Institutions — 24 August 2017 (41st Legislature, 1st Session)
CI 2017-08-24
Quebec — Committees
Donc,
ceci étant précisé pour l'égalité des voix, je vais maintenant rendre ma
décision sur... la présidence va rendre sa décision sur l'amendement de M. le député de Gouin qui a été déposé à
la dernière séance. Je vais rendre ma décision sur la question de règlement soulevée lors de la dernière séance par Mme
la ministre concernant la recevabilité de l'amendement proposé par M. le
député de Gouin introduisant le nouvel
article 1.1.
Lors
de ses remarques, Mme la ministre a indiqué que l'amendement qui vise à mettre
fin au financement public des
établissements scolaires confessionnels n'est pas recevable puisqu'il introduit
un nouveau principe au projet de loi et qu'il est contraire au principe de l'initiative financière de la
couronne codifié à l'article 192 de notre règlement et qui précise que seul un ministre peut proposer une motion
visant l'engagement de fonds publics. M. le député de Gouin indique que
son amendement est recevable puisqu'il vise
le même objectif que le projet de loi et que les établissements agréés aux
fins de subventions en vertu de la
Loi sur
l'enseignement privé sont déjà visés par les dispositions du
chapitre III
du projet de loi.
vous rappelle que nos règles prévoient que les amendements doivent se rapporter
à l'objet du projet de loi et être conformes à son esprit et à la fin
qu'il vise. Il est clair que le projet de loi vise globalement à favoriser le
respect de la neutralité religieuse de
l'État et qu'il établit un certain nombre de mesures en ce sens. Or, bien que
l'amendement proposé par M. le député
de Gouin fasse référence à la neutralité religieuse, ce dernier va au-delà de
tout ce qui est prévu dans le projet
de loi. L'amendement introduit un nouveau principe, soit l'abolition du
financement des écoles confessionnelles, qui n'est pas visé par le projet de loi à l'étude. Notre raisonnement s'appuie
sur les décisions rendues en 2009 par l'actuel député de Jacques-Cartier, qui est la décision 197/16 du
29 mai 2008, et en 2015 par l'actuel député de LaFontaine, qui est
la décision 197/32 du 27 octobre 2015.
ailleurs, il importe de préciser que, même si le projet de loi fait référence à
la
Loi sur l'enseignement privé, cela n'a pas pour effet de rendre
recevable tout amendement concernant cette loi, comme l'a souligné l'ancien
député de Saint-Maurice dans une décision rendue en 2011, le 7 décembre
2011, qui est la décision 197/25, et qui a été réitéré à plusieurs reprises par différentes présidences,
que ce soit le 8 décembre 2011, le 7 juin 2013 et le 11 juin
2015. Les décisions n'ont pas été réécrites mais ont été rendues en
décisions similaires à la décision 197/25.
En conséquence, je déclare
l'amendement de M. le député de Mercier irrecevable.
Enfin, la
question ayant été réglée à la lumière du premier volet, la présidence n'a pas
à se prononcer à l'égard du principe de l'initiative financière de la
couronne.
Je ne sais
pas s'il y a des commentaires sur la décision de la présidence. M. le député de
Gouin, pas de commentaires?
M. Nadeau-Dubois : C'est bien
compris, M. le Président. Merci beaucoup.
Le Président (M. Ouellette) :
Mme la ministre.
Mme Vallée : Je n'ai pas
de commentaire, merci.
Le Président (M. Ouellette) :
Mme la députée de Taschereau.
Mme Maltais : Pas de
commentaire.
Président (M. Ouellette) : Donc, nous reprenons nos travaux. Nous en sommes à l'article 3. Et
nous avions une discussion sur l'amendement introduit par Mme la
ministre à l'article 3 qui introduisait le paragraphe 0.1°. On avait
commencé nos discussions. Mme la ministre.
Mme Vallée : Alors, M.
le Président, nous avions une question très pertinente soulevée par notre
collègue de Taschereau quant à l'application
de l'amendement. Simplement rappeler... Parce que vous vous rappellerez, M. le
Président, qu'on vient introduire l'application,
la portée du principe de neutralité aux députés, aux élus, et on
demandait : Qu'est-ce que ça peut avoir comme impact dans
l'interaction des élus avec les citoyens?
