Public Finance — 17 January 2018 (41st Legislature, 1st Session)
CFP 2018-01-17
Quebec — Committees
M. St-Amant (Jacques) : M. le
Président, M. le ministre, mesdames, messieurs, nous sommes généralement heureux de venir vous rencontrer à Québec
et nous sommes particulièrement privilégiés, puisque nous avons l'occasion
d'ouvrir vos travaux ce matin, mais cette
fois-ci, nous sommes un peu tristes. Quand nous avons lu l'article
premier du projet de loi, nous avons été ravis. Nous avons dévoré ce texte
passionnant, à la recherche de toutes les innovations qu'on nous y
promettait et qui allaient mieux protéger les consommateurs québécois. Et nous
en avons trouvé, ma foi, fort peu. Par contre, beaucoup d'éléments nous ont considérablement
inquiétés. En somme, nous avons été déçus.
Nous
avons cherché à comprendre pourquoi afin de rendre justice aux efforts quand
même considérables consentis pour rédiger ce projet et afin de vous en
proposer une critique aussi précise que faire se peut. Et nous avons voulu fonder cette critique sur
un certain nombre de principes, de règles, qui sont établies en économie, en
droit, de façon à nous outiller, de
façon à avoir une critique aussi claire, précise que possible. Et nous avons
aussi procédé, en décembre dernier, à une petite enquête auprès des
associations de consommateurs québécoises — nous en avons rejoint quand
même une bonne proportion — pour
avoir aussi un aperçu de comment elles perçoivent, elles réagissent à certaines
questions.
Alors, voici
quelques-uns de nos constats.
Il arrive que des
agents économiques prennent des décisions qui les arrangent, mais qui ont des
conséquences négatives pour d'autres. Les économistes parlent alors
d'externalité négative. Quand un réseau comme celui des Caisses Desjardins refuse d'ouvrir un compte à une personne à faibles
revenus à cause de son faible revenu ou ferme un point de service, il génère des externalités négatives. Il est extrêmement
difficile pour une personne de s'intégrer à la société, de nos jours, si
on ne parvient même pas à ouvrir un compte dans une institution de dépôt. Or,
la Commission des droits de la personne nous disait, il y a quelques années,
qu'il y a peut-être 8 % des personnes à faibles revenus au Québec qui n'ont pas de compte. Et la
quasi-totalité des 17 associations de consommateurs qui ont répondu à notre
petite enquête en décembre nous ont dit
qu'elles reçoivent à l'occasion, parfois souvent, des plaintes de consommateurs
à qui Desjardins a dit non, a refusé d'ouvrir un compte.
C'est
que rien n'oblige Desjardins à offrir ce genre de service de base. La
Loi sur
les banques exige, depuis le début
des années 2000, qu'une banque ouvre un compte à toute personne qui peut
s'identifier, sous réserve de quelques exceptions,
cas de fraude manifeste, etc. Le droit européen a pris la même direction. Mais
Desjardins, qui se vante d'être la seule
institution présente dans plusieurs communautés au Québec, persiste à exclure
des consommateurs. Et nous sommes un
peu chagrinés de voir qu'un projet de loi visant la réforme du secteur
financier et touchant notamment Desjardins ne contient aucune mesure à
l'égard des questions comme l'accès aux services bancaires de base ni rien qui
touche, par exemple, l'accès aux services d'assurance. Les externalités
négatives, elles, continueront à s'accroître.
Dans
des marchés parfaits, l'information circule parfaitement. Mais les marchés,
bien sûr, ne sont pas parfaits, et certains détiennent beaucoup plus
d'informations et d'expertise que d'autres. C'est notamment manifeste en
matière d'assurances, où les consommateurs doivent se fier à des experts
compétents et intègres. Le cadre de la
Loi sur la distribution de produits et
services financiers a été mis en place pour garantir notamment cette
compétence.
nous paraît toutefois que le projet de loi n° 141 affaiblit
considérablement les obligations du représentant en assurances et il ouvre la porte à ce que des
personnes qui ne sont pas des représentants dûment certifiés puissent
donner des conseils en assurances. Il
éviscère le régime actuel de la distribution sans représentant, qui aurait pu
être amélioré en tenant compte des
recommandations formulées, il y a quelques années, par l'Autorité des marchés
financiers. En matière d'offre d'assurances
en ligne, il n'offre aucune orientation claire, à notre avis, et aucune
protection notable aux consommateurs, se bornant essentiellement à consacrer la liberté des fournisseurs de faire
ce que bon leur semble. Les asymétries d'information vont donc continuer à s'amplifier de plus en plus,
et cela au moment où, par exemple, l'Union européenne, avec sa directive
sur la distribution d'assurances, fait le contraire et vient imposer de plus en
plus d'obligations aux concepteurs, aux distributeurs d'assurance.
N'en
déplaise aux économistes et aux juristes, les humains ne se comportent pas
toujours de manière parfaitement rationnelle,
en tout cas classiquement rationnelle. Des recherches nombreuses, au cours des
30 dernières années, dans le monde
de l'économie comportementale, et dont plusieurs ont été récompensées par des
prix Nobel, ont démontré pourquoi nous
utilisons le plus souvent des méthodes de prise de décision simplifiées. Par
exemple, nous sommes souvent tentés par ce qui coûte moins cher
immédiatement, même si ce sera moins rentable à terme.
Le régime d'assurance
de frais funéraires proposé dans le projet de loi n° 141 paraît calculé
pour exploiter ces tendances. Il rétablirait une formule de financement de ce
genre de service abolie par l'Assemblée nationale en 1974 et il instaurerait des règles à certains égards moins avantageuses
qu'elles l'étaient en matière
d'assurance funéraire, en 1916, quand
le régime a été instauré. Nous revenons en arrière d'un siècle. Ça nous
inquiète légèrement. Et il nous paraît que rien dans ce régime ne serait
bénéfique au consommateur.
Les lois encadrant
les institutions financières, d'autre part, les obligent à mettre en place des
mécanismes de traitement des plaintes.
L'expérience des associations de consommateurs, que nous avons mesurée avec la
petite enquête dont je vous parlais, indique que les associations, en
général, ont des expériences qui vont de bonnes à franchement mauvaises avec les mécanismes actuels. Il nous
paraît qu'il serait utile de faire d'abord une évaluation en profondeur
des régimes qui existent actuellement, avant
de songer à les améliorer. Mais on ne paraît pas avoir fait cette évaluation et
on nous propose, dans le projet de loi, un
certain nombre de réformes qui vont, par exemple, donner aux institutions
financières le pouvoir de déterminer elles-mêmes les types de plaintes contre
elles qui seraient recevables. On ouvre également la porte à l'imposition de
frais qui seraient imposés aux consommateurs qui voudraient s'engager dans un
processus de traitement des plaintes. Et
cette mesure est contraire à l'esprit et, dans certains cas même, à la lettre
des recommandations du G20 et de l'OCDE en matière de traitement des
plaintes des consommateurs.
encore, l'Union européenne a adopté un régime, il y a quelques années, qui est
également plus intéressant que ce qu'on envisage au Québec. Et les
éléments du projet de loi n° 141 vont également nettement moins loin, sont
moins avantageux pour les consommateurs que les processus actuellement
appliqués au niveau canadien par la commission des plaintes relatives aux
services de télécom/télévision ou l'ombudsman des services bancaires.
Mais, pour encadrer tout
ça, bien sûr, il y a un organisme, l'Autorité des marchés financiers, créé en
2002, à l'époque où il y avait un peu partout dans le monde un grand engouement
à l'égard de la mise en place d'organismes réglementaires
intégrés. Et puis il y a eu la crise de 2008. Et puis, depuis, un peu partout
dans le monde, on se dit : La structure
intégrée, ça ne fonctionne peut-être pas très bien, et on s'oriente de plus en
plus vers des structures bicéphales avec
un régulateur prudentiel et un régulateur des pratiques de marché. C'est le cas
en Australie, au Royaume-Uni, en France, aux Pays-Bas, en Afrique du
Sud. Même en Chine, on envisage actuellement de se diriger dans ce sens.
Au Québec, non seulement
ne semble-t-on pas avoir entamé de réflexion à ce sujet, mais on veut ajouter à
la centralisation actuelle en abolissant la Chambre d'assurance de dommages et
la Chambre de la sécurité financière. Incidemment,
nous ne voyons aucun avantage à cette abolition. Contrairement à ce qui est
parfois colporté, il n'existe pas actuellement de confusion importante,
de la part des consommateurs ou des associations, à l'égard des structures
réglementaires.
Les chambres
sont dotées d'une expertise utile. Elles contribuent à la pluralité des débats
menant à l'élaboration des normes en
matière d'assurance. Elles nous paraissent jouer un rôle qui est important et
elles ont, à l'égard de la réalisation de
leur seule mission, une motivation que n'aurait peut-être pas l'assemblée pour
qui ce serait une mission peu familière parmi bien d'autres.
Ce ne sont là
que certains exemples des difficultés que comporte le projet de loi. Notre
court mémoire en évoque aussi quelques autres. Par conséquent...
Le Président (M. Girard,
Trois-Rivières) : M. St-Amant, juste vous mentionner...
M. St-Amant (Jacques) : Juste
une minute?
Le Président (M. Girard,
Trois-Rivières) : O.K. Excellent. Parfait.
M. St-Amant
(Jacques) : Merci, M. le Président. Par conséquent, la conclusion
s'impose, dans l'ensemble, le projet
de loi n° 141 ne contribue pas à mieux protéger les consommateurs
québécois. Dans certains cas, il entraînera même une dégradation de
cette protection.
Dans ce
contexte, nous sommes... Mais nous sommes conscients également qu'il y a des
éléments importants, dans le projet
de loi, notamment ceux qui ont trait à la résolution en cas de difficultés
financières. Et donc, nous sommes tentés
de recommander à l'Assemblée d'envisager de scinder le projet de loi de façon à
ce qu'on adopte, par exemple, la
loi sur
les institutions de dépôt et la protection des dépôts, quelques autres éléments
relatifs au régime de dénonciation, à la création d'un comité consultatif des consommateurs, et qu'on procède à
une étude en profondeur pour vraiment évaluer ce que sont les besoins des consommateurs en matière de services financiers
au XXIe siècle, et qu'on puisse nous revenir avec une réforme qui
répondrait vraiment aux besoins que nous constatons.
Le Président (M. Girard,
Trois-Rivières) : Merci beaucoup.
M. St-Amant (Jacques) : Nous
formulons aussi 40 quelques recommandations. Et nous serons heureux d'échanger
sur tout ça avec vous.
Président (M. Girard, Trois-Rivières) : Excellent. Justement, nous allons passer à la période d'échange,
et cette période va débuter avec le gouvernement. Donc, M. le ministre, la
parole est à vous pour un échange avec notre organisme pour une période de
14 minutes.
M. Leitão :
Très bien. Merci beaucoup, M. le Président. Alors, bonjour, M. St-Amant et
Mme Bleau. Merci. Merci d'être là,
merci d'être venus nous présenter votre point de vue et de nous avoir aussi — je
veux vous féliciter — déposé
votre court mémoire, comme vous avez dit.
Leitão : Mais je veux vous
féliciter parce que ce sont 158 pages basées sur l'allégorie de la toile
d'araignée, c'est très... Ça fait un peu
différent de ce qu'on voit ici. Alors, je vous remercie pour ça. Mais ça va
nous prendre aussi un peu de temps maintenant
pour bien l'analyser, bien le digérer. Mon équipe va s'occuper de faire ça, et,
s'il y a lieu, on vous contactera pour échanger davantage.
Mais
j'aimerais aborder un peu avec vous, en
fin de compte, deux aspects. Vous en
avez mentionné plusieurs. On pourrait
en discuter longuement, des externalités négatives. Fascinant, je trouve. Mais,
bon, ça sera peut-être pour une autre fois. Mais j'aimerais vous parler un peu plus de deux aspects de votre
mémoire : la distribution par Internet d'assurances et l'intégration
des deux chambres à l'AMF.
Alors, vous
partagez l'opinion aussi d'Option Consommateurs et d'autres groupes à l'effet
que ce regroupement de responsabilités et l'encadrement, donc, à
l'intérieur d'un seul organisme pourraient conduire à un affaiblissement de l'encadrement, et cela, selon vous, au profit de
l'encadrement des cabinets. Moi, je
trouve ça quand même une conclusion assez sévère, que vous sembliez dire
qu'on change les choses au profit des cabinets.
Bon, alors j'aimerais si vous pouviez nous
expliquer un peu comment vous arrivez à une telle conclusion. Pourquoi est-ce
que l'intégration des chambres à l'AMF... Parce qu'on ne parle pas d'abolition.
On n'abolit pas les chambres. Les fonctions
qui sont exercées par les chambres maintenant vont continuer d'être exercées.
Les personnes qui font ce travail à
l'intérieur des chambres, les personnes vont faire le même travail à l'AMF.
Donc, je ne vois pas pourquoi une personne, soudainement, perdrait son
expertise parce qu'elle... maintenant travaille à l'AMF, plutôt que dans la
chambre. Si, en effet, on éliminait les chambres et personne d'autre ne
s'occupait de ce que les chambres font, alors là,
oui, ce serait bien sûr un problème. Mais ces fonctions-là, cette mission-là va
être exercée par les mêmes personnes à l'AMF.
Et d'ailleurs il ne faut
pas non plus oublier que c'est l'AMF qui délègue ses pouvoirs aux deux
chambres. Donc, ça revient maintenant à l'AMF.
J'aimerais que vous nous expliquiez un peu pourquoi vous voyez cela comme
un affaiblissement de l'encadrement.
Le Président (M. Girard,
Trois-Rivières) : M. St-Amant.
St-Amant (Jacques) : Je
serais tenté, d'abord, d'avoir l'insolence de vous retourner la question : Pourquoi, au fait, abolir
les chambres? Où est la justification? Mais c'est un débat qu'on pourra avoir
ailleurs.
Mais, si on
fait un changement, c'est qu'on veut produire des effets, et il nous paraît
que... Deux choses. D'une part, le
régime actuel de l'autorité, est un organisme intégré, ça nous paraît en soi une question
qui est digne de discussion. On le
voit, un peu partout dans le monde actuellement on se dirige de plus en plus vers des régimes
bicéphales. L'OCDE a déjà écrit que c'était le benchmark. Alors, il y a
là, au départ, une question. Il y a déjà beaucoup de fonctions dans cet organisme, c'est
remis en cause ici et là. Est-ce qu'on veut en ajouter? Ça, c'est un élément.
Le deuxième, c'est que les chambres, depuis une
vingtaine d'années, jouent un rôle important de plusieurs manières, et notamment elles assurent
l'implication active des représentants dans les processus d'élaboration des
normes et d'application des normes. Les
représentants sont les membres. Ils sont représentés au conseil
d'administration. Ils peuvent participer à des comités de travail. Ils
sont membres des comités de discipline. Ils peuvent jouer un rôle actif,
concret dans la fabrication des normes. Et,
en principe, c'est le propre d'un régime quasi professionnel, ils le font parce
qu'ils y ont un intérêt collectif. Le professionnel a un intérêt particulier à
ce que sa profession soit bien protégée parce que c'est la réputation de tout
le groupe et donc sa réputation comme professionnel qui est également en jeu.
