House Proceedings — 28 March 2001 (36th Legislature, 2nd Session)
2001-03-28
Quebec — Debates (Hansard)
Journal des débats de l'Assemblée nationale
Version finale
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36 e législature, 2 e session
(22 mars 2001 au 12 mars 2003)
Le mercredi 28 mars 2001 - Vol. 37 N° 3
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Table des matières
Affaires du jour
Affaires prioritaires
Reprise du débat sur le discours d'ouverture et sur les motions de censure
M. Jean-Marc Fournier
M. Léandre Dion
M. Lawrence S. Bergman
M. Roger Bertrand
Mme Line Beauchamp
Mme Hélène Robert
Présence d'élus municipaux de la Corporation des
municipalités de la république d'El Salvador
Affaires courantes
Présentation de projets de loi
Projet de loi n° 2 ? Loi modifiant la
Loi sur les tribunaux judiciaires
M. Paul Bégin
Mise aux voix
Dépôt de documents
État des rapports et des dépenses engagées pour des mandats
spéciaux au ministère de l'Emploi et de la Solidarité sociale
et au ministère de la Famille et de l'Enfance
Rapport annuel du Commissaire de l'industrie de la construction
Certificat de conformité en faveur de Warner Bros. Entertainment
Inc. pour le film The Spell of Unown
Plan d'action 2001-2002 de la Régie du cinéma et convention
de performance et d'imputabilité entre le ministère de la
Culture et des Communications et la Régie du cinéma
Document de consultation ministérielle sur l'organisation
policière intitulé Vers une nouvelle carte policière
Consultations particulières
Dépôt de rapports de commissions
Élection du président et du vice-président de la commission des institutions
Élection du président et du vice-président
de la commission des finances publiques
Élection de la présidente et du vice-président
de la commission des affaires sociales
Élection de la présidente et du vice-président de la commission
de l'agriculture, des pêcheries et de l'alimentation
Élection du président et de la vice-présidente de
la commission de l'aménagement du territoire
Élection de la présidente et du vice-président de la commission de l'éducation
Élection du président et du vice-président de la commission de la culture
Élection du président et du vice-président de la commission
des transports et de l'environnement
Élection du président et de la vice-présidente de
la commission de l'administration publique
Dépôt de pétitions
Augmenter les revenus et résorber le déficit du CHCR Antoine-Labelle,
dans la circonscription électorale de Labelle
2))Questions et réponses orales
Indexation des tables d'impôts
M. Jean J. Charest
M. Bernard Landry
M. Jean J. Charest
M. Bernard Landry
M. Jean J. Charest
M. Bernard Landry
Compressions budgétaires au centre hospitalier Laurentides, à L'Annonciation
M. Jean-Marc Fournier
M. Rémy Trudel
M. Jean-Marc Fournier
M. Rémy Trudel
Qualité des soins et des services prodigués aux personnes âgées
Mme Nicole Loiselle
M. Rémy Trudel
Mme Nicole Loiselle
M. Rémy Trudel
Candidature de M. Claudel Toussaint dans la circonscription de Mercier
Mme Michèle Lamquin-Éthier
Mme Linda Goupil
M. Jean J. Charest
M. Bernard Landry
M. Jean J. Charest
M. Bernard Landry
Analyse des coûts sociaux reliés au jeu compulsif
M. Russell Williams
M. Serge Ménard
M. Russell Williams
Mme Agnès Maltais
M. Russell Williams
Mme Agnès Maltais
Conséquences des projets de fusions municipales
M. Roch Cholette
Mme Louise Harel
M. Roch Cholette
Mme Louise Harel
Motions sans préavis
Souligner le 40e anniversaire de la fondation du ministère
de la Culture et des Communications
Mme Diane Lemieux
Mme Line Beauchamp
Mise aux voix
Hommage à M. Louis Dudek, poète et professeur à l'Université
McGill, et condoléances à sa famille
M. Geoffrey Kelley
Mme Diane Lemieux
Mise aux voix
Féliciter l'équipe de hockey Les Patriotes de l'Université du Québec
à Trois-Rivières, champions du hockey universitaire canadien
M. Jacques Dupuis
M. Guy Julien
Mise aux voix
Affaires du jour
Projet de loi n° 1 ? Loi modifiant la Loi électorale
et d'autres dispositions législatives
Adoption du principe
M. Guy Chevrette
M. Jacques Chagnon
Mise aux voix
Commission plénière
Étude détaillée
Mise aux voix du rapport de la commission
Adoption
M. Guy Chevrette
M. Jacques Chagnon
Mise aux voix
Affaires prioritaires
Reprise du débat sur le discours d'ouverture et sur les motions de censure
M. Réal Gauvin
Mme Danielle Doyer
Mme Nicole Loiselle
M. François Beaulne
M. Russell Copeman
M. Michel Côté
M. David Whissell
Ajournement
Journal des débats
(Dix heures huit minutes)
Le Vice-Président (M. Brouillet): Alors, Mmes et MM. les députés, nous allons nous recueillir quelques instants.
Veuillez vous asseoir, s'il vous plaît.
Affaires du jour
Affaires prioritaires
Reprise du débat sur le discours d'ouverture
et sur les motions de censure
Nous allons poursuivre nos travaux aux affaires du jour. L'Assemblée procédera ce matin aux affaires prioritaires, soit la reprise du débat ajourné le mardi 27 mars 2001 sur le discours d'ouverture de la session prononcé par M. le premier ministre le 22 mars dernier et sur les motions de censure présentées par M. le chef de l'opposition officielle, Mme la députée de Bonaventure et M. le député de Laurier-Dorion.
Avant de donner la parole au prochain intervenant, je vous informe que 4 h 13 min ont été utilisées dans le cadre de ce débat. Il reste donc un total de 20 h 47 min réparties comme suit: 10 h 4 min au groupe parlementaire formant le gouvernement; 9 h 23 min au groupe parlementaire formant l'opposition; 20 minutes au député indépendant; 60 minutes au représentant du gouvernement pour sa réplique.
Alors, je suis maintenant prêt à céder la parole au prochain intervenant, et ce sera M. le député de Châteauguay et whip de l'opposition officielle. M. le député.
M. Jean-Marc Fournier
M. Fournier: Merci, M. le Président. Je suis content de voir que finalement on a pu atteindre le quorum pour lancer les débats de cette journée, donc, qui s'entame avec le débat sur le discours inaugural dont on se serait attendu, parce que c'est l'essence même de la chose, que ce soit le discours inaugural du premier ministre du Québec, de tous les Québécois. C'était, pour le nouveau président du Parti québécois, la première occasion de s'exprimer à
titre de premier ministre de tous les Québécois.
(10 h 10)
Force est d'admettre, M. le Président, à l'écoute de ce discours et à sa relecture, que le président du Parti québécois a choisi de faire un discours de président du Parti québécois et de ne pas s'inscrire dans la tradition de ceux qui, chef de leur parti, ont su s'élever au-delà de leur parti pour représenter, aspirer tout au moins à représenter l'ensemble des Québécois. Je le dis parce qu'à sa face même, M. le Président, lorsque vous regardez le discours, lorsque vous constatez...
Quand on sait, par exemple, que, dans le domaine de la santé, hein, le budget de la santé, c'est 40 % du budget de l'État, on s'attend normalement du président du conseil d'administration, du premier ministre, à ce qu'il nous parle de la santé dans une proportion qui doit ressembler à ce 40 % que constituent les ponctions sur le budget de l'État. 1 %, M. le Président, alors que la santé représente 40 % du budget de l'État, il en a parlé pendant 1 % de son discours. Pourquoi?
Parce qu'il a choisi de parler d'autre chose, parce que sa préoccupation principale n'est pas égale, similaire à la mission principale du Québec. Alors que les principales ponctions sont faites pour la mission santé, il nous a parlé de la mission qu'il s'est donnée, lui seul, avec son propre parti, à l'encontre de la volonté des Québécois: la mission de la souveraineté.
Et qu'est-ce qu'il nous a dit, M. le Président, sur la souveraineté? Il nous a dit, il a utilisé l'expression « actualiser » , actualiser les études de Bélanger-Campeau, en nous rappelant qu'il y a 10 ans on déposait le rapport de Bélanger-Campeau, une période que plusieurs ont bien connue. Bien, d'abord, M. le Président, il faut rappeler qu'est-ce que c'était, Bélanger-Campeau. Ce n'était pas une technique de rédaction à l'interne, ce n'était pas une opération du « bunker » , hein?
Il faudrait se souvenir, là, que le secrétaire de la commission, un des coprésidents avaient été cooptés et choisis par Jacques Parizeau, à l'époque chef de l'opposition. L'opposition officielle, à l'époque le Parti québécois, siégeait avec vigueur, M. le Président, à cette commission, faisait entendre sa voix, a même signé un addendum à Bélanger-Campeau où l'opposition officielle, le Parti québécois, disait: Ce rapport-là, on ne veut rien savoir.
Et aujourd'hui on dit qu'on veut actualiser Bélanger-Campeau, une opération que le PQ a décriée à l'époque. Ce n'est pas actualiser puis ce n'est pas Bélanger-Campeau, l'opération à laquelle réfère le président du Parti québécois. L'analogie, ce n'est pas avec cette période où, lorsque le Parti libéral était au pouvoir, on permettait, sur la réflexion quant à l'avenir du Québec, à ce que l'ensemble des Québécois, par leurs représentants élus, puissent participer.
Il y avait le parti ministériel, le Parti libéral de l'époque, mais il y avait aussi le Parti québécois, dans l'opposition, le Parti Égalité qui étaient représentés, qui faisaient entendre leur voix et qui avaient la possibilité de choisir des experts qui déposaient des rapports.
Ce n'est pas ça que fait le gouvernement aujourd'hui, M. le Président. L'analogie, c'est avec Le Hir, ce n'est pas avec Bélanger-Campeau. Et, quand on dit que c'est Le Hir II qu'on veut faire, c'est parce que c'était ça, l'opération de Le Hir. Ce n'était pas d'actualiser Bélanger-Campeau, c'était de déformer les études, de reprendre et de faire de la propagande à l'égard d'études qui ne faisaient pas l'affaire du gouvernement et qui avaient pourtant été faites, notamment, lors de la commission qui a suivi Bélanger-Campeau, celle qui portait sur l'étude des questions afférentes à la souveraineté, qui avait identifié de nombreux problèmes persistants, des problèmes qui sont toujours là.
Qu'est-ce qui s'est passé, donc? Dans sa première étape à laquelle le président du PQ nous convie, celle d'actualiser, pour les fins de la cause, vous me permettrez de dire, M. le Président, celle de déformer les études antérieures, il nous promet de nous donner, comme à l'époque de Richard Le Hir, que les études qui plaident pour sa cause. Lorsque les études ne font pas l'affaire...
Vous vous souvenez comment ça fonctionnait dans le temps des études Le Hir, M. le Président. Ils avaient signé au ministère de la Restructuration ? qu'on avait d'ailleurs appelé à l'époque le ministère de la restructuration de la vérité ? ils avaient décidé de signer des contrats en disant aux chercheurs: Si les conclusions ne font pas notre affaire, nous ne les accepterons pas. C'était dans les contrats.
Alors, on a eu quelques chercheurs qui se sont plaints évidemment que les conclusions auxquelles ils étaient arrivés n'avaient pas fait l'affaire du gouvernement, mais quelques études sont néanmoins restées secrètes, le sont toujours en date d'aujourd'hui, dans cette belle période qui a précédé le référendum.
Le plan O, M. le Président, le chef de l'opposition en parlait hier, le plan O ? « O » pour obligation ? c'était quoi? Je le rappelle brièvement parce que ça vaut la peine, surtout que le premier ministre hier disait que c'était une bagatelle, que c'était... 17 milliards, l'argent des Québécois dans le bas de laine de la Caisse de dépôt, c'était une peccadille, une question au quotidien, alors que choisir la destinée des Québécois, c'était bien plus grand.
Aïe! 17 milliards, c'est le budget de la santé. 17 milliards, c'est fermer tous les hôpitaux, tous les CLSC, toutes les cliniques médicales, tous les donneurs de soins, tout ce qui se passe dans le domaine de la santé et services sociaux. Vous fermez ça pendant un an et vous allez me dire que c'est de la petite politique, des petites questions quotidiennes? Nous, on pense que c'est important, M. le Président, le budget de la santé sur un an.
