Culture and Education — 16 April 2013 (40th Legislature, 1st Session)
CCE 2013-04-16
Quebec — Committees
(Dix
heures trois minutes)
La Présidente (Mme
Richard, Duplessis) : À l'ordre, s'il
vous plaît! Bonjour. Ayant constaté le quorum, je déclare la séance de la Commission de la culture et de l'éducation
ouverte. Je demande à toutes les personnes présentes dans la salle de
bien vouloir éteindre la sonnerie de leurs téléphones cellulaires.
mandat de la commission est de poursuivre les auditions publiques dans le cadre
de la consultation générale sur le projet de loi n° 14, Loi
modifiant la Charte de la langue française, la Charte des droits et libertés de
la personne et d'autres dispositions législatives.
Mme la secrétaire, y
a-t-il des remplacements?
Secrétaire : Oui, Mme la Présidente.
Mme Charbonneau (Mille-Îles) sera remplacée par M. Kelley (Jacques-Cartier).
Présidente (Mme Richard, Duplessis) : Merci. Pour ce qui est de l'ordre du jour, cet
avant-midi, nous allons débuter par les
auditions du Conseil québécois du commerce de détail et le Réseau d'action pour
l'égalité des femmes immigrées et racisées du Québec. Cet après-midi, nous
entendrons la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec, la Centrale des syndicats démocratiques et
la commission scolaire Riverside. Finalement, ce soir, nous poursuivronsavec la Chambre des notaires du Québec et la
Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées
et immigrantes.
Bonjour.
Nous recevons, comme je l'ai dit, le Conseil québécois du commerce du détail.
M. Turgeon, je pense que c'est vous qui
allez être le porte-parole?
M. Turgeon
(Léopold) : …
La Présidente (Mme
Richard, Duplessis) : Je vous
souhaite la bienvenue à l'Assemblée nationale. Je vous demande de vous
présenter et de présenter également les personnes qui vous accompagnent. Et
vous allez disposer d'un temps de
10 minutes pour faire votre exposé. Suivra par la suite un échange avec
les membres de la commission. M. Turgeon, la parole est à vous.
Turgeon (Léopold) : Mme la Présidente, Mme la ministre, Mmes et MM. les députés, bonjour.
Mon nom est Léopold
Turgeon, je suis président-directeur général du Conseil québécois du commerce
de détail. Et je suis accompagné de Me Françoise
Pâquet, à ma gauche, des relations gouvernementales du CQCD, ainsi que
Me Lara Daniel, qui est avocate spécialiste en francisation chez
Lapointe Rosenstein Marchand Melançon.
Le CQCD remercie la
Commission de la culture et de l'éducation de nous donner l'occasion de s'exprimer
aujourd'hui. Essentiellement, le CQCD
comprend que l'objectif recherché par le gouvernement avec ce projet de loi est
de redonner un élan à la charte. Considérant que plusieurs des mesures
proposées s'adressent aux détaillants, le CQCD estime très important de vous
soumettre notre point de vue. À notre avis, il est très important d'abord et
avant tout de bien évaluer la situation pour
être en mesure de proposer des changements appropriés et non pas démesurés à la
loi actuelle.
D'abord,
un mot sur le Conseil québécois du commerce de détail, le plus important
regroupement de détaillants du Québec. Créé en 1978, le CQCD a pour mission de
promouvoir, valoriser, représenter le secteur du commerce de détail au Québec et ses détaillants. Au Québec, nous
avons plus de 45 000 établissements commerciaux. Le commerce de
détail regroupe 438 000 emplois, ce qui veut dire que ça représente un
employeur sur sept, plus de 103 milliards de chiffre d'affaires, dont le CQCD représente 70 % de
ce regroupement-là. Le CQCD a mis en place plusieurs comités
consultatifs dont les enjeux sont cruciaux. Il regroupe des spécialistes, chez
nos détaillants, dans des domaines bien précis. Parmi ceux-ci, un comité de francisation et un comité de ressources humaines.
Tous les deux ont activement contribué à l'analyse du projet de loi sous
étude.
propos de notre engagement en matière de francisation, le CQCD reconnaît depuis
toujours l'importance de la Charte de la
langue française au Québec. C'est pourquoi il a toujours encouragé son respect
auprès de nos membres et collaboré de bonne foi et de façon constructive à son
application par les détaillants. Depuis 35 ans, le CQCD a été en mesure... a
été et demeure, pardon, un partenaire de qualité, en mode solution dans les
dossiers de francisation.
Quelques
mots maintenant sur le contexte actuel du commerce de détail. Permettez-moi de
vous sensibiliser au fait que l'industrie du
commerce de détail vit actuellement des grands bouleversements au quotidien.
Les produits en provenance
des marchés émergents ont changé la donne en approvisionnement et en
distribution, des nouvelles façons de consommer sont apparues, des
nouveaux joueurs de calibre international ont fait leur entrée et d'autres
viendront s'installer ici même, au Québec, prochainement.
En 2013, ces
détaillants québécois font face à la fois à la concurrence de marques, de prix,
de localisation, d'efficacité, aussi à une
concurrence de la part de ses compétiteurs traditionnels et, comme si ce n'était
pas assez, à une concurrence du commerce en ligne. Le CQCD vous invite à
évaluer bien attentivement tous les éléments du projet de loi n° 14 en tenant compte de cette
situation puisqu'avec de nouvelles règles inutilement contraignantes vos
commerces locaux pourraient bien être obligés de fermer leurs portes.
Venons-en
maintenant au projet de loi. De manière générale, le CQCD partage et considère
tout à fait louable l'objectif du gouvernement de favoriser un plus grand usage du français
comme langue de travail et comme langue de service au Québec. Toutefois, les détaillants sont préoccupés et
inquiets quant aux mesures proposées par le gouvernement pour y arriver.
CQCD estime que certaines des dispositions proposées au projet de loi à l'endroit
des détaillants sont injustifiées et parfois
même excessives. De plus, nous jugeons que ce projet, tel que rédigé, envoie au
moins quatre mauvais signaux aux entreprises à l'effet que le gouvernement
entend adopter la ligne dure, soit, le premier mauvais signal : le projet
suggère de mettre fin en bonne
partie au dialogue et de favoriser davantage la
voie des tribunaux. Par exemple, l'élimination de l'obligation de l'OQLF de
mettre en demeure tout contrevenant à la charte ainsi que l'introduction d'un
recours devant la Commission des normes du travail.
Deuxième
mauvais signal, le projet préconise une approche coercitive. Exemple, l'ajout d'un
pouvoir d'enquête au ministre sans aucune balise, l'ajout d'un pouvoir de saisie de l'OQLF
et l'élargissement du pouvoir actuel d'inspection de l'OQLF.
Troisième
mauvais signal, le projet augmente le fardeau réglementaire et administratif
des détaillants, davantage ceux comptant entre 26 et 49 employés. À
titre d'exemple,
l'ajout d'un nouveau fardeau qui soit presque aussi lourd que celui actuellement imposé aux entreprises de 50
employés, l'ajout d'une nouvelle obligation remplie de paperasse
concernant l'évaluation des besoins linguistiques.
finalement, le quatrième mauvais signal, c'est que le projet dicte, dans
certains cas, aux entreprises les procédures à mettre en place. Par exemple, la méthode d'affichage
de la nouvelle pancarte dans les lieux d'affaires des entreprises.
Nous
croyons utile de mentionner les données suivantes dévoilées, automne 2012, par
l'Office québécois de la langue
française : 85,2 % des 6 120 entreprises inscrites auprès de l'office
détiennent leur certificat de francisation; 30 entreprises seulement ne sont
pas conformes présentement au processus de francisation prévu par la loi pour
les entreprises de 50 employés et plus. Vous avez bien entendu, c'est 30 sur
6 120, soit un demi de 1 %.
Le CQCD est d'avis que
les changements proposés par le gouvernement devraient favoriser un encadrement
qui soit à la fois léger, flexible et adapté
le plus possible à la réalité des entreprises, orienté vers l'atteinte des
objectifs visés, justifié, et non excessif, et bien sûr applicable autant par
les entreprises que par le gouvernement. Plus les entreprises bénéficieront d'un
encadrement facilitateur, plus elles pourront contribuer à l'implantation des
mesures favorables à la francisation.
Dans
un communiqué émis le 24 janvier 2013 au sujet de la création d'un comité de
suivi en matière d'allégement réglementaire et
administratif, sur lequel je siège, le ministre des Finances et de l'Économie,
M. Nicolas Marceau, a indiqué ce qui
suit : «Le gouvernement est déterminé à créer un environnement d'affaires
encore plus propice au développement des entreprises. C'est une question
de compétitivité. Bien que la réglementation soit essentielle, il importe d'éviter
qu'elle ne nuise indûment à l'investissement et à la création d'emplois.» Fin
de la citation.
la lecture de notre mémoire, vous avez pu constater que de nombreux éléments du
projet de loi n° 14 posent problème à l'ensemble des détaillants au Québec.
Permettez-moi d'attirer votre attention sur trois d'entre eux.L'assujettissement des entreprises de 26 à 49
employés, le CQCD s'interroge sérieusement à savoir si une telle mesure
est réaliste et souhaitable, autant pour ces entreprises que pour le
gouvernement. Pour les entreprises, il est évident que l'ajout de paperasserie et d'obligations additionnelles en matière
linguistique entraînera des conséquences négatives pour ces employeurs
dans un contexte où il serait pourtant essentiel d'offrir un environnement
réglementaire concurrentiel pour favoriser l'investissement.
L'ajout
de ces nouvelles obligations peut paraître, de prime abord, relativement
simple. Toutefois, lorsqu'on les additionne
aux autres obligations auxquelles les détaillants sont déjà assujettis et que l'on
tient compte du peu d'employés disponibles
pour s'assurer de leur application — par exemple, absence de
département de ressources humaines — elles peuvent facilement représenter un supplément de
travail non négligeable. Il ne faudrait pas non plus sous-estimer les coûts
supplémentaires importants que cela pourrait représenter pour plusieurs d'entre
elles. Est-ce vraiment ce dont le Québec a besoin?
Quant
au gouvernement, le CQCD se demande s'il sera, lui aussi, en mesure de s'assurer
d'une application adéquate de ces nouvelles
dispositions de la loi advenant leur adoption. Aura-t-il suffisamment les
moyens et les ressources nécessaires, tant
humaines que matérielles, pour apporter de l'aide nécessaire à ces milliers de
nouvelles entreprises qui, jusqu'à présent, n'étaient pas assujetties et
qui s'ajouteront aux milliers déjà visés? Le CQCD invite le gouvernement à
réévaluer les mesures proposées.
Deuxième élément, l'élimination de la mise en
demeure. Le CQCD juge cette proposition tout à fait inacceptable. Tel que
nous l'avons mentionné précédemment, cela envoie un message clair aux
entreprises à l'effet que le gouvernement n'entend plus collaborer avec les détaillants et empruntera désormais la
voie des tribunaux. Pour le CQCD, l'approche coercitive suggérée n'est pas justifiée. En effet, selon les données
provenant de l'OQLF, 98 % des plaintes qu'il reçoit annuellement se règlent déjà sans intervention des tribunaux
grâce au dialogue. Pourquoi vouloir judiciariser tout le processus pour seulement 2 % des plaintes?
Par conséquent, le CQCD recommande le maintien de la mise en demeure qui
est prévue à la loi actuelle.
Troisièmement,
la mission et les pouvoirs de l'Office québécois de la langue française. Le
CQCD s'oppose fermement à l'ajout d'un
pouvoir de saisie à l'office. Pourquoi un tel pouvoir alors que les détaillants
se plient aux demandes des inspecteurs et que 85,2 % des
entreprises assujetties détiennent leur certificat de francisation?
En ce qui a trait au pouvoir d'inspection
élargi, le gouvernement va trop loin et il y a beaucoup trop de zones grises, et je
cite : «Prendre des photographies du lieu visité et des équipements, biens
ou produits qui s'y trouvent ou effectuer des enregistrements.» Nous pensons que le fait d'autoriser des
enregistrements pourrait soulever des problématiques en lien avec la
protection des renseignements personnels et la vie privée, dont, par exemple,
le fait qu'un employé soit filmé.
D'autres pouvoirs nous apparaissent à la fois
injustifiés et ambigus. C'est le cas du pouvoir d'«examiner tout produit ou marchandise
qui se trouve dans le lieu visité ainsi que — et je cite — toute chose
utilisée en lien avec l'étiquetage, l'étalage, la promotion ou la vente de produits ou
de marchandises». Que signifie «toute chose»? Enfin, le CQCD tient par
ailleurs à souligner le manque d'uniformisation dans le traitement accordé par
les inspecteurs dans le cadre de leurs enquêtes actuelles.
Voici maintenant quelques pistes de solution
que nous souhaitons adresser. Essentiellement, les mesures que nous proposons sont des mesures qui se situent davantage
en amont du processus de francisation : accroître et divulguer davantage l'information pertinente aux entreprises
relativement à leurs obligations et la rendre facilement accessible via
le site Internet de l'OQLF. Le gouvernement
gagnerait, selon nous, à accroître l'information disponible sur son site à la
fois en français et en anglais. Plusieurs
documents n'existent, à l'heure actuelle, qu'en français seulement et datent de
plusieurs années. Le site de l'OQLF pourrait
être plus «user friendly», comprendre une foire aux questions. Il pourrait
s'inspirer du nouveau site de l'Office de la protection du consommateur qui
comprend une
section pour les consommateurs, les détaillants et même les
enseignants.
L'OQLF
pourrait aussi publier périodiquement des lettres d'information sur des
modifications en vue, des nouveautés, par
exemple, telles que des lettres d'affaires publiées par l'OPC, via également...
en termes de solutions, via le Registraire
des entreprises du Québec. Pour les nouvelles entreprises et celles provenant
de l'étranger, il est important qu'elles connaissent dès le départ les
règles du jeu; même chose pour l'enregistrement de leur dénomination sociale.
Également, instaurer un climat et une
culture de soutien et d'accompagnement des entreprises, et non de méfiance, en mettant en
place, à
titre d'exemple, une ligne téléphonique, en favorisant l'accessibilité
à des formulaires, des guides d'interprétation — malheureusement, les entreprises ont trop souvent peur d'appeler
directement l'office, ce qui est, à mon sens, inconcevable — en améliorant également le processus actuel de traitement
des plaintes et en assurant sa transparence. À cet égard, le CQCD se réjouit de
plusieurs des recommandations de la ministre annoncées en mars dernier, dans le
cadre de la modernisation de l'office.
Bien informer les entreprises des
étapes du processus. Les règles devraient être claires et équitables pour tous. Améliorer la description des plaintes de façon à ce
que les entreprises sachent ce qui leur est reproché, qui est souvent flou à l'heure actuelle. Soumettre par
écrit aux entreprises des informations nécessaires pour apporter les
correctifs et non se limiter à des conversations verbales.
