Institutions — 20 September 2017 (41st Legislature, 1st Session)
CI 2017-09-20
Quebec — Committees
Président (M. Ouellette) :
Donc, avez-vous des commentaires généraux sur l'amendement de la ministre?
Mme Maltais : Tout à fait. D'abord,
la ministre nous propose «l'organisme s'assure» et ensuite décrit les critères. Il
y a une décision là-dedans que ce
soit chaque organisme. C'est la portée de l'organisme qui est importante
pour moi. Qu'est-ce que ça veut dire, un
«organisme»? Parce qu'un organisme, ça peut vouloir dire chaque CIUSSS,
chaque centre hospitalier, chaque société d'État, chaque commission scolaire, vous
comprenez, on morcelle, on peut morceler, alors que, généralement, ce que j'avais
entendu pendant les commissions
parlementaires, c'était cette idée de
le faire par secteur, l'éducation
aurait des balises, la santé aurait des balises, les services sociaux
pourraient avoir des balises. Là, ça veut dire que chaque organisme va travailler, mais il n'y a pas de balise par
secteur, il n'y a pas de politique par secteur. C'est ça, la question que je me pose. Pourquoi ce choix de ne pas avoir
de politique générale qu'ensuite les gens auraient les
balises pour les accepter? Est-ce que c'est
parce que la loi est la politique? Comment vous avez vu cette demande qu'on
avait reçue de procéder par secteur?
Le Président (M. Ouellette) : Mme la
ministre.
Mme Vallée : Bien, en fait, on fait référence aux organismes
tels qu'on les a identifiés précédemment à l'article 2, je crois, ou l'article 3... les articles 2 et 3 du
projet de loi. Par
contre, il y aura
des groupes de travail en secteur parce que la préparation des politiques n'a pas à être incluse à l'intérieur du projet de loi. C'est-à-dire que les politiques sont des outils de travail qui seront développés en parallèle. Il y a
donc un travail qui se fait actuellement avec les gens du ministère de la Santé, les gens du ministère
de l'Éducation, les gens du milieu municipal
pour élaborer justement les guides et les documents qui pourront
soutenir les organismes de ces milieux à répondre aux besoins. Donc, chaque
organisme... Parce que chaque organisme, en raison de son histoire, en raison
de, parfois, même la clientèle avec qui il fait affaire, aura peut-être à analyser le contexte dans lequel
la demande pourrait être présentée, s'inscrit aussi dans un contexte de l'organisme, et le principe, c'est que, lorsqu'une
demande d'accommodement est présentée, c'est toujours une question de cas par cas. On ne peut pas prendre une demande
d'accommodement et faire du mur-à-mur, chaque demande est analysée en fonction du contexte dans lequel elle
s'inscrit. C'est pour ça que chaque organisme... Au même
titre qu'une
demande... On fait beaucoup le parallèle
avec les demandes d'accès à l'information. Chaque organisme traite les demandes
d'accès à l'information à l'interne, a son propre... sa personne responsable,
procède à l'analyse des demandes et y répond, plutôt
que de référer, par exemple, à une autorité centrale qui appliquerait du mur-à-mur,
parce que ça complique les choses.
Donc, une
demande d'accommodement est présentée à l'organisme. L'organisme pourra se
référer aux dispositions de
l'article 10 — l'objectif
d'avoir les dispositions de l'article 10, c'est d'aider dans l'analyse,
dans la grille d'analyse — mais aussi pourra analyser en fonction des spécificités du
milieu. Alors, à l'article 14, comme je le mentionnais, on propose que chaque organisme ait un répondant en
matière d'accommodement — donc ça va faciliter le traitement des demandes — plutôt
que d'avoir différents individus responsables de la question. Mais, compte tenu
du caractère particulier, de la nature même
d'une demande d'accommodement, qui doit tout de même être analysée dans le
contexte dans lequel elle s'inscrit, il est
préférable de donner la responsabilité aux organismes. Bien entendu qu'il y a
ce comité de travail auquel
participent les ministères concernés en collaboration avec les organismes, par
exemple les commissions scolaires, travailler
avec les commissions scolaires pour identifier les outils qui pourraient être
élaborés pour mieux accompagner les personnes qui seront responsables,
dans chacune des commissions scolaires, de traiter ces demandes-là.
Le Président (M. Ouellette) : Mme la
députée de Taschereau.
Maltais : Je
comprends que la ministre travaille donc ministère par ministère, donc secteur
par secteur, c'était l'intention. Pourquoi
est-ce que... Et ce seront donc des politiques sectorielles ou des politiques
ministérielles? S'il y a des politiques sectorielles et des politiques
ministérielles, pourquoi est-ce qu'on n'inscrit pas dans la loi que le gouvernement donnera les balises ou qu'il y aura
des politiques en appui? Je ne le sais pas. Parce qu'on ne sait pas sur quoi va s'appuyer véritablement l'organisme. Les
gens nous ont dit : Donnez-nous des politiques par secteur, c'est
important.
Mme Vallée :
Et l'intention est là. Parce qu'ici on est dans l'élaboration d'une loi-cadre.
Il n'est pas nécessaire de prévoir
qu'il y aura une politique par secteur, qu'il y aura une politique-cadre, qu'il
y aura différents outils, ce n'est pas nécessaire
de l'inclure dans la loi. Par contre, il est clair... Et les ministères ont
déjà été contactés pour pouvoir répondre, si d'aventure le projet de loi devait être adopté, pour pouvoir rapidement
prendre les mesures nécessaires pour accompagner les organismes dans la mise en oeuvre des dispositions du projet de loi,
pour pouvoir aussi outiller les organismes et avoir les documents de soutien, qui ne relèvent pas
nécessairement du législatif. Mais on l'a vu, rappelons-nous, lorsqu'on
a parlé des établissements d'enseignement
supérieur, il y avait des lignes directrices, il y avait un encadrement, un
cadre pour les activités, les centres spirituels, les... le terme m'échappe,
mais les activités qui relèvent de l'accompagnement spirituel dans les écoles, dans les cégeps, dans les universités. On a
un cadre ministériel pour ça. Donc, suivant les besoins, on pourra
élaborer les outils.
Là, on est un
petit peu... On est dans l'élaboration de la loi-cadre. Selon ce que la
loi-cadre sera... Parce qu'on ne peut
pas présumer non plus qu'ultimement la loi-cadre va être exactement celle qui a
été initialement présentée. Alors, il faut d'abord faire le travail en
commission parlementaire. Et une fois que le... si d'aventure on a un projet de
loi qui est adopté, là, à partir de ce
projet de loi là, on pourra élaborer les outils qui seront identifiés comme
étant utiles pour les organismes
visés, donc le milieu de la santé. Peut-être que, dans certains organismes, en
fonction des réalités distinctes, il
y aura des besoins qu'un... Peut-être qu'une commission scolaire aura des
besoins qu'un centre hospitalier n'aura pas, par exemple. Et actuellement, au niveau administratif, la façon dont on
l'entrevoyait, c'était d'avoir quatre comités de travail, donc
l'éducation, la famille, les affaires municipales et la santé, qui pourraient
répondre aux besoins des organismes publics identifiés.
Maltais : Parce que j'essaie de voir... Je me disais... Je
vais vous donner le type d'amendement que j'avais préparé pour vous montrer où j'allais, mais c'est
difficile, passer du gouvernement à organisme, à l'analyse des demandes,
l'écriture est
difficile. Mais je sais que, par exemple, dans la loi-cadre sur la pauvreté,
sur la lutte à la pauvreté, on donne au gouvernement le mandat de faire
des politiques d'analyse et de tout ça. C'était ma référence pour ça. C'est
pour ça que je disais qu'on pouvait
peut-être inscrire dans le début de l'article : Le gouvernement développe
une politique globale d'analyse et de traitement des demandes
d'accommodement raisonnable afin de... accommodement religieux, pas
raisonnable, c'est religieux, pour motif religieux, afin de s'assurer que la
demande est sérieuse, et tout ça. Mais je veux que ce soit l'organisme pareil.
Mme Vallée :
Mais, c'est ça, cette grille d'analyse là, on la retrouve déjà à l'article 10...
à l'amendement, c'est-à-dire. La grille d'analyse, nos critères qui doivent nécessairement être considérés par l'organisme, par la personne qui exerce la
plus haute autorité au sein de l'organisme, sont déjà prévus. Donc, en soi,
c'est une base pour outiller les organismes.
Maintenant,
avoir une loi-cadre... C'est qu'une politique mur à mur ne permettrait peut-être
pas de répondre à certaines
particularités. Par exemple, la commission
scolaire de Montréal a peut-être des réalités et des besoins qui sont différents de la commission scolaire des
Hauts-Bois, en Haute-Gatineau, peut-être. Donc, peut-être que la
commission scolaire de Montréal, elle, oui,
va travailler en étroite collaboration avec le ministère de l'Éducation pour
définir : Écoutez, voici ce dont
j'aurais besoin. Peut-être que mes collègues n'en ont pas besoin, mais moi,
particulièrement, j'ai peut-être un besoin que d'autres n'ont pas.
Alors,
on veut permettre une latitude, on ne veut pas être trop stricts parce qu'on
veut permettre une latitude pour répondre
aux besoins. Et il y a quand même certains nouveaux critères qui ont été
introduits par l'article 10 aussi. Lorsqu'on regarde l'article 10 et les amendements qui y
sont prévus, on a quand même établi, ajouté des critères qui sont
introduits, qu'on ne retrouve pas
actuellement dans la jurisprudence, et qui vont permettre aux organismes de
mieux analyser une demande qui leur est présentée. Lorsqu'on parle du
sérieux de la demande, lorsqu'on parle de l'égalité et le respect de l'égalité entre les hommes et les femmes et
lorsqu'on fait référence également au principe de la neutralité
religieuse de l'État, du respect du principe
de la neutralité religieuse de l'État, ce sont des critères qui actuellement ne
guident pas de façon formelle les
organismes dans leurs analyses. Donc, avec ces critères-là, je crois qu'on
permet déjà... on encadre déjà l'analyse qui est faite.
Et là il y aura
peut-être d'autres outils, il y a peut-être des guides, il y aura peut-être des
guides à l'attention des commissions scolaires qui seront élaborés, il y aura...
Et ça, c'est difficile aujourd'hui de vous dire : Prévoyons spécifiquement ce que nous allons élaborer,
puisque, un, la loi n'est pas adoptée, et on n'a pas consulté les milieux
pour voir, à partir de la loi que l'on
a : Quels sont vos besoins, quels sont les outils que nous pourrions
élaborer ensemble pour vous permettre
de mieux naviguer avec cette loi-là et de mieux répondre aux demandes
d'accommodement que vous recevez déjà? Parce qu'ils les reçoivent déjà,
là, ce n'est pas... Ça aussi, c'est un élément, c'est que les demandes... Le
projet de loi n° 62 n'introduit pas le
principe de l'accommodement. Le principe de l'accommodement existe, il y a déjà...
Puis, rappelons-nous, la commission des
droits de la personne et de la jeunesse avait élaboré un guide en 2008 ou 2009,
un guide qui est méconnu puis un guide qui... novembre 2012, pardon, un
guide virtuel. J'ai compris des consultations que ce guide-là n'était pas utilisé comme il pourrait l'être, donc, mais
peut-être que ce guide-là pourra servir d'outil de travail pour déterminer... Bon, à partir de ça, est-ce qu'un
guide comme ça, c'est utile? Est-ce que c'est un autre guide qui
pourrait être utile? Est-ce qu'il y a
d'autre chose qu'on pourrait... d'autres documents qui pourraient être préparés
en collaboration avec les ministères,
le ministère de la Justice et peut-être la commission des droits de la personne
et de la jeunesse, pour permettre aux gens de mieux se diriger?
Parce
que j'ai bien compris le message qui nous était lancé, entre autres, par la
commission scolaire de Montréal, Mme
Harel Bourdon qui nous a dit : Écoutez, nous, on reçoit beaucoup de
demandes, ce qui n'est pas le cas dans d'autres commissions scolaires. La commission scolaire de Montréal fait face à un
volume de demandes qui est important. Donc, une fois que le projet de loi sera adopté, quels seront les outils
additionnels que la commission scolaire de Montréal pourrait peut-être
requérir de la part du ministère de l'Éducation, de la part du ministère de la
Justice?
Alors,
on veut laisser cette latitude-là, une fois le projet de loi adopté, pour
travailler avec nos partenaires et mettre en place des outils. Et je veux vous rassurer, on ne veut pas laisser
les organismes à eux-mêmes, sans accompagnement, le ministère sera là... et les ministères seront là
pour outiller, parce que c'est quand même un projet de loi important, et
on offre des... on donne des outils, mais on va aussi pouvoir donner des outils
d'accompagnement. Et il ne faut pas...
Maltais : ...il y a comme quelque chose qui... il y a une petite affaire qui me fatigue, là, puis ce
n'est pas... je comprends, c'est bien écrit, mais c'est que, là, c'est
l'organisme qui s'assure que la demande est sérieuse. Pourquoi tous ces critères-là ne sont pas des critères du gouvernement, puis ensuite l'organisme... Vous comprenez? C'est comme si on mettait tout le poids sur l'organisme. Au
moins, ce n'est plus sur l'employé, c'est déjà un pas, là. Je veux dire,
moi, ma demande, c'était : Il ne faut
pas que ce soit sur les épaules de l'employé, c'était à la demande des gens.
Là, c'est l'organisme qui s'assure, à
partir de critères qui... À mon sens, ce qu'on est en train de travailler,
c'est les critères qui devraient être dans
la politique. Il devrait y avoir une politique,
et ce seraient les critères de la politique. C'est comme ça qu'on travaille, par exemple, en affaires municipales. On donne les critères de la politique
et ensuite le ministère produit des règlements, produit des guides, mais le gouvernement a une politique puis ensuite chacun
fait l'application. Je trouve que c'est comme une formulation à laquelle je ne suis pas habituée. D'habitude, c'est le
gouvernement qui se dote de politiques d'analyse puis après ça les organismes développent des outils en collaboration
avec le ministère. Puis là vous demandez par secteur, puis là on reste...
On a fait un bout de chemin, ça, je le comprends, mais je pensais qu'en plus du
fait de mettre ça sur l'organisme il y aurait quand même, gouvernementalement,
une politique.
Mme Vallée :
D'une certaine façon, c'est ce qu'on fait, parce qu'à
titre de législateurs on
établit... on vient codifier, d'une certaine
façon, des critères qui ont été établis, entre autres, par la jurisprudence.
Donc, on vient codifier, on vient
dire : Les demandes d'accommodement pour motif religieux sont analysées suivant ces critères-là. C'est
plus fort qu'une politique.
Une politique peut toujours être annulée. Ça, c'est... C'est certain
qu'un projet de loi peut toujours
être amendé, on s'entend, peut toujours
être mis de côté, mais, ceci dit, la portée de cet encadrement est, à notre avis, plus forte, et c'est certain qu'il pourra
s'accompagner de documentation pour mieux comprendre, mieux interpréter.
Et en plus il y a, puis ça, il ne faut pas l'oublier, un
service-conseil en accommodement qui existe à l'heure actuelle. Donc, la
commission des droits de la personne et de la jeunesse a déjà, depuis quelques
années, un service-conseil en accommodement.
