Agriculture, Fisheries, Energy and Natural Resources — 19 January 2012 (39th Legislature, 2nd Session)
CAPERN 2012-01-19
Quebec — Committees
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32e législature, 3e session (9 novembre 1981 - 10 mars 1983)
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31e législature, 5e session (24 octobre 1980 - 24 octobre 1980)
31e législature, 4e session (6 mars 1979 - 18 juin 1980)
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27e législature, 4e session (21 janvier 1965 - 6 août 1965)
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25e législature, 2e session (13 novembre 1957 - 21 février 1958)
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24e législature, 4e session (16 novembre 1955 - 23 février 1956)
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18e législature, 2e session (10 janvier 1933 - 13 avril 1933)
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15e législature, 3e session (10 janvier 1922 - 21 mars 1922)
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13e législature, 2e session (11 novembre 1913 - 19 février 1914)
13e législature, 1re session (5 novembre 1912 - 21 décembre 1912)
12e législature, 4e session (9 janvier 1912 - 3 avril 1912)
12e législature, 3e session (10 janvier 1911 - 24 mars 1911)
12e législature, 2e session (15 mars 1910 - 4 juin 1910)
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39 e législature, 2 e session
(23 février 2011 au 1 août 2012)
Le jeudi 19 janvier 2012 - Vol. 42 N° 70
Consultation générale sur le Livre vert pour une politique bioalimentaire : Donner le goût du Québec
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Table des matières
Auditions (suite)
Réseau des tables de concertation agroalimentaire du Québec (Réseau des TCAQ)
Fédération de l'Union des producteurs agricoles (UPA) de la Mauricie
Institut national de santé publique du Québec (INSPQ)
Fédération québécoise des producteurs de fruits
et légumes de transformation (FQPFLT)
Coalition pour la souveraineté alimentaire (CSA)
Les Ami-e-s de la Terre de Québec (ATQ)
Direction régionale de santé publique de la Capitale-Nationale
(DRSP de la Capitale-Nationale)
La Tablée des chefs
Conseil québécois de la coopération et de la mutualité (CQCM)
MM. Rudolf Binggeli, Vincent Kelhetter et Guy Lessard
Autres intervenants
M. Norbert Morin, président suppléant
M. Pierre Corbeil
M. Jean D'Amour
M. André Simard
M. André Villeneuve
M. Janvier Grondin
M. Émilien Pelletier
M. Denis Trottier
Mme Charlotte L'Écuyer
* M. Benoît Rivest, Réseau des TCAQ
* Mme Marie Simard, idem
* M. Martin Caron, Fédération de l'UPA de la Mauricie
* M. Pierre-Luc Grenier, idem
* M. Yvan Martin, idem
* M. Luc Boileau, INSPQ
* Mme Catherine Gervais, idem
* M. Onil Samuel, idem
* M. Louis Poirier, idem
* M. Réjean Dion, idem
* M. Claude Lacoste, FQPFLT
* M. Pascal Forest, idem
* Mme Judith Lupien, idem
* M. Jean-Paul Faniel, CSA
* M. Frédéric Paré, idem
* Mme Dominique Bernier, ATQ
* Mme Sandrine Seydoux, idem
* M. François Desbiens, DRSP de la Capitale-Nationale
* M. Michel Beauchemin, idem
* Mme Céline Morrow, idem
* M. Jean-François Archambault, La Tablée des chefs
* Mme Hélène Simard, CQCM
* Mme Marie-Joëlle Brassard, idem
* Témoins interrogés par les membres de la commission
Journal des débats
(Neuf heures trente-cinq minutes)
Le Président (M. Morin): S'il vous plaît! Bon matin. Bon matin, tout le monde. Comme je viens de constater le quorum, je déclare la séance de la Commission de l'agriculture, des pêcheries, de l'énergie et des ressources naturelles ouverte. Comme à l'habitude, vérifiez vos téléphones cellulaires pour pas qu'ils ne soient dérangeants.
Le mandat de la commission est de tenir des auditions publiques dans le cadre de la consultation générale sur le livre vert pour une politique bioalimentaire du Québec, qu'on intitule Donner le goût du Québec.
Mme la secrétaire, y a-t-il des remplacements?
La Secrétaire: Oui, M. le Président. M. Pinard (Saint-Maurice) est remplacé par M. Villeneuve (Berthier) et Mme Ouellet (Vachon) par M. Pelletier (Saint-Hyacinthe).
Le Président (M. Morin): Bon, ce matin, nous recevons le Réseau des tables de concertation agroalimentaire du Québec, la Fédération de l'UPA de la Mauricie, l'Institut national de santé publique de même que la Fédération québécoise des producteurs de fruits et légumes de transformation.
Auditions (suite)
Alors, sans plus tarder, je demanderais aux représentants du Réseau des tables de concertation agroalimentaire du Québec de bien vouloir nous présenter leur exposé. Et je vous rappelle que vous avez 10 minutes, mais je suis conciliant pour quelques secondes.
Réseau des tables de concertation agroalimentaire
du Québec (Réseau des TCAQ)
M. Rivest (Benoît): Merci, M. le Président.
Le Président (M. Morin): Bienvenue.
M. Rivest (Benoît): Alors, mon nom est Benoît Rivest. Je suis directeur général du Conseil de développement bioalimentaire de Lanaudière. Marie Simard, du Conseil de développement de l'agglomération de Longueuil. Donc, bonjour et merci de votre accueil.
Donc, je serai le représentant des tables de concertation agroalimentaire du Québec pour venir vous présenter ce mémoire. Ma présentation se déclinera en quatre volets. Dans un premier temps, je dresserai un bref portrait du Réseau des tables de concertation agroalimentaire du Québec. Par la suite, je vous entretiendrai sur les appréciations globales face à la politique bioalimentaire qui sont ressorties de nos travaux. Le coeur de ma présentation touchera les trois principes qui devraient se retrouver au centre de la politique bioalimentaire, soit la cohérence, la cohésion et l'équité. Finalement, je vous présenterai les recommandations de notre groupe de travail.
Les tables de concertation agroalimentaire du Québec existent depuis plus de 15 ans. La mise en place de ces instances de concertation est issue d'une réflexion effectuée par le MAPAQ qui visait à mieux saisir tous les enjeux de développement régional liés au secteur bioalimentaire. Les tables de concertation ont pour mission de favoriser la concertation entre les organismes et les entreprises d'une région. À
titre d'exemple, la mission du Conseil de développement bioalimentaire de Lanaudière est de développer et de dynamiser le milieu bioalimentaire lanaudois par le biais de projets structurants et par le tissage de liens d'affaires entre intervenants.
Actuellement, le réseau compte 18 organisations couvrant la majorité du territoire québécois. Chacune de ces organisations possède ses spécificités face à la prise en charge du développement régional. Les types d'activités qui sont développées dans nos organisations, c'est... Par exemple, les planifications stratégiques régionales du secteur bioalimentaire sont souvent prises en charge dans les tables de concertation. Plusieurs d'entre nous effectuent un support à la mise en marché et à la commercialisation chez nos clients.
Puis certaines aussi font un appui au développement de produits et à l'amélioration de qualité. Le Réseau des tables, c'est plus de 50 professionnels et 300 bénévoles qui oeuvrent partout au Québec.
Au niveau de l'appréciation globale du livre vert, dans son mémoire présenté à la Commission de l'avenir de l'agriculture et de l'agroalimentaire québécois, le Réseau des tables affirmait qu'il souhaitait participer activement à l'avenir du secteur. Face au livre vert mentionnant que l'on doit mettre le produit au centre de la politique, selon nous, cet objectif est louable et prometteur dans la mesure où le gouvernement comprend que le consommateur ne peut être le seul élément de détermination.
Les citoyens consommateurs souhaitent voir une agriculture à visage humain, un monde bioalimentaire pérenne, et ce, dans toutes les régions du Québec. Le gouvernement du Québec a donc le défi de protéger les acquis du secteur bioalimentaire qui a permis à des entreprises de développer une agriculture rentable, forte et capable de répondre aux besoins des consommateurs, tout en reposant sur une mosaïque de modèles.
Donc, au Québec, ce qu'on voit, c'est des entreprises de toutes tailles, de petite taille mais très diversifiées. Donc, le Réseau des tables croit que c'est important de protéger ces acquis-là puis de maintenir une vitalité dans tous les modèles d'entreprise.
** (9 h 40) **
Pour alimenter et guider la réflexion sur le cadre de développement proposé dans le livre vert pour une politique bioalimentaire du Québec, nos organisations proposent de définir cette politique selon des principes de cohésion, cohérence et équité.
Face à la distinction des produits québécois et aux choix des consommateurs, nous croyons important de valoriser l'image des producteurs et transformateurs afin de reconnaître leur apport à la société québécoise, oui, pour la promotion des produits québécois, mais il importe également d'informer le consommateur sur les pratiques de la chaîne de production québécoise. Peu d'entre eux sont informés sur les modes de production rigoureux et les normes de salubrité très strictes du Québec.
De la même façon, nous appuyons la 15e recommandation du rapport final de la CAAAQ, qui proposait différentes mesures pour que le gouvernement du Québec contribue à rassembler les conditions afin que la distribution alimentaire accroisse son effet de levier sur le développement et la diversification de la production agricole et de la transfo alimentaire.
Un autre point qu'on voulait traiter aujourd'hui, c'est l'importance des campagnes régionales. Au cours des dernières années, plusieurs tables de concertation ont mis en place des campagnes régionales afin de faciliter la promotion et la mise en marché des produits de nos régions. Le Réseau des tables est très sensible à la reconnaissance de ces campagnes régionales. Ces initiatives permettent de renforcer l'appartenance à une région et par le fait même peuvent s'arrimer à des campagnes nationales.
Nous croyons fermement que le respect des couleurs régionales et du travail accompli par chacun est plus rentable à long terme que d'uniformiser les spécificités régionales. Une bonne concertation lors de la planification des campagnes ministérielles est également très bénéfique et profite à tous. En retour, l'expertise de notre réseau peut être utilisée pour développer et déployer les campagnes ministérielles dans chacune des régions du Québec.
L'autre point sur lequel je veux vous entretenir, c'est la rentabilité des entreprises. La deuxième orientation du livre vert pour une politique bioalimentaire vise à renforcer notre capacité concurrentielle, et son premier objectif est de miser sur des entreprises rentables et efficaces. Pour renforcer la capacité concurrentielle des entreprises québécoises du secteur bioalimentaire, il importe de considérer l'ensemble des étapes qui déterminent la capacité du secteur à obtenir un avantage concurrentiel.
En d'autres mots, on doit viser la rentabilité à chacun des acteurs impliqués: producteurs, transformateurs, distributeurs, détaillants. Pour ce faire, on doit miser sur un mariage de ces acteurs dans son appui au développement du secteur. De plus, ils est capital de rendre accessible la formation en agroalimentaire, d'accroître le développement des compétences, d'augmenter la disposition de main-d'oeuvre et d'améliorer l'accessibilité aux marchés.
Les tables sont connectées sur les besoins des entreprises de leurs régions. Ils sont en contact régulièrement et connaissent les réalités des transformateurs, des producteurs et des producteurs-transformateurs. De par leur expérience et leurs priorités d'action, les tables mettent déjà en oeuvre plusieurs partenariats avec toutes ces organisations qui interviennent dans le secteur bioalimentaire. On parle des CLD sur les territoires, on parle des SADC, Développement économique Canada, différents ministères à vocation économique. On est présents avec ces joueurs-là, on est présents avec nos entreprises.
Donc, la pleine mise en oeuvre d'une politique bioalimentaire nécessite la cohésion de ces acteurs en région. Pertinemment, le rôle des tables est de veiller au respect des rôles et des responsabilités de chacun dans la perspective d'atteindre des priorités d'action communes.
Une politique bioalimentaire équitable. Pour miser sur des entreprises rentables et efficaces, tel que le souhaite le premier objectif de la seconde orientation, l'avenir du secteur n'est non pas le propre d'un modèle unique, mais plutôt celui d'une pluralité. Cette affirmation mène les tables à réitérer leurs commentaires sur le fait que la prochaine politique bioalimentaire doit relever le défi de permettre à différents modèles d'entreprise de se développer et de se bonifier, tout en permettant l'innovation et le développement de nouveaux produits.
Il est évident que chaque politique, et chaque programme, induit des effets positifs mais peut également induire des effets pervers et négatifs. Il est essentiel que le gouvernement reconnaisse les phénomènes de modelage des entreprises autour de programmes bien attentionnés mais parfois inadaptés. Il est ainsi de la responsabilité du gouvernement de rester informé de la réalité des entreprises, d'observer le développement des filières et de pouvoir réagir rapidement.
En ce sens, le Réseau des tables souhaite que la politique bioalimentaire soit flexible et équitable dans sa mise en oeuvre en proposant des aides adaptées aux différents modèles d'entreprise.
Finalement, les recommandations du groupe des tables de concertation, c'est d'investir davantage dans le modèle privilégié de développement du secteur bioalimentaire, soit l'approche filière; d'élargir le modèle pour qu'il puisse tenir compte des préoccupations de l'ensemble des maillons de la filière: production agricole, pêcheries, transformation alimentaire, distribution, vente au détail et consommation; de mettre en place des programmes et des outils financiers axés sur le long terme pour soutenir l'approche filière, assurant un développement optimal du secteur bioalimentaire québécois; important de valoriser l'image des producteurs et transformateurs pour faire connaître leur apport social, environnemental et économique à la société; aussi, un autre point très important, d'informer le citoyen consommateur sur les pratiques de la chaîne de production bioalimentaire.
On croit qu'en informant le consommateur sur les réalités québécoises et le modèle strict et efficace au niveau du contrôle de la qualité qui est pratiqué ici, que ça va pousser au niveau des ventes; puis de donner un pouvoir réel aux régions afin d'adapter leurs actions aux réalités et aux besoins qui leur sont propres.
