Culture and Education — 7 December 2021 (42nd Legislature, 2nd Session)
CCE 2021-12-07
Quebec — Committees
Et là le ministre a dit quelque chose qui était
assez intéressant et impressionnant. Le ministre a dit qu'à cause de la
problématique dite d'interprétation, et là-dessus je vais vouloir avoir un
échange, un juge pourrait se retrouver dans une espèce de cul-de-sac et il
pourrait se voir forcé, je cite le ministre, là, à réécrire des dispositions.
Alors, ça, ça m'a beaucoup, beaucoup, beaucoup étonné. Est-ce qu'il peut
m'expliquer sur quelle base le ministre s'appuie, n'importe quelle base, là,
pour dire qu'un juge pourrait être amené à réécrire une disposition dans la
loi?
Jolin-Barrette : Bien, en fait,
Mme la Présidente, si on revient à la base, là, sur les règles
d'interprétation, là, les deux textes, qu'ils soient dans la version française
ou dans la version anglaise, au Québec, ont la même valeur, donc la même
valeur, égale, dans l'interprétation. Parce qu'à Québec et au Parlement
fédéral, les lois sont adoptées dans les deux langues en vertu de
l'article 133.
À partir de ce moment-là, il arrive, devant les
tribunaux, des fois, qu'il y a des difficultés d'interprétation quand les deux
textes ne veulent pas... ne disent pas la même chose, donc la version anglaise
et la version française ne disent pas la
même chose. Les règles d'interprétation régulières développées par les sciences
juridiques font en sorte de permettre au juge d'arriver à une situation
qui va faire en sorte de pouvoir dégager quelle est la véritable intention du
législateur, pour que l'interprétation soit cohérente et d'être en mesure
d'interpréter convenablement le texte.
il peut arriver, dans certaines circonstances, qu'à la fois les versions
anglaises et françaises ne peuvent être interprétées convenablement et
deviennent irréconciliables. Donc, au bout de ce processus-là, et là j'en suis
à la réponse du député de... à la question
du député de La Pinière, lorsqu'on arrive dans cette situation-là,
lorsqu'on se retrouve dans cette impasse-là, bien, le juge, ultimement,
non pas physiquement, mais par sa démarche intellectuelle, lorsqu'il vient pour rendre jugement, devra, en quelque
sorte, réécrire la loi, parce qu'il vient guider... si les règles
d'interprétation ne lui permettent pas d'arriver à une résolution, il vient
statuer : Voici l'interprétation du législateur, faisant fi des textes qui
sont devant lui, considérant le fait qu'il est passé à travers la kyrielle de
règles d'interprétation juridique.
Donc, comme je le
disais la dernière fois, ça arrive dans de très rares cas, mais, ultimement, on
se retrouve dans une situation où, pour guider le décideur, le magistrat, à la
fin du processus, à la fin de l'ensemble des règles d'interprétation, s'il se
retrouve face à une impasse, il pourra regarder le texte français pour baser sa
décision finale.
M. Barrette :
Alors, Mme la Présidente, est-ce que le ministre confond certaines choses? Il a
mis dans la même réponse un concept d'interprétation et un concept d'écriture
de la loi. Il a même dit, je viens de le... j'en ai pris une note, là : Il devra réécrire la loi,
réécrire la loi. Par contre, il a dit, Mme la Présidente, à plusieurs reprises
qu'il devait interpréter la loi. Ça, on comprend ça. Mais réécrire la
loi, là, je pense que ça ne se peut pas. Mais, comme vous savez, Mme la
Présidente, je fais souvent la pratique illégale du droit, je n'ai pas les
connaissances de mon collègue. Bien là, j'aimerais ça que le collègue, le
ministre, précise sa pensée et choisisse les bons mots, s'il y a des bons mots à choisir. Sinon, s'il n'y a pas de bons mots,
bien qu'on me donne un cas, un précédent ou des précédents, idéalement,
où un juge a réécrit une loi.
Jolin-Barrette : Bien, pratico-pratique, oui, cette situation-là se
produit, pas dans le sens où le député de La Pinière, littéral, l'entend.
Le juge ne vient pas venir ouvrir la loi et venir dire : Voici ce qui
devrait être lu ici, dans cette phrase. Mais le juge, il est assis dans son
bureau, rend son jugement, étudie les règles, étudie les propositions qui lui
sont faites, regarde de quelle façon est-ce que les versions anglaise et
française sont écrites, tente de trouver une voie de passage entre les deux
versions, parce qu'on est dans une situation où les deux versions, là, sont
contradictoires et ne peuvent pas être interprétées convenablement.
Alors, le juge, lui,
les règles d'interprétation font en sorte qu'il recherche quelle est la
véritable intention du législateur, hein? Il a plusieurs outils à sa portée
pour tenter de réconcilier les deux textes. Mais, à partir d'un certain moment,
actuellement, il pourrait se retrouver dans une situation où, lorsque je dis
qu'il vient réécrire la loi, c'est qu'il vient dire : Bien, écoutez, les
versions anglaise et française, à partir du moment où j'ai passé à travers
toutes les règles d'interprétation, font en sorte que je suis dans un
cul-de-sac, là, et moi, moi, juge, je suis le décideur. Alors, il va venir
donner une interprétation, au-delà des règles d'interprétation régulières, qui
font en sorte qu'il vient, en quelque sorte, dans le cadre de son jugement,
réécrire ce que veut dire la disposition. Non pas littéralement, mais pour les
fins de la décision, il va venir dire... il va venir donner l'interprétation à
la portée de la disposition, comme s'il venait le réécrire.
Plutôt et au lieu de
se rendre là, nous, ce qu'on dit, c'est que, quand vous êtes rendus là, au lieu
de le faire puis venir réécrire, en quelque sorte, la disposition, vous devez
vous baser sur la version française, mais ultimement, au bout du processus
d'interprétation.
La Présidente (Mme
Thériault) : Le député de La Pinière.
M. Barrette :
Pour le bénéfice de ceux qui nous écoutent, là, le ministre va-t-il être
d'accord que le juge ne va jamais réécrire une loi? Il va interpréter une loi.
Un jour, peut-être que le législateur, dont c'est le rôle, va réécrire la loi,
modifier un texte, mais jamais le juge ne va faire ça.
Jolin-Barrette : La réponse à cette question-là, pour faire clair, la
réponse c'est non.
Jolin-Barrette : Non, non, non, c'est non. Il va la réécrire en
interprétant au-delà de l'interprétation qui est prévue par le législateur.
Parce que, lorsque les règles d'interprétation... Je comprends que ça peut être
difficile pour le député de La Pinière de me suivre, parce qu'il répète
abondamment qu'il n'est pas membre du Barreau et qu'il fait la pratique
illégale du droit. D'ailleurs, si c'est le cas, le syndic doit s'en charger.
M. Barrette :
Mais qu'il y aille.
Jolin-Barrette : Cela étant, cela étant, à partir du moment où vous
vous retrouvez dans une situation où les règles normales d'interprétation ne
peuvent pas arriver à une solution, à ce moment-là, il arrive, en certaines
circonstances, que l'effet de l'interprétation du juge fait en sorte, en
quelque sorte, de réécrire les dispositions, mais tout ça se fait non pas dans
le cursus dans lequel nous le faisons actuellement ici, dans le cadre de
l'étude détaillée du projet de loi et dans le rôle de législateur, mais dans
son rôle de magistrat qui vise à chercher une solution intelligible à la
problématique qui lui est soulevée et relativement à l'interprétation qu'il
doit donner à la disposition législative. Donc, en termes juridiques ou en
termes pratico-pratiques, c'est l'équivalent de réécrire la disposition.
Et l'autre point, c'est
qu'il y a un espace qui est vacant, actuellement, entre l'article 133 et
les règles d'interprétation que nous pouvons faire, comme l'avait proposé
Robert Bourassa en 1974, qui disait qu'ultimement, en cas de conflit
d'interprétation, c'est la version française qui prime.
M. Barrette : Bon, Mme la Présidente,
si je comprends bien, là, ce que le ministre vient de nous dire, c'est qu'un
juge va, pour un cas précis, créer une jurisprudence. Il ne va pas réécrire la
loi. Ça va, ça?
M. Jolin-Barrette : Non. Non, non,
non. Non. La jurisprudence, c'est le fait de décider dans un certain sens puis
d'avoir des précédents, puis là on vient établir : Voici le cas qui est
devant nous puis voici, en fonction des précédents qui ont été établis... voici
la jurisprudence. Là, on est dans un cas plus précis, des cas qui se présentent
peu fréquemment, O.K., où vous avez deux versions à une loi, O.K., version
française, version anglaise, O.K.? Généralement,
les deux versions veulent dire la même chose. Le député de La Pinière est d'accord avec moi là-dessus?
M. Jolin-Barrette : Oui? Non?
M. Jolin-Barrette : Oui?
M. Barrette : Normalement, oui.
M. Jolin-Barrette : Bon,
normalement, oui, puis ça devrait être comme ça. Deuxième étape, ça arrive, lorsqu'on est rendus devant le juge, relativement
à une disposition, que ça soit pour un constat d'infraction, supposons,
au Code de la sécurité routière, c'est déjà arrivé, où le texte français et le
texte anglais ne disent pas la même chose, ils sont en opposition, en
frontal. Là, le juge, dans son panier d'outils, dans son... pour une utiliser
une expression péquiste, dans son coffre à outils, O.K...
M. Barrette : ...commentaire.
M. Jolin-Barrette : ... — bien,
je ne vous vise pas, non plus, j'imageais mon propos, j'imageais mon propos
d'un ancien chef du Parti québécois au moment... le dernier changement de logo,
Mme la Présidente, alors, à cette époque-là — le
coffre à outils disponible, donc, le juge a les différentes règles
d'interprétation, par rapport aux dispositions, pour réussir à
réconcilier le texte.
Parfois, la situation est tellement... les
textes sont tellement opposés, versions anglaise et française, qu'à ce
moment-là le juge se retrouve avec les règles normales d'interprétation, il ne
réussit pas à amener une interprétation convenable
et intelligible. On est rendus en bout de course, là. Et là, actuellement, ce
qui se produit, c'est que le juge, bien, il regarde la version anglaise,
il regarde la version française, les règles d'interprétation ne nous permettent
pas d'arriver à un résultat concret, donc il
va venir déterminer ce que signifie la disposition, version anglaise et version
française ensemble, et il va arriver à un résultat logique où le juge, plutôt
que se baser sur le texte législatif clair, lui-même, arrive à une sorte de
solution, un peu comme quand il se ramasse en équité, supposons, et là vient
rendre jugement.
Et là c'est là qu'on intervient, parce que, là,
il y a un espace, un niveau de marge de manoeuvre, en fonction de
l'article 133, où là on dit : Avant d'arriver là, là, avant que vous
rendiez votre décision qui ne permet pas d'être réconciliée par les textes
anglais et français, là, à ce moment-là, vous allez regarder le texte français
pour connaître la véritable intention du législateur, en bout de course
seulement.
M. Barrette : Parfait, Mme la
Présidente. Donc, résumons, résumons. Le juge est face à un dilemme qui a sa
source dans la langue. Le juge doit porter un jugement en fonction des textes
de loi qui sont en vigueur, version anglaise,
version française. Il doit, devant un cas précis, tirer une conclusion qui est
le fruit d'une réflexion interprétative. À la fin de son jugement, là,
le texte de loi n'a pas changé, là, on s'entend-tu là-dessus? Le juge va
interpréter, mais ne réécrira pas le texte de loi. Et évidemment son interprétation
va avoir une utilité dans le futur, lorsqu'il y aura une cause similaire qu'il
entendra, et qu'un juge ultérieur aura à se référer à la même problématique parce
que le texte de loi n'aura pas changé. Si le ministre me dit que ça change le
texte de loi... Parce qu'il ne changera pas le texte de loi après son interprétation,
là. C'est ça que je veux savoir. Alors, quand le ministre me dit : Il est
pris dans une situation où il va réécrire le texte, bien, c'est non, la réponse
à ça.
M. Jolin-Barrette : C'est oui.
M. Barrette : Bien non, il ne va pas
réécrire le texte de loi.
M. Jolin-Barrette : Bien, c'est parce
que...
M. Barrette : Le texte qui est dans
le corpus législatif va-t-il être réécrit?
M. Jolin-Barrette : Mme la
Présidente, on va s'entendre sur deux
choses, O.K.? Bon, le député
de La Pinière a raison puis, moi aussi, j'ai raison.
Jolin-Barrette : Bien oui.
Jolin-Barrette : Mme la Présidente, juste pour bien l'illustrer, là,
pour que le député de La Pinière me suive
bien, lorsqu'on est dans la situation, là, où on arrive en bout de course, là, puis les
versions anglaise puis française ne sont pas... les règles
d'interprétation font en sorte qu'elles ne peuvent pas être interprétées
convenablement pour avoir un résultat intelligible, un résultat logique, O.K.,
le juge, il ne débarque pas au Parlement du Québec, à l'Assemblée nationale,
puis il ne dit pas à la direction de l'édition des lois : On ouvre la
shop, puis on réimprime la loi, puis on réouvre, puis on ouvre la commission
parlementaire, puis on demande à Mme la Présidente de siéger, tout ça. Non, ce
n'est pas dans ce sens-là. Donc, il ne vient pas modifier la loi annuelle comme
Par contre, lorsqu'il
rend sa décision, O.K., et ça, ça arrive dans notre droit que les
deux versions ne peuvent pas être interprétées convenablement, puis il est
allé au bout du compte, bien, ça lui arrive de dire : Bien, voici de
quelle façon... quelle est l'intention du législateur et de quelle façon on
doit interpréter la disposition, ce qui a pour effet, en quelque sorte, de réécrire la disposition législative. On
vient jouer le rôle du législateur, à ce moment-là, et c'est dans ce
sens-là. Lorsque je dis que le juge réécrit la disposition, c'est qu'il va
venir dire : Bien, voici le sens de l'interprétation et voici comment elle
va être faite. Et c'est déjà arrivé que le juge vienne compléter des mots à
l'intérieur d'un texte législatif. Donc, ça doit être lu de cette façon-là.
là, après ça, là on se retrouve dans une situation où ça pourrait être cité à
titre de jurisprudence pour dire : Bien, voyez-vous, cette disposition-là avait été contestée par le passé, il y
avait une difficulté d'interprétation entre les versions anglaise et française, et, désormais, puisque ça a
été porté devant l'attention de la cour, le législateur... la disposition
n'est pas claire, du législateur, mais moi,
en tant que juge, je dois rendre une décision, donc, j'ai fait toutes les
règles d'interprétation, ça m'amène à un cul-de-sac, à partir de ce
moment-là, voici l'interprétation que j'ai donnée en réécrivant la disposition
pour qu'elle soit logique et cohérente à l'intérieur du texte législatif qui a
été adopté par le législateur.
Donc, d'où mon
propos, lorsque le juge vient réécrire la loi, mais je suis d'accord avec le
député de La Pinière qu'il ne débarque pas à l'Assemblée nationale pour le
faire, mais il le fait dans le cadre de sa cour de justice et des pouvoirs qui
lui sont investis, de trouver une décision logique et cohérente pour trancher
un litige entre deux parties qui sont portées devant lui.
Jolin-Barrette : À partir de ce moment-là, ce qu'on fait, et là le
député de La Pinière va être d'accord avec moi, c'est qu'avant d'arriver
là on va venir dire : Attention, avant d'être rendus là, regardez le texte
français, et voici la véritable intention du législateur, le tout conformément
à 133 de la Loi constitutionnelle de 1867.