En conclusion, les détaillants du Québec
estiment que le projet de loi n° 14, tel que proposé, emprunte à tort la mauvaise voie, soit
celle de la voie coercitive et judiciaire. Le CQCD juge nécessaire que des
modifications importantes soient
apportées à ce projet dans le but notamment d'éviter une bureaucratie
linguistique qui favoriserait les interprétations de toutes sortes par l'État
de même que des excès de zèle.
Les détaillants estiment que le législateur devrait plutôt
intervenir auprès des entreprises en amont du processus afin de favoriser l'adoption
des solutions optimales et durables et non pas agir à minuit moins quart avant
d'intervenir. L'approche du dialogue et l'accompagnement est définitivement une
meilleure voie à suivre, car elle est davantage garante des résultats et du
succès.
Nous
vous remercions à l'avance de l'attention que vous portez à ces commentaires et
nous offrons notre entière collaboration dans les prochaines étapes entourant
le suivi de ce projet de loi.
La Présidente (Mme Richard, Duplessis) : Merci beaucoup, M. Turgeon. Vous
allez comprendre que vous avez dépassé le temps que je vous avais alloué, donc je
l'ai imputé sur le temps du gouvernement. Nous allons le répartir, par
la suite, de façon équitable avec l'opposition officielle.
Nous débutons nos échanges. Et, dans
un premier temps, Mme la ministre responsable de la Charte de la langue française, vous avez la parole pour le premier échange.
Mme De Courcy : Alors, monsieur, mesdames, merci de
vous être inscrits à cette commission
parlementaire. Votre point de vue est important. Il ne m'est pas étranger, j'ai
eu l'opportunité... vous m'avez fourni l'occasion de pouvoir discuter avec vous après le dépôt du projet de loi. D'abord, d'entrée
de jeu, je voudrais signifier le caractère fouillé de ce que vous présentez. Même si je ne suis pas
en accord avec tout ce que vous mettez de l'avant, le travail est bien
fait, là, je ne peux pas ne pas vous le dire.
J'apprécie grandement vos suggestions
concernant la modernisation de l'Office québécois de la langue française. Dans vos recommandations de la fin, j'y
retrouve ce que nous avons amorcé et je retrouve aussi certains détails qui m'apparaissent
importants de tenir en compte. Et je profite de l'occasion pour vous dire que
les travaux vont bon train et que je suis très satisfaite de l'évolution de ces
travaux que j'aurai l'occasion de présenter dans quelques semaines. Vous savez aussi que nous aurons l'occasion de
nous revoir à nouveau dans les prochains jours, et je suis très contente
aussi que vous ayez accepté de participer à ces séances de travail.
Maintenant,
je comprends et je suis d'accord avec une grande
partie de ce que vous mettez
de l'avant, à savoir que les approches de dialogue, d'accompagnement, etc., je
suis absolument en faveur de ça. Et d'ailleurs, quand j'ai déposé le projet de loi, j'ai bien indiqué qu'il y
aurait des mesures législatives, incitatives et administratives. Donc,
pour ma part, il s'agit là d'une triade qui est absolument importante.
vous mentionne, par ailleurs, que la stratégie commune sur Montréal plus
particulièrement, en 2008, était basée d'ailleurs
sur des approches incitatives et qu'en 2008 toutes les discussions ont porté
justement sur le poids relatif de l'incitation
par rapport à la coercition, quels étaient les bons équilibres à avoir, et puis
finalement il y a eu des approches incitatives qui ont été mises de l'avant,
qui ont connu un certain succès. Mais, du dire d'ailleurs de tous ceux et
celles qui en ont fait le bilan, les résultats ont été plus probants en matière
d'immigration parce qu'il y avait des mesures qui touchaient l'immigration
concernant la question de la francisation du paysage montréalais, bon.
Alors, il y a matière à réflexion dans ce que vous dites.
La commission parlementaire permet de réfléchir à ça. À vous, je vous demanderai de
réfléchir à nouveau sur l'équilibre des mesures incitatives et coercitives, un
peu de la même façon que l'Office de
protection du consommateur, par exemple, a une façon de faire qui implique les
deux tendances, qui ne sont pas contradictoires mais qui doivent être
complémentaires. Je vous inviterais à réfléchir à cela.
Et j'accueille très favorablement votre offre de
collaboration, sur laquelle, bien sûr, je compte bien qu'on puisse travailler avec
vous nécessairement. J'ajoute, par ailleurs, que je vois aussi des ajustements
en termes qui sont à tenir en compte,
là, plus particulièrement. Alors, je vous remercie. Mes collègues vont vous
poser des questions plus précises sur certains aspects. Merci beaucoup
encore de votre présentation.
La Présidente (Mme
Richard, Duplessis) : Merci, Mme la
ministre. M. le député de Saint-Hyacinthe.
Pelletier (Saint-Hyacinthe) : Oui. Merci, Mme la Présidente. Alors, je souhaite…
Bonjour à un collègue ici, Mme la ministre. Bienvenue, les gens du Conseil
québécois du commerce de détail, M. Turgeon, Mme Pâquet, Mme Lara Daniel. Ça me fait plaisir d'être ici aujourd'hui
pour poser quelques questions sur l'orientation ou les commentaires
ou... le mémoire que vous avez proposé. Je
vous félicite pour le mémoire, il y a beaucoup, beaucoup de travail de fait,
beaucoup de travail de recherche, et, c'est bien sûr, ça suscite toujours des
questionnements.
Moi, j'ai des
questions. Vous saluez, au début, l'intention du gouvernement justement de
faire en sorte que le français soit toujours
amélioré ou soit toujours prioritaire au Québec, et je pense que c'est
important. Vous mentionnez que le gouvernement ne devrait pas préférer
la... préfère la voie des tribunaux au lieu du dialogue. Mais, à la lumière des résultats actuels au niveau de la langue
française, l'évolution de la langue au Québec, même dans les commerces à
Montréal et dans l'Outaouais — on va parler de ces deux régions-là — on s'aperçoit même que ce que vous proposez, l'ouverture au dialogue, ça ne rapporte pas
toujours les résultats escomptés.
Moi, ma question va être assez simple : Si l'office
devait laisser aux entreprises le soin de mettre en place les moyens
pour respecter les objectifs fixés en matière de francisation, comment l'office
pourrait-il s'assurer que l'objectif est atteint si on ne procède pas par...
M. Turgeon (Léopold) : En fait...
La Présidente (Mme
Richard, Duplessis) : …M. le député.
Oui, M. Turgeon.
Turgeon (Léopold) : Oui, pardon. En fait, puis vous le mentionnez, la problématique de la
francisation est surtout dans des zones assez
restreintes. Là où on en est présentement, c'est, à partir du moment où même
une
partie de Montréal. — on s'entend que c'est une
partie de Montréal — puis une
partie de l'Outaouais, mais une très petite
partie de l'Outaouais,
où on a une problématique de francisation, où on en est, c'est qu'on va
appliquer tous ces changements-là pour
l'ensemble de la province, alors qu'il n'y en a pas, de problème de
francisation dans l'ensemble de la province. Donc, ça, c'est un point vraiment, vraiment important, sur
lequel il faut revenir. Et je pense que la
partie notamment des petites
entreprises, les 26-49 employés, c'est là où présentement on a beaucoup de
difficultés à voir appliquer des mesures qui vont justement dans le sens généraliste.
Je ne sais pas si ça répond à votre question.
La Présidente (Mme
Richard, Duplessis) : Oui. Allez-y,
M. le député.
Pelletier (Saint-Hyacinthe) : Mais la question, c'est : Comment l'office pourrait
s'assurer que l'objectif est atteint, les
objectifs qu'on se donne pour améliorer la langue française, que ce soit la
langue de travail, que ce soit la langue d'affichage?
Si on passe un projet de loi, justement... Un projet de loi, c'est toujours un
petit peu contraignant pour les gens
qui le subissent, le projet de loi, mais les législateurs, quand ils passent un
projet de loi, que ce soit en environnement, en santé, en éducation, sur
la langue en particulier, bien ça devient une contrainte, bien sûr. Mais
comment le gouvernement pourrait atteindre ses objectifs… l'office pourrait
La Présidente (Mme
Richard, Duplessis) : M.
Turgeon.
M. Pelletier
(Saint-Hyacinthe) : …de l'application?
M. Turgeon
(Léopold) : Oui. Juste un moment, s'il
vous plaît.
Mme Pâquet
(Françoise) : Écoutez... Oui?
La Présidente (Mme
Richard, Duplessis) : Oui. Allez-y,
Mme Pâquet.
Pâquet (Françoise) : En ce qui concerne les façons pour l'office de mesurer l'évaluation,
écoutez, je pense que, si on regarde à travers le gouvernement, dans les différents
ministères il y a certainement des outils, différents outils qui permettent au gouvernement d'évaluer l'application
de certaines mesures de leurs lois dont ils ont la responsabilité d'appliquer. Je pense qu'on intervient... Nous,
notre rôle est beaucoup plus en amont, où ce qu'on tente de dire à l'office,
c'est : Assurez-vous dès le départ que les entreprises connaissent les
règles du jeu.
Au moment où on se parle, l'office n'est peut-être pas l'organisme,
au Québec, qui a été le plus transparent. On
nous a souvent reproché... en tout cas, du moins, souvent nos membres nous ont
rapporté une difficulté d'avoir accès à l'information. Ils vont sur le site, il
n'y a pas d'information disponible. Et là on revient au fait qu'ils sont
obligés d'embaucher des firmes de traduction pour bien comprendre les documents
qui souvent datent des années… de 10, 15...
voire 15 ans. Donc, je pense qu'il y a vraiment un effort colossal, je dirais
et j'ose dire colossal du côté de l'office d'adapter ses outils et de
les rendre beaucoup plus accessibles au niveau des entreprises.
Et c'est pour ça qu'on fait le parallèle avec notamment l'Office
de la protection du consommateur, qui vient de
faire un important virage, selon nous, qui a
complètement renouvelé son site pour le rendre très accessible, avec des
sections dédiées aux consommateurs, des sections dédiées aux commerçants et
même, pourquoi pas, des sections dédiées aux enseignants.
Donc, on voit qu'il y a un effort en amont de fournir toute l'information dont
les entreprises ont besoin, à ce moment-là, on vient leur faciliter la
tâche. Et c'est sûr et certain qu'il risque d'y avoir des résultats en bout de
piste, parce que les entreprises auront les informations à la base pour savoir
quelles sont leurs obligations.
la suite, comment est-ce que l'office... Pour répondre à votre question :
Comment l'office pourra mesurer tout ça?, moi, je pense que ça revient un peu au
gouvernement de ressortir des outils qui sont existants, comme je le
disais, dans différents ministères et qui
permettent de mesurer l'application de tout ça. Est-ce que ça peut être via des
sondages transmis aux entreprises? Je pense qu'il y a déjà différentes mesures
qui existent ailleurs, auxquelles il pourra y avoir un examen de fait
là-dessus.
M. Pelletier
(Saint-Hyacinthe) : Merci
bien.
La Présidente (Mme
Richard, Duplessis) : M. le député de
Bonaventure.
Roy : Merci, Mme
la Présidente. Je salue mes collègues, en ce début de semaine, Mme la ministre, bonjour, mesdames et monsieur. Ma question est simple. À
la page 5 de votre document, vous nous dites que vous déplorez qu'aucune étude sur les impacts économiques du
projet de loi n'a été faite. Certes, votre mémoire a été déposé, si je
ne me trompe, le 11 février, et nous avons déposé un document sur les... bon, Analyse
des impacts économiques du projet de
loi n° 14 , au mois de mars, si je ne me trompe, le 12 mars. Est-ce que vous avez
pris connaissance? Et, si oui, qu'en
pensez-vous?
La Présidente (Mme
Richard, Duplessis) : Oui. Allez-y,
M. Turgeon.
Turgeon (Léopold) : Oui, effectivement, on en a pris connaissance. Qu'est-ce qu'on en pense?
En fait, ce qu'on trouve, d'abord, c'est
difficile de se prononcer puisqu'on n'a pas accès à la méthodologie qui a amené
à cette étude d'impact là. Donc, on souligne
qu'il y a un impact de 24 millions mais qui pourrait être aussi variable à
la hausse parce qu'il manque certains
éléments. Donc, pour nous autres, c'est difficile de dire : Bien, oui, c'est
une bonne étude, ou : Non, ce n'est pas une bonne étude. Donc, on
est ambivalents, compte tenu qu'on ne connaît pas la méthodologie actuelle qui
a été proposée. Qui plus est, on a fonctionné par des estimés. Ma
compréhension, c'est qu'on a fonctionné par des estimés. Donc, pour nous autres, c'est difficile de dire : Bien,
oui, je pense qu'on peut tenir compte de cette étude d'impact ou pas.
Donc, c'est notre position là-dessus.
La Présidente (Mme
Richard, Duplessis) : Oui, il reste
encore 8 minutes.
Roy : Dans l'éventualité
que la méthodologie serait bonne, les chiffres qu'il y a là-dedans, vous en
pensez quoi? Je
sais que vous ne voulez pas spéculer là-dessus, mais, bon, moi, je considère
que probablement que les gens qui ont fait cette étude-là ont respecté les critères de la scientificité et de la
méthodologie pour avoir des résultats valides, et nous partons du
principe que l'étude est bonne. Dans cette optique, pouvez-vous nous dire votre
position?
M. Turgeon (Léopold) : Partant du principe qu'on est
capables, on est en mesure de vérifier la
méthodologie, évidemment, c'est la portion des petits détaillants qui est, à mon
sens, sous-évaluée. Parce qu'il ne faut pas oublier que les petits détaillants, ils n'ont pas beaucoup d'employés et ils n'ont
pas de service de ressources humaines. Donc, à mon sens, quand on veut
partir puis aller chercher toutes les définitions, documenter comme c'est
demandé, je pense que
l'impact va être plus grand que ce que l'étude dit. Mais évidemment c'est sous
réserve de voir comment a été faite cette fameuse analyse là. Mais, pour
moi, il est clair que, pour les petites entreprises, c'est sous-évalué.
La Présidente (Mme Richard, Duplessis) : Merci. Mme la ministre responsable de
la Charte de la langue française.
Mme De Courcy : Bien, je vous remercie. Votre
réaction à l'étude m'interpelle et fait en sorte que je souhaiterais que vous
puissiez en prendre connaissance de façon détaillée. Ma première question, c'est :
Est-ce que vous vous l'êtes procurée, est-ce que vous l'avez, cette
étude-là?
Turgeon (Léopold) : Oui, oui.
De Courcy : Si c'est le cas, je vous
rappelle que, la firme CIRANO, les chercheurs sont des chercheurs émérites, hein, reconnus de façon très importante,
et que, si vous... Il y a déjà, dans l'analyse d'impact… la méthodologie
est quand même donnée. Mais le chercheur qui... Les deux auteurs se sont
montrés très disponibles à pouvoir donner des renseignements
supplémentaires sur la méthodologie, et dont les estimés, qui, dans ces
contextes-là, sont des méthodes de recherche,
des méthodes scientifiques éprouvées dans d'autres études. Et c'est une méthode
sérieuse et qui est même très, très sévère, très sévère. Et en plus de
ça cette analyse-là ne fait que parler de ce que ça va coûter et ne fait même
pas de lien, là, avec ce que ça pourrait rapporter. Donc, c'est très, très sévère.
