Culture and Education — 25 November 2020 (42nd Legislature, 1st Session)
CCE 2020-11-25
Quebec — Committees
Québec est la ville de la province qui compte le
plus grand nombre de sites patrimoniaux déclarés, dont le site patrimonial du
Vieux-Québec, berceau de l'Amérique française et joyau du patrimoine mondial de
l'UNESCO. Notre ville compte trois autres sites patrimoniaux déclarés, situés
à Beauport, Charlesbourg et Sillery. Ces quatre sites totalisent près de
2 700 bâtiments, témoins de quatre siècles d'histoire et
d'évolution. Notre ville compte également plus de 1 000 sites
archéologiques répertoriés, un patrimoine religieux d'importance comprenant
plus de 60 églises et autant d'ensembles conventuels.
Consciente de l'importance et de la qualité de
ce patrimoine, la ville de Québec s'applique depuis des décennies à le conserver, à l'étudier et à le
mettre en valeur. Elle le fait en concertation avec ses citoyens et citoyennes,
et soulignons d'ailleurs que, depuis sa création en mai
2012, la Table de concertation du Vieux-Québec s'emploie à établir des
consensus sur les orientations, les interventions et les actions à mettre en
oeuvre pour un développement équilibré du Vieux-Québec. Cette table regroupe
des acteurs des secteurs public, culturel, institutionnel et associatif.
Au fil des ans, la ville de Québec a donc
développé une vaste expertise en gestion du patrimoine, expertise dont
bénéficie également la Commission d'urbanisme et de conservation de Québec, la
CUCQ. Celle-ci exerce un contrôle sur l'implantation et l'architecture des
constructions, et les travaux qui y sont reliés, dans tous les lieux visés par
la
Loi sur le patrimoine culturel et dans d'autres lieux désignés par le conseil
de la ville de Québec.
patrimoine, il faut le préserver, mais il faut également le garder vivant. Et,
j'insiste là-dessus, le Vieux-Québec doit demeurer un milieu de
vie habité par des résidents permanents, et cet objectif est inscrit dans le
plan d'action adopté en 2016 par la table et dans notre Vision du patrimoine.
Et nous déplorons qu'au cours des dernières années plusieurs projets
résidentiels dans le Vieux-Québec aient essuyé un refus du ministère pour des
motifs que nous ne partagions pas ou que nous ne comprenions pas. Parfois, les
délais de traitement du projet ont été trop beaucoup trop longs. Dans d'autres cas, les modifications
demandées lui faisaient perdre toute rentabilité. Ces projets avaient
pourtant fait l'objet de consultations publiques. Ils avaient été
rigoureusement analysés, discutés, bonifiés, à la demande de la ville de
Québec, et, finalement, approuvés par la CUCQ. Et plusieurs de ces projets
avaient été travaillés aussi en collaboration avec la table.
Au cours des cinq dernières années, neuf projets
ainsi avalisés par la CUCQ auraient permis d'ajouter 430 logements de qualité dans le Vieux-Québec, ce qui nous
aurait permis d'atteindre notre objectif d'ajouter 500 nouveaux résidents permanents nécessaires
à la vitalité du Vieux-Québec. De ce nombre, seulement 189 logements verront
le jour à l'issue du processus décisionnel du ministère. À lui seul, le
projet sur le site de Saint-Louis-de-Gonzague, que nous jugions
acceptable, aurait permis d'ajouter 205 logements, dont des logements
sociaux, pour des clientèles diversifiées.
Par conséquent, la ville de Québec accueille favorablement
les dispositions du projet de loi qui encadrent la discrétion ministérielle par
des critères prévisibles et qui imposent un délai de 90 jours au ministre
pour rendre une décision. Nous sommes aussi très favorables à la nouvelle
procédure permettant de demander la révision de cette décision et la possibilité
pour la personne lésée de pouvoir la contester devant le Tribunal administratif
du Québec, le TAQ. Et, à ce sujet, nous réclamons que le projet de loi soit
modifié pour permettre à la ville de Québec d'intenter elle-même une demande de
révision et un appel devant le TAQ lorsqu'un projet qui a reçu son approbation
se voit refusé par le ministère. Et cela nous fournirait l'occasion de
présenter notre vision de l'aménagement du site patrimonial et notre analyse de
la façon dont le projet s'y intègre. Et cela éviterait au demandeur de se
débattre seul entre nos autorités décisionnelles parfois contradictoires.
