CAT — 14 February 2017 (41st Legislature, 1st Session)
CAT 2017-02-14
Quebec — Committees
Mme Trépanier
(Marie-Odile) : Merci.
Bonjour, M. le ministre, MM., Mmes les députés. Le projet de loi n° 122 est une étape
importante pour les municipalités. Les municipalités passeraient de simples
administrations, de simples créatures des gouvernements provinciaux à gouvernements de proximité. Il faut voir ça comme une
reconnaissance mais aussi un honneur
et une responsabilité. Et cette responsabilité, au sens,
justement, de M. Hippolyte La Fontaine, c'est être responsables devant les citoyens. Les élus sont
des représentants des citoyens. Donc, ce que nous demandons, c'est un
rapprochement entre les élus et les citoyens.
La première
chose, c'est que, quand on parle de gouvernement responsable, on parle donc de missions. Et
quelles sont les missions des municipalités? Gérer leur territoire. En 2017, gérer les territoires,
ça veut dire dans une perspective de développement durable. Et ça, on ne le voit pas dans le projet de loi. Alors, c'est bien d'augmenter les pouvoirs des municipalités en
matière de développement économique, mais on voudrait aussi que ça soit dans
une perspective de développement durable. Et, quand on parle de développement durable, c'est dans toutes ses dimensions. Il faut revoir
ce qu'on en dit dans la
Loi sur le développement durable. Il y a 16 grands principes dans la
Loi sur le développement durable, et on pense que ça
devrait être pris en compte.
suggère aussi de revenir aux objectifs et aux énoncés du début du projet de loi n° 47 de 2011, le projet de
loi sur l'aménagement durable du territoire et
l'urbanisme. Il y avait là des grands principes majeurs sur la responsabilité conjointe et du gouvernement et des municipalités en matière de gestion du territoire. On parlait de territoire, patrimoine commun pour tous les Québécois. Donc, je vous invite à reprendre ces
grands principes et à les introduire au début de votre projet de loi si
on veut vraiment que ce soit une étape significative.
Donc,
l'autre élément, gouvernement de proximité, renforcement de la démocratie
participative, c'est une nécessité. Aujourd'hui, on élit les élus aux
quatre ans, mais entre-temps il y a plein de décisions qui sont prises, il y a
plein de décisions qui concernent les citoyens dans leur quotidienneté. Et ce
qu'on appelle la démocratie participative, c'est le pouvoir pour les citoyens
de s'exprimer sur les projets en cours.
Donc,
on est très favorables à l'idée que les municipalités ne seront plus
étroitement encadrées comme jadis par des
lois précises et détaillées. On est favorables à l'idée qu'elles aient une
capacité d'initiative et d'innovation dans leur manière de gérer le territoire, mais cet allègement des contrôles
bureaucratiques devrait pouvoir s'appuyer sur un plus grand
rapprochement des élus et des citoyens. Et à ce moment-là on se pose la
question : Quelle est la vision de la démocratie locale sur laquelle
repose le projet de loi? Et on suggère de revenir aux grands principes. Si on
parle de gouvernement, on a besoin d'une démocratie locale qui soit forte, qui
soit mature, qui soit équilibrée, transparente et imputable. Or, on ne voit que très peu d'éléments dans le projet de loi
concernant ces grandes préoccupations. On aimerait qu'il y ait un
véritable bilan et une mise à jour de la démocratie locale au Québec.
y a, parmi les six grands axes du projet de loi, un axe qui porte sur la
transparence et l'information du citoyen. C'est excellent, c'est très bien mais ce n'est pas suffisant. Est-ce que
ça permet vraiment de renforcer la participation des citoyens? On en doute. Et surtout on se pose des
questions quand on voit qu'il y a des propositions du projet de loi
n° 122 qui risquent de réduire significativement la vie démocratique
locale.
j'en arrive à la question de l'abolition du référendum à Montréal et à Québec.
