CAT — 23 February 2016 (41st Legislature, 1st Session)
CAT 2016-02-23
Quebec — Committees
Coiteux : Alors, merci, M. le Président, et chers collègues et chers groupes qui allez faire des
présentations aujourd'hui concernant le projet de loi. Le projet de loi n° 83,
qui est intitulé Loi modifiant diverses dispositions législatives en matière municipale concernant notamment le financement
politique, a été présenté à l'Assemblée nationale le 1er décembre dernier et suggère, comme son
nom l'indique, des mesures et des propositions
de modifications législatives en matière municipale.
Je tiens, d'entrée de jeu, puisque j'ai été
nommé tout récemment dans mes nouvelles fonctions, à saluer le travail de mon
collègue qui a occupé le poste de ministre des Affaires municipales et de
l'Occupation du territoire, M. Pierre
Moreau, qui a livré ce projet de loi d'importance pour le milieu municipal.
Vous me permettrez d'ailleurs, compte tenu
de ce qu'on a appris au cours des dernières heures, de dire à Pierre à quel
point il a tout mon soutien, toute mon amitié et tous mes voeux d'encouragement. Puis je pense, d'ailleurs, qu'on
partage tous les mêmes sentiments ici, autour de la table.
Alors, je prends maintenant le relais avec la conviction
qu'il y a déjà beaucoup de travail qui a été accompli. Mais, comme dans toute
chose, et c'est toujours la raison pour laquelle on a ces
consultations, tout projet de loi qui est soumis à l'Assemblée nationale
et au travail des commissions, il y a toujours place, compte tenu notamment des
suggestions qui nous seront faites, à l'amélioration. Alors, c'est pourquoi
j'aborde les présentes consultations avec ouverture et beaucoup d'intérêt. J'ai
très hâte d'entendre tout le monde là-dessus.
D'ailleurs,
depuis mon élection, je suis déjà allé à la rencontre de plusieurs groupes
oeuvrant entre autres dans le monde
municipal. En discutant avec eux, j'ai été à même de constater plusieurs
préoccupations en lien avec ce projet de loi et portant sur différents volets, notamment celui du financement, celui
du regroupement des offices municipaux d'habitation et également la proposition du nouveau processus de
vérification. Sachez que, sur ces aspects, l'encre n'est pas nécessairement complètement sèche et que j'espère
que cette consultation viendra bonifier le projet de loi afin de le
rendre, je dirais, meilleur pour tous.
Je voudrais aussi
profiter de cette première tribune importante, comme ministre des Affaires
municipales et de l'Occupation du
territoire, pour vous exprimer ceci : Je crois au concept d'autonomie
municipale. Les municipalités sont des
partenaires clés du gouvernement. Comme dans tout partenariat, il doit y avoir
entre nous — je parle
évidemment, ici, des municipalités et du gouvernement — une
relation de confiance et de respect dans nos rapports, confiance dans la
délégation de responsabilités et respect des rôles de chacun. J'y crois
sincèrement. Je ne crois pas à un ministère des Affaires municipales et de
l'Occupation du territoire paternaliste, je ne crois donc pas à un ministère
des Affaires municipales et de l'Occupation
du territoire qui serait une espèce de Big Brother. Je crois que les maires
sont responsables et imputables. Les maires sont,
comme nous, des élus imputables, démocratiquement élus, choisis aux quatre ans.
Ils sont légitimes et redevables envers les citoyens.
Ayant partagé cette
appréciation, il convient, par le fait même, d'accepter qu'ils doivent avoir la
latitude et la flexibilité nécessaires pour
prendre les décisions, celles qu'ils estiment essentielles et prioritaires pour
leurs citoyens. C'est ainsi que
j'aborde mon nouveau mandat. Ce qui me guidera au quotidien dans mes actions,
c'est l'intérêt du citoyen qui, lui,
se trouve désavantagé par trop de labyrinthes administratifs et de petites
chicanes de paliers. C'est avec cette même vision que j'aborde les suites du pacte fiscal et du rapport Perrault.
Et soyons tous conscients d'une chose : je n'ai pas peur du changement. Je sais, moi aussi, que ce projet
de loi témoigne des efforts investis en vue de mieux répondre aux
besoins des municipalités, mais aussi aux préoccupations des citoyens.
Avant d'entamer ces
consultations particulières, laissez-moi vous rappeler certaines des mesures
que nous allons étudier. Avec ce projet de
loi, nous voulons poursuivre la réforme du financement politique amorcée depuis
2012, et ce, principalement dans les
municipalités de 5 000 habitants ou plus, le but étant, entre autres,
de mieux harmoniser le régime municipal au régime de financement
provincial. Nous croyons que les modifications contenues dans ce projet de loi
assureront aux candidats indépendants et aux partis politiques un financement
raisonnable, stable et prévisible.
projet de loi propose aussi des modifications qui touchent entre autres le
processus de vérification dans les municipalités.
Plus concrètement, il se rapporte aux pouvoirs et à l'indépendance du
vérificateur général par rapport aux instances
qu'il vérifie et à la création et la composition des comités de vérification. À
ce sujet, j'ai déjà entendu plusieurs préoccupations
et je suis moi-même déjà à la recherche d'une meilleure solution, mais je
souhaite entendre vos propositions et alternatives s'il y a lieu.
ailleurs, la volonté du gouvernement de tenir compte du caractère unique des
Îles-de-la-Madeleine nécessite d'apporter
des modifications à la
Loi sur l'exercice de certaines compétences municipales
dans certaines agglomérations. Ainsi, le projet de loi propose que
l'agglomération des Îles-de-la-Madeleine soit désormais désignée sous le nom de
Communauté maritime des Îles-de-la-Madeleine.
projet de loi prévoit également apporter certaines modifications à
Loi sur
l'aménagement et l'urbanisme, des propositions qui permettraient
notamment aux municipalités d'imposer des contributions aux promoteurs pour le financement d'infrastructures et équipements
rendus nécessaires par le développement immobilier sans qu'il soit
requis de conclure à des ententes à cette fin.
modifications s'inscrivent à la suite de l'Accord de partenariat avec les
municipalités 2016‑2019. Cet accord historique,
signé en septembre dernier, m'amène à aborder le sujet de l'allègement de la
reddition de comptes. Le projet de loi
propose notamment d'abroger, à compter de l'année 2017, l'obligation pour les
organismes municipaux de transmettre leurs budgets au ministère des
Affaires municipales et de l'Occupation du territoire.
Le projet de loi veut
également apporter des modifications à la
Loi sur la Société d'habitation du
Québec en visant trois objectifs, soit de
regrouper les offices d'habitation, de confier à la SHQ la gestion des
contributions destinées au Fonds
québécois d'habitation communautaire et de faciliter la gestion des travaux de
réparation et d'amélioration majeurs.
Alors,
mesdames, messieurs, comme vous le voyez, ce projet de loi s'inscrit dans la
poursuite de nos actions vers une
plus grande autonomie des élus locaux et régionaux. C'est une première pièce
importante dans le contexte d'une vision beaucoup plus grande que nous sommes en train, comme gouvernement, de
mettre en place avec nos partenaires municipaux.
J'invite
également l'ensemble des parlementaires ici présents à envisager ces
consultations avec la conviction que le gouvernement n'ignorera pas leur
contribution si elle rejoint l'intérêt de nos partenaires et citoyens. Merci.
Le Président (M.
Auger) : Merci, M. le ministre. Je vais devoir vous enlever un peu de
temps sur la période d'échange parce que vous avez dépassé le temps alloué de
six minutes.
Nous
allons maintenant continuer avec le porte-parole de l'opposition officielle en
matière d'affaires municipales et de
décentralisation, le député de Jonquière, pour ses remarques préliminaires,
maximum de 3 min 30 s. M. le député.
Gaudreault : Oui. Merci, M. le Président. D'entrée de jeu, je veux
aussi saluer les collègues qui sont ici présents,
le ministre, les gens du ministère qui sont ici, collègues de la deuxième
opposition, le député de René-Lévesque qui va m'accompagner dans cette
commission, le recherchiste qui travaille avec moi également.
D'entrée de jeu
également aussi, M. le Président, vous me permettrez de dire un mot
d'encouragement, de solidarité envers
Pierre. Vous me permettrez de déroger au règlement à ce stade-ci. Vous savez,
quand une situation comme ça se présente à l'un d'entre nous, parmi les
125 députés, c'est nous tous qui sommes touchés. C'est là qu'on voit qu'au-delà de la partisanerie, des lignes de
parti, nous sommes des collègues, nous sommes parfois des amis. Et en
mon nom personnel, mais je sais certainement aussi au nom également de ceux et
celles qui travaillent avec moi à l'opposition officielle, je veux souhaiter à
Pierre le meilleur rétablissement possible, la meilleure chance possible dans
le combat qu'il mène. Je veux l'assurer de
tout notre soutien, de toute notre solidarité pour les prochaines semaines. Je
pense qu'il va en avoir besoin. Et sûrement que son esprit va nous
inspirer dans le travail qui est ici devant nous.
Alors, sur ce, M. le
Président, je vais passer un petit peu plus au fond des choses quant aux
travaux qui nous attendent. Je suis obligé
de constater néanmoins que le projet de loi n° 83 correspond à une
certaine tendance que nous remarquons
dans ce gouvernement depuis l'élection d'avril 2014, qui est de présenter ce
qu'on appelle des projets de loi mammouth, c'est-à-dire d'avoir des
projets de loi avec différents sujets à l'intérieur du même document, de la
même pièce législative.
n'est pas un omnibus ordinaire. Moi,
j'en ai fait adopter, des omnibus, quand j'étais ministre, qui sont assez techniques, qui touchent, par exemple,
des modifications fiscales, des choses comme ça. Là, on fait face, en gros, à trois gros projets de loi différents, qui
pourraient vivre en soi, comme projets de loi, à l'intérieur d'un même
document.
C'est pour ça, M. le Président, que j'annonce
mes couleurs tout de suite. Nous allons demander et proposer à l'Assemblée nationale une scission du projet de
loi n° 83 en trois projets de loi : un premier projet de loi qui
toucherait les questions d'habitation, donc la fusion des OMH; un deuxième
projet de loi qui concernerait la question des comités de vérificateurs généraux; et un troisième projet de loi qui
concernerait le financement politique et tout le reste du projet de loi
n° 83. Nous pensons que ces trois projets de loi peuvent vivre en soi
comme projets de loi distincts.
Et nous
pensons que le projet de loi n° 83, tel qu'il est présenté actuellement,
met les parlementaires dans une drôle de position parce qu'on pourrait
être, par exemple, pour le financement politique plus démocratique, comme nous l'avions entamé en 2012, mais être contre la
fusion, par exemple, des OMH. Alors, comment on fait pour voter? Comme
parlementaires, on ne peut pas voter avec nos deux bras, là, il faut qu'on vote...
Alors, ça nous met dans une drôle de position,
et nous allons plaider fortement à l'Assemblée nationale pour une scission de
ce projet de loi mammouth en un morceau,
la trompe; l'autre morceau, le coeur; puis l'autre morceau, la queue du
mammouth. Donc, trois gros morceaux en soi.
C'est
terminé, hein, dans le temps? Alors, de toute façon, on aura l'occasion d'en
reparler. Merci, M. le Président.
Le Président (M. Auger) : Merci, M.
le député. J'invite maintenant le porte-parole du deuxième groupe d'opposition en matière d'affaires municipales et
d'occupation du territoire et député de Blainville pour ses remarques
préliminaires pour un maximum de 2 min 30 s.
Laframboise : Merci
beaucoup, M. le Président. D'abord, saluer M. le ministre, vos collègues
de la
partie ministérielle, mes
collègues du Parti québécois, évidemment mon collègue de Nicolet-Bécancour qui
m'accompagne, mon recherchiste.
Première
pensée, évidemment, au ministre qui était en commission, là, avant vous, M. le
ministre, là. D'abord, premièrement,
on sait que c'est un fier combattant. Donc, on a la chance, nous, de l'avoir vu
en commission parlementaire, puis là
il a un combat, c'est la maladie, puis on va l'accompagner, nous, dans ce
combat-là. On va tous être derrière lui, donc aujourd'hui, le message,
c'est : Ne lâche pas, Pierre, puis on est tous derrière toi. Puis on est
convaincus qu'il va en venir à bout.
Évidemment,
remercier aussi les groupes qui ont pris le temps de préparer un mémoire dans
un aussi court délai et qui viendront
nous faire valoir leur point de vue, au cours des prochains jours, au sujet des
changements qui sont imposés par le projet de loi n° 83 dans le
monde municipal.
Le projet de loi n° 83, c'est ni plus ni
moins un projet omnibus qui vise beaucoup plus que le financement politique. Le projet de loi permet aussi
l'imposition de frais de croissance, mais ne plafonne pas les contributions
pouvant être exigées aux promoteurs immobiliers;
la fusion, par décret, des offices municipaux d'habitation, mais ne prévoit
aucun mécanisme de consultation des municipalités et n'offre aucune latitude
pour permettre des fusions volontaires des OMH,
ce qui est contraire au principe d'autonomie tant défendu, autant par la
Coalition avenir Québec puis probablement le gouvernement, qui a pris
une
partie de notre discours.
Ça met en place des dispositions du pacte
fiscal. Ça modifie les règles de remboursement des dépenses de recherche, mais souvent au détriment de plusieurs
municipalités. Ça crée un comité de vérification qui pourrait être
pertinent si les règles étaient les mêmes
qu'à l'Assemblée nationale. Souvenons-nous qu'on a un bureau, à l'Assemblée
nationale, où il y a cinq membres du
gouvernement puis quatre de l'opposition. Donc, on est ouverts aux discussions.
Je comprends que le ministre souhaite
maintenant le retirer de son projet de loi. On n'est pas contre, mais, par
contre, il faudra un jour statuer sur la façon de surveiller le
vérificateur général dans chacune des villes.
Bref, ce
projet de loi comporte plusieurs grands changements pour le monde municipal et
la démocratie municipale. Il donne
cependant l'impression que le gouvernement l'a préparé sans trop consulter les
acteurs concernés, puis on le lit dans les mémoires qui ont commencé à
être déposés. Donc, on va agir en conséquence.
Merci beaucoup, M. le Président.
Le Président (M. Auger) : Merci, M.
le député de Blainville.
Nous allons débuter les auditions. Je souhaite
maintenant la bienvenue aux représentants de l'Association des vérificateurs
généraux municipaux du Québec. Je vous rappelle que vous disposez de 10 minutes
pour votre exposé, puis nous procéderons à
la période d'échange avec les membres de la commission. Je vous invite donc à
vous présenter puis à commencer votre exposé.
