Institutions — 12 November 2015 (41st Legislature, 1st Session)
CI 2015-11-12
Quebec — Committees
Quant à la
restructuration, je souhaite corriger les informations inexactes qui circulent
et qui laissent entendre que le Directeur des poursuites criminelles et
pénales se désengage de la lutte à la criminalité organisée. Je souhaite vous démontrer que, tout au
contraire, cette restructuration vise à moderniser la structure du Directeur
des poursuites criminelles et pénales pour le rendre plus efficient et
mieux structuré afin qu'il soit en mesure de répondre plus efficacement à la
criminalité d'aujourd'hui.
Le plan de restructuration comporte deux volets
principaux. Le premier volet concerne l'abolition de trois bureaux
spécialisés. Le désir de ramener les activités de relations publiques au
bureau du directeur, l'impossibilité d'accroître les ressources au bureau du
recrutement et de la formation et le ralentissement des activités des affaires
extérieures entraînent la fermeture de trois bureaux. Toutes les activités
ainsi que le personnel seront transférés soit au
bureau du directeur, au bureau du service juridique ou à la direction générale
de l'administration, selon la nature de leur mandat. Le deuxième volet est l'unification du Bureau de lutte au
crime organisé, du Bureau de lutte aux produits de la criminalité et du
Bureau de lutte à la corruption et à la malversation.
Depuis que
nous avons informé notre personnel de ces changements, le 23 septembre dernier,
plusieurs informations inexactes
circulent sur ce deuxième volet de la restructuration. Nous avons déjà rectifié
certaines de ces informations par un
communiqué de presse le 29 septembre dernier ainsi que lors d'un point de
presse tenu le 16 octobre dernier dans la foulée de l'arrêt des
procédures dans le dossier SharQc.
La principale
information inexacte qui circule de façon persistante est que le DPCP réduira
de 40 % le nombre de procureurs traitant les dossiers de
criminalité organisée, certains invoquant une diminution de 110 à
60 procureurs affectés au bureau spécialisé. Les procureurs ainsi touchés
seraient réaffectés à des tâches de procureur généraliste.
Sachez
qu'avant la restructuration 115 procureurs, à travers le Québec, étaient
affectés au traitement des dossiers de criminalité organisée, outre les
procureurs du BLACO, du BLPC, du BLCA — ce sont les acronymes des
trois bureaux — ce chiffre comprend les procureurs affectés
à SharQc et les procureurs affectés aux gangs de rue, et qu'après la
restructuration complète et la fin du dossier SharQc c'est 96 procureurs,
à travers le Québec, qui seront affectés aux dossiers
de criminalité organisée, sur un nombre total de 549 postes de procureur.
De ces 96 procureurs, 59 seront affectés au nouveau bureau unifié
de lutte au crime organisé à Montréal et traiteront les dossiers de très grande
complexité, et 37 procureurs seront
répartis dans les bureaux régionaux pour traiter spécifiquement les dossiers de
criminalité organisée de complexité et d'envergure moindres. Plusieurs
d'entre eux étaient déjà physiquement dans ces bureaux régionaux et traitaient
les dossiers de criminalité organisée. C'est donc, en tout et pour tout,
19 procureurs qui sont retranchés du nombre
d'origine, et ce nombre comprend les procureurs responsables du dossier SharQc
qui seront retranchés à la fin du dossier SharQc.
À
titre de
comparaison, l'Ontario consacre 51 procureurs dans son équipe de Guns and
Gangs et ajoute à ce nombre cinq
procureurs pour traiter les causes majeures, sur un total d'environ
1 000 procureurs, soit 5,6 % de ses procureurs. La Colombie-Britannique consacre 14 procureurs aux
dossiers de criminalité organisée et 27 procureurs aux causes
majeures, sur un total approximatif de 450 procureurs, soit 9 % de
ses procureurs. Au Québec, après la restructuration, c'est 17,5 % des procureurs du DPCP qui seront
affectés à la criminalité organisée, et ce pourcentage ne compte pas tous
les procureurs affectés aux causes majeures, comme par exemple CINAR, Mégantic,
Norbourg — terminé — etc.