Si on transfère ces attributions à l'autorité,
bien, on perd tout cet apport démocratique, si on veut, toute cette participation des représentants et des acteurs de
la société civile. Parce que nous interagissons avec les chambres, tout
ça s'en va à l'AMF, avec des gens qui sont très certainement pleins de bonne
volonté mais qui auront de très nombreux mandats,
parfois divergents, à gérer ensemble. Et on se dirige aussi possiblement... et
on sait qu'il y a des entreprises qui le
souhaitent, on se dirige possiblement vers une situation, à terme, dans cinq
ans, dans 10 ans, où l'autorité se dirait : Oui, on a repris
ces attributions, mais c'est un peu compliqué à gérer, c'est un peu lourd.
Alors, pourquoi on ne déléguerait pas tout ça à
un organisme d'autoréglementation qui, si on regarde les modèles qui existent actuellement dans les
secteurs analogues, sont très souvent dominés non par les représentants,
mais par les grandes entreprises et sont
généralement des organismes pancanadiens? Ça a l'avantage, pour ces grandes
entreprises, qu'il y a des normes uniformes,
mais souvent moins élevées que ce qu'on voit au Québec. Et, pour des secteurs
de la société civile québécoise, bien, c'est un obstacle de plus à la
possibilité de jouer un rôle actif dans l'élaboration des normes.
Alors, de un,
on n'y voit pas d'avantage, de deux, on y voit des inconvénients à court terme
et, de trois, on y voit un risque hypothétique, nous en convenons, à
long terme. Alors, nous sommes sceptiques.
Le Président (M. Girard,
Trois-Rivières) : M. le ministre.
Leitão : Très bien. Bon, ça ne vous ne surprendra pas que je vous dise
que je ne suis pas de cet avis-là. Je pense que, bon, d'abord, on a procédé à d'importantes consultations, cela n'a
pas été fait rapidement sur un coin de table. En fin de compte, le projet de loi n° 141 fait suite
à sept, je pense... six rapports d'application de différentes lois. L'industrie
du secteur a été consultée abondamment. Et,
comme vous avez constaté, c'est un projet de loi quand même majeur.
Donc, ça n'a pas été improvisé. Alors, on a réfléchi tout ça.
Le coeur de la question, à mon avis, et vous
l'avez touché, concerne l'AMF, donc concerne l'expertise de l'AMF, concerne la mission de l'AMF. Vous avez
mentionné qu'il y a maintenant, dans le monde post-2008... qu'il y a une
tendance maintenant à s'éloigner des
régulateurs intégrés, plus ou moins. Moi, je pense que le modèle que nous
avons au Québec, le modèle de l'AMF, d'un
régulateur intégré, je pense que ce modèle a fait ses preuves, justement, suite
à 2008. Et ce que nous, on voit,
quand on parle à nos homologues des autres provinces canadiennes, c'est que,
justement, le modèle québécois semble bien fonctionner et semble
d'ailleurs être supérieur à ce qui existe ailleurs au Canada. Alors, moi, je
pense que ce que nous avons comme modèle fonctionne bien.
Et la raison
pour laquelle on a procédé à cette intégration des chambres à l'AMF — encore une fois, on n'abolit pas les chambres, on transfère sa mission à
l'AMF — c'est
justement pour mettre fin a une certaine ambiguïté qui existait souvent
et qui se manifestait souvent quand il y avait, malheureusement, des choses qui
fonctionnaient moins bien, quand il fallait se plaindre à quelqu'un, quand il fallait
chercher un redressement parce qu'il y aurait eu un mauvais service, ou une malversation, ou quoi que ce soit.
À ce moment-là, il y avait confusion de qui fait quoi, qui réglemente
quoi. Est-ce que c'est la chambre? Est-ce
que c'est l'AMF? Est-ce qu'on avertit la chambre? Mais, si on avertit la
chambre, on risque de dérailler un procès
que l'AMF pourrait faire. Donc, je pense qu'on était arrivé à un point où il
fallait procéder à cette intégration des...
D'ailleurs,
lors de la création de l'AMF, je pense que l'intention du législateur était
d'arriver là où on est aujourd'hui, d'arriver
à cette étape. Ça n'a pas été fait tout de suite, la création de l'AMF. Ça
aurait été trop de changements, peut-être, d'un coup. Mais l'intention
était là, à mon avis, de procéder à cette étape où nous allons maintenant.
Mais
j'aimerais vous amener maintenant, parce que je vois que le temps file quand même, à l'autre aspect que je trouve très important, et ça a été
mentionné par d'autres groupes, quand on s'est réunis en décembre, la
distribution d'assurances surtout par Internet. Donc, si j'ai bien compris,
vous trouvez que c'est quelque chose qui n'est pas dans l'intérêt du consommateur, donc, de permettre la
distribution par Internet. Pouvez-vous nous expliquer un peu votre point
de vue à cet égard?
M. St-Amant (Jacques) : On va expliquer, mais
d'abord deux toutes petites choses à l'égard de votre dernière intervention.
Nous ne constatons pas sur le terrain qu'il y ait de confusion à l'égard des
organismes réglementaires. Les associations à qui nous avons parlé savent très bien qui fait quoi. Nous parlions
aux gens d'Option
Consommateurs, hier, qui nous disaient :
Nous, nous rencontrons des consommateurs sur le terrain régulièrement qui ne
perçoivent pas cette confusion. Alors, je ne sais pas où elle existe.
l'égard des consultations qui ont eu lieu, notamment, en 2015, simplement un exemple. Dans le rapport
du ministre sur la
Loi sur la distribution de produits et services financiers, à la
page 14, si j'ai bonne mémoire, on a un passage où on dit : La distribution
de biens en ligne, ça ne pose aucun problème particulier. Un paragraphe
comme ça reflète une méconnaissance,
en toute déférence, profonde, du droit de la consommation. Simplement
dans la loi québécoise sur la protection du consommateur, il y a
16 articles visant spécifiquement le commerce en ligne. En Europe, il y a
quelques directives. Il y a des problèmes
particuliers reliés à la distribution de produits en ligne. Et il y a également
des problèmes ou des risques particuliers reliés à la distribution de produits
financiers en ligne. Nous ne sommes absolument pas contre la distribution d'assurance en ligne, nous ne sommes
pas... Mais il nous paraît que c'est un type d'activité qui peut
comporter des risques.
faut s'assurer de bien informer les consommateurs. Il faut s'assurer qu'ils ont
accès à des personnes compétentes qui
peuvent leur donner de l'information s'ils en ont besoin. Il faut peut-être se
demander si tous les produits d'assurance devraient pouvoir être diffusés, ou mis en ligne, ou mis en vente sur
Internet. Il y a peut-être des produits trop complexes qui n'ont pas
leur place, tout simplement. Alors, il nous paraît qu'il y a une réflexion à
terminer, une réflexion qui est inachevée.
Nous avons l'impression, en toute déférence, que le projet de loi dit un peu à
l'industrie : Vous pourrez prélever des renseignements comme vous
le voulez, vous mettez tout ça en ligne, et nous avons entièrement foi en vous,
chers assureurs, que tout se passera bien.
Nous avons, l'expérience aidant, un petit peu de difficultés à être aussi
optimistes.
Le Président (M.
Girard, Trois-Rivières) : M. le ministre, il vous reste
30 secondes.
Leitão : Ah! 30 secondes. Écoutez, ça ne se passe pas comme ça, je
vous rassure. La vente par Internet, la distribution, se fait, maintenant, ça se fait. Donc, il ne faut pas non
plus être naïf. Ça se fait. Nous, avec notre projet de loi, ce qu'on fait, c'est qu'on va l'encadrer pour
justement protéger les consommateurs. Parce que sinon, si on ne faisait
rien, on ne peut pas l'interdire, ça ne
marcherait pas, et, si on ne l'encadrait pas, on pourrait se trouver alors là,
oui, dans une situation où on pourrait avoir une espèce d'ubérisation du
marché de l'assurance.
Le Président (M.
Girard, Trois-Rivières) : Désolé de vous interrompre, M. le
ministre...
M. Leitão :
Il fallait l'encadrer.
Le Président (M. Girard, Trois-Rivières) : ...le temps est terminé. Nous allons maintenant
passer avec le premier groupe d'opposition. Donc, on laisse la parole à
M. le député de Rousseau.
M. Marceau :
Oui. Merci, M. le Président. Alors, bonne année à tous les collègues. Je vous
en souhaite une fructueuse et en santé. Et
bonjour, Mme Bleau, M. St-Amant. Merci pour votre mémoire. J'ai quelques
questions... enfin, j'ai beaucoup de
questions, mais je vais restreindre les questions avec le temps que j'ai.
Peut-être commencer par un énoncé que vous faites qui m'apparaît
important, puis j'aimerais juste avoir quelques précisions.
Vous
dites, en 9.1, là, dans la liste de vos recommandations, que vous aimeriez avoir
un encadrement qui favorise la concurrence. Et moi, je suis très
préoccupé, là, de concurrence, puis on sait qu'en Occident puis en particulier
en Amérique du Nord, il y a des preuves de
plus en plus importantes que la concurrence ne joue plus autant son rôle
qu'elle le faisait dans le passé. Avez-vous,
pour le secteur financier, vous... puis vous qui avez l'expérience du terrain
en particulier, là, avez-vous
identifié des secteurs dans lesquels la concurrence laisse à désirer, dans lesquels les prix sont trop élevés, dans lesquels les consommateurs paient trop? Est-ce que
vous avez ce genre... avez-vous été en mesure d'identifier des secteurs
comme ceux-là, des produits? Voilà.
M. St-Amant
(Jacques) : À l'égard du marché de services bancaires, entre
guillemets, la situation est assez claire,
Desjardins occupe, grosso modo, 40 %
du marché; dans certaines régions, davantage. Alors, il y a là un défi.
Je serais étonné que la concurrence augmente beaucoup dans un avenir
prévisible, avec des points de service terrain, et donc il faut peut-être
encadrer un peu mieux pour s'assurer que Desjardins s'acquitte de ses
responsabilités sociales.
Mais,
de façon plus large... parce que, malheureusement, nous n'avons pas les
ressources pour avoir fait le genre d'étude
que nous aimerions faire et dont nous aimerions partager les résultats. Mais je
regarde par exemple, justement, tout ce qui est distribution de produits financiers en ligne et je tiens à
assurer, notamment le ministre, que nous sommes en faveur de distribution de produits en ligne. Notre
appréhension, à l'égard du projet de loi actuel, c'est qu'il n'encadre pas
suffisamment.
en matière de concurrence, ce que nous constatons, c'est fort peu d'arrimage,
par exemple, avec la réflexion qui a
été faite par le Bureau de la concurrence et publiée en décembre dernier sur
les «fintech». Qu'y a-t-il comme
mécanisme dans la loi qui viendrait
faciliter l'arrivée sur le marché d'entreprises qui ont des modèles d'affaires totalement différents et des modèles de distribution
en ligne?
Autre secteur
où ça bouge énormément, c'est celui des paiements. On sait déjà
qu'au niveau fédéral le ministère des Finances a annoncé son intention
de légiférer, une consultation qui a eu lieu l'été dernier. On croit savoir
qu'il pourrait y avoir un projet de
loi sur l'encadrement
des paiements de détail en 2018. Comment ce secteur-là, qui est extrêmement important au
niveau des services financiers, qui
est extrêmement important pour des fournisseurs comme Desjardins...
comment l'arrivée de nouveaux joueurs va-t-elle, par exemple, être facilitée
par le régime?
Et je regarde
la loi actuelle sur les entreprises de services monétaires, c'est essentiellement une loi de police, et on sait
pourquoi elle a été adoptée. Mais je pense à des situations
comme la consommatrice qui fait appel aux services de PayPal : Je vais vous envoyer des fonds par
PayPal. Il va y avoir un intervalle de temps où les fonds qui transitent
entre mon compte et le vôtre sont détenus
par PayPal. Il n'y a actuellement
aucune protection juridique à l'égard de ces fonds-là. Si PayPal fait
faillite, dommage, il y a un de nous deux... enfin, on va devoir se parler. Ça
aurait été intéressant, dans un contexte où ce genre de modèle d'affaires se
diversifie, qui devient de plus en plus important dans le marché, que les services en ligne de ce genre deviennent de plus
en plus importants, ça aurait été intéressant qu'on voie, dans le projet
de loi, des traces qui viendraient poser des balises, qui viendraient commencer
à poser un cadre.
Et ça me
ramène à ce que je disais tantôt à l'égard du processus des consultations qui a
été entamé en 2015. Il nous paraît, en tout respect, que ce qui aurait
été intéressant, c'est qu'une fois que le ministre ait eu ramassé toute cette information il ait publié quelque chose comme un
livre blanc qui aurait pu nous dire : Voici nos grandes orientations
en matière notamment de protection des consommateurs. Et ça nous aurait permis
d'avoir des discussions fascinantes en économie et en droit, sans avoir à
s'accrocher constamment dans les virgules d'un projet de loi. Pour toutes
sortes de raisons, cette étape-là n'a pas eu
lieu, mais il nous paraît que, si on veut bien protéger des consommateurs, si
on veut avoir un régime vraiment du XXIe siècle, il faudrait faire
cet exercice.
Le Président (M. Girard,
Trois-Rivières) : M. le député.
M. Marceau :
Bien, écoutez, merci pour votre réponse. Effectivement, dans le secteur
bancaire, moi, je constate comme
vous, on a quelques grandes banques à charte, on a Desjardins, on a... Ici,
évidemment, au Québec, on a le pouvoir d'agir
sur un de ces joueurs-là, pas sur tous. Alors, c'est une situation qui est
complexe. Maintenant, le fait est que les... enfin, certains indicateurs de concurrence tendent à montrer qu'il n'y
en a pas autant qu'on le désirerait, dans le secteur bancaire, mettons
qu'on va dire ça gentiment comme ça.
Puis j'entends ce que vous dites aussi sur le
fait que les services en ligne, en principe, devraient favoriser les consommateurs. Mais encore faut-il que
l'encadrement soit adéquat et encore faut-il aussi prévoir les mécanismes
d'arrivée de nouveaux joueurs dans ça.
Il y a — d'ailleurs, vous mentionnez la question des
unions réciproques, là, l'assurance pair à pair — d'autres
joueurs, des gros joueurs du secteur des
assurances, là, disons, classiques et
traditionnelles... s'inquiètent de la façon dont c'est introduit dans le
projet de loi. Est-ce que vous avez les mêmes inquiétudes?
St-Amant (Jacques) : À
l'égard de l'assurance pair à pair, je suis tenté de vous ramener deux ou trois
jours en arrière, où, après un cours que je
donnais, une étudiante est venue me voir, et elle m'a dit : J'ai des amis qui participent à un cercle de partage d'épargne; chaque mois, on met
300 $, et, à tous les x mois, il y a quelqu'un qui retire la cagnotte.
Et elle me demandait : Est-ce que c'est légal? Et j'ai frémi, ai-je besoin
de vous dire. Je n'ai même pas essayé de faire l'inventaire de tout ce qui
n'est pas légal dans ça.
Mais on voit actuellement — parce
qu'elle me disait qu'elle a plusieurs amis qui sont dans des trucs comme ça — dans le marché des pratiques de partage
d'épargne, d'assurance pair à pair, qui se développent, qui,
personnellement, me posent une question.
