Public Finance — 1 December 2020 (42nd Legislature, 1st Session)
CFP 2020-12-01
Quebec — Committees
Le Président (M. Simard) : M. le
ministre.
M. Girard (Groulx) : Merci. Et
bonjour à tous, et merci pour les accommodements raisonnables, la semaine
dernière. Effectivement, vous savez que, dans notre pandémie, c'est important
d'être prudents, et, comme j'avais des symptômes, je suis resté à la maison. Je
me suis fait tester, et là ça me fait plaisir d'être avec vous aujourd'hui,
puisque j'ai testé négatif. Alors, merci, puis je vais répondre à la question
rapidement.
Notre cadre financier, qui est dans la mise à jour,
n'inclut aucune augmentation du transfert canadien en santé. Nous divulguons un
déficit structurel de l'ordre... on dit 5,5 à 7, permettez-moi, pour le
bénéfice de tous, de résumer ce chiffre à 6, puis on pourra discuter, s'il sera
plus haut ou plus... mais il y a un déficit structurel de 6 milliards de dollars qui devra être
résorbé, et nous énonçons trois possibilités pour en venir à bout : une
augmentation de la croissance qui augmentera
les revenus, de diminuer le montant de dépenses et d'arrimer les dépenses en
fonction des revenus, avec une croissance des dépenses de l'ordre de 3 % à
3,5 % — et
on sait qu'historiquement il y a un montant
important de dépenses qui ne sortent pas au Québec, dans les cinq dernières
années, alors, ça, c'est important d'identifier ça — et,
finalement, une demande d'augmentation du transfert canadien en santé. On n'a
rien mis dans le cadre financier et on n'a rien eu hier.
Alors, la négociation commence, la rencontre est cédulée, et le Conseil de
fédération rencontre le premier ministre Trudeau précisément sur ce sujet.
M. Fortin :
...il est prévu sur combien d'années dans votre mise à jour? Rappelez-moi.
M. Girard (Groulx) : Trois.
M. Fortin :
Oui. Vous n'aviez pas promis cinq ans?
M. Girard (Groulx) : Bien,
c'est-à-dire, là, ici, je veux clarifier que, selon la Loi de l'équilibre
budgétaire, l'an 1 sera... puis là, ici, on est dans les définitions,
mais, encore une fois, on va mettre la table, puisqu'on va passer cinq heures
ensemble, dans les faits, l'an 1 sera l'année 2021‑2022, alors on
parle de six ans.
M. Fortin :
Quand vous nous dites : Notre plan financier, qu'on met ici, là, on
présente sur trois ans, puis, de l'autre côté, vous nous dites : Oui, mais
on ne prévoit pas cette augmentation-là de 6 milliards du gouvernement
fédéral en transfert en santé, je comprends, votre plan, il est sur trois ans,
vous prévoyez ça à partir de 2022. Alors, ce
que vous nous dites, essentiellement, là, quand vous nous dites : Il y a
trois facteurs de retour à l'équilibre budgétaire, la croissance, les
transferts, etc., la croissance, nécessairement, si vous voulez revenir à
l'équilibre budgétaire, ça en fait partie, et, s'il n'y a pas de croissance, il
n'y a pas de retour à l'équilibre budgétaire. On est d'accord là-dessus?
M. Girard (Groulx) : Bien,
juste clarifier, là, O.K., déficit structurel de 6 milliards, on énonce
trois pistes de solution : on ne quantifie pas aucun montant, on a une
demande au fédéral, on a dit ce que représentait cette demande. Les
négociations s'amorcent. La beauté de ce processus, c'est que, selon moi, on va
savoir rapidement, puisque les négociations
s'amorcent sur le transfert canadien en santé... d'après moi, nous aurons une
réponse au budget fédéral sur les
transferts canadiens en santé, et on pourra passer de trois variables inconnues
à deux et savoir combien on attribue à ce facteur.
M. Fortin :
Là, vous me semblez nous dire, là, que vous êtes convaincu que vous allez avoir
une réponse en mars l'année prochaine sur les transferts fédéraux en santé.
M. Girard (Groulx) : Bien, en
fait, ce serait normal, puisque, la pandémie, la période la plus difficile,
c'est les six prochains mois. Présentement,
la priorité, c'est la gestion de la pandémie, renforcer le système de santé.
Tout le travail qui est fait au niveau
de la pandémie, on est dans les mesures de soutien. Et nous, on voit déjà
au-delà des six prochains mois. On a
divulgué l'amorce de nos mesures de relance, ce que le fédéral n'a pas jugé
nécessaire de faire hier.
M. Fortin :
...commencez vos négociations sur les transferts canadiens en santé?
M. Girard (Groulx) : Bien, la
date de la rencontre est fixée, et la demande du gouvernement... du Conseil de
fédération est chiffrée.
M. Fortin :
Je comprends que votre demande, elle est chiffrée, là, c'est celle que vous
avez incluse ici, là, que ce soit 35 % des dépenses en santé des provinces
et territoires, mais vous n'avez pas eu de contre-offre, là, on est encore à une demande qui a été faite, et là vous
nous dites, là, alors qu'on s'en va au congé des fêtes dans deux
semaines, qu'en quatre mois ça va être réglé?
M. Girard (Groulx) : Ce qui a
été demandé... La première chose, c'est que le premier ministre canadien
s'était engagé à tenir une rencontre sur ce sujet. Il y a eu de la pression, la
rencontre a été fixée. Et là c'est certain que
le cadre financier 2021‑2022, qui sera une année de transition, parce que
nous espérons tous que 2021 sera l'année du vaccin et que l'économie va
nettement s'améliorer en 2021 par rapport à 2020... Alors, il serait logique
qu'on ait des réponses puis qu'on puisse,
chacun de notre côté, tant le gouvernement fédéral, qui a... il y avait
beaucoup d'inconnus dans leur cadre financier hier, là, puis ce n'est
pas à moi de juger l'exercice financier du gouvernement fédéral, mais je peux,
au moins, dire qu'il y avait plusieurs inconnues, alors ce sera important pour
tout le monde, pour les Canadiens de savoir la contribution du gouvernement
fédéral.
M. Fortin :
...engagement que le gouvernement fédéral a pris envers le transfert canadien
en santé, c'est d'accepter de tenir une rencontre puis de vous en donner la
date. Moi, je peux vous demander une rencontre sur l'amélioration de l'aide aux
PME, puis vous pouvez accepter la rencontre, ça ne veut pas dire qu'il va y
avoir une meilleure aide aux PME de la part du gouvernement du Québec, là. On
est loin de la coupe aux lèvres.
M. Girard (Groulx) : Bien,
écoutez, cette rencontre-là, elle n'est pas pour moi, là, elle est pour les
citoyens, pour les Québécois et les Canadiens. La santé, c'est le poste
budgétaire le plus important des provinces, c'est aussi le poste budgétaire qui
croît le plus rapidement. Les besoins sont extrêmement importants, et donc il
est normal que le gouvernement canadien se préoccupe du bien-être des
Canadiens.
M. Fortin : Bien, je suis d'accord
avec vous sur le fait que c'est important pour les Québécois. On veut tous que
vous réussissiez à aller en chercher davantage, mais c'est un peu de mettre la
charrue en avant des boeufs que de penser que vous allez avoir ce que vous
demandez, alors que la négociation n'est même pas commencée, que c'est votre
position de départ, là.
M. Girard
(Groulx) : Bien, M. le député, je vous réitère que nous n'avons
mis aucune augmentation du transfert canadien en santé dans nos chiffres et
qu'ils n'ont mis aucune augmentation du transfert canadien en santé dans leurs
chiffres.
M. Fortin :
...parce qu'eux donnent des prévisions pour 10 ans. Eux ont donné des
vraies... quand même des prévisions à long terme et ils n'ont rien inclus
là-dedans. Alors, on a fait le tour de la question.
Il y a un autre sujet
que je veux aborder avec vous avant de passer la parole à mon collègue de
Robert-Baldwin, et je vais vous référer, pour ça, là... En fait, tu sais, c'est
un exercice, M. le Président, l'exercice qu'on fait, en ce moment,
d'analyse de la mise à jour, mais c'est aussi un exercice d'analyse de ce qu'il
n'y a pas dans la mise à jour. Dans votre budget 2019‑2020, vous aviez
promis une enveloppe de 1 milliard pour la croissance des entreprises et
le maintien des sièges sociaux, et je vais vous résumer, là, le
point 2.1.2 de votre budget 2019 : «Le gouvernement s'est engagé
à poser des gestes pour mieux accompagner la croissance des entreprises et
assurer la protection des sièges sociaux. À cette fin, le budget 2019‑2020
prévoit : la mise en place d'une enveloppe de 1 milliard de dollars
pour accompagner le développement des entreprises stratégiques du Québec; la
constitution d'une équipe dont le mandat sera de développer une intelligence
d'affaires dans le domaine de la protection des sièges sociaux.»
Là, vous avez vu
comme moi ce qui s'est passé hier avec Element AI. Vous ne pouvez pas être
en désaccord avec moi qu'il s'agit d'un secteur stratégique pour le Québec. Je
pense que vous allez en convenir, hein, l'intelligence artificielle, c'est un
secteur stratégique pour le Québec. Alors, nous, là, on a épluché tout ce que
vous avez fait depuis ce budget-là, c'est-à-dire la mise à jour de l'an
dernier, le budget de cette année, la mise à jour de cette année, on est allés voir sur votre site Internet pour voir tout ce
qu'il y avait comme suivis de ça, est-ce qu'il y avait des communiqués
de presse, est-ce que vous avez fait une conférence de presse, est-ce que le
ministre de l'Économie en avait fait une sur
ce dossier-là, et on n'a trouvé rien. Alors, à la lueur de cette recherche-là,
mais de cet engagement-là que vous aviez de mettre ce milliard-là de
côté, et de lancer cette équipe-là, et de protéger les sièges sociaux au
Québec, de protéger les entreprises québécoises dans des secteurs stratégiques,
et à la lueur du fait qu'Element AI a été achetée hier par une compagnie
californienne, j'aimerais ça savoir c'est quoi, le suivi de ce que vous avez
annoncé dans le budget 2019.
Le Président
(M. Simard) : M. le ministre.
M. Girard
(Groulx) : Très bien, merci. Et puis je peux vous confirmer que la
politique de placement de l'enveloppe a été approuvée récemment, que des fonds
ont... — ont
été ou seront? — ...
M. Girard
(Groulx) : ...seront transférés au ministère de l'Économie. Alors, le
processus de la mise en place, la mécanique associée à la mise en place
de l'enveloppe, ça, ça suit son cours. Ça, c'est le premier point.
Quant à ce qui s'est
passé hier — puis
je pense que c'est l'essentiel de votre point, là, je ne pense pas que vous
avez épluché mes trois mises à jour, le portrait puis les deux budgets pour
faire ce point-là, c'était une introduction — c'est décevant, la nouvelle d'hier. Je n'ai aucune information privilégiée ou je n'ai aucune information détaillée sur la
transaction. J'aimerais que vous posiez ces questions au ministre de l'Économie,
qui est bien au fait du dossier. Et je vous dis en toute transparence que, pour
ma part, puisque ça s'est passé hier, mes dernières journées : Loto-Québec
et le budget fédéral.
M. Fortin : Loto-Québec, O.K., on peut parler de ça aussi, si vous voulez.
M. Girard
(Groulx) : Quand vous voulez.
M. Fortin :
Mais, juste avant de terminer, parce que c'est votre budget, le ministre de
l'Économie, de toute évidence, là, est venu vous voir pour demander ces
sommes-là, pour vous dire que c'était important, à l'époque, hein? Ce n'est pas vous qui
avez, seul, trouvé cette solution-là.
M. Girard
(Groulx) : C'est le gouvernement.
M. Fortin :
Oui, oui, en collaboration avec vos collègues, j'en conviens. Mais, quand vous
nous avez dit, en 2019 : Les détails de ces initiatives seront annoncés ultérieurement
par le ministre de l'Économie et de l'Innovation, là, je ne pense qu'il n'y ait
personne qui s'attendait à ce que ça prenne un an et demi, presque deux ans
avant que le ministère reçoive ces sommes-là. Parce qu'il ne les a toujours
pas, là, le ministère de l'Économie n'a toujours pas ces sommes-là, si je
comprends bien ce que vous êtes en train de nous dire.
M. Girard
(Groulx) : Bien, dans les faits, il y a des investissements qui ont
été faits au niveau du FDE qui pourraient
être qualifiés de stratégiques, là, O.K.? Il faut distinguer, je pense, l'opérationnel de
la mission. La mission, qui est de
protéger les sièges sociaux, d'investir dans nos entreprises stratégiques, est là depuis le début. Quant à l'enveloppe,
l'opérationnalisation de l'enveloppe et la politique de placement, effectivement,
ça a été fait dernièrement. Est-ce que cette enveloppe-là, ou le FDE, ou IQ
aurait pu intervenir dans la transaction qui a été annoncée hier? Je vais
laisser le ministre de l'Économie commenter sur cette question.
M. Fortin : ...votre
partie à vous, là, vous nous confirmez que, du milliard qui avait été annoncé
pour protéger les sièges sociaux, pour maintenir les sièges sociaux au Québec
dans votre budget d'il y a presque deux ans, il n'y a aucun dollar qui a été transféré au ministère de l'Économie jusqu'à maintenant? Je vais prendre l'approche de votre chef,
là, quand il posait des questions,
quand il était de ce côté-ci, je comprends que c'était avant que vous arriviez
avec nous, mais ça finissait toujours
par «oui ou non?». Alors, je vous pose la question, là : Est-ce qu'il y a un dollar qui a été transféré au ministère de l'Économie pour le
maintien des sièges sociaux du milliard que vous aviez promis, oui ou non?
M. Girard (Groulx) : C'est-à-dire
qu'il y a eu des dollars qui ont été investis dans le maintien des sièges
sociaux, mais l'enveloppe visant le transfert du ministère des Finances au ministère
de l'Économie pour cette enveloppe, non.
M. Fortin :
Donc, pour le milliard, on n'a rien vu encore.
M. Girard
(Groulx) : Bien, encore une fois, là, c'est parce que je veux être clair, les investissements pouvaient être faits sans l'enveloppe, là. Il y a des fonds...
M. Fortin : O.K., donc, le ministre
de l'Économie aurait pu intervenir sans cette enveloppe-là?
M. Girard
(Groulx) : Bien, il y a des
fonds... le Fonds de développement
économique du Québec a
plusieurs milliards, et Investissement Québec a son propre capital, alors, oui,
il est possible d'intervenir sans cette enveloppe.
M. Fortin :
Donc, le ministre de l'Économie, selon le ministre des Finances, M. le
Président, là, le ministre de l'Économie aurait pu intervenir, c'est un choix
stratégique du gouvernement de ne pas l'avoir fait. Je comprends bien son
propos.
Je vais laisser le député de Robert-Baldwin
poursuivre. Merci, M. le Président.
M. Girard (Groulx) : Merci.
Le Président (M. Simard) : Très
bien. Cher collègue, à vous la parole.
M. Leitão : Merci, M. le
Président. Il me reste combien de temps dans ce bloc?
Le Président (M. Simard) :
7 min 45 s.
Le Président (M. Simard) :
7 min 45 s.
M. Leitão : Sept, oh! quel plaisir. Non, non, mais je pense qu'on va revenir aussi après. O.K., alors, bonjour, encore une fois.
J'aimerais parler un petit peu du court terme et puis du long terme. Je pense que le long terme va peut-être
passer à plus tard, mais, en tout cas, commençons par le commencement, par le court terme, mais avec une brève
introduction.