Et ce qui se passait avec le plan O, c'est que Jacques Parizeau, à l'époque, avait prévu que le marché obligataire, la position économique du Québec allait fléchir suite à un oui. Alors, il avait réuni des montants d'argent à la Caisse de dépôt, au ministère des Finances, Hydro-Québec, réunit des sommes d'argent pour essayer de soutenir ce qui allait être un déclin économique pour le Québec. Et, après coup, on tente de nous faire croire que c'était une sage décision. Mais, M. le Président, la sage décision aurait été de le dire avant le référendum, pas après.
Parce que, lorsqu'on convie les Québécois à faire un choix et qu'on leur dit: Votez oui, ça va être l'Eldorado, et qu'on se retrouve au lendemain du référendum et que voter oui, c'était le plan O, avec 17 milliards en moins pour les Québécois, il y a une astuce du type cage à homards qui est un peu forte, M. le Président. Et c'était ça, le plan O.
Et le plan O persiste, parce que le président du Parti québécois, qui siège là où siège normalement le premier ministre du Québec, le président du Parti québécois a dit qu'il le refera. Il le refera. C'est l'argent des Québécois qu'on joue à la Bourse. L'avantage qu'on a, par exemple, aujourd'hui, M. le Président, c'est que le premier ministre, président du Parti québécois, nous dit qu'il va le refaire, admet qu'il y a des chocs à un oui, ce dont tout le monde convient. Il nous dit: Vous savez, on a bien fait de le faire, toutes les provinces le faisaient, puis Ottawa aussi.
Oui, mais la grande différence, c'est que tous les autres ont dit avant le référendum: Attention aux contrecoups économiques, pendant que le PQ, lui, il disait: Ah non, ça va être l'Eldorado.
Bien là une chose est claire. Même si on n'a pas le plan O dans les mains, parce qu'ils veulent le cacher... Dites-vous bien, M. le Président, que, si le plan O, c'était pour démontrer que le Québec, après un oui, aurait eu des gains économiques, ça ferait longtemps qu'il serait publié, hein, en trois couleurs, relié, diffusé partout au Québec, dans toutes les maisons. S'il n'est pas public puis s'il est caché, c'est parce que ça dit le contraire, M. le Président. Bien là au moins une chose est claire, on sait que ça existe.
Ils ne veulent pas nous le donner, mais on peut dire aux Québécois: Même ceux qui vous plaident l'Eldorado nous ont déjà dit que c'était pour être un fiasco au niveau économique.
J'ai parlé du plan O, mais il faut savoir que, alors que Lucien Bouchard, premier ministre, disait qu'il n'allait pas utiliser les fonds publics pour faire la promotion de la cause de la souveraineté, pendant ce temps-là, il y a un ministre ? un ministre ? qui avait décidé de ne pas écouter Lucien Bouchard. Il était ministre des Finances, à l'époque, vice-premier ministre. Et, lui, il faisait, au ministère des Finances, des études sur la souveraineté. Il avait préféré faire ces études-là plutôt que de faire des études sur le revenu minimum garanti. Parce qu'on leur a demandé, au ministère des Finances: Est-ce que vous étudiez le revenu minimum garanti? Ils ont dit non. La souveraineté? Oui.
(10 h 20)
On comprend le discours inaugural maintenant. On voit très bien la logique de ce ministre-là devenu président du Parti québécois. Dans le discours du trône, dans la même logique, on nous parle du déséquilibre fiscal. Si on voulait nous parler du déséquilibre fiscal, M. le Président, pour plaider la cause du Québec, pour argumenter sur un meilleur système, on serait favorable. Mais le ton qui est choisi et les éclaircissements donnés un peu plus tard à RDI par le président du caucus du Parti québécois à l'effet que cette argumentation ne serait en aucun temps bâtie à partir d'une alliance interprovinciale...
Moi, j'ai dit au président du caucus: Ce qu'il faudrait faire, c'est bâtir quelque chose de solide avec les autres provinces pour démontrer la situation, gagner le point, améliorer pour l'ensemble des Québécois et l'ensemble des Canadiens quelque chose qui vaudrait la peine. Il m'a dit: Non, non, non, ça ne les regarde pas, c'est nos affaires à nous autres. Parce que, dans sa logique à lui, comme au Parti québécois, cette commission qui est lancée ne vise pas à améliorer le sort des Québécois, ça vise à donner du gaz à l'option du Parti québécois, et c'est bien différent.
Mais cette souveraineté dont il parle, qu'est-ce qu'elle fait? Quel est l'effet qu'elle a sur les Québécois ? Bien, je vais vous citer l'actuelle vice-première ministre, ministre des Finances, M. le Président, dans un
article paru dans L'actualité de ce mois-ci, début du mois, 1er mars, deux petits passages, que je vous lis. C'est la vice-première ministre qui parle: « Nous payons le prix de la souveraineté que nous voudrions exercer et que nous essayons d'exercer. » « Nous » , c'est l'ensemble des Québécois qui paient le prix. Elle continue: « On ne fait pas un pays pour économiser ou pour payer moins d'impôts ? j'ai hâte de voir son budget de demain ? mais il faut savoir que, si on veut jouer au pays, cela entraîne ces coûts-là. » Qu'est-ce qu'elle nous dit?
Elle nous dit que le discours inaugural, qui est d'activer au maximum la machine de propagande de souveraineté, coûte aux Québécois. C'est la vice-première ministre qui le dit, ce n'est pas nous. Est-ce que c'est la bonne chose à faire? Et de quelle souveraineté parle-t-on? Parce que, ça, je dois vous avouer que ce n'est pas toujours évident. Dépendamment de qui est chef de ce parti-là, on se perd: des fois, c'est très, très souveraineté, pas d'association, des fois, c'est très, très association, pas trop de souveraineté. C'est assez difficile à saisir.
Mais j'ai la chance, M. le Président, d'avoir dû patienter dans une clinique médicale, comme bon nombre de Québécois, et les vertus que l'on retrouve dans ces cliniques médicales où on attend longtemps, c'est qu'il y a des vieilles revues. Et j'ai eu la chance de tomber sur la revue L'actualité qui datait du 1er novembre 1991. À ce moment-là, c'était Jacques Parizeau qui était le chef de l'opposition officielle, chef du Parti québécois, et il disait ceci. Alors L'actualité l'interviewe; à l'époque, c'était Jean-François Lisée qui l'interviewait. C'est drôle, les petites connivences, ça existait déjà.
Il faut toujours se méfier. Alors, il lui posait la question: « Voulez-vous ultimement faire une association économique Québec-Canada qui ressemble à la Communauté européenne? » Question que pose Jean-François Lisée à son ami Jacques Parizeau. Il répond: « Je ne suis pas du tout convaincu que le développement et l'approfondissement d'un espace économique nord-américain, qui dans mon esprit est très important, passe nécessairement par ce qu'on voit en Europe. Faut-il, comme à Bruxelles, chercher à produire une législation de l'assurance à l'échelle du continent?
On s'en va vers un mur de briques si on essaie des choses comme ça. » Lisée, qui n'est pas trop sûr de la réponse qui a été donnée, revient à la charge: « Mais pas de mise en commun des politiques de recherche, d'environnement, de stantards comme en Europe où la moitié de la législation économique et commerciale vient de Bruxelles? » Réponse: « Plusieurs disent ? Jacques Parizeau ? que, si on demandait une association économique à l'européenne, un Québec souverain aurait moins de pouvoirs économiques qu'aujourd'hui. Je suis d'accord, mais ce n'est pas ce qu'on demande. » Oh boy!
Un petit retour en arrière qui explique beaucoup de choses et complique beaucoup de choses.
La position actuelle tenue par le président du Parti québécois a été décriée par deux présidents avant lui qui disaient, M. le Président, qu'on aurait moins de pouvoirs économiques en choisissant l'option que prône actuellement le président du Parti québécois et qui ne sont pas d'accord avec cette option-là.
M. le Président, on voit bien que c'est une question de tactique, c'est du marketing. On sait que les Québécois ne veulent pas reculer économiquement. On sait que les Québécois ont un profond attachement et au Québec et au Canada. Alors, pour que le PQ puisse gagner, il faut qu'il puisse dire: Je vais vous préserver l'aspect canadien, mais on va vous l'enlever. Ce n'est pas facile à dire. Et je comprends qu'il y a un peu d'incohérence, mais c'est ça, le message qu'ils tentent de nous faire passer, et il ne faut pas être dupes. Comment peuvent-ils y arriver?
Une fois qu'on sait qu'ils ne peuvent pas développer une cohérence dans une mesure où on promet à quelqu'un ce qu'on veut lui enlever, comment on fait pour faire ça? On fait, M. le Président, beaucoup de boucane. On met des astuces sur la place puis on essaie de confondre tout le monde. Quel est le meilleur moyen pour confondre tout le monde, pour solidariser des gens face à un ennemi extérieur? On invente l'ennemi à l'extérieur, et c'est ce que le Parti québécois a décidé de faire à très grande vitesse, M. le Président.
Encore une fois, ce n'est pas comme un premier ministre de tous les Québécois, mais comme président du Parti québécois que le député de Verchères agit. Le mode arrogance qu'on lui connaît, le mode mépris, irrespect, harcèlement, agression, ça, c'est le mode du Parti québécois avec le président du Parti québécois actuel. Je vois le député de La Prairie qui hoche de la tête en voulant dire: Bien non. Ça a l'air qu'il n'était pas là, lui, à l'incident des chiffons rouges. Le président du Parti québécois était déçu après ça d'avoir fait ça, comprends-tu? Hein?
La ministre de la Culture qui crache sur le monde puis qui dit: Bien non, les autres n'en ont pas; juste moi. Le mode nombril qui s'ajoute. Puis là le Canada, c'est inutile, M. le Président, par-dessus. Alors, on en met, on en met. Tu regardes ça puis tu dis: Mais qu'est-ce que c'est, ces sorties intempestives? Au début: Bien, il est malhabile. Mais, quand ça fait trois fois, tu dis: Bien, coudon, c'est un pattern, cette affaire-là. Ils ont l'air d'avoir choisi ce mode d'intervention sur la place publique.
C'est là que ma visite à la clinique médicale était importante, M. le Président, parce que, dans la même entrevue de Jacques Parizeau avec Jean-François Lisée, il nous a expliqué quelque chose, Jacques Parizeau. Il disait ceci ? et vous allez comprendre, le député de La Prairie va sans doute aimer ça ? alors Jacques Parizeau explique sa stratégie: Je fais exprès; il faut promener le drapeau rouge devant le taureau toutes les semaines et avoir des éditoriaux vengeurs dans les journaux canadiens anglais. Là, je suis à ma clinique médicale, comprends-tu? J'attends, c'est long, je lis ça. Je dis: Je ne suis pas venu ici pour rien. J'aurais pu repartir puis j'avais déjà compris quelque chose.
M. le Président, ce que fait le président du Parti québécois actuellement, c'était ce que Jacques Parizeau voulait mettre en place. Vous vous souvenez? Jacques Parizeau disait: Donnez-moi deux ou trois Ontariens de Brockville qui vont marcher sur le drapeau québécois puis l'affaire est dans le sac. On ne bâtit pas un pays comme ça. On ne bâtit pas en faisant de la guérilla verbale pour s'attirer des roches dans le sens contraire puis après ça dire: Solidarisons-nous devant l'ennemi qu'on vient de créer. Ce n'est pas ça, ce n'est pas ça, bâtir une société.
Alors là il y en a eu un autre qui a parlé des chiffons rouges, puis, quand il a vu qu'il était mal pris avec les chiffons rouges, il a parlé du taureau parce que le président du Parti québécois actuel, lui, il l'avait lu, l'article de L'actualité .
C'est juste ça qu'on a, M. le Président, c'est juste ça qu'on a: de l'agression, du harcèlement, tenter d'avoir de l'autre côté un voisin partenaire qui va se révolter. On a créé un ennemi puis on va dire aux Québécois: Je veux vous donner ce que je vais vous enlever, mais ne vous posez pas de questions parce que l'ennemi est à nos portes, il faut s'unir; vous n'y verrez rien. Bien, moi, je pense que ce genre de démarche là n'est pas à l'honneur de quiconque en démocratie. Les gens au Parti québécois devraient comprendre que, si l'affaire ne lève pas, c'est parce qu'il y a une limite à utiliser les règles de démocratie pour faire le contraire de la démocratie.