Je vais donc inviter les... si vous le
permettez, je vais transmettre votre interrogation sur les méthodes et, pour le bénéfice des
membres de la commission, je vais demander à l'équipe CIRANO de détailler et de
calibrer un peu plus leur méthode. Ça
me fera plaisir de déposer ceci, bien sûr, par la voie de la commission, à
votre organisation et aux membres de la commission, pour leur permettre
de mieux... d'être bien sûrs d'avoir compris cette méthode. Voilà.
La Présidente (Mme Richard, Duplessis) : Merci. Nous allons maintenant du côté
de l'opposition officielle. M. le député de
LaFontaine, vous avez la parole.
Tanguay : Pour combien de temps,
Mme la Présidente, s'il vous plaît?
Présidente (Mme Richard, Duplessis) :
Pour 19 minutes.
Tanguay : 19? Parfait. Merci
beaucoup.
Bien, merci beaucoup à vous, d'abord et avant
tout, pour avoir pris le temps de rédiger un mémoire qui est très étoffé, qui est le fruit de votre réflexion, de votre
analyse. Merci également d'avoir pris le temps aujourd'hui de venir en parler
de vive voix.
J'aimerais reprendre la balle au bond.
Évidemment, mon collègue de Bonaventure soulignait la référence que vous faisiez à la page 5 de votre mémoire. Vous aviez
évidemment bien pris soin d'ajouter un mot important, qui était «préalable»,
donc analyse d'impact économique au préalable par le gouvernement, donc avant
le dépôt du projet de loi. On le sait, le
projet de loi n° 14 a été déposé le 5 décembre dernier, et les
études ont été déposées le 12 mars dernier, donc plus de trois mois
après, et c'est à ce moment-là que la ministre en a pris connaissance, tel qu'elle
nous l'a avoué en commission parlementaire.
Et, je ne le sais pas, vous, vos membres…
Parce que vous représentez beaucoup, beaucoup de commerçants, et je pense qu'il est important de souligner :
45 000 établissements commerciaux, 438 000 emplois, donc un
travailleur sur sept, vous représentez
70 % de l'activité économique liée au commerce de détail. Alors, je ne
sais pas comment se gèrent vos
membres, mais j'imagine que, s'ils vont de l'avant avec un projet qui aura
nécessairement des impacts économiques, j'imagine qu'ils ne dresseront
pas le budget, ou le coût, ou l'impact économique plus de trois mois après l'avoir
lancé, l'avoir initié. Alors, je pense que
souligner ce fait-là est tout à fait important et nous démontre un peu la façon
qui a été… ou le chemin qui a été emprunté par le gouvernement.
Et je prends la balle au bond également au
niveau des précisions qui seront demandées par celles et ceux qui ont rédigé ladite étude du 12 mars et je fais écho à
ce que vous nous avez dit ce matin, entre autres à l'article 3 du projet
de loi n° 14, les nouveaux enquêteurs. On peut voir que, pour ce qui
est du coût de ces nouveaux enquêteurs là, qui relèveraient désormais de la ministre… Quel en serait le coût? On sait
que, le 18 février dernier, ici même, au salon rouge, lors de l'étude des crédits, j'ai posé la question
à la ministre : Combien d'enquêteurs? Elle m'avait dit qu'elle n'avait
pas l'intention, pour l'instant… qu'il n'y
avait pas de crédits pour l'instant. Mais, chose certaine, le projet de loi lui
donnera l'occasion d'en nommer. Et, à ce niveau-là,
on peut voir, à la page 3 de la fameuse étude… Et je vous y réfère et je
vous invite, le cas échéant, lorsque les précisions seront fournies par celles
et ceux qui ont écrit le rapport des impacts économiques…
À la page 3, on peut lire, par rapport à ces nouveaux enquêteurs là nommés
par la ministre, et je cite : «Ceci
semble indiquer un manquement antérieur qui demande soit
i) de nouveaux
comportements à ressources inchangées — donc, coût nul — [ou] ii) de nouvelles ressources.» Et, le coût récurrent, la
nature et la quantité qui est évaluée :
«Nous présumons que ceci se fait à ressources inchangées.» Coût : zéro.
Alors, voilà pour les enquêteurs que pourra nommer la ministre.
J'aimerais vous
entendre et peut-être… Je vous laisse évidemment déterminer qui pourrait
répondre, mais je vois que vous avez avec
vous Me Lara Daniel, et j'aimerais peut-être diriger ma question vers
elle, et libre évidemment à M. Turgeon et Mme Pâquet de poursuivre.
Mais, au niveau de ce que vous avez souligné… Parce qu'il y a trois
éléments essentiels sur lesquels vous nous avez entretenus, dont, entre autres,
les enquêteurs. Il y a également la lettre de mise en demeure.
J'aimerais
savoir, au niveau des litiges, je dirais, civils, normaux, la façon de faire
depuis que la procédure estécrite. Et, avant de poursuivre une
partie en
responsabilité contractuelle ou extracontractuelle, elle doit être, en vertu
du Code civil du Québec, mise en demeure.
Elle peut l'être de plein droit, ou il faut envoyer une mise en demeure.
J'aimerais vous entendre là-dessus,
Me Daniel, sur l'importance, l'impact, dans la gradation du dialogue, qu'a
la mise en demeure dans une relation
qui pourrait, le cas échéant, se terminer devant les tribunaux, mais que la
mise en demeure est importante parce que c'est la dernière étape avant,
justement, que l'on dépense des gros sous.
je conclus là-dessus, Mme la Présidente. Le
«pastagate», là, il n'y a pas eu de litige, mais le propriétaire a eu l'occasion d'expliquer
que ça lui avait coûté 4 500 $ d'avocat. Et, quand on dit que c'est
important que la communication soit claire,
soit gradée et de façon systématique, c'est parce que ça a un impact. Alors, j'aimerais
vous entendre sur l'importance de la mise en demeure.
La Présidente (Mme
Richard, Duplessis) : Merci, M. le
député. Mme Daniel.
Daniel (Lara) :
Bonjour. Merci. Bien, en fait, comme nous l'avions souligné dans le mémoire,
selon nous, la mise en demeure doit demeurer.
Selon nous, il n'y a aucune raison pour laquelle la mise en demeure devrait
prendre le bord. En fait, selon les
statistiques qui ont été déposées, seulement 2 % des plaintes ne se
règlent pas. Donc, cela nous fait
croire que 98 % des plaintes sont réglées avant même d'envoyer la
poursuite au Directeur des poursuites criminelles et pénales. Donc, selon nous, oui, en vertu du Code
civil et en vertu des règles équitables, je pense que l'envoi d'une mise
en demeure est une règle de base pour toute
poursuite, de quelque nature qu'elle soit. Le fait d'enlever la lettre de mise
en demeure, selon nous, peut créer un
inconfort pour les détaillants, et ça envoie nécessairement un mauvais message,
qui fait en sorte que la Charte de la langue française deviendrait plutôt un
code pénal, et ça aurait un effet coercitif au lieu de garder ça comme un outil
de prévention.
J'aimerais
également vous souligner, au niveau du processus de plainte, selon nous, il
devrait avoir un encadrement encore plus transparent et, en fait, qui ferait en
sorte qu'un détaillant ou un contrevenant serait en mesure de savoir à
quoi s'attendre comment est-ce que le processus de plainte est encadré par l'office.
En ce moment, si je peux peut-être me prononcer, il n'existe aucun processus de
plainte qui est affiché sur votre site. Je pense que c'est un processus de...
Le processus de plainte en tant que tel, je
pense qu'il devrait être rédigé et suivi de façon non aléatoire par les
représentants auprès de l'office. Je pense
aussi, au niveau du processus de plainte, il serait pertinent d'avoir soit un règlement
interne ou une consultation publique pour faire en sorte qu'il y ait un
règlement qui soit adopté relativement au processus de plainte pour faire en
sorte, en fait, que le processus est transparent.
Donc,
pour répondre à ta question, on croit férocement que la lettre de mise en
demeure, pour bien des raisons, autant des
raisons qui auraient un impact psychologique mais également des raisons
fondamentales au niveau du droit et de la pratique du droit... faire en sorte
que la mise en demeure soit maintenue.
La Présidente (Mme
Richard, Duplessis) : Merci. M. le
député.
Tanguay : Au
niveau de la réalité économique — question
peut-être à M. Turgeon ou à Mme Pâquet — l'on sait qu'à prime abord il y a des mesures qu'il
semble être très facile, pour un législateur, d'adopter. C'est-à-dire, bon,
bien on vous demande d'évaluer un poste, là. Ce n'est pas la mort de personne,
ça, on veut juste vous demander d'évaluer le poste.
Pouvez-vous, s'il vous plaît, justifier... Parce que vous demandez une
connaissance minimale, là, fonctionnelle de l'anglais. Pouvez-vous nous
dire, dans ce contexte-là, vous, entrepreneur, là, PME, pourquoi vous demandez
ça, sur quelle base est-ce que c'est exigé. Et nous, on va en faire une
évaluation, après ça on va vous revenir avec ça. Alors, faites-nous ça.
Donc,
j'aimerais savoir, pour vous, des mesures comme ça, qui au départ semblent
anodines, viennent ajouter... Et c'est ce que vous avez dit, là. J'ai déjà vu un
tableau de toute la réglementation, tout à fait justifiée, mais il faut avoir
ça en tête puis votre citation du ministre
des Finances, qui disait : On est là pour favoriser l'entrepreneuriat, l'efficacité.
Quand on ajoute, il y a nécessairement un impact. Et, moi, l'aspect que j'aimerais
vous entendre également, c'est que, là, non seulement
on doit répondre à une obligation réglementaire ou légale, mais on vient de
créer une relation qui va être en continu.
Alors, vous voulez que
j'évalue les huit postes, ou les 24 postes, ou les 36 postes que j'ai?
Comment je dois faire ça? Voici comment vous devez le faire. Alors, on me l'explique,
je le fais, je le remets. Je n'ai pas bien rempli le formulaire, on me revient là-dessus, on l'analyse, on revient avec mon
bulletin. Et ça, ce sera... Alors, il y a un impact, je dirais, qui est un peu la pointe de l'iceberg
lorsqu'on lit une disposition toute simple : Vous avez juste à évaluer
les postes. Il y a une relation qui se crée puis qui est en continu par la
suite. Et on vous dit, dans la loi, que ça devra être réévalué périodiquement.
Alors, j'aimerais vous entendre, vous qui vivez, là, au jour le jour cet
impact-là tangible.
Turgeon (Léopold) : C'est, hors de tout doute, des éléments qui découragent des
entrepreneurs. Évidemment, là, on parle de la langue française, mais, quand
on met bout à bout l'environnement, quand on met la CSST, quand on met tous les aspects dont doit composer un détaillant,
il est évident que c'est des charges additionnelles qui sont
importantes, qui ici peuvent nous paraître relativement simples, mais, dans un
contexte de développement d'affaires, ça devient très, très complexe. L'entrepreneur,
lui, il n'a pas la connaissance infuse de tous les secteurs, et c'est évident
que ça a un impact très, très important lorsqu'il arrive
pour faire du développement d'affaires. Et ce genre d'approche là, qui est multipliée parce que chacun fait sa demande, fait
en sorte que ça démoralise puis ça décourage les gens, les détaillants à
aller plus loin dans le développement des affaires.
Tanguay : Et
également, et vous l'avez très clairement dit, et ça, c'est un élément qui
ressort de façon quasi unanime, unanime à une
ou deux exceptions des 76 groupes ou individus que nous aurons entendus,
très, très, très clairement, l'épanouissement
du français est un objectif collectif que l'on doit atteindre et on doit
toujours demeurer vigilant. Nous serons toujours face à cette
obligation-là de vigilance, représentant 2 % de la population en Amérique
du Nord. Et, vous l'avez très bien souligné, vous êtes également
partie
prenante de cet objectif-là.
doit vous voir, et c'est un peu le cri du coeur que je reçois, que j'entends ce
matin de votre part, on doit vous voir comme
des partenaires et non pas uniquement, comme législateurs, vous imposer des obligations :
C'est dans votre cour, on se croise les bras
ou à peu près, sauf quand on va se tanner, puis qu'on va vous envoyer un
enquêteur puis qu'il va avoir le pouvoir de saisie — mais ça, je ferme la parenthèse — et on vous regarde aller. À vous maintenant de nous justifier les postes, à vous maintenant d'avoir
des horaires de travail, à vous maintenant de faire la formation
nécessaire à vos employés, tout ça.
Est-ce
que vous avez des exemples de partenariat? On doit vous voir comme des
partenaires. Ça veut dire que l'on doit, comme État, également investir pour
cours de français, au niveau de l'information
qui pourrait vous être donnée quant à l'accessibilité de logiciels qui sont en
français, par ailleurs disponibles en
français. Est-ce qu'il peut y avoir des incitatifs fiscaux par rapport à ça?
Est-ce que vous avez des idées, des
exemples de partenariat où, là, vous diriez : Écoutez, oui, on a notre
objectif, mais c'est par cette voie-là, là, que non seulement on sera capables de faire… puis qu'on n'atteindra pas de
façon trop coercitive et indue notre économie, mais c'est également par
cette façon-là qu'on va avoir des résultats concrets et efficaces?
Turgeon (Léopold) : Bien, je pourrais peut-être parler d'un exemple, les sectoriels de
main-d'oeuvre, où on a un partenariat qui est vraiment intéressant. Cependant, j'aimerais
attirer l'attention… Parce que Mme la ministre nous soulève souvent que les sectoriels de main-d'oeuvre
peuvent nous donner un coup de main. Je rappellerais que l'exercice de planification stratégique a eu lieu il y a
quelques mois avec tous les partenaires, et en aucun temps ça n'a étéidentifié, la francisation, comme un élément
important au moment où on se parle. L'exercice est fait, les budgets ont été
accordés.
on veut se servir des sectoriels de main-d'oeuvre, qui est un bel exemple pour
plusieurs éléments, si on veut se servir de ça, il faudra donner les moyens et les
outils aux sectoriels de main-d'oeuvre pour leur permettre justement de
nous donner de l'aide. Et ça, c'en est un,
exemple de partenariat qui fonctionne bien à travers différents thèmes qu'on
exploite avec les sectoriels de main-d'oeuvre. Mais j'attire encore l'attention
et je le répète pour être sûr de bien être entendu, à l'effet qu'on doit donner les outils et les moyens aux sectoriels de
main-d'oeuvre. En tout cas, dans le commerce de détail, l'exercice vient
d'être fait, et en aucun temps il n'y a une seule ligne là-dessus. Et ça, c'est
tous les partenaires qui sont entendus. Françoise voulait aller en complément d'information.
La Présidente (Mme
Richard, Duplessis) : Mme Pâquet.