D'ailleurs, Mme la
Présidente, pour le bénéfice du député de La Pinière, le Pr Jean Leclair,
de l'Université de Montréal, la Faculté de droit de l'Université de Montréal,
vous vous souvenez de son témoignage, Mme la Présidente, on ne peut pas dire qu'il
était particulièrement favorable au projet de loi. Et il a énoncé quelques
critiques bien senties relativement au projet de loi, Mme la Présidente, mais,
mais... et, ça, je pense que, comme on dit, comme on dit, Mme la Présidente, ça
donne de la crédibilité au témoin, hein? On ne peut pas le taxer d'être
progouvernement ou pro-projet de loi n° 96 par le
témoignage et l'avis qu'il a rendus, alors, d'autant plus que la force probante
de son témoignage est renforcée avec les propos qu'il a tenus à la page 13
de son mémoire, le deuxième paragraphe : «Cela dit, l'article 5 du
projet de loi propose d'introduire dans la Charte de la langue française un
nouvel
article 5.1 qui prévoirait ceci : "En cas de divergence
entre les versions française et anglaise d'une loi, d'un règlement ou d'un
autre acte visé aux paragraphes 1° ou 2° de l'article 7 que les règles
ordinaires d'interprétation ne permettent pas de résoudre convenablement, le
texte français prévaut." Au premier regard, cette disposition semble
entrer en conflit direct avec l'affirmation de la Cour suprême selon laquelle
l'article 133 de la Loi constitutionnelle de 1867 "exige que les lois
de la législature du Québec soient adoptées dans les deux langues officielles,
qu'elles fassent pareillement autorité et qu'elles aient le même statut."
Je ne pense pas que ce soit le cas.»
Alors, le
Pr Leclair valide l'article 7.1 tel qu'il est écrit dans le cadre de
notre projet de loi. Alors, ça, c'est un argument d'autorité qui ne vient pas
du ministre. C'est encore plus fort, un professeur d'université de la Faculté
de droit de l'Université de Montréal, en toute indépendance institutionnelle,
n'est-ce pas, Mme la députée de Marguerite-Bourgeoys?
La Présidente (Mme
Thériault) : M. le député de La Pinière.
M. Barrette :
Bon, c'est beau, là, tout ça, là, mais à la...
Jolin-Barrette : Non, non, mais «c'est beau, tout ça», c'est concret,
M. Barrette :
Là, c'est moi qui a la parole. M. le ministre, c'est moi qui a la parole.
Alors, à la fin de la journée, là, il n'y a pas de texte qui est réécrit, là,
point final. Il y a un exercice d'interprétation qui est fait par un juge qui
vient, et le ministre le dit, faire l'équivalent d'une jurisprudence.
Jolin-Barrette : Non, non, oh non, on ne se comprend pas, là.
M. Barrette : Non, non, Mme la
Présidente, je vais retirer mon mot, là.
M. Jolin-Barrette : Non, le ministre
me prête des intentions.
M. Jolin-Barrette : Bien oui! Ce
n'est pas ça que j'ai dit.
La Présidente (Mme Thériault) :
...simplement vous rappeler de ne pas vous interpeler. Ça allait très bien.
Donc, juste de ne pas vous interpeler... Chacun votre tour, vous avez vos
droits de parole, vous avez vos temps de parole, ne soyez pas inquiets.
M. le député de La Pinière, vous aviez la parole.
M. Barrette : Je vois l'impulsivité
du ministre. Alors, le ministre, pour résumer la situation, a une cause, doit
interpréter la loi, devant un dilemme anglais-français, doit faire un
cheminement qui l'amène à une conclusion, mais, le ministre l'a dit, maintenant
que c'est clarifié, aucun texte de loi ne sera réécrit. Alors, si ça, là, ce
n'est pas clair, bien là on... Puis je vais lui demander pour une dernière
fois. Est-ce que j'ai raison de dire qu'après l'exercice je comprends que
l'interprétation peut être utilisée par un juge, ultérieurement, mais, dans les
faits, le texte n'est pas réécrit et ne mène pas à une réédition du corpus
législatif en regard de la loi en question? C'est-tu correct, ça?
La Présidente (Mme Thériault) :
M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : La réponse,
c'est non.
M. Jolin-Barrette : Et je l'ai très
bien illustré. Si le député de La Pinière fait référence à un membre de la
magistrature qui revient au Parlement réécrire la disposition législative et
qui repasse les cinq, six étapes qu'on a, la réponse à cette question-là, c'est
non. Mais l'effet de l'interprétation, quand le juge rend jugement sur une disposition qui est conflictuelle entre la version
anglaise et française, ultimement, dans certaines situations, la Cour suprême est venue dire que c'était
l'effet... dans le fond, c'est l'équivalent de la réécriture de la loi pour
arriver à une disposition tangible. C'est l'effet. En termes clairs, c'est ce
que ça fait, c'est l'équivalent de réécrire la disposition.
M. Barrette : C'est le fun quand on
est clairs, Mme la Présidente. Je remercie le ministre d'avoir été clair.
Il n'y a donc pas de réécriture. Tout le
débat que je viens de faire a sa source dans l'affirmation du ministre selon
laquelle le juge réécrivait. Il ne réécrit pas. Il y a un effet, je le
comprends très bien, mais la loi n'est pas réécrite, point.
M. Jolin-Barrette : Non.
M. Barrette : Passons à un autre
sujet.
M. Jolin-Barrette : Non, non, non,
c'était important.
M. Barrette : Bon, je n'aurais pas
posé de question, mais il peut y aller.
M. Jolin-Barrette : Je le sais, Mme la
Présidente, mais moi, je veux être certain, là, qu'à la fin de la présente
séance, Mme la Présidente, le député de La Pinière soit convaincu,
hein, de mon propos et comprenne bien ce que je lui partage, Mme la
Présidente. Donc, c'est l'équivalent de la réécriture de la disposition
législative. Je veux juste qu'il me comprenne bien.
M. Barrette : Mme la
Présidente, dans son esprit, c'est une équivalence que je comprends, qui, dans
mon esprit, est l'équivalent d'une jurisprudence qui ne correspond pas à un
équivalent dans son esprit, mais le texte n'est pas réécrit de façon formelle.
Si vous me le permettez, Mme la Présidente, je vais aller au sujet suivant.
M. Jolin-Barrette : Bien non!
M. Barrette : Ah bon! Bien, Mme la Présidente...
M. Jolin-Barrette : Bien, Mme la
Présidente, je m'excuse, mais c'est parce qu'il faut être clair, là. Les faits
jurisprudentiels, là, c'est l'équivalent d'une décision antérieure de la
jurisprudence, mais, à partir du moment... Vous ne pouvez pas dire,
supposons : Ah! la jurisprudence dit ça. C'est une décision antérieure,
mais ça pourrait être une décision d'un cas unique aussi sur un dossier qui
pourrait avoir une interprétation distincte aussi par rapport à un autre juge,
puis ça pourrait être une décision contradictoire aussi.
M. Barrette :
Je comprends très bien, Mme la Présidente.
M. Jolin-Barrette : Bon, on est
d'accord là-dessus.
M. Barrette : Mais, dans les faits,
dans les faits, le texte n'est pas réécrit, dans les faits.
Jolin-Barrette : Non, mais
vous vous retrouvez dans une situation où vous avez un concept, en common
law, de «judge-made law». Donc, le juge...
M. Barrette : ...d'un concept laïque
du droit.
M. Jolin-Barrette : Un concept
laïque?
M. Barrette : Je suis un laïc du
droit.
Jolin-Barrette : Oui, oui,
mais, ça, j'ai compris, mais mon idée, Mme la Présidente, n'est pas de
convertir ni de partir en croisade pour
aller sauver l'âme à la dérive du député de La Pinière, Mme la Présidente.
Je souhaite juste le rassurer par
rapport à la disposition que nous mettons, qui vise à faire en sorte d'affirmer
les compétences du législateur, et surtout de répondre à ce que Robert
Bourassa avait fait en 1974, Mme la Présidente. La disposition qui est là, elle
est tirée du Bill 22 du Parti libéral. Donc, je m'inspire de sources qui
peuvent s'avérer intéressantes parfois.
M. Barrette : Oui, bien, j'y
reviendrai à ça dans quelques instants, Mme la Présidente. Alors, bien des gens
ont critiqué le texte proposé par le ministre quand il introduit le mot
«convenablement».
M. Barrette : Non, d'autres aussi.
La Présidente (Mme Thériault) : Ne
vous interpelez pas, s'il vous plaît. M. le député de La Pinière, vous
avez la parole.
M. Barrette : Alors, pourquoi
avoir... C'est quoi, la valeur ajoutée? Il y avait des mots avant dans la loi,
puis là on les remplace par
«convenablement». Quelle est la valeur ajoutée de «convenablement»? Un
observateur extérieur se dirait
raisonnablement : Bien, si le ministre a voulu faire ça, c'est qu'il avait
une idée dans l'esprit, il avait une finalité linguistique. Qu'est-ce que
ça vient ajouter et/ou corriger? Ça sort d'où? C'était quoi, le problème à
résoudre? C'est quoi, l'inspiration de son équipe ou même la sienne?
La Présidente (Mme Thériault) : M.
le ministre.
M. Jolin-Barrette : Bien, en fait,
voyez-vous, dans la loi 22, la disposition à l'article 2, O.K. :
«En cas de divergence que les règles ordinaires d'interprétation ne permettent
pas de résoudre convenablement, le texte français des lois du Québec prévaut
sur le texte anglais.»
M. Barrette : «So what?» Ça, c'est
de l'humour.
M. Jolin-Barrette : «So what» quoi?
M. Barrette : Bien, c'est parce
qu'en français-anglais, «so what»... pas grave, trop compliqué.
M. Jolin-Barrette : Donc, la genèse,
la source de l'inspiration est l'article 2 du projet de loi... de la
loi 22 du gouvernement libéral de 1974, parce que le premier ministre de
l'époque avait jugé important de dire : Bien, écoutez, si vous êtes en
situation de conflit entre les deux lois, que les règles d'interprétation ne
permettent pas convenablement d'arriver à une solution, le texte français
prévaudra. Et c'est ce qu'on fait, mais ce qu'il faut dire, c'est que, depuis
ce temps-là, il y a eu le Parti québécois qui a adopté la loi 101 et qui a
fait disparaître...
Bien, dans le fond, dans la charte, actuellement,
la langue de la législation et de la justice a été... Il y a certaines
dispositions qui ont été supprimées suite à Blaikie, 1979, 1981, les deux
décisions de Blaikie qui ont été à la Cour suprême. Et il reste un espace pour faire en
sorte que, lorsqu'il y a un conflit entre les deux lois, après les
règles d'interprétation, on peut insérer un espace qui va venir dire :
Bien, la langue de la législation puis la langue de la justice, c'est le
français, et voici comment ça s'exprime lorsqu'on se retrouve dans une
situation où ce n'est pas possible de résoudre convenablement la disposition.
M. Barrette : Je n'ai pas eu de
réponse à ma question, Mme la Présidente.
M. Jolin-Barrette : ...je viens de
vous répondre.
M. Barrette :
Ma question est sur la... pas sur le principe du projet de loi, là, pas ça, là,
l'utilisation, la signification juridique du mot «convenablement». C'est un mot
qui apparaît, qui a été changé du passé. Pourquoi, le «convenablement»? Parce
que c'est un mot qui, juridiquement, d'après mes humbles recherches... C'est
parce que ce mot-là, il n'est pas utilisé en droit, là. Il aurait pu
utiliser... Le ministre, il aurait pu utiliser d'autres mots, genre : «qui
respecte l'esprit, l'intention du législateur», et ainsi de suite, là. Pourquoi
«convenablement», qui, en soi, est un mot qui a une charge relativement
subjective? Alors, y a-tu d'autres significations? Moi, «convenablement», là,
ça peut vouloir dire bien des affaires, là.
Jolin-Barrette : Bien, en
fait, Mme la Présidente, on vient guider la cour. On vient lui dire :
Bien, écoutez, si vous ne réussissez pas à avoir une solution convenable
dans l'interprétation des textes... Puis le vocable utilisé par le député de
La Pinière sont des synonymes, mais le terme «convenablement» a été
notamment pris par le législateur libéral à l'époque. Alors, on comprend que...
M. Barrette : Bien, prenons l'angle
du législateur à l'époque. Ma compréhension de l'interprétation de la loi de
l'époque est que l'interprétation se faisait de façon littérale en 1974. Or, là
aussi, ma compréhension des règles d'interprétation a changé avec le temps.
Alors, est-ce que le ministre est en train de nous dire qu'on doit revenir aux
règles d'interprétation littérale de 1974, oui ou non?
Jolin-Barrette : Mme la Présidente, le député de La Pinière est un homme intelligent. Il l'a lu, l'article 7.1,
et qu'est-ce que nous dit l'article 7.1, que les règles ordinaires d'interprétation
ne permettent pas de résoudre... Alors, on ne dit pas de revenir... Puis
les règles littérales, ça date... Dans le fond, il y avait d'autres règles à
l'époque aussi, mais on ne revient pas à une approche littérale, Mme la
Présidente, hein? On dit : Les règles d'interprétation ordinaires qui font
partie des outils, hein, qui sont dans le coffre à outils à la disposition de
la cour, Mme la Présidente.
Alors, première étape, on regarde versions
française et anglaise. Elles ont le même statut et la même valeur juridique.
Les deux versions ne disent pas la même chose. Deuxième étape, règles
d'interprétation ordinaires, tous les outils dans le coffre à outils à la disposition
pour trouver le sens, l'interprétation des deux versions. Ultimement, on
n'arrive pas à un résultat qui est convenable, un résultat intelligible, un
résultat qui permet de rendre jugement en fonction de l'intention du législateur,
une situation qui n'est pas extrême, je vous dirais, qui n'est pas une situation
qui provoquerait une situation incohérente, une situation qui doit être
logique, une interprétation qui doit être logique, qui doit être cohérente, qui
doit être lue dans son contexte. Troisième étape, c'est là qu'on arrive avec
7.1., on dit au juge : Référez-vous à
la version française, mais uniquement en bout de processus. C'est clair, ça. C'est
clair.
La Présidente (Mme Thériault) : M.
le député.
M. Barrette : Pas nécessairement.
M. Jolin-Barrette : Bien oui!
M. Jolin-Barrette : Bien oui!
M. Barrette : M. le Président, là...
Mme la Présidente... Excusez-moi, Mme la Présidente, là, je promets que je ne
le referai pas. Mme la Présidente, ce n'est pas moi, là, qui ramène tout à
1974, c'est le ministre qui est toujours très heureux de pointer à la députée
de Marquette... de Marguerite-Bourgeoys, pardon, blablabla, c'est le texte de
1974, elle devrait être contente, c'est Robert Bourassa.
M. Jolin-Barrette : Juste pour le procès-verbal,
je ne dis pas «blablabla».
La Présidente (Mme Thériault) : Il
n'y a pas de «blablabla» dans votre texte, non.
M. Jolin-Barrette : J'utilise des
mots, des termes qui sont clairs, au bénéfice des collègues.
La Présidente (Mme Thériault) : Vous
avez parfaitement raison, M. le ministre. J'espère qu'on rayera du Journal
des débats les «blablabla».