Le harcèlement, l'arrogance, le mépris, ce n'est pas quelque chose de nouveau, M. le Président, pour le président du Parti québécois actuel qui a été choisi par ses collègues. Ils l'ont choisi parce qu'ils connaissaient ses qualités, ses expériences passées. Je lisais un
article récemment d'un ancien ambassadeur du Canada à Paris. Il y en a eu plusieurs. Lucien Bouchard était un ancien ambassadeur du Canada à Paris. Ce sont des gens qu'on respecte, j'imagine, au sein de cette Assemblée que nous occupons. Je ne lirai pas l'article au complet, mais un petit bout, M. le Président.
Alors, il y a le président du Parti québécois actuel qui se trouve à être à Bruxelles et qui rencontre l'ambassadeur du Canada. Il dit ceci: « Comme le sous-ministre des Affaires étrangères du Canada Gordon Smith était à Bruxelles, je l'avais invité à se joindre à nous ? Jacques Roy et le président actuel du Parti québécois. En présentant Gordon Smith à M. Landry, j'ai souligné qu'il n'était pas seulement sous-ministre, mais également sherpa du Canada pour les sommets du G 7. À ma stupéfaction, cela a mis M. Landry en colère. Il déclara que la présence du Canada au sein du G 7 était dérisoire, que sa voix n'était pas écoutée, que de toute façon le G 7 lui-même ne servait pas à grand chose. »
Il y a eu d'autres petits bouts aussi sur les francophones qui nous représentent dans les diverses capitales du monde, des collègues compatriotes de notre nation québécoise sur lesquels le président du Parti québécois n'a pas manqué l'occasion de cracher, parce que, pour lui, est Québécois celui qui pense comme lui. Grand démocrate, grand démocrate, M. le Président.
Et ceux qui se demandent si Jacques Roy est crédible, bien pensez à l'affaire d'Intercontinental ou, plus récemment, du restaurant Maestro, et je pense qu'on aura suffisamment d'exemples pour voir que ce qui a guidé les membres du caucus péquiste à choisir ce président du Parti québécois, c'est parce qu'ils souhaitaient que cette démarche soit entreprise, celle d'avoir un président qui supposément devrait tous nous représenter mais qui agit dans un mépris total de l'ensemble des Québécois.
n (10 h 30) n
Pour revenir, M. le Président, à ce discours inaugural, on y parlé un peu brièvement de pauvreté. On s'est permis de rappeler que, au Québec, l'an passé, en l'an 2000, il s'est créé 8 % de tous les emplois créés au Canada. Seulement 8 %. On peut faire du verbiage sur la pauvreté; la meilleure façon de l'éviter et de lutter contre elle, c'est de créer de l'emploi. Or, nous, M. le Président, avec les crédits d'impôt pour le quartier du commerce électronique ou du multimédia, on ne crée pas l'emploi, on le déménage. Ici, on déménage les emplois, au Québec.
Depuis sept ans, à l'aide sociale, les prestations ont baissé; à l'assurance médicaments, les coûts ont augmenté. En fait, le déficit zéro, c'est les pauvres qui l'ont assumé.
M. le Président, j'ai dit qu'on avait parlé très, très, très brièvement de la santé. Qu'est-ce qu'on y a dit? On y a dit que la première ligne s'en vient. C'est drôle, le premier ministre de la Santé du Parti québécois, le député de Charlesbourg, avait fait un discours en 1995 disant aux hôpitaux du Québec: Arrêtez de penser que vous êtes la première ligne, vous êtes la deuxième. La première ligne, c'est les CLSC, je vous le dis. Cinq ans après, six ans après, on nous annonce qu'on va nous faire la première ligne. J'ai hâte de voir les budgets pour ça, parce qu'on ne les a pas encore annoncés.
La carte à puce, c'est le deuxième sujet qui a été traité, et le discours inaugural dit « dans quelques années » . Après sept ans de gouverne du Parti québécois, alors qu'on n'est pas encore capable d'évaluer les coûts par épisode de soins, puis on nous annonce que la carte à puce, ça va être dans quelques années; on nous annonce que le marasme va continuer. Un peu comme hier, le ministre de la Santé, à une question sur les listes d'attente et les durées d'attente qui sont en augmentation constante, nous répond: C'est normal, on vieillit.
Avec une mentalité comme celle-là, on peut juste s'attendre à des listes encore plus grandes, des durées encore plus grandes, parce que, M. le Président, imaginez-vous qu'à chaque jour on vieillit. Le Parti québécois, c'est ça, on nous promet juste pire. J'espère qu'on va s'en rendre compte, j'espère qu'on va se rendre compte qu'il y a moyen de faire mieux, de faire d'autres choses.
Qu'est-ce qu'il y a pour le parc technologique? Qu'est-ce qu'il y a pour le parc immobilier ? parlez-en au Royal Vic? Rien. Qu'est-ce qu'il y a, M. le Président, pour la question la plus grave, celle de la pénurie des infirmières et des médecins? Rien. Pas un mot dans le discours inaugural. Je vous le disais: la santé, 40 % du budget, la plus grande mission de l'État, le plus grand problème de cette mission, les pénuries de médecins et d'infirmières, pas un mot dans le discours inaugural.
Il va y avoir plus de 1 000 millions, plus de 1 000 millions de dollars, à compter du 1er avril, en provenance du gouvernement fédéral, qui vont être transférés au Québec aux fins de la santé. Le test, M. le Président, pour le Parti québécois, c'est de voir à ne pas détourner ces fonds.
Nous allons veiller au grain pour nous assurer qu'aucune de ces sommes d'argent transférées du fédéral, que ce soit suite à l'entente de septembre ou du compte « in trust » duquel on nous annonçait dans le dernier budget de Bernard Landry des ponctions qui nous amènent à 1,2 milliard, plus des péréquations additionnelles de 1,5 milliard, plus des surplus de 2 milliards pour le Québec, on va s'assurer que plus de 1 000 millions iront à la santé et qu'ils y seront investis. S'il y en a moins que ça, le Parti québécois aura échoué son test.
M. le Président, le discours inaugural, c'est normalement la colonne vertébrale de l'action gouvernementale, c'est de là qu'on retrouve le fil conducteur de tout ce qui nous attend en avant de nous. Je ne comprends qu'une chose: le président du Parti québécois nous a dit que ce qui allait l'animer comme colonne vertébrale, tout ce qui allait s'y rattacher, ce qui allait être le nerf essentiel de son action, c'était la souveraineté.
Je retiens que la vice-première ministre, sa collègue immédiate, a dit que justement, ce genre d'opération, c'est sur le dos des Québécois qu'il se fait parce qu'il y a un prix à payer pour ça. Je retiens qu'à l'égard de la santé, mission essentielle à hauteur de 40 % du budget de l'État, il n'a été rien dit. Les Québécois peuvent, comme nous, être inquiets de cette orientation qui a été choisie par le président du Parti québécois.
Je termine en disant que ce président du Parti québécois nous doit un vrai discours inaugural et qu'il nous doit d'assumer la fonction pour laquelle il est payé: devenir enfin premier ministre de tous les Québécois. Il a encore beaucoup de chemin à faire. Merci, M. le Président.
Le Vice-Président (M. Brouillet): Je vous remercie, M. le député de Châteauguay. Je vais maintenant céder la parole à M. le député de Saint-Hyacinthe. M. le député.
M. Léandre Dion
M. Dion: M. le Président, l'autre jour, je rendais visite à un jeune couple de mon comté. J'avais une très bonne raison, la jeune femme venait de donner naissance à un enfant. Quel regard dans ses yeux! Quel regard dans les yeux du père! Comment ils épiaient les moindres mouvements du petit. Et quelle fierté dans leurs visages, quelle valorisation. Jamais la vie ne leur avait fait autant confiance et jamais ils ne s'étaient sentis aussi responsables de la vie; jamais ils n'avaient compris à quel point ils pouvaient quelque chose pour elle, à quel point ils pouvaient quelque chose d'irremplaçable pour quelqu'un.
Est-ce que ce n'est pas cela, au fond, la responsabilité, M. le Président, ce sentiment qui résulte du fait qu'on a l'impression que la vie dépend de nous, que quelque chose autour de nous n'existera pas si on n'est pas là, si on ne fait pas ce qu'on a à faire? Alors, c'est ça, le sentiment de la responsabilité.
Il y a deux mois environ, je visitais une nouvelle entreprise de chez nous, TECHNO MEDIC, qui est en pleine croissance, parce que c'était l'inauguration de nouveaux locaux d'une expansion considérable, plus du double, de l'entreprise.
Et, pendant que je visitais, je conversais avec le fondateur qui me racontait avec fierté toutes les étapes du développement de son entreprise, les problèmes d'implantation, comment il avait réglé les questions de personnel, comment il avait réglé les problèmes de croissance et les heures innombrables qu'il avait passées à veiller au succès de son entreprise, parce qu'il s'en sentait responsable. Il savait que, s'il n'était pas là, c'était l'échec.
Je pense que la responsabilité, ça vient de ce sentiment qu'on peut quelque chose, qu'on a un pouvoir sur notre environnement et que, si on ne fait pas ce qu'on a à faire, eh bien, ça ne sera pas pareil, il y a des gens qui vont en souffrir.
Alors, vous voyez, M. le Président, que ce soit pour sa vie privée ou pour son entreprise, que ce soit un producteur agricole qui dit « ma terre » , ou un jeune propriétaire qui vient de s'acheter une maison et qui dit « ma maison » ou « ma voiture » , quand on dit cela avec fierté, en même temps, on sent qu'il y a une responsabilité, qu'il y a quelque chose qui dépend de nous et qu'on peut changer quelque chose.
C'est ce sentiment-là auquel M. le premier ministre faisait référence dans son discours inaugural quand il disait: « Un des sentiments qui animera le gouvernement sera celui de la responsabilité, ce sentiment qu'on peut changer quelque chose et que, sans nous, ce ne serait pas pareil. » C'est comme ça qu'il faut aborder les questions de l'État parce que c'est comme ça que les gens nous font confiance. Quand ils nous confient la gestion de l'État, ils nous confient leurs affaires, mais ils font de nous leurs représentants.
Alors, les affaires de l'État, c'est nos affaires; les affaires des institutions de l'État, ce sont nos institutions. Le peuple québécois, c'est notre peuple. Ce sont nos enfants, c'est notre nation.
C'est pour ça, M. le Président, que, de ce côté-ci de la Chambre, la responsabilité, c'est la signature de notre gouvernement, parce que nous avons le sentiment que c'est notre État. Nous ne sommes pas des mercenaires, nous ne sommes pas au service de qui que ce soit d'autre, nous sommes au service des nôtres. C'est pour ça que M. le premier ministre a mis tout l'accent de son discours inaugural sur la responsabilité, et c'est parce que nous sommes responsables que nous prenons des risques.
Nous avons pris des risques dans le passé, des risques de faire des choses qui n'étaient pas nécessairement populaires. Quand il s'agit de demander aux gens de se serrer la ceinture parce qu'il ne faut pas dépenser plus qu'on gagne, ce n'est pas populaire, ça. Quand il faut faire des gestes importants, qui bouleversent les gens et qui dérangent des structures pour sauver un système de santé, ce n'est pas très populaire, ça. Quand on revoit tout le système d'aide sociale pour les plus démunis en l'axant sur la responsabilité, ce n'est pas très populaire, ça.
Quand on revoit les structures des municipalités afin de s'assurer qu'elles soient plus efficaces et qu'on bouleverse les pouvoirs en place, qu'on bouscule un peu les gens, même si on le fait avec délicatesse, il reste que ce n'est pas très populaire.
n (10 h 40) n
Et pourquoi est-ce qu'on fait cela, M. le Président? C'est parce qu'on est conscients que le peuple québécois, c'est notre peuple, que les institutions du Québec, ce sont les institutions qui servent notre monde, qui servent nos gens, qui servent nos enfants et qui préparent l'avenir de nos jeunes. Alors, c'est pour ça que nous avons pris tous ces risques-là.
Mais il en est résulté un profit, un profit important, un bénéfice important pour la société. Vous savez, en trois ans, plus de 300 000 emplois créés, c'est beaucoup quand même. C'est très important, les gens qui sont sortis de l'aide sociale, 200 000 familles qui ne sont plus à l'aide sociale. Le chômage qui a baissé de 13 % à 8 % au Québec. Dans ma région, heureusement, on peut compter plutôt entre 6 % et 7 %.