Pâquet (Françoise) : Lorsque vous parlez de partenariat, en fait, je pense que… On est
présentement dans une ère de communication et de transparence. Je pense que le partenariat
qui peut être fait avec des associations comme la nôtre, et c'est
souvent le cas, c'est d'agir comme relayeur d'information. Plus les outils, les
guides, le matériel seront importants et disponibles, plus ça fait
partie du
rôle de notre association de les transmettre à nos membres. Donc, les membres n'ont pas à courir après l'information, on
est là pour leur faire part qu'il y a des nouveaux guides qui sont
publiés par l'office et qui peuvent leur venir en aide.
Donc, je pense qu'à ce
chapitre-là il y a beaucoup, beaucoup d'efforts à faire au niveau de l'accroissement
de l'information, la communication de ces
informations-là et la transparence de l'information. Pourquoi? Pour faciliter
le travail des entreprises, qui n'ont pas à se garrocher à gauche et à
droite pour chercher l'information. Parce que, comme on le soulevait, beaucoup
de détaillants n'ont pas de personnes attitrées à ces postes-là. Donc, c'est
souvent le contrôleur, c'est souvent une personne qui fait la comptabilité,
auxquels on leur dit : Demain matin, tu vas devoir appliquer des nouvelles
règles qui viennent s'appliquer au niveau de la Charte de la langue française.
Donc, il ne sait pas de quoi on parle, il
doit chercher l'information, souvent elle est inaccessible. Donc, je pense qu'il
y a un gros, gros travail important qui doit être fait de ce côté-là, d'accroître
l'information et faire en sorte que les règles soient claires, soient connues, qu'il y ait un encadrement, comme Mme Daniel
le soulignait tout à l'heure, un cadre d'intervention qui soit connu detous : Voici ce qu'il en est, voici ce à quoi
je dois m'attendre et voici ce dont j'ai à faire. À l'heure actuelle, ce n'est
vraiment pas le cas.
Souvent,
les entreprises, les détaillants nous appellent : Qu'est-ce que je dois
faire? Je reçois une lettre type, je viens de recevoir une plainte. On peut recevoir six lettres,
les lettres sont presque identiques. On se demande si ce n'est pas du
copier-coller. La description de la plainte est plus ou moins claire, on ne
sait pas du tout sur quoi elle porte. Donc, il y a beaucoup, beaucoup de travail de communication, de clarté d'information.
Et je pense que le cadre d'intervention qui... le rapport qui a été déposé par la ministre, sur la
modernisation, déjà vient de faire un bout de chemin qui est
excessivement important. C'est le début,
mais c'est énorme en termes de nouvelles mesures qui viennent d'être annoncées
pour nos membres.
M. Tanguay : Et je pense que votre message est extrêmement important.
Et je peux peut-être ouvrir une parenthèse
ici. Le 12 mars dernier, date où l'étude d'impact économique a été déposée — mais je ferme la parenthèse, ce n'est pas mon propos — le
12 mars dernier, nous entendions l'Association des marchands dépanneurs et
épiciers duQuébec.
Eux, ils ont 30 % de leurs membres qui sont d'origine asiatique. Elle nous
a déposé de tels documents. Et, moi, c'était la première fois que je voyais ça. Il y avait un guide de base sur ce
que sont les obligations liées à l'application de la Charte de la langue française qui était écrit d'un
couvert à l'autre en mandarin. Et le fait de remettre ce document-là à
30 % de ses membres qui sont asiatiques, et leur première langue,
évidemment c'est le mandarin pour plusieurs… Et il y avait évidemment d'autres... je pense qu'ils étaient en
une douzaine de langues également, par ailleurs. Parce qu'asiatique, c'est plus large. Et d'avoir contribué à rédiger, en
partenariat avec l'office, un tel document, de l'avoir rendu accessible,
déjà là il y avait un bon bout de chemin qui
était fait. Parce que, ces gens-là, on le dit souvent, puis je pense que vous
pouvez me le confirmer, c'est payant de
faire affaire, au Québec, en français. Et tout le monde veut être parmi les
plus performants quant aux services à
offrir en français, quant à l'information également qui doit être suffisamment
détaillée parce qu'en bout de piste c'est sa marque de commerce, c'est
sa réputation, puis, en affaires, il n'y a rien de plus précieux qu'une
réputation. Ça prend des années à bâtir et quelques instants à perdre.
J'aimerais
vous entendre — et vous en avez glissé un mot un peu
plus tôt — sur peut-être une approche également qui soit un
peu plus locale. Il y a des défis liés à Montréal qui sont différents des défis
qui sont liés peut-être à
Québec, à la Gaspésie, au Saguenay. Il y a des défis également à Gatineau. Et
ces défis-là, de un, sont à degrés différents mais, au départ, sont carrément
différents, également, quand on parle entre autres… quand on pense entre autres
à la venue de nouveaux arrivants à Montréal,
l'importance de franciser, ainsi de suite. Est-ce que vous le sentez, vous, sur
le terrain? Sûrement. Et j'aimerais vous entendre là-dessus, l'importance
également d'agir localement.
le Conseil supérieur de la langue française disait, dans son dernier rapport, Redynamiser
la politique linguistique du Québec , disait : Quand on modifie la loi, la charte,
elle s'applique partout au Québec, puis c'est la même obligation pour tout le monde. Qu'avez-vous à commenter…
comment pourriez-vous commenter cet aspect-là?
M. Turgeon
(Léopold) : Moi, je pense qu'il faudrait
être conséquents avec nos objectifs. On est tous pour la globalisation, pour la mondialisation des marchés,
on est tous pour ça. Tout le monde autour de la table va essayer de
faire le meilleur achat possible. Mais il y
a l'envers de la médaille aussi. Ça veut dire que la langue des affaires, qui
est la langue anglaise — on
ne se le cachera pas, c'est la langue des affaires — ça
a des conséquences. Il est évident que, les
entreprises qui utilisent des logiciels en
anglais, par exemple, qui communiquent avec le reste du Canada et/ou les
États-Unis, on ne fera pas un
logiciel en français pour strictement les consommateurs québécois. Ils
travaillent… tout se fait en anglais. Donc, c'est évident qu'il faut tenir compte, dans la réflexion, qu'on est dans
un environnement de globalisation, et la globalisation, bien, ça a les
deux côtés de la médaille. Donc, je pense que c'est un élément important qu'il
faut tenir compte dans notre réflexion. Et,
oui, il y a des grappes où il faut travailler davantage pour sensibiliser, pour
apporter du soutien et du support. Mais ce n'est pas vrai qu'on doit, au
détriment du reste de la province, faire tous ces changements-là.
Présidente (Mme Richard, Duplessis) : Merci. Malheureusement, c'est tout le temps que disposait l'opposition officielle.
Nous allons maintenant vers le deuxième groupe d'opposition. Mme la députée de
Montarville, vous avez la parole pour un temps de cinq minutes.
Roy (Montarville) : Merci à vous, Mme la Présidente. Bonjour, collègues, bon début de
semaine. Mesdames avocates, maîtres, monsieur,
merci, merci pour votre mémoire, merci de vous être déplacés. Je suis
particulièrement contente de vous entendre
et surtout de voir qu'il y a des avocates au sein de votre groupe. D'entrée de jeu,
laissez-moi vous dire que le deuxième
groupe d'opposition, dont je fais partie, on est excessivement sensibles à
toutes les mesures coercitives ou les mesures qui viendront alourdir le
fardeau administratif des entreprises. Pour nous, c'est d'une importance
cruciale. On veut aider les entreprises, alors on est en faveur des mesures d'aide,
de soutien, de support à la francisation. On ne veut pas alourdir votre
fardeau. C'est excessivement important. Vous êtes trop importants pour l'économie
du Québec. Donc, comment peut-on vous aider?, ça, c'est vraiment notre cheval
de bataille.
Outre
cela, je disais que je suis ravie de voir qu'il y a des avocates ici parce qu'on
a commencé à entendre... Un projet de loi, c'est
des idées, on débat d'idées, mais on débat aussi de droit. Nous avons entendu,
la semaine dernière, d'éminents avocats,
Me Julius Grey, le Barreau du Québec. Et là je suis particulièrement
heureuse de voir que vous êtes là et j'aimerais
vous poser quelques questions à saveur plus légale, puisqu'un projet de loi,
dans les faits, c'est du droit. Mon collègue parlait de l'abolition de
la mise en demeure, la mise en demeure qui, comme vous l'avez souligné, est à
la base même de toute poursuite au civil.
maintenant moi, j'aimerais vous entendre parler sur ces fameuses saisies que l'article 175.3,
auquel vous vous opposez, pourrait permettre
finalement. Le projet de loi pourrait permettre ces saisies, ces saisies sans
mandat. Alors, j'aimerais que vous m'expliquiez
dans quelle mesure c'est un irritant pour vous et un irritant légal qui ne
respecte pas le droit naturel, le droit fondamental.
La Présidente (Mme
Richard, Duplessis) : Mme Daniel.
Daniel (Lara) :
Merci. Bien, en fait, comme vous le savez, dans la plupart des cas, lorsqu'on veut saisir des biens, habituellement il faut avoir un mandat
pour saisir. Une saisie de biens ne se fait pas sans mandat. Quand on saisit des produits contrefaits, par exemple, il
faut avoir un mandat. C'est un huissier, habituellement, qui va faire la
saisie. Donc, selon nous, donner un pouvoir de saisie, c'est excessif,
premièrement, c'est injustifié, et ça a quand même des conséquences énormes sur le détaillant qui se fait saisir des biens.
Donc, selon nous, le pouvoir de saisie, de loin, est un des éléments les
plus importants, là, à considérer dans le projet de loi.
Et les détaillants ont vraiment démontré énormément de
réticence au pouvoir de saisie. Je vous dirais même que c'est vraiment un
élément qui les a marqués, là, de façon assez fondamentale, là. Donc, pour
nous, le pouvoir de saisie n'a aucune raison d'être, d'autant plus que
les enquêteurs ont le pouvoir de prendre des photos. Donc, en prenant des photographies de biens qu'ils pourraient saisir,
je ne vois pas la pertinence d'avoir un pouvoir de saisie dans la mesure
qu'on veut conclure s'il y a contravention à la charte ou pas.
Mme Roy
(Montarville) : Vous disiez que les
conséquences pourraient être énormes pour vos membres. Pourriez-vous nous
donner des exemples de conséquences? Par exemple, s'ils sont inquiets, ils ont
manifesté leur inquiétude? Ça pourrait ressembler à quoi?
Turgeon (Léopold) : Bien, par exemple, si la télévision est en anglais ou la documentation
est en anglais, ils auront le pouvoir de saisir l'ensemble des télévisions de ce modèle-là
en particulier. Donc, évidemment, pour le détaillant, c'est une conséquence majeure, donc. Puis ça, c'est
un élément. C'est au niveau des logiciels, c'est au niveau… donc tout ce
qui comporte le commerce de détail, donc, évidemment dans un environnement de
globalisation, comme j'expliquais tout à l'heure, c'est évident que ça peut
avoir des conséquences et financières et aussi des conséquences de notoriété
pour le détaillant.
Roy (Montarville) : Si on poursuit dans la même veine — et je profite du fait qu'il y a deux avocates ici avec nous — y a-t-il d'autres
irritants légaux que vous voyez dans ce projet de loi, qui sont
particulièrement... et dont on n'aurait pas élaboré suffisamment?
Pâquet (Françoise) : Est-ce que c'est... Je n'oserais pas les qualifier d'irritants légaux,
mais je pense qu'il peut y avoir un lien. On vous l'a soumis, d'ailleurs, comme piste de
solution. Quand, dans les mesures de francisation, on a... Plusieurs
détaillants, notamment des franchisés, nous ont dit : Écoutez, est-ce qu'on
va devoir vous soumettre individuellement
des mesures de francisation? Ça peut viser 50 entités qui vont devoir
soumettre des programmes ou des mesures de francisation, alors que c'est
là l'idée qu'on nous amenée, par rapport à tout l'exercice d'équité salariale
qui a été fait voilà quelques années, qu'il
y avait eu une réaction, de la part des entreprises, assez importante, en
termes de lourdeur, de compréhension, et tout ça. Et les entreprises
nous avaient dit : Grâce à la collaboration ou en tout cas, du moins, au dialogue qu'on a eu avec le
gouvernement, on a pu leur faciliter la tâche en leur mettant des outils
juridiques qui leur permettent de se regrouper ensemble pour développer un
programme commun à tous.
Et là on entre dans
votre préoccupation d'allégement administratif des entreprises, donc ça devient
beaucoup moins lourd pour eux. Et, à ce
moment-là, on est venu aussi simplifier le processus pour les entreprises en
leur mettant un outil volontaire à
leur disposition pour implanter des mesures. Donc là, les entreprises se
concentrent vraiment sur ce qu'elles ont à faire et non sur de la
paperasse à remplir et essayer de comprendre le processus.
La Présidente (Mme
Richard, Duplessis) : Merci beaucoup. Merci
beaucoup, Mmes Pâquet, Daniel, et M. Turgeon. Malheureusement, c'est
tout le temps dont nous disposions.
je demande aux représentantes du Réseau d'action pour l'égalité des femmes
immigrées et racisées du Québec de prendre
place.
Nous allons suspendre
les travaux quelques minutes.
(Suspension de la séance à 11
heures)
La Présidente (Mme
Richard, Duplessis) : À l'ordre, s'il
vous plaît! Nous reprenons nos travaux.
Bonjour, mesdames,
bienvenue à l'Assemblée nationale. Mme Chouakri, c'est vous qui êtes la
porte-parole? Je vais vous demander de vous
présenter et de présenter également la personne qui vous accompagne. Vous disposez
d'un temps de 10 minutes pour faire
votre présentation. Par la suite, suivra un échange avec les membres de la
commission. La parole est à vous.
Chouakri (Yasmina) : Merci. Tout d'abord, bonjour, Mme la Présidente, Mme la ministre,
messieurs dames les fonctionnaires et puis les
membres de l'opposition. Mon nom est Yasmina Chouakri, je suis présidente du
Réseau d'action pour l'égalité des femmes
immigrées et racisées. Mais j'ai un deuxième chapeau, qui est celui que je
coordonne le volet Femmes, à la TCRI, bien
que la TCRI, je sais, passe ce soir, mais on a un réseau également de femmes
immigrées.
À mes côtés, c'est Claude Yvette Akoun, qui est
directrice de l'AFIO, c'est l'Association des femmes immigrantes de l'Outaouais,
qui est aussi membre du C.A. de la TCRI et qui porte le dossier Femmes à la
TCRI, au conseil d'administration, et son organisme est aussi membre de
ce réseau qui présente aujourd'hui ce mémoire. Alors, on va essayer... on va tenter d'insister sur les points les plus
importants qui concernent évidemment les femmes immigrées et racisées. Je
vais reprendre un certain nombre de points, présenter rapidement le réseau
avant, et, puis, laisser l'occasion… parce que Mme Claude Yvette Akoun, étant sur le terrain, va
pouvoir illustrer certains des points que nous apportons dans le mémoire
par des exemples très concrets de situations que vivent les femmes immigrées et
racisées en matière de francisation.