M. Bergeron
(Jacques) : Oui, bonjour. Mon nom est Jacques Bergeron, président de
l'Association des vérificateurs généraux
municipaux du Québec. Donc, M. le Président, Mmes, MM. les membres de la
commission, donc, à
titre de président de l'Association des vérificateurs généraux
municipaux, donc l'association, j'ai l'honneur de représenter les 10
vérificateurs généraux municipaux et de vous exposer les positions de
l'association sur le projet de loi n° 83, principalement les articles 6 à
28 du projet de loi.
premier lieu, j'offre, au nom des membres de l'association, mes salutations au
président de la commission, au ministre
et aux députés des différents partis présents. Je remercie la commission de
recevoir l'association pour entendre ses membres sur le projet de loi.
J'aimerais
présenter premièrement les personnes qui m'accompagnent, donc Michel Samson,
vérificateur général de la ville de Québec; Sébastien Laprise, avocat
associé au cabinet Langlois. J'aimerais également aussi souligner la présence
de deux de mes collègues : Francine Brunette de la ville de Longueuil et
Yves Denis de Lévis.
Mon exposé couvrira
les thèmes suivants, prioritaires : premièrement, la présentation du rôle
du vérificateur général municipal et les
demandes de changements législatifs qu'on veut commenter, entre autres au
niveau du rôle du comité de
vérification; le budget minimal accordé au vérificateur général municipal;
l'autonomie du vérificateur général municipal; et la vérification des
états financiers, et pour conclure par la suite.
Premièrement,
j'aimerais présenter le rôle du vérificateur général municipal, donc, le
premier temps, faire une brève
introduction sur l'origine de la fonction du vérificateur général municipal et
ses principales caractéristiques. Donc, depuis 2002, les villes ayant
plus de 100 000 habitants doivent nommer un vérificateur général. Son mandat
est de sept ans, non renouvelable
actuellement. Le vérificateur général est nommé aux deux tiers des voix du
conseil municipal. Il peut être donc
destitué également aux deux tiers des voix du conseil. Par le fait même, ce
dernier peut, si les circonstances l'exigent,
demander des explications au vérificateur général et même ordonner une enquête
sur le vérificateur général.
Le mandat comporte
trois volets : premièrement... financière, la vérification pour s'assurer
que la ville utilise adéquatement ses ressources
et la vérification de la conformité aux lois. Le vérificateur général dispose
de l'indépendance par rapport à
l'administration municipale et au conseil municipal. Il détient l'entière
autonomie sur le choix de ses missions de
vérification et sur la gestion de son bureau, en respectant, bien entendu, les
politiques et directives de la ville. Le budget annuel est établi de manière statutaire, selon un pourcentage du budget
de fonctionnement de la ville, et la Loi des cités et villes établit les dispositions visant à assurer
l'entière confidentialité des dossiers de vérification du vérificateur
général.
Donc,
nous croyons, au fil des années, que la fonction a sa raison d'être.
D'ailleurs, la Commission d'enquête sur l'octroi et la gestion des contrats publics dans l'industrie de la
construction l'a même souligné dans son rapport. Donc, la fonction de vérificateur général est une
composante névralgique de la gouvernance municipale pour assurer une
saine gestion des deniers publics.
Donc, dans un deuxième
temps, donc on va regarder effectivement les grandes demandes de changements législatifs proposés par l'association. Depuis la
création de la fonction de vérificateur général municipal, les membres
de l'association ont été confrontés, dans la
réalisation de leur mandat, à diverses difficultés, à cause notamment
d'imprécisions, d'éléments manquants dans les dispositions légales régissant le
vérificateur général. Plusieurs représentations ont été faites par l'association en ce sens pour que des modifications
législatives soient apportées à la loi. C'est pourquoi l'association salue la volonté de revoir le cadre
législatif entourant la fonction de vérificateur général. Pour nous, il
s'agit d'une occasion unique d'améliorer l'encadrement des vérificateurs généraux
municipaux. Cependant, à notre avis, le projet
de loi n° 83 comporte certaines propositions qui pourraient sérieusement
mettre en péril l'autonomie, l'indépendance et la pérennité de la
fonction.
Dans
un premier temps, le premier alinéa de l'article 107.20 du projet de loi
n° 83 confère au comité de vérification des municipalités le soin de décider à huis clos s'il juge à propos de
soumettre le vérificateur général municipal à une forme d'enquête menée
par une tierce
partie nommée par le comité. À notre avis, cette proposition
compromet gravement les garanties
d'indépendance et d'autonomie du vérificateur général. L'utilisation de ce
mécanisme pourrait être ainsi à des fins politiques et administrée de
manière arbitraire, vu l'absence de balises claires, ou à des fins de
représailles suite à un rapport défavorable
du vérificateur général. Il compromet également la confidentialité des travaux
du vérificateur général. Ce pouvoir
pourrait ainsi donner lieu à une forme de contrôle d'opportunités de la part du
comité de vérification sur les activités du vérificateur général.
Nous
comprenons la volonté du législateur de répondre à la question suivante :
Qui vérifie le vérificateur général? À cette question, nous désirons
rappeler que le conseil municipal peut, en tout temps, déclencher une enquête
sur le vérificateur général s'il juge qu'il existe un motif sérieux. Cependant,
le déclenchement de cette enquête deviendrait public, impliquant à la fois le
conseil municipal et le vérificateur général. Rappelons également que les
dépenses du vérificateur général sont vérifiées annuellement par le
vérificateur externe, en vertu de la loi.
Par ailleurs, nous
proposons également un ajout au projet de loi n° 83 actuel qui permettrait
l'instauration de mécanismes cycliques pour
la demande du conseil de ville, obligeant le vérificateur général de soumettre
à une révision de ses pratiques afin
d'assurer la conformité de ses travaux aux normes reconnues dans le domaine de
la vérification. Cette façon de faire est déjà appliquée depuis longtemps par les vérificateurs généraux provinciaux et le
Vérificateur général du Canada.
Enfin,
l'association note le silence, dans le projet, quant aux fonctions essentielles
de ce comité. Aucune disposition du projet de loi ne fait état de son rôle actif dans la relation entre le vérificateur général, et le vérificateur
externe, et le conseil municipal. Donc, au niveau du budget minimal,
comme j'ai mentionné précédemment, le budget est calculé en fonction d'un pourcentage du budget de la
ville. Le projet de loi prévoit un budget minimum de 400 000 $.
L'association considère ce seuil insuffisant
pour les vérificateurs des petites villes afin d'accomplir leur mandat.
L'association estime, avec des données à l'appui présentées dans le
mémoire, que 500 000 $ représente le budget minimal requis.
Sur le plan de
l'autonomie du vérificateur général, donc, certains membres de l'association
ont été confrontés avec prises de position de leurs municipalités fondées sur
l'ambiguïté de l'article 107.7 de la loi actuelle des cités et villes, positions qui ont
eu pour effet de réduire leur autonomie et leur indépendance. La révision de
cet
article devrait confirmer la pleine autonomie administrative du
vérificateur général quant à la gestion des affaires de son bureau.
le dernier point touche le volet états financiers. Donc, actuellement, le
vérificateur général a l'obligation de vérifier les états financiers de
la ville et de déposer un rapport, donc, au conseil municipal. Le projet de loi
propose l'abrogation des articles 7.14 et
7.15 de la Loi des cités et villes exigeant au vérificateur général municipal
de faire rapport au conseil municipal
de la ville, au conseil d'administration des organismes sous le contrôle de la
ville de sa vérification des états
financiers. Selon nous, le vérificateur général devrait néanmoins conserver une
discrétion dans la réalisation de ce mandat. Ainsi, s'il le juge
opportun, il pourrait pouvoir procéder à la vérification des états financiers
de la ville et des organismes sous son
contrôle, en collaboration avec le vérificateur externe en place. Le
Vérificateur général devrait aussi pouvoir avoir accès aux dossiers du
vérificateur externe, donc, annuellement.
Conclusion,
le projet de loi constitue une occasion unique d'apporter des ajustements
nécessaires visant à fournir un cadre législatif protégeant l'autonomie,
l'indépendance, la pérennité de la fonction du vérificateur général municipal,
fonction essentielle de la démocratie municipale. Cependant, selon l'association,
certaines dispositions sont absentes, insuffisantes
ou imprécises. Outre ce qui a été mentionné précédemment, d'autres éléments
sont inclus dans le mémoire, qui mériteraient une attention de la part
des parlementaires, dont la possibilité de surseoir à l'application des règles
en matière d'octroi des contrats et l'établissement de balises objectives pour
le traitement du titulaire de la fonction.
C'est avec plaisir
que je répondrai à vos questions. Merci.
Le Président (M.
Auger) : Merci beaucoup pour votre exposé. Nous allons débuter la
période d'échange. M. le ministre, pour environ 16 minutes.
Coiteux : D'accord. Alors, merci. Merci beaucoup pour la présentation
du mémoire. J'aimerais ça si vous pouviez...
parce que vous avez commencé, au début, en disant qu'en raison de l'imprécision
actuelle des lois, ça rend votre travail parfois difficile, là, sur le
terrain. Vous rencontrez un certain nombre de difficultés pour vous acquitter
de votre mandat.
Est-ce que vous avez
des exemples comment ça se passe en pratique? Quelles sont ces ambiguïtés ou
ces imprécisions dans la loi actuelle qui nuisent à l'exercice de votre
travail?
M. Bergeron (Jacques) : Il s'agit, dans le fond, pour certaines
municipalités d'interpréter... La loi, elle est bien écrite, c'est-à-dire l'article de loi est quand
même précis. Nous, à Montréal, à Québec également, les dirigeants
municipaux comprennent effectivement
l'autonomie qu'on a. Par contre, au niveau des plus petites villes ou dans
certaines villes comme telles,
l'administration, la direction générale s'insère dans la manière, par exemple,
d'octroyer des contrats, s'insère dans l'embauche des employés, par
exemple, du vérificateur général. Donc, il y a une forme d'ingérence qui n'est
pas nécessairement quelque chose qui est, je
dirais, volontaire comme tel, mais c'est une incompréhension qu'on aimerait
préciser.
Donc, c'est vraiment
plus... par exemple, à Montréal, le vérificateur général octroie lui-même ses
contrats, en respectant évidemment les dispositions de la loi, donc embauche
lui-même ses propres employés sans ingérence de la part de l'administration municipale. Ce genre d'élément là est souvent... Il y a souvent de l'ingérence,
justement, de la part de l'administration pour certains vérificateurs généraux. Et
donc, dans le projet de mémoire, on suggère, dans le fond, aux législateurs d'apporter certaines précisions
qui confèrent la pleine autonomie du vérificateur général dans ses choix, dans
ses décisions pour vérifier l'administration municipale.
Coiteux : Est-ce que
ça serait le seul élément d'imprécision qui nécessiterait des clarifications dans les lois actuelles, là, la
gestion de vos propres ressources humaines, la gestion de vos contrats ou il y
a d'autres aspects qui pourraient également entraver votre travail?
M. Bergeron (Jacques) : Tout à fait. L'autre élément, quand même, qui est
très important, c'est le budget minimal du vérificateur général, surtout
pour les vérificateurs des petites villes.
Donc,
actuellement, le calcul est fait en fonction du pourcentage du budget de
fonctionnement de la ville, et, si on regarde
pour les très petites villes, ce montant-là, si on le calcul de façon brute,
est d'environ 300 000 $, donc qui ne donne pas une grande marge
de manoeuvre pour les petites villes.
projet de loi amène un budget minimal, un seuil minimal à 400 000 $,
mais, si vous regardez dans le mémoire, à l'annexe I, on a étayé
vraiment les dépenses minimales requises pour que le vérificateur puisse faire
son travail de chien de garde. Et, en
calculant, effectivement — on l'a fait vraiment avec les 10 vérificateurs généraux — on arrive à un montant minimal qui
devrait être de 500 000 $, qui donnerait effectivement une marge de
manoeuvre adéquate pour les vérificateurs généraux des petites villes.
M. Coiteux :
D'accord. J'ai dit, dans mes remarques préliminaires, que, notamment concernant
le rôle des vérificateurs généraux,
concernant le rôle des comités de vérification, qu'on pouvait envisager d'avoir
un débat un petit peu plus large que ce qui est dans le projet de loi.
Si vous, vous aviez à réfléchir sur la meilleure
façon d'améliorer les choses en matière de vérification, là — oublions pour l'instant, là, les articles tels qu'ils sont écrits, les aspects
que vous souhaiteriez améliorer — vous, vous regarderiez ça de quelle
façon? De quoi les vérificateurs auraient besoin pour que ça fonctionne bien?
M. Bergeron
(Jacques) : Je vous dirais, actuellement, hormis ce qu'on vient de
mentionner au niveau de l'autonomie, au niveau de l'ingérence, peut-être, des
administrations sur le fonctionnement du vérificateur général et le budget minimal, je
pense qu'actuellement l'encadrement est relativement adéquat. Autrement dit, on
relève du conseil municipal, par
contre on est souverains dans le choix de nos mandats de vérification, sans
interférence du conseil municipal. Et
ça, pour les 10 vérificateurs généraux municipaux, je n'ai pas vu
d'exemple ou de situation où le conseil municipal s'insère dans les
travaux du vérificateur général en cours de mandat, donc en cours d'année.
Donc, pour nous, pour l'instant, cette façon de
faire nous est adéquate. On salue évidemment la création de comités de vérification, qui serait un
interlocuteur, je dirais, essentiel pour le vérificateur général, mais ce qu'on
s'inquiète, c'est la prise de contrôle du
vérificateur général par le comité de vérification. Mais, pour l'instant, dans
la loi actuelle, si on enlève effectivement les deux points que j'ai
mentionnés, c'est-à-dire l'autonomie du vérificateur pour certaines
municipalités et le budget minimal, je pense que notre rôle est pleinement
accompli.
Le Président (M. Auger) : M. le
ministre.
M. Coiteux : D'accord. J'ai mon
collègue qui voudrait poser une question.
Le Président (M. Auger) : Oui, avec
plaisir. M. le député de Chapleau.
Carrière : Merci, M. le Président. Permettez-moi à mon tour de
vous saluer tous : le ministre, les collègues et également les collègues de l'opposition et de la
deuxième opposition. Merci d'être ici aujourd'hui pour nous faire part,
là, de vos recommandations. Le rôle du vérificateur général, je pense, c'est un
rôle important. On le voit ici, à l'Assemblée nationale,
mais le rôle que vous occupez, je pense, de chien de garde ou
de, peut-être que vois n'aimez pas ce terme-là, mais de
l'administration, là, municipale, je pense qu'il est d'une importance capitale.
Je suis un
ancien maire, pas d'une municipalité de 100 000 et plus, mais quand même,
là, personne n'est à l'abri, là, de
quelconque malversation, ou de semblant, ou d'apparence de malversation. Donc,
le rôle du vérificateur, le rôle que vous occupez est d'une importance
capitale.
Vous avez parlé tantôt, là, d'une pleine et
entière autonomie. Je pense que c'est important, mais pouvez-vous m'expliquer ou me... Vous êtes redevable, vous
êtes imputable, vous vous rapportez à qui? C'est sûr que vous êtes nommé
par le conseil municipal, mais vous êtes à
la fois nommé par eux, mais, en même temps, vous devez être indépendant
et ne pas subir ou d'avoir de pression de la part du conseil municipal de la
ville.