Évidemment, nous, on représente Montréal
et on va parler sur Montréal, mais il y a peut-être des éléments qui pourraient
intéresser Québec. Donc, le projet de loi
propose l'abolition complète de l'approbation référendaire en urbanisme sur
tout le territoire des villes de Montréal et de Québec. Quelles seraient les modalités alternatives de consultation
publique? On n'a rien vu dans le projet de loi qui donnait des
alternatives.
À Montréal, on a
l'Office de consultation publique de Montréal. Alors, est-ce que l'office va
dorénavant, en remplacement, se voir confier
automatiquement le mandat de consulter les citoyens sur toutes les situations
où actuellement les citoyens
bénéficient d'une possibilité de s'opposer par voie référendaire? On ne le sait
pas, la loi ne le précise pas. Est-ce
que l'office va organiser la consultation publique quand il va y avoir des
modifications de règlements d'urbanisme, quand il va y avoir l'adoption de projets particuliers, ce qu'on appelle
les PPCMOI, pour ceux qui connaissent le jargon, projets particuliers de construction, de modification ou d'occupation
d'immeubles? Ça, c'est des projets dérogatoires, je vous rappelle, c'est des projets qui sont dans la
loi d'urbanisme. Le projet de loi ne le précise pas. Donc, on voit là un
sérieux déficit pour les citoyens. Bon,
alors, je passe sur les détails, il y a toutes sortes d'incongruités. On
pourrait même penser que l'office
pourrait être affecté par... Si on enlève le référendum, ça risque de
débalancer complètement le jeu des négociations, alors ça nous inquiète
beaucoup.
on parle de zones de requalification, c'est intéressant, mais ça ne semble pas
concerner Montréal ou Québec. On
parle de zones de requalification, mais, en échange, politiques d'information
et de consultation. Est-ce que ça concerne Montréal et Québec? Ce n'est
pas précisé. À Montréal, bien sûr, on a déjà une politique, mais elle ne
s'applique pas aux arrondissements. Et par ailleurs ce sont les arrondissements
qui adoptent les règlements d'urbanisme, ce sont les arrondissements qui adoptent les projets particuliers. Alors, là, il y a
une incongruité totale. Donc, nous, on voudrait que les arrondissements
soient tenus de respecter les mêmes principes.
On voit aussi qu'il y
aura des quartiers voisins, par exemple, ville Mont-Royal, il y aura une
consultation par référendum et pas dans les quartiers voisins...
Le Président
(M. Auger) : Juste un instant, Mme Trépanier...
Mme Trépanier
(Marie-Odile) : Donc, je conclus...
Président (M. Auger) : Mme Trépanier, juste un instant!
Juste un instant! Est-ce qu'on peut continuer sur votre temps, M. le
ministre? Vous pouvez poursuive.
Mme Trépanier
(Marie-Odile) : Merci. Alors, je conclus sur la procédure
référendaire. On élimine le référendum dans
certains cas, dans d'autres cas on le garde mais on crée des zones particulières. Mais, quand on le garde, il n'y a aucune amélioration qui est apportée au
projet de loi. Alors, nous, on pense que c'est ça, la réponse, il faut
améliorer le référendum. Il y a beaucoup de choses et — en
période de questions, je pourrai vous faire des suggestions — il
faut améliorer la procédure référendaire.
Alors, dans l'état du
projet de loi, nous sommes d'avis que l'abolition du référendum n'est pas
opportune, considérant l'ampleur des bouleversements qu'elle engendrerait à
Montréal et à Québec. Nous croyons qu'il est fondamental pour les citoyens
d'avoir leur mot à dire sur l'avenir de leur milieu de vie. Le mécanisme
d'approbation référendaire constitue une reconnaissance de ce droit et il
incite toutes les parties à préparer de meilleurs projets qui prennent en compte les soucis des citoyens.
Nous croyons donc que ça doit être bonifié et amélioré et non pas
éliminé.
conclusion, nous proposons de retirer cette disposition du projet de loi en ce qui concerne Montréal parce
qu'on la juge prématurée. On juge qu'il
devrait y avoir une analyse plus approfondie de l'état et des modalités de la
consultation publique, de la pertinence de ces mesures et de mécanismes
alternatifs. On souhaiterait que vous invitiez ou que la ville décide, avec les citoyens, de repenser sa politique
de consultations publiques dans le
cadre d'un débat public ouvert et collaboratif avec les citoyens et la
société civile. En définitive, il faudrait d'abord négocier un nouveau contrat
social en matière de démocratie participative au sein de la métropole avant de
jeter le bébé avec l'eau du bain. Merci.