Mais ce qui est ressorti des consultations, et, moi, ce qui m'a beaucoup
étonnée, c'est que les gens, les organismes
n'utilisaient pas et ne connaissaient pas ou très peu l'existence de ces
services-là. Donc, c'est certain qu'une fois le projet de loi adopté, oui, on a un travail de collaboration avec les organismes, avec les différents secteurs pour voir à ce
que la mise en oeuvre par secteur du projet de loi se fasse de la meilleure
façon et se fasse également dans le meilleur intérêt
des organismes, en fonction de leurs besoins, parce que faire un... aller
beaucoup plus large que ça... C'est déjà très large, mais, en ayant,
disons, une politique mur à mur, peut-être qu'on risque de mettre en place des
choses qui sont difficilement adaptées aux réalités, par exemple, des CPE ou
aux réalités des...
Maltais :
Là, je ne suis pas d'accord parce que je me souviens très bien que les
organismes sont venus nous dire :
Ce n'est pas suffisant que... dans l'article 10, ça prend des balises un
peu plus précises, puis on a des propositions. Puis je sûre qu'il y en a déjà. Ça a changé un peu. Mais il faut
absolument qu'on réponde à ce besoin d'aide des secteurs. Alors, les organismes sont venus nous dire : Les
balises de l'article 10 ne sont pas suffisantes. Moi, ce qui me fatigue,
c'est que, là, on enchâsse... Les
balises, dans la loi, c'est bien. Il y a des balises qui sont dans la loi.
C'est sûr que c'est fort, mais sauf que, comme ce n'est pas dans le cadre des balises du gouvernement, qui
ensuite vont être déployées et appliquées... C'est des balises auxquelles les organismes... pourraient
être déployées et appliquées en
ajoutant des mesures et tout, ce sont les balises qui sont dans la loi, et, si on en échappe là, un organisme peut
dire : Non, moi, je réponds à ça, puis c'est point final bâton. C'est pour ça que d'habitude ces
balises-là, ces critères-là, c'est... la grande politique, c'est les balises,
puis après ça on déploie les mesures
sur le terrain, par secteur. C'est pour ça que je croyais, moi, que vous
arriveriez avec une politique gouvernementale par secteur et ensuite
comment l'organisme doit...
Mme Vallée : Bien,
voyez-vous, dans le fond, c'est la loi qui est le cadre législatif pour la
future politique. Donc, il y a une espèce de hiérarchisation des
normes. En procédant de la façon dont nous procédons, c'est qu'on
établit les normes, et c'est à partir de là
que s'établiront les politiques propres à chaque secteur que les organismes
verront à appliquer avec les outils. Alors, il n'y a pas nécessité de
prévoir le tout parce qu'on doit... D'abord, on doit travailler avec les organismes, c'est vraiment eux qui sont les
mieux placés pour appliquer les critères, mais on ne peut pas présumer de
leurs besoins. Donc, adoptons d'abord un projet de loi, et ce projet de loi là, par la suite, voyons à le mettre en oeuvre et à
mettre en place des orientations, comme je le mentionnais, des outils de
travail qui vont permettre aux organismes de bien répondre à notre volonté législative et de bien comprendre la volonté
législative que nous aurons transmise à l'intérieur d'un texte.
Mme Maltais : M. le
Président, comme on est sur une
discussion générale, je ne voudrais pas juste faire un... Je vais laisser mon collègue de Saint-Jérôme et d'autres députés s'introduire dans la discussion générale. Après ça,
on ira dans les choses... Mais je ne
veux pas prendre tout le temps ce matin pour faire, moi, la discussion générale
et que vous n'ayez pas le temps, chers collègues, de parler. Mais j'ajouterais
que je me souviens des organismes qui nous ont demandé que le gouvernement adopte
une politique et qu'ensuite il soit chargé d'appliquer les mesures. Voilà.
Président (M. Ouellette) : J'irais à Borduas, M. le député de Saint-Jérôme, pour revenir, avec
beaucoup de plaisir, à vous. Bon, bien, oui, allez, allez, M. le député
de Saint-Jérôme.
M. Bourcier :
Bien, écoutez, Mme la ministre, je prends des notes, je vous écoute, et puis,
selon ce que vous avez dit, là,
justement, pour l'article 10, que... Vous nous avez dit, entre autres, que
la demande d'accommodement doit être faite selon le contexte de chaque organisme. Ça, c'est vos propos, là. Alors,
moi, je me mets à la place des gens, je me mets à la place évidemment des personnes qui nous écoutent.
Pouvez-vous nous expliquer par un exemple concret quelle pourrait être
une des possibilités de demande faite selon un contexte pour un organisme?
Le Président (M. Ouellette) :
Mme la ministre.
Mme Vallée :
Il y a des exemples... Prenons peut-être... Plutôt que d'y aller dans des
demandes, on peut peut-être faire
faire référence à la jurisprudence. Oui, on a... Par exemple, je veux... Et il
s'agit ici d'un exemple jurisprudentiel, là, de demandes d'accommodement
qui sont fondées sur un motif religieux, un exemple de demande d'accommodement
en emploi, un employé qui ne peut pas
travailler le jour du sabbat, soit du vendredi soir au samedi soir, bon, et là
toute une analyse dans le contexte de
l'emploi, quel type d'emploi, quel est l'horaire de travail, quels sont les
horaires de travail possibles. Il y a
toute une analyse qui est faite, mais un employé qui a une fonction x, on ne
peut pas... On doit quand même faire
l'analyse de la demande dans le contexte dans lequel elle est formulée. Une
demande d'accommodement en emploi... Un
employé qui demande de ne pas porter de casque de sécurité car il porte un
turban, une demande qui a été présentée dans le dossier de Montréal
Gateway Terminals Partnership, c'est un type de demande d'accommodement. Une
autre demande d'accommodement, un employé qui ne peut pas
travailler le jour d'une fête religieuse, alors il y a de la jurisprudence là-dessus. Une préférence en emploi
qui aurait été accordée à un aumônier catholique au détriment d'un
intervenant en soins spirituels, ça a donné lieu à de la jurisprudence.
Donc, vous voyez, c'est diversifié. Parfois, il
y a des demandes présentées pour que la... parfois... Il y a une demande d'accommodement qui a déjà été
formulée dans un centre de la petite
enfance, en lien avec un régime
alimentaire particulier de l'enfant.
Donc, les
demandes d'accommodement sont variées, et là nous donnons à l'article 10
une grille d'analyse pour les évaluer.
Parce que certaines demandes sont refusées. Ça aussi, c'est un élément à
considérer. Ce n'est pas parce qu'une demande est présentée qu'elle est nécessairement
accordée. On doit voir dans quel contexte particulier elle s'inscrit et si cette demande-là... Par exemple,
est-ce que ça constitue une contrainte excessive? Est-ce que ça vient
bouleverser le milieu de travail, le milieu
scolaire? Est-ce que ça vient bouleverser l'encadrement éducatif? Il y a
un tas de circonstances à considérer lorsque vient le temps d'évaluer la
demande. C'est pour ça que nous avons mis en place des critères d'application plus généraux et, à partir de là,
ces critères-là seront évalués dans le contexte particulier. Est-ce qu'on
est en matière d'emploi? Est-ce qu'on est en
matière d'éducation? Est-ce qu'on est en matière de santé? Chaque
milieu peut répondre à cette demande-là.
Donc, il n'y
a pas... Le principe de l'accommodement, c'est une demande de dérogation à une norme d'application générale, qui, suivant la personne qui demande
l'accommodement, porte atteinte à un droit qui est protégé par la
charte. C'est ça, le principe de la demande
d'accommodement. Donc, c'est pour ça qu'il est très difficile de faire du
mur-à-mur, bien qu'on puisse avoir un
cadre, un encadrement, parce que chaque demande est vraiment dans un contexte
particulier, en fonction de la personne et
en fonction du droit que cette personne-là considère violé par l'atteinte.
Alors, c'est pour ça que c'est
variable. Et je ne peux pas vous faire une liste exhaustive des demandes
d'accommodement puisque je ne peux pas prétendre connaître toutes les
demandes qui pourraient être formulées.
Mais il est quand même important d'avoir un
cadre d'analyse. C'est d'ailleurs ce qui était prévu aussi, à quelques distinctions près, dans le projet de loi
n° 94 que ma collègue avait déposé, dans le projet de loi n° 60 que
votre ex-collègue avait déposé également. Il y avait quand même... Puis je
pense qu'il y avait cette volonté commune de donner des balises, un encadrement
pour l'analyse des demandes d'accommodement, puisque, et on l'a vu, je crois,
l'automne dernier, des organismes, parfois, souhaitaient savoir de quelle façon
analyser et quels étaient les motifs qui pourraient... quels pouvaient être les
critères d'analyse des demandes. Et je pense que c'est aussi un message qu'on a
entendu. C'est un message aussi qui a été porté par la commission
Bouchard-Taylor parce qu'ils prévoyaient qu'il était important de baliser ces
demandes-là.
Le Président (M. Ouellette) : M. le
député de Saint-Jérôme.
M. Bourcier : Je suis bien d'accord
avec vous, Mme la ministre, qu'il y a des possibilités multiples qui pourraient
être demandées pour des accommodements, et que ça prendrait un bon cadre
d'analyse, c'est ce que ma collègue de
Taschereau disait précédemment, que ça prendrait des balises plus claires que
celles qu'on a là qui pourraient être
utilisées comme référence pour les organismes, qui sont inquiets, là. Et ils
ont consulté ma collègue, et il y a des choses qui lui ont été envoyées
à ce sujet-là.
Vous disiez aussi précédemment que les outils
des organismes pour analyse d'accommodement ne sont pas élaborés. Vous avez parlé d'un guide virtuel de 2012 qui était
incomplet, mais qui pourrait peut-être servir d'outil de travail. Alors, il y aurait lieu justement de le raffiner,
de l'utiliser comme cadre d'analyse, mais aussi considérer notre
amendement qu'on va apporter tout à l'heure
justement pour que le gouvernement développe lui-même une politique globale
d'analyse avant que ça se produise, qu'on
ait des possibilités multiples avec nos organismes qui seraient peut-être un
peu mêlés, là, avec des choses qui seraient incomplètes.
Le Président (M. Ouellette) : Mme la
ministre.
Mme Vallée :
Bien, j'ai l'impression qu'on n'est
pas loin l'un de l'autre dans notre positionnement. C'est que, de notre
côté, évidemment... Puis ça, là-dessus, je crois comprendre que le fait de
légiférer et de mettre en place certains critères,
certains paramètres, ce n'est pas là la problématique. Je comprends que, du côté de l'opposition
officielle... Et puis on verra, là, le détail, mais je comprends que le principe d'avoir un guide législatif ou des paramètres législatifs,
ça, ça convient. Ce que je comprends de l'opposition officielle, c'est
qu'on souhaite inclure au projet de loi une référence spécifique à une directive ou à une loi-cadre. Moi, ce que je vous dis,
c'est qu'il y a une volonté d'élaborer des guides, d'élaborer des politiques, mais qui ne seront
pas mur à mur mais définis en fonction des secteurs d'activité
des organismes publics puisque, d'un secteur d'activité
à l'autre, il y a des réalités auxquelles... il y a
des réalités qui sont propres. Par exemple, dans certains domaines, comment traiter une
demande présentée par un parent versus une demande présentée par un adulte? Il y a un tas de spécificités
à considérer, et je pense que la meilleure façon d'assurer des politiques
qui répondent réellement aux besoins des milieux, c'est de les élaborer
en collaboration avec le milieu.
Le Président (M. Ouellette) : M. le
député de Saint-Jérôme.
M. Bourcier : Je vais laisser la
parole à...
Mme Maltais : On a dit qu'on voulait
entendre tout le monde avant l'heure du dîner.
Président (M. Ouellette) :
Non, non, mais moi aussi, je veux entendre tout le monde dans cette
discussion générale là avant qu'on aille sur les amendements.
M. Bourcier : Dissiper l'écran de
fumée entre moi puis le député de Borduas, là.
Le Président (M. Ouellette) : M. le
député de Borduas.
M. Jolin-Barrette : Bonjour, M. le
Président. Je suis heureux de vous retrouver, heureux de retrouver les collègues aussi. Je veux saluer tout le personnel
de la ministre, du ministère également qui est là. Ça fait longtemps
qu'on ne s'est pas vus. En fait, moi...
Jolin-Barrette : Bien, moi
aussi. Mais j'étais là, à la Commission des institutions, cet été, mais pour un
autre mandat. Donc, on n'a pas eu la chance de se croiser.
Président (M. Ouellette) :
Là, M. le député de Borduas, vous avez salué les collègues, là, donc c'est
beau, et après vous avez salué le personnel de la ministre, mais c'est parce
que...
Mme Vallée : Mais il n'a pas
été salué. Il y a de la jalousie ici, là.
Le Président (M. Ouellette) : ...votre
geste peut prêter à interprétation. C'est correct. Ça va.
M. Jolin-Barrette : Je ne saisis pas
la teneur de votre propos, M. le Président.
Le Président (M. Ouellette) : Bien,
je vous l'expliquerai tantôt.
Mme Vallée : M. le Président
voudrait une salutation particulière.
Jolin-Barrette : Ah! bien,
écoutez, M. le Président, j'allais terminer par vous, bien entendu. Vous savez,
les honneurs vous reviennent, M. le
Président. Toute ma déférence envers la présidence de la Commission des
institutions. La prochaine fois, je vais vous saluer en premier.
M. Jolin-Barrette : C'est ça, mais
encore faut-il que M. le Président présente sa demande.
Cela étant
dit, j'écoutais la discussion avec intérêt relativement à la directive
nationale et au niveau des politiques. Alors,
je comprends que la ministre dépose son projet de loi et elle nous dit :
Par la suite, on va arriver avec les directives, par la suite, on va arriver avec les politiques. Mais par contre on veut
laisser le milieu, donc chacun des organismes, établir des directives.
Exemple, la commission scolaire, exemple, les CIUSSS et les CISSS vont
développer leurs propres politiques, leurs
propres directives internes. Au niveau de la cohérence de l'action, si je peux
dire, de l'interprétation étatique en
lien avec le projet de loi, moi, je vois certaines difficultés, que le
gouvernement du Québec ne joue pas un rôle central avec ces lignes directrices là, de dire à
chacun : Voici... Bien sûr qu'il y a une certaine liberté dans chacun des
milieux, de la façon dont c'est géré pour
toute forme d'accommodement, mais, au niveau global, au niveau général, le
leadership doit être exercé à Québec.
Mme Vallée :
Oui, oui. Et, M. le Président, peut-être c'est important de le mentionner, nous
avons prévu mettre en place quatre
grands chantiers, en santé, en éducation, en famille et dans le milieu
municipal, évidemment, qui amènent les ministères
concernés, le ministère de la Justice à travailler ensemble en collaboration
avec les organismes pour permettre... plutôt que d'avoir une grande
politique générale mur à mur, pour pouvoir, à l'intérieur de ces secteurs-là,
établir une politique qui, par la suite, sera reprise par les organismes.
