Public Finance — 10 May 2017 (41st Legislature, 1st Session)
CFP 2017-05-10
Quebec — Committees
(Seize heures onze minutes)
Le Président (M. Bernier) : À
l'ordre, s'il vous plaît! Ayant constaté le quorum, je déclare la séance de la Commission des finances publiques ouverte et, bien sûr, je demande aux
personnes dans la salle d'éteindre la sonnerie de leurs téléphones
cellulaires.
La commission
est réunie afin de procéder à l'étude détaillée du projet de loi n° 108, Loi
favorisant la surveillance des contrats des organismes publics et
instituant l'Autorité des marchés publics.
M. le secrétaire, y a-t-il des remplacements?
Le Secrétaire : Oui, M. le
Président. M. Girard (Trois-Rivières) est remplacé par M. Habel (Sainte-Rose); M. Poëti (Marguerite-Bourgeoys) est remplacé par Mme Simard (Charlevoix—Côte-de-Beaupré); M. Reid (Orford) est remplacé par M. Morin (Côte-du-Sud); M. Bonnardel (Granby)
est remplacé par M. Caire (La Peltrie).
Président (M. Bernier) : Merci beaucoup. Donc, je souhaite la
bienvenue à nos collègues, au ministre, aux collègues de l'opposition
qui sont présents, avec qui nous aurons le plaisir de travailler cet
après-midi, ainsi qu'aux recherchistes et
aux gens de l'Assemblée nationale qui nous accompagnent ainsi que du
Secrétariat du Conseil du trésor et du ministère des Finances. Donc,
merci d'être là.
Avant de
débuter avec les remarques préliminaires, je dépose les mémoires des groupes
que nous avons reçus depuis le 30
septembre dernier, c'est-à-dire depuis la fin des consultations particulières
sur ce projet de loi. Donc, ce sont des
mémoires que nous avons reçus depuis cette période. Ce sont de nouveaux
mémoires qui sont disponibles au secrétariat de la commission.
M. le
président du Conseil du trésor, M. le ministre, je vous cède la parole. Vous
disposez de 20 minutes pour vos remarques préliminaires.
M. Moreau :
Alors, merci beaucoup, M. le Président. Permettez-moi d'abord, un, de vous
saluer et de saluer le secrétaire de
la commission de même que le personnel qui nous entoure et qui nous aide à
faciliter nos travaux. Je veux saluer
mes collègues de l'opposition officielle et du deuxième groupe d'opposition
porte-parole en matière de tout ce qui touche le Conseil du trésor.
Appelons ça comme ça. Le mandat s'élargit constamment. Je veux saluer également
les personnes qui les accompagnent et qui
vont, sans aucun doute nous, permettre de bien comprendre et, à la limite, améliorer
le projet de loi n° 108. C'est comme ça que nous devons aborder le
travail.
Vous me
permettrez de saluer de façon particulière le personnel du Secrétariat du
Conseil du trésor, en particulier Mme Blackburn,
qui est à mes côtés, qui nous accompagneront, et qui, elle, m'accompagnera,
tout au long de nos travaux. On sait
que l'étude
article par
article vise justement à bien saisir toutes les nuances
d'un projet de loi, éventuellement à l'améliorer. Donc, je sais qu'on
peut compter sur leurs talents et leurs compétences pour mener à bien nos
travaux.
Alors, ceci
étant dit, je sais qu'on a un horaire écourté, M. le Président, mais il est
important quand même de faire ce
préambule pour expliquer un peu à ceux qui nous écoutent quel est l'état du
projet de loi n° 108, pour lequel, vous l'avez indiqué, il y a déjà eu des consultations. Donc,
on est à l'étape de l'étude
article par
article dans un contexte où il y a déjà
eu des amendements qui ont été déposés, et je veux rassurer mes
collègues de l'opposition officielle, les prévenir qu'il y aura aussi d'autres amendements qui vont être déposés, mais on
va le faire en temps utile pour que vous ayez tout le temps nécessaire d'en prendre connaissance,
pour tenir compte justement non seulement des remarques qui ont été faites
lors des consultations en commission
parlementaire, mais aussi des remarques qui, au fil du temps, ont été faites
soit à la période de questions soit à
l'étude des crédits pour bien saisir et nous assurer de cerner... ou, à tout le
moins, de répondre à des
appréhensions qu'ont pu manifester soit l'opposition officielle ou le deuxième
groupe d'opposition sur l'étendue des pouvoirs que l'on veut donner à
l'Autorité des marchés financiers.