M. Barrette : Vous avez raison, Mme
la Présidente.
La Présidente (Mme Thériault) :
Continuez, Mme la députée... M. le député.
M. Barrette : Mme la Présidente, je
suis sûr que ceux qui transcrivent nos textes vont, sans aucun doute, inscrire
dans les galées trois points de suspension, suivis de trois autres, suivis de
trois autres.
Ceci dit, c'est quand même le ministre lui-même
qui, avec enthousiasme, va, à répétition... répète, à ma collègue de Marguerite-Bourgeoys,
la notion, la joie de revenir à 74, et, à 74... entre 74...
M. Barrette :
...non, je n'ai pas fini — c'était
une interprétation littérale. Comme c'est une interprétation littérale au départ, Mme la Présidente, vous
comprendrez que je m'interroge sur l'intérêt d'amener «convenablement»,
parce que, là, si on remonte le temps, bien là on va opposer «convenablement» à
la version anglaise, qui est «satisfactorily». Je peux le comprendre, en
anglais, assez clairement, mais, en français, là...
Je vais vous donner
un exemple, Mme la Présidente. Mettons qu'un parent regarde pour la première
fois le premier chum de son adolescente de
17 ans, il va se dire : Il est-tu convenable? Alors là, moi,
«convenable», bien, je veux dire, je
peux mettre ça à toutes les sauces. S'il avait voulu être si précis que ça, le
ministre, pourquoi il n'a pas écrit quelque chose du genre «conforme à l'intention du législateur». «Convenable»,
là, elle est-tu habillée convenablement, le juge est-il convenable dans
sa... Non, à un moment donné, là, pourquoi le «convenable»? Parce que c'est le
ministre qui nous ramène à 74. 74, c'est
littéral. La source du débat, elle est là. Pourquoi, et pourquoi ne pas avoir
écrit autre chose?
La Présidente (Mme
Thériault) : M. le ministre.
Jolin-Barrette : Bien, parce que le terme «convenable» permet d'avoir
une solution qui est raisonnable, qui est intelligible, qui est logique. Les
règles d'interprétation, lorsqu'elles sont utilisées, permettent d'avoir un
résultat convenable, conformément à l'intention du législateur. Moi, je
m'explique mal, Mme la Présidente, pourquoi il y a une si grande réticence de
la part du député de La Pinière à venir dire : Bien, écoutez, on est
dans une situation où la Loi constitutionnelle de 1867 fait en sorte qu'on
est... On s'est vu imposer le fait que les textes anglais et français devaient
être adoptés dans notre Assemblée, même chose pour le Parlement fédéral. À
partir de ce moment-là, il peut y avoir des
conflits relativement aux deux versions. Les règles sont claires. La Cour suprême est venue le dire, les deux
textes ont la même valeur législative. Les mêmes règles d'interprétation
s'appliquent et ont le même poids.
À partir de ce
moment-là, le juge, sa job, c'est d'interpréter les textes. Un coup que ça se
retrouve devant lui, il y a une série de règles d'interprétation qu'il peut
avoir, et c'est ce que 7.1 dit, les règles ordinaires d'interprétation. On ne
retourne pas à 1974, là, pour les règles d'interprétation. On est en 2021.
Après ça, ça peut arriver que les règles d'interprétation ne permettent pas de
résoudre le conflit convenablement, et donc on dit : Voici, pour l'espace
subséquent qui reste, plutôt que de confier le tout au magistrat, uniquement
sur son interprétation unique, on lui donne un outil supplémentaire dans le
coffre à outils décisionnel qui est le sien. On vient lui dire : Regardez
du côté de la version française, ultimement. Est-ce que le député de
La Pinière est en désaccord avec ça?
Barrette : Mme la Présidente, moi, je suis ici pour débattre, pas pour
me prosterner devant l'argumentaire du ministre.
Jolin-Barrette : Il n'est pas question d'être prosterné. Je lui
demande : Est-ce qu'il est d'accord avec cette
proposition-là que, dans l'espace qui reste entre l'article 133 puis les
règles actuelles... Est-ce qu'il préfère que ça soit le législateur qui guide le judiciaire ou il dit : Non, nous,
on ne joue pas pleinement notre rôle de législateurs puis on ne vient pas aller jusqu'au bout du processus que
la constitution nous permet de faire? C'est ça, la question
fondamentale.
M. Barrette :
La question fondamentale, Mme la Présidente, n'est pas exactement ça en ce qui
me concerne, parce que, placé comme le ministre l'a fait, ça signifie que la
rédaction en français est parfaite et que la rédaction anglaise ne l'est pas.
Remarquez que c'est possible. Est-il possible que la rédaction anglaise soit
mieux faite que celle en français, notamment?
Jolin-Barrette : C'est oui.
M. Barrette :
C'est oui. Évidemment que c'est oui, la réponse, mais ce que le ministre nous
dit, là, dans le cas de cette imperfection-là, il faut qu'il aille voir du
bord... du côté imparfait. À ma question : Est-ce que c'est possible que
la version française soit imparfaite et que l'anglaise soit meilleure?, alors,
si le juge se pose une question, bien, il doit, avec cet article-là, s'en
remettre à la version imparfaite. Bien là, à un moment donné, là, ça n'a pas de sens. Alors, Mme la Présidente, c'est
encore une fois la source de mon propos. «Convenablement» est un terme imprécis. Mme la Présidente, le Barreau, là, le dit, là, à la page 16 de son
mémoire : «L'article semble trop vague et imprécis puisqu'il indique que le texte français prévaudra
lorsque la divergence ne sera pas résolue — guillemets — "convenablement".
En se référant au test de la résolution convenable, ceci risque de créer de
nombreux litiges inutiles basés sur une notion non juridiquement définie.»
C'est le Barreau. Eux autres, ils pratiquent légalement le droit, là, je pense,
et ils écrivent ça. Mme la Présidente, je vais faire une petite pause pour
laisser le ministre... et je ne fais plus de pause.
La Présidente (Mme
Thériault) : Je vais... Oui, continuez.
M. Barrette :
Alors, Mme la Présidente, on n'est pas ici pour contester son... cet élément-là
de la loi, là. Le ministre, j'imagine, j'imagine, je ne le sais pas, j'imagine
qu'il serait heureux que son
article passe le test des tribunaux. Ici, on a un
certain nombre d'arguments qui vont dans le sens que peut-être qu'il pourrait
être réécrit de façon à ce qu'il passe le test des tribunaux et ne cause pas de
tort à qui que ce soit.
Je reviens à mon exemple, Mme la Présidente.
S'il advenait que la version française soit litigieuse en termes juridiques et
que la version anglaise soit plus précise, et ici, c'est un beau cas,
«convenable» versus «satisfactorily», ce n'est pas la
même chose, dans mon sens à moi, bien là son
article de loi donne à la version
française, à toutes fins utiles, un droit de
veto sur l'anglaise parce qu'il dit au juge : Bien, vous allez, là...
si ce n'est pas clair pour vous, M. le juge, là, et que vous vous posez
des questions, arrêtez immédiatement, allez voir la version française. Et, s'il
advient que la version française est moins solide intellectuellement, c'est
elle qui va gagner, alors qu'on pourrait très bien réécrire cet article-là de
façon à ce que tout le monde soit protégé d'une, j'allais dire, erreur, mais
disons d'une insatisfaction juridique. Tiens, on va mettre ça comme ça.
La Présidente (Mme Thériault) :
Merci, M. le député de La Pinière. Je vais passer la parole au ministre,
mais j'ai aussi le député de Sainte-Rose qui a signifié son intention de
prendre la parole. Donc, après, j'irai au député de Sainte-Rose. M. le
ministre.
M. Jolin-Barrette : Bon, pour
répondre au député de La Pinière, on se retrouve dans une situation où les
deux versions doivent être réconciliables quand elles ne disent pas la même
chose. Alors, les règles d'interprétation arrivent dans une situation
appropriée. Si ce n'est pas le cas, s'il ne réussit pas à résoudre
convenablement le texte, si les règles d'interprétation ne réussissent pas à
résoudre convenablement le texte, à ce moment-là, il va se tourner vers la
version française. Je rappellerai au député de La Pinière qu'en cette enceinte
c'est la version française qu'on étudie aussi, sur laquelle on travaille aussi.
Donc, l'intention du législateur, elle est manifeste.
M. Barrette : Mme la Présidente, ça
ne change strictement rien à ce que je viens de dire, là. Et, juste pour mon
information, il me resterait combien de temps?
La Présidente (Mme Thériault) : Il
vous reste quatre minutes, sauf que j'avais déjà signifié mon intention,
oui, pour après. Il vous vous reste quatre minutes.
M. Barrette : Non, non, ça me va, Mme
la Présidente. Je voulais juste savoir où est-ce qu'on était rendus.
La Présidente (Mme Thériault) :
Donc, on va aller au député de Sainte-Rose étant donné que j'avais signifié mon
intention. M. le député de Sainte-Rose.
M. Skeete : Merci, Mme la Présidente.
Bien, effectivement, le ministre vient juste de faire le point que je voulais
faire, c'est qu'on s'est donné comme règlement, dans ce Parlement, de rédiger
en français les projets de loi, et ils sont ensuite traduits. Alors,
l'intention du législateur est toujours exprimée en français. Alors, oui, c'est
vrai, l'humain n'est pas parfait. La version française pourrait ne pas être
exacte, mais la version anglaise est la traduction de cette inexactitude.
Alors, je soumets que la version française est toujours, dans notre Assemblée,
la version la plus près de l'interprétation du législateur. Alors, c'était le
point que je voulais apporter au collègue, simplement, de considérer cela
lorsqu'il fait ses délibérations.
La Présidente (Mme Thériault) :
Merci. M. le député de D'Arcy-McGee.
M. Birnbaum : Merci, Mme la
Présidente. «I'm still worried about my white cat.» Là,
je vais revenir au début de notre débat il y a plus qu'une semaine, où le
ministre s'est permis l'exemple de notre «white cat», chat noir. Moi, je m'en fais pour les deux, qu'on soit
clairs. Et j'aimerais établir avec à la fois le ministre de la Justice, à la
fois le ministre responsable de la
Promotion de la langue française, l'objectif ultime de ces deux perspectives de
changement devant nous.
Malgré les questions persistantes de mon collègue de La
Pinière, nous sommes toujours à la recherche d'une compréhension des mots,
juridique, dont a prononcé le ministre sur cet article-là. Je veux comprendre.
Eh oui, on a établi, évidemment, que les textes,
tels qu'ordonnés par le Parlement, ne sont pas mutés, modifiés par les juges,
évidemment. J'ai cru comprendre qu'il y a un impact, en quelque part,
jurisprudentiel. Ce que je cherche à comprendre, parce que le but de cette
affaire, j'imagine, dans un premier temps, c'est de sauvegarder de façon égale,
légale et correcte l'accès ultime à la justice. Deuxième volet tout à fait
légitime, on est en dedans d'une étude sur
les modifications à la Charte
de la langue française pour voir
comment on peut veiller davantage à la promotion, le rayonnement de la
langue française. Alors, je comprends ces deux objectifs.
Je veux comprendre ces deux choses. C'est où, ce
vide juridique? Comment se sont réglés ces genres de situations, dans les
derniers 20 ans, depuis l'adoption de la Charte de la langue française, où
actuellement le fait qu'on parle d'égalité mais, évidemment, les lois ici sont
rédigées en français puis traduites? Alors, il y a un certain déséquilibre que,
comme on a noté, la Cour suprême a reconnu. Mais, de là, qu'est-ce qui s'est
passé? Est-ce que le ministre peut nous donner des exemples où les juges ont clairement
indiqué que la façon que j'ai réglé le conflit entre la version anglaise et la
version française était, en quelque part, de me permettre une marge de
manoeuvre pour développer mon propre langage? Y a-t-il des exemples qui
indiquent qu'on est devant un problème?
La Présidente (Mme Thériault) : M.
le ministre.
Jolin-Barrette : Savez-vous,
Mme la Présidente, le nombre de fois que je me suis fait dire : Est-ce
qu'il y a un problème? Cet argument-là, là, il est souvent évoqué :
Est-ce qu'il y a un problème? Est-ce qu'il y a un problème? Pour dire... tous
ceux qui attaquent, supposons, les différentes dispositions législatives qu'on
met en place : Est-ce qu'il y a un problème? Avec la
laïcité, je l'ai souvent entendu : C'est-tu un problème? Il y a-tu un
problème? C'est tout le temps ça, l'argument. L'argument de ceux qui veulent
l'immobilisme, c'est ça.
Alors, pour répondre à la question du député de
D'Arcy-McGee, actuellement, O.K., et sortons de la version française, anglaise,
là, sortons des règles d'interprétation, sortons de l'adoption des lois, juste
dans le processus interprétatif, O.K., puis après on reviendra, anglais,
français. Processus interprétatif, le juge, quand il doit rendre une décision,
se base sur le texte. Il peut regarder la version française, la version
anglaise; généralement, il va regarder les
deux. Bien, en fait, il va regarder la version française. Si on lui soumet la
version anglaise, il va regarder les deux, regarde les dispositions. Il arrive un conflit entre les
deux lois. Là, il utilise, dans son coffre à outils, toutes les règles
d'interprétation qui sont là : l'approche littérale, l'approche
contextuelle, l'ejusdem generis, le contexte, tout ça.
Ultimement, ça arrive que, même après avoir
passé à travers toutes ces règles d'interprétation là, le juge, il arrive puis
il se dit : Bien là, les règles ne me permettent pas de réconcilier la
version anglaise et la version française, donc, à partir de ce moment-là, moi,
dans mon interprétation, je vais venir en quelque sorte réécrire la disposition
pour lui donner un sens logique, un sens
convenable, selon le sens commun des choses. Et là c'est ce bout-là, là, avant
d'arriver là, là, entre toutes les règles d'interprétation ont été respectées, le cheminement d'interprétation juridique,
intellectuel juridique, là, qui vise à faire en sorte de regarder la
construction de la disposition... Puis là, quand le juge, là, il regarde ça, là, théoriquement, il va regarder
les débats parlementaires ou, si jamais la disposition à 7.1, elle est contestée, ils vont
regarder, Mme la Présidente, ce que le député de La Pinière a dit.
M. Jolin-Barrette : Bien, certainement,
moi aussi, je m'empresserais, Mme la Présidente, d'aller lire les questions du
député de La Pinière, pour le bénéfice de tout le monde. Et là, à la
lecture, Mme la Présidente, des débats parlementaires, des réponses du ministre
de la Justice, le juge va dire : Bien oui, le ministre de la Justice a
répondu adéquatement au député de La Pinière, relativement à l'intention
du législateur.
Donc là, on revient, on revient sur le bout sur l'interprétation,
les règles d'interprétation. Donc, le juge, lui, il a ses règles d'interprétation,
puis c'est comme la... on est dans le milieu, là, du processus, il n'est pas
capable de rendre sa décision. Actuellement, on vient lui confier, par le vide
qui existe actuellement, parce qu'on ne va pas au bout du processus, là, qu'on
peut faire comme législateurs, on vient lui dire : Bien, trouve-nous une
solution, bien, trouve-nous une solution interprétative que les règlements d'interprétation
n'ont pas permis de le faire. Ça fait qu'en quelque sorte, quand on est rendu
ici, c'est qu'il vient donner un sens à la disposition, en réécrivant, en
quelque sorte, la disposition.