Donc, pour ce
qui est des députés de l'Assemblée nationale, évidemment, c'est clair que les
députés de l'Assemblée nationale sont indépendants dans l'exercice de
leurs fonctions. Ça, c'est déjà prévu par l'article 43 de la
Loi sur l'Assemblée nationale. À ça s'ajoute un certain
nombre de règles, de pratiques auxquelles on est aussi assujettis. Pensons à notre
code de déontologie, sur lequel on a travaillé il y a quelques
années, qui prévoit aussi un certain nombre de principes. Donc, notre
code d'éthique et de déonto prévoit les... vient affirmer les valeurs puis les
principes d'éthique auxquels l'ensemble des
députés, nonobstant notre indépendance de parlementaires... nos
principes éthiques auxquels on doit, nous, s'astreindre. Donc, notre
code indique, par exemple, qu'en notre qualité de députés on est au service des
citoyens. Donc, ça, c'est prévu. Il prévoit
qu'évidemment ça doit nous guider... ce principe-là nous guide
dans l'exercice de notre charge et
qu'en notre qualité de députés on doit aussi rechercher la cohérence entre nos
actions, les actions que l'on pose tous et chacun en notre qualité de
députés, puis les valeurs qui sont véhiculées dans le code. Alors, ça, c'est
présent.
Donc, avec l'amendement
qui est présenté, qui est soumis, M.
le Président, on vient préciser qu'en
notre qualité d'élus on doit
respecter le principe de la neutralité religieuse. Donc, ça, ça veut dire, à toutes fins pratiques, qu'en notre qualité d'élus on ne doit pas favoriser ou défavoriser une personne ou
un groupe en raison de leur appartenance ou de leur non-appartenance à une religion ou en raison de
leurs convictions ou leurs croyances religieuses. Bon, ça, c'est une
chose.
Donc, est-ce
qu'en notre qualité d'élus il nous est permis de refuser, par exemple, une rencontre avec un citoyen en se fondant uniquement sur la
base de la religion? Si on interprète le principe, puis dans l'ensemble du
contexte que j'ai mis en place, ça irait à
l'encontre du principe de neutralité. Dire : Je ne vous rencontre pas
parce que vous appartenez à tel mouvement religieux, en soi, si c'est de
façon très claire et non équivoque la raison qui est invoquée au soutien du
fait qu'il n'y aura pas de rencontre, ça pourrait en effet porter atteinte au
principe de neutralité religieuse.
Ceci dit, le
député, l'élu est maître de son agenda, d'une part. D'autre part, l'élu peut
aussi refuser de rencontrer une personne
s'il a des motifs qui sont propres... notamment si l'élu considère que ce n'est pas bénéfique
pour les citoyens qu'il représente dans leur ensemble, si la rencontre
n'aura pas de portée, n'apportera pas une plus-value à son rôle d'élu. Mais évidemment, là, la question qui était posée, c'est si un élu refuse sur la
base de l'appartenance à une communauté religieuse ou sur le simple principe de la croyance ou la non-croyance.
De façon très... suivant les principes que je vous ai expliqués, ça
pourrait effectivement porter atteinte à la neutralité.
Ceci dit, un élu peut refuser de rencontrer quelqu'un,
nonobstant l'amendement qui est déposé, pour d'autres questions, des enjeux de
façon plus globale. Il n'y a pas d'obligation pour un élu de rencontrer tous
ceux et celles qui formulent une demande. Il
peut y avoir un tas de circonstances qui amènent un élu, suivant... Tout en
respectant son code d'éthique, son
code de déontologie et évidemment son principe d'indépendance, une personne peut
refuser de rencontrer des gens, et
ça, ça ne porterait pas atteinte, en soi, au principe de neutralité. Mais, si
la raison, non équivoque, est évoquée clairement : Non, je ne vous rencontre pas parce que vous
appartenez à telle Église, ou parce que vous êtes d'appartenance... de
religion x ou y — je
ne veux pas en cibler parce que je ne voudrais pas faire de cas d'espèce, là — ou
parce que vous êtes non-croyant, bien, ça, en soi, ça pourrait porter atteinte
au principe de neutralité religieuse.
Le Président (M. Ouellette) : Mme
la députée de Taschereau.