C'est une des régions les plus dynamiques, parce que sans doute le contexte l'a favorisée, mais aussi parce que les gens de chez nous se sont donné la main et ont décidé de tabler sur les ressources du milieu pour faire en sorte de créer des emplois et de créer une dynamique économique.
Alors, on a pris des risques, mais on les a pris sagement parce qu'on est responsables. Et, si, dans le passé, on a pris des risques et on a gagné, il en sera de même cette année, M. le Président. Les initiatives du gouvernement se feront parce qu'on est responsables, parce qu'on sait que le peuple du Québec nous a confié la gestion des affaires et qu'on ne peut pas avancer n'importe quoi, faire n'importe quel discours et dire n'importe quoi.
Tout à l'heure, le député de Châteauguay nous disait: Oh! mais c'est très important, ça, vous savez, la santé, 40 % du budget. Eh bien oui, c'est très important, la santé. Il faut en parler beaucoup, de la santé. Je vais en parler un tout petit peu, M. le Président. La santé, c'est environ 14 milliards et quelque chose de budget, 40 % du budget du Québec. Quand le système de santé a été mis en place, c'était entendu que le fédéral et le provincial payaient 50-50, moitié-moitié. C'était ça qui était l'entente. Ça a été signé entre le fédéral et les provinces. Mais qui contrôle le budget?
Qui contrôle le budget du Canada? Qui contrôle la mécanique des budgets? Évidemment, c'est celui qui contrôle le gros budget, c'est le fédéral.
Alors, à chaque fois qu'il y a eu des négociations, depuis 30 ans, à chaque fois, le gouvernement fédéral a fait plier les provinces afin de se retirer du financement de la santé, et maintenant, il en finance moins de 17 % de la santé. Ça veut dire ? calculons rapidement ? 14 milliards... Il nous manque 33 milliards qui devraient venir dans le réseau de la santé et qui ne viennent pas, qui sont à Ottawa. Eh bien, 33 %, ça veut dire 4,6 milliards. Ça, c'est de la pression sur notre économie qui fait que notre système de santé n'a pas ce qu'il faut pour fonctionner, M. le Président. Et la cause de ça, elle est où?
Elle est dans le fait que, malgré qu'on prenne nos responsabilités avec beaucoup de courage, eh bien, il y a une limite, c'est qu'on n'a pas tout le budget.
On a beau faire tout ce qu'on veut, on a travaillé sur des plans, des programmes, par exemple dans la famille, pour améliorer la politique familiale, mais, à un moment donné, on ne peut pas appliquer ça. Par exemple, toute l'assurance parentale, la loi est prête à être adoptée. On ne pourra pas l'appliquer. Pourquoi qu'on ne pourra pas l'appliquer? Ou enfin, si on l'applique, on va couper dans quoi, puisqu'il nous manque au point de départ 4,5 milliards uniquement pour la santé? Alors, ça crée une pression sur tous les autres domaines.
Et c'est comme ça pour les transports, c'est comme ça pour l'éducation, c'est comme ça pour l'aide sociale, c'est comme ça pour la promotion de nos industries à l'international, pour la promotion de l'économie ici. Ce 4,5 milliards de dollars qu'il nous manque, ça crée une pression terrible sur nous.
On va nous dire: Oui, mais on a eu un cadeau de 1,5 milliard du fédéral. Eh bien, M. le Président, est-ce que c'est de la responsabilité, ça, de compter sur les cadeaux? Est-ce qu'il y a beaucoup de gens au Québec qui sont fiers de dire: On a eu des cadeaux? Ces cadeaux-là, ce sont nos taxes, nos impôts que nous payons. Et, sur le 4,5 milliards, le fédéral nous en a donné 1,5. C'est mieux que rien. C'est mieux que rien. Mais, quand on contrôlera complètement nos finances, on pourra choisir nous-mêmes où vont les priorités et on pourra s'assurer de compléter le travail de responsabilité que l'on a initié.
M. le Président, vous allez voir très bientôt, nous allons voir ensemble se réunir au Québec les chefs d'État des pays des Amériques. Ils vont se réunir ici, à Québec, une capitale extraordinaire, un joyau de l'humanité, tel que déclaré par l'ONU, chez nous, dans la maison du peuple québécois, dans la capitale du peuple québécois.
Mais demandez au peuple québécois où est son gouvernement. Le peuple québécois, son gouvernement, tout le monde va vous dire: Notre gouvernement est à Québec. Le peuple québécois s'identifie au gouvernement du Québec. C'est son gouvernement. Alors, à ce moment-là, ils vont se dire: Mais où est-il, au Sommet des chefs d'État, le gouvernement du Québec? On ne le voit pas. Non, on n'y sera pas. On n'y sera pas, M. le Président, parce que le gouvernement fédéral a décidé de réquisitionner notre maison familiale, notre capitale, pour faire son show, pour faire sa réunion.
Et, pendant que lui, le gouvernement fédéral, contrôlé à 75 % par le peuple voisin que je respecte, mais qui est le peuple voisin, qui est notre voisin, eh bien, pendant que notre voisin réunira ses amis dans notre salon, nous, nous serons au garage. Alors, qu'est-ce qu'on fait quand on est un peuple responsable, M. le Président? On accepte ça? On n'accepte pas ça.
M. le Président, nous avons une responsabilité qui consiste, d'une part, à gérer le budget public, à gérer la chose publique et à faire en sorte que les impôts des Québécoises et des Québécois qui sont mis dans le fonds commun, dans la caisse commune, soient le mieux dépensés possible en fonction des priorités du peuple québécois. Nous pensons, nous sommes convaincus, nous savons que le gouvernement qui représente l'ensemble du peuple québécois, il est ici, à Québec.
Il n'a pas d'autre intérêt ailleurs, et ses intérêts sont dans le peuple québécois, et il est responsable de ces intérêts-là, et ce sont les intérêts qu'il sert. Eh bien, ce peuple-là, ce gouvernement-là, M. le Président, il va faire en sorte de prendre les décisions en fonction de nos priorités: politique familiale, politique jeunesse, transport, santé, éducation, en fonction de nos institutions, de nos traditions et de ce qu'on a bâti.
Vous savez que les étudiants du Québec sont les étudiants qui paient le moins de frais de scolarité de tout le Canada. Pourquoi? Parce que, pour nous, c'est une priorité. C'est un choix que nous avons fait. En conséquence, ce sont les moins endettés des étudiants canadiens. Ça, c'est pourquoi? C'est pour aider nos jeunes, parce que nous savons que les jeunes, s'ils sont bien formés, assureront leur succès économique et social, mais assureront aussi le succès économique de tout le Québec.
Alors, dans ce contexte-là, il est très important que ça soit nous qui choisissions les priorités d'investissement de notre gouvernement parce qu'il s'agit de notre peuple, c'est notre responsabilité. Et, dans ce contexte-là, je dois vous dire que nous sommes déterminés. Nous sommes déterminés à faire en sorte que le peuple québécois puisse prendre ses responsabilités de A à Z, pas seulement pour la moitié du budget et être obligés d'aller se traîner à genoux pour l'autre moitié. Non, M. le Président, ce temps-là a assez duré.
Aussi, le peuple québécois sera convoqué, dans un avenir rapproché, à faire en sorte que ne se reproduise plus jamais l'insulte qui nous est faite par le fédéral au Sommet des Amériques. Vous savez que, de plus en plus, un tas de décisions concernant le peuple du Québec seront prises dans les instances internationales. Évidemment, si nous sommes dans la situation présente, c'est quelqu'un d'autre qui nous représente à ces instances-là, quelqu'un d'autre qui doit d'abord représenter les intérêts de 75 % d'Anglo-Canadiens et, ensuite, pour le reste, pour ce qui en reste, nos intérêts.
Nous ne voulons plus cela, M. le Président. Puisque les décisions se prendront à ces tables internationales, eh bien, nous voulons être assis à la table parce que nous avons la responsabilité de bien représenter le peuple québécois.
Alors, c'est pour ça que le discours inaugural que nous avons entendu était tout axé sur la responsabilité et la solidarité du peuple québécois, parce qu'il est important que le peuple québécois se lève debout et qu'il dise: Il m'appartient à moi-même de gérer mon budget, de gérer mes traités, de gérer toute la vie politique du peuple québécois en fonction de ses intérêts et d'assurer la souveraineté du peuple québécois. Merci, M. le Président.
n (10 h 50) n
Des voix: Bravo!
Le Vice-Président (M. Brouillet): Alors, je vous remercie, M. le député de Saint-Hyacinthe. Je vais maintenant céder la parole à M. le député de D'Arcy-McGee. M. le député.
M. Lawrence S. Bergman
M. Bergman: Merci, M. le Président. Il y a une expression que tous les Québécoises et Québécois comprennent, nonobstant leur affiliation politique, l'expression « Plus ça change, plus c'est pareil » . Cette expression s'applique au discours d'ouverture du premier ministre du Québec prononcé devant cette Assemblée, jeudi passé.
Mr. Speaker, I know my constituents shared my dismay as they learned that their Government's number one priority is how to use public funds to stoke the embers of separation, dust off old studies and update them with questionable analyses and studies whose conclusions are prepared in advance.
If the state of our economy, the conditions in our schools, the climate in our hospitals were not so serious, the declarations of the Premier would be almost laughable. But in actual fact, Québec has already suffered from decades of wrangling about an issue that no one wants. Capital has fled from this province, hospitals have been closed, professionals and investors have left this province. Every time that we make a comeback from the bleeding that the PQ Government has imposed upon the people of Québec, we start from further back.
Mr. Speaker, I'm not only talking about the economy, but also of the moral climate in the province that even affects our cultural life. Just last week, I received a call from one of my constituents who told me that he was at Place des Arts to hear Mahler's Fourth Symphony performed on the occasion of the hundredth anniversary to a less that half-filled hall. He then came from Place des Arts to see on television the Premier going on and on about the national question of Québec not being settled and the way in which « the status of a province does not suit us » . No wonder Place des Arts was half-filled, at best.
There is a disconnection between the policies of the PQ Government and the reality of people's daily lives.
The PQ Government may like to believe that more studies about what Québec gets and does not get out of Ottawa will mask this discrepancy, but the fact is this endless fascination with their narrow political option is going to result in an entire province that will start to resemble the half-empty Place des Arts.
M. le Président, le premier ministre a déclaré à la télévision, et je le cite: « Le statut provincial ne nous convient pas » , fin de citation. Je me demande qui est ce « nous » . Vivre dans la province de Québec au sein du Canada est un inconvénient? Eh bien, M. le Président, pas pour les électeurs de mon comté, je vous assure, pas même pour la majorité de la population québécoise qui, à chaque fois qu'elle a été consultée, a refusé les propositions du Parti québécois, les propositions de transformer la province de Québec en un État indépendant.
Mais, M. le Président, le premier ministre, comme son parti, comme son gouvernement, ignore la volonté maintes fois exprimée par la population du Québec et s'arroge le droit de choisir l'avenir des Québécois et Québécoises contre leur gré, au nom sans doute de la démocratie.
M. le Président, nous avons devant nous un gouvernement et un premier ministre qui ont une seule cause ? leur cause ? et pire, ils n'ont pas reçu ce mandat de la population du Québec. Ce parti n'a pas reçu la pluralité des votes lors de la dernière élection générale en 1998. Aussi, le premier ministre du Québec n'a pas été élu par la population, mais il a été désigné par son parti. Alors, M. le Président, notre premier ministre n'occupe pas ses fonctions dans l'esprit démocratique.
M. le Président, ça fait trop longtemps que nous avons compris que le parti et le gouvernement que le premier ministre dirige ne peuvent pas entendre, voir et comprendre les vrais désirs des Québécois. Le gouvernement est tellement aveugle et sourd à la situation réelle qu'il est prêt à dépenser des fonds publics pour promouvoir une option politique dont il est le seul partisan. Et, si cela n'est pas un scandale national, je demande qu'est-ce que c'est. Le premier ministre prône l'indépendance à n'importe quel prix.
Mr. Speaker, listening to the Premier is like reading Alice in Wonderland , where the world we know from everyday experience is turned upside down, without the Premier ever stopping to think about the highly pluralistic and differentiated nature of the Québec electorate and the consequences of his desire to transform his version of Québec into an independent state.