Selon nous, les tables de concertation sont l'une des pierres angulaires de la mise en oeuvre de l'approche filière. Elles travaillent au développement de synergies entre les différents intervenants pour la mise en valeur du potentiel bioalimentaire à l'échelle régionale. Ainsi, notre réseau est un agent facilitateur pour le déploiement de stratégies régionales, facilitant la mise en oeuvre de la prochaine politique bioalimentaire du Québec. Les tables sont bien outillées pour devenir
partie intégrante de cette mise en oeuvre en continuant leurs actions de concertation, en informant les consommateurs et en les guidant vers les choix éclairés, en aidant les entreprises dans leur développement et en travaillant au développement du secteur bioalimentaire dans chacune des régions du Québec. Merci beaucoup.
Le Président (M. Morin): Merci, M. Rivest. Maintenant, M. le ministre.
M. Corbeil: Merci, M. le Président. Bonjour, M. Rivest. Bonjour, Mme Simard. Votre mémoire nous invite à mettre l'accent ou de l'énergie sur le développement du secteur, dans les régions en particulier. C'est tout à fait légitime de votre point de vue. Moi, je voudrais vous entendre sur l'équilibre qui devrait être fait entre des promotions à caractère régional et des promotions à caractère national. Vous n'êtes pas sans savoir que dans certaines régions, et on se l'est fait dire hier, notamment en ce qui concerne les produits acéricoles dans les Bois-Francs...
On aura beau faire de la promotion pour que le sirop des Bois-Francs soit consommé dans les Bois-Francs, mais il va en déborder parce qu'on en fait bien plus qu'on en a besoin. Et d'ailleurs c'est un produit fort pour le Québec. 85 % du sirop qui se consomme dans le monde vient du Québec. Alors, comment on pourrait jauger ou à tout le moins trouver un équilibre puis voir qu'est-ce qui... quels sont les accents qui doivent être mis au niveau régional versus au niveau national?
Et vous n'êtes pas sans savoir tout ce qu'on met comme... déploie comme effort au niveau d' Aliments du Québec: toujours le bon choix! , précédé de Le Québec dans votre assiette!.
M. Rivest (Benoît): Bien, ce que je pourrais dire à ce sujet-là, c'est que chez nous -- je vais parler pour ce que je connais -- dans Lanaudière, c'est que, quand la stratégie qui est Mettez le Québec dans votre assiette! a été déployée, c'est qu'on en a profité pour mettre en place une signature régionale mais toujours en lien avec les prémisses d'Aliments du Québec, donc toujours en lien avec les stratégies ministérielles ou nationales de promotion des aliments québécois. Donc, moi, je pense que les deux types de stratégie peuvent coexister, puis la preuve en est que présentement ça fonctionne.
On a de très bons liens avec Aliments du Québec. Il y a une interrelation qui s'est faite, au fil du temps, pour justement s'aider.
Donc, chez nous, on peut faire des tournées des détaillants, vraiment. On fait la tournée d'au-dessus de 30 détaillants, dans la région, avec une personne qui est attitrée au programme Goûtez Lanaudière!. Mais en même temps on fait la promotion d'Aliments du Québec. Puis, quand on voit au niveau national les promotions télévisées, au niveau des radios nationales, bien ça nous encourage parce qu'on sait que, ce qu'on fait, on le fait pour augmenter la consommation au Québec. Puis on est en très bon lien avec Mme Beaudry, d'Aliments du Québec, puis, selon nous, les deux types de campagne peuvent coexister.
Mme Simard (Marie): Est-ce que je peux me permettre de répondre, M. le Président?
Le Président (M. Morin): Oui, Mme Simard, oui.
** (9 h 50) **
Mme Simard (Marie): Je suis la représentante des tables à la table d'Aliments du Québec, où on s'est croisés. Je crois profondément que, pour avoir des trucs... je pense qu'une des stratégies, ça serait peut-être d'allouer des sommes où Aliments du Québec et la région peuvent à la fois déterminer ce qui sera fait.
Je pense qu'il y a des produits qui n'auront... il y a des produits qui ont besoin du logo d'Aliments du Québec, parce qu'ils sont distribués dans les grandes chaînes de distribution, et on pousse tous très fort pour que ces entreprises-là trouvent des moyens d'identifier ces produits-là, quand, pour nommer les produits qui sont sur mon territoire, des Natura, des yogourts, des grands yogourts qui sont à la grandeur du Québec et qui sortent du Québec... Vous savez la problématique des produits qui sortent du Québec.
Donc, comment techniquement trouver, pour ces entreprises-là, des solutions au niveau soit de la distribution ou comment trouver, dans leurs chaînes, le moyen d'étiqueter pour le marché du Québec et de ne pas étiqueter pour quand ça sort du Québec, pour x, y raisons, ça serait un choix d'entreprise, et on doit toujours respecter le choix d'entreprise.
Mais on sait qu'il y a bon nombre de produits qui ne rentreront pas dans les grandes chaînes de distribution. Et, pour avoir été productrice d'agneaux du Québec, j'ai souvent dit à Lyne Gagné, à l'époque... de dire... Agneau du Québec était, à l'époque, plus fort qu'Aliments du Québec, et je lui disais: De toute façon, je construis l'identité d'Aliments du Québec. Donc, tous les petits producteurs peuvent très bien bâtir l'attachement d'Aliments du Québec, et les grandes entreprises peuvent utiliser le logo d'Aliments du Québec.
On sait qu'il va falloir, de toute façon, faire attention à la marque Aliments du Québec, la protéger, mais pour le moment, avec la dynamique actuelle, le gouvernement a appuyé derrière Mettez le Québec dans votre assiette! et derrière Toujours le bon choix! On sent que le gouvernement appuie le mouvement. Les entreprises ont répondu. Les tables de concertation appuient Aliments du Québec, et on travaille de concert. Et plus l'enlignement gouvernemental va être clair, plus les joueurs vont se positionner, et vont répondre, et vont de mieux en mieux s'enligner, plutôt que de tirer la couverte de leur côté.
Je pense qu'il y a un devoir, de votre part, de mission et il y a un devoir, de notre part, d'action.
M. Corbeil: Ah! comme ça, vous... Excusez, M. le Président.
Le Président (M. Morin): Allez, allez.
M. Corbeil: Comme ça, vous souscrivez à l'approche qu'il y a eu l'an dernier, où il y a eu un volet national, Aliments du Québec: toujours le bon choix! , qui était assorti d'une enveloppe régionale qui est venue un peu plus tard, en juin, à la discrétion de chacune des régions. Si je comprends bien, sous la première orientation du livre vert, qui parle de distinguer nos produits alimentaires, vous pensez, vous suggérez qu'on établisse des synergies puis qu'on travaille en complémentarité avec ce qui se fait dans les différentes régions.
M. Rivest (Benoît): Tout à fait.
M. Corbeil: Comment on pourrait introduire... Est-ce qu'on saute de la région au national? Moi, il y a une dimension qui m'a interpellé, parce que, quand on arrive dans un ministère, il y a des choses qu'on peut observer d'un autre angle: l'interrégionalité. Il y a des choses qui se font en Gaspésie en rapport avec les produits de la mer. Je ne vous ferez pas de cachette, je ne les ai pas, ces produits-là, en Abitibi-Témiscamingue. On est pas mal loin de la mer. Alors, comment on pourrait travailler, l'Abitibi-Témiscamingue, avec la Gaspésie gourmande? On est loin.
C'est plus naturel de le faire avec le Bas-Saint-Laurent. C'est peut-être plus naturel de le faire avec la Côte-Nord. Mais, Lanaudière ou l'Abitibi, comment on peut faire interagir? Puis probablement que ça se passe à votre niveau, à la table de concertation. J'aimerais vous entendre là-dessus.
M. Rivest (Benoît): Bien, souvent, ce qui est fait, c'est qu'on a le Réseau des tables, qui se rencontrent deux fois par année, puis on établit les stratégies ou on s'échange sur les bons trucs, les façons de faire qui sont plus globales. Mais au niveau du Québec il y a des sous-groupes qui se sont formés. Comme chez nous, les trois L, Laval, Laurentides, Lanaudière, on travaille beaucoup ensemble sur différents projets. Souvent, c'est de la formation. Souvent, c'est du coaching en entreprise qu'on va structurer ensemble justement pour sauver des coûts.
On a des réalités régionales qui peuvent être sensiblement les mêmes. Chez nous, exemple, Laurentides, Lanaudière, au niveau agrotouristique, on a beaucoup de petites entreprises qui ont souvent des besoins semblables. Donc, en travaillant ensemble, en étant connectés ensemble, bien on peut faire des projets plus facilement, donc se répartir le risque puis donner un coup de main à nos clients, qui sont souvent des PME ou des petites entreprises, là, il ne faut pas se le cacher, mais qui progressent très bien.
Tu sais, on sent qu'il y a un engouement pour les produits locaux, les produits du Québec puis on sent qu'il y a une progression des ventes, même dans les trois, quatre dernières années. Il y a eu des crises économiques, mais au niveau alimentaire on a senti que nos petites entreprises qui font des produits spécifiques ont quand même bien progressé. Puis, nous, à notre niveau, au niveau des tables de concertation, c'est clair qu'on va développer des programmes interrégionaux, soit en agrotourisme, soit au niveau de la mise en marché.
Comme par exemple, le prochain colloque en agrotourisme va se dérouler dans les Laurentides. Donc, on travaille avec la Rive-Sud, on travaille avec la région de Drummondville à ce niveau-là. Donc, ça, ça s'opère sur le territoire. Puis on travaille aussi avec le volet national, avec Mme Beaudry, d'Aliments du Québec. On est en lien avec Marie ici, qui siège au conseil d'administration. Donc, à ce niveau-là, oui, il y a des échanges qui sont fait au niveau régional.
Mme Simard (Marie): Moi, si votre question porte... Parce que je ne suis pas sûre qu'on a...
Le Président (M. Morin): Mme Simard.
Mme Simard (Marie): Pardon.
Le Président (M. Morin): Je vous nomme parce que ceux qui...
Mme Simard (Marie): Il faut que j'apprenne à être disciplinée.
Le Président (M. Morin): C'est bien. Allez. Allez, Mme Simard.
Mme Simard (Marie): C'est un long apprentissage.
Si votre question porte sur comment, nous, entre organisations, on échange nos bonnes pratiques d'affaires, ça, je pense qu'on le fait à travers des rencontres aux six mois, où on échange, et je vous garantis, messieurs dames, que l'émulation et la stimulation des bons coups, que ce soit l'agglomération Longueuil, qui a fait une visite des élus pour positionner... et que je puisse dire à Gaspésie, qui dit: Oui, mais, moi, mes élus sont très répartis... On a des dynamiques différentes, mais des fois les bonnes idées des uns... et on se les échange aux six mois et on passe une demi-journée...
Ce n'est pas très dispendieux, mais on passe une demi-journée à s'échanger... Donc, si c'est à ce niveau-là, votre question, je trouve ça... voici la réponse. Benoît vous l'avait donnée.
Si c'était par rapport aux produits, comment en Abitibi on peut envoyer des produits de la Gaspésie, c'est du domaine de la distribution. Je vous dirais que, si le gouvernement n'avait pas légiféré pour la musique dans les radios, il n'y aurait pas de... il y aurait probablement beaucoup moins de place à la musique francophone s'il n'y avait pas eu une réglementation. Je pense que, comme gouvernement, vous portez l'odieux de faire des règlements et vous avez le fardeau d'éduquer. C'est le devoir que nous avons, comme gouvernement.
Et ensuite, comme chacune de nos organisations, nous avons la responsabilité d'éduquer nos citoyens à faire des bons choix, le haricot de Bonduelle versus le haricot frais du Mexique. Donc, ce choix-là, quel doit-il être, quel choix faire pour la santé, pour l'environnement?
Donc, je pense que, si c'est pour la distribution, je vous invite à écouter ce que l'ADAQ a à dire à ce sujet-là. Je pense que M. Gravel devrait vous dire de forcer les distributeurs d'avoir un quota. Ceci n'empêchera pas la compétition. Soyez sans inquiétude, il va continuer à y avoir de la compétition. On fait juste protéger un bout de la patinoire et ensuite on pourra s'entendre entre entreprises et compétitionner vaillamment pour est-ce que ça va être le poulet, le veau versus le pourcentage. Mais je vous invite à imposer un minimum de nos distributeurs, et prenez l'exemple de la radio, et de la musique, et de la chanson française.
Le Président (M. Morin): Merci, Mme Simard. M. le député de Rivière-du-Loup, c'est Bas-Saint-Laurent, ça?
M. D'Amour: Oui, c'est Bas-Saint-Laurent. C'est comme dans Saveurs du Bas-Saint-Laurent, M. le Président. Vous connaissez, je présume, Les Saveurs du Bas-Saint-Laurent. Je présume que vous avez aussi l'occasion de collaborer.
Mme Simard (Marie): Ah! on est jaloux de tout le travail qu'ils ont déjà de fait, eux autres. On trouve ça beau, puis on regarde les exemples, puis on les vole.
M. D'Amour: Alors, à mon tour de vous souhaiter la bienvenue. Puis je suis très heureux d'avoir l'occasion de vous entendre. Et j'aime beaucoup ce que l'on entend, ce matin. Quand vous parlez, par exemple, des trois L, là, le travail de cohésion, de chimie qui se réalise, ça se fait chez nous aussi, à travers Les Saveurs du Bas-Saint-Laurent. Et la complémentarité, elle est très, très importante.
Moi, j'aimerais que vous apportiez certaines précisions sur des choses notamment qui ont été dites par M. Fiset tout à l'heure. Quand vous parlez de l'aide aux modèles d'entreprise, hein, vous êtes passé là-dessus très rapidement, les modèles d'entreprise versus l'aide, ça ressemblerait à quoi, dans un monde idéal, pour vous?
