Labour and the Economy — 12 May 2021 (42nd Legislature, 1st Session)
CET 2021-05-12
Quebec — Committees
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Alors, nous avons reçu un amendement de la part du député
d'Hochelaga-Maisonneuve. Je vous invite à lire l'amendement et à l'expliquer,
s'il y a lieu.
Leduc : Merci, Mme la
Présidente. L'amendement va comme suit :
L'article suivant est ajouté au
projet de loi :
106.1. Le premier alinéa de l'article 358 de
cette loi est modifié par le remplacement de «30» par «60».
On parle bien sûr, ici, de la LATMP et non de la
LSST.
C'est une question de délai. On est contents de
constater, un peu plus loin dans le projet de loi, qu'il y aura un allongement
du délai pour contester une décision de la révision au tribunal, et le ministre
propose de passer de 45 à 60 pour cette étape-là de la révision. C'est une
bonne chose, on va l'appuyer quand on sera rendus à ce moment-là, et on
considère que ça serait tout à fait logique, même en certaines mesures, une
certaine concordance, que le délai de révision pour la révision administrative
soit aussi de 60 jours. Actuellement, il est à 30. Alors, il faudrait que
ça s'approche de ce 60 jours là pour les mêmes raisons qui font en sorte qu'on
le fait passer à 60 jours dans la révision du tribunal. Voilà, Mme la
Présidente.
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Alors, M. le ministre.
M. Boulet : Merci. Je pense que
c'est important, à un amendement comme celui-là qui est soumis par Québec
solidaire, de rappeler l'économie générale qui se dégage du projet de loi
n° 59 pour tous les recours et procédures. L'objectif, c'est que ce soit
diligent et qu'on déjudiciarise autant que faire se peut.
Et je pense que la décision de première
instance... on a besoin de stabilité. Puis je pense toujours au travailleur qui
bénéficie d'une indemnité pour dommage corporel qui n'est pas versée tant que
le délai de 30 jours n'est pas écoulé et qu'on ne sache pas qu'il n'y a
pas eu de demande de révision. Là, ça passerait de 30 à 60 jours, donc ce
serait beaucoup plus difficile à gérer et ça pourrait avoir un impact négatif
parfois sur certains prestataires.
Par ailleurs, comme vous le mentionnez très
bien, on augmente le délai pour aller
au tribunal administratif pour
le faire passer de 45 à 60 jours. Puis
on prévoit même une option dans certains cas pour aller soit en révision
administrative ou au TAT. Il y en a qui
plaidaient même en faveur d'une abolition, purement et systématiquement, de la
direction administrative.
Ça fait que, pour ces raisons-là, je ne suis pas
ouvert à un amendement de cette nature-là puis, en plus, je vous rappellerai que la loi permet d'obtenir une
prolongation de délai, si tu as une urgence ou tu as un motif
raisonnable ou une raison qui permet à la CNESST de
prolonger. Vous l'avez d'ailleurs à 358.2. Et dans une perspective, encore
une fois, de déjudiciariser, et c'est ce que nous voulons faire, ce n'est pas
en augmentant les délais puis en donnant... puis je le dis autant pour les
travailleurs que pour les employeurs, on a intérêt à ce que le système soit
efficace, fonctionnel, diligent et qu'il y ait le moins d'opportunités possible
de judiciarisation.
Donc, ça complète mes commentaires pour cette
proposition d'amendement.
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Merci. Y a-t-il d'autres interventions? Député d'Hochelaga-Maisonneuve.
M. Leduc : Je suis surpris
d'entendre le ministre parler de déjudiciarisation, parce que
déjudiciarisation, ça ne veut pas dire
priver de droits des personnes. Ça veut dire essayer, dans la mesure du
possible, d'avoir des mécanismes qui vont favoriser le règlement, qui
vont favoriser des pistes alternatives à des conflits.
Quand moi, je propose de passer de 30 à
60 jours pour le droit de faire appel, de faire une révision
administrative, ce n'est pas contraire à un esprit de déjudiciarisation. Ce
n'est pas du tout la même chose, ce n'est pas du tout le même débat. Des tonnes
de choses qu'on pourrait faire pour déjudiciariser la CNESST, abolir la DRA en
serait une. Je ne l'ai pas vu dans votre projet de loi. J'assume que ce n'est
pas nécessairement ça, votre vision de la chose. Mais c'est parce que si vous
me dites que prolonger des délais, ça s'inscrit mal dans une perspective de
déjudiciarisation, bien, vous le faites vous-même dans un
article qui s'en
vient. Vous faites passer le délai de 45 à 65 jours pour le
tribunal. Il n'y a pas une contradiction avec cet argument-là?
