Health and Social Services — 24 October 2013 (40th Legislature, 1st Session)
CSSS 2013-10-24
Quebec — Committees
L'association
regroupe 21 établissements du réseau de la santé et services sociaux, répartis en 105 points de service sur l'ensemble du territoire
québécois. Les centres de réadaptation en déficience physique, communément
appelés CRDP, offrent des services spécialisés
et surspécialisés d'adaptation, de réadaptation et d'intégration sociale aux
personnes ayant une déficience physique. Quelque
6 800 professionnels y
travaillent en équipes multidisciplinaires afin d'aider les personnes handicapées à retrouver leur autonomie
et une qualité de vie optimale. Quelque 77 000 personnes de tous
âges ayant une incapacité significative et persistante attribuable à une
déficience auditive, du langage, motrice ou visuelle y reçoivent des services
annuellement.
D'entrée de jeu, l'association accueille
positivement le contenu du livre blanc. Le virage annoncé dans ce document
s'appuie sur la volonté de tous de demeurer dans leur communauté et d'y
maintenir une vie active tout en recevant des services adaptés à leurs besoins
là où ils ont fait le choix de vivre.
Le présent
mémoire expose les préoccupations et recommandations de l'association afin de
contribuer à la réflexion à laquelle
nous sommes conviés ainsi que de s'assurer de la prise en compte des réalités
propres aux personnes présentant une
déficience physique. Conséquemment, l'association a identifié cinq enjeux, pour
lesquels 15 recommandations sont formulées. Il s'agit de la portée
de la couverture de l'assurance, de la continuité des services, de l'outil d'évaluation,
du financement et de l'implantation. Aux fins de la présente allocution, seulement
quelques recommandations sont reprises, alors que le mémoire dans son entièreté
est disponible sur le site Web de l'association.
Consciente que le livre blanc propose tout d'abord
des mesures pour répondre aux besoins grandissants liés au vieillissement rapide de la population québécoise,
l'association ne peut que saluer la volonté du gouvernement d'y inclure l'ensemble
des personnes nécessitant des besoins de soutien à long terme,
incluant les adultes ayant une déficience physique. L'association appuie
également la proposition d'inclure dans l'assurance autonomie l'ensemble des
services de soutien à domicile, et ce, peu importe le lieu de résidence de la
personne.
Par ailleurs,
l'association est en accord avec la décision de ne pas inclure les services
spécialisés de réadaptation. Les services spécialisés de réadaptation
offerts par les CRDP s'inscrivent au sein de continuums de services, ils
peuvent être concomitants ou séquentiels aux services offerts par les CSSS.
Pour les adultes et aînés ayant une déficience
physique, les services spécialisés de réadaptation peuvent faire la différence
et leur permettre de conserver une autonomie suffisante pour rester à
domicile et ainsi contribuer à retarder, voire éviter un hébergement en
institution. Si ces interventions sont offertes en temps
opportun à la personne le requérant, elles peuvent permettre de réduire ses besoins de soutien à domicile. En effet, visant la
réduction et la compensation des incapacités, les services spécialisés
de réadaptation ont un impact direct sur la nature et la quantité du besoin en
services de soutien à domicile, engendrant ainsi des économies importantes sur
les montants d'allocation accordés par une éventuelle assurance autonomie.
Toutefois,
l'accès aux services, pour les CRDP, est actuellement loin d'être optimal,
plusieurs milliers de personnes de
tous âges sont en attente d'un premier service. Au 31 mars, on en
recensait 6 840, dont 4 249 adultes et aînés. Il est donc fort possible que l'accès limité aux services
spécialisés de réadaptation produise une forme de goulot d'étranglement,
causant des bris de continuité et une perte
d'efficience de l'assurance autonomie en raison d'allocations indûment
élevées, faute d'avoir bénéficié des services des CRDP en temps opportun.
En ce sens, l'association recommande que
des solutions réalistes favorisant l'accessibilité aux services spécialisés de réadaptation
en CRDP soient identifiées et appliquées afin d'assurer une continuité de
services optimale pour les personnes ayant une déficience physique, et ce, dans
un souci d'efficacité réseau d'optimisation des retombées de l'implantation de
l'assurance autonomie.
Par ailleurs, l'association souscrit à la
décision du ministre de proposer l'utilisation d'un outil unique et standardisé pour déterminer les besoins de soutien
à domicile. Plusieurs avantages en découlent, notamment
en ce qui a trait à l'équité
entre les citoyens demeurant dans différentes régions.
Toutefois, certaines préoccupations demeurent
quant à l'utilisation de l'Outil d'évaluation multiclientèle, du Système
de mesure à l'autonomie fonctionnelle et des profils ISO-SMAF, notamment
en ce qui a trait à leur sensibilité aux besoins des personnes ayant une
déficience physique. En effet, l'OEMC et le SMAF, dans leur forme actuelle,
sont construits pour mesurer les incapacités
fonctionnelles et répondent peu, voire pas à la dimension de la participation sociale des personnes
évaluées, importante pour tout citoyen désirant être actif dans sa communauté.
Ainsi, l'association s'inscrit en partenaire et
recommande qu'une démarche formelle de validation de la sensibilité de
ces outils à évaluer autant les besoins de soutien à domicile et de maintien à
l'autonomie que les besoins reliés à l'accomplissement
des rôles sociaux soit réalisée. L'association recommande aussi que des travaux
soient réalisés afin de s'assurer que
l'allocation consentie permette de répondre aux besoins de soutien à
l'autonomie et à la participation sociale des personnes, incluant celles
ayant une déficience physique.
Le livre blanc propose d'inclure dans l'assurance
autonomie les aides techniques et les aménagements de domicile. L'attribution d'aides techniques de même que les démarches
entourant l'adaptation du domicile s'inscrivent effectivement dans un
processus de maintien de la personne dans son milieu de vie. Cependant, il
existe différents programmes d'aides techniques
visant à compenser les incapacités d'une personne, dont les aides techniques
réglementées par la Régie de l'assurance maladie du Québec.
Présentement,
les CRDP du Québec sont mandatés pour offrir des services d'aide technique
reliés à la mobilité, à la posture, à
la locomotion, à l'audition et à la vision. Le fonctionnement actuel n'apparaît
d'aucune façon interférer avec le maintien à domicile des personnes
requérant ces services. Au contraire, la concentration de l'attribution des ces
aides contribue à rendre disponibles des
aides de qualité à des coûts avantageux pour le réseau public et selon des
modalités performantes. Ainsi, l'association
recommande que ne soient pas couvertes par l'assurance autonomie les aides
techniques de suppléance à l'audition,
reliées à la mobilité, à la posture et à la locomotion et les aides visuelles
qui sont actuellement régies et
réglementées par la RAMQ et pour lesquelles les CRDP ont été conventionnés pour
en faire l'évaluation et la contribution…
et l'attribution. Par contre, l'association est d'avis que le programme d'aide
matérielle et petits équipements d'aide
à la vie quotidienne et domestique et le programme d'adaptation domiciliaire
gagneraient à être intégrés dans le processus
d'assurance autonomie, puisqu'actuellement les délais souvent très longs pour
obtenir ces services deviennent un frein au soutien à l'autonomie des
personnes.
Le Québec
aura du mal à faire face à la demande accrue que le vieillissement de sa
population exercera au cours des prochaines années sur ses dépenses de
santé, notamment de soins et de services de longue durée. Le livre blanc propose la création d'une assurance autonomie et
la constitution d'une caisse autonomie pour en assurer le
fonctionnement.
Le financement
de l'assurance autonomie s'effectue, selon le livre blanc, en deux temps. Pour
les quatre premières années, le cadre financier actuel est utilisé. Or,
l'organisation courante des services fait en sorte que certains budgets ne sont pas toujours distingués selon les
programmes-services comme ils devraient l'être. Par exemple, dans
plusieurs régions, les lits des unités fonctionnelles de réadaptation intensive
pour les personnes ayant une déficience motrice ne se retrouvent pas toujours
en CRDP, et leurs dépenses ne sont pas nécessairement imparties au programme de
la déficience physique.
Aussi, les
550 millions du programme-service en déficience physique inclus dans
l'ensemble des dépenses actuelles en longue durée, selon le livre blanc,
correspondent, pour l'association, aux dépenses des services de première ligne et à celles de deuxième ligne. Conséquemment, le
financement rapatrié dans la caisse d'assurance autonomie devra provenir
exclusivement des budgets des programmes-services concernés, octroyés aux CSSS
ou CHSLD, en excluant ceux utilisés pour les URFI en déficience physique, qu'elles
soient ou non gérées par un CRDP.
Pour le
financement à long terme et afin de s'assurer d'avoir les moyens de nos
ambitions, l'association soutient que
des travaux doivent être dès maintenant enclenchés pour identifier des mesures
de financement, de façon à pérenniser la caisse d'assurance autonomie et
s'assurer d'une plus grande équité intergénérationnelle.
L'implantation de l'assurance autonomie
représente, pour le réseau de la santé et services sociaux, un défi de taille, il importe de bien préparer chacune des
étapes de ce grand virage. Étant donné les défis opérationnels
importants pour garantir une implantation
réussie de l'assurance autonomie, l'association recommande qu'une étape de
planification soit réalisée préalablement à
l'implantation de l'assurance autonomie afin de poser les jalons nécessaires à
sa réussite, qu'il s'agisse de budgétisation, de mécanique budgétaire
des allocations, de la sensibilité des outils d'évaluation et de leur adéquation avec les
montants d'allocation, d'ententes de collaboration ou de service entre les
différents partenaires, incluant les
CRDP. Aussi, étant donné les responsabilités confiées aux CSSS en matière de
surveillance de la qualité des services rendus, l'association recommande que des mesures concrètes soient
prévues pour soutenir les CSSS afin qu'ils puissent assumer cette responsabilité et aussi pouvoir
prendre en compte les besoins particuliers des personnes ayant une
déficience physique.
Par ailleurs, l'association croit que l'implantation
progressive d'une telle mesure...
Le Président (M. Bergman) :
En conclusion, s'il vous plaît. En conclusion, s'il vous plaît.
M. Malo (Luc M.) : Il me reste une
demi-page.
Le Président (M. Bergman) :
Ça va.
M. Malo
(Luc M.) : Par ailleurs,
l'association croit que l'implantation progressive d'une telle mesure selon
le critère d'âge et le type de clientèle,
tel que proposé dans le livre blanc, est susceptible d'introduire une notion
d'iniquité entre les citoyens québécois
pendant la période de transition et ouvre la porte à de nombreuses
interprétations selon les régions et les intervenants. L'association recommande
donc que l'implantation progressive ne se fasse pas selon une approche par âge
ni par programmes mais plutôt par types de service ou volets de service
distincts.
En terminant,
l'association croit fermement que les adultes et aînés présentant une
déficience physique ont tout à gagner
à la mise en place d'une assurance autonomie. Elle réitère sa conviction que la
création d'une assurance autonomie et
la constitution d'une caisse d'autonomie sont pertinentes et appropriées au
contexte québécois. Les recommandations qui vous sont présentées mettent en lumière les particularités des personnes
présentant une déficience physique, autant par rapport à leurs besoins et attentes qu'à l'intensité et à la qualité des
services requises pour leur assurer le soutien dont elles ont besoin pour développer ou conserver leur
autonomie et accomplir leurs rôles sociaux. Nous demeurons disponibles
pour répondre à vos questions.
Président (M. Bergman) : Merci, M. Malo, pour votre
présentation. Maintenant, pour le bloc du gouvernement, M. le ministre.
Hébert : Merci
beaucoup, M. Malo, Anne Lauzon et M. Harvey. Je suis très heureux de
vous accueillir. Lorsque je suis arrivé en
poste et qu'on a commencé à discuter assurance autonomie, j'ai eu l'agréable
surprise d'entendre les associations
d'établissements, les organisations également que nous entendrons un peu plus
tard, de personnes avec des déficiences physiques ou intellectuelles,
répondre présent. Nous voulons faire
partie de l'assurance autonomie. Et ça, ça va permettre au Québec d'éviter des problèmes
que vivent plusieurs pays qui ont deux systèmes séparés, un pour les
personnes avec des handicaps plus jeunes et un autre avec les personnes âgées,
la France étant un de ces exemples où l'équité
entre les deux systèmes est difficile à maintenir et, deuxièmement, surtout les
transitions entre un système et l'autre sont extrêmement difficiles. Alors, je pense que c'est une excellente
nouvelle de voir l'ouverture de vos établissements à la mise en place d'une
assurance autonomie pour tous les âges.
Je note votre
désir d'inclure la participation sociale dans le plan de services. Évidemment,
dans le plan de services, je pense que ça va de soi, il faut améliorer l'Outil
d'évaluation multiclientèle dans cet aspect-là, et je note votre offre de
collaboration à cet égard.
J'irais sur l'admissibilité, où vous nous
suggérez de baisser l'âge d'admissibilité à 16 ans plutôt que, par exemple, à 21 ans, après le parcours
scolaire, après le départ du foyer familial. J'aimerais ça vous entendre sur
cet âge charnière où on passerait à l'assurance autonomie.
Le Président (M. Bergman) :
M. Malo. Mme Lauzon.
Mme Lauzon
(Anne) : Oui. Merci, M. le
ministre. En fait, c'est que, d'ores et déjà, entre les centres de
réadaptation qui ont une mission pour les enfants et ceux qui ont une mission
pour les adultes… ou quand c'est le même
centre de réadaptation, quand les jeunes ont 16 ans on se pose déjà la
question, à savoir : Est-ce qu'ils ont plus un profil de besoins de
jeune adulte ou plus des profils de besoins des enfants? Et, selon le cas, par
exemple à Montréal, l'enfant peut être
transféré de Marie Enfant au Centre de réadaptation Lucie-Bruneau, s'il a un
profil davantage… qui correspond aux habitudes de vie, disons, d'un
jeune adulte, par rapport à, s'il a plus un profil enfant, il peut rester à
Marie Enfant. Donc, de 16 à 18 ans, on fait déjà cette analyse-là. Et on n'y
va vraiment pas en fonction de l'âge mais en fonction du profil de besoins et
de la nature des services que la personne aurait besoin.
Le Président (M. Bergman) :
M. le ministre.
Hébert : Donc, si
je comprends bien, votre suggestion serait de ne pas mettre un âge d'admissibilité
mais plutôt d'y aller sur la nature des besoins.
Mme Lauzon (Anne) : Oui, à partir de
Le Président (M. Bergman) :
Mme Lauzon.
Lauzon (Anne) : Pardon. À
partir de 16 ans, pas avant 16 ans, évidemment, là, mais à partir du
moment où la question peut se poser, effectivement.
Hébert :
Donc, dépendamment du profil des besoins de l'adolescent ou du jeune adulte, on
pourrait même envisager un passage à l'assurance autonomie à 21 ans
pour des jeunes adultes qui continuent à aller à l'université et qui continuent
à être sous la responsabilité parentale.
Le Président (M. Bergman) :
Mme Lauzon.
Mme Lauzon (Anne) : Oui. Bien, en
fait, le profil des besoins pour la transition, pour nous, nous apparaît un
meilleur critère que l'âge.
Le Président (M. Bergman) :
M. le ministre
Hébert :
C'est bien noté. Au niveau de la couverture des aides techniques et des
aménagements domiciliaires, vous nous proposez, là, une façon de
partager le monde entre la Régie de l'assurance maladie et le programme… l'assurance autonomie. Vous nous suggérez de mettre
les aides matérielles et les petits équipements à la vie quotidienne de même que les aménagements domiciliaires sous
l'assurance autonomie, alors que les autres aides techniques resteraient
des programmes séparés de la Régie de l'assurance maladie du Québec.