Comment vous voyez votre imputabilité, à part,
là, d'avoir été embauché par la ville? Pouvez-vous un petit peu élaborer là-dessus? Et comment on s'assure d'une
certaine imputabilité et d'une autonomie aussi? Je trouve, la ligne, qui
peut être à la fois mince, là, n'est peut-être pas évidente, là, lorsqu'on
parle de ces deux concepts-là.
M. Bergeron
(Jacques) : On est
imputables, nous, par rapport au conseil municipal via nos rapports de
vérification. C'est certain que la façon dont on gère nos mandats de
vérification appartient au vérificateur général de manière exclusive. Par contre, annuellement, nous devons présenter un
rapport du vérificateur général, donc au conseil municipal, et présenter
également le résultat de nos activités, c'est-à-dire comment on a utilisé notre
budget, donc de quelle façon notre budget a été utilisé, donc les heures
imputables, les travaux de vérification qui ont été faits.
On est
imputables également via le rapport que le vérificateur externe produit sur nos
dépenses, c'est-à-dire que nos dépenses sont scrutées à la loupe
annuellement par le vérificateur externe de la ville pour s'assurer
effectivement que les dépenses qu'on effectue sont en lien avec la mission et
la fonction du vérificateur général. Ce qu'on propose également dans le
mémoire, c'est d'avoir une vérification par les pairs, c'est-à-dire, aux trois
ans, sur nos travaux de vérification et sur
nos activités de vérification pour s'assurer qu'elles respectent les normes de
vérification généralement reconnues. Donc, ce serait une autre forme
d'imputabilité comme telle.
Le Président (M. Auger) : M. le
député de Chapleau
Carrière : Oui, merci. Vérification par vos pairs, donc entre
vous 10, à tous les trois ans, vous seriez vérifiés par les neuf autres?
C'est-u ça que je dois comprendre?
M. Bergeron (Jacques) : Ça pourrait
être par le provincial également. Ça pourrait être par un pair, comme le VG de
la province, par exemple.
M. Carrière : O.K. Puis
présentement ce n'est pas quelque chose qui existe, mais vous n'auriez pas de
problème à être...
M. Bergeron
(Jacques) : Actuellement,
pour les vérificateurs généraux municipaux, ce n'est pas le cas, mais on
propose effectivement que ça devienne une pratique, un peu comme le VG
provincial est vérifié annuellement... aux trois ans, pardon, par un pair qui
peut être le Vérificateur général de l'Ontario, par exemple, ou d'une autre
province.
Carrière : Et, quand on parle d'autonomie entière, ça ne vous
fait pas peur d'avoir, aux trois ans ou peu importe le délai, d'avoir à
répondre de... Bien, votre budget, vous le faites annuellement, c'est ce que je
comprends, vis-à-vis le conseil.
Est-ce
que vous avez, depuis 2002, donc ça fait 13 ans, là, que ça existe dans les 10
municipalités, est-ce que vous avez
noté où il y a eu de l'ingérence de la part de la ville, d'une certaine ville?
Vous n'avez pas besoin de me la nommer, là. Je veux juste savoir, s'il y a un tel cas
d'espèce, comment le vérificateur peut gérer, entre guillemets, cette
ingérence-là sans... parce qu'en
principe le conseil municipal a droit, aux deux tiers, droit de vie ou de mort
sur le vérificateur, sur ce que vous faites.
Le Président (M.
Auger) : M. Bergeron.
M. Bergeron
(Jacques) : Écoutez, l'ingérence que je connais, je l'ai vécue
personnellement, donc en 2012, lorsque l'administration
a espionné mes courriels pendant 10 mois. Donc, c'est la seule ingérence que je
pourrais, dans le fond, le seul exemple que je pourrais mentionner comme
tel.
Encore
là, ici, j'ai mentionné, le conseil municipal, effectivement, vous avez raison,
a un pouvoir de vie ou de mort sur le
vérificateur, mais avec raison. Je veux dire, ça prend effectivement un motif
raisonnable, mais il peut effectivement déclencher une enquête sur le
vérificateur général. L'autre instance qui effectivement a un pouvoir de
vérification sur nos activités, c'est le
ministère qui peut effectivement venir voir est-ce qu'on respecte effectivement
les lois, donc les lois en vigueur, entre autres au niveau de l'octroi
de contrats, par exemple. Donc, c'est deux instances, effectivement, qui
peuvent effectivement enquêter sur le vérificateur et produire un rapport qui
est public.
Le Président (M.
Auger) : M. le député de Chapleau.
Carrière : Oui. Après ça, je pourrai redonner. Mais, dans le
cas du ministère, quand on parle d'autonomie municipale, etc., vous en avez parlé aussi, donc la pleine et entière
autonomie, de voir le ministère qui peut soit faire des vérifications,
enquêter, ça ne vous pose pas de problème?
M. Bergeron
(Jacques) : Aucun problème.
Le Président (M.
Auger) : M. le ministre, en vous rappelant que vous avez encore quatre
minutes à votre disposition.
M. Coiteux :
J'ai quatre minutes? Bien, puisque vous y avez fait allusion, vous dites :
Le ministère peut vérifier aussi également le travail des vérificateurs généraux, comment
vous voyez justement la relation entre le ministère et vous,
là, comme institution puis comment ça pourrait être éventuellement modifié,
amélioré?
Le Président (M.
Auger) : M. Bergeron.
M. Bergeron (Jacques) :
...est excellente. En premier lieu, on a nous-mêmes été vérifiés par le
ministère, en 2013‑2014, pour voir nos politiques d'octroi des contrats comme
tels. Je pense que la loi actuelle, pour le vérificateur général, et c'est ce qu'on propose également, c'est
peut-être un élément que j'ai oublié tantôt de mentionner... Normalement,
nous, on respecte effectivement les
dispositions de la loi. Donc, si on a un contrat en haut de 25 000 $,
on va sur invitation, et, en haut de 100 000 $, c'est un appel
d'offres public.
contre, ça nous cause des problèmes, et ça, c'est un élément important, c'est
que, puisqu'on est vérificateurs, on a
des critères de vérification, on a des stratégies de vérification, et le fait
d'aller en appel d'offres pour surtout des enquêtes juricomptables ou des enquêtes particulières, on
dévoile effectivement à deux, trois firmes, quatre firmes, notre
stratégie de vérification, nos critères, certains éléments confidentiels.
Donc,
ce qu'on suggère, dans le mémoire, c'est, dans certains cas — et évidemment on est redevables annuellement de cette disposition-là au conseil
municipal — c'est de
pouvoir accorder, en haut de 25 000 $, des contrats de gré à
gré si on juge que la confidentialité de nos travaux serait compromise.
Le Président (M.
Auger) : M. le ministre.
M. Coiteux :
Est-ce que j'ai encore un tout petit peu de temps?
Le Président (M.
Auger) : Deux minutes.
Coiteux : Deux minutes. Écoutez, j'aimerais juste vous entendre
là-dessus, parce que c'est un sujet dont on a beaucoup parlé aussi récemment, la question de la vérification des
dépenses d'agglomération, comment vous voyez, dans le fond, le mandat des vérificateurs généraux à cet
égard et comment on pourrait améliorer la confiance générale que tout le
monde a dans le...
M. Bergeron (Jacques) : ...on a pris connaissance du projet de loi,
effectivement, des dispositions qui touchent le vérificateur général.
Nous, on est prêts à assumer cette activité-là, là. On l'a déjà fait à
Montréal, en 2006, lors des défusions comme
telles, où on a regardé le processus, le processus qui permet effectivement
d'établir le taux de répartition des dépenses entre la ville centre et
l'agglomération, les villes liées.
Nous, on est prêts
effectivement à relever ce défi-là comme tel, mais évidemment la décision de
garder, ou de retirer, ou de confier à une
autre instance la vérification des dépenses mixtes, donc des dépenses d'agglo,
appartient au politique. Donc, je n'ai pas
de commentaire vraiment sur : Est-ce que ça devrait être nous ou pas nous
qui devrions faire cette vérification-là? Par contre, on est prêts à le
faire.
Le Président (M.
Auger) : M. le ministre, une minute.
M. Coiteux : Je n'ai pas d'autres
questions, pour ma part. Je vous remercie beaucoup de votre contribution.
Président (M. Auger) : Merci. Nous allons poursuivre avec l'opposition
officielle. M. le député de Jonquière, pour 10 minutes.
M. Gaudreault : Oui. Merci,
M. le Président. Je veux souhaiter la bienvenue à M. Bergeron,
M. Laprise et M. Samson, en particulier M. Samson, qui est habitué
aux murs de l'Assemblée nationale, pour avoir été Vérificateur général du
Québec par intérim pendant plusieurs années.
Ma première
question va faire un suivi, au fond, à la dernière question du ministre. Je
trouve que, dans votre mémoire, vous
y allez quand même fort, à la page 17, au point 3.3.2, sur les risques de
l'approche proposée, les deux premiers picots, là, quand vous dites que, compte tenu de la structure du comité, il
pourrait être utilisé à des fins politiques ou partisanes pour imposer
des mesures de représailles; le point suivant, vous parlez de chasse aux
sorcières.
Alors, c'est
quand même des expressions fortes, chargées de sens. Et vous avez fait
référence également, dans votre présentation, à l'article 107.20 du
projet de loi qui fait référence à la composition des comités, là, de
vérification, à 107.18, 107.19, et là vous parlez que ça peut conduire à de
l'arbitraire.
Je comprends que vous faites référence à de
l'arbitraire, à de la chasse aux sorcières, à des fins politiques ou
partisanes, par rapport à votre mission de vérificateur général et votre rôle
de vérificateur général, mais, selon votre expérience, et
je sais que M. Samson a une longue expérience de vérification, vous aussi, M.
Bergeron, vous en avez une longue
expérience de vérification, est-ce que ces risques d'utilisation à des
fins politiques ou partisanes ou de chasse aux sorcières pourraient se
faire aussi via les comités, tels qu'ils sont prévus dans le projet de loi, par
rapport au conseil municipal lui-même, ou à
la mairie, par exemple, ou au bureau du maire? Autrement dit, comme si le
comité de vérification servait un
peu, comme quand on joue au billard, là, faire un «cross-coin», là, pour aller
faire une intervention politique sur le maire. Je ne sais pas si vous
comprenez ce que je veux dire.
Est-ce que
vous trouvez aussi que le comité de vérification, tel qu'il est proposé dans le
projet de loi n° 83, peut servir à des fins politiques, pas juste
sur le vérificateur général, mais aussi, par exemple, sur d'autres membres du
conseil municipal?
Le Président (M. Auger) :
M. Bergeron.
Bergeron (Jacques) : Écoutez,
nous, on a regardé effectivement les propositions relativement à la composition des comités de vérification.
Pour nous, ça nous apparaît adéquat, donc entre autres, justement, d'avoir deux
membres indépendants qui soient présents au niveau du comité.
C'est plus
par rapport à nous comme tel, c'est-à-dire que ce qu'on trouve dangereux dans
le projet de loi actuel, au niveau de
la relation entre le comité de vérification et le vérificateur général, c'est
le fait que le comité de vérification puisse, n'importe quand,
déclencher une enquête sur le vérificateur général, alors que, si cette
enquête-là... et là évidemment c'est à huis clos, donc évidemment, nous, on va
être enquêtés, et le rapport va être public trois mois ou six mois après le
début de l'enquête. Et, pour nous, ça devient très dangereux parce qu'on
pourrait avoir des enquêtes pratiquement à
chaque six mois ou à chaque trois mois de la part du comité de vérification,
alors que, si ce pouvoir-là... et qui
est déjà là actuellement parce que le conseil municipal a déjà ce pouvoir de
déclencher une enquête sur le vérificateur pour des motifs sérieux, le déclenchement de l'enquête devient public
immédiatement, c'est-à-dire qu'aussitôt que le conseil municipal dépose
une motion pour engager une firme pour enquêter sur le vérificateur, ça prend
un motif qui est relativement sérieux, et le
conseil municipal va devoir le justifier publiquement, donc va porter, entre
guillemets, l'odieux du déclenchement
de l'enquête sur le vérificateur. Alors que, de la façon dont le projet de loi
est établi actuellement, la décision se prend à huis clos par le comité
de vérification, donc il n'y a pas une justification publique du déclenchement
d'une enquête sur le vérificateur général.
C'est dans ce
sens-là que nous, on trouve cet article-là relativement dangereux, surtout si
ça fait suite à un rapport qui est
défavorable, par exemple, pour l'administration qui elle-même a la majorité au
niveau du comité de vérification.
M. Gaudreault : O.K. Je comprends
votre point, mais, si on regarde la composition du comité, entre autres à 107.18, concernant l'agglomération, donc là on
parle, à 107.18, du conseil d'agglomération de Longueuil, celui de
Québec, et là la composition du comité, c'est parmi les membres du conseil
d'agglo qui sont aussi membres du conseil de la municipalité centrale, mais
sans être le maire ni un membre du comité exécutif.
Moi, je veux
savoir, selon votre expérience éprouvée de vérificateur général, est-ce que la
rédaction de cet article-là n'est pas en train de changer, au fond, ou
de travestir ce que devrait être en soi de la vérification, c'est-à-dire donc d'être vraiment indépendant? Est-ce qu'on ne
pourrait pas essayer de trouver une autre formule pour avoir un comité
de vérification ou une vérification des
conseils d'agglomération, mais sans une composition qui risque de porter flanc
à de la politique comme telle?
Le Président (M. Auger) : M.
Bergeron.
M. Bergeron (Jacques) : Écoutez, le rôle d'un comité de vérification
évidemment, c'est, bon, prendre connaissance
du rapport du vérificateur externe sur les états financiers, prendre
connaissance également du rapport du vérificateur général annuellement. Et ce qu'on
souligne également dans notre mémoire, et ça manque évidemment en termes
d'éléments législatifs, c'est de faire le suivi, justement, des recommandations
du vérificateur général annuellement.
pense que, si on campe bien le rôle du comité de vérification, je ne pense pas
qu'il y aurait une joute politique à ce
niveau-là parce que le rôle est vraiment très bien campé, donc vérifier les
états financiers, prendre connaissance du rapport du vérificateur
général, regarder évidemment les éléments de gouvernance qui touchent la
municipalité ou l'agglomération. Donc, de la façon dont le comité actuellement
est composé, et si on campe bien le rôle du comité de vérification dans uniquement
des dimensions états financiers, revue du rapport du vérificateur général annuellement et des
considérations de gouvernance, je ne pense pas qu'il y aurait de problème,
selon moi.
Le Président (M.
Auger) : M. le député de Jonquière, pour trois minutes.
