Labour and the Economy — 28 November 2017 (41st Legislature, 1st Session)
CET 2017-11-28
Quebec — Committees
La bonification du
RRQ entrerait donc progressivement en vigueur à partir de janvier 2019, pour
une mise en oeuvre complète en 2025. Ce calendrier est semblable au projet
fédéral, ce qui permettait de maintenir en tout temps l'équivalence entre les deux régimes et s'assurer de son harmonisation.
La bonification proposée du régime aiderait les futures générations de
personnes retraitées à améliorer leur niveau de vie à la retraite en augmentant
à la base leurs épargnes pour la retraite.
Alors,
le projet de loi prévoit aussi des modifications à la
Loi sur les régimes
complémentaires de retraite, dont certaines
modifications touchant plus particulièrement le financement des régimes de
retraite à prestations déterminées, et ce, afin de permettre une plus
grande flexibilité dans la gestion de ces régimes. Le projet de loi
n° 149, présenté à l'Assemblée nationale le 2 novembre, tient compte des
préoccupations des Québécois et des Québécoises.
Le projet de
loi vise cinq objectifs précis : premièrement, offrir aux prochaines
générations une sécurité financière accrue
à la retraite; deuxièmement, préserver l'équité entre les générations;
troisièmement, renforcer le financement du Régime
de rentes du Québec; quatre, bonifier le RRQ et harmoniser avec son équivalent
canadien, le RPC, et ce, dès janvier 2019; et finalement accorder une plus
grande flexibilité dans les régimes privés de retraite.
Alors, Mme la
Présidente, je veux maintenant juste mentionner que je souhaite qu'au cours de
ces consultations particulières nous puissions avoir des échanges
constructifs sur le projet de loi, en ayant toujours à l'esprit l'équité
intergénérationnelle et l'amélioration de la qualité de vie de nos familles et
de nos enfants. Merci beaucoup.
La Présidente (Mme Richard) :
Merci, M. le ministre. J'invite maintenant le porte-parole de l'opposition officielle en matière de retraite et député de
Beauharnois à faire ses remarques préliminaires. M. le député, vous avez
un maximum de temps de 3 min 30 s. La parole est à vous.
M. Leclair : Merci, Mme la Présidente. Tout d'abord, mes
salutations personnelles à vous, Mme la Présidente, ainsi que toute l'équipe de la commission
parlementaire. Bien entendu, je salue le ministre et toute l'équipe
ministérielle qui sont avec lui, qui vont l'accompagner aujourd'hui, puis les
gens de rentes Québec qui seront avec nous aussi pour sûrement tenter
d'éclaircir nos visions et nos questionnements. Bien entendu, la deuxième
opposition, je salue mon collègue qui est
toujours présent avec nous, et on aura la chance de saluer les groupes qui
viennent nous rencontrer un à un. Alors, je remercie les gens de
participer à ces débats qui sont très importants, je pense, pour les rentes
futures de tous les Québécois.
Bien entendu, le projet de loi, comme le
ministre l'a si bien indiqué... on a déjà entendu quelques groupes qui s'étaient présentés au mois de janvier, lorsque la
position du gouvernement, la première position qu'on avait prise,
c'était un peu plus drastique, ce que le
ministre a apporté. J'ose espérer que ces conditions-là ont changé dans
l'esprit du ministre suite aux
discussions qu'on a eues avec divers groupes. Mais d'aller atteindre
l'équilibre qui est supposé... pancanadienne, bien, je pense que ça fait
répercussion et ça fait consensus en majorité par tous les groupes.
Alors, chaque
projet de loi apporte son lot de difficultés et son lot de détails. Bien
entendu, on aura la chance,
article par
article, d'apporter peut-être certains amendements au projet de loi, mais, deux
choses l'une, dans des projets de
loi sur les rentes du Québec, on sait qu'on parle de fonds de retraite, il y a
des détails, le diable est dans les détails, on le répète souvent. On a eu une invitation hier, hier soir,
pour avoir un briefing technique ce matin. J'aurais apprécié qu'on ait
un briefing technique avec un peu plus
d'avis que ça. Il s'est sûrement passé quelque chose d'imprévu pour ne pas
qu'on ait ce briefing technique là, mais je
pense que ça aurait été apprécié. Je pense qu'on a beaucoup de questions, alors
un briefing technique à la dernière minute... J'espère que le ministre
s'ajustera pour s'assurer qu'on ait un briefing technique, là, à la hauteur
avec un peu d'avis autre que 12 heures à l'avance pour des sujets
complexes comme ça.
Bien entendu, la rente de décès, elle ne fait pas
partie du projet de loi en ce moment. J'ose espérer que le ministre aura l'ouverture de regarder la rente de décès,
parce que, tel que prévu depuis déjà longtemps, une personne ayant moins
de 35 ans, elle n'est pas capable
d'avoir la garantie de décès si elle a moins de 35 ans et pas d'enfants à
sa charge. Alors, je pense qu'on doit
profiter de cette inéquité-là pour s'assurer qu'on puisse l'apporter dans ce
projet de loi là. Bien entendu, d'autres
acteurs voulaient se faire entendre puis ils n'ont pas réussi, alors on
apportera un peu les cas des thanatologues du Québec. Mais je pense que,
sur les garanties de décès, il va falloir se pencher au travers de ce projet de
loi. Merci, Mme la Présidente.
Présidente (Mme Richard) :
Merci beaucoup, M. le député. J'invite maintenant le porte-parole du
deuxième groupe d'opposition en matière de
travail et député de Chutes-de-la-Chaudière à faire ses remarques
préliminaires. Vous avez un maximum de temps de
2 min 30 s.
M. Picard :
Merci, Mme la Présidente. À mon tour de saluer mes collègues parlementaires,
aussi saluer toutes les personnes qui
vont venir nous donner leur avis, nous éclairer sur les modifications proposées
au Régime des rentes du Québec, même si on a eu une consultation, là,
c'est le fruit des consultations, le ministre dépose un projet de loi, et
l'éclairage est important, l'éclairage que nous allons recevoir des gens pour
essayer de le bonifier.
Je comprends
qu'on harmonise comme au fédéral.
C'est ce que nous avions entendu aussi en janvier. Mais, je pense... j'avais dit en janvier et je le répète,
c'est un travail d'équilibre, un travail d'équilibre entre l'équité
intergénérationnelle, mais aussi il
faut bien accompagner nos entreprises pour ces modifications législatives, parce qu'il faut bien être au fait qu'au
Québec nos petites et moyennes entreprises occupent une place importante dans
notre économie, donc il faut mesurer les
impacts. Je ne remets pas en question la bonification du régime de retraite,
mais il faut trouver quelque chose pour que nos entreprises demeurent
compétitives, quant à moi. Donc, nous devons nous assurer que les Québécois contribuent à leur régime de retraite et qu'ils
vont recevoir... Donc, ça va être un fonds distinct, ça, c'est parfait.
Donc, on ne répète pas les erreurs du passé, tout simplement, puis ça, je pense
que c'est une bonne chose.
Comme toujours,
Mme la Présidente, vous pouvez compter sur mon entière collaboration. Mais moi aussi, je vais aborder
le briefing technique que nous avons eu ce matin, et je sais que ce n'est pas
le ministre... pour moi, c'est un beau projet de loi, là, apolitique, et malheureusement
c'est le leader, parce que nous, on a fait nos demandes au leader, puis
il semble que ça ne s'est pas rendu chez
vous. Parce que je ne mets pas en doute du tout votre sincérité, c'est parce
que l'avoir eu un petit peu avant, on aurait pu peaufiner nos réflexions
puis améliorer nos travaux, tout simplement. Mais on va se retrousser les
manches puis on va travailler fort pour bonifier le projet de loi. Merci, Mme
la Présidente.
La Présidente (Mme Richard) : Merci, M. le député. Nous allons
maintenant débuter les auditions. Bonjour, M. D'Amours. Je vous souhaite la bienvenue à l'Assemblée nationale.
M. Alban D'Amours fait
partie du groupe d'experts sur le système de
retraite québécois. M. D'Amours, je vous invite donc à vous présenter,
présenter les personnes qui vous accompagnent et à commencer votre exposé. La
parole est à vous.
D'Amours (Alban) : Mme la Présidente, M. le ministre, merci
beaucoup, Mmes, MM. les députés.
Alors, je me présente, Alban D'Amours, comme
vous le disiez, président du Comité d'experts sur l'avenir du système
de retraite québécois. Je suis accompagné de M. Bernard Morency, à
ma gauche, M. René Beaudry, à ma droite, et, à toute gauche, Luc Godbout, trois membres du Comité d'experts. On
est honorés d'avoir été invités. C'est la sixième occasion que nous avons de se présenter devant une commission parlementaire sur ce même sujet. Nous y travaillons bénévolement depuis novembre 2011.
Lorsqu'on
a soumis notre rapport en 2013, ce rapport a reçu un haut niveau
d'acceptabilité sociale. On voulait tout simplement que, dans notre régime, s'incarne cette idée qu'il fallait
renforcer la sécurité financière à la retraite de tous les travailleurs
québécois. Nous sommes très heureux de la décision du gouvernement d'ajouter au
Régime de rentes du Québec actuel et le
régime RRQ de base un second volet, le régime supplémentaire, qui offrira des
prestations de retraite additionnelles identiques à celles qui sont
offertes par le Régime de pensions du Canada. Nous croyons que les modifications
proposées dans le projet de loi sont bénéfiques et contribueront au maintien de
ces régimes.
Quant aux modifications
à la loi du RRQ et celle de Retraite Québec, RQ, nous sommes favorables
aux modifications proposées. Nous voulons toutefois
formuler deux types de recommandations afin d'en améliorer la portée et d'en
assurer la pérennité.
ce qui a trait au régime supplémentaire, nous supportons ces propositions, qui sont conformes à celles que nous avons suggérées dans notre rapport pour la rente
longévité et réitérées lors de notre comparution devant la Commission
des finances publiques en janvier dernier.
Vous
me permettrez, Mme la Présidente, maintenant de faire le relais à M. Beaudry, qui va
poursuivre. Nous allons nous partager cette présentation aujourd'hui.
La Présidente (Mme Richard) : Merci, M. D'Amours. M. Beaudry, je vais vous demander de quand même vous identifier pour les fins de
l'exercice de nos travaux. Allez-y, la parole est à vous.
M. Beaudry (René) : Dans le document qu'on a vous a distribué, il y a
des annexes qui vont vous aider à suivre mes propos. Si vous regardez à
l'annexe 1, ce qu'on a entre les mains, c'est une amélioration au Régime
de rentes du Québec qui va faire un excellent travail sur le long
terme. Et ce que vous voyez à la page
annexe 1 suite,
en bas, c'est que, présentement, quelqu'un qui a un salaire moyen d'à peu près
40 000 $ reçoit, à 65 ans, 10 000 $ de rente,
25 % de son salaire moyen. À
terme, en 2065, cette rente-là va être augmentée d'un tiers, elle va être de
13 000 $. Où cela fait beaucoup de différence, c'est pour des gens qui, présentement, atteignent le
maximum. Le maximum des gains admissibles est de 55 000 $, le
maximum de rente est de 13 400 $. Pour des gens qui gagnent
60 000 $ et plus, ce qu'on voit c'est qu'en 2065 on va atteindre une somme qui va être autour de 20 000 $.
Donc, grosso modo, les rentes maximums vont augmenter de 50 % sur
cette période-là, c'est excellent.
enjeux qu'on a, c'est des enjeux de transition, les gens qui vont se retirer
dans les 10, 20, 30 prochaines années. Et le Régime de rentes
prévoit déjà des mécanismes d'équivalence actuarielle qui permet aux gens de
prendre leur rente — pas leur retraite, prendre leur rente — avant 65 ans. Il y a des gens qui le
font pour toutes sortes de raisons. Il y en a qui ne quittent pas le
marché du travail, qui reçoivent leur rente plus rapidement, mais ça se fait à
coût nul. Le point ici, c'est que ça se fait à coût nul, les gens valorisent
cette option-là, puis on pense qu'elle doit être maintenue.
y a beaucoup de personnes qui ont des régimes d'accumulation, des régimes à
cotisation déterminée, il y en a quelques-uns
qui ont des régimes à prestations déterminées, mais, dans le système — la flexibilité dont M. Leitão
parlait tout à l'heure par rapport aux
régimes privés — il faut s'assurer que ces régimes à
cotisation déterminée, que les gens qui ont des sommes accumulées dans des
REER puissent bien marier ça avec le nouveau système. Donc, le défi qu'il va y avoir, c'est de permettre à des gens de gérer
leurs épargnes à la retraite. Les RVER vont faire un grand bout de
chemin pour ça. Le fait qu'on va permettre
déjà, dans des régimes à cotisation déterminée, aux gens de demeurer dans les
régimes puis de recevoir de l'argent du régime de leur employeur pendant qu'ils
sont à la retraite, même dans les régimes à cotisation déterminée, ça aussi, ça
va aider beaucoup.
défi, c'est comment on va aider ces gens-là à gérer leurs épargnes une fois à
la retraite. Comment ces gens-là vont
pouvoir générer un rendement suffisant sans trop prendre de risques? Ce n'est
pas quelque chose que le gouvernement doit
faire, mais, dans la flexibilité qu'on va installer, je pense qu'il faut en
tenir compte. À quel rythme les gens vont devoir et pouvoir déterminer, là, la sortie d'épargnes sans avoir le risque de
survivre à leurs épargnes? Ça aussi, ça va être un défi.
Alors,
nous, ce qu'on vous dit c'est qu'il y a une opportunité, dans le débat actuel,
pour offrir plus de flexibilité dans
la gestion de l'épargne-retraite aux Québécois après 60 ans. Il y a sept
suggestions qu'on fait : il y en a trois que je vais couvrir, qui sont sous le contrôle entier de
l'Assemblée nationale, il y en a quatre autres que Luc Godbout traitera
tout à l'heure, qui demandent des discussions avec le gouvernement fédéral.
Alors, le premier, c'est de permettre de
décaisser plus rapidement — on
est déjà précurseurs, au Québec, on permet
déjà de le faire d'une certaine façon, nous et la province de Terre-Neuve — les REER immobilisés, pas pendant que les gens travaillent,
mais au moment de la retraite, leur laisser le droit de le faire, de ne pas
pénaliser des gens qui participent au
Régime de rentes actuel si, après 65 ans, ils décident de différer le
paiement de leur rente. Présentement, dans le système, même si des gens ont travaillé la pleine période entre 18 et
65 ans, s'ils ne travaillent pas ou ne reçoivent pas de haut salaire à 65 ans, leur rente peut
baisser. On suggère que ce genre de chose là, dans le contexte de la
flexibilité, devrait être modifié.
L'autre
affaire qui, selon nous, est la plus importante — si vous
regardez à l'annexe 2 — chose peu connue, parce que peu utilisée encore, c'est qu'il y a beaucoup
de flexibilité déjà dans le Régime de rentes du Québec et dans la
pension de Sécurité de vieillesse qui permet
à des gens qui demandent leur rente avant ou après 65 ans d'avoir
différents niveaux de rente. Alors,
ce que vous voyez sur l'annexe 2, c'est que quelqu'un qui demande son
Régime de rentes du Québec et
sa pension de Sécurité de vieillesse à
65 ans reçoit, grosso modo, au maximum un 20 000 $. Ce qu'on
vous dit aussi, c'est que c'est déjà
permis de le demander à 70 ans aux deux paliers de gouvernement, et les
gens peuvent ainsi augmenter leur rente à 28 000 $. Nous, ce
qu'on vous suggère, c'est que, sans coût pour les régimes, en fait, ça serait...