Outre les ententes de service que vous avez, est-ce
qu'il y a d'autres justifications à un tel partage de ces aides techniques?
Le Président (M. Bergman) :
M. Harvey.
M. Harvey
(Régis) : Il est clair, pour
nous, que les aides techniques qui sont sous la responsabilité des CRDP
sont des… un service spécialisé qui permet à la personne qui en a besoin de
recouvrer son plein potentiel, et c'est par la suite qu'on pourra regarder pour
voir sa capacité de demeurer à domicile et qu'est-ce qu'il a besoin pour
demeurer à domicile. Donc, pour toute la
partie d'accompagnement que le client a besoin de l'ensemble
des professionnels, qu'il faut
lui fournir pour lui permettre de bien
intégrer sa nouvelle modalité de déplacement ou autres, on pense que ce
service-là est clairement un service spécialisé qui devrait demeurer sous
la responsabilité des CRDP, pour
lequel le système fonctionne à merveille, fonctionne très bien. Et donc,
à partir de ce moment-là, il est clair que les CSSS conservent dans leur panoplie des aides relativement peu complexes et
qui aident, celles-là, vraiment pour le soutien à domicile, mais la
première
partie qui est sous les CRDP, pour nous, est un service spécialisé qui
devrait demeurer comme tel.
Le Président (M. Bergman) :
M. le ministre.
Hébert :
O.K. Donc, votre raisonnement, c'est au niveau vraiment des services de
réadaptation spécialisés. Lorsque ça entre dans un service de
réadaptation spécialisé, comme les autres interventions thérapeutiques, ils ne sont pas sous le coup de l'assurance autonomie,
mais ils sont sous le coup des CSSS ou des centres de réadaptation. C'est
ce que… C'est votre raisonnement?
M. Harvey (Régis) : Oui.
Une voix : …complément.
Le Président (M. Bergman) :
Mme Lauzon.
Mme Lauzon (Anne) : Oui, merci. J'ajouterais
effectivement qu'étant donné que les aides techniques font
partie du processus
de réadaptation elles peuvent faire une différence sur l'allocation qui serait
donnée, parce que la personne serait plus autonome, ses incapacités ayant été
compensées. Ça, c'est un élément fondamental.
Mais l'autre
élément, c'est qu'avec la RAMQ on n'a pas de frein à l'utilisation. Donc, il
n'y a personne qui est privé, par
exemple, de son fauteuil roulant parce qu'on n'a plus d'argent, parce qu'on est
au mois de novembre, ou parce que le service n'est pas disponible. Et c'est
déjà un financement à l'activité un peu, dans le fond, basé sur l'assurance autonomie, ce qui fait que l'assurance n'aurait
pas une valeur ajoutée dans ces programmes-là, ce qui n'est pas le cas
pour les petites aides ou pour l'adaptation de domicile.
Le Président (M. Bergman) :
M. le ministre.
Hébert : Je
comprends très bien. Merci.
Au niveau… À
la recommandation 9, vous soutenez la création d'une caisse d'assurance
autonomie pour protéger les montants
d'argent et que ça ne serve pas à autre chose. Par contre, vous nous
dites : Dans le contour financier, il faut faire bien attention.
On est en
train de réaliser des travaux sur le contour financier. J'aimerais que vous
nous disiez, là, vos motivations à soutenir la création d'une caisse
spécifique à l'assurance autonomie.
Président (M. Bergman) : M. Malo.
M. Malo (Luc
M.) : Alors, voici. Quand on regarde la courbe d'âge au Québec, quand
on regarde également l'accroissement des dépenses en santé au Québec, on a l'impression
qu'on s'en va sur un mur et qu'il va y avoir des problèmes sérieux pour donner des services à ceux qui le requièrent.
C'est pourquoi on souscrit, au fond, à une caisse d'autonomie, qui va
permettre d'éviter ce mur pour ces personnes qui requièrent des services.
L'assurance
autonomie propose une nouvelle façon de faire, qu'il y ait un caractère
universel, une plus grande accessibilité. On pense que ça va réduire les
iniquités importantes qui existent aujourd'hui entre les régions et les personnes. On introduit un financement à
l'activité axé sur l'usager, ses besoins et les services qui lui seront rendus
et non pas sur des modalités de financement
historiques. Il y a d'autres raisons, mais, quand ce ne seraient que ces
trois-là, on pense que c'est une bonne chose.
Le Président (M.
Bergman) : M. le ministre.
Hébert :
Merci beaucoup. Au niveau de la contribution de l'usager, vous êtes d'accord
avec le fait qu'on ait une contribution
équivalente au prix du marché pour le gîte et le couvert en CHSLD. Je vous
entends bien, mais c'est un changement
important de la situation actuelle, parce que, comme vous le savez, la
contribution de l'usager, actuellement, ne couvre pas vraiment le gîte et le couvert, même n'en couvre même pas la
moitié. Alors, c'est une proposition, je dirais, audacieuse que vous nous faites là. Je veux bien que les usagers qui
n'en ont pas les moyens en soient exemptés, mais vous comprenez que c'est
une proposition qui pourrait susciter des débats.
Le Président (M.
Bergman) : M. Malo.
M. Malo (Luc M.) : Nous sommes tout à fait d'accord avec vous que c'est litigieux. Par
contre, si on veut que la caisse
d'autonomie fonctionne, il faut qu'il y ait une source de financement, parce
qu'on n'y arrivera pas. Et tout va être dans la manière et les choix qui
vont être faits par rapport à ça.
On n'est pas des experts en financement, nous, et
il va falloir laisser à des experts le soin de déterminer… J'ai
contribué activement à implanter l'assurance médicaments avec M. Rochon,
alors que j'étais son sous-ministre, et on se
posait le même dilemme, la même question.
Et je pense qu'on avait pris, à l'époque, une bonne décision,
qui s'avère en tout cas tenir dans le temps. Alors, je me dis : On
fait la même chose, on fait le même pari au
niveau du financement de la caisse
d'assurance. Il va falloir regarder les modalités, et c'est pourquoi,
d'ailleurs, on recommande qu'il y ait des études qui soient entreprises.
Et on voudrait y être associés le plus possible, M. le ministre, pour qu'on
trouve la bonne piste.
On est sensibles
également au fait que, pour les organisations bénévoles de personnes
handicapées, c'est un sujet extrêmement
litigieux, parce que déjà on sait que les personnes handicapées, à tous égards,
sont parmi les plus pauvres de la
société. Et donc, leur contribution à eux, il faut respecter un petit peu leurs
propres revenus et il faut regarder ça d'une façon très particulière et
très attentive. Il ne faut pas se tirer tous azimuts, n'importe comment
là-dedans. Mais on pense qu'en bout de
ligne… Si on veut avoir une caisse qui fonctionne et qui dure, bien là on pense
qu'il faut qu'il y ait des contributions qui se fassent.
Le Président (M.
Bergman) : M. le ministre.
Hébert :
Je comprends votre préoccupation de dire : Il faut être équitable envers
les gens qui choisissent de rester à domicile et qu'on ne subventionne pas les
gens qui vont en établissement d'hébergement et qui, eux, sont subventionnés
par l'État. Je comprends votre préoccupation, mais il faudra voir dans la
manière comment on peut arriver à répondre à l'équité tout en ayant des
transitions qui sont acceptables.
M. Malo (Luc
M.) : …équité intergénérationnelle aussi.
Hébert : O.K. Vous nous proposez une autre proposition
audacieuse, que les montants consentis au crédit d'impôt pour maintien à
domicile soient intégrés à la caisse d'assurance autonomie. Vous savez qu'une
certaine
partie des gens qui font appel à ce
crédit d'impôt n'ont pas vraiment une perte d'autonomie et donc que ces gens-là
ne seraient pas admissibles à l'assurance
autonomie. Alors, comment vous conciliez cette proposition-là avec cette
réalité-là où il y a des gens qui
actuellement bénéficient d'un crédit d'impôt sans avoir une perte d'autonomie
fonctionnelle comme on la définit habituellement?
Le Président (M.
Bergman) : M. Malo.
M. Malo (Luc
M.) : Mme Lauzon.
Le Président (M.
Bergman) : Mme Lauzon.
Mme Lauzon
(Anne) : Oui. En fait, c'est que plusieurs, par contre, ont une perte
d'autonomie et ont accès à ce crédit d'impôt là. Alors donc, peut-être que c'est
une mesure transitoire, mais, de notre point de vue, enlever ces sous-là sans savoir l'allocation va donner quoi,
c'était plus périlleux. Peut-être qu'il faut revoir le crédit d'impôt pour
que, les personnes qui n'ont pas réellement de perte d'autonomie, ce soit
harmonisé avec les profils et les allocations.
Mais a priori ça ne nous semblait pas
quelque chose de très réaliste, de penser qu'on peut tout enlever ça tout
d'un coup et passer carrément à une
allocation distincte. C'est dans ce sens-là que, pour toutes les modalités
d'allocation, on pense qu'il faut,
premièrement, tabler sur les acquis, sur ce qui existe déjà, et progressivement
s'assurer qu'il y a équité et qu'il y a transition harmonieuse.
Le Président (M.
Bergman) : M. le ministre.
Hébert : Donc, si on avait, dans un premier temps, à… Si on
donnait le choix à la personne de dire : On est sous le régime d'assurance
autonomie ou le crédit d'impôt, vous seriez confortables avec cette option-là
qu'on donne aux citoyens québécois?
Le Président (M.
Bergman) : Mme Lauzon.
Mme Lauzon (Anne) : C'est une question complexe si c'est un ou l'autre. Dans notre esprit,
ce n'était pas un ou l'autre, c'était que le montant de crédit d'impôt
est comme… est considéré dans l'allocation.
Hébert :
O.K., ça marche.
Le Président (M.
Bergman) : M. le ministre.
Hébert : Dernière question, en ce qui me concerne. Pour
l'implantation, vous recommandez de ne pas utiliser les différentes clientèles comme il était proposé
dans le livre blanc mais plutôt d'y aller par types ou volets de service
distincts. J'aimerais que vous justifiiez un peu votre position là-dessus.
Le Président (M.
Bergman) : Mme Lauzon.
Mme Lauzon
(Anne) : Oui. Dans le fond, dans le livre blanc, c'était proposé que
les personnes qui ont une déficience physique
soient dans un temps deux. De notre point de vue, ça, ce n'est pas réaliste à
la fois pour les personnes qui
doivent évaluer les personnes et puis les desservir en matière de soutien à
domicile, parce que souvent, dans les CSSS, c'est les mêmes équipes qui
font ce travail-là, alors recevoir deux clients, regarder : Attends un
peu, toi, c'est tel processus ou tel autre, d'une part.
d'autre part, présentement on a environ 30 000 personnes âgées qui sont
déjà desservies par les CRDP. Ça ne veut pas dire que 100 % de ces
personnes-là auront besoin de services de soutien à domicile, mais probablement
que plusieurs d'entre eux le sont. Donc,
quand est-ce qu'on devient âgé, handicapé, handicapé âgé? À un moment donné,
ça devient une frontière — dont
vous parliez au départ — qui
est très difficile à cerner. Et nos systèmes d'information clientèle ne permettent pas non plus de bien
distinguer ces deux clientèles-là, quand est-ce qu'on est plus un ou l'autre.
Alors,
c'est pour ça que nous, on trouvait que c'est plus... il faut,
oui, une implantation progressive, mais que… Par exemple, tout le nouveau cadre
de rétribution pour les RTF et RI qu'on vient de se doter, avec une évaluation standardisée et un financement associé, bien, ça, on devrait le laisser pour plus tard
puis donc plus y aller par des volets de service qui sont découpables en morceaux, pour les mettre
progressivement en application, plutôt que par diagnostic ou groupe d'âge.
Le Président (M.
Bergman) : Mme la députée des Îles-de-la-Madeleine.
Richard
(Îles-de-la-Madeleine) : Oui, merci, M. le Président. J'aimerais
revenir avec vous... d'abord vous féliciter
pour le mémoire que vous avez déposé, qui contient beaucoup d'éléments et
beaucoup de recommandations, c'est vraiment instructif de lire tout ça.
Merci infiniment. Merci de votre présence.
J'aimerais revenir
sur l'outil d'évaluation dont vous avez parlé tantôt, l'Outil d'évaluation
multiclientèle qui ne répond pas nécessairement à la clientèle déficience
physique. Et vous avez parlé aussi de participation sociale. J'aimerais vous
entendre un peu plus longuement sur l'outil d'évaluation, mais aussi nous
expliquer un peu plus ce que vous voulez dire par «participation sociale».
Le Président (M.
Bergman) : Mme Lauzon.
Mme Lauzon
(Anne) : Oui. En fait, l'Outil d'évaluation multiclientèle est utilisé
pour évaluer les besoins en termes
d'autonomie fonctionnelle, mais par contre un jeune adulte, par exemple, qui
doit être évalué par cet outil-là, bien il y a des choses que la
personne peut faire seule ou avec aide.
Présentement, l'outil…
Je ne veux pas rentrer dans trop de technicalités, mais présentement — je
vais vous donner un exemple très, très
concret — si
quelqu'un a besoin d'aide pour se déplacer, alors l'outil peut dire oui ou
non vous avez besoin d'aide, mais de l'aide
humaine est considérée. Mais, par exemple, si l'aide qui est nécessaire pour se
déplacer, c'est un fauteuil roulant, donc
une aide technique, ça ne peut pas être considéré dans l'évaluation. En fait,
ce ne sera pas capté suffisamment
bien, ce qui fait que la personne pourrait avoir droit... ça pourrait donner
une allocation qui n'est pas correspondante
à ses besoins réels une fois que les incapacités sont compensées. Alors, c'est
ce genre de chose là qu'on trouve qu'il faudrait raffiner peut-être ou
bien mesurer l'impact.
Le Président (M. Bergman) :
Mme la députée des Îles-de-la-Madeleine.
Richard (Îles-de-la-Madeleine) : Oui, merci. Et c'est ce que
vous entendez par «participation sociale», c'est de se déplacer...
Mme Lauzon (Anne) : Bien, c'est un
exemple de...
Richard (Îles-de-la-Madeleine) :
C'est un exemple pour...
Mme Lauzon
(Anne) : Se déplacer, ce
n'est pas un exemple de participation sociale, là. La participation
sociale, c'est plutôt que, la personne, oui, on veut bien que… pour une
personne qui a une déficience physique, être soutenue à domicile et pouvoir
choisir son lieu de résidence, mais il faut aussi pouvoir sortir du domicile
et, par exemple, aller travailler ou aller à la banque et tout, et donc il faut
que, dans l'ensemble du plan d'intervention, on puisse considérer l'ensemble de
ces besoins-là, pas seulement d'être à domicile mais de pouvoir être actif dans
la société.
Le Président (M. Bergman) :
M. Malo.
M. Malo
(Luc M.) : Au fond, c'est
qu'au-delà des soins et services on a besoin, comme personnes
handicapées… Parce que moi, je suis en
fauteuil roulant. Ça ne paraissait peut-être pas, mais… Au-delà des soins et
services — puis
on peut avoir les meilleurs soins de santé puis les meilleurs services à
domicile — ce
qu'on a besoin, comme personnes handicapées,
c'est d'avoir... reprendre confiance en soi, se sentir utiles socialement et
donc pouvoir participer à la vie de la communauté. Et, malheureusement,
trop souvent on n'a pas ce moyen-là.