Indeed, Mr. Speaker, in his head, this transformation is already a fait accompli, as his recent statements about his frustration at not being able to address the upcoming gathering of American states. But, Mr. Speaker, the conference that is to take place in Québec City is a meeting of sovereign states, and unless I am mistaken, the sovereign state of which Québec is a part of is Canada. What greater honour than that of all the Canadian provinces in which this meeting is to take place, ours, the Province of Québec, should have been selected? What more beneficial for us as Quebeckers that the venue chosen within our province is the capital of the Province of Québec, the great city of Québec?
But instead of using this occasion to display ourselves, to display our well-known talent for hospitality, our opportunity to extend the hand of cooperation to all the people, all the Governments who will attend this conference, the Premier has decided and his own MNAs to snap at the federal Government, to berate it and to turn what any normal person would consider as an honour into a sign of humiliation. He said: « On nous donne des tâches serviles » . All I can say, Mr. Speaker, is that if the Premier considers that helping to host a conference of this nature, a conference of this importance is a servile task, then he does not know the distinction between « service » and « servility » .
n (11 heures) n
M. le Président, on ne devrait jamais oublier que la première tâche d'un gouvernement est de servir le peuple. Nous, les membres de l'Assemblée nationale, sommes élus pour servir et voir à apporter des solutions aux problèmes que nos concitoyens nous soumettent. Je considère que c'est un honneur d'être capable de le faire. Mais, comme je l'ai dit déjà, à écouter le premier ministre du Québec, on aura du mal à reconnaître ces principes fondamentaux de notre vie politique.
Le gouvernement a l'obligation de gérer les affaires publiques dans un seul objectif: améliorer notre bien-être collectif et individuel. Les Québécois et Québécoises réclament des actions concrètes du gouvernement pour que la qualité et la quantité de services dispensés soient grandement améliorées. C'est notamment le cas en matière d'éducation et de santé.
M. le Président, on doit inscrire la société québécoise dans le courant de modernité et de prospérité qui traverse notre continent. Le gouvernement péquiste n'a pas réussi, en six années, à faire que le Québec atteigne son plein potentiel en matière d'économie; au contraire, nous accusons un retard de plus en plus grand. De plus, les Québécois, à cause des politiques gouvernementales du gouvernement péquiste depuis les dernières six années, sont les contribuables les plus taxés au nord de l'Amérique.
M. le Président, le Québec ne peut demeurer en marge de l'économie nord-américaine. Notre économie doit être compétitive sur le plan fiscal pour attirer des investissements étrangers et pour permettre à notre économie de devenir mondiale. À l'heure actuelle de la mondialisation, le Québec a besoin de nouvelles façons de faire. On doit moderniser nos institutions et on doit s'affirmer au sein du Canada. On ne peut pas permettre la politique d'isolation du gouvernement péquiste.
M. le Président, le discours d'ouverture du premier ministre du Québec jeudi passé a consacré 10 pages à la souveraineté mais seulement quatre paragraphes à la santé et quatre paragraphes à l'éducation. Maintenant, la population connaît de façon très claire les priorités du gouvernement péquiste. Notre système de santé est dans une vraie crise. Le gouvernement péquiste a fermé des hôpitaux, a incité des médecins et des infirmières à prendre une retraite anticipée. Maintenant, nous, les Québécois, manquons de lits dans nos hôpitaux, manquons de médecins et d'infirmières, nous manquons de ces besoins essentiels lorsqu'on est malades.
Cette situation est à sa sixième année, et la situation et le système de santé continuent de dépérir. Quoi dire à notre population? Ne dérangez pas le premier ministre, il est en train de dépenser vos fonds publics, des millions de dollars, sur son option souverainiste et sur son palais pendant que nous, la population québécoise, attendons pour les soins, attendons pour les traitements, attendons pour les services médicaux, et beaucoup de personnes sont obligées de faire des choix entre manger et prendre des médicaments. Moi, je dis, M. le Président: C'est assez, qu'on se débarrasse d'une situation intolérable aussitôt que possible.
Mr. Speaker, we must speak out against the disaster to which that Government's obsession will lead us. The poet T.S Eliot wrote at the end of The Wasteland that the world will end not with a bang but with a whimper. That's a perfect description of the way in which Québec will slide downhill as the PQ Government continues on its course. Many well-known Québec institutions are on the verge of collapse but no fanfare accompanies this decline. Who worries about the shrinking critical mass needed to support these very important institutions?
Who worries about the capital that does not come here when potential investors or professionals hear the Premier's speech in the National Assembly and hear his remarks on radio and television? Who puts two and two together when they read or hear of the radiologists' warning about the dangerous state of our health services and the Premier's decision to resuscitate the Bélanger-Campeau corpse in a new disguise?
M. le Président, je vous dis: Qui s'en soucie? Je m'en soucie, les membres de mon comté s'en soucient, le Parti libéral du Québec s'en soucie et on peut être certain que la population du Québec tout entière y pense et s'en soucie, mais pas le gouvernement du Québec, le péquiste gouvernement du Québec pour qui travailler à créer un climat prospère, dynamique et en santé est trop ardu pour lui.
Nous avons besoin d'un climat économique sain dans les milieux de la santé et de l'éducation, dans le développement des régions pour permettre à nos jeunes, à nos personnes âgées et à tous les Québécois d'affronter l'avenir avec confiance et créativité, mais le gouvernement actuel ne peut que nous offrir son programme et son slogan L'indépendance à n'importe quel prix .
M. le Président, au Québec nous sommes riches, riches en diversité et en talents qui ne demandent qu'à être encouragés au lieu d'être dévalorisés continuellement. Je demande au gouvernement de respecter les attentes de la population, d'arrêter ces arguments futiles avec le fédéral et d'arrêter de dépenser l'argent des contribuables pour faire des études sur la séparation et pour son propre agenda. Le gouvernement du Parti québécois doit remplir le mandat que la population lui a donné: celui de travailler de concert avec tous les Québécois à bâtir une société dynamique, pluraliste et florissante au sein d'un Canada uni.
Mr. Speaker, the Province of Québec has the potential to become the crown jewel of America, culturally, physically, economically. We have all the necessary attributes: a superb population mix, cultured, capable, willing, skilled, superb national resources waiting to be developed. The solutions are simple: let us end the isolation, let us rid ourselves of the destructive forces seeking to fulfil their obsession of separation, and then we can open the windows to the world.
We can enter the age of modernity, modernize our institutions, the ones pertaining to health, education and the economy; we can take a leadership role within Canada, so that we can be proud of both Québec and Canada at the same time, a flourishing and strong Québec within a united and forward-moving Canada; so that we can become competitive on the economic plan so that instead of being the highest taxed population in North America with the weakest economic growth, we can become the envy of North America.
n (11 h 10) n
Mr. Speaker, success on all levels is there for the asking. Let us reach out and take it, let us rid ourselves of a government with whom our failure is doomed. The Government before us is tired and shop-worn. So is its message and so are its policies. It is clear that a change in leadership has only pointed the PQ Government backwards, and if that is the case, I can only wish it a speedy demise before it takes us all down with it.
Mr. Speaker, I recently heard some wise words which I would like to leave with the Premier, and I quote: « Silence is good for the wise, and even more so for the fool. » Thank you.
Le Vice-Président (M. Brouillet): Je vous remercie, M. le député de D'Arcy-McGee. Je vais maintenant céder la parole à M. le député de Portneuf. M. le député.
M. Roger Bertrand
M. Bertrand (Portneuf): Merci, M. le Président. Alors, effectivement, il n'y a pas tout à fait une semaine encore, notre premier ministre, notre nouveau premier ministre livrait ce discours d'ouverture de la deuxième session de la Trente-sixième Législature à notre Assemblée et en a profité, puisque c'est l'objet d'un tel discours, pour faire connaître les grandes orientations de son gouvernement.
Notre premier ministre a tout d'abord, je pense, bien campé la prémisse sur la base de laquelle notre action, tout au cours de cette session, s'appuiera, puisqu'il a dit, et je cite: « Plus qu'à aucun autre moment de notre histoire, il est admis que le Québec forme une nation, une nation civique, inclusive et qui transcende toute forme d'ethnicité. »
Et, d'entrée de jeu, il nous propose ainsi de continuer à maintenir le cap sur la prospérité, de l'étendre à l'ensemble des régions du Québec et de la partager équitablement entre les personnes, donc un gouvernement de solidarité avec deux grands chantiers qu'il nous annonce, clairement définis: la lutte contre la pauvreté et le développement régional.
Donc, côté solidarité sociale, dans un premier temps, on nous propose une véritable stratégie de développement social axée sur des partenariats entre différents groupes de la société, avec pour objectif de favoriser la participation de tous et de toutes au développement de la société par les outils qui sont à notre disposition: l'éducation, le développement de l'emploi, le partage de la richesse ? parce qu'il faut créer la richesse et savoir également la partager ? la lutte contre les inégalités, l'amélioration de la santé et du bien-être des personnes, le respect des droits, la protection des personnes.
Comment, M. le Président, ne pas répondre présent à une telle invitation, à une proposition aussi généreuse?
Notre premier ministre a particulièrement insisté sur cette stratégie qui sera assortie d'un plan d'action de lutte contre la pauvreté, incluant des mesures à court, moyen et long terme portant sur la prévention et l'aide directe aux plus vulnérables. De grandes orientations pour ce plan: soutien aux familles, particulièrement les familles les plus démunies; mesures d'appui pour l'insertion en emploi des chômeurs de longue durée de même que des jeunes prestataires de la sécurité du revenu; également, une politique de formation continue ? on sait l'importance de la formation pour créer l'emploi; finalement, dynamisation de l'économie sociale.
En matière d'emploi précisément, le gouvernement entend intensifier encore, je dirais, son audace et sa détermination, une lutte qui logera à l'enseigne de la solidarité, avec des actions réparties sur l'ensemble du territoire québécois et une vigilance accrue pour éviter les pénuries de main-d'oeuvre dans certains secteurs. C'est un des beaux phénomènes que nous vivons actuellement, M. le Président. Comme vous le savez, dans pratiquement toutes les régions du Québec, on manque d'une certaine main-d'oeuvre dans certains secteurs d'activité.
Il nous faudra donc, par la formation, notamment, s'assurer le plus rapidement possible que notre main-d'oeuvre est disponible et bien préparée pour faire face aux défis de nos entreprises. Alors, encore une fois, je vous pose la même question: Comment ne pas répondre présent à une telle invitation et à un programme d'une proposition aussi généreuse, généreuse également pour les régions du Québec qui doivent devenir de plus en plus des pôles nationaux de développement?
Parce qu'elles sont le fer de lance d'un Québec fort et prospère, les régions-ressources recevront de la part du gouvernement une attention particulière. On entend, en effet, élaborer pour elles une stratégie nationale de développement passant par la mobilisation de tous les acteurs, du plus grand au plus petit. Notre premier ministre et son gouvernement sont persuadés que le moment est venu de donner aux régions-ressources l'impulsion nécessaire pour qu'elles prennent leur place dans la nouvelle économie, comme c'est le cas pour actuellement toutes les autres régions du Québec.
On misera sur la consolidation du secteur des ressources naturelles et sur la croissance dans les secteurs notamment de l'agriculture, de l'agroalimentaire, des pêches et de l'aquaculture. On entend également soutenir plus énergiquement les industries de deuxième et de troisième transformation, de même que le tourisme, un important levier du développement régional.
M. le Président, deuxième et troisième transformation de nos ressources, un message particulièrement percutant, particulièrement important. Je me souviens d'une rencontre que j'ai eue au moment où notre premier ministre actuel était ministre d'État à l'Économie et aux Finances.
D'un côté, il soulignait la très grande satisfaction des Québécoises et des Québécois de pouvoir compter sur des entreprises de première transformation très importantes, créatrices d'emplois et de richesse ? et on faisait référence, à ce moment-là, aux nombreuses alumineries qu'on retrouve un peu partout au Québec ? et en même temps un désespoir assez marqué. Quel est-il, ce désespoir? Bien, c'est qu'on ait encore du chemin à faire au niveau de la deuxième et de la troisième transformation.
Dans le comté de Portneuf, on sait, par exemple, qu'on retrouve une des grandes alumineries du Québec et celle qui est renommée être actuellement la plus performante au monde au niveau technologique, et on y retrouve actuellement 500 emplois. Si on misait encore davantage, beaucoup plus qu'on ne le fait actuellement sur la deuxième et la troisième transformation, pour cette seule entreprise actuellement avec ses 500 emplois, c'est à toutes fins pratiques 2 000 à 2 500 emplois qu'on y retrouverait.