Alors, nous, nous utilisons le terme «racisées». On dit
«immigrées», ça inclut l'ensemble des statuts
d'immigration. Et, quand on utilise le terme
«racisées», le concept de racisation, ce n'est pas qu'on reconnaissance l'existence
des races; au contraire, c'est plutôt qu'on considère qu'il y a des
groupes qui sont discriminés dans la société comme personnes immigrées ou non et qui vivent quasiment une
situation… — comment dire ça? — où on les essentialise dans certaines choses. Et c'est de la
même façon qu'on définit, entre guillemets, la race, même si on n'adhère pas du
tout à ce concept-là.
Bref,
je ne veux pas trop entrer là-dedans, ce n'est pas l'objet. Je veux juste dire
que le Réseau d'action pour l'égalité des femmes immigrées a été créé depuis
mars 2011 par un comité de réflexion qui avait été mis en place, sur la
situation des femmes immigrées, depuis 2008. Donc, il est composé de membres
individuels et puis de membres, aussi,
organisationnels, comme par exemple l'AFIO. L'objectif de ce réseau est de
favoriser la concertation entre les femmes immigrées et racisées, de développer des pratiques et de lutter contre
toutes les formes d'inégalité et de discrimination qui touchent les
femmes immigrées au Québec.
Alors, il faut savoir aussi
que ce réseau-là aussi se situe un peu comme interface entre le Mouvement communautaire de l'immigration et le Mouvement des
femmes. Par exemple, nous sommes aussi membres du Groupe des 13, qui est une coalition d'organismes du
Mouvement des femmes qui intervient sur des revendications qui
concernent l'ensemble des femmes du Québec.
Le point important sur
lequel nous voulons insister aujourd'hui dans ce projet de loi et qui nous
inquiète énormément, c'est l'absence d'utilisation et de proposition d'utilisation
de l'Analyse différenciée selon les sexes. Nous
savons tous qu'au niveau de l'ensemble des
politiques comme des lois, «égalité» ne veut pas dire «équité». On ne peut pas
traiter les femmes immigrées et les hommes immigrés de la même façon. Alors,
avoir des programmes et des politiques qui s'adressent
aux deux groupes, qui sont des programmes et politiques tout à fait identiques,
n'assure pas forcément l'égalité d'accès et n'assure pas forcément l'équité.
Donc, pour nous,
traiter d'immigration de façon globale, c'est impossible, c'est un anachronisme
parce que les hommes et les femmes immigrés ont des parcours complètement
différents et ont des besoins tout à fait différents et tout à fait
spécifiques. Et ça, on n'a pas besoin d'insister beaucoup là-dessus. Je vais
juste citer une étude, basée sur le recensement de 2006, qui a été publiée par
Pierrette Beaudoin, au ministère de l'Immigration et des Communautés culturelles, et qui concluait, d'ailleurs — bon, cette étude est quand même sortie il n'y a pas très
longtemps non plus — et qui concluait que les femmes immigrées, ce sont elles
qui participent le moins au marché du travail, avec un taux d'activité qui est le plus bas de tous les groupes
dans la société, pas seulement parmi les immigrants, mais dans la
société québécoise dans son ensemble.
Donc, il y a d'autres
facteurs. La TCRI a effectué, en collaboration avec notre réseau, une tournée
auprès des femmes immigrées en 2010-2011. Et ce qui était ressorti,
effectivement, c'est que les femmes qui ne maîtrisaient pas le français, les femmes immigrées non francophones
vivaient une boucle, un enchevêtrement d'obstacles dans lequel elles s'isolaient
complètement parce que le non-apprentissage du français ne leur permettait pas
d'accéder à l'emploi, et ainsi de suite, et le non-accès aux places aux
garderies ne leur permettait pas d'accéder aux cours de français ni à l'emploi,
etc., donc une espèce de boucle sans fin qu'on avait soulevée de façon
importante.
L'autre
élément le plus important qu'on avait soulevé, qui a été aussi... qui est
ressorti lors des états généraux, qui ont d'ailleurs été, à l'époque, appuyés par le
ministère de l'Immigration et des Communautés culturelles… Lors desétats généraux, en janvier 2012, qui portaient sur
la situation des femmes immigrées et racisées, c'est qu'il y avait une
grande question qui était ressortie. C'est
qu'après une durée de 18 mois de francisation comment se faisait-il que, pour
beaucoup de femmes, un bon pourcentage de
femmes immigrées, le français n'était pas maîtrisé encore comme langue? Alors,
c'était vraiment de dire : Qu'est-ce
qui se passe? Où est le problème? Et, dans l'échantillon des femmes qu'on a
rencontrées lors de la tournée, 37 % des femmes qui avaient
bénéficié de cours de francisation disaient qu'elles n'avaient pas... ça ne
leur avait pas permis pour autant d'accéder à des emplois et leur niveau de
français était toujours jugé insuffisant.
Alors,
à partir de là, on a eu, lors des états généraux aussi, des recommandations qui
sont ressorties, qui étaient vraiment
importantes, qui sont importantes à rappeler, c'est notamment d'assurer une
francisation qui est facilitatrice de l'intégration
socioéconomique. Et, dans ce sens-là, on peut entendre que... peut-être revoir
le contenu de la francisation, peut-être, avec une
partie de
francisation générale, éventuellement — mais ça, ce n'est
pas pour des personnes qui sont déjà en emploi, c'est des personnes qui ne sont
pas encore en emploi — et avec une
francisation peut-être plus spécialisée en fonction de la qualification des
personnes immigrées et également en tenant compte des besoins et des bassins de
main-d'oeuvre et des besoins en main-d'oeuvre au Québec.
Alors,
ça, ça serait peut-être un questionnement intéressant à avoir, l'uniformisation
des cours de français aussi parce que les
personnes qui... les femmes ont des niveaux très différents — puisqu'on parle des femmes aujourd'hui, mais c'est valable aussi pour les hommes — c'est
vraiment d'essayer d'uniformiser les apprentissages pour qu'il y ait des groupes, des personnes qui aient le même niveau dans
les mêmes cours...
Mme Akoun (Claude
Yvette) : Je voudrais juste...
Mme Chouakri
(Yasmina) : Oui…
Mme Akoun (Claude
Yvette) : Je voudrais juste clarifier
ici pour donner un exemple. Dans mon organisme, à l'Association des femmes immigrantes de l'Outaouais, qui, depuis 2006,
a commencé les cours de francisation de base, des cours sur mesure pour adultes à temps partiel avec un nombre très
faible de femmes, on a, dans des cours, par exemple des
femmes qui sont analphabètes, des femmes qui sont d'un certain âge, qui n'ont
jamais vraiment eu accès à l'école, qui
étaient, par exemple, dans des camps de réfugiés, qui se retrouvent avec des
femmes des universités, des femmes de niveau
collégial dans un même un groupe-cours. Évidemment, vous comprendrez que, dans
ce cas-là, l'apprentissage n'est pas
facilitant pour ni l'un ni l'autre puisqu'il faut que le prof s'ajuste
constamment à chacune, à des besoins de chacune de ces femmes-là.
Mme Chouakri
(Yasmina) : Oui. Alors, parmi aussi
une des actions qui avaient été préconisées, qui était importante, c'est
vraiment d'offrir certains documents de base, notamment ceux sur la
francisation dans les langues maternelles.
Il y a beaucoup de femmes immigrées qui n'ont pas l'information exacte sur la
francisation parce que ça passe souvent
par le requérant principal, qui est l'homme, et cette information n'arrive pas forcément à la femme
pour différentes raisons pour lesquelles on ne
va pas rentrer là-dedans actuellement.
puis peut-être avec certains groupes de femmes très différents… Parce que, lors
de la tournée, on a rencontré des femmes de l'Asie,
notamment de Chine et… de cette région du monde, qui nous disaient qu'elles
avaient de grandes difficultés en francisation parce qu'elles avaient des
repères culturels tellement différents, même dans l'expression, que peut-être que ça serait important qu'il y ait
des cours parfois spécifiques pour des groupes de populations ou des
groupes de femmes en particulier.
Et puis on va insister aussi au niveau de... Même si on
est, dans l'ensemble, d'accord avec l'ensemble de la politique, mais c'est
véritablement d'insister sur le fait qu'on utilise l'Analyse différenciée selon
les sexes dans tous les domaines des programmes et des lois à mettre en
oeuvre, et également de multiplier les lieux de pratique du français parce qu'on
a beaucoup de cas — on l'a cité avant — de femmes qui ont fini leur francisation mais qui ne
parlent pas pour autant le français. Et je vais laisser Claude Yvette Akoun
donner quelques exemples à ce sujet-là.
Akoun (Claude Yvette) : Oui. Présentement, nous avons deux groupes-cours qui sont, pour la
plupart, des femmes
qui reviennent après avoir refait le cours au moins deux fois, se sont
réinscrites au moins deux fois. Donc, elles sont même au-delà du nombre
d'heures de cours requis. Parce qu'on a dû négocier avec le ministère pour
expliquer, justifier cette réalité-là, de sorte
qu'on puisse enfreindre un peu les règles, là, pour permettre justement aux
femmes de continuer à apprendre ou ne pas retourner à la maison et
perdre ce qu'elles ont.
présentement ce que ces femmes demandent, le besoin qu'elles expriment
fortement dans ces groupes-cours, c'est qu'il n'y a pas de lieu de pratique pour elles.
Donc, le peu qu'elles acquièrent après leur session de cours, bien elles
n'ont pas d'endroit, pendant qu'elles
apprennent, de pratiquer, donc évidemment elles le perdent. Si elles ne
reviennent pas au cours… Bien, ce
sont des femmes souvent qui ont, comme on vient de vous dire, différents
profils, qui ont encore... qui manquent d'assurance pour la recherche de
l'emploi, donc, souvent pour des questions d'enfants aussi qui n'ont pas de place, qui se retrouvent souvent
isolées à la maison. Donc, pendant l'apprentissage, il serait bien qu'il y ait vraiment des espaces pour leur
permettre de bien assimiler ce qu'elles ont appris pour pouvoir le rendre
fonctionnel.
Mme Chouakri (Yasmina) : Il y a un autre point qui est
important, là, qu'on veut soulever plus particulièrementaussi, c'est la
traduction — donc, on l'a dit un peu — ou l'utilisation d'interprètes pour des informations de
base importantes. Alors, ça… Et on pense, y compris, par exemple, à l'aéroport, où il y a
les... souvent, ça se fait en français, puis on a des femmes qui ne
parlent pas du tout la langue ou l'anglais et qui vont devoir... qui ne vont
pas comprendre, en tout cas, là, un certain nombre d'informations de base à l'arrivée
et...
Mme Akoun (Claude
Yvette) : …
Mme Chouakri
(Yasmina) : Oui?
Mme Akoun (Claude Yvette) : Bon, je vais juste ramener un exemple — ce n'est pas anecdotique, vraiment c'est une réalité — l'exemple d'une femme, pour des raisons quelconques, qui
n'a pas eu la bonne information, ne serait-ce
qu'au niveau des allocations familiales. C'est l'école qui a dû nous approcher
parce que les enfants n'avaient rien dans le sac
à lunch. Donc, elle n'a pas eu l'information qu'il y avait quand même un
soutien gouvernemental qui lui permettrait peut-être de constituer un sac à lunch qui soit décent. Et ça, c'est dû au
fait que l'information souvent ne passe pas, il n'y a pas d'interprète. Et ce sont des personnes souvent qui
n'ont pas pu passer par les organismes qui sont partenaires du
ministère, par exemple, où il y a un certain nombre de travailleurs qui parlent
différentes langues, qui peuvent permettre à ces femmes-là — en tout cas, dans le nôtre — de comprendre, au départ, les informations de base, comme
la francisation, comme ce genre d'information
qui concerne les allocations auxquelles elle pourrait faire profiter ses
enfants et sa famille. Voilà.
Chouakri (Yasmina) : Alors, ensuite, concernant… Pour nous, en matière d'immigration, la programmation annuelle de l'offre de services en
francisation devrait systématiquement pouvoir mettre en avant les éléments de conciliation travail-famille pour les femmes
immigrées, notamment en tenant compte… en faisant des horaires adaptés,
en multipliant les lieux de pratique, en assurant des haltes-garderies
associées aux différents lieux de francisation. Et ça, c'est un minimum pour
nous et ce qu'exprime justement l'Analyse différenciée selon les sexes.
pense aussi qu'un continuum de services global devrait assurer la prise en
compte des besoins spécifiques de certains
groupes de femmes qui vivent particulièrement de l'isolement, ou qui ne
maîtrisent toujours pas le français, ou qui n'ont pas accès aux cours de
français.
en termes de régionalisation, je dirai que ça serait important de préparer les
régions à accueillir... Il y a des régions
peu familières à l'immigration, où, quand on a fait notre tournée, on a
constaté beaucoup de difficultés et d'incompréhension
entre la société d'accueil et les personnes immigrantes qui sont en région. Et
on pense notamment àune
sensibilisation des institutions, des employeurs, qui serait importante et
notamment parce que la régionalisation s'appuie également sur l'envoi
des réfugiés sélectionnés, dans certaines régions, qui proviennent de pays
récemment en conflit comme l'Irak, l'Afghanistan.
Je vous dirai aussi qu'il y a beaucoup de Colombiennes qui vivent des
situations extrêmement difficiles en région et une incompréhension, en
tout cas, du côté tant des employeurs que des institutions par rapport à ces
groupes-là.
Présidente (Mme Richard, Duplessis) : Merci, mesdames. Vous aurez compris que vous avez
dépassé le temps
que je vous avais alloué. On l'a pris du côté du gouvernement, avec l'accord de
la ministre, toujours. Donc, nous débutons les échanges. Mme la
ministre, vous avez la parole.
De Courcy :
Bien, d'abord, bonjour, mesdames. Je suis très contente, pas de vous voir, de
vous revoir, de vous revoir. Nous avons eu l'occasion de pouvoir échanger et travailler
ensemble à quelques reprises. J'ai un souvenir très vif de ma rencontre, dans l'Outaouais, dans votre
organisme. Cette tournée-là, d'ailleurs et entre autres, m'a permis de
faire le bouquet de mesures qu'on ne voit
pas dans le projet de loi parce que
malheureusement un projet de loi a ses
limites, il touche une question en
particulier. Il y a maintenant 24 mesures qui accompagnent le projet de loi,
dont j'aurail'occasion de reparler.
Et plusieurs, plusieurs de ces 24 mesures touchent les éléments que vous avez
proposés, les mesures que vous voulez
voir de l'avant et que vous déplorez de ne pas voir dans le projet de loi.
Alors, il me fera plaisir, là, de vous rappeler les 18 mesures et de
vous rappeler les 24 maintenant qui vont être mises de l'avant en temps
opportun.
J'avais été très
frappée, d'ailleurs, lorsque j'avais visité votre organisme en Outaouais, d'abord
du caractère très modeste des lieux,
deuxièmement, de tout ce que vous avez démontré comme, entre guillemets, l'acharnement
des femmes à vouloir s'en sortir, et ça, la ténacité des femmes m'avait beaucoup
impressionnée, dans des contextes très difficiles.