Et il y a
aussi le regard des autres à notre égard. Parce qu'on devient en fauteuil
roulant, c'est comme si on perdait tous
nos moyens. Loin de là. On développe des nouvelles capacités, etc. En tout cas,
ça, je pourrais témoigner longuement. Et
c'est ça qu'on... Par «participation sociale», ce qu'on entend, c'est vraiment
que les gens puissent reprendre confiance en eux, retrouver un rythme de
vie qui va les satisfaire, qui va faire qu'ils vont être heureux quand même,
malgré le handicap et avec leur handicap.
Président (M. Bergman) : Alors, ceci met fin au bloc du
gouvernement. Pour le bloc de l'opposition officielle, M. le député de
Jean-Talon.
Bolduc
(Jean-Talon) : Merci, M. le Président. Mme Lauzon,
M. Malo, M. Harvey. Des gens que je connais d'ailleurs très bien parce que je les ai
rencontrés à plusieurs reprises, dont M. Harvey — il n'aura pas honte de ça — on
a travaillé ensemble comme directeurs à l'hôpital d'Alma.
J'aimerais vous poser quelques questions, puis
on va aller sur un sujet... Ça va être une question aussi de financement.
Premièrement,
le virage, on est tous d'accord avec. On veut garder les gens à domicile, on
veut qu'ils demeurent le plus près possible d'où ils habitaient
auparavant.
Est-ce que vous avez l'impression que ce virage
avait déjà été pris dans le réseau de la santé au cours des dernières années?
Le Président (M. Bergman) :
M. Malo.
M. Malo
(Luc M.) : Le virage vers des services à domicile, oui, il a
été pris avant, puis ça date d'ailleurs de la création
des CLSC dans les années 70, mais le financement n'a jamais
suivi à la hauteur des attentes et des besoins, pour toutes sortes de
raisons. Et là je ne rentrerai pas dans le caractère politico-administratif qui
est la cause de ça, mais il reste que ça n'a pas suivi.
Essayer de
juste augmenter le budget pour les services à domicile, on n'est pas certains
qu'on y arriverait de toute façon. Je
pense qu'on s'en va sur un mur. La croissance du nombre de personnes âgées, la
croissance… pas une grande croissance mais proportionnelle à la
population du nombre de personnes handicapées, même si on a un bon bilan routier, là, depuis quelques années, c'est loin
d'être certain qu'on va y arriver. Et c'est pourquoi on pense qu'avoir…
L'idée d'une caisse d'autonomie qui serait financée, qui idéalement, également,
serait capitalisée, on pense que c'est un élément de solution important.
Le Président (M. Bergman) :
M. le député de Jean-Talon.
Bolduc
(Jean-Talon) :
Bien, je vous remercie. Vous avez répondu à mes deux premières questions, même
si j'en avais juste posé une. La deuxième question — puis j'y reviens — dans
le fond, le problème, c'est qu'il y a un
rattrapage à faire au niveau du financement, et l'assurance autonomie, si on
part avec le principe… Comme vous avez
parlé pour les aides auditives ou aides visuelles, à partir du moment qu'il va
y avoir un besoin, il y a nécessairement quelqu'un qui va le payer. C'est comme ça qu'on voit ça, c'est-à-dire
qu'il y a un manque d'argent, les gens disent : On n'est pas
capables de répondre aux besoins. Si on part sur le principe de l'assurance
autonomie, dès qu'on va avoir eu
l'évaluation du voisin… du besoin, ce ne sera plus une question de ressources
mais une question de dire : Il y a quelqu'un qui va payer pour
répondre à ça. C'est comme ça que vous voyez l'assurance autonomie?
Le Président (M. Bergman) :
M. Malo.
Malo (Luc M.) : Oui, c'est comme ça qu'on le voit. Mais toutes les
modalités sont à attacher, ce n'est pas attaché.
Le Président (M.
Bergman) : M. le député de Jean-Talon.
Bolduc
(Jean-Talon) : Je veux juste faire un
commentaire, là, que je vais faire souvent : On est tous d'accord avec le maintien à domicile puis l'organisation
des services comme c'est décrit dans le principe de l'assurance
autonomie. Ça, je peux vous le dire. Puis,
je pense, ça a été commencé depuis quelques années. Là, on est plus dans la
question du financement, la contribution de la personne.
Puis
je vais vous donner un exemple. Le ministre, il dit : Vous savez, dans les
CHSLD actuellement, ça couvre à peine
le logement plus la nourriture. Quelqu'un qui s'en va en CHSLD peut faire une
contribution jusqu'à 21 000 $, je pense que le ministre a participé à un rapport du Vérificateur général
qui disait qu'on devrait augmenter cette contribution. Si demain matin on fait le choix, on demande le
choix aux gens : Vous savez, on va mettre en place l'assurance autonomie,
mais votre contribution ne sera pas de
21 000 $ mais va être de 30 000 $, vos soins à domicile qui
actuellement sont gratuits, bien, sur
le principe d'équité, on va devoir vous demander également une contribution qui
est l'équivalent de si on vous gardait dans un CHSLD, qui pourrait être
également, pour des gens, de 15 000 $, ça fait que ça, c'est des…
Puis, en passant, l'assurance autonomie, on
peut avoir le principe, ça peut être bon, mais il faut avoir d'autres éléments.
Puis avant, en personnes
responsables, de dire qu'on est 100 % pour ça, on peut-u savoir qu'est-ce
qui vient après? Si, vos membres, ça ne coûtait rien, puis qu'à partir
qu'on installe l'assurance autonomie, maintenant, ça va leur coûter un
équivalent peut-être de 15 000 $ par année…
Parce que le
principe, dans les CHSLD, je ne sais pas si vous le savez, mais, si vous avez
plus que 4 000 $ ou 5 000 $,
là, ils vont aller chercher votre argent jusqu'à ce que vous n'en ayez plus.
Puis moi, j'ai vu ça, les gens préfèrent donner leur… Quand ils n'ont pas des gros montants, là, ils donnent leur
argent à leurs enfants pour être sûrs de ne plus en avoir, pour être
capables de ne pas avoir à payer.
Ça fait que c'est
pour ça que je veux le mettre bien clair, là : On est tous d'accord sur le
principe de base de l'assurance autonomie,
c'est de garder les gens le plus possible à domicile, faire le virage, une
réorganisation et surtout répondre à
tous les besoins des gens. La vraie question n'est pas celle-là, puis ça va
être celle-là que je vais vous poser. À partir du moment qu'on sait qu'il
manque d'argent puis qu'il y a un rattrapage à faire… Parce qu'il y a une
notion importante : on ne frapperait un mur tant que ça si on avait l'argent
nécessaire aujourd'hui puis on y allait avec la croissance des besoins. C'est
qu'il faut augmenter l'enveloppe.
Avez-vous estimé,
pour répondre aux besoins, selon les principes d'évaluation qui sont émis dans
l'assurance autonomie, combien il faut
rajouter pour ne répondre seulement qu'à votre clientèle, quel montant que ça
pourrait coûter?
Le Président (M.
Bergman) : M. Malo.
M. Malo (Luc M.) : Honnêtement, on n'a pas fait l'étude. On n'a pas d'expertise en
finances publiques, on n'a pas d'expertise économétrique et actuarielle
pour être capables d'établir cette… de répondre à votre question.
Le Président (M.
Bergman) : M. le député de Jean-Talon.
M. Malo (Luc
M.) : On est un organisme de services de réadaptation.
Bolduc
(Jean-Talon) : Puis on est chanceux, on est
avec trois gestionnaires du réseau : M. Malo qui a été
sous-ministre, qui a participé à l'assurance médicaments; M. Harvey que je sais
qu'il a été directeur des finances, directeur des ressources humaines, est
directeur général actuellement; Mme Lauzon qui gère une grande association. Est-ce que vous trouvez que ce serait responsable,
avant de savoir si on embarque dans ce projet-là ou pas, au moins d'avoir les vrais chiffres,
combien ça va coûter, de savoir également combien chaque personne va devoir
contribuer?
Puis également on
parle du principe du SMAF, mais ça peut être un autre principe, selon les
besoins de vos clientèles. Un SMAF à 13, ça veut dire combien? Puis l'autre question
qui vient après : Si le besoin est de 100 %, est-ce qu'on va tenir
compte des ressources pour dire : On va compenser juste à 60 %, ou on
assure à la population qu'ils vont avoir 100 %?
Est-ce
que vous trouvez que ce serait responsable de poser les questions et d'avoir
les chiffres avant même le dépôt du
projet de loi que de passer une loi qu'après ça on se rend compte, quelques
années après, qu'on n'avait jamais eu le moyen, ou encore les gens vont être déçus parce qu'ils vont payer plus
cher, ou encore pire que ça c'est que tout le monde, au lieu d'avoir
80 % ou 100 %, va tomber à 60 %?
Le Président (M.
Bergman) : Mme Lauzon.
Mme Lauzon (Anne) : Bien, c'est une très bonne question. Ce qu'on sait, c'est que, de toute
façon, à cause du vieillissement de
la population, ça va coûter plus cher que maintenant. Ce qu'on sait, c'est que,
peu importe l'équation et la modalité,
présentement c'est autour de 15 % que l'État paie. Puis, avec l'assurance
autonomie, ce qu'on comprend, c'est que l'objectif, ce serait de se
rendre à pas loin de 40 %, mais il restera toujours une
partie que, comme
citoyen, il va falloir que chacun assume.
L'adéquation exacte du montant qui va permettre
de faire quoi exactement, c'est une préoccupation qu'on a, mais la perception qu'on a, c'est qu'étant donné
qu'il y aurait une évaluation plus standardisée puis ce serait universel
il y aurait moins d'iniquité, et que, si, comme société
québécoise, on peut se payer, pour dire quelque chose, 25 % au lieu de
15 %, bien ce sera mieux que 15 %. Mais a priori on ne s'attend pas à
ce que, de toute façon, ce soit 100 %.
Le Président (M. Bergman) :
M. le député de Jean-Talon.
Bolduc
(Jean-Talon) : Merci, M. le Président. On est vraiment dans
le coeur de la discussion, hein, qu'on va devoir faire durant les trois
prochaines semaines. Je suis d'accord, il faut corriger l'iniquité. Il faut
garder nos gens à domicile, il faut
développer des services puis il faut essayer de s'organiser pour que partout au
Québec on ait les mêmes avantages ou encore les mêmes accès.
Une fois
qu'on a dit ça, il faut qu'on calcule avant. Vous savez, on a eu des
expériences dans le passé où les gens nous arrivaient avec des belles
idées, un beau projet, mais, quand on arrivait après puis on calculait, c'étaient
des milliards de plus. Si je vous disais que, l'assurance autonomie, mettre ça
en place, c'est 2 milliards de plus pour les Québécois, maintenant il faut savoir qui va le payer. On sait qu'il y a
une limitation au niveau des taxes, à moins de faire une taxe très
spéciale… ou encore on va demander une plus grande contribution aux gens.
Et, votre
clientèle à vous autres, si on met en place l'assurance autonomie sur les mêmes
principes que ce qui est dans le
livre, êtes-vous d'accord qu'il y a des gens qui ont déjà des revenus qui vont
devoir vendre leur maison? Parce qu'à partir du moment qu'ils ont des
revenus ils sont obligés de contribuer à une hauteur très élevée. On parle,
pour une personne en CHSLD, là… Un couple
très ordinaire qui a juste sa pension mais qui a assez de pension pour être
capable de payer, si l'un est obligé de s'en
aller en CHSLD, est obligé de payer 21 000 $, ça, ça… Moi, j'ai des
patients qui m'en ont beaucoup parlé, de ces cas-là, où le monsieur ou
la madame me disait : Je vais être obligé de quitter mon logement parce qu'on
va me réclamer 21 000 $ quand mon conjoint va aller en CHSLD.
Je pense que ces questions-là, là… Parce que,
moi, là, ce que j'ai vu dans l'assurance autonomie, là, c'est des principes
philosophiques qu'on est tous d'accord. Puis, en termes de gestion, en passant,
c'est la continuité des soins, l'intégration
des soins. On se sert des CSSS, on se sert des gestionnaires de cas. On a tout
ça dans le réseau de la santé, si vous
êtes d'accord avec moi. Mais vous m'avez dit le vrai problème : Il n'y en
a pas assez, d'argent, dans le réseau de la santé. Et les associations vont venir ici en disant : Ça, ça va me
donner plus d'argent, mais la question qu'on va devoir se poser si c'est comme toujours les anciens
principes, là : Si on vous met plus 1 milliard là, où vous allez
aller chercher votre milliard dans votre réseau de la santé et des
services sociaux? Parce qu'il y a une autre contrainte qui est le Conseil du
trésor. Maintenant, c'est la question à laquelle on devoir tous répondre
ensemble et être responsables. Et mon rôle de
l'opposition, c'est de poser ces questions-là, et ce n'est pas vrai qu'on va
embarquer dans un projet comme ça… Puis là tout le monde est d'accord
avec le principe du maintien à domicile, mais je veux savoir qui va contribuer
à quelle hauteur — on va défendre l'usager — puis également qui va payer la facture. Et
qu'on n'arrive pas avec des raisonnements, de dire : Bien, il y a quelqu'un à quelque part… on va charger
1 % plus cher, là, parce que 1 % plus cher, au Québec, je vous
ferais remarquer que tu es riche à partir de 40 000 $. C'est ça, la
richesse au Québec, selon les cotes de l'impôt.
Qu'est-ce que vous en pensez, en tant que
gestionnaires et personnes responsables de notre société?
Le Président (M. Bergman) :
M. Malo.
M. Malo (Luc M.) : Effectivement, je
pense qu'il faut que toute la dimension du financement soit regardée de près, mais on n'échappe pas le fait que, si on
ne fait rien et on reste avec le système actuel, ça ne s'améliorera pas,
puis on va également avoir, je dirais, un mur par rapport au financement. La
croissance actuelle, elle est comme ça, et l'accroissement du nombre de
personnes âgées, incluant les personnes handicapées, elle est aussi comme ça,
très, très forte, très… une forte croissance.
Je pense qu'effectivement il faut que la question du financement soit regardée
de très près, soit analysée, et il faut recourir à des experts pour le faire.
Le Président (M. Bergman) :
M. le député de Jean-Talon.
Bolduc
(Jean-Talon) : Écoutez, on peut faire dire n'importe quoi aux chiffres, mais je vais juste
vous donner une hypothèse,
là. Moi, j'ai pris le tableau qu'il y avait dans le livre blanc, et on part
avec un budget de 32,5 milliards en date d'aujourd'hui puis on nous parle de 2027‑2028. Je l'ai fait croître juste de 3 %, même pas du 4 % ou
5 %, là, puis on arrive, à la
fin, à un budget de 42 milliards. La croissance des besoins, là, à 160 millions comme dans le livre blanc, là, c'est 3/10 de 1 % du coût du
réseau de la santé. Ça fait qu'un chiffre de 160 millions a l'air très
gros, là, mais, quand vous regardez les besoins en croissance de
160 millions, ça ne représente que 3/10 de 1 % du réseau de la santé.