C'est donc dire, M. le Président, l'importance de cet accent que le gouvernement et le premier ministre entendent mettre justement pour soutenir énergiquement les industries dans leurs efforts de développement de la deuxième et de la troisième transformation.
On nous annonce également une intensification des efforts pour diversifier l'économie de ces régions, notamment à travers l'action du Fonds de diversification économique et également en complétant la mise en place de La Financière agricole du Québec, un tout nouveau modèle de partenariat dans nos communautés. Également, M. le Président, je lis dans le message du discours inaugural un message de continuité. Ainsi, les grandes réformes entreprises seront consolidées, nous annonce-t-on, notamment dans les domaines de la santé, de la famille et de l'enfance, de l'éducation et des affaires municipales.
Encore une fois, M. le Président, comment ne pas répondre oui et présent à une telle invitation?
Du côté de la santé, l'accent sera mis sur l'élargissement de l'accessibilité générale aux services, principalement sur les services de première ligne. Le gouvernement ira de l'avant pour constituer des groupes de médecine familiale et instaurer la carte à puce qui sera une réalité d'ici quelques années. Et, pendant ce temps, les porte-parole de l'opposition officielle continuent leur persiflage stérile et une certaine désinformation en ce qui regarde le secteur de la santé et l'aspect porteur des interventions du présent gouvernement dans ce secteur.
J'évoquerais, à cet égard, M. le Président, cette espèce de fixation qu'on a pour juger de la performance d'un système sur un seul critère, semble-t-il, les listes d'attente. Ça fait sept ans que j'entends parler des listes d'attente, alors qu'on a réussi à les réduire de façon significative par rapport à la performance du précédent gouvernement dans les années 1989 à 1994. Quand on se compare, on se console largement.
Il reste des choses à faire, mais est-ce qu'on aurait oublié l'exercice absolument extraordinaire qui a été fait pas plus tard que l'an dernier, avec un rapport qui a été déposé en décembre par la commission Clair, un rapport de 400 pages qui nous donne, qui nous indique les voies à suivre pour les prochaines années? Et c'est loin de se limiter uniquement à cette centration un peu spéciale de l'opposition officielle sur le critère des listes d'attente.
n (11 h 20) n
On nous invite, M. le Président, à accorder une attention particulière à la prévention et à la promotion dans le domaine de la santé comme étant un élément pivot dans nos politiques santé et bien-être. On nous invite effectivement à faire véritablement de la première ligne la véritable pierre d'assise du système de santé et des services sociaux, donc à compléter ce premier étage que nous n'avions, nous, au Québec, depuis 30 ans, jamais réussi à compléter. J'utiliserais uniquement une image. On a un édifice à quatre étages, grosso modo. Au rez-de-chaussée, c'est la première ligne.
Quand on a construit l'édifice, on a laissé ça sur le béton pour monter tout de suite aménager les deuxième, troisième et quatrième lignes. Alors, qu'est-ce qui se passe? Les gens se présentent dans nos territoires un peu partout en première ligne, puis, comme on est encore sur le béton, bien souvent, O.K., parce qu'on a négligé de compléter la première ligne, on était monté tout de suite à la deuxième et à la troisième ligne, ce n'est pas surprenant qu'à un moment donné il y ait peut-être encore des listes d'attente.
Il y a des choses qu'on néglige de traiter en première ligne, d'où l'indication très claire de la commission, sans jeu de mots, qui nous invite d'abord à compléter prioritairement ce premier étage de façon à pouvoir justement apporter un peu d'air, un peu d'oxygène un peu partout dans ce système. C'est une proposition qui manifestement fait preuve de beaucoup de vision quant à la façon d'organiser intelligemment ce secteur-là, également une invitation à mettre en place des groupes de médecine de famille, des services aux jeunes et à la famille, des services intégrés également pour des clientèles spécifiques, bref tout un programme.
Quand je parle de désinformation, M. le Président ? et là j'attire l'attention du public ? il faut faire attention à ce que, souvent de bonne foi, d'ailleurs, l'opposition officielle nous présente comme portrait. Vous vous souviendrez que ça fait à peu près un an qu'elle nous dit: Ça n'a pas de bon sens, au Québec, c'est là où on dépense le moins per capita au Canada dans le domaine de la santé. Donc, si on dépense le moins, c'est qu'on doit davantage mettre d'argent dans le système.
C'est donc que le présent gouvernement ne fait pas son travail ou n'a pas cette sensibilité à l'égard des problématiques sociales et de santé. Or, justement, le rapport qui a été déposé de la commission Clair corrige ce portrait de la façon suivante: quand on s'intéresse aux dépenses publiques de santé par habitant au Québec et qu'on compare cette donnée-là au Canada de même qu'à certaines des principales provinces canadiennes, on constate que nous sommes partis, en 1990, d'une situation où nous étions, effectivement, en termes de per capita, à 6,3 % de moins d'investissements que dans la moyenne canadienne.
En 1995, nous avions réduit ce déficit-là à 2,8 %, et nous sommes à 2,6 %, actuellement, donc presque à la moyenne canadienne.
Si on s'intéresse maintenant aux dépenses publiques en pourcentage du PIB, on constate que nous dépensons plus que la moyenne canadienne. Donc, en termes de per capita, on dépense un petit peu en dessous de la moyenne, en termes de pourcentage du PIB, c'est-à-dire, comparativement à notre richesse collective, un peu en haut. On constate également que, quand on se compare à des pays comme le Royaume-Uni, l'Italie, la Suède, le Japon, le Danemark, le Québec se situe en haut de ces pays-là quant à la dépense totale de santé par habitant.
Les seuls qui nous dépassent, actuellement, c'est la France, l'Allemagne, la Suisse et les États-Unis. Les États-Unis, c'est un cas à part, entendez-vous. Je l'ai déjà entendu décrire comme étant un non-système de santé. Il leur coûte les yeux de la tête. Ce n'est certainement pas une référence. Donc, si on enlève cette exception des États-Unis, qui sont loin au-dessus de tous les pays quant à la dépense dans le domaine de la santé per capita, on se retrouve, grosso modo, en quatrième position. Est-ce qu'il manque d'argent dans ce système-là? Certainement pas, M. le Président.
Il y a une autre donnée que nous présente la commission Clair. En 1993, il n'y avait que l'Allemagne et la Suède, quand on compare les dépenses publiques de santé en pourcentage du PIB, au-dessus de nous autres, en 1995, trois pays, la Suède, l'Allemagne et la France, et on se retrouve maintenant, en 1998, avec la France et l'Allemagne qui sont les deux seuls pays où il se dépense plus en dépenses publiques de santé en pourcentage du PIB.
Alors donc, il faut se méfier, d'une certaine façon, des prétentions de l'opposition officielle dans le domaine de la santé, il faut se méfier quand on nous dit: Le discours inaugural n'en parle que dans un paragraphe. On vient de faire un exercice de diagnostic absolument extraordinaire, un rapport qui fait 400 pages d'une commission qui nous présente un portrait objectif des choses et une intention déclarée du présent gouvernement d'appliquer l'essentiel des recommandations de cette commission-là. Alors, on n'a certainement pas négligé ce secteur.
Du côté de l'éducation, faire de ce secteur également un pilier de la solidarité sociale. Le gouvernement nous annonce donc son intention de poursuivre avec dynamisme et détermination l'important chantier déjà mis en route dans ce secteur. On apprend que cette démarche s'appuiera sur la mobilisation, la responsabilisation et la collaboration de tous, les élèves, les parents, les enseignants, et de tous les intervenants de la communauté éducative. Notre premier ministre est confiant que ce virage décisif sera réussi.
Les améliorations que le gouvernement souhaite apporter au système d'éducation seront réalisées en tenant compte, bien sûr, des suites du Sommet du Québec et de la jeunesse qui sont d'ailleurs déjà en cours de réalisation.
Famille et enfance, également des propositions, M. le Président, intéressantes. Le gouvernement entend agir. Ainsi, les familles et les enfants continueront d'être au coeur de l'action gouvernementale. On nous annonce que le déploiement en région des services de garde à tarifs réduits, l'aide financière à la famille par le biais des allocations et de la fiscalité de même que l'établissement d'un régime d'assurance parentale mieux adapté aux familles québécoises figurent parmi les plus importantes priorités à réaliser dans ce discours inaugural, et notre premier ministre de préciser, bien sûr, que ce ne sont là que les principales orientations dans ce discours.
Le gouvernement accordera aussi toute l'attention nécessaire à des choses importantes comme le rayonnement de la culture sur les scènes nationale et internationale, la situation de la langue, l'épanouissement de la jeunesse québécoise, l'environnement, notamment par l'adoption d'une politique nationale de la gestion de l'eau, la lutte contre le crime organisé, l'intégration des nouveaux arrivants, les droits également de la communauté anglophone, le renforcement des structures de concertation supranationales et le rayonnement du Québec à travers le monde. Tout un menu qui nous est proposé.
Notre premier ministre aborde également la question nationale. Nous croyons, en fait, que le projet de faire du Québec un État indépendant et souverain est celui qui doit être privilégié, et, dans un souci de transparence et pour alimenter la réflexion de tous les Québécoises et de tous les Québécois sur les options qui s'offrent actuellement au Québec, on nous annonce la mise à jour des études effectivement réalisées dans le cadre des travaux de la commission Bélanger-Campeau et de la commission d'étude des questions afférentes à l'accession du Québec à la souveraineté.
Alors, moi, je dis, M. le Président: Bravo! Il nous faut être bien informés si on veut décider en toute connaissance de cause, savoir distinguer l'ivraie du bon grain dans tout ce qui circule comme information. Et quoi de mieux que de remettre à jour justement le résultat des travaux d'une commission, je pense, qui a fait l'unanimité quant à la qualité de la prestation, la commission Bélanger-Campeau?
On nous annonce également une commission sur le déséquilibre fiscal, commission présidée par M. Yves Séguin, l'ancien ministre du Revenu dans le dernier gouvernement Robert Bourassa, et chargée de faire rapport sur la question du déséquilibre fiscal qui prévaut entre le gouvernement fédéral et le Québec et sur les façons d'y remédier. Il s'agit d'un point important, M. le Président.
J'utiliserais pour ceci une seule illustration: le retrait graduel, progressif depuis maintenant 20 ans du gouvernement fédéral, notamment dans le financement des services de santé, a fait en sorte qu'aujourd'hui la participation fédérale dans le financement de ces programmes-là a été réduite de 50 % à 15 % à peu près, grosso modo. Même depuis 1990-1991, on constate l'évolution suivante: pour chaque dollar dépensé au Québec au niveau de la santé, on en dépensait maintenant, en 1999-2000, 1,40 $, une augmentation de 40 % des budgets accordés à la santé.
Pour chaque dollar qu'on nous transférait ou qu'on finançait d'Ottawa dans le système de santé en 1990-1991, on n'en finance plus maintenant qu'environ 83 %. O.K.? Alors, les dépenses augmentent de 40 %, les transferts fédéraux diminuent d'à peu près 20 %. Quel écart on observe dans le financement des services de santé en ce qui regarde la contribution du fédéral!
n (11 h 30) n
Il faut vraiment qu'on clarifie cette question, parce que ce déséquilibre fiscal fait en sorte que nous devons consentir, dans le domaine de la santé, des efforts énormes justement pour se maintenir au niveau des sociétés les plus avancées ? les données que j'expliquais tout à l'heure, là. On a réussi quand même à diriger des parts importantes de nos marges de manoeuvre vers les services de santé et les services sociaux, mais, à toutes fins pratiques, ça implique qu'on doit faire des sacrifices ailleurs dans d'autres missions du gouvernement du Québec où on aimerait bien faire davantage.
Mais, étant donné les réductions constantes depuis maintenant des années dans la part que le fédéral finance dans les dépenses totales de santé, ça nous oblige, à un moment donné, à faire des sacrifices dans d'autres secteurs et ça peut mettre en cause notre capacité à assumer adéquatement nos responsabilités dans ces secteurs-là.