M. Rivest (Benoît): Bien, ce que je voulais dire, c'est qu'au niveau bioalimentaire on a le monde agricole, le monde de la transformation. Dans le monde de la transformation, il y a de très grands groupes qui exportent, qui ont des chiffres d'affaires astronomiques, mais il y a aussi de petites entreprises souvent qui vont faire vivre une famille, quelques employés puis qui vont travailler très fort. Puis souvent, ces entreprises-là, exemple, quand on a des demandes au niveau légal ou au niveau des permis, ça peut être contraignant un petit peu pour ces entreprises-là.
Donc, c'est de voir s'il n'y a pas des façons de les aider pour que le modèle puisse autant encourager la petite entreprise familiale qui veut développer son coin de pays que la plus grande entreprise qui décide de s'attaquer au marché de la Chine ou du Mexique. Donc, c'est dans cette optique-là que je parle, parce que chez nous j'ai des entreprises qui sont propriétaires uniques ou deux, qui sont membres chez nous, j'en ai des plus grosses qui ont 50, 60 employés, qui ont des visées plus d'exportation. Donc, c'est de trouver un juste milieu ou d'avoir une flexibilité au niveau des différents programmes.
Puis je ne dis pas que c'est tout noir, là, mais c'est d'avoir cette sensibilité-là quand il y a des demandes de plus petites entreprises qui demandent... Au niveau des permis de transformation, par exemple, c'est sûr que c'est très important puis ça demande... On ne joue pas avec l'innocuité, puis la stabilité, puis la sécurité alimentaire, mais certaines fois ça peut être exigeant pour eux, ça peut représenter des grosses heures de travail qu'ils mettent déjà dans leurs entreprises. Donc, c'est de trouver des moyens de faciliter ça, c'est d'encourager tous les modèles.
Parce qu'au Québec, d'après moi, puis partout au Canada, on ne peut pas se permettre de perdre une entreprise. Il faut toutes les aider. Si elles sont sérieuses, qu'ils font de bons produits puis qu'ils ont un bon plan d'affaires, je pense qu'il faut les aider.
** (10 heures) **
Le Président (M. Morin): M. le député de Rivière-du-Loup, quelques instants.
M. D'Amour: Oui, mais je crois que madame voulait intervenir. S'il me reste du temps, je veux pousser plus loin.
Mme Simard (Marie): Mais, juste rapidement, il n'y a pas de dogmatisme. Donc, les coopératives, le mode coopératif au Québec a eu des très grandes réussites, l'intégration des entreprises qui sont intégrées... Donc, pas de dogmatisme en disant: Bon, bien, on est contre l'intégration des entreprises, de laisser les modèles varier, de laisser le marché faire les modèles et de faire attention que le règlement puis les programmes n'interfèrent pas sur des modèles qui peuvent réussir dans une filière et moins bien dans une autre. Mais on a de grandes filières qui ont très bien fonctionné.
Le Président (M. Morin): Merci, Mme Simard. Merci, M. le député de Rivière-du-Loup. M. le député de Kamouraska-Témiscouata, Bas-Saint-Laurent aussi.
M. Simard (Kamouraska-Témiscouata): Merci, M. le Président. Alors, bonjour, Mme Simard et M. Rivest, et bienvenue à la table des tables de concertation. D'entrée de jeu, j'ai remarqué que vous avez donné un titre... rajouté au
titre du livre vert: Donner le goût du Québec en région . Pourquoi?
M. Rivest (Benoît): Parce que... Écoutez, nous, on travaille en région, on travaille avec notre monde, on travaille avec nos entreprises, puis on se reconnaît dans la région, puis nos clients aussi, nos entreprises se reconnaissent chez eux. Puis on travaille ensemble en partenariat, donc des produits d'autres régions qui viennent dans Lanaudière, qui se promènent un peu partout au Québec. Donc, c'était dans cette optique-là, c'était tout simplement ça.
M. Simard (Kamouraska-Témiscouata): Alors, je ne voulais pas vous embêter avec ça, mais ça m'a frappé puisqu'au fond Montréal, Québec et les autres grands centres occupent... c'est pratiquement la moitié de la population citoyens consommateurs qui finalement consomme. Puis c'est aussi des régions. Mais ce n'est pas un reproche, mais je voulais juste voir un peu...
Mme Simard (Marie): Mais c'était pour...
M. Simard (Kamouraska-Témiscouata): ...ce qu'il y avait derrière ça. Il y a quand même...
Mme Simard (Marie): Bien, derrière ça on sent qu'il y a une vague de fond...
Le Président (M. Morin): Mme Simard.
Mme Simard (Marie): Pardon.
Le Président (M. Morin): Mme Simard.
Mme Simard (Marie): On sent qu'il y a une vague de fond de vouloir effectivement... Dans le processus d'Aliments du Québec et dans les campagnes qui sont derrière Aliments du Québec, on sent une volonté louable d'envoyer toujours le même message à tout le monde. Et, comme région, on continue à dire... Et je considère que je suis une région, agglomération de Longueuil et j'ai la plus belle région. Je considère qu'on peut très bien avoir une identité régionale et une identité... C'est comme une poupée gigogne, hein?
Vous savez, la région, elle rentre dans le Québec, le Québec, il rentre dans le Canada, puis le Canada, il rentre dans le monde, puis ainsi va la vie. Et on peut très bien avoir des niveaux d'attachement qui sont différents, tout comme on a des niveaux d'attachement différents entre un produit qui est produit au Québec et un aliment qui est transformé au Québec. On ne les aime pas pour la même raison, et il faut accepter que le consommateur est capable de prendre deux informations. Donc, il est capable de prendre l'information régionale, Lanaudière, Gaspésie.
Il y a eu des régions qui se sont mobilisées, qui ont déjà un bagage régional plus marketing fait qu'agglomération de Longueuil. Je vous avoue que j'ai longtemps à faire. Mais, ceci dit, on peut très bien bâtir une identité régionale et bâtir une identité nationale par-dessus ça. Donc, on sent la vague de fond vers des campagnes qui sont plus nationales et, en mettant le régional, on voulait juste insister sur notre travail qu'on fait et qui est complémentaire.
M. Simard (Kamouraska-Témiscouata): Merci. J'ai cru comprendre ou percevoir que vous avez indiqué l'importance qu'en amont de la chaîne, soit de l'agriculture ou de la transformation, qu'il y ait une préoccupation à cet égard parce que c'est là que finalement provient la matière première pour la consommer plus loin. Et vous faites référence aussi à un modèle pluriel, tel que le préconisait, au fond, l'ensemble de l'esprit du rapport Pronovost, qu'on appelle maintenant. Alors, c'est ce que je comprenais.
Dans trois recommandations sur sept, je crois... sur six, dans trois recommandations sur six, vous faites référence à l'approche filière, modèle de l'approche filière. Or, à ma connaissance, cette approche filière, qui a été promue il y a quelques années, n'est pas revenue vraiment comme modèle dans le rapport Pronovost. Non pas qu'il est exclu, mais c'est une approche qui a fait ses preuves, bien sûr. Mais vous insistez sur cet aspect-là. Et, vous savez, c'est quand même une approche plus conceptuelle. Et je vois même que la consommation, pour vous, en fait partie.
Alors, ma question est celle-ci, c'est que vous revenez au moins à trois reprises sur cet aspect-là en disant: C'est ce modèle-là, etc. J'aimerais vous entendre à cet égard parce que c'est un peu moins ce qu'on entend aujourd'hui.
M. Rivest (Benoît): Bien, l'approche filière, c'est dans l'optique où tous les maillons de la chaîne sont assis autour de la même table. Puis, d'un point de vue régional, dans une région, c'est plus facile à mettre en place, j'imagine. Donc, c'est sûrement ce qui nous a poussés à choisir ça. Puis c'est aussi en lien, aussi, avec ce qu'on tend à percevoir, aussi, pourquoi on a mis le consommateur, c'est toute la création des chaînes de valeur. Je vois un lien avec l'approche filière. Puis la création des chaînes de valeur est appelée, dans un avenir rapproché, à prendre de plus en plus de place.
Puis on sentait qu'il y avait un rapprochement à faire avec l'approche filière... tels qu'ils sont effectués chez nous, dans nos tables, avec l'ensemble des partenaires régionaux et les ensembles des partenaires du secteur, aussi, qui font
partie de la chaîne. Le consommateur, c'est plus un aspect de la chaîne de valeur, je vous ferai remarquer, mais on croit que c'est important, dans nos organisations régionales, d'être connectés avec tous ces individus-là, ces organisations-là pour bien mener notre travail.
Chez nous, en tout cas -- personnellement, je vais parler pour Lanaudière -- on travaille beaucoup en comité puis en consultation de nos différents maillons de la chaîne, puis c'est très efficace. Puis je sais qu'il y a d'autres régions qui fonctionnent comme ça. Donc, c'est peut-être pour ça que ça a transpiré un petit peu dans nos recommandations. Puis, d'un point de vue régional... c'est sûr que ce n'est pas national, mais au niveau régional on sent que c'est efficace puis qu'on a des beaux résultats avec cette approche-là.
M. Simard (Kamouraska-Témiscouata): O.K. Vous avez, dans une des recommandations, la dernière -- mais je ne pense pas qu'il y avait un ordre, je la prends telle quelle -- vous parlez « de donner des pouvoirs réels aux régions afin d'adapter leurs actions aux réalités et aux besoins qui leur sont propres » . Explicitez.
M. Rivest (Benoît): Bon. Si je prends des exemples très concrets au niveau financement, chez nous, au CDBL, on est privilégiés, mais il y a d'autres régions au Québec où les démarches de financement avec différentes instances provinciales ou fédérales, c'est plus difficile. Donc, d'avoir des budgets ou des facilités de réserver des sommes budgétaires pour réaliser des projets en région, je pense qu'au niveau de l'ensemble des régions, c'est quelque chose qui est souhaité.
Ce n'est pas partout la même chose, donc on sentait important de l'inscrire ici pour qu'il y ait une sensibilité à votre niveau, là, de bien comprendre ça. Donc, c'est l'aspect de concertation. Des fois, on a de la concertation, on a de belles équipes dans les régions, mais le financement est plus difficile à aller chercher. Donc, ça, c'est des réalités qui sont vécues à travers le Québec, pas partout, mais qui sont vécues par certains collègues.
Le Président (M. Morin): Mme Simard, vous vouliez rajouter quelque chose?
** (10 h 10) **
Mme Simard (Marie): Oui, je vais rajouter. Je vais profiter de la réponse de Benoît... de votre question pour répondre aussi, revenir à la question du ministre, comment on peut faire pour arrimer la volonté d'arrimer une image nationale, toujours la même, et de respecter un discours régional. Je dirais qu'à
titre d'exemple cette année, effectivement, dans les régions, on a eu les sous. Et je ne veux pas casser de sucre sur le dos de personne, mais je veux juste expliquer que, quand on nous demande, comme petit organisme -- je suis toute seule dans mon organisme -- de faire de la planification stratégique en avril et qu'on arrive avec le budget du mois de juin, je ne peux plus bouger si facilement un budget. Donc, donner les moyens, c'est de regarder au niveau de la vision. De le donner à long terme aussi, ça assoie la concertation.
Pour donner un exemple dans mon territoire, le directeur régional a décidé de faire une entente administrative sur trois ans pour envoyer un signal aux autres partenaires, de dire: J'investis dans le conseil de développement pour la faire, la concertation, au lieu de multiplier puis que le ministère du Développement économique se fasse sa table. Tout le monde se fait sa table, ça fait que finalement on passe notre temps assis à des tables, au lieu d'être sur le terrain et d'agir auprès des entreprises et auprès du consommateur pour...
La finalité, c'est que les gens achètent, comprennent pourquoi ils achètent des produits Aliments du Québec, pourquoi ils achètent des produits de l'Abitibi-Témiscamingue, la valeur que cela a. Donc, de travailler en filière, c'est peut-être plus concertation, et de donner les moyens, c'est de... Vous ne savez pas à quel point, quand on négocie un budget à l'année, on invalide un nombre incommensurable de gens qui travaillent, à être incapables de planifier à long terme.
Et je pense qu'on peut très bien avoir des structures qui finalement résument à des coquilles vides, quand on déstabilise un financement comme ça ou on l'envoie un peu trop tard dans le champ. C'est de l'argent qui vous revient, mais je pense que c'est de l'argent qui est perdu à long terme.
M. Simard (Kamouraska-Témiscouata): Merci. Est-ce qu'il reste un peu de temps, M. le Président?
Le Président (M. Morin): Oui...
M. Simard (Kamouraska-Témiscouata): M. le député de Berthier voudrait...
Le Président (M. Morin): Oui, M. le député de Berthier, allez-y donc.
Une voix: Merci, M. le Président.
Le Président (M. Morin): C'est quelle région, ça, le député de Berthier?
M. Villeneuve: Bien, soyons chauvin un peu, c'est la plus belle du Québec, M. le Président.
Mme Simard, bonjour. M. Rivest, bonjour. Écoutez, vous avez abordé tantôt le sujet de dire... bien, que dans la politique on puisse être en mesure, que le gouvernement puisse être en mesure d'intervenir davantage par rapport aux produits du Québec sur le marché. Hier, on a eu un monsieur, M. Rouleau, je pense, le dernier intervenant, hier soir, qui est venu en commission, et, lui, ce qu'il disait, il donnait l'exemple qu'au mois de juillet, alors que bat son plein les belles tomates du Québec, les distributeurs arrivent sur le marché avec 30 vans de tomates du Mexique.
Et là, évidemment, ils font chuter les prix, et les tomates, les belles tomates du Québec d'été, bien, ça arrive une fois dans l'année, on s'entend, là, ce n'est pas... Je sais qu'il y en a de serre, etc., là, mais quand même c'est un moment important pour eux et c'est des revenus importants. Et M. Rouleau nous disait, dans le fond, en faisant en sorte que le gouvernement puisse intervenir davantage au niveau réglementaire, que c'est possible, en raffinant davantage, sans nécessairement brimer ou briser des ententes internationales, etc., qu'on pouvait le faire.