Gaudreault : O.K. Est-ce que
vous trouvez qu'on ne serait pas mieux, au fond, considérant tout ce que
vous voulez amener comme modifications ou comme réflexion sur votre rôle, de vraiment traiter ça dans une
loi à part plutôt que d'avoir, là, un 10 minutes de présentation dans
une commission parlementaire sur un projet de loi plus large sur les affaires
municipales?
Donc,
est-ce que vous trouvez que ce que je propose comme scission
d'un projet de loi, donc d'avoir un projet de loi qui
toucherait, entre autres, juste les comités de vérification, ça ne donnerait
pas l'occasion d'aller plus loin dans la réflexion?
Le Président (M.
Auger) : M. Bergeron.
M. Bergeron (Jacques) : Écoutez, nous, comme telle, notre réflexion s'est basée uniquement
sur le projet de loi actuel, et notre mémoire a été basé évidemment
sur le projet de loi actuel. Donc, je n'ai pas d'opinion sur cet
élément-là.
Le Président (M.
Auger) : M. le député de Jonquière, deux minutes.
Gaudreault : O.K.
Oui, deux minutes. Je vous amène dans votre point sur la vérification des organismes, là, sous contrôle. Vous parlez, dans
votre texte de présentation, au point 2.4, c'est à la page 5 : faire
rapport au conseil municipal de la ville ou
au conseil d'administration des organismes sous le contrôle de la ville et de sa vérification des états financiers. S'il le
juge opportun, le VG devrait pouvoir procéder à la vérification des états
financiers, etc.
Vous
demandez d'inclure deux dispositions à cet
effet. Pouvez-vous nous en parler davantage et nous donner des exemples
où ça pourrait être pertinent de le faire?
Le Président (M.
Auger) : M. Bergeron, 1 min 30 s.
M. Bergeron (Jacques) : Donc, on a deux propositions. La première
proposition, effectivement, on comprend le législateur de nous enlever la responsabilité de vérifier des états
financiers, donc de la ville, donc de confier ça exclusivement à un
vérificateur externe. Nous comprenons donc cette position-là.
contre, dans certains cas, le fait d'être impliqué, donc de faire la
vérification financière conjointement avec un vérificateur externe
pourrait, dans certains cas, devenir un avantage, un avantage au niveau de la
connaissance. Par exemple, supposons que la ville change un système comptable
très important, par exemple, à l'année 3, donc, de la vérification, donc ça
fait deux ans qu'on ne fait plus la vérification financière des états
financiers, mais, à l'année 3, il y a un
grand changement qui se produit au niveau, par exemple, d'un système comptable,
et nous, on juge effectivement que ça occasionne des risques importants
pour la ville, dans le fond, on pourrait décider, à l'année 3, par exemple,
d'être impliqué, donc, conjointement avec le vérificateur externe. Donc, c'est
des, on pourrait dire, des interventions ponctuelles qui seraient à la
discrétion du vérificateur externe.
l'autre élément qu'on demande également, c'est d'avoir accès pleinement aux
dossiers du vérificateur externe annuellement,
parce qu'encore là, ici, ça nous donne effectivement des informations importantes
qui peuvent orienter, nous, des vérifications autres, de gestion, par
exemple.
Président (M. Auger) : Merci beaucoup. C'est tout le temps que nous
avions à notre disposition. Nous allons poursuivre avec la deuxième
opposition pour 6 min 30 s. M. le député de Blainville.
M. Laframboise : Merci beaucoup, M. le Président. D'abord, vous souhaiter la bienvenue,
M. Bergeron, M. Samson, M. Laprise.
première
partie de mon interrogation sera sur le comité de vérification parce
que, quand j'ai lu votre mémoire, surtout
à la page 19, là, je comprends, parce que vous mentionnez, là, à la page 19,
quand vous faites l'analyse de ce qui se passe à l'étranger, là, aux
États-Unis, à Toronto puis tout ça, les analyses, vous dites : Bon, on peut
constater que le contrôle du vérificateur général municipal est assuré par ses
pairs.
Donc,
théoriquement, vous accepteriez d'être vérifié par vos pairs, mais qu'il y ait...
tu sais, c'est un peu ça le principe,
là, qu'il y ait un comité de vérification, ça vous agace, là. En premier lieu,
là, c'est ce que je peux comprendre?
Le Président (M.
Auger) : M. Bergeron.
Bergeron (Jacques) : Non.
Excusez, ce n'est pas le fait qu'il y ait un comité de vérification, c'est le
rôle ou le pouvoir du comité de
vérification sur le vérificateur général qui nous agace. Ce n'est pas la
présence parce qu'effectivement on
salue qu'il y ait effectivement un comité de vérification qui existe. C'est un
interlocuteur qui est valable. Moi, je le vis à Montréal, Michel Samson
le vit à Québec également. C'est un interlocuteur qui est très valable, qui
comprend nos interrogations, ou certaines de
nos vérifications, ou des problématiques qu'on peut vivre. Donc, c'est un
interlocuteur, pour nous, qui est essentiel.
M. Laframboise : Donc, bon, on
s'entend, vous souhaitez un comité de vérification.
M. Bergeron (Jacques) : Oui.
Laframboise : Il y a deux mandats dans ce projet de loi là. Il y a un premier volet qui est la nomination d'un vérificateur, puis le deuxième
volet, c'est de conférer des dossiers bien précis, puis là c'est l'article
107.20, puis celui-là, bien, vous êtes moins d'accord.
Donc,
s'entendre qu'il y ait un comité de vérification pour nommer un vérificateur,
là, ça, vous seriez d'accord avec ça, qu'il y ait un comité de
vérification. C'est ça?
Le Président (M. Auger) : M.
Bergeron.
M. Bergeron (Jacques) : On est
d'accord sur la présence du comité de vérification. On n'est pas d'accord sur le premier alinéa de l'article 107.20 qui
confère au comité de vérification un pouvoir d'enquête tous azimuts sur
le vérificateur général.
M. Laframboise : Donc, par rapport
au mandat, parce que, là, il y a vous, donc, si on s'entend sur un comité de
vérification qui pourrait nommer occasionnellement un vérificateur pour un
sujet précis, ça, on est d'accord, vous seriez d'accord avec ça.
M. Bergeron (Jacques) : Sur un sujet
précis qui ne touche pas le vérificateur général, c'est dans ce sens-là.
M. Laframboise : Qui ne touche pas
le vérificateur général.
Bergeron (Jacques) : Comme
je vous ai mentionné, nous, on n'est pas contre être vérifiés, on n'est pas
contre se faire enquêter. Ce n'est pas du tout ça, on n'a rien à cacher.
Donc, on
propose effectivement qu'il y ait, par les pairs, un audit aux trois ans, qu'on
soit vérifiés aux trois ans par les
pairs pour le respect de nos normes. On est conscients également que le conseil
municipal peut déclencher une enquête en tout temps sur le vérificateur
général, s'il le juge opportun, pour des motifs raisonnables. Je pense que ces
deux balises-là, pour nous, permettent de rassurer le conseil ou la population
par rapport aux activités du...
Laframboise : Il faut que
vous compreniez, M. Bergeron, nous, en tant que formation politique, on est
prêts à vous donner l'autonomie que vous souhaitez, parce que, théoriquement,
vous êtes les yeux et les oreilles du citoyen, du contribuable, vous voulez de
l'autonomie.
Par contre, l'autonomie, il y a prix à payer
pour ça, c'est la reddition de comptes. Donc, nous, à l'Assemblée nationale, quand vient le temps, on a le Bureau de
l'Assemblée nationale, où tous les partis politiques sont représentés, à
majorité par le gouvernement, cinq pour le
gouvernement, quatre pour les oppositions, puis, quand on veut nommer un
vérificateur au vérificateur, bien, on s'entend, puis il y a une résolution
unanime, puis on s'entend là-dessus.
Donc, est-ce
qu'un comité comme ça, si le comité de vérification avait cette
orientation-là... parce que nous, ce qu'on
souhaite... c'est qu'on ne peut pas vous laisser aller toujours, puis il faut
vraiment... parce qu'on est conscients que, pour un sujet précis... parce que le problème qu'on a, c'est que, quand
c'est uniquement le conseil municipal, bien, c'est politique d'une
manière ou d'une autre, là, soit l'opposition pose une question sur le
travail du vérificateur, puis là le conseil
de ville vous supporte ou bien décide de passer une résolution. Mais la vraie
discussion de fond, comme elle se fait au
souvent c'est très compliqué pour qu'on se fasse une tête avant que ça devienne public, parce que des fois ça
devient public, là. Mais, pour le reste, si on peut s'entendre sur le mandat, vous ne trouvez pas qu'il y aurait
lieu qu'on ait un genre de comité de vérification qui aurait ce
pouvoir-là de discuter puis arriver, à la fin, avec un mandat unanime de
demander au vérificateur de faire telle chose?
Le Président (M. Auger) : M.
Bergeron.
M. Bergeron (Jacques) : Écoutez,
nous, premièrement, on a une reddition de comptes annuellement qu'on fait au conseil via notre rapport annuel, donc
notre rapport de vérification. On a également aussi une vérification
externe qui est faite par le vérificateur
externe de la ville sur nos dépenses comme telles. Je ne pense pas que mes
collègues auraient de difficulté à
faire une reddition de comptes au comité de vérification annuellement,
également, donc sur nos activités, sur ce qu'on a réalisé durant
l'année, de la façon dont on l'a fait, etc.
L'élément
clé ici, c'est plus, dans sa forme actuelle, qu'il y ait une enquête pour... il
n'y a aucune balise, dans le premier
alinéa de l'article 107.20, sur la façon dont... sur quelle base on va vérifier
le vérificateur général, sur quel critère, sur quel aspect. Donc, ça peut être n'importe
quoi, et ça, ça vient dangereux si, effectivement, cette enquête-là est
faite pour un motif plus partisan, par exemple, là.
Le Président (M.
Auger) : M. le député de Blainville, 30 secondes.
M. Laframboise : Oui. C'est pour ça que je vous propose, comme le Bureau de l'Assemblée
nationale, où là c'est unanime. Donc,
théoriquement, c'est politique, mais c'est politique de tous les partis
politiques à l'hôtel de ville, comme ici,
c'est de tous les partis politiques à l'Assemblée nationale. Donc, j'aimerais
que vous y pensiez. C'est ce qu'on défendra.
Le Président (M.
Auger) : Merci beaucoup. C'est tout le temps que nous avions. M.
Samson, M. Bergeron et Me Laprise, merci pour votre contribution aux travaux de
la commission.
Je vais suspendre
quelques instants pour permettre au prochain groupe de prendre place.
(Suspension de la séance à
11 h 5)
Le Président (M.
Auger) : Nous reprenons nos travaux en souhaitant la bienvenue aux représentants
de l'Association des professionnels de la construction et de l'habitation du
Québec, l'APCHQ.
Je comprends que vous
déposez un document supplémentaire à votre mémoire.
vous rappelle que vous disposez de 10 minutes pour votre présentation, et, par
la suite, nous procédons à une période d'échange. Je vous invite donc à
vous présenter, dans un premier temps, puis commencer votre exposé.
M. Bélanger (Luc) : Merci, M. le Président. Je me présente, Luc Bélanger, je suis le
président-directeur général de l'Association des professionnels de la
construction et de l'habitation du Québec. Comme M. le ministre, je suis assez nouveau dans mes fonctions, ça fait une semaine
que je suis à ce poste. Donc, je vais être rapide dans mon allocution et
je vais passer rapidement la parole à mes collègues.
Comme
vous le savez, l'APCHQ est une association qui représente environ 17 000
entrepreneurs au Québec, plus particulièrement dans les domaines de la
rénovation et dans la construction d'habitations neuves. La mission de notre association consiste d'abord à faire valoir et à
développer le professionnalisme de nos membres, et, bien évidemment,
nous souhaitons que nos membres entrepreneurs puissent évoluer dans un contexte
compétitif.
Aujourd'hui,
nous sommes présents ici pour commenter un aspect particulier du projet de loi
n° 83, qui est la mise en place
des régimes de redevance en développement, et plus particulièrement vous
présenter, là, les bonifications qui pourraient
être faites à ce régime. Le régime des redevances est un sujet qui, je crois, a
été discuté dans cette enceinte, là, depuis les 15 dernières années.
Les gens qui
m'accompagnent et qui vont parler un peu plus sur le sujet : à ma droite,
M. François-William Simard, qui est notre
directeur des communications; M. François Bernier, qui est notre directeur,
Service économique et affaires
publiques; et, dans la salle, notre conseiller en communication, M.
Jean-Sébastien Lapointe. Et, sur ce, pour ne pas perdre plus de temps,
je cède la parole à M. Simard.
M. Simard (François-William) : Merci,
M. le Président. Donc, bien, bonjour,
tout le monde. D'abord, merci de nous avoir permis d'être présents ce matin. C'est extrêmement important pour nous d'être parmi vous. Vous l'avez fait, donc
vous avez fait preuve de beaucoup de souplesse, dans les derniers jours,
presque les dernières heures, pour nous permettre d'être présents, donc on
l'apprécie énormément.
C'est important parce
qu'effectivement on veut être présents ce matin pour bonifier, en fait vous
faire des propositions qui vont permettre de
bonifier le projet de loi, évidemment. M. le ministre a parlé tout à l'heure
de... a utilisé des termes comme
«place à l'amélioration», «bonifier le projet de loi», «l'intérêt du citoyen».
C'est exactement dans cette perspective-là
qu'on veut intervenir ce matin, donc faire des propositions. On n'est pas là du
tout pour mettre des bâtons dans les roues de ce projet de loi là, au
contraire, mais c'est certain qu'on a des préoccupations par ailleurs et c'est
important pour nous de vous les exprimer. On veut s'assurer que les régimes de
redevances et de développement qui pourraient
être mis en place à travers le Québec soient empreints de rigueur, de
transparence et également que l'encadrement qui soit prévu à la loi soit
approprié et suffisant.
le Président, avant d'entrer dans le vif du sujet des redevances de
développement, il nous paraît important de faire un survol rapide de deux variables : l'accession à la
propriété au Québec et l'importance du marché de l'habitation dans l'économie québécoise. Nous sommes d'avis
qu'il sera bénéfique pour les parlementaires d'avoir ces deux variables
en tête lorsqu'ils seront rendus à l'étude détaillée du projet de loi.
D'abord, il
faut savoir que l'achat d'une première maison est plus difficile pour les
familles québécoises que pour celles des autres provinces canadiennes.
En effet, le Québec compte 61 % de ménages propriétaires, alors que toutes
les autres provinces
en comptent au moins 70 %. Si nous voulons que le Québec rattrape un jour
le reste du Canada, nous croyons
qu'il faut éviter d'adopter des mesures qui ont pour effet ou qui auraient pour
effet de demander des contributions supplémentaires aux familles.