Je l'ai déjà dit ici plusieurs fois, mais je
vais le répéter encore une fois, mais je pense que nous sommes tous d'accord,
juste rappeler ça à tout le monde, que, pour sauver l'économie, pour protéger
l'économie, il faut, bien sûr, contrôler le virus, et, pour contrôler... Le
virus, la pandémie.
M. Girard (Groulx) : O.K., oui,
oui, bien sûr.
M. Leitão : Si on n'arrive pas
à contrôler la pandémie, l'économie ne pourra pas vraiment procéder à quelque
relance que ce soit. Et, pour contrôler le virus, la pandémie, je veux aussi
que ce soit très clair pour tout le monde, ceux qui sont ici et ceux qui ne
sont pas ici, qu'il faut suivre les règles de la Santé publique. On a toujours
dit ça et on continue de le dire et de le répéter, bon. Et c'est quoi, les
règles de la Santé publique, en fin de compte? Ce n'est pas compliqué, depuis
le mois de mai qu'on parle de ça, essentiellement, il faut être capables de
tester, il faut être capables, par la suite, de tracer ou d'identifier les personnes
infectées et, par la suite, il faut les isoler. Depuis le mois de mai qu'on
sait ça, et je pense qu'on a toujours de la difficulté à opérationnaliser
cela — et
c'est là où je rentre dans le court terme — à tel point que nous sommes
présentement en pleine deuxième vague.
Donc, M. le
ministre a déposé une mise à jour le 12 novembre. Dans cette mise à jour,
à mon avis, on nous présente un scénario économique qui, à mon avis, est
optimiste. Je n'ai pas une meilleure boule de cristal que la vôtre,
et je connais très bien les personnes, au ministère, qui opèrent la boule de
cristal, donc je ne questionne pas ça, mais
c'est une question de timing. D'une certaine façon, on revit un peu
ce qu'on avait vécu au mois de mars, c'est-à-dire
qu'on dépose un document quand la réalité, elle, est déjà en train de changer.
Alors, à très court
terme — et,
par cela, je veux dire les prochains six à neuf mois — moi,
je suis d'avis que la récession dans
laquelle on se trouve va s'intensifier. On avait récupéré pas mal depuis le
confinement du printemps dernier ou de l'hiver dernier, mais, à partir
du mois de septembre, on a vu que ça commençait à plafonner, et puis en octobre, bon, l'emploi est tombé. On verra bien
vendredi, mais je pense qu'en novembre il n'y aura pas grande création
d'emplois non plus. Donc, la récession s'intensifie. Alors, dans cet
environnement-là... D'abord, est-ce que vous êtes du même avis? D'ailleurs,
vous l'avez dit vous-même juste il y a quelques minutes, que les six prochains
mois allaient être difficiles. Donc, l'horizon à court terme est vraiment très
noir, très difficile. Cependant, il y a un vaccin qui s'amène, donc il y a de
l'espoir au bout du tunnel. Mais, pour les prochains six à neuf mois,
pensez-vous que, ça, ça aurait été judicieux d'annoncer, dans la mise à jour,
des dépenses additionnelles beaucoup plus importantes, notamment pour sauver
l'économie de proximité, les commerces, les restaurants, les bars, tous ces
commerces-là qui sont fortement affectés par le reconfinement de l'automne?
Le Président
(M. Simard) : Merci. M. le ministre.
M. Girard
(Groulx) : Merci pour la question. Et effectivement la deuxième vague
frappe fort, et le Québec avait un plan pour la deuxième vague. Celui-ci
fonctionne, mais c'est extrêmement difficile. Je pense que, selon la moyenne
sept jours du nombre de cas, nous serions présentement la cinquième province,
en termes de nombre de cas sur la moyenne sept jours par million d'habitants.
Donc, c'est une situation difficile, mais nous avons donné les moyens, plus de
5 milliards de dollars depuis le début de la crise, à la Santé pour faire
face à la crise, et le plan de deuxième vague fonctionne dans des conditions
extrêmement difficiles.
avis cyclique sur l'économie, c'est qu'au même moment que nous constatons que
les six prochains mois vont être extrêmement difficiles, c'est très
positif pour ce qui va suivre, parce que ce qui va suivre, c'est l'arrivée des
vaccins et le stimulus budgétaire américain, potentiellement, et on a
l'engagement des banques centrales de continuer à supporter la relance. Donc,
coordination, politique fiscale, politique monétaire, vaccin, il y a raison
d'être positifs pour ce qui va suivre.
six prochains mois vont être difficiles. Je vais quantifier : mars, avril,
nous avons fermé 40 % de l'économie pendant 10 semaines; présentement,
nous avons fermé approximativement 3,5 % de l'économie, mais on peut
généraliser jusqu'à 5 %. La difficulté, c'est que ce 5 % de
l'économie représente 10 % des emplois parce que c'est des secteurs
intensifs en main-d'oeuvre.
M. Leitão :
Très bien, M. le Président. Donc, deux choses que vous avez mentionnées, et
j'aimerais qu'on parle un peu de ça, vous avez dit que les programmes qui ont
été annoncés jusqu'à maintenant fonctionnent — je ne suis pas du même
avis — et
vous avez aussi mis l'emphase sur ce qui va suivre, et là nous sommes d'accord,
sur ce qui va suivre. Mais, pour ce qui est de ce qui va suivre, il va falloir
que l'économie soit maintenue en vie. Donc, il faut faire un pont entre la
situation qui se dégrade, présentement, et puis ce qui viendra peut-être en
septembre, bon, je ne sais pas, peut-être en octobre, peut-être au mois d'août,
où les choses vont être beaucoup mieux du point de vue sanitaire. Mais, si
entre-temps... j'exagère, mais, si entre-temps tout le monde fait faillite,
bien, à quoi bon qu'on soit en santé si tout
le monde avait fait faillite? Donc, ce qui va suivre, il y a de l'espoir, c'est
positif, mais, pour y arriver, il faut garder tout le monde en vie du
mieux qu'on peut, et, pour ce faire, à mon avis, il aurait fallu dépenser
massivement. Je sais qu'il y a encore 4 milliards dans une provision, mais
moi, si j'étais de ce côté-là, moi, j'aurais déployé ces 4 milliards tout
de suite au mois de novembre et j'aurais indiqué qu'il y aurait de l'aide directe
substantielle.
Bon, venons aux
programmes que vous dites qu'ils fonctionnent...
Le Président
(M. Simard) : ...
Le Président
(M. Simard) : Il vous reste 30 secondes.
M. Leitão : «Oh my
God!» Les programmes qui fonctionnent...
Rapidement, les programmes ne fonctionnent pas, M. le ministre.
Qu'est-ce que vous pensez si on mettait Revenu Québec au travail, si ces
programmes-là étaient livrés par Revenu Québec et non pas par les FLI, et les
FLOU, et les FLA que ça ne donne vraiment rien, Revenu Québec pour distribuer
l'argent?
Le Président
(M. Simard) : En conclusion, M. le ministre.
M. Girard
(Groulx) : Bien, en conclusion, je pense que ça a été dit, que le
déploiement initial était difficile. On a apporté
les correctifs, l'argent sort. Le gouvernement fédéral a aussi annoncé la bonification du
supplément au... l'aide d'urgence pour les loyers. L'argent sortira, ne
sort pas encore, mais ce sera rétroactif. Alors, les programmes d'aide sont là,
et voilà. Est-ce que ça, c'était le premier bloc ou deux blocs?
Le Président (M. Simard) :
C'est un bloc, M. le ministre.
M. Girard
(Groulx) : Ah! bien là, je trouvais que ça passait beaucoup trop vite.
Le Président (M. Simard) : Le
premier bloc de la première opposition officielle.
M. Girard (Groulx) : Non, non,
mais parce qu'on m'a informé qu'on donnait deux blocs.
Le Président (M. Simard) : On
aura plus de blocs que ça.
M. Girard (Groulx) : D'accord.
Le Président (M. Simard) : On
aura pas mal plus de blocs que ça. Ça allait pour vous, M. le député de Robert-Baldwin?
M. Leitão : Je pense qu'on va
continuer après, là, on a plusieurs blocs.
Le Président (M. Simard) : Oui,
parce que vous pourriez continuer, mais en empruntant du temps sur ce qui reste
à venir.
M. Leitão : Ah! nous avons un
deuxième bloc tout de suite.
Le Président (M. Simard) : Oui,
oui, mais c'est cumulatif. Si vous le prenez tout de suite, on vous l'enlève
plus tard.
M. Leitão : Ah! O.K. Donc, O.K.,
bon, alors on va poursuivre maintenant.
Le Président (M. Simard) : D'accord.
Allez-y, cher collègue.
M. Leitão : C'est le deuxième
bloc qu'on devance au premier.
Le Président (M. Simard) : C'est
ça. Rien ne se crée et rien ne se perd.
M. Leitão : Voilà. Mais c'est quand
même important, parce que vous avez dit, et vos collègues le répètent, que les programmes
que vous avez mis... que le gouvernement a mis en place pour soutenir surtout
les entreprises de proximité, restaurants et autres, là, ce n'est pas seulement
les restaurants, que ces programmes-là fonctionnent. Or, on se rend compte que
ces programmes-là, d'abord, ne sont pas assez généreux, et, deuxièmement, et
surtout, ils ne fonctionnent pas vraiment. Depuis le mois... Ils étaient
rétroactifs au 1er octobre en zone rouge, et nous voilà maintenant au
1er décembre, et il y a encore beaucoup de délais dans la livraison de ces
programmes-là.
Alors donc, ma question était... Puisque le mécanisme
choisi par le gouvernement était les fonds locaux d'investissement, les MRC,
toute cette bureaucratie qui est quand même assez lourde, moi, ce que je
suggère, et la question que je vous pose, c'est : Pourquoi ne pas utiliser
Revenu Québec, qui a déjà l'information de presque toutes les PME au Québec,
pour distribuer l'argent rapidement? Et, s'il y a des montants qui seront payés
en trop, qui seront déboursés en trop, Revenu Québec peut toujours aller les
chercher plus tard, mais l'objectif, ici, surtout dans une situation qui
s'empire, économiquement, avec la deuxième vague, c'est de faire sortir de
l'argent rapidement, et ça, c'est un peu
dans votre cour, c'est Revenu Québec. Moi, je pense que Revenu Québec peut jouer ce
rôle de dispenser de l'aide rapidement. Seriez-vous prêt à considérer
une telle proposition?
M. Girard (Groulx) : Bon, bien,
dans les faits, là, juste pour... le fédéral va utiliser l'Agence du revenu du
Canada, on est quand même au mois de décembre puis on parle d'argent pour le
mois d'octobre, là. Alors, on ne peut pas dire que l'utilisation de ce véhicule
au fédéral a permis de sortir l'argent plus vite, là. Ça, c'est le premier
point.
Deuxième point, pourquoi on a choisi les fonds
locaux d'investissement, les MRC? C'est parce qu'à la base les deux programmes principaux d'aide qui sont la
structure de ces programmes, c'est Investissement
Québec qui faisait les prêts
de 50 000 $ et plus et ces fonds locaux d'investissement là qui
faisaient les prêts de moins de 50 000 $. Alors, dans la mesure où
les programmes qui ont été annoncés pour l'aide d'urgence pour les entreprises
qui sont fermées en zone rouge, ce sont des
compléments aux programmes existants, ce sont des ajouts, ce sont les mêmes
prêts, la même structure, sauf que, là, on
ajoute le prêt pardon — ce
que vous, vous appelleriez une subvention — prêt pardon de 80 %, jusqu'à
15 000 $ par mois. Ce sont des extensions des programmes existants.
M. Leitão : ...et je finis avec
ça, M. le Président, pour pouvoir ne pas prendre tout le deuxième bloc avant
son temps.
Le Président (M. Simard) : Très
bien.
M. Leitão : Mais ça a
fonctionné au niveau fédéral, l'ARC, l'Agence du revenu du Canada, a été
capable de distribuer des millions de
transferts rapidement. Le problème avec le programme qui a été annoncé au début d'octobre, c'est qu'on a beaucoup
augmenté le nombre de demandeurs, le nombre d'entreprises qui pourraient
bénéficier de cela, et la structure d'Investissement Québec et la structure des fonds locaux d'investissement et des MRC ne permet pas... Je suis sûr que les gens font le
mieux travail qu'ils peuvent faire, là, il n'y a pas de la mauvaise volonté,
mais la structure de ces organismes-là ne leur permet pas de débourser rapidement.
Alors, en pleine urgence, déboursons rapidement avec Revenu Québec.
Le Président (M. Simard) :
Merci. M. le ministre, en conclusion.
M. Girard
(Groulx) : Bien, dans les
faits, là, il y a effectivement les gens qui travaillent très fort pour
améliorer la fluidité de ces programmes-là. Et puis il y avait des critiques
que les formulaires étaient différents dans chaque région, on s'est assurés d'avoir le même formulaire, le formulaire est
simple. Et donc on répond aux critiques et on s'ajuste. Et, oui, c'est
de l'aide d'urgence, elle doit être définie rapidement.
Le Président (M. Simard) :
Merci, M. le ministre.
M. Leitão :
...de toute évidence, nous sommes le 1er décembre, et l'aide d'urgence
n'arrive pas, alors il faut faire quelque chose. Voilà.
Président (M. Simard) : Merci à vous, cher collègue. Je cède
maintenant la parole au député de Beauharnois pour un deuxième bloc.
M. Reid :
Oui, merci, M. le Président. Chers collègues, bonjour. Toujours un plaisir
d'être ici et de vous revoir, surtout en cette période de session
intensive.
M. le
ministre, tout à l'heure, vous avez... on va parler de relance, d'économie, et
notamment l'aide financière aux entreprises, on l'a abordée un petit peu
à la dernière question. Vous avez mentionné trois éléments importants, que j'ai
retenus, en lien avec la relance économique prochaine : on traverse une
crise sanitaire sans précédent, vous avez parlé d'obtention d'un vaccin, enfin,
à partir du moment qu'il y a une réussite de ce côté-là, vous avez parlé de la
relance au niveau des États-Unis, du stimulus américain puis de la politique
monétaire des banques centrales. Alors, ça, c'est des éléments qui vont être à
considérer, éventuellement, en lien avec ce qui nous pend au bout du nez dans
les six prochains mois, puis en espérant que ça se termine rapidement. Comme
tout le monde, on a tous hâte à retrouver une certaine normalité.
Mais j'aimerais vous amener au niveau de
l'accompagnement des PME, au niveau du stimulus économique à l'intention des
propriétaires d'entreprise. En tout et pour tout, ce sont 777 millions,
d'ici 2023, qui vont servir à stimuler la croissance économique en trois
principaux axes qui ont été identifiés, soit encourager l'investissement, on
parle d'un montant de 566 millions, l'appui à la recherche et
l'innovation, 147,5 millions, puis le soutien au développement économique
des régions pour un montant de 63,5 millions.
On a
récemment discuté des différentes manières dont on va devoir relancer
l'économie tout en nous souciant, bien entendu, de l'impact
environnemental — M.
le président me dit que je ne parle pas assez fort. Alors donc, d'ailleurs, on sait que les leaders du G15 ont
identifié certaines priorités pour des régions spécifiques dans le but
d'intégrer les principes environnementaux et d'équité sociale dans les efforts
de relance et de reconstruction de l'économie.