Dans l'arrêt Vriend, de la Cour suprême, c'était
ça, le cas, il manquait un motif de discrimination basé sur l'orientation
sexuelle, et la Cour suprême est venue rajouter un terme. Donc, on contestait
pour un motif de discrimination, puis la Cour suprême est venue réécrire la disposition.
Elle a dit : Écoutez, le législateur provincial, quand il a fait ça, c'était la décision... c'était l'Alberta,
relativement à une décision d'orientation sexuelle, ils disaient :
Ce n'est pas un motif de discrimination, mais nous, Cour suprême, on considère
que, dans votre loi, O.K., ça doit être un motif. Alors, ils sont venus, par
une fiction, en réécrivant la disposition, en voulant dire : Bien, écoute,
même si ce n'est pas un motif énoncé de discrimination, l'orientation sexuelle,
l'orientation sexuelle fait
partie de la disposition.
Or là, c'est exactement ça, la réécriture d'une
disposition. Dans le cadre de ça...
M. Jolin-Barrette : Bien oui, c'est
ça. Bien oui, bien oui, bien oui...
M. Jolin-Barrette : D'accord, le
député de La Pinière va revenir. Alors, on se retrouve dans une situation
où on vient réécrire la disposition. Alors, avant d'arriver là, O.K., on dit au
magistrat : Vous devez regarder la version française pour connaître la
véritable intention du législateur. Donc, ça arrive uniquement en bout de
course. Et l'article 133 de la Loi constitutionnelle nous permet de faire ça, il y a
un espace qui est vacant, où le législateur vient guider. Et
ça, c'est notre rôle, collectivement, de dire : Lorsque vous êtes dans une
situation, M. le juge, où vos règles d'interprétation usuelles ne
permettent pas d'arriver à un résultat qui est convenable en matière
d'interprétation, référez-vous à la version française.
Donc, voyez-vous, on monte la côte, on part de
la base, ensuite on dit : Regardez les règles d'interprétation. Puis
ensuite, lorsqu'on ne réussit pas à avoir un résultat convenable, plutôt que le
juge lui-même vienne dire : Bien, je vais réécrire la disposition, on lui
dit : Attention, avant d'arriver là, le législateur vous dit : Vous
devez regarder la version française sur le sens qui doit être donné. Alors,
j'espère avoir été clair.
La Présidente (Mme Thériault) : M.
le député de D'Arcy-McGee.
M. Birnbaum :
Y a-t-il le moindre d'inquiétude et, si oui, un seuil à établir, en respectant
l'autonomie des juges, mais pour assurer
qu'avec un tel amendement ils ne se permettraient pas très vite de dire :
Ouf! Les deux mots, il ne me semble pas qu'il y ait un parallèle ici...
oui, oui, oui, bien, les règles d'interprétation, j'ai fait une petite
recherche. Mais ça a l'air compliqué, quand, avant cet amendement, il ou elle
aurait eu la tâche de creuser davantage. Y a-t-il la
moindre inquiétude que ça va être, en quelque part, une espèce de raccourci qui
risque d'atteindre les droits à l'accès de justice des intervenants touchés par
une telle cause?
La Présidente (Mme
Thériault) : M. le ministre.
Jolin-Barrette : La réponse à cette question-là, c'est très clairement
non, et un juge qui ferait ça serait en contravention des principes
jurisprudentiels qui ont été établis très clairement, en tout respect des
décisions rendues en vertu de 133. Parce qu'il faut le dire, la protection constitutionnelle
associée à 133, elle est là, elle est présente, et elle va demeurer et elle
demeure. Alors, en fonction de l'article 133 de la Loi constitutionnelle
de 1867, les lois doivent être adoptées et publiées dans les deux langues ici,
au Québec, par cette assemblée législative là. Elles ont la même valeur
juridique, ça, c'est indéniable, il n'y a rien qui change. Puis, surtout,
l'article, de la façon dont on l'a construit, c'est justement pour préserver
cela, la valeur égale des textes français et anglais, et ça, on ne change pas
ça, relativement aux textes qui sont assujettis à la Loi constitutionnelle de
1867, c'est-à-dire les lois. Ça, je l'ai dit et je le réaffirme très
clairement.
Le problème, où on
agit, c'est lorsqu'on se retrouve dans une situation où les deux textes ne
sont pas réconciliables et ils ne permettent pas d'avoir une interprétation
convenable en vertu de toutes les règles ordinaires d'interprétation. Là, à ce
moment-là, on bascule entre soit le rôle du juge ou le rôle du législateur. Et
là, moi, ce que je dis, ce que le gouvernement dit, c'est qu'avant que le
législateur... avant que le judiciaire joue le rôle du législateur sur
l'interprétation à donner relativement à l'intention du législateur, on lui
dit : Regardez le texte français. Mais c'est uniquement en bout de course.
Donc,
la situation pour laquelle le député de D'Arcy-McGee a des préoccupations, elle
n'est pas, dans un sens large, d'accès à la justice, ou de décision, ou
dans les deux textes, elle est vraiment basée sur le dernier volet. Alors,
la majorité de l'interprétation se fait avec
les règles d'interprétation ordinaires, donc il n'y a pas d'inquiétude à y
avoir.
La Présidente (Mme
Thériault) : M. le député.
M. Birnbaum :
Merci, Mme la Présidente. On va en convenir, on est dans le champ de 133 et
l'égalité, mais on ne peut pas...
Birnbaum : Oui, mais on ne
peut pas dire qu'il y a ligne étanche, et là... Bon, égalité va jusqu'à
ce point-là, là, le juge va faire
son... bien, il va trancher entre la version anglaise et française, suivant les
règles d'interprétation, et
tout ça, mais tout ça n'a rien à faire avec le 133.
Le ministre lui-même,
parlait... faisait référence à 133, quand il parlait de la loi 22. Alors,
je continue à me questionner là-dessus. Dans un premier temps, la loi
n'existait plus dans... lors des deux saisies, des deux arrêts de
Blaikie. Alors, évidemment, les décisions de Blaikie ne touchaient pas au
principe, qui n'était pas répété dans la Charte de la langue française, sur le
fait que le français prévaut. Alors, tout ça pour dire qu'on ne sait pas, la
cour...
M. Birnbaum :
Est-ce que je peux finir ma question? Ce n'est pas moi, l'avocat, ça me
prend... Bon, est-ce qu'on peut comprendre qu'il n'y a pas de... La Cour
suprême n'aurait pas tranché sur quelque chose qui n'existe pas. Donc, ma question : Est-ce que le ministre
peut nous réexpliquer, s'il trouve qu'il l'a déjà fait, comment ce qui est
proposé actuellement, 7.1, est complètement étanche en ce qui a trait à une
contestation potentielle selon les critères de 133?
La Présidente (Mme
Thériault) : Merci. M. le ministre.
Jolin-Barrette : Bien, je rappellerais à cette commission, Mme la
Présidente, qu'entre 1974 puis 1977 la disposition n'a pas été contestée,
relativement à l'article 2 du «bill» 22, à l'époque, comme on
l'appelait.
L'autre point qu'il
est important de comprendre, là, c'est que, dans la Charte de la langue
française actuellement, là, à l'article 7, là, on prévoit déjà, là :
«Le français est la langue de la législation et de la justice au Québec sous
réserve de ce qui suit : les versions française et anglaise des textes
visés aux paragraphes 1° et 2° ont la même
valeur juridique.» Et donc, 1° et 2°, c'est notamment les lois adoptées à l'Assemblée nationale du Québec. Donc, ça, ça demeure, ça ne change pas.
Et, dans le fond, 133
de la Loi constitutionnelle de 1867, hein, qui est la loi fondatrice de ce
pays-là, mais qui n'a pas été soumise au vote des électeurs, fait en sorte que
l'Assemblée... Et ce que la Cour suprême nous a dit dans Blaikie, c'est que,
notamment, les deux lois... les deux versions d'une loi ont la même valeur
juridique, et ce qui a fait en sorte d'invalider les dispositions de la Charte
de la langue française relativement à la langue de la législation et la
justice. Donc, les deux valeurs... les deux textes, les
deux versions ont la même valeur juridique. Et c'est ce que je persiste à
dire et c'est ce que nous faisons dans le cadre du projet de loi : on
maintient le statu quo actuel.
Par contre, et là on
n'est pas dans la valeur des textes anglais, français, on est dans le rôle de
qui décide de quelle façon l'interpréter, au bout du compte, au lieu que ça
soit le judiciaire, lorsque les règles d'interprétation, dans sa sphère à lui, au judiciaire, à la magistrature,
lorsque ce n'est pas possible d'arriver à une solution qui est
convenable, et ça peut arriver, plutôt que de réécrire la disposition, là on
dit : Regardez la version française.
La Présidente (Mme
Thériault) : M. le député de D'Arcy-McGee.
M. Birnbaum : Oui. Je remarque que
notre petit débat, que je vais poursuivre, sur le mot «convenable»... Et, si
j'ai bien compris, nous n'avons pas réussi à trouver, dans la jurisprudence,
une utilisation semblable de ce mot-là...
M. Jolin-Barrette : Bien, il y a au
moins...
M. Birnbaum : ...la façon
d'interpréter ce mot-là, peuvent attendre, en quelque part, l'égalité de la
personne concernée par une telle décision.
On est dans une discussion, l'article va au fond de ça, comment trancher en
absence, après les processus, d'une réponse claire, disponible au juge.
Je veux revenir. Mon collègue l'a introduit un
petit peu, le ministre continue à noter que son
article était inspiré de l'article dans la loi 22,
où on parle de... «Where any discrepancy cannot be satisfactorily resolved
by the ordinary rules of
interpretation, the French text of the statutes
of Québec prevails over the English text.» Là, ce qu'on
a décidé de proposer dans le projet de loi n° 96, à 7.1 : «In the case of a discrepancy between the French and English
versions of a statute, regulation or
other act referred to in paragraph 1 or 2 of
section 7 that cannot be
properly — au lieu
de "satisfactorily", properly — resolved using the
ordinary rules of
interpretation, the French text shall prevail.»
Moi, juste pour deux
secondes, et ce n'est pas moi, l'avocat ni le linguiste, je peux vous énumérer
quatre ou cinq différences entre ces deux mots là.
«Satisfactorily» means to the
satisfaction of the parties.
Il y a une connotation, une
dénotation positive et claire.
«Properly» means, bon, we kind
of obeyed the rules and here's what we did. «Convenable», I don't know what it
means, between those two words.
Mais est-ce que le
ministre peut aider les futurs juges à comprendre qu'est-ce qu'ils font avec le
mot «convenablement»? Est-ce que le seuil est «satisfactorily» — I'm happy, this is right, it's exact? — or «properly», bon, I kind of followed the rules and what I did was
proper, was legal? Does it satisfy me that I had made a good decision? Does
it satisfy me that my white cat ou mon chat noir est protégé, aux yeux de la
loi, par un respect?
J'insiste sur l'égalité du
processus devant lui.
What's your judge going to do
with your word «convenablement», when I just shown you two different legal words
used that mean different things? What's your... What does «convenable»
mean?
La Présidente (Mme Thériault) : M.
le ministre.
M. Jolin-Barrette : Alors, pour en
revenir au chat noir et au chat blanc, manifestement, le député de D'Arcy-McGee
va convenir que ce n'est pas la même chose. Si on étudie, autour de la table,
là, une disposition qui dit : Les chats noirs doivent recevoir trois
médailles, puis, dans la version anglaise, dans la version traduite, il est
écrit : «The white cat should receive three medals»,
ça ne dit pas la même affaire, vous êtes d'accord avec moi.
Puis on en a jasé, là, on en a jasé ici, autour de la table, là, puis c'était
très clair, là, que c'était le chat noir dont on parlait, là, puis là, bien, à
la traduction, il y a eu un enjeu, hein, au
lieu d'écrire «black», ils ont écrit «white», ils se sont mélangés. Le juge,
là, il est saisi d'un litige, là, quelqu'un qui reçoit un constat
d'infraction parce que son chat noir, il n'avait pas trois médailles.
Là, je vous mets ça bien de base, Mme la
Présidente, là, pour illustrer, là, je veux juste... on est au ras des
pâquerettes pour illustrer ça. Ça fait que, là, le juge, lui, il reçoit ça.
Supposons, le défendeur, qui avait un chat noir, il reçoit son constat d'infraction
puis il regarde ça, il regarde la version anglaise puis là il dit : Bien,
mon chat, il est blanc, hein, il n'est pas noir. Il plaide ça au juge. Le juge, il
regarde ça, là, il fait les règles usuelles, là, d'interprétation, il va
dans les débats parlementaires, tout ça. Mais, tu sais, là, les règles
d'interprétation, là, ne lui permettent pas, là, d'arriver, là, à réconcilier,
là, le chat noir puis le chat blanc, là. En bout de compte, là,
l'interprétation qu'il peut donner n'est pas convenable, là.
Puis là je simplifie au maximum, Mme la
Présidente, vous comprendrez que les règles d'interprétation, c'est pas mal
plus complexe que ça puis les juges ont une expertise particulière là-dedans.
Mais, ultimement, est-ce que le député de D'Arcy-McGee est d'accord avec moi de
dire que, malgré la valeur égale des deux lois, en bout de course, si les
règles d'interprétation ne permettent pas de réconcilier tout ça, bien, le
juge, on lui dit : Regardez la version française? Et c'est ce qu'il va
faire. On est rendus là. Plutôt que de dire : Bien, M. le juge, réécrivez
la disposition dans quelque chose qui va être cohérent, qui va être convenable,
on le guide vers cette dernière interprétation-là, on l'outille, le magistrat,
pour dire quelle est l'intention du législateur.
Mais, cela étant dit, Mme la Présidente, ça
n'enlève rien à l'égalité des versions, qui est prévue et qui a été déterminée
par la Cour suprême et par rapport aux dispositions de l'article 7 de la Charte
de la langue française, qui met sur un même pied d'égalité les versions
anglaise et française des deux textes. La différence, là, c'est qu'on vient
combler un espace qui existe au niveau du juge pour le guider.
Pour la réponse à la question relativement à
«convenable», c'est quelque chose qui... un raisonnement qui est logique, qui
est convenable, qui est acceptable, qui va dans le sens commun des choses. Le
juge cherche toujours la cohérence légistique qui a été développée par le
législateur, le sens commun des choses. La règle, les interprétations, là, qui
sont faites, là, par les juges, là, visent à rendre un jugement qui est
cohérent avec l'intention du législateur. C'est
ça, son rôle, ne pas aller rendre une décision qui est tirée par les cheveux et
qui ne respecte pas le sens commun.
Présidente (Mme Thériault) : Merci. M. le député de D'Arcy-McGee, il
vous reste cinq minutes.
M. Birnbaum :
Bon, le ministre a dit qu'il trouvait des satisfactions devant les questions,
souvent : C'est où, le problème? Bon, c'était la première fois que moi, je
l'aurai posée, et je n'ai toujours pas une réponse. Parce qu'actuellement les
juges sont pris avec ces règles d'interprétation, une hiérarchie de... une
série de mesures qu'ils doivent entamer. Et le ministre, de ma lecture, n'a pas
démontré qu'on est devant un problème sérieux en ce qui a trait à la situation
actuelle. Notre débat sur le mot «convenablement», il avait deux volets, on
parlait du principe en jeu mais du mot aussi.