Vous, tantôt, vous avez dit -- j'ai compris ça comme ça: Prenons la place qui est la nôtre, en termes d'État, pour justement venir protéger... Bon, on ne parle d'être nécessairement isolationnistes, là, mais de venir protéger, à tout le moins, un marché et nos producteurs qui, tirant un profit peut-être meilleur de leurs productions, auront moins besoin d'être soutenus par l'État en bout de ligne. Donc, tout le monde y gagne un peu. Par contre, de l'autre côté, vous avez les gens qui sont contre l'intervention de l'État totalement dans ce domaine-là. Alors, jusqu'où on devrait aller, en termes d'État, pour justement intervenir peut-être davantage, comme vous sembliez le dire tantôt?
Le Président (M. Morin): Mme Simard, en moins d'une minute.
Mme Simard (Marie): Quadrature du cercle... Si j'avais la réponse, je ne serais pas assise ici. Quadrature du cercle, je pense qu'il y a effectivement des ententes internationales, il y a effectivement... il y a l'ADAQ, qui est le représentant des distributeurs. Je pense que l'ADAQ vous demande -- des détaillants, pas des distributeurs -- vous demande de légiférer, trouver un moyen. C'est sûr qu'il y a deux moyens d'intervenir: on y va par l'éducation ou on y va par la coercition. C'est un mariage des deux. En santé publique, ils le font constamment. Ils disent: De ne pas fumer, c'est une bonne chose, puis en même temps ils enlèvent les étiquettes. Donc, il faut trouver la juste mesure.
Je pense que le citoyen vous le dit en grande
partie qu'il est prêt à le faire. Les études ont démontré que le logo Aliments du Québec a de l'impact. On ne peut plus dire que les bottines ne passent pas les babines. Ça, c'est terminé, ça, c'est feu. Bon, maintenant, on passe à autre chose. L'investissement dans les campagnes a démontré de l'effet. Il faut continuer, il faut continuer à long terme. On n'éduque pas en changeant. Il faut protéger le logo Aliments du Québec, il faut valoriser le logo Aliments préparés au Québec parce que ce sont des emplois. Ils faut les différencier, les deux. Je sais que les détaillants là-dessus en veulent juste un.
Il en faut deux. Il y en a un que c'est la production, il y en a un que c'est la transformation. Et ce sont deux métiers nobles, deux maillons fondamentaux et très nobles en soi. Et le détail est le troisième maillon, très noble en soi. Donc...
Le Président (M. Morin): Merci, Mme Simard.
Mme Simard (Marie): ...je n'ai pas la réponse. On peut continuer à travailler.
Le Président (M. Morin): Merci beaucoup, Mme Simard. M. Rivest... Oui, c'est ça, M. Rivest.
M. Grondin: ...
Le Président (M. Morin): Ah oui! Je vous oubliais, quand même. Je m'excuse. Et en plus c'est Chaudière-Appalaches.
M. Grondin: Oui.
Le Président (M. Morin): Allez-y, monsieur...
M. Grondin: C'est une autre belle région du Québec.
Bien, moi, ça va être un peu dans le même sens. Je trouve que dans le livre vert on se donne un document qui va durer dans le temps. Mais je pense que les Québécois, les consommateurs, ils sont prêts à adhérer à ça, mais ils veulent avoir la vérité. Parce que vous allez dans un centre d'achats, aujourd'hui, vous ne savez pas si le boeuf vient du Québec, vient des États-Unis, vient de la Chine, vient de l'Argentine. Le porc, hier on avait des témoignages encore, il y a 15 %, 20 % du porc qu'on ne sait pas d'où il vient.
Moi, il me semble que, le logo du Québec, vous parlez, si on met le logo du Québec puis que c'est la vérité, là, c'est ça, on est sûr que cette viande-là vient du Québec, il me semble, moi, que ça aurait un bon impact, parce que le consommateur, moi, d'après moi, il est prêt à payer quelques sous de plus puis dire: Bon, bien, là, j'achète régional. Régional, c'est encore mieux, mais on sait très bien qu'on n'a pas d'abattoir de boeuf régional, on n'a même plus... Je pense qu'il y a au-dessus de 80 % de notre boeuf qui est abattu aux États-Unis. Il revient dans des boîtes, on ne sait même pas d'où il vient.
Il va falloir régler ces problèmes-là, rendre les consommateurs sûrs de ce qu'ils achètent.
M. Rivest (Benoît): Bien, ça, vous avez tout à fait raison. Puis aussi il faut développer le sentiment de fierté de consommer des produits québécois. Tu sais, le Québécois et la Québécoise, il faut qu'ils soient fiers de consommer des produits de chez eux, puis de le mettre dans le panier, puis de le demander à l'épicerie. Ça, c'est super important. Les consommateurs, il faut qu'ils le demandent à l'épicier, au détaillant, de dire: Je veux des produits québécois, puis fournis-moi des produits québécois. Quand le consommateur est rendu là dans son discours, le détaillant, il va suivre, il n'aura pas le choix.
Puis ça, c'est important de marteler le discours, de l'éduquer, d'informer, de faire connaître les produits régionaux, les viandes en particulier, c'est très difficile, mais de les faire connaître, de les faire déguster, puis, une fois qu'on déguste une viande, là, du Québec, et de Lanaudière en particulier, on adopte, c'est clair.
M. Grondin: Il faut que la... J'imagine que vous êtes au courant, les consommateurs... les grands centres de distribution, les grandes chaînes de magasins, eux autres, quand ils décident, là, c'est toujours décidé six mois, peut-être un an d'avance, telle, telle semaine, ça va être telle chose qui est en spécial. Ils envoient ça... Eux autres, c'est des... ils appellent ça des « brokers » . Tu nous fournis un meilleur prix là-dessus. Mais ils ne savent pas d'où ça vient, là. Eux autres, ils achètent un prix, puis après ça ils mettent ça en... C'est comme ça que ça marche, là.
J'ai travaillé un petit peu dans l'alimentation, ça fait que je suis au courant un peu comment ça marche. Alors, on ne sait pas la provenance du produit. Puis, moi, je trouve que c'est là qu'on manque beaucoup.
Le Président (M. Morin): Mme Simard, en quelques secondes.
Mme Simard (Marie): Non, mais effectivement je suis d'accord avec vous. Et, voilà, je pense que les campagnes Aliments du Québec, ça a pris du temps. Le gouvernement, depuis les six dernières années, je dirais, a appuyé. On sent l'impact que ça a sur l'industrie. On sent qu'il y a des grandes entreprises qui cherchent des solutions pour mettre le logo Aliments du Québec. Ce sont des choses qui se bâtissent à long terme. Si au bout de trois ans on ne sait pas si l'année prochaine la campagne revient, si elle change de couleur, si elle change de slogan, si elle change... Je pense qu'il faut maintenir du long terme, il faut investir à long terme. C'est la seule des solutions.
Le Président (M. Morin): Merci, Mme Simard. M. Rivest, Mme Simard, merci beaucoup. Ça a été très intéressant. J'inviterais maintenant la Fédération de l'Union des producteurs agricoles de la Mauricie de se préparer.
Je suspends quelques instants.
(Suspension de la séance à 10 h 19)
(Reprise à 10 h 20)
Le Président (M. Morin): Nous reprenons nos travaux. Nous recevons la Fédération de l'Union des producteurs agricoles de la Mauricie. Bonjour, messieurs. Et je demande au porte-parole de se présenter et nous présenter les personnes qui vous accompagnent.
Fédération de l'Union des producteurs
agricoles (UPA) de la Mauricie
M. Caron (Martin): Oui. Bonjour, M. le Président, bonjour, M. le ministre, bonjour, MM. les députés, et bonjour à tout le monde aussi. Je suis très heureux d'être ici aujourd'hui pour présenter une brève présentation de notre mémoire qu'on vous a fait parvenir.
Tout d'abord, je vais me présenter. Je m'appelle Martin Caron. Je suis président de l'UPA de la Mauricie, mais avant toute chose je suis producteur laitier et céréalier à Louiseville, dans le comté de Maskinongé. Vous avez sûrement remarqué, je suis accompagné de relève aujourd'hui, un jeune passionné de l'agriculture qui se nomme Pierre-Luc Grenier, qui a 12 ans. Et Pierre-Luc va avoir un témoignage à vous faire pour la conclusion de notre présentation. Et j'ai avec moi aussi M. Yvan Martin, qui est directeur au niveau de l'UPA de la Mauricie par rapport aux communications et à l'aménagement de territoire.
Le Président (M. Morin): Si on veut l'entendre, le jeune homme, là, il faudra condenser le temps, hein? On veut bien l'entendre.
M. Caron (Martin): Tout est prévu là-dessus.
Le Président (M. Morin): Merci.
M. Caron (Martin): Ça fait que je débute dès maintenant. Et je voudrais aussi souligner la présence de producteurs et productrices qui nous ont accompagnés ce matin, de la Mauricie, qui nous ont accompagnés avec nous aujourd'hui.
Aujourd'hui, je vous dirai tout d'abord que la Mauricie -- une petite présentation de la Mauricie -- la Mauricie, c'est près de 1 050 entreprises agricoles familiales, réparties dans plus de 28 productions différentes. Avec ses 230 millions en recettes du marché à la ferme, l'agriculture mauricienne permet de générer 470 millions de dollars annuels et 13 300 emplois dans toute la filière agroalimentaire régionale. Bref, l'agriculture, l'agroalimentaire en Mauricie, c'est un moteur économique important.
En février 2007, dans la foulée de notre préparation pour la commission Pronovost, nous avons réuni tous les intervenants de la région afin de mener une réflexion qui visait à nous donner une vision de ce que devrait être l'agriculture dans le futur. Je vous la présente. Les producteurs de la Mauricie, fiers d'une agriculture diversifiée, équitable et durable, appuyés par la société pour répondre aux besoins des consommateurs...
Comme vous pouvez le constater, on est vraiment en ligne avec le livre vert sur les objectifs qui s'y retrouvent. À l'instar du livre vert, nous croyons aussi fermement que le futur de l'agriculture passe par un appui aux entrepreneurs, puisque les producteurs agricoles sont autant des chefs d'entreprise qu'il y a de fermes au Québec. C'est pourquoi nous avons mis en place un projet de coaching. Le coaching, le projet qu'on a, ça s'appelle Cultivez l'entrepreneur en vous .
Le livre vert posait une série de 16 questions. Nous avons décidé d'en aborder sept dans notre mémoire. Les questions 6, 7 et 11 sont, selon nous, toutes liées entre elles puisqu'elles traitent de gestion, de rentabilité sur un sujet important pour nous. La question 6 abordait le soutien de l'État au développement bioalimentaire. Dans un sondage réalisé auprès des producteurs de la Mauricie en avril 2011, une majorité de répondants ont souligné qu'il était important de développer l'agriculture en Mauricie.
Cependant, ce développement passe d'abord par le maintien des entreprises agricoles existantes, notamment par un appui à la gestion et une relève prête et formée. L'appui de l'État est vraiment primordial à ce sujet-là.
Le maintien est important aussi pour une perspective plus globale en sachant que la planète comptera plus de 9 milliards de personnes en 2050. On peut facilement supposer que certains pays qui exportent actuellement une bonne
partie de leur production cherchent à la conserver pour nourrir leur population. Le livre vert parle beaucoup de distinction, de valorisation du produit. Il faut regarder le dossier aussi avec une perspective de conserver notre capacité de produire et d'accentuer notre autosuffisance alimentaire.
La question 7 aborde la rentabilité des entreprises, la gestion et l'entrepreneuriat. Nous sommes d'avis que le gouvernement devrait miser sur un virage de la gestion pour les entreprises agricoles au cours des prochaines années. Les producteurs agricoles n'ont pas besoin de développer... n'ont besoin de développer une plus grande fibre entrepreneuriale et ainsi passer à travers les défis qui sont déjà présents et ceux à venir.
Cependant, il est très important d'intervenir avant que les entreprises agricoles ne soient trop enfoncées dans l'endettement et les difficultés financières. Votre commission s'est déjà penchée là-dessus, à travers ça, en 2011, du côté de La Financière. Toutes les filières de production doivent demeurer en place, quitte à faire l'objet d'un repositionnement supporté par l'État. Nous gardons ainsi notre capacité de nourrir la population du Québec.
En ce qui concerne le fonds de réalisation d'initiatives de développement de la question 11, nous pensons que ce fonds pourrait se révéler un outil intéressant, en autant qu'il soit vraiment accessible pour les producteurs agricoles. La classe agricole n'a pas besoin d'un programme compliqué, mais d'un support direct. Dans certains cas, cela ferait la différence à court ou à moyen terme.
Le livre vert soulève plusieurs questions au regard des trois lois fondamentales qui sont le pivot de l'agriculture au Québec. On parle d'ici sur la loi de la protection du territoire agricole, de la mise en marché des produits et enfin de celle des producteurs agricoles. Cette dernière aborde la supposée délicate question sur l'accréditation. Commençons par celle-là.
La question de l'accréditation n'est pas un défi de taille, vraiment, ou n'est pas un défi majeur pour les producteurs de la Mauricie. Les producteurs ont intérêt à rester unis. C'est dans leur intérêt. Comme le disait Michel Morisset, de l'Université Laval, et je le cite: « Dans l'éventualité où l'accréditation unique devait être débattue, elle devra être réglée entre et par les producteurs. Il s'agit des personnes les mieux placées pour trancher [sur] cette question. » Fin de la citation. J'espère que le gouvernement a d'autres priorités que celle-là et je pense qu'on a une priorité de développer une vision agroalimentaire.
En début de la présentation, nous faisions allusion à la capacité de nourrir la population, qui est directement liée à la superficie du territoire agricole. Dans l'approche de cette prévision, il faut protéger le peu de territoire disponible pour pratiquer l'agriculture. Cela n'empêche pas le morcellement à des fins agricoles.