J'ai ici, là, devant moi, le rapport, là, des
recommandations qui ont été faites par le G15+, qui a été déposé en juillet
2020. Ils ont transmis, donc, plusieurs suggestions de projets de relance aux
diverses instances régionales et gouvernementales.
C'est ainsi que des rencontres, un réseau express virtuel, qui ont impliqué des
partenaires de développement économique
ont déjà eu lieu — et
d'autres auront lieu bientôt — pour identifier des sources de financement et
d'accompagnement pour ces projets.
De manière
générale, un des objectifs annoncés pour la relance économique s'articule, lui,
autour d'un meilleur accompagnement des PME innovantes afin d'accélérer,
justement, leur croissance. Une enveloppe de 30 millions est prévue cette
année pour y arriver. On parle d'appuyer, entre autres, les organismes
spécialisés, Mouvement des accélérateurs d'innovation du Québec et Inno-Centre,
afin qu'ils puissent offrir de l'accompagnement nécessaire aux entreprises pour
leur croissance. On est en attente des détails du côté du ministère de
l'Économie et de l'Innovation, mais déjà certaines annonces ont eu lieu, qui
vont dans le sens de cette volonté d'accompagnement.
Il faut réaliser que, malgré les programmes
d'aide qui sont en place, ça fait longtemps que les entrepreneurs critiquent la
difficulté qu'ils ont à aller chercher l'aide annoncée. On entend parler,
depuis plusieurs années, de la rigidité administrative ou de la lourdeur
administrative, lorsque ces entreprises veulent participer à un programme, pour
obtenir une subvention à laquelle ils sont éligibles, puis ça, on en entend
parler régulièrement, M. le ministre. Eh bien, justement, la ministre déléguée
au Développement économique régional a annoncé, il y a deux semaines, que chaque MRC obtiendra 100 000 $ cette année, 200 000 $
au cours des quatre années suivantes pour embaucher des ressources nécessaires
qui aideront les entreprises à naviguer à travers les différents programmes
d'aide qui leur sont offerts. Au total, on
parle ici d'une annonce de 97,5 millions sur cinq ans, puisqu'une
partie de cet argent
sera réservée pour améliorer les compétences des nouvelles ressources
puis financer leur développement d'outils d'intervention afin de bien
coordonner le maillage entre les régions. Ça, c'est une excellente nouvelle.
On mise donc sur un réseau, Accès Entreprises Québec,
qui aura comme objectif premier de favoriser, pour ces entrepreneurs, l'accès à
l'expertise et au capital en faisant mieux connaître les services mis à leur disposition
pour réaliser leurs projets d'affaires. On va également revoir les fonds locaux
d'investissement pour les adapter aux besoins actuels. On
sait déjà, ce sont les équipes locales des MRC qui connaissent et comprennent
les nécessités et la réalité des entreprises des régions, et c'est donc une
excellente nouvelle que nous financions davantage ces spécialistes qui gèrent les FLI, les fonds locaux d'investissement, ils sont la courroie de transmission avec les programmes et
services existants puis ils connaissent bien le milieu.
Ma question
est la suivante : Lors de la mise à jour, vous avez présenté des actions
concrètes totalisant 0,5 milliard de dollars sur trois ans afin
d'accélérer la relance de l'économie. J'aimerais donc pouvoir vous entendre sur
les différents axes que vous ciblez dans ce plan de relance.
Le Président (M. Simard) : M. le
ministre.
M. Girard (Groulx) : Merci. Merci
beaucoup pour la question, et puis je pense que je vais en profiter pour donner
la structure de la relance, parce qu'il y a eu beaucoup de questions. Puis,
excusez-moi, c'est particulier de répondre à quelqu'un qui est derrière puis de
vous regarder, là, mais on va... je m'adresse au président et j'apprécie votre
question. Non, mais c'est vraiment particulier de parler à quelqu'un qui est
derrière nous.
Le Président (M. Simard) : Je
vous comprends de préférer le député de Beauharnois.
M. Girard (Groulx) : C'est bon.
Alors, la structure du plan de relance. La relance repose d'abord sur la sécurité sanitaire, c'est l'élément le plus
important. C'est pour ça qu'on a besoin de personnel, on a besoin
d'équipement, on a besoin de tests, on a besoin que les Québécois suivent les
mesures sanitaires. Alors, c'est l'élément le plus important de la relance,
contrôler l'épidémie.
Ensuite, il y a eu, bien sûr, des mesures de
soutien pour aider les Québécois, les entreprises, les municipalités à passer à
travers cette période très difficile que nous vivons maintenant depuis déjà
plusieurs mois. Et d'ailleurs, à mesure que les mois avancent, on constate que
les impacts prennent de nouvelles formes, notamment au niveau des impacts au
niveau de la santé mentale, et c'est pour ça qu'il y a eu des fonds
supplémentaires de soutien, parce que plus la pandémie dure, plus cet aspect
prend de l'importance, alors que tout était concentré sur les aspects
physiques, de santé physique initialement.
Bon, j'arrive à la relance. Alors, la relance,
c'est trois axes. D'abord, les infrastructures publiques qui visent à
substituer la demande privée à la demande publique, parce que les
investissements des entreprises, en 2020, seront négatifs, parce que le degré
de confiance... parce que les frontières sont fermées, l'investissement privé
aura une contribution négative en 2020. Et donc le gouvernement du Québec, avec
le projet de loi n° 66, veut accélérer les infrastructures pour substituer
la demande publique à la demande privée qui est plus... — puis
là je regarde le député de Robert-Baldwin, je cherche le terme — plus...
la demande privée est plus frileuse. Elle recherche moins... plus de certitudes
pour faire des investissements.
Le deuxième volet, c'est... puisque nous avons
récupéré 85 % des emplois qui avaient été perdus, on a un taux de chômage
qui est nettement plus élevé que ce qui représente le plein potentiel de
l'économie québécoise. On dit que l'économie québécoise est au plein-emploi
lorsque le taux de chômage avoisine 5 %, nous sommes à 7,7 %. Il est
possible que le chiffre monte... le chômage monte un peu encore vendredi. Et
donc on a une situation où il y a une pénurie de main-d'oeuvre dans les
secteurs de la santé, dans le secteur de la construction, dans le secteur des
technologies de l'information, et, au même moment, on a du chômage. Alors, mon
collègue le ministre du Travail, Jean Boulet, a toute une responsabilité au
niveau de la requalification de la main-d'oeuvre, aider les Québécois à aller
chercher la formation, la diplomation nécessaire pour se qualifier pour les
emplois qui sont disponibles, qui sont en... où il y a rareté de main-d'oeuvre.
Alors, il y a un volet infrastructures, un volet
requalification de main-d'oeuvre qui est extrêmement important, et ensuite
vient tout le volet qui est l'aide à l'investissement des entreprises et au
développement économique, c'est le 777 millions auquel vous référiez. Et
là on parle d'aider les secteurs stratégiques, notamment l'aluminium,
l'aéronautique, les sciences de la vie, on parle de bonifier le développement
régional, on parle d'aider les entreprises à innover, on parle d'aider les entreprises
à se numériser, on parle d'investir dans la recherche, dans l'infrastructure
de recherche. Nous avons bonifié de 300 millions le Plan pour une économie
verte, et il y a tout l'aspect fabriqué... et l'achat local, alors le
ministère de l'Agriculture participe au plan de relance. Alors, c'est vraiment
la structure du plan de relance : sécurité sanitaire, infrastructures,
requalification de main-d'oeuvre et investissement des entreprises,
transformation.
Le Président (M. Simard) : Je
vous remercie. M. le député de Beauharnois.
M. Reid : Oui,
merci beaucoup. M. le ministre, je m'excuse de vous parler dans le dos. Vous
avez parlé de bonification du développement économique régional. On en a parlé
dans...
M. Girard (Groulx) : ...elle
était bonne, je vous confirme qu'elle était bonne.
M. Reid :
On comprend l'importance, là, qu'ont les municipalités, les acteurs locaux du
réseau entrepreneurial pour relancer l'économie. Je pense que tout le
monde est d'accord là-dessus. L'heure est venue plus que jamais d'unir nos forces, tous
paliers confondus, pour vraiment soutenir les PME en région, mais aussi dans
les grands centres urbains, qui n'ont pas échappé, malheureusement, à la
crise, eux non plus.
À ce chapitre, la vice-première ministre, qui
est la ministre de la Sécurité publique et ministre responsable de la
Capitale-Nationale, a annoncé, la semaine dernière, la création d'une alliance
économique regroupant les acteurs... les principaux acteurs de Québec, toujours
dans le but de venir en aide aux entrepreneurs, aux coopératives et aux
organismes à but non lucratif qui subissent les contrecoups de la pandémie.
C'était une annonce très attendue, empreinte de leadership, qui reflète l'avis
unanime du milieu entrepreneurial, mais aussi municipal, universitaire et, bien
sûr, gouvernemental. Ainsi, le promoteur d'un projet qui cherche de l'aide, que
ce soit pour des sources de financement, du mentorat ou encore du soutien
technique, pourra le faire d'un seul coup, devant toutes les entités
concernées, au moyen d'une session virtuelle. Le Secrétariat de la
Capitale-Nationale, de son côté, émule donc un peu le modèle que nous voulons
encourager auprès des administrations de proximité dans les MRC, dont nous
avons discuté un peu plus tôt.
Preuve de synergie dans le milieu, un des
partenaires de cette alliance, l'Université Laval, a mis sur pied l'Escouade de coordination de la relance. Elle
vise à appuyer ainsi et faciliter les initiatives, tant publiques que
privées, visant la relance économique en réponse aux répercussions de la
pandémie. L'escouade offrira, entre autres, de la formation, un accès à
l'expertise de sa communauté de recherche ou encore de l'accompagnement sur les
projets qui visent l'accélération de l'innovation et de l'entrepreneuriat
responsable.
D'ailleurs, cette nouvelle est un bon tremplin
pour vous parler d'une autre annonce connexe, celle du prolongement par le
gouvernement de l'aide financière dédiée aux Fonds de recherche du Québec à
hauteur de plus de 3 millions de dollars divisés entre les fonds Société
et culture, Santé et Nature et technologies. Cela permettra de financer d'une
session supplémentaire les programmes de bourses d'étudiants qui devaient
arriver à échéance à la fin de la dernière session. En effet, plusieurs
étudiants boursiers n'avaient pas pu compléter leurs travaux de recherche à
l'issue de la session d'été en raison de l'état d'urgence sanitaire. Les Fonds
de recherche du Québec soutiennent des activités de recherche jugées
essentielles à la relance économique du Québec, particulièrement celles en lien
avec la crise sanitaire. Sur le long terme, c'est par la recherche et l'innovation
que le Québec pourra mettre en oeuvre des solutions novatrices pour répondre
aux défis actuels et futurs.
Justement, M. le ministre, je désire à présent
aborder avec vous ce thème de recherche et innovation, ou communément appelé
«R&D», comme on dit en anglais. Dans le cadre de la mise à jour abordée aujourd'hui,
le gouvernement investit 147,5 millions de dollars sur deux ans pour
appuyer des projets innovants. De ce montant, 50 millions vont servir à
augmenter les sommes à la disposition des Fonds de recherche du Québec, dont 10 millions
cette année. On prévoit également 50 millions pour accroître les investissements
dans les infrastructures de recherche et
d'innovation ainsi que pour aider davantage ce genre de projets commerciaux. On
indique que, j'ouvre les guillemets, «ces investissements visent notamment
à moderniser les établissements publics de recherche par l'acquisition d'équipements et à appuyer les entreprises
lors des différentes étapes de leur projet d'innovation», je ferme les
guillemets.
Parallèlement, je crois qu'il est évident que la
crise a exacerbé le besoin des entreprises de se mettre à niveau pour tout ce
qui est technologie pour toutes celles qui n'avaient pas encore les logiciels
au point ou qui n'avaient pas passé au numérique dans l'optimisation de leurs
procédures de travail. Encore récemment, la très grande majorité des entreprises
québécoises avaient une faible maturité technologique.
On pourrait croire que ce phénomène n'affecte
que les petites entreprises, mais non. L'Autorité des marchés financiers
a récemment publié un rapport, en fait, là, un rapport qui s'intitule Rapport
sur la maturité de la transformation numérique des institutions
financières exerçant au Québec , et le constat est décevant :
«...aucune institution ne se positionne comme leader de la transformation
numérique, tant dans son propre domaine que dans tout le secteur financier québécois.»
Autre constat général : «...la stratégie numérique est reconnue, mais
n'est pas prioritaire[...]. Seulement 30 % des institutions financières
jugent leur firme efficace pour planifier leur transformation numérique. L'industrie
gagnerait à ancrer davantage sa stratégie dans le numérique pour [être plus
concurrentielle].»
Les entrepreneurs commerciaux comparent souvent
leur secteur d'activité au secteur financier, qui semble jouir d'une réputation
des meilleures pratiques, du moins celles les plus novatrices. Or, celles-ci
souffrent également d'un retard numérique.
C'est pourquoi, dans le but de soutenir la numérisation des PME québécoises, le
gouvernement investit 20 millions cette
année et 80 millions de dollars en 2020‑2021, 2021‑2022. Ces sommes
serviront notamment à aider financièrement les entreprises dans la
réalisation de leurs projets numériques, à encourager les entreprises à se
tourner vers le mode numérique et leur offrir des services-conseils, à
permettre à plus d'entreprises d'élaborer un plan numérique et un plan de mise
à jour... de mise en oeuvre de projets numériques.
Ma question, donc : Quelle est
l'importance, M. le ministre, à vos yeux, de cette mesure, soit le
100 millions de dollars en numérisation des entreprises? Est-ce que vous
considérez que le Québec a du rattrapage à faire en la matière, si on le
compare à l'Ontario, par exemple?
M. Girard (Groulx) : Je vais
prendre une perspective plus large, je pense que la crise a mis la lumière sur certaines vulnérabilités du Québec. Puis je ne dis
pas que ces vulnérabilités-là ne sont pas présentes ailleurs. Puisqu'on
est ici, à l'Assemblée nationale... La crise a montré que nos infrastructures
étaient vieillissantes, que la population... le vieillissement de la population
montrait l'importance des soins de santé, donc a démontré l'effet du
vieillissement de la population sur nos infrastructures et les besoins en
santé.
La crise a aussi
montré que des entreprises du Québec n'avaient pas suffisamment fait, ou
suffisamment rapidement, la transformation de leurs processus de production, de
leurs processus de vente, parce que... on pense numérisation, on pense,
rapidement, vente en ligne et site Web. Ça, c'est, oui, pour des... par exemple,
un magasin sur la rue Saint-Denis, il va avoir besoin
d'un site Web et de faire des ventes en ligne, oui, mais la transformation
numérique des entreprises, c'est, évidemment, beaucoup plus que cela, c'est
tous les processus de production, de gestion des inventaires, de gestion des
intrants, et la crise a montré qu'il y en a qui étaient prêts puis qu'il y en a
qui ne l'étaient pas. Et ça, c'est un processus continu, M. le Président.
Puis je tiens à dire
que, dans chacun des budgets et de la mise à jour du gouvernement du Québec et également des gouvernements précédents, il y a eu
des efforts pour aider à la transformation numérique des entreprises,
parce que c'est important, on en est tous conscients, mais la crise à montré la
vulnérabilité de ceux qui n'avaient pas fait cette transformation-là, d'où
l'urgence de le faire.
Et c'est là que je
dois saluer le travail de la Caisse de dépôt qui a investi dans une entreprise québécoise,
Lightspeed, qui a des logiciels pour l'aide aux ventes, aux gestions d'inventaire.