Comment se fait-il que les grandes entreprises ne desservent pas ce marché?
S'il y a des services comme ça qui
émergent, c'est qu'il y a un vide dans le marché, il y a un vide dans l'offre,
là. Mais ça émerge, ça n'est pas encadré. Il y a peut-être de ces
choses-là qu'il faudrait carrément interdire.
À l'égard de
l'assurance pair à pair, pour revenir plus précisément à votre question, le
sentiment que nous avons, sans
l'avoir étudié outre mesure, c'est que c'est un régime qui peut sans doute être
intéressant pour des grandes entreprises, par exemple, pour certains joueurs importants qui ont les ressources
pour évaluer le risque juridique, le risque financier, etc. Mais, pour les consommateurs, c'est tout
simplement... ce genre de services disponibles, ça risque de nous ramener à
ce qui se faisait en assurances à la fin du
XVIIIe siècle. On a appris, depuis, on a mis des règles en place, depuis.
Mais là on a l'air de revenir 200 ans en arrière et de réinventer
la roue.
Et, dans son
rapport, pour revenir à la question précédente, le Bureau de la concurrence
concernant les «fintech» disait :
Écoutez, nous voyons des traces de pratiques de certaines institutions qui
limitent, qui briment la concurrence, qui briment l'entrée dans le
marché notamment. Alors, il y a des choses à explorer, en étant conscient, bien
entendu, des compétences constitutionnelles
partagées entre Québec et Ottawa. Mais il nous paraît — et on n'a pas fait un inventaire, ça serait un autre 200 pages — qu'il y aurait lieu de se pencher
sérieusement sur ces questions-là pour mettre en place un cadre
vraiment, vraiment...
Président (M. Girard, Trois-Rivières) : Désolé, M. St-Amant, je dois vous interrompre. Ceci met fin au
bloc avec la première opposition. Si on veut
laisser une chance égale à tous nos groupes ce matin, donc, on doit être très
stricts au niveau du temps. Donc, je passe la parole au député de Granby pour
son bloc d'intervention de six minutes.
Bonnardel :
Merci, M. le Président. Mme Bleau, M. St-Amand, votre mémoire, c'est une pièce
d'anthologie. Bravo! C'est tout un travail que vous avez fait.
Je veux
commencer rapidement au 3.1, sur la notion de représentant. Pour moi, ça
m'interpelle. Je lis ici... Bon, Option
Consommateurs, j'imagine que vous avez lu les problèmes qu'eux amènent aussi,
qui sont pas mal les mêmes que vous. Vous dites, à la page 84 de votre
mémoire, puis je prends le temps de lire quand même, là : «Par conséquent,
toute personne pourrait, moyennant rémunération, formuler des conseils dans le
domaine de l'assurance. L'activité de conseiller
ne serait plus réservée. Aucune exigence particulière de compétence ne pourrait
être exigée. On serait conseiller en
assurance comme on est conseiller en électroménagers ou en matelas. Il ne faut
pas, d'autre part, se faire d'illusions, une fois les conseils donnés, s'ils semblent crédibles, la décision de
conclure le contrat sera vite prise. Cette évolution législative nous
paraît, avec le plus grand respect, indéfendable.»
Quels sont
les points, pour vous, pour convaincre le ministre? Parce que moi aussi, dans
une certaine mesure, j'ai des craintes énormes, qu'il ne faudrait pas,
comme vous le dites, appliquer ou altérer la notion de représentant.
M. St-Amant (Jacques) : Le projet de
loi n° 141 modifie quelques dispositions de la
loi sur la distribution en retirant le conseil du champ d'activité
attribué aux représentants certifiés. Et c'est ce qui génère notre inquiétude à
cet égard-là... enfin, c'est un des éléments.
Il est
manifeste que l'assurance, c'est un secteur complexe. Il y a eu un certain
nombre de sondages. Il y en a un par
la Chambre de l'assurance de dommages, il y a quelques années, dont on reprend
quelques chiffres, d'ailleurs — et il y a un sondage du CEFRIO également — qui indique que les consommateurs trouvent
que l'assurance, c'est complexe, et ça n'ira pas en se simplifiant.
Si on offre de
l'assurance simplement en disant : Voici un produit, il est moins cher,
signez ici, on risque fort de créer
des situations où les consommateurs vont se retrouver avec beaucoup moins de
protection d'assurance, avec des produits
de mauvaise qualité parce qu'on a, d'une part, cette modification à la loi dont
je vous parlais, à l'égard de la notion de conseil, et il y a une autre modification qui serait apportée à
l'article 27 de la
loi sur la distribution, qui, actuellement, oblige le représentant à vous proposer le meilleur
produit qui correspond à vos besoins. On vient modifier l'article 27
pour dire aux représentants : Vous
n'avez qu'à donner un avis adéquat. Pourquoi, diantre, vient-on, 20 ans
après l'adoption de la loi, nous
dire : On passe de l'argumentation du meilleur produit à la proposition de
quelque chose de correct? Je n'ai pas vu
d'étude. Je n'ai pas vu de plainte manifeste de l'industrie nous disant qu'il y
a un problème. Et là, si on informe moins, si on conseille moins, on met
les gens en danger.
Bonnardel :
Pour ce qui est de la distribution en ligne, vous dites : On n'est pas
contre le fait qu'un citoyen peut aller
acheter assurance automobile, habitation. Option Consommateurs parle d'un
modèle hybride qu'on devrait mettre en place.
Moi, je trouve aussi que m'assurer pour une maison sur Internet, ça peut
peut-être être compliqué. On peut oublier certaines choses. Bon, mon
humble opinion. Quelle sorte de produit vous souhaiteriez retirer un peu?
Est-ce qu'on devrait obligatoirement... Au-delà,
peut-être, de l'assurance automobile ou cliquer «send» pour dire : O.K.,
je pense que j'ai l'assurance qui me
convient, pour ce qui est du reste, est-ce qu'on devrait, comme Option
Consommateurs le propose, avoir un modèle hybride où on devrait parler à
un représentant avant que soit entérinée l'assurance qu'on...
St-Amant (Jacques) : Il y a,
me semble-t-il, beaucoup de produits d'assurance de personnes
qui sont assez complexes merci, assurance vie, tout ça. Il faudrait très
certainement encadrer plus précisément qu'est-ce qu'on nous propose. En assurance de dommages, il faut
voir. Il y a des choses relativement simples. Il faut
voir aussi si vous voulez simplement renouveler votre assurance
habitation avec le même assureur, mais vous voulez voir les prix. Ce n'est peut-être
pas trop problématique. Il serait bien qu'on ait un régime hybride et qu'il y ait
un conseiller qui puisse venir s'assurer
que vous n'avez rien oublié, qu'au fait vous avez acheté quelque chose de neuf, il faut en tenir compte, etc. Mais ça, ça peut
sans doute se faire.
Il y a par contre
des secteurs spécialisés même en assurance de dommages. Je pense
à l'assurance de certains biens de
haute valeur, des assurances de produits de collection. Il y a
des marchés très, très spécifiques où là il serait pratiquement essentiel qu'on puisse peut-être
magasiner, bien sûr, sur Internet, qu'on puisse entamer une démarche, mais qu'il y ait une intervention humaine quelque
part d'un représentant certifié qui viendra s'assurer que vous avez donné
toutes les informations pertinentes, que vous avez bien compris tous les
éléments de la proposition qu'on vous fait et qui nous permettra d'arriver à un
accord, là, des consentements véritablement éclairés.
Le Président (M. Girard, Trois-Rivières) :
Il vous reste 35 secondes, M. le député.
Bonnardel : Rapidement. Vous dites que les modifications proposées au
fonds d'indemnisation soient adoptées, mais qu'on étende davantage le
champ d'application du fonds. L'étendre à qui?
St-Amant (Jacques) : Oui,
bien, il y a un élargissement, un premier élargissement. C'est
une bonne chose. Il y a encore, cependant, beaucoup de types de situations qui ne seraient pas
couvertes. Je pense à tout ce qui est distribution sans représentant. La distribution en ligne ne serait pas couverte
par le fonds d'indemnisation. Alors, il
y a des choses, encore là, à
retravailler, à être révisées sérieusement.
Président (M. Girard, Trois-Rivières) : Merci beaucoup, Mme Bleau, M. St-Amant. Merci beaucoup
de votre contribution aux travaux de la commission.
Donc, je vais
suspendre les travaux quelques instants pour permettre aux représentants du
Mouvement d'éducation et de défense des actionnaires de prendre place
pour continuer cette séance. Merci.
(Suspension de la séance à 11 h 4)
Président (M. Girard, Trois-Rivières) : Donc, nous allons reprendre nos travaux. Nous recevons maintenant
le Mouvement d'éducation et de défense des actionnaires : M. Daniel
Thouin, président du conseil d'administration, et M. Willie Gagnon, coordonnateur.
Bienvenue à la Commission des finances publiques. Donc, vous allez avoir 10
minutes pour votre exposé. Par la suite,
nous allons procéder à des échanges avec chacun des groupes parlementaires.
Donc, sans plus tarder, je vous laisse nous présenter votre mémoire.
M. Thouin
(Daniel) : Merci, M. le Président. M. le ministre, messieurs et dames
députés de la commission, mon nom est
Daniel Thouin. Je suis président du MEDAC depuis maintenant cinq ans. Je
succède à des présidents célèbres comme
M. Michaud, qui a été notre fondateur, en 1995, et aussi M. Daoust, qui a été
président pendant plusieurs années avant
moi. Il y a eu aussi M. Béland, qui a précédé immédiatement ma présidence, et,
bien sûr, le conseil absolument avisé de M. Parizeau, pendant quelques
années avant son décès.
Donc, c'est
une longue tradition que je viens vous présenter ce matin, une tradition d'une
vingtaine d'années de débats,
d'engagement, et beaucoup de volontariat parce que notre petit groupe compte
uniquement une personne à temps plein,
qui est M. Gagnon, à côté de moi, et tous les autres collaborateurs du MEDAC
sont des bénévoles ou des consultants, selon nos besoins.
Donc, le MEDAC a été constitué en 1995 dans le
but de faire valoir au gouvernement le point de vue de ses membres sur le fonctionnement des marchés
financiers, promouvoir une meilleure représentation des actionnaires aux
conseils d'administration des entreprises,
ce que l'on fait annuellement avec des propositions, favoriser une plus
grande transparence dans la gestion des
sociétés par actions, constituer un espace de débat et d'échange, et, enfin,
assurer une formation de ses membres et, plus généralement, de la
population sur les marchés financiers.
Notre conseil
d'administration est constitué actuellement de 10 personnes. Il y a un poste
vacant. Et les neuf personnes
qui constituent notre conseil : il y a moi-même, il y a Mme Beaudoin,
ancienne présidente-directrice générale de l'Association
des femmes d'affaires du Québec, M. Jules Gilbert, qui est trésorier et
qui est un administrateur d'une petite entreprise de gestion, il y a aussi M. Michaud, qui
reste toujours comme fondateur, Mme Julie Biron, qui est
professeure à l'Université de Montréal en droit, Mme Nicole Laveau, qui est ici avec
nous aujourd'hui, qui est présidente du comité des citoyens
de Vanier et aussi représentante de plusieurs associations de retraités, M. Jean
Dorion, qui est un ancien représentant du Québec dans des missions internationales,
M. Mathieu Dupuis, qui est un professeur de la TELUQ en relations industrielles,
M. Léo Marcotte, qui est un président de comité de retraités.
Il y a
aussi trois conseillers spéciaux qui nous secondent : M. Daoust est toujours
présent, M. Frédéric Grotino, qui est un spécialiste en rémunération de
dirigeants d'autres entreprises, et Mme Labrèche, qui vient de se joindre à
nous récemment.
M. Gagnon
(Willie) : M. le Président, bonjour. Bonne année, M. le
ministre, pareillement. Je m'appelle
Willie Gagnon. Vous devez savoir que je suis
aussi président du conseil
d'administration d'Option
Consommateurs et que ce n'est pas à
ce
titre que je suis ici aujourd'hui.
C'est demain qu'Option Consommateurs sera là. Je ne répondrai pas aux
questions relatives au mémoire d'Option. Je suis le seul employé du MEDAC.
Notre mémoire
ne comporte pas 158 pages. On a tenté de se concentrer sur l'essentiel. En
résumé, nous allons vous parler du Fonds d'indemnisation des services
financiers. Nous allons vous parler de la distribution par Internet des produits d'assurance — mais on ne va pas s'étendre là-dessus étant
donné que ce qu'on représente, c'est les actionnaires et non pas les
consommateurs en général — le
Fonds pour l'éducation en saine gouvernance, le Comité consultatif des
consommateurs de produits et utilisateurs de services financiers, l'abolition
ou l'intégration des chambres et puis un commentaire
général. Je vous invite, si vous avez le document de notre mémoire, à nous
suivre à la page 9, où on a regroupé l'essentiel de nos recommandations.
On va s'échanger la balle, moi et M. Thouin, au cours de la présentation.
Premièrement, nous recommandons que le fonds d'indemnisation soit géré et
piloté par un conseil
d'administration indépendant composé de représentants du public, au nombre de
quatre, de représentants inscrits auprès de l'AMF, au nombre de trois, d'un
administrateur provenant du milieu de l'enseignement et d'un représentant de
l'AMF.
Deuxièmement, nous recommandons de développer le rôle de prévention et d'information
du fonds d'indemnisation. L'essentiel
de nos recommandations vise la représentation des consommateurs et des
utilisateurs de produits financiers au sein
des instances. Le plus gros problème
qu'on voit dans la consommation de produits financiers, c'est bien l'information.
Il faut qu'elle circule. Il faut que l'éducation puisse se faire. Et, si l'État ne s'en charge pas, il va falloir que ça soit
les entreprises qui le fassent. On ne veut pas ça. On préférerait que ça se passe
autrement. Et puis on pense que ça pourrait être un des rôles du fonds
d'indemnisation de s'occuper d'éducation, comme ça devrait aussi être le mandat
d'autres organismes, mais on y reviendra plus tard.
Pour ce qui est des assurances, je vous laisse
aller.
M. Thouin
(Daniel) : O.K. En ce qui concerne la distribution d'assurance par Internet, on a beaucoup
d'éléments qui viennent comme mettre
en questionnement cette possibilité-là. À la page 5 de notre mémoire, on vous dit
ceci. Les contrats d'assurance qui
seraient distribués par Internet auraient les capacités d'être avec ces défauts
suivants. Ça pourrait être des
contrats invalides. Ça pourrait être aussi des assurances qui sont inadéquates.
Ça pourrait être des assurances qui seraient
trop coûteuses pour le consommateur. Ça pourrait être des assurances qui
seraient multiples. Déjà, les gens
seraient déjà couverts
par d'autres types d'assurance. Le consommateur choisit une assurance
uniquement pour le prix sur Internet, donc
il ne considère pas nécessairement la qualité de l'offre. Les conseils
prodigués via les médias sociaux sont toujours comme aléatoires et non nécessairement de bonne qualité. Les médias
virtuels s'empareraient de ça et feraient en sorte que les contrats
d'assurance pourraient être très vulnérables. La fuite de renseignements
personnels aussi est un élément important qu'il faudrait considérer. Et enfin
les mégadonnées qui seraient générées par ce genre de travail là vont aussi
possiblement être des dangers de vol d'identité.