La question, c'est : Pourquoi on ne
permettrait pas de demander sa rente plus tard, jusqu'à 75 ans et, ce
faisant, permettant aux gens de presque doubler leur revenu garanti
jusqu'à 40 000 $? Il y a des hypothèses derrière ces calculs-là.
Et je termine
en vous faisant ouvrir l'annexe 3, là, qui est une page qui est pliée,
pour vous montrer en une image ce que
ça, ça pourrait vouloir dire pour les Québécois demain matin. Ce que vous voyez
sur cette page-là, l'image d'en haut, c'est que, pour quelqu'un qui
gagne 55 000 $ qui commence à recevoir ses rentes à 65 ans du
Régime de rentes du Québec, la pension de
Sécurité de vieillesse, ça représente à peu près 35 %, 37 % de son
salaire qui est remplacé. Le reste, que
nous appelons «initiatives privées», c'est des régimes individuels, des REER,
une continuation dans un salaire à temps partiel. Dans le milieu de la page, ce que vous voyez, c'est ce qui est
déjà permis mais peu utilisé encore, mais qui le sera beaucoup, de
commencer à recevoir sa rente seulement à 70 ans. Je me permets ici de
dire que ce n'est pas un choix qu'une
personne fait une fois en disant : Je ne veux pas recevoir ma rente avant
70 ans, c'est un choix qu'elle fait à chaque mois de débuter ou ne
pas débuter sa rente. Il y a énormément de flexibilité qui existe déjà dans le
système, il faut capitaliser abondamment là-dessus.
Et ce qu'on
vous suggère, c'est l'image d'en bas. Si on permettait aux 2 %, 3 %,
4 %, 5 % de Québécois qui vont désirer le faire de débuter le paiement plus tard, pour une grande
majorité des gens qui auraient des épargnes suffisantes dans leur REER, même s'ils n'ont pas de régime de
retraite à prestations déterminées, la grande
partie de leurs besoins serait déjà comblée. Et je termine en
disant : Cette page-là ne reflète même pas l'amélioration du régime
supplémentaire. Alors ça, c'est le système
actuel. Dans la transition, nous vous suggérons de mettre ça en place tout de
suite. Ça existe à coût nul. Ça permettrait à des gens de gérer mieux
leurs avoirs. Je passe la parole à M. Godbout.
La Présidente (Mme Richard) :
Merci, M. René Beaudry. Oui.
M. Godbout (Luc) : Bonjour. Luc
Godbout.
Alors il y
aurait lieu également de discuter de concertation avec le gouvernement fédéral.
On pourra y revenir plus longuement
dans la période d'échange, mais je vous expose rapidement quatre points. Comme
René Beaudry vient de le souligner,
si on permet de repousser le RRQ jusqu'à 75 ans, il y aurait lieu de
discuter avec le gouvernement fédéral pour qu'il permette de reporter
jusqu'à 75 ans également le Régime de pensions du Canada ou la pension de
Sécurité de la vieillesse.
Toujours dans
cette logique de souplesse là, il y aurait lieu également — c'était une recommandation du rapport
à l'origine — de permettre de repousser les décaissements
de REER aussi jusqu'à 75 ans. Actuellement, il faut transformer un
REER en FERR à 71 ans, de permettre de repousser ça jusqu'à 75 ans.
Il faut
également mieux arrimer la composante pension de Sécurité de la vieillesse du
gouvernement fédéral avec le reste de
la structure du régime parce que, pendant qu'on bonifie le régime
supplémentaire du Régime des rentes du Québec, la pension de Sécurité de la vieillesse, elle, elle diminue en
importance dans le temps. Dans la manière qu'elle est conçue, elle perd
de l'importance. On pense qu'on devrait la fixer en proportion du maximum des
gains admissibles.
Et évidemment
pour qu'il y ait une entente entre les provinces, un dernier point, le
gouvernement fédéral s'était engagé à
ajouter de l'argent dans la prestation fiscale pour revenu de travail. Il a
rajouté 250 millions à l'égard de l'entente RPC-RRQ, mais dans la
dernière mise à jour économique du gouvernement fédéral, il s'engageait à
remettre un autre 500 millions. C'est un programme, actuellement, de
1,2 milliard, et il propose de rajouter 750 millions, donc, vous voyez, c'est beaucoup. Il y aurait lieu de
trouver la meilleure façon de bonifier cette prestation-là pour que ça
incite au travail de la meilleure façon possible. Alors, sans plus tarder, je
cède la parole à Bernard.
M. Morency (Bernard) :
Alors, Bernard Morency. Merci, Mme la Présidente.
Moi, je
voudrais vous entretenir de deux sujets : premièrement, le financement,
tant du régime supplémentaire que du
régime de base, et deuxièmement les défis démographiques auxquels on fait face avec
le Régime des rentes du Québec.
Alors, au niveau du financement, dans le projet de
loi, il est proposé que le nouveau régime, le régime supplémentaire, soit pleinement capitalisé. Alors, ça, là, à notre
connaissance, c'est une première mondiale. C'est la première fois qu'un
gouvernement décide qu'un régime de retraite comme le Régime des rentes du
Québec ou le Régime de pensions du Canada va
être pleinement capitalisé. C'est une excellente décision que nous supportons
entièrement. Cependant, ce que ça veut
dire, c'est qu'il va y avoir des sommes considérables qui vont s'accumuler dans
la réserve du régime supplémentaire. Donc,
on vous a montré un tableau qui est extrait de l'évaluation actuarielle
préparée par Retraite Québec, à l'annexe 4, qui montre que, dès 2041, c'est-à-dire à peine
16 ans après la mise en place du nouveau régime, le régime
supplémentaire, on va avoir autant d'argent
dans la caisse du régime supplémentaire qu'on va en avoir dans la caisse du
régime de base qui, elle, en 2040, elle va avoir déjà 75 ans. Donc, en 15 ans, on
va accumuler autant d'argent qu'on en a accumulé en 75 ans dans le
régime de base, donc des sommes considérables qui vont être accumulées dans ça.
deuxième chose importante, c'est que, dans le régime supplémentaire, on a
calculé un coût de 2 % et de 8 % qui s'appelle la cotisation
taux légal, et il est prévu que, si dans une évaluation actuarielle ultérieure
on avait soit un déficit soit un surplus — donc, on s'aperçoit que ça,
ces cotisations-là ne sont pas suffisantes ou elles sont trop élevées — il y aura un mécanisme d'ajustement soit des
prestations soit des cotisations pour ramener ça dans une situation d'équilibre. Alors, d'excellents principes, mais,
étant donné les sommes impliquées, étant donné les conséquences pour les
participants au régime d'avoir un mécanisme qui va ajuster, il nous semble très
important d'encadrer tout ça dans la réglementation du régime. Donc, on fait
une couple de suggestions, on pourra y revenir dans la période d'échange, tant au niveau de l'encadrement des politiques de
placement et des évaluations actuarielles, qui... En passant, on salue
la façon dont ça a été fait par Retraite Québec dans l'évaluation initiale. Le document
est extrêmement bien fait, avec beaucoup de
prudence dans la politique de placement, beaucoup de prudence dans le calcul
des évaluations actuarielles, donc on salue ça, mais on pense que c'est
important de l'encadrer pour l'avenir.
L'autre chose qu'on
pense qui est importante d'encadrer, c'est comment ce mécanisme d'ajustement là
des prestations et des cotisations va
fonctionner. Pourquoi c'est important? Pour que, tout le monde, par souci de
transparence, on sache à quoi s'en tenir puis,
deuxièmement, pour que, si jamais ça se présente, on puisse agir rapidement
sans avoir à débattre, parce que ça va déjà avoir été prévu.
Deuxième
point sur lequel on voudrait s'attarder, c'est le financement du régime actuel.
Alors, le ministre des Finances
disait d'entrée de jeu qu'un des objectifs importants, c'est la solidité
financière du régime. On sait que, déjà, notre régime coûte presque 1 % de plus que le Régime de pensions du
Canada, 10,8 % versus 9,9 %. Donc, il y a un principe dans le projet de loi qui dit : Toute bonification
du régime... J'entendais, tout à l'heure, le député de la première
opposition qui parlait des prestations d'essai. Il y a un principe qui a été
mis de l'avant qui dit que toute amélioration des prestations devrait s'accompagner
d'une augmentation de cotisations, un principe que nous supportons entièrement.
note toutefois que, dans le document de consultation que vous aviez circulé en
décembre dernier, il y avait diverses
mesures qui avaient été proposées pour encadrer, contrôler les coûts du Régime
de rentes actuel, des mesures qui n'ont
pas été retenues dans le projet de loi. C'est la décision qui a été prise,
c'est correct. Cependant, il y a un point sur lequel on aimerait revenir, et c'est le fait que, dans le régime de
base, s'il y a un manque à gagner, le seul mécanisme qu'on se donne,
c'est d'augmenter la cotisation, contrairement au régime supplémentaire, où on
s'est donné deux outils, la cotisation et
les prestations, qui incidemment est la façon dont le fédéral le fait au Régime
de pensions du Canada, on peut utiliser soit les prestations, soit les
cotisations. On pense que ce serait mieux d'adopter ce même principe là pour le
régime de base par souci d'équité intergénérationnelle, deuxième point.
dernier point sur lequel j'aimerais commenter, c'est les défis démographiques
qu'on a. La principale raison pourquoi
le Régime de rentes du Québec coûte 10,8 % et le Régime de pensions du
Canada coûte 9,9 %, la grande raison de ça, c'est la démographie des participants au Régime de rentes du Québec
versus celle au Régime de pensions du Canada. Les gens vivent plus vieux, c'est une fichue de bonne nouvelle. Alors,
l'espérance de vie des gens de 65 ans aujourd'hui, c'est presque six ans de plus que c'était en
1966, et les actuaires du Régime de rentes du Québec prévoient que ça va
être augmenté d'un autre trois à quatre ans d'ici 2050. Excellente nouvelle,
mais un défi considérable quand on gère un régime de retraite.
Un autre aspect de la
réalité démographique du Québec, c'est qu'il y a moins de personnes entre
20 ans et 64 ans qu'il y en avait
il y a quelques années, et ça va continuer de diminuer jusqu'à 2030. C'est la
réalité, qu'est-ce que vous voulez qu'on y fasse, on a une population
entre 20 et 64 ans qui diminue.
Donc, ces deux
aspects-là...
La Présidente (Mme Richard) : Excusez-moi de vous interrompre,
M. Morency, je veux juste vous dire que je vous ai laissé plus de temps que j'aurais dû, c'était avec le
consentement du ministre, mais c'est déjà rendu à
5 min 50 s, du temps emprunté.
M. Leitão :
Il peut continuer d'emprunter.
La Présidente
(Mme Richard) : Parfait. M. le ministre nous a donné son
consentement, donc continuez.
M. Morency
(Bernard) : Merci, Mme la Présidente, de la précision.
Donc, je conclus sur
la question de la démographie. Ce qui nous frappe ici, là, c'est que le calcul
du coût du nouveau régime, le 2 % et le
8 %, ils sont faits sur la base
qu'en 2065... Ce régime-là, il va venir à maturité en 2065, hein? Transition jusqu'en 2025, 40 ans après ça
pour que ça vienne à maturité. Donc, en 2065, on présume que l'âge de
retraite en 2065 va être encore de
65 ans. Alors, on avait 65 ans en 1966, on a 65 ans aujourd'hui, puis en 2065, 99 ans plus tard, on va avoir encore 65 ans. On pense qu'il y a lieu
de réfléchir à ça. On comprend que c'est un sujet délicat d'aborder l'âge
de la retraite. C'est un sujet excessivement
délicat, il doit être abordé avec beaucoup de rigueur, il faut considérer ses impacts
sur le milieu du travail. Mais est-ce que
c'est réaliste de baser tout ça en présumant que cet âge-là ne changera
jamais? On vous suggère de réfléchir à ça,
comme je vous dis, de le faire, pas de façon précipitée, mais quand même
de le considérer.
D'Amours (Alban) : Mme la
Présidente, en conclusion, je dois vous dire que le projet de loi constitue une pièce maîtresse à l'aide de l'épargne de retraite
des Québécois et des Québécoises. Les cotisations additionnelles qui y seront versées sont, à nos yeux, un excellent investissement.
Nous requérons plus. Nous souhaitons plus de flexibilité, comme nous en
avons fait la démonstration.
nous terminons en disant qu'il faut continuer la réflexion quant au meilleur
encadrement possible et en nous questionnant
dès maintenant sur les défis que notre démographie du Québec
pose en termes de gestion de la retraite et de croissance économique. Je
vous remercie beaucoup de votre attention et de votre indulgence.
La Présidente (Mme Richard) :
Merci, messieurs, pour votre exposé.
Nous allons
débuter les échanges, et je reconnais maintenant M. le
ministre des Finances. La parole est à vous.
M. Leitão : Très bien. Alors,
mon temps ajusté est de combien?
Présidente (Mme Richard) : Le temps ajusté est de combien? Il vous reste
huit minutes. Un petit peu plus que ça, je crois. On va le... 16
minutes.
M. Leitão : O.K., très bien. Merci beaucoup. Messieurs, merci beaucoup de votre présentation. Comme d'habitude, vous nous avez déjà habitués à avoir des propos très éclairants et
très bien réfléchis, ça alimente notre discussion, donc merci. Je veux aussi laisser un peu du temps à mes
collègues à poser des questions s'ils en ont. Moi, j'en aurais
plusieurs. Je vais essayer de me limiter parce que,
sinon, ça risque aussi de... je ne veux pas prendre tout le temps non plus.
Mais, une chose, je pense que c'était M. Morency, vous avez mentionné très
brièvement, mais que ce serait aussi utile qu'on réfléchisse un petit peu aux politiques de placement, aux politiques,
donc, de comment on va gérer cette nouvelle caisse, qui va être considérable et assez rapidement. Alors,
si vous pouvez peut-être élaborer un peu plus à ce sujet-là, c'est quelque
chose qui m'intéresse beaucoup, entre autres choses, mais on commence par ça.
La Présidente (Mme Richard) :
M. Morency.
M. Morency
(Bernard) : Oui, bien sûr.
Je vais le faire par comparaison, en comparant le régime supplémentaire
au régime actuel. Dans le régime actuel, essentiellement,
on capitalise environ 20 % des obligations, donc on a à peu près
20 % de l'argent qui est mis de côté, l'autre 80 % nous vient des
cotisations des participants au régime et de leurs employeurs. C'est la
structure qui a été faite dans les années 60. Excellente structure, elle
fonctionne très bien.
Dans le
nouveau régime, parce qu'on va
pleinement capitaliser, donc on va essayer de mettre 100 %. Pour
chaque dollar qu'on promet, on veut mettre 1 $ dans la caisse. Ça veut
dire qu'on va se retrouver avec 70 %, ou environ, des prestations futures qui vont être payées à même
les revenus de placement de la caisse, alors qu'aujourd'hui c'est à
peine 25 %, 30 %. Donc, la performance financière, la solidité
financière du régime est beaucoup plus dépendante sur les placements dans le
nouveau régime que dans le régime actuel.