Enfin, M. le Président, notre premier ministre a tenu à souligner que, dans l'exercice d'une éventuelle souveraineté, le gouvernement continuera d'explorer la voie d'un nouveau partenariat avec le Canada, notamment sur le modèle d'une union de type confédéral inspirée de l'expérience européenne. Et je cite notre premier ministre, en conclusion, M. le Président: « C'est dans cet esprit d'ouverture et de solidarité que le gouvernement du Québec veut poursuivre le débat sur notre avenir politique et, en même temps, gouverner de façon efficace, dans l'entraide, l'équité et avec le plus haut sens de ses multiples responsabilités. »
En terminant, M. le Président, je vous dirais: Voici donc ce qui nous est proposé, un véritable projet de société, d'un côté, et de l'autre, un certain persiflage de l'opposition officielle. On parlait tout à l'heure d'arrogance et de mépris, qualifiant certains propos ou certaines attitudes de ce côté-ci de la Chambre. Je me rappellerai toujours d'une chose, un bon vieux principe qui est bien connu: L'insulte est l'arme des faibles. Merci.
Le Vice-Président (M. Brouillet): Je vous remercie, M. le député de Portneuf. Je vais maintenant céder la parole à Mme la députée de Sauvé. Mme la députée.
Mme Line Beauchamp
Mme Beauchamp: Merci, M. le Président. La population a une attente face à un gouvernement. Peu importe son niveau, peu importe le parti qui le dirige, peu importe le nombre d'années qu'il est en poste, la population a une attente qui est aussi, en même temps, un défi pour un gouvernement. Cette attente-là, elle est toute simple, elle est à la base, c'est que le gouvernement soit à l'écoute, à l'écoute des besoins de la population. Puis pas seulement à l'écoute des besoins de la population mais aussi à l'écoute des espoirs de la population, puis aussi malheureusement être ? et c'est nécessaire ? à l'écoute des malheurs que vivent certaines populations.
C'est à la fois une attente de base, simple, de la population, puis c'est à la fois un défi pour un gouvernement qui, on le sait, est trop souvent happé par une machine bureaucratique, parfois aussi happé par une certaine ivresse du pouvoir ou happé par une obsession qui fait en sorte qu'on s'éloigne de la population. Et, M. le Président, je ne vous cacherai pas qu'à l'écoute du discours inaugural du premier ministre désigné j'ai ressenti une très profonde déception puis une sincère déception.
Déception parce que, tous autant que nous sommes en cette Assemblée, comme élus, je crois qu'on partage un même objectif ? j'espère qu'on le partage tous ensemble ? et cet objectif, c'est l'amélioration de la qualité de vie des personnes, des citoyens et des citoyennes du Québec que nous représentons.
Et cette amélioration de la qualité de vie, elle passe, dans un premier temps, par une obligation du gouvernement qui est l'amélioration des services qu'il offre à la population du Québec, et, entre autres, plus particulièrement à la population plus démunie du Québec, aux citoyens et aux citoyennes qui ont de la difficulté à se faire entendre, qui n'ont pas accès à certains réseaux pour se faire entendre.
Et, M. le Président, comme députée de Sauvé, je représente des citoyens et citoyennes de la municipalité de Montréal-Nord. J'espérais sincèrement retrouver, dans le discours inaugural du premier ministre désigné, des élans, des priorités claires qui feraient en sorte que j'aurais pu amener certaines réponses aux citoyens et citoyennes de Montréal-Nord. Je pense, par exemple, le besoin qu'on a d'amener des réponses aux citoyens et citoyennes qui sont des usagers du CLSC de Montréal-Nord.
M. le Président, il y a quelques instants, un collègue de la
partie ministérielle a parlé de persiflage de l'opposition. Je me suis sentie directement interpellée et j'ai tout de suite pensé à la citoyenne de mon comté qui fait
partie de la trentaine de citoyens et citoyennes qui se sont plaints récemment, à cette citoyenne dont le médecin a dit qu'elle avait besoin de 20 heures de services à domicile, qui doivent être offertes par son CLSC, cette citoyenne qui en avait 15 seulement et qui s'est vu récemment couper à cinq heures de services à domicile. Quand j'entends parler de persiflage, j'ai tout simplement le goût d'inviter ce collègue à venir répondre à ma citoyenne. Qu'est-ce qu'on lui répond lorsque justement ce service de première ligne, ce CLSC n'a pas les moyens d'offrir ce que pourtant le médecin a déclaré comme étant absolument nécessaire?
M. le Président, le CLSC de Montréal-Nord est un CLSC sous-financé de 1 million de dollars par année. Et ça, c'est un fait documenté et reconnu par la Régie régionale de la santé de Montréal. Ce CLSC est aux prises ? on le sait tous ? également avec une loi antidéficit qui a été adoptée ici, à l'Assemblée nationale, l'année passée, imposée par le gouvernement en place. Et ce que ça a donné, c'est cette lettre-là du 1er décembre 2000, signée par la ministre de la Santé, Pauline Marois, et expédiée directement, adressée directement au président du CLSC de Montréal-Nord.
C'est d'ailleurs, je crois, un peu une première qu'une ministre s'adresse ainsi directement au président d'un CLSC et passe par-dessus la tête la régie régionale. Mais je vous en fais un extrait. Elle dit qu'elle a injecté des millions de dollars dans le réseau de la santé et elle dit: « Je m'attends donc à ce que votre conseil d'administration me confirme sans équivoque que votre établissement complétera la présente année en surplus ou en équilibre budgétaire. »
Mais, M. le Président, des millions qu'a annoncés celle qui est maintenant la titulaire du ministère des Finances mais qui était alors ministre de la Santé, des millions qu'elle a annoncés l'automne dernier, savez-vous ce qui a atterri, là, concrètement, sur le plancher des vaches, combien d'argent le CLSC de Montréal-Nord a reçu, ce CLSC qui a connu une augmentation dans les 12 derniers mois de 20 % de la demande en services à domicile? Eh bien, le CLSC de Montréal-Nord a reçu 70 000 $. Qu'est-ce que ça donne, M. le Président?
Eh bien, ça donne cette lettre du 1er février 2001 que des usagers, que la très grande majorité, 90 % des usagers qui reçoivent des services à domicile du CLSC ont reçue. C'est cette lettre à tous les usagers des services à domicile. Et je vous en cite également un extrait, ça dit: « Madame, monsieur, en raison de difficultés financières, nous devons réduire temporairement nos services d'aide à domicile. Les demandes de services d'aide à domicile ont beaucoup augmenté mais pas notre budget. » Et c'est signé par la directrice des services à domicile du CLSC de Montréal-Nord.
Ce que ça donne concrètement, M. le Président, c'est des citoyens et des citoyennes de Montréal-Nord qui ont vu le nombre d'heures de services à domicile octroyés diminuer. Qu'est-ce que ça signifie concrètement? Ça signifie qu'on passe d'un bain par semaine à un bain par deux semaines.
Ça signifie également que la clientèle qui a certains problèmes cognitifs, problèmes de mémoire où une infirmière du CLSC les appelait, par exemple, une fois par jour pour leur rappeler de prendre leurs médicaments, eh bien, là, on leur a dit: Il faudrait que ça soit un proche qui fasse ça, mais sans vraiment s'assurer que ça serait bel et bien fait. M. le Président, ceci n'est pas du persiflage stérile, c'est de la dénonciation nécessaire du cafouillage total qui existe en ce moment dans notre système de santé.
M. le Président, j'espérais aussi que le discours inaugural du premier ministre désigné m'amène des réponses que j'aurais pu offrir aux travailleuses et travailleurs du Centre de crise Iris, un autre service de première ligne. Vous savez l'importance des centres de crise pour désengorger les urgences des hôpitaux. Ces centres de crise reçoivent des personnes aux prises avec des situations psychologiques aiguës qui font en sorte que, définitivement, elles ne doivent pas rester dans un corridor d'urgence mais bel et bien recevoir des soins appropriés et de façon urgente.
Bien, le Centre de crise Iris se promène tel une balle de ping-pong entre le conseil d'administration de l'établissement, la Régie régionale de la santé de Montréal et, bien sûr, le ministère de la Santé et des Services sociaux, et, de façon interminable, chacun se renvoie la balle pendant que les conditions de travail des employeurs et des employés du Centre de crise Iris ne sont jamais améliorées. Ce centre de crise est en grève depuis plusieurs semaines.
Et ce que ça signifie concrètement, c'est des lits fermés, c'est moins de services pour des personnes qui vivent des crises en ce moment dans le nord-est de l'île de Montréal. Qu'on ne me parle pas de persiflage inutile, M. le Président. Ce que l'on fait, c'est de la dénonciation nécessaire de l'inaction du gouvernement péquiste en matière de santé.
n (11 h 40) n
J'aurais aussi espéré, dans le discours inaugural du premier ministre désigné, avoir une note d'espoir, des réponses possibles pour la jeunesse de Montréal-Nord, entre autres pour les étudiants et les étudiantes, les écoliers et les écolières, les professeurs, le personnel, les parents de l'école Sainte-Gertrude.
M. le Président, j'aurais aimé pouvoir dire à cet établissement: N'ayez crainte, il semble que l'éducation, ce sera une priorité, et, oui, on va rénover et agrandir votre école. Vous avez raison de dénoncer le fait que des tuiles de plancher dans votre école soient maintenues à l'aide de rubans adhésifs; vous avez raison de dénoncer le fait que de la tuyauterie qui passe dans les salles de vos enfants soit maintenant éventrée; vous avez raison de dénoncer le fait que les étudiants doivent manger, nos petits enfants doivent manger, prendre leur dîner dans les corridors de l'école. Vous avez raison.
C'est inacceptable et le gouvernement en place a compris ça, mais malheureusement aucune réaction face à cette nécessité, cette urgence d'agir pour remettre notre système d'éducation en place.
Aucun message, M. le Président, pour la lutte au décrochage scolaire. Soyons sérieux. Si on veut parler d'une économie du savoir, on sait que ça passe par la formation et l'éducation, on sait qu'il faut qu'on lutte contre le décrochage scolaire qui est le lot malheureusement de trop jeunes garçons et, entre autres plus particulièrement ? et je le vis dans mon comté ? de certains jeunes enfants de certaines communautés culturelles. Il faut agir. Aucun message d'espoir, aucune priorité fixée par ce gouvernement, par le premier ministre désigné, dans son discours.
M. le Président, aucun message vers la jeunesse pour entre autres qu'on parle, que je puisse dire dans mon comté de Sauvé: Il y aura peut-être une action prise contre les gangs de rue. Oui, les citoyens et citoyennes de Montréal-Nord, c'est la population sur l'île de Montréal qui vit le plus haut taux d'insécurité, et entre autres à cause de ces fusillades auxquelles on a assisté au cours entre autres des 12 derniers mois, depuis l'été dernier, qui se sont déroulées dans mon comté.
Il y a un phénomène de gangs de rue auquel on doit répondre entre autres par un message d'espoir, d'avenir, lancé vers les jeunes du Québec. Mais ce gouvernement-là est trop loin de ces vraies réalités. Aucun message que je peux amener dans mon comté.
M. le Président, j'aurais aimé également pouvoir vraiment dire à la population du comté de Sauvé, qui comporte ? et c'est à regret que je le mentionne ? le quadrilatère le plus pauvre au Canada selon Statistique Canada, j'aurais aimé pouvoir dire: Il y aura une vraie lutte à la pauvreté, et qui passera nommément par un financement adéquat des organismes communautaires qui oeuvrent auprès de ces populations plus démunies. Pas un mot sur cela dans le discours inaugural du premier ministre désigné.
Pendant ce temps-là, je pense aux bénévoles de l'hôpital Sainte-Rita, dans mon comté. Cet organisme communautaire, qui est là pour donner des services de façon bénévole à la population âgée et souvent sans moyens de cet hôpital, qui leur organise des activités, qui leur donne un certain contact humain dans l'hôpital, bien cet organisme vient de se voir refuser d'embaucher une personne à son service tout récemment par le Fonds de lutte à la pauvreté, M. le Président. Donc, ne venez pas me dire qu'il y a là un vrai message de lutte à la pauvreté puis un vrai message vers les organismes communautaires qui y oeuvrent.
M. le Président, j'aurais aimé pouvoir dire qu'enfin au Québec la priorité qu'on se donne, c'est de sortir des derniers rangs, c'est d'arrêter d'être, en termes de performance économique, le 56e État sur 60 États ou provinces en Amérique du Nord. Ça suffit, d'être en queue de peloton! Quand j'étais jeune, j'avais la fierté d'un Québec qui était leader. Vous vous souvenez, M. le Président?