Donc, la
partie assurance, ce que l'on vous recommande, c'est de la reporter carrément à
la fin, lorsqu'on aura la réglementation qui va s'attacher à la
distribution par Internet des produits d'assurance.
M. Gagnon (Willie) : Le fonds
d'éducation à la saine gouvernance, ça a été notre mamelle pendant plusieurs années. Ce fonds-là nous a permis de nous financer
et d'enseigner les rudiments des produits financiers et des affaires touchant à l'argent auprès de nos membres, auprès
de la population en général. C'est un fonds très important, qui est doté
de 43 millions de dollars. Ça se trouve à la page 47 des derniers états
financiers de l'AMF. On veut que ce fonds-là soit maintenu. Il est question qu'il soit aboli. En fait, l'article dans
lequel il a été créé, il n'en est plus question maintenant. Et puis non seulement ça, mais le robinet auquel
s'abreuvait ce fonds-là a été changé de place, donc est passé, en partie,
là, des mains de l'AMF aux mains du ministre. On le déplore, évidemment. On
veut la survie de ce fonds-là. On est parfaitement
conscients que le mandat d'éducation de l'AMF demeure, mais on voudrait que le
fonds y demeure attaché. C'est un montant important qui est absolument
essentiel dans l'écosystème dans lequel on vit.
M. Thouin
(Daniel) : On vous mentionne
immédiatement qu'on utilise actuellement le fonds d'éducation à la saine gouvernance, là, pour un de nos produits-phares qui
est distribué auprès des retraités, avec, entre autres, la FADOQ et Éducaloi.
Donc, on a déjà un produit de formation, là, en collaboration avec le fonds.
Le quatrième point. La création d'un comité
consultatif des consommateurs. Là, ici, on se réjouit qu'effectivement il y ait
à l'intérieur de l'AMF ce genre de comité et on veut tout simplement lui donner
une certaine crédibilité en tant que
constitution. On ne voudrait pas que ce soit un comité qui est constitué uniquement
de personnes nommées par la direction
de l'AMF, mais on voudrait qu'il y ait aussi des postes dédiés dans ce comité. Donc,
on vous propose effectivement une représentation des
organismes qui sont déjà sur le terrain pour être présents sur le comité
en question. On vous mentionne, entre
autres, que le MEDAC pourrait être effectivement un des membres de ce comité-là.
Et je veux
juste vous souligner en aparté que le MEDAC a été le seul organisme canadien à
être reconnu comme représentant des
actionnaires auprès d'une poursuite qui a été faite à la Cour suprême du
Canada. Donc, pour nous et pour le Québec, le MEDAC est un actif très
important.
On voudrait
aussi que... Dans le cas de l'abolition des chambres, on ne s'oppose pas à
cette abolition. On pense, un peu comme le ministre, qu'il y aurait
correspondance entre les demandes des consommateurs et les différentes montées des dossiers de réclamation. Si vous voyez
le dossier de la Chambre de sécurité financière, on a dénombré, en 2016, uniquement 27 dossiers qui relevaient
strictement d'une poursuite contre des vols ou des utilisations mal
appropriées des argents des consommateurs.
M. Gagnon (Willie) : De manière
générale, on a un commentaire sur l'ensemble du projet de loi. Pour ce qui est
des mesures qui touchent aux consommateurs de produits financiers et non pas de
produits d'assurance, on trouve qu'il y a
une très forte augmentation du pouvoir de l'AMF et on trouve que cette
augmentation de pouvoir là devrait être encadrée. Non seulement elle
devrait être encadrée, mais la participation des consommateurs de produits
financiers devrait être inscrite dans la loi, comme on le suggère dans
plusieurs de nos recommandations.
Le Président (M. Girard,
Trois-Rivières) : Merci beaucoup. Donc, nous allons immédiatement
passer à la période d'échange, et je passe la parole à M. le ministre des
Finances.
Leitão : Très bien. Merci beaucoup. Alors, M. Thouin et M. Gagnon, bonjour.
Merci d'être là. Merci de nous avoir
fait part de vos commentaires. Je sais que c'est un peu... C'est rapide, hein?
C'est juste 10 minutes. Ce n'est pas assez.
C'est un vaste sujet. Mais j'apprécie vos commentaires et j'apprécie aussi que
votre mémoire soit bref, mais quand même assez détaillé. Et vous allez
droit au but, et c'est très utile pour nous.
Maintenant, quelques choses, quelques petits
points que j'aimerais discuter un peu avec vous. Peut-être, pour commencer, M. Gagnon, je pense, vous aviez
commencé à parler de l'intégration des chambres à l'AMF, puis on a dû
vous arrêter parce que le temps pressait. Est-ce que vous pouvez continuer dans
cette voie-là?
M. Gagnon
(Willie) : Bien, d'emblée, je suis dans une position très difficile
parce que je travaille pour le MEDAC, qui
n'a pas la même position que l'organisme que je préside. Donc, j'aimerais me
garder un droit de réserve là-dessus. J'ai
une opinion qui n'est pas nécessairement celle exactement du MEDAC. Je suis
d'accord avec certains aspects de la position, mais je me garde une
réserve. Si vous permettez, je vais laisser parler mon président.
M. Thouin
(Daniel) : M. le ministre, on a été consultés, effectivement, comme bien d'autres, dans le cadre de la préparation de cette immense loi de changements importants
de services financiers. Et un des éléments qui nous apparaissait
fondamental de votre réforme, c'est le fait qu'on continue dans l'AMF les mêmes
services que ce que les chambres accordent actuellement auprès des
consommateurs, des utilisateurs des services financiers. Dans cette
démarche-là, ce qui nous a préoccupés lors de la consultation,
ça a été le fait... Est-ce qu'il y a un gain quelque part dans cette intégration? Et le gain que je voudrais que vous
puissiez constater éventuellement, et surtout que vous allez mettre en place un comité de suivi consommateurs et épargnants,
c'est qu'on soit capables de voir ce qui se passait maintenant
et ce qui va se passer par la suite,
donc d'identifier clairement dans le projet
de loi qu'il pourrait y avoir une
comptabilité distincte des activités
que les chambres faisaient versus ce que l'AMF va mettre en place. Mon
inquiétude, et comme probablement bien d'autres,
là, c'est que l'AMF a déjà une structure assez importante. Ils sont plus de
700 employés avec sept directions générales et quasiment une quinzaine
de directions particulières.
Donc, pour nous, là, il ne faut pas qu'on noie
le poisson dans l'aquarium, là. Et, si on veut donner un mandat spécifique, plus clair et plus novateur, au comité
de consultation consommateurs et épargnants, bien, il faut lui donner
des outils pour pouvoir travailler, et un
des outils, c'est le maintien d'une comptabilité distincte avec des résultats
pour qu'on soit capables de voir, avec les années, quel est le gain
qu'on va pouvoir faire de l'intégration.
Le Président (M. Girard,
Trois-Rivières) : M. le ministre.
Leitão : Très bien. Merci beaucoup. Vous avez aussi mentionné, entre
autres choses, le fonds d'indemnisation. Alors, le fonds
d'indemnisation, comme toute la politique autour de l'indemnisation, a été
critiqué par plusieurs, à commencer par le
Vérificateur général, qui avait émis certaines critiques, et, je pense, avec
raison. Et, avec les changements que nous faisons, il me semble que nous
répondons un peu à ces questions-là. Et surtout, à mon avis, et c'est que j'aimerais avoir votre opinion là-dessus, je pense
qu'on met fin à un certain nombre d'ambiguïtés qui existaient, où on mettait sur le dos de l'épargnant ou du
consommateur beaucoup trop de demandes, beaucoup trop d'exigences parce
qu'il fallait qu'il soit au courant de quel type de permis avait vendu quel
type de produit. Et donc, à la fin, bien, personne n'était indemnisé, là. C'était vraiment une grande confusion. Là,
maintenant, il me semble que ça va être beaucoup plus clair. Un certifié qui vend un produit, quel que
soit le produit, bon, il va être couvert. Alors, si vous pouvez me
donner votre opinion sur ça.
Le Président (M. Girard,
Trois-Rivières) : M. Gagnon, allez-y.
M. Gagnon
(Willie) : Bien, vous comprenez, on a souligné dans notre mémoire les
conclusions de la vérificatrice. Puis
vous avez remarqué que, sur les moyens que vous avez entrepris pour régler la
question, on s'est tus parce qu'on est d'accord jusqu'à un certain
point. Nous, ce qui nous importe, c'est que les consommateurs soient
représentés sur ce comité-là. Donc, on veut
être certains d'avoir une voix au chapitre. On ne veut pas être à l'écart de
comment ça fonctionne, comment ça va
s'incarner au bout du compte, parce qu'au bout du compte, si on laisse tout ça
seulement à l'AMF, bien, le consommateur se trouve où là-dedans? C'est
ça, tout l'enjeu de ce qu'on fait, nous, dans la vie, c'est d'essayer de représenter un intérêt qui n'est pas ni celui de
l'industrie ni celui de l'État, mais celui de la population en général.
C'est pour ça que la société civile existe,
hein, puis qu'elle a ses représentants. Donc, on veut avoir des sièges là, pas
nécessairement le MEDAC en tant que tel,
mais on veut que les organisations de la société civile puissent être
représentées. On ne se prononce pas sur le fond de l'élargissement des
devoirs du fonds d'indemnisation. On est essentiellement d'accord avec la
Vérificatrice générale puis on conçoit que le projet de loi a été conçu pour
essayer d'améliorer les choses.
Président (M. Girard, Trois-Rivières) : M. Thouin, avez-vous quelque chose à ajouter? M. Thouin,
allez-y.
M. Thouin
(Daniel) : Oui, juste pour, dans le fond, renforcer un peu la question
du ministre, là, on a relevé un certain
nombre de professions ou de cadres professoraux qui sont actuellement sous la
gestion des chambres, là. Je veux juste
vous les nommer vite, vite, vite, puis ce n'est pas exhaustif, là. Il y a des
conseillers en placements, des conseillers en épargne, des conseillers en épargne collective, des courtiers de plein
exercice, des courtiers à escompte, des conseillers en services financiers, des représentants d'assurance
de personnes, des représentants d'assurance collective de personnes et
des conseillers en sécurité financière. Le
consommateur ne peut pas s'y retrouver là-dedans. Donc, l'amélioration que
vous avez faite de la gestion du fonds
d'indemnisation en élaguant jusqu'à un certain point ce genre de problème, pour
nous, c'est un avantage
extraordinaire puis ça va être un avantage aussi de tout le système. On va
pouvoir rationaliser un peu le coût des cotisations que ces gens-là
doivent payer pour pouvoir vendre un, deux, trois, quatre produits.
Le Président (M. Girard,
Trois-Rivières) : Merci. M. le ministre.
Leitão : Oui, absolument, vous avez tout à fait raison. Alors, si on
peut parler un peu du comité consultatif des consommateurs, donc, qu'on
met en place, donc vous nous recommandez, si j'ai bien compris, que la
nomination des membres de ce comité ne
relève pas exclusivement de l'AMF. Donc, quel serait le mécanisme que vous
voyez pour rendre ça plus représentatif?
Le Président (M. Girard,
Trois-Rivières) : M. Gagnon.
M. Gagnon
(Willie) : Le choix de mécanisme, c'est compliqué. Ça peut être toutes sortes de choses. Ce qui
nous inquiète, c'est que ça relève d'une
seule personne pour le moment. On aimerait qu'il y ait en place au moins
un comité duquel relèveraient des recommandations faites au président de l'autorité.
C'est certain qu'ultimement il va lui appartenir de déterminer qui va
être au comité, mais l'idée est de faire en sorte qu'il ne soit pas seul
là-dedans. Ce qu'on déplore, c'est l'augmentation encore
une fois de son pouvoir. Et puis ce qu'on voudrait aussi, c'est que certains
sièges soient réservés à la société civile, à certaines organisations.
Le Président (M. Girard,
Trois-Rivières) : M. le ministre.
M. Leitão : Oui, mais vous savez
aussi qu'il y a le... Donc, le conseil consultatif de l'AMF va conseiller le
président de l'AMF dans ce processus-là de nomination, et, bon, le ministre...
On va aussi avoir notre mot à dire dans ce processus-là.
La vente par
Internet, là, si j'ai bien compris, vous êtes très préoccupés par un tel
processus. Et, d'entrée de jeu, oui, je comprends très bien et je
partage un peu vos préoccupations. Mais c'est un peu pour ça que nous avons
décidé d'encadrer cela, parce que ça se fait
déjà, la vente par Internet se fait déjà. On peut l'aimer ou ne pas l'aimer,
mais ça se fait et ce n'est pas encadré du tout. Donc, il fallait, à
notre avis, mettre ne serait-ce qu'un minimum d'encadrement en place pour
éviter justement des histoires qui pourraient être bien malheureuses plus tard.
La question
que vous avez soulevée, et le groupe précédent aussi, c'est qu'en effet il y a
certains produits... Bon, l'assurance,
c'est complexe. C'est aussi très simple, mais ça peut devenir très complexe. Et
donc certains produits ne sont pas
tout à fait appropriés pour être distribués de cette façon-là. Alors, la
question est comment est-ce qu'on adresse ça. Est-ce qu'on adresse ça à l'intérieur d'un projet de loi, qui est, à mon
avis, un instrument quand même assez lourd pour déterminer qu'est-ce qui est éligible ou qu'est-ce qui ne l'est pas? La
route que nous avons choisie, c'est que ça sera à l'AMF, un peu plus
tard, à élaborer les règlements, élaborer l'encadrement par règlement, et donc
qui peut répondre très rapidement aux
changements dans le marché parce que, vous le savez très bien, c'est un marché
qui va évoluer assez rapidement. Et donc, si on essaie de figer dans un
projet de loi des règles très lourdes, on sera toujours à un mois de rattrapage. Donc, en permettant à l'AMF, à
l'autorité, d'émettre ces règlements au fur et à mesure, moi, je pense
qu'on va sortir gagnants. Je suis tout à fait d'accord avec vous que certains
produits, surtout dans l'assurance vie...
Le Président (M. Girard,
Trois-Rivières) : M. Thouin.
M. Thouin
(Daniel) : Entre-temps, avant qu'on reçoive directement l'ensemble des
règles que l'AMF va mettre ensemble, est-ce qu'on pourrait tout
simplement reporter spécifiquement les règles de vente d'assurance Internet
tout simplement à plus tard, lorsqu'on
connaîtra les règles que l'AMF va se donner, tout simplement scinder ça du
projet de loi, tout simplement, juste ça?
Leitão : Enfin, non, je ne suis pas d'accord avec ça parce que ce
phénomène se passe déjà. Ça existe déjà, là. La vente se fait déjà par Internet. Et donc il y a quand même une certaine
urgence à ce qu'on l'encadre, comme par exemple le fait qu'on va dire qu'un consommateur aura
10 jours pour annuler son contrat s'il trouve qu'après réflexion ce
n'était pas la bonne chose à faire, l'obligation que l'entreprise qui
offre le service en ligne d'avoir un représentant certifié qui peut répondre aux questions. Donc, il y a déjà un
certain nombre de choses qui se font, et ça va être raffiné au fur et à
mesure que ça progresse parce qu'en effet c'est un domaine qui évolue
rapidement.