Ça fait que
moi, je me pose des questions aussi. C'est sûr que j'y crois, il y a un
vieillissement, il y a plus de gens au
Québec, mais le vieillissement, là, dans… les études démontrent que ça ne
représente pas plus de 1 % de coûts en termes de besoins. Donc, il faut se poser la question si
on ne peut pas le régler, le chercher par la performance ou s'il ne faut
pas trouver d'autres façons d'aller financer ça. Puis on va en discuter à un
moment donné. Est-ce qu'on y va par une assurance
autonomie avec taxe capitalisation? Le ministre a dit clairement : Il n'y
a aucune place si on réussit à capitaliser. On ne peut pas prendre de l'argent
en plus aujourd'hui pour dire qu'on va l'avoir plus tard, donc il faut que ce
soit à partir soit d'une taxe actuelle ou
d'un montant d'impôt, où on verra de quoi ça a l'air, ou ça pourrait être aussi
par une augmentation de performance.
C'est comme ça que je pense qu'il faut… on peut voir le problème. Mais, chose
qui est certaine, avant d'avoir un
projet de loi, moi, je vais m'attendre à ce qu'on soit responsables et qu'on
ait tous les chiffres, dont
l'évaluation de tout ce que vous auriez à donner à vos usagers, à quelle
hauteur que ça coûte, et là on verra c'est quoi, le vrai coût d'une
assurance autonomie.
je suis d'accord avec vous, M. Malo, on ne fermera pas les yeux non plus.
Il faut être responsables. Puis, dans le
livre blanc, il y a des belles solutions, parce que tout le continuum de
services, de regrouper ça ensemble, on est tous d'accord avec ça, là.
Ça, je vous le dis, on est tous d'accord. Mais la question qu'il faut se
poser : Si on est d'accord avec ça,
est-ce que ça veut dire qu'on achète automatiquement la façon dont on veut le
financer et à quelle hauteur qu'on va
le financer? Puis moi, je vous demanderais de penser à vos usagers, là, puis
allez leur dire demain matin que ceux que ça ne leur coûte quasiment rien, là, ou très peu de contribution, ils
vont monter à 21 000 $. Vous leur demanderez, voir s'ils
veulent rester dans l'assurance autonomie après ça.
Le Président (M. Bergman) :
M. Malo.
M. Malo
(Luc M.) : Je pense que
poser la question comme ça, c'est y répondre. Alors, il va falloir se donner
la peine de regarder ça.
Bolduc
(Jean-Talon) : …ça va être la question… Juste pour vous dire pourquoi
est-ce que je vous pose la question, c'est qu'il n'y a aucun chiffre, malgré le fait que je suis certain qu'ils sont
disponibles. Il y a possiblement
des chiffres qu'on ne veut pas nous donner
et qu'on ne nous donnera pas, mais ce n'est pas vrai qu'on va passer un projet
de loi avant que… Puis moi, je vais vous
défendre, je vais défendre les usagers, mais je veux savoir, l'usager, là,
cette personne-là, aujourd'hui ça veut dire quoi, demain ça veut dire
quoi. Il y a un principe d'équité, mais on n'appauvrira pas une
partie des gens
qui sont déjà bien sur le principe qu'il faut rendre tout le monde pauvre, là.
Ça, c'est une question.
En passant, la plupart des principes dans l'assurance
autonomie, puis vous m'avez entendu comme ministre à plusieurs reprises, on les a tous défendus. On veut garder nos gens dans
leur communauté. C'est ça qui nous coûte le moins cher et c'est ça qu'on veut. Mais il y a des
maisons, également, qu'on veut mettre en place pour les clientèles comme
les vôtres. Parce que l'autre question qu'on va se poser… Ce qui était au
début, c'était : On va vous donner un montant d'argent, vous allez vous organiser avec, ça fait que, si vous voulez
aller chercher votre service dans une maison communautaire ou dans une résidence privée, vous allez avoir le droit de
le faire. Mais là il y a eu du lobbying probablement, là, ça a l'air qu'il va y avoir juste des services du côté
du public. Est-ce que c'est une ligne qu'on va tenir? Est-ce qu'on va vous donner des montants plutôt
que vous mettre en CHSLD et vous mettre dans des résidences qui sont adaptées comme j'ai vu dans les Laurentides? Moi,
je pense que c'est ça qu'il faut qu'on cherche, parce que ça, ça va nous
le permettre. Êtes-vous d'accord qu'on doit
regarder ça avant de savoir qu'est-ce qu'on va adopter dans ce projet de
loi là?
Le Président (M. Bergman) :
M. Malo.
M. Malo (Luc M.) : Je suis d'accord
qu'il faut le regarder, mais nous, on n'a pas compris que c'étaient nécessairement des services publics. Ça peut être
des entreprises d'économie sociale qui offrent les services à domicile à
un coût raisonnable.
Évidemment, il faudra faire attention. Si, le
lendemain qu'ils sont créés, ils «boostent» les prix, puis il arrive une
syndicalisation, puis ça coûte plus cher que dans le public, on n'est pas plus
avancés. Il y a des précautions à prendre par rapport à ça.
Mais on pense
que le principe de l'affaire est correct. Ce qu'il faut, c'est trouver les
modalités correctement. Et on vous
l'a dit, financièrement on n'est pas des experts là-dedans. On va regarder ça
attentivement, par exemple, on veut participer aux travaux, mais de là à
être capables de faire les études actuarielles puis reliées au budget, au
ministère des Finances… Ça, je ne suis pas capable de le faire.
Bolduc
(Jean-Talon) :
Mais, pour…
Le Président (M. Bergman) :
M. le député de Jean-Talon.
Bolduc
(Jean-Talon) :
Il me reste-tu encore beaucoup de temps, M. le Président?
Le Président (M. Bergman) :
Vous avez un autre cinq minutes.
Bolduc
(Jean-Talon) : Ah! C'est parfait, ça. Mais êtes-vous
d'accord, êtes-vous d'accord qu'avant de dire qu'on est à 100 % avec un projet comme ça… qu'il serait
irresponsable de ne pas prendre connaissance des chiffres et de ne pas
savoir c'est quoi, l'impact pour votre clientèle?
Le Président (M. Bergman) :
M. Malo.
M. Malo
(Luc M.) : En principe, oui,
je pense qu'on devrait avoir les chiffres avant, mais ça ne nous
appartient pas de les fournir.
Le Président (M. Bergman) :
M. le député de Jean-Talon.
Bolduc
(Jean-Talon) : Oui,
je suis d'accord, mais comme association, je pense,
c'est important que vous ayez tous, tous les éléments puis que vous
sachiez pour chacune des personnes...
Puis,
juste vous donner un exemple, on parlait du privé versus public, moi, j'avais
compris au début que, si vous étiez en
résidence privée, que vous aviez certains handicaps ou que vous aviez une perte
d'autonomie, on pourrait avoir accès peut-être
à des services à l'intérieur de la résidence privée, qui pourraient être
fournis, quitte à ce que ce soit un paiement
en argent pour compenser, plutôt que d'avoir du service d'employés de l'État, mais
ce que j'ai vu, là, le projet actuel,
c'est que probablement que c'est dans une résidence privée avec plusieurs
services. Si vous êtes en perte d'autonomie, ça va devoir être des gens
soit de l'économie sociale ou encore de l'État, c'est-à-dire du CLSC, qui vont
aller donner vos services.
Bolduc
(Jean-Talon) : Bon, si ce n'est pas ça, M. le ministre va
devoir nous l'expliquer comme il faut, parce que…
Le Président (M.
Bergman) : À l'ordre, s'il vous plaît! À l'ordre, s'il vous
plaît!
Bolduc
(Jean-Talon) : Quand on a rencontré les
syndicats hier, quand on a rencontré les syndicats hier, il semblerait
que ça serait tout soit du public ou encore de l'entreprise sociale. C'est d'ailleurs
ce qu'on a dans ce projet là, c'est-à-dire
qu'il se dit des choses à un moment donné, il s'est dit des choses dans le
passé, mais aujourd'hui on veut le savoir
exactement. Parce que les résidences privées vont venir. On veut savoir
exactement qu'est-ce qui va se dire. Parce que je suppose que, pour votre groupe à vous autres, ça va être
important qu'il y ait cette marge de manoeuvre là, que les gens puisent
gérer une sorte d'allocation pour mieux s'organiser. C'est-u comme ça que vous
voyez ça?
Le Président (M.
Bergman) : M. Malo.
M. Malo (Luc M.) : C'est clair qu'on va suivre les travaux de très près, tout ce qui va se
passer ici. Et également, bien, on
est en lien, généralement, assez courant avec le ministère, et on suit
l'évolution des travaux qui se font au ministère à tous égards, et on n'échappera
pas à cette dimension-là non plus.
Mais,
comme je disais tantôt, moi, je ne voudrais pas être à la merci nécessairement
d'une résidence privée, pas plus. Je
sais qu'il va y avoir une explosion des coûts, puis on n'est pas sûrs de la
qualité du tout, alors je préfère choisir puis aller dans une entreprise
d'économie sociale. Mais là je suis certain de quels services je vais acheter,
et c'est ça, le principe de l'affaire.
Le Président (M.
Bergman) : M. le député de Jean-Talon.
Bolduc
(Jean-Talon) : Oui, M. le Président. Puis je
suis tout à fait d'accord avec vous, moi, je pense que la qualité doit
être là. Le mode peut être différent, et puis vous allez avoir des gens qui
vont venir vous dire, dans tous ces
secteurs-là, qu'ils sont très satisfaits. Moi, je pense, un des principes qu'il
y a là-dedans puis que je trouvais beau, dans le projet, c'est qu'on offrait le choix aux gens, puis on offrait le choix
pour qu'ils soient bien installés chez eux et respecter leurs volontés.
Et c'est ce qu'on veut. Puis, comme vous avez vu, dans la plupart des principes
du projet de loi, là, moi, je suis tout à fait d'accord puis je trouve qu'il
faut aller de l'avant de ce côté-là, sauf qu'on a des fils à attacher.
L'autre
chose : il faudrait être sûr qu'on ait le même discours pour tout le
monde; quand quelqu'un du privé vient s'asseoir
ici, qu'on lui dise la même affaire qu'aux syndicats, qu'on lui dise la même
affaire qu'aux entreprises d'économie sociale. C'est un principe de
base.
Et l'autre élément,
puis je suis conscient de ça : ce qui s'est dit voilà un an, voilà six
mois puis ce qu'il y a dans le projet ici
est différent, comme c'est possible que le projet de loi soit un petit peu
différent à moduler. Puis ça, on va l'accepter,
mais… Puis je finirais là-dessus, M. le Président. On veut travailler ensemble,
en passant, on veut collaborer, on veut
avoir le meilleur système. Les principes sont bons, la vision, je pense, est
adéquate, sauf qu'il y a des fils à attacher. Mais il faut être transparent
et donner toute l'information. Merci, M. le Président.
Président (M. Bergman) : Alors, M. Malo, M. Lauzon,
M. Harvey, merci pour votre
présentation. Merci d'être ici avec nous aujourd'hui et partager avec
nous votre expertise.
Et je demande aux
gens d'Ex aequo de prendre leur place à la table.
Et je suspends pour quelques
instants seulement.
(Suspension de la séance à
12 h 19)
Président (M. Bergman) : À l'ordre, s'il vous plaît! Alors, je souhaite la bienvenue aux gens d'Ex aequo.
Merci d'être avec nous aujourd'hui. Vous avez 10 minutes pour faire votre présentation. Pour les fins
d'enregistrement, je vous demande de bien vouloir nous donner vos noms, vos
titres, et vous avez le prochain 10 minutes pour faire votre présentation.
Et bienvenue encore.
M. Mercier
(Yves)
: Bonjour. Je
me présente : Yves Mercier, président d'Ex aequo. Je remercie la commission
de bien vouloir nous… qu'on puisse présenter notre mémoire aujourd'hui. Je suis
accompagné de Mme Dominique Marsan,
vice-présidente d'Ex aequo; M. Pierre-Yves Lévesque, directeur
général d'Ex aequo; et Mme Brigitte Nadon, qui va répéter pour
M. Lévesque.
Étant donné
que nous devons répéter pour M. Lévesque, nous devons vous demander une accommodation pour ce qui est du
temps de notre présentation.
Le Président (M. Bergman) : …certainement.
M. Mercier (Yves)
: O.K. On
va vous présenter un résumé du mémoire qui est inclus dans la pochette qu'on
vous a remise.
Mme Marsan
(Dominique) : La
présentation d'Ex aequo. Ex aequo est un organisme montréalais se consacrant à la promotion
et à la défense des droits des personnes ayant une déficience motrice depuis
1980. La promotion et la défense des droits se réalisent par des
activités qui peuvent avoir différentes formes : information, formation,
sensibilisation, représentations,
collaboration, mobilisation, moyens de pression et revendications. En
partenariat avec les autres organismes communautaires du milieu, évidemment,
et en concertation avec les instances publiques et décisionnelles,
Ex aequo intervient dans des dossiers tels que la vie municipale,
habitation, les transports, la santé et les services sociaux et le soutien à
domicile.
Là, Pierre-Yves pour le contexte.
M. Lévesque (Pierre-Yves) : …
Mme Nadon (Brigitte) : Une personne
qui est sans limitation fonctionnelle peut, sans contrainte physique, participer aux activités de son choix. Pour vivre
son inclusion dans la société, une personne
handicapée a besoin de services de
soutien à domicile qui s'adaptent à elle et à ses besoins. Si elle n'a pas de
tels services, elle est contrainte à rester chez elle.
M. Lévesque (Pierre-Yves) : …
Mme Nadon
(Brigitte) :
Malgré la
décision ministérielle de 1988, les personnes handicapées se
retrouvent à devoir débourser pour de
tels services, et l'assurance
autonomie, telle que proposée dans le livre blanc, accentue cette
situation et ne permet pas de résoudre les problèmes actuels touchant les
services à domicile.
M. Lévesque (Pierre-Yves) : …
Mme Nadon (Brigitte) : Je n'ai pas
compris qu'est-ce que tu as dit.
M. Lévesque (Pierre-Yves) : Moi non
plus.
Des voix : Ha, ha, ha!
M. Lévesque (Pierre-Yves) : …
Mme Nadon (Brigitte) : Oui. Bien, dans
le fond, comme il dit, on n'endosse pas le livre blanc tel qu'il est présenté. On demande la création d'un comité
national qui aurait le mandat de revoir l'ensemble des services à
domicile et d'effectuer une véritable consultation.
M. Lévesque (Pierre-Yves) : …
Mme Nadon
(Brigitte) : Oui, parce que
les consultations sur le livre blanc ont été faites pendant l'été, alors
que plusieurs personnes étaient en vacances
et que plusieurs organismes doivent fermer les portes pour manque de
financement.
M. Mercier
(Yves)
: Le mémoire a été rédigé à partir d'un rapport de
recherche-action déposé en 2010 pour la région de Montréal. Vous trouverez donc des témoignages ainsi que des
résultats concernant la situation montréalaise.
L'uniformité
des services des CSSS et des CLSC. La disparité des services entre les
différents CSSS et même entre les
CLSC d'un même CSSS est bien présente. S'ensuivent des attentes interminables,
la diminution d'heures de service et une discontinuité dans ces
derniers. Ne pas pouvoir choisir contribue au sentiment de ne pas être libre.