Et c'est une compagnie québécoise dynamique et avec forte croissance. Et la Caisse
de dépôt a demandé à cette entreprise, dans laquelle elle a investi depuis plusieurs
années, de l'aider dans la transformation numérique de ses locataires qui étaient
en difficulté. Et le ministère de l'Économie, voyant le bénéfice de cette
initiative, a aussi travaillé avec cette entreprise.
Alors,
il y a des sommes importantes... Toutes les entreprises... Je tiens à le
dire, là, c'est un processus continu, la transformation numérique. C'est
simplement que la crise a montré qu'il y en a qui avaient pris du retard. Et ce
n'est pas tout le monde... Il y en a qui bénéficient de la crise, puis je pense
qu'on va en parler plus tard avec un autre... peut-être, un collègue, dont je souligne... dont je ne
souligne pas... d'un collègue, finalement, d'un collègue de la deuxième
opposition. Voilà. Et c'est important, la transformation numérique, puis c'est
pour ça qu'il y a des sommes... et je rappelle les sommes et je vous réfère,
ici, à l'annexe... Vous savez, la mise à jour... la meilleure façon de lire la
mise à jour, là, parce que c'est compliqué, lire des documents financiers...
Hier, je ne sais pas si le député de Robert-Baldwin a essayé de lire les
295 pages de la mise à jour fédérale, hier, mais j'ai commencé à
4 heures hier, et j'ai manqué RDI économie , là, parce qu'à
6 h 30, je n'avais pas fini, et vraiment c'est...
Alors, moi, je vous
réfère au tableau B.31, c'est la
section Impact financier des mesures ,
et là vous avez tout ce qui a été fait dans le gouvernement depuis le budget
pour la crise, ligne par ligne, et c'est séparé en fonction des missions :
renforcer le système de santé, soutenir les Québécois et les entreprises et
relancer l'économie.
Et, puisque mon
collègue me parle d'innovation puis de relancer l'économie, je suis dans le
tableau B.34, à la page B.79, Impact financier des initiatives
visant à relancer l'économie , et là je descends : accélérer la
croissance des PME innovantes par un meilleur accompagnement, 30 millions;
appuyer l'innovation des entreprises forestières, 17,5 millions; investir
dans les infrastructures de recherche, dans les projets d'innovation, 50 millions;
augmenter les sommes à la disposition des Fonds de recherche du Québec, 50 millions.
Et donc c'est comme ça... c'est dans cette
section qu'on peut voir chaque
effort, et là, si on veut en savoir plus, on se déplace dans le document et on
a le texte qui accompagne les montants.
Mais cette
structure-là, M. le Président, que je qualifierais, là... je vais donner le
crédit au ministère des Finances du Québec, cette structure cohérente qui facilite la
lecture, qui n'a rien à voir avec moi, mais qui a tout à voir à nos institutions, le ministère des Finances du Québec, bien, ça facilite la lecture, M. le Président, parce que, lorsqu'on va dans
la section... je reviens parce que
c'est vraiment une bonne section, lorsqu'on va à la
section Impact financier ,
qui commence à la page B.69, bien,
toutes les mesures sont là, elles sont chiffrées, et c'est facile à suivre, M.
le Président.
Le Président
(M. Simard) : M. le député de Beauharnois, vous disposez, en
théorie, encore de 1 min 15 s.
M. Reid :
...une minute. Dans les actions concrètes, M. le ministre, au niveau de... qui
vont être mises en place pour accroître l'autonomie alimentaire, on a fait
plusieurs annonces tout récemment. En une minute, est-ce que vous êtes capable
de nous résumer ça?
M. Girard
(Groulx) : Bien sûr, grâce à toute la logique du document. Parce que,
quand j'arrive à la page B.80, M. le Président, et que je lis «encourager
la production québécoise et l'achat local», je vois tout de suite «accroître l'autonomie alimentaire et appuyer
l'industrie serricole», 157 millions sur trois ans; «développer des
chaînes d'approvisionnement locales», 40 millions sur deux ans, et le
50 millions qui vise l'appui des centres-villes. Est-ce que ça complète ce
bloc, M. le Président?
Le Président
(M. Simard) : Presque, presque.
M. Girard
(Groulx) : Je vous vois dubitatif, là.
Le Président
(M. Simard) : Vous lisez dans mes pensées, cher collègue, vous
lisez dans mes pensées. Merci pour votre précieuse collaboration.
Alors, je cède
maintenant la parole à la députée de Saint-Laurent, que je salue, soit dit en
passant.
Mme Rizqy :
Moi aussi. Merci. Bonjour, M. le ministre. Donc, je comprends que votre fin de
semaine a été chargée avec Loto-Québec.
M. Girard
(Groulx) : C'est-à-dire que les allégations étaient sérieuses, puis il
fallait s'en occuper.
Mme Rizqy :
Je comprends que vous avez fait plusieurs appels. Vous avez fait, tantôt, un point de presse,
vous avez mentionné qu'il y avait eu un rapport précédent. Est-ce que ce
rapport, c'était un rapport interne ou externe?
Président (M. Simard) : M. le ministre.
M. Girard
(Groulx) : Bien, écoutez, parlez-vous de CANAFE ou des...
Mme Rizqy :
Non, le rapport de Loto-Québec qui disait que tout était conforme auparavant,
est-ce que c'était un rapport interne ou externe?
M. Girard
(Groulx) : Non, je parlais de CANAFE, O.K., parce que ce matin...
Juste pour être précis, là, ce matin, on
fait référence à une amende que Loto-Québec a payée en 2020, mais c'est suite à
un rapport de 2012, d'accord? Et ce que j'ai dit ce matin, c'est qu'il y
a eu un rapport, en 2016, qui était... qui confirmait que les pratiques étaient
saines et que les ajustements avaient été faits.
Mme Rizqy :
...de 2016, qui l'a fait?
M. Girard
(Groulx) : CANAFE.
Mme Rizqy :
D'accord. À l'interne, est-ce que Loto-Québec... quand vous avez parlé avec la
P.D.G., est-ce qu'il y a eu d'autres rapports qui ont été faits internes ou
externes?
M. Girard
(Groulx) : Ah! bien, c'est-à-dire que, chez Loto-Québec, il y a toute
une gouvernance, il y a tout un processus de conformité, oui, et il y a aussi
des audits externes qui sont faits à intervalles réguliers, là.
Mme Rizqy :
O.K., intervalles réguliers. Quelle firme a fait les rapports externes?
M. Girard
(Groulx) : Écoutez, c'est nécessairement les grandes firmes
comptables, là. Bien, je pourrais vous en nommer une, mais je vais m'en tenir à
ça, là. C'est nécessairement les grandes firmes comptables qui font les audits
externes des pratiques de Loto-Québec.
Mme Rizqy :
O.K. Mais vous comprendrez que c'est quand même assez névralgique, parce que,
s'il y a eu des rapports externes, puis que ça n'a jamais été soulevé, puis que
vous désirez confier encore une vérification à une firme externe, j'ai
l'impression qu'on risque de tourner un petit peu en rond, non?
M. Girard
(Groulx) : Pas du tout. L'expertise au niveau du... Le blanchiment
d'argent, c'est un phénomène qui est présent
dans l'ensemble de l'économie. Pour avoir travaillé dans une institution
financière, là, les préoccupations quant au blanchiment d'argent puis au
financement d'activités terroristes, c'est présent à chaque jour, et puis la
dernière chose qu'une institution veut faire, c'est de laisser passer une transaction
de nature douteuse. Alors, il y a tout un
processus de conformité, et ça, évidemment, les firmes de comptables externes
ont cette expertise-là.
Mme Rizqy :
...pourquoi, hein? Vous avez sûrement suivi le scandale KPMG.
M. Girard (Groulx) :
Pardon?
Mme Rizqy :
Vous avez sûrement suivi le scandale KPMG, non?
M. Girard
(Groulx) : Je ne comprends pas le sens de la question.
Mme Rizqy :
Vous avez suivi le scandale KPMG, qui a été révélé par l'émission Enquête ,
en matière de facilitation pour fraude fiscale? Parce que moi, je trouvais ça
un petit peu saugrenu de confier une vérification pour fraude fiscale,
blanchiment d'argent, recyclage de produits de la criminalité, par exemple, à
une firme qui, elle, fait l'objet de plusieurs enquêtes. Alors, j'imagine que
vous allez exclure KPMG dans cette enquête-là.
M. Girard
(Groulx) : Bien, écoutez, Mme la députée de Saint-Laurent, je n'ai pas
exclu personne, là. C'est un appel d'offres public, il y a des conditions à
remplir au niveau des compétences pour être capable de faire cet audit-là. Non, ce n'était pas mon intention
d'exclure... D'abord, le processus d'appel d'offres sera fait par le
ministère, là, ce n'est pas le ministre qui fait un... Vous êtes une joueuse de
basket, hein?
M. Girard
(Groulx) : Donc, ce n'est pas le ministre qui fait un «jump ball» dans
son bureau, là, il y a un processus d'appel d'offres avec des conditions
strictes, et la firme que vous mentionnez, bien sûr, pourra appliquer. Puis là
je comprends que vous recommandez que ce n'est pas elle qui soit choisie.
Mme Rizqy :
En fait, ma prochaine question pour vous, pourquoi vous n'avez pas choisi Revenu
Québec, ou, par exemple, l'UPAC, ou la VGQ,
la Vérificatrice générale du Québec, alors qu'on a déjà des ressources à
l'interne payées par nos fonds publics et dont l'indépendance est déjà connue?
M. Girard
(Groulx) : D'abord, Revenu Québec travaille déjà à la lutte au
blanchiment d'argent et fait un travail de grande qualité, c'est une
préoccupation constante. L'UPAC, c'est un corps policier, ils peuvent enquêter,
définitivement. Moi, ce que je cherche à faire, c'est un audit des pratiques,
là, j'ai bien spécifié ce que je cherche, les pratiques au niveau du
blanchiment d'argent, du prêt usuraire et aussi tout ce qui est — je
pense, c'est un sous-volet, là — les programmes récompenses, mais surtout
la sécurité d'une
partie prenante qui est très importante, les employés de Loto-Québec.
Et la raison qu'on procède avec un audit spécial externe indépendant, c'est
qu'on va vouloir aller chercher la comparaison de tout ce qui se fait en
Amérique dans les casinos, connaître les meilleures pratiques, connaître ce qui
se fait dans les institutions financières. La lutte au blanchiment d'argent,
c'est un effort continu chaque jour.
Mme Rizqy : ...pas la VGQ?
M. Girard (Groulx) : J'ai
beaucoup de respect pour la VG. D'ailleurs, la VG va commencer, bientôt, ses travaux pour le rapport préélectoral, qui nous
servira tous... énormément de respect pour la VG, j'ai tout simplement...
Écoutez, on a des allégations, Loto-Québec se défend, a des processus, a une
direction, un conseil d'administration. Je parle à la direction, au conseil
d'administration. J'ai posé beaucoup de questions, j'obtiens des réponses. Je
cerne la situation, je consulte mon sous-ministre et j'en conviens, que la
meilleure façon de procéder, c'est par un audit externe indépendant.
Mme Rizqy : Mais l'expertise
existe de la VGQ, puis elle a aussi des pouvoirs d'enquête.
M. Girard (Groulx) : Vous
suggérez que la VGQ aurait pu faire le travail?
Mme Rizqy : Bien, je demande
pourquoi vous avez exclu la VGQ.
M. Girard (Groulx) : Bien, moi,
je n'ai pas... Vous... C'est comme si vous me demandiez... c'est comme si vous
me demandiez... vous me faisiez la liste de tous les gens que je n'ai pas
choisis, là. Là, je fais un appel d'offres pour aller chercher une expertise et
j'espère que la firme qui sera choisie aura une expertise nationale, pourra
comparer ce qui se fait dans tous les casinos. Le blanchiment d'argent, on le
sait, il y a eu un problème énorme en Colombie-Britannique, et donc j'y vais
avec cette situation. Est-ce que je dois comprendre que vous auriez préféré que
je prenne la VGQ?
Mme Rizqy : J'aurais aimé que
vous nous disiez pourquoi vous n'avez pas choisi de l'expertise interne puis
pourquoi vous n'avez tout simplement pas demandé que l'UPAC se penche
là-dessus, même si eux peuvent le faire par eux-mêmes. Il me semble que c'est à
vous de faire preuve de leadership puis d'aller rapidement sur une question
aussi importante qui est le blanchiment d'argent, le recyclage des produits de
la criminalité.
Dois-je vous rappeler que, dans ces cas-ci,
lorsqu'on parle de ce type d'activités criminelles, il est souvent question de
traite de personnes, de trafic humain ainsi que de tout ce qui est pornographie
infantile, là, prostitution infantile, pas juste prostitution tout court, là,
infantile? Alors, c'est pour ça que, moi, il me semble qu'ici... lorsque le
casino est utilisé comme agent facilitateur du crime organisé, il me semble
que, rapidement, là, c'est... oui, c'est une enquête criminelle que ça nous prend,
et, oui, à mon sens, que la VGQ a pas mal de pouvoirs d'enquête.
Bien,
écoutez, votre décision, j'imagine qu'elle est quand même prise, vous avez
fait une conférence de presse. Puis je sais que mon temps est limité,
j'entends votre réponse, je n'aurai pas besoin d'une réponse supplémentaire
pour m'expliquer votre réponse, vous l'avez déjà très bien mentionné dans votre
point.
Je suis prête
à aller à un autre bloc avec vous, ça serait celui sur l'éducation. Tantôt,
vous nous avez parlé de vos magnifiques tableaux. Dans vos tableaux, si
vous allez à celui du B.14, qui est à la page B.31, vous nous avez expliqué comment lire le tableau. Est-ce que
je dois comprendre, quand qu'il y a un petit trait droit, ça veut dire
zéro?
M. Girard (Groulx) : Exact.
Mme Rizqy : Bon, alors, pour
vous, là, renforcer le soutien des élèves et du personnel dans les écoles, là,
pour l'année 2021‑2022, 2022‑2023, vous avez mis un trait, zéro.
M. Girard (Groulx) : Bien, c'est-à-dire
qu'ici, O.K., vous avez eu un budget, O.K.? Parce que, pour comparer, par
exemple, à ce que l'Ontario a fait, là, parce que l'Ontario n'avait pas fait de
budget, alors il y a eu des mesures, au budget, pour l'éducation, qui avait
déjà une augmentation de son budget de près de 5 % cette année. Et là il y
a un... face à la crise, il y a un soutien temporel qui est demandé par le ministère
de l'Éducation. Et ce qu'on montre ici, c'est le coût de cette mesure. Et puis,
si... Écoutez, l'éducation, c'est tellement important que, s'il a besoin de
fonds supplémentaires, eh bien, c'est certain qu'on va utiliser la provision de
4 milliards de dollars pour donner des fonds supplémentaires.
Mme Rizqy : ...de bien comprendre.
Malgré le fait que tout le monde s'entend qu'il y a des retards d'apprentissage — tout
le monde s'entend, c'est un consensus, c'est plus qu'un consensus, c'est
unanime — cette
année, on injecte de l'argent pour renforcer l'aide, pour venir en aide aux
élèves, mais aussi aux enseignants, ajouter des ressources
additionnelles... Parce que, tantôt, vous nous avez fait un minicours de
comment lire votre rapport, mais, moi, si je comprends bien, c'est que cette année vous injectez de l'argent pour aider de façon ponctuelle, 2020‑2021, mais,
pour les deux autres années, vous ne mettez pas d'argent immédiatement, alors
que tout le monde sait, là, que le retard est non seulement pour cette année,
mais on nous dit clairement qu'il va falloir faire du rattrapage pour les
prochaines années. Est-ce qu'il n'est pas déjà le temps de réviser ce tableau
pour ajouter de l'argent pour les prochaines années?