La Présidente (Mme IsaBelle) :
M. le ministre.
M. Boulet : J'ai fait mes
commentaires, Mme la Présidente. C'est complet.
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Parfait. Alors, y a-t-il d'autres interventions?
M. Leduc : Oui, Mme la
Présidente. Moi, j'y vois une contradiction très forte. On me dit qu'on est
contents de passer de 45 à 65 jours pour la révision au tribunal.
C'est une bonne chose. Moi, je lui dis que j'approuve ça, puis que je vais
voter pour cet amendement-là, puis que je suis content, moi aussi.
Alors, moi, je dis, par souci de
concordance : Pourquoi ce délai-là, qu'on passe de 45 à 60 jours? Déjà
que le délai était différent, il y avait 45 d'un bord, 30 de l'autre.
Pourquoi exactement, ça, je n'ai pas de réponse par rapport à ça. Est-ce que,
dans ce cas-ci, lorsqu'on passe à 60, il n'y aurait pas lieu de faire ce pas-là
aussi, de dire : Bien, pour la révision administrative, on va le passer à
60 aussi? Ça serait la chose la plus logique et ça éviterait beaucoup de
confusion. Parce que, là, il va y avoir deux délais très différents, le double,
l'un qui est le double de l'autre. Ce n'est pas banal. Moi, je ne vois pas la...
je ne comprends la réticence par rapport à ça.
M. Boulet : Je vais rajouter un
commentaire, là, puis vous le savez très bien, là, collègue
d'Hochelaga-Maisonneuve, avant le Tribunal administratif du travail, vous savez
qu'il y a un service de conciliation qui est offert préaudience, et il faut
donner du temps aux parties pour leur permettre d'embarquer dans un processus de
recherche de solutions et de trouver une entente négociée entre elles-mêmes.
Puis ça se fait beaucoup, d'ailleurs, il y a un nombre considérable de dossiers
qui se règlent à ce stade-là, ce qui n'est pas le cas pour la révision
administrative. Ça fait qu'il faut éviter d'augmenter indûment les délais.
Ils sont augmentés au Tribunal administratif du
travail, puis la personne pourra, dans bien des cas, là, surtout de nature
médicale ou de financement, opter entre la Direction de la révision
administrative et le Tribunal administratif du travail. Le délai, il passe de
45 à 60 jours, surtout pour cet élément-là que vous connaissez bien. Quand
on déjudiciarise, il faut donner aussi, en même temps, des outils pour
permettre aux parties de discuter.
M. Leduc : Donc, c'est l'argument de
la conciliation que vous m'avancez.
M. Boulet : Entre autres, oui, tout
à fait. Au-delà de tous les commentaires que je vous ai faits, celui-là, je
tenais à le rajouter. Merci.
M. Leduc : Puis vous faites bien de
le faire parce que c'est un élément intéressant. Et ce que je comprends, c'est
que, dans la révision administrative, il n'y a aucune forme de conciliation que
ce soit, là, qui... en tout cas, qui est formellement prévue.
M. Boulet : Bien, il n'y a pas de
facilitateurs ou des conciliateurs. Les parties peuvent, mais il n'y a parfois
pas un rapport de force équivalent, alors que, quand tu es avec un conciliateur
avant l'audience au Tribunal administratif du travail, c'est une personne qui
est spécialisée pour aider les parties à trouver un terrain d'entente. Ça fait
que cet élément-là, il doit être...
M. Leduc : Puis ce que je comprends,
c'est que ça a un certain succès, là.
M. Boulet : Oh mon Dieu!
M. Leduc :
Puis c'est ce que j'entends, moi aussi, dans les normes du travail également,
cette logique-là de conciliation a un certain succès.
M. Boulet : Ah! totalement. Je suis
un fervent partisan, puis vous le savez, collègue, des alternatives de
résolution de litige. Conciliation, médiation ou médiation-arbitrage,
appelons-les comme on veut, c'est l'avenir de nos systèmes contentieux et c'est
amorcé depuis des années, j'oserais dire, des décennies dans d'autres pays.