Par exemple, actuellement, la ville de Montréal
a une politique sur les demandes d'accommodement. Donc, est-ce que la ville de
Montréal aura besoin d'outils additionnels? Est-ce que les outils déjà
développés par la ville de Montréal pourraient inspirer la démarche générale?
Alors, le travail, nous avons déjà convié les unions municipales à travailler en collaboration avec le ministère de
la Justice et le ministère des Affaires municipales pour répondre aux
besoins. Alors, loin de nous l'idée de laisser les municipalités, les
commissions scolaires à elles-mêmes. Et là-dessus je suis complètement le collègue, il y a une cohérence qui
est nécessaire. Mais, ceci dit, il était important d'abord d'avoir un
projet de loi, et, à partir ce projet de
loi, de voir, auprès des différents secteurs, à répondre à leurs besoins
spécifiques pour une mise en oeuvre
du projet de loi qui se fera de façon la plus harmonieuse possible, et les
outils pour assurer cette mise en oeuvre harmonieuse là peuvent différer
d'un secteur d'activité à l'autre.
Alors, je ne
dis pas aujourd'hui qu'une fois le projet de loi adopté les organismes seront
laissés à eux-mêmes. C'est sûr que la
demande d'accommodement sera présentée à l'organisme, ça, c'est une chose, mais
l'organisme pourra compter sur de la documentation, des guides, des politiques qui auront été
élaborés en fonction du secteur d'activité, en collaboration avec les joueurs du milieu, et évidemment le
gouvernement sera... les ministères prennent le leadership. Alors, on a
déjà cette orientation-là. Maintenant, il serait prématuré aujourd'hui de
demander aux gens de se réunir et de parler de politique de mise en oeuvre
d'une loi qui n'est pas adoptée. Alors, on est quand même très respectueux du
privilège parlementaire. Et moi, je ne peux pas présumer aujourd'hui que le
projet de loi, s'il est adopté, sera le projet de loi que nous avons
actuellement devant nous. Déjà, nous y avons apporté certains amendements suite
aux échanges en commission parlementaire.
Le Président (M. Ouellette) : M. le
député de Borduas.
M. Jolin-Barrette : Mais, on s'entend,
sur le fond, vous n'aviez pas besoin d'un projet de loi pour faire ça. Le gouvernement du Québec aurait quand même pu
donner des guides indicatifs pour le faire sans même avoir une loi.
Mme Vallée : Il y en a déjà,
des guides, c'est ça, mais...
M. Jolin-Barrette : Bien, c'est ça.
Je n'ai pas entendu toutes les consultations, mais il y a une
partie que j'ai entendue, puis certains disaient : Bien,
écoutez, ce n'est pas assez précis pour notre secteur d'activité, puis là on
n'est pas assez outillés, tout ça. Mais le point que je veux apporter
aujourd'hui : Ce n'est pas à cause du projet de loi qu'on a présentement,
ce n'est pas à cause du projet de loi n° 62, qu'on peut adopter les
politiques ou les meilleures pratiques comme
outils pour les différents organismes qui sont des organismes publics. Alors,
le ministère de la Justice l'avait déjà fait ou, au gouvernement, là, je
ne sais pas qui le faisait, mais ce n'était pas suffisant. Mais aujourd'hui le
projet de loi n° 62 ne sert pas à ça,
il ne sert pas à développer ces politiques-là. Donc, actuellement, déjà, il y a
des organismes qui sont dans le flou
depuis plusieurs années, parce que, bon, ça fait 10 ans, on peut se le
dire, concrètement, où le débat a pris de l'ampleur, si on peut dire, là, depuis 2007, depuis, bon, le rapport
Bouchard-Taylor, tout ce qui a mené à ça, mais, toutes ces années-là, on pouvait le faire, on pouvait
développer des guides, tout ça. Alors, le 62 n'est pas nécessaire pour
donner des orientations à la société québécoise.
Mme Vallée : Là-dessus, M. le
Président, le collègue de Borduas a tout à fait raison. C'est pour ça que la
commission des droits de la personne et de la jeunesse avait été chargée
d'élaborer un guide. Malheureusement, les consultations
nous ont démontré que ce guide-là était peu consulté, était aussi peut-être peu...
peu consulté, peu connu, peut-être
pas aussi clair dans sa mise en oeuvre que certains organismes l'auraient
souhaité. Donc, les consultations nous ont permis de constater ça. Mais il y a quand même
eu des efforts de faits pour permettre d'aider et d'accompagner ceux et celles qui sont face à une demande d'accommodement parce qu'encore une fois, le
collègue a raison, le projet de loi n° 62 n'introduit pas en soi la
raison d'accommodement, les accommodements résultent de l'application de la
charte, et donc il y a depuis des lustres des demandes d'accommodement dans
différentes institutions au Québec.
Et la
commission Bouchard-Taylor nous a clairement identifié le besoin de mieux
accompagner ceux et celles qui y sont
confrontés parce qu'il y avait beaucoup de questions, beaucoup de
méconnaissance aussi, parfois, de la part de ceux qui recevaient la
demande à savoir est-ce qu'il s'agit là d'une véritable demande, comment la
traiter et comment l'évaluer. Donc, c'est
suite, d'ailleurs, aux recommandations de la commission Bouchard-Taylor que le
guide avait été élaboré et que la commission des droits et de la
personne et de la jeunesse avait été chargée de mettre en place un
service-conseil pour l'aide à l'accompagnement.
Le Président (M. Ouellette) :
M. le député de Borduas.
M. Jolin-Barrette : O.K. Puis là, bon, on est rendus à
l'article 10, on vient indiquer clairement, dans l'article 10,
un accommodement religieux, on vient le
spécifier précisément, c'est comme si on le traitait séparément, mais ce
n'est pas le seul type d'accommodement qui peut être fait, il y a plusieurs
accommodements, en vertu de la charte, qui peuvent être effectués, la charte québécoise. Pourquoi lui donner un statut
particulier dans un projet de loi? Pourquoi le pointer spécifiquement,
cet accommodement religieux là? Parce que les critères qu'il y a, dans votre
amendement, c'est les critères généralement
qui ont été développés par la jurisprudence, à ce jour, les différents arrêts.
Dans le fond, à l'article 10, on
vient reprendre ce que la jurisprudence dit, puis vous le mettez dans votre
projet de loi, puis vous le traitez spécifiquement. Vous venez le
diviser, dans le fond, des autres demandes d'accommodement.
Mme Vallée :
Parce que nous sommes dans un projet de loi qui traite de la neutralité
religieuse de l'État. Dans ce contexte-là,
il était important d'encadrer les demandes pour motif religieux. Et
rappelons-nous, je crois qu'il y a eu des discussions, en consultations, sur la question de la... sur cette
question-là. Et, comme on est dans un projet de
loi sur la neutralité
religieuse, il était opportun de traiter des demandes d'accommodement
présentées pour un motif religieux.
Donc, les demandes d'accommodement sont traitées
en fonction de différents facteurs, mais une demande d'accommodement pour motif religieux... Dans un contexte d'un projet de
loi sur la neutralité religieuse, c'est important d'encadrer aussi le cadre d'analyse pour ces
demandes-là, tout simplement. Donc, contrairement à ce qui était
prétendu par votre collègue de Montarville,
ce n'est pas de donner un statut quasi constitutionnel, ce n'est pas de hisser
les demandes d'accommodement au-dessus des autres demandes
d'accommodement, mais c'est tout simplement pour permettre, dans un contexte où on a une
loi sur la neutralité
religieuse, d'évaluer les demandes qui pourraient être formulées sur la
base d'un motif religieux.
M. Jolin-Barrette :
Mais, avec le libellé de l'article 10, avec les critères que vous insérez
par le biais de l'amendement, est-ce qu'il existe une distinction entre ce qui
a été développé par les tribunaux versus les critères que vous mettez à
l'article 10 par le biais de votre amendement?
Mme Vallée :
Il y a évidemment des critères additionnels qui sont... Il y a des éléments
additionnels qui sont prévus à
l'amendement. Par exemple, le sérieux de la demande est établi, le respect de
l'égalité entre les hommes et les femmes sont des éléments aussi
essentiels qui respectent le cadre dans lequel notre projet de loi est déposé.
Vous vous
rappellerez qu'on a eu une discussion, lors des premiers jours de consultation...
lors des premiers jours de commission
parlementaire, sur l'étude
article par article, on a des collègues... et je ne
me souviens pas si la demande d'amendement provenait de la collègue de
Taschereau ou de la collègue de Montarville, pour ajouter au préambule
l'importance de l'égalité entre les hommes et les femmes...
Mme Vallée :
Collègue de Taschereau. Et c'est une demande à laquelle je souscris, là. On
avait eu des échanges, et je suis
tout à fait en accord avec cette demande-là. Donc, il s'agit là des principes
de notre loi. Donc, en ajoutant le
principe d'égalité entre les hommes et les femmes et le principe de neutralité,
du respect du principe de la neutralité religieuse de l'État, évidemment, on fera évoluer la jurisprudence, c'est certain, puisque la neutralité religieuse de l'État
n'est pas encore déclarée au Québec, ne fait pas l'objet d'une
déclaration législative. Donc, c'est certain que ça amène une couleur distincte
à l'intérieur de la grille d'analyse.
Donc,
l'objectif d'ajouter ces... de considérer ces éléments-là est vraiment de
permettre l'analyse en fonction des paramètres, en fonction des grands
principes qui ont guidé l'élaboration du projet de loi.
Le Président (M. Ouellette) :
M. le député de Borduas.
M. Jolin-Barrette : Mais sur le premier critère, que la demande est
sérieuse, déjà, si ça allait devant les tribunaux, la
frivolité d'une demande, en partant, c'était déjà un critère qui était comme
convenu, qui allait de soi.
Mme Vallée : Oui. En fait, oui, mais on a parfois... parfois
il fallait se rendre devant les tribunaux pour la statuer. Il y a eu
de la jurisprudence à l'effet que la demande était manifestement
frivole. Pensons à l'épisode des pastafariens. La Cour supérieure a été très claire et d'ailleurs a été on ne peut plus claire sur
cet élément-là, donc, pour éviter aussi que des ressources ne soient affectées au traitement de demandes qui ne sont pas
formulées dans le cadre d'une croyance sincère. Parce que la jurisprudence a quand
même établi qu'une demande d'accommodement doit être formulée par quelqu'un pour qui la croyance est sincère, pour éviter que des gens, parfois,
transforment des demandes d'accommodement en motif... et on a quelques images en
tête aussi, mais...
M. Jolin-Barrette : Mais le critère de cette analyse-là, c'est un
critère subjectif au niveau de la personne qui fait la demande, au
niveau de la croyance raisonnablement sincère. Ce n'est pas la personne qui
reçoit la demande qui va évaluer ça, au niveau de la croyance sincère de ça.
Mme Vallée : C'est certain que le critère est subjectif, et
c'est ce qui nous amène... Tout à
l'heure, un peu plus tôt, je parlais avec notre collègue
de Saint-Jérôme, qui me demandait, bien, tu sais, à savoir est-ce qu'on y va de
façon plus générale ou est-ce que la demande
d'accommodement, c'est du cas par cas. Bien, c'est justement,
c'est une des raisons qui nous
amènent à devoir y aller du cas par cas, parce que je ne peux présumer
du sérieux d'une demande formulée, que vous
pourriez me formuler, encore faut-il voir dans quel... Et il y a
des éléments, évidemment, subjectifs dans tout ça.
C'est certain
que ce n'est pas tout blanc, ce n'est pas tout noir. On est dans les zones de
croyances personnelles ou, parfois, de non-croyance. Rappelons-nous
l'histoire de la prière au Saguenay. Il s'agit là de personnes athées qui contestaient une pratique mise en place par le
conseil municipal et qui disait : La pratique actuellement en place, qui est celle de
réciter la prière, vient heurter mon droit en tant que non-croyant, ma liberté
de conscience. Et c'était une demande sincère formulée par des gens qui considéraient que leurs droits étaient violés,
et la Cour suprême, ultimement, a donné raison.
M. Jolin-Barrette : Oui, le
jugement de la Cour d'appel était très intéressant aussi...
Mme Vallée : Non, je comprends, je comprends, mais... Et c'est
certain que, dans ces dossiers-là, il faut vraiment évaluer la demande dans le contexte particulier
dans lequel elle est présentée, en fonction de la personne, parce qu'on parle ici de droits individuels
versus le droit collectif et la règle, la norme, qui, selon le demandeur, porte
atteinte aux droits individuels.
M. Jolin-Barrette : Puis, juste avant de céder la parole à mon collègue
de Gouin, tout à l'heure vous avez abordé la question du répondant
dans les différents organismes publics. Donc, je comprends que l'objectif,
c'est que vous dites : Bien, il va y
avoir un répondant identifié, qui, lui, à l'intérieur de l'organisme public, va
prendre le guide qui va être développé...
bien, en fait, qui va être inspiré du provincial, va s'inspirer également
du guide de l'organisme en question. Et là, lui, ça va être lui qui va être chargé d'analyser les demandes au niveau du caractère raisonnable, au
niveau de tous les critères
que vous avez à l'article 10 au niveau de la demande d'accommodement.
Mme Vallée : En fait, à l'article 14, on verra
qu'il y aura dans chaque organisme une personne qui sera désignée. Donc, la personne qui a la plus haute autorité
sera responsable de... pardon, le répondant, excusez-moi, là, j'étais
dans le texte tel qu'il est actuellement. Il y aura un responsable dans chaque
organisme chargé de traiter les demandes d'accommodement,
au même
titre qu'on a un responsable actuellement qui est responsable des demandes sur la loi
sur l'accès à l'information. Donc, dans chaque organisme, on aura une personne responsable
qui verra à l'application au nom de
l'organisme. Donc, on ne personnalise pas la fonction, ce n'est pas M. le député de Borduas qui est responsable. C'est plutôt l'organisme pour lequel M. le député de Borduas travaille qui verra à identifier une personne,
qui peut être M. le député de Borduas, mais qui pourrait être une tierce personne
chargée d'analyser les demandes en fonction évidemment des outils qui
seront élaborés puis en fonction également de la disposition que nous pourrions
adopter.
M. Jolin-Barrette :
...comme sur la loi à l'accès à l'information, le répondant ultime, c'est le ministre
qui est responsable pour les demandes d'accès à l'information.
Mme Vallée :
Tout à fait, tout à fait. Tout à fait.
M. Jolin-Barrette :
Puis c'est lui qui délègue, qui approuve.
Mme Vallée : Et c'est celui aussi qui pose les questions
lorsque des situations étranges sont portées à son attention.
Le Président (M.
Ouellette) : C'est aussi celui qui répond.
M. Jolin-Barrette :
C'est ça.
M. Jolin-Barrette :
Parfait.
Le Président
(M. Ouellette) : Ça va?
M. Jolin-Barrette :
Pour l'instant, ça va, M. le Président.
Le Président
(M. Ouellette) : M. le député de Gouin.