Mme Maltais : Alors, je le dis, là, j'ai déjà
refusé... J'ai deux... Moi, je dis au monde ce que je fais et je ne mens
pas, c'est un principe fondamental dans mes
valeurs. Si je refuse de rencontrer quelqu'un, je lui dis pourquoi. Puis mon personnel est formé à ça, on ne ment pas aux
citoyens. On leur dit : Non... Il m'est arrivé, par exemple, de dire : On ne te rencontrera plus parce que tu as fait — je
vais vous donner un cas récent — 12
ans de prison et que tu es violent, et on ne te rencontrera plus. C'est
délicat, mais ça s'explique.
J'ai déjà
aussi dit au groupe raëlien : Je ne vous rencontrerai pas parce que
vous êtes une secte et que je ne veux pas, même par mon agenda,
encourager, crédibiliser votre groupe. Puis il y en a eu d'autres aussi, j'en
ai nommé l'autre fois en commission parlementaire. Il y a des sectes au Québec. L'Église de
scientologie, je l'ai dit, elle est sur la rue Saint-Joseph, à côté de
mon bureau de circonscription. Je me suis déjà pognée avec des militants de
l'Église de sciento, vous pouvez le croire,
oui, parce que c'est une secte qui est nocive, pour moi. Mais je
leur dis ce que je pense, je ne peux
pas mentir. Moi, je ne peux pas dire : Je vais accepter cet amendement
parce que je peux mentir, je peux jouer au chat et à
la souris.
Alors, je
suis très embêtée, vraiment très embêtée, parce que c'est clair, puis
la ministre en est consciente, elle l'a dit, oui, on va rétrécir la marge de manoeuvre des députés. Je vais vous dire pourquoi ça va la rétrécir : parce que tout le monde est soumis aux lois au Québec,
même les députés de l'Assemblée nationale. Si on fait une infraction au code
routier, bien, on en entend parler ici, on
entend parler dans les journaux, on est punis en triple. Si on fait une
infraction à une loi, on est punis en
triple parce qu'en plus ça se sait.
Et les gens peuvent nous poursuivre si on fait des gestes qui sont des
infractions à la loi. À nous de prouver qu'on ne l'a pas fait. Est-ce qu'en
faisant ça on n'envoie pas le fardeau de la preuve
sur le député? Moi, c'est ce que je comprends, je voudrais que la ministre
s'exprime bien... Parce que, là, moi, je vous le dis, là, je ne mens pas
aux citoyens et je refuse les rencontres avec les sectes, je ne veux pas les
crédibiliser. Une rencontre avec moi à mon
bureau de circonscription, c'est de la crédibilité, je l'ai déjà vu : Oui,
mais on a rencontré la députée, elle nous a reçus. Je l'ai vu comme
geste de crédibilité. Alors, je vais vraiment réfléchir.
L'autre question que je veux poser à la
ministre : Est-ce que ça a été présenté soit au Conseil des ministres soit au caucus? Parce que, comme on n'en avait pas
entendu parler avant, nous autres, là... Moi, j'ai un caucus avec lequel
je veux jaser, là, puis on a tous des caucus qui s'en viennent.
Le Président (M. Ouellette) :
Mme la ministre.
Mme Vallée : Je peux vous
assurer que les amendements déposés ont été présentés et ont fait l'objet de
discussions aux forums utiles. Je ne suis pas du tout du style à déposer des
amendements qui n'ont pas fait l'objet de discussions.
Ceci étant
dit... Vous savez comme moi que les discussions au caucus sont nos discussions
au caucus, mais, ceci dit, jamais je ne déposerai un amendement ou je
n'accepterai un amendement, un amendement de forme ou de fond important, qui n'aura pas fait l'objet de
discussions. Je suis comme ça. Puis, M. le Président, je suis comme notre
collègue, moi non plus... Je suis très transparente avec les gens, puis, si ça
va, ça va; si ça ne va pas, ça ne va pas.
Puis c'est
important qu'on ait cette discussion-là. Vous savez, c'est la même chose, par
exemple... La question de la
neutralité religieuse, c'est une chose, mais prenons, par exemple, la question
qui pourrait être soulevée si un député ou une députée refusait de
rencontrer quelqu'un en raison de son ori