Par ailleurs, il est important de maintenir une
cohérence dans nos orientations respectives relativement à l'identification du
patrimoine culturel. Nous nous réjouissons de l'adoption d'une politique de
consultation par la ministre et de la
création d'une table des partenaires. Nous y entrevoyons la possibilité
d'échanger sur les orientations relatives au classement de sites et
d'immeubles patrimoniaux et à leur catégorisation.
Le projet de loi prévoit aussi que le conseil d'agglomération
devra adopter et tenir à jour un inventaire des immeubles construits avant 1940
et présentant une valeur patrimoniale. Le mode de réalisation de cet inventaire
sera déterminé par règlement de la ministre. Pour nous, il est très important que
le mode de réalisation qui sera imposé tienne compte de la méthode adoptée à la
ville de Québec, qui a été révisée en 2014 et qui est appliquée depuis 2015. Et
l'inventaire déjà réalisé est considérable, et nous souhaitons qu'il soit
reconnu.
L'accélération de ce travail d'inventaire
nécessitera l'injection à court terme de ressources humaines et financières
additionnelles. Nous demandons au gouvernement d'assumer les coûts de cette
nouvelle responsabilité qu'il impose au monde municipal. Considérant le coût moyen d'évaluation patrimoniale d'un bâtiment, nous estimons
qu'il en coûtera aux environs de 5 millions de dollars additionnels pour
compléter l'inventaire.
L'un des plus grands défis dans la protection du
patrimoine est de veiller en temps utile à l'entretien des bâtiments. Lorsqu'un
bâtiment présente un intérêt patrimonial suffisant pour être protégé par la Loi
sur le patrimoine culturel, le propriétaire
peut généralement bénéficier d'une aide financière pour son
entretien. Incidemment, les programmes d'aide gouvernementaux à cette
fin sont déjà insuffisants pour répondre à la demande à Québec. Ils doivent
être...
La Présidente (Mme Guillemette) : M.
le maire, il vous reste deux minutes.
M. Labeaume (Régis) :
2 min 30 s, peut-être? J'achève, là, O.K.? J'achève.
Mme Roy : Mme la Présidente,
vous pouvez...
La Présidente (Mme Guillemette) :
Oui?
Mme Roy : M. le maire,
bonjour, c'est Mme la ministre.
M. Labeaume (Régis) : ...
La Présidente (Mme Guillemette) :
Attendez une minute, M. le maire. Oui.
Mme Roy : Oui. Bonjour, M. le maire. Bonjour, tout le monde. Écoutez, prenez-le sur mon temps. Poursuivez, M.
le maire, c'est trop important, ce que vous avez à dire dans ce mémoire.
M. Labeaume
(Régis) : Ça achève, là, madame, là.
Mme Roy : Parfait. Allez-y,
prenez mon temps.
M. Labeaume (Régis) : Merci, Mme la
ministre. Merci beaucoup.
La Présidente (Mme Guillemette) :
Merci, Mme la ministre. Je vous cède la parole, M. Labeaume.
Labeaume (Régis) : Alors,
l'un des plus grands défis dans la protection du patrimoine est de veiller en
temps utile à l'entretien des bâtiments. Lorsqu'un bâtiment représente un intérêt
patrimonial suffisant pour être protégé par la
Loi sur le patrimoine culturel,
le propriétaire peut généralement bénéficier d'une aide financière pour son
entretien. Incidemment, les programmes d'aide gouvernementale à cette fin sont déjà
insuffisants pour répondre à la demande à Québec. Ils doivent être bonifiés et
pérennisés, et nous appuyons cette revendication de l'UMQ.