Puis, au Québec, ça prend aussi beaucoup d'ampleur, puis vous l'avez vu même
avec les arbitres nommés par... les arbitres suggérés par le CCTM, il y a beaucoup
d'arbitrage accéléré. Les arbitres, aujourd'hui, font autant de médiations, de
conciliations que d'audiences formelles. Ça fait que, oui, je suis un partisan
de ça.
M. Leduc : Moi, je trouve que
c'est intéressant aussi. Il y a quand même une critique qui existe dans
certains cercles d'experts en droit par rapport au fait de dire que ça crée
moins de décisions, donc moins de jurisprudence. Moi, c'est une critique que
j'entends, mais on n'est pas là pour refaire le monde de la conciliation
préaudience.
Là, ce qui est devant nous, par contre, c'est la
question du délai. J'avoue que je suis un peu coincé, parce que je propose de
l'amener à 60 jours pour être dans une même logique que celle du tribunal.
Là, votre argument, c'est : D'accord, mais la comparaison est limitée parce
qu'il y a de la conciliation au tribunal. C'est parfait, mais, dans ce cas-là, est-ce
que le fait de passer de 45 à
60 jours pour le tribunal, c'était pour qu'il y ait encore plus de
conciliation? Peut-être que, là, il y a quelque chose qui m'échappe avec cet
argument-là de la conciliation.
M. Boulet : Je ne comprends pas
le...
M. Leduc : O.K. Je vais
reformuler ma question. Si vous me dites : Je ne veux pas passer de 30 à
60 jours pour la révision administrative... puis vous me dites : La
comparaison ne tient pas avec le tribunal, où je fais passer la révision de 45
à 60 jours.
M. Boulet : Entre autres pour
ça, oui.
M. Leduc : Entre autres pour
ça, puis vous me dites que c'est à cause de la conciliation.
M. Boulet : Bien non, j'ai
dit : Entre autres, c'est un des éléments qu'on doit considérer. Là, c'est
sûr que je vais me mettre à répéter les mêmes arguments. J'ai référé à la
stabilité des décisions. Plus les délais sont longs, plus ça engendre des
potentielles instabilités, et ça, c'est dans toutes lois, sociales, du travail,
et autres.
Deuxièmement, il y a la gestion qui se
complexifie. Plus tu attends longtemps avant de mettre en exécution des décisions, notamment en faveur d'un
prestataire, puis là je réfère à l'indemnité pour préjudice corporel, plus
c'est long, plus ça génère cette instabilité.
Et deuxièmement, je vous ai dit : N'oubliez pas qu'on peut toujours
demander une prolongation de délai dans les circonstances prévues à
358.2. Trois, j'ai parlé de déjudiciarisation. Quatre, j'ai parlé
que, vous le savez, à l'article prochain, on augmente le délai de
contestation au Tribunal administratif du travail.
On rallonge le délai ici, particulièrement parce
qu'on veut favoriser la déjudiciarisation par la voie de processus de recherche
de solutions permettant aux parties d'être accompagnées par des conciliateurs.
Donc, je ne veux pas limiter ça à un motif, là, mais c'est l'ensemble de notre
raisonnement qui finit par me convaincre que le 30 jours, il est tout à
fait correct, là.
M. Leduc : Quand vous parlez de
358.2, c'est intéressant, l'article, donc, de la loi qui dit qu'on peut en
effet prolonger le délai ou relever les personnes des conséquences de son
défaut de le respecter, c'est-à-dire, donc, de ne pas pouvoir avoir la
révision, s'il est démontré que la demande de révision n'a pu être faite dans
le délai prescrit par un motif raisonnable. Est-ce qu'il existe des
statistiques à la CNESST sur, comment je dirais ça, l'utilisation? Est-ce que
cette clause-là, elle est souvent utilisée, annuellement, par exemple?
M. Boulet : Je n'ai pas de donnée
précise, là, mais c'est une possibilité. Une personne qui a été empêchée, qui a
un contexte d'urgence ou qui... peut faire une demande de prolongation de
délai. Moi, je me souviens, en pratique, j'en ai vu des deu