So I'm back to my
cats again. La loi exige que des chats noirs et blancs, tous confondus, doivent
être traités de façon... doivent être traités convenablement. Tous
les deux, mon chat noir, my white cat, how are they getting treated under the
law? Satisfactorily or properly? Voilà, on a deux mots. J'imagine... je
ne vais pas sortir mon Petit Robert tout de
suite, mais je risque de voir ces
deux mots traduits de façon différente, un seul qui va être une
traduction satisfaisante, une traduction du mot «convenable». C'est quoi, le
sort de mes chats? Comment le juge va réagir devant ce mot-là? Comme je dis, ce
n'est pas pareil, ces deux mots-là.
Alors, j'ai deux
questions. Dans un premier temps, si le ministre peut, avec cet exemple
boiteux, absurde... le cheminement éventuel d'un tel juge. Et s'il peut me
dire... le libellé est assez parallèle en anglais que ce qui a été fait en
1974, alors est-ce que, peut-être avec l'aide de l'équipe, on peut comprendre
pourquoi le mot «properly», qui a toute une autre dénotation ainsi que
connotation, aurait été choisi pour remplacer un mot, dont on n'a pas trouvé
d'autres exemples dans la jurisprudence, pour traduire le mot «convenablement»?
La Présidente (Mme
Thériault) : M. le ministre.
Jolin-Barrette : ...Mme la Présidente, je ne ferai pas de cas
hypothétique sur des situations qui ne sont pas réellement soumises devant
magistrat. D'autant plus, je n'en suis pas un. Cependant, la question qu'on
doit se poser, c'est : Est-ce que le député de D'Arcy-McGee est à l'aise, dans
le fond, de ne pas guider le juge, en bout de course, lorsqu'il arrive un
conflit d'interprétation, que les règles d'interprétation ordinaires ne
permettent pas de résoudre convenablement? Quand le juge...
M. Birnbaum :
...pas compris qu'il y avait des questions qui se posaient au...
La Présidente (Mme
Thériault) : ...ne pas vous interpeller, le ministre...
M. Birnbaum :
Le ministre m'a posé une question, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme
Thériault) : J'avais l'impression qu'il n'avait pas terminé encore.
Donc là, pour la suite des choses, je vous demanderais d'attendre que je vous
reconnaisse. Donc, n'ouvrez plus les micros, s'il vous plaît. Merci. M. le
ministre.
Jolin-Barrette : Alors, est-ce que le député de D'Arcy-McGee est à
l'aise, là, à partir du moment, là, où les règles d'interprétation ordinaires
ont été utilisées par le juge... On est rendus là, là, O.K., il n'arrive pas un
résultat logique, selon le sens commun, convenablement, en fonction de pouvoir
rendre une décision. Le député de D'Arcy-McGee, qu'est-ce qu'il préfère? Est-ce
qu'il préfère permettre au juge de dire : Bien, moi, je regarde juste la
version anglaise, qui n'a pas, supposons, été étudiée ici, à l'Assemblée
nationale, ou je souhaite plutôt le diriger vers la version française, sur
laquelle on a eu de multiples débats autour de la table? Ultimement, c'est ça,
la question, c'est ça, la question.
Je le réitère, les
deux versions, anglais et français, ont la même valeur juridique. Première
étape. Deuxième étape, le juge doit utiliser toutes les règles d'interprétation
qui sont à sa portée, comme c'est le cas actuellement. Troisièmement, quand il
n'arrive pas à une solution qui est tangible, qui est cohérente, qui est selon
le sens commun, qui est convenable, qui est logique, qu'est-ce qu'on fait?
Est-ce qu'on dit : Nous autres, là, comme législateurs, là, on se ferme
les yeux puis on dit : On n'exerce pas notre rôle de législateurs?
C'est-tu ça qu'on fait ou ou dit : Écoutez, M. le juge, si vous êtes rendu
là, là, vous êtes rendu au bout, là, vous avez le dos acculé au mur, là, vous
ne savez plus quoi faire, là, M. le juge... Est-ce qu'on lui dit : Vous
regardez la version française ou on reste silencieux?
C'est ça, Mme la
Présidente, que les collègues du Parti libéral doivent réfléchir. Nous, on sait
très bien ce qu'on veut faire.
Présidente (Mme Thériault) : Merci, M. le ministre. M. le député de
D'Arcy-McGee, il vous reste trois minutes.
M. Birnbaum :
Oui. Mais, pour moi, deux choses. Premièrement... Et nous, on n'est pas devant
des obligations, actuellement, sauf de représenter l'opposition officielle et
de chercher le meilleur projet de loi qu'on peut. Sur la question... Et je
soumettrai que, sur la question de la suprématie parlementaire ou le rôle
primordial du législateur, moi, je soumets que le ministre n'a aucunement
démontré que ce concept-là est le moindrement en jeu. Et, deuxièmement, malgré
le fait qu'il trouve que c'est une question fatigante, je nous trouve devant
une non-réponse en ce qui a trait à la situation pressante et difficile qu'il
aurait perçue comme ministre de la Justice en premier, qui fait en sorte que la
façon qu'il a tranché 7.1 est actuellement nécessaire.
Présidente (Mme Thériault) : Merci. M. le ministre.
Jolin-Barrette : Bien, moi, je ne trouve pas ça du tout agaçant, Mme
la Présidente. Puis, dans le texte anglais, là, de 7.1, là,
c'est : «In the case of a discrepancy between the French and
English versions of a statute, regulation or other act referred to in paragraph
1 or 2 of
section 7 that cannot be properly resolved using the ordinary rules
of
interpretation, the French text shall prevail.» Alors,
Le petit Larousse nous dit, dans «convenablement» : «decently»,
«properly», «suitably», «appropriately». Alors, les dictionnaires reviennent à
utiliser ces termes-là.
Alors, c'est un débat
fort intéressant, Mme la Présidente, puis je crois l'avoir exprimé de
différentes façons pour bien répondre aux questions des collègues, pour leur
expliquer pourquoi est-ce qu'on va faire ça. Mais on n'est pas au niveau de
l'égalité des textes devant la loi. Ça, là, je tiens à le réitérer, là, le
débat qu'on fait présentement, là, avec le député de D'Arcy-McGee, ce n'est pas
la version anglaise versus la version française. Elles ont la même valeur
juridique, ce n'est pas ça qui est remis en question. C'est, ultimement, qui
joue le rôle relativement au fait d'indiquer et de guider le juge. Moi, je
crois que c'est le législateur qui doit lui dire : Bien, écoutez, quand
vous êtes en bout de course, voici où vous devez... en fait, avec quel outil
vous allez pouvoir interpréter la disposition.
Présidente (Mme Thériault) :
Merci. Ça vous va? Est-ce que j'ai d'autres interventions? Oui, M. le député de La Pinière, il vous
reste quatre minutes.
M. Barrette :
Je ne connais pas le jugement Viens. Le ministre nous dit que ça a réécrit la
loi. Je connais l'arrêt Carter, par exemple, c'est la même Cour suprême. Ça n'a
pas réécrit la loi. La loi a été réécrite des années plus tard parce que Carter
a dit : Ça ne marche pas, votre affaire, la personne y a droit. La
Mme Carter, elle avait droit à... La loi n'a pas été réécrite par le
jugement, elle a été réécrite à cause du jugement. Je ne veux pas partir de
débat là-dessus, juste mettre les points sur les i...
M. Barrette :
Bien, s'il veut.
M. Jolin-Barrette : Mme la Présidente, si le député
met le point sur les i, bien, je vais mettre la barre sur les t. Dans
l'arsenal à la disposition de la Cour suprême, lorsqu'ils invalident une loi,
notamment parce qu'elle est en contravention avec la Loi constitutionnelle de
1982 , supposons qu'ils font ça, là, O.K., il y a plusieurs outils qu'ils
peuvent utiliser.
meilleur exemple que nous avons, puis ça va intéresser fortement le député de
La Pinière... Le gouvernement du Parti québécois, à juste titre,
puis là c'est dommage que...
La Présidente (Mme
Thériault) : ...
M. Jolin-Barrette :
...c'est dommage, Mme la Présidente, que l'ancien ministre St-Arnaud ne siège
plus avez nous, parce que, Mme la Présidente, le PQ, entre 2012 puis 2014, ont
augmenté les seuils de compétence de la Cour du Québec, O.K., et ils les ont
montés à 85 000 $, notamment pour favoriser l'accès à la justice, Mme
la Présidente. Puis ça avait été jumelé notamment à une augmentation des seuils
aux petites créances.
Et là dernièrement,
au mois de juin... juillet dernier, on a reçu un jugement de la Cour suprême.
Savez-vous quoi, Mme la Présidente? Les juges de la Cour supérieure du Québec
ont poursuivi les juges de la Cour du Québec devant différentes instances pour
faire en sorte de dire : Non, non, non, le montant qui est accordé au
niveau de la compétence de la Cour du Québec est trop élevé, ça relève de la
Cour supérieure en vertu de la Constitution. Bon, il y a eu quelques étapes,
Mme la Présidente, c'est monté jusqu'à la Cour suprême. Qu'est-ce que la Cour
suprême, elle a fait? Elle a dit : La loi québécoise qui visait à doter la
Cour du Québec d'une compétence jusqu'à hauteur de 85 000 $ en
matière civile, bien, c'est inconstitutionnel, parce que ça vient à l'encontre
des dispositions de la Constitution relativement au tribunal de droit commun, qui
est la Cour supérieure. Alors, vous, législateurs, donc le Parlement du Québec,
vous devez modifier votre loi.
Alors, oui, c'est
vrai qu'ils le font, comme dans Carter, c'est ça qu'ils ont fait, et ils
suspendent la déclaration d'invalidité durant généralement une période d'une
année. Et je crois que, même dans Carter, le procureur général avait plaidé devant la Cour suprême pour reporter
le délai parce que le texte n'avait pas été adopté en temps opportun, et
ça arrive fréquemment, ça. Mais ça, c'est un arsenal, c'est un outil qui est à
la disposition de la Cour suprême.
Or, ce que je vous
cite, c'est différent. Ça arrive que, dans certains jugements, ils viennent
assimiler un texte et ils viennent ajouter à
une disposition, comme dans cet arrêt-là, pour dire : Bien, vos motifs de
discrimination, ça inclut aussi ça,
que le législateur, nommément, n'avait pas prévu. Alors, ça, c'est une sorte de
réécriture de l'article, parce qu'ils viennent ajouter un terme, un
motif de discrimination qui n'est pas là. Alors, on peut dire : Bien, il
ne l'a pas écrit, il n'a pas trempé sa plume dans l'encre, il n'est pas venu
l'écrire dans le texte, mais l'effet du jugement, c'est celui-là.
La Présidente (Mme
Thériault) : M. le député de La Pinière.
M. Barrette :
Et pour que l'effet s'exerce, il faut que la loi soit réécrite, c'est toujours
de même. Madame...
Barrette : Non. Mme la Présidente...
La Présidente (Mme
Thériault) : Non, c'est M. le député...
Jolin-Barrette : Mais, Mme la Présidente, ce n'est pas exact, là, puis
il faut que le député de La Pinière dise les faits tels qu'ils sont.
La Présidente (Mme
Thériault) : M. le ministre, on va laisser le député de
La Pinière s'exprimer. Par la suite, bien, vous ferez votre point, vous
aussi, mais là c'est lui...
Jolin-Barrette : Mais vous sentez ma passion pour le convaincre, Mme
la Présidente.
La Présidente (Mme
Thériault) : Je sens toute la passion et l'énergie qui vous animent
sur votre projet de loi, évidemment, M. le ministre. Par contre, la parole est
au député de La Pinière. M. le député de La Pinière, allez-y.
M. Barrette :
Merci, Mme la Présidente. Je vais reprendre l'argumentaire du ministre, qui
veut avoir raison, je le comprends, bon, il a le droit de vouloir avoir raison,
même quand il a tort, mais là n'est pas l'enjeu de mon propos, Mme la Présidente. Le ministre nous dit à répétition, à
répétition que devant la Loi constitutionnelle de 1987, la...
M. Barrette :
...1867, pardon, devant la Constitution, Mme la Présidente, les deux ont la même
valeur, le même poids légal. C'est comme ça qu'il le dit, là, puis c'est comme
ça que c'est dans la réalité. C'est ça, la réalité. Or, il nous dit à
répétition, là, que si le juge, en fin de course, est dans une impasse
intellectuelle juridique, il doit se référer à la version française, donc il
doit se référer à la logique linguistique de la version française.
Conséquemment,
Mme la Présidente, hein, il amène un déséquilibre
vers une version, et ultimement les deux versions ne sont plus égales
devant la Constitution. Je ne dis pas que ce n'est pas bon. Je dis qu'il crée
une situation de droit de veto. Il l'a dit lui-même, là, le juge, là, il faut
l'aider, pas prendre la décision à la place du juge, mais être son guide
suprême. Cher juge, tu es mal pris, on comprend ça, jusqu'à maintenant tu
n'avais pas rien dans ton coffre à outils, on va te donner un instrument.
Pourquoi est-il
contre notre amendement qui, lui, prévaut que, dans certaines circonstances, il
se pourrait qu'on puisse contester la version française? Ça, ça serait une égalité
devant la Constitution. Mais dans l'approche du ministre, non, en fin de
course, Mme la Présidente, le français va prévaloir, et donc il aura la majorité
de la décision intellectuelle. N'est-ce pas là un motif de contestation
juridique inutile qui serait... qu'on pourrait résoudre avec notre amendement?
La Présidente (Mme
Thériault) : M. le ministre.
Jolin-Barrette : La réponse, c'est non. Le député de La Pinière a
des craintes qui ne sont pas avérées, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme
Thériault) : Non, non, c'est le ministre qui a la parole présentement.
M. le ministre.
Jolin-Barrette : Mais, Mme la Présidente, moi, là, mon objectif, là,
c'est de pouvoir guider, hein, le magistrat qui est dans une situation
d'impasse. Et je crois que, comme législateur, en cohérence avec le fait que la
langue de la législation et de la justice au Québec, c'est le français, il est
tout à fait normal, à partir du moment où on respecte l'article 133, de
dire que les deux versions ont une version égale, qu'ultimement, si on n'est
pas capable de réconcilier le tout, ça soit la version française qui puisse guider
le juge. Et je m'explique mal que le député de La Pinière soit contre
cette possibilité-là, Mme la Présidente, moi qui le croyais à la défense et à
la promotion de la langue française.
La Présidente (Mme
Thériault) : Merci, M. le ministre. M. le député.
M. Barrette :
Mme la Présidente, point de règlement, on me prête des intentions. Débattre, ça
ne veut pas dire qu'on est pour ou contre.
La Présidente (Mme
Thériault) : Je suis convaincue...
M. Barrette :
J'exige des excuses, Mme la Présidente.
Jolin-Barrette : ...va voter en faveur de l'article 7.1, et je
pourrai constater à ce moment-là s'il est en faveur ou il est contre. Alors, Mme
la Présidente, je vais acquiescer à la demande du député de La Pinière,
retirer mes propos, et j'attendrai le moment
opportun pour constater son support ou non à la disposition à
l'article 7.1. Parce que là c'est vrai, c'est prématuré, je réussis
difficilement à déterminer s'il est en faveur de la disposition que je présente.
La Présidente (Mme Thériault) : Et,
puisque nous sommes sur l'amendement, de toute façon, il vous reste un petit
peu moins d'une minute.
M. Barrette : J'aimerais avoir une
courte suspension, Mme la Présidente, parce que la suite des choses va dépendre
de la suspension que vous m'accorderez, j'espère.