Et déjà, dans
le rapport d'évaluation actuarielle, on a tenu compte de ça et on a fait
l'hypothèse qu'on aurait une politique
de placement plus conservatrice de façon à éviter trop de bonnes, très bonnes
ou de moins bonnes années, là, mais de
façon à éviter la fluctuation pour que le taux, les cotisations soient moins
volatiles dans ce contexte-là. Et je pense que c'est excellent, il faut faire ça, mais il faut s'assurer d'encadrer ça
parce qu'on a des sommes énormes, là. Pensez-y, là, aujourd'hui la caisse du Régime de rentes du
Québec, c'est à peu près 62 milliards, 63 milliards de dollars. Dans
cette caisse-là, en 2040 — ce n'est pas si loin que ça, 2040, là — on va avoir 140 milliards dans le
régime supplémentaire et un autre
140 milliards dans le régime de base. Ça fait qu'aujourd'hui, on a
60 milliards, puis là on va en avoir 280 milliards, là, tu sais. Donc, il faut qu'on encadre ça, et la
meilleure façon de faire ça, c'est d'avoir une politique de placement qui
est un petit peu plus conservatrice, donc
moins volatile au niveau des rendements qu'elle va générer. On pense que vous
pouvez l'encadrer. Il y a toutes sortes de
façons de faire ça. Je pense qu'aujourd'hui il y a un mécanisme, en
collaboration avec la Caisse de dépôt
et Retraite Québec, qui fait bien ça, donc, mais il s'agit de s'assurer, par
règlement, qu'on maintient ça à travers le temps, qu'on assure une
pérennité à cette chose-là.
M. Leitão :
Très bien, merci beaucoup. Maintenant, vous avez aussi mentionné peut-être
qu'on réfléchisse un peu aux mécanismes d'ajustement pour le régime
actuel, qui... la seule façon de s'ajuster, c'est en augmentant les cotisations. Vous parlez aussi que, bon, on
pourrait peut-être regarder un autre moyen. Par exemple, comment est-ce
que vous suggérez qu'on adresse ça?
La Présidente (Mme Richard) :
M. Morency.
M. Morency
(Bernard) : Oui. Un, il faut
savoir qu'aujourd'hui dans le Régime
de pensions du Canada, on a déjà
un principe qui dit que, s'il y a un manque à gagner... Donc, si l'évaluation
actuarielle dit : Le 10,8 %, il faudrait le monter à 11 %... Bon, nous, au Québec, on passe de 10,8 % à
11 %. Dans le mécanisme au fédéral, on dit : Ah! bien, la moitié de ça va se refléter dans le taux de
cotisation, donc, dans mon exemple, on passerait le 10,8 % à 10,9 %, et
l'autre moitié, l'autre 0,1 %, on va
regarder, au niveau des prestations, ce qui pourrait être fait pour
compenser ce manque à gagner là de 0,1 %. Et c'est ce même principe
là que vous avez mis dans le régime supplémentaire, les deux outils.
Donc, ce
qu'on pense, c'est qu'étant donné la démographie du Québec aujourd'hui, ce principe-là, il faut
qu'on le voie dans la réalité de la
démographie de Québec, qui est qu'on a plus de retraités, moins d'employés
actifs aujourd'hui et dans les
prochaines décennies qu'on en avait dans le passé. Donc, on pense que ce serait
bon que le gouvernement se donne cet
outil-là d'avoir les deux options. Ça ne veut pas dire qu'on les utilise toutes
les deux, mais ça veut dire qu'on se donne ce principe-là d'avoir les deux options plutôt que de se priver de la
deuxième option. On pense que c'est une proposition qui est plus en
ligne avec votre deuxième principe, M. le ministre, qui était une équité
intergénérationnelle. Donc, c'est pour ça qu'on met ça de l'avant. On pense que c'est plus aligné sur le principe d'équité intergénérationnelle que
celui qui dit : On met tout dans les
cotisations, et là, à ce moment-là, ça veut dire que c'est juste les
participants qui compensent pour le manque à gagner.
La Présidente (Mme Richard) :
M. le ministre.
M. Leitão : Très bien. En
terminant, en tout cas pour moi, la question de l'âge de la retraite, en effet,
je suis entièrement d'accord avec vous
qu'émettre comme hypothèse qu'en 2065 on soit encore à 65 ans, âge de la
retraite, je pense, c'est, disons, une hypothèse héroïque. Maintenant,
ma question, c'est beaucoup plus pratique, beaucoup plus politique :
Comment suggérez-vous qu'on adresse, nous, politiciens, cette question de l'âge
de la retraite? On a vu récemment, au Canada
et au Québec aussi, toutes sortes de débats sur l'âge de la retraite, et chaque
fois qu'on mentionne le sujet, il y a
toute une levée de boucliers, bon, et la conversation s'arrête tout de suite,
là. Je suis d'accord avec vous qu'il faudrait
un jour avoir cette conversation entre adultes. Comment est-ce que vous
suggérez qu'on aborde cette question qui est très délicate, mais qui est
vraiment extrêmement importante?
La Présidente (Mme Richard) :
M. Morency.
M. Morency
(Bernard) : Encore une fois, je pense que la réponse est un peu dans
la question, c'est que ce qu'il ne faut surtout pas, c'est le faire dans
l'urgence. Si on le fait dans l'urgence, on n'y arrivera jamais. Alors là, on a
le loisir, on a le luxe, on est dans un
débat de fond ici, et le Régime de rentes du Québec, il est solide
financièrement, donc il n'y a pas urgence à adresser cette question-là.
C'est une question qu'on voit émerger dans 10, 15 ans. Ce qu'il y a
urgence, c'est d'avoir le débat.
La suggestion qu'on vous ferait, c'est un petit
peu une suggestion qui a été adoptée par la Régie des rentes du Québec,
l'ancêtre de Retraite Québec, en 2011. On avait un défi, hein, au niveau des
régimes complémentaires à ce moment-là, et, dans sa sagesse, le gouvernement a dit : Bon, on va former un groupe qui va réfléchir à ça, qui va
nous faire des propositions, qui va nous faire des propositions
dans leur ensemble, qui ne regardera pas juste cet enjeu-là. Parce que l'enjeu du 65 ans, évidemment, ça va bien
au-delà du Régime de rentes de Québec, là, je veux dire, c'est la santé,
hein? L'assurance maladie, ça change à
65 ans. L'assistance sociale, ça change à 65 ans. Il y a toutes
sortes... Le marché du travail, c'est
beau de dire : On va permettre aux gens de travailler plus tard, mais il
faut aussi que les employeurs aient des...
Donc, la proposition qu'on vous ferait là-dessus, c'est : Formez un groupe
qui va vous faire des propositions, qui va susciter un débat, mais pas
dans l'urgence, un débat qui va se faire dans la réalité démographique et
économique du Québec. Dans un monde idéal,
bien sûr, ça se ferait en collaboration avec les autres provinces, ça se ferait
en collaboration avec le fédéral,
bien sûr, mais ça ne nous empêche pas de faire nos devoirs et de regarder ça
dans une optique non partisane, tout simplement d'enjeu de pérennité
financière et d'impact sur les coûts des programmes sociaux.
M. Leitão :
Très bien, merci beaucoup. Alors, il nous reste encore un peu de temps. Je ne
sais pas, collègues, si vous avez des
questions que vous voulez poser. Ça va? Alors, dans ce cas-là, moi, je
continuerais et je dirais tout d'abord, pour nos collègues de l'opposition officielle, pour la question du
breafing technique, écoutez, moi, je viens de l'apprendre ce matin aussi, là, que c'était de dernière
minute. On va certainement remédier à ça, parce que ces questions-là
méritent d'avoir un peu plus de temps que juste quelques minutes, donc on va
régler ça.
Maintenant,
continuons donc. M. Godbout, vous avez aussi mentionné certains
ajustements qu'on devrait faire, enfin,
ça serait utile qu'on les fasse avec le gouvernement fédéral, parce qu'en effet
il y a toute une série de mesures qu'on doit s'arrimer au gouvernement
fédéral. La question du REER, donc, l'obligation de transformer à 71 ans,
si on le repousse un peu plus tard, comment
est-ce que vous voyez ça? Parce que, pour nous — quand je dis «nous», gouvernement, je
mets mon chapeau de ministre des Finances et surtout ministre du Revenu — quand
on considère une telle proposition... Bon,
le REER, c'est de l'impôt différé, donc on commencerait à le recevoir un peu
plus tard. Est-ce que vous avez eu le
temps de regarder si ça aurait un impact mesurable sur les finances publiques
ou ce n'est pas vraiment un enjeu qui serait significatif?
La Présidente (Mme Richard) :
M. Godbout.
M. Godbout
(Luc) : Nous, on ne l'a pas calculé jusqu'à maintenant. L'idée
derrière ça, c'est toujours d'offrir plus de souplesse. Alors, le point que René Beaudry exposait avec
l'annexe 3 est d'offrir la possibilité des gens de reporter la retraite jusqu'à 75 ans. Ça, ça risque
d'avoir un effet où les gens vont décaisser plus rapidement leur REER
qu'actuellement, donc là ça aurait
des effets positifs sur les rentrées fiscales dans ce contexte-là. Mais nous,
on dit : Le corollaire de ça, c'est, dans d'autres situations,
peut-être que certaines personnes veulent laisser croître plus longtemps leur
épargne-retraite à l'intérieur d'un REER avant de le convertir en FERR et de
commencer des décaissements, puis on disait simplement :
Le 71 ans est là depuis un certain moment, l'espérance de vie allonge,
peut-être qu'on pourrait arrimer les deux
âges, 75 ans pour repousser les prestations de retraite jusqu'à... ou
75 ans pour commencer à décaisser. Mais c'est vrai que, si les gens retardent, si tout le monde s'en
va massivement sur repousser le transfert de REER en FERR, il y aurait
un délai additionnel de quatre années avant que les gouvernements commencent à
avoir des rentrées fiscales.
Mais, d'un
côté, on milite pour que les REER soient décaissés plus rapidement avec de la
flexibilité et, de l'autre, on veut offrir de la flexibilité. Et
l'élément là-dedans qui est vraiment important, c'est que le REER, c'est
vraiment administré en partenariat avec le gouvernement fédéral. Alors, même
dans la déclaration d'impôt du Québec, on ne peut pas mettre des cotisations au REER et ne pas
mettre les mêmes montants au fédéral. C'est vraiment toujours arrimé.
C'est pour ça qu'on disait aussi qu'il faudrait consulter le fédéral là-dedans
pour qu'il y ait de l'ouverture pour repousser à 75 ans.
M. Beaudry (René) :
M. Leitão, si je peux compléter.
La Présidente (Mme Richard) :
Oui, M. Beaudry.
M. Beaudry
(René) : Moi, je ne suis pas
économiste, je ne peux pas vous dire ce que ça aurait comme impact sur
les finances publiques, mais je suis pas mal sur le terrain avec des gens qui
prennent leur retraite. Il n'y aura pas soudainement,
demain matin, des gens qui vont prendre leur retraite et ne recevront pas de
revenus d'aucune source entre 60 et
75 ans. Ce qu'on veut, c'est permettre aux gens... ce qu'on veut, c'est
que le gouvernement dise aux gens : On vous fait confiance d'être capables de gérer votre retraite comme vous avez
géré l'éducation de vos enfants, l'achat de maisons, vos voyages, puis tout ça. Ça fait que ce qu'on dit,
c'est : Si les gens diffèrent la sortie de leur REER, c'est parce qu'ils
vont avoir d'autres revenus qui vont être
taxés : revenus, régimes de retraite à prestations déterminées. Puis ça se
peut que, dans leur REER, il y ait
juste 20 000 $, puis ils se le gardent pour une dépense de santé plus
tard, mais ils ont suffisamment de revenus. Il n'y aura pas de perte de
revenu fiscal, ça va venir de différentes sources de revenu taxable.
M. Leitão :
Et, si j'ai bien compris aussi, bon, le grand principe derrière vos
recommandations pour utiliser un peu plus
l'épargne personnelle avant de commencer à décaisser les régimes publics, c'est
que, justement, les régimes publics sont
plus solides, ils coûtent moins à administrer. Et donc, quand vous arrivez à 79,
80, 85 ans, il y a tous les enjeux qui se posent, des fois, de cette crainte de pouvoir survivre à notre épargne,
donc on utilise notre épargne d'abord, et puis pour le reste de nos jours, on se fie sur le régime
public, qui, lui, il est très solide. Ça aussi, c'est une saine gestion de la
longévité.
Bon, O.K.,
maintenant, je reviens encore un peu sur ces questions de... Donc,
M. Godbout, vous avez mentionné les mesures fédérales, surtout la PFRT, donc la prestation fiscale pour
revenu de retraite, qui avait été, donc, concoctée en 2016 à Vancouver. Ça a été bonifié récemment par
le gouvernement fédéral. Comment vous voyez l'évolution de cette prestation-là? Selon vous, quel serait l'idéal
pour ce véhicule-là qui compense, en fin de compte, les travailleurs à
plus bas revenus, des cotisations qu'ils doivent faire, plus élevées avec le
régime supplémentaire?
La Présidente (Mme Richard) :
M. Godbout, 1 min 30 s.
M. Godbout (Luc) : Merci.
Alors, c'est dur de dire comment on le voit, ça. Je pense qu'il y a des études
qui doivent être faites de la part de
groupes de recherche ou bien par le ministère des Finances pour essayer de voir...
Il y a une interaction avec la Prime
au travail, il y a la PFRT actuelle, mais là il y a cette bonification-là, et
donc il faut vraiment, quand on le fait, d'une part essayer de compenser
les gens à plus faibles revenus, qui vont avoir une augmentation de cotisations au RRQ, mais, d'autre part, essayer de
tout arrimer cette incitation au travail là en faisant en sorte qu'elle
a un effet positif sur le marché du travail.
Mais il faut vraiment regarder l'interaction entre les deux mesures existantes
puis essayer de dire, si on rajoute
750 millions dans l'incitation au travail, comment on peut l'ajouter de la
manière la plus optimale ou rentable possible d'un point de vue finances
publiques, là. C'est ça.
M. Leitão : Très bien, merci.
Présidente (Mme Richard) :
Ça va? Merci. Le temps alloué au gouvernement est maintenant écoulé.
Nous allons maintenant vers l'opposition officielle. M. le député de
Beauharnois, vous avez la parole.
M. Leclair : Merci, Mme la
Présidente. Alors, merci, messieurs, de vous présenter ici. Puis merci pour
votre mémoire, il a le mérite d'être très
clair, et parfois même les dessins, ça peut aider certains collègues, incluant
moi-même. Alors, merci d'être là.
Bien entendu, on parle de prestations
supplémentaires, puis j'écoutais un petit peu, là, l'ensemble de votre plaidoyer, puis vous parlez beaucoup de
bonification du régime. À la fin, si on repousse l'âge, on voit les tableaux
que ça peut être bénéfique. Mais je me mets
dans la peau des gens qui, eux, n'ont que ça, la Régie des rentes, donc ces
gens-là n'ont pas ce gain possible là
ou cette possibilité-là, parce qu'on le sait, malheureusement, beaucoup de gens
n'épargnent pas. Donc, vous parlez que les
nouvelles normes vont avantager si on repousse l'âge de retirer notre rente,
mais moi, je pense aux gens qui n'ont
pas les moyens de faire ça, là. Alors, quelle option qu'on a d'autre à leur
offrir, à ces gens-là, autre que de
dire : Bien, vous allez cotiser un petit peu plus, puis, pour vous, il n'y
a pas d'autre sortie? Je voudrais vous entendre là-dessus, parce que la bonification, la seule manière, c'est en la
prenant un petit peu plus tard. Puis je comprends très bien que c'est bénéfique pour les gens qui auront les
moyens, mais je pense aux gens qui n'ont pas les moyens de prendre leur
retraite puis qui se retrouvent devant le fait accompli, là, à 60 ans ou à
65 ans.