Quant à la Loi de la mise en marché des produits agricoles, elle a donné un rapport de force important pour les producteurs agricoles du Québec. Elle a aussi permis de garder des fermes de plus petite taille en comparaison avec le reste du Canada et des États-Unis.
La question 16 demande: Comment peut-on assurer une concertation du secteur bioalimentaire dans une perspective d'affaires, au sein d'une même industrie, et qu'elle soit un catalysateur pour la mise en oeuvre de projet de la future politique bioalimentaire? Bien, la condition essentielle est d'avoir des rapports et des résultats de type gagnant-gagnant dans toute la filière. Quand on constate l'écart des prix entre ce qui est payé aux producteurs et ce que paient les consommateurs du marché, on voit très bien qu'il n'y a pas toujours un partage équitable.
On pourrait juste se rappeler de l'épisode de la crise de la vache folle, où le prix à l'épicerie s'était maintenu, mais le prix payé aux producteurs avait chuté drastiquement.
Si les producteurs obtiennent des revenus qui couvrent leurs coûts de production, la Fédération de l'UPA de la Mauricie va être tout le temps partante. Les partenaires doivent viser l'enrichissement réparti, équitable entre tous les intervenants concernés en fonction des risques qu'ils prennent et des investissements qu'ils font pour... de l'entente soit réussie.
S'il y a un message que vous devriez retenir de notre présentation ce matin, c'est celui-ci. Il est pertinent, bien sûr, de percevoir l'agriculture québécoise en termes d'économie, de création de richesse et d'emplois. Il faut aussi la voir comme un outil que se donne une capacité à la population du Québec de se nourrir dans ses propres moyens. Si on veut plus qu'occuper le territoire, il faut donner aux agriculteurs la possibilité de vivre de leur métier.
Le futur de l'agriculture québécoise implique impérativement une réelle coopération entre les concitoyens et tous les membres des organisations oeuvrant pour le développement régional. Voilà les défis auxquels nous faisons face et que nous aimerions bien vouloir inscrits et priorisés dans la politique de développement de l'agriculture et de l'agroalimentaire du Québec. Nous sommes prêts à relever toutes sortes de défis, mais sans conteste le plus important demeure celui-ci: c'est d'un plus grand nombre possible de fermes prospères en Mauricie et dans l'ensemble du Québec. Ceci est dans une vision à long terme.
En conclusion, je vais demander à Pierre-Luc de nous livrer son message.
** (10 h 30) **
M. Grenier (Pierre-Luc): Mmes, MM. les députés, bonjour. J'avais le rêve d'être agriculteur quand je serais adulte, mais un incendie a détruit complètement la porcherie de mon papa le 6 octobre 2010. J'aimais beaucoup m'occuper des cochons avec mon petit frère Marc-André et ma soeur Emy. Je pensais que nous pourrions reconstruire les bâtiments rapidement, pour que je puisse recommencer à travailler et faire aussi un peu d'argent de poche, mais mon papa m'a dit que le contexte économique et les incertitudes l'empêchaient de recommencer.
Je souhaite que le gouvernement appuie toutes les fermes familiales qui veulent vivre et se développer pour que les jeunes comme moi qui aiment les animaux puissent un jour être des agriculteurs comme leurs parents. C'est le message que je voulais vous livrer.
Le Président (M. Morin): Merci, Pierre-Luc. Tu as bien fait ça. Alors, M. le ministre.
M. Corbeil: Merci, M. le Président. Bonjour, MM. Caron et Martin. Et félicitations, Pierre-Luc. Je te regarde et je vois mon Pierre-Luc à moi, qui a 21 ans, donc qui est un peu plus grand, mais tu as un bouille sympathique comme lui. Et tu vas aller loin parce que tu as l'air déterminé comme lui.
Et, quand tu seras à l'âge de vouloir réaliser ton rêve, tu peux être certain qu'il y a quelqu'un que tu pourras consulter, soit à l'UPA en Mauricie, soit au ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec, soit à travers différents organismes qui sont à la disposition des gens qui ont du caractère puis de l'ambition comme toi, pour t'aider à réaliser ton rêve. Ne sois pas inquiet. Continue d'aller à l'école puis apprendre ce que c'est que tu veux faire plus tard, puis, tu vas voir, tu vas réussir, c'est écrit dans ta face. Et je sais lire ces choses-là.
Alors, M. Caron, merci de votre présentation. Merci aussi des axes que vous prenez pour répondre à nos questions. Pour vous avoir rencontré l'automne dernier, je sais que les gens de la Mauricie ont à coeur la réussite de leurs entreprises qui sont membres. Et, pour ce faire, vous avez mis de l'avant ce que j'appellerai un virage gestion. Et vous avez demandé du soutien gouvernemental pour vous supporter dans cette initiative-là. Il vous a été octroyé lors de la rencontre, l'échange qu'on a eu au bureau de votre député, M. Jean-Paul Diamond.
Moi, j'aimerais vous entendre un peu plus sur ce dossier-là, parce que je pense que remplir l'orientation n° 2 du livre vert, qui parle de renforcer notre capacité concurrentielle, passe inévitablement par la gestion. J'aimerais vous entendre là-dessus. Depuis combien de temps vous le faites? Qu'est-ce que ça donne comme résultat? Puis quel espoir que vous fondez dans ça?
Le Président (M. Morin): M. Caron.
M. Caron (Martin): Merci. Je vous dirai, comme on l'a écrit dans notre mémoire: Tout d'abord, quand on a commencé le projet, c'était sur deux axes. Il y avait un volet enquête -- on avait 80 producteurs -- sous différentes formes, focus groupes ou des rencontres individuelles, à travers tout ça, pour aller chercher le pouls. Il y a eu une grande concertation aussi, parce qu'il y avait beaucoup de partenaires, dont le ministère de l'Agriculture, qui était là, dont les MRC, qui étaient là, les CLD, et j'en oublie. Il y avait Emploi-Québec et beaucoup de ministères qui étaient là, tout ça.
Et on voulait savoir vraiment la version du côté producteur et des intervenants aussi, voir si, quand on discute ensemble, est-ce qu'on a le même discours. Et dernièrement on a rendu publique cette enquête-là, et ça révèle des très bonnes choses. Je pense que les producteurs sont rendus à cet aspect-là, c'est-à-dire le côté de gestion, le côté de gestion financière naturellement, mais le côté de gestion aussi de l'entreprise en tant que telle.
Beaucoup de producteurs se voient comme des entrepreneurs, des gestionnaires. Ça, c'est un élément assez important qu'on voit. Mais beaucoup de personnes aussi ont besoin de coaching dans ce domaine-là. Et c'est là qu'il rentre en fait, notre projet Cultivez l'entrepreneur en vous! . C'est d'amener sur cet aspect-là, l'amener vraiment sur le coaching entrepreneurial, l'influence que le producteur a directement sur les décisions qu'il prend et comment qu'il peut aussi se faire accompagner dans ces décisions-là. Ça fait que ça, c'est un élément important.
Et le message que je pourrais vraiment simplifier, c'est de dire à nos producteurs, productrices en région: C'est que qu'est-ce que vous êtes capables de contrôler sur votre entreprise, que c'est vous qui décidez, il faut le contrôler au maximum. C'est une des actions qu'on fait à travers tout ça.
Mais ça prend la concertation. Ça prend beaucoup de personnes. Dernièrement, on a eu une rencontre. On a déjà un colloque de prévu le 26 janvier prochain pour faire un point et se mettre des objectifs en région, se mettre des objectifs où que tous les intervenants ont un rôle à jouer. Le producteur a un grand rôle à jouer, mais les intervenants aussi ont un rôle à jouer, que ça passe par les CLD, que ça passe pas les MRC, les régions, les CRE et que ça passe aussi par le ministère de l'Agriculture, à travers tout ça.
Je pense que chacun, on a un rôle à jouer, à travers tout ça, parce qu'il ne faut pas oublier qu'une ferme agricole ce n'est pas juste une entreprise non plus. Dans bien des cas, dans un comté rural, dans les MRC, tout ça, ou les municipalités, c'est un patrimoine qu'on a là. C'est une toile aussi qui est dressée, c'est une communauté qui est active, qui est vivante aussi. C'est pour ça, je me dis: C'est tout l'ensemble de la communauté.
M. Corbeil: M. Caron, j'aurais envie de vous poser une question. Sous l'angle de la gestion, que vous venez de traiter, est-ce qu'on devrait s'investir dans ce que j'appellerai de la formation continue, c'est-à-dire instaurer des mesures ou dispenser sur le terrain des cours, des programmes selon un principe de formation continue? Ça a été soulevé mardi par la Fédération des producteurs d'oeufs de consommation. On l'entend en sourdine à différentes occasions. Est-ce que vous pensez qu'on devrait s'investir dans cette voie-là?
M. Caron (Martin): Moi, je vous dirai que présentement il y a déjà des choses qui se font dans cet aspect-là. Chez nous, en région -- puis on l'avait marqué dans le mémoire -- il y avait le collectif côté formation, collectif agricole en formation, qui est déjà là, qui... Mais on est rendu, je vous dirai, à déterminer le profil de l'agriculteur de demain. Et, dans le profil de l'agriculteur de demain, c'est bien sûr, on l'a mentionné ce matin aussi, la formation est un atout, et c'est essentiel, à travers tout ça. Donc, il faut peut-être continuer à avancer, à travers tout ça.
Peut-être pas le mettre comme un genre d'obligation, mais je pense, avec le processus qu'on est en train de mettre en place en région, je pense que les producteurs sont rendus là. Et il y a déjà des producteurs qui le font, oui, mais c'est peut-être d'encadrer, de montrer aux autres qui ne le font pas présentement que c'est faisable. Il y en a déjà, des personnes qui le font.
Le Président (M. Morin): M. Martin, vous vouliez ajouter?
M. Martin (Yvan): Oui, bien, M. le ministre ouvre une porte très grande. Je suis président du Collectif régional en formation agricole de la Mauricie. Et donc, la formation continue, il s'en fait. Je vous dirais que la formation agricole, les collectifs en formation au Québec, quand on regarde les budgets d'opération qu'ils ont pour le travail qu'ils font, c'est extraordinaire. Alors, je pense que vous avez là peut-être une base pour partir, là, au niveau d'implanter cette formation-là, continue.
Nous avons d'excellents professionnels sur le terrain qui coordonnent l'offre de formation et qui sont en contact avec des formateurs, des institutions d'enseignement, qui sont en contact avec les agriculteurs. Sur les comités... les collectifs en formation, on retrouve tous les intervenants, des gens du MAPAQ, des gens de l'UPA, des gens de la relève, etc. Alors, je pense que, si vous voulez... Parce que vous l'aviez souligné au congrès de l'UPA. Ça nous avait fait un petit pincement que vous ne parliez pas du collectif en formation. Mais je suis sûr... Parce que ça doit être un léger oubli de votre part.
Mais je pense qu'il y a là un outil intéressant, et vous avez quelque chose pour construire. Ça fait 30 ans que ça existe, donc il y a une expertise qui existe déjà.
M. Corbeil: L'idée derrière ma question n'est pas de mettre en doute ce qui existe, mais ce que j'observe, c'est que ça existe. C'est de façon aléatoire, ce n'est pas nécessairement ce que j'appellerai consolidé ou systématique. C'est à la volonté d'une région, à la volonté de certains producteurs. Et je ne parle pas nécessairement ici de vouloir le rendre obligatoire, mais on voit de plus en plus qu'il y a une importance à accorder à ça et on devrait peut-être mettre une
partie de nos énergies dans cette voie-là.
Et je vais rester sous l'angle de la formation, mais pas à continu, je vais parler de formation de base. Chez vous, je pense qu'il y a une maison familiale rurale. Il y en a juste quatre au Québec. Vous en avez une dans Maskinongé, je crois. J'aimerais que vous me donniez votre lecture de cette formule-là et les résultats qui émanent de cette formule-là, parce que je pense qu'on travaille sous l'angle de formation de main-d'oeuvre, d'antidote au décrochage scolaire, de peut-être former des employés qualifiés et éventuellement de la relève. Alors, j'aimerais juste avoir le portrait de vous si vous l'avez.
Si vous ne l'avez pas, ce n'est pas grave. Mais qu'est-ce que vous pensez de cette formule-là?
Le Président (M. Morin): M. Caron.
M. Caron (Martin): Bien, écoutez, ça me fait plaisir parce qu'avant de commencer à bâtir la MFR, on avait un rêve. On était quatre personnes, et j'en faisais partie. C'était sur le côté financier, entre autres, c'était d'aller chercher du financement. On a créé la MFR. On savait que, les premières années, c'était pour être un petit peu plus dur parce que ça prenait le nombre d'élèves pour la rentabilité, à travers tout ça. Au bout de deux, trois ans, ça a bien été. Cette année, on a vu... Sûrement que vous avez entendu parler qu'il y a eu quelques petites problématiques, à travers tout ça.
Mais c'est une bonne façon au niveau de l'éducation, tout ça. Présentement, c'est reparti. On a un plan de relance présentement avec ça, et je vous dirai que ça fait son oeuvre et de former des personnes directement, former des personnes pour les producteurs agricoles.
Puis c'est un lien de communauté aussi. Les MFR, les personnes, les jeunes qui sont là sont en communauté. Ils couchent là, ils mangent là, ils travaillent, chacun, sont obligés de s'occuper de la bouffe, ou etc., le ménage, tout ça. Ça crée des liens de communauté, à travers tout ça, puis c'est une plus-value. On l'a extensionné, cette année, au niveau de la MFR. On a été sur le côté hôtellerie, entre autres, parce qu'on voit que l'hôtellerie, ça touche le côté alimentaire aussi. Il y avait quelques problématiques, donc ça a été ouvert. Et ça a été ouvert aussi, le côté forestier, agroforestier aussi.
Il y avait des demandes là-dessus. Ça fait que je sais qu'il y en avait côté La Tuque, mais on avait un potentiel de personnes qui voudraient. Ça fait que ça, on a regardé un petit peu cet aspect-là, à travers ça. Ça fait que ça, c'est un des aspects qui a été rouvert comme pour une planification, à travers tout ça, plus loin, là. Mais c'est une bonne façon de faire.