La deuxième
variable qui doit être prise en considération est celle de l'importance du
marché de l'habitation dans l'économie
québécoise. C'est 7 % du PIB, c'est 165 000 emplois directs et
indirects et c'est encore près de 40 000 nouvelles unités d'habitation qui sont construites à chaque
année. Ces quelques données, M. le Président, nous tenions à vous les présenter afin de rappeler qu'il est essentiel
d'évaluer l'impact que pourrait avoir toute nouvelle législation sur la
vigueur d'un secteur majeur comme celui de l'habitation.
M. le
Président, comme le mentionnait mon collègue M. Bélanger, la question des
redevances n'est pas nouvelle. On en
parle depuis le début des années 2000. Un projet de loi avait même été préparé
en 2002, et le moins qu'on puisse dire,
c'est qu'il encadrait sérieusement le pouvoir des municipalités de mettre en
place de régimes de redevances. Les balises
étaient nombreuses et le devoir de transparence était bien consacré dans le
projet de loi. Celui-ci offrait donc des précisions sur une multitude de
sujets, comme les règles de calcul du montant des redevances, la nécessité de
réaliser une étude pour déterminer les bons montants de redevances à exiger et
l'obligation de rembourser à un citoyen un montant perçu en trop. Il y avait
plusieurs autres éléments dans le projet de loi.
Nous constatons
cependant qu'à la suite d'une analyse des articles du projet de loi actuel nous
ne pouvons que conclure que l'encadrement prévu est beaucoup moins
important. Je souhaite, M. le Président, que nous soyons bien redevances à travers le Québec. Nous croyons
cependant qu'il serait bénéfique pour les citoyens, les municipalités et
les constructeurs immobiliers d'offrir plusieurs balises supplémentaires au
projet de loi.
C'est donc
dans une perspective constructive que nous avons formulé 16 recommandations
dans notre mémoire. Évidemment, nous ne pourrons toutes les couvrir ce
matin, mais je vais vous présenter les principales. Nous sommes d'ailleurs
convaincus que ces recommandations permettraient de bonifier le projet de loi
et d'assurer une plus grande rigueur et une plus grande efficacité dans
l'instauration de ces nouvelles redevances. Nos recommandations visent également à protéger la contribution financière du
citoyen et à s'assurer qu'il paie les justes montants, parce que, soyons
honnêtes, M. le Président, celui qui paiera
les redevances de développement, c'est le citoyen. Vous me direz qu'au
départ c'est le promoteur immobilier qui en
défraiera les coûts, c'est effectivement le cas, mais de telles contributions
qui sont demandées au promoteur font
partie de l'équation qui mène au
prix de vente, évidemment. Donc, à la fin, c'est le citoyen qui paiera les redevances de développement, et, en fait, on peut
utiliser l'exemple des écofrais sur les produits électroniques pour se
rappeler c'est qui qui paie en bout de compte, évidemment.
La première recommandation que nous formulons,
M. le Président, vise à éviter une double taxation du citoyen. Comme l'acheteur d'une propriété neuve aura à payer des
redevances pour financer la construction de nouvelles infrastructures, il n'est pas souhaitable qu'il ait en plus à payer pour la
dette associée à des infrastructures existantes dont il ne bénéficiera tout simplement pas. Nous recommandons donc de prévoir un mécanisme de
crédit de taxes foncières pour éviter qu'une situation de cette nature
ne se produise.
M. le Président, les trois prochaines
recommandations visent essentiellement à protéger la contribution financière du citoyen. Nous suggérons premièrement
de prévoir, dans la loi, l'obligation pour une municipalité de réaliser une étude qui permettrait d'établir avec rigueur
le montant des redevances. Les municipalités pourraient ainsi démontrer
que les contributions demandées reposent sur une évaluation sérieuse, ce qui
donnera confiance davantage à l'égard du processus. Des surenchères
potentielles seraient aussi évitées de cette façon.
Par ailleurs,
malgré la réalisation d'études préalables, il pourrait arriver que les montants
à percevoir en redevances aient été surestimés au départ. Dans de telles
circonstances, nous recommandons que la loi prévoie l'obligation de rembourser
le citoyen pour les montants perçus en trop en plus d'identifier quel mécanisme
permettra de le faire. Il nous semble
également important d'exiger d'un promoteur immobilier qu'il informe l'acheteur
quant aux redevances de développement payées pour l'unité d'habitation
dont il fait l'acquisition. Cette information pourrait être prévue au contrat
de vente et assurerait un processus transparent pour l'acheteur.
M. le
Président, nous avons parlé, il y a quelques instants, de l'accession à la
propriété au Québec. Afin de limiter les
conséquences des nouveaux régimes de redevances sur la capacité d'une famille
d'acheter sa première maison, il est primordial
que la loi prévoie un montant maximal qu'une ville peut exiger en redevances.
Il pourrait aussi s'agir d'un pourcentage
maximal en fonction de la valeur du bâtiment ou du terrain. De cette façon, les
parlementaires s'assureraient qu'il n'y ait pas d'exagération sur les
contributions demandées.
Finalement, nous recommandons de préciser dans
la loi l'obligation de tenir une consultation lors de la mise en place des régimes de redevances. Encore une
fois, cela vise à assurer une plus grande transparence. Un mécanisme de
demande de révision devrait aussi être inscrit dans la loi. Un citoyen, un
promoteur ou tout autre intervenant pourrait ainsi être en mesure d'en appeler
d'une décision liée aux modalités ou à la gestion du régime de redevances.
Voilà pour
nos principales recommandations. En terminant, M. le Président, je veux
souligner que nous sommes bien
conscients que les municipalités font des demandes répétées pour obtenir plus
d'autonomie et pour être reconnues comme
des gouvernements de proximité. Le ministre y a d'ailleurs fait allusion un
petit peu plus tôt. Nous reconnaissons d'ailleurs
qu'il peut y avoir plusieurs bénéfices à emprunter une telle direction, mais
cela ne doit pas dégager le gouvernement
québécois de sa responsabilité d'assurer une cohérence, une rigueur et une transparence
dans la législation qu'elle met en place. Il doit aussi s'assurer de
protéger adéquatement le citoyen face à des taxations qui pourraient s'avérer
trop élevées.
C'est dans
cet esprit que nous avons fait nos recommandations parce que, sans un encadrement
approprié, M. le Président, les
nouveaux régimes de redevances pourraient devenir, pour plusieurs familles, le
symbole d'une importante taxation supplémentaire. Je vous remercie de
votre attention.
Le Président (M.
Auger) : Merci, M. Simard. Nous allons poursuivre, M. le
ministre, pour 16 min 30 s.
Coiteux : Oui. M. Simard, je
pense qu'effectivement c'est important de traiter de l'accès à la propriété puis
de faciliter l'accès à la propriété. Je
voudrais juste vous entendre, dans le
fond, sur la situation
actuelle parce que, dans la situation actuelle, il arrive que des municipalités,
lorsqu'il y a un nouveau développement, vont finalement facturer l'équivalent d'une surtaxe municipale, là, dans le nouveau secteur. Et donc
les acheteurs de maisons dans ces nouveaux secteurs, dans les faits, ils assument un coût additionnel qui pourrait
constituer en soi, là, un frein à l'accès à la propriété dans ce cas-ci.
Donc,
pourquoi vous trouvez que les propositions par rapport à un régime de
redevances nuiraient particulièrement à l'accès à la propriété par
rapport à une situation comme celle que je viens de décrire?
Le Président (M. Auger) : M. Simard.
M. Simard
(François-William) : Bien,
premièrement, je vais peut-être donner une première
partie de la
réponse, et mon collègue va sans doute
vouloir compléter, parce que c'est le spécialiste de ces questions-là, en fait,
et le spécialiste de plein de questions à l'APCHQ, mais en particulier
celle-là.
Première
chose que je veux rappeler, on a 61 % de taux de ménages propriétaires au
Québec. Je le répète parce qu'on est
quand même à 10 % de ce qui se fait partout ailleurs au Canada. On a même
des provinces qu'on est presque à 80 %. Donc, on a vraiment un
écart à rattraper au Québec.
Pourquoi on est inquiets de ces régimes de
redevances là, qu'est-ce que ça pourrait avoir comme impact sur l'accession à
la propriété? Lorsqu'on regarde les différents exemples qui se font à travers
le Canada, on peut prendre celui de
l'Ontario et de la ville d'Ottawa en particulier, on l'a exprimé dans notre
mémoire, il y a des redevances parfois imposées qui peuvent aller
jusqu'à 30 000 $. Donc, si vous faites le calcul assez rapidement,
sur une maison qui vaut peut-être
250 000 $, 300 000 $, 30 000 $ de plus, c'est
énormément d'argent. Puis c'est évident qu'à la fin c'est, en fait,
l'acheteur, le citoyen qui fait l'acquisition d'une propriété qui va se
ramasser à payer ces montants-là. Donc, c'est la préoccupation qu'on a et on
pense, dans cette perspective-là, qu'il doit y avoir des balises pour prévoir
des montants maximaux à ces redevances-là.
Encore une fois, on n'est pas en train de dire : Vous ne devriez pas en
mettre. On est en train de dire : Elles devraient bien être
balisées.
Le Président (M. Auger) : M.
Bernier, en complément.
M. Bernier
(François) : Bien, si j'ai
bien compris la question, vous posez le contexte, là, d'une taxe
spéciale, au fond, qui parfois s'applique
dans certains secteurs, mais ordinairement ça vise à couvrir des éléments qui
sont sur le site ou presque sur le site, puis c'est un mode de
fonctionnement.
Ce dont on
parle ici, les redevances, elles visent au fond à aller chercher des sous pour
ce qui est en dehors du site et loin en dehors du site en plus. Alors
là, on parle d'un élément additionnel et pas simplement, au fond, d'un choix entre la taxe locale qu'on connaît présentement et
la taxation foncière. Alors, c'est pour ça, d'ailleurs, qu'on fait la
mise en garde. C'est que, si on est pour
introduire des taxes pour des éléments qui sont en dehors du site maintenant,
il faudrait faire le contrepoids
aussi au niveau de la taxation municipale, de la taxe foncière générale, d'où
l'idée du crédit de taxe qu'on vous avance, là. Si on est pour rejouer
dans la formule puis dire : Tu dois intégrer davantage, dans ton prix de maison, des choses que normalement on payait dans
nos taxes générales, bien, il faudrait peut-être donner le crédit de
taxes général maintenant. Alors, c'est là-dessus qu'on veut vous amener.
Le Président (M. Auger) : M. le
ministre.
M. Coiteux : J'aimerais peut-être
vous ramener sur le modèle ontarien parce que vous y faites référence puis vous faites la comparaison Québec-reste du pays
sur l'accès à la propriété. Puisqu'en Ontario on recourt beaucoup plus, évidemment, à un régime de redevances et
qu'ils ont un taux d'accès à la propriété qui est plus élevé qu'au Québec, en
quoi, vraiment, ce type de régime là
nuirait à l'accès à la propriété? Comment on peut voir ça et réconcilier ces
deux éléments-là?
Le Président (M. Auger) : M.
Bernier.
M. Bernier
(François) : En Ontario,
au fond, ils ont fait le plein de propriétaires avant nous, longtemps avant nous. Alors, les redevances
sont arrivées dans un contexte où, au fond, la société avait déjà évolué beaucoup
vers la propriété. Ensuite, on a dit : On va réformer la façon dont on
taxe l'habitation en Ontario. On va accentuer beaucoup l'aspect tarification, donc les redevances, on va diminuer les taxes
foncières et donc on va avoir un nouveau modèle de fonctionnement qui va avoir un bénéfice très intéressant, les villes vont beaucoup moins s'endetter. Et c'est également le
bénéfice qui est attendu des redevances ici, au Québec.
Autre ingrédient, il est important de le
souligner, la taxe de vente ou l'équivalent de la taxe de vente en Ontario
sur l'habitation offre un très généreux crédit de taxe de vente à l'habitation
neuve. Donc, au lieu d'avoir, comme nous,
10 % de taxe sur l'habitation neuve, eux, au net, ils ont 2 % de taxe
provinciale et un généreux crédit de 24 000 $ sur l'habitation
neuve, donc crédit provincial.
Évidemment, ça crée un espace immense pour cette
réforme-là, globale, de la fiscalité, mais, comme je vous le signalais en partant, elle est arrivée une fois
que le plein de propriétés avait déjà été fait, ce qui n'est pas du tout le
cas au Québec. On continue d'être loin derrière et avoir
ce défi-là, collectivement, d'être plus nombreux propriétaires, plus nombreux à avoir ce réservoir de richesses là qui
va être immensément utile, au moment de la retraite, à bien des
Québécois. Mais nous, on est en retard et on
regarde uniquement la redevance sans avoir en tête l'enjeu qu'on voulait vous
souligner.
Le Président (M. Auger) : M. le
ministre.
Coiteux : Peut-être une autre question à ce propos. Là, je comprends
votre point de vue que le retard entre l'Ontario
et le Québec n'est pas nouveau et que l'Ontario avait déjà pris de l'avance
avant même de recourir davantage aux redevances.
Est-ce que néanmoins, en Ontario, on a observé
un ralentissement du taux d'accès à la propriété à partir du moment où ils ont
utilisé davantage cette forme de financement?
Le Président (M. Auger) : M.
Bernier.
M. Bernier
(François) : Je vais vous
avouer, je n'ai pas fait d'examen si précis de cette question-là pour
vous répondre correctement. J'aurais
tendance à faire l'hypothèse, quitte à la vérifier puis à vous envoyer les
données là-dessus, là, c'est-à-dire
que les progrès... l'écart s'est refermé quelque peu entre le Québec et
l'Ontario ces 15 dernières années, c'est-à-dire que le Québec a quand même fait des progrès, mais on part
de plus loin et on a réussi à se rattraper, mais je crois que ce
seraient des pourcentages assez minces. C'est mon hypothèse, je suis prêt à la
vérifier après le...
Mais est-ce
que j'oserais faire le calcul de vous dire que c'était à cause des redevances
qu'ils se sont mis à aller moins vite puis que nous, puisqu'on ne les
avait pas, on a été plus vite? Je pense, ce serait un peu fort, là.
Le Président (M. Auger) : M. le
ministre.
M. Coiteux : Dans le régime actuel,
il y a quand même parfois des ententes entre le promoteur immobilier et la municipalité
pour que le promoteur fasse les travaux, là, et inclue, dans le prix de vente
de ses unités, le coût des travaux inhérents.
Est-ce que
vous avez observé que, dans le cas de ces ententes... Bien, d'abord, je
poserais la question : Est-ce que c'est
fréquent? Est-ce que c'est très fréquent
ce type d'entente? Ça, ça serait ma première question. Puis ma deuxième question : Avez-vous observé, dans ce cas-là, à cause de l'impact sur le prix des
unités, un frein à l'accès à la propriété dans les secteurs concernés?
Le Président (M. Auger) : M.
Bernier.