Les budgets empêchent d'offrir à une
personne les services qu'elle requiert, il y a une diminution constante des
heures de service et de soutien à domicile. L'enveloppe budgétaire
réservée au soutien à domicile pour les personnes ayant des limitations fonctionnelles a été dispersée dans d'autres
enveloppes de soutien à domicile. Il y a un décalage entre les services
offerts et ceux qui sont nécessaires afin de fournir les conditions de base
pour la participation sociale des personnes ayant des limitations
fonctionnelles.
L'évaluation
des besoins des personnes. L'évaluation des besoins se fait sous un angle
médical qui néglige l'inclusion et la
participation sociale des personnes ayant des limitations fonctionnelles. Le personnel
n'est pas formé pour considérer l'inclusion sociale. L'évaluation de la
qualité des services à domicile est insuffisante.
Lors des rencontres
avec le ministre, celui-ci nous a spécifié de façon catégorique qu'il n'est pas
question de changer la grille d'évaluation,
le SMAF. Par contre, il est ouvert à ajouter des éléments à la grille actuelle
en lien avec les habitudes de vie des personnes. Le ministre Hébert
est-il prêt à réaffirmer la même orientation?
La formation du
personnel des secteurs privé et parapublic. La formation du personnel qui
travaille dans les entreprises d'économie sociale en aide domestique, EESAD, et
les entreprises privées laisse à désirer.
Chèque
emploi-services, CES. Le chèque emploi-services est apprécié par les
personnes. Les conditions de travail qu'il
permet ne sont pas suffisantes pour assurer un recrutement efficace, la formule
chèque emploi-services n'est pas accessible
pour l'ensemble des personnes. Dans sa formule actuelle, le CES entraîne des
frais supplémentaires pour les personnes qui en bénéficient.
Dans le livre blanc,
on peut lire que le chèque emploi-services sera offert exceptionnellement. Lors
de nos rencontres avec le ministre Hébert,
il nous a informés que, pour les personnes ayant une déficience physique, le
CES ne sera pas remis en question. Lors de cette commission, le ministre
de la Santé et des Services sociaux peut-il le réaffirmer officiellement?
Aussi, prendra-t-il les moyens pour résoudre les problèmes reliés au CES?
Marsan (Dominique) : L'assurance autonomie doit assurer que
l'agence de la… O.K. C'est les positions d'Ex aequo, pardon. L'assurance autonomie doit assurer que l'Agence
de santé et des services sociaux de Montréal et que les centres de santé
et services sociaux de Montréal respectent le principe de la compensation
financière pour pallier aux limitations des personnes en situation de handicap
et leurs proches en fournissant gratuitement les services de soutien à domicile
qui leur sont nécessaires.
Deuxième
position : Qu'elle assure que les agences et les CSSS respectent les
paramètres du POSILTPH et conservent l'étanchéité de cette enveloppe, c'est-à-dire
qu'elle fasse en sorte que cet argent soit strictement réservé aux personnes
ayant des limitations fonctionnelles et leurs proches.
L'assurance
autonomie doit aussi garantir que l'agence veillera à ce que des données
précises seront colligées par les CSSS afin de distinguer les services
de soutien à domicile dispensés aux personnes handicapées et leurs familles,
les soins de santé ainsi que les services dispensés aux personnes âgées et le
programme de soutien aux familles.
L'assurance
autonomie doit assurer que les CSSS cessent le saupoudrage de services de
soutien à domicile, qui se fait sans aucun égard pour les besoins
exprimés par les personnes et leur inclusion sociale.
L'assurance
autonomie doit obliger l'agence de Montréal et les CSSS à travailler avec les
membres des différentes communautés montréalaises, dont Ex aequo, pour
créer un nouvel outil d'évaluation des besoins et permettre l'inclusion
sociale. Pour ce faire, il faut fonder ce nouvel outil d'évaluation sur la
grille d'analyse du processus de production
du handicap, le PPH, afin de respecter le principe de l'inclusion sociale des
personnes ayant des limitations fonctionnelles.
L'assurance autonomie
doit garantir qu'un représentant choisi par le milieu associatif siège au
comité provincial du MELS — attends, je vais tourner ma page — qui élabore le programme de formation des
auxiliaires en santé et services sociaux.
L'assurance
autonomie doit aussi s'assurer que les CSSS forment adéquatement les
auxiliaires ou préposés, tous modes de prestation des services
confondus, tant du point humain que technique; en particulier qu'ils s'assurent
que les menaces proférées envers les usagers, quelle qu'en soit la forme,
cessent très rapidement.
L'assurance autonomie
doit amener les agences régionales à veiller à la qualité des formations, tant
du point humain que technique
Elle doit aussi
garantir que les agences et les CSSS permettent aux travailleurs,
travailleuses, tous modes de prestation
confondus, alors, d'accéder à de la formation continue, et ce, dans des
conditions favorables. Parmi celles-ci, ces personnes doivent être
payées lorsqu'elles suivent leur formation.
L'assurance autonomie
doit assurer que les CSSS forment adéquatement les employés de gré à gré et qu'ils
les paient lorsqu'ils reçoivent ces formations.
L'assurance autonomie
doit garantir que les agences régionales haussent le salaire des employés de
gré à gré à 15 $ de l'heure, payant les frais de déplacement aussi.
L'assurance
autonomie doit permettre de faire les démarches nécessaires pour résoudre les
problématiques liées au chèque emploi-services.
Elle
doit aussi assurer le financement des banques de préposés actuelles et en
développer d'autres dans les régions, si le besoin se fait sentir.
M. Lévesque
(Pierre-Yves) : Merci beaucoup.
Président (M. Bergman) : Alors, merci pour votre présentation, Mme Nadon, M. Lévesque,
M. Mercier et Mme Marsan. Merci pour votre présentation. Maintenant,
pour le bloc du gouvernement, M. le ministre.
Hébert :
Merci beaucoup. Alors, ça me fait plaisir de vous revoir, on a eu l'occasion de
se rencontrer à quelques reprises sur ce sujet. Et je vous remercie du
mémoire. Vous avez dû mentionner «assurance autonomie» au moins
25 fois dans votre présentation. Je comprends donc que c'est un sujet qui
vous touche au premier chef.
Vous
avez soulevé, là, beaucoup, dans votre mémoire, le problème
de la protection des budgets, qui,
lorsqu'ils sont consacrés soit aux personnes
handicapées… Et même la Protectrice du citoyen l'avait mentionné dans ses
rapports. Même s'ils sont étiquetés «maintien à domicile», ils sont utilisés
autrement par les CSSS.
pensez-vous donc de la création d'une caisse d'assurance autonomie pour
préserver, sécuriser ces budgets et faire en sorte qu'ils sont utilisés
pour les fins auxquelles on les a désignés?
Le Président (M. Bergman) :
M. Lévesque.
M. Lévesque (Pierre-Yves) : …
Mme Nadon (Brigitte) : Ce qui est
important, pour Ex aequo, c'est que le gouvernement comprenne que les personnes
handicapées ne devraient pas avoir à payer pour pallier à leurs déficiences.
M. Lévesque (Pierre-Yves) : …
Mme Nadon (Brigitte) : En passant,
M. le ministre, c'est le Parti québécois qui a fait voter ça, en 1988.
Hébert : Oui, et
nous le réaffirmons d'ailleurs dans le livre blanc. Et, contrairement à ce que
le député de l'opposition essaie de faire
croire, il n'est pas question de faire payer les gens, il est question d'avoir
une allocation qui permette d'avoir
une équité à travers l'ensemble des personnes. Donc, l'allocation va être
modulée en fonction du revenu, pour
les gens qui ont un revenu important. Et actuellement il n'y a pas cette
modulation-là. Vous savez que, les services, vous les avez, bien sûr, gratuitement, mais ils ne répondent pas à
l'ensemble des besoins. On estime, chez les personnes âgées, que les
services fournis par l'État sont de 15 % par rapport aux besoins. Le
reste, le 85 %, là, c'est les gens qui l'assument
soit en espèces ou en nature, et ça, c'est peu importe le revenu des gens. Les
plus riches, qui ont les moyens de se
payer des services, sont capables de se les payer, et les plus pauvres, bien
ils sont obligés d'avoir un proche aidant qui le fait gratuitement ou
encore ils se privent de services. C'est ça qu'on veut changer, on veut mettre
une équité. Il n'est pas question de faire débourser aux gens des sommes, il
est question d'ajuster l'allocation d'assurance autonomie en fonction du revenu des gens pour les gens qui sont
capables de se le payer, ce qui ne touche à peu près pas les personnes
handicapées que vous représentez, qui n'ont pas des revenus suffisants pour qu'on
puisse considérer ces revenus-là dans le montant d'allocation.
Alors, c'est
ça qu'il faut remettre en perspective. Ce qu'on veut faire, c'est avoir… Plutôt
que de se cacher la tête dans le sable
comme on le fait actuellement et dire que c'est équitable… Ce n'est pas
équitable actuellement, on donne 15 % des services qui sont
nécessaires à tout le monde. Les gens qui ont les moyens de s'en payer plus s'en
paient plus, puis les gens qui n'ont pas les
moyens, bien ils font avec. Et je pense que ça, c'est inéquitable comme
société. On devrait donner plus de
services aux gens qui n'ont pas les moyens de se payer des services et être
capables de laisser les gens qui ont
les moyens s'acheter des services complémentaires. Alors, c'est ça que veut
régler l'assurance autonomie.
Le Président (M. Bergman) :
M. Lévesque.
M. Lévesque (Pierre-Yves) : …
Mme Nadon
(Brigitte) : Nous, on pense
que, peu importe le revenu, les personnes handicapées ne devraient pas
avoir à débourser pour pallier à leurs déficiences.
M. Lévesque (Pierre-Yves) : …
Mme Nadon (Brigitte) : Ce n'est pas
équitable actuellement. Les personnes qui ont une déficience n'ont pas la CSST…
M. Lévesque (Pierre-Yves) : Des
EESAD, des EESAD.
Mme Nadon (Brigitte) : Les personnes
des EESAD, les travailleuses…
M. Lévesque (Pierre-Yves) : …
Mme Marsan (Dominique) : La
personne handicapée qui vient au monde…
M. Lévesque (Pierre-Yves) : …
Marsan (Dominique)
: O.K., c'est ça. Il dit : Les
personnes handicapées de naissance, elles n'ont pas les mêmes revenus puis les mêmes possibilités de…
c'est parce que le programme est universel, tandis que tu as les personnes handicapées qui ont acquéri leur
déficience, comme ceux-là qui ont… suite à un accident, puis tu as les autres
qui ont acquéri leur déficience suite à une
CSST, accident du travail, ou accident d'automobile. Les barèmes, les palettes
de fournitures, par exemple, on va donner 12,95 $, un chèque emploi-services,
puis une personne sur la SAAQ, elle, elle va peut-être pouvoir donner beaucoup plus, qui va donner,
mettons, 15 $, 18 $ de l'heure. Alors, la personne, elle ne
peut pas retenir son personnel, elle a un fort roulement de personnel.
Est-ce que c'est ça
que tu voulais dire?
Le Président (M.
Bergman) : M. le ministre.
Hébert : M. le Président, je voudrais réaffirmer ici ce qu'on a écrit noir sur blanc dans le
livre blanc, page 24, qu'il
n'est pas question de remettre en question la gratuité des services qui sont
donnés par l'État. Je ne peux pas être plus clair que ça, là, il n'est pas question. Alors, je vous rassure là-dessus,
il n'est pas question de retirer la gratuité des services. C'est écrit, je le redis, ça fait plusieurs fois que
je vous le dis, ce n'est pas remis en question. Il n'est pas question de
faire ça avec l'assurance autonomie.
Deuxièmement,
vous insistez beaucoup — et
vous l'avez dit à chaque fois qu'on s'est rencontrés — sur
le chèque emploi-services. Je vous l'ai dit et je le répète : Le
chèque emploi-services, il va demeurer une option.
préoccupation, c'est : Comment on s'assure, avec le chèque
emploi-services, un, qu'on a des employés qui donnent des services de
bonne qualité et bien formés? Et, deux, comment on s'assure que le poids de la gestion des employés ne repose pas uniquement sur
les personnes handicapées? Pour les personnes âgées, ils ne veulent pas avoir ce poids-là de la gestion, de gérer le
personnel, ils ne veulent pas. Alors, pour les personnes… Certaines
personnes handicapées le souhaitent,
d'autres ne le souhaitent pas, et c'est là où il faut donner une option aux
gens de pouvoir requérir au chèque emploi-services mais aussi à des
entreprises d'économie sociale qui vont donner des services par contrat. Et je
pense que c'est important.
Mais
comment vous voyez ça? Comment on peut assurer la qualité et, deuxièmement, la
formation du personnel qui sont engagés avec le chèque emploi-services?
J'aimerais ça vous entendre là-dessus.
Le Président (M.
Bergman) : M. Lévesque.
M. Lévesque
(Pierre-Yves) : …
Mme Nadon
(Brigitte) : Les CSSS, ils ont déjà des formations qui sont prêtes.
M. Lévesque
(Pierre-Yves) : …
Mme Nadon
(Brigitte) : Bien, c'est ça, Ex aequo gère une banque de référence de
préposés en soutien à domicile, puis on a des ententes avec certains CLSC — ou certains
CSSS? — pour
que les préposés puissent avoir une formation continue.
M. Lévesque
(Pierre-Yves) : …
Mme Nadon (Brigitte) : Mais le problème, c'est qu'actuellement les
préposés qui suivent une formation ne sont pas payés pour le faire, donc
ce n'est pas très motivant pour elles d'aller s'asseoir une journée pour se
faire former.
M. Lévesque
(Pierre-Yves) : …
Mme Nadon
(Brigitte) : Ce n'est pas tout le monde qui fait affaire avec la
banque de préposés.
M. Lévesque
(Pierre-Yves) : …
Mme Nadon (Brigitte) : Oui. Ce serait intéressant si les personnes qui
font affaire avec le CES mais pas avec notre banque de préposés puissent
aussi envoyer leurs préposés en formation.
Le Président (M.
Bergman) : M. le ministre.
Hébert : Donc, vous êtes d'accord avec ce qu'on propose au
niveau du livre blanc, c'est-à-dire de confier aux CSSS formellement par la loi la responsabilité de
s'assurer de la formation et de l'accréditation surtout des prestataires
de services, incluant ceux et celles que vous engagez via le chèque
emploi-services.
Le Président (M.
Bergman) : M. Lévesque.
M. Lévesque (Pierre-Yves) :
Mme Nadon
(Brigitte) : Oui. Et qu'ils soient payés pour suivre de la formation.
Le Président (M.
Bergman) : M. le ministre.
Hébert : Vous
soulignez, dans votre mémoire, la disparité des services et le non-respect du
choix des personnes. Je suis très heureux de
cette position-là, parce que l'assurance autonomie veut justement assurer une
équité dans les
services et redonner à la personne des choix qu'elle n'a pas. C'est-à-dire
qu'actuellement les choix reposent dans les mains des CSSS, le plus souvent, et non pas de la personne
elle-même, et on veut redonner à la personne ce choix qui est absolument important pour nous, qui sont
importants pour les personnes que vous défendez notamment. Alors, c'est
une disposition de l'assurance autonomie, là, qui va sans doute répondre à
plusieurs de vos revendications au cours des dernières années.
Le Président (M. Bergman) :
M. Lévesque.
M. Lévesque (Pierre-Yves) : …
Mme Nadon (Brigitte) : Actuellement,
les CSSS ne donnent pas tous les mêmes services.