La Présidente (Mme Thériault) : Je
vais accorder une courte suspension, oui, effectivement.
Nous suspendons les travaux quelques instants.
(Suspension de la séance à 16 h 37)
Présidente (Mme Thériault) : À l'ordre, s'il vous plaît! Donc, nous
poursuivons nos travaux. Au moment de prendre la petite pause, à la
demande du député de La Pinière, c'était le député de La Pinière qui
avait la parole. Il vous reste 48 secondes.
M. Barrette : Merci, Mme la
Présidente. Alors, je vais simplement terminer mon intervention en reposant ou
en formulant différemment ma question. Le ministre, par sa démarche, je sens
qu'il va voter contre l'amendement. Ne crée-t-il pas une situation où, dans les
faits, n'ouvrant pas la possibilité de faire en sorte que la version française
puisse être contestée, qu'ipso facto il crée une situation légale où il y a un
déséquilibre en faveur de la version française devant la Loi constitutionnelle?
La Présidente (Mme Thériault) :
Merci. M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : La réponse à
cette question-là, c'est non. Non, parce que l'article 133 est pleinement
respecté, les deux textes ont la même valeur légale dans le cadre de
l'interprétation qui doit être donnée par les tribunaux. Et ça, ça signifie que
le juge regarde les deux versions, utilise les règles ordinaires
d'interprétation pour résoudre convenablement le conflit. Et là actuellement,
la situation actuelle, c'est ça, on arrête ici. Et, lorsque les règles
d'interprétation ne permettent pas de résoudre convenablement le conflit, qu'est-ce
qui arrive? Bien, le juge peut décider de prendre la version anglaise qui n'a
pas été étudiée ou arranger ça comme il veut, parce qu'on ne le guide pas, on
ne l'outille pas.
Et là c'est l'étape supplémentaire que nous
faisons, un coup que tout ça a été fait et qu'il n'arrive pas à une règle
d'interprétation qui est convenable, bien, on lui dit : Cher juge,
regardez la version française pour vous guider. C'est uniquement ça qu'on fait.
Alors, on respecte en tous points l'article 133, l'égalité des lois, et on
respecte l'article 7 aussi de la Charte de la langue française, qui met
sur un pied d'égalité la version française et anglaise.
Par contre, ultimement, on fait comme Robert
Bourassa a voulu en 1974. Puis je m'explique mal que, du côté du Parti libéral,
on renie l'héritage de Robert Bourassa aujourd'hui, cet après-midi, parce qu'il
me semblait que la cheffe du Parti libéral, la députée de Saint-Henri—Sainte-Anne,
s'en réclamait. Mais je comprends qu'il y a une brisure entre son héritage et
le nouveau Parti libéral.
M. Barrette : ...quelques secondes?
La Présidente (Mme Thériault) : M.
le député de La Pinière, vous avez 25 secondes.
M. Barrette : 25 secondes?
La Présidente (Mme Thériault) : Oui.
M. Barrette : Le ministre, à
répétition, aujourd'hui et avant, renie cet héritage-là lui-même. C'est ça
qu'il dit, là, il dit : Ah! ah! je ne comprends pas qu'on le renie. Donc,
il met beaucoup de valeur à ça, mais lui-même parle des règles d'interprétation
qui sont venues après. Ça fait que dans les... Tu sais, ça fait pas mal Judas,
là, trois fois, là. Alors là, à un moment donné, là...
M. Jolin-Barrette : Ça, Mme la
Présidente, ce n'est pas très laïque.
M. Barrette : ...c'est beau les
interprétations, là, mais il le fait lui-même. S'il veut absolument retourner à
74, qu'il nous l'explique.
Présidente (Mme Thériault) : Et il ne vous reste plus de temps.
M. Barrette :
C'est dommage.
Présidente (Mme Thériault) : Donc, s'il n'y a plus d'autre
intervention, je vais mettre aux voix l'amendement qui a été déposé par
Mme la députée de Marguerite-Bourgeoys. Mme la députée.
Mme David :
Par appel nominal, s'il vous plaît.
La Présidente (Mme
Thériault) : Un vote par appel nominal. Mme la secrétaire.
La Secrétaire :
Veuillez répondre pour, contre ou abstention. Mme David
(Marguerite-Bourgeoys)?
La Secrétaire :
M. Birnbaum (D'Arcy-McGee)?
La Secrétaire :
M. Barrette (La Pinière)?
La Secrétaire :
M. Jolin-Barrette (Borduas)?
Jolin-Barrette : Contre.
La Secrétaire :
M. Skeete (Sainte-Rose)?
La Secrétaire :
M. Lévesque (Chapleau)?
M. Lévesque
(Chapleau) : Contre.
La Secrétaire :
Mme Proulx (Côte-du-Sud)?
Mme Proulx
(Côte-du-Sud) : Contre.
La Secrétaire :
Mme Guillemette (Roberval)?
Guillemette : Contre.
La Secrétaire :
M. Poulin (Beauce-Sud)?
La Secrétaire :
M. Lemieux (Saint-Jean)?
La Secrétaire :
Mme Ghazal (Mercier)?
Mme Ghazal :
Abstention.
La Secrétaire :
M. Bérubé (Matane-Matapédia)?
La Secrétaire :
Et Mme Thériault (Anjou—Louis-Riel)?
Présidente (Mme Thériault) : Abstention. Donc, l'amendement est
rejeté. Nous revenons donc maintenant à l'article 7.1. Mme la
députée de Marguerite-Bourgeoys.
Mme David :
Bon, on reprend là où on avait laissé. Mais je reste, Mme la Présidente,
extrêmement sur mon appétit, parce que les vrais enjeux n'ont pas été discutés,
parce que notre amendement était un amendement extrêmement raisonnable, extrêmement réfléchi et qui prônait même la
langue française. Alors, toutes les considérations sur la langue
française, etc., on repassera. Parce que je relis notre amendement : «En
cas de divergence entre les versions française et anglaise d'une loi, d'un
règlement ou d'un autre acte visé au paragraphe 1° ou 2° de
l'article 7 nécessitant — parce qu'on enlève le convenablement, et
tout ça, on se défait des choses compliquées — l'usage des règles ordinaires d'interprétation législative par
un tribunal, la version française sera présumée correspondre le mieux à
l'intention du législateur.
«Cette présomption peut être réfutée par toute
preuve contraire.»
Pourquoi on a fait ça, Mme la Présidente?
On a fait ça pour montrer, d'une part, qu'on y croit, à l'article 133 de
la Loi constitutionnelle, qu'on y croit, à l'égalité des deux versions. Et on
dit, en toute démocratie, que «la version française sera présumée correspondre
le mieux». «Présumée», ça veut dire qu'elle peut être réfutée. Alors, quand on
dit «présumée», c'est pour ça qu'on ajoute après «cette présomption peut être
réfutée par toute preuve contraire». Autrement dit, il peut y avoir une
discussion sur la décision du juge.
Là, il n'y en a pas, de discussion sur la
décision du juge, il y a «le texte français prévaut». Pourquoi il prévaut? Le
ministre a dit quelque chose d'intéressant, d'important : La version
anglaise qui n'a pas été étudiée, qui n'a pas été étudiée. Ça,
sous-entendu : on est au Québec, c'est seulement en français, tout se
passe en français, on fait l'étude
article par
article en français, il y a une
traduction anglaise après, mais elle n'a pas été étudiée.
Ça veut dire quoi, ça, au niveau de
l'article 133? Ça veut dire que le ministre a... j'ai l'impression qu'il
est en train de dire qu'elle n'est pas aussi valable, la version anglaise,
puisqu'elle n'a pas été étudiée, elle n'est pas aussi valable. Or,
l'article 133, et il l'a dit, l'article 7 dit vraiment :
l'égalité des deux versions.
Alors, s'il y a égalité des deux versions,
pourquoi est-il contre le fait que nous lui proposons de présumer la version
française correspondre le mieux à l'intention du législateur? C'est quand même
très, très affirmatif, ça. Mais, en toute démocratie, en tout respect du
processus, on dit : «Cette présomption peut être réfutée par toute preuve
contraire.» Il me semble que, quand on est soi-même juriste, comme le ministre
l'est, c'est le fun de pouvoir avoir ce débat-là, c'est fait pour ça, la loi,
c'est fait pour ça, la formation légale. Puis, puisqu'il aime beaucoup référer
à des gens qui ont un statut, puis, bon,
Jean Leclair, etc., ça, ça... Je l'ai retenue, je l'ai mise en jaune, ça
va être formidable, cette citation du ministre. Je vous avertis, je vais
beaucoup m'en servir, parce qu'il a dit des choses avec lesquelles vous n'êtes
pas du tout d'accord. Mais, comme c'est un grand juriste, il faut l'écouter,
donc nous l'écouterons jusqu'au bout selon vos commentaires. Ça va être
formidable.
Maintenant,
s'il dit quelque chose qui est important, pourquoi on ne peut pas aussi citer le Barreau
puis l'Association du Barreau canadien? Le Barreau dit, par rapport au
mot «convenablement», à la page 16 de son mémoire :
«L'article 7.1 semble trop vague et imprécis puisqu'il indique que le
texte français prévaudra lorsque la divergence ne sera pas résolue
"convenablement". En se référant au test de la résolution convenable,
ceci risque de créer de nombreux litiges inutiles basés sur une notion non
juridiquement définie.» Ce n'est pas des deux de pique, il me semble. Il est membre du Barreau lui-même. Il y a plein de membres du Barreau, là, qui écoutent ça puis qui
disent : Bien, il me semble que ce n'est pas juridiquement défini. Je pose
la question : Pourquoi ça ne... pourquoi on ne l'enlèverait pas, ce
bout-là? Dans notre amendement, nous, on l'enlève, le mot. Il me semble que ça
règle beaucoup de questions.
Et je continue, l'Association du Barreau
canadien, qui dit critiquer... «L'ABC-Québec, comme certains autres intervenants, est préoccupée par la
prépondérance qui serait conférée par cette disposition à la version
française, en cas de divergence entre les versions française et anglaise d'une
loi, d'un règlement ou d'un autre acte. D'un point de vue constitutionnel, une
telle prépondérance semble incompatible avec le statut d'égalité des versions
française et anglaise des actes de la législature du Québec prévu à
l'article 133 de la Loi constitutionnelle de 1867».
Alors, le nouveau texte proposé par notre amendement
ne prévoit pas que la version française prévaut sur la version anglaise en cas
de divergence entre les versions officielles, mais ne fait que prévoir une
présomption simple que la version française correspond le mieux à l'intention
du législateur. Cette présomption, comme le rappelle notre dernier alinéa, peut
être réfutée par toute preuve contraire.
Ce qui est
formidable, c'est que le ministre, au tout début, il y a deux semaines,
quand j'ai demandé de définir le terme
«convenablement», le ministre a répondu que «convenablement» voulait dire
«raisonnable», ce qui lui
convient tout à fait, et conforme à l'intention du législateur, vous l'avez
dit. Alors, si vous l'avez dit, pourquoi vous ne trouvez pas que c'est une
bonne idée, notre amendement, de dire : La version française sera présumée
correspondre le mieux à l'intention du législateur, et d'accepter que ça puisse
être challengé? Mon collègue a parlé de veto, tout à l'heure, je suis un peu
d'accord avec lui, ça ressemble plus à un mode veto qu'à un mode : Bien,
on pourrait réfuter cette présomption que la version française prévale, puis ça
serait peut-être une très bonne idée.
Alors, je ne comprends pas, puis je ne comprends
pas, il est... vous n'êtes pas revenu sur cette doctrine, qui est tellement
citée par les différents arrêts de la Cour suprême, de Driedger, que vous
connaissez, c'est sûr, puis vous avez 10 jours pour aller relire tout ça,
là. Alors, il y a trois principes, il y a l'esprit de la loi, il y a l'objet de
la loi, puis il y a l'intention du législateur. Puis tout le monde se base sur
cet auteur-là puis sur son livre en 1983, et puis que c'était vraiment... Construction
of Statutes , bon, ça s'appelle comme ça, de ce professeur-là. Alors, si
c'est si important que ça, si la Cour suprême a cité, à de nombreuses reprises,
ces trois principes-là, bien, voulez-vous bien me dire comment ça se fait...
Un, on n'a pas eu d'exemple où le juge a été, comme vous avez dit, acculé au
pied du mur et puis ne plus savoir quoi faire. Puis pourquoi, en cas de doute,
le français a plus d'importance? Puis là j'ai entendu cette phrase : La
version anglaise qui n'a pas été étudiée.
Autrement
dit, au Québec, c'est le français qui est valable, l'anglais ne l'est pas,
alors qu'on est encore, jusqu'à preuve du
contraire, sous la Loi
constitutionnelle de 1867, sous
l'article 133, où vous avez répété à de multiples reprises que les deux valeurs... les deux
versions, anglaise, française, étaient équivalentes. Donc, comment concilier
que les deux versions sont équivalentes et
votre phrase : Ah! la version anglaise qui n'a pas été étudiée, autrement
dit, au parlement?
Puis vous avez même
dit une autre phrase que vous allez répéter très, très, très souvent dans les
prochains mois, c'est toute l'approche, la
théorie de la souveraineté parlementaire : Est-ce que ça veut dire que
c'est les juges qui vont décider? Bien oui, c'est les juges qui vont
décider, mais votre juge est acculé au pied du mur, il est... semble-t-il qu'il
ne sait plus quoi faire, il est complètement mal pris, bien, le Barreau vous
dit que ça n'a pas de bon sens. ABC vous dit que ça n'a pas de bon sens.
D'autres profs vous disent que ça n'a pas de bon sens.
Bien là, on vous
propose une avenue que je trouve tellement raisonnable, tellement bien
équilibrée, puis ça va être ça pas mal tout
le long, là, une approche équilibrée, raisonnable. Alors, le français et
l'anglais, il est sur son mur. Au
lieu de dire : C'est le français parce que c'est les parlementaires, les
élus, la doctrine, la souveraineté parlementaire, etc., bien, dire : On présume que le français
va être la version retenue, mais, c'est drôle, on pourrait contester ça.
Bien, je trouve que, il me semble, c'est
fait pour ça, les tribunaux, de pouvoir avoir... Vous qui aimez tant débattre,
bien, quand vous serez juge, peut-être, un jour, vous allez dire :
Bien, oui, O.K., je vais me laisser challenger par ça, je vais me laisser poser
des questions. Je trouve ça raisonnable, alors que, là, les gens, des gens
quand même importants, des juristes importants, vous disent... puis un ensemble
de juristes, là, le Barreau, puis l'Association du Barreau canadien, c'est quand même beaucoup de juristes
qui disent : Bien, voyons donc, vous risquez d'être contestés, et
puis ça sera... ça va être un peu ennuyant pour vous, à moins que vous vouliez
passer votre vie à être contestés pour les différentes lois devant la Cour
suprême.
Alors, je
relis : «La prépondérance ainsi — et ça, c'est le Barreau — donnée
à la version française par le projet de loi pourrait être considérée comme
visant à nier le statut d'égalité des versions française et anglaise d'une loi ou d'un règlement, ce qui contreviendrait à
l'article 133 de la Loi constitutionnelle.