Et je vous avoue que c'est à partir de l'expérience dans votre organisme que j'ai
considéré qu'il fallait de façon urgente
modifier la grille de sélection, inclure des éléments pour la femme. Je dis «la
femme» parce que c'est d'habitude la femme qui accompagne le requérant,
le premier requérant, et etc.
Donc,
je vous avoue que moi, j'accueille très favorablement ce que vous mettez de l'avant.
Il y a des choses qui m'apparaissent à ajuster
avec le ministère de l'Immigration et ses partenaires, hein? Et ses partenaires, hein? Il n'y
a pas que le ministère de l'Immigration qui
est touché à cet égard. Et sachez que, dans les... Je vous rappelle que, dans
les mesures, il y a nommément des choses prévues pour les femmes immigrantes en
particulier.
J'aimerais par
ailleurs vous entendre peut-être une dernière fois sur la difficulté de se
trouver du travail. Plusieurs... On entend,
aujourd'hui, des gens qui... vous, et on en a entendu d'autres mais moins,
où l'exigence de l'anglais à travers
un paquet de postes n'est pas toujours justifiée, freine la possibilité pour
les femmes de s'intégrer au marché du travail. Et il s'agit là aussi d'une
contradiction dans notre société, une contradiction importante qui dit :
Bien, coudon, vous avez été sélectionnés sur
la base du bon français, d'apprendre... de maîtriser cette langue-là, en tout
cas, suffisamment pour pouvoir y
travailler. L'Immigration vante le Québec en disant qu'au Québec vous allez
pouvoir trouver du travail en français pour votre mari... ou le mari ou
pour vous-même, et là il y a un choc culturel assez important, et, je dirais,
après avoir eu la grande séduction, on a la grande déception. Et cette grande
déception là est, entre autres, basée sur ce phénomène-là.
Ceci étant dit, ça ne
veut pas dire que, dans certains cas, il n'est pas nécessaire que, plusieurs
postes, on exige l'anglais, là — ce
n'est pas ça que je suis en train de dire — voire une deuxième, troisième
langue. Mais, dans plusieurs postes, on exige
l'anglais, à mon avis, de façon pas toujours justifiée, pas toujours justifiée.
J'aimerais savoir si vous partagez cette
vision. Et, à cet égard, le projet de loi prévoit un certain nombre de façons
de faire pour corriger la situation. Et
je comprends que vous appuyez ces correctifs à avoir. Est-ce que je me trompe?
Est-ce que notre lecture est tronquée d'une façon ou d'une autre? J'aimerais
ça vous entendre là-dessus.
Mme Chouakri
(Yasmina) : Écoutez, pour nous, je
pense que c'est…
La Présidente (Mme
Richard, Duplessis) : Mme
Chouakri.
Mme Chouakri (Yasmina) : Oui. Nous appuyons et nous sommes
convaincues que ça sert de prétexte dans une
majorité de cas. Mais il faut savoir aussi... Il me semble qu'au Québec il y a,
depuis pas mal d'années, des secteurs qui
sont habitués à travailler en anglais, mais je pense aussi que c'est des
secteurs qui ne nécessitent pas forcément même de travailler en anglais
mais qui le sont depuis... comme par habitude. On ne sait pas exactement... je
ne pourrais vous dire de quoi ça provient.
Et je pense qu'il y a un peu une double situation,
celle où l'anglais... la connaissance de l'anglais est un prétexte pourne pas recruter certaines personnes. Parce qu'aussi,
dans les offres d'emploi, c'est devenu quasiment naturel de mettre «maîtriser le français et l'anglais». Je vais
laisser, après, Claude Yvette en parler, peut-être que Gatineau, l'Outaouais,
qui est proche d'Ottawa, c'est peut-être
pire relativement à Montréal, même si on a tendance à considérer que
Montréal c'est un peu spécial relativement à
l'ensemble du Québec. Mais effectivement je pense qu'il y a certainement une
façon de faire qui est là puis qui
continue sans trop se poser de questions. Il y a peut-être de la mauvaise foi
aussi de certains employeurs. Mais il y a aussi des secteurs d'emploi,
il me semble, qui tendent à travailler de cette façon en anglais.
Moi, je donnerais l'exemple, par exemple, de certaines
manufactures. Parce qu'il y a beaucoup de femmesimmigrées qui se retrouvent dans ces
secteurs-là, même des femmes diplômées qui se retrouvent dans ces secteurs-là.
Et souvent c'est des secteurs qui travaillent en anglais, alors que disons que
l'information de base qui est à donner aux employés
il n'est pas nécessaire de la donner forcément en anglais, mais il y a comme
une habitude, peut-être... Et même parfois c'est parce que ce sont
certaines communautés culturelles qui sont dans ces manufactures depuis
longtemps puis qui continuent d'utiliser...
ou qui travaillaient en anglais antérieurement puis qui continuent à le faire
sans que ça soit nécessaire. Moi, j'ai
entendu plusieurs fois des femmes immigrées dire : Je travaille dans une
manufacture où c'est tout en anglais. Bon, on ne leur explique pas
grand-chose, il n'y a pas beaucoup de... Souvent, elles sont sur des machines
ou elles travaillent manuellement, donc. Mais effectivement on se demande
pourquoi ça fonctionne comme ça.
Et je pense qu'on appuie parce que le pourcentage de
femmes immigrées qui parlent le… qui maîtrisent le français, qui arrivent
et qui maîtrisent déjà la langue française n'est pas négligeable et que...
Seulement, je pense que ça fait
partie aussi
de la tendance, au Québec, à penser aussi que les immigrés ne sont pas, surtout
ceux qui viennent de certaines parties du monde, ne sont pas... ne
maîtrisent pas le français puis que c'est l'apanage de la majorité blanche
francophone québécoise de souche qui maîtrise le français, et les autres, non,
on ne maîtrise pas le français. Et pourtant bien des immigrées — je parle au nom des femmes immigrées
dans mon cas — sommes des francophones et des
francophiles aussi. Et nous avons choisi le Québec justement, mais on n'est pas
suffisamment... cette diversité dans la défense de la langue française n'est pas suffisamment mise en avant
également, je pense. Je ne sais pas si tu veux donner des exemples
pour...
La Présidente (Mme
Richard, Duplessis) : Mme Akoun.
Akoun (Claude Yvette) : Mais moi, dans mon cas, bien, nous sommes dans l'Outaouais, donc nous sommes une région particulière qui sommes très proches de
l'anglais parce qu'Ottawa est juste à côté. Ce que je peux dire : Oui, nous appuyons tout à fait cela, parce que,
comme Yasmina vient de le mentionner, quelquefois c'est un prétexte
aussi pour éliminer un certain nombre de
personnes. Nous, les femmes viennent nous le dire : C'est comme… si on ne
veut pas te refuser parce que, bon,
tu as un accent et puis que ça dérange, par exemple, on te dit : Bien, ça
me prendrait quelqu'un qui parle
anglais. Mais l'effet que ça produit, c'est que les gens sont convaincus qu'ils
doivent parler l'anglais pour se trouver un emploi. Donc, du coup, ils
abandonnent leur cours de français, et les femmes surtout, elles vont du côté d'Ottawa,
et c'est très facile de s'inscrire, même si
on n'est pas résident. Ils le savent bien que les gens ne sont pas résidents,
mais il suffit qu'ils donnent une
adresse fictive et puis ils peuvent apprendre l'anglais à temps plein là, ça
fait qu'ils abandonnent leur cours.
Alors, ça n'encourage pas les gens à aller vers le français puis ça donne la
fausse idée qu'on peut travailler si on a juste l'anglais, en fait,
alors.
une autre chose que je voudrais dire, même dans nos réseaux de la santé et des
services sociaux, pour avoir été victime moi-même, je ne veux pas me plaindre ici,
là, mais je l'ai vu de… Bon, je suis travailleuse sociale de formation.
Et puis, à un centre de service social, que
je ne vais pas nommer, je me suis fait dire, pour un poste que, relativement,
on n'en aurait pas besoin… Même si on est en Outaouais, là, je pense que la
majorité est très francophone. Mais je me suis fait dire qu'il fallait que j'aille apprendre l'anglais. Donc, quand les
femmes viennent, elles nous le disent, oui, c'est vrai que c'est une
réalité aussi.
Mais
ce qui est important ici aussi, c'est de voir que les mesures en francisation
soient adéquates, qu'elles se prêtent vraiment à la spécificité des femmes immigrantes,
aux contraintes des enfants, de la garde… garderies disponibles, des
espaces qui ont de l'allure, là, qui permettent vraiment de faire un
apprentissage, et ça, ça va provoquer un taux de rétention, aussi, important et
les gens vont se mettre plus au français. Mais, si les conditions ne sont pas
là, c'est sûr, la tentation de l'anglais, elle est très, très facile dans notre
région.
La Présidente (Mme
Richard, Duplessis) : Mme la
ministre.
De Courcy :
Simplement deux, trois mots pour vous dire que votre témoignage est empreint d'authenticité et de
courage pour soulever une question délicate. Vous soulevez une question
délicate, et les mesures que vous proposez sont très concrètes,
relativement simples, dans certains cas un peu plus compliquées, mais
relativement simples. Et je dois vous dire
que je suis très contente que vous ayez pris le temps de venir à Québec nous
parler d'un autre volet. On a entendu beaucoup de choses, mais là,
aujourd'hui, je vous avoue, à mon avis, c'est la première fois que nous
entendons ce type de témoignage. Je vous remercie pour le travail et pour le
courage de l'opinion. Merci.
La Présidente (Mme
Richard, Duplessis) : Merci. M. le
député de Bonaventure.
Roy : Merci, Mme
la Présidente. Bonjour, mesdames. Écoutez, je trouve ça très intéressant, votre approche et votre
lecture des inégalités sexuées de l'intégration de la femme immigrante au
Québec. Donc, bravo pour votre combat.
J'aimerais…
Je n'ai pas beaucoup de temps, j'ai trois minutes à peu près, là. À la page 4
de votre mémoire, vous citez certaines actions. À l'action 2, vous dites qu'il faut «encourager
la francisation avant d'arriver au Québec. En ce sens, mieux informer les futures immigrantes au sujet
des cours de français gratuits en ligne et des modalités de
remboursement des cours pris hors Québec.»
Donc, d'après votre expérience, quels moyens le gouvernement du Québec
pourrait-il mettre ou peut mettre en place pour rejoindre ces femmes?
Chouakri (Yasmina) : Écoutez, nous, nous pensons que... c'est pour ça que nous tapons
toujours sur ce clou, l'utilisation de l'ADS,
l'Analyse différenciée selon les sexes, pour faire en sorte... pour s'assurer
que l'égalité hommes-femmes soit mise en place dès le
départ, je pense, même au niveau de la sélection. Souvent, dans les pays d'origine, ce sont les hommes qui prennent l'initiative,
ce sont majoritairement eux qui sont les requérants principaux et ce sont eux qui prennent l'initiative de faire la
demande d'immigration, etc. Et, pour nous, c'est inconcevable qu'aujourd'hui
encore il y ait un requérant principal puis
qu'on ne donne pas, en fait, toujours l'information aux deux quand il s'agit
d'une famille ou d'une personne accompagnée
de sa conjointe, que l'information soit donnée aux deux personnes et en
s'assurant que, peu importe la langue parlée, l'information est parvenue aux
deux personnes. Et ça, on n'en est pas sûr du tout parce que, dans...
sait que l'immigration, elle est majoritairement originaire, depuis un certain
nombre d'années, de certains pays du Sud où les femmes n'ont pas forcément un statut
égal, et l'information ne parvient forcément aux femmes. Donc, on veut s'assurer
que... On aimerait d'abord, premièrement, qu'au niveau de la sélection…
Pourquoi continuer à avoir un requérant principal au lieu d'avoir, tout
simplement, quand on a une famille, d'avoir un homme et une femme qui sont
requérants et à qui on s'adresse aux deux et non à une personne?
Alors,
le parrainage crée la même situation d'inégalité. C'est souvent des femmes qui
sont parrainées, et donc ce sont souvent des
hommes... plus souvent des hommes qui sont les parrains et qui vont avoir, eux…
on va vous dire… on va dire, en quelque
sorte, l'entièreté de l'information et qui vont servir d'interface pour aller
donner l'information à leur conjointe ou à l'épouse. Résultat : on
n'est pas assuré que la bonne information, elle parvient à la personne.
Alors, c'est un peu ça
qu'on veut mettre en avant. Et l'Analyse différenciée selon les sexes
démontrerait ces inégalités si on l'utilisait de A à Z dans tout le processus.
Et on trouverait, à ce moment-là, les moyens de rendre plus équitable et plus égal cet accès à l'ensemble de l'information,
y compris dans le pays d'origine. Je ne sais pas si je me suis fait
comprendre suffisamment, mais...
Présidente (Mme Richard, Duplessis) : Merci. Nous allons maintenant du côté de l'opposition
officielle. M. le député de LaFontaine.
Tanguay : Merci
beaucoup, Mme la Présidente. Bon matin, mesdames, merci beaucoup d'être
présentes avec nous ce matin pour nous
apporter un témoignage très important, très, très important. Donc, merci pour
la rédaction du mémoire, merci pour votre
temps également que vous nous accordez. Et j'aimerais vous donner l'opportunité
de nous instruire un peu sur ce qu'est votre organisme. Vous mentionnez
que le Réseau d'action pour l'égalité des femmes immigrées et racisées du Québec… vous dites qu'il est composé de membres
individuels, d'organismes mixtes, de femmes intervenantes. Et, Mme Chouakri, vous êtes accompagnée de Mme Akoun qui,
elle, est directrice de l'Association des femmes immigrantes de l'Outaouais. Pourriez-vous nous brosser un tableau
peut-être un peu plus précis sur les membres, le nombre de membres que
vous regroupez et les différents organismes aussi qui vivent la réalité sur le
terrain?
Chouakri (Yasmina) : Alors, effectivement, nous représentons environ... il y a actuellement
une quinzaine d'organismes membres de ce
réseau. Alors, parmi eux, il y a des organismes de femmes comme, par exemple, l'Association des femmes immigrantes de l'Outaouais,
des organismes mixtes aussi, c'est-à-dire qui assurent des services aux
personnes immigrantes mais qui s'intéressent aux problématiques spécifiques des
femmes immigrées parce qu'il y a des besoins spécifiques, et on a aussi des
membres individuels.