M. Bernier (François) : Oui, il y a des
ententes. C'est assez fréquent. Donc, c'est comme ça qu'on gère la plupart des discussions sur l'inclusion des infrastructures sur site. C'est comme ça puis c'est devenu coutume. Évidemment,
ça fait
partie de notre histoire récente,
là, qui a fait plus que doubler le prix de l'habitation depuis 10, 15 ans. Ça
fait
partie de ça et comme un
ensemble de conditions qu'il a fallu intégrer dans le prix des projets et qui,
selon des études qu'on a faites, nous,
là, expliquaient la majorité de l'augmentation des coûts ces dernières années, c'est-à-dire toutes les contraintes qu'on nous demande en environnement, en
inclusion des frais d'infrastructure, en densité, tout ce qui nous est demandé,
et maintenant fait
partie de l'équation du prix déjà et a expliqué pour beaucoup
l'augmentation du prix au Québec.
Le Président (M. Auger) : M. le
député de Vimont.
Rousselle : Merci, M. le Président. M. Bélanger, M. Simard, M. Bernier, merci d'être
ici puis merci de votre mémoire que j'ai lu beaucoup.
Là-dedans, vous parlez beaucoup justement de
redevances puis d'accès à la propriété. J'ai vu justement votre tableau au niveau des propriétaires, au niveau
canadien. Si on laisse la... parce
qu'on veut vraiment
que les municipalités deviennent
comme un genre de gouvernement de proximité, comme vous l'avez dit tantôt, mais
si on leur donne les outils avec les taxes foncières, les redevances,
vous ne pensez pas qu'eux-mêmes vont faire en sorte qu'ils vont attirer des
jeunes chez eux? Ils vont peut-être faire un système dans leur municipalité
pour attirer de la nouvelle clientèle ou...
M. Simard (François-William) :
Mais...
Le Président (M. Auger) : M. Simard.
M. Simard (François-William) : Oui,
merci. Désolé, M. le Président. C'est évidemment quelque chose qui pourrait se
produire, qu'il y ait une certaine compétition entre les villes, donc, pour
attirer les familles, effectivement. Mais il y a
d'autres villes qui vont peut-être choisir de ne pas mettre en place des redevances,
il y a d'autres villes qui vont peut-être choisir de mettre en place
des redevances. C'est ce qu'on mentionnait dans le mémoire.
Essentiellement, c'est qu'il y a quand même des craintes, je pense, qui sont justifiées à
l'effet que, par exemple, des
villes sur la Rive-Sud de Montréal, donc des villes comme Longueuil, comme
Brossard, etc., mettent en place des redevances,
et que des villes qui sont un petit peu plus loin, donc, de Montréal ne mettent
pas en place des redevances, et que
les familles, parce que ça représente peut-être un 10 000 $, un
15 000 $, un 20 000 $ de plus à l'achat, s'éloignent
de Montréal, si on
prend vraiment le cas de la région métropolitaine. Et, encore une fois, le
gouvernement a des objectifs pour contrer
l'étalement urbain. Il y a un plan métropolitain d'aménagement durable qui a
été adopté il y a quelques années. On veut, entre autres, favoriser les
gens à s'établir dans les grands centres, s'établir près des zones de transport
en commun, etc. Donc, il faut s'assurer que
les redevances n'aient pas un effet qui va venir compromettre cet objectif-là.
Donc,
oui, il pourrait y avoir une compétition entre les villes. Et il y a un élément
peut-être qu'on peut mentionner, je
ne l'ai pas fait dans ma présentation, mais qui est important également dans le
mémoire, peu importe le secteur d'activité, les entrepreneurs ont besoin de prévisibilité. J'étais à la Fédération
des chambres de commerce avant, c'est un mot que j'ai appris par coeur, c'est un mot que je répète maintenant, qui est
extrêmement important, mais c'est vrai. C'est vrai, ce n'est pas juste
un vague principe, c'est vraiment important, et, dans le mémoire, on dit
justement : Il faudrait qu'on balise correctement la durée des régimes de
redevances qui vont être décrétés par les villes et également s'assurer qu'il y
ait des révisions vraiment prévues par la loi.
Donc, de cette
façon-là, on s'assure, d'une part, qu'on a une durée qu'on connaît vraiment à
l'avance, les entrepreneurs les savent, et,
par la suite, on s'assure également qu'il y ait une révision, donc que le
régime soit toujours à jour et actuel.
Le Président (M.
Auger) : M. le député de Vimont.
M. Rousselle :
Merci. Je comprends bien que vous pensez vraiment à l'étalement, mais moi, je
ne sais pas, là, mais je suis une personne
de Laval, ou de Longueuil, ou de Montréal, je vois bien que mon monde veut
quitter la ville. Vous ne pensez pas
que les municipalités, les maires, ils ne vont pas faire le nécessaire
justement pour garder ces gens-là avec un système comme ça? Pensez-vous
qu'ils vont vraiment justement laisser à l'étalement?
Le Président (M.
Auger) : M. Bernier.
M. Bernier (François) : Oui, si je peux me... On fait le pari, nous
aussi, que, si on fait le choix de demander aux gens de payer des
redevances maintenant, ils auront... et si vous consentez à le faire, il
faudrait mettre, dans le coffre d'outils des
municipalités, des outils pour faire, s'ils le souhaitent, des contrepoids, des
outils aussi pour rendre ça plus facile pour tout le monde.
Donc,
par exemple, le crédit qu'on suggère, évidemment, c'est une belle façon de
dire : Ici, on paie plus cher, mais les taxes sont plus basses. Ça fait que, comme ça, on va garder notre
clientèle dans les milieux qu'on le souhaite. Les autres outils qu'on
recommande, c'est justement de... comme, par exemple, la notion de
faire un règlement qui dure cinq ans, c'est pour organiser un système de redevances qui va faire du sens et
qui va le rendre prévisible. Donc, une municipalité qui veut faire des affaires correctement avec son monde, bien, elle va établir des conditions claires pour une
durée de temps, et on va pouvoir
planifier notre développement puis faire les choses correctement. Si elle les change à chaque année,
bien là, on a le problème qu'elle inquiète, cette municipalité-là, puis elle va
perdre son monde.
Donc,
la plupart de nos recommandations vont dans ce sens-là, incluant le fait
d'avoir une promesse de remise aux citoyens
de tout trop-perçu. Il me semble que c'est excessivement vendeur, ça, pour une
municipalité de dire : Ici, on vous collecte des redevances, c'est pour vous offrir clairement un certain
nombre de nouveaux services. Si on ne le fait pas, on vous remettra cette affaire-là parce qu'on aura
des comptes à rendre par rapport à vous, citoyens. On ne parle même pas
de l'entrepreneur dans cette équation-là.
parle donc, au départ, d'avoir à indiquer quelles étaient les sommes prélevées,
de faire une certaine forme de reddition de comptes, de remettre aux gens
le trop-perçu. Ça m'apparaît tout un ensemble de conditions qui, en tout respect de l'autonomie municipale, crée une base
de travail à tout le monde, qui fait un certain sens et qui ne
désorganise pas notre industrie, mais qui
permet d'atteindre l'objectif puis, je vous dirais, beaucoup en respect du
citoyen, là, et en respect de notre
marché. Si on n'a pas ces conditions-là, imaginez le festival de règlements
différents qui vont porter sur différentes choses de durées différentes
et d'effets variables. C'est ça qui va créer évidemment toutes sortes de
conséquences indésirables dans l'industrie, qu'on chercherait à éviter, nous.
Le Président (M.
Auger) : M. Simard, en complément.
M. Simard (François-William) : Oui, en complément très rapide. Vous avez raison
sur le fond. Si on était ou si j'étais
le maire de Longueuil ou encore de Brossard, je ne viserais pas à imposer des
redevances très élevées. Je ne voudrais pas que les gens s'en aillent,
évidemment, de ma municipalité.
Mais
ce qu'on est en train de dire : cette situation-là pourrait quand même
survenir, donc faisons en sorte que, dans la loi, on ait prévu les balises nécessaires pour prévenir ce genre de
situation là qui, oui, risquerait de se produire dans certaines municipalités. Et, dans le fond, c'est
simplement de donner les garanties nécessaires pour la protection
financière du citoyen, encore une fois. C'est un terme qu'évidemment on a
emprunté à plusieurs reprises dans le mémoire.
Le Président (M.
Auger) : M. le député de Chapleau, 2 min 30 s.
M. Carrière :
Merci, M. le Président. Tantôt, vous avez parlé de l'Ontario et d'Ottawa, que
je connais bien pour y vivre à côté.
Effectivement, ça peut aller jusqu'à 30 000 $, mais, dans le fond,
plus tu es près du centre-ville, moins ça coûte cher; plus tu t'éloignes, tu t'en vas en dehors du Greenbelt puis
tout ça, plus ça coûte cher, effectivement. Et à Ottawa, ils n'ont pas noté, suite à ces redevances-là, de
ralentissement ou de baisse de mises en chantier, là, à Ottawa. Donc, je
ne suis pas sûr que ça viendrait ralentir au niveau, là, du Québec.
Vous avez parlé d'un fonds
dédié et vous dites de préciser ou... En tout cas, j'aimerais vous entendre... Premièrement, la
Loi sur l'aménagement et
l'urbanisme permet déjà — l'article 145.21, etc. — à différentes villes de faire un règlement quelconque. Je sais que l'APCHQ a
déjà contesté pour une certaine ville chez nous, que je ne nommerai pas,
Gatineau, le règlement qu'ils ont passé. Ce projet de loi là vient préciser des
choses.
Puis dans
votre mémoire, à la page 8, vous parlez, là, d'un fonds dédié. J'aimerais vous
entendre, qu'est-ce que vous voulez de plus que l'article 3, là, au
septième alinéa, où on dit : «Dans le cas où le paiement d'une
contribution est exigé en vertu du paragraphe
2° [blablabla], le règlement doit prévoir la constitution d'un fonds destiné
exclusivement à la recueillir et à être
utilisé aux fins pour laquelle elle est exigée.» Et ça dit également que ça
prend «une estimation de tout ajout, agrandissement ou amélioration
destiné à être financé en tout ou en
partie au moyen» de cette contribution-là.
Est-ce que ce n'est pas déjà suffisamment
précis, selon vous?
Le Président (M. Auger) : En une
minute, M. Bernier.
M. Bernier
(François) : L'idée du fonds
dédié est déjà présente au projet. Tant mieux, c'est parfait. Ce qui
n'est pas présent au projet, c'est d'avoir
fait les devoirs et les leçons de calcul correctement d'avance. On ne parle que
d'une estimation dont on ne doit que tenir
compte; ce n'est pas fort. Ensuite, on verse dans un fonds dédié; ça, c'est
très bien, mais qu'arrive-t-il s'il y
a un excédent, qu'arrive-t-il s'il y a un trop-perçu? Il n'y a pas de solution
encore dans le projet de loi.
C'est pour ça
qu'on vous dit de prévoir un mécanisme de remise et d'être plus rigoureux en
termes d'estimation, de calcul de
départ, là. C'est ça, les améliorations qu'on souhaiterait. Mais on n'a aucune
plainte à formuler sur l'idée des fonds dédiés; c'est parfait, il n'y a
aucun problème là.
Le Président (M. Auger) : 20
secondes, M. le député.
M. Carrière : Bien, je ne
pense pas qu'une ville, pour avoir déjà été maire, puis il y en a d'autres
ici, dans la salle, va... Une
estimation, j'espère que ça va être fait avec le minimum de sérieux, là, pas
fait sur le coin de la table, là, que ça soit fait de façon rigoureuse,
là, par les équipes de chacune des villes, là, en tout cas.
Président (M. Auger) : Merci, M. le député de Chapleau. Nous
poursuivons les échanges avec M. le député de Jonquière pour 10
minutes.
M. Gaudreault : Oui, merci,
M. le Président. Bienvenue, M. Bélanger, M. Simard,
M. Bernier. M. Lapointe. Bienvenue.
Donc,
essentiellement, bien, d'abord, je ne suis pas étonné de voir que vous avez des
propositions constructives venant de votre association. Je constate que votre propos
porte, dans le fond, essentiellement sur le deuxième paragraphe de l'article 145.21, qui est le paiement, par le
requérant, d'une contribution destinée à financer une dépense liée à
l'ajout, l'agrandissement ou l'amélioration
d'infrastructures ou d'équipements
municipaux. Bon, ça veut dire que si, par exemple, on agrandit un
quartier, on ouvre des nouvelles rues et que ça prend un nouveau camion de
pompiers pour couvrir ce nouveau développement là, bien là, la ville pourrait,
parce que c'est le verbe «pouvoir», la ville pourrait exiger une contribution
supplémentaire.
J'essaie de
comprendre correctement votre propos par rapport à ça, sur la question de
l'étalement urbain, parce que, dans
le fond, ce que je viens de vous décrire comme situation, c'est de l'étalement.
Ça pourrait être de l'étalement urbain.
Il y a un nouveau quartier, puis là, pour couvrir le schéma de risques de ce
nouveau quartier, bien, ça prend un camion de pompiers supplémentaire.
C'est un peu l'exemple le plus simple, là, mais qui permet de bien comprendre
la situation.
Alors, moi,
j'ai été étonné de lire votre paragraphe, là, qui commence à la fin de la page
7 et en haut de la page 8 de votre mémoire, où vous parlez un peu, au
fond, de dommages collatéraux sur l'étalement, alors que moi, je considère que de soutenir les municipalités dans leur quête
de diversité de leurs sources de revenus, au-delà strictement du
foncier, peut aider justement à densifier
davantage le territoire dans un souci d'aménagement durable du territoire
plutôt que de soutenir l'étalement. Parce que, si on pense au TOD, si on
pense à une densification plus grande, bien, les services, par exemple, comme justement une caserne de
pompiers, sont déjà présents, sont déjà à proximité et, même sur la
question de l'accession à la propriété, on
pourrait dire que, dans le fond, ça fait en sorte que ça encourage, par
exemple, les jeunes familles à
acheter une maison plus ancienne que des personnes âgées cherchent à vendre,
par exemple, parce qu'ils s'en vont
dans un foyer ou quoi que ce soit, au lieu d'aller construire de nouveaux
quartiers sur des terres agricoles, de faire une pression supplémentaire
sur des sources d'eau potable, etc.
Alors, je ne veux pas vous prêter d'intention,
mais je ne veux pas non plus qu'on crie au loup trop fort par rapport à un objectif qui peut être également de
densifier davantage le territoire. Alors, c'est pour ça que j'ai été
étonné par vos propos sur l'étalement urbain.
Le Président (M. Auger) : M.
Bernier.
M. Bernier (François) : Ce qu'on
veut dire, le premier réflexe, c'est de dire : Si une ville le fait puis
l'autre ne le fait pas, c'est clair que la
municipalité qui est plus lointaine, qui ne ferait aucune redevance de
développement, puis celle qui est
plus centrale qui ferait des redevances de développement, bien, évidemment,
c'est la municipalité qui est plus centrale qui vient de se nuire. Et
l'autre qui joue sur la touche, là, puis qui ne met aucune redevance pourrait
donc bénéficier d'une
clientèle additionnelle. Dans ce sens-là, on pourrait se retrouver avec un
problème d'étalement urbain qui est encouragé.