La Présidente (Mme Richard) :
M. Beaudry.
M. Beaudry (René) : Si je reprends l'annexe 1, là, que je vous
ai présentée, oui, ça va se faire graduellement, mais il va y avoir de fortes améliorations à partir de
maintenant dans l'accumulation de rente des gens qui peut-être
n'économisaient pas autant. Prenons, par exemple, une personne, là, qui a un
salaire moyen de 40 000 $, à l'annexe 1 suite,
bien, ce que le Régime de rentes du Québec lui aurait fourni est
10 000 $, un 7 000 $ qui vient de la pension de Sécurité de vieillesse, bien, cette personne-là,
sa rente... pas cette personne-là, mais ces personnes-là, pour des
salaires équivalents, la bonification que vous allez instaurer va augmenter
d'un tiers, de 33 % le régime gouvernemental. Ça va être marqué.
Quand
je parlais de différer, je m'adresse plutôt à, demain matin, des gens qui ont
économisé — parce
que c'est plutôt ça, le dilemme, des
gens qui ont économisé — puis on leur dit : Prends ton REER, va t'acheter une rente
avec des taux d'intérêt qui sont tellement bas, et ces gens-là,
honnêtement, je pense, pour la plupart, vont avoir de la difficulté, à 65, 70,
75 ans, à gérer des avoirs pour générer les rendements requis.
Alors,
l'idée de permettre de la flexibilité sur le choix du début des rentes
gouvernementales, c'est beaucoup pour aider
des gens qui ont déjà économisé, qui vont économiser, puis j'appellerais ça
leur enlever ce qu'on appelle le risque de regret, quand des gens disent : Aïe! Si je n'ai pas économisé
assez, bien, je n'ai plus de choix. Nous, ce qu'on dit, c'est : Si la personne a économisé des sommes puis qu'elle
pense qu'elle doit pourvoir avec ça tous ses revenus à vie, mais on lui dit plutôt : Tu as peut-être 15 ans
ou 10 ans à faire avec ça, puis, si tu retardes ta retraite d'un an ou
deux, bien, une somme que tu avais
divisée par 15, là tu la divises par 13. Ça fait, tout d'un coup, un beaucoup
plus gros revenu. Ça fait qu'au lieu
de générer des rendements, tu donnes de l'espoir aux gens qu'en gérant ces
deux, trois années là d'entrée à la retraite,
ils sont capables d'avoir un revenu qui va être décent, mais surtout qu'au bout
ils n'ont pas de souci, ça va être garanti par deux paliers
gouvernementaux.
qu'on ne peut pas faire — je pense que c'est peut-être plus votre question — c'est bonifier rétroactivement ce régime-là. M. Morency l'a dit, combien de
milliards ça coûte. Je ne pense pas qu'on peut aller là. Mais ce qu'on va
faire très bien, c'est qu'on va éviter que,
dans 40, 50 ans, une génération dise : Ah! ils se sont payé quelque
chose, puis on est en train de le payer pour eux. C'est ce qu'on va
éviter, là.
M. Leclair :
Merci beaucoup.
M. Godbout
(Luc) : Je voudrais juste compléter par un petit 10 secondes.
M. Leclair :
Oui, oui.
M. Godbout (Luc) : Si on va à l'annexe 3... Tu sais, vous
dites : Les gens n'ont pas nécessairement suffisamment d'épargne,
mais entre prendre sa retraite — dans le graphique du haut dans
l'annexe 3 — à
65 ans et — celui
du milieu — prendre sa retraite à 70 ans, je ne
peux pas vous fournir les chiffres avec exactitude là, mais je pourrais
vous l'envoyer par courriel, ça demande
moins d'épargne de prendre sa retraite à 70 ans, là, il y a moins
d'épargne. Alors, cette personne-là,
c'est sûr que, si elle n'a pas du tout d'épargne, là c'est un enjeu, mais elle
pourrait décider de travailler à temps partiel.
Tu sais, il y a des choix, là, il y a de la flexibilité pour cette personne-là
de dire : Je vais travailler une année de plus, je vais avoir besoin de moins d'épargne encore, mais mes rentes
sont bonifiées par la suite jusqu'à mon décès. Mais le scénario de
repousser les rentes jusqu'à 66, 67, 68, 69 ans, 70 ans, ça demande
moins d'épargne que de les prendre à 65 ans, selon les besoins des gens.
La Présidente
(Mme Richard) : Merci. M. le député de Beauharnois.
M. Leclair :
Merci, Mme la Présidente. Alors, maintenant, j'aimerais vous entendre,
justement, sur les prestations de
décès. On a beaucoup de gens qui trouvent que le gouvernement ne bouge pas,
avec ce projet de loi là, dans la prestation de décès. Bien entendu, on veut y toucher, côté prestations
supplémentaires, mais j'aimerais vous entendre sur l'ensemble de
l'oeuvre des prestations de décès.
La Présidente
(Mme Richard) : M. Morency.
M. Morency
(Bernard) : Parlons de ce qui est là, puis après ça on verra s'il y a
lieu de bonifier ou pas. Il faut savoir
que, dans le Régime de rentes du Québec actuel, hein, donc après la retraite,
on a une rente au conjoint à 60 %, c'est ce qui est très normal, acceptable. C'est la norme, c'est la même
chose qu'il y a au Régime de pensions du Canada. Alors, je pense que
l'enjeu après la retraite, il est bien couvert.
Avant
la retraite... Vous parliez, dans votre introduction, M. le député, des gens
qui ont moins de 35 ans, les
plus jeunes. Bon, dans le Régime de rentes
du Québec, les prestations de décès, c'est des prestations accessoires. L'objectif...
Si ça, c'est un régime de rentes de
retraite, hein, donc c'est des prestations accessoires. Et il faut savoir que
les prestations qui sont déjà
prévues par le Régime de rentes du Québec sont supérieures à celles qui sont
dans le Régime de pensions du Canada.
Donc, déjà, on a un régime qui prévoit de meilleures
prestations de décès avant la retraite, donc à 35 ans, 40 ans,
50 ans, que le Régime de pensions du Canada, premier point.
Deuxième point, dans
la proposition du projet de loi n° 149, pour le régime supplémentaire, les
prestations de décès qui sont prévues, si on
a bien compris, sont de 50 % de
la rente additionnelle qui va s'accumuler, ce qui, encore une fois, est plus que ce qui est prévu au Régime de
pensions du Canada, parce qu'eux c'est 37,5 % de la rente
additionnelle qui va être payé en
prestations de décès. Donc, oui, peut-être qu'on peut en faire encore plus, ça,
je comprends que vous puissiez vouloir
étudier ça, mais je pense qu'il est bon de se rappeler que le point de départ
est quand même assez bien. Et déjà, comme
je dis, dans le régime supplémentaire, dans le projet de loi on prévoit une
rente de 50 %.
En cas de décès avant la retraite, 50 % de la
rente accumulée va être payée au conjoint survivant, alors que, dans le projet
fédéral, ce n'est que 37,5 %. Donc, déjà on a fait quelque chose de plus.
Donc,
est-ce qu'on doit aller au-delà de ça? Bon, vous parliez des thanatologues tout
à l'heure. Bon, oui, aujourd'hui, on
paie une prestation forfaitaire de 2 500 $. Est-ce qu'il y aurait
lieu de l'augmenter? Bien, nous, ce qu'on dit, c'est : Il y a un principe qui dit : Si on veut le
bonifier, il faut le refléter dans les cotisations, donc c'est à
l'Assemblée nationale de décider si on veut exiger des cotisations
additionnelles. Mais, encore une fois, j'attirerais votre attention que ce
2 500 $ là, il est plus généreux que ce qui est fait au Régime de
pensions du Canada, parce qu'eux, ils ont un multiple
de la rente, maximum 2 500 $, alors que nous, on a 2 500 $.
Donc, encore une fois, on part d'une position assez solide au niveau des
prestations de décès.
La Présidente (Mme Richard) :
Merci. M. le député de Beauharnois.
M. Leclair : Si je vous
résume, ce n'est peut-être pas l'idéal, mais on est déjà un peu mieux que ce
qu'on fait alentour de nous. Donc, on peut
dire que, oui, comme vous dites, on peut tout bonifier, tout ça a un coût, puis
faisons le choix en tant que
législateurs de dire, si on a le goût, de bonifier eux et eux. Mais, lorsqu'on
parle autant des thanatologues, là,
puis je le sais qu'ils ont un montant fixe qui n'a pas été indexé, puis je comprends
les gens de vouloir de vouloir se défendre
puis dire... c'est plausible, c'est correct. Mais, quand on prend une personne
qui décède en automobile, puis on dit : La prestation que la SAAQ leur donne, eux autres, c'est plus près de
4 000 $, 5 000 $ que de 2 500 $, alors pourquoi
qu'un citoyen qui décède dit : Le Régime des rentes vous prévoit que, sur
un calcul x, y ça vaut 2 500 $, mais, si tu es chanceux puis que tu décèdes en char, bien, eux
autres, ils évaluent que ça vaut 5 000 $? Alors, c'est plutôt
là-dessus que...
La Présidente (Mme Richard) :
M. Beaudry.
M. Beaudry (René) : Il y a des
bénéfices puis des risques financiers qu'il faut prévoir puis provisionner de certaines façons. Ici, on parle d'un régime de
retraite. S'il arrive un accident fortuit à quelqu'un à 42 ans, ce n'est
pas prévu, puis que la personne n'a
pas économisé des sommes pour pourvoir à, disons, l'enterrement puis qu'il a
des jeunes enfants, je pense que
c'est normal, dans des programmes spécifiques, qu'il y ait des paiements plus
élevés. Vous parliez tout à l'heure de
gens de 35 ans qui n'ont pas d'enfants. La façon efficace pour ces
gens-là, ce n'est pas de recevoir une prestation d'un régime de retraite public qui est entièrement
taxable, c'est de s'acheter de l'assurance vie quand ça ne coûte à peu
près rien, à 30, 35 ans, pour se
protéger puis d'avoir des sommes plus élevées. Alors, il y a des besoins, mais
ils ne peuvent pas tous être remplis par un régime de retraite.
M. Morency
(Bernard) : Je pense aussi, M. le député, il faut se rappeler quel est
l'objectif principal. La Société d'assurance
auto du Québec, son objectif, c'est d'indemniser les victimes d'un accident
d'automobile. Ça se peut qu'on soit invalide
ou ça se peut qu'on meure, donc l'essence du programme est une prestation soit
d'invalidité soit de décès. C'est normal qu'elle soit plus généreuse que
le Régime de rentes du Québec, dont l'essence est une épargne-retraite, et la prestation de décès, elle est accessoire ici.
Donc, c'est un petit peu normal que la Société de l'assurance auto prévoie
des meilleures prestations de décès que le Régime de rentes du Québec, puisque
c'est la mission même du régime, par opposition à être une prestation
accessoire dans l'autre régime.
La Présidente (Mme Richard) :
Oui, M. le député de Beauharnois.
M. Leclair : Je
comprends bien ce bout-là. Puis j'imagine que, si on dit : On baisserait
la prestation de décès à la SAAQ, bien,
peut-être que les cotisations seraient moins élevées sur x, y. Je comprends
tout ce sens-là, mais mettez-vous...
le commun des mortels qui nous écoute ce matin puis il dit : Bien, si tu
décèdes, la Régie des rentes dit que faire affaire avec le thanatologue, c'est 2 500 $, les frais, mais,
si tu décèdes en véhicule, c'est 5 000 $. C'est juste ce
sens-là. Est-ce que le calcul est fait pour
le prix que ça coûte au thanatologue ou le calcul est fait en sorte que
qu'est-ce que tu as cotisé... Puis je
comprends bien, là, quand vous m'expliquez, Régime des rentes du Québec, c'est
de prévoir des rentes pour les gens à
leur retraite, ça, c'est accessoire, mais ça ne fait rien, si on sort un prix
puis un calcul, bien, il faudrait, quelque part... C'est juste ce bout-là, moi, que je ne comprends pas trop, puis
je peux appuyer les thanatologues, dans un certain sens, de dire : Pourquoi si tu décèdes dans
une auto, ça vaut 5 500 $, les services funéraires, puis si tu
décèdes dans le salon chez vous, bien, ça vaut 2 500 $? C'est
plus ce bout-là. Est-ce qu'on devrait, tout le monde, trouver un équilibre, un
juste équilibre là-dedans? Mais je n'en
ferai pas le débat principal du projet de loi ici, mais, lorsqu'on parle des
thanatologues, bien, je trouve que ce bout-là est un petit peu dur à
comprendre.
Présidente (Mme Richard) :
Je pense que M. D'Amours voulait vous répondre, M. le député de
Beauharnois.
D'Amours (Alban) : Bien, Bernard l'a bien dit, c'est deux choses
différentes, là, un régime de rentes puis une police d'assurance. Et puis, dans cette police d'assurance, là, bien, la
prime est conséquente. Alors, quand tu t'assures, tu paies, tu as une prime, et puis les calculs
actuariels prévoient que tu obtiens ce bénéfice avec la prime que tu as
payée. Mais, dans le contexte du
2 500 $, bien, c'est déjà inclus dans la cotisation que les
travailleurs paient. Alors, si on veut l'augmenter,
il faut que nos gouvernements disent : Oui, on est prêts à augmenter la
cotisation, tu sais, le principe est de base, c'est la recommandation
qu'on a faite. Et moi, j'ai eu des discussions avec les thanatologues, en leur
disant : Je comprends vos arguments,
mais en même temps nous avons proposé au gouvernement que tout nouveau bénéfice doit être financé, alors on ne pourra pas déroger puis plaider pour vous autres.
Alors, je sais qu'ils ont bien compris puis je pense qu'ils nous ont
envoyé un mémoire dans lequel ils articulent très bien leurs arguments.
Présidente (Mme Richard) : M. le député de Beauharnois.
M. Leclair :
Alors, je sais qu'il ne reste pas beaucoup de temps, mais tantôt vous parliez
de l'équilibre entre l'intergénérationnel
puis vous aviez un peu des suggestions modulant cotisations et prestations. Alors, je
pense qu'il reste moins d'une minute, là, mais une petite conclusion là-dessus,
s'il vous plaît.
La Présidente
(Mme Richard) : 30 secondes.
M. Morency
(Bernard) : Bien, je pense,
notre compréhension, que c'est un
choix que le gouvernement a fait de mettre
comme un de ses cinq grands objectifs du projet de loi l'équité
intergénérationnelle. C'est un choix que nous-mêmes, on avait recommandé dans notre rapport, dont on a
parlé quand on est venus en janvier, donc on est entièrement d'accord avec ça. Tout ce qu'on fait, c'est relever que,
dans l'application de ce principe-là, il y a un petit bémol sur la façon
dont on ajuste le régime de base s'il y avait lieu de l'ajuster. Bien sûr, on
espère tous que le 10,8 % va être assez, qu'on n'ait pas besoin de le
faire.
La Présidente (Mme Richard) : Merci. Désolée, c'est tout le temps
qui était alloué à l'opposition officielle. Nous allons maintenant vers le deuxième groupe d'opposition. M. le député de
Chutes-de-la-Chaudière, vous avez la parole.
M. Picard :
Merci, Mme la Présidente. Merci, messieurs. Si je comprends bien, là, le régime
supplémentaire, là, c'est un genre de régime à prestations cibles, parce
qu'on a un mécanisme d'ajustement soit des cotisations soit des bénéfices en
cours de route s'il y a des écarts importants. Ma compréhension... Je ne suis
pas un spécialiste, mais je comprends qu'on
va diminuer la pression sur les régimes privés, parce qu'en bonifiant le Régime
des rentes il y a peut-être des
employeurs qui vont dire : Bien là, c'est-u nécessaire qu'il y ait un
régime privé?, puis les syndicats vont demander, avec droit, aussi d'en
avoir, là. Mais je regardais le... Vous savez qu'on a un nouvel outil qu'on a
créé il y a quelques années, les RVER, là.