Vous avez mentionné une chose. C'est un peu lié,
mais ça m'a un peu intrigué. Vous avez mentionné, je me rappelle plus lequel des deux,
qu'à votre avis l'AMF va avoir trop de pouvoirs. Je ne sais pas s'il y a beaucoup de temps ou malheureusement pas.
Le Président (M. Girard, Trois-Rivières) :
30 secondes.
M. Leitão : Qu'est-ce
que vous voulez dire par que l'AMF a
trop de pouvoirs, grosse concentration de pouvoirs?
Le Président (M. Girard,
Trois-Rivières) : M. Gagnon.
M. Gagnon (Willie) : Ce qu'on
déplore, c'est l'augmentation du pouvoir, de la puissance de l'AMF sans contrepartie pour nous. Vous comprenez? Donc,
l'AMF pourrait avoir beaucoup de pouvoirs. Si le nôtre augmente au sein des instances, on va être contents. Ce qu'on
trouve, c'est que c'est déséquilibré.
Donc, la plupart de nos recommandations visent l'intégration des
représentants de la société civile au sein des instances de l'AMF, hein?
Essentiellement, c'est ça, le sens de notre intervention.
M. Leitão : ...comité
consultatif, bon, mais je pense qu'on en traitera...
Président (M. Girard, Trois-Rivières) : Malheureusement, ça met fin à cette période d'échange. Nous
allons donc passer du côté de la première opposition avec le député de
Rousseau.
M. Marceau : Oui, merci. Merci,
M. le Président. Bonjour, M. Thouin, M. Gagnon.
Peut-être juste pour aller sur ce dernier point,
effectivement, avec le pouvoir, avec la capacité d'agir devrait apparaître aussi la reddition de comptes et, en
tout cas, un mécanisme de «checks and balances» comme disent nos amis ailleurs. Effectivement, tout n'est pas présent.
Moi, je partage votre analyse. Cela étant, moi, je suis pour une autorité
qui soit capable d'agir et puis qu'elle ait
les moyens des responsabilités qui lui incombent. Mais je constate comme vous
qu'il n'y a pas tous les mécanismes de reddition de comptes qu'on pourrait
désirer, mais je vais changer de sujet.
l'abolition des chambres, les intervenants avant vous puis d'autres, là, sont
venus nous dire que l'autoréglementation,
c'était une façon de faire qui fonctionnait bien. Puis effectivement les
organismes d'autoréglementation sont
présents dans plusieurs secteurs, évidemment pour plusieurs professions, hein,
au Québec. Ils sont présents aussi dans même certains sous-secteurs du
secteur financier. Qu'est-ce qui fait, pour vous, que, dans le secteur de
l'assurance, l'autoréglementation, c'est
moins bien puis que c'est préférable de laisser de côté l'autoréglementation
pour confier le mécanisme d'encadrement des assureurs à l'autorité?
Le Président (M. Girard,
Trois-Rivières) : M. Thouin ou M. Gagnon.
M. Thouin (Daniel) :
M. Gagnon va répondre.
Le Président (M. Girard,
Trois-Rivières) : M. Gagnon, allez-y.
M. Gagnon
(Willie) : On n'est pas nécessairement contre l'autoréglementation,
mais, dans l'état actuel des choses, on
n'a pas grand-chose à dire sur l'administration des chambres. Jusqu'à un
certain point, il a été évalué, au MEDAC — là, je ne parle pas pour Option Consommateurs, je le
répète, là — il a été
évalué, au MEDAC, qu'il y avait l'occasion, avec l'intégration des chambres, d'augmenter le pouvoir que pourraient avoir
les consommateurs sur ce que va faire l'AMF dans ce domaine-là. Présentement, ce n'est pas possible, là. On ne peut pas
siéger à la chambre. Il n'y a pas de représentant du public à la chambre. Là, il y a un comité
consultatif qui a été habilement conçu par le ministre jusqu'à un certain
point. On a nos critiques, mais, au MEDAC,
il y a des gens qui ont vu là l'occasion d'augmenter le pouvoir que pouvaient
avoir les citoyens sur leur devenir.
Tout ça est
dit, on a quelques réserves aussi, là. Il y en a qui, chez nous, craignent que
l'intégration des activités de la
chambre à l'AMF puisse permettre plus facilement à l'AMF de déléguer certaines
responsabilités à l'OCRCVM, comme
c'est déjà le cas pour certaines choses. Par exemple, présentement, la Chambre
de la sécurité financière s'occupe des représentants en épargne
collective, et puis partout ailleurs au Canada, sauf à Terre-Neuve, bien, ils
sont tous regroupés. Il serait facile pour
l'Autorité des marchés financiers de déléguer ça à une autorité pancanadienne,
tandis que, si la Chambre de la
sécurité financière continue d'exister, ça serait plus compliqué. Bref, il y a
des réserves. Il y a des réserves, sauf qu'on ne s'oppose pas a priori à
l'intégration.
M. Marceau : Non, je comprends.
Je comprends.
Le Président (M. Girard,
Trois-Rivières) : M. le député de Rousseau.
M. Marceau : Puis merci pour
votre réponse, là, puis je...
M. Marceau : Oui, oui, je pense que
je comprends. En même temps, le fond de ma question, c'est : Est-ce qu'il y a des particularités dans le secteur
financier qui font que, justement, les consommateurs devraient avoir plus
leur mot à dire que dans le cas des médecins
ou d'autres professions, là? J'essaie de voir quelle est la particularité qui
fait que l'autoréglementation, qui est utilisée, là, pour la
déontologie, la discipline, dans plein de professions au Québec... qu'est-ce
qui fait que, quand on arrive au secteur financier, c'est différent?
Mais je
comprends qu'il y a quelque chose de bénéfice au... d'avantageux au fait que
les consommateurs puissent participer, à travers l'AMF, là, comme vous
le suggérez. Puis en même temps, je comprends qu'il y a les bénéfices de l'autoréglementation, du fait que les pairs
s'assurent que leur profession est une profession exemplaire. Il y a
aussi des avantages là puis il y a quelque
chose qui se passe, quand on pense au secteur financier, là, il y a quelque
chose qui arrive quand on pense au secteur financier, qui semble
disparaître, puis j'essaie de voir quels sont ces facteurs-là, là.
Le Président (M. Girard,
Trois-Rivières) : M. Thouin.
M. Thouin
(Daniel) : M. le Président, un des premiers facteurs qui fait qu'il y
a une distinction très importante, c'est
qu'on sait ce que c'est, un ingénieur, on sait ce que c'est, un médecin, on
sait ce que c'est, une infirmière. Mais, dans l'énumération que je vous
ai donnée tantôt, chacune des catégories de personnes que je vous ai nommées
est attachée à un produit à vendre, à un produit qui est distribué par un
manufacturier financier. Et, dans ce cadre-là, la notion de professionnel qui est unique et qui est capable de
faire tout, dans la même personne, est impossible à gérer. Si vous
regardez la composition des comités
déontologiques de la chambre, ils sont composés d'à peu près une cinquantaine
de personnes, si ce n'est pas plus.
Donc, chaque petit groupe de conseillers a son propre comité déontologique. Ça
devient extrêmement ardu à gérer.
Donc, je
pense qu'effectivement l'intégration à l'intérieur de l'AMF, où les
manufacturiers vont être présents et où les vendeurs ou les représentants de ces manufacturiers-là vont être
présents sur une même table, va faciliter la compréhension de l'un et de l'autre et va surtout bien enligner
les consommateurs, les utilisateurs de plans d'épargne dans les mêmes règles. Parce qu'actuellement, là, je...
En tout cas, moi, je suis un consommateur de services financiers, et je ne suis
pas le dernier venu, là, j'ai
travaillé au gouvernement pendant plusieurs années, et j'aurais beaucoup de
difficulté, si j'avais un problème
financier, à retracer quelles règles, quel fonctionnement je vais être obligé
de faire pour remonter à une plainte.
Le Président (M.
Girard, Trois-Rivières) : M. le député.
M. Marceau : Parfait. Merci
pour votre réponse. Autre sujet, qui n'est pas abordé dans votre mémoire, mais honnêtement, je croyais que ça viendrait, c'est
toute la question de la gouvernance, hein? Parce qu'évidemment le projet
de loi, là, met en place un nouveau
fonctionnement, une nouvelle gouvernance pour les assureurs, les institutions
de dépôt et autres, là, et il y a des gens qui sont sortis sur la place
publique pour dire qu'il y avait des problèmes. Entre autres, là, j'y vais rapidement, mais la création... enfin,
les comités du conseil d'administration, comités d'audit, comités
d'éthique, qui vont avoir des pouvoirs
qu'ils n'auraient pas aujourd'hui, qui vont être en conflit avec le conseil
d'administration, avec les liens de
loyauté. En tout cas, il y a plein d'enjeux. Le régime de dénonciation aussi,
qui est prévu dans le... Moi, il me semble
que le MEDAC est une organisation qui est capable de nous fournir une opinion
là-dessus. Est-ce que vous avez eu le temps de réfléchir à ça?
Le Président (M. Girard,
Trois-Rivières) : M. Thouin.
M. Thouin
(Daniel) : On va vous donner une opinion, mais on ne le mettra pas
dans notre mémoire. Je pense qu'au fil...
Le Président (M. Girard,
Trois-Rivières) : ...mais ça va être enregistré, de toute façon.
M. Thouin (Daniel) : Au fil des
années, le MEDAC a effectivement fait énormément de propositions aux assemblées
annuelles de sociétés publiques afin d'améliorer leur gouvernance. Et, la
plupart du temps, on s'est butés... dans le
cas de l'information qu'on voulait obtenir ou dans le cas des changements qu'on
voulait obtenir, on s'est butés à l'autorité des conseils
d'administration.
Maintenant,
je pense que le remplacement d'une autre forme de gestion dans les conseils d'administration
ne sera pas nécessairement bienvenu parce qu'on n'aura plus le même
interlocuteur. Si on est deux ou trois interlocuteurs sur un même conseil d'administration, comme, bon, un comité de
déontologie, qui pourraient dénoncer les autres membres du conseil, je pense que les commentaires que l'IGOPP
a faits là-dessus sont assez pertinents pour nous. On aime mieux avoir
un représentant, une responsabilité légale qui doit répondre de tous les gestes
de la société. Il me semble que c'est plus simple au niveau de la gestion et au
niveau de l'organisation des propositions dans la société.
Le Président (M. Girard,
Trois-Rivières) : Il vous reste 10 secondes, M. le député.
M. Marceau :
O.K. Dans le cas du fonds d'indemnisation, certains pensent qu'on pourrait
regarder les cas où les gens n'ont
pas été indemnisés dans le passé, remonter un peu dans le passé pour aider les
épargnants qui ont été floués.
Le Président (M. Girard,
Trois-Rivières) : Ceci met fin à votre bloc.
M. Marceau : Est-ce que vous
pensez que c'est une bonne idée puis que ce travail-là devrait se faire, une
évaluation, au ministère des Finances?
Président (M. Girard, Trois-Rivières) : Désolé, on n'a plus de temps, M. le député. Nous allons passer
du côté de la deuxième opposition.
Président (M. Girard, Trois-Rivières) : O.K. On va continuer du côté du... temps du groupe de la
deuxième opposition. Allez-y.
Bonnardel : ...voulez-vous
répondre...
M. Thouin
(Daniel) : Bien, deux secondes. Je pense qu'effectivement remonter
dans le temps, on... Nous, on a déjà déposé
des mémoires dans le cas de Norbourg, on a eu des dossiers de recours collectif
avec CINARS, avec Nortel. Je pense que
les mécanismes ont déjà été mis en place pour récupérer le maximum d'argent possible. Remonter encore plus loin en
arrière, je ne suis pas certain. Je ne suis pas certain.
Le Président (M. Girard,
Trois-Rivières) : M. le député de Granby, allez-y.
Bonnardel : Bonjour, messieurs. Une question
rapide : Vous n'êtes pas contre la fusion des deux chambres, mais
vous dites souhaiter une comptabilité distincte.
M. Gagnon (Willie) : On a des
réserves aussi...
Bonnardel : Bien,
j'imagine que ma question est facile, là. Vous doutez qu'il y ait des gains
d'efficience avec la fusion?
Gagnon (Willie) : Bien, on a refusé de nous dire que c'était un
argument, hein?
Bonnardel :
Qui a refusé de vous le dire?
Gagnon (Willie) : On a posé
la question à beaucoup de monde, là. On a eu des entretiens avec le
ministère avant de venir ici, on a eu des
entretiens avec les gens autour de nous, des gens de l'industrie,
des gens de l'AMF. C'est sûr que ça ne fait pas chic de dire : On
veut sauver de l'argent, parce que c'est comme si on accusait la chambre d'en perdre alors que c'est difficile à prouver, là.
Mais je ne sais pas, M. Thouin, vous avez peut-être quelque chose de plus intelligent que moi à dire là-dessus.
M. Thouin
(Daniel) : Bien, écoutez, c'est clair que le coût des services
financiers actuellement au Canada, et particulièrement au Québec, est très élevé par rapport aux frais de
gestion de nos fonds mutuels, par
rapport aux frais de gestion
de tout ce qui entoure le monde du marché financier. Et on a fait plusieurs recommandations
à cet effet-là, entre autres en 2013, là, sur l'abolition des frais de suivi
pour les fonds communs de placement. Le maintien de deux organisations comme c'est le cas actuellement, la Chambre de la sécurité
financière avec un budget de 12 millions puis, bon, l'AMF avec un
budget de plusieurs millions aussi, là, avec des dossiers qui sont très, très,
très similaires...
Je vous disais tantôt
qu'il y a 27 dossiers qui ont fait l'objet d'une demande au fonds d'indemnisation,
donc pour 5 % des dossiers,
l'exécution... de mauvaise exécution de mandats pour 48 % des demandes,
c'est 9 % des dossiers à la
chambre; la falsification et des contrefaçons des signatures, c'est 52 %
des demandes qui sont faites à la chambre, c'est 9 %. Ensuite,
globalement, 236 demandes d'enquête visant le non-respect des procédures et de
remplacement des dossiers pour 48 % des demandes. Ça, c'est facilement
gérable à même une même organisation. L'AMF a à
peu près le même nombre de demandes
de réclamation, et tout, par année, à
peu près 500, puis je suis absolument
certain que les 27 qui sont faites
par la sécurité financière, de mauvaise utilisation d'argent,
c'est les mêmes qui sont à l'AMF, là. Ça ne peut pas faire autrement.
Donc, une cohésion plus grande des deux activités va permettre des économies
dans le temps, on l'espère, des services financiers.
Le Président (M.
Girard, Trois-Rivières) : M. le député.
Bonnardel : Vous
énumérez certaines situations indésirables que vous citez avec la vente par
Internet. Vous avez demandé de retirer tous ces articles. Le ministre
vous a répondu non.