Je rajouterais une chose. Dans la planche à dessin de la MFR, qu'est-ce qu'on a mis dernièrement, c'est de regarder si on ne pourrait pas penser à un incubateur agricole ou agroalimentaire, se servir d'une portion de la MFR pour avoir cet aspect-là, parce qu'il y aurait peut-être des terrains disponibles un peu plus loin. Mais ça, c'est sur la planche à dessin encore, là.
** (10 h 40) **
M. Corbeil: Je vais laisser...
Le Président (M. Morin): M. le député de Rivière-du-Loup.
M. D'Amour: Merci, M. le Président. Alors, sur la question des maisons familiales rurales, j'ai le plaisir, le privilège d'en avoir une chez nous, à Saint-Clément, dans la MRC des Basques. L'impression que j'ai parfois, c'est qu'à travers celles qui existent il n'y a pas beaucoup d'échanges, il n'y a pas beaucoup de mises en commun des problématiques ou des ressources pour faire en sorte d'aller plus loin. J'ai l'impression qu'en vous écoutant vous êtes confrontés à peu près aux mêmes problèmes. Est-ce que ça ne serait pas à développement de ce côté-là?
Parce que, je regarde, chez nous, il y a des expériences tout à fait heureuses. Je connais personnellement des jeunes qui ont entré à la MFR, qui en sont sortis de belle manière, qui sont aujourd'hui une relève pour l'agriculture. Ça aurait peut-être été différent en d'autres circonstances. Alors, cette existence-là, est-ce que vous partagez entre vous vos expériences, vos problématiques puis des solutions?
Le Président (M. Morin): M. Caron.
M. Caron (Martin): Oui. Moi, je vous dirai que présentement je ne suis pas sur le conseil d'administration de la MFR, en tant que tel. Il y a une directrice qui est là. On a quelqu'un au niveau de l'UPA qui siège là. On a eu une rencontre cette année à cause des problématiques. Mais je sais que cette personne-là, directrice, on vient de la changer et je sais qu'avant de faire son plan d'affaires elle a regardé, elle a contacté... je présume qu'elle a contacté... En tout cas, c'est qu'est-ce qu'elle nous avait dit.
Je sais qu'il y avait celle au niveau de la région du Granit, à travers tout ça, et je sais qu'elle a contacté de ce côté-là. Mais c'est sûr. Puis c'est une plus-value. Il faut regarder parce qu'en France, là, ou en Europe, à différents endroits, c'est très populaire. Je pense que c'est une recette gagnante.
Mais il faut amener aussi les commissions scolaires. On a eu une petite problématique de commission scolaire, chez nous, du tiraillement. Je pense que collectivement il faut travailler ensemble. C'est pour le bien de la communauté, ce n'est pas avoir plus d'argent d'un bord et de l'autre. Je sais que ça s'est réglé un petit peu, mais il y a encore de l'ouvrage là-dessus.
Le Président (M. Morin): M. le député de Rivière-du-Loup.
M. D'Amour: Effectivement, au niveau commission scolaire, lorsque les maisons ont été créées, tout le monde voulait collaborer. Et aujourd'hui les commissions scolaires entre elles, qui sont des partenaires, se regardent en disant: Je n'ai pas autant de jeunes que je le pensais, donc, moi, j'ai tendance à me retirer. Ça, c'est un problème qui est quand même important.
Et, depuis le début de ces consultations, M. le Président, on parle d'occuper notre territoire de façon dynamique, et le nombre de jeunes formés dans les MFR, qui retournent occuper le territoire par leurs entreprises, c'est impressionnant. Alors, moi, je me permets, comme député de région, d'attirer l'attention du ministre là-dessus aussi, de façon à... l'importance de soutenir nos maisons familiales rurales. Et j'espère même que, ce modèle-là, on puisse le multiplier au Québec. Et, par le développement du réseau, on se crée une force qui vient répondre à des besoins.
Puis on parle d'agriculture, on parle de forêt aussi, alors on parle d'occuper notre territoire partout, et ça, pour moi, c'est très important.
Puis juste un mot, une parenthèse pour vous féliciter, parce que je constate qu'il y a beaucoup de sérieux qui a été consenti à la préparation de votre mémoire, pour vous attarder de façon spécifique à des questions. J'aime beaucoup ce que vous appelez le virage de la gestion. Puis on est conscients qu'il y a des choses à faire. On a passé l'automne dernier et une
partie de l'été à discuter de problèmes financiers, mais la gestion, ça fait
partie des solutions. Il y en a d'autres, mais à la base, moi, je suis très heureux de vous entendre là-dessus, puis vous avez en ma personne quelqu'un qui va vous appuyer là-dedans. Je tenais à vous le signifier.
M. Caron (Martin): Merci.
Le Président (M. Morin): Merci, M. le député de Rivière-du-Loup, de vos commentaires. M. le député de Kamouraska-Témiscouata, à vous.
M. Simard (Kamouraska-Témiscouata): Merci, M. le Président. Bonjour, M. Caron, M. Martin et Pierre-Luc. En passant, bien, je te félicite pour ta présentation. À travers toi, j'entends très bien le cri du coeur de ton papa. Et tu as parlé que tu voulais devenir agriculteur. On parlait de formation. Il existe de très bonnes écoles au Québec, puis je t'invite à le faire, parce que, moi, j'y crois qu'il y a un avenir, et tu as raison d'y croire.
Alors, merci, pour la présentation. C'est très intéressant. Il y a plusieurs volets. Vous avez, à la page 4, ramené la présentation qui avait été faite en 2007 sur les rêves des producteurs. Parce que je pense que c'est important de rêver, et ça prend une vision, bien sûr, qui nous amène là, et c'est fort d'actualité, même si on est 2012. Et, la page suivante, et vous ne l'avez pas vraiment abordé dans votre présentation, ce n'est pas un reproche, mais vous dites clairement, d'entrée de jeu, concernant la vision...
Parce qu'on s'entend qu'une vision, ça inspire, ça rallie et ça permet d'amener de l'énergie puis de la motivation pour aller à quelque part. Et vous dites clairement et on lit textuellement que « cette vision -- qui est présentée dans le livre vert -- nous semble à la fois trop large et peu explicite » . Et vous allez encore plus loin, vous dites: «
Malgré plusieurs lectures du livre vert, nous n'avons pas pu identifier les éléments pertinents pour soutenir une telle vision, même si les produits alimentaires [et] les consommateurs semblent se partager le rôle de fil directeur. » Et vous avez en plus des éléments fort intéressants, positifs, là, de propositions, de pistes qui doivent être envisagées. Donc, il y a un esprit positif dans votre mémoire, puis je le salue.
Ma question est celle-ci: Est-ce que le livre vert peut répondre aux rêves des producteurs de 2007?
M. Caron (Martin): C'est une grande question. Moi, je vous dirai que je pense ça met des choses en place. Mais au-delà de ça c'est le résultat au bout et c'est pour ça qu'on voulait venir ici aujourd'hui pour dire vraiment, expliquer que les rêves qu'on a marqués, c'est vraiment des choses que les producteurs nous ont dites. Mais qu'est-ce qui est important là-dessus, c'est d'avoir une vision, et de la partager avec tout le monde, cette vision-là, et de ne pas exclure personne, mais d'avoir que chacun joue son rôle.
Et chacun a un rôle à jouer très important, que ça soit la base du producteur, que ça soit la transformation, distribution, montons jusqu'en haut, jusqu'à vous, à travers tout ça, parce que c'est vous qui prenez, à travers tout ça, des décisions pour des règlements, des choses comme ça.
Et on va aller même plus loin, on va y aller sur le côté ici -- puis on en parle dans notre mémoire -- sur le côté national aussi. Il faut vraiment, dans chacune de nos étapes, dans nos structures qu'on passe d'une municipalité, MRC, région, provincial, national... Il faut avoir une vision partagée ensemble et un plan. On parle souvent qu'on veut faire de la business, puis ça nous prend des plans de travail ou des plans d'affaires. Bien, pour notre communauté, que ce soit au Canada, provincial, ça nous prend un plan d'affaires aussi puis avoir des objectifs, que chacun joue leur rôle et chacun tire dans le même sens.
La menace, ce n'est pas juste entre nous autres, entre municipalités, entre MRC ou entre régions. La menace, pour moi, c'est les autres pays qui rentrent des aliments qui ne sont pas aux mêmes normes ou aux mêmes standards que, nous, on se dit que c'est ça qu'on veut mettre, que, nous, on dit, au niveau de l'emploi: C'est important qu'on ait des standards, mais qu'on voit que dans d'autres pays ce n'est pas ça. Il faut vraiment être capables de se structurer dans ce sens-là et il faut que ça soit concret et déterminé dans le temps.
Je pense que les acteurs -- puis, moi, je vais parler des acteurs que je connais très bien, c'est les producteurs, productrices agricoles -- ils sont prêts, là, ils sont rendus là. Et il faut que ça soit, comme on l'a dit, il faut que ça soit équitable. Chacun doit être gagnant-gagnant là-dedans, que le producteur en retire quelque chose, que le transformateur en tire quelque chose, le distributeur, etc., que tout le monde soit gagnant. Et c'est la population en général qui va être gagnante dans tout ça, parce que ça crée de l'emploi et ça crée un milieu de vie vraiment vitalisé, comme on peut parler.
** (10 h 50) **
M. Simard (Kamouraska-Témiscouata): Vous avez abordé la question de la formation. Je pense que le livre vert aussi parle de l'importance relève, formation, mais vous avez souligné à juste
titre aussi d'axer sur notamment le développement de capacités de gestion, d'innovation, d'entrepreneurship. Ça se parle, bien sûr, et ça se fait depuis quelques années, mais ça mérite d'être étendu.
Pour l'avoir vécu, moi, comme directeur général de l'Institut de technologie agroalimentaire, campus Saint-Hyacinthe -- La Pocatière -- c'est le vaisseau amiral au Québec -- les dernières années, et ça ne touche pas le ministre puisqu'il n'était pas là, mais ma plus grande difficulté, c'était de pouvoir financer le développement de l'offre de la formation continue. C'est la même chose pour les commissions scolaires. Donc, on a des structures compétentes, on a ce qu'il faut, mais je pense que ça prend aussi des moyens, puis il faut s'assurer que ça, c'est payant d'investir dans la formation.
Donc, bien sûr, je ne peux que saluer votre approche puis aussi aller beaucoup plus loin dans les moyens, dans les façons d'atteindre et de répondre aux besoins.
Dernier point, j'aimerais voir de façon plus technique, peut-être, plus concrète le programme de soutien à l'adaptation qui a été mis en place par le ministère de l'Agriculture parallèlement aux mesures de resserrement des productions sous l'assurance stabilisation. Est-ce que ça porte fruit dans votre région? Est-ce que ça donne des résultats? Comment ça se passe, brièvement, là?
M. Caron (Martin): Moi, je vous dirai que présentement, autant dans notre projet Cultivez l'entrepreneur en vous! , on est très proches avec Agriconseils, avec le ministère et La Financière en région, même si parfois on pense qu'on n'est pas tout le temps d'accord. Je vous dirai que ça fait un bout, mais il reste un bout à faire. Pierre-Luc, qu'est-ce qu'il vient de mentionner comme témoignage, ce n'est pas pour rien.
Pierre-Luc représente lui aujourd'hui, mais il en représente beaucoup d'autres qui vivent cette situation-là, surtout dans le domaine des producteurs porcins, dans le domaine bovin, entre autres, et agneaux. C'est ça qu'on remarque présentement en région. On regarde... Et c'est pour ça, dans notre mémoire, qu'on dit: Il est grand temps qu'on influence, parce que, quand l'endettement ou quand les risques sont là, c'est dangereux. Mais je ramène une chose. C'est que vraiment on s'attend à ce que l'État vienne s'impliquer et appuyer sur le côté de gagnant-gagnant.
Dans une filière, s'il y a une problématique, ce n'est pas tout le temps le producteur en bas qui doit payer la note au bout. Ça, c'est bien important. Je pense que l'État a le devoir d'évaluer cet ensemble-là. Le soutien, les mesures d'adaptation font un bout, mais, à travers tout ça, je vous dirai qu'il y en a qui étaient... c'était trop tard pour quelques personnes. Mais on veut influencer vraiment plus loin.
Le Président (M. Morin): M. le député de Saint-Hyacinthe.
M. Pelletier (Saint-Hyacinthe): Merci, M. le Président. Alors, M. Caron, M. Martin, Pierre-Luc... Je te félicite d'avoir eu le courage de venir présenter... Moi, à travers ton message, c'est sûr que j'ai décelé le message à travers toutes les familles du Québec qui vivent à peu près la même situation que tes parents. Je trouve ça bien que tu aies déjà une ambition d'être producteur agricole, mais pour ça il va falloir te donner les moyens puis te donner aussi la facilité d'accéder à une ferme ou d'accéder à des propriétés.
Moi, je vais poser la question. Je pense que tu viens d'y répondre... M. Caron vient d'y répondre indirectement. C'est au niveau de l'ASRA. Qu'est-ce que les gens comme l'UPA de Mauricie, qu'est-ce qu'ils peuvent faire autre que de dire: Bien on se fie sur le gouvernement? Oui, c'est sûr, pour avoir une meilleure répartition de la richesse, meilleure... peut-être une modulation ou... Comment vous voudriez procéder, au niveau de la modulation, au niveau d'une modélisation du revenu agricole, pour les gens qui sont en région comme vous?
Comment vous verrez qu'on pourrait aider davantage des parents comme... par une mesure de l'ASRA ou par toute autre mesure, là, mesure de compensation, qu'on disait tantôt?
Le Président (M. Morin): M. Caron.