Comme
je l'ai expliqué rapidement au début pour essayer de gagner du temps, là — les
10 minutes, c'est tellement court — je voulais... je veux préciser que ce réseau-là, il a
été constitué par un comité qui était en place depuis 2008, qui s'appelait le Comité de réflexion sur la
situation des femmes immigrées et racisées, qui s'était mis en place à la
suite de la publication des données du
recensement de 2006 dans lesquelles on constatait que la situation des femmes
immigrantes ne s'était pas améliorée, depuis
plus de 10, voire 20 ans, en termes de situation, si on regardait en termes de
revenus, d'emploi, etc., toujours avec un
taux d'emploi ou de revenus inférieur aux hommes immigrants, inférieur aux
femmes... à l'ensemble des femmes du Québec.
on avait organisé une journée de réflexion dans laquelle on s'était dit :
Mais pourquoi cette situation? Pourquoi, les femmes immigrées, leur situation ne s'améliore
pas? Il est temps de se poser les bonnes questions. Et, lors de cette journée de réflexion — ça
s'était passé en 2008 également — ce qui était ressorti, c'est qu'il
fallait absolument faire en sorte qu'on aille faire une analyse plus
qualitative sur le terrain pour vérifier les choses. Et c'est grâce à la TCRI
notamment qu'on a pu faire toute cette
tournée et aussi ces états généraux qui ont démontré, hormis les données
quantitatives, qui nous montraient de façon plus concrète comment les
femmes immigrées étaient aux prises avec un enchevêtrement d'obstacles qui ne
leur permettaient pas de se sortir de certaines situations.
Et c'est pour ça que
notre cri du coeur aujourd'hui, puis on l'aura, puis on le maintiendra toujours
dans le temps : ADS, ADS, Analyse différenciée selon les sexes. Il
ne faut absolument pas qu'on ait des programmes, en matière d'immigration
et d'intégration, qui soient des programmes de façon générale. L'égalité, ce n'est
pas l'équité. Ce n'est pas parce qu'on
a un programme global qui s'adresse de façon égale aux hommes et aux femmes qu'il
produit les mêmes résultats. Au
contraire, on le sait, dans l'ensemble des politiques gouvernementales, même en
dehors de l'immigration, il faut parfois des mesures qui sont
spécifiques et qui s'adressent spécifiquement à certains groupes. Alors, je ne
sais pas si j'ai répondu à l'ensemble de votre question.
Tanguay : Tout à
fait. Et votre message est très, très important. Effectivement, lorsque le
gouvernement décide de mettre de l'avant un
programme qui s'applique mur à mur... Et on peut se donner bonne conscience. Et
ça, tout gouvernement de bonne foi peut mettre sur pied un programme, et les
critères s'appliquent également à tous. Et c'est un peu comme le débat sur l'accès à la justice. C'est la même façon pour
tous d'avoir accès à la justice, mais le coût est réducteur à l'entrée pour celles et ceux qui, d'une
part, n'ont pas accès à l'aide juridique et qui n'auraient pas
suffisamment de fonds pour faire valoir leurs droits.
Alors,
ça, je pense que c'est important, de un, de prendre cette réalité et ces
réalités-là en compte lorsque nous voulons atteindre un objectif, ici l'épanouissement
du français, de un, et, de deux, également pour les lectures que nous avons des fois. Trop souvent, les statistiques
demeurent quantitatives. Et, l'appel au qualitatif, qu'est-ce qu'il y a
derrière ces statistiques, je pense qu'il est important de, là, reconnaître qu'on
a, je pense, beaucoup à faire. Et l'on doit raffiner ces analyses pour avoir une action gouvernementale qui
soit ciblée, pertinente et efficace et qui vienne réellement en aide.
J'aimerais
vous entendre, si vous me le permettez, vous demander d'étayer une de vos
recommandations. Et je cite votre rapport à la page 5, sous la rubrique Utilisation
du français dans divers secteurs . Le premier point se lit comme
suit : «Traduire certains documents et/ou utiliser des interprètes pour
des informations de base importantes et nécessaires notamment en francisation
pour les nouvelles arrivantes.» Fin de la citation.
Alors, pouvez-vous
étayer un peu, nous donner quelques exemples lorsque vous parlez de traduire
certains documents? De façon tangible, quels documents avez-vous en tête?
Mme Chouakri
(Yasmina) : Alors, je vais laisser
Claude Yvette Akoun, qui est sur le terrain, qui sait de quoi il s'agit…
Mme Akoun (Claude
Yvette) : Bien, il s'agit, par
exemple, je l'ai noté tout à l'heure, d'un cas au niveau des informations de base qui sont... Quand les gens
arrivent au départ… C'est bien beau qu'ils parlent le français, mais ils
ne savent pas, au départ, parler le français. Donc, il y a minimalement
certaines informations qui doivent leur être communiquées d'une façon ou d'une
autre. Et je pense que c'est pour ça que les banques d'interprètes existent.
Et, à travers le programme Réussir l'intégration
du ministère de l'Immigration, on a un certain nombre d'interprétariats à
faire dans nos organismes, et c'est ce que nous offrons.
Nous,
nous avons une équipe diversifiée au niveau de la langue aussi; ça aide. Donc,
quand les femmes arrivent, on utilise beaucoup de bénévoles qui sont d'autres
femmes qui parlent la langue pour communiquer cette information. Par exemple, présentement, des femmes qui arrivent qui
ne savent pas que nous offrons des cours de français sur mesure… Et il y en a beaucoup, de femmes, comme ça, isolées,
qui ne nous connaissent pas parce qu'elles n'ont pas reçu d'information
ou on leur a donné l'information qu'il y avait des cours au ministère, mais
elles ne savent pas que des organismes communautaires qui sont partenaires du
ministère de l'Immigration dans l'apprentissage du français aux personnes
immigrantes, il y en a dans leur région. Parce qu'à l'aéroport je ne sais pas
qu'est-ce qui s'est passé, généralement, ou l'information leur est donnée de
façon... elle est déformée ou les gens ne saisissent pas bien parce qu'il n'y
avait pas d'interprète. Donc, c'est important, quand ils arrivent… Au départ,
on leur donnait des petits papiers que les femmes, elles ne lisent pas.
Ici,
on a une grande clientèle, un grand nombre de personnes qui viennent de l'Amérique
latine, par exemple. On le sait, ce n'est pas
dans toutes les langues, dans tous les dialectes qu'il faut le faire — évidemment, on ne pourrait pas — mais, dans les principales, du moins,
ou les groupes qui sont fortement représentés dans nos régions, on pourrait traduire, au
départ, pour que l'information essentielle concernant là où ils peuvent trouver
des ressources ou utiliser des personnes
qui parlent, qui peuvent traduire… leur permettrait d'avoir la première
information ou de les diriger au moins. C'est de ça qu'on parle. Parce que, quelquefois, ça crée des situations
beaucoup plus complexes, qui sont beaucoup plus coûteuses pour le
système après.
Je viens de relever le cas de l'allocation
familiale. Attendre un an et demi avant de savoir, d'avoir eu de l'information,
tandis que les enfants ne mangent… avaient
juste du riz dans le sac à lunch et que c'est l'école qui doit nous
interpeller à travers beaucoup d'autres intervenants avant qu'on trouve des
solutions, c'est bien dommage. Alors, c'est ce que nous voulons dire par là,
monsieur.
M. Tanguay : Et votre intervention est d'autant plus importante que ce
n'est pas uniquement dans l'action de l'application
de la Charte de la langue française ou de l'office et les impératifs de cette
loi, mais dans tous les aspects de la vie.
Vous parliez de l'exemple des allocations familiales qui nous touche tous
beaucoup, c'est extrêmement tangible. Et je pense que votre cri du coeur, comme vous le dites, doit être entendu.
Et il y a là une responsabilité sociale lorsque le Québec, tel qu'il
est, société ouverte, accueille, mais la façon d'accueillir, c'est d'être
capable d'ouvrir les bras et de communiquer
dans la langue de la personne. Et par la suite on pourra, une fois qu'elle sera
bien établie et que les besoins de
base seront comblés, par la suite on vient travailler directement sur l'inclusion,
l'inclusion à la vie sociale et économique. Et votre message est
extrêmement important.
J'aimerais
également, si vous me le permettez, j'aimerais vous entendre sur une deuxième
recommandation que j'aimerais citer, sous la
rubrique Immigration , toujours à la page 5, et je cite :
«Mettre en valeur la contribution des immigrant-e-s à la vitalité de la langue
française afin qu'elle ne soit plus perçue comme étant seulement la langue de
la "Majorité blanche francophone québécoise".»
Pouvez-vous nous étayer, mettre en valeur la
contribution, nous étayer? Qu'entendez-vous par cette recommandation?
Chouakri (Yasmina) : Bien, je pense que c'est, vous savez, c'est… La question de la
représentation, elle est importante de façon générale pour la population immigrante qui est
de plus en plus importante au Québec. Avoir… Comment dire ça? Avoir, au niveau de la langue française, des modèles de
représentation pourrait aider également à ce que le français ne soit pas... ne soit moins considéré comme quelque
chose d'important au Québec, alors que... Bien, en tout cas, tout ce qu'on veut dire, c'est toute la
question de la... Je pense que, dans les discours, ce qu'on entend
souvent ou ce qu'on remarque souvent, on a l'impression d'entendre
que le fait de maîtriser le français, c'est l'affaire de la société d'accueil, c'est eux qui sont les garants de cette
sauvegarde de la langue française, alors que beaucoup d'immigrants le sont également, mais on ne les voit pas forcément.
Ils ne sont pas représentés, suffisamment représentés, peut-être, au niveau des instances qui représentent un petit peu
les garde-fous, disons, de la langue française au Québec puisque c'est un élément important de l'identité
québécoise de façon générale. Et je pense que, pour les immigrants, s'identifier
également, c'est important également. Je
pense que c'est plus dans ce sens-là. Et beaucoup d'immigrants ont tendance
à considérer ou à percevoir dans les
discours ambiants, très souvent de façon, des fois, même… — je
ne sais pas comment... je ne saurai pas comment dire ça, là — peu
nuancée, là, que la société d'accueil, c'est simplement les Québécois, comme diraient certains, d'origine canadienne-française,
point à la ligne, et puis que les autres, c'est les autres, eux et nous, là… se
creuse et est profond aussi. Voilà.
Tanguay : Vous
soulignez très bien, là, l'importance et la force d'un modèle individualisé
pour une personne, peu importe son parcours, peu importe son origine initiale, l'importance
pour nous, je pense, comme société d'accueil...
Mme Chouakri
(Yasmina) : ...modèle. Même au niveau
de la vitalité du français, de la représentation de la vitalité du français.
Tanguay : Et
Dieu sait qu'il y en a plusieurs, de beaux exemples. Merci beaucoup pour votre
présence. Merci.
La Présidente (Mme
Richard, Duplessis) : Merci. Nous
allons maintenant du côté du deuxième groupe d'opposition. Mme la députée de Montarville,
vous avez la parole pour un temps de cinq minutes.
Roy (Montarville) : Merci beaucoup, Mme la Présidente. Merci mesdames, merci pour votre mémoire, merci de vous
être déplacées. Moi, vraiment, je trouve que vous jetez, aujourd'hui, un
éclairage sur une problématique qui
est très préoccupante et peu connue. Et c'est particulièrement préoccupant et
ça me touche particulièrement puisque vous parlez de ces femmes qui, à quelque part, sont victimes de
discrimination et même de sexisme, mais même peut-être même au sein même
de leur famille, compte tenu du contexte culturel et des pays d'où elles
proviennent. Et ça me touche beaucoup,
surtout l'élément que vous apportez, que vous dites que ces femmes-là manquent
d'information, que souvent, dans certains cas, l'information est
transmise au conjoint et non à la conjointe, à la femme qui accompagne.
Alors,
je félicite l'idée que vous aviez émise pour faire en sorte que tous les
nouveaux arrivants soient informés, aussi bien monsieur que madame, qu'elle puisse
savoir quels sont ses droits, qu'elle puisse savoir quels sont les
programmes qui lui sont offerts. Il faut que l'information se transmette.
Alors, ça, vous sonnez une alarme, ce matin, en nous disant que ces femmes-là
ne savent même pas, en quelque sorte, quels sont les droits, les obligations et
les services dont elles pourraient bénéficier.
ailleurs, plus loin, vous nous disiez, tout à l'heure, que ces femmes-là n'ont
pas accès aux cours de francisation. Et, dans votre mémoire, vous nous parlez d'isolement
et de manque d'accès à ces cours de français qui sont, oh mon Dieu! combien importants pour les nouveaux arrivants.
Alors, pouvez-vous élaborer dans quelle mesure elles n'y ont pas accès?
Est-ce encore une raison de manque d'information? Y a-t-il d'autres motifs à l'arrière?
Akoun (Claude Yvette) : Au niveau des cours de français, vous savez qu'il fut un moment où il y avait des listes d'attente longues comme ça, ça s'est
beaucoup amélioré, mais ça, quand même, demeure que les femmes et c'est une réalité encore, qu'elles attendent un
peu, par exemple, pour être dans des cours réguliers à temps plein.
Donc, ces femmes-là, nous les recevons. Nous
avons des cours à temps partiel sur mesure. Donc, c'est à raison de 11
heures par session et six heures par semaine.
Alors,
il y a des femmes qui doivent être... Normalement, elles sont évaluées, elles
sont prêtes à aller, mais elles ne sont pas encore rendues là, pour des raisons x
ou y, au niveau de la liste que gère le ministère de l'Immigration.
Donc, pendant qu'elles attendent, là — ça peut prendre trois mois au moins, de ce que je sais
maintenant — pendant ces trois mois, il faut qu'elles fonctionnent. Si
elles ont besoin de sortir de l'argent du guichet automatique, il faut qu'elles
sachent lire ce qui est écrit sur le petit
piton, et tout ça. Donc, il faut qu'elles soient fonctionnelles minimalement.
Si nous n'avons pas de place, nous
autres, par exemple — bien, on a quand même une capacité
limitée — ou d'autres institutions, je ne sais pas, des
commissions scolaires qui sont aussi partenaires du MI, les femmes attendent. D'ailleurs,
souvent, elles ne savent même pas qu'elles
peuvent aller en dehors de ces cours-là, elles peuvent venir chez nous quand on
pourrait avoir de la place ou qu'on pourrait les outiller pour aller
ailleurs, le temps qu'elles puissent être admises aux cours réguliers du MICC,
du ministère.
Mais aussi il y a des
femmes qui n'ont pas accès pour différentes raisons. Comme je vous dis, les
cours sont organisés d'une certaine façon
pour un profil donné de personnes. Et puis, comme on n'a pas l'Analyse
différenciée selon le sexe, les
femmes qui ont de très jeunes enfants et qui ne peuvent pas se permettre d'avoir
un certain nombre d'heures, être à
temps plein, parce qu'elles ont des difficultés pour leurs moyens de
déplacement, elles ont peu de moyens, elles ne peuvent pas laisser les enfants… Des fois, elles n'ont pas
de place en garderie. Ça, c'est une réalité que toutes les femmes, qu'on
soit immigrante ou non, on connaît. Et, dans notre région, c'est une réalité
très présente. Alors, elles n'ont pas ces... Quand ces conditions ne sont pas
réunies, elles ne peuvent pas aller à la francisation.
y a des femmes qui ont plusieurs enfants, qui disent : Moi, ce qui me
convient vraiment, c'est que je puisse rentrer
chez moi avant 15 h 30, quand les autres enfants… Parce qu'elle en a
plus que deux. Les femmes qui viennent à nos cours ont au moins deux enfants chacune
en moyenne, sinon plus. Alors, il faut que j'aille récupérer ces enfants et puis faire le souper, et
tout ça. Donc, moi, je veux rester au cours de français, mais les cours qui se
donnent de l'autrecôté, il y a une
exigence d'être présente tout le temps, de telle heure à telle heure, je ne
suis pas capable. Et cette réalité-là… elle soit justifiée pour selon nous ou non, ce n'est pas ça l'important, c'est :
Est-ce que la femme, ça lui convient? Parce qu'elle veut vraiment des cours de français. Pour elle, si
c'était aménagé d'une certaine façon, ça pourrait lui permettre d'être
là quand ses enfants arrivent de l'école et de garder le petit avec elle
pendant qu'elle prend le cours, elle est correcte.