J'ai
une question fort simple, que j'ai posée à d'autres aussi. Est-ce qu'on devrait avoir certains produits où un représentant certifié devrait donner son aval à une transaction que,
moi, comme consommateur que ce soit l'assurance automobile, l'assurance maison, l'assurance pour la vie? Est-ce que,
pour vous, parce que tout indique qu'on va aller de l'avant,
là, est-ce qu'on devrait choisir certains produits puis qu'un représentant
certifié puisse donner son aval à une transaction?
Gagnon (Willie) : Bien, M. le Président, premièrement, d'emblée, là,
la question des assurances, ça ne nous touche
pas directement. On est le Mouvement d'éducation et de défense des
actionnaires, hein? Donc, ce n'est pas des consommateurs d'assurance
qu'on représente.
Deuxièmement,
on trouve ça éminemment complexe, puis la raison pour laquelle le ministre
vient de nous dire qu'il ne veut pas scinder le projet de loi, c'est
qu'il dit que la chose est urgente. Mais on conçoit que c'est possible de scinder le projet de loi de manière urgente. Je
pense que c'est possible d'envoyer ça ailleurs puis de la faire
rapidement quand même. Puis, bien, troisièmement,
eh bien, la liste qu'on a dressée là m'apparaît éloquente à sa face même. Je
pense qu'on ne veut pas aller plus loin sur cette question-là.
Le Président (M.
Girard, Trois-Rivières) : Merci. M. le député.
Bonnardel :
Dernière petite question. Vous parlez...
Le Président (M.
Girard, Trois-Rivières) : Une minute.
Bonnardel : ...que le fonds d'indemnisation soit géré et
piloté par un conseil d'administration indépendant composé de représentants du public. Trop de pouvoir
encore à l'AMF, c'est un peu ça que vous dites, puis vous souhaitez que
votre... vous, comme tel, soyez...
Gagnon (Willie) : Encore une
fois, on pense que l'augmentation du pouvoir de l'AMF devrait s'accompagner
d'une contrepartie, de notre pouvoir à nous, à
titre de citoyens.
Thouin (Daniel) : Et
d'utilisateurs des services surtout aussi. Donc, avoir quelqu'un
à l'interne qui est capable de voir
comment ça se passe, quelles sont les grandes règles qui sont mises en place, et si ces règles-là vont avoir un
impact, et quelle sorte d'impact ça peut
avoir. Donc, d'avoir un témoin à l'interne qui est capable de répondre des
gestes que l'AMF va poser, particulièrement dans le fonds
d'indemnisation.
Le Président (M. Girard, Trois-Rivières) : Merci beaucoup, M. Thouin, M. Gagnon. Merci
beaucoup. Merci de votre contribution
à la Commission des finances publiques.
Donc, j'ajourne les travaux quelques
minutes pour permettre à notre autre
groupe, l'Organisme d'autoréglementation du courtage immobilier du Québec,
de pouvoir s'installer.
(Suspension de la séance à 11 h 45)
Le Président (M. Girard,
Trois-Rivières) : Donc, nous allons reprendre nos travaux. Nous
recevons présentement l'Organisme d'autoréglementation du courtage
immobilier du Québec. Nous avons Mme
Nadine Lindsay, Mme Claudie Tremblay
et Me Caroline Champagne qui sont présentes avec nous aujourd'hui. Donc, vous allez disposer de 10 minutes pour faire la présentation de
votre mémoire. Par la suite, nous allons procéder à des échanges avec
chacun des groupes parlementaires. Donc, sans plus tarder, je vous laisse nous
présenter votre mémoire.
Mme Lindsay (Nadine) : Merci, M. le
Président. M. le ministre, Mmes et MM. membres de la commission, je suis Nadine Lindsay, vice-présidente... présidente et chef de la direction de l'OACIQ. Je suis accompagnée
de Me Claudie Tremblay, vice-présidente exécutive, Affaires
corporatives, ainsi que de Me Caroline Champagne, vice-présidente, Encadrement,
toutes deux de l'OACIQ.
D'entrée de jeu, j'aimerais remercier les
membres du cabinet du ministre pour leur grande disponibilité, ce qui nous a permis d'avoir plusieurs rencontres et
conversations en regard du projet de loi. C'est un plaisir pour nous
d'être ici aujourd'hui.
L'OACIQ est
le régulateur, qui est institué par le législateur, qui doit veiller à
l'application des dispositions de la Loi
sur le courtage immobilier. Il a pour unique et exclusive mission la protection
du public dans les domaines du courtage immobilier résidentiel et commercial et du courtage hypothécaire. Ces
domaines sont réservés aux quelque 16 000 titulaires de permis qui sont assujettis à la compétence de
l'OACIQ. Nous exerçons également la fonction d'assureur responsabilité pour
les courtiers et les agences. L'OACIQ compte 168 employés et gère un
budget de 22 millions annuellement.
Le projet de loi n° 141 interpelle l'OACIQ dans sa mission de
protection du public. Tout d'abord, nous saluons la reconnaissance par le gouvernement de l'importance de rehausser les
amendes en matière disciplinaire et pénale, puisque celle-ci permettra
de mieux exercer notre mission en ayant un effet plus dissuasif en regard des
contrevenants de la loi. L'intervention de l'État a été requise il y a déjà
plusieurs années en regard du marché immobilier car il y avait un besoin de resserrer les règles en regard de cette
complexe activité qu'est la transaction immobilière et qui est souvent
la transaction la plus importante d'une vie.
Aujourd'hui, les transactions immobilières et
hypothécaires sont encore plus complexes, que l'on pense au vieillissement du parc immobilier, aux
inondations, à la pyrite, à la pyrrhotite, à la mérule pleureuse, etc. En ayant
adopté la
Loi sur le courtage immobilier, on
précise les responsabilités et les obligations des courtiers immobiliers et
hypothécaires qui ont comme rôle de réduire
en amont les risques inhérents à la
transaction immobilière pour les acheteurs et les vendeurs. À
titre de régulateurs, nous aimerions proposer
principalement quatre recommandations d'amélioration au projet de loi.
La première recommandation, qui est la plus
importante, est de définir clairement l'opération de courtage. Vous savez, il y a trois façons de vendre un
immeuble : par soi-même, par l'entremise d'une entreprise d'assistance
ou par l'entremise d'un courtier immobilier.
D'entrée de jeu, l'OACIQ souhaite d'emblée préciser qu'elle respecte le choix
du public d'effectuer ces transactions
immobilières de la façon dont elle l'entend. L'OACIQ souhaite toutefois que le
public puisse faire un choix éclairé à cet égard. Nous voyons une difficulté
importante dans ce qui est proposé au projet de loi, notamment en regard du libellé
proposé aux articles 1 et 4, qui crée un flou.
Il y a un
flou dans la définition des activités précises que seul un courtier immobilier
peut effectuer, soit l'opération de courtage, et celle où les activités
effectuées par quelqu'un qui n'est pas inscrit comme tel. Par conséquent, ces non-inscrits qui offrent des services similaires
n'ont aucune obligation et responsabilité spécifiques dédiées à leur
activité, ce qui crée un système inégal,
deux poids deux mesures, dirait-on, que nous aimerions voir adresser. Ce flou
engendre une confusion qui serait maintenue dans le projet de loi auprès
du public. Ceci crée un sentiment de protection en regard des dispositions de
la
Loi sur le courtage immobilier lorsque le public fait affaire avec une
organisation offrant des services de façon
similaire à une agence immobilière sans être toutefois inscrite auprès du
régulateur. Plusieurs croient donc, à tort, qu'ils sont protégés par la
Loi sur le courtage immobilier.
Un sondage indépendant effectué dernièrement, en
novembre, démontre que 71 % des répondants ont précisé qu'ils croient bénéficier des protections de la
Loi sur le courtage immobilier ou ne savent pas s'ils en bénéficient
lorsqu'ils font affaire avec une entreprise
d'assistance. C'est révélateur. Cette impression est confirmée également par
les recours intentés auprès des tribunaux civils ainsi que par le nombre
des demandes effectuées auprès du centre d'information OACIQ. Effectivement, en 2017 seulement, 183 personnes ont demandé
l'aide de l'OACIQ parce qu'elles avaient fait affaire avec des entreprises d'assistance et qu'elles pensaient à tort
que nous pouvions intervenir dans leur transaction.
La définition
du contrat de courtage proposée au projet de loi n° 141 est compliquée et
contribue à augmenter la confusion et
le faux sentiment de protection du public. La difficulté réside dans le fait
que l'opération de courtage proposée n'est pas incluse dans la
définition de contrat de courtage.
L'OACIQ
propose donc que la loi prévoie les trois éléments suivants. Premièrement,
définir l'opération de courtage comme étant
les faits et gestes posés dans l'exécution des obligations qui incombent au
titulaire de permis tel qu'il est
déjà prévu dans le projet de loi. Deuxièmement, exiger que seuls les titulaires
de permis puissent effectuer une opération de courtage. Le ministre
Leitão a été très clair le 7 décembre dernier, lorsqu'il a précisé ses
attentes, en fait, que les opérations de
courtage doivent être effectuées par un courtier. Nous avons le même positionnement,
alors définissons-le clairement dans
la loi. Et finalement, obliger les entreprises d'assistance d'indiquer dans
leurs communications que le public n'est pas protégé par la
Loi sur le
courtage immobilier.
Deuxième
recommandation, maintenir l'encadrement et moderniser le courtage immobilier
locatif. L'OACIQ est convaincu que l'encadrement du courtage locatif
doit être maintenu pour contrer l'évasion fiscale et assurer une harmonisation
avec les autres provinces canadiennes qui exigent toutes la détention d'un
permis. Ce retrait aurait des conséquences
quant au respect des obligations découlant des ententes conclues par le Québec
avec les autres provinces en matière de mobilité de la main-d'oeuvre tel
qu'il est prévu dans l'Accord de libre-échange canadien. De plus, l'État québécois abdiquerait les pouvoirs d'encadrement
de ce secteur d'affaires complexe, non pas seulement en s'empêchant
d'encadrer ces professionnels du Québec en la matière, mais en laissant
également les autres régulateurs canadiens régir le marché locatif québécois.
L'OACIQ propose
également une modernisation de l'encadrement du courtage locatif par deux
éléments. Le premier, un allègement
réglementaire pour les gestionnaires immobiliers sophistiqués, proposition qui
a été développée en collaboration avec l'IDU, et qui a été présentée au
cabinet du ministre en janvier 2017, et qui est jointe au mémoire. Et deuxièmement, une exclusion en regard des
personnes ou sociétés qui agissent pour le compte de personnes âgées ou
vulnérables sur le plan physique ou mental, disposition qui est prévue à la loi
actuelle, mais qui n'a jamais été mise en vigueur.
Troisième
recommandation, maintenir la compétence de l'OACIQ quant à l'encadrement du
courtage hypothécaire. Si l'objectif
ici est d'avoir un meilleur encadrement au niveau du courtage
hypothécaire, l'OACIQ propose plutôt
de modifier la
Loi sur le courtage immobilier actuelle afin de lui octroyer les
pouvoirs nécessaires. En effet, le public doit pouvoir
continuer de bénéficier d'un régime de protection unique et uniforme relevant
d'un même régulateur, d'accéder à un guichet unique pour traiter chacun des aspects de sa transaction immobilière et
hypothécaire et finalement afin
d'éviter le dédoublement réglementaire. Ce transfert à l'AMF ne viserait pas seulement
les 759 titulaires de permis en courtage immobilier, mais il
affecterait également plus de 11 000 courtiers immobiliers qui
détiennent actuellement les deux droits d'exercice. Ça représente deux tiers de
l'ensemble des courtiers inscrits auprès de l'OACIQ.
Actuellement,
ces courtiers ne détiennent qu'un seul permis et ne sont soumis qu'à un seul
cadre réglementaire. L'hypothèque, qu'elle soit considérée ou non comme
un produit financier, est intrinsèquement liée à la transaction immobilière et à l'immeuble. D'ailleurs, plus de
95 % des promesses d'achat dans le secteur résidentiel sont
conditionnelles à une approbation hypothécaire. Le guichet unique permet de
faciliter les démarches des consommateurs en cas de plainte et d'éviter à ces
derniers de devoir témoigner à deux reprises devant des comités de discipline
ou d'être à la merci de litiges entre
assureurs quant à la responsabilité du courtier immobilier ou du courtier
hypothécaire en regard des fautes
commises. Il est parfois difficile de départager la responsabilité des deux
courtiers dans les enquêtes du syndic, notamment en lien avec la
fabrication de faux documents ou l'utilisation de prête-noms. De plus, on évite
le risque de jugements contradictoires.
Et, finalement, notre
quatrième recommandation est d'assurer une gouvernance de l'OACIQ crédible et cohérente. L'OACIQ est favorable à l'amélioration
de sa gouvernance. Plusieurs initiatives ont d'ailleurs été implantées à
l'OACIQ en 2017. Notons principalement l'établissement de profils de
compétence.
Nous avons toutefois
les trois recommandations suivantes. La première, afin de maintenir le principe
d'autoréglementation souhaité, nous proposons un nombre de supérieur de titulaires
de permis dans sa composition, soit 7-6.
Deuxièmement, les administrateurs doivent pouvoir choisir le président en
fonction de ses compétences à travers l'ensemble
des administrateurs. Et, finalement, conserver la représentativité régionale
afin d'assurer la complémentarité des compétences. Ceci termine notre
présentation initiale.
Le Président (M.
Girard, Trois-Rivières) : Directement dans les temps. Bravo! Merci
beaucoup. Donc, le premier bloc d'échange
aura lieu avec M. le ministre et les représentants du gouvernement. Donc, à
vous, M. le ministre, la parole pour une période de 16 minutes.
M. Leitão :
Très bien. Merci beaucoup. Alors, mesdames, bonjour. Merci. Merci d'être là, de
venir nous parler de votre opinion
sur le projet de loi et les changements que vous souhaiteriez qu'on y accorde.
Plusieurs choses.
J'aimerais
commencer par une question fondamentale, à mon avis, c'est la notion même de
courtage. Donc, si j'ai bien compris, vous prétendez que l'opération de
courtage comprend, en fin de compte, tous les gestes posés dans l'exécution d'un contrat immobilier. Il me semble
que cela, c'est extrêmement large. À la limite, ça voudrait dire que je
ne pourrais pas... si je décide de vendre ma
maison, je ne pourrais pas demander à quelqu'un de m'aider à, je ne sais
pas, moi, prendre des photos, faire un
«staging», parce que ce sont des choses que les courtiers font, donc ça devrait
être réservé aux courtiers.
J'ai
un peu de difficulté à suivre votre notion de courtage qui, à mon avis, me
semble être très large et qui donc exclurait,
si on le porte jusqu'à l'extrême, exclurait beaucoup d'autres personnes. Donc,
c'est cette différence entre courtage et conseil, parce que ce n'est pas
tout à fait la même chose. Je comprends très bien quel est le processus de
courtage, l'intermédiation, mais le conseil,
on ne peut pas réserver le conseil, là. Tout le monde peut donner des conseils.
Le voisin de mon beau-frère peut me
donner des conseils, même si ses conseils, des fois, ce n'est pas... Mais,
c'est-à-dire, je ne pense pas qu'on doive restreindre la notion de
conseil. Qu'est-ce que vous avez à dire là-dessus?
Président (M. Girard, Trois-Rivières) : Mme Lindsay, allez-y.