Les RVER, c'est prévu que les employeurs vont devoir les instaurer un peu
partout, là. Est-ce qu'on doit
maintenir cette obligation-là ou la laisser volontaire? Parce que, là, il y a
beaucoup d'outils, là. Parce que je comprends que, lorsqu'on a créé les RVER, lors des débats, bien, on disait : Bien
là, on veut permettre d'avoir un outil supplémentaire, puis en fin de compte ça permettait d'avoir... c'était plus léger pour, je vais dire, les petits
employeurs. Mais là on fait quoi avec
les RVER actuellement, là? Est-ce
qu'on les conserve? Est-ce qu'on maintient l'obligation? Parce
qu'il va y avoir une obligation
pour certains employeurs de les créer, là, actuellement.
La Présidente
(Mme Richard) : Oui, M. Beaudry.
M. Beaudry (René) : Bien, les RVER, c'est une excellente idée. Les
RVER, quand les gens le regardent de trop proche puis ils regardent l'écorce du bouleau, ils se disent : Il n'y a encore pas beaucoup d'argent dans les
RVER. Sur le terrain, ce que ça a
fait plutôt, c'est que ça a fait que tous les employeurs qui ont à mettre en
place quelque chose, s'ils n'ont pas mis un RVER, ils vont procurer un
véhicule d'épargne collectif à leurs employés, puis c'est un partage de responsabilités. Alors, ce qu'on disait tout à
l'heure par rapport à la flexibilité, d'avoir ces régimes-là à cotisation déterminée... À une époque, on disait : Ah! ça,
c'est le parent pauvre de la retraite. Bien, ça risque de ne pas l'être, le
parent pauvre, parce que ces régimes-là vont remplir un besoin dans le
grand tout que je décrivais tout à l'heure. Avec des régimes gouvernementaux publics qui peuvent aller jusqu'à
40 000 $ par année, indexés
à 75 ans — avant
l'amélioration, là, avec juste ce
qu'on a aujourd'hui — ça donne
beaucoup d'outils pour des gens qui vont aider les gens à planifier leur
retraite puis leur épargne. Ça leur donne surtout la possibilité d'avoir une
cible concrète puis de savoir combien ils peuvent épargner. Ça fait que, dans
ce sens-là, les RVER, c'est ce qu'on appelle en anglais le «nudge», c'est le
«nudge» qui force la mise en place de
régimes comme ça. Alors, dans sa structure actuelle... en fait, dans les
21 recommandations que nous avions faites, c'était une des
recommandations. Elle avait été implantée en dedans d'un mois. Ça fait qu'on la
salue très, très bien.
Je vais compléter
aussi sur... vous disiez : Ça va diminuer la pression sur les régimes
privés. Ceux qui ont des régimes à
prestations déterminées généreux actuellement, d'avoir un meilleur régime gouvernemental, s'il
y a un choix puis une réduction dans ce régime à prestations déterminées puis qu'au global les gens aient la même promesse
qu'avant, bien, tant mieux, ce sont déjà
ceux qui ont la meilleure planification. S'il y
a des régimes à cotisation déterminée, dans le pire des cas, et qu'on parle de 1 % du salaire cotisé par
l'employeur, si le régime à
cotisation déterminée était — on ne le souhaite pas — diminué
de 1 %, le net, c'est que la personne est beaucoup mieux protégée
qu'avant, elle a un régime à prestations déterminées bonifié puis un régime à
cotisation déterminée un petit peu moindre.
On ne pense pas que
c'est ça qui va arriver. On pense que tout ce que vous êtes en train de faire,
cette grande flexibilité là, moi, je vous
dirais, à travers beaucoup d'essais-erreurs, un petit peu par accident, on a
probablement... on est en train de mettre en place à peu près un des
meilleurs systèmes au monde en termes de flexibilité. La plupart des pays focussent sur une chose : un gros régime
public ou des gros régimes privés. Nous, au Canada puis au Québec, on a la
trilogie.
M. Picard :
Mais aussi... Oui, M. D'Amours.
La Présidente
(Mme Richard) : M. D'Amours.
M. D'Amours (Alban) : ...permet
d'ajouter... me le permettre aussi, c'est, bien sûr, ces bonifications-là au RRQ supplémentaire ne fait aussi que mutualiser le
risque de longévité. On a insisté très souvent sur ce risque de
longévité puis on
n'avait pas tous les outils nécessaires pour le gérer. Là, on vient de
mutualiser une grande
partie de ces risques, ce qui, à mon sens, est
bénéfique pour toutes les parties prenantes de la société.
M. Picard :
Exact, vous avez raison, en mutualisant le risque. Mais aussi il faut être bien
conscients que l'employé aussi, là,
s'il y a une cotisation additionnelle au RRQ, il en a moins à mettre dans son
RVER s'il veut participer, là, parce qu'à un moment donné, là...
M. Beaudry
(René) : Sur sept ans, les
gens vont cotiser 1 % de plus sur leur salaire, ça va augmenter de
0,2 % par année. Je ne veux pas être facétieux, mais je pense qu'ils ne
s'en rendront même pas compte. 0,2 %, là, s'il y a quelque chose, si c'est de
l'épargne un petit peu forcée. On va avoir fait quelque chose de très, très bon pour les prochaines générations, honnêtement.
La Présidente (Mme Richard) :
Merci, M. Beaudry. M. le député... M. D'Amours.
M. D'Amours
(Alban) : ...je vous
rappelle que, quand on a présenté notre mémoire, les jeunes avaient fait
un sondage en disant : Oui, forcez-nous
à épargner. Et, dans ce contexte-là, c'est un peu de l'épargne forcée. Mais en même temps on a fait la démonstration, en janvier, que cette
épargne forcée là apportait un rendement financier considérable. Bernard, hein, nous avait fourni une façon de
calculer ces rendements-là, et puis ça a été très éloquent. Je pense que
vous aviez accueilli, je pense, très bien cette suggestion-là.
M. Morency
(Bernard) : Mais, si je peux me permettre, M. le député, le V dans
RVER, c'est «volontaire». Donc, ici,
ce dont on parle, c'est un outil de plus dans notre coffre à outils, et je
pense que c'est un outil qui est très utile, à la fois pour les employeurs et pour les individus. Dans
certains cas, ils vont l'utiliser, dans d'autres cas, ils ne l'utiliseront
pas. C'est sûr que la personne qui a un
35 000 $ de revenus annuels, elle, elle va se contenter de cotiser
additionnellement au Régime de rentes
du Québec, et c'est correct, elle va en avoir suffisamment. La personne qui
gagne 55 000 $, 60 000 $ qui a un RVER devrait s'en
prévaloir, c'est des mécanismes qui sont efficaces parce que les coûts sont
contrôlés.
Maintenant,
une des dispositions de la loi, c'est qu'à la fin de l'année dernière tous les
employeurs qui avaient 20 employés
et plus devaient en avoir un; à la fin de cette année, ça va être tous les
employeurs qui ont 10 employés ou plus;
puis éventuellement ça va être tous les employeurs qui ont cinq employés ou
plus. Alors, peut-être qu'on pourrait penser qu'on pourrait peut-être se
limiter aux employeurs qui ont 10 employés ou plus. Là, on bonifie le
Régime de rentes du Québec, peut-être qu'on pourrait s'arrêter là puis
dire : Les employeurs qui ont neuf, huit, cinq employés, peut-être qu'eux on ne leur mettra pas
l'obligation. Mais on devrait maintenir le véhicule, il est en place. Comme je
dis, c'est un outil de plus dans le coffre à outils.
M. Picard :
Merci. Bien, c'était le sens de ma question, est-ce qu'on devait maintenir
l'obligation. Mais je pense que le coffre à outils, qu'il soit détaillé,
ça, il n'y a aucun problème avec ça.
M. Morency
(Bernard) : Oui, c'est ça. Puis, au-delà des employeurs de plus que
10... Comme je dis, cette année, là,
c'est les employeurs de 10 employés et plus qui devront en mettre en
place, parce que, l'année passée, c'était 20 et plus. Donc, c'est entre 10 et 20, alors peut-être qu'on
pourrait s'arrêter là puis ne pas prolonger l'obligation aux employeurs
qui ont, comme je dis, sept, huit ou neuf employés.
La Présidente (Mme Richard) :
Merci, M. Morency. M. le député.
M. Picard :
Un dernier point. Lorsqu'on parle de repousser l'âge maximum pour la rente de
70 à 75, vous avez décrit beaucoup
d'avantages. Il y a-tu des risques aussi? Les deux côtés de la médaille, là,
est-ce que... Allez-y, M. Beaudry.
La Présidente (Mme Richard) :
M. Beaudry.
M. Beaudry
(René) : Si la personne
avait à faire un choix inéluctable à 60 ans, il y aurait peut-être un
risque. Peut-être que la personne dirait : Si je meurs à 69 ans, je
vais avoir perdu quelque chose. C'est pour ça que les Québécois n'achètent pas des rentes des compagnies
d'assurance. Ils devraient peut-être le faire, mais ils ne le font pas parce
qu'ils ont peur de mourir plus jeunes. Le système
est brillant en ce sens que les gens n'ont pas à faire de choix inéluctable.
Ils peuvent choisir à chaque mois de
débuter leur rente. S'ils arrivent à 69 ans puis ils disent : J'avais
planifié que, mais, sais-tu quoi, je vais
prendre ma rente tout de suite. Ça
fait que non seulement, moi, je pense qu'il y a moins de risques... En fait, ce
que ça permet, c'est aux gens de ne pas avoir à faire une décision ou de ne pas
prendre une décision parce qu'ils ont peur de quelque chose. Alors ce
système-là, il fonctionne très bien, il fonctionnait très bien.
Je me permets
de passer aussi un petit message sur l'innovation québécoise. L'amélioration au
Régime de rentes du Québec, pour ceux
qui ont lu les documents, c'est une rente de 8,33 %, c'est un tiers de
25 %, 8,33 %, à 65 ans. Si on permet de la différer à 75 ans, prenez mon mot pour l'équivalence
actuarielle, là, on double à peu près le montant, le 8,33 % devient
à peu près 17 %, 18 %. 17 %,
18 % à 75 ans, facultative, là, accumulée sur 40 ans, un régime
à prestations cibles, équité intergénérationnelle,
partage de coûts, ça commence à ressembler beaucoup à la rente longévité, un
peu par hasard. La rente longévité,
c'était 20 % à 75 ans, il y a eu un tollé. Là, elle serait améliorée,
elle serait flexible puis elle serait autour de 18 %. Et c'est le
Québec qui montrerait le chemin au reste du Canada, on a repris le dessus un
petit peu en retraite.
Présidente (Mme Richard) : Merci
beaucoup, messieurs. C'est tout le
temps qui était alloué. Merci
beaucoup pour votre contribution aux travaux de la commission.
Je vais
suspendre les travaux quelques instants pour permettre à la Fédération des
travailleurs et travailleuses du Québec de prendre place. Merci.
(Suspension de la séance à 10 h 57)
La Présidente (Mme Richard) :
Bonjour. Nous reprenons nos travaux, et nous recevons maintenant la Fédération des travailleurs et travailleuses du
Québec. Bienvenue à l'Assemblée nationale, M. Cadieux, Mme Naud et M. Vaillant. Je pense que c'est
M. Cadieux qui allez commencer l'exposé. Si vous voulez aussi nous
présenter les personnes qui vous accompagnent, peut-être dire leur
titre, libre à vous. Donc, la parole vous appartient maintenant.
M. Cadieux
(Serge) : Oui, merci, Mme la Présidente. Donc, à ma droite, Marie-Josée Naud, conseillère
dans le dossier retraite et
assurances à la FTQ, et à ma gauche, Marc-Antoine Vaillant, qui est actuaire de
la firme SAI inc. et qui était membre du comité d'experts sur les
travaux du CCTM sur les modifications à la loi qui ont été apportées aux
régimes complémentaires de retraite.
Donc, dans un premier temps, j'aimerais remercier les membres de la commission de nous recevoir pour donner nos commentaires sur le projet
de loi n° 149. En fait, le projet de loi n° 149 vise deux objectifs : le premier,
bonifier le Régime de rentes du
Québec à la même hauteur que le
Régime de pensions du Canada, tel qu'il avait été annoncé par le ministre
des Finances du Canada en juin dernier suite à une entente, à Vancouver, entre
le ministre des Finances et l'ensemble des provinces
canadiennes autres que le Québec, et le deuxième objectif
du projet de loi est d'apporter certaines modifications à la
Loi sur les régimes complémentaires de retraite
afin de refléter les consensus qui sont intervenus au Comité consultatif du travail et de la main-d'oeuvre concernant
certaines modalités sur les règles de financement des régimes de retraite.
Donc, nos commentaires vont aller sur les deux sens.
Donc, je vais
commencer avec le volet sur la bonification des rentes, le Régime de rentes du
Québec. Donc, vous ne serez pas
surpris de nous entendre dire qu'on est très heureux de la décision que le
ministre des Finances a prise. Suite à, je dirais, j'oserais dire, un léger faux pas, il est revenu dans la bonne
direction, il a su écouter le Québec, les Québécois et les Québécoises.
Et on est heureux, à la FTQ, de constater et de dire haut et fort aujourd'hui
que les futurs retraités du Québec ne seront
pas les retraités les plus pauvres au Canada. Et je vous remercie, M. le
ministre, d'avoir écouté la voix des Québécois et des Québécoises. C'est
toujours porteur quand on écoute les Québécois et les Québécoises.
Évidemment, vous le savez, c'est important
d'améliorer notre régime public de retraite. C'est un régime à prestations
déterminées. C'est un régime qui est peu coûteux, hein, un peu plus de 1/2 de
1 % de frais de gestion. C'est un
régime dont les cotisations sont partagées à parts égales entre les employeurs
et les employés. C'est un régime qui est
stable. J'entendais le groupe avant nous venir dire que... Puis le régime est
bonne santé, il est bien administré, donc c'est excellent. C'est surtout important pour les six travailleurs sur 10, au
Québec, qui n'ont pas de régime de pension chez leurs employeurs. Il
faut se rappeler que notre système de retraite a été mis sur pied dans les
années 60, où il y avait trois
piliers : les régimes publics de retraite; deuxième palier, c'est qu'on
faisait le pari que les employeurs allaient mettre à la disposition de leurs employés des régimes
professionnels en entreprise; et le dernier volet, c'est l'épargne
individuelle, les REER. On est obligés de constater que, bien, les employeurs
n'ont pas tous rempli leur mission, hein, parce qu'il y a six travailleurs sur 10 qui n'en ont pas, de
régime de retraite. Et l'épargne volontaire, c'est difficile. Si on ne force
pas l'épargne, on n'y arrive pas. Donc, par
un régime public, les cotisations obligatoires, on y arrive, donc c'est une
bonne nouvelle pour les gens qui n'ont pas de régime de retraite.
On est
obligés de constater aussi que, depuis 10 ans, les endroits où il y a des
régimes de retraite, il y a une forte pression
qui est mise sur les régimes de retraite, particulièrement depuis 2008, depuis
la crise boursière, et on voit une diminution
des régimes de retraite dans les entreprises. On voit aussi de plus en plus de
clauses de disparité de traitement dans
les différents régimes de retraite, des régimes à deux vitesses, qui vient
miner — et je le
dis, là, miner — l'équité intergénérationnelle. Et
évidemment, à partir du moment où on s'attaque aux clauses de disparité de
traitement, on ne vient pas nuire à la
compétitivité des entreprises, contrairement à ce que votre collègue a
mentionné dans son rapport. On nuirait à la compétitivité des
entreprises si on demandait au législateur de modifier la loi pour obliger les
employeurs à offrir un régime de retraite.
