Culture and Education — 19 September 2013 (40th Legislature, 1st Session)

CCE 2013-09-19

Quebec — Committees

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Culture and Education — 19 September 2013 (40th Legislature, 1st Session)

CCE 2013-09-19

Quebec — Committees

sans plus tarder, nous accueillons notre premier invité aujourd'hui, si je peux

dire, à la commission, M. Lavoie. Bienvenue à l'Assemblée nationale.

M. Lavoie, je vais vous demander de vous présenter et de présenter

également votre organisme, soit la Librairie Sainte-Thérèse. Vous allez

disposer d'un temps maximal de 10 minutes pour faire votre présentation. Par la

suite suivra un échange avec les différents groupes parlementaires. La parole

est à vous.

M. Lavoie (Luc) : Merci, Mme la Présidente. M. le ministre, chers élus, mesdames,

messieurs, bonjour. Je me présente :

Luc Lavoie, propriétaire de la Librairie Sainte-Thérèse, établie dans la ville

du même nom, dans les Laurentides, et ce, depuis 1956. À nos débuts,

nous étions un magasin général connu sous le nom de Aux variétés Blainville. Nous y vendions déjà des livres. Fondé par

Isabelle Danis, ainsi que ses fils Robert et Gilles, notre commerce a vécu

plusieurs réorientations au fil des décennies. Pour faire suite à la mise en

place de la loi n° 51, la loi du livre, nous sommes parmi les premières librairies à obtenir notre

agrément, en date du 1 er février 1982. Notre librairie est sur deux

étages. Elle offre 25 000 titres en

inventaire, plus de 450 nouveaux titres par semaine, une salle de montre et de

conférence contenant les nouveautés

des cinq dernières semaines, un étage entier consacré à la littérature

jeunesse, l'un des plus beaux planchers au Québec, un site Web transactionnel pour le livre papier et numérique

sur Ruedeslibraires.com . Depuis 2007, j'en suis l'unique

propriétaire.

Étant

moi-même vice-président de l'Association des libraires du Québec et

administrateur de la BTLF, il va de soi

que je soutiens la campagne Nos livres à juste prix, de la table de

concertation, qui propose un prix plancher permettant une remise maximale de 10 % sur le prix des

livres neufs sous toutes ses formes, papier ou numérique, et ce, pendant

les neuf premiers mois de parution. La

chaîne du livre est la plus importante activité culturelle québécoise :

11 000 emplois directs, plus de

700 millions de dollars de chiffres d'affaires en 2012. Pourtant, le

milieu du livre se porte mal. Les librairies et les éditeurs québécois

ferment. On ne peut passer sous silence la fermeture, en décembre 2012, du

distributeur-diffuseur DLM, Diffusion du livre Mirabel, fondée par Pierre

Tisseyre et sa famille; ERPI, Longman Pearson, qui fermera, à la fin de 2013, son entrepôt pour relocaliser leurs activités

en Ontario; l'économie mondiale chancelante; les réseaux sociaux sur le Web; la menace d'un oligopole étranger; le format

numérique et ses défis; la vente en ligne jumelée à la baisse de

lectorat. Tous ces éléments mettent en péril l'intégralité du milieu du livre,

la chaîne du livre.

Je tenterai

d'ajouter, de nuancer et de participer humblement au processus démocratique en

cours dans cette commission. Qui profiterait

d'une réglementation du prix du livre neuf? Tout le monde. La bibliodiversité

tient à tous les intervenants du milieu du livre. Comment des auteurs

comme Éric-Emmanuel Schmitt et Michel Tremblay auraient l'opportunité de

publier, dans plusieurs genres littéraires, des romans best-sellers en

distribution, en diffusion dans tous les

points de vente du Québec, et des pièces de théâtre, qui sont absentes des

grandes surfaces, en faible diffusion dans

chacune des succursales des grandes chaînes de librairies et pourtant bel et

bien présentes dans les librairies indépendantes? L'Union des écrivains

l'ont compris.

L'ANEL.

Comment qu'un éditeur, ayant fait ses classes dans une grande boîte d'édition,

pourrait-il fonder sa propre boîte,

sa propre maison d'édition pour explorer d'autres lignes éditoriales? C'est

l'opportunité qu'Yvon Brochu a eue. En ayant fait ses classes aux

Éditions Héritage, il a pu fonder, il y a près de 10 ans, sa maison d'édition

jeunesse, les Éditions FouLire, couronnée de succès et qui fait lire nos jeunes

lecteurs et lectrices québécoises et québécois. Donc, l'ANEL le comprend.