Donc, nous
débutons, M. le Président, l'étude détaillée du projet de loi n° 108, Loi
favorisant la surveillance des contrats
des organismes publics et instituant l'Autorité des marchés publics. Ce texte législatif donne suite à la première
recommandation de la Commission d'enquête sur l'octroi et la gestion des contrats
publics dans l'industrie de la construction, qui est connue sous le
nom de la commission Charbonneau. Alors, dans son rapport final, la commission
était d'avis que — et voici la citation — «la
création d'une instance nationale d'encadrement des marchés publics est la
réponse appropriée pour assurer l'intégrité
des processus. Elle propose donc de reconfigurer le secteur des
marchés publics au Québec en
centralisant une expertise d'analyse et de contrôle au sein [de l']Autorité des
marchés publics — l'AMP.
[...]Indépendant, cet organisme permettrait de regrouper en un seul
endroit les ressources déjà mobilisées au gouvernement en matière
d'analyse et de contrôle...» Fin de la citation. C'est précisément ce que le
projet de loi n° 108 fait.
Permettez-moi
donc d'expliquer ce qui serait la raison d'être de l'Autorité des marchés
publics et d'exposer les bénéfices
que nous prévoyons en retirer pour l'ensemble des Québécois. Fondamentalement,
l'autorité serait une instance centrale,
neutre et indépendante chargée de surveiller les processus contractuels des
organismes publics, ce qui correspond exactement
à la recommandation dont je viens de parler, mais l'autorité, tel que le
prévoit le projet de loi que je dépose aujourd'hui,
disposerait de plus de pouvoirs encore que ceux recommandés par la commission
Charbonneau. Nous allons plus loin,
illustrant là l'importance que nous lui accordons. La création de l'Autorité
des marchés publics constituerait un geste de plus et un geste
d'envergure pour renforcer l'intégrité et la transparence dans le processus
contractuel. Elle contribuerait également à
améliorer la concurrence dans les marchés publics et à permettre aux
entreprises qui souhaitent faire
affaire avec le gouvernement de le faire en toute confiance. Il y a là une
question de transparence mais aussi une question d'équilibre entre le
donneur d'ouvrage et celui qui sera appelé à contracter avec le secteur public.
Comme
je l'ai dit plus tôt, l'Autorité des marchés publics serait, d'abord et avant tout,
chargée de la surveillance de tous les contrats publics, tel que
souhaité par la commission Charbonneau dans son rapport final. Elle agirait en complémentarité avec l'Unité permanente
anticorruption, l'UPAC, et le Vérificateur général du Québec, qui continueront
à exercer pleinement leurs rôles respectifs.
L'autorité aurait plus précisément comme mandat de surveiller les processus
d'adjudication et d'attribution des contrats
publics, de veiller à ce que les organismes publics traitent avec intégrité et
équité les entreprises qui souhaitent
faire affaire avec le gouvernement, de déceler les problèmes spécifiques liés à
la gestion contractuelle de certains
organismes publics et aussi d'intervenir auprès de ces derniers en cas de
besoin. De plus, l'autorité bénéficierait
de pouvoirs d'enquête afin d'examiner les contrats en cours d'exécution dans
des organismes désignés par le gouvernement, ce qui, encore ici, va au-delà de
ce que recommandait la commission Charbonneau. Le premier de ces
organismes identifiés dans le projet de loi est le ministère des Transports, ce
qui n'étonnera personne, étant donné l'importance
du ministère à
titre de donneur d'ouvrage pour le gouvernement du Québec. Les
enquêtes ainsi menées par l'Autorité des marchés publics pourraient même
mener à la résiliation d'un contrat.
projet de loi introduit également un nouveau recours pour les entreprises qui
estiment qu'un appel d'offres public réduit indûment la concurrence. En
premier lieu, un processus de traitement des plaintes de premier niveau devrait être mis en place dans les organismes
publics. Ensuite, et suite à la décision de l'organisme public, donc du premier
niveau, quant à la plainte, l'Autorité des marchés publics pourrait réviser, en
cas d'insatisfaction du plaignant, cette décision.