Mais à partir du moment où on demande aux employeurs qui offrent déjà un régime
de retraite à leurs employés de ne
pas donner un régime différent aux
nouveaux employés, il n'y a pas de problème de compétitivité, et je n'ai
vu aucune étude sérieuse qui pouvait démontrer qu'il y avait un problème de
compétitivité.
Puis, vous
savez, à partir du moment où on vient mettre un régime public où on hausse les
prestations de 33 %, il y a peut-être des gens qui vont venir vous
dire : Ah! c'est beaucoup pour les régimes publics, on met beaucoup
d'argent dans les régimes publics. Soyez sans crainte, M. le ministre, même
l'OCDE dit que la hausse que le Canada annonce
pour la classe moyenne, ce n'est peut-être pas suffisant. Donc, nous, on vous
dit : C'est bien, ce que vous faites, c'est bien, ce que le Canada fait, c'est véritablement un pas dans la
bonne direction. Et je partage l'opinion du Comité d'experts avant que, notre régime, on ne met pas
tous nos oeufs dans le même panier, c'est un régime qui est réparti avec
différents véhicules pour nous mener à la retraite, donc c'est très bien.
trouve aussi, M. le ministre, que c'est une bonne idée de mettre de côté la
mise en place de certaines mesures qui étaient proposées dans votre
document de consultation, soit celles touchant à la rente du conjoint
survivant, à l'âge minimal d'admissibilité à
la rente de retraite anticipée et à l'introduction d'un facteur de longévité
pour la rente de base. Je trouve que c'est une sage décision que vous
avez prise de mettre ça de côté parce qu'à notre humble avis ces mesures
auraient eu comme conséquence d'augmenter les inégalités sociales chez les
personnes aînées.
Maintenant,
en ce qui concerne le volet des régimes complémentaires de retraite, bien, vous
le savez, il y a eu des travaux qui
ont été amorcés au CCTM il y a trois ans, en fait, pour modifier la
Loi sur les
régimes complémentaires. Je l'ai dit
tantôt, avec la crise qu'on a subie en 2008, et évidemment ce n'est pas un
facteur unique au Québec, c'est mondial, les régimes à prestations déterminées ont été sous pression, et il fallait
trouver une solution au financement des régimes de retraite, solution
que nous avons trouvée, les partenaires, patronal, syndical, en apportant
différentes mesures, entre autres les fonds
de stabilisation, mais aussi en ne forçant pas les employeurs à rembourser des
déficits de solvabilité, en ne forçant
pas les employeurs à rembourser des déficits de solvabilité. Pourquoi on a fait
ça? M. le ministre, je vous le dis, on avait
un engagement de la
partie patronale, au CCTM, qu'ils allaient arrêter de
vouloir introduire des clauses de disparité de traitement, mettre des CD pour les nouveaux employés, parce que ça ne
coûterait pas plus cher d'avoir un PD, pour ceux qui en ont parce qu'ils n'étaient pas obligés de
combler les déficits de solvabilité. Malheureusement, on est obligés de
constater que ça n'a pas cessé à partir du 1er janvier 2016. Au contraire,
on a connu, juste à la FTQ, cinq conflits, et on va en connaître un autre, un gros, à Bécancour, plus de
1 000 travailleurs qui sont allés chercher un vote de grève, et la
seule et unique question qui est en litige, c'est une clause de disparité de
traitement sur une question idéologique, pas sur une question qui est basée sur la capacité de fournir un régime à
prestations déterminées à l'ensemble des employés. Donc, vous devez
aussi, honnêtement, vous attarder à ça.
Bon, sur le
volet que les membres ont fait au CCTM, il y a eu un consensus. Je vous dirais
juste que, dans le projet de loi, il
y a un élément qui n'est pas conforme au consensus, c'est un élément qui touche
les lettres de crédit, où nous nous sommes
entendus pour faire une distinction pour les lettres de crédit avant janvier
2016 et après janvier 2016, et on vous recommande
une modification dans notre projet de loi. Vous avez ça à la page 12, où,
dans le projet de loi, à l'article 98 qui vise à modifier l'article 42.2 de la loi, vous dites... plus
particulièrement, il faudrait procéder à la modification suivante du premier alinéa, soit remplacer «celles versées pour
la réduction d'une lettre de crédit»... il faudrait remplacer ça dans le
projet de loi par «celles versées pour la
réduction d'une portion ou de la totalité d'une lettre de crédit relative à un
déficit survenu à compter de janvier 2016».
Et, dans ce cas-là, ça vient refléter exactement l'ensemble des consensus qu'il
y a eu au CCTM. Évidemment, c'est une
imprécision qu'il y a dans le projet de loi. Je ne pense pas que c'était ça qui
était voulu. Il faut juste apporter
une précision qu'il y a une distinction à faire, il y a une comptabilité
distincte à faire aussi pour ce qui touche
les lettres de crédit avant le 1er janvier 2016 et après le
1er janvier 2016. Donc, c'est les commentaires préliminaires, Mme
la Présidente, que nous avions à faire.
Présidente (Mme Richard) :
Merci beaucoup, M. Cadieux. Nous
allons débuter les échanges. M. le
ministre, la parole est à vous.
M. Leitão : Merci, Mme
la Présidente. Alors, madame
messieurs, bonjour. Merci d'être là encore
une fois, parce qu'on en avait discuté en janvier, et pas seulement
en janvier, mais avant et après. Je suis très content de constater, et
ce n'est pas nouveau, que vous supportez notre projet de loi. En effet, ça fait
suite à des consultations.
Je vous
dirais que ce n'est pas nécessairement un léger faux pas qu'on avait fait avant. Nous
avons consulté et nous avons écouté,
et en effet il y a eu un vaste consensus qui s'est dégagé, en janvier, que
c'était beaucoup plus souhaitable de maintenir cette
harmonisation avec le régime canadien. Donc, oui, je n'ai pas de problème à
aller dans cette direction. Et de plus,
comme les experts l'ont mentionné juste avant, je suis aussi d'accord avec vous
et avec eux que le régime public est
bien plus efficace. Ça peut peut-être surprendre certains, étant donné mes antécédents,
mais, oui, le régime public est plus
efficace que le régime privé, en effet, donc je suis tout à fait à l'aise avec ça. Donc, je vous remercie aussi de votre support.
Alors, écoutez,
je n'ai pas vraiment de grandes questions à vous poser,
puisque nous sommes d'accord. Concernant la dernière question, le dernier point que vous aviez amené en ce qui
concerne, donc, l'enjeu des lettres de crédit et les suggestions que
vous faites pour le... écoutez, on va les analyser comme il faut. A priori, je
n'ai pas de problème à ce qu'on les analyse comme il faut et, en effet, si on
doit faire ça, on va le faire.
Peut-être
juste la question que j'avais, pouvez-vous nous dire si les
changements que vous proposez, est-ce que ça fait consensus aussi dans l'industrie ou vous pensez que c'est
quelque chose où il va falloir, à un
moment donné, trancher?
M. Cadieux
(Serge) : Bien, écoutez, à
ma connaissance, ces travaux-là se sont faits au CCTM, où il y
avait les actuaires représentant les employeurs, les grands employeurs.
En fait, il y avait deux actuaires de Mercer et, de notre côté, il y avait deux actuaires : un actuaire
de la CSN et un représentant FTQ, qui était Marc-Antoine. Ils ont
travaillé, ces gens-là, avec votre équipe à Retraite Québec, et il y a eu de
longues discussions, il y a eu de longs projets, et on s'est entendus pour demander les modifications qui sont intervenues d'une lettre du président du CCTM qui était
adressée au président de Retraite Québec. À notre point de vue, ça fait consensus. Mais, vous savez, consensus
et unanimité, c'est deux choses, on s'entend là-dessus, mais, oui, ça
fait consensus.
M. Leitão : D'accord. Alors, on va le prendre en
considération convenablement. Très bien. Écoutez, moi, je n'ai pas d'autre question. Je ne sais pas, les
collègues, si vous avez des enjeux à discuter avec le collègue de la FTQ.
Peut-être, s'il n'y a pas d'autre... Bon, alors là, on me donne le feu vert,
c'est toujours dangereux. Moi, je peux parler sans...
Mais, alors là, j'aimerais vous amener
sur un sujet dont on avait parlé avec le groupe d'experts avant et je ne
veux pas vous mettre sur la sellette, là, ce
n'est pas ça, le but de ma question, ça concerne l'âge de la retraite. Donc,
65 ans, âge de la retraite, quelle est
votre opinion? C'est clair qu'à mon avis, en tous les cas, qu'en 2065 il faudra
bien qu'on puisse être capables de revoir ça. Comme M. Morency a
dit, il n'y a pas d'urgence. Donc, ce n'est pas quelque chose qu'on va changer
demain matin, on va calmer tout le monde. Mais, d'une façon générale, comment
vous voyez cet enjeu-là de l'âge de la retraite?
M. Cadieux (Serge) : Il
faudrait réfléchir à réduire l'âge
normal de la retraite. Non, non, je blague, je blague.
Non,
vous savez, bon, on n'a rien contre débattre de l'âge de la retraite, mais il faut
faire attention. Vous savez, ce n'est
pas pour rien que les juges de la Cour
suprême, il y a une obligation
de prendre leur retraite à 75 ans. C'est facilement concevable
qu'un juge puisse travailler jusqu'à 65 ans. Quelqu'un qui travaille sur
une toiture, un couvreur, déjà, de travailler
jusqu'à 65 ans, pour la majorité d'entre eux, c'est pratiquement
impossible de le faire. Donc, il faut
reconnaître que la pénibilité de la tâche fait en sorte que, quand on fixe une
norme d'âge de la retraite... puis il faut en débattre véritablement parce qu'il y a
une question de démographie,
il y a une question de vieillissement de la population, mais il y a encore des tâches qui sont extrêmement dures.
Donc, quand on fixe un âge de la retraite, on ne fixe pas cet âge-là
pour dire : Vous devez prendre votre retraite, c'est qu'il y a des
bénéfices qui vont être procurés, un revenu pour ces gens-là qui peuvent
arrêter de travailler, et là on doit tenir compte de l'ensemble de la
population active.
Donc,
moi, je vous dirais qu'aujourd'hui, au Québec, au Canada, d'augmenter l'âge de
la retraite plus élevé que 65 ans, ce serait une erreur. Ce serait
une erreur parce qu'il y a encore beaucoup, beaucoup de travailleurs et de travailleuses... Vous savez, je parlais avec une
travailleuse d'un CPE, là, à genoux, à 57 ans, cette travailleuse-là
avec les jeunes enfants, là, c'est difficile, c'est difficile, puis ce n'est
pas quelqu'un qui travaille sur une toiture. Donc, il y a différentes tâches, donc, c'est sûr... Puis,
publiquement, on l'a déjà dit, on a salué la décision du gouvernement
Trudeau de défaire la décision du
gouvernement précédent de 67, de ramener l'âge de la retraite à 65 ans.
Alors donc, on est prêts à en discuter, mais on a évidemment un biais
pour ne pas augmenter l'âge normal de la retraite.
M. Leitão :
Très bien, merci. Maintenant, pour une autre chose qui a été aussi discutée
avec les groupes précédents, c'est
s'il y a des... Quel est votre avis sur le nouveau régime, le régime bonifié et
sa gestion? Parce qu'en effet ça va
s'accumuler assez rapidement, et les montants vont être importants et quand
même assez rapidement. Comment vous voyez la gestion de ce fonds-là, qui
va se faire séparément du régime de base?
M. Cadieux
(Serge) : Absolument.
M. Leitão :
Mais est-ce que vous le voyez confié aux mêmes administrateurs?
M. Cadieux (Serge) : Oui, bon, évidemment, à juste titre, là, ce n'est
pas le Régime des rentes du Québec qu'on vient bonifier de 33 %, on ajoute un volet supplémentaire dont
l'accumulation se fait différemment du premier volet, donc c'est pleinement capitalisé. C'est d'ailleurs la
campagne qu'on menait à la FTQ parce qu'évidemment on a le souci d'une équité intergénérationnelle, là. Il ne s'agit pas
de prendre sa retraite, d'augmenter sa rente de 33 % puis de faire
payer la facture pour les générations qui
vont venir avant, donc on est à l'aise avec le deuxième volet qui a été mis en
place, là.
sur la question de la gestion, je ne sais pas si mes collègues ont des choses à
ajouter par rapport à ça, mais, honnêtement,
ça nous convient, ça nous convient. C'est de la même façon dont ça va se faire
pour le Régime de pensions du Canada. Non, moi, je pense que c'est la
bonne voie que vous empruntez, la façon dont vous le faites.
Et je comprends aussi
qu'évidemment il y a des gens qui vont dire : Le premier volet, c'est un
régime à prestations déterminées et le
deuxième, c'est un régime à prestations cibles. J'écoutais le député, tantôt,
dire que c'est un régime à
prestations cibles, le deuxième volet. C'est vrai, hein? On est obligés de
constater que c'est vrai, là, que c'est un régime à prestations cibles, le deuxième volet, mais c'est quand même
mieux qu'un RVER, où les employeurs contribuent zéro, puis qu'on se rend compte qu'après la mise en place des régimes
RVER il y a plus de 50 % des travailleurs où les employeurs en ont mis un qu'ils ne contribuent
pas, donc qui ont «opté out» pour le régime. Et, compte tenu que c'est
un régime qui va être pleinement capitalisé,
honnêtement, on ne voit pas les risques. Évidemment, dans la
réglementation, il va falloir aussi qu'il se
passe quoi à partir du moment où il y a des problèmes de capitalisation dans le
régime, puis c'est là qu'on verra.
Évidemment, il n'y a pas une réduction de la rente automatique qui se fait, on
peut contribuer des cotisations supplémentaires. Donc, écoutez, on l'a
vu, on l'a vu, puis je pense qu'on est à l'aise avec ça.
La Présidente
(Mme Richard) : Merci, M. Cadieux. Oui, M. le
ministre.
M. Leitão :
Combien de temps encore?
La Présidente
(Mme Richard) : Il vous reste 14 minutes.
M. Leitão :
Ah! on a amplement le temps.
M. Cadieux (Serge) : Je voudrais juste... M. le ministre, si vous me
le permettez, ce qu'on trouve important, il est important que ça aille à
la Caisse de dépôt, là. Je ne l'ai pas dit, là, mais c'était peut-être aussi...
M. Leitão : C'était un peu la
question.
M. Cadieux (Serge) : Oui, oui, oui, c'est ça. Non, non, il est
important que ça soit administré par la caisse... que ça soit placé par la Caisse de dépôt, absolument.
C'est une institution à laquelle les Québécois et les Québécoises font
confiance, une institution importante au Québec, on pense que ça devrait
demeurer.
M. Leitão :
Merci. C'était ça un peu, le but de ma question.
M. Cadieux
(Serge) : Oui, oui, oui, c'est ça. Oui, oui.
M. Leitão :
Merci. Maintenant, vous avez ouvert un peu la porte avec les RVER. On en a
discuté un peu ici, mais on en a aussi discuté avant. Bon, comme
M. Morency a dit, le V, c'est pour «volontaire», très bien, mais il y a
aussi maintenant une certaine opinion qui s'exprime disant que,
puisque l'État québécois va aussi bonifier le RRQ, est-ce que c'est encore nécessaire d'avoir... est-ce que c'est encore utile d'avoir
un mécanisme comme le RVER. Quel est votre avis?
M. Cadieux (Serge) : Bien, on n'a jamais trouvé ça utile d'avoir
un RVER, donc ça l'est de moins en moins, à notre humble point de vue. Au départ, on pensait que ça ne venait pas
bonifier ce qui existait déjà sur le marché. Un RVER, c'est de l'épargne individuelle, hein, donc on
pouvait diriger les travailleurs qui n'avaient pas de régime de retraite
vers un excellent placement qui est le Fonds
de solidarité ou vers d'autres véhicules. Mais à partir du moment où il n'y a
pas de contribution de la part des
employeurs, à notre point de vue, ce n'était pas utile. Ça aurait été utile
s'il y avait, comme dans d'autres provinces, une contribution 50-50
entre les employeurs puis les participants.