M. Nadeau-Dubois : Bien, je pense qu'on peut avoir nos désaccords
entre partis sur la question des accommodements raisonnables ou
religieux, tout ça, mais en tout cas j'espère qu'on s'entend au moins sur l'importance
qu'il y ait une cohérence. Puis je pense
que, dans le cadre des travaux de la commission Bouchard-Taylor, il y a quelques années,
c'était ressorti assez clairement
qu'il y avait vraiment, dans la société québécoise, une volonté que les choses soient
clarifiées puis qu'il y ait des balises
claires. Donc nous, c'est sûr qu'on salue, en tout cas, à tout le moins
le fait que, dans le projet de
loi, il y ait... en tout cas cette volonté-là soit reflétée de mettre en place des balises qui
seraient celles qui s'appliqueraient à l'ensemble
des institutions publiques au Québec. Puis on espère que ça
pourra contribuer à enlever de la pression sur les responsables
d'organismes qui doivent gérer ces demandes-là.
Je comprends la volonté de la ministre de ne pas vouloir entrer dans trop de détails
empiriques, sa volonté de ne pas vouloir
être trop spécifique dans son projet
de loi, considérant que ce n'est pas
la nature d'une loi comme celle-ci puis que ce serait de toute façon beaucoup trop long. Mais j'ai des questions. Puis c'est peut-être
parce que je suis nouveau dans le dossier, mais j'ai entendu beaucoup la
notion de guide, qui serait fourni, donc, aux organismes publics, et j'essaie
de réfléchir à comment, concrètement, ça va s'appliquer.
C'est-à-dire, prenons
le cas des commissions scolaires. Il y a plusieurs dizaines de commissions
scolaires au Québec. Si je comprends bien la ministre,
il y aura des guides qui seront produits pour l'ensemble du secteur, donc
pour toutes les commissions scolaires du Québec. Ou est-ce que ça sera les commissions scolaires, pour rester dans mon exemple, qui produiront
chacun leur guide? Parce que moi, je conçois mal une situation où une demande
d'accommodement serait... une même demande
ou une demande de même... qui se ressemble beaucoup, serait acceptée dans
une école de Montréal mais serait refusée dans une école du Lac-Saint-Jean. Donc, est-ce que ces guides-là vont... Donc, quand on dit un guide par organisme, est-ce que c'est, dans
l'exemple que je donne, un guide par commission
scolaire ou c'est des guides,
pour rester dans mon exemple, pour l'ensemble des commissions scolaires?
Mme Vallée :
Ce que j'ai expliqué tout à l'heure à notre collègue, c'est que chaque
organisme va traiter de la demande qui lui est formulée.
M. Nadeau-Dubois :
Bien sûr.
Mme Vallée :
D'accord. Ça, on s'entend. Mais on a déjà établi qu'on souhaitait, une fois le
projet de loi adopté, travailler en fonction des différents secteurs
pour que les secteurs, par exemple le secteur de l'Éducation, travaillent en
collaboration avec les commissions scolaires, la Fédération des commissions
scolaires, pour établir un guide.
L'objectif, c'était
de ne pas établir en amont un guide sans avoir d'abord consulté les principaux
intéressés et s'assurer de répondre à leurs
besoins. Parce que certaines commissions scolaires, par exemple à Montréal, ont
des besoins ou
ont des réalités bien spécifiques, et peut-être que certaines commissions
scolaires ont déjà élaboré certains outils qui pourraient être mis à contribution ou bonifiés par le dépôt du projet de
loi. Donc, l'objectif, c'est d'établir des guides et des politiques par secteurs qui vont aider les
acteurs, mais c'est aussi, pour y arriver, de consulter les acteurs pour
bien répondre... s'assurer de bien répondre à leurs besoins.
En fait d'exemple, je
n'ai pas de copie papier, mais, je vous dirais, il y a actuellement un guide
plus général préparé par la Commission des droits de la personne et de la
jeunesse. On y a fait référence lors des consultations. C'est un guide qui est d'application générale, qui est vraiment très
large, qui donne une... qui permet d'accompagner un organisme qui fait face à une demande. La ville de
Montréal a aussi un guide sur les demandes d'accommodement, qui pourrait
peut-être inspirer les gens. Et je ne dis pas ça... Encore une fois, ce n'est
pas une énumération exhaustive. L'objectif, ça va être d'en développer, mais ça
peut servir de base.
M. Nadeau-Dubois :
Oui, bien, c'est ça, je comprends, là, l'effort de concertation puis
dire : On ne peut pas développer en
haut lieu des guides puis, après ça, arriver sur le terrain puis ça ne
correspond pas à la réalité. Ça, je comprends la préoccupation, je pense qu'elle est absolument légitime. Mais, pour
revenir à mon exemple... Parce que, là, je comprends, ça va être fait en concertation, pour rester dans
mon exemple, donc, entre les différentes commissions scolaires, mais
est-ce que... Et je comprends qu'il y aura
dans chaque commission scolaire une personne responsable de prendre la
décision finale d'accorder ou non
l'accommodement. Ça, je le conçois très bien. Mais ma question, puis je veux
juste être sûr d'avoir une réponse
précise, c'est que, pour rester dans l'exemple des commissions scolaires, il y
aurait un guide de produit pour l'ensemble des commissions scolaires du
Québec. C'est ce que je comprends.
Mme Vallée :
L'objectif, c'est ça, c'est développer des outils pour l'ensemble des
partenaires, mais, pour y arriver, on
va consulter et pour permettre par la suite à chaque partenaire de traiter les
demandes qui leur sont présentées. Donc, ce n'est pas de dire : Il y aura autant de guides qu'il y a de
commissions scolaires au Québec. Mais c'est d'avoir un guide pour le milieu de l'éducation auquel vont pouvoir
se référer les commissions scolaires. Mais la consultation est
nécessaire parce que les besoins sont
diversifiés. Il y a peut-être des commissions scolaires qui n'ont jamais ou qui
ont eu très peu de demandes d'accommodement, jusqu'à présent, mais qui,
en raison du changement démographique, sont confrontées à des nouvelles réalités et qui auront besoin de développer de nouveaux
outils aussi. Et il existe actuellement... Par exemple, le cégep Édouard-Montpetit a déjà un guide pour
l'étude d'une demande d'accommodement raisonnable pour le motif religion. Alors, il y a des organismes qui
travaillent déjà à élaborer ou qui ont déjà mis en place des guides parce
qu'ils sont au quotidien, dans leur réalité, confrontés à ces demandes-là, puis
il y a d'autres commissions scolaires qui n'ont absolument rien.
M. Nadeau-Dubois :
On s'entend qu'étant donné qu'il y aura un travail de concertation qui va être
fait à l'intérieur de chaque secteur,
c'est possible que ces balises-là, locales, soient appelées à changer, si elles
ont été appliquées dans une institution
donnée et que, là, il y a des nouvelles directives données au niveau de la
commission scolaire, par exemple, ou du réseau des cégeps. Ça pourrait donc faire changer les balises qui sont
déjà appliquées dans chaque institution pour qu'on s'assure que
dorénavant ce soit cohérent.
Parce
que, je reviens sur la préoccupation, bon, qui est celle de ma formation
politique, mais, je pense, qui est celle de beaucoup de gens au Québec, au-delà des divisions, qu'il y ait une
logique puis qu'il y ait une cohérence à l'intérieur, au minimum, là,
c'est vraiment un minimum, de chaque secteur. Donc, pour prendre l'exemple que
vous mentionnez sur le cégep
Édouard-Montpetit, c'est possible qu'à travers le travail de concertation le
cégep Édouard-Montpetit soit appelé à
changer ses règles. Et je ne les connais pas, là, je ne présume pas qu'elles
sont mauvaises. Mais, dans ce travail-là de concertation, il y a une possibilité que ça change, dans un cégep donné,
pour que dorénavant tous les cégeps fonctionnent selon les mêmes règles,
donc qu'un accommodement qui a été accepté au départ ne le soit plus, par
exemple.
Mme Vallée :
Oui, bien, c'est possible que les règles... C'est sûr qu'en fonction du texte
que nous avons... Parce que l'article 10 prévoit quand même des
critères d'analyse qui, actuellement, ne sont pas codifiés. Donc, à partir du moment où on adopte un projet de loi qui vient
établir l'analyse ou les critères d'analyse d'une demande, c'est certain
que, si les guides n'ont pas été élaborés en
fonction de ce projet de loi là, bien, les organismes publics vont devoir
adapter le traitement des demandes à la loi que nous aurons adoptée.
M. Nadeau-Dubois :
Et donc il y a des accommodements qui auraient pu être accordés en fonction des...
enfin, des accommodements qui auraient pu
être accordés ou refusés en fonction des précédentes règles qui pourraient
dorénavant être acceptés ou refusés en fonction des nouvelles règles issues des
nouveaux guides élaborés en concertation.
Mme Vallée :
Effectivement.
M. Nadeau-Dubois :
Parfait.
Mme Vallée :
Parce qu'actuellement c'est... Les tribunaux, la jurisprudence a évolué, la
jurisprudence continue d'évoluer
aussi et a défini certaines normes. Mais c'est certain que les demandes
d'accommodement, actuellement, pour motif
religieux sont traitées cas par cas. Dans certains cas, la demande ne fait pas
l'objet d'une contestation judiciaire, mais,
dans d'autres cas, les demandes sont portées devant les tribunaux, et une
interprétation... Donc, il y a vraiment... C'est sûr que ce projet de
loi là vient changer la donne parce qu'il propose et met en place des critères
d'analyse qui actuellement sont laissés, je dirais, à la discrétion des
organismes publics.
M. Nadeau-Dubois :
Et donc, en fait, ce que j'essaie d'établir ici avec vous ce matin, c'est qu'on
n'est pas dans une logique de cran d'arrêt où, parce qu'une demande
accommodement aurait été adoptée, elle ne pourrait pas être éventuellement
retirée suite à l'élaboration de nouveaux guides. On n'est pas dans cette
situation-là.
Mme Vallée : Non, non.
M. Nadeau-Dubois : Parfait.
Merci.
Le Président (M. Ouellette) :
Bon, le premier tour de roue est fait. Bien, je pense que ça nous situe dans un
premier temps. Est-ce qu'il y a d'autres commentaires sur le premier tour de
roue? Mme la députée de Taschereau.
Mme Maltais :
Oui. M. le Président, ce qui se dégage des conversations qu'on a, je vais les
appeler comme ça, c'est qu'on sent le
besoin d'une cohérence et d'une uniformité. Les organismes sont venus nous voir
aussi pour nous dire : Écoutez,
il faut absolument qu'on ait des balises claires. On en a dans la loi.
Maintenant, tout ça va être réinterprété à travers des guides. Donc, la question, c'est : Est-ce
qu'il y aura... La ministre fait souvent référence au guide de la CDPDJ,
qu'on a vu. Moi, je connais ce guide, je
l'ai cité déjà pendant les audiences. J'y reviendrai. Mais est-ce que c'est la
CDPDJ qui va... La CDPDJ, la Commission des droits de la personne et des
droits de la jeunesse — je
suis tellement habituée à le dire d'une
traite, CDPDJ — est-ce
que c'est la CDPDJ qui va produire le guide initial? Comment on va travailler?
C'est important pour moi pour la suite des choses.
Le Président (M. Ouellette) :
Mme la ministre.
Mme Vallée : En fait,
non. Actuellement, le travail est actuellement mené par le ministère de la
Justice. L'objectif, c'est que le ministère
de la Justice mette en place les travaux de coordination avec les ministères
par secteurs. Alors, c'est l'angle
qui a été pris. Évidemment, comme je l'ai mentionné, on ne pouvait pas... on ne
peut pas amorcer le travail tant et
aussi longtemps qu'on n'a pas de projet de loi pas, parce que ce serait
peut-être un petit peu présomptueux et prématuré,
mais je sais que notre volonté est de travailler en collaboration avec les
ministères donc et d'élaborer. Donc, il s'agirait d'orientations et de politiques qui émaneraient des ministères
conjointement. Par exemple, il pourrait s'agir du ministère de la
Justice et du ministère de l'Éducation qui travailleraient avec les organismes
pour élaborer des guides conformes à leurs
besoins. Même chose, par exemple, pour le milieu municipal. Alors, on a déjà...
puis j'en avais parlé, on a déjà
proposé au milieu municipal de mettre en place un comité auquel pourraient
participer les unions municipales, la FQM,
l'UMQ, les grandes villes, pour travailler en collaboration avec le ministère
des Affaires municipales et le ministère de la Justice à l'élaboration
de ces politiques et de ces guides-là puis à l'élaboration aussi d'une mise en
oeuvre du projet de loi.
Mme Maltais :
Je crois encore qu'il doit y avoir une politique gouvernementale nationale. La
ministre nous dit : Oui, mais mes balises sont dans la loi, c'est
fort.
J'ai aussi,
au fil du temps, développé parfois... développé carrément, pas développé
parfois, j'ai, au fil du temps, développé
une certaine — je vais
le dire comme je le pense — appréhension quant à la vision qu'a la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse
quant aux accommodements raisonnables ou non. D'ailleurs, ce guide, je
l'ai souligné, contient une phrase assez
étonnante pour moi, par exemple, qui dit que, quand on veut... C'est une des
raisons qui fait que je vais vous proposer
quelque chose, là. Comme quoi parfois on pense faire un bon coup en donnant le
blanc-seing à des organisations, mais on
réalise qu'après il y a peut-être des éléments qu'on aurait questionnés. Dans
le guide, dans les exemples
illustrant la discrimination directe, quelqu'un qui fait de la
discrimination : «Refuser de se faire servir par un agent d'État qui porte un signe religieux.» On
considère, je l'avais déjà noté, que c'est... pour la CDPDJ, c'est une
discrimination fondée sur la religion, mais
elle ne considère pas que c'est de la discrimination de refuser de se faire
servir par une femme, par exemple. O.K.? Donc, il y a là-dedans, des
fois, des éléments questionnables.
Je vais faire référence à un moment que j'ai
vécu dans ma carrière politique, où... D'ailleurs, mon collègue le président de cette commission va sûrement avoir
certains sourires. Je vais faire référence à quand nous avons adopté la Loi éliminant le placement syndical et visant
l'amélioration de l'industrie de la construction. Ça a été adopté le
2 décembre 2011, donc, sous un
gouvernement libéral, donc ce n'était pas un gouvernement du PQ, un
gouvernement libéral. Ce n'était pas non plus un gouvernement
minoritaire, c'était un gouvernement majoritaire. Et qu'est-ce qu'on retrouve
comme articles dans cette loi? Suite à
toutes les questions qui étaient posées sur comment va se dérouler maintenant
le placement syndical, le
gouvernement avait accepté ceci. Dans l'article 76, on parle du... «Le
premier règlement du gouvernement pris en
vertu [...] des nouvelles dispositions [...] n'est pas soumis à l'obligation de
publication...» Il n'y avait pas d'obligation de publication. Mais, malgré l'article de cette loi, le premier règlement
pris en application du paragraphe 8.6° du premier alinéa de l'article 123 de la
Loi sur les relations
du travail, la formation professionnelle et la gestion de la main-d'oeuvre
dans l'industrie de la construction — le
titre de la loi — doit toutefois faire l'objet d'une étude par
la commission compétente de
l'Assemblée nationale avant son adoption par le gouvernement. Donc, tout le
monde s'était entendu que le débat ayant été vigoureux, tout le monde avait trouvé un terrain d'entente, puis on
avait dit, bien, que le premier guide, à l'époque le premier règlement,
soit soumis à la commission parlementaire.