M. Girard
(Groulx) : Bien, c'est-à-dire que la façon que la structure est faite,
le ministre de l'Éducation nous a demandé 85 millions pour renforcer...
pour le soutien, là, O.K., et on lui a accordé. S'il a besoin de fonds
supplémentaires l'an prochain, il y a une provision, puis on le fera. Je pense
que, si je lis bien la pensée de votre point, c'est que vous dites : Là,
vous avez pris des ressources, vous allez... ces ressources ne seront pas là,
elles ne seront pas disponibles l'an prochain.
Mme Rizqy :
...je veux être très claire dans ce que j'ai dit. J'ai dit que vous, vous avez
déposé un minibudget, que cette année vous mettez 85 millions, mais
que vous ne faites pas tout de suite, là, la provision de 85 millions puis
de réindexer pour l'année suivante, pour les autres années. Vous mettez une
barre, donc zéro. Donc, vous, dans votre prévision, c'est zéro, c'est ça que je
dis.
Alors, je vous invite
dès maintenant à confirmer... Puis moi, je vais être très heureuse si vous
confirmez dès maintenant que vous allez immédiatement réviser, et vous allez
ajouter 85 millions indexés pour l'année 2021‑2022 et pour
l'année 2022‑2023, votre tableau. Ça va me faire plaisir, si vous le
confirmez maintenant. Je vous le dis, je ferme mon micro, là.
M. Girard
(Groulx) : Non, mais je vous confirme que l'éducation, c'est une
priorité, que, si le ministre de l'Éducation a besoin d'argent supplémentaire
au budget, on va étudier ça. Là, on vit une crise sanitaire, O.K.? Et puis le ministre de l'Éducation nous a demandé ces
fonds-là, et ils lui ont été accordés, et puis il est prévu que ces fonds-là
seront utilisés d'ici au 31 mars 2021.
Mme Rizqy :
M. le ministre, tout le monde connaît la grande prévisibilité du ministre de
l'Éducation. Par contre, dans votre cas à
vous, à
titre de ministre des Finances, là... puis je sais que votre travail,
c'est aussi de prévoir. Si quelqu'un
frappe à votre porte pour dire :
J'ai des retards, j'ai besoin d'argent aujourd'hui ou je dois engager du personnel
supplémentaire pour venir pallier à ces retards, tu dis : Parfait, combien
ça te coûte? Cette année, ça va me coûter 85 millions. Vous, vous signez
le chèque, 85 millions, vous ne posez pas la question : O.K., mais
l'année prochaine, ce même personnel, est-ce que je le réengage ou je ne le
réengage pas? Il me semble que c'est votre job à vous de dire à votre collègue ministre
de l'Éducation : Eh! Jean-François, tu risques d'avoir besoin de l'argent
l'année prochaine. Vous semblez confus, voulez-vous que je rephrase?
M. Girard
(Groulx) : Si vous voulez.
Mme Rizqy :
Plus spécifiquement...
Le Président
(M. Simard) : M. le ministre, à vous la parole.
M. Girard
(Groulx) : Non, non, mais je pense que c'est comme si... Je pense que
votre intervention, c'est que vous auriez aimé voir 85 millions sur les
trois années, parce vous dites : Le besoin va être là, je pense que c'est votre point. C'est un point qui est légitime. Moi,
ce que je vous dis, c'est que, lorsqu'on va faire les arbitrages budgétaires de l'année 2021‑2022, si le ministre de l'Éducation veut reconduire ces sommes, on va être très
favorables à l'écouter.
Mme Rizqy :
O.K., bonjour pour la prévention. Dites-moi, transferts fédéraux, vous avez
reçu de l'argent pour l'éducation?
M. Girard
(Groulx) : Si on a reçu l'argent pour l'éducation? Oui, on a reçu de
l'argent pour l'éducation, oui, dans le cadre de la relance sécuritaire.
Mme Rizqy :
O.K. Pouvez-vous nous ventiler où l'argent est allé?
M. Girard
(Groulx) : Pardon?
Mme Rizqy : Pouvez-vous nous ventiler où l'argent du
transfert fédéral est allé dans le réseau de l'éducation?
M. Girard
(Groulx) : O.K., mais ça, ça va être un peu plus long répondre à ça.
D'abord, je vais vous quantifier l'argent reçu pour l'éducation dans la
section
sur les transferts fédéraux.
Mme Rizqy :
...beaucoup de temps. De mémoire d'homme, c'est 432 millions de dollars
qui a été transféré pour le Québec. Vous devriez recevoir l'argent en deux
versements, donc il y aurait déjà eu un premier versement qui a été transféré
vers le Québec, et moi, j'aimerais juste savoir comment qu'il a été ventilé
dans le réseau scolaire.
Le Président
(M. Simard) : M. le ministre.
M. Girard (Groulx) : Oui, un
instant, là, parce que je dois... 432 millions... «À cela s'ajoute la
somme pour la rentrée scolaire de 432 millions.» Voilà, c'est ce dont vous
parlez, O.K. Bon, je reviens. O.K., le... Et ça, j'ai eu cette discussion-là avec Mme Freeland parce que
les classes ont commencé plus tôt au Québec, O.K., que dans le reste du Canada, d'accord, la rentrée scolaire s'est faite
plus tôt au Québec. Alors, lorsqu'ils ont annoncé les sommes, les
travaux avaient déjà été amorcés au Québec, et donc c'est comme si on avait
déjà posé plusieurs gestes, et ils nous octroient 432 millions, et là on a
pris le montant supplémentaire.
Et là je vais
revenir à la
section éducation, la
section éducation qui est à la
page B.31, O.K.? Et donc les fonds supplémentaires... alors, il y
avait l'aide aux études, puis ça, ça n'a rien à voir avec le 432. Alors, dans
les fonds supplémentaires qui ont été dépensés à date, là, 85 millions.
Mme Rizqy : Ventilés,
85 millions pour...
M. Girard
(Groulx) : D'accord, ventilés. «Afin de renforcer»... Ici,
l'information que j'ai : «Afin de renforcer la persévérance
scolaire ainsi que la sécurité des élèves dans le contexte actuel de la
pandémie, des investissements additionnels de 85 millions [...] ont été
annoncés le 26 septembre 2020. Ces sommes ont permis d'entreprendre la
formation et l'embauche de personnel dans les écoles, le développement de
l'apprentissage à distance, la bonification de l'offre de transport scolaire et
l'accroissement des services d'entretien du système de ventilation.»
Mme Rizqy :
Alors, pouvez-vous m'expliquer comment se fait-il que la commission scolaire
Lester-B.-Pearson a fait des achats
de purificateurs d'air, et le gouvernement du Québec a seulement voulu
rembourser 50 % de la facture, et non pas 100 %, alors que
l'argent, c'est une mesure, là, d'aide pour une urgence sanitaire sans aucun
précédent? Pourquoi qu'en ce moment, là, il y a une commission scolaire...
quand que le ministre de l'Éducation se lève, il dit : Bien, ils peuvent
faire des dépenses, allez-y, faites des dépenses, mais, quand on envoie la
facture, vous remboursez 50 % de la dépense, alors que vous avez plein
d'argent, plein, plein, plein?
Le Président (M. Simard) : M.
le ministre.
M. Girard (Groulx) : Bien, en
fait je ne suis pas impliqué dans la négociation de ce paiement, là, ça fait
que je ne peux pas... je n'ai pas de réponse à votre question, là, sur la...
entre la négociation entre le centre de services scolaire et le ministère de
l'Éducation.
Le Président (M. Simard) : Très
bien. M. le leader de l'opposition officielle.
M. Fortin :
Le ministre n'a peut-être pas d'implication, mais il peut comprendre que c'est
un facteur contraignant pour les centres de
services scolaires puis les commissions scolaires, qui vont peut-être choisir
d'y penser à deux fois avant de faire un investissement s'ils sont
obligés de payer 50 % à travers leurs propres fonds.
Juste un dernier point, M. le Président, sur ce
que ma collègue a amené tantôt par rapport à l'audit externe à Loto-Québec. Le
ministre nous a dit de l'interpeler sur Loto-Québec, là. La Vérificatrice
générale du Québec, elle ne peut pas aller vérifier les livres et les comptes
de Loto-Québec en ce moment, c'est vrai?
M. Girard (Groulx) : Il
faudrait je vérifie.
M. Fortin :
Elle n'a pas cette autorité-là. Elle ne l'a pas, l'autorité sur les sociétés
d'État, là, elle ne peut pas le faire. Mais je veux comprendre la perspective
puis le changement de cap de la Coalition avenir Québec dans ce dossier-là,
parce qu'en 2013 son collègue, aujourd'hui ministre des Transports, qui revient
hanter souvent le ministre des Finances, mais en 2013 le ministre des
Transports actuel avait proposé un projet de loi, le projet de loi n° 193,
pour modifier la
Loi sur le VG afin de permettre au VG de procéder, lorsqu'il
le juge approprié, à la vérification d'optimisation dans un organisme du
gouvernement ou une entreprise du gouvernement dont il n'est pas tenu de
vérifier les livres et les comptes. Donc, avec le projet de loi qui avait été
proposé par le ministre des Transports au gouvernement du Parti québécois, la
Vérificatrice générale aurait tous les pouvoirs pour faire cet audit-là, cette
vérification-là. Est-ce que c'est quelque chose que vous considéreriez encore?
Le Président (M. Simard) : ...secondes.
M. Girard (Groulx) : Bien, écoutez,
moi, j'ai fait face à... D'abord, ces allégations-là sur Loto-Québec, ça date
de... j'essaie de me souvenir, mais jeudi dernier que ça a été diffusé, là.
Le Président (M. Simard) : En
conclusion.
M. Girard
(Groulx) : C'est venu avec
des articles de journaux, une émission, puis il y en a eu en fin de semaine puis aujourd'hui. Alors,
moi, j'ai rapidement posé des questions. D'abord, c'est moi qui a demandé à Loto-Québec
de sortir, parce qu'au départ Loto-Québec ne voulait qu'émettre un communiqué.
Communiqué, c'est... J'ai exigé que Loto-Québec se
défende. C'est son intégrité qui est attaquée, j'ai demandé à Loto-Québec de se
défendre. Ils sont sortis. Et là, après ça, j'ai passé une
partie de vendredi
et de la fin de semaine à poser des questions pour bien comprendre la
situation. Et la solution que nous proposons...
Le Président
(M. Simard) : En conclusion.
M. Girard
(Groulx) : ...l'audit externe indépendant spécial, c'est celle que
nous recommandons.
M. Fortin : ...selon
votre collègue, là, le ministre des Transports, devrait avoir tous les pouvoirs
pour faire ça.
M. Girard
(Groulx) : Mais d'aucune façon je dis aujourd'hui que la VG n'aurait
pas pu faire ça. Tantôt, il y a quelqu'un qui a mentionné : Est-ce
qu'il n'aurait pas fallu impliquer Revenu Québec? Les corps policiers peuvent certainement faire... et font les enquêtes nécessaires. Je pense que c'est bon de
rappeler les rôles de chacun. Loto-Québec
doit détecter, prévenir et dissuader le blanchiment d'argent. Les transactions
doivent être rapportées à CANAFE, qui est le centre d'analyse fédéral, toutes
les transactions comptant, et CANAFE communique avec les corps policiers, dans
le cas du Québec, la Sûreté du Québec.
M. Fortin : ...dites, là, c'est... En fait, ce que votre collègue dit,
c'est que la VG devrait pouvoir faire ça d'elle-même. Est-ce que vous êtes
d'accord avec ça?
M. Girard
(Groulx) : C'est-à-dire que je n'ai pas participé au débat en 2013,
mais je n'ai aucun doute que la VG a les capacités, qu'elle aurait pu faire ça.
Ce n'est pas la voie que j'ai choisie.
M. Fortin : Mais il faut que vous lui demandiez de le faire. En ce moment, elle ne
peut pas le faire d'elle-même. Vous comprenez la nuance, là? Alors,
est-ce que ça ne serait pas souhaitable qu'elle puisse le faire d'elle-même?
Le Président
(M. Simard) : En conclusion.
M. Girard
(Groulx) : J'avoue que je n'ai pas étudié cette question.
Président (M. Simard) :
Très bien. Je cède maintenant la parole au député de Saint-Jérôme. Vous disposez de 24 min 20 s, cher collègue.
M. Chassin :
Merci, M. le Président. Bonjour, M. le ministre. Bonjour, chers collègues.
Alors, M. le
ministre, je compatis avec vous parce que, évidemment, vous faites face à des
questions très pointues, voire même à un niveau de détail particulièrement
granulaire. Mais moi, je veux vous ramener à quelque chose de beaucoup plus
macro, donc, évidemment, on change un peu de perspective.
Le Président
(M. Simard) : Souhaitiez-vous intervenir, M. le ministre?
M. Girard
(Groulx) : Non, j'allais simplement dire que le ministre n'a pas le
loisir de choisir le type de questions qu'on lui pose et que je vais répondre à
tous les types de questions. Allez-y.
Le Président
(M. Simard) : Bon, très bien. M. le député de Saint-Jérôme.
M. Chassin :
Donc, voilà, poursuivons avec des enjeux qui sont tout à fait différents mais
qui, je pense, permettent d'éclairer la
compréhension des Québécois quant à cette mise à jour budgétaire d'importance
dans le contexte actuel. Il y a, évidemment, là, dans la réflexion sur
l'avenir financier, pour les finances du gouvernement, un concept qui, je
pense, est important, c'est la distinction entre un déficit conjoncturel, un
déficit structurel. Et vous avez expliqué, là, qu'un déficit structurel, bon,
apparaissait aussi pour les prochaines années.
Donc,
j'aimerais peut-être discuter d'abord avec vous de deux éléments, la
distinction entre le déficit structurel puis conjoncturel, puis le fait
que l'incertitude qu'on vit, actuellement, ne permet pas nécessairement d'aller
beaucoup plus loin, dans notre vision et dans nos projections, que sur trois
ans. Donc, en regardant, par exemple, le cadre financier, le tableau A.14,
on voit que vous limitez vos prévisions sur trois ans, jusqu'en 2022‑2023.
D'abord, sur cet élément-là, ce que je crois
comprendre, puis corrigez-moi si je me trompe, M. le ministre, ou peut-être reformulez-le dans vos mots, là, si les miens ne sont pas
appropriés, mais ce que je crois comprendre, c'est qu'il y a, dans cet
exercice, un équilibre entre, d'une part, la
prévisibilité, donc une certaine transparence, hein, en disant : Bon,
bien, on veut montrer, effectivement,
ce que les prochaines années comportent en termes de revenus, en termes de
dépenses, en termes de déficit, et aussi une certaine prudence, sachant
que l'incertitude qu'on vit, actuellement, fait que de prévoir, par exemple,
sur cinq ans, ce serait particulièrement
ambitieux, et que déjà, dans le fond, dans trois ans, la situation
sera-t-elle exactement la même. On
peut s'imaginer qu'il y a des facteurs qui vont se produire d'ici les
trois prochaines années qui vont faire varier les projections de 2022‑2023. Est-ce que
cet équilibre entre transparence et prudence, c'est une bonne
compréhension de l'exercice que vous avez fait, M. le ministre?
Le Président (M. Simard) : M.
le ministre.