M. Lévesque (Pierre-Yves) : …
Mme Nadon (Brigitte) : Oui, bien c'est
ça, les personnes n'osent pas déménager parce que, comme d'un CSSS à l'autre
les services qui sont offerts ne sont pas les mêmes, ils ont peur de perdre
leurs services en changeant de territoire.
M. Lévesque (Pierre-Yves) : …
Mme Nadon
(Brigitte) : Oui.
L'article 101 de la
loi sur la santé et les services sociaux, troisième
alinéa, prévoit clairement une uniformité dans les services, une
continuité dans les services.
Le Président (M. Bergman) :
M. le ministre.
Hébert :
Vous mentionnez, dans votre mémoire, l'évaluation. Je suis un peu étonné de
voir que vous dites que l'évaluation est surtout médicale parce que le
médecin intervient très peu dans cette évaluation-là, qui est souvent faite, le
plus souvent, par un travailleur social, un intervenant psychosocial. J'adhère
tout à fait à votre proposition de mieux former les intervenants psychosociaux
à la réalité des personnes handicapées. J'en suis, je l'appuie.
Quant à la
grille d'évaluation, je vous redis ici ce que je vous ai dit : La grille
d'évaluation de base, dans l'outil multiclientèle,
qui nous permet d'avoir un outil de gestion, on ne la remettra pas en question.
Par contre, d'ajouter à cet outil d'évaluation d'autres outils pour
mieux camper les besoins des personnes en termes d'habitudes de vie et de
participation sociale, je suis tout à fait ouvert à cette modification de l'Outil
d'évaluation multiclientèle.
Le Président (M. Bergman) :
M. Lévesque.
M. Lévesque (Pierre-Yves) : …
Mme Nadon (Brigitte) : C'est une bonne
nouvelle.
Hébert : …je vous l'avais
dit, mais… Puis je pense que vous ne me croyiez pas.
Une voix : On voulait que ce soit
enregistré.
M. Lévesque (Pierre-Yves) : …
Mme Nadon
(Brigitte) : C'est important pour nous que vous le répétiez à
la commission parlementaire parce que c'est plus officiel.
Hébert : Je vais
laisser mes collègues poser certaines questions.
Le Président (M. Bergman) : Mme
la députée de Sainte-Rose.
Mme Proulx : Merci,
M. le Président. Alors, bonjour,
messieurs. Bonjour, mesdames. Je voulais vous parler… Dans votre mémoire, à la page 5 et 6, vous
mentionnez spécifiquement votre préoccupation par
rapport au financement, là, des soins à domicile et vous mentionnez une
enveloppe dédiée, vous faites référence à une enveloppe dédiée qui a
fini par être dispersée dans plusieurs
enveloppes. J'aimerais ça entendre votre préoccupation et peut-être
que vous nous fassiez le lien avec justement
la proposition d'assurance autonomie, dans laquelle on retrouve justement
une caisse réservée pour assurer que les fonds réservés ne soient pas, justement,
utilisés à gauche et à droite, c'est quoi, votre préoccupation par rapport à
ça, et ce que vous pensez de cet aspect de l'assurance autonomie.
Le Président (M. Bergman) :
M. Lévesque.
M. Lévesque (Pierre-Yves) : …
Mme Nadon
(Brigitte) : Dans les années 80, on était pas mal plus
jeunes — moi
la première.
M. Lévesque (Pierre-Yves) : …
Mme Nadon
(Brigitte) : On a revendiqué une enveloppe protégée pour les
personnes handicapées parce qu'on savait que les personnes âgées étaient
plus nombreuses. Ils ont besoin d'autant de services que nous.
M. Lévesque (Pierre-Yves) : …
Mme Nadon (Brigitte) : M. Lévesque
trouve que c'est une bonne nouvelle, est content d'apprendre que l'assurance
autonomie prévoit de maintenir l'enveloppe protégée pour les personnes
handicapées. C'est important, étant donné qu'on est moins nombreux. C'est pour
ça qu'on avait demandé ça dans les années 80.
Est-ce que ça répond à...
Mme Proulx : Ça répond à…
Le Président (M. Bergman) :
Ceci met fin au bloc du gouvernement.
Mme Proulx : Ça répond en
partie. J'en aurais eu d'autres, mais… J'irai vous voir. Merci
Président (M. Bergman) : Maintenant, pour le bloc de
l'opposition officielle, M. le député de Jean-Talon.
Bolduc
(Jean-Talon) : Merci, M. le Président. Bienvenue ici, à la
commission. Puis vous avez absolument raison,
c'est enregistré. Puis c'est dactylographié, ça fait que vous avez droit au
texte. Puis, comme de fait, c'est l'endroit qu'on doit apprendre et qu'on
doit discuter.
Moi, ce que
j'ai compris dans le projet, par un souci d'équité, c'est que la contribution
va être en fonction des revenus.
Donc, même si vous avez un handicap ou une déficience, si, exemple — prenons un exemple qui doit exister
au Québec — quelqu'un naît et qui a une déficience
importante ou un handicap, et que ses parents ont de l'argent, puis,
quand il est adulte, il a un héritage, s'il
y a des montants d'argent assez substantiels, cette personne-là va être appelée
à contribuer comme l'autre qui a un
revenu par rapport à... C'est ce que je comprends. Je ne sais pas si le
ministre peut confirmer ça.
Hébert : ...le
revenu, M. le député de Jean-Talon, vous le savez très bien.
Bolduc
(Jean-Talon) :
O.K. On donnait…
Président (M. Bergman) : À l'ordre, s'il vous plaît! À l'ordre,
s'il vous plaît! Il y a une seule personne qui a le micro, c'est le
député de Jean-Talon.
Bolduc
(Jean-Talon) : On parlait d'héritage, mais on parlait
peut-être de... On peut avoir d'autres types de revenus, on peut avoir d'autres types de revenus, parce que, si tu as un
bon montant, tu vas avoir des intérêts, tu peux avoir des entreprises, tu peux avoir un revenu
quelconque. Si je comprends, dans le revenu en tant que tel, ça serait
calculé. Donc, la personne, à la limite, pourrait être appelée à faire une
contribution non pas à cause du fait qu'elle a une déficience, mais dû au fait
qu'elle a un revenu.
Hébert :
M. le Président, une question de privilège, là. Il redit toujours la même
chose. Il n'est pas question d'une contribution. Il est question de
calculer le revenu dans l'assurance, l'allocation d'assurance autonomie, mais
il n'est pas question d'un déboursé.
Le Président (M. Bergman) :
Monsieur…
Hébert : Il va
arrêter de dire des choses comme ça, c'est mal... c'est...
Bolduc
(Jean-Talon) :
M. le Président, M. le Président...
Hébert : …c'est
induire cette commission en erreur, M. le Président.
Président (M. Bergman) : M. le ministre, M. le ministre, c'est
moi qui ai la parole. M. le ministre, c'est moi qui ai la parole
maintenant.
Bolduc
(Jean-Talon) :
M. le Président, on va…
Le Président (M. Bergman) : M. le
député de Jean-Talon.
Bolduc
(Jean-Talon) :
Merci, M. le Président. On va régler le problème...
Le Président (M. Bergman) :
M. le député de Jean-Talon, un moment, s'il vous plaît. M. le ministre, ce
n'est pas une question de règlement. Et je
vous demanderais et je demande à tous les députés autour de la table, incluant
M. le ministre, que la parole est donnée
seulement par le président. Alors, la parole, maintenant, est au député de
Jean-Talon.
Bolduc
(Jean-Talon) : Merci, M. le Président. Je comprends que,
quand le ministre est serré un peu puis qu'on va chercher des vraies affaires,
il a un petit peu de difficultés, là, mais on va en discuter. Quand on parle de
la question d'allocation...
Hébert :
…pas juste moi, là, ou... Vous pouvez intervenir?
Le Président (M.
Bergman) : M. le ministre, vous n'avez pas la parole.
Hébert :
Non, mais pouvez-vous intervenir sur ce qu'a dit le député de Jean-Talon, M. le
Président?
Le Président (M.
Bergman) : M. le député de Jean-Talon a la parole. M. le député
de Jean-Talon.
Bolduc
(Jean-Talon) : Merci, M. le Président. On va regarder le
principe d'allocation, ça dépend comment
vous le regardez. Si vous avez quelqu'un qu'on établit vos besoins, mettons, en
termes monétaires, à 15 000 $, 20 000 $, qui en passant, lorsqu'on a une déficience, ce n'est
pas nécessairement des si gros montants que ça, ce que le ministre, il dit : La personne, elle ne
contribuera pas, elle ne donnera pas d'argent. Mais, quand on va faire son
calcul, s'il y a besoin de
20 000 $ et qu'il y a assez d'argent, ce qu'on va lui faire, c'est
qu'on va lui donner pour 5 000 $, puis, l'autre 15 000 $, il contribuera. C'est comme ça
qu'il faut voir ça, c'est qu'on baisse son allocation en fonction de son
revenu.
Hébert :
M. le Président, est-ce que je peux avoir le privilège d'être bien cité? Ce n'est
pas ce que j'ai dit, M. le Président.
Le Président (M. Bergman) :
M. le ministre, vous n'avez pas la parole, et ce n'est pas à moi pour juger la
pertinence des questions qui sont demandées par les membres de la commission...
Hébert :
...mes paroles, M. le Président.
Le Président (M.
Bergman) : M. le député de Jean-Talon, vous avez la parole.
Bolduc
(Jean-Talon) : Merci, M. le Président. M. le
ministre aura l'occasion
de clarifier les choses, mais la façon
dont... Parce que ce n'est pas toujours clair, hein? Dans les
documents, si vous avez vu, il y a beaucoup de flou, là. Entre autres, on ne sait pas à la fin ça va être quoi, la
contribution du montant selon votre situation à vous autres, selon votre propre situation. Et là il y a peut-être
des gens qui vont faire un saut, parce
qu'il ne faut pas oublier, il y avait une recommandation de monter le maximum, mettons, en CHSLD de
21 000 $ on ne sait pas à quel montant. Ça fait qu'il faudrait
le savoir avant d'adopter une loi qui concernerait l'assurance autonomie.
Est-ce que la personne va payer 21 000 $, ou on va le remonter à
22 000 $, ou on peut monter à 30 000 $? Ça, là, c'est
important pour chaque usager.
Juste
pour continuer mon explication, de la façon dont le ministre en parle, c'est
que, si on estime vos besoins, mettons, en termes de services à un coût
monétaire de 20 000 $, si vous avez des revenus suffisants, c'est que
ça se peut que l'État vous fournisse, un exemple, 5 000 $ et que
vous, vous allez contribuer pour 15 000 $. C'est quoi, la différence entre ce que je viens d'expliquer
versus : Je vous donne 20 000 $ et je reviens vous rechercher par en arrière 15 000 $?
À la fin, la personne va recevoir 5 000 $ de l'État.
Et ce qu'on comprend
dans l'assurance autonomie, puis ça vous concerne parce que… Si vous n'avez pas
de revenu, moi, je suis d'accord avec le
ministre, les gens n'auront pas à contribuer, puis on devrait répondre aux
besoins. Mais, si vous avez des revenus,
quelle que soit votre situation, y compris la vôtre, ce que ça veut dire, c'est
que, si vous êtes quelqu'un qui avez
beaucoup de revenus, à ce moment-là vous êtes appelé à contribuer
indirectement, parce que l'État va vous donner un moins gros montant, et
vous, vous allez devoir contribuer pour compléter vos besoins. Ça, il faut le
comprendre comme ça. Puis, si ce n'est pas ça, j'aimerais ça qu'on me l'explique
comme il faut.
Puis,
juste pour terminer, ce qui est intéressant, c'est que, si vous êtes quelqu'un
qui avez 60 000 $ de revenus, 70 000 $ de revenus par des pensions ou de différentes façons,
ça se peut que, si vous aviez besoin de soins à domicile… Bien, à ce moment-là, c'est possible que vous,
vous soyez obligé de contribuer totalement, tout simplement parce que le
montant ne sera pas suffisant. Je ne sais
pas qu'est-ce que vous en pensez, mais c'est comme ça que moi, je l'ai
compris.
Le Président (M.
Bergman) : M. Lévesque.
M. Lévesque
(Pierre-Yves) : ...
Mme Nadon
(Brigitte) : Trois points. Ex aequo, la position, c'est : Peu
importe le revenu, on ne devrait pas avoir à débourser pour pallier à la
déficience, parce qu'il n'y a personne qui a demandé pour être handicapé. Ce
que Pierre-Yves a compris, c'est que le montant que la personne va devoir
débourser va... Non?
M. Lévesque (Pierre-Yves) : ...
Nadon (Brigitte) : Que l'assurance autonomie va payer en totalité pour
compenser la déficience.
M. Lévesque
(Pierre-Yves) : ...
Mme Nadon (Brigitte) : Ce n'est pas notre rôle de savoir où est-ce qu'on
va prendre l'argent, mais notre rôle, c'est de s'assurer que les
services vont être bien reçus.
M. Lévesque
(Pierre-Yves) : ...
Mme Nadon
(Brigitte) : Le ministre a mentionné tantôt que les services vont être
gratuits et que c'est l'assurance autonomie qui va débourser. À moins qu'il n'ait
pas compris comme il faut.
Le Président (M.
Bergman) : M. le député de Jean-Talon.
Bolduc
(Jean-Talon) : Oui, bien je pense que le ministre va devoir le dire. Si quelqu'un
est handicapé mais qu'il a un revenu,
ce que je comprends, c'est qu'il va être comme dans l'assurance autonomie, c'est-à-dire qu'ils n'appellent pas ça une contribution, mais son allocation
va être baissée en fonction de son revenu. Si ce n'est pas ça, je voudrais qu'on me le dise, là, pour que ce soit bien clair,
mais, s'il y a du revenu, nécessairement ça va être comme les autres
dans le système. Donc, si je comprends bien, l'assurance autonomie ne fera pas votre affaire. Parce que,
s'il y a du revenu puis que vous avez besoin d'un
certain niveau de service, il ne dit pas que vous allez contribuer; il va
baisser le montant que vous allez recevoir, et vous allez compenser de votre
propre poche le montant pour atteindre le niveau que vous devriez avoir. Si ce
n'est pas ça, je veux qu'on me le dise.
Le Président (M.
Bergman) : M. Lévesque.
M. Lévesque
(Pierre-Yves) : …
Mme Nadon (Brigitte) : Oui. M. Lévesque veut répéter la position
d'Ex aequo. La position d'Ex aequo, c'est que, peu importe le
revenu, c'est au gouvernement du Québec de débourser pour pallier à la
déficience.
Le Président (M.
Bergman) : M. le député de Jean-Talon.
Bolduc
(Jean-Talon) : Oui, puis je comprends votre position. Je vous dis juste que ce n'est
pas ça que vous avez là-dedans. Là-dedans, vous allez devoir… Si quelqu'un
a un revenu…
M. Lévesque
(Pierre-Yves) : …
M. Mercier (Yves)
C'est pour ça qu'on a dit qu'on n'était pas d'accord avec le livre blanc.
Le Président (M.
Bergman) : M. le député…
M. Lévesque (Pierre-Yves) :
Mme Nadon
(Brigitte) : Tantôt, M. le ministre a dit que ce serait gratuit.
Le Président (M.
Bergman) : M. le député de Jean-Talon.