L'ADELF,

l'association des distributeurs exclusifs de langue française, ont pour but de

diffuser, distribuer, promouvoir le livre

sur le territoire québécois. Je cite et j'adapte librement les propos de M.

Pascal Assathiany, propriétaire des

Éditions Boréal et aussi de Diffusion Dimedia. Il a participé, le 24 août 2013,

à une émission radiophonique où il

relatait comment s'est passée la

commercialisation et la mise en marché du livre d'un illustre inconnu à ce moment-là, il y a 15 ans, Gil Courtemanche : Un dimanche au bord de

la piscine à Kigali . Costco ont pris zéro copie. Les chaînes ont dit :

On va en prendre un peu, pas dans toutes nos succursales, on veut de la

surremise. À ce moment-là, il y a 15 ans, il y avait 272 librairies indépendantes qui ont accepté

de recevoir ces livres. Ce livre a gagné le prix des libraires, il a été

adapté au cinéma, traduit dans plus de 15 langues. Tout ceci est possible

grâce aux librairies indépendantes. Donc, il n'y a pas que les librairies

indépendantes qui profiteraient d'une réglementation du prix plancher du livre.

membres de l'ADELF et de l'ANEL se font demander des surremises, des délais de

paiement, de payer pour du placement publicitaire et d'avoir un meilleur

positionnement dans les vitrines ou dans les tablettes. Les librairies indépendantes sont moins mercantiles; nous aimons

profondément le livre. Le Réseau BIBLIO du Québec et l'Association des

bibliothèques publiques du Québec se sont joints aussi à la démarche parce

qu'ils gagnent à faire affaire avec des librairies telles que la mienne, car ma

librairie dépasse le rôle de simple fournisseur : nous sommes partenaires,

nous développons les activités pour

promouvoir la lecture, nous… J'organise des rencontres entre auteurs, éditeurs,

distributeurs, diffuseurs en mes murs, je

participe et j'endosse les démarches de ceux-ci. J'ai créé avec eux des prix

littéraires, je remets des bourses à

des auteurs. Je fais mon travail de passeur. Pourquoi tout cela est-il fait? Eh

bien, pour que le lecteur québécois

ait une bibliodiversité, une littérature qui lui ressemble. On accueille des

auteurs de toutes les cultures dans ce milieu : Alain Stanké, Dany Laferrière et, plus récemment, Kim Thúy; les éditeurs libres de nous faire

réfléchir : Lux Éditeur, Écosociété, les Intouchables,

Septentrion. Plus de 5 000 titres par année sont édités au Québec par des

Québécois pour des Québécois.

présent défi de la chaîne en ce moment, c'est de développer la relève partout,

à tous les niveaux de la chaîne du livre. Comment développer la relève

chez les auteurs quand un livre best-seller, qui se vend à 30 $ dans ma

librairie, vendu à 23 $ en grande

surface... et que l'auteur émergent est à 35 $? Il y a un écart de

12 $, 13 $ entre la grande surface et ma librairie. Tout un

défi!

commission pose la question : Prouvez-nous que le prix du livre va

augmenter s'il n'y a pas de réglementation. Je suis désolé, c'est déjà en cours, car le livre de l'auteur émergent,

à 35 $ en ce moment où on se parle, en septembre 2013, il y a six mois, il y a 12 mois, il y a 18 mois,

était 32 $, pas 35 $. Pourquoi, me direz-vous? Ce qui influence le

plus le prix d'un livre, c'est le tirage, c'est à combien de copies il

est importé, à combien de copies il est imprimé. Le coût de revient, c'est une loi commerciale immuable,

indiscutable. En ce moment… L'auteur émergent était importé à 1 500

copies, aujourd'hui, c'est largement en bas du 1 000 copies. Il en est de

la même chose pour les quantités imprimées par nos éditeurs québécois. On ne

voit plus de tirage à 1 800, 1 200 copies, on est bien largement en

bas du 800 copies.

Vous

vous demandez s'il y a un exode des ventes des best-sellers de la librairie. Je

me suis prêté à l'exercice. Mes ventes à la caisse enregistreuse, au

public, ont chuté de 30 % de 2008 à 2012. Le livre numérique reste tout un

défi.