M. Girard
(Groulx) : Merci. Alors, je pense qu'il y a deux volets à votre
question : l'équilibre entre la transparence et prudence, et le déficit...
la nuance entre le déficit structurel et cyclique. Alors...
M. Chassin : ...structurel, conjoncturel après?
M. Girard (Groulx) : D'accord.
Alors, nous avons eu énormément de discussions à l'interne à savoir si on
devait présenter un cadre financier cinq ans ou trois ans, et je dirais que
l'arrivée de la deuxième vague a mis fin à la pertinence de la deuxième
hypothèse. C'est certain que le degré d'incertitude attaché à l'intensité de la
deuxième vague... Et, à ce moment-là, peut-être un peu moins d'information sur
les vaccins, on était... sans aucune association logique, on était avant
l'élection américaine, et beaucoup des développements des vaccins se
précipitent depuis, puis c'est extrêmement positif, mais le niveau
d'incertitude, la présence de la deuxième vague... Et on garde toujours des
provisions : 4 milliards de dollars pour cette année,
3 milliards de dollars pour l'an prochain, 1 milliard de dollars la
troisième année, et ces provisions-là sont plus importantes que les provisions
de l'Ontario, bien que l'économie de l'Ontario est 1,7 fois l'économie du Québec.
En fait, c'est la population qui est 1,7 fois, l'économie, c'est même
plus, là, je pense, c'est plus 1,9 fois. Et donc on voulait donner l'heure
juste, mais en même temps on ne peut donner que l'information qu'on a. Et donc
en choisissant trois ans, ça permettait... parce que 2020‑2021, c'est la chute
brutale de l'économie, la plus grande récession depuis la Deuxième Guerre
mondiale. 2021‑2022, il y a un rebond et... par construction, parce qu'il y
aura probablement 12 mois de croissance versus 10 en 2020‑2021. Donc, 2022‑2023
est la première année d'une certaine normalité. Et d'ailleurs, depuis, on a
appris que, probablement, une majorité de Canadiens devraient être vaccinés d'ici
le mois de septembre 2021, donc la théorie que 2022‑2023 amènera une certaine
normalité est plausible.
Et donc on a retiré du déficit de 2022‑2023 la
provision de 1 milliard de dollars et les mesures de relance cycliques,
500 millions. Donc, on y va, 7 milliards de dollars moins un,
moins 500, on arrive à 5,5 et on dit... on pense
que c'est important parce qu'il fallait le quantifier. On sait que la
Chaire en fiscalité de l'Université
de Sherbrooke avait parlé de,
potentiellement, un déficit structurel de 4 milliards. Et puis
j'avais observé les commentaires, et puis les gens disaient : Oh! c'est beaucoup, 4 milliards, mais moi, je me doutais que c'était plus haut
que ça. Et donc, en divulguant que le déficit structurel sera de l'ordre
de 5,5 à 7 milliards de dollars en 2022‑2023, on donne une information importante
aux Québécois.
Le Président (M. Simard) :
Merci. M. le député.
M. Chassin :
Bien, alors, je pense que ça m'amène presque naturellement à discuter, justement,
de cette distinction entre déficit
structurel et conjoncturel, parce qu'on comprend que, dans le 15 milliards de dollars de déficit prévu pour cette année, donc, effectivement, il y a une mesure de prudence du 4 milliards, en termes de provision
pour risques économiques, mais il y a aussi,
évidemment, des... en fait, des programmes, donc des dépenses
supplémentaires, puis évidemment une chute de revenus, compte tenu du contexte
économique.
Puis ce que vous nous dites, M. le ministre,
c'est que, quand on va revenir à une certaine normalité, donc en 2022‑2023, on
se retrouve avec un déficit de 5,5 milliards de dollars que vous
qualifieriez, à ce moment-là, de structurel ou est-ce qu'il y a encore, disons,
un peu comme une comète, là, il y a comme la queue de la conjoncture qui
pourrait encore affecter cette année-là?
M. Girard (Groulx) : Bon,
les... pour avoir côtoyé beaucoup d'économistes durant les 25 dernières années,
là, la définition de déficit structurel et conjoncturel, il y a plusieurs
thèses de doctorat là-dessus, disons que le sujet... Et c'est pour ça qu'on a
donné un intervalle, 5,5 à 7 milliards. C'est vraiment le meilleur estimé
que nous avons en date d'aujourd'hui. Je pense que, si vous voulez un chiffre,
je vous dirais 6 milliards de déficit structurel, un estimé. On a mis un
intervalle, tout simplement, 7 milliards, enlevé la provision de
1 milliard. Il semble que le déficit structurel, une fois qu'il y aura eu
chute brutale de l'économie, rebond arithmétique, regain grâce à l'arrivée des
vaccins, la première année de normalité... Puis, je tiens à le dire, 2022‑2023,
ce n'est pas... J'ai utilisé cet exemple-là, je
vais le répéter, je ne pense pas... je ne suis pas convaincu qu'il y a des
bateaux de croisière qui arrêtent à Québec en 2022. On se le souhaite,
mais, quand je dis «normalité», c'est qu'on... une certaine normalité. Est-ce
que tous les flux commerciaux, les voyages
sont de retour? On verra. Mais, à ce stade-ci, le meilleur estimé que nous
pouvons donner aux Québécois est
celui d'un déficit structurel, celui qui demeurera après la récession, de
l'ordre de 6 milliards de dollars.
M. Chassin :
D'accord. Merci beaucoup. Parce qu'effectivement je pense que vous avez raison
dans le fait de souligner que certains secteurs
vont être encore affectés, même à ce moment-là, on peut penser au tourisme, on
peut penser, par exemple, à l'aéronautique. Donc, évidemment, il faut garder
cette prudence-là, à mon avis. Et je partage un petit peu votre analyse par
rapport à une fourchette, disons, là, une certaine perspective avec un plus et
un moins.
Évidemment, je vous dirais que je suis rassuré
que, dans le cadre financier pour... dès l'an prochain, là, donc 2021‑2022, si
on enlève... permettez-moi de faire ce calcul un peu... peu orthodoxe, là,
mais, si on enlève du solde budgétaire négatif de
8 250 000 000 $, si on enlève la réserve ou la provision
pour risques, on se retrouve aussi dans une
eau, là, de 5,5 milliards. Autrement dit, avec des informations
manquantes, notamment sur le vaccin, on avait quand même prévu que, 2021‑2022,
un certain nombre de programmes de soutien économique seraient moindres, compte
tenu,
par exemple, du fait qu'on a connu, là, avec la première vague, la deuxième vague, des reculs
économiques. Mais on savait déjà que
nos programmes de soutien économique seraient moindres l'an prochain, c'est ce
que je comprends.
M. Girard
(Groulx) : D'abord revenir sur le 15 milliards de cette année,
là, parce qu'il peut être tentant de dire : C'est 15 moins quatre, la
provision, 11 moins le 3 milliards aux Fonds des générations, huit.
Alors, je vais simplement parler un peu du Fonds des générations. Pourquoi
c'est important de contribuer au Fonds des générations au Québec? C'est parce
que, dans la comptabilité des entités publiques, revenus moins dépenses, il n'y
a pas les dépenses d'infrastructures, les dépenses de capital. Alors, bien que
revenus moins dépenses, dans la comptabilité des entités publiques, soient à
l'équilibre, dans une situation où revenus égalent dépenses, nous sommes à
l'équilibre. Mais, s'il y a des dépenses d'investissement net, la dette
augmente, d'où l'importance d'avoir un processus par lequel on vise à réduire
la dette : le Fonds des générations. Ça, c'est important de le dire, et puis
c'est pour ça que cet outil-là, qui a été créé bien avant moi, a fait ses
preuves, est utile, et c'est pour ça qu'au Québec on parle de déficit après
contribution au Fonds des générations, mais il faut être conscients que c'est
aussi parce que la dette augmente en fonction des dépenses d'infrastructures
nettes.
Bon, ça, c'est... Quant à l'utilisation de la
réserve, la réserve est là pour servir, c'est-à-dire que, si on a des demandes
supplémentaires en santé, oui, on pigera dans la réserve, s'il y a des demandes
supplémentaires en éducation, oui, on pigera dans la réserve, s'il faut aider
de façon supplémentaire, on pigera dans la réserve. La réserve est là pour être
utilisée. L'an prochain, jusqu'à quel point il y aura moins de soutien que
cette année? Nous le souhaitons, ça va dépendre de l'évolution de la pandémie.
Je vous rappelle que, lorsqu'on dit «l'an prochain», au sens comptable, on est
au 1er avril, parce que c'est assez clair pour tous qu'au 1er janvier
on va être encore dans l'épidémie puis qu'il n'y aura pas de vaccin au Canada,
mais que la situation au 1er avril est plus prometteuse quant à, à tout le
moins, l'évolution de la deuxième vague.
M. Chassin :
Je trouve intéressant, dans le fond, que vous fassiez ces spécifications-là sur
le Fonds des générations, parce que ça me semble aussi important, c'est-à-dire
qu'il y a quand même des revenus qu'on dédie au Fonds des générations, le
principal étant les redevances hydrauliques. Je pense... puis là c'est une
comparaison abusive, mais la Norvège a placé, dans un fonds souverain, des
revenus des ressources naturelles. Notre bénédiction géographique, c'est bien
notre potentiel hydroélectrique puis la quantité d'eau aussi qu'on a. Donc, la
possibilité de consacrer des revenus tirés des redevances hydrauliques pour un
fonds, qui, dans le fond, donne davantage de latitude aux générations futures,
me semble une perspective très adéquate. Puis là, évidemment, il y a un peu ce
flou comptable, peut-être, que certains utilisent pour dire : Bien, on
peut exclure le versement des Fonds des générations parce que, oui, ça rentre
dans les recettes, mais ça rentre dans les dépenses, plutôt qu'on l'exclue,
finalement, complètement du périmètre comptable. C'est un choix. De toute
manière, il faut donner un peu cette transparence-là.
Mais il y a donc des revenus, notamment de
redevances hydrauliques, il y a aussi une contribution d'Hydro-Québec au Fonds
des générations. Notre électricité, dans le fond, le prix de l'électricité
patrimoniale, qui est indexé, qui permet d'avoir aussi des revenus
supplémentaires, ça constitue le gros des sommes versées au Fonds des
générations, qui est un outil drôlement puissant dans le temps pour,
effectivement, libérer de la marge de manoeuvre aux générations futures.
Autrement dit, est-ce que... Parce que j'ai vu certains analystes, là,
dire : Bon, bien, évidemment, on va se
retrouver à donner un poids financier aux générations futures, compte tenu des
déficits d'aujourd'hui. Je vous dirais que ces commentateurs-là le
faisaient peut-être plus pour le cadre financier fédéral que québécois, mais
néanmoins je constate que, dans notre situation, d'une part, bon, on a
identifié un déficit structurel, mais, d'autre part, on a aussi un outil,
justement, qui est favorable aux générations futures. Est-ce qu'on peut se dire
qu'au Québec on a donc une... sans dire qu'on a une comptabilité
générationnelle, là, mais qu'on a un respect de ce que les générations futures
vont avoir à supporter par rapport à la crise qu'on vit présentement et que,
somme toute, on fait des déficits, mais que, de l'autre main, on met aussi de
l'argent de côté pour assurer une certaine latitude, une certaine marge de
manoeuvre pour les générations futures?
M. Girard (Groulx) : Merci pour
la question. Je dirais, lorsqu'on regarde les bénéfices de réduire la dette,
l'équité intergénérationnelle est définitivement en haut des bénéfices. Il y a
d'autres bénéfices, c'est s'assurer qu'on aura les moyens d'offrir les services
qu'on veut s'offrir en santé puis en éducation, les moyens de lutter contre les
changements climatiques, les moyens... on a souligné augmenter l'indépendance
financière du Québec dans la fédération, parce que le Québec reçoit de la
péréquation, et la formule peut être changée au gré du gouvernement fédéral.
C'est donc important d'avoir une vision à long terme et de réduire le poids de
la dette du Québec.
Quant au gouvernement fédéral, il est vrai qu'il
partait avec une position favorable, puis la raison que je commente, là... ce
n'est pas à moi de commenter sur le cadre financier du fédéral, je laisse ça aux
députés qui sont à Ottawa, mais il n'y a qu'un contribuable, effectivement, et
donc le cadre financier... le gouvernement fédéral avait les moyens de faire
les investissements qu'ils ont faits pour contrer la pandémie. La question,
c'est : Combien de ces dépenses seront récurrentes? Et ce que le
gouvernement fédéral ou la ministre Freeland, hier, a indiqué, c'est que peu de
ces dépenses seront récurrentes, puisqu'à la cinquième année elles montrent un
déficit de 25 milliards avant nouvelles initiatives. Bon, ils ont
plusieurs idées de ce que seront les nouvelles initiatives, là, mais
tenons-nous-en à la récurrence du déficit important de cette année, elle semble
plutôt faible, selon les documents qui ont été déposés hier, puis ça, c'est une
bonne nouvelle pour les contribuables québécois.
M. Chassin :
Merci, M. le ministre, parce qu'effectivement je pense que l'équité
intergénérationnelle comme principale raison de diminuer l'endettement, c'est
important, mais effectivement il y en a d'autres. Une autre raison, c'est même
un... dans le fond, une certaine latitude dans le cadre financier actuel,
c'est-à-dire qu'évidemment on a, par exemple, dans cette mise à jour, un
service de la dette qui devrait augmenter. La prévision, là, c'est une augmentation du service de la dette de 620 millions de
dollars en 2022‑2023 par rapport aux prévisions précédentes. Donc, c'est,
évidemment, une marge de manoeuvre assez importante, 620 millions de
dollars dont on ne disposera pas, mais, justement, qui nous montre qu'il y a un
bénéfice à réduire, notamment, le ratio de dette brute sur PIB. On passe, là,
si je ne me trompe pas, d'un ratio de 43,3 % au 31 mars prochain.
Donc, évidemment, c'est un bond. On avait finalement atteint avec anticipation
le fameux 45 % qui était la cible fixée dans la
Loi sur la réduction de la
dette, là on va retourner au-dessus. Évidemment, là, je vous pose un peu la
question tentative, là. Le ratio dette-PIB, ça dépend de, donc, deux facteurs,
du numérateur et du dénominateur. On voit, avec les déficits prévus pour les
autres années, que la dette va augmenter, le PIB va aussi augmenter. Est-ce
qu'on pourrait augmenter un peu au-delà de 50,5 % du PIB en termes de
ratio dette brute-PIB?
M. Girard (Groulx) : Bon, là,
vous m'ouvrez la porte pour faire une clarification. Puis je vais demander à
tout le monde de se diriger vers le tableau F.1 à la page F.5, parce
qu'il y a trois concepts de dette au Québec, alors, à la page F.5 du
document de la mise à jour, il y a la dette brute, la dette nette et la dette
représentant les déficits cumulés. Et vous avez fait référence au 50 % de
dette brute par rapport au PIB en 2021, mais je veux juste... la raison que je
veux signifier qu'il y a trois concepts de dette, c'est parce que le fédéral
utilise le plus petit, la dette représentant les déficits cumulés. Et donc les
chiffres qui sont dans les documents budgétaires du fédéral, ce sont les
chiffres qui correspondent à ce que nous, nous estimons être, au 31 mars
2021, un déficit représentant... une dette représentant un déficit cumulé de
24,6 %.