Président (M. Auger) : Merci, Mme Trépanier. Donc, M. le
ministre, vous avez à peu près 13 minutes à votre disposition.
M. Coiteux :
Merci, M. le Président. Merci beaucoup, Mme Trépanier. Merci aussi,
M. Bumbaru, M. Metaxas, pour le mémoire puis pour la
présentation aujourd'hui.
Je commencerais
peut-être par la question suivante. Beaucoup de villes, dont Montréal, par
ailleurs, qui s'est présentée en cette
commission la semaine dernière, nous ont dit que les référendums en matière
d'urbanisme, c'était souvent un
instrument qui faisait en sorte que des intérêts très, très, très particuliers,
directement concernés par un projet dans leur intérêt très individuel et
particulier, se mobilisaient pour aller finalement très souvent, nous
disait-on, à l'encontre d'un projet qui serait dans l'intérêt du plus grand
nombre, qui serait dans l'intérêt collectif.
Qu'est-ce
que vous pensez de ça? Comment vous voyez ça, vous? Après ça, on pourra
approfondir sur la question des mécanismes
de consultation, mais strictement cette idée-là que cette façon-là d'amener les
citoyens à participer dans les décisions
en matière d'urbanisme a tendance, nous dit-on, à faire triompher l'intérêt
particulier contre l'intérêt collectif?
Mme Trépanier
(Marie-Odile) : Oui. Nous
avons plusieurs suggestions à faire à cet égard. Ce n'est pas
toujours des situations de blocage, mais
enfin il en existe, et nous croyons qu'il faudrait davantage
instaurer des mécanismes de concertation
en amont et de médiation. Alors, en droit, par exemple, en droit
familial, il y a des procédures de médiation qui existent. On pourrait introduire ça dans la loi
d'urbanisme. Un autre problème, c'est la grosseur des zones de consultation.
Souvent, les zones de consultation sont beaucoup trop petites. Il faudrait
élargir... Enfin, une solution possible, ce serait
d'élargir les zones de consultation pour avoir une plus grande diversité d'opinions
et avoir un débat plus éclairé.
C'est les deux
principales recommandations concernant le blocage. Et les mécanismes de
médiation sont intéressants aussi parce
que très souvent les municipalités ou les promoteurs n'ont pas la patience de retravailler les
projets et ils disent : Ah! il y a
un blocage, on ne peut plus rien faire. Mais, dans toute négociation, il faut continuer à négocier, il faut continuer à travailler, il
faut continuer à se parler, et c'est ça que nous proposons.
M. Coiteux : Est-ce
que je me trompe si je disais que, dans le fond, des mécanismes de consultation plus robustes, plus approfondis, c'est une meilleure solution que le système actuel de
référendum en matière d'urbanisme ou
bien vous les voyez comme des compléments?
Mme Trépanier
(Marie-Odile) : C'est un petit peu plus complexe que ça parce qu'au
fond le référendum oblige les
promoteurs, oblige les élus à faire des efforts et à trouver des façons. Il y a
beaucoup de projets qui sont mis de l'avant par des promoteurs qui font
eux-mêmes une concertation en amont parce qu'ils veulent comprendre les objections
possibles des citoyens. Mais, si on enlève le référendum, est-ce que vous
pensez que les promoteurs vont faire autant d'efforts? Nous, on pense que non.
Alors,
tu sais, c'est un outil, c'est un levier que possèdent les citoyens pour s'assurer qu'ils vont être pris en
compte. Maintenant, on peut alléger la procédure, on peut la
simplifier. Avec des mécanismes plus formels de concertation, on peut
régler plein de problèmes avant d'aller au vote.
M. Coiteux :
Étant donné que ça n'existe pas ailleurs, ce système-là de référe