Ce qui est assez
étonnant, et là c'est une belle anecdote parce que le président de la
commission actuellement y est intimement mêlé, il était... Quand je suis
devenue ministre du Travail, et je suis la première à avoir déposé ce règlement, donc c'était une idée sous le
gouvernement libéral, mais jamais il n'a été chargé d'appliquer cet
article de
la loi, mon critique,
à l'époque, au Travail était notre actuel président de la Commission des
institutions et il avait fortement insisté
pour que ce règlement vienne devant la commission parlementaire. Eh bien, quand
on avait tenu cette commission parlementaire — je le
vois me sourire — on
s'était tout à fait entendus sur la qualité du règlement, et j'avais même, comme ministre, accepté des modifications à la
suggestion des oppositions. Bien, ce règlement, finalement, qui avait
suscité beaucoup d'encre et de salive, avait
fini par se faire adopter à l'unanimité. Donc, on avait, via cet
article de
loi, rassuré tout le monde, puis tout
le monde s'était entendu sur le final. Puis on était même un gouvernement
minoritaire, ce qui veut dire que, si
l'opposition avait été contre, ils l'auraient rejeté. Mais ça avait été une
opération d'une totale transparence. Bon, il y a eu quelques séances houleuses, au bleu, qui est différent, mais en
commission... J'avais même gagné, de la part des collègues de Lévis, un
dessert. Enfin, c'était une anecdote.
Donc, est-ce qu'on
pourrait se dire que le guide par secteurs serait déposé pour examen, si
nécessaire, à la commission afférente ou
bien à la Commission des institutions? Moi, j'aime mieux la Commission des
institutions, mais ça pourrait être,
par exemple, en santé, à la commission à la santé, ou bien ça vient à la
Commission des institutions. Mais ça, ça
pourrait faire qu'il y ait une discussion, un débat, dans le même ton qu'on a
là, hein, d'ailleurs, on a... Sur ce débat-là, il n'y a pas grand problème puisque, je vous le dis,
ce qu'on est en train d'améliorer, c'est, tel quel, le texte qui était
dans le projet de loi n° 60. On est en train de bonifier, pour moi, ce qui
avait déjà été une première étude, une première approche. Il n'y a
pas de combat politique autour de ça, de notre côté. Est-ce qu'on pourrait se dire, si tout le
monde sent que ça pourrait être intéressant, que, de fait, de ramener le
guide pourrait rassurer les parlementaires? Je pense qu'au lieu de demander que ce soit le gouvernement... Je peux
comprendre que le gouvernement ne veut pas faire une politique
nationale, mais politique par
secteur, c'est compliqué, on va faire du cas par cas. Est-ce que,
tout simplement... Moi, ce qui me rassurerait beaucoup, c'est qu'on inclue dans la loi que le guide sera
déféré à la Commission des
institutions pour examen. Je n'ai pas
dit «pour adoption», j'ai dit «pour examen», contrairement à l'époque où
il fallait que ce soit... Non, c'est une étude avant son adoption
par le gouvernement. Je ferais la même chose, tout simplement pour examen, pour étude. C'est ma proposition. Je réfère à quelque
chose que nous avons déjà vécu qui avait finalement donné de très bons résultats.
Proposition, ici.
Le Président
(M. Ouellette) : Mme la ministre.
Mme Maltais : Comme c'est une proposition inusitée, mais qui
a déjà été utilisée à l'Assemblée
nationale, je ne suis pas sûre...
Je veux vraiment que la ministre y réfléchisse.
Le Président
(M. Ouellette) : Oui.
Mme Vallée :
Oui, bien, en fait, en fait, j'y réfléchis, mais il y a une distinction parce
que je dois dire que la question du placement syndical est un exemple, mais il
y a eu également le règlement d'application du projet de loi n° 35.
Donc, mon prédécesseur, le ministre
St-Arnaud, avait, à l'époque, déposé un projet de loi pour permettre aux
personnes trans de procéder au changement de sexe sans... vraiment c'est...
sans nécessiter d'avoir la chirurgie de réassignation. Mais il y avait
nécessité d'adopter un règlement. Nous avons également, devant la Commission
des institutions, procédé... J'avais déposé un projet de règlement, la Commission
des institutions a procédé à l'étude, ce qui a mené éventuellement à une modification
substantielle du projet de règlement.
Mais
ce qui m'a quand même frappée, dans l'exercice, c'est que parfois, en
souhaitant bien faire, on rend les choses plus complexes. C'est-à-dire que l'étude ou la présentation devant la
commission est toujours tributaire du menu législatif. Et est-ce qu'on ne retarderait pas la mise en
oeuvre du projet de loi si on devait attendre qu'une politique soit étudiée
par les commissions parlementaires? Je pose
la question, mais... Et il y a deux éléments. D'une part, que le processus
réglementaire soit soumis à une certaine
consultation des parlementaires, c'est une chose, parce que le processus
réglementaire prévoit une consultation, une prépublication, donc c'est
différent de l'élaboration de guides et de politiques, qui se font bien souvent...
qui se font sans nécessiter de consultation, donc qui permet des mises en oeuvre plus
rapides, qui permet à un projet de
loi d'atterrir de façon
plus simple. Alors, je ne crois pas qu'il soit de notre intention de reporter
indéfiniment la mise en oeuvre du projet de loi.
Soyons
aussi réalistes, il nous reste... nous avons devant nous deux sessions parlementaires, nous avons devant nous un
échéancier électoral, et les délais... Et là je n'impute aucun, aucun motif à
qui que ce soit, mais, la réalité étant ce qu'elle est, on a parfois de superbes intentions puis on
souhaite en faire beaucoup, mais malheureusement force est de constater qu'on a très peu de temps en commission parlementaire, finalement. Bien qu'on passe bien des heures ici, quand on
regarde le calendrier, on n'a pas le... il
me semble qu'il nous manque de temps pour pouvoir traiter de tout ce qu'on
souhaite traiter.
Puis,
à la Commission des institutions, je suis aussi consciente que c'est une
commission qui est très occupée, très sollicitée non seulement par moi, mais
aussi par d'autres collègues. Je ne voudrais pas que nos bonnes intentions
nous amènent devant une situation où on retarde, en raison du processus, en
raison du calendrier, une mise en oeuvre d'un projet de loi qui est attendu.
Ceci dit...
Mme Maltais :
Attention, M. le Président, je veux juste dire que je ne mets pas l'adoption de
la loi ou la mise en oeuvre de la loi
en question via cette demande. Tout ce que je demande, c'est qu'avant que le
guide devienne approuvé par le gouvernement... la loi, elle va
fonctionner, mais que le guide soit déposé devant la Commission des
institutions, qui pourra, à ce moment-là, l'examiner, par exemple, en séance de
travail. En séance de travail, ça ne dépend plus du gouvernement, ça dépend du président de la commission et des collègues,
c'est beaucoup plus simple, et à ce moment-là les délais se règlent vite. De toute façon, un délai,
ça se met aussi dans un amendement, que je vais déposer bientôt. Donc,
ce n'est pas l'intention de retarder ni la
loi ni le guide. Si on fait ça en séance de travail, c'est réglé. Proposition.
Je cherche un terrain, là.
Mme Vallée :
Écoutez, évidemment, on n'a pas encore le texte qui sera proposé et...
Le Président (M. Ouellette) :
On aura le temps, entre 13 et 15, de le regarder comme il faut.
Mme Vallée : Pas tout le
monde n'a le même temps à sa disposition, là, mais...
Président (M. Ouellette) : Non, non, je suis d'accord, mais il y aura des gens qui pourront se
pencher un peu plus à fond.
Mme Vallée : Mais c'est
un peu... Je comprends. Puis je sais que, lorsqu'on est devant des situations
ou des projets de loi particuliers, parfois on arrive avec des propositions
particulières aussi dans la façon de les aborder. Je reconnais qu'il nous est arrivé et qu'il nous arrive parfois ici, entre
parlementaires, de mettre en place des façons d'analyser, de proposer,
de regarder des enjeux qui ne sont pas habituelles.
Pour ce qui
est des politiques, écoutez, je ne veux pas d'emblée repousser la demande de ma
collègue, je veux juste qu'on
s'assure d'une façon qui sera une façon de travailler qui ne va pas alourdir
une démarche. Parce que, déjà, c'est quand même particulier, il y a déjà
plusieurs ministères d'impliqués dans l'éventuelle mise en oeuvre et il y aura
plusieurs organismes d'impliqués. Donc, déjà, il y a du temps, il y aura du
travail, il y aura de la concertation, de l'écoute, et tout ça, évidemment, en
ayant comme grandes lignes la jurisprudence et la loi que nous aurons adoptée
et fignolée.
Mme Maltais :
M. le Président, si vous permettez, ce que je vais faire, c'est qu'on va
travailler sur l'amendement pour qu'il réponde à l'esprit, puis là on
verra si on trouve un terrain d'entente.
En attendant,
je vais en déposer un autre parce que j'ai entendu la Fédération des médecins
spécialistes nous dire qu'un des problèmes qu'il y avait était que les
gens, parfois, refusaient de se faire servir par des professionnels de la santé en fonction de leur orientation sexuelle. Je
parle bien de l'orientation sexuelle pressentie ou préconçue de la
personne qui donne la prestation de
services, hein? C'était vraiment clair, elle dit : Écoutez, il y a des
gens qui refusent de se faire servir des médecins parce qu'ils
disent : Je n'aime pas son orientation sexuelle. C'était clairement comme
ça que Mme Francoeur a parlé dans les médias. J'ai immédiatement
écrit : Bien, écoutez, à ce moment-là, on proposera un amendement.
Je dépose cet amendement, qui est simple, c'est,
article 10 : Modifier l'amendement en ajoutant, à la fin du
paragraphe 2°, ce qui suit : «et la diversité sexuelle».
Donc, le texte modifié donnerait ceci :
«2° que
l'accommodement demandé respecte le droit à l'égalité entre les femmes et les
hommes et la diversité sexuelle.» Déposé.
Le Président (M. Ouellette) :
Je vais suspendre quelques minutes.
Président (M. Ouellette) : Nous reprenons nos travaux, juste pour vous dire qu'on est présentement sur un sous-amendement déposé par Mme la députée de Taschereau
qui va nécessiter une plus grande consultation de la part des légistes du ministère.
Donc, compte
tenu de l'heure, je vais suspendre nos travaux jusqu'à 15 heures, oui, je
vais suspendre nos travaux jusqu'à 15 heures. On reprend dans cette
salle, ici, à 15 heures, cet après-midi. Bon appétit.
(Suspension de la séance à 12 h 57)
Président (M. Ouellette) : À l'ordre, s'il vous plaît! La Commission
des institutions reprend ses travaux.
Je demande à toutes personnes dans la salle de bien vouloir éteindre la
sonnerie de leurs appareils électroniques.
Je nous rappelle que la commission est réunie
afin de poursuivre l'étude détaillée du projet de loi n° 62, Loi favorisant le respect de la neutralité religieuse
de l'État et visant notamment à encadrer les demandes d'accommodements
religieux dans certains organismes.
Avant la
suspension de nos travaux cet avant-midi, nous en étions à l'étude d'un
sous-amendement déposé par Mme la députée de Taschereau qui visait à
rajouter, au deuxième paragraphe de l'amendement déposé par Mme la ministre, les mots «et la diversité sexuelle», qui
a amené, au cours des dernières heures, des vérifications étendues et
très intenses auprès des légistes. Et je vais donner la parole à Mme la députée
de Taschereau.
Mme Maltais :
Merci, M. le Président. Même si nous avons eu quelques conversations sur
l'heure du dîner afin d'arriver à une
meilleure interprétation possible de l'amendement que je propose ou de son
écriture, je trouvais important que j'énonce un peu les raisons pour lesquelles je
dépose cet amendement, puis après entendre les réactions de la ministre
sur le libellé de cet amendement.
Écoutez, j'ai
écouté avec attention la présidente de la Fédération des médecins spécialistes
du Québec, Mme Diane Francoeur,
qui a donné de nombreuses entrevues, qui réclamait des balises sur les
accommodements dits... ayant pour motif la religion. Évidemment, elle l'a dit en commission parlementaire quand
elle est venue ici en auditions, elle l'a dit aussi en entrevue,
l'égalité entre les hommes et les femmes est un point, parfois, d'achoppement
dans les relations entre les médecins et les personnes qui viennent se faire
traiter parce que les personnes qui viennent de l'extérieur, en grande
majorité, pas seulement et uniquement, mais les personnes qui ont immigré au
Québec ne sont peut-être pas toujours habituées
à cette valeur fondamentale qu'il y a au Québec qui est l'égalité entre les
hommes et les femmes et, là-dessus, l'espèce,
je dirais, de crispation de la société québécoise quand on s'y attaque ou quand
on ne réagit pas correctement à cette notion qui est inscrite dans notre
Charte des droits et libertés. L'égalité entre les hommes et les femmes, c'est
vraiment un élément extrêmement important dans les relations entre Québécois et
Québécoises, c'est majeur.
Alors, dans
la discussion qu'elle avait là-dessus, elle a ajouté : Mais, si vous
saviez comment il y a aussi des gens qui ne comprennent pas toute la
Charte des droits et libertés et qui vont questionner, quand arrive le médecin
ou la femme médecin, ou l'infirmier ou
l'infirmière, vont parfois questionner le fait de devoir être traité par
quelqu'un qui serait peut-être d'une autre orientation sexuelle. J'étais
assez étonnée. Mais évidemment on comprend, encore une fois, qu'ici nous avons une société qui a évolué dans un
sens très libertaire de ce côté-là, très égalitaire, mais que ce n'est
pas tout le monde qui s'y est encore adapté, à cette réalité.
Donc, ce
qu'elle disait, c'est : Pouvez-vous nous aider à donner des balises? Ce
n'est pas seulement l'égalité entre les
hommes et les femmes auquel on fait face, et de façon violente parfois, c'est à
notre diversité sexuelle. Alors, c'est pour
ça que j'essayais d'amener cet élément-là, pour qu'on essaie de donner des
balises aux médecins, aux directions qui ont à vivre ces situations,
directions d'établissement.
Le Président (M. Ouellette) :
Mme la ministre.
Mme Vallée : Oui. Et, M.
le Président, je dois vous dire, et nous avons eu des échanges hors micro, je
pense qu'autour de cette table on est tous...
on a été plusieurs à participer à l'étude du projet de loi que j'ai déposé l'an
dernier, qui visait justement à assurer une
égalité pour les membres issus de la
diversité sexuelle, parce que nous avons introduit à la charte québécoise, à
titre de motif de discrimination, toute distinction faite en lien avec l'identité
de genre et l'expression de genre.
Donc, je comprends très bien. Et même, au Québec, même au sein de la population
québécoise, et on l'a d'ailleurs évalué,
parce que des sondages nous l'ont démontré, il y a encore du progrès à faire.