Par ailleurs, pour les immeubles représentant un
certain intérêt sans toutefois bénéficier du statut de protection, il importe
tout de même de veiller à ce qu'ils demeurent dans un bon état d'entretien. Et
les municipalités disposent, bien sûr, de pouvoirs réglementaires et de recours
judiciaires pour y parvenir. Toutefois, il est souvent plus avantageux pour un
propriétaire de négliger d'entretenir un immeuble jusqu'à ce que sa démolition
soit inéluctable. Les délais associés aux contestations judiciaires peuvent
être fatals à la survie d'un bâtiment. L'arrêt de chauffage ou une infiltration
d'eau peut entraîner de graves dommages en peu de temps. Et j'achève. D'ailleurs,
les critères de décisions pour juger d'une demande de démolition prévus dans le
projet de loi n° 69 tiennent compte de l'état de
l'immeuble, de la détérioration de son apparence et du coût de sa
restauration. Les municipalités doivent donc pouvoir agir rapidement et
efficacement pour forcer leur entretien avant que cette détérioration ne
conduise inévitablement à devoir en autoriser la démolition.
Dans les
séries d'amendements que nous détaillons en annexe, nous demandons donc des
moyens additionnels à cette fin, dont la possibilité d'augmenter les
amendes de façon à dissuader les propriétaires qui négligent d'entretenir
leurs immeubles, des mesures facilitant l'expropriation de tels immeubles et à
un juste prix, et, finalement, le pouvoir de forcer le transfert d'un immeuble
négligé à un propriétaire intéressé à l'entretenir.
Et, en conclusion, la ville de Québec réitère
son accueil favorable au projet de loi n° 69. Il
contient des moyens qui, selon nous, permettront d'assurer plus efficacement
les objectifs de cohérence, de transparence, de prévisibilité auxquels nous
souscrivons. Les mesures qu'il prévoit imposent toutefois un fardeau
considérable au monde municipal et il est impératif qu'il soit accompagné
d'un financement conséquent, tant pour la réalisation de l'inventaire des
immeubles patrimoniaux que pour l'élargissement du régime de contrôle des
démolitions et pour la bonification des programmes de subvention à l'entretien
des bâtiments.
Nous avons le
défi, en tant que ville du patrimoine mondial, de préserver et de garder vivant
le Vieux-Québec, ce remarquable legs du passé, pour nos générations
futures. Il faut y attirer un nombre significatif de nouveaux résidents
permanents. C'est un défi plus compliqué que s'il suffisait d'y apposer une
cloche de verre. Nous souhaitons le relever en partenariat avec la ministre de
la Culture et le gouvernement du Québec.
Enfin, il faut que notre ville dispose de moyens
plus rapides et plus efficaces pour assurer l'entretien des bâtiments sans que
l'ensemble des contribuables ne soient tenus de payer pour la négligence
volontaire de certains propriétaires mus seulement par l'appât du gain, et nous
proposons des moyens, selon nous, novateurs en ce sens et nous espérons qu'ils
trouveront écho chez le législateur. Nous vous remercions.
La Présidente (Mme Guillemette) :
Merci beaucoup, M. Labeaume. Donc...
M. Labeaume (Régis) : Est-ce
que j'ai fait 11 minutes? Ça m'aide de le savoir.
La Présidente (Mme Guillemette) :
Vous avez fait 12 min 50 s. Mais ça va, Mme la ministre vous a
offert du temps, aucun problème. Maintenant, j'inviterais Mme la ministre à
débuter son échange avec vous.
Mme Roy : Oui, bonjour à
vous tous. Je vais mettre mon petit chronomètre. Contente de vous voir ce
matin, contente de lire votre mémoire. Je ne suis pas surprise, M. le maire, je
ne suis pas surprise. Nous avons eu l'occasion et le plaisir d'en discuter à
quelques reprises.
Naturellement, la ville de Québec, c'est
particulier. Quel caractère spécifique, la ville de Québec, le nombre élevé de
bâtiments patrimoniaux, vous nous en avez fait mention, des secteurs entiers.
On pense au Vieux-Québec, à Sillery, à
Charlesbourg. Votre mémoire témoigne vraiment d'une administration qui... elle
est soucieuse du patrimoine. Et on comprend que vous cherchez à le faire
vivre le plus possible. Et ça, M. le maire, je partage ce sentiment avec vous.
Pour moi, un bâtiment patrimonial ne doit pas être vide, il doit vivre. Puis
c'est d'ailleurs une remarque que nous
pouvons lire dans le rapport de la Vérificatrice
générale du Québec,
qui se questionnait sur l'usage et la destination de