L'Autorité des marchés publics aurait alors le pouvoir d'ordonner l'annulation
d'un appel d'offres ou encore d'apporter des modifications aux documents
en cause, ce qui nous amène à dire qu'elle pourrait intervenir en amont, pendant et après l'adjudication d'un contrat.
L'Autorité des marchés publics pourrait également examiner la conformité
des processus d'appel d'offres, que ce soit
à la suite d'une plainte, de sa propre initiative, à la demande du président du
Conseil du trésor ou à la demande du ministre des Affaires municipales.
Quant à la portée du
projet de loi, plusieurs amendements ont déjà été déposés — c'est
ce que j'indiquais en ouverture — suite aux consultations particulières, à
l'automne dernier, afin d'assujettir le milieu municipal à l'Autorité des marchés publics. Par ces amendements,
l'Autorité des marchés publics surveillerait ainsi l'ensemble des appels
d'offres des ministères et des
organismes gouvernementaux, des réseaux de la santé et de l'éducation, des sociétés
d'État et des municipalités, d'où son
titre d'«autorité».
Enfin, et tel que le
recommandait le rapport de la commission Charbonneau, l'Autorité des marchés
publics prendrait en charge les fonctions
relatives à l'émission des autorisations de contracter, actuellement assumées
par l'Autorité des marchés
financiers, et serait responsable de la tenue du Registre des entreprises non
admissibles aux contrats publics, fonction
présentement gérée par le Secrétariat au Conseil du trésor. En confiant ces
deux fonctions à l'Autorité des marchés publics, on s'assurera d'une
gestion plus centrale et plus efficiente des marchés publics.
Trois
autres recommandations de la commission Charbonneau ont enfin été prises en
compte dans le projet de loi
n° 108. Il s'agit de celles visant à protéger l'identité des entreprises
qui souhaitent soumissionner, à protéger l'identité des membres des
comités de sélection et à allonger le délai de prescription pénale.
gouvernement mettra tout en oeuvre pour faire de l'Autorité des marchés publics
un organisme efficace partout au
Québec pour le bien des entreprises qui souhaitent conclure des contrats
publics pour le bien de l'État, des municipalités et pour celui de tous les Québécois. Nous
déposerons ainsi plusieurs amendements afin de lui permettre de jouer
pleinement son rôle de surveillance
et de répondre à la préoccupation de plusieurs intervenants quant à son
efficacité. Ces amendements seront,
comme je l'ai mentionné, déposés en temps utile, dans un souci de transparence,
et afin de permettre à mes collègues de l'opposition d'en prendre
connaissance.
création de l'Autorité des marchés publics, une recommandation-phare du rapport
de la commission Charbonneau, est en
droite ligne avec nos objectifs d'intégrité, de transparence et
d'assainissement des finances publiques, que nous partageons tous. Ce projet de loi s'ajoute aux nombreux gestes
posés par notre gouvernement afin que la gestion des contrats publics respecte les plus hauts standards en la matière.
J'entends travailler en étroite collaboration avec tous mes collègues pour que le Québec se dote d'une
véritable autorité des marchés publics efficace, intègre et indépendante
et pour que le gouvernement ouvre davantage
les marchés publics, stimule la concurrence et appuie les entreprises, en
particulier les petites et les moyennes
entreprises qui désirent obtenir des contrats publics dans la poursuite des
objectifs que nous nous sommes fixés dans le dossier du Passeport
Entreprises.
Je vous remercie et je suis disposé à
entreprendre nos travaux avec un espri