C'était l'époque des grands projets, c'était l'époque de la Baie James, c'était l'époque de l'Expo, c'était l'époque des Olympiques, c'était l'époque où on était capable de relever ces grands projets qui étaient porteurs d'un Québec qui était leader: leader au Canada, leader en Amérique du Nord, leader à travers le monde.
Et, moi, j'ai honte aujourd'hui de devoir dire à mes citoyens et citoyennes que nous sommes maintenant au 56e rang en Amérique du Nord sur les 60 États et provinces. Il n'y a rien de réjouissant là-dedans. C'est un échec total. Bien, M. le Président, il va falloir que ça change. Et pourtant on semble n'être vraiment pas à l'écoute de la population. On est très, très loin de cette population. Pourquoi je dis ça?
Tout simplement parce que, dans le discours inaugural du premier ministre désigné, pendant qu'on vit la situation qu'on vit à Montréal-Nord, dans mon comté, cette situation que je viens de vous décrire, bien, on a eu quatre paragraphes sur la santé, quatre paragraphes sur l'éducation et 10 pages sur le projet d'indépendance du Parti québécois.
M. le Président, il y a eu une seule mesure concrète d'annoncée dans ce budget, et ça a été dans le fond d'investir dans de la propagande. La mise à jour, qu'on appelle ça, des études de Bélanger-Campeau. est-ce que c'est vraiment ça, la seule réponse que m'offre ce gouvernement pour les jeunes de Montréal-Nord, pour les usagers du CLSC, pour les jeunes de l'école Sainte-Gertrude, pour les organismes communautaires? Ça ne peut pas être sérieux, surtout qu'il y a eu une vraie grande consultation de menée en 1995, ça s'est appelé un référendum, et la réponse a été non. Ça suffit.
M. le Président, il faut rappeler à ce gouvernement, et plus particulièrement au premier ministre désigné par le Parti québécois, que ce premier ministre désigné, son parti n'a pas obtenu la pluralité des voix lors de la dernière élection. Il faut peut-être aussi lui rappeler qu'il y a un citoyen qui s'est exprimé récemment, et il ne semble pas l'avoir écouté, lui non plus; ce citoyen s'appelle Lucien Bouchard. Il a démissionné et avec un message très percutant pour les militants et militantes du Parti québécois, mais aussi pour les citoyens et citoyennes du Québec. Il faudrait peut-être l'écouter, le citoyen Lucien Bouchard.
M. le Président, devant les réformes ratées de la santé, devant la réforme ratée de l'éducation, devant la réforme ratée ? puisque, encore aujourd'hui, on annonce aux citoyens montréalais qu'ils vont devoir patienter avant de connaître une baisse de leur compte de taxes ? au niveau municipal, devant la réforme ratée de l'assurance médicaments où les primes, bien sûr, ont doublé, tel qu'on l'avait prévu lorsque ce projet avait été présenté, devant la réforme ratée de la politique familiale et le manque criant de places en garderie à l'échelle du Québec, devant toutes ces réformes ratées, je pense que, comme la majorité des citoyens et des citoyennes du Québec, on n'a vraiment pas le goût, mais, alors là, vraiment pas le goût, de voir ce gouvernement tenter sa grande réforme de l'indépendance du Québec.
M. le Président, quelques mots en terminant également sur les questions reliées à la culture du Québec. J'ai l'honneur d'être la porte-parole de l'opposition officielle en matière de culture et de communications. Il a été assez frappant de voir que le premier ministre désigné par le Parti québécois a, dans sa tournée, souvent parlé de culture. Mais, lorsqu'il est arrivé ici, à l'Assemblée nationale, lorsqu'il a présenté son Conseil des ministres ou encore dans son discours inaugural, c'est tout d'un coup devenu beaucoup, beaucoup, beaucoup plus mince comme engagement. Il a parlé, bien sûr, de revoir la
Loi sur le cinéma. Il n'y a pas de nouveauté là, ce chantier-là est entrepris depuis l'année dernière. Le milieu de la culture aurait souhaité l'entendre, par contre, sur l'amélioration de vie concrète des créateurs, des artistes et des artisans du Québec. On aurait aimé l'entendre sur le respect des promesses électorales de ce gouvernement, les sommes promises à la chanson et au cinéma au Québec, qui n'ont jamais été livrées en totalité, en tout respect des promesses électorales de ce gouvernement.
On aurait aimé l'entendre parler du secteur des médias, de cette commission parlementaire qui a porté sur la concentration des médias et auxquels il n'a fait aucune allusion dans son discours inaugural. On aurait aimé l'entendre rappeler sa promesse électorale de son gouvernement sur la levée du moratoire sur les équipements culturels. Il en veut, des actions pour les régions du Québec? Ça en est une, M. le Président. Qu'il lève le moratoire sur les équipements culturels à l'échelle du Québec
Également, on aurait aimé l'entendre parler de bibliothèques publiques, d'enseignement des arts à l'école, du support accru et récurrent pour le Conseil des arts et des lettres du Québec et pour les musées du Québec. Rien de tout cela. Cela fait en sorte qu'on a une crainte, c'est que la qualité de vie des citoyens et citoyennes du Québec et le développement culturel du Québec soient remis en cause, soient compromis parce qu'on aura soumis ça tout simplement à l'obsession d'une cause, celle du Parti québécois. Merci, M. le Président.
n (11 h 50) n
Le Vice-Président (M. Brouillet): Je vous remercie, Mme la députée de Sauvé. Je vais maintenant céder la parole à Mme la députée de Deux-Montagnes. Mme la députée.
Mme Hélène Robert
Mme Robert: Alors, merci, M. le Président. Je regrette que Mme la députée de Sauvé ait raté l'occasion de faire une véritable critique du discours inaugural. Pour moi, ça s'est résumé en une énumération de perceptions négatives, absolument pas constructives, et qui en aucun cas ne représentent le travail que l'on doit faire comme député à l'Assemblée nationale.
Alors, je souscris volontiers aux intentions et aux objectifs identifiés par notre gouvernement lors de la présentation du discours inaugural. Je veux d'abord relever, comme le fait si bien le discours, combien nous sommes justifiés de tirer fierté de nos réalisations collectives des dernières années, et ce, dans tous les secteurs d'activité du Québec. Elles ont été nombreuses et concrètes parce que nous avons su tirer parti de la conjoncture favorable de ces dernières années. Constituant une base solide, elles demandent maintenant à être consolidées et prolongées, à l'évidence.
Le discours inaugural répond à ces préoccupations avec réalisme en indiquant clairement les pistes qu'il entend privilégier sur la base de l'équité et de la responsabilité. Mais, du même souffle, M. le Président, on y reconnaît avec lucidité que tout n'est pas parfait. On y affirme sans détour que notre enthousiasme légitime, et je cite, « ne doit pas occulter quelque
partie moins brillante de notre réalité » . Fin de la citation.
Voilà la juste couleur d'un gouvernement qui fonctionne en se basant sur la transparence et la conscience très nette des nombreux défis qu'il nous reste encore à relever. Cela est particulièrement vrai dans la poursuite des grandes réformes qu'il a eu le courage d'engager en santé et en éducation, notamment. Ce sont essentiellement le style et l'approche qui font la différence entre les discours précédents et celui qui nous occupe.
L'arrivée de notre nouveau premier ministre s'est réalisée dans l'harmonie. Avec elle, elle apporte et affirme bien haut une vision nouvelle, celle du caractère de nation rattaché à la société québécoise. Cette trame de fond qui habite tout le discours inaugural nous invite, en tant que gouvernement, à réaffirmer nos responsabilités face à nos concitoyennes et concitoyens et, à
titre de collectivité tournée vers demain, à nous tailler avec fierté la place que nous voulons occuper dans le monde. Dans cet esprit, je choisis une société solidaire, ouverte sur les autres, tolérante, compétente et imaginative. Ce monde nous appartient, et c'est à nous d'y jouer pleinement le rôle qui nous revient, malgré les dénégations et les obstacles qu'Ottawa met sur notre route.
Ce discours inaugural se veut pragmatique. Il nous convie à poursuivre le développement socioéconomique de notre société avec des outils qui nous appartiennent, avec des outils que nous contrôlons. Je crois que, pour y arriver, nous bénéficions de deux atouts importants: la continuité dans l'action efficace et la gestion rigoureuse menées toutes deux par notre gouvernement; et la prise en charge par la population de son propre destin. Je partage sans hésiter le parti pris du gouvernement pour se faire responsable et solidaire de ses citoyennes et citoyens et pour mener un débat de qualité sur notre avenir politique qui réglera enfin la question nationale.
Le discours inaugural insiste avec raison sur le combat essentiel que le Québec compte livrer à l'exclusion sous toutes ses formes. Il mènera cette lutte sur bien des fronts: la pauvreté, le plein emploi, la solidarité, les régions et la culture, pour ne nommer que ceux-là. Cette détermination est ambitieuse, mais nous sommes prêts à relever ce défi. La population saura s'en donner les moyens, et le gouvernement, le cadre et des ressources bien identifiées. Le développement social est la pierre d'assise de toute société qui veut grandir.
Tout dispensateur de services qu'il soit, le gouvernement ne peut agir seul face à l'exclusion, car elle n'est pas qu'une simple affaire d'argent. Il faut beaucoup plus, et c'est pourquoi le gouvernement fait appel à toute la société pour combattre avec lui ce problème social. En fait, M. le Président, j'estime que les individus eux-mêmes constituent la condition première pour réaliser cet objectif. Et, si je me fie à la réponse positive que donnent les gens de Deux-Montagnes à ce genre d'appel, je puis affirmer que le combat pour l'inclusion est bien engagé.
Je suis particulièrement sensible au soutien annoncé à l'action régionale dans la lutte à la pauvreté. Cette dernière s'attaque à la dignité et apporte son lot de conséquences néfastes auprès de larges couches de notre société, les familles monoparentales, les jeunes et les personnes âgées particulièrement. Je salue donc avec empressement le fait que le gouvernement en fasse une priorité. Les nombreux organismes bénévoles de Deux-Montagnes qui oeuvrent dans ce secteur ne pourront eux aussi que s'en réjouir.
Pour avoir enfin réalisé le fameux virage ambulatoire, il nous reste encore quelques défis de taille en matière de santé. Le discours inaugural témoigne de l'ouverture du gouvernement pour une médecine décloisonnée, plus communautaire, bref, plus accessible. J'estime, pour ma part, que le temps est venu de mettre fin aux trop nombreuses batailles corporatistes et individuelles. Ici aussi, nous devons travailler ensemble dans le seul intérêt de la population. Il faut une véritable prise en charge pour la prévention et le soulagement des souffrances physiques et morales des gens. Le discours inaugural en trace la voie; à la collectivité maintenant de s'y engager avec détermination.
Le pôle famille-enfants, c'est stratégique dans toute société. Quand il est fragilisé, c'est toute la société qui en paie le prix. Le gouvernement du Québec l'a compris depuis longtemps et a adopté des politiques novatrices en la matière, quand ce ne serait que la très populaire formule des garderies à 5 $. Ces services de garde demandent eux aussi que les parents s'impliquent, que le communautaire se dote d'outils appropriés pour que la formule atteigne son véritable rythme de croisière et réponde adéquatement aux besoins: formation pour les parents, présence d'animateurs et encore.
Je suis heureuse de constater, à la lecture du discours inaugural, que notre gouvernement a bien l'intention de concrétiser son projet d'assurance parentale, à la condition qu'Ottawa ne vienne pas, ici encore, comme c'est souvent sa fâcheuse habitude, empiéter sur nos juridictions, empiéter avec l'argent et non la responsabilité.
L'éducation constitue une valeur essentielle dont il ressort dans le discours inaugural qu'elle fera l'objet d'une mobilisation générale de la part de tous les intervenants. Je pense que l'expression non ambiguë de cette volonté est particulièrement appropriée au moment où nous comptons déjà de nombreux acquis concrets issus de la réforme engagée plus tôt.
Ex-enseignante, je sais combien la tâche de professeur est importante et exigeante. De concert avec le discours inaugural, je tiens une fois de plus à saluer le travail des enseignants et leur engagement entier envers les enfants que nous leur confions. Je suis heureuse de la volonté gouvernementale manifeste de leur apporter le soutien nécessaire pour une éducation de