Bon, il faut dire que le fédéral fait beaucoup
moins de dépenses en infrastructures que le Québec, notamment parce qu'il n'est
pas propriétaire des infrastructures et que les dépenses d'infrastructures au
fédéral, lorsqu'ils ne sont pas propriétaires, passent à la dépense. Alors,
l'écart entre la dette brute et la dette des déficits cumulés est moins grand
au fédéral qu'il l'est au Québec parce qu'on fait énormément de dépenses
d'infrastructures. Et c'est d'ailleurs pour ça que, lorsqu'on veut comparer les
provinces et le fédéral — et
excusez-moi de mélanger tout le monde, parce que, là, on a parlé de dette brute
puis de dette représentant un déficit cumulé — on doit prendre la dette
nette, qui est la meilleure mesure, recommandée par l'OCDE, et qui est la
mesure utilisée par les provinces. Alors, le fédéral utilise la mesure la plus
favorable pour minimiser... Tout le monde voit à travers ces chiffres-là pour
faire les calculs, mais le fédéral divulgue le plus petit chiffre. La plupart
des provinces divulguent la dette nette, c'est ce qu'on utilise pour la
comparaison interprovinciale. Et le Québec, en toute transparence, divulgue les
trois chiffres. C'est très bon au niveau de la divulgation. Ça a le défaut de
pouvoir un peu mélanger les gens aussi, parce que, lorsqu'on a trois chiffres
pour le même concept, ça peut être mélangeant.
M. Chassin :
Mais, juste dans la dette brute...
Le Président (M. Simard) : En
conclusion.
M. Chassin :
...on voit que le 50,5 % de ratio qu'on atteint serait potentiellement
réduit à 50 % le 31 mars 2022. Donc, on n'augmenterait pas plus que
50,5 %, si je comprends bien, M. le ministre.
Le Président (M. Simard) : Très
rapidement, M. le ministre, s'il vous plaît.
M. Girard
(Groulx) : Le poids de... L'objectif, c'est de diminuer le poids de la
dette du Québec après la récession.
Président (M. Simard) : Très bien. Merci beaucoup. Je cède
maintenant la parole au député de Rosemont. Cher collègue, vous avez à
peu près neuf minutes, et on poursuivra plus tard.
M. Marissal : Merci, M. le
Président. Je note avec un certain plaisir le retour du ministre en pleine
forme, mais, je dois le dire, avec un
certain embarras, le fait qu'il y a beaucoup, beaucoup de monsieurs, ici. Et
heureusement que la députée de Saint-Laurent
est là. Je parle des élus, M. le ministre. Enfin, ce n'est pas la première
fois, ce n'est pas la première fois
que ça arrive, quand on parle d'économie, il semble qu'il y a plus de... il y a
beaucoup de cravates, il y a beaucoup de cravates. Ça semble quelque
chose qui ne semble pas vouloir changer rapidement, ici.
M. Girard (Groulx) : Votre
ratio est de 100 %, M. le député.
M. Marissal : Oui, mais... J'en
conviens, je participe à l'embarras, je participe à l'embarras.
Parlant
d'embarras, Loto-Québec, qui se trouve dans l'embarras et qui nous embarrasse
tous et toutes, je dirais, en quelque
sorte, vous en avez parlé tout à l'heure avec ma collègue de Saint-Laurent, on
en a reparlé avec les journalistes, ça devient presque quotidien. Vous
avez choisi de faire le choix que vous avez fait, là, un audit externe. Bon, je
ne suis pas d'accord avec ce choix-là, mais, bon, on va donner la chance au coureur.
Je me demande néanmoins, vous, comme ministre des Finances responsable de cette
très importante société d'État, avez-vous pleine confiance dans la direction
actuelle de Loto-Québec?
M. Girard (Groulx) : C'est une
excellente question et c'est d'ailleurs pour ça qu'au-delà de l'émission que j'ai vue et des reportages que j'ai lus je voulais
poser mes propres questions, cette fin de semaine, et surtout lorsqu'on
a... Loto-Québec, on parle de plus de 5 000 employés. Mme Roiter
est là depuis 36 ans, chez Loto-Québec. Et, s'il y a quelque chose qui est frappant chez Loto-Québec,
c'est comment les gens sont fiers de travailler là et de leur
institution. Et je vois le député de Robert-Baldwin, parce qu'il sait ça. Les
gens qui sont là... Alors, c'était très important de donner la chance à
Loto-Québec de se défendre. C'est pour ça que je leur ai demandé — exigé,
mais ils ont accepté ma suggestion — de sortir et de faire plus
qu'un communiqué, mais de se défendre.
Alors, les réponses que moi, j'ai eues,
notamment, que l'audit de 2016 de CANAFE, là, le centre d'analyse canadien dans
les opérations financières, lui, était positif et favorable — ce
matin, on parle de l'audit de 2012, qui ne l'était pas — et
que le blanchiment d'argent, la lutte aux prêts usuraires, c'est pris très au
sérieux chez Loto-Québec. Et le mandat de Mme Roiter est prévu se terminer
au mois de mai 2021, et j'avais déjà, avant ces événements, demandé à la
présidente du conseil d'administration d'amorcer le processus. Mme Roiter
terminera en mai 2021, elle sera remplacée, et la nouvelle direction aura le
bénéfice d'un rapport indépendant crédible sur les pratiques, et c'est certain
qu'il y aura des enseignements puis qu'on devra améliorer des choses.
M. Marissal : C'est une longue
réponse pour une question très courte.
M. Girard (Groulx) : Bien, oui,
là, j'ai confiance en Mme Roiter et j'ai confiance en Mme Fortin,
qui, elle, quitte en juin. J'ai moi-même
nommé trois personnes de grande qualité sur le conseil d'administration de
Loto-Québec. Ils ont eu une réunion hier. Ce sont... Les allégations
sont extrêmement sérieuses, la situation est prise avec sérieux. Le blanchiment
d'argent, c'est un phénomène présent dans l'économie, puis il faut s'y
attaquer.
M. Marissal : Le temps file.
Transfert en santé, vous en avez discuté aussi tout à l'heure avec le collègue
de Pontiac, on vous a entendu dire à
plusieurs reprises, vous étiez très ferme là-dessus : L'argent doit venir
sans condition d'Ottawa pour la santé.
C'est un mantra qui a des années d'ancienneté ici, à l'Assemblée nationale.
Mais les conditions nationales ou les standards nationaux, pour prendre
un anglicisme, à Ottawa, surtout chez les libéraux fédéraux, ça a aussi une
certaine ancienneté.
Moi, j'ai
couvert un certain Jean Chrétien, et après c'était de l'ordre du fantasme, là,
que d'obliger les provinces à suivre des standards nationaux, ce que
parfois les provinces appelaient «Ottawa knows best», qui est un principe qui a
été longuement débattu ici par toutes les formations politiques au pouvoir, d'ailleurs,
au cours des dernières années. Là-dessus,
tout le monde s'entend. Est-ce que vous en faites,
là... comme récepteur de l'argent qui viendra, ou pas, là, ça, c'est un
autre débat, là, mais est-ce que vous en faites une condition sine qua non, qu'il
n'y aura aucune attache au chèque qui partirait d'Ottawa en transfert?
M. Girard (Groulx) : Québec
n'acceptera aucune condition. Le transfert canadien en santé est un transfert
sans condition, et la santé est une responsabilité des provinces. Et vous avez
raison que l'orientation historique du parti au pouvoir à Ottawa, actuellement,
est pour une centralisation, une intervention dans les champs de juridiction
des provinces.
Dans ce cas-ci, il y a eu plusieurs résolutions
unanimes du gouvernement, de l'Assemblée nationale. Le poste budgétaire le plus
important du Québec, c'est la santé, c'est le poste qui augmente le plus
rapidement. Le gouvernement fédéral contribuait autrefois 50 % d'un panier
plus réduit. La contribution actuelle est de 22 %. Oui, il y a eu des transferts de points d'impôt, il y a
toute une mécanique autour de ça, mais nous exigeons une augmentation du
transfert canadien en santé sans condition.
Le Président (M. Simard) :
Merci. M. le député.
M. Marissal : Oui, bien, je
comprends que vous seriez même, éventuellement, prêt à tenir vos principes et à
dire «merci, mais non merci», si d'aventure on vous disait, par exemple, parce
que ça a déjà été évoqué : Les provinces devront faire un rapport annuel
sur les dépenses en santé au fédéral ou dans un cadre pancanadien. Vous
n'accepteriez pas ça.
M. Girard (Groulx) : Bien,
écoutez, la négociation n'est même pas amorcée. Ce qu'il est important de
comprendre, là, c'est que l'augmentation des transferts canadiens en santé, ce
n'est pas pour le gouvernement du Québec, ce n'est pas pour le cadre financier
du ministre des Finances, ce n'est pas pour le ministre des Finances, c'est
pour les Québécois. Il y a... C'est le poste budgétaire le plus important du
Québec, c'est celui qui augmente le plus vite. Nous faisons face au
vieillissement de la population, il y a des nouveaux médicaments, il y a des
nouvelles technologies, il y a des pénuries de main-d'oeuvre dans le secteur de
la santé. Les besoins en santé sont réels. Et la demande d'augmentation du
transfert canadien en santé, c'est pour les Québécois et, puisque c'est une
demande du Conseil de la fédération, pour tous les Canadiens.
Le Président (M. Simard) : Très
bien. Succinctement, très rapidement, cinq secondes.
M. Marissal : Non, mais on
va...
Le Président (M. Simard) : Très
bien. On va poursuivre...
Le Président
(M. Simard) : Oui, oui, oui, bien sûr, le député de Rosemont, il
lui reste à peu près 14 minutes cet après-midi.
Alors, compte tenu de l'heure, nous allons
suspendre et puis on se retrouve quelque part après les affaires courantes. À
plus tard, au salon rouge, hein, au salon rouge, au rouge.
(Suspension de la séance à 12 h 01)
Le Président (M. Polo) : À
l'ordre, s'il vous plaît! La Commission des finances publiques reprend ses travaux. Je demande à toutes les personnes dans la
salle de bien vouloir éteindre la sonnerie de leurs appareils
électroniques.
La commission est réunie afin de poursuivre le
débat sur la mise à jour économique du 12 novembre 2020. Nous
poursuivons donc les échanges. Et, lorsque les débats ou les discussions se
sont terminés, M. le député de Rosemont avait la parole. Vous avez
16 min 15 s qu'il vous reste, M. le député de Rosemont.
M. Marissal : Vous venez de me
prendre de court, M. le Président.
Le Président (M. Polo) :
Désolé.
M. Marissal : Bien, d'abord,
bonjour, M. le Président. Je vous salue.
Le Président (M. Polo) : Merci.
M. Marissal : C'est la première
fois que j'ai le plaisir de travailler avec vous dans votre rôle de
président... de vice-président de cette commission.
Le Président (M. Polo) : On
porte différents chapeaux, M. le député.
M. Marissal : Oui. Alors, attendez-moi, j'arrive. On avait donc
parlé, ce matin, de Loto-Québec. Je n'y reviendrai pas.
Ce matin, le premier ministre du Canada a dit
que nous serions parmi... le Canada serait parmi les premiers pays à recevoir
le vaccin. Ça reste à voir, mais, si c'est vrai, c'est une bonne nouvelle parce
que le plus tôt sera le mieux. Le fédéral a déjà projeté de l'argent pour ce
faire, déjà projeté une équipe, j'ose croire que c'est la même chose ici. Est-ce que le ministre des Finances pourrait nous dire combien il a prévu? Parce
qu'il l'a dit — puis
ça, là-dessus, je ne pourrais pas être plus d'accord avec lui, là — que
la priorité, c'est la santé, là, puis il n'y aura pas de limite à la dépense
là-dessus, là, surtout pas si on peut enfin recevoir le vaccin et le distribuer
le plus rapidement possible. Qu'est-ce qu'il prévoit comme dépenses dans les
premières... je n'ose pas dire vagues de vaccination, mais les premières étapes
de vaccination?
M. Girard (Groulx) : En fait,
merci, M. le député, pour votre question. Et simplement pour... Lorsqu'on
fait des projections économiques, on fait, bien sûr, des hypothèses, et
l'hypothèse, c'est que la majorité de la population aura été vaccinée d'ici la
fin 2021. C'est ça, l'hypothèse qui est dans la mise à jour économique.
Alors, si c'est plus vite, ce sera mieux, si c'était plus tard, ce serait moins
bien. Je ne vous cache pas que, présentement... Bien là, je pense que je
devrais m'arrêter ici, parce que je vais prendre le même temps que vous avez
posé pour répondre.
M. Marissal : ...vous étiez
bien parti. Vous m'aviez l'air bien parti, en tout cas.
M. Girard (Groulx) : O.K. Non,
je voulais vous dire que, présentement, la plupart des économistes sont
positifs pour le deuxième semestre... le deuxième trimestre de 2021. Je
vous dirais que la communauté des économistes a révisé à la baisse ses
prévisions pour le quatrième trimestre de 2020 et le premier trimestre de 2021,
mais tout le monde rehausse ses projections de Q2 et Q3, étant donné des bonnes
nouvelles au niveau des vaccins. Et donc, lorsqu'on fait le net des révisions à
la baisse pour les six prochains mois et des révisions à la hausse, au net,
c'est positif, mais c'est certain qu'il y a certitude de deuxième vague, on est
dans celle-ci, et il y a espérance positive de développement heureux à partir
de Q2, Q3, 2021.
M. Marissal : O.K. Ma question...
Ça donne... Votre réponse donne quand même un échéancier, puis c'est utile. Ma
question était peut-être plus sur le budget. S'il y a une opération... il va y
avoir une opération vaccination, là, puis il va falloir y mettre tout le paquet,
ça, je pense qu'on va s'entendre là-dessus, ce n'est pas tout le fédéral qui va
payer, j'imagine, alors, combien vous avez provisionné pour ça, ici?
M. Girard (Groulx) : Dans la
mise à jour, il n'y a aucun montant spécifique pour cela. Le secteur de la
santé se prépare pour la vaccination, et le ministre de la Santé pourrait
certainement vous en dire plus que moi. Ils se préparent, et on ne m'a pas
demandé de sommes additionnelles pour cet exercice. Si c'était le cas, nous
utiliserions la provision que nous avons pour éventualités.
M. Marissal :
On ne vous a pas, donc, demandé spécifiquement de sommes pour l'opération
vaccin?
M. Girard
(Groulx) : Non, puis, par
exemple, comme le vaccin de la grippe, qui est... la vaccination est en
cours, il n'y a pas de somme spécifique parce que c'était prévu à même les
budgets de base. Dans ce cas-ci, est-ce qu'on présume
qu'on a... qu'on va utiliser les ressources existantes puis qu'il n'y a pas
besoin de fonds supplémentaires? On ne m'a pas demandé de fonds
supplémentaires. Si on me demande des fonds supplémentaires, ce sera la même
réponse que depuis le début de la crise, ce sera oui.
M. Marissal : O.K. Parlant de
fonds supplémentaires, là, plus généralement, sur le plan de relance, hier,
vous aviez raison de dire... En fait, je reprends, ce matin, à propos de
l'exercice d'hier au fédéral, de la mise à jour, vous aviez raison de dire...
puis j'ai écouté votre point de presse avant de monter ici ce matin, quand vous
étiez devant les journalistes, vous disiez qu'il y avait des choses claires
dans le plan du fédéral, il y avait d'autres choses pas claires du tout ou pas
annoncées clairement, contrairement à vous, par exemple, le plan de retour à l'équilibre,
où il n'y avait pas encore de montants pour les transferts de santé. De ça, on
a parlé ce matin. Mais il y avait une chose qui était dans la mise à jour économique
du fédéral, c'est une prévision, je ne sais pas si c'est le bon mot, là, en
tout cas, une idée générale, là, d'investir massivement dans la relance
post-COVID, de 70 milliards à 100 milliards
de dollars. Vous, vous l'évaluez à combien, la relance post-COVID au
Québec?
