais très intéressant votre mémoire parce que, bien
que court, il est très dense, puis il
y a beaucoup de mesures concrètes. Puis ça, ça nous aide beaucoup, d'avoir des
exemples très concrets, parce que, là, on
peut tout de suite se mettre au travail là-dessus. À la page 4 de votre
mémoire, vous proposez donc des opportunités de réduction d'émissions de
GES dans le monde agricole. D'après vous, parmi ces cinq-là, est-ce que vous
pourriez les classifier et les mettre en
ordre d'importance? D'après vous, si on avait à prioriser pour obtenir un
maximum de réduction, d'après vous, lesquelles ou laquelle a le plus de
potentiel de réduction?
M. Caron
(Martin) : C'est une très
bonne question, puis je me souviens de la dernière
interrogation, vous m'aviez demandé
des choses concrètes, tout ça. De mettre ça en priorité, je pense qu'il y a quelques
éléments qui sont là. Entre autres, je pense que, quand on parle au niveau
de l'énergie puis de l'électricité, tout le système triphasique qu'on
parle puis qu'on n'a pas accès en tant que
producteurs, ça, ça en est un qu'on pourrait vraiment rapidement
aller chercher différentes économies. Puis il y a des tendances qui s'en
vont là-dessus parce qu'on est rendus avec des nouveaux moteurs, des nouveaux systèmes qu'on pourrait utiliser, mais ça
nous prend vraiment le courant triphasique. Ça fait que ça, je
pourrais dire que ça en est un.
Je peux laisser peut-être Daniel aller sur
d'autres exemples, mais, moi, ça m'amène rapidement à dire qu'on pourrait faire
un bout de chemin de ce côté-là.
M. Bernier (Daniel) : Oui. Effectivement,
si on regarde, dans le fond, les deux plus gros blocs en termes d'émissions pour le secteur agricole, c'est la
gestion des sols — donc, toute la gestion de la fertilisation
azotée — et
les émissions par les ruminants. Donc, si on s'attaque à ces deux sources-là,
qui expliquent le plus fort pourcentage des émissions agricoles, probablement
que c'est là qu'on pourrait faire des gains intéressants aussi. Donc, si on
avait un protocole qui vient déterminer
quelles sont les meilleures pratiques en termes de gestion de la fertilisation
azotée puis un protocole qui viendrait encore préciser certaines bonnes
pratiques en matière de régie alimentaire pour les ruminants, il y a
probablement des gains à faire de ce côté-là.
Heurtel : Moi, il y a deux semaines à peine, j'étais aux
Îles-de-la-Madeleine, j'ai visité une ferme avicole qui a mis en place des procédés vraiment très
intéressants au niveau, justement, de l'efficacité énergétique. Bon, dans le
cas de la ferme avicole, bon, c'est des
poules. Ils avaient 10 000 poules. Bon, bien, la chaleur, toute la chaleur
qu'il y a dans la ferme, bon, bien, elle est réutilisée, puis justement,
en hiver, ils baissent leur facture d'énergie de façon très importante.
Est-ce que vous pensez que c'est quelque chose
qui pourrait être exploré également, là?
M. Caron (Martin) : Oui, absolument. Puis vous avez vu un exemple là, puis on en a dans
différentes régions, que des
perso