Le DPCP n'a
donc aucunement l'intention de se désengager de la lutte au crime organisé,
bien au contraire. Le DPCP y consacre et y consacrera des ressources
humaines et financières importantes au cours des prochaines années. L'objectif visé par la restructuration est de nous rendre plus efficients et plus
efficaces dans la lutte à toutes les formes que prend et prendra la
criminalité organisée d'aujourd'hui et de demain.
Le désir de
réunir l'expertise en matière de criminalité organisée n'est pas nouveau, et, dans
les faits, post facie, cette réunification ne surprend pas les
procureurs expérimentés de ces bureaux ou les partenaires de ce domaine d'activité.
Cette hypothèse a fait l'objet de plusieurs discussions informelles depuis la création du BLACO, en 2000,
mais l'occasion de la concrétiser ne semble
s'être jamais présentée. L'année dernière, lorsque j'ai soumis ma candidature
au poste de Directeur des poursuites criminelles et pénales, j'ai identifié ce
qui devait faire
partie des priorités du directeur et j'y indiquais que la restructuration des bureaux de criminalité
organisée était une nécessité et devait être considérée par le directeur
comme une priorité. J'ai souligné qu'il était maintenant temps de réfléchir à
la possibilité de réunir les trois équipes
de procureurs en une seule et même équipe, que cela comporterait des enjeux
administratifs importants et une certaine
résistance des acteurs en place mais que les bénéfices escomptés pourraient
l'emporter sur ces considérations. Il m'apparaissait que la
réunification permettrait d'aborder les dossiers d'enquête avec une vision
unifiée des enjeux et qu'elle pourrait
simplifier les orientations stratégiques et les décisions à survenir. Il
m'apparaissait également qu'il serait plus aisé de mettre en place des
meilleures pratiques dans un seul et même bureau.
Ceci résume
bien ma conception de ce que le Directeur des poursuites criminelles devrait
faire, devrait mettre en place afin
d'améliorer sa réponse au traitement de la criminalité organisée. L'unification
aujourd'hui de ces trois bureaux n'est donc pas subordonnée au contexte
budgétaire, bien qu'elle permette dans les faits de faire des économies. Les
avantages de l'unification sont indéniables. Bien qu'ils visent des types de
crimes différents, la mission première du BLACO,
du BLPC et du BLCM est la lutte à la criminalité organisée. Ainsi, il
m'apparaît aller de soi et raisonnable de réunir ces trois bureaux dans
un même lieu physique et sous une même direction. Le travail en silo est devenu
un obstacle à leur efficacité et à leur adaptabilité aux nouveaux phénomènes de
criminalité et aux priorités policières qui s'ensuivent.
Ce changement entraînera une synergie indispensable au traitement de ces
dossiers complexes et d'envergure. Le
fait de mettre en commun des ressources pour parvenir à mener à bien ces
poursuites ne peut qu'assurer une polyvalence des équipes, un meilleur partage de l'expertise, une grande cohérence
dans les interventions, un gain de productivité et une grande agilité afin de répondre à la hausse ou à
la baisse de certains types de dossiers qui nous sont soumis par les
policiers.
Cette nouvelle équipe
multidisciplinaire sera également préparée à répondre aux phénomènes émergents
de criminalité organisée. L'unification
permettra de ne conserver qu'un seul point de chute pour la réception des
dossiers d'envergure
et assurera une distribution équilibrée des dossiers. La gestion et
l'organisation du travail au sein des équipes de procureurs ainsi
qu'entre les procureurs et les policiers seront plus efficientes.