M. Girard (Groulx) : O.K. D'abord,
c'est comme si vous me demandiez de répondre pour la ministre. Ce n'est pas trop clair si le 70 à 100 milliards qui a été identifié, là... parce
qu'on met 70 à 100 milliards puis on dit : Ça, c'est pour
la relance, puis il est trop tôt, on s'en reparle au budget.
Et d'ailleurs, au budget, on aimerait bien avoir un programme
national de garderies, d'assurance médicaments... et un régime d'assurance
médicaments national, alors... Et donc...
Et l'autre chose qui est... eux n'osent pas
dire, c'est à partir de quand on pense qu'on est en récupération, en relance.
Je vous dirais que là où le gouvernement a été plus précis, le gouvernement du
Québec, c'est qu'on s'est bien avancés sur le moment où nous croyons que nous
aurons récupéré le niveau d'emploi de février, le niveau du PIB nominal de
février et le niveau du PIB réel de février pré-crise. Le gouvernement du
Québec a mis un point dans le temps en disant : C'est là qu'on va avoir
récupéré. Et donc à partir de ce moment, on sera dans une période moins de
relance et plus de récupération du potentiel perdu, c'est-à-dire qu'on va
essayer d'aller chercher la croissance économique qui avait été prévue au budget
pour 2020 et 2021 et donc le potentiel de l'économie québécoise puis qui n'aura
pas été comblé.
M. Marissal : O.K. Donc, vous
n'arrivez pas... pour le moment, vous, vous dites qu'on n'est pas prêts à
mettre un chiffre... un montant, en fait, je devrais dire un montant, ici, là.
M. Girard (Groulx) : Mais le
chiffre qu'on a mis ici, c'est 1,8 milliard pour les 18 prochains
mois, mais on est bien conscients que les six premiers mois vont beaucoup être
utilisés pour le déploiement. Et d'ailleurs nous sommes dans la deuxième vague,
alors c'est bon d'avoir déjà déterminé ce qu'on veut faire, de le déployer,
mais il va être beaucoup plus efficace quand il y aura moins de cas, là. Ça,
c'est certain que la... On peut faire de la requalification de main-d'oeuvre,
on peut stimuler les investissements, on peut aider les secteurs stratégiques
dès maintenant, mais ce sera d'autant plus efficace que la situation sanitaire
sera meilleure. Ça fait que, nous, c'est l'horizon 18 mois, on s'est
avancés avec 1,8 milliard maintenant et, au budget, on pourrait bonifier
ces sommes-là. Puis on pourrait d'ailleurs... il y a... je dirais que la
différence, M. le député, entre la situation... d'un point de vue
budgétaire, entre la situation actuelle et la situation normale, c'est que,
lorsqu'on a besoin de donner des crédits ou faire des dépenses, on y va. Qu'il
y ait une mise à jour ou un budget, si on me demande 200 millions la
semaine prochaine pour la campagne de
vaccination, on va donner... on va prendre le 200 millions dans la
provision, on va faire la campagne de... on n'a pas besoin d'attendre le
budget pour indiquer qu'il y aura 200 millions pour la vaccination.
M. Marissal : O.K. Et, juste
pour être bien, bien sûr, je sais que ça a été abordé ce matin, je pense, avec
le député de Robert-Baldwin, les 4 milliards, là, la somme, elle est
encore là, intacte?
M. Girard (Groulx) : Elle est
intacte parce que les revenus sont meilleurs que prévu. Parce que ça, c'est une
des surprises de 2020, c'est que le revenu disponible des Québécois est en
hausse de 9 %, et... Bon, je vais m'arrêter ici dans ma réponse.
M. Marissal : O.K. Combien de
temps il me reste, M. le Président?
Le Président (M. Polo) :
6 min 14 s.
M. Marissal :
6 min 14 s, O.K. Parlons de quelque chose dont on a parlé en
Chambre, et notamment avec votre collègue
de l'Économie, mais vous en avez parlé ce matin aussi avec le collègue
de Beauharnois, les programmes d'aide, les programmes d'aide, je dirais, de survie. On n'est pas
encore, malheureusement, dans la relance, là, pour bien des
entreprises. Pour y voir un peu plus clair, là, pourriez-vous nous faire la
ventilation... pas obligé d'être à la cent près, là, mais la ventilation des
sommes qui ont été consenties, versées ou promises et non versées encore — parce
que, ça, on y reviendra — les
sommes qui sont sous forme de prêt, sous forme de report et sous forme d'aide
directe?
M. Girard
(Groulx) : O.K., très bien, alors, je vais faire des chiffres ronds.
L'intervention dans l'économie, à ce moment-là, on somme les impacts budgétaires,
les interventions directes et les mesures de liquidités, 35 milliards de
dollars, 8 % du PIB, O.K., qui correspond à 21 milliards d'interventions
directes et 14 milliards de liquidités,
O.K.? Les interventions directes, le 21 milliards, c'est là que
ça devient plus comptable, on est à 12,7 milliards d'impacts budgétaires. Et la différence entre le 21 milliards et le 12,7 milliards, ou le 13 milliards, c'est, par
exemple, lorsque... Je vais vous donner un exemple
très simple, là, lorsqu'on dit : Nous augmentons les dépenses d'infrastructures
de 3 milliards, l'impact budgétaire n'est évidemment
pas de 3 milliards, l'impact budgétaire correspond à
l'amortissement, le remboursement des emprunts, l'amortissement du capital, et
donc on peut avoir comme un impact budgétaire de 200 millions mais une intervention
directe de 3 milliards. Même chose pour les prêts, 2,5 milliards de
prêts de plus de 50 000 $ accordés, ce qui passe dans les crédits budgétaires,
M. le Président, c'est la provision de crédit. Vous faites un prêt, vous
faites une provision qui dit : Bien, je pourrais avoir des pertes sur
prêt, par exemple, de 25 %, 25 % du 2,5 milliards passent à la
dépense, et l'impact est de 2,5 milliards.
Alors, je résume : 35 milliards en
tout, 8 % du PIB, composé de 21 milliards d'interventions directes,
14 milliards de liquidités. Les interventions directes se séparent en 13 milliards
de crédits budgétaires et 8 milliards d'impacts de...
M. Côté (Pierre) :
D'interventions directes.
M. Girard (Groulx) : ...d'interventions
directes. Merci, M. le sous-ministre.
M. Marissal : O.K. Juste pour qu'on se comprenne bien, je sais que
vous n'aimez pas le mot «subventions», là, mais...
M. Girard (Groulx) : Non, je
n'ai rien contre le mot «subventions», moi.
M. Marissal : Ah! c'est
nouveau, ça.
M. Girard (Groulx) : Je suis
agnostique. Allez-y.
Une voix : L'apôtre de la subvention.
Des voix : Ha, ha, ha!
M. Girard (Groulx) : Je ne suis
pas un apôtre des subventions. Allez-y, allez-y.
M. Marissal : C'est très bien,
restons dans la laïcité, alors, là. Mais, si on veut le traduire, là, en termes
de subventions, là, il y a un chèque qui est parti d'ici, là, pour faire une
image, là, pour que les gens nous comprennent, là, il y a un chèque qui est
parti d'ici, là, qui est allé, là, directement... comme on l'a fait, par
exemple, avec la PCU au fédéral, tu sais, là, c'est l'image la plus claire, là,
ça part du gouvernement, ça s'en va direct chez quelqu'un. À combien vous
l'évaluez, là, les mesures directes d'argent, là, aux petites entreprises?
M. Girard (Groulx) : Combien du
12,7 milliards sont des subventions?
M. Girard (Groulx) : En fait,
c'est... Là, je vais être obligé de répondre un peu plus longuement que votre
question, mais, par exemple, au niveau du programme pour les loyers, là, qui a
duré... le programme de loyers du fédéral qui s'est terminé au mois d'août, le Québec
avait alloué... puisqu'on visait à payer 75 % des loyers des locataires,
le Québec payait 25 % du 100 %, ça, c'est de l'ordre de
230 millions, O.K.? Alors, est-ce que ça, c'est une subvention? Oui.
Est-ce que c'est une subvention au sens que parfois on échange au salon bleu?
Pas exactement. Lorsqu'on fait un prêt pardon... Il y a eu des prêts pardons au
niveau du tourisme, au niveau de la culture, au niveau des entreprises fermées.
En zone rouge, on parle de prêts pardons de 80 %. On pourrait, si on
simplifie au sens de l'intuition économique, dire que le 80 % du prêt
correspond à une subvention, O.K., mais c'est néanmoins un prêt. Lorsque le
prêt est octroyé, c'est-à-dire qu'on demande de remplir le formulaire, de
déposer des états financiers, et c'est... on octroie le prêt, et puis c'est à
l'échéance du prêt ou un an plus tard que la subvention vient.
M. Marissal : D'accord. Vous le
calculez ainsi, très bien, je comprends.
Le Président (M. Polo) : 20
secondes.
M. Marissal : 20 secondes,
je ne me risquerai pas à me lancer sur une autre question en profondeur. Merci,
M. le Président.
Président (M. Polo) : Merci. Nous procédons maintenant avec les
élus du côté de la banquette gouvernementale. Député de...
M. Émond :
De Richelieu.
Le Président (M. Polo) :
...Richelieu, voilà.
M. Émond :
Merci, M. le Président. Bienvenue, M. le Président. C'est un plaisir de siéger
sous votre gouverne. On a l'habitude, à la Commission des finances
publiques, d'être dirigé de main de maître avec un président qui fait preuve de
beaucoup de professionnalisme et d'humour, et je sais que vous serez dans la
continuité, je n'en doute pas.
J'ai envie de dire, pour faire plaisir à ma
collègue de Charlevoix—Côte-de-Beaupré,
que c'est avec une joie à peine dissimulée que je prends la parole dans le
cadre de ce débat sur la mise à jour économique. M. le ministre, bonjour.
Salutations à toute votre équipe également. Bonjour aux collègues du
gouvernement et de l'opposition.
On l'a répété, M. le Président, à de nombreuses
reprises depuis le début de la pandémie, on sait que ce qui s'est passé — ce qui se passe toujours — nous a forcés à changer notre manière de
penser le monde qui nous entoure, M. le Président, à plusieurs égards.
On sait assurément que le monde d'avant la crise sanitaire... celui d'après ne
sera pas le même, entre autres à cause de l'impact de la pandémie sur
l'économie.
Ça m'amène à
vous parler... Vous ne serez pas surpris, M. le ministre, que je désire
m'entretenir avec vous de formation professionnelle. En tant qu'adjoint
parlementaire au ministre de l'Éducation, j'ai observé avec beaucoup d'intérêt... puis je suis convaincu que c'est arrivé
à tous et chacun également, d'observer la réflexion qui s'est amorcée dans la population relativement à leur emploi
pendant la pandémie. On se rappelle que beaucoup de gens ont exprimé un
désir de réorienter leur carrière, que ce soit pour des raisons économiques ou
des raisons d'épanouissement professionnel.
En tout cas, M. le Président, moi, dans mon cas, dans mon entourage immédiat,
j'ai observé ce phénomène à plusieurs reprises. Perdre un emploi à cause
de la pandémie, parfois ça peut être l'espèce de goutte qui fait déborder le
vase quand on pensait déjà à explorer autre chose. Ce n'est pas quelque chose
qui est surprenant, qu'on se remette en question dans une période où on peut se
sentir vulnérable ou impuissant. Alors, toutes ces personnes, plutôt que de
rester au tapis à cause de la pandémie, ils ont exprimé la volonté de se
retrousser les manches pour essayer quelque chose de nouveau. Ils ont choisi de
voir dans la crise sanitaire une forme d'opportunité.
Du côté du gouvernement aussi, M. le gouvernement,
je pense que c'est comme ça qu'une certaine réflexion a pris place. Un
obstacle, c'est aussi une opportunité, un moment pour se repenser. Puis je
crois qu'il est important qu'on écoute la population et qu'on leur ouvre des
portes pour faciliter leur réorientation.
Bon, l'outil tout désigné pour ça, pour une
certaine portion de la population, bien entendu, on n'a pas eu besoin de
l'inventer, on l'avait déjà, M. le Président, il s'agit de nos centres de
formation professionnelle. Ils offrent déjà une variété de formations qui
permet à leurs étudiants, jeunes ou moins jeunes, d'acquérir des aptitudes, des
compétences, comme on dit dans le monde de la FP, qui leur permettront de
s'intégrer ou de se réorienter au marché dans un nouveau domaine rapidement.
Puis je vous parle de formation professionnelle,
M. le Président, mais vous ne m'en voudrez pas d'ouvrir une miniparenthèse pour
vous parler de mon anecdote du plombier, là. J'étais, voilà quelques semaines,
chez mon garagiste pour un changement de pneus, pour ne pas le dire, puis, dans
la salle d'attente, j'avais à côté de moi un jeune homme avec qui j'ai commencé
à discuter, tu sais, puis je lui demandais comment ça va, puis il me disait
qu'il était aux études, puis il finit par me dire... pratiquement gêné, M. le
Président, de me dire qu'il étudiait en formation professionnelle pour devenir
plombier. Puis moi, bien, écoute, tout enthousiaste, en plein dans mon champ de
compétence comme adjoint parlementaire, je le félicitais pour plusieurs raisons
en lui disant que : Écoute, c'est un très bon choix, jamais tu ne vas
manquer d'ouvrage — je
ne sais pas si vous avez déjà essayé d'appeler un plombier récemment, M. le
Président, mais ce n'est pas si facile que ça à trouver — et
que, deuxièmement, il était pour gagner sa vie très honorablement, puisque
c'est quand même un métier technique où les honoraires sont intéressants.
Bon, je ferme la parenthèse, parce que j'observe
des regards de collègues dubitatifs... comment on dit?
Une voix : Dubitatifs.
M. Émond : Oui, voilà. Alors,
je referme la parenthèse pour vous revenir à la formation professionnelle et
vous dire que, l'outil de la formation professionnelle, on avait le devoir de
capitaliser sur cet outil, de trouver un moyen de le mettre en valeur. Donc,
également, il fallait prendre en compte les messages forts que la pandémie nous
a envoyés relativement à certains secteurs dans lesquels les besoins de la main-d'oeuvre
étaient les plus criants.
Avant le début de la pandémie, je ne vous apprends
rien, M. le Président, la rareté de main-d'oeuvre touchait pratiquement tous
les secteurs d'activité au Québec. Le taux de chômage était, quoi, à 4,5 %
en février 2020, un creux historique, il faut le rappeler. Certains
secteurs qui faisaient déjà face à une pénurie de main-d'oeuvre ont été
particulièrement frappés par les effets de la pandémie de la COVID-19, alors
ils ont fait face à une hausse marquée des services devant être offerts pour
répondre aux besoins de la population.
Puis je ne peux pas m'empêcher d'ouvrir une
autre parenthèse, M. le Président, en vous disant que, sous ma propre maison, ma conjointe travaille pour une
firme de... une quincaillerie connue à travers le Québec,
puis, vraiment, son travail a explosé, là. On n'a qu'à se rappeler le
printemps et l'été derniers, où l'ensemble des Québécois ont décidé
d'assurément prendre l'argent qu'ils avaient peut-être prévu pour s'offrir des
voyages à l'extérieur et plutôt r