L'article 7.1 semble trop
vague et imprécis puisqu'il indique que le
texte français prévaudra lorsque la divergence ne sera pas résolue
convenablement.» Nous, on vous offre de
l'enlever, ce mot-là. On vous trouve une avenue de... qui est très, très, très
convenable, justement, et qui résout votre problème de... Puis vous
n'avez pas répondu. J'ai tellement hâte d'entendre la réponse. Je n'ai pas entendu la réponse, tout le monde est
témoin : Pourquoi la version anglaise de 96, du projet de loi n° 96,
est différente de la version anglaise de 1974, que, supposément, on aime
tant, de 1974? «Properly» puis «satisfactorily», je ne suis pas une anglophone,
mon collègue l'a dit, puis moi... Pour moi, ça ne veut pas dire la même chose.
Dans mon grand anglais savant, je n'aurais jamais dit «satisfactorily and
properly» pour dire la même chose.
Alors, c'est
formidable que vous êtes pris devant votre propre divergence entre deux
versions. Bien oui, parce que ce n'est pas les mêmes mots. Puis vous vous
vantez de prendre exactement le libellé. Puis je l'ai, j'ai été vérifier. Vous
avez raison, la loi 22, c'est l'article 2, dit exactement votre
libellé actuel. Mais on va en anglais en 1974 puis en anglais en 2021, pouf!
l'anglais a changé. Puis ça, c'est vrai, c'est des faits, là. Vous ne pouvez
pas me contester ça. Donc, j'ai hâte que je vous me répondiez à ça, mais là je
veux des vraies réponses. Pourquoi, notre amendement,
il n'est pas acceptable à vos yeux? On vous trouve vraiment une voie de passage
qui est sage, raisonnable, et qui vous évite bien des poursuites.
La Présidente (Mme
Thériault) : M. le ministre.
Jolin-Barrette : Alors, plusieurs choses, mais moi, je ne suis pas
d'accord que je ne réponds pas, parce que ça fait plusieurs jours qu'on est sur
cette disposition-là, puis je réponds très clairement.
L'utilisation du
terme en anglais, bien, en fait, les légistes et les traducteurs qu'on a nous
disent que, par cohérence avec le corpus qu'on a désormais, c'est les termes
qui sont employés, d'où la divergence entre 1974 et aujourd'hui par cohérence
avec le corpus que nous avons ces jours-ci aussi. On s'entend que ce sont des synonymes.
Bon, deuxième question,
moi, je trouve ça intéressant, parce que la députée de Marguerite-Bourgeoys
nous dit : Aïe! Le Barreau dit ça, le Barreau du Québec dit ça,
l'Association du Barreau canadien dit ça. Qu'est-ce que pense la députée de Marguerite-Bourgeoys
de la procédure judiciaire qui a été entreprise par le Barreau du Québec en
2018 pour faire invalider toutes les lois de l'Assemblée nationale du Québec?
Était-elle d'accord avec la position du Barreau du Québec de faire en sorte de
placer l'État québécois, de placer les citoyens du Québec face à une situation,
Mme la Présidente, qui aurait invalidé l'ensemble du corpus législatif?
Alors, je me doute
qu'il y a eu des discussions au Conseil des ministres de l'époque, mais je ne
suis pas convaincu que le Barreau avait raison de faire ça, puis que c'était
approprié, puis que son opinion était la bonne dans ce dossier-là. La preuve,
et j'en prends, à titre, la précédente ministre de la Justice, je pense qu'elle
partageait mon opinion relativement au Barreau. Alors, ce n'est pas parce que
le Barreau dit une chose un jour que, nécessairement, c'est la bonne opinion.
Ça peut faire argument d'autorité, j'en conviens, mais le Barreau peut se
tromper aussi.
La Présidente (Mme
Thériault) : Mme la députée de Marguerite-Bourgeoys.
Mme David :
Je trouve ça... Je ne sais pas quel mot employer, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme
Thériault) : Un propos parlementaire, je vous suggère.
Mme David : Un
propos parlementaire, c'est facile. Est-ce que c'est correct, ça? C'est un peu
facile. Là, vous nous avez dit, vous : Voyons donc, c'est votre héros,
c'est le héros de la cheffe, Robert Bourassa, donc il faudrait être d'accord
avec tout, tout, tout ce qui est arrivé, tout ce qu'il a dit, chaque parole, le
Barreau, ah! regardez, il a dit ça pour telle affaire, donc... Je veux dire, ça
n'a pas de bon sens. Même vous, vous ne voudrez pas passer à l'histoire en
disant : Bien, parce qu'il a fait telle chose, tel jour, à telle heure,
tout le reste de sa carrière et ce qu'il a fait n'a aucune valeur. Ça ne tient
pas, ce genre de réponse là, en tout respect, parce que, O.K., le Barreau a
peut-être dit ça à ce moment-là, mais là il dit autre chose sur un autre sujet,
puis l'Association du Barreau canadien dit ça aussi, puis d'autres personnes
disent ça : Attention, c'est dangereux constitutionnellement. Alors,
parlons de ce sujet-là, parlons du fait que des gens disent : Attention,
il y a un risque.
Puis, au-delà de ça, je n'ai pas encore la
réponse. Pourquoi le français doit prévaloir? Pourquoi il doit prévaloir, le français,
si les deux versions sont égales devant l'article 133? Pourquoi choisir le
français, acculé au pied du mur, alors que... Et pourquoi ne pas trouver
raisonnable, intelligent, je ne sais pas quoi, parce que ça ne vient pas de vous, peut-être, je ne le sais pas... mais
notre formulation d'amendement? Elle n'est pas en train de dire : Le texte anglais prévaut. Elle n'est pas en train de dire :
Le texte français prévaut. Elle est en train de dire : Bien,
le texte français prévaut jusqu'à preuve du contraire, s'il est réfuté.
Moi, je le trouve brillant, notre amendement, en tout respect.
La Présidente (Mme Thériault) : M.
le ministre.
M. Jolin-Barrette : Bien, Mme la
Présidente, avec égards, je ne doute pas que la députée de Marguerite-Bourgeoys
le trouve brillant puisque c'est elle-même qui l'a rédigé. Alors, c'est sûr
que, généralement, on est à l'aise et on trouve ça bon, ce qu'on rédige, puis
je partage son sentiment.
Cela étant, l'amendement vient complexifier les
choses, d'autant plus que la règle, c'est une règle d'interprétation au
bénéfice du juge, qui, lui... Et, vous l'avez bien dit, on vient l'aider. On
vient l'accompagner lorsqu'il se retrouve le dos acculé au mur, qu'il se trouve
dans une impasse. Et, vous, ce que vous dites, bien, vous dites : Bien, avec notre amendement,
on viendrait présumer que c'est correct. Mais le juge, lui, il a besoin d'une
directive pour dire... Le législateur, qu'est-ce qu'il lui dit? Il dit : À
partir du moment, là, où vous êtes dans cette situation, là, d'impasse là, dans
ce cul-de-sac-là, là, voici la règle que vous devrez mettre en place,
ultimement, après les règles d'interprétation.
Alors, en tout point, ça respecte l'égalité des
deux textes, la valeur juridique des deux textes, en français et en anglais. Par
contre, ce que l'on fait, c'est qu'on
exerce notre juridiction, en tant que législateurs, de guider le
judiciaire et de dire : Écoutez, dans le cas d'un conflit d'interprétation
entre deux versions d'une loi, voici la marche à suivre, et, ultimement, si
vous êtes pris au piège, voici vers quelle version vous devrez tendre pour
interpréter l'intention du législateur, c'est-à-dire la version française. Ça
respecte les enseignements de Blaikie, ça respecte l'article 133 et ça
respecte aussi la Charte de la langue française, qui dit que les versions française
et anglaise ont la même valeur juridique, mais que la langue de la législation
et la langue de la justice est le français, et c'est ça.
La Présidente (Mme Thériault) : Mme
la députée de Marguerite-Bourgeoys.
Mme David : Alors, j'aimerais que
vous me disiez en quoi notre amendement ne respecte pas Blaikie, ne respecte
pas votre vision de la langue française, votre vision de la prépondérance de la
souveraineté parlementaire. Je ne vois pas en quoi notre version, notre amendement,
qui dit : La version française sera présumée correspondre le mieux... Il
me semble, ça aide le juge en titi, ça, de se faire dire ça. On lui en donne
une... parce que vous présumez qu'il a bien fait ses devoirs, qu'il a pris les
trois principes de l'esprit... bien, enfin tout ce qui est... les trois
principes d'interprétation, l'esprit, l'objet, l'intention du législateur, vous
présumez. Mon collègue a dit : Peut-être qu'il va passer un peu vite puis
il va décider d'aller tout de suite à la version française. Vous avez
dit : Non, non, non, il va faire son travail, il est obligé, etc. Bon,
mais nous, on dit : Bien, mettons une version française qui va être
présumée correspondre le mieux. Présumer, ça veut dire quelque chose en termes
juridiques. On présume que ça correspond le mieux. Moi, je pensais que vous
accueilleriez ça en disant : Bien, c'est raisonnable. Nous, les articles
de loi qui vont être raisonnables, vous l'avez vu jusqu'à maintenant, on vote
pour, puis c'est correct. Alors, on ne va pas être contre automatiquement. Oui,
mais il y en a eu, des choses là-dedans. Il y en a eu, des choses là-dedans.
Alors là, j'ai l'impression... Je n'entends pas de bonnes raisons pour ne pas
acquiescer à notre amendement raisonnable.
La Présidente (Mme Thériault) : M.
le ministre.
M. Jolin-Barrette : Bien, moi, Mme
la Présidente, je n'entends pas de bonnes raisons pour ne pas accepter de voter
en faveur de l'article 7.1 tel qu'il est formulé. Moi, je ne vois pas
c'est quoi, le malaise du Parti libéral de dire : Écoutez, les deux textes
sont égaux, puis, lorsque les règles d'interprétation ordinaires ne
fonctionnent pas, hein, que ça ne permet pas d'arriver à un résultat qui est
convenable, qui est intelligible, qui est raisonnable, à ce moment-là, on dit
au juge : Tournez-vous vers la version française pour résoudre cette
difficulté d'interprétation là. C'est conforme à l'article 133. C'est
conforme à la charte.
Moi, je m'explique mal le malaise du Parti
libéral, de dire : Bien, écoutez, on est au Québec, oui, les versions sont
égales, mais la langue officielle, c'est le français, les deux textes ont la
même valeur juridique, les règles d'interprétation font en sorte qu'ils sont
interprétés sur un même pied d'égalité. Les lois sont adoptées dans le même
angle, d'accord, mais on pose une situation concrète. Quel est... Pourquoi
cette frilosité-là à dire : Écoutez, là, il y a un
problème, là, on est dans le coin, là, le juge, il est dans le coin, là, il ne
peut pas en sortir à moins que lui-même réécrive la disposition? Alors, nous,
on dit : Écoutez, on va jouer notre rôle de législateurs jusqu'au bout. On
lui dit : Écoutez, quand vous êtes pris dans une telle situation, plutôt
que d'arranger une patente, là, en fonction de la solution que vous allez
trouver...
Puis, d'autant plus, la présomption, ça
complexifie les choses, parce que le juge va se dire dans son bureau :
C'est présumé, O.K., mais là qu'est-ce que je fais avec la présomption? La
présomption, elle est appropriée dans le cas où il y a un fardeau de preuve à
faire, pour faciliter le fardeau de preuve ou pour dire : Bien, écoutez,
ça va être ça, puis on ne pas retirer cette présomption-là. Mais là on n'est
pas dans ce débat-là, on est sur le juge par rapport à la disposition. Alors,
au moment où il doit rendre son jugement puis il doit donner l'interprétation
de cela, je m'explique mal le malaise du Parti libéral là-dessus, de
dire : Bien, écoutez, il y a un vide actuellement, comblons-le. Et c'est
ce que la disposition prévue au projet de loi, là, fait. Honnêtement, moi, je
trouve qu'avec la présomption ça complexifie les choses et ça risque
d'entraîner des problèmes juridiques puis des contestations.
La Présidente (Mme Thériault) : Mme
la députée.
Mme David : Oui. Je veux tellement
bien expliquer au ministre qu'on va déposer un autre amendement.
La Présidente (Mme Thériault) : Vous
allez déposer un autre amendement? On va déposer un autre amendement. M. le
député, ça va? Il y a un amendement à déposer. Vous aurez tout votre temps
après quand on viendra sur l'article comme
tel, là. Ça va permettre de pouvoir passer à l'amendement que j'ai déjà en
main, et il est sur Greffier puisque
vous le déposez. Donc, si vous voulez en faire la lecture, Mme la députée de Marguerite-Bourgeoys.
David : Alors, l'article...
L'article...
Attendez, il faut que je lise toute cette page-là, j'imagine.
L'article 5 qui...
L'article 7.1 de la Charte de la langue française.
L'article 5 du projet de loi est modifié :
1° par le remplacement, dans l'article 7.1
de la Charte de la langue française qu'il introduit, des mots «que les règles
ordinaires d'interprétation ne permettent pas de résoudre convenablement, le
texte français prévaut» par les mots «nécessitant l'usage des règles ordinaires
d'interprétation législative par un tribunal judiciaire ou administratif, la
version française sera présumée correspondre le mieux à l'intention du
législateur»;
2° l'ajout, à la fin de l'article 7.1 de la
Charte de la langue française qu'il introduit, de l'alinéa suivant :
«Cette présomption peut être réfutée par toute
preuve contraire.»
Alors, essentiellement — commentaires — l'article 7.1
de Charte de la langue française introduit par le projet de loi tel qu'amendé
se lirait ainsi :
«7.1.
En cas de divergence entre les versions
française et anglaise d'une loi, d'un règlement ou d'un autre acte visé
paragraphe 1° ou 2° de l'article 7 nécessitant l'usage des règles
ordinaires d'interprétation législative par un tribunal judiciaire et administratif, la version française sera présumée
correspondre le mieux à l'intention du législateur.
«Cette présomption peut être réfutée par toute
preuve contraire.»
Présidente (Mme Thériault) :
Donc, c'est l'amendement comme tel. Tout le monde en a pris
connaissance? Donc, sur votre amendement, Mme la députée, allez-y.
Mme David : Essentiellement, pour
continuer le débat, parce qu'il n'est pas nécessairement terminé, nous avons défini les sortes de tribunaux. Alors, on a
mis «par un tribunal judiciaire et administratif» parce que les deux
peuvent être touchés. Alors, on trouvait ça
important de le préciser. Et on laisse «la version française
sera présumée correspondre le mieux à l'intention du législateur» parce
qu'on pense, encore une fois, que ça laisse beaucoup plus de place à la
réflexion plus démocratique de pouvoir avoir cette réfutation par toute preuve
contraire, et puis qu'effectivement de dire que c'est la version française qui
prévaut est comme une espèce de dogme de... À partir du moment où il y a cette
contradiction de base, entre le fait que la version française et anglaise sont
équivalentes, là, on s'en va dire que la version française va prévaloir.
Et je n'ai toujours,
toujours pas eu d'exemple. Le député de La Pinière a demandé
depuis le début : Donnez-nous donc des exemples de ce juge acculé
au pied du mur, qui est tout mal pris, qui ne sait pas quoi faire, alors qu'on
vit avec les principes, justement,
de règles d'interprétation qui permettent toujours de trancher. Il
dit : C'est extrêmement rare. Mais c'est-tu tellement rare que ça
ne serait pas besoin d'avoir ça, d'une part? Et, d'autre part, c'est tellement
rare, peut-être, parce que les trois principes de règles ordinaires
d'interprétation législative sont suffisamment clairs pour toujours arriver à
une décision ou bien... Je veux dire, une fois que tu regardes l'esprit de la
loi, l'objet de la loi et l'intention du législateur, bien, ça veut dire que,
vraiment, là, il y a eu un examen à fond des trois principes, et ces
principes-là ont été tellement souvent utilisés pour arriver à des conclusions
que je me demande pourquoi il faut pencher sur une langue plutôt qu'une autre.