On a fait du progrès, on a beaucoup cheminé, mais il reste encore du
progrès à faire. Et il y a encore des membres issus de la diversité qui font
l'objet de discrimination encore plus forte
que d'autres membres de la diversité, je pense entre autres aux personnes
trans. Donc, je comprends la
préoccupation d'assurer le respect de la dignité des individus. Puis d'ailleurs
c'est l'objectif qui est visé par l'article 10.2°, c'est-à-dire, de
respecter le droit à l'égalité entre les hommes et les femmes, c'est que la
demande doit respecter, en gros, le principe
de la dignité humaine. On ne doit pas, sur un principe... pour un motif
religieux, indirectement porter atteinte à la dignité humaine d'une
autre personne.
Il est quand
même important de rappeler... puis je le rappelle, puis ça ne vient pas changer
ce dont nous avons discuté hors
micro, mais je pense que c'est tout à fait opportun d'indiquer et de rappeler
que la
Loi sur les services de santé et
les services sociaux, à son
article 6, prévoit que «toute personne a le
droit de choisir le professionnel ou l'établissement duquel elle désire recevoir des services de santé
et des services sociaux». Donc, si moi, en tant que femme, je suis plus
à l'aise d'avoir un médecin femme, je peux faire la demande. Même chose...
Alors, ce principe-là existe. Ce n'est pas une question religieuse, ce n'est
pas en lien avec un motif religieux, c'est un droit qui est prévu par une
disposition législative. Et cette même
disposition législative fait aussi référence à la liberté du professionnel dont
on a discuté hier. Rien dans la présente loi ne limite la liberté d'un
professionnel d'accepter ou non de traiter une personne. Alors, ça, c'est pour
la base.
Maintenant, notre collègue nous avait proposé un
sous-amendement de façon... là, je ne sais pas, il n'a pas été déposé de façon...
Mme Vallée : Il a été
déposé? D'accord.
Le Président (M. Ouellette) :
Il est déposé, on en discute.
Mme Vallée :
Donc, nous a présenté le sous-amendement qui fait référence à la diversité
sexuelle. La diversité sexuelle, elle se décline de bien des façons.
Moi, je vous proposerais, puis j'en ai discuté avec la collègue, qu'on fasse plutôt référence au droit de toute personne
d'être traitée sans discrimination, et donc faire référence au droit de
chacun à la dignité humaine. Le
sous-amendement qui pourrait être présenté par notre collègue, à mon avis,
serait plus inclusif si on faisait
ainsi référence au droit de toute personne d'être traitée sans discrimination,
ce qui inclut l'ensemble des motifs de discrimination
qui sont déjà prévus à la charte. Donc, on ne peut discriminer une personne en
raison de sa grossesse, en raison de
son identité de genre, de son orientation sexuelle, de sa race, de sa langue.
Bref, c'est beaucoup plus englobant.
Je comprends que notre collègue a abordé cette
question-là en lien avec les préoccupations soulevées par Dre Francoeur. En même temps, il pourrait y
avoir d'autres cas d'espèce qui incluent d'autres motifs de
discrimination.
Mme Maltais :
D'accord.
Mme Vallée : Donc, je propose ça puis je le lance pour
discussion avec les collègues. Dans
le fond, l'objectif, c'est qu'il n'y ait pas de discrimination dans notre société
et qu'on ne puisse, sous le prétexte d'une demande d'accommodement,
porter atteinte à l'intégrité d'une personne. Je pense que c'était la préoccupation
de notre collègue.
Le Président
(M. Ouellette) : Mme la députée de Taschereau.
Mme Maltais :
Bien, moi, j'aimerais ça entendre, les collègues, qu'est-ce qu'ils en pensent.
Le Président
(M. Ouellette) : ...député de Borduas puis le député de Gouin.
Mme Maltais :
Étant donné que... Je pense que tout le monde comprend qu'il y a une meilleure
formulation, plus englobante, qui pourrait suivre.
Le Président (M. Ouellette) : Que vous nous avez fait le plaisir de partager
avec nous avant qu'on entre en ondes. M. le député de Borduas.
M. Jolin-Barrette : Oui, merci, M. le Président. Je comprends
l'objectif du sous-amendement, je n'y suis pas opposé. Par contre, sur le nouveau libellé, j'ai une question. Lorsqu'on
dit que l'amendement demandé «respecte le droit à l'égalité entre les femmes et les hommes», ça,
c'est clair. «Ainsi que le droit de toute personne d'être traitée sans discrimination», bien, à la base, la charte
québécoise le prévoit déjà, donc on reproduit ce qui est dans la charte
québécoise, puis vous venez l'insérer dans
l'article 10. Parce que moi, là, supposons, là, que je suis professionnel
de la santé, supposons que je suis
infirmier, supposons que je suis infirmier puis qu'un patient me discrimine ou
vice versa, supposons que je suis un infirmier puis que je discrimine un
patient, bien, la charte s'applique déjà. Donc, mon fondement pour établir un recours, il est déjà là, j'ai été lésé dans mes
droits en vertu de l'article 10 pour un des motifs de discrimination
énoncés à cet article-là, là. Bref, on comprend. Alors, j'ai déjà mon motif, c'est
interdit déjà de me discriminer. Donc, l'article, en soi, il vient juste
réitérer, là.
Le Président
(M. Ouellette) : Oui, Mme la députée de Taschereau.
Mme Maltais :
J'aurais pu me dire la même chose à propos d'ajouter le mot «et diversité sexuelle».
Toutefois, faire une plainte en vertu de la charte, c'est long. Mais, quand tu
es sur place, dans un centre hospitalier, dans un établissement de santé, et que la personne te demande un accommodement
immédiatement, il faut que tu aies quelqu'un dans l'organisation qui dise rapidement si l'accommodement pour motif
religieux va être accordé ou pas. Et c'est à cause de la... Parfois, ce qu'on nous rapporte, c'est qu'il
faut... il y a des fois où la demande arrive puis qu'il y a comme une
réaction immédiate dans le système, il faut qu'il y ait une réaction immédiate
parce que l'accommodement se demande là. Quand
quelqu'un dit : Je ne veux rien savoir de me faire traiter par telle
personne, c'est là que ça se passe. Alors, c'est pour donner des balises claires aux gens dans les organisations, et non
pas pour redoubler ce qui existe déjà, là, qui est dans ce droit de porter plainte en vertu de la
charte, mais c'est pour faciliter la demande d'accommodement pour motif religieux. Vous dites vous-même, cher collègue,
que c'est nouveau, que ça crée une différence. Bien oui, dans le sens
que pas ça, mais le fait d'avoir une case
spéciale pour les accommodements pour motif religieux, c'est vrai, c'est
particulier, mais le problème, c'est que ça se passe sur le terrain, ça va
vite, puis les gens nous ont demandé de l'aide. Ça, ça fait longtemps que c'est
demandé. Alors, c'est pour ça que j'avais tendance à ajouter ça parce que,
spécifiquement sur ce point-là, les gens nous ont demandé de l'aide, de
spécifier ça. Ça vient du milieu.
Le Président
(M. Ouellette) : M. le député de Borduas.
M. Jolin-Barrette : Mais juste valider que c'est l'interprétation de
la ministre. Déjà, actuellement, la charte fait en sorte qu'on ne peut pas discriminer sur cette base-là. Exemple,
supposons que moi, je suis un patient puis, en fonction de mes convictions
religieuses, je suis face à un ou une médecin, supposons pour prendre un cas,
qui est homosexuel, et je dirais : Non, je ne veux pas être traité
par cette personne-là parce qu'elle est homosexuelle, alors déjà, par la
charte, le médecin homosexuel aurait des recours contre le patient pour
discrimination.
Le Président
(M. Ouellette) : Mme la ministre.
Mme Vallée : Tout à
fait. La charte le prévoit déjà,
comme la charte prévoit à son
article 50.1 le respect du droit à l'égalité
entre les femmes et les hommes. On le retrouve au préambule, c'est là, c'est
clair. Je comprends aussi que la volonté de
notre collègue, exprimée par notre collègue, c'est de réitérer... On ne crée
pas du droit nouveau, là, on réitère un principe, mais qui pourra peut-être,
à sa face même, mieux guider ceux et celles à qui on présente une demande et
qui devront répondre à cette demande.
Le Président
(M. Ouellette) : M. le député de Borduas.
M. Jolin-Barrette : Alors,
pratico-pratique, là... Puis je comprends l'objectif, je suis d'accord.
Mme Vallée :
La charte protège déjà, oui.
M. Jolin-Barrette : La charte protège déjà. La députée de Taschereau
nous dit : Bien, c'est pour une application pratique, puis le
répondant qui va être présent sur les lieux va dire : Bien non,
voyez-vous, dans l'article 10 du projet de loi n° 62 c'est prévu
expressément, ce n'est pas un motif pour lequel vous pouvez demander un accommodement
religieux, ça fait que, non, c'est final bâton.
Mme Vallée :
Parce que ça implique une discrimination en lien avec l'orientation sexuelle du
médecin, par exemple.
M. Jolin-Barrette : Encore faut-il que le patient l'exprime et le
verbalise, donc il faut que ce soit très clairement
Mme Vallée :
L'ait exprimé, oui.
M. Jolin-Barrette : Mais, juste là-dessus, là la ministre
nous a cité, dans le fond, l'article 6 de la
loi sur la santé et les
services sociaux, où le patient a toujours la possibilité de choisir son
médecin, alors...
Mme Vallée : Oui. Et ça, ce n'est pas une demande d'accommodement. C'est-à-dire que toute personne qui est dans un établissement de santé peut dire : Moi, je préfère être
examinée par un homme, par une femme, je préfère avoir tel médecin.
C'est certain que le choix du professionnel revient.
Mais
ici on n'est pas là-dedans, on n'est pas dans cet article-là.
Si j'ai bien compris notre collègue de Taschereau, on est dans une demande qui
dit... dans une situation où on dit : Je ne veux pas cette personne-là parce
que, suivant ma religion, je ne peux pas accepter d'être traitée par une
personne qui est homosexuelle, ou qui est trans...
M. Jolin-Barrette :
Ou qui est hétérosexuelle.
Mme Vallée :
...ou peu importe, là, oui, oui, on est...
M. Jolin-Barrette : Je suis d'accord avec la ministre,
je suis d'accord
avec la députée de Taschereau. Par
contre, si on prend l'article 6,
en lien avec l'accommodement religieux, comment est-ce qu'on fait pour faire la
distinction entre les deux? Parce que
c'est ça, toute la question. Parce
que les gens, là, qui vont vouloir
utiliser l'exception religieuse, là, mais ils vont pouvoir utiliser l'article 6.
Mme Vallée :
En effet.
M. Jolin-Barrette :
Concrètement, c'est ce qui va arriver. Parce que, dans le fond, il ne faudrait
pas qu'ils verbalisent. Il ne faudrait pas
dire : En raison de mes convictions religieuses, je ne veux pas que ça soit M. le médecin, ou : En
raison de mes convictions religieuses, je ne veux pas que ça soit Mme la
médecin. Mais, s'il ne l'exprime pas verbalement,
bien là, à ce moment-là, ils vont utiliser l'article 6, puis on va se
retrouver dans la même spirale que Mme Francoeur décrivait.
Mme Vallée : Bien, en fait, l'article 6, ce qu'on
m'explique, c'est... il est plutôt d'application générale. Donc, j'arrive dans un établissement
et je dis : Moi, je préfère être examinée par une femme. Lors d'un examen
annuel, par exemple, on peut nous demander : Est-ce que
vous avez un malaise à être examinée par un homme, par une femme? Ça
arrive fréquemment qu'on se fait poser la question, là, et ça fait partie... Il
y a un tas de raisons qui peuvent amener quelqu'un à avoir un confort avec une
personne du même sexe ou une personne de sexe différent, tout dépend. Mais donc
c'est vraiment une question de dignité humaine. Puis c'est pour respecter ce
principe du respect de la dignité humaine que l'article 6 existe. Puis
c'est important pour moi de le dire parce que, d'entrée de jeu, ce droit-là
existe.
Je comprends, et l'amendement de notre collègue a été formulé dans un contexte où une personne va
demander spécifiquement à avoir un autre spécialiste, un autre médecin en
raison de ses croyances religieuses. Donc, plutôt que d'utiliser l'article 6 et dire : Moi, je préfère être
examiné par une femme ou par un homme, c'est : Moi, je ne veux pas ce médecin-là spécifique parce
que, selon moi... puis là ma collègue
me corrigera si j'ai mal interprété, mais on est dans une situation
où on formule une demande pour avoir un autre médecin ou un autre professionnel
du milieu de la santé en raison de la
qualité personnelle que l'on attribue à cette personne et on dit : Cette
personne-là, je crois, je sais ou je crois, peu importe, qu'elle
est homosexuelle, et mes convictions religieuses ne me permettent pas d'avoir
une relation professionnelle avec
cette personne-là. C'est comme ça que je l'ai compris, là. Et donc la demande
est formulée dans un contexte où on utilise
la religion, où sous le prétexte de l'accommodement pour motif religieux on demande d'exclure un
professionnel en raison de ses qualités personnelles,
en raison de ce que l'on croit ou de ce qu'est la personne, si la personne
s'identifie ou si la personne est une personne... par exemple, une personne
trans et que ça incommode une autre personne.
Alors,
l'objectif, c'est de protéger...
L'article 6 de la loi
sur la santé, c'est pour protéger la dignité humaine du patient. Ici, ce que je comprends dans la proposition d'amendement, c'est aussi pour avoir un équilibre et protéger
la dignité humaine de celui ou celle
que l'on tente de tasser et de remplacer. Est-ce que je me trompe? Parce que,
là, je défends un amendement qui est amené par ma collègue puis je veux
juste m'assurer de...
Mme Maltais : Bien, je veux dire, M. le Président, là, on est dans des demandes d'accommodement pour motif religieux qui sont faites à un organisme, qui sont faites à un
organisme, on n'est pas, effectivement, comme dans un citoyen qui choisit son médecin et tout. On a une demande d'accommodement religieux faite à une organisation, et, dans cette demande d'accommodement,
sur le terrain, de façon pratique, parce que ça existe, il y en a, là, dans
cette demande d'accommodement, il y a un objet discriminatoire. Alors, ou bien on reste
soit sur l'article 6, qui ne règle rien, soit on reste sur la charte elle-même, qui ne règle rien,
ou bien on répond aux demandes des gens de la santé qui nous
disent : S'il vous plaît, amenez-nous un élément dans les balises qui vont
être données... — puis,
moi, les balises, c'est juste là que je les trouve, là, c'est à l'article 10
et 11 — alors,
dans les balises qui vont être données, donnez-nous un élément qui va nous
permettre d'empêcher que la discrimination envers notre personnel qui vit dans
une autre orientation sexuelle... soit
discriminé. C'est ce que j'essaie de faire. On l'élargit un peu. S'il y a
d'autres problèmes, dites-le. C'est clair, pourtant.
Le Président
(M. Ouellette) : M. le député de Borduas.
M. Jolin-Barrette : ...je ne dis pas que ce n'est pas clair, mais je
dis... L'amendement implique autre chose aussi, des situations pratiques. Puis je suis assez
d'accord avec l'amendement de la députée de Taschereau, sur le fait de viser également la
discrimination fondée sur l'orientation sexuelle, mais cet article-là aussi va
fonder la discrimination fondée sur la
grossesse. Exemple, quelqu'un qui se présente à l'urgence, en fait, ne pourrait
pas dire : Je ne veux pas être traitée
par une médecin femme parce qu'elle
est enceinte, ce serait une orientation... ce serait une discrimination
fondée sur la grossesse. Le sous-amendement couvre ça également, couvre tous
les motifs prévus à l'article 10 aussi.