N'oubliez

pas que les sept grandes associations professionnelles du livre du Québec représentent

plus de 90 % des 11 000

emplois directs. Ces associations ont dit oui à nos livres à juste prix, un

prix plancher autorisant un minimum de 10 % de rabais pendant les

neuf premiers mois. La chaîne du livre a mis quatre ans à parvenir à ce

consensus, entendons-le. Pouvons-nous faire confiance à l'oligopole qui pointe

pour nous offrir des livres de qualité qui nous ressemblent? Bâtissons la

souveraineté littéraire maintenant pour assurer que les générations québécoises

futures puissent lire en français. Finissons

ce qui a été commencé en 1981. Écrivons notre histoire politique. J'aime ma

langue belle, et vous? Merci.

Présidente (Mme Richard, Duplessis) : Merci

beaucoup, M. Lavoie. Nous allons

débuter les échanges, et je vais du côté du gouvernement. M. le député

de Bonaventure, c'est à vous la parole pour débuter les échanges.

M. Roy :

Merci, Mme la Présidente. Bonjour, M. Lavoie. Bienvenue chez vous, à l'Assemblée

nationale.

Écoutez,

vous dites, à la page 10 de votre mémoire… vous venez de dire que vous avez

perdu 30 % de votre

chiffre d'affaires. Comment vous arrivez à survivre?

M. Lavoie

(Luc) : J'ai développé une excellente relation avec les collectivités

des Laurentides. Je dessers les cinq commissions scolaires et près d'une

cinquantaine de municipalités. Alors, l'offre que je peux offrir, autant aux collectivités et au grand public, est maintenue

par les collectivités. Il faut comprendre aussi que, géographiquement,

ma librairie est encerclée par des très

grandes surfaces, pour les nommer, Costco : Laval, Boisbriand,

Saint-Antoine. Ils sont tous sur la 15, je suis sur la 15. Faites le

calcul. C'est pour ça que j'ai un exode si puissant.

Roy : Donc, vous considérez que le 30 % que vous avez

perdu est parti dans les grandes surfaces, ce n'est pas lié à une

atrophie ou, je dirais, à une diminution d'activité de lecture. C'est vraiment

un déplacement dans…

M. Lavoie (Luc) : Le milieu du livre, en 2008, avait un chiffre d'affaires avoisinant les

800 millions. On est rendus à 700 millions. Moi, je vous

annonce un 30 %. Donc, il y a eu exode. Il y a eu exode, là.

M. Roy :

Donc, vous laissez entrevoir que c'est au bénéfice des grandes surfaces?

Lavoie (Luc) : C'est sûr. Il y a

une faiblesse dans le milieu qu'il ne faut pas oublier, et c'est ce qui nuit à

notre processus en ce moment, la faiblesse des statistiques. Elles sont

fragmentées, elles n'ont… incomplètes, artisanales. Donc, on ne peut pas statuer exactement où tout est allé et exactement.

Dans mon mémoire, j'ai donné des chiffres très précis sur des romans best-sellers d'auteurs québécois,

sur des livres large public tels les guides de l'auto et ces choses-là,

et pourtant ce genre de titres là n'ont pas eu une si grande baisse dans leur

marché et ils font tous

partie des tops 100 annuels des ventes du milieu du

livre. Alors, si on n'a même pas perdu 10 % du chiffre d'affaires du

milieu du livre en quatre ans et que moi, je dis que j'en ai 30 % à la

caisse enregistreuse, donc le grand public, ce qui m'aiderait à continuer mon

rôle de promouvoir le théâtre, la poésie, les livres de sociologie, d'histoire

et de géographie, bien là… Le sacrifice est trop grand.

Il ne faut pas oublier… L'exercice que je vous

contais, le fameux 22 $, 23 $ et le 30 $, revoyons-le avec un

10 %. Le livre qui est 30 $ chez moi est 27 $ à la grande

surface, et on ramène l'auteur émergent à 32 $, pas 35 $, 36 $, 37 $,

38 $, 39 $, 40 $, 45 $, dans 30 mois, 36 mois. Au rythme où

les librairies ferment, il y a de moins en moins de librairies telles que la

mienne, qui fait son travail.

Il ne faut

pas oublier, la loi n° 51 a été formée et installée pour avoir un réseau

de libraires professionnels avec des bibliothèques municipales dans

toutes les régions administratives du Québec. Il y avait à peine une

soixantaine d'éditeurs québécois,

Document details

CollectionQuebec — Committees
CitationCCE 2013-09-19
Typecommittee
Volume / chapteren travaux parlementaires commissions cce 40 1 journal debats CCE 130919.html
Languageen
Formathtml
SourcePROVINCIAL
Identifierddee5da9018380fa68b0fd88d9c5531e099ce5d4

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