M. Cadieux
(Serge) : Donc, Mme Hébert va probablement être contente si vous dites
que les entreprises de moins de
10 employés ne sont pas obligées de mettre... Puis, si vous lui faites
plaisir, on ne sera pas fâchés pour ça, en autant que ne lui faites pas
plaisir toujours sur toutes ses demandes.
Des voix :
Ha, ha, ha!
La Présidente
(Mme Richard) : M. le ministre.
M. Leitão : Très bien, merci. Écoutez, moi, je n'ai pas vraiment
d'autres enjeux, mais je vous remercie d'être venus, je vous remercie, donc, d'appuyer ce projet de loi, cette réforme qui est, en effet... je pense qu'elle est très
importante, et c'est un premier pas, peut-être qu'il y en aura d'autres. En
tout cas, merci beaucoup.
La Présidente (Mme Richard) : Merci, M. le ministre. Nous allons maintenant du côté de l'opposition officielle. M. le député de Beauharnois,
c'est à vous la parole.
M. Leclair : Merci, Mme la Présidente. Alors, à mon tour de saluer M. Cadieux,
Mme Naud, M. Vaillant. Merci d'être
là. Merci pour votre mémoire. Mais là il est complètement en gratitude avec
notre beau gouvernement, ça fait que, là, c'est dur d'essayer de vous faire grimper bien, bien haut. Mais je suis
heureux d'entendre que le ministre va porter une attention particulière à la clause banquier, parce qu'effectivement je
pense que la clause banquier a eu un certain consensus puis mérite
d'être regardée, puis je ne vous referai pas parler là-dessus parce que,
tantôt, vous l'avez bien expliqué.
Mais vous avez
surtout parlé des possibilités d'avoir des régimes à double volet, dont
plusieurs négociations achoppent en ce
moment ou ont achoppé déjà au Québec, puis la pertinence d'avoir un régime de
retraite qui est équitable pour tout
le monde. Ici, on parle du régime public, mais, bien entendu, dans les
conventions collectives, on l'a vu. Je l'ai vécu chez moi, à Valleyfield, avec le Zinc, qui vient de faire une
entente, parce que le débat portait justement sur un régime de retraite avec des clauses qu'on tentait...
encore une fois, une disparité. Puis vous en avez bien parlé tantôt, on a
encore une autre usine sur la sellette avec des travailleurs qui risquent
d'être déstabilisés un jour, que l'employeur gagne ou perde le débat, en souhaitant qu'on arrête ces clauses de disparité là.
Mais, en bout de piste, c'est encore des Québécois et des Québécoises
qui se retrouvent avec un fonds de retraite, un jour, qui sera hypothéqué ou
mal amanché.
Donc,
effectivement, je suis très, très content de voir que le ministre a évolué par
rapport à sa première position pour
au moins étendre ce que le pancanadien a décidé de faire, qui est une
bonification, c'est clair et net, ce projet de loi.
M. Leitão :
...saluez...
M. Leclair : Oui, bien, moi, je salue le ministre d'avoir suivi ça, parce que vous
vouliez vous dissocier du Canada, puis,
pour une fois, vous étiez vraiment dans le champ, ce coup-là. Ça fait que
suivez-les quand qu'ils vont bien, c'est assez rare.
Mais
bref, tout ça pour dire que, quand même, vous spécifiez, dans votre mémoire, la
disparité, là, pour les mesures avec l'impact
selon les sexes. Alors, j'aimerais vous entendre un peu sur cette disparité-là,
là, que vous... ça semble vous agacer un petit peu.
M. Cadieux
(Serge) : Oui, oui, oui. Mais, regardez, c'est technique, mais je vais
demander à Marie-Josée de répondre à cette question-là. Non, tu n'as pas besoin
de toucher à rien.
La Présidente (Mme Richard) : Mme Naud, je vais vous
demander, s'il vous plaît, de vous réidentifier et de nous dire les
fonctions que vous occupez.
Mme Naud
(Marie-Josée) : Bonjour. Marie-Josée Naud, conseillère syndicale à la
FTQ.
Alors,
effectivement, dans le mémoire, il y a une recommandation à l'effet qu'on
demande au gouvernement, dans le
fond, d'évaluer, de faire l'analyse différenciée selon les sexes pour évaluer
l'impact de ne pas établir les mêmes mesures à l'intérieur du volet supplémentaire concernant les sept ans qui sont
exclus du calcul pour les femmes ou les personnes qui ont reçu les allocations familiales. Donc, quand
un enfant naît, donc, on peut exclure certaines années du calcul, et ça,
ce n'est pas prévu à l'intérieur du volet
supplémentaire, donc on demande au gouvernement de faire l'analyse. On
comprend qu'à l'heure actuelle on a demandé
depuis longtemps la parité avec ce qui a été proposé par le gouvernement fédéral.
Là, ce qu'on demande au gouvernement, c'est
de faire l'analyse à savoir est-ce que ça va augmenter les écarts entre les
hommes et les femmes de ne pas considérer
les sept ans où il y a eu la naissance d'un enfant et les 15 % des mois où
les gains sont les moins généreux. Il y a quand même une mesure dans le
volet supplémentaire qui est de considérer seulement les 480 mois les plus
intéressants, mais on se questionne quand même sur le sept ans et le 15 %
des mois.
La Présidente
(Mme Richard) : Merci, Mme Naud. M. le député.
M. Leclair :
O.K. Bien, on fera sûr de poser les questions, à l'article par article, pour se
faire expliquer la vision du gouvernement
face à ça, ces sept années-là. Puis, bien entendu, vous aurez sûrement la
chance de suivre le débat, mais je pense
que le ministre et les gens de la Régie des rentes vont vraiment nous expliquer
ce principe-là qu'on tentera d'éclairer et sinon de défendre pour avoir
une équité, justement.
Alors,
en ce qui me concerne, bien entendu, j'aimerais ça vous dire... mais à part de
vous faire dire encore une fois que
vous êtes satisfaits de savoir qu'un jour ce sera bonifié, qu'on aura des
rentes adéquates et, on ose espérer, un jour, encore plus élevées pour tous les travailleurs, travailleuses du
Québec et l'ensemble de la population, mais je n'ai pas trop d'autres
questions à vous demander, autre que de vous dire merci d'avoir été encore
présents en commission parlementaire.
La Présidente (Mme Richard) : Merci, M. le député de Beauharnois.
Nous allons maintenant vers le deuxième groupe d'opposition. M. le
député de Chutes-de-la-Chaudière, vous avez la parole.
M. Picard :
Merci. Merci, messieurs dame, d'être ici de matin. Très surpris, je ne me rappelais
pas que c'était depuis 2009 que vous portiez le dossier, mais... non, ça
va vite.
M. Cadieux
(Serge) : On est perspicaces.
M. Picard :
Oui, exact.
Mme Naud
(Marie-Josée) : On est tenaces.
M. Picard :
Tenaces, tenaces, plutôt, tenaces, exact. Deux petites questions, pages 10
et 12, lorsque vous mentionnez que seules
les cotisations d'équilibre de crédit devraient être comptabilisées dans la
clause banquier. Qu'est-ce qu'on fait avec les achats de rente
d'assurance?
La Présidente
(Mme Richard) : M. Vaillant.
M. Vaillant
(Marc-Antoine) : Oui, Marc-Antoine Vaillant, actuaire, SAI.
C'est
prévu dans le projet de loi
n° 149 que, si la politique d'achat de rentes le prévoit, les cotisations
pour les achats de rentes peuvent être
comptabilisées dans la clause banquier. Mais ça, ce n'est pas dans le sujet
qu'on traite, là, mais c'est prévu dans le projet de loi n° 149.
M. Picard :
O.K., vous dites : C'est prévu ailleurs.
M. Vaillant
(Marc-Antoine) : C'est prévu ailleurs, c'est prévu ailleurs, oui.
M. Cadieux
(Serge) : C'est déjà ailleurs, mais on est d'accord avec cet
élément-là.
M. Picard : O.K., c'est bon. Là, j'aurais besoin d'une explication dans votre...
à la page 9, les «mesures sociales essentielles», vous dites : «Depuis 1997, dans le régime de base de
la prestation pour le calcul de la rente, on ne tient pas compte», le
deuxième, on dit : «...des années pour lesquelles une personne a reçu une
rente d'invalidité.»
vais vous expliquer qu'est-ce qu'on a entendu, puis il y a beaucoup de citoyens
qui, malheureusement, vivent ça.
Lorsque quelqu'un, malheureusement, devient invalide, il reçoit une prestation
d'invalidité, et, lorsqu'il atteint 65 ans, on vient considérer qu'il a fait le choix de prendre une retraite
anticipée. Enfin, j'ai de la difficulté, quand vous dites «on ne tient pas compte». Pour
moi, on en tient compte beaucoup parce que sa rente de retraite, à 65 ans,
est diminuée beaucoup. Puis on a
différents organismes... Puis malheureusement il y a beaucoup de citoyens, des
fois, qui deviennent invalides, et, pour
moi, là, ça, c'est une inéquité qu'on doit corriger absolument, parce qu'on ne
fait pas le choix de devenir invalide.
M. Cadieux
(Serge) : Je suis d'accord avec vous, de la façon... En fait, c'est ce
qu'on disait, il y avait un problème... En fait, c'est ce qu'on voulait
transmettre, il y avait un problème.
M. Picard :
O.K. Ce n'était pas clair.
M. Cadieux
(Serge) : Oui, oui, on est d'accord avec vous, on est d'accord avec
vous.
M. Picard : O.K., c'est beau. C'est beau.
M. Cadieux (Serge) : Et la
même chose pour quelqu'un
qui a un accident de travail, là, il
y a le même problème. Et d'ailleurs la raison pour laquelle on ne l'a pas mis dans le
mémoire, il y a un autre avis qu'on a transmis à la ministre du Travail sur la modernisation
du régime de santé et sécurité au travail où on adresse la problématique pour quelqu'un qui a une lésion professionnelle.
Présidente (Mme Richard) : M. le député de Chutes-de-la-Chaudière.
M. Picard :
Merci. Juste une précision : tout à l'heure, là, pour les clauses de
disparité, je suis d'accord avec vous, là,
que d'attendre après les autres provinces, je ne vois pas la nécessité, et
c'est 1 030 travailleurs à Bécancour,
là, qui peuvent être en lock-out ou en grève prochainement parce qu'on n'a pas
le courage de régler ce problème-là.
M. Cadieux (Serge) : Surtout, surtout, si je prends l'argument de la
compétitivité, c'est parce que je veux bien le raisonner, là, l'argument de la compétitivité serait peut-être à
regarder si on demandait d'imposer aux employeurs un régime de retraite obligatoire pour tous les employés. Ce
n'est pas ça qu'on demande. L'employeur est libre ou pas de mettre en place un régime de retraite. Mais à partir du
moment où il a décidé que ses employés allaient avoir un régime de
retraite, on ne pense pas que d'introduire
un régime discriminatoire pour les nouveaux employés, ça nuit à la
compétitivité. D'ailleurs, c'est comme ça que l'Assemblée nationale l'a
examiné en 1999 quand ils ont interdit les doubles échelles de salaires.
aurait été différent si on avait dit : Tous les employeurs doivent avoir
un salaire minimal, exemple, à 18 $ de l'heure quand les autres provinces, ils vont à 15 $ de l'heure. Là,
on doit regarder le problème de la compétitivité. Mais à partir du moment où c'est l'employeur qui décide
ou que les parties en négociation conviennent de mettre en place un régime de retraite ou d'assurance, on ne se pose pas
la question. Les négociateurs ou l'employeur va se poser la question
avant de l'introduire, le régime de retraite : Est-ce qu'il y a un
problème de compétitivité?
peux vous donner un exemple concret, M. le député. On vient de renouveler la
convention collective à Rio Tinto Alcan,
à Alma. Les employés ont un régime à prestations déterminées. L'employeur est
arrivé à la table de négociation, il a
dit : Ça prend un régime CD pour les nouveaux. Savez-vous ce que le
syndicat a dit? On est d'accord pour avoir un régime à financement
salarial, mais pour tout le monde. Vous allez fermer le régime à prestations
déterminées, les anciens comme les nouveaux vont avoir un régime à financement
salarial. L'employeur a dit non.
Écoutez,
là, il ne faut pas prendre le monde pour des crétins non plus, là. Il y a une
petite game qui se joue, là, qui n'est
pas agréable. Ce n'est pas rentable de faire de la discrimination sur le dos
des jeunes, comme ce n'est pas rentable de faire... Parce que ces générations-là s'en viennent. Puis, sur la
compétitivité, nos jeunes aujourd'hui, là, sont bilingues, ils sont
mobiles, ils sont scolarisés, ils vont aller travailler ailleurs. Les
entreprises au Québec, là, on a un... À Québec, il y a le plein-emploi, là, c'est ça qu'on dit, à Québec, il y a le
plein-emploi, il faut s'assurer de maintenir notre main-d'oeuvre. Puis
les jeunes n'aiment pas ça, je peux vous le dire.
La Présidente
(Mme Richard) : Merci, M. Cadieux. M. le député des
Chutes-de-la-Chaudière.
M. Picard :
Tout simplement de remercier la FTQ de nous accompagner dans nos travaux si
fréquemment. Ça nous fait cheminer.
La Présidente
(Mme Richard) : Merci beaucoup. Merci beaucoup pour votre
contribution à nos travaux.
La commission suspend
ses travaux jusqu'à 15 heures. Donc, merci, tout le monde, pour votre
collaboration.
(Suspension de la séance à
11 h 33)
La Présidente
(Mme Richard) : À l'ordre, s'il vous plaît! Nous allons
débuter nos travaux. Donc, bonjour. La Commission de l'économie et du travail reprend ses travaux. Je demande à toutes les
personnes présentes dans la salle de bien vouloir éteindre la sonnerie
de tous leurs appareils électroniques.
Et nous poursuivons les
consultations particulières et auditions publiques sur le projet de loi
n° 149, Loi bonifiant le régime de rentes du Québec et modifiant diverses
dispositions législatives en matière de retraite.
Nous allons
entendre, cet après-midi, les organismes suivants : la Fédération
canadienne de l'entreprise indépendante, la Fédération des chambres de
commerce du Québec et Force Jeunesse.
Et, Mme la secrétaire, il n'y avait pas de
remplacements cet après-midi? Ça va, parfait.
Donc, nous
sommes prêts à entendre le premier intervenant, la Fédération canadienne de
l'entreprise indépendante. Bonjour,
madame. Bienvenue à l'Assemblée nationale. Je vous demanderais de vous
présenter, nous dire votre
titre et, par la suite, faire votre exposé
devant les membres de la commission.
Mme Hébert (Martine) : Merci
beaucoup, Mme la Présidente. Alors, mon nom est Martine Hébert. Je suis
vice-présidente principale et porte-parole nationale à la Fédération canadienne
de l'entreprise indépendante.
Mme la
Présidente, je tiens d'abord à vous remercier, ainsi que les membres de la
commission, de me permettre aujourd'hui de venir vous présenter le point
de vue des chefs de PME sur le projet de loi n° 149.