Mme Lindsay
(Nadine) : Merci. Alors, il y a plusieurs éléments à votre question.
Premièrement, le but n'est pas
d'interdire à qui que ce soit d'oeuvrer...
le but est de délimiter précisément qu'est-ce qu'un courtier peut faire,
quelles sont les obligations que seul un courtier peut faire, et ça nous permet
de pouvoir exercer notre rôle en tant que régulateur.
Dans
ce qui est proposé au niveau du projet
de loi, le contrat de courtage, la
façon dont il est précisé, n'est pas uniquement la mise en relation des
parties ou de faire accorder les parties. Et l'activité de courtage ou
l'opération de courtage doit être effectuée uniquement par un courtier, on en
convient, mais ce n'est pas ça que la loi précise en ce moment. Alors, la proposition
est de définir clairement qu'est-ce qu'une opération de courtage pour
déterminer les obligations qui incombent aux courtiers. Et, de par cette
définition, qui est déjà dans le projet de loi, c'est-à-dire, on l'entend, là, par les faits et gestes posés par
les titulaires de permis dans l'exécution de leurs obligations, alors ça,
c'est ce que vous proposez, pour lequel on
est entièrement d'accord avec ça. Le seul bout qui manque, dans cette
définition, est de le rattacher en disant que seul le courtier peut
faire l'opération de courtage.
si nous avons cette définition d'opération de courtage, qui constitue en fait
l'élément de base, hein, pour nous, en tant
que régulateur, parce que, vous savez, une fois qu'on a délimité les
obligations du courtier, il est possible pour nous, en tant que régulateur, de pouvoir former adéquatement le courtier en fonction de ses obligations spécifiques, il est
possible de pouvoir surveiller ses
activités, l'inspecter afin de s'assurer qu'il respecte ses obligations, de
l'enquêter et de le poursuivre, le
cas échéant, advenant qu'il y aurait manquement à ses obligations... Alors,
c'est cette précision que nous voulons voir apparaître au niveau de la
loi.
Le Président (M.
Girard, Trois-Rivières) : M. le ministre.
Leitão : Je comprends votre point, en même temps, nous, ce qu'on
souhaite, c'est que cette précision-là ne pas devienne une barrière, ne
devienne pas un moyen d'empêcher d'autres personnes ou d'autres entreprises
d'opérer, de fonctionner dans ce marché-là, donc... et ça, c'est quelque chose
que plus la technologie évolue, et elle évolue très rapidement, c'est quelque chose à laquelle on va devoir réfléchir comme
il faut parce qu'il y a... le nerf de la guerre, c'est l'information, donc d'avoir accès à l'information,
et ça, il y a encore des choses qui... Mais, en tout cas, je comprends
votre point.
L'autre
question où on n'est pas d'accord, j'aimerais peut-être
que vous nous expliquiez un peu mieux, là, pourquoi vous ne pensez pas que ce soit une bonne idée que
le courtage hypothécaire soit
transféré à l'AMF. Moi, il me semble que le courtage hypothécaire est devenu une opération financière. Les
compagnies de courtier hypothécaire sont de plus en plus présentes dans le marché et de plus en plus
importantes, et leurs responsabilités et leurs activités, à mon avis,
sont différentes du courtage immobilier.
Puisqu'ils sont de plus en plus présents dans le marché, raison de plus pour, à
mon avis, pour que leurs activités, leurs fonctions, leur fonctionnement soient
supervisés par une autre organisation — dans ce cas-ci, l'AMF, qui,
elle, supervise les marchés financiers.
Alors,
pourquoi vous insistez pour dire que le courtage hypothécaire devrait continuer
d'être supervisé par votre organisation? Quelle est la logique de cela?
Le Président (M.
Girard, Trois-Rivières) : Mme Lindsay.
Mme Lindsay
(Nadine) : Il y a trois raisons principalement. La première, vous
savez, toute activité a une connotation
économique et financière, alors, ça, on en convient. L'activité hypothécaire,
elle est intiment liée à l'opération de
courtage, à un immeuble, à une transaction immobilière. On le voit, là, c'est
une des deux conditions les plus essentielles lorsqu'on achète un
immeuble. Il est certain qu'actuellement il est difficile de départager la
responsabilité du courtier hypothécaire et
du courtier immobilier dans les enquêtes du syndic. Alors, le fait de
transférer les responsabilités ferait en sorte qu'il y aura un dédoublement réglementaire. On pense que le
gouvernement, dans toutes les initiatives, est plutôt à simplifier la réglementation. Ici, il y aurait
donc deux régulateurs. Et l'ensemble des courtiers... Là on parle des deux
tiers des courtiers immobiliers qui ont
actuellement les deux permis. Et ça, c'est un élément très important, là. Ce
n'est pas seulement les 759 courtiers
hypothécaires, actuellement, mais c'est vraiment les deux tiers de l'ensemble
des courtiers, c'est plus de 11 000 courtiers qui auraient à
faire le choix de décider de maintenir deux permis auprès de deux régulateurs différents, avec deux programmes de formation,
avec deux systèmes d'encadrement. Pour nous, en tant que régulateurs, la
protection du public ne serait pas améliorée, au contraire. Parce
qu'actuellement, lorsqu'il y a une transaction, une problématique qui arrive dans une transaction immobilière, le
consommateur doit être capable de se retourner auprès d'un seul
régulateur, qui pourra déterminer quelle est la responsabilité de l'un ou de
l'autre. Et c'est l'avantage qu'on voie à maintenir notamment le courtage
hypothécaire auprès de l'OACIQ.
Le Président (M.
Girard, Trois-Rivières) : M. le ministre.
Leitão : Si je voulais être un peu méchant, je vous dirais que vous
êtes en train de donner des arguments à transférer l'OACIQ à l'AMF.
Mais, écoutez, non, ce n'est pas ça.
Mme Lindsay
(Nadine) : Bien, on pourrait tout transférer le Québec à l'AMF aussi,
là, si on veut.
M. Leitão :
Je sais, c'est ça. Mais, dans le cas du courtage hypothécaire et
particulièrement pour prévenir des potentiels
conflits d'intérêts, et on a vu ce que ça a donné dans d'autres juridictions
quand il y a eu une proximité trop proche entre les courtiers hypothécaires, les
prêteurs, les agents immobiliers, on a vu ce que ça a donné, donc, moi,
je pense que, d'un point de vue prudentiel,
d'un point de vue de maintenir des marchés efficaces, c'est utile qu'une
activité qui est essentiellement
financière, comme un courtage hypothécaire, soit supervisée par un organisme
qui est habitué à superviser les
transactions financières et les institutions financières. Parce qu'un courtier
hypothécaire ressemble de plus en plus à une institution financière.
question un peu plus rapide, en termes de gouvernance : Est-ce que vous
pouvez m'expliquer pourquoi le conseil
d'administration qui serait présidé par un élu, comme par un courtier, serait
mieux préparé à assumer sa mission que quelqu'un qui serait nommé par le
ministre, par exemple? C'est quoi, la logique?
Le Président (M.
Girard, Trois-Rivières) : Mme Lindsay.
Lindsay (Nadine) : Merci. En fait, c'est qu'on croit qu'en regard des
saines pratiques de gouvernement... qu'il
est vraiment souhaitable que les membres du conseil d'administration, et c'est
une élection qui se fait à chaque année, puissent déterminer eux-mêmes qui est la personne la mieux compétente.
Et c'est ce qu'on propose dans notre mémoire, que ce soit la personne la
plus compétente. Et, à
titre d'exemple, il vient d'y avoir, là, la nomination,
l'élection du trésorier. Et il était
possible d'élire quelqu'un qui venait du public, nommé par le gouvernement, ou
bien un courtier. Et puis, en fonction des compétences spécifiques,
cette année, la meilleure personne à occuper ce poste a été une personne nommée
par le gouvernement. Et ça a été le choix des administrateurs présents. Donc,
on croit que cette façon de procéder, de
déterminer la meilleure personne — qu'elle vienne de n'importe quel
milieu — qui soit
présente au conseil d'administration, on veut laisser l'autorité et le
choix au conseil d'administration de faire ce choix éclairé.
Le Président (M.
Girard, Trois-Rivières) : M. le ministre.
Leitão : O.K. Maintenant, peut-être une chose un peu plus pratique,
mais je pense que c'est important qu'on ait un peu vos lumières : Quels sont les cas les plus fréquents que
vous traitez, que votre comité de discipline traite? Quels sont les
problèmes qui vous sont adressés le plus fréquemment?
Le Président (M.
Girard, Trois-Rivières) : Mme Lindsay.
Lindsay (Nadine) : Oui. Vous savez, le comité de discipline, c'est un
des comités, c'est un des paramètres de l'OACIQ. Tout à l'heure, je
parlais du risque inhérent, qui est diminué lorsqu'on a un encadrement comme
celui de l'OACIQ, en regard du courtage
immobilier, puis je pense que c'est un élément sur lequel il est important de
revenir. Parce que, vous savez, on s'est
doté, au Québec, là, d'un système. On s'est dit : Une transaction
immobilière, là, c'est extrêmement compliqué. On parle d'un fonds commun
de placement, hein, on fait un pacte ou un achat de 1 000 $, 500 $ par mois. Là, on parle d'une seule
transaction des fois d'un demi-million, 1 million et plus, etc.,
c'est vraiment une transaction
extrêmement importante. On s'est dit : Le Québec a besoin de professionnels
compétents qui sont formés adéquatement pour pouvoir conseiller M., Mme Tout-le-monde dans cette activité, afin de s'assurer, là, qu'ils prennent une bonne décision en la matière. Alors, toutes les
démarches qui sont faites précisément pour former les courtiers en
fonction de leurs obligations
et de leurs responsabilités... Puis j'aimerais ici peut-être
en ramener seulement que trois, qui sont déjà prévues dans la réglementation et qui
apportent une valeur. On voit qu'ils doivent informer avec objectivité, en
regard des faits pertinents à la
transaction, ils doivent vérifier les renseignements et démontrer l'exactitude des renseignements qui sont présentés, ils
doivent entreprendre également des démarches pour découvrir les facteurs pouvant
affecter défavorablement les parties.
Et nous, le
régulateur, on est là pour s'assurer que ces obligations qui apportent une
valeur ajoutée sont bien respectées, et donc
on les inspecte, on les forme, on les encadre. Et, advenant le cas d'une problématique, on a la possibilité de les poursuivre. Il y a...
M. Leitão :
Excusez-moi.
Mme Lindsay
(Nadine) : Oui?
Le Président (M.
Girard, Trois-Rivières) : M. le ministre.
Leitão : Ce que j'avais
demandé, c'est quels sont les cas qui sont traités par le comité de discipline?
Ce serait des... quel est le plus fréquent, donc... des courtiers qui ne
collaborent pas entre eux quand il y a une...
Le Président (M.
Girard, Trois-Rivières) : Me Champagne.
Mme Champagne
(Caroline) : Oui, alors donc j'ai la réponse pour vous, M. le ministre.
Donc les cas les plus fréquents portent sur des matières relatives aux informations,
aux vérifications qui n'auraient pas été complètes. On a aussi des cas de fraude, d'appropriation, alors c'est plus des cas
qui opposent le courtier lui-même avec le client et, dans ces
matières-là, on peut agir rapidement, comme le démontrent tous nos dossiers d'enquête,
de même que les décisions qui sont prises par les comités de discipline. Alors,
c'est une façon rapide d'encadrer.
Le Président (M. Girard,
Trois-Rivières) : M. le ministre.
Leitão : En effet, c'est important
qu'on puisse agir rapidement dans ces cas-là. Question qui est un peu
connexe à celle-là, bon, présentement, la loi est telle qu'il y a certaines activités qui sont illégales, donc il y a
un exercice illégal de l'activité de
courtage. Alors, quelle est votre approche à cet égard-là? Comment est-ce que
vous surveillez cela, quand c'est porté à votre attention, qu'un tel, un
tel, un tel pratique illégalement l'activité de courtage? Comment vous adressez
cette question?
Le Président (M. Girard,
Trois-Rivières) : Me Champagne.
Mme Champagne (Caroline) : Effectivement,
c'est une
partie de notre compétence que de poursuivre les personnes ou les entreprises
qui exercent illégalement les opérations de courtage. Alors, c'est pour ça que
c'est bien important de clairement définir ce que c'est qu'une opération de
courtage, pour bien établir quelles sont les balises qui ne peuvent pas être franchies par une personne ou une entreprise
qui viendrait jouer dans le carré de sable des courtiers immobiliers. Nous, on n'a pas de problème
avec le fait que les consommateurs fassent appel à des entreprises
d'assistance. Toutefois, ils doivent vraiment
savoir qu'ils ne sont pas protégés, ils ne sont pas protégés par la
loi sur le
courtage et ils ne font pas affaire
avec des professionnels dans le domaine, ils ne font pas affaire avec
des professionnels qui ont eu une formation, qui sont
inspectés à chaque année, qui sont poursuivis, qui sont enquêtés dans le cas où
est-ce qu'il y a des manquements qui...
Président (M. Girard, Trois-Rivières) : Malheureusement, Me Champagne, je dois vous arrêter. Ceci met
fin au premier bloc avec le gouvernement. Nous allons continuer les échanges
avec le premier groupe d'opposition... avec l'opposition officielle, plutôt, et
le député de Rousseau.
M. Marceau :
Oui. Merci, M. le Président. Alors, bonjour, mesdames, merci pour votre
présence, merci pour votre mémoire.
Question de clarification, puis, bien sincèrement, là, je sais l'effort que
vous avez fait pour clarifier les choses, mais, même maintenant, je
pense que c'est encore nécessaire, là, de clarifier ce que vous avez en tête
quand on parle d'opérations de courtage. Et puis,
bon, l'éléphant dans la pièce, évidemment, c'est DuProprio. DuProprio, j'ai
ici... ils sont passés, déjà, ils
nous disent essentiellement qu'ils offrent des services d'affichage de
propriété sur un site Web qui s'appelle duproprio.com, qu'ils
fournissent à leurs clients des renseignements généraux sur le marché
immobilier — leurs
clients, qui ne sont que des vendeurs, il
n'y a pas d'acheteur, là — donc fourniture de renseignements généraux
sur le marché immobilier et les
meilleures pratiques de mise en marché, l'accès aussi à des professionnels compétents, les notaires, les évaluateurs, et l'accès à différents outils de
mise en marché, des pancartes, des brochures, et ainsi de suite. Bon.
Lesquels des gestes que je viens d'énumérer
constituent, selon vous, du courtage, et donc ne devraient pas être permis pour
quelqu'un qui n'a pas le permis de courtier?
Le Président (M. Girard,
Trois-Rivières) : Mme Lindsay.
Mme Lindsay (Nadine) : Oui, merci.
Alors, nous aussi, nous avons l'inventaire des offres. Les offres des
entreprises d'assistance comme DuProprio fluctuent, hein, donc, on a fait des
suivis, puis il y en avait certaines qui étaient
là à l'été 2017 qui ne sont plus là au mois de décembre, comme des garanties,
hein, si jamais le courtier immobilier fait
mieux qu'eux, de rembourser deux fois la somme payée au client. Alors, des
choses comme ça, là, ça n'apparaît plus sur le site en ce moment, mais
c'était déjà là.