Donc,
je vous disais qu'en 2006 dans notre organisme le taux de rétention était très
faible. Nous n'avions pas de salle, et puis nos horaires n'étaient pas très
adaptés à leurs besoins. Nous les avons consultées. Nous avons acquis
une salle à des prix… à des coûts très
élevés, mais on voyait que c'était un besoin pour elles, elles en voulaient,
mais c'était juste cet obstacle-là.
qu'on a une salle de francisation… Parce que le ministère, avec l'entente que
nous avons, la salle n'est pas assurée. Donc,
c'est l'organisme qui doit s'arranger pour payer la salle. Et nous n'avions pas
de salle, donc nous étions comme un
organisme ambulant, là, avec d'autres organismes, et puis c'était long, et puis
l'accès en autobus, ce n'était pas toujours
ajusté à ça. Alors, finalement, on a trouvé une salle disponible dans notre
édifice, qui était à un coût faramineux, mais finalement on a décidé de
faire le sacrifice parce que les femmes venaient nous voir toujours pour
dire : Et vos cours de français, est-ce que...
Finalement,
on a pris le cours. Et aujourd'hui, d'un taux de rétention qui était de moins
de 20 %, nous sommes passés à plus de 80 % et on a des listes d'attente.
Ça veut dire que le besoin, il est là. Ce n'est pas que les femmes ne
veulent pas se franciser. Elles veulent,
mais il y a des conditions, des conditions particulières à leur rôle de femme,
de mère de famille, qui font en sorte
qu'elles ne peuvent pas être dans des cours qui sont faits sur mesure pour un
autre profil de clientèle, surtout des hommes qui sont le plus souvent les premiers
à être sur le marché du travail, les premiers à être aux études, et puis que les femmes viennent en
arrière-plan parce qu'elles ont toute cette charge-là. Alors, voilà, c'est ce
que je veux dire par l'accès difficile aussi.
Présidente (Mme Richard, Duplessis) : Merci beaucoup. Merci beaucoup, Mme Chouakri, Mme Akoun.
Nous
allons suspendre nos travaux jusqu'après les affaires courantes. J'informe les
membres de la commission que vous pouvez
laisser vos documents sur place, la salle sera sécurisée. Merci.
(Suspension de la séance à
11 h 52)
Présidente (Mme Richard, Îles-de-la-Madeleine) : Alors, nous reprenons nos travaux. Je
demande à toutes les personnes dans la salle
de bien vouloir éteindre la sonnerie de leurs téléphones cellulaires.
Nous allons poursuivre
sans plus tarder les auditions publiques sur le projet de loi n° 14,
Loi modifiant la Charte de la langue française, la Charte des droits et
libertés de la personne et d'autres dispositions législatives.
Alors, je souhaite la
bienvenue aux députés qui sont présents ici et bienvenue aux gens qui assistent
à cette commission. Nous rappelons que le
temps qui sera alloué pour les échanges est de 10 minutes pour les
exposés. Suivra une période d'échange entre les membres de la
commission.
Alors,
notre premier groupe d'invités, qui est la Fédération des travailleurs et
travailleuses du Québec. Je vous demande
peut-être de vous nommer et de présenter les gens qui vous accompagnent. Et
vous aurez 10 minutes pour votre exposé. Je vous cède la parole. Merci.
Boyer (Daniel) :
Merci. Alors, Daniel Boyer, je suis le secrétaire général de la Fédération des
travailleurs et travailleuses du Québec. Mme la Présidente, Mme la ministre,
Mmes et MM. les députés, bien, je vous souhaite le bonjour, bonjour
de la FTQ, qui vous remercie de nous accueillir afin de nous permettre d'exprimer
nos commentaires sur le projet de loi n° 14, qui nous apparaît comme
un pas dans la bonne direction. Je suis accompagné, à ma gauche, de
Mme Louise Mercier, vice-présidente de la FTQ, Mme Lola
Le Brasseur, Mme Rima Chaaban, de notre Service de francisation, à la FTQ, et M. Claude Maltais,
conseiller régional au Conseil régional de Québec—Chaudière-Appalaches.
Tout
d'abord, j'aimerais mentionner que, parmi tous les autres droits reconnus par
la charte... ils sont tous importants et complémentaires, mais, à nos yeux, bien
évidemment, vous comprendrez que le droit de travailler en français était
et est encore d'une importance capitale pour
la FTQ et ses membres, garant de l'existence de milieux de vie où le
français devient, au quotidien, la langue commune de tous les citoyens et
citoyennes, francophones, anglophones et allophones. La FTQ s'est engagée à agir comme partenaire actif dans ce projet de
société, ce qu'on a fait en encadrant le travail de nos membres impliqués dans près de 700 comités de
francisation. C'est plus de 2 000 de nos membres, à la FTQ, qui
siègent sur des comités de francisation.
constate, au terme de l'évolution de la langue française comme langue de
travail, bien sûr, des points positifs et des points négatifs. La francisation des milieux
de travail a grandement progressé, mais il reste encore, bien sûr,
beaucoup de travail à faire, c'est loin d'être
terminé, puis surtout si on tient compte des nouvelles réalités que sont les
nouvelles technologies de l'information, de la communication, également l'intégration
des personnes immigrantes.
La résistance des entreprises, au fil des années, s'est
assouplie grâce au travail acharné, je vous
mentionnerais, des travailleurs et
travailleuses syndiqués, qui ont utilisé la reconnaissance accordée par la loi
et le soutien de l'Office de la langue
française pour convaincre les employeurs d'être de véritables partenaires dans
ce projet de société. De nombreux secteurs
ont été laissés pour compte parce qu'on les croyait francisés, par leur essence
même. On fait une certaine correction ici avec le projet de
loi n° 14.
Nous
y avons trouvé, à ce fameux projet de loi n° 14, de nombreux motifs de
réjouissance, notamment en ce qui a trait au renforcement du droit de travailler en
français. Il y a de nouvelles ouvertures pour la francisation de l'administration
et pour les entreprises de 26 à 49 employés.
Notre
mémoire est divisé en trois parties : le droit de travailler en français, la
francisation des milieux de travail et la
francisation des personnes immigrantes.
y a eu des améliorations importantes, je l'ai mentionné : le droit à un
milieu de travail qui soit exempt de conduite
vexatoire, discrimination ou harcèlement qui auraient lieu à cause de l'exercice
du droit de travailler en français ou de ne
pas reconnaître une autre langue que le français, ainsi que l'obligation pour l'employeur
d'évaluer de façon rigoureuse les
besoins linguistiques réels associés à un poste pour lequel il voudrait exiger
une autre langue que le français; également, l'histoire de la pancarte
qui vient incomber à l'employeur une obligation, une obligation en tant qu'employeur
de s'annoncer comme respectant la loi et que
le travail doit être en français. Il ne suffit pas d'adopter des lois, mais
encore faut-il faire connaître les droits et les recours aux travailleurs puis
aux travailleuses.
outils de travail et la formation. Le nouvel
article 41 introduit de
nouveaux droits, notamment aucinquième alinéa, qui prévoit que l'employeur rende disponibles en français les
instructions obligatoires pour l'exécution de son travail, notamment en matière d'hygiène ou
de sécurité. On se pose la question : Est-ce que les documents de
travail ou les logiciels seront reconnus comme étant des instructions
obligatoires? Nous sommes loin d'en être certains.
Pour la FTQ, il est
plus que temps de reconnaître que l'usage du français comme langue de travail
commande l'utilisation d'outils de travail
accessibles en français, leur qualité devant être égale ou supérieure aux
versions anglaises des outils de travail, s'il y a lieu.
francisation des milieux de travail. On sait que la loi prévoit, la loi actuelle prévoit
trois volets, un mécanisme à trois paliers, entre autres, pour les entreprises
de 100 employés et plus : un programme de francisation, participation
des travailleurs et travailleuses aux comités de francisation et l'obligation d'assurer
une permanence à la généralisation de l'utilisation du français.
On constate également
qu'au fil du temps il y a eu des améliorations, et déjà la FTQ a eu la chance
de se faire entendre tout au long de l'amélioration
du processus. Toutefois, on pense qu'il devrait y avoir un effort d'uniformisation
et de simplification qui devrait être
effectué dans le processus de francisation des milieux de travail qui soutient
le droit de travailler en français. La FTQ demande donc que les
entreprises de 50 employés ou plus et tous les établissements de l'administration soient soumis aux trois volets
dont je viens de parler du processus de francisation, c'est-à-dire un
programme de francisation, la participation des travailleurs et travailleuses à
un comité de francisation et un mécanisme assurant la permanence de la
francisation.
Depuis
plus de 20 ans, la FTQ et ses syndicats, qui représentent des travailleurs
et des travailleuses d'établissements d'enseignement collégial et universitaire... On
pense que la FTQ est surtout présente dans le secteur privé. C'esteffectivement vrai. Mais la FTQ est également
présente dans le secteur public, et dans le secteur de l'éducation
notamment. La FTQ est la centrale syndicale
qui représente le plus de travailleurs et travailleuses dans le secteur
universitaire. Plus de 30 000 employés du secteur universitaire
sont membres de la FTQ. Donc, ça a attiré, bien sûr, notre attention, et on
souhaite donc que tous au Québec soient couverts par un processus de
francisation du milieu de travail, incluant les collèges et les universités.
Les comités de
francisation. Depuis 1977, la FTQ se considère comme un véritable partenaire du
projet de francisation des entreprises, et
nous avons tout mis en oeuvre, au gré des moyens dont nous disposons, pour
accompagner et soutenir nos membres. À nos
membres syndicaux des comités de francisation et le soutien de leurs syndicats
locaux et de nos grands syndicats
affiliés, on a développé des approches sectorielles qui ont donné des résultats
spectaculaires dans la francisation
des entreprises, entre autres dans les secteurs de l'aérospatiale, de l'aéronautique,
des communications, des télécommunications, de l'hôtellerie, de l'entretien
ménager et des garages. On a aussi développé des collaborations avec des
conseillers de l'office également.
croit avoir compris, dans des discussions avec la ministre, qu'il n'était pas
de l'intention du gouvernement… que l'article 138.2 ne reflétait pas
correctement l'intention du gouvernement. Mais, je vous le dis, un mécanisme
alternatif tel que prévu à 138.2, on n'est
pas d'accord avec ça. On n'est pas d'accord. Nous sommes des partenaires
fidèles du processus de francisation depuis bien longtemps déjà, même
avant la charte. On ne peut pas se passer des travailleurs et des travailleuses
dans ce processus-là. Il reste encore trop de travail à faire. On se doit d'être
présents dans les comités de francisation.
Vous
savez, quand un droit est optionnel, ça permet à l'employeur d'exercer des
pressions directes sur son personnel et le syndicat pour remettre en question l'existence
même du comité de francisation. Même si on donnait un droit de veto au syndicat, cela ne changerait pas le fait que le
gouvernement vient de rendre négociable un des meilleursmécanismes de francisation des milieux de travail.
C'est comme si le droit de travailler en français devenait négociable.
Donc, ce qu'on demande, c'est le retrait de l'article 138.2
proposant des mécanismes alternatifs aux comités
de francisation. On demande également la création de comités de francisation
dans toutes les entreprises employant 50 à 99 employés,
avec les mêmes droits et devoirs actuellement prévus pour les comités de
francisation des entreprises de 100 employés
ou plus. Ces comités seraient cependant composés d'au moins quatre personnes,
dont deux représenteraient les travailleurs et les travailleuses. La FTQ demande également que des
comités de francisation soient créés au sein des organismes de l'administration,
avec des pouvoirs et une composition similaires à ceux des comités de
francisation des entreprises.
En ce qui a trait aux entreprises de 25 à
49 employés, là on s'interroge. Je dis «25» parce que le projet de loi prévoit 26 à 49. On se
dit : On parle de 50 à 99 et de 100 et plus, on s'interroge juste pourquoi
on a mis «26». Quelle différence ça fait entre 25 et 26? Je ne le sais
pas. Mais on pense que ça devrait être 25 à 49.
est satisfaits de constater que le présent gouvernement a eu le courage d'aller
un peu plus loin, même si on souhaite que ce
ne soit qu'un pas et qu'on aille encore plus loin éventuellement, même si on
trouve que le tout peut demeurer
encore une fois des voeux pieux si un meilleur encadrement n'y est pas
consenti. Je dis «un meilleurencadrement»,
il faut à tout prix se donner les moyens, donner les moyens à l'Office
québécois de la langue française d'être un… des acteurs importants du
projet de francisation au Québec.
terminerais en disant... un petit volet sur les personnes immigrantes. Vous
savez, on a, au fil des années, francisé les installations, les logiciels, les
documents, les affichages, et c'est ce qui mène à octroyer un certificat de francisation à une entreprise. On a négligé la
francisation des personnes qui travaillent dans ces entreprises-là. Vous
savez, l'anglais, c'est facile à attraper.
On pense qu'on devrait mettre l'accent sur la francisation des travailleurs et
des travailleuses, permettre aux personnes immigrantes qui ne maîtrisent
pas suffisamment la langue française d'avoir accès à des cours de formation.
À la FTQ, on n'a pas attendu la loi, ou la
charte, ou des subventions pour être des acteurs incontournables de ce projet de société là qui est la francisation de nos
milieux de travail, la francisation du Québec. Ce que nos membres réclament, c'est une volonté du gouvernement de
supporter le projet dans lequel nous sommes de fiers partenaires, et,
pour ça, il faut se donner les moyens,
donner les moyens à l'office de jouer son rôle, donner les moyens aux
travailleurs et aux syndicats de jouer pleinement leur rôle. Merci.
La Présidente (Mme Richard, Îles-de-la-Madeleine) : Merci, M. Boyer. Je cède
maintenant la parole à la
partie
gouvernementale pour... C'est Mme la ministre qui prendra la parole. Je
vous cède la parole, Mme la ministre, pour un temps de 13 minutes.
De Courcy : Merci à notre nouvelle
présidente de commission pour aujourd'hui.
Présidente (Mme Richard, Îles-de-la-Madeleine) : Un remplacement.
De Courcy : Ce sera la première fois
que nous travaillerons ensemble. Je suis certaine que ça ira très bien.
Alors...
Boyer (Daniel) : ...pas travailleuse
saisonnière, vous, là?
Mme De Courcy : Ni tempora