Comme vous le
savez, la FCEI représente 109 000 PME au pays, dont environ une sur
cinq sont au Québec. Les employeurs
du Québec, évidemment, dont l'immense majorité est constituée de PME, sont donc
des acteurs incontournables de toute
discussion sur les régimes de retraite. À cet égard-là, Mme la Présidente, je
vous signalerais que, dans le passé, on a eu l'occasion à plusieurs reprises d'exposer, ces dernières années, là,
les réalités et les propositions des chefs de PME sur l'important enjeu des retraites. Et le mémoire que
nous avons déposé à la commission visait simplement, là, à compléter ces
interventions-là en faisant de brefs rappels
et en abordant plus spécifiquement certains éléments du projet de loi
n° 149.
Mme la Présidente, selon l'évaluation
actuarielle que le gouvernement a déposée avec le projet de loi n° 149
intitulée Rapport actuariel , produit par la Régie des rentes du
Québec — document
qui est très bien fait, soit dit en passant,
bravo à la régie — à la fin
de la période de mise en place de ce qu'on nous propose aujourd'hui, les
cotisations supplémentaires annuelles
découlant des seuls changements, là, qui sont proposés seront de l'ordre de
4,3 milliards de dollars pour
l'ensemble des travailleurs et des employeurs du Québec. Elles continueront de
croître par la suite en fonction de
la masse salariale cotisable au Québec et, pour l'année 2065, elles atteindront
17,2 milliards. Ce sont donc des ponctions quand même assez
importantes dans l'économie. Et peu importe le fait que nous partagions
totalement, Mme la Présidente, l'objectif de dire : Est-ce qu'on souhaite
que les Québécois et les Québécoises aient accès à des retraites décentes?, on
peut se demander si ces cotisations-là supplémentaires... est-ce que l'ampleur
de cette ponction-là est totalement justifiée.
Il faut bien
préciser que le projet de loi n° 149 propose une bonification du Régime
des rentes, là, qui s'adresse à 100 %
des travailleurs du Québec. Mais est-ce que l'étendue des problèmes de retraite
est vraiment aussi importante au Québec?
Plusieurs experts ont partagé des estimations à ce sujet qui indiquent
clairement que ce n'est pas le cas, et nous avons eu l'occasion de le
réitérer à plusieurs reprises, Mme la Présidente.
D'abord,
soulignons le rapport D'Amours, par exemple, qui stipulait que 33 % des
ménages québécois n'épargneraient pas suffisamment pour atteindre un
taux de remplacement de 60 % à la retraite s'ils désiraient prendre leur
retraite à 65 ans. Donc, on parle de 33 %
des ménages et non pas de 100 % des travailleurs. En 2014, une étude qui a
été effectuée par McKinsey concluait
que seuls 12 % des ménages québécois n'étaient pas en bonne voie de
maintenir ou d'augmenter leur niveau
de vie à la retraite. Enfin, dans un livre qu'il a publié sur la retraite,
l'actuel ministre des Finances du Canada, M. Bill Morneau, et son coauteur estimaient que seulement 7 %
des ménages retraités de la classe moyenne canadienne ne seraient pas en mesure de remplacer de manière
suffisante leur niveau de consommation à la retraite. Et même je vous
cite ce que le ministre Morneau écrivait à
cette époque : «Devons-nous réellement sonner l'alarme sur une crise
nationale des retraites pour un si
petit groupe? L'autre 93 % des ménages de la classe moyenne va très bien
s'en tirer.» Alors, notons que le rapport D'Amours avait parlé, lui, de
33 % des ménages parce qu'il ne considérait pas le quatrième pilier du système de retraite, qui inclut l'ensemble des
actifs immobiliers et ceux non enregistrés, comme par exemple les
régimes comme les REER ou les CELI.
Pour ce qui
est des travailleurs à faibles revenus, à l'instar de nombre d'experts, dont la
plupart des sources ont été citées dans notre mémoire, Mme la
Présidente, nous sommes d'avis que le système de retraite actuel les protège
adéquatement, et cela a été démontré à de nombreuses reprises dans le passé.
travailleur québécois moyen, maintenant, est-ce qu'il peut s'en sortir, en
fonction, là, du scénario actuel? On a utilisé,
d'ailleurs, dans notre mémoire le Calculateur de retraite Desjardins pour
démontrer qu'effectivement le travailleur de la classe moyenne peut très bien s'en tirer avec le système actuel.
D'ailleurs, on en veut pour preuve que... Vous savez, au Québec, on prend
notre retraite, en moyenne, à l'âge de 62 ans. C'est beaucoup plus jeune
qu'aux États-Unis, c'est beaucoup plus jeune
que dans beaucoup de pays de l'OCDE. Si on avait réellement un problème avec le
remplacement du revenu à la retraite, il me
semble qu'on travaillerait plus longtemps puis on prendrait notre retraite plus
vieux. Alors, le Québec, les Québécois prennent leur retraite plus jeune
que dans l'ensemble des pays de... dans la plupart des pays, c'est-à-dire, de l'OCDE, que chez nos voisins du
Sud et que dans le reste du Canada. On tient donc à le préciser parce
que ça nous permet de se requestionner encore une fois sur la pertinence de
venir bonifier le RRQ pour l'ensemble des travailleurs.
Évidemment,
vous aurez compris, Mme la Présidente, que nous aurions nettement préféré que
le gouvernement s'abstienne de faire
ça et adopte, dans le fond, la proposition modulée, là, qu'il avait proposée
initialement et qu'il avait soumise à
des consultations l'année dernière. Cela d'autant plus, je vous dirais, que la
proposition du projet de loi n° 149 risque de rendre le système de retraite québécois
beaucoup plus rigide et donc moins en mesure de s'adapter à la grande variété de situations et de préférences
personnelles des Québécois en matière de retraite, puisqu'on vient dire à une
foule de ménages québécois : L'argent
supplémentaire que vous auriez pu mettre dans d'autres véhicules de retraite,
vous allez devoir le mettre obligatoirement dans le Régime des rentes du
Québec.
Quelques
interrogations maintenant, Mme la Présidente, au sujet des arguments entourant
l'harmonisation qu'on vient faire
ici, là, avec la bonification qui a été proposée au Régime de pensions du
Canada. Je vous dirais qu'il y a des voix
qui se sont élevées pour que le projet de loi soit adopté au nom de la
portabilité du régime québécois, et on visait, dans le fond... on disait : Bien, ça viendrait
simplifier les formalités pour les entreprises qui ont des travailleurs au
Québec et aussi dans d'autres
provinces. Bien que la FCEI, vous le savez, Mme la Présidente, on plaide
toujours pour la simplification des formalités administratives et
autres, je vous dirais que, dans ce cas-ci, il y a quand même des nuances à
apporter, parce que... Je vous rappelle que
les coûts suite aux seuls changements prévus au projet de loi n° 149 sont
de l'ordre de 4,3 milliards de
dollars à terme pour l'ensemble des travailleurs et des employeurs du Québec.
Nous, on pense que les coûts d'harmonisation pour les quelques
employeurs du Québec qui comptent des employés dans d'autres provinces
canadiennes... on n'est pas sûrs que ces coûts-là de paperasserie, là, ou des
coûts d'harmonisation se seraient chiffrés en milliards de dollars.
Alors,
à tout prendre, là, il y a fort à parier, Mme la Présidente, que les chefs de
PME du Québec, dont probablement la majorité engagent seulement au
Québec, auraient préféré le statu quo pour éviter d'avoir une facture additionnelle, là, au niveau des cotisations du
RRQ. Et ça, Mme la Présidente, c'est particulièrement important dans le
contexte québécois, où on sait que la réalité fiscale de nos entreprises fait
en sorte qu'on souffre d'un déficit de compétitivité
parce que le Québec est la province où les taxes sur la masse salariale, si
vous voulez, sont les plus élevées à l'échelle
canadienne. Elles sont, en fait, d'une fois et demie celles qui sont prélevées
en moyenne dans les autres provinces canadiennes.
Alors, le projet de loi n° 149, avec ses effets sur la hausse des
cotisations, vient encore exacerber cet état de fait là. Et c'est important de le préciser, Mme la
Présidente, parce que les fameuses taxes sur la masse salariale sont des
taxes qui affectent particulièrement les
PME. Pourquoi? Ce sont des taxes qui sont prélevées sur les salaires versés et
non pas sur la profitabilité de
l'entreprise, c'est-à-dire que, que l'entreprise fasse 1 million de profit
ou qu'elle en fasse 1 000 $ par année, elle va payer le même montant en taxes sur la masse salariale,
nonobstant son niveau de profit. Alors, c'est pour ça qu'on dit que
c'est des taxes qui sont de nature régressive.
aurait nettement, donc, préféré, Mme la Présidente, que le gouvernement opte
pour des solutions de retraite davantage proactives et ciblées, comme
par exemple miser davantage sur les incitatifs au travail, qu'il s'agisse, par exemple, du crédit d'impôt pour travailleurs
expérimentés ou ce type de mesures là qui auraient permis en même temps
de combler les besoins de main-d'oeuvre des
entreprises tout en diminuant la pression sur le régime public et en
permettant aux travailleurs aussi de bonifier leurs prestations, là, à la
retraite.
m'en voudrais de ne pas parler, dans ce cas-ci, de la question des RVER. On
sait que les RVER ont été instaurés pour,
justement, compenser un petit peu, là, chez certains travailleurs, ce qu'on
estimait... ce faible pourcentage là, là, qui pourrait être un besoin qui serait à combler. Et on se souviendra qu'à
l'époque on avait justifié aussi une obligation pour les employeurs d'offrir des RVER. Nous, on pense que
la bonification du RRQ, si elle est adoptée telle quelle, vient enlever tout justificatif de forcer les employeurs à cette
obligation-là qui est faite aux employeurs d'offrir un RVER. On pense
que les RVER doivent demeurer comme
véhicules d'épargne-retraite parce que ce sont des véhicules qui sont mieux
adaptés à la réalité de plusieurs PME.
Toutefois, on soumet au gouvernement et aux membres de la commission le fait de
dire : Bien, vu qu'on va bonifier le RRQ maintenant, il n'y a plus
lieu d'obliger les employeurs du Québec à offrir des RVER.
Alors, c'est ce qui
termine notre exposé, Mme la Présidente. Je suis prête à prendre les questions.
La Présidente (Mme Richard) : Merci beaucoup, Mme Hébert,
pour votre exposé. Nous allons débuter la période d'échange. M. le
ministre, vous avez la parole.
M. Leitão :
Très bien. Merci, Mme la Présidente. Alors, Mme Hébert, bonjour. Merci
d'être venue. On avait déjà discuté
de ces enjeux en janvier et même après aussi, mais c'est toujours utile de le
faire à nouveau dans cette période où on analyse maintenant un projet de loi qui est concret. Avant, en janvier,
on faisait une consultation pour voir si on arrivait à dégager un consensus au Québec, et là maintenant,
après cette période, donc, oui, on a préparé un projet de loi qui
reflète, à mon avis, ce consensus-là qui a été dégagé.
Alors
donc, on a, ce matin, discuté avec le groupe d'experts, entre autres, le groupe
de M. Alban D'Amours. Une question qui a été adressée ce matin, et
j'aimerais avoir un peu votre avis là-dessus, c'est sur l'âge de la retraite.
On ne va pas changer quoi que ce soit dans
le projet de loi ici pour adresser cette question, ce n'est pas ça, donc il n'y
a pas d'urgence pour le faire, mais comment vous voyez ça? Comment les
PME du Québec regardent cet enjeu-là d'une réflexion
qu'on devrait faire sur l'âge de la retraite, à deux égards? D'abord, bon, le
65 ans, devrait-on changer ça ou pas? Mais aussi, d'une façon
volontaire, comment vous voyez la possibilité pour que les citoyens puissent
volontairement retarder la période où ils commencent à recevoir les paiements
du régime public de retraite? S'ils peuvent le remettre à 70 ans, ce qui
est le cas maintenant, même au-delà de ça, est-ce qu'ils pourraient même le
remettre à 75 ans? Donc, comment vous voyez cette question de l'âge, âge
de la retraite?
La Présidente
(Mme Richard) : Merci, M. le ministre. Mme Hébert.
Mme Hébert (Martine) : Oui,
bien, écoutez, M. le ministre, je vous dirais que, sur la question du retard
volontaire, c'est d'ailleurs dans ce sens-là
qu'on formule une des recommandations dans notre mémoire, donc, oui, on est
tout à fait d'accord avec une mesure comme ça.
Je vous dirais par contre que, sur la
question de repousser l'âge obligatoire, là, de 65 à 67, par exemple, là-dessus, nos membres étaient relativement partagés,
c'est-à-dire qu'on n'a pas pu dégager de forte majorité pour ou contre
cette idée-là. Alors, je vous répondrais qu'ils
ne sont ni pour ni contre, bien au contraire, mais que, dans le fond, je pense
que ce qui serait peut-être davantage souhaitable, c'est d'avoir des
incitatifs. Et, dans ce sens-là, je pense que l'appui à une proposition comme celle de dire retard volontaire
et incitatifs à repousser un peu l'âge de la retraite... Quand on sait
que les travailleurs québécois prennent leur
retraite, en moyenne, à 62 ans, alors que dans certains pays de l'OCDE,
c'est 67 ans, aux États-Unis, on est
à 67 ans aussi, dans le reste du Canada, on est à 63 ans, je pense
qu'il y a lieu de jouer sur ces facteurs-là avec des mesures incitatives
plutôt que de passer par un chemin, là, obligatoire qui serait de hausser les
retraites pour tout le monde à 67 ans.
M. Leitão : Très bien, merci. Maintenant,
pour ce qui est du rôle du RVER, bon, quand le RVER a été mis en place, à ce moment-là, on ne parlait pas de
bonifier le RRQ et le RPC. Maintenant que le RPC a été bonifié et le
RRQ, bon, c'est que nous proposons aussi de
faire. Alors, dans ce nouveau contexte-là, comment voyez-vous... quel rôle le
RVER devrait jouer s'il devait jouer un rôle?
Mme Hébert
(Martine) :
Bien, écoutez, on pense que ça demeure un véhicule qui peut-être intéressant
pour certaines entreprises, certaines PME
qui désirent offrir un régime à leurs employés parce que, comme vous le savez,
dans le cas du RVER, la contribution de
l'employeur n'est pas assujettie aux taxes sur la masse salariale, alors
c'était l'avantage pour certains employeurs. Maintenant, M. le ministre,
je vous dirais que... est-ce que c'est justifié de maintenir l'obligation pour les entreprises, là, puis qui
vient à échéance le 31 décembre... À partir du 31 décembre, il faut se
rappeler que les entreprises de
10 employés et plus, au Québec, vont être obligées d'offrir un RVER;
celles de cinq employés et plus, ça va
être l'année prochaine, à compter d'une date qui reste à déterminer. Nous, ce
qu'on voudrait, c'est que le gouvernement
suspende ces dispositions-là pour l'instant en disant : Bien, regardez, là...
Parce qu'on ne voudrait pas que ça
vienne, non plus, cannibaliser ce que les employeurs pourraient mettre dans
d'autres régimes au sein des entreprises, et on trouve que la justification voulant qu'on oblige l'ensemble des
entreprises à inscrire leurs travailleurs dans un RVER n'est plus là,
avec la bonification qu'on vient faire, là, du Régime des rentes du Québec.
Donc,
on continue de considérer que c'est des bons véhicules pour certaines PME, plus
adaptés à la réalité des PME,
cotisations de l'employeur exemptes de la taxe sur la masse salariale, ce qui n'est
pas le cas dans les REER collectifs, par exemple. Donc, ça, on voudrait
les maintenir, mais sans l'obligation qui est faite aux employeurs.
M. Leitão : O.K., mais les employeurs, ils ne sont pas obligés de
cotiser. Ils sont obligés de mettre un régime en place, mais pas nécessairement
de contribuer. Ils le feront s'ils le souhaite