Bolduc
(Jean-Talon) : Merci, M. le Président. Pour ce
qu'il s'agit de l'inéquité des services entre les différents CSSS puis entre les différents CLSC à l'intérieur
du même CSSS lorsqu'il y en a plusieurs, c'est une réalité qui remonte à
l'histoire, puis ça, je pense, je suis d'accord avec vous, c'est quelque chose
qui doit être corrigé.
passant, la majorité des points que vous nommez, je pense qu'on est d'accord.
La formation, je pense, c'est important que ce soit standardisé, la
qualité. Il faut respecter également vos choix, je pense, c'est quelque chose
qui est très important.
Mais je pense qu'un
des éléments importants… Puis ça, comme de fait, le principe de revoir la façon
dont le système est organisé, est-ce que c'est par une assurance autonomie ou
par d'autres principes? La question aussi des budgets
protégés, ça, c'est important également. Ça, on y croit aussi, sauf… Est-ce
qu'on a besoin de passer un projet de loi pour protéger des budgets? Je pense que c'est une discussion qu'on
pourrait avoir, parce qu'avoir un projet de loi, ça crée toute une autre
bureaucratie, il faut voir si ça vaut la peine. Ça, j'adopte ça également puis
je peux vous dire qu'on est tout à fait d'accord.
Et, pour terminer, je
tiens à vous remercier d'être venus nous expliquer, parce que le plus
important… Il y a beaucoup de gens qui vont
venir nous parler, mais les gens qui sont dans le système et qui ont à profiter
ou à utiliser des services, je pense,
c'est eux autres qu'il faut entendre pour se faire une meilleure idée par
rapport à ce projet. Merci beaucoup.
Le Président (M. Bergman) :
Alors, Mme Nadon, M. Lévesque, M. Mercier, Mme Marsan,
merci d'être ici avec nous aujourd'hui et partager votre expertise avec nous.
Lévesque (Pierre-Yves) : …
Une voix :
Merci beaucoup. Puis j'aimerais…
Président (M. Bergman) : Et, collègues, compte tenu de l'heure,
je suspends les travaux de la commission jusqu'à 15 heures aujourd'hui.
Merci beaucoup.
(Suspension de la séance à
13 h 3)
Le Président (M.
Bergman) : À l'ordre, s'il vous plaît! Collègues, la commission
reprend ses travaux.
Nous
allons poursuivre sans plus tarder les consultations
particulières et les auditions publiques sur le livre blanc sur la
création d'une assurance autonomie intitulé L'autonomie pour tous .
Alors,
on reçoit maintenant la Fédération professionnelle des préposé-e-s aux
bénéficiaires du Québec. Bienvenue. Alors,
pour fins d'enregistrement, s'il vous plaît, donnez-nous vos noms, vos titres.
Et le prochain 10 minutes appartient à vous.
M. Lemelin
(Michel) : Merci, M. le Président. Michel Lemelin, président-directeur
général de la Fédération professionnelle des préposé-e-s aux bénéficiaires du
Québec.
M. Gagnon
(Daniel) : Daniel Gagnon, gérontologue-conseil.
Président (M. Bergman) : Merci. Alors, vous avez le prochain
10 minutes pour faire votre présentation, suivi d'un échange avec
les membres de la commission.
M. Lemelin
(Michel) : Merci, M. le Président. Mesdames messieurs, c'est avec
plaisir que la Fédération professionnelle
des préposé-e-s aux bénéficiaires du Québec, FPBQ, participe à la Commission de
la santé et des services sociaux
concernant le document L'autonomie pour tous — Livre blanc sur la création d'une assurance
autonomie en vous transmettant ses commentaires, réflexions et
propositions.
Tout
d'abord, la FPBQ tient à saluer l'initiative du ministère de la Santé et des
Services sociaux de proposer la création
d'une assurance autonomie et éventuellement d'une caisse autonomie qui, comme
mentionné dans le document, est réclamée
par plusieurs groupes impliqués dans le secteur des services destinés aux
adultes présentant une perte d'autonomie importante et persistante.
vieillissement de la population. Le livre blanc souligne très bien les
projections démographiques démontrant l'augmentation
marquée du nombre de personnes aînées au cours des 20 prochaines années.
Cependant, comme la mise en place d'une assurance autonomie aura des
répercussions sur une période beaucoup plus longue que 20 ans, il nous aurait paru pertinent d'utiliser le maximum des
informations fournies par l'Institut de la statistique du Québec, soit
sur plus de 40 ans, puisque la situation ira en s'accentuant tout au long
de cette période, créant une pression de plus en plus importante sur les
systèmes de services sociaux et de santé et, par conséquent, sur les finances
publiques.
Par ailleurs, en
mettant l'accent sur la population âgée de 65 ans ou plus, il nous
apparaît que l'on minimise l'impact réel de
la croissance des besoins dus au vieillissement, puisque la cohorte des
personnes de 65 à 75 ans, et même jusqu'à 80 ans, ne constitue
pas un groupe représentatif de forte consommation de services sociaux et de
santé, bien que non négligeable, cette consommation étant beaucoup plus
significative chez les plus de 80 ans.
données concernant les services de longue durée nous apparaissent refléter la
réalité. Cependant, bien que les données
provenant d'autres pays puissent apporter un certain éclairage, nous avons
appris à les utiliser avec parcimonie puisqu'elles
couvrent souvent les services différents des nôtres et qu'il faut également
tenir compte de l'ensemble des aspects socioéconomiques de ces pays.
Ainsi, le niveau de taxation, le nombre, la proportion des clientèles visées,
la quantité des services étatiques offerts
par chacun sont autant de facteurs qui peuvent influencer l'attribution
financière dans un ou l'autre des postes
budgétaires. Il faut également prendre en considération l'équilibre financier
précaire de plusieurs pays, ce qui pourrait venir influencer la
distribution dans l'un ou l'autre secteur d'activité au cours des prochaines
années. D'ailleurs, plusieurs pays ont commencé à recentrer leurs dépenses et
continueront à le faire, compte tenu de la situation économique internationale
instable.
La contribution des
personnes. Voilà, à notre avis, un des aspects importants dont les nouvelles
orientations devront tenir compte en priorité, car deux aspects structuraux de
notre société s'y confrontent, soit la responsabilité individuelle et le rôle
de l'État. Ce dernier aspect a d'ailleurs souvent primé dans nos politiques
sociales-démocrates, déresponsabilisant
petit à petit le citoyen de ses rôles fondamentaux. Dans la situation
économique que nous vivons et que nous
aurons à vivre au cours des prochaines années, il faut s'attendre que le
citoyen soit appelé à contribuer de plus en plus, que ce soit par ses
actions ou ses avoirs.
Parallèlement, la
disponibilité des services de soutien à domicile et d'hébergement fournis par l'État
n'a cessé de décroître depuis le début des années 1990. Avec le vieillissement
tant individuel que collectif que connaît et connaîtra le
Québec au cours des prochaines décennies, nul doute que la situation ira en se
détériorant. Si on met en parallèle l'augmentation potentielle de personnes
âgées et très âgées nécessitant des services sociaux et de santé, les services de
soutien à domicile qui ne répondent que très partiellement à la demande
actuelle, rendant difficile, voire impossible le maintien à domicile pour plusieurs personnes âgées fragilisées,
et les conditions restreignant l'admission en CHSLD, nul doute
que les personnes âgées en perte d'autonomie devront se tourner de plus en plus vers les résidences pour personnes âgées, d'où la nécessité de
mettre en place des mesures efficientes afin de faire face à une demande
croissante de services pour personnes âgées présentant des incapacités de
plus en plus importantes.
Le document semble
présenter l'assurance autonomie comme un programme universel, disponible pour
tout citoyen qui remplit les conditions nécessaires, peu importent ses revenus. La FPBQ pense que,
dans la situation économique
actuelle, l'accès universel ne semble plus être un modèle qui devrait être
utilisé dans les nouveaux programmes gouvernementaux, et même dans certains
autres programmes actuellement en vigueur. Afin d'assurer la pérennité du programme, la FPBQ pense qu'il serait préférable
d'établir un mécanisme de récupération fiscale pour les plus fortunés
semblable à celui utilisé par le gouvernement fédéral dans le programme de
pension de sécurité de la vieillesse.
ailleurs, le message véhiculé par le ministre semble tenir compte de ces
préoccupations, mais le livre blanc ne le laisse pas apparaître avec autant de clarté. Il serait donc important
d'établir clairement les paramètres qui seront utilisés dans le document
final. De plus, la FPBQ se questionne sur les montants qui seront versés aux
bénéficiaires et si, tel que compris à la lecture du livre blanc, ils seront
établis en fonction des profils ISO-SMAF.
Nous
tenons à saluer la volonté ministérielle de proposer un budget protégé en
matière de soins et de services de longue durée. Ici encore, c'est une
action demandée par plusieurs groupes depuis plusieurs années.
ailleurs, la volonté de développer l'assurance autonomie à partir de trois
mouvements concomitants, tel que décrit
en page 20, démontre une grande force de détermination de la part du
gouvernement puisqu'on peut s'attendre à une résistance de la part de la
population en général, qui a toujours priorisé les soins aigus, et
principalement pour les jeunes populations et aussi de la part des médecins,
qui ont tendance à considérer la clientèle en perte d'autonomie importante
comme secondaire car irrécupérable.
Allocation
de soutien à l'autonomie. À la lecture de la
section 4, qui concerne
l'allocation de soutien à l'autonomie, nous
comprenons que la grande
partie des services à la personne ainsi qu'aux
activités à la vie domestique à domicile serait confiée principalement
aux entreprises d'économie sociale en aide domestique. Bien que nous soyons au
courant que déjà plusieurs CLSC utilisent
ces ressources pour offrir des soins directs à la personne, délaissant un
service qu'ils rendaient via les
auxiliaires familiales, nous pensons que jamais, le ministère de la Santé, dans
l'entente de 1996 conclue avec les entreprises
d'économie sociale, que les AVQ ne leur avaient été confiées, au contraire nous comprenions qu'elles
avaient été exclues d'emblée, ce qui fait
qu'à notre connaissance, actuellement, les aides directes à la personne ne sont pas
encadrées par une loi ou un règlement du ministère de la Santé.
De plus, nous
considérons que ceux qui offrent ces services via les entreprises d'économie
sociale n'ont majoritairement aucune formation
pour accomplir ces tâches, contrairement aux auxiliaires familiales qui
détenaient un diplôme d'études professionnelles.
Ceci explique la baisse drastique d'inscription au diplôme d'études
professionnelles Assistance à la personne à domicile depuis quelques années, si
bien que le ministère de l'Éducation a entrepris des démarches afin de
fusionner les cours d'assistance à la personne à domicile, auxiliaire
familiale, et d'assistance à la personne en
établissement de santé, préposé aux bénéficiaires, afin d'avoir une formation
plus adéquate et augmenter la possibilité
de former plus des personnes aptes à offrir des services adéquats à domicile. Le ministère
de la Santé et des Services sociaux aura donc à se positionner dans ce dossier afin
de s'assurer d'un encadrement légal approprié et d'offrir des services à
domicile de qualité par des intervenants formés adéquatement avant de mettre en
place son assurance autonomie, en collaboration avec le ministère de
l'Éducation. À noter que ce besoin
d'exigence de formation ne s'applique pas
seulement aux personnes appelées à donner des services à
domicile, mais à toute personne oeuvrant auprès de personnes âgées
fragilisées, tant à domicile, en résidence qu'en CHSLD.
conclusion, la FPBQ est d'avis que le livre blanc sur la création d'une
assurance autonomie est une avenue très souhaitable. Elle est cependant d'avis que certains éléments tels
l'identification claire des clientèles, les responsabilités de chacun des acteurs, le contrôle de la qualité des
services, le financement détaillé du programme, tant de la part des
usagers, du gouvernement que des transferts de programme, la gestion de la
caisse… autonomie, plutôt, et la formation du personnel,
peu importe le lieu de dispensation des services, devront être revus afin
d'offrir un projet clair qui ira chercher l'assentiment de tous les
groupes et les personnes concernées. Merci beaucoup.
Le Président (M.
Bergman) : Merci pour votre présentation, M. Lemelin.
Alors, maintenant, pour le bloc du gouvernement, M. le ministre.
Hébert :
Merci beaucoup, M. Lemelin, M. Gagnon. Merci de ce mémoire.
J'aimerais
d'abord avoir votre opinion sur le niveau d'investissement qui a été consenti
dans les soins à domicile au cours des dernières années. Est-ce que vous
jugez que ce niveau-là a été suffisant pour répondre aux besoins?
Le Président (M.
Bergman) : M. Lemelin.
M. Lemelin (Michel) : La réponse est non, pour la seule et unique question que, les CLSC,
quand ils ont fusionné avec les CSSS,
malheureusement, quand il y a eu des coupures de budget à ce niveau-là, la
plupart du temps les CLSC se faisaient amputer au niveau de leur budget,
donc ce qui a fait une diminution drastique au niveau des services.
Le Président (M. Bergman) :
M. le ministre.
Hébert :
Et donc la perspective de créer une caisse sécurisée, séparée est une
perspective que vous trouvez intéressante.
Le Président (M. Bergman) :
M. Lemelin.
M. Lemelin (Michel) : Oui,
effectivement.
Le Président (M. Bergman) :
M. le ministre.
Hébert :
Vous parlez, dans votre mémoire, de récupération fiscale, là, si j'ai bien
compris. J'aimerais ça que vous nous
expliquiez ce que vous entendez par là. Par rapport à une modulation de
l'allocation qui serait établie suivant le revenu, vous parlez plutôt d'aller récupérer par la fiscalité une
partie
de l'allocation qui est donnée, alors j'aimerais ça vous entendre
là-dessus. Je comprends votre préoccupation d'équité, mais, le moyen que vous
proposez, j'aimerais le comprendre un peu mieux.
Le Président (M. Bergman) :
M. Lemelin.
M. Lemelin (Michel) : M. Gagnon.
Le Président (M. Bergman) :
M. Gagnon.
M. Gagnon
(Daniel) : C'est sûr que
c'est une proposition comme une autre de récupérer des argents des
personnes qui ont le plus les moyens de se
payer des services. Que ce soit par une récupération fiscale comme l'a fait le
fédéral pour la pension de vieillesse ou une autre méthode, peu importe,
c'est qu'il faut tenir compte de la capacité de payer des individus si on veut offrir des services au plus
de gens possible. Mais, nous autres, c'était une méthode, disons, qui
est connue, celle-là, c'est pour ça que c'est celle-là qu'on proposait, mais on
est bien conscients que ce n'est pas la seule qui peut exister, il peut y avoir
d'autres méthodes aussi ou même plus efficaces. Mais c'est ce qui nous est
venu.
Le Président (M. Bergman) :
M. le ministre.
Hébert :
J'aimerais aborder avec vous la question de la formation du personnel qui est
appelé à donner des soins. Vous
questionnez, là, la formation du personnel des entreprises d'économie sociale.
J'aimerais ça avoir votre opinion sur
qu'est-ce que vous entendez comme étant une formation appropriée pour les gens
qui donnent des soins et services à l'autonomie des personnes.
Le Président (M. Bergman) :
M. Lemelin.
M. Lemelin
(Michel) : Écoutez, M. le
ministre, ce qui est important là-dedans, c'est de donner des soins et
services de qualité. Présentement, dans les
entreprises d'économie sociale, malheureusement, le volet des AVQ, qu'on
appelle, les soins au quotidien ne sont pas pris en charge par toutes les
entreprises d'économie sociale.