Mais il y a
autre chose aussi : le projet de loi est muet, complètement muet sur les
attentes du gouvernement, à savoir :
Est-ce qu'on veut ou pas protéger certains secteurs puis faire en sorte qu'il
n'y ait pas de redevance à certains endroits,
qu'il y en ait à d'autres? On ne le sait pas du tout. Donc, on pourrait très
bien avoir des TOD qui font l'objet de redevances et d'autres
territoires qui n'en font pas du tout l'objet.
Donc, en quoi c'est cohérent avec les objectifs
du gouvernement? En quoi ça va lui permettre d'atteindre ses objectifs?
Il n'y a rien présentement dans le projet
de loi, c'est quelque chose qu'on voulait soulever. Donc, ces nuances-là n'étant pas là, on peut se poser la question : dans la rivalité d'une région métropolitaine, qui va en mettre, des
redevances, et qui n'en mettra pas? Et où est-ce qu'ira le marché? Donc, ils ne
pourront plus avoir un doute. C'est pour ça que le projet de loi de 2002, qu'on
vous a annexé, qui était avec ça, débutait par une grosse section, au fond, où
on essayait d'établir des redevances sur une
base métropolitaine pour essayer d'avoir une cohésion dans tout ce système-là,
pour éviter des effets pervers qui n'étaient pas souhaités. Présentement,
donc, on n'a pas joué du tout, du tout à ça. On laisse les villes se faire
compétition sans aucune communication, aucune attente qui est donnée, où est-ce
que ça doit porter les redevances ou pas.
Gaudreault : En fait, je comprends que vous êtes davantage
favorables à la formule qui était amenée par le projet de loi, je ne me
souviens plus quel numéro, là, en 2002.
M. Bernier (François) : C'est-à-dire
qu'on reconnaissait dans ce projet de loi, l'effort qui avait été fait pour aborder cet enjeu-là de compétition entre les
villes sur une base métropolitaine. C'est la solution de cette époque-là,
je pense qu'elle mérite d'être regardée à
nouveau, qu'est-ce qu'on va faire pour éviter des effets pervers puis ne pas se
ramasser avec un encouragement à l'étalement urbain suite à ces mesures-là.
C'est sûr que, dans certains milieux où il n'y a pas de compétition à côté, on
peut se permettre quoi que ce soit, mais dans un milieu métropolitain comme Montréal,
il faut réfléchir à ce que ça veut dire.
Et nous qui
recevons le message du gouvernement de faire de la densification, de faire des TOD,
si, le lendemain matin, l'autorité municipale
nous tire dans les jambes, bien, je veux dire, on ne travaille pas ensemble,
là. On ne travaille pas ensemble.
Gaudreault : Oui, je
constate que vous reconnaissez la pertinence de ce projet de loi qui avait été présenté par le
gouvernement du Parti
québécois à l'époque, en 2002, mais
que, malheureusement, on n'a pas pu adopter, et que le gouvernement
actuel fait certainement preuve parfois de manque de vision sur des éléments
plus larges quant à une compréhension d'un aménagement durable du territoire. Mais, vous savez, c'est toujours
une question d'équilibre, au fond, entre justement une
vision du territoire qui est beaucoup plus durable et une pression aussi sur
l'occupation de ce territoire qui est faite par les municipalités.
Alors, à un moment donné, ce que je comprends de
votre appel, c'est que vous lancez justement un appel au gouvernement pour s'assumer sur une vision réelle de l'aménagement du territoire,
notamment dans les zones métropolitaines, de réellement
faire appliquer le Plan métropolitain d'aménagement et de développement, le
PMAD, s'assurer qu'il soit compris, mis en
vigueur, et que les municipalités soient capables de jouer avec sans nécessairement
pour autant ne pas leur accorder par ailleurs d'autres outils que strictement
la taxe foncière.
Le Président (M. Auger) : M.
Bernier.
M. Bernier (François) : Je dois absolument
faire une précision que non seulement il y a eu le projet de 2002, mais il y a eu aussi, en 2005, un
autre projet qui s'était mis à circuler à l'occasion d'un autre pacte
fiscal et qui n'a pas été bien loin,
celui-là, mais il était précisément sur les mêmes bases. La discussion
avait commencé sur les mêmes bases, et rien n'avait abouti. Donc, à deux époques et peu importe la couleur des
partis politiques, tout le monde,
vous vous êtes rassemblés autour de
ces notions-là — je
m'excuse, mais je devais le préciser, ça aurait été incorrect — et, cette fois-ci, il n'y a pas ça.
Ça fait que je pense qu'il faut à nouveau se rallier autour d'un ensemble de
conditions qui font du sens, qui l'ont déjà fait dans le passé. C'est ce qu'on
demande.
Le Président (M. Auger) : M. le
député de René-Lévesque, pour deux minutes.
M. Ouellet : Merci. Dans le cas de
votre recommandation 12, soit que la loi devrait prévoir des exclusions,
déduction en fonction du type de projet, à quel genre de projet vous faites
allusion pour avoir ces exclusions ou ces déductions-là?
Le Président (M. Auger) : M.
Bernier.
M. Bernier (François) : Il suffit de lire la loi ontarienne pour trouver
de l'inspiration là-dessus. Alors, ils ont convenu, là, puis je ne sais pas, je n'étais pas au débat, là, mais ils
ont dit : Écoute, toute forme de petit agrandissement industriel, on ne devrait pas faire l'objet de
redevance là-dessus. Donc, on voulait envoyer un message clair aux
petits agrandissements industriels qui sont les bienvenus. Tiens, tiens, projet
québécois, 2002, refait la même logique pour eux.
Tu sais, petit agrandissement d'habitation, deuxième étage, petit ajout, non, d'entrée de jeu, la loi dit : On n'ira jamais là.
Logement social, non, on n'ira pas là. On n'ira pas là parce qu'on prévoit déjà
toutes sortes d'autres politiques ou mesures dans le monde municipal pour
demander des contributions en matière de logement social.
Donc,
ils ont dit : On va faire quelques efforts en partant puis on va essayer de dire qu'il y a
certains endroits où on n'ira pas du
tout, du tout, du tout en matière de redevances, et ça a envoyé un message. Bon, en même temps, des projets passés disaient
nommément, on ne cherchera pas, là, ça
va être polices, pompiers,
bibliothèques. C'était précis, ce sur quoi ça devait porter. Donc, les gens, au niveau municipal,
ne partaient pas d'une page blanche, ce qui est l'état dans lequel on va
être, là, demain matin, là. On ne partait
pas d'une page blanche pour travailler, on était pour se pencher sur huit
éléments, mettons, d'infrastructures, trouver les justes coûts, faire la part
des choses, faire des règlements clairs de cinq ans. La construction pouvait s'organiser sur ces bases-là de façon
décente avec, évidemment, possibilité de contrepoids, comme je vous dis, crédits ou autres, là, qui venaient, si
on le souhaite, là, en fait, rechanger complètement l'équilibre entre taxes et tarifs dans une municipalité,
créer une nouvelle approche aux choses, puis ça, ça vaut la peine.
Président (M. Auger) :
Merci. C'est tout le temps que nous avions à notre disposition. Nous allons poursuivre avec la deuxième opposition en cédant la
parole au député de Blainville pour 6 min 30 s.
M. Laframboise : Merci beaucoup, M. le
Président. Bon, d'abord,
vous avez compris, la Coalition
avenir Québec, notre chef, bon, veut
passer d'une économie de locataires à une économie
de propriétaires. Donc, on va essayer d'être très attentifs pour ne pas
décourager nos jeunes familles à se porter acquéreurs de résidences. Donc, on
est sensibles à votre discours.
Par contre, il faut
comprendre aussi que le dernier pacte fiscal... parce que tantôt vous avez
référé à 2005 puis à 2002, mais le dernier qu'on a eu, pourquoi on est là
aujourd'hui, tout simplement parce que, dans le pelletage de 300 millions
du gouvernement libéral, ce qu'on a dit aux villes, bien : Prenez vos
surplus. Puis là les villes, bien, eux autres...
en leur disant : Vous allez avoir des nouvelles sources de revenus. Puis
ça fait
partie des nouvelles sources de revenus évidemment, cette
nouvelle fiscalité là, d'autant plus que Gatineau... parce que vous avez donné
l'exemple d'Ottawa, mais Gatineau applique déjà cette taxation-là, puis je pense
que vous êtes conscients, là, vos membres sûrement le savent, ça n'a pas
découragé ça. Il faut dire que Gatineau, qui aurait pu... tu sais, parce qu'on
dit... quand vous dites : Il y a des
municipalités qui l'appliquent puis d'autres ne l'appliqueront pas, bien,
Gatineau, lui, plutôt que de dire : Je ne l'appliquerai pas puis je vais essayer de faire plus de constructions
chez nous, il a décidé que, lui, il voulait l'appliquer puis il voulait
entendre M. le maire, là — mais
je pense que c'est comme ça.
Donc, moi, ce qui
m'inquiète là-dedans, c'est qu'on y va sur des estimés puis on n'exige pas un
plan de développement, parce que, moi, je
voudrais bien que mes jeunes familles soient conscientes, quand elles
choisissent une ville, qu'elles
décident d'adopter cette taxation-là, cette taxe à la croissance ou cette
surtaxe au développement, qu'elles le sachent. Donc, pensez-vous qu'on
devrait demander aux villes qui veulent se prévaloir de cette taxation-là
d'avoir un plan de développement, qu'elles le soumettent puis qu'on puisse le
discuter, puis, si on a des nouveaux équipements sportifs, culturels, qu'on les mette dedans, puis que la population soit
au courant, puis que les promoteurs, évidemment, vous le sachiez, là, on s'en va sur des redevances de développement où
sur une taxe de croissance, puis, à ce moment-là, on le sait, dans telle ville, le plan est déposé? Là,
là-dedans, il n'y a absolument rien là-dessus, là, on y va sur des
estimés, puis ça, je vous suis.
Le Président (M.
Auger) : M. Simard.
M. Simard (François-William) : Ça va effectivement de soi qu'on est favorables à
une telle transparence. C'est des
éléments de transparence justement qu'on a demandés dans notre mémoire et c'est
pour ça aussi qu'on demande des études
préalables à l'instauration des redevances pour qu'on sache exactement,
parfait, qu'est-ce que ça va venir financer, c'est quoi les coûts qui sont associés, etc., et pour qu'on puisse avoir
une obligation, en même temps, de consultation. Donc, lorsque la
municipalité va présenter son désir d'avoir un régime de redevances, bien, il y
aura une consultation qui s'ensuivra, et on pense que ça assure, disons, la
démocratie, également la transparence dans tout ce processus-là.
Et je veux être sûr
d'être bien compris. On a parlé de Gatineau, on a parlé d'Ottawa également et
on a dit à quelques reprises : Bien, à
Ottawa, ils n'ont pas observé nécessairement de différence sur l'accession à la
propriété ou ce n'est pas démontré à
tout le moins. Il faut bien comprendre qu'en Ontario, justement, lorsqu'on
regarde la loi, je pense qu'on a une loi de 25 pages ou quelque chose
comme ça qui vient justement encadrer correctement le pouvoir des municipalités
de créer des régimes de redevances. Actuellement, dans le projet de loi, on a
environ une page. Donc, on est vraiment
quand même de façon très différente entre les deux lois. Donc, ça, il faut bien
en tenir compte. Et tout à l'heure,
en Ontario, encore une fois, on parlait du fait qu'il y a un crédit de taxes
provinciales qui est quand même très important, ce qui n'est pas le cas
au Québec à l'heure actuelle.
Donc, vraiment, nous,
notre plaidoyer ce matin, c'est vraiment de dire : On n'est pas en train
de s'opposer au régime de redevances, on est
en train de dire comment qu'on peut s'assurer que ça se passe bien pour le
citoyen, que ça se fasse
efficacement. Et on demande des éléments, que je ne mentionnerai pas à nouveau,
mais qui sont tout simples à prévoir dans la loi et qui assurent que le
régime va bien fonctionner.
Le Président (M.
Auger) : M. le député de Blainville.
Laframboise : Et, dans le projet de loi, bien, vous avez vu
qu'évidemment on soustrait les équipements publics
du paiement de cette redevance-là. Ça, encore une fois il y a tout un débat,
là, sur le paiement des pleins en-lieu de taxes, tout dépendamment des partis politiques,
mais souvent une ville va demander une école au gouvernement puis va la planifier parce qu'il y a un nouveau
développement, des choses comme ça, bon. Là, évidemment, l'école va
nécessiter des investissements, des infrastructures, puis les équipements
d'égouts puis d'aqueducs qui vont avec, puis... Bon.
Est-ce
que vous trouvez ça normal que les équipements publics soient soustraits à
cette redevance de développement là?
Le Président (M.
Auger) : M. Bernier.
M. Bernier
(François) : Je vous dirais que j'ai vu des modèles où ça ne l'est
pas, j'ai vu des modèles où ça l'est. Alors,
je pense que c'est un choix qui appartient évidemment aux parlementaires de
faire ça, dans tout l'équilibre général,
là, qu'avec les en-lieu de taxes et tout ça, tu sais. Mais je vous dirais que
je pense que tous les modèles sont dans la nature sur cette question-là.
M. Laframboise : Par contre, vous comprenez que, si l'équipement public n'est pas
calculé là-dedans, ça veut dire que
c'est les développeurs qui vont supporter le coût entier, là, c'est-à-dire qu'on va retirer l'équipement public et tout ça. Donc, vous
n'avez pas d'objection à payer là-dedans.
Le Président (M. Auger) :
M. Bernier.
M. Bernier (François) : Bien, toute la clé des redevances, ultimement,
c'est d'arriver au juste coût pour ceux qui sont concernés par ça. Alors, la notion est claire, c'est juste que, dans ce qu'on a là, tout
est possible, là, tout est ouvert complètement.
on veut redéfinir la liste des éléments couverts par ça, c'est sûr qu'on peut
le faire. Présentement, là, il n'y a pas d'équipement public là-dedans,
on en convient, mais c'est complètement ouvert de l'autre côté, municipal. Au
final, il faudra quand même faire attention
que le résultat demeure abordable. À la fin de la journée, là, il faudra faire
attention que le résultat demeure abordable
et qu'il va falloir faire un travail très chirurgical d'identification des
justes coûts pour ces gens-là parce
qu'on ne peut pas s'opposer à ce principe-là au final. On ne peut pas être
contre ce principe-là. Par contre, ça a un prix, ça a un prix de rigueur
de consultation et, comme on le soulignait dans notre mémoire, aussi de
capacité de contestation, ce qui est également absent du projet de loi. Il n'y
a aucune contestation possible.