Donc,
c'est déjà couvert par la charte. Mais je suis d'accord avec votre amendement
là-dessus, qu'on doit le baliser. Mais ma question... Ça inclut
l'ensemble des motifs de discrimination prévus, ce n'est pas fondé uniquement
sur l'orientation sexuelle. Par contre, ma question, c'est en lien avec
l'article 6, et ça, parce qu'on est dans le coeur, puis ça touche, bien, votre sous-amendement, Mme la
ministre, ainsi que le sous-amendement de la députée de Taschereau...
Mme Vallée :
Sous-amendement de la députée de Taschereau.
M. Jolin-Barrette :
...sous-amendement de la députée de Taschereau mais l'amendement aussi...
Le Président (M. Ouellette) : Non, non, mais c'est l'amendement de la ministre,
et il y a deux sous-amendements de Mme la députée de Taschereau qui
roulent, là.
Mme Maltais :
...il y en a un qui est sur la table, puis il y en a un qui n'est pas encore sur
la table.
Le Président
(M. Ouellette) : Il y en a un qui est sur la table puis il y en a
un autre qui est latent.
M. Jolin-Barrette :
Bien, moi, je vous parle du latent.
Le Président
(M. Ouellette) : O.K. Bon, bien, le latent, là, il appartient à
la députée de Taschereau.
M. Jolin-Barrette : O.K. L'objectif du sous-amendement de la députée de Taschereau, c'est pouvoir... c'est de permettre de régler sur l'instant du moment où ça
arrive, sur le «fly», comme on dit, que la personne qui est le répondant
à l'hôpital puisse dire : Écoutez, moi, j'ai ma grille d'analyse, là, puis on le
rajoute, puis ce n'est pas permis, dans
le fond, on ne vous accordera pas un accommodement fondé sur des préceptes religieux parce que vous croyez ça puis
c'est interdit vu que c'est fondé sur l'orientation sexuelle de la
personne.
Mais concrètement,
là, supposons qu'il y a deux médecins à l'urgence, un homme et une femme, un
médecin homme, un médecin femme, puis vous avez quelqu'un qui arrive puis, pour
des motifs religieux...
M. Jolin-Barrette : ...oui, c'est ça, grosse urgence, il
arrive, puis la personne dit : Moi, je ne veux pas être vu par la femme médecin. Là, supposons qu'il est minuit le
soir, là. J'imagine que le répondant en accommodement raisonnable de l'hôpital, il ne sera pas là, à moins que l'autorité soit
déléguée, là, mais j'imagine, tu sais, le répondant, ça va être le
P.D.G. de l'hôpital, puis il va le
déléguer à quelqu'un qui travaille à l'intérieur du CSSS... bien, du CIUSSS, ou
du CISSS, ou de l'hôpital, supposons, prenons Honoré-Mercier à Saint-Hyacinthe, là. Ça fait que, là, le répondant
n'est pas là. Comment ils gèrent ça?
Vallée : Il y aura certainement... nos guides vont prévoir ça,
c'est-à-dire que les organismes publics qui offrent des services en continu vont se doter... Parce que les demandes
peuvent survenir tout au long de l'offre de services, ils vont s'assurer d'avoir une personne qui aura
justement, comme vous le mentionnez, l'autorité déléguée pour répondre
aux demandes d'accommodement. Donc, là-dessus, au même titre...
Mme Vallée :
Bien, je dirais que l'accès à l'information, c'est différent, parce que ce
n'est pas le même cas, mais, dans les
cas, justement, des hôpitaux, il doit y avoir la possibilité de traiter
l'accommodement en continu, donc il y aura des aménagements. Et c'est pour ça aussi qu'on
doit pouvoir analyser avec les différents secteurs les besoins
particuliers que va entraîner la mise en
oeuvre puis assurer qu'on réponde... on s'assure d'une mise en oeuvre fluide
dans l'ensemble des secteurs en fonction de leurs réalités.
M. Jolin-Barrette : Alors, ma
question, c'est la suivante : La personne qui fonde son motif sur,
supposons, l'orientation sexuelle de la
personne, comment est-ce que, dans l'hôpital, supposons la nuit, on va faire
pour s'assurer qu'ils ne passent pas par l'article 6 de la
Loi sur
les services de santé et les services sociaux et que ce soit la disposition de l'article 10 du projet de loi n° 62 qui
s'applique? Parce que, dans le fond, c'est une patate chaude, là, dans le fond,
pour le milieu de la santé. Eux, ils vont recevoir ça, puis là, bien...
Mme Vallée :
Mais il y a un autre élément aussi qui est à considérer. Parce que, là, on
s'est attardé à cet élément-là. Donc, suivant... Parce que tout dépend
de la façon dont la demande va être formulée. La demande peut ne pas faire état du tout... Si la demande ne fait pas du tout...
et s'il n'est pas question d'une particularité propre au médecin, disons
à l'orientation sexuelle, bien, on n'est pas
dans ce cas-là, on est dans le cas où on est dans une demande formulée par
une personne, qui dit : Moi, je préfère
être vu par un homme ou une femme. Dans certains cas, ce ne sera pas possible,
ça va être une demande excessive. Et c'est ça, l'accommodement ne doit
pas constituer une demande excessive.
Moi, je me souviens, lorsque Dre Francoeur
a participé à nos consultations, elle nous disait : Dans bien des urgences, il n'y a parfois qu'une seule personne,
un seul médecin de garde, donc, lorsqu'on nous fait une demande de ne
pas voir, par exemple, un homme ou une femme
en raison des convictions religieuses, on ne peut pas y accéder parce
qu'on n'a pas de médecin de garde de disponible. Mais là ce n'est pas
compliqué, on n'entre même pas dans...
Dans le fond,
peut-être qu'actuellement on fait un faux débat, parce que peut-être que la demande
formulée, à sa face même, est aussi une contrainte excessive. Mais elle
constitue... Si on indique spécifiquement qu'on ne veut pas une personne en
raison d'un attribut personnel, ou en raison de son identité de genre, ou en
raison de son orientation sexuelle, là on
porte atteinte à la dignité de la personne parce qu'on laisse
sous-entendre : Ce n'est pas le professionnalisme de cette
personne-là qui me préoccupe, c'est ce qu'elle est ou ce qu'il est
foncièrement.
M. Jolin-Barrette : Mais concrètement,
là, les gens qui vont souhaiter, pour des motifs religieux, avoir un
professionnel de la santé qui est soit homme ou soit femme, en fonction de
leurs convictions religieuses, ils ne le verbaliseront
pas. Vous allez à l'hôpital, vous dites : Bien, moi, en fonction de mes
convictions religieuses, je ne veux pas être traité par un homme ou par une femme, ou... et, si on rajoute les
motifs prévus à la charte et à l'amendement de la collègue de
Taschereau, les gens ne le verbaliseront pas, là.
Mme Vallée : Mais il y a
peut-être...
M. Jolin-Barrette : Et ça va
peut-être arriver qu'il va dire : Aïe! Moi...
Mme Vallée : Bien, il y
en a qui le verbalise pour des motifs religieux. Si on se fie aux témoignages
de Mme Francoeur pour la question hommes-femmes, elle nous l'a dit, que
c'est une réalité.
M. Jolin-Barrette : Mais, à partir du moment où vous l'inscrivez, là,
dans votre projet de loi, là, la conséquence, là, pratico-pratique, là, c'est ce qui va arriver. Dans les différentes
congrégations, ça va être véhiculé, de dire : Bien, vous allez
pouvoir exprimer votre refus en vertu de l'article 6.
Mme Vallée :
Oui, mais, s'ils ne verbalisent pas, c'est parce que, là, ils ne portent pas
atteinte... Dans le fond, en vertu de
l'article 6, c'est : Je préfère être vu par un homme ou par une
femme. Ce n'est pas : Ah ! vous ne correspondez pas, vous, dans votre intégrité, ou dans ce que vous êtes, ou dans ce que vous représentez, vous ne correspondez pas à ce
que je veux. Alors, la préoccupation de
notre collègue de Taschereau et de Mme Francoeur, c'est d'éviter qu'un
médecin, qu'un membre du personnel
soit tassé en raison de qui il est sous non pas... sous le couvert de
l'accommodement pour motif religieux.
Et c'est aussi pour ça que nous avions le respect du droit à l'égalité entre
les femmes et les hommes, il y avait cette question-là qui était
abordée, et puis c'est clair qu'on ne voulait pas qu'une femme médecin puisse
se faire...
M. Jolin-Barrette : Donc, la
question, à la base, c'est qu'à partir du moment où vous rentrez à l'hôpital
puis vous allez faire votre dossier
d'hôpital puis votre carte d'hôpital soleil, c'est là, quand ils passent le
tchik-a-tchik pour la carte-soleil,
c'est-à-dire c'est là que le patient doit divulguer, en vertu de
l'article 6, s'il a des préférences par rapport à un homme ou par rapport à une femme comme médecin
traitant. Dans le fond, ça devrait être institutionnalisé à partir de ce
moment-là, à moins que vous ne soyez en
sang, sur la civière puis que vous ne pouvez pas donner votre
consentement, là, mais...
Mme Vallée : Bien là, il
y a d'autres enjeux aussi d'assurer que la personne...
M. Jolin-Barrette : Je suis d'accord. Mais quelqu'un qui se présente,
là, par ses propres moyens à l'urgence ou qui va voir un médecin dans un cabinet ou quoi que ce soit, dans le fond,
puis qu'il ne connaît... ce n'est pas son médecin traitant habituel, là,
il est en urgence, il ne devrait pas avoir la possibilité de rencontrer le
médecin puis ensuite de déterminer pour le motif énoncé, ça devrait être à la
base au secrétariat qu'il énonce sa préférence.
Mme Vallée :
Oui, mais il y aurait aussi l'article 13 de la loi qui prévoit ce qui
suit, c'est que «le droit aux services de
santé et aux services sociaux et le droit de choisir le professionnel et
l'établissement prévus aux articles 5 et 6, s'exercent en tenant
compte des dispositions législatives et réglementaires relatives à
l'organisation et au fonctionnement de l'établissement
ainsi que des ressources humaines, matérielles et financières dont il dispose».
Donc, si une personne dit : Moi,
je veux être vu par une femme, puis il n'y a pas... — non, je suis habituée à ça — ...si on veut avoir une femme, puis
il n'y a pas de femme de disponible, quelle
est la conséquence? C'est que le patient ne verra pas de médecin. Parce
qu'on a des réalités aussi où il y a des
ressources qui ne sont pas là. Si tu dis : Moi, je veux voir une femme,
puis il n'y a pas de femme, bien, il
va falloir attendre mon tour. Si je veux voir un homme, puis il n'y a pas
d'homme, tu vas attendre ton tour. En vertu de l'article 6, c'est
ce que ça prévoit aussi.
Le Président
(M. Ouellette) : Oui. Non, mais je les laisse compléter, puis je
vais aller à Gouin, là, puis...
Mme Maltais :
C'est parce que c'est mon amendement.
Le Président
(M. Ouellette) : Oui. Non, non, mais je pense que le débat avance
pareil, je pense que le débat avance.
M. Jolin-Barrette :
À la base, là, c'est au niveau du début de la relation, que ça doit s'établir,
dès le départ, pas à partir du moment où
vous rentrez dans la salle de consultation puis là vous voyez le médecin, qu'il
soit homme femme ou qu'il ait une orientation sexuelle...
Mme Vallée :
Je comprends que c'était notre collègue de Montarville qui était ici, mais,
lors des consultations...
Le Président
(M. Ouellette) : Non, non, lors des consultations.
Mme Vallée :
Lors des consultations.
Le Président
(M. Ouellette) : Vous étiez tous les deux là.
M. Jolin-Barrette :
Vous n'avez pas le droit de sous-entendre...
Mme Vallée :
Je ne laisse rien sous-entendre.
M. Jolin-Barrette :
...indirectement ce qu'elle ne peut pas faire directement.
Mme Vallée :
Non, non, non, c'est me prêter des intentions, voyons!
Le Président
(M. Ouellette) : Ça va bien, là.
Mme Vallée :
Non, mais en fait, lors des consultations, Dre Francoeur nous a mentionné
qu'il était arrivé, si je me souviens
bien, que des demandes étaient formulées une fois les patients arrivés dans la
salle de consultation, donc, après avoir passé le triage, après avoir
passé chaque étape, rendu dans la salle de consultation, survenait cet
élément-là. Et il me semble...
M. Jolin-Barrette :
Donc, c'est ce que je vous dis, c'est ce que je vous dis. Dès le moment où il
franchit...
Mme Vallée :
Oui, mais, l'être humain étant imprévisible, parfois il peut survenir des
situations... Mais là je vais laisser ma collègue parler.
Mme Maltais :
M. le Président, là, quand on veut couper les cheveux en quatre, on le fait
comme ça, là. C'était très bien en train de se faire, là.
Chers
collègues, en auditions, il y a des gens qui sont venus nous dire qu'une fois
rendus dans la salle, une fois rendus
dans la salle... Les gens, ils rentrent à l'hôpital, ils ne sont pas là en
train de se demander... ils n'ont pas hâte de remplir le formulaire puis demander... ils ont hâte d'être traités par
un médecin. Puis ils viennent, puis
là, tout à coup, il y a des gens qui résistent au fait d'avoir devant
eux soit un homme soit une femme. Et ça peut même devenir violent, et
c'est difficile comme situation. C'est vraiment ce qu'on a eu, là, des cas de
violence.
Alors là, on ajoute,
c'est pour ça qu'il y a un accommodement demandé, «respecte le droit à
l'égalité entre les femmes et les hommes».
Mais, du moment où on inscrit «entre les femmes et les hommes», ce à quoi le
collègue est d'accord, je le pense... J'ai souvent
entendu qu'il fallait que les accommodements respectent l'égalité entre les
hommes et les femmes de tous les partis politiques ici. Alors, si on accepte
l'égalité entre les hommes et les femmes, quel est le problème à accepter le
reste? Du moment...
qu'on fait actuellement, là, c'est... À l'intérieur du cadre médical actuel, il
y a des gens qui, pour motif religieux, résistent et créent de la pression inutile dans des établissements.
Alors, moi, ce que j'essaie de protéger, c'est les gens qui traitent, les gens qui soignent, et non pas les
gens qui demandent des accommodements religieux pour motif religieux au
mauvais endroit au mauvais moment. Alors, vous embarquez là-dedans ou vous
n'embarquez pas. Mais, le reste, je trouve qu'on s'occupe beaucoup plus,
actuellement, de la joute entre articles de loi plutôt que de se préoccuper des
citoyens et des citoyennes et des gens qui
traitent. Et j'aimerais ça qu'on revienne à aider les gens qui traitent, c'est
ça qu'on essaie de faire actuellement.