M. Caron (Martin): Bien, c'est très intéressant, puis déjà, je pense, le gouvernement déjà fait déjà des modulations. Si on prend l'exemple dans un des projets du... multifonctionnalité, on a déjà des paramètres, à travers tout ça. Le programme des mesures de soutien à l'adaptation, il y a déjà une modulation, à travers tout ça, qui est là aussi. Si je prends, exemple, chez nous, on a une MRC, entre autres, qui n'a pas eu les critères, donc le paiement ou l'investissement qui est fait pour le producteur est déjà moindre. Déjà, il y a des choses comme ça. Il faut faire très attention à ça.
C'est bien sûr qu'il faut amener, je pense, qu'il y a différentes régions, mais, moi, je le verrais peut-être plus comme souvent des mises à niveau. Il y a différentes régions qui sont rendues à différents endroits, parce qu'elles ont commencé peut-être un petit peu plus avant, mais il y aura peut-être des mises à niveau à faire. Il ne faut peut-être pas moduler tous les programmes, mais il faut peut-être regarder... Puis il y a des spécifications aussi, à travers tout ça. Il faut regarder vraiment sur les spécifications. Il y a différents endroits qu'il faut peut-être intervenir, à travers tout ça.
M. Pelletier (Saint-Hyacinthe): Il me reste-tu un petit peu de temps, oui?
Le Président (M. Morin): Oui, mon cher monsieur, allez-y.
M. Pelletier (Saint-Hyacinthe): Une autre question, c'est au niveau de la protection des terres agricoles chez vous. Est-ce que la superficie qui est cultivable, là, chez vous versus les pertes qui peuvent survenir avec les années, est-ce que ça vous permet d'envisager dans la Mauricie un développement de l'agriculture durable pour les prochaines années, dans le futur, pour répondre justement aux besoins de la politique bioalimentaire qu'on est en train de mettre sur pied? Comment vous voyez ça, vous, au niveau de la... Je parlais de la loi de protection du territoire agricole, bien sûr. Quelle est votre perception ou votre vécu, chez vous?
M. Caron (Martin): Je vais commencer la réponse un petit peu, puis je vais laisser Yvan un petit peu en faire un bout parce qu'Yvan est notre spécialiste en aménagement. Je vais faire ça rapidement.
Moi, je vous dirai, premièrement: On a beaucoup de concertation, on travaille beaucoup. Il y a des articles 59 qui sont faits présentement dans notre région. Et je vous dirai qu'on a une belle approche, une belle approche de regardée. Et je vous dirais que les élus, dans notre région, voient ça, l'agriculture, comme un potentiel qui n'est pas exploité à 100 %. Puis il y a le côté de la forêt aussi qu'il ne faut pas l'oublier parce qu'on a beaucoup de forêts chez nous. Ça fait que donc cet aspect-là, c'est un élément assez important.
Je voudrais revenir c'est quand vous parliez un petit peu... Juste tantôt vous avez parlé de la modulation, tout ça. Il y a peut-être juste un élément que je voudrais vous rajouter. À travers tout ça, là, il y a des régions présentement qui sont très fortes. Et celles qui sont très fortes, là, ça aide autant aux petites aussi, parce que celles qui sont très fortes, des fois, ça permet d'aller un petit peu plus loin sur l'innovation et la recherche, et les autres en bénéficient aussi. Ça fait que c'est pour ça, ça prend un certain équilibre, à travers tout ça.
Ça, il faut bien le remarquer, parce que dans différentes productions, des fois, on disait: Ah! les gros producteurs, c'est ça, les petits... Mais des fois on a besoin des gros, puis les gros, des fois, ont besoin des petits aussi, là. Il faut le voir vraiment dans un équilibre. Yvan.
Le Président (M. Morin): M. Martin, vous vouliez ajouter quelque chose?
M. Martin (Yvan): En complémentaire, comme vous dites. Tout simplement vous dire qu'au niveau des articles 59, là, des demandes à portée collective en Mauricie, présentement, c'est 1 800 espaces résidentiels qui ont été accordés sur l'ensemble du territoire. Et, au moment où on se parle, encore cette semaine, nous négocions avec la MRC de Mékinac pour quelques centaines d'espaces résidentiels additionnels.
En ce qui concerne des projets spéciaux, et M. Caron le disait très bien, on a une tradition de concertation. Je dois dire que dans notre région on doit saluer le monde municipal, qui ont compris l'importance... Donc, des guerres de dézonage comme on voit dans d'autres régions, heureusement, pour l'instant, on n'a pas trop vécu ça, et j'espère que ça va se poursuivre de cette façon-là. Les gens sont très conscients, surtout dans les MRC rurales, ils sont extrêmement conscients de l'importance de l'agriculture.
Je pense à Maskinongé, où est-ce qu'eux, lorsqu'ils regardent un dossier, ils disent: Est-ce qu'on va toucher à l'agriculture?, avant même de dire: On va l'autoriser. Donc, ils ont développé des bons réflexes. Puis, en ce qui concerne la ville de Trois-Rivières, ils ont tellement d'espace dans leurs zones blanches que ce n'est pas un enjeu actuellement.
Mais, ceci étant dit, ce n'est pas une raison de baisser la garde. On reste vigilant. C'est important. Il y a des endroits, comme disait Martin, qu'il faut protéger. Il y en a d'autres, on peut donner un peu plus de lest, mais il faut savoir le moduler vraiment en fonction de ce qui se passe sur le terrain.
Le Président (M. Morin): Merci, M. Martin.
M. Pelletier (Saint-Hyacinthe): Merci.
Le Président (M. Morin): M. le député de Beauce-Nord.
M. Grondin: Merci, M. le Président. Alors, bonjour. Bonjour à notre jeune homme. Félicitations, hein? Ça prend du culot pour venir se présenter ici.
Alors, écoutez, moi, on regarde pour une vision à long terme sur le livre vert. Je vois, là, dans votre question n° 11, vous parlez de faire un... s'il y aurait un fonds de réalisation d'initiatives de développement. Moi, je rajouterais « régional » . Chaque région a ses petits goûts, a ses fromages. Il me semble que ce serait peut-être important qu'on mette qu'on réalise un fonds pour dire: Bon, chaque région peut avoir accès à ce fonds-là pour développer quelque chose spécial à sa région. Moi, je trouve que votre idée est très bonne. Est-ce que c'est dans votre vision, vous autres, ou vous nous avez mis ça là pour nous faire réfléchir, ou bien si vous avez déjà réfléchi à ça?
Le Président (M. Morin): M. Caron.
** (11 heures) **
M. Caron (Martin): Bien, c'est un peu des deux. Je suis content que ça suscite une question. Je vous dirais que oui. Présentement, en Mauricie, on a un plan de développement agricole et agroalimentaire, qu'on a eu une ébauche avec une entente spécifique, à travers tout ça, et on a encore, sur notre planche à dessin, de créer un fonds. De se rapprocher aussi... Peut-être une chose que je n'ai pas dite, on s'est rapprochés beaucoup de l'université sur des projets. On avait déjà commencé, mais on y va de plus en plus loin pour le côté recherche et innovation, à travers tout ça.
On pense que c'est vraiment quelque chose d'assez important. Mais d'avoir un fonds régional dédié à des spécifications, c'est sûr et certain qu'on est là puis qu'on regarde.
Puis c'est d'impliquer... Tantôt, j'ai parlé beaucoup de structure. Mais là on est rendus à l'autre étape d'impliquer d'autres personnes qui font
partie de la société. Et là je vais commencer à en nommer parce qu'il y en a qui sont déjà là. Il y a Desjardins qui sont avec nous présentement, collectif, et il y a d'autres, aussi, personnes qui réalisent que, s'ils ont un milieu agricole puis agroalimentaire vraiment en essor puis en effervescence, bien c'est tous des commerçants qui vont être gagnants de ça, c'est toute une communauté qui va être gagnante de ça et ça va créer des emplois.
Donc, on essaie de faire ce virage-là, d'avoir, oui, des fonds, mais d'avoir aussi d'autres personnes privées qui investissent de l'argent, parce qu'ils y croient, de ce côté-là, ils y croient, à une communauté, à travers tout ça. Mais il faut être leader, il faut être visionnaire et il faut vraiment avoir une présence des leaders en région, qui se concertent et qui se focussent dans le même sens.
M. Grondin: Alors, moi, j'ai...
Le Président (M. Morin): Un dernier commentaire.
M. Grondin: Oui. Remarquez, je proviens du monde agricole et souvent... Vous parliez tantôt d'éducation, de formation, et tout ça. Souvent, j'ai l'impression que le monde agricole va plus vite que les formateurs, et les agriculteurs sont plus rapides, sont toujours avant. Alors, je pense, moi, qu'on aurait peut-être des formateurs qui devraient peut-être regarder qu'est-ce qui se passe ailleurs, dans d'autres pays, pour venir essayer d'amener ces technologies-là ici, parce que souvent on voit des agriculteurs eux-mêmes qui vont chercher les technologies et qui les apportent.
Alors, je pense, moi, que souvent l'agriculteur est en avant. Alors, j'aimerais ça que les formateurs qu'on parle, l'éducation, soient un peu plus visionnaires. Je sais que souvent ils ont des programmes, eux, à gérer, ils n'ont peut-être pas... Mais qu'on aurait des spécialistes qui iraient voir pour avoir une vision à long terme, une vision de ce qui se passe. On regarde dans d'autres pays les énergies vertes qui sortent à partir du monde agricole. Ici, on est encore... on tire la patte là-dedans. Alors, moi, je pense qu'on devrait avoir une vision vers ce cens-là.
Le Président (M. Morin): Merci, M. le député de Beauce-Nord. Notre temps est écoulé. Je m'excuse, M. Martin.
MM. Martin, Caron et Grenier, merci beaucoup. Je constate, moi aussi, que votre mémoire était très étoffé. Donc, bravo à vous.
M. Caron (Martin): Bien, merci.
Le Président (M. Morin): J'invite maintenant l'Institut national de santé publique du Québec à se préparer.
Et je suspends quelques instants.
(Suspension de la séance à 11 h 2)
(Reprise à 11 h 7)
Le Président (M. Morin): Nous reprenons nos travaux. Nous recevons à l'instant l'Institut national de santé publique du Québec. Donc, j'inviterais la personne responsable du groupe à se présenter et à présenter les personnes qui l'accompagnent.
Institut national de santé publique du Québec (INSPQ)
M. Boileau (Luc): Oui. Bonjour, M. le Président. Je me présente: Luc Boileau. Je suis le président-directeur général de l'Institut national de santé publique. Je suis accompagné ici, avec moi, par Mme Catherine Gervais, qui est une experte économiste du côté des problèmes économiques reliés aux différentes politiques publiques, notamment sur les problèmes d'obésité. J'ai également, à côté de moi, M. Onil Samuel, qui est un expert sur les pesticides au Québec.
Et je suis accompagné également, juste à l'arrière, par trois autres experts que sont le Dr Pierre Maurice, qui est responsable de toute l'analyse des traumatismes. Il y a le Dr Réjean Dion, juste en arrière de moi, qui est expert du côté des maladies infectieuses, et également M. Louis Poirier, qui est un expert au niveau des stratégies de mobilisation des communautés. Alors, si vous... Ça va?
Le Président (M. Morin): Oui. Vous avez 10 minutes pour nous présenter votre mémoire, qui... Je crois qu'il avait 73 pages, donc vous allez être obligé de résumer ça...
M. Boileau (Luc): Bien oui, bien oui. Puis j'étais justement à demander au jeune Pierre-Luc s'il pouvait être avec nous, parce que vous avez été tellement fin avec eux qu'on se demandait... Mais il était trop occupé, là, ça fait que j'espère que...
Le Président (M. Morin): On va essayer...
M. Boileau (Luc): Mais mon nom, c'est Luc. Il y a un petit morceau de Pierre-Luc dedans.
Le Président (M. Morin): Oui, on va essayer d'être gentil.
** (11 h 10) **
M. Boileau (Luc): Oui, mais je n'en doute pas. Alors, d'abord, on tient à vous remercier beaucoup d'avoir d'abord retenu notre mémoire et nous permettre de venir échanger avec vous sur la perspective que nous amenons quant à ce projet de livre vert. On en est honorés et on serait ravis de pouvoir influencer vos réflexions.
Vous avez entendu les gens qui nous accompagnent. Nous avons déjà manifesté des points de vue par le passé, en septembre 2007 notamment, qui ont amené, entre autres, à l'édification de ce projet de livre vert. Je vous rappellerais simplement que l'INSPQ est une institution, bien sûr, ancrée dans le gouvernement du Québec, qui a une vocation particulièrement précise d'amener et de supporter le ministère de la Santé, les régions au niveau de l'expertise en santé publique.
Donc, on n'est pas ici pour venir lancer des opinions, mais plutôt pour venir rendre compte de l'expertise qui est connue, tant sur le plan québécois que national ou international, à l'égard des différents enjeux qui sont situés ici.
Je commencerais en vous disant que la santé des Québécois va relativement bien. Vous le savez sans doute, mais je voudrais insister sur le fait que depuis 40 ans nous augmentons l'espérance de vie à la naissance de six heures à tous les jours. Ça veut dire qu'au Québec on a une croissance de l'espérance de vie. C'est une espérance de vie qui se passe en bonne santé pour une bonne
partie mais en mauvaise santé pour une autre partie. Et nous sommes conscients que ce n'est pas uniquement le système de santé qui a permis une amélioration de l'espérance de vie, mais, pour beaucoup, plusieurs autres actions de d'autres déterminants de la santé et, entre autres, l'alimentation, les habitudes de vie et les environnements. C'est pour cela que nous jugeons important de venir insister ici sur le levier que représente le livre vert, en termes d'influence sur l'état de santé de la population du Québec et de certainement d'autres populations, étant donné la diversité de nos productions et leur exportation.