Deuxième chose : la plupart du personnel
qui est engagé, oui, il y a une multitude de gens qui sont préposés aux bénéficiaires, mais la plupart n'ont aucune
formation. Donc, ils ne peuvent pas comprendre la nécessité de donner un
bain, de donner à manger ou de faire les toilettes, qui est extrêmement
important.
Troisième
chose : je crois qu'à quelque part on a déjà, dans le réseau de la santé,
des auxiliaires familiales qui ont
une très bonne formation — c'est une formation de 975 heures — qui devraient pallier sur ce côté-là,
pour donner des soins à domicile. Parce que,
vous savez, on n'a pas affaire à n'importe quelle clientèle. C'est une
multitude de clientèles, dont des cas de psychiatrie, et etc. Donc, une
personne mal outillée, quand viendra le temps de pouvoir faire des avancements
au niveau des soins, va être, comme on pourrait dire, mal prise.
Le Président (M. Bergman) :
M. Gagnon.
M. Gagnon (Daniel) : Oui. Tant et
aussi longtemps que les entreprises d'aide domestique à la personne se résumaient aux AVD, aux activités de la vie
domestique, bon, une connaissance plus ou moins grande des services à
rendre puis des techniques à utiliser était
peut-être, disons, moins pertinente. Mais, depuis qu'il y a un transfert, de
plus en plus, des services d'aide à la personne, d'aide directe à la
personne, que ce soit l'aide au bain, ou l'aide à l'habillement, ou peu importe, même à l'orientation, et avec
l'alourdissement des clientèles qui retrouvent à domicile, qui ont des
complexités de conditions de santé et
d'autonomie grandissantes, c'est fondamental que ces gens-là aient une
formation, autant pour savoir bien faire mais savoir aussi… savoir tout
simplement les problématiques dont font face ces clientèles-là et le
savoir-être avec eux autres. Donc, c'est pour ça qu'une formation pertinente,
là, est tout à fait requise.
Le Président (M. Bergman) :
M. le ministre.
Hébert :
Parlez-nous un peu de la formation des préposés. Vous nous avez parlé de celle
des auxiliaires familiales. Parlez-nous de
la formation des préposés, que ce soit dans le réseau public ou dans le réseau
privé. Vous savez que le nouveau règlement sur la certification des résidences privées
impose un certain minimum standard pour la formation des préposés. J'aimerais
vous entendre là-dessus et l'arrimage avec les auxiliaires familiales aussi.
Le Président (M. Bergman) :
M. Lemelin.
M. Lemelin (Michel) : Écoutez,
présentement, la formation des préposés aux bénéficiaires reconnue par le ministère de l'Éducation du Québec, c'est une
formation de 750 heures. Il y a eu un rehaussement depuis quelques
années, et là, présentement, ce que j'ai constaté, c'est que le ministère de l'Éducation
du Québec est présentement dans un chantier afin de développer un nouveau
préposé qui va être adapté aux besoins de ce que la population s'attend pour les soins. Et, sur l'assistance à la personne en
établissement de santé, c'est une formation extrêmement pointue avec une
multitude de compétences, on pourrait dire une douzaine de compétences, ce qui
fait en sorte que la personne est vraiment bien outillée pour être capable de
travailler auprès d'une personne vulnérable.
Comme je vous
disais tantôt, c'est sûr qu'avec le nouveau chantier on veut tenter de
fusionner deux formations, ce qui
veut dire celle des préposés aux bénéficiaires et les auxiliaires familiales.
Le pourquoi, c'est qu'au cours des dernières années, les cinq dernières années, on s'est aperçu graduellement que les
auxiliaires familiales, au niveau de la formation, étaient délaissées au profit des préposés aux
bénéficiaires. Et, quand on regarde ça un peu plus pointu, de plus en
plus de préposés s'en vont en soins à domicile, et pourtant la formation
requise, ça serait auxiliaire familiale.
Le Président (M. Bergman) :
M. le ministre.
Hébert :
Certains pays — la
France, pour ne pas la nommer — ont créé ce qu'ils appellent des auxiliaires
de vie sociale, qui est un peu un amalgame entre le préposé et l'auxiliaire
familiale, le but étant de diminuer le nombre d'intervenants
à domicile pour qu'il y ait le moins de personnes possible qui entrent dans le
domicile. Qu'est-ce que vous pensez de cette orientation-là?
Le Président (M. Bergman) :
M. Lemelin.
M. Lemelin
(Michel) : Je ne connais pas bien, bien cette profession-là
en France, je connais plus mon domaine ici, au Québec. Oui, j'en ai entendu parler. Mon questionnement :
Est-ce que ça va être un nombre d'heures moindre? C'est là
la question.
Hébert : Pour vous,
le nombre d'heures actuel de 750 heures pour les préposés est un plancher.
C'est ce que j'ai compris?
M. Lemelin (Michel) : Oui.
Le Président (M. Bergman) :
M. Gagnon.
M. Gagnon (Daniel) : Oui. Il faut
comprendre qu'avec l'alourdissement des clientèles à domicile il y a une très
forte
partie des clientèles actuellement à domicile qui, il y a 15,
20 ans, étaient en CHSLD, hein, il faut être bien clair là-dessus. Donc, il faut… Puis ça va
augmenter dans le futur. Surtout avec l'assurance autonomie, on va se
retrouver avec beaucoup plus de personnes en perte d'autonomie sévère à
domicile, et une formation adéquate tant à domicile qu'en établissement d'hébergement,
que ce soit public ou privé, est absolument nécessaire.
Quel sera le
niveau? Disons que les barèmes utilisés actuellement par le ministère de l'Éducation nous apparaissent très corrects. Quels
seront les besoins dans cinq ou 10 ans? On ne le sait pas, mais on fait
confiance au ministère de l'Éducation pour suivre l'évolution des besoins et
offrir à ses étudiants une formation de plus en plus adéquate pour pouvoir
justement permettre aux aînés fragilisés de pouvoir vivre dans le milieu qu'ils
choisiront. C'est aussi notre voeu, mais, en ne leur donnant pas non seulement la formation, mais aussi l'encadrement suffisant, il risque d'y avoir encore plus de rotation de personnel qu'on n'en connaît actuellement, tant à domicile qu'en établissement d'hébergement. Ça fait que, si on veut arrêter le mouvement de rotation et rassurer
autant l'utilisateur que celui qui donne les services, il faut qu'une
formation de base et une formation continue
adéquates soient données à ces intervenants-là, parce qu'on a beau… Il ne faut
pas oublier que c'est probablement la clientèle la plus fragile au
niveau de la santé et des services sociaux dont on parle aujourd'hui.
Le Président (M. Bergman) : M.
le ministre.
Hébert : Je voudrais parler maintenant de la qualité et du
contrôle de la qualité. Le livre blanc, l'assurance autonomie prévoit confier aux CSSS la responsabilité de s'assurer de la qualité des services des différents
prestataires. Vous évoquez dans votre mémoire le spectre du conflit d'intérêts.
Alors, j'aimerais ça vous entendre là-dessus, sur ce que vous entendez par le
conflit d'intérêts. Et qui devrait s'assurer de la qualité, si ce n'est pas les
CSSS?
Le Président (M. Bergman) :
M. Lemelin. M. Gagnon.
M. Gagnon (Daniel) : Oui, merci, M. le Président. Écoutez, quand on est celui qui évalue la personne, qui
décide des services qu'on lui donne, qui
évalue la qualité de ces services-là, on risque de pencher plus d'un côté ou de
l'autre parce qu'on est à la fois celui qui donne, qui décide
des services et qui les évalue. Ce qu'on dit, c'est que, l'évaluation — puis
c'est la même chose quand on parle de
certification ou des visites d'appréciation des CHSLD, c'est confié à des
groupes extérieurs aux CSSS — on pense qu'il pourrait y avoir peut-être un
organisme existant déjà, qui s'occupe de contrôle de la qualité, qui pourrait
prendre en charge ces contrôles-là. Mais mettre… donner au CSSS ce mandat-là,
il peut se faire reprocher de vouloir
protéger son personnel, ou ses décisions, ou ses orientations, ou… À notre
avis, à notre humble avis, c'est un risque de conflit d'intérêts. On a
bien dit : Risque de conflit d'intérêts.
Le Président (M.
Bergman) : M. le ministre.
Hébert :
Mais je ne comprends pas, là. Si le CSSS va évaluer la qualité, met des
exigences au niveau de l'accréditation d'une entreprise d'économie sociale,
comment il peut être en conflit d'intérêts? Je ne comprends pas.
Le Président (M.
Bergman) : M. Gagnon.
M. Gagnon (Daniel) : Parce que c'est son propre personnel, parce que c'est lui qui décide
des… Bien, admettons que quelqu'un du personnel du CSSS décide que la
personne a besoin de tel, tel, tel service mais qu'elle en a besoin de plus, O.K., puis qu'on lui donne les services
qui ont été déterminés. Quand elle va faire son évaluation, elle va
dire : Oui, il reçoit les services qu'on a déterminés, c'est correct.
Mais, si ce n'est pas suffisant parce que… pour x raisons, soit qu'il n'y a pas assez de personnel pour donner les
services, soit parce que les services ont été mal identifiés ou
identifiés selon les capacités de payer du CSSS, bien on risque d'avoir des
résultats qui sont discutables.
Mais c'est une
crainte qu'on a. Je ne dis pas… On ne dit pas que c'est exactement… mais c'est
une crainte.
Le Président (M.
Bergman) : M. le ministre.
Hébert :
C'est parce qu'on ne s'entend pas sur l'accréditation, là. L'accréditation,
c'est de dire : Bien, le personnel de
telle entreprise d'économie sociale a le bon niveau de formation, les processus
sont adéquats, etc., là. C'est
plus de cet ordre-là. Et le CSSS, étant l'agent
qui va contracter les services avec l'entreprise d'économie sociale, est
en bonne position pour être en mesure de juger si l'offre de services répond à
des standards.
Le Président (M.
Bergman) : M. Gagnon.
Hébert : Vous parlez, vous, plutôt d'aller contrôler la
qualité, par après, par des inspections, là. On ne parle pas de la même
affaire, là.
Le Président (M.
Bergman) : M. Gagnon.
M. Gagnon (Daniel) : C'est peut-être, M. le ministre, qu'on n'a pas saisi adéquatement
l'orientation que vous proposiez. On
se dit… À la lecture du document, tel qu'on le lit, tel qu'on le comprend,
c'est ce qui nous est apparu. Peut-être
qu'on est dans le champ, ça se peut, mais ce qu'on veut, c'est d'éviter,
justement, qu'on reproche aux CSSS ou qu'on reproche à ceux qui
contrôlent et qui donnent les services de ne pas donner les bons services puis
que ce soit par des questions plus financières que des questions professionnelles.
C'est juste ça.
Mais c'est une
crainte. Ça ne veut pas dire qu'on a raison, mais, à la lecture du document, c'est
ce qui nous est apparu.
Le Président (M.
Bergman) : M. le ministre.
Hébert :
Je comprends mieux votre point. Merci.
Vous
avez dans votre mémoire aussi certaines réserves par rapport à l'objectif ou
l'intention de confier certaines responsabilités administratives à la
Régie de l'assurance maladie du Québec. J'aimerais ça vous entendre là-dessus.
Actuellement, la Régie de l'assurance maladie du Québec gère le programme d'exonération
financière pour l'aide domestique, alors
j'aimerais vous entendre sur les réserves que vous exprimez par rapport à une
implication de la RAMQ.
Le Président (M.
Bergman) : M. Gagnon.
M. Gagnon (Daniel) :
C'est dans le même ordre. Quand l'agent payeur est aussi l'agent vérificateur,
il y a toujours des... bien, en tout cas, on pense qu'il y a toujours des
risques qu'il y ait des priorités qui soient modifiées selon, justement, les revenus qu'on… les budgets qu'on leur donne. C'est
juste une question, je dirais, d'éviter les risques.
On parlait tantôt des
CSSS. Il ne faut pas oublier que, depuis la création des CSSS, plusieurs ont
reproché certaines priorisations de services
au détriment de certains autres. Le maintien à domicile et l'hébergement en
sont. Quand on a, dans une même organisation, à gérer les budgets et les
services des salles d'urgence, des salles d'opération, des hôpitaux, de l'hébergement et du soutien à
domicile, des clientèles jeunes et des clientèles plus âgées, fragilisées, il
est facile de glisser d'un bord ou de l'autre, mais généralement ça glisse
toujours négativement du côté des services aux aînés.
C'est
pour ça qu'on veut que le nouveau plan parte... le nouveau programme,
l'assurance autonomie, parte sur une bonne
base, pour éviter ces glissements-là. Tu sais, oui, on comprend très bien qu'il
y a un budget protégé, mais on est toujours craintifs, hein? Chat
échaudé craint l'eau froide.
Président (M. Bergman) : M. le ministre.
Hébert :
Je vais laisser à mes collègues le soin de poser certaines questions.
Le Président (M.
Bergman) : Mme la députée des Îles-de-la-Madeleine.
Richard (Îles-de-la-Madeleine) : Merci, M. le Président. Je
voudrais revenir justement à la qualité, là. Si on dit : Le CSSS est le gestionnaire, donc il ne pourrait pas
nécessairement vérifier la qualité ou s'assurer que les soins sont de
qualité, mais qui, à ce moment-là, verriez-vous pour gérer et pouvoir avoir une
opinion sur la qualité?
Le Président (M.
Bergman) : M. Gagnon.
M. Gagnon (Daniel) : Si on avait pu vous suggérer, peut-être qu'on vous en aurait suggéré,
mais on sait très bien que dans
d'autres... Que ce soit par la certification des résidences, que ce soit par
l'agrément des établissements, que ce soit par les... j'oserais
quasiment dire les visites qui sont faites dans les CHSLD, il y a un tiers
parti. Ce n'est jamais l'organisation même
qui fait l'évaluation, il y a un tiers parti. J'aurais aimé vous donner le nom
du groupe qui aurait été le plus en
mesure de le faire, mais malheureusement je ne peux pas le faire. Est-ce que
c'est un groupe existant? Peut-être. Un groupe qui a déjà un mandat d'évaluation de la qualité? Peut-être. Est-ce
que c'est un autre groupe? Est-ce que c'est le CSSS? Peut-être aussi,
là. Mais c'est toujours la volonté de ne pas mettre personne en conflit et
avoir à défendre des questions de soins et services de qualité par rapport à
des budgets disponibles.
Le Président (M.
Bergman) : Mme la députée des Îles-de-la-Madeleine.
Richard (Îles-de-la-Madeleine) : Parce
que c'est sûr que le CSSS va avoir
tout avantage à s'assurer que les services
sont de qualité. Les organismes, par exemple, en économie
sociale seraient accrédités, et les
personnes peuvent porter plainte si elles considèrent qu'elles ne
reçoivent pas des bons soins. Ça fait que je pense qu'il y a beaucoup de
mécanismes déjà autour des CSSS, qui sont les gestionnaires et responsables des
services qui seraient offerts, à ce moment-là, parce
qu'on parle des soins à domicile. Ça fait
que les personnes à domicile pourraient, je pense, se plaindre.
Oui? Vous avez une
réaction?
Le Président (M.
Bergman) : M. Gagnon.
M. Gagnon (Daniel) : Vous savez, il y a déjà beaucoup de mécanismes de vérification qui existent,
puis il y a quand même