M. Jolin-Barrette : M. le
Président, la députée de Taschereau est trop intelligente pour savoir que ce
que j'ai dit, c'est exactement dans le même
sens qu'elle, et elle le sait. Ce que je dis, par exemple, c'est que moi, je
pense à l'application pratique de son
article, parce qu'on a bien beau proposer des concepts, mais concrètement
c'est, à la base, comment la
situation, elle est vécue au départ. Alors, la problématique, elle est lorsque
la personne fait face au médecin.
M. Jolin-Barrette : Bon, bien, c'est exactement ce que je dis. Alors,
si la démarche se fait dès le départ, à l'entrée, bien, vous allez
prévenir tout ce genre de situations là, et c'est ce que le guide devrait
prévoir.
Mme Maltais :
M. le Président, si je comprends bien, la CAQ veut amener un amendement qui
dirait qu'on demande à toute personne... — non, mais, en tout
cas, je peux l'écrire pour vous, mais j'aurais de la misère à le porter — c'est-à-dire qu'on change le modèle du
système sociosanitaire pour que dorénavant on demande d'avance à toute personne qui entre si elle a un motif
religieux raisonnable pour refuser une personne qui nous traite. Non, mais
je vais au bout de votre raisonnement. Vous
avez même quasiment abordé... Je trouve que, par ailleurs, ça va tout à fait
dans le sens de ce que votre collègue a proposé l'autre fois, qui semblait
assez... qui nous a assez surpris et étonnés.
Alors, moi,
je veux savoir : Étant donné ce que vivent et ce que sont venus plaider
les gens de la Fédération des médecins spécialistes, est-ce qu'on se
préoccupe seulement de l'égalité entre les hommes et les femmes, ce sur quoi il y a entente, ou bien si on se préoccupe aussi
des orientations sexuelles, de la diversité sexuelle et d'autres
situations comme racisme, par exemple, les gens
se font refuser d'être traités par un médecin qui soit de couleur. C'est ça,
c'est la question. Là où vous allez,
c'est changer le système pour que, systématiquement, il y ait possibilité de
demande d'accommodement religieux. Je
ne pensais pas que c'était le sens dans lequel votre formation politique allait
nous entraîner.
M. Jolin-Barrette : M. le
Président, vous me permettez, mais...
Le Président (M. Ouellette) :
Bon, là, ça allait bien, là, jusqu'à date. Je vous laisse un autre commentaire,
M. le député de Borduas, parce que M. le député de Gouin veut intervenir aussi.
M. Jolin-Barrette : Oui, très certainement, parce qu'on voit de la
mauvaise foi ici, M. le Président. La députée de Taschereau m'a très bien entendu que j'ai énoncé que les motifs de
discrimination prévus à l'article 10 de la charte étaient les mêmes qui s'appliquaient, et j'ai dit que
j'étais d'accord avec ça. Alors, ce qu'elle prête, encore une fois, à mes
propos... Elle comprend très bien le sens de mes propos, et en plus j'appuie
son amendement. Par contre, où je dis qu'il y a une certaine lacune, c'est que, si on laisse la personne pénétrer dans
la salle de consultation avec le médecin, bien, déjà, vous donnez la possibilité d'invoquer un accommodement religieux,
un motif d'accommodement religieux. Moi, ce que je vous dis : Pour prévenir cette situation-là, pour
éviter que... si jamais un individu veut invoquer des motifs religieux, il
devra le faire dès le départ, au niveau de
l'article 6, si jamais il a une préférence pour un homme ou une femme,
pour éviter que ça soit non verbalisé au moment de rencontrer le
médecin, c'est ce que je vous dis. Et votre recherchiste a l'air d'accord avec
moi.
Le Président (M. Ouellette) :
Bon, je vais... M. le député de Gouin, là, vous trépignez d'impatience pour...
M. Nadeau-Dubois :
Bien oui, en effet. En effet, M. le Président. C'est peut-être moi qui...
peut-être que je ne suis pas assez
partisan, en fait, parce que je ne comprends pas le flou ici, peut-être j'ai un
déficit de partisanerie, parce que, il me semble, je lis l'amendement, j'écoute la députée de Taschereau, j'écoute
la ministre, ça semble très, très clair.
J'essaie de comprendre, en fait, où est-ce qu'on s'en va avec cette discussion qui s'étire et je ne comprends pas. Parce que l'article 6, là, qui permet à
quelqu'un de dire : Je préférerais voir un homme ou une femme, il existe
pour certaines raisons. Je vais donner deux exemples qui ne sont pas des
exemples exceptionnels mais, au contraire, des exemples qui se présentent malheureusement très souvent dans notre société. Des femmes qui, par exemple, viennent d'être
victimes d'une agression sexuelle ou
de violence conjugale qui se présenteraient dans un hôpital,
une clinique, qui diraient : Je préférerais voir une femme, peut-être que ces personnes-là, là, ne voudront pas le
dire, que c'est à cause qu'elles viennent d'être l'objet d'une agression sexuelle, peut-être
que cette personne-là préférera avoir de la réserve puis dire : Bien, je
vous dis juste que je préfère voir
une femme. Donc là, de dire : Il faudrait... Comment on va savoir la
raison pour laquelle les gens demandent, il me semble qu'on essaie de faire rentrer la loi dans la tête du monde...
à moins qu'on propose de faire passer un polygraphe aux gens qui demandent de voir un homme ou une
femme. Il faut admettre que cette disposition-là, elle existe, je pense que c'est issu d'un consensus, et que, là, en amendant
l'article 10, on fait juste réitérer, préciser que, si
cette demande-là est faite en fonction de motifs qui sont
discriminatoires, bien, on donne des balises aux gens sur le terrain pour
refuser.
Donc, soit je manque d'intelligence,
soit je manque de partisanerie, mais sinon il me semble que c'est très, très clair. Donc, moi, je trouve que
c'est un très bon amendement, je trouve qu'on est tous en accord puis je suis
sûr qu'on est capables d'adopter ça puis de continuer l'étude du projet de loi.
Le Président
(M. Ouellette) : Merci, M. le député de Gouin. Est-ce qu'il y a
d'autres commentaires sur le sous-amendement de Mme la députée de Taschereau?
Oui, Mme la députée de Taschereau.
Mme Maltais :
M. le Président, d'abord, avec le consentement de tout le monde, pour qu'on
arrête de parler de l'amendement latent, je le retirerais, puis on irait
avec l'amendement officiel.
Le Président (M. Ouellette) : Il y a consentement? Est-ce que vous voulez lire
l'amendement... Il y a consentement
pour retirer votre sous-amendement, où vous avez ajouté «et la diversité
sexuelle». Et vous allez nous présenter un nouveau sous-amendement, Mme la
députée de Taschereau.
Mme Maltais :
Sous-amendement issu de la collaboration avec la ministre de la Justice et le
ministère. Merci.
Mme Vallée :
Et les équipes.
Mme Maltais :
Et les équipes. C'est pour ça que je disais «et le ministère».
Ajouter
à la fin du paragraphe 2° du premier alinéa de l'article 10 : «ainsi que le droit de toute personne
d'être traitée sans discrimination». Merci, M. le Président.
Le Président
(M. Ouellette) : Je vais suspendre quelques minutes.
(Suspension de la séance à
15 h 53)
Le Président
(M. Ouellette) : On reprend nos travaux. Nous en sommes à un sous-amendement
déposé par Mme la députée de Taschereau sur l'amendement de la ministre à l'article 10, qui aura pour effet de rajouter, à la
fin du deuxième paragraphe, «ainsi que le droit à toute personne d'être
traitée sans discrimination», suite aux discussions que nous avons eues sur le
précédent sous-amendement de Mme la députée de Taschereau, qui a été retiré.
Donc, Mme la députée de Taschereau.
Mme Maltais :
Oui, je pense que c'est simple, on l'a dit tout à l'heure. J'ai enlevé
«diversité sexuelle», puis on dit
maintenant : «ainsi que le droit à toute personne d'être traitée sans
discrimination». Les débats ont déjà eu lieu. Si d'autres gens veulent rajouter quelque chose... Je comprends que tout le
monde à peu près est d'accord avec l'amendement. Maintenant, évidemment,
on va attendre s'il y a d'autres commentaires.
Le Président (M. Ouellette) : Est-ce qu'il y a d'autres commentaires sur
l'amendement? M. le député de Borduas? M. le député de Gouin?
Est-ce que
l'amendement déposé par Mme la députée de Taschereau est adopté?
Le Président
(M. Ouellette) : Il est adopté.
Mme Maltais :
Le sous-amendement.
Le Président
(M. Ouellette) : Oui, le sous-amendement de Mme la députée de Taschereau
est adopté.
Donc,
nous reprenons la discussion sur l'amendement de Mme la ministre. Est-ce qu'il
y a d'autres commentaires? M. le député de Borduas.
M. Jolin-Barrette :
Sur l'article...
Le Président
(M. Ouellette) : On est sur l'amendement de Mme la ministre à
l'article 10.
M. Jolin-Barrette : Au paragraphe 4° de l'amendement de
l'article 10, un des critères, c'est relativement aux coûts qui s'y rattachent. L'analyse des coûts qui se
rattachent à une demande d'amendement, comment est-ce qu'on... c'est
quoi, les critères d'appréciation pour ça?
Le Président
(M. Ouellette) : Mme la ministre.
Mme Vallée :
En fait, l'analyse des coûts, évidemment, est en lien avec ce qu'apporte
l'amendement. Je vous dirais qu'au niveau des limites quant aux ressources
financières on va regarder est-ce qu'il y a un coût réel pour l'accommodement qui est demandé, est-ce qu'il
existe des sources extérieures de financement, des prêts, des
subventions, des crédits d'impôt, des
déductions fiscales, des contributions de la personne victime de
discrimination, est-ce que... la nature
de l'entreprise ou de l'institution, la taille, la composition de la
main-d'oeuvre, la structure organisationnelle, la structure de production, la nature privée ou
publique de l'entreprise doit être considérée, est-ce que le budget
d'opération total de l'entreprise... quel est le budget total de l'opération,
la santé financière, la conjoncture économique.
Donc, ce sont
des critères de nature objective qui sont évalués pour déterminer... Parce que
ce n'est pas toutes les demandes
d'accommodement qui vont nécessairement amener un coût supplémentaire, mais la
question du coût supplémentaire, elle
est considérée pour déterminer si l'accommodement se situe dans les limites de
ce qui est raisonnable, c'est-à-dire qui ne constitue pas une contrainte
excessive pour l'organisme à qui il est formulé. Et, oui, ça, évidemment, je vous dirais que ça découle... ces
critères-là, là, découlent de la jurisprudence, qui a évolué au fil des
années. Et les exemples que je vous ai donnés sont des exemples que l'on peut
retrouver dans certaines décisions.
Le Président (M. Ouellette) :
M. le député de Borduas.
M. Jolin-Barrette : Donc, si c'est un petit organisme, on va évaluer
sa capacité de payer puis l'impact sur son budget total de cette
mesure-là?
Mme Vallée :
Bien, ça fait
partie des éléments qui sont considérés. Puis il y a également un
traité sur l'obligation d'accommodement
qui a été écrit par le juge... maintenant juge Christian Brunelle, donc, qui
avait recensé la jurisprudence en la matière.
M. Jolin-Barrette : Est-ce que la multiplication des demandes
d'accommodement religieuses va constituer un critère? Supposons, pour un
petit organisme, là, supposons il reçoit une demande d'accommodement
religieuse, une demande d'accommodement, ce
n'est pas la fin du monde, mais, s'il y a multiplication des demandes
d'accommodement, pour l'organisme, ça
devient difficile. Mais là le premier qui est passé, c'était correct, tu sais,
ce n'était pas si pire que ça. Si on est rendu à la 10e, la
15e demande d'accommodement, comment c'est traité, ça?
Mme Vallée :
Bien, l'impact de la demande d'accommodement sur le bon fonctionnement aussi de
l'organisme, de l'entreprise est évalué.
Donc, effectivement, le nombre va être considéré, le nombre de demandes versus
le nombre de personnes dans l'unité, par exemple, dans l'entreprise en
question. On va vérifier est-ce que ça a un effet sur la productivité de l'entreprise, la capacité de
l'organisme, de l'entreprise à poursuivre sa mission. C'est certain que ça,
c'est un élément dont on tient compte.
Puis, petit
élément d'information, actuellement, au Québec, il y a 13 fois moins de
demandes d'accommodement fondé sur un
motif religieux que, par exemple, pour un motif de handicap. Donc, en général,
on parle... Là, on se concentre sur
les demandes d'accommodement religieux, mais, dans la réalité, les demandes d'accommodement religieux sont de loin inférieures au nombre de demandes d'accommodement
pour d'autres motifs, handicap... ou même, à la limite, dans certains cas, la grossesse, parce qu'on sait qu'une fois
enceinte un membre du personnel, un membre de l'équipe peut demander un
accommodement, d'être affecté à d'autres tâches pour ne pas nuire à sa
grossesse.
Donc, je vous
dirais que, les demandes d'accommodement, je ne nie pas leur existence, bien au
contraire, mais je veux juste qu'on relativise aussi le tout. Il y a beaucoup
moins de demandes pour motif religieux que pour d'autres motifs qui sont prévus
par l'article 10 de la charte.
M. Jolin-Barrette : O.K. Mais, s'il y a une série de demandes
d'accommodement religieux, une demande qui aurait pu être accordée à la base, et là on se retrouve dans, supposons,
une petite entité, les demandes subséquentes, si elles constituent une
contrainte à cause des autres demandes, bien là on ne pourra pas les accorder.
Mme Vallée : C'est ça.
Comme je mentionnais, c'est l'impact de ces demandes-là sur la productivité de l'entreprise ou de l'organisme en fonction de sa
taille puis du nombre d'employés et de sa mission. Parce qu'ultimement il
faut que l'entreprise ou l'organisme puisse faire et réaliser la mission qui
est la sienne.
M. Jolin-Barrette : Donc, le premier est correct, mais pas nécessairement les autres. Parce que c'est ça, dans le fond, il y en a un qui va pouvoir exercer ses...
Mme Vallée : Pas nécessairement
le premier non plus, parce qu'il faudra voir au fil du temps si on peut
maintenir cette demande-là en raison, justement, du volume.
M. Jolin-Barrette : Donc, ça bouge dans le temps. Dans le fond, un
accommodement religieux qui serait accordé le jour 1 pourrait être
révoqué six mois après.
Mme Vallée :
Tout dépend de la nature de l'accommodement, évidemment, parce que c'est du cas
par cas. Mais il faudra... Le critère, l'évaluation du caractère
raisonnable n'est pas seulement en fonction de la personne qui en fait la
demande, mais aussi du fardeau qui en résulte pour l'entreprise qui accepte
d'accommoder la personne.
M. Jolin-Barrette :
Ça veut dire que c'est mouvant, ça bouge.
Mme Vallée :
Oui, c'est vivant, ça évolue.
M. Jolin-Barrette : Supposons que vous êtes dans une entreprise où,
je ne sais pas, moi, je suis chrétien, puis le dimanche je ne veux pas travailler, puis je vais à l'église le dimanche,
alors je dirais : Pour des préceptes religieux, je ne peux pas aller travailler le dimanche. Ça va au
départ parce qu'il y avait assez de