Mais concentrons-nous sur l'influence au niveau du secteur québécois. Alors, on est conscients de l'importance de cette politique-là, de la contribution qu'elle peut amener sur l'essor économique de notre Québec et de la vitalité de notre région, mais nous souhaitons aussi souligner qu'il nous apparaît important de faire en sorte qu'elle soit aussi construite sur un pilier de santé, c'est-à-dire que le sceau de santé soit identifiable sur cette politique-là et un sceau qui est tout aussi important, selon nous, que l'essor économique qui y est associé. Et les deux ne sont pas indissociables.
Au contraire, ils sont convergents. On estime, et comme c'est bien documenté sur le plan scientifique, que l'économie a un impact important sur la santé, mais également la santé a un impact sur l'économie, et ces démonstrations-là sont faites sur une échelle internationale.
Alors, nous souhaitons également, et vous l'entendrez, vous l'avez sans doute lu, que le secteur agroalimentaire devrait s'assurer d'offrir des milieux de vie et de travail qui sont sains et sécuritaires, et on y revient dans quelques instants. De sorte que nous allons très rapidement aborder quatre dimensions, soit la saine alimentation et les problèmes reliés au poids -- on parle surtout de l'obésité -- l'innocuité des aliments, l'occupation du territoire et la qualité de vie, et bien sûr la sécurité à la ferme, qui est plutôt silencieusement abordée dans le livre vert mais sur laquelle on voudrait insister.
Alors, je commence avec la saine alimentation et les problèmes reliés au poids. Vous le savez sans doute, l'obésité, c'est un problème qui est important au Québec. C'est une priorité gouvernementale qu'on a identifiée à travers le plan d'action gouvernemental sur les saines habitudes de vie et la prévention des problèmes reliés au poids. On a actuellement à peu près 50 % de la population... Je vous donne des chiffres globaux, là. On a autour de 34 % qui ont un surplus de poids et à peu près un autre 20 %, un peu plus que ça même, qui ont de l'obésité. C'est une situation qui augmente beaucoup.
Et, dans les 25 dernières années, on a doublé le taux d'obésité au Québec, qui est associé à pratiquement 45 %, sinon plus, des cas d'hypertension, de diabète, 25 % des coronaropathies et au moins 20 % des cancers de l'endomètre, là, et je passe par-dessus tout le reste, situant aussi que ça nous coûte très cher, comme société, pas loin de 1 milliard par année, là, au-dessus de 800 quelques millions de dollars.
Alors, pour nous, c'est important de situer et de vous souligner qu'on croit que l'adaptation des politiques publiques qui sont propres au secteur agroalimentaire à la réalité de l'épidémie de l'obésité, du vieillissement de la population et de l'émergence constante des maladies chroniques permettrait, selon nous, de faire des gains de santé, tout en constituant, comme nous le soulignons, une marque distinctive du projet en y adoptant le sceau de la santé. On n'est pas les seuls à penser ça, c'est documenté de façon internationale.
L'Organisation mondiale de la santé souligne l'importance des politiques dans ce secteur-là pour influencer la santé d'une population. Et nous rajoutons que la politique bioalimentaire constitue, pour nous, un outil qui est privilégié de production et de valorisation, bien sûr, des aliments de bonne qualité nutritionnelle. Alors, c'est du champ à l'assiette, la qualité nutritionnelle comme marque distinctive. Vous avez déjà vu ça, et sans doute qu'un de mes collègues a déjà circulé ici pour vous dire que nos préoccupations sont de la fourchette... plutôt de la fourche à la fourchette.
Alors, ceci étant dit, on pense donc que tous les maillons du secteur agroalimentaire, dont les transformateurs, les distributeurs et les restaurateurs, ont un rôle à jouer et peuvent influencer plusieurs aspects importants, que ce soient la disponibilité, le prix et la qualité du nutritionnel des aliments.
Alors, en clin d'oeil, quelques pistes de solution sur lesquelles on pourra mieux aborder à travers vos questions. On pense que le secteur québécois de la transformation devrait être doté à
titre d'un environnement qui est propice au développement de produits qui se démarquent par une qualité nutritionnelle qui devrait être irréprochable, autant que faire se peut, et notamment pour l'approvisionnement dans différents secteurs, tels les écoles, les établissements de santé, et c'est déjà enligné de ce côté-là.
La possibilité de compensations financières, pour nous, même si on n'est pas des experts de ce côté-là, nonobstant que ma collègue ici est une économiste experte... mais il y a certainement des dispositifs financiers ou fiscaux qui peuvent être envisagés pour les entreprises qui voudraient minimiser la production de leurs... ou l'utilisation d'intrants comme le sucre, le sel et le gras. Et enfin encourager la disponibilité... plutôt la consommation des fruits et légumes en accroissant leur disponibilité, leur accès et la possibilité d'avoir des marchés publics ou encore de mettre en valeur des kiosques à la ferme. Cela pourrait être considéré.
Je passe sous un autre angle, qui est fort différent, celui de l'innocuité alimentaire. Alors, il y a deux aspects dedans: il y a les pesticides puis il y a la question des... des pesticides, et puis l'autre question, c'est les agents microbiens. J'étais pour dire un autre mot qui aurait choqué quelqu'un en arrière de moi, mais enfin.
Donc, ce sont d'abord les pesticides. On ne peut pas parler, comme vous imaginez bien, d'innocuité sans parler de pesticides. Mon collègue ici va pouvoir détailler si vous le voulez. On sait que nous n'avons pas actuellement des concentrations qui sont alarmantes dans ce que nous mesurons, mais on reconnaît quand même qu'il y a des pesticides qui sont utilisés, qu'il y a des résidus que nous retrouvons régulièrement dans les fruits, les légumes et les aliments qui sont transformés, et on pense que, pour mieux circonscrire...
Le Président (M. Morin): ...
M. Boileau (Luc): Pardon?
Le Président (M. Morin): ...une minute. Il vous reste une...
M. Boileau (Luc): Il me reste une minute?
Le Président (M. Morin): Oui.
M. Boileau (Luc): Ce n'est pas vrai! Si vite que ça?
Le Président (M. Morin): C'est ça.
M. Boileau (Luc): Une minute?
Le Président (M. Morin): C'est 10 minutes, votre présentation.
M. Boileau (Luc): J'ai-tu déjà fait neuf minutes? Bien, Pierre-Luc, là, vraiment, je vais le ramener. Alors, je pensais que j'avais fait cinq minutes, six minutes, mais enfin. Je vais donc accélérer.
Les pesticides, on pense qu'en termes de recommandation on devrait s'assurer de bonifier et de rendre plus accessible aux professionnels de la santé le programme québécois de surveillance des résidus et des pesticides et qu'il y a moyen d'accentuer la prévention au niveau de l'exposition des pesticides et des traumatismes en milieu agricole.
Pour les agents microbiens, donc les bibittes, là, de ce côté-là, on pense qu'on devrait favoriser une offre toujours plus sécuritaire. Et vous reconnaîtrez sans doute l'importance des problèmes qui des fois émergent de façon soit locale ou internationale: le E. coli, le Listeria. Donc, il y a des choses, de ce côté-là, à nous assurer, tant dans la transformation que la préparation visant...
Le Président (M. Morin): Je vais vous donner quelque temps, là. Allez-y.
M. Boileau (Luc): Ah! merci. J'imagine que vos collègues vous influencent positivement dans...
Le Président (M. Morin): Vous avez parlé de Pierre-Luc au début. Vous avez grugé de votre temps avec Pierre-Luc.
M. Boileau (Luc): Oui, ça doit être ça, mais je pensais que ça ne comptait pas.
Le Président (M. Morin): Bien, c'est pour ça que je vous redonne du temps un petit peu.
M. Boileau (Luc): Puis on va...
Le Président (M. Morin): Allez, on ne perd pas de temps.
M. Boileau (Luc): Bon, O.K. Parce que je ne sais pas si mon président de conseil d'administration est en arrière, mais, s'il est là, là, je vous remercie beaucoup d'être gentil avec moi.
Le Président (M. Morin): Je vous l'avais dit.
M. Boileau (Luc): Oui. Alors donc, on pense qu'il faudrait faire l'éducation alimentaire, particulièrement auprès de certains groupes cibles, les femmes enceintes, les personnes immunosupprimées, les personnes âgées -- je vous parle toujours de l'enjeu des agents microbiens -- mais on devrait aussi accentuer et continuer de poursuivre les initiatives qui sont internationales ou pancanadiennes sur la traçabilité des aliments. Ceci est important pour bonifier et améliorer la biosurveillance des toxi-infections alimentaires.
L'occupation du territoire, vous en parliez précédemment, alors vous en faites un enjeu central dans le livre vert, et on pense qu'il s'agit là certainement d'une bonne idée. Mais de ce côté on pense que la production agricole peut effectivement avoir un rôle mobilisateur et des retombées positives sur la qualité de vie des communautés rurales. Mais en même temps, et ça a été souligné, elle peut entraîner des effets négatifs qui sont associés à des tensions sociales et des conflits d'usage qui peuvent survenir ou surgir surtout autour des activités agricoles, comme vous le savez, les odeurs, les poussières, les insectes, etc., le trafic.
Alors, de ce côté-là, il y a plusieurs mesures qui sont susceptibles d'améliorer et de contribuer à une véritable intégration des dimensions sociales à la politique, et en ce sens-là on pense qu'on peut compter sur le soutien particulier de certaines avancées, par exemple de faire en sorte d'utiliser des services adaptés au milieu agricole, que ce soient des services sociaux ou parascolaires, pour les gens qui sont dans l'exercice... dans le secteur bioalimentaire, et la mise en valeur de leurs propres productions par des circuits courts.
Le développement rural ou communautaire, il y a des mesures qui sont jugées efficaces pour le favoriser, tels que les pactes ruraux, les programmes villes et villages en santé, et nos expertises ici en témoignent, et on en a rendu compte dans le mémoire. Et bien sûr il y a des mesures qui visent à prévenir ou résoudre des conflits qui peuvent arriver, et encourager le dialogue constructif. Ça a l'air simple de dire ça, mais ça fonctionne, et de ce côté on pense qu'on devrait insister à nouveau là-dessus.
** (11 h 20) **
Le livre vert est plutôt absent, en fait il est absent, sur la scène de la sécurité à la ferme comme milieu de travail mais aussi comme milieu de vie. On veut juste vous rappeler que c'est un environnement qui compte beaucoup de risques. On a des données qui pourraient vous permettre de croire qu'on augmente le risque de mortalité déjà de... pourrait aller jusqu'à 50 % de plus pour les gens qui sont exposés dans ce milieu-là. Alors, c'est un secteur économique qui est certainement parmi les plus visés comme risques de traumatologie, de traumatismes.
Alors, pour faire en sorte que les Pierre-Luc mais les gens aussi qui travaillent puissent continuer à y oeuvrer, et faciliter l'attrait puis le recrutement, on devrait, nous croyons, continuer à cibler de façon spécifique les traumatismes de même que l'exposition aux pesticides pour l'ensemble du milieu agricole, les travailleurs, les producteurs et leurs familles également.
Et nous croyons qu'il y a des mesures qui pourraient être prises pour les producteurs qui pourraient être rejoints, surtout les plus petits producteurs et ceux qui n'ont pas accès aux services de la CSST directement ou encore qui sont plus difficiles à rejoindre pour l'UPA. Il y aurait des choses à faire de ce côté-là et il y a différentes initiatives qui peuvent être prises, comme l'adoption de technologies pouvant réduire les risques sur la protection des tracteurs, la protection des pièces en mouvement et autres technologies qui y sont associées.
Écoutez, je conclurais en vous disant que... D'abord, merci encore de nous avoir permis d'être reçus et de pouvoir répondre à vos questions. Nous en serions ravis. Et nous n'avons situé que quelques-uns des enjeux. Il y a plusieurs autres enjeux qui ont un impact sur la santé, que nous n'abordons pas dans notre livre... dans notre mémoire, mais nous croyons que ce que nous vous avons situé devrait avoir un impact positif sur le secteur agroalimentaire et la population en général du Québec. L'important, pour nous, c'est vraiment d'insister sur le fait que, oui, il y a un sceau santé qui pourrait être plus visible et plus distinctif dans ce projet-là. Et je vous remercie de m'avoir écouté.
Et sans doute que vous aurez l'occasion de vérifier aussi que je ne connais pas tout de ce secteur-là. L'Institut national est une grande organisation qui compte beaucoup d'expertise, et c'est pour ça que je suis très heureux de compter sur mes collaborateurs ici et de les remercier d'emblée, eux et les autres, à avoir aidé à la production de ce mémoire. Merci beaucoup.
Le Président (M. Morin): M. Boileau, merci. M. le ministre.
M. Corbeil: Merci, M. le Président. Merci, M. Boileau et les gens qui vous accompagnent. Vous comprendrez que le MAPAQ partage l'avis de l'Institut national de santé publique à l'effet que l'alimentation constitue un facteur de première importance dans la santé de la population et que dans l'avenir les exigences des consommateurs à l'égard de la sécurité des aliments et de leur valeur nutritionnelle vont croître. C'est la lecture qu'on fait, qui est exprimée dans le document que vous avez commenté dans votre mémoire, qu'un lapsus tantôt vous a amené à identifier comme étant un livre.
Moi, je voudrais juste essayer de replacer les choses. Et je vous remercie d'attirer notre attention sur l'élément sécurité à la ferme comme milieu de travail et milieu de vie. C'est bien entendu que, quand on essaie d'élaborer une politique comme ça, il y a bien des gens qui vont intervenir et qui voudraient que ce soit une politique alimentaire, une politique de développement régional, une politique environnementale. Bien entendu, notre approche est plutôt à caractère économique. Et, en intégrant... l'ensemble de cette oeuvre-là se veut une politique de développement durable.
Ça m'amène à vous poser justement: Quelle distinction feriez-vous entre le rôle du MAPAQ et celui du ministère de la Santé et des Services sociaux au regard de ces deux types d'intervention et de leur nécessaire complémentarité? Quand je parle de type d'intervention, c'est notre intervention sur l'aspect économique du secteur sur l'apport au milieu, aux producteurs, aux transformateurs, aux distrib