Président (M. Auger) : Merci beaucoup. C'est tout le temps que nous
avions. Donc, MM. Bernier, Simard et Bélanger, merci pour votre
contribution aux travaux de la commission.
Et la commission
suspend ses travaux jusqu'après les affaires courantes, vers 15 h 30.
(Suspension de la séance à
11 h 52)
Président (M. Auger) : À l'ordre, s'il vous plaît! La Commission de
l'aménagement du territoire reprend ses travaux. Je demande à toutes les personnes dans la salle de bien vouloir
éteindre la sonnerie de leurs appareils électroniques.
Nous
poursuivons les consultations particulières et auditions publiques sur le
projet de loi n° 83, Loi modifiant diverses dispositions
législatives en matière municipale concernant notamment le financement
politique. Nous entendrons, cet après-midi,
les organismes suivants : la ville de Gatineau, la ville de Laval et la
Ligue d'action civique.
souhaite maintenant la bienvenue aux représentants de la ville de Gatineau. Je
vous rappelle que vous disposez de 10 minutes pour votre exposé,
puis nous procéderons à la période d'échange avec les membres de la commission.
Je vous invite donc à
vous présenter dans un premier temps et, par la suite, à commencer votre
exposé.
Pedneaud-Jobin (Maxime) :
Bonjour, M. le Président, M. le
ministre, MM. les membres de la
commission. Je suis accompagné de Me Steve
Guénard à ma droite, qui est avocat et chef de la
section service des affaires
juridiques de la ville et de Patrick Robert-Meunier, qui est attaché politique
responsable du dossier.
projet de loi n° 83 déposé par le gouvernement comporte plusieurs
modifications législatives, et l'avis écrit qu'on a déposé aborde
plusieurs sujets, notamment les frais de croissance, l'impact du projet de loi
sur les crédits de recherche et de soutien aux élus. Certains articles touchent
aussi la durée du mandat des vérificateurs généraux. Pour plusieurs autres clauses qui sont concernées, on
va s'en remettre à la position de l'UMQ, et je vais consacrer la
totalité de ma présentation aux changements concernant la question des frais de
croissance, qui est un enjeu pour lequel la ville de Gatineau fait office de
leader au Québec.
gestion de la croissance urbaine est un enjeu de fond pour plusieurs villes du
Québec. À elle seule, Gatineau a accueilli plus de 40 000 personnes
depuis 12 ans. Évidemment, la croissance comporte plusieurs avantages. On développe notre offre culturelle, notre offre
sportive. Nos entreprises peuvent profiter de nos arrivants. Par contre,
elle comporte également beaucoup de défis, notamment une pression énorme sur
les infrastructures municipales, autant pour les services à la propriété que
pour les services à la personne.
En novembre 2010, la ville
de Gatineau adoptait un plan financier à long terme qui dressait un portrait
très précis de nos besoins en
infrastructures. Et cette réflexion a amené la ville à faire un constat assez
fondamental, c'est que la croissance
nécessairement payante pour une ville est, pour nous, un mythe. En réalité, la croissance,
surtout en basse densité, génère des
coûts et une pression fiscale importante pour l'ensemble des contribuables.
Selon nous, la mécanique fiscale
actuelle équivaut à subventionner la croissance, alors que nous manquons de
ressources pour entretenir ce qui est déjà construit. Le défi est donc de trouver des outils pour assurer un
développement durable de nos villes, mais aussi assurer le financement
durable de nos infrastructures municipales. Permettez-moi de rappeler que, pour
Gatineau seulement, on évalue le rattrapage
à faire dans l'entretien de nos infrastructures actuelles à 1,3 milliard.
Ça, c'est seulement à Gatineau.
Dans la loi actuelle, des frais de croissance
peuvent être facturés aux promoteurs immobiliers qui procèdent à la construction, à l'agrandissement d'un immeuble.
Ces frais permettent de couvrir le coût pour la construction de
nouvelles infrastructures ou encore de payer
pour l'augmentation de la capacité des infrastructures actuelles. En 2003, la
ville de Gatineau s'est prévalue de ce pouvoir conféré par la loi, puis,
au fil des ans, le conseil municipal a progressivement poussé plus loin le règlement portant sur les ententes relatives à des
travaux municipaux pour y ajouter les infrastructures admissibles comme l'aménagement de parcs. Et puis,
en 2013, on y a ajouté les usines d'eaux usées et d'eau potable ainsi que la construction de sentiers de transport
actif. Les frais de croissance actuels varient, selon le type de bâtiment,
basés sur leur valeur moyenne, de 1 627 $ pour un logement dans une
maison multifamiliale à 4 437 $ pour une maison unifamiliale moyenne.
Pour
maximiser l'effet sur la densification et le redéveloppement et éviter un effet
néfaste sur l'offre de logements pour
les personnes les plus démunies, le centre-ville de Gatineau ainsi que les
logements abordables et communautaires ont
été exemptés des frais de croissance. Donc, ça ne s'applique pas dans notre
centre-ville ni aux logements abordables. Quand on combine ça à notre programme de subvention domiciliaire pour
les édifices à logement de trois étages et plus dans notre centre-ville, on peut affirmer que les frais de croissance
donnent déjà des résultats. On a plus de 1,5 milliard en projets immobiliers qui sont en chantier ou sur le
point de l'être au centre-ville seulement. Évidemment, ce n'est pas que
les frais de croissance qui provoquent un
tel engouement, mais c'est un des éléments qui encouragent les gens à
construire au centre-ville.
Les frais de
croissance sont, pour nous, une mesure d'écofiscalité qui combine des avantages
au plan environnemental et financier.
Sur le plan environnemental, en facturant le vrai coût de la croissance au
développement immobilier, on se dote
d'un outil puissant de lutte à l'étalement urbain qui favorise un développement
intelligent de nos villes. En favorisant la densification du territoire
urbain, on génère une foule d'impacts positifs, notamment sur des enjeux de
transport ou d'émission de gaz à effet de
serre. Il s'agit en somme de viser le développement de quartiers plus complets,
où on peut habiter, travailler, avoir
des loisirs, faire des achats, ce qui est l'objectif de la plupart des schémas
d'aménagement aujourd'hui.
Au plan
financier, il s'agit d'une réponse concrète aux défis liés au financement des
infrastructures municipales, les projets
d'infrastructure associés à la croissance n'étant pas toujours admissibles à
des subventions des autres gouvernements. C'est donc l'ensemble des contribuables qui se voient refiler la
facture. En faisant payer les vrais coûts de la croissance aux nouveaux
développements immobiliers, on assure le financement durable de nos
infrastructures et on cesse de prendre les
revenus générés par les vieux quartiers, dont les infrastructures sont souvent
en mauvais état, pour subventionner les nouveaux quartiers. Ultimement,
ces revenus permettent de limiter les hausses de taxe foncière.
Bien que
Gatineau soit, pour l'instant, la seule ville au Québec à imposer de tels
frais, cette mesure est en vigueur dans plusieurs provinces canadiennes.
Ailleurs au Canada, la loi permet d'aller encore plus loi en exigeant non pas seulement des frais de croissance qui touchent les
services à la propriété, puis, pour moi, c'est une nuance importante,
mais également des redevances de
développement qui incluent les services à la propriété mais aussi les
infrastructures pour les services à la personne, par exemple,
bibliothèques, centres communautaires.
La ville
d'Ottawa, la ville voisine de Gatineau, impose des redevances de développement
depuis plusieurs années. Donc,
lorsqu'un développement immobilier est suffisamment avancé, ça permet à la
ville d'engager les sommes qui ont été
récoltées à travers les redevances pour mettre rapidement en place les services
requis pour répondre à l'ensemble des besoins,
donc services à la personne et à la propriété. Au moment de la mise en place
des redevances de développement à Ottawa, il y avait trois tarifs
distincts : un au centre-ville, un à l'intérieur de la ceinture verte et
un à l'extérieur de la ceinture verte, et,
plus on s'éloignait du centre-ville, plus les tarifs étaient élevés. Et le
succès de la mesure a été tel que maintenant, il n'y a que deux tarifs,
intérieur et extérieur de la ceinture verte, parce qu'il y a eu de la
construction au centre-ville d'Ottawa.
Le projet de
loi spécifie aussi que certains organismes publics ne sont pas visés par de
telles contributions, plus particulièrement les organismes
gouvernementaux, municipaux, scolaires, de santé et de services sociaux.
Pourtant, la croissance, même causée par un
organisme public, entraîne des coûts réels pour la ville et l'obligation de
desservir le nouvel immeuble. Au même
titre que les organismes publics
paient des tenants en lieu de taxes pour payer pour les services courants, pour nous, les frais liés à la croissance permettent
de payer pour l'ajout de services qui étaient inexistants avant l'arrivée de l'immeuble. Il nous apparaît
donc clair que les organismes publics doivent continuer à assumer les
frais de croissance associés à leurs propriétés. Je dis «continuer» parce
qu'ils le font actuellement à Gatineau.
Il demeure
quelques interrogations et préoccupations quant aux modalités d'application de
certaines dispositions dans le texte
qui est proposé. Notre mémoire en fait état plus particulièrement. L'équipe de
la direction de la ville de Gatineau
est déjà en lien avec le ministère pour clarifier certains éléments, en
particulier à la lumière de notre réglementation qui est déjà en place,
donc qui, à plusieurs égards, a déjà été testée.
Étant donné le potentiel de cette mesure en
matière d'écofiscalité, on croit que ça serait intéressant que le ministère de l'Environnement s'y intéresse. Avec
des schémas d'aménagement rigoureux, elle pourrait devenir un second
outil puissant pour le développement durable de nos villes.
conclusion, pour moi, les limites de la loi actuelle militent pour une
modification permettant aux villes d'agir de façon plus importante, d'avoir
plus de marge de manoeuvre pour influencer le développement urbain et l'aménagement
de leur territoire. La volonté du gouvernement d'agir dans ce domaine est une
bonne nouvelle pour l'aménagement du territoire québécois. Nous sommes
maintenant prêts à répondre à des questions.
Président (M. Auger) : Merci beaucoup pour votre exposé. Nous allons
commencer la période d'échange avec M. le ministre pour une durée
maximale de 16 min 30 s.
Coiteux : Merci, M. le Président. Merci, M. le maire, pour la
présentation. J'ai quelques questions. Vous l'avez peut-être dit, mais simplement pour que j'en
prenne bien note : À quel moment, à quelle date, en quelle année vous
avez commencé à appliquer ce que vous appelez les frais de croissance?
M. Pedneaud-Jobin
(Maxime) : Début 2013.
Coiteux : Début 2013, donc c'est très récent. Et la réflexion qui a
mené à ça, pourriez-vous... parce que là, vous avez beaucoup parlé d'un
instrument pour éviter l'étalement urbain, mais, si vous regardez l'ensemble
des tenants et aboutissants, là, qui vous ont amenés, en 2013, à introduire
cette nouvelle façon de faire, là, qu'est-ce que ça a été?
Pedneaud-Jobin (Maxime) : En fait, le déclencheur, ça a été un
exercice assez complet qu'on a fait, qu'on a appelé le plan financier long terme, où on a pris l'ensemble de nos
plans directeurs, l'ensemble des actions municipales. On a regardé les
coûts auxquels on faisait face, et on a regardé nos revenus, puis on s'est dit
que ça n'arrivait pas.
C'est ce qui nous a amenés à prendre différentes
mesures. Par exemple, on a fait une taxe dédiée aux infrastructures. Je recule un peu, mais c'est là où on avait déterminé
que le déficit en infrastructures à Gatineau, c'était de
1,3 milliard, donc aqueduc,
égouts, asphalte, édifices municipaux. On a fait des calculs assez précis avec
nos plans directeurs et on est arrivés avec un manque à gagner
important. On impose, nous, chaque année, une taxe de 1 % qui s'ajoute à
la taxe de base, là, reliée à l'IPC, pour faire le rattrapage en matière
d'infrastructures.
dans cette réflexion-là, pour nous, ce qui est apparu évident, c'est que ce qui
se dit au municipal, c'est : plus on construit de maisons, mieux c'est, puis ça rapporte des revenus à la
ville, ce qui, à court terme, est tout à fait rigoureusement vrai, mais qui, à long terme, peut être
fiscalement dommageable dans la mesure où il n'y a pas assez de citoyens sur
la rue pour payer sa réfection dans
l'avenir, puis c'est ce que toutes les villes vivent. Donc, ce plan financier
long terme là nous avait amenés à réfléchir à différentes mesures pour
contrôler cette... pour orienter cette croissance-là et aussi pour avoir des
nouveaux revenus.
Coiteux : Vous avez introduit ça en 2013, on est maintenant début
2016. Comment ça a changé votre structure de financement, là?
Pedneaud-Jobin (Maxime) : Seulement
les frais de croissance, on a une centaine d'ententes qui ont été
signées depuis 2013, et ça nous a rapporté 13,5 millions en revenus supplémentaires
pour Gatineau. Donc, pour nous, c'est significatif.
M. Coiteux :
...représenterait aujourd'hui quel pourcentage de vos revenus?
M. Pedneaud-Jobin
(Maxime) : Quel pourcentage de l'ensemble de nos revenus? La ville de
Gatineau a un budget de 600 millions, donc...
M. Coiteux :
Mais vous parlez de 13 millions cumulatifs ou vous parlez d'une moyenne
annuelle, là?
Guénard (Steve) : C'est 13 millions...
Le Président (M.
Auger) : M. Guénard.
Guénard (Steve) : Merci, M. le Président. C'est 13 millions au total, 13,6 millions au total sur
trois ans, donc environ 4,5 par année. Donc, environ 0,7 % du
budget.
Coiteux : Alors, 0,7 % du budget. Et est-ce que vous estimez que
le cadre qui est proposé dans le cadre du projet de loi n° 83 vous
permettrait d'en faire davantage par rapport au cadre légal actuel?
Pedneaud-Jobin (Maxime) : Oui, tout à fait. C'est non seulement une
clarification de la pratique actuelle, mais c'est une bonification où,
là, ce qu'on voit, c'est que c'est clairement l'ensemble de nos
infrastructures, donc des infrastructures associées à la propriété, mais aussi
aux services à la personne, et ça, c'est qu'on trouve intéressant. C'est une
bonification où on se rapproche, en fait, de ce qui se passe en Ontario.
Le Président (M.
Auger) : M. le ministre.
Coiteux : Oui. Peut-être que je reprendrai des questions tout à
l'heure, mais je pense que j'ai un collègue, oui...
Président (M. Auger) : Avec plaisir. M. le député de Chapleau.
Carrière : Merci beaucoup, M. le Président. Rebonjour à tous
les collègues. Je veux saluer M. le maire de Gatineau, qui est dans ma région, dans mon comté, une
partie de mon
comté, une
partie de la ville est le comté de Chapleau, saluer les gens
qui vous accompagnent.
Moi, j'aurais
quelques questions, là, en rafale, à savoir, premièrement, est-ce que tout ce
concept de frais de croissance, de
redevances de développement, ne craignez-