Donc, ça, il
faut faire attention pour avoir une loi qui ne représente pas juste ce qui est
disponible aujourd'hui, mais ce qui
peut se produire dans les prochaines années. Vous dites qu'ils ne représentent
que le vendeur ou que l'acheteur. Il y a des informations sur leur site qui le sont également
pour l'acheteur. Donc, il y a des informations qui sont disponibles pour les acheteurs également, et il y a des mécanismes
aussi de notification, là, quant à la disponibilité. Donc, il peut y
avoir également des informations, là, qui toucheraient autant l'acheteur que le
vendeur.
Pour répondre
spécifiquement à votre question, que ce soient des photos, que ce soit de
référer à des professionnels comme un
notaire ou donner une liste d'évaluateurs ou d'inspecteurs, que ce soit de
mettre une pancarte sur le terrain, que ce soit de donner des formulaires types au consommateur, c'est-à-dire
les activités qui étaient, à la base, faites par des entreprises
d'assistance, il n'y a aucun problème.
problématique qui survient... et ce qu'on propose n'empêche pas cette façon de
faire... la problématique, c'est lorsqu'on
rentre dans des éléments de coaching où, pour nous, quand on parle de coaching,
ça nécessite, vous savez, une valeur ajoutée. On doit apporter une
valeur ajoutée sur les informations qu'on va donner au consommateur quant à la vente ou l'achat de sa maison. Et pour donner de
l'information, une valeur ajoutée, il faut qu'il y ait quelqu'un qui
soit formé. On ne peut pas prendre n'importe
quelle personne et dire : On veut que notre société, nous, là, se gère,
là, avec des conseils qui viennent de
n'importe qui. On veut des gens qui sont compétents, qui sont formés de façon
adéquate, qui sont surveillés également et qui ne peuvent pas faire
n'importe quoi, et qu'ils ont des responsabilités.
Si vous me permettez, j'aimerais apporter
quelques informations en regard des recours intentés. On a fait une analyse des recours intentés au niveau des
tribunaux civils, là, la Cour du Québec, Cour supérieure. Depuis 2010, il y
a eu 41 recours intentés par des
consommateurs qui ont fait affaire avec l'entreprise DuProprio, O.K., mais qui
ne peuvent pas poursuivre DuProprio
parce qu'ils n'ont aucune responsabilité. Vous comprenez? La
Loi sur la
protection du consommateur va régir
le lien entre le contrat de DuProprio avec le consommateur pour dire est-ce
qu'il est écrit lisiblement, est-ce qu'il est en français, en avez-vous obtenu une copie, mais ça ne règle pas le
reste de la transaction du consommateur. Donc, le seul recours que ces consommateurs-là... c'est
aller devant les tribunaux civils. Ce qu'ils ont fait : 41 recours
depuis 2010.
vais juste vous faire référence à deux éléments : un élément où est-ce
qu'un vendeur a dû payer une somme de
106 782 $ — ce n'est
pas rien, ça — sur sa
maison parce que, justement, il a fait défaut d'informer que la maison avait fait l'objet d'une perquisition en regard du
cannabis, obligation qui est prévue au niveau des courtiers. Le courtier
a l'obligation de faire en sorte que ces
déclarations ne soient pas cachées. Voyez-vous? C'est difficile des fois
d'apporter la valeur ajoutée de la conformité ou d'un système réglementaire,
parce que le fait est que ça évite les recours en regard des tribunaux civils. Malheureusement, on ne peut
pas le quantifier, on ne peut pas savoir combien de recours ont été évités
grâce à cet encadrement qui existe actuellement au Québec. Mais on peut croire
qu'il y en a beaucoup, et ceci en est un exemple qui aurait pu être évité.
Juste un deuxième,
rapidement : Un montant de 78 000 $, où là, il a été caché un
vice apparent, où est-ce qu'il y avait
justement l'affaissement des fondations. Encore une fois, un élément qui est
lié spécifiquement à l'obligation d'un
courtier de vérifier l'exactitude des informations qui sont données, de
s'assurer qu'il fait les démarches nécessaires pour vérifier qu'il n'y a
pas des éléments défavorables à une transaction. Et ceci aurait également pu
être évité.
Le Président (M.
Girard, Trois-Rivières) : M. le député de Rousseau.
Marceau : Oui, merci. Alors, pour résumer, donc, c'est le volet
coaching, le conseil pour la mise en marché, le marketing, là, qui pose problème, d'après vous, dans les gestes qui sont
posés chez DuProprio. Si je résume, c'est ça?
Mme Lindsay
(Nadine) : Le coaching, définitivement.
Marceau : Puis, oui,
juste une petite parenthèse, vous avez raison de dire qu'évidemment
les acheteurs et les vendeurs vont se l'approprier, mais ceux qui paient
pour les services, c'est les vendeurs, ce n'est pas les acheteurs. Enfin, j'arrête là. Ce n'est pas important.
Juste sur le courtage locatif, pouvez-vous juste reformuler? Parce que vous
ne l'avez pas dit clairement.
Bon, évidemment, on sait que le projet de loi prévoit qu'il ne
sera plus nécessaire de détenir un permis, là, pour le courtage locatif.
Maintenant, il y a des gens qui apportent des nuances, entre autres les acteurs
sophistiqués du marché, qui aimeraient bien,
justement, pouvoir ne pas avoir à utiliser des courtiers.
Juste vous laisser vous exprimer là-dessus, si vous voulez.
Le Président (M.
Girard, Trois-Rivières) : Me Tremblay.
Mme Tremblay (Claudie) : Merci. Alors, effectivement, en matière de location, location résidentielle et surtout de location
commerciale, on sait que, si on allait de l'avant avec le projet de loi n° 141,
on viendrait déréglementer cette location,
hein, ce champ d'activité, et, ce faisant, toute personne provenant des autres
juridictions pourrait venir faire du courtage locatif ici au Québec sans
détenir de permis. C'est ce que prévoit le projet de loi. Nous, on maintient
que la protection du public doit être
maintenue, et on doit maintenir cet encadrement-là également,
si ce n'est pour s'harmoniser avec
les autres juridictions et éviter l'évasion fiscale, puisque, par le passé, ce
n'était pas réglementé et on avait beaucoup de travail au noir qui se
faisait.
ailleurs, pour répondre plus spécifiquement à votre question
concernant des allègements qu'il pourrait y avoir, effectivement, il y a des gestionnaires sophistiqués qui, dans le cadre de leur
contrat de gestion, de façon accessoire, vont faire une opération visant la location. Et, lorsque ces gestionnaires-là
opèrent, on considère qu'ils ont les compétences, les connaissances et
la conformité nécessaires. Alors, ce que nous prévoyons, c'est qu'il y ait des
allègements, dont une exclusion pour ces
gestionnaires-là, dans le cadre de ces opérations-là, évidemment, à partir du moment
d'un certain seuil où il y aurait une
valeur d'actifs, par exemple, à déterminer par règlement, qu'ils détiennent
une assurance responsabilité, et pour
des clients qui, eux aussi, sont sophistiqués, et je m'explique : Pour des
clients qui aussi ont un certain encadrement, que ce soit le gouvernement,
que ce soit des entreprises du gouvernement ou bien des banques, ou bien des sociétés
cotées à la bourse avec un certain seuil.
M. Marceau :
Donc, les seuils s'appliqueraient à la fois aux locataires et puis à celui qui
va louer, là...
Mme Tremblay
(Claudie) : ...un seuil pour le gestionnaire...
M. Marceau :
Pour chacun des deux acteurs du marché.
Mme Tremblay (Claudie) : Les deux doivent être sophistiqués, appelons ça
comme ça, par un seuil de la valeur.
M. Marceau :
C'est ça. O.K., on se comprend. Parce qu'autrement, effectivement, il y a un
déséquilibre.
Mme Tremblay
(Claudie) : Voilà.
M. Marceau :
Alors, on s'entend là-dessus.
Le Président (M.
Girard, Trois-Rivières) : 30 secondes.
M. Marceau : O.K. Puis juste sur le.. Bien, sur la perte de
revenus qui pourraient en découler, là, pour les acteurs du marché québécois,
les courtiers actuels, est-ce que vous avez une idée du volume dont il est
question?
Tremblay (Claudie) : Au
point de vue du volume? Écoutez, pas au niveau du commercial. Le nombre
de... le volume que ça peut représenter fait
exclusivement par des courtiers. Toutefois, nous avons une donnée qui est à l'effet
que c'est plus de 14,2 milliards de dollars en commercial, en location
commerciale qui ont été faits... en commercial, pardon, qui ont été faits au Québec dans les dernières années. Alors, c'est un acteur
majeur et effectivement une économie qui est importante.
Président (M. Girard, Trois-Rivières) : Merci beaucoup, Me Tremblay. Nous allons maintenant
passer au deuxième groupe d'opposition, avec M. le député de Granby.
Bonnardel : Merci,
M. le Président. Bonjour, mesdames.
Content de vous revoir. Pas le choix de revenir sur le courtage. J'ai déjà dit, quand DuProprio
était ici, j'ai déjà utilisé dans ma vie les services d'un courtier et
DuProprio. Comme mon collègue l'a
mentionné, l'éléphant dans la pièce, c'est DuProprio. On ne peut pas se cacher
que DuProprio, dans une certaine
mesure, a un certain succès. Comment on définit, demain matin, l'opération de
courtage? Vous l'avez énuméré, puis
vous semblez dire que le consommateur est un peu mal informé. Est-ce que je me
trompe? Parce que, quand je vais chercher
sur la plateforme de DuProprio les éléments pour m'accompagner, que ce soit le
«home staging», le coaching, peu importe,
je sais grosso modo ce que je vais avoir pour un prix x. Maintenant,
moi, je suis assez informé pour savoir que je n'ai peut-être pas les
protections qu'un courtier en bonne et due forme me donne. Est-ce que j'ai
tort?
Mme Lindsay (Nadine) : Pas du tout.
Le Président (M. Girard,
Trois-Rivières) : Mme Lindsay.
Lindsay (Nadine) : Merci. Il y a effectivement de la confusion, on le voit, et puis c'est pour ça qu'on est d'avis, là, qu'il devrait y avoir une mention, là,
auprès des entreprises d'assistance, de préciser qu'ils ne sont... le
public n'est pas protégé par la
Loi sur le
courtage immobilier et, par conséquent, par l'OACIQ. On le voit notamment...
juste les appels qu'on a reçus en 2017, et,
à chaque année, ça augmente, ce nombre. On en a eu 183, personnes, qui ont fait
affaire avec des entreprises
d'assistance — dans
ce cas-ci, c'était avec DuProprio — et pour lesquelles ils pensaient qu'on
pouvait intervenir. Ils avaient des problèmes, ils voulaient résilier le
contrat, ils n'étaient pas contents de l'affichage qui avait été fait, etc. Donc, ils avaient différentes
problématiques, même en regard de la transaction. Alors, oui, il y a une
confusion, parce que ces gens-là croyaient
qu'on pouvait intervenir. On l'a vu également dans le sondage, hein? On n'a pas
posé 5 000 questions, on s'est
inspirés du gouvernement, on n'a posé qu'une seule question, et elle était
claire. C'est : Est-ce que, lorsque vous faites affaire avec...
Vous êtes... excusez-moi : Est-ce que vous êtes protégé par la
Loi sur le
courtage immobilier lorsque, un, vous faites
affaire avec un courtier, deux, vous faites affaire avec une entreprise
d'assistance — et
il y avait une énumération — et, trois, seul? Et les chiffres le
démontrent : 71 % sont mêlés. Alors, il y a vraiment un besoin
de clarifier cet élément-là afin de s'assurer que le consommateur fasse un
choix éclairé et sache qu'il n'est pas protégé, qu'il n'a pas les protections
offertes ni par la loi ni par le support de l'OACIQ.
Le Président (M. Girard, Trois-Rivières) :
M. le député.
Bonnardel :
Donc, on le clarifie de façon simple,
dans le contrat qu'un client va signer avec DuProprio, en lui
disant : Bien, voici l'offre que vous avez acceptée, à la fin...
Lindsay (Nadine) : Il
faudrait le mettre plus large, parce
que, vous savez, le contrat
intervient seulement entre deux
parties. Il y a une troisième partie, qui va être l'acquéreur,
etc. Donc, on croit qu'il est important de le mettre dans l'ensemble des
communications. Nous avons proposé une disposition à notre mémoire pour qu'une disposition
législative soit ajoutée à la
Loi sur la
protection des consommateurs pour, bien
sûr, exiger, là, cette communication
dans l'ensemble des communications; de façon simple, là, mais c'est important
que ce soit précisé dans l'ensemble des communications.
Bonnardel : Donc, ce serait satisfaisant pour vous que, dans
le contrat que je vais signer avec DuProprio, on m'informe en me disant
que je n'ai pas les protections x, y reliées à votre emploi, ce qu'un courtier
me donne quand j'utilise ses services.
Lindsay (Nadine) : Cet
élément, joint à la définition d'opération de courtage, de façon
simple — on
a essayé de travailler avec ce que le ministre avait commencé à
travailler — donc,
joint avec cette clarification de l'opération courtage,
qui constitue les faits et gestes du courtier en fonction de ses obligations,
et la précision que seul un courtier peut effectuer une opération de
courtage; la réponse est oui.
Bonnardel : Et le
ministre vous posait une question tantôt, à savoir : Bon, la gouvernance
de l'OACIQ, crédible et cohérente? Il vous
posait la question à savoir pourquoi on devrait avoir un courtier. Je lui
réponds dans une certaine mesure, puis c'est une question un peu «passe
sur la palette» que je vous fais, là. Le Barreau, les médecins, d'habitude,
on met un avocat ou on met un médecin. Loin de moi de dire qu'une personne ne
serait pas qualifiée — nommée
par le gouvernement — mais
je persiste et signe qu'un courtier en bonne et due forme qui connaît son
métier serait la personne la plus crédible pour piloter un conseil comme ça.
Non?
Lindsay (Nadine) : Absolument.
On est pour que ce soit la personne la plus compétente. Vous savez,
c'est une élection qui se fait à chaque
année, et ça, ça peut varier à travers le moment. Donc, définitivement que plus on a des gens qui
comprennent les enjeux du marché, c'est encore plus efficace, puis on a un
système plus vigoureux.
Bonnardel :
Rapidement, peut-être une dernière petite question.
Le Président (M. Girard,
Trois-Rivières) : 1 min 30 s.
Bonnardel :
Prévoir les... Vous dites : «Maintenir
et moderniser l'encadrement du courtage immobilier locatif, prévoir
les exceptions en matière de location pour le compte de personnes âgées ou
vulnérables.»
Lindsay (Nadine) : Oui. C'est une disposition pour laquelle... Elle
est déjà dans la loi, puis on aimerait qu'elle
soit mise en vigueur. Il y a différents spécialistes qui sont là, comme des
travailleurs sociaux qui travaillent avec les personnes âgées, qui
peuvent apporter les services de façon, des fois, plus... conseiller les
personnes âgées, puis on considère qu'on n'aurait pas besoin de gérer, qu'ils
pourraient être exclus de la loi actuelle.
Bonnardel : Merci,
M. le Président.
Président (M. Girard, Trois-Rivières) : Mm