Et là j'ai compris, en filigrane, mais même pas
en filigrane, que, parce qu'on est au Québec, c'est la version française, parce
que la version anglaise n'a pas été étudiée. O.K., mais, à ce moment-là, qu'il
conteste carrément l'article 133, qu'il dise : On n'a plus besoin
d'être dans le Canada, à la limite, puis qu'on fasse nos lois nous-mêmes, puis
ça sera tout en français, parce que, si... Le ministre, il est mal pris dans sa
tête parce qu'il est pris avec des lois constitutionnelles.
La Constitution est canadienne. Elle n'est pas québécoise. Ça, c'est un autre
débat. Elle est canadienne. Elle est canadienne avec un petit tiroir, de
l'article 45, on en convient, mais elle est canadienne quand même.
L'article 133, il s'applique à la grandeur du Canada. On est d'accord. Le
fait que les versions française et anglaise soient d'égale valeur, vous l'avez répété, c'est
très important, et elles sont d'égale valeur. Alors, on donne des
principes qui regardent l'esprit, l'objet, l'intention du législateur puis on
arrive avec : Non, non, non, une fois que tout ça, là, c'est à peu près
égal, bien là il faut décider pour un ou pour l'autre. Il me semble que ça ne
tient pas la route avec le principe d'égalité des deux versions.
Alors, peut-être que j'ai des collègues qui
veulent aussi intervenir, parce que, sinon, je sens que je vais encore parler
trop longtemps.
La Présidente (Mme Thériault) : Je
vais laisser le droit de parole au ministre avant. Après ça, on ira au député
de La Pinière. M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Juste quelques
points. Je constate que l'amendement, tout ce qu'il change, là, c'est qu'on
vient rajouter «tribunaux administratifs» puis «tribunaux judiciaires». Alors,
l'amendement, il est pas mal similaire. Alors, je ne ferai pas de question de
recevabilité sur l'amendement à ce stade-ci parce que la discussion est intéressante,
puis je suis sûr qu'on va progresser dans le cadre du projet de loi
aujourd'hui.
Cela étant, si on avait voulu, là, dans le cadre
du projet de loi, venir contourner ou venir contester l'article 33, on
aurait fait la même chose... 133, on aurait fait la même chose que la
loi 101 en 1977. On serait venus enlever l'article 7 de la Charte de
la langue française pour enlever le statut de valeur égale des versions française
et anglaise. Ce n'est pas ça pantoute qu'on fait. Ce n'est pas ça pantoute. Il
n'est pas question de contester l'article 133. Il n'est pas question de
dire que les versions françaises et les versions anglaises n'ont pas la même
valeur, aucunement. Ce qu'on dit, et là c'est davantage au niveau du
judiciaire, c'est qu'à partir du moment où il y a un conflit entre les deux
versions puis que les règles d'interprétation ne permettent pas de résoudre le
conflit, le juge, à ce moment-là, on lui dit : Écoutez, vous êtes dans une
situation où vous ne pouvez pas résoudre le conflit, plutôt que de réécrire la
loi avec votre sagesse, hein, référez-vous à la version de la langue française
pour donner une version intelligible. Ça respecte 133.
Puis là, si on donne des arguments historiques,
tu sais, la Loi constitutionnelle de 1867, elle appartient aux États fédérés,
hein? Le gouvernement fédéral est créé à cause des États fédérés qui ont choisi
cette union économique là. Là, vous me direz... Je n'étais pas là à l'époque
puis vous non plus, mais vous me direz, peut-être, qu'on n'a pas consulté la
population avant, hein, relativement à cette union-là des quatre provinces à
l'origine pour la fondation du Canada, par rapport à la Loi constitutionnelle
de 1867. Bien, ça, on pourrait s'amuser longuement avec ça. Mais, pire encore,
le Québec n'a vraiment pas été consulté sur la Loi constitutionnelle de 1982,
puis ça, c'est un autre débat qu'on risque d'avoir un petit peu plus loin.
Alors, le législateur québécois, au fil des ans,
à partir de 1969, hein, a décidé d'apporter et d'amener des lois à teneur
linguistique pour protéger puis valoriser le français, notamment en 1974, hein,
qui fait de la langue officielle... qui fait du français la langue officielle
de l'État québécois. Ça, on doit donner ça à Robert Bourassa, son
article 2
aussi, qui dit : Bien, écoutez, quand il y a un conflit d'interprétation,
regardez la langue française. 133 était là à cette époque-là, 133 est là, et
133 n'est pas contesté.
Là, j'ai compris, Mme la Présidente, que peut-être
que la députée de Marguerite-Bourgeoys nous invite ou nous incite à adopter une
résolution pour une modification constitutionnelle, je ne sais pas si c'est la
nouvelle position du Parti libéral,
peut-être le saurais-je au fur et à mesure où on va étudier le projet de loi,
pour venir modifier l'article 133. Nous, ce n'est pas notre choix,
mais peut-être que c'est le nouveau nationalisme du Parti libéral qui fera en
sorte de venir modifier l'article 133. Bien, je serais surpris, mais je
peux être surpris de plein de choses. Il y a beaucoup de choses qui changent en
politique ces temps-ci, notamment la redéfinition des partis.
Cela étant, Mme la Présidente, l'amendement, il
est similaire au précédent. Et, nous, ce qu'on vous propose comme texte législatif,
c'est de venir clarifier les choses. Le législateur vient dire au
judiciaire : Écoutez, là, plutôt, là,
que de bricoler une solution, hein, parce que vous n'avez pas été capable, en
vertu des règles d'interprétation
normales, d'arriver à une solution qui est convenable, bien, référez-vous, M.
le juge, à la version française, en tout respect des deux versions de la loi,
de l'égalité, tout ça. Je ne peux pas être plus clair que ça.
Moi, tout ce que je trouve avec les amendements
qui sont déposés par la députée de Marguerite-Bourgeoys, c'est que ça complexifie le processus : présomption... Là, on vient dire : tribunaux administratifs,
tribunaux judiciaires. Est-ce qu'on oublie des choses? Notre disposition,
elle est très, très claire. J'ai eu l'occasion de l'expliquer à de multiples reprises. Mais je comprends que le Parti libéral est figé à cet article-là, puis il y
a plein d'autres dispositions superintéressantes à étudier dans le cadre
du projet de loi.
Mme David : ...avec le ministre. Il
y a plein d'autres articles, mais on est aussi figés que le ministre est figé.
On est dans de la glace. Il fait froid dehors.
M. Jolin-Barrette : Mme la
Présidente, la démonstration du fait que je ne suis pas figé, c'est que j'ai
accepté des amendements depuis le départ, Mme la Présidente. Et, écoutez,
quand il va y avoir des bons amendements, je n'ai pas de gêne à dire que je
vais les accepter. Mais, sur celui-ci, moi, je pense que c'est important de
dire : Oui, on doit laisser la marge de manoeuvre en faveur de la langue
française, en faveur de l'interprétation, ultimement, puis je pense que le Parti
libéral devrait être d'accord avec ça.
La Présidente (Mme Thériault) :
Merci. Mme la députée de Marguerite-Bourgeoys.
Mme David :
...que l'amendement qui a été accepté, c'est parce que c'était une grosse
erreur évidente, sur «Amérindiens». Alors, je pense, ça aurait été très gênant
pour le ministre de refuser cet amendement-là. Mais je laisserais la parole à
un collègue.
Présidente (Mme Thériault) :
...notre collègue de La Pinière. M. le
député de La Pinière, la parole est à vous.
M. Barrette : C'est toujours amusant
d'écouter le ministre, Mme la Présidente, pour voir comment il passe par la
planète Mars pour arriver à son argument et à sa conclusion, chemin qui est complètement...
qui n'est pas juste complètement inutile, mais qui dévie le propos. Quand le ministre,
Mme la Présidente...
M. Jolin-Barrette : Mme la
Présidente, c'est prêter des intentions puis ce n'est pas gentil.
M. Barrette : Non, non, non, je vais
étayer mon affaire, Mme la Présidente. Je vais l'étayer avec un exemple simple
que le ministre...
M. Jolin-Barrette : Non, non,
mais... pas le droit de dire ça.
La Présidente (Mme Thériault) : Là,
pour commencer, pour commencer, il y a une personne à la fois qui parle. Bien,
moi, je ne peux pas vous écouter quand j'entends quelqu'un d'autre parler, puis
je suis très attentive à tous les propos, peu importe qui a la parole. Donc, je
vais vous demander tous d'écouter l'argumentaire. On reviendra après. Puis je
vais aussi rappeler au député d'essayer d'être prudent dans les propos,
d'essayer de prendre des termes qui n'engendrent pas de débats.
Barrette : Alors, l'exemple
que je vais prendre est une citation récente du ministre lorsqu'il fait
référence au Barreau, qui a posé la question : On va-tu invalider toutes
lois? pour venir discréditer notre argumentaire. Mettons qu'on n'est pas dans
le même sujet. On n'est pas dans la même ampleur. On n'est pas dans la même
perspective. Moi, depuis le début,
Mme la Présidente, j'essaie de respecter le sujet et d'aborder les choses
de la seule et unique perspective dont on devrait débattre. 7.1
respecte-t-il... crée-t-il une situation qui va être en contravention
de 133? Alors, moi, j'apprécierais qu'on ne parle que de ça, ne pas
partir... Le Parti libéral, le ceci, le cela. Non, non, on est des
législateurs, on a nos côtés de la table, de la Chambre, puis notre job est
justement de voir s'il pourrait y avoir un problème. Faire ces débats-là,
Mme la Présidente, c'est, en quelque part, apolitique.
Que le
ministre... J'ai dit : En quelque part. Que le ministre veuille, lui, en
faire de la politique à cette étape-ci de l'évolution du projet de loi,
c'est complètement inapproprié, parce que notre enjeu est un enjeu juridique.
Je l'ai dit tantôt, Mme la Présidente, je l'ai dit clairement, nous, on
veut juste s'assurer que cet article-là, après la sanction de la loi, ne soit pas contesté, ce qui devrait être un
souhait du ministre. Des fois, je ne suis pas sûr. Des fois, je me dis, ça
lui plairait, là, ça lui plairait d'aller en
cour puis de gagner. Il serait triste s'il perdait. Mais il y a une chose qui
est certaine, là, cet article-là, techniquement, il n'est pas sous une
éventuelle clause dérogatoire parce que le propos, c'est 133.
Bon, je reviens à mon propos. Le ministre, là,
nous revient tout le temps, tout le temps avec le même argument : On est
les législateurs, l'Assemblée est souveraine, c'est à nous de décider les
affaires. Mais, en même temps, c'est à nous de décider les affaires, c'est
toujours dans un contexte où un pauvre juge va se retrouver devant une impasse,
et on veut lui donner, au pauvre juge qui se retrouve devant une impasse, un
outil pour résoudre comment? Juridiquement. Ce n'est pas la souveraineté, là,
de l'Assemblée. On veut lui donner un outil législatif pour exercer le droit,
son jugement. Ça revient quand même à une décision juridique, tout comme un
juge n'écrit pas des lois. Je ne veux pas revenir sur le débat, là.
Quand le ministre revient sur ce débat-là, il
fait exactement ce que je lui reproche. Il parle de d'autres choses pour ne pas
qu'on s'adresse à la chose. La chose, elle est simple. Est-ce que, devant la
Constitution, les deux textes sont égaux? Quand on écoute le ministre, ils
sont égaux au départ et inégaux à l'arrivée. Ils sont tellement inégaux à
l'arrivée, là, que — je
vais citer le ministre — le
juge est pris au piège. Il est pris au piège, le juge. C'est l'exemple qu'il a
donné lui-même il y a trois minutes. Il est pris au piège par quoi? Par la
méchante version anglaise. Ce n'est pas explicite, mais pas loin.
M. Jolin-Barrette : Le député prête
des propos que je n'ai pas dits.
M. Barrette : Bien, il est pris au
piège, c'est...
M. Jolin-Barrette : Non, non, non,
j'ai dit «pris au piège» parce qu'il est dans une situation où il ne peut pas
résoudre le conflit.
M. Barrette : Il y a-tu une question
de règlement, Mme la Présidente?
M. Jolin-Barrette : Alors, Mme la
Présidente, on ne peut pas prêter des intentions sur des choses qu'on n'a pas
dites. Ce n'est pas permis de déformer les propos des collègues, avec égards. Le
député de La Pinière sait que je l'aime beaucoup, mais il ne peut pas
faire ça, hein? Ça fait qu'on a une bonne harmonie ici, ça fait qu'il n'invente
pas des affaires. Ce n'est pas ça que j'ai dit.
M. Barrette :
Mme la Présidente?
La Présidente (Mme Thériault) : Oui,
M. le député de La Pinière, je vais juste vous demander de...
M. Barrette : Bon, je n'ai rien
inventé, j'ai fait une citation.
M. Jolin-Barrette : ...pas exacte,
la citation.
M. Barrette : Le juge est pris au
piège entre deux versions. Évidemment que le piège, il n'est sûrement pas dans la version française, il est pris... Le
piège, il est... Puis ça, c'est le mot du ministre, «piège», ce n'est pas le
mien. Le juge est mal pris parce qu'il y a une discordance d'interprétation
entre les deux textes, à moins que le ministre me dise qu'il est possible
que ce soit à cause du texte français. Ça serait merveilleux. D'ailleurs, je
vais la poser, la question. Est-ce que ça peut être à cause de la version
française, le piège?
La Présidente (Mme Thériault) : M.
le ministre.
M. Jolin-Barrette : Alors, Mme la
Présidente, la question principale du député de La Pinière, il a commencé
son intervention comme ça, il a dit : Est-ce que... je veux bien cerner,
là, l'enjeu, là. Avant de parler de chasse et pêche, là, sa première question,
c'est : Je veux bien cerner l'enjeu, moi, je vais rester, là, sur 133,
malgré le fait qu'il va à gauche, à droite, depuis tantôt, sur plein d'autres
sujets puis il me reproche de vouloir lui répondre, Mme la Présidente. C'est
bien la première fois que ça arrive. Je vous donne des explications, mais on me
dit que je donne trop d'explications. En tout cas.
Alors, sa question,
au député de La Pinière, c'est — et
je la résume : Est-ce que ça va contrevenir à l'article 133 de la Loi
constitutionnelle de 1867 ? La réponse, c'est non. Ça ne peut pas être
plus clair de ça.
Pour ce qui est du piège, hein, ce que j'ai dit,
c'est que le juge, il est pris au piège parce qu'après les règles
d'interprétation il se retrouve dans une situation, et ça ne lui permet pas de
réconcilier les versions, ça ne lui permet pas d'arriver à une interprétation
raisonnable, convenable, conformément aux règles d'interprétation.
Alors, l'article 133 est respecté.
L'article 7 de la loi est respecté, ce qui fait en sorte que les versions
françaises et anglaises ont la même valeur juridique. Cependant, il existe un
espace pour faire en sorte qu'à partir du moment où les règles d'interprétation
ne permettent pas convenablement de résoudre le conflit, d'indiquer au juge
plutôt que lui-même d'ar