Cette unification permettra également
d'uniformiser les pratiques ainsi que nos rapports avec les autres poursuivants
et les policiers. Elle permettra d'offrir une approche intégrée dès le moment
où les procureurs sont sollicités par les policiers en début d'enquête. Ainsi,
la recherche des produits de la criminalité et la récupération des actifs y
seront intégrées dès le départ, que ce soit
dans les dossiers de corruption ou les dossiers plus traditionnels de fraude,
de stupéfiants ou de contrebande. Les
procureurs de ces bureaux se retrouvent fréquemment devant les mêmes questions
juridiques et développent leur
expertise chacun de leur côté. Ils pourront désormais profiter les uns et les autres
de l'expertise de chacun.
Par ailleurs,
l'unification permettra de regrouper le personnel administratif et de soutien
ainsi que l'ensemble des techniciens en
droit. Les avantages sont évidents : mise en commun de façons de faire,
uniformisation des pratiques, meilleure répartition des tâches et mise
en commun des outils développés.
Finalement,
la révision administrative permettra d'obtenir un ratio d'encadrement semblable
à celui des autres bureaux régionaux. Il y a également des avantages
liés à l'apport des procureurs affectés à la criminalité organisée dans les régions. Les procureurs du BLACO, du BLPC
et du BLCM de Québec intégreront le bureau des procureurs de Québec et seront dorénavant sous la direction
administrative du procureur en chef de Québec. Ils continueront, pour la
plupart, à traiter des dossiers de
criminalité organisée. Les procureurs du BLACO localisés en région seront
désormais sous la responsabilité administrative des procureurs en chef des
bureaux régionaux de leurs régions et continueront de traiter des dossiers de criminalité organisée. D'autres procureurs
déjà en place dans ces bureaux pourront s'associer à ces procureurs
expérimentés dans la conduite de ce type de dossier. Cette façon de faire
assurera à la fois le bénéfice d'un nombre accru de procureurs disponibles pour
mener à bien les poursuites et le transfert utile et dynamique de l'expérience et des connaissances à des procureurs
moins expérimentés en ce domaine. Cette façon de faire permet aussi de
mieux s'adapter à la baisse ou à la hausse du nombre de dossiers.
conclusion, les changements apportés par la restructuration allègent la
structure administrative du Directeur des
poursuites criminelles et pénales tout en ayant l'avantage de préserver sa
capacité à accomplir pleinement sa mission. D'autre part, tous les
mandats autrefois dévolus au bref BRPI et BAE — les trois premiers bureaux
dont je vous parlais — vont se poursuivre mais dorénavant assumés
par d'autres bureaux situés au siège social à Québec, ce qui a aussi
l'avantage de maintenir le personnel au même endroit.
D'autre
part, il était urgent d'améliorer la réponse du Directeur des poursuites
criminelles et pénales au traitement de
la criminalité organisée présente en 2015. La nouvelle équipe multidisciplinaire
et très expérimentée sera préparée à répondre
efficacement à toutes les situations juridiques qui pourraient se présenter, et
il m'apparaît que les avantages d'unir les
efforts dans la poursuite d'un but commun ne sont plus à démontrer. De plus, l'arrivée
des procureurs expérimentés dans les
bureaux régionaux pour traiter les dossiers de criminalité organisée ne peut
qu'apporter des bénéfices. Ces procureurs pourront désormais partager
leur expertise avec des collègues plus jeunes et, si la situation le permet,
apporter leur soutien dans d'autres
procédures plus complexes. Le DPCP ne se désengage pas de la lutte à la
criminalité organisée. Il offre plutôt une réponse adaptée et moderne
afin justement d'être plus efficient et plus efficace dans cette lutte
permanente à la criminalité organisée.
un autre plan, pour éviter que mes paroles puissent nuire aux dossiers
actuellement devant les tribunaux et par respect pour l'autorité de ceux-ci, je ne ferai aucun commentaire s'y
rapportant. De la même manière, je n'aborderai aucun dossier sous étude
ou pour lequel les enquêtes sont encore en cours, et cela afin de les
préserver. Par ailleurs, en tout respect, vous comprendrez que je ne
commenterai aucun dossier qui fait les manchettes