Health and Social Services — 15 February 2017 (41st Legislature, 1st Session)
CSSS 2017-02-15
Quebec — Committees
Alors,
une meilleure application des mesures et des obligations prévues dans la
loi serait possible si les médecins gestionnaires pouvaient compter sur
une forme de soutien de la part des administrateurs. Donc, c'est dire qu'on souhaiterait avoir un
meilleur partenariat médico-administratif. Et c'est là où est-ce qu'on revient aux effets potentiels du
projet de loi n° 130 qui nous préoccupe, ce projet envoie en quelque sorte le message que le secteur administratif
du réseau de la santé est le seul
garant d'un bon encadrement des services et des soins, alors que, dans la réalité, il doit y avoir
un équilibre entre le secteur administratif et les médecins, et c'est ce qu'on
appelle avoir une saine gouvernance clinique. Et ce qu'on craint avec le
projet de loi n° 130 dans sa forme actuelle, c'est que ça vient nier
l'effet positif d'une saine gouvernance
clinique, nier l'effet positif d'un sain partenariat médico-administratif et ça
vient peut-être écarter les médecins dans
la recherche de solutions. Il ne faut pas les écarter, et c'est pourquoi on a
mis en place, à l'AMQ, un regroupement des
médecins gestionnaires en 2015 pour leur offrir justement un soutien concernant
l'organisation des services et de les outiller
adéquatement. On organise un colloque annuel pour discuter des enjeux actuels
qui les touchent et on offre des formations en leadership médical qui
répondent à leurs besoins.
Sachez
que l'AMQ offre son entière collaboration au ministre de la Santé pour qu'il y
ait des efforts concertés pour
répondre aux besoins des médecins gestionnaires et de les soutenir dans leur
rôle. Nous considérons que l'expertise de
l'AMQ en matière de leadership médical et de professionnalisme peut aider le
gouvernement du Québec à assurer une meilleure application de la loi
actuelle sans faire des changements législatifs majeurs.
Je passe la parole au
Dr Hugo Viens, qui présentera les recommandations plus spécifiques de l'AMQ.
Viens (Hugo) : Merci, Dre
Jen. M. le Président, M. le
ministre, MM. et Mmes les députés,
c'est donc notre expertise et notre connaissance des médecins gestionnaires et du professionnalisme médical qui nous
permettent d'affirmer aujourd'hui que la solution ne passe pas par ce projet de loi dans sa forme actuelle et que des modifications sont souhaitées.
Pour avoir suivi attentivement le déroulement de la commission depuis quelques jours, je sais que M. le ministre nous dira que l'intention est
de créer un fil conducteur dans le réseau
de la santé, que le projet de loi a pour objectif de donner des leviers pour une meilleure gestion de l'octroi et des renouvellements des privilèges.
Malgré cela, nous restons profondément inquiets, sur le projet de loi, que le projet de loi donne aux P.D.G. des établissements le droit de faire une recommandation directement au C.A., ce qui réduit considérablement la responsabilité du CMDP, en lui donnant un rôle simplement
consultatif.
Nous reconnaissons la
responsabilité collective des médecins envers la société. L'autonomie et la
capacité d'autorégulation n'enlèvent pas l'obligation de concilier leurs intérêts et les besoins professionnels avec les
ressources disponibles, dans l'intérêt de la population. Toutefois, ce projet
de loi individualise la responsabilité et le principe d'autorégulation des médecins. Les systèmes performants comme les
Kaiser Permanente favorisent une responsabilité
et une imputabilité collectives des
médecins et des administrateurs en
matière de qualité des services et d'utilisation optimale des ressources. L'imputabilité et la
responsabilité conjointes des médecins et des gestionnaires sont déjà assurées
dans la Loi des services de santé et
des services sociaux, mais la culture d'application doit être consolidée. Comme
le disait ma collègue la Dre Jen, une législation supplémentaire ne fera
pas en sorte, à notre avis, que les intervenants auront magiquement les connaissances et les compétences pour l'appliquer
efficacement. C'est donc un travail collaboratif qui doit s'amorcer.
Afin
d'aider le travail des parlementaires, nous avons fait des recommandations
précises dans notre mémoire pour plusieurs
des articles qui nous préoccupent. Nous pensons que le projet de loi pourrait
être modifié pour répondre aux problèmes
actuels sans ébranler les structures inutilement. Nous espérons que les
modifications proposées seront retenues. Toutefois, si les membres de la commission souhaitent aller de l'avant
avec les articles tels que libellés, permettez-nous de faire des
propositions pour nous assurer que cette nouvelle législation n'affecte pas la
mobilisation des médecins.
D'abord,
le ministre devrait laisser une période raisonnable pour que les médecins
gestionnaires et les gestionnaires du réseau mettent en place les
éléments de la réforme déjà en cours. Le gouvernement pourrait créer un comité
de travail qui se pencherait sur la clarification du rôle des médecins
gestionnaires et du soutien dont ils ont besoin. S'il n'y avait pas
d'amélioration, selon les objectifs qui seront établis, le ministre pourrait
alors appliquer ces mesures. Toutefois, le gouvernement serait plus avisé de
mettre en place une mécanique de soutien, voire de tutelle pour une gouvernance
médicale fautive, sans pénaliser ceux qui font leur travail comme il se doit.
nous apparaît également essentiel de mettre en place un mécanisme d'appel pour
les médecins qui perdraient leurs
privilèges de façon à éviter des décisions arbitraires et injustifiées.
L'absence de contre-pouvoir dans le projet de loi est préoccupante parce qu'elle peut aller jusqu'à
menacer la carrière d'un médecin. La seule option actuellement pour un médecin serait d'utiliser le Tribunal des
professions, encourageant un processus judiciaire qui ne devrait être utilisé
qu'en dernier recours. Il faudrait également
inclure une mesure d'appel devant le CMDP ou le C.A. d'un établissement.
Par exemple, le rôle du comité de discipline pourrait être élargi à cet effet.
Finalement, un
mécanisme de concertation avec les médecins pour fixer des cibles à atteindre
est nécessaire. Il permettrait aux
organisations de choisir des solutions à appliquer pour atteindre ces cibles.
Les médecins, tout comme les
gestionnaires, doivent avoir accès à des données et des indicateurs fiables
pour analyser leur pratique, se comparer et mesurer l'atteinte des
résultats.
le ministre, en tant que médecin, vous savez, comme nous, que la dose d'un
médicament peut devenir un poison si elle est trop forte. C'est pourquoi l'AMQ
demande quelques modifications au projet de loi n° 130 pour éviter que
cela ne se produise. Nous croyons aussi qu'il faut laisser le temps aux
médecins gestionnaires de mettre en place la réforme actuelle sur le terrain.
Tout comme vous, ils souhaitent améliorer notre système de santé et des
services sociaux.
M. le ministre, M.
le Président, nous sommes maintenant prêts à répondre à vos questions.
Président (M. Merlini) : Merci, Dre Jen et Dr Viens, pour cet exposé.
Nous allons débuter immédiatement la
période d'échange avec le député de La Pinière, ministre de la Santé et
des Services sociaux. Vous disposez d'un bloc de 21 minutes. À vous
la parole, M. le ministre.
M. Barrette : Merci, M. le
Président. Dre Jen, Dr Viens, merci d'abord d'être venus et merci de votre
présentation qui est d'une autre
teneur et d'un autre ton que ce que l'on a entendu hier. Et je pense qu'on doit
le souligner, là, parce qu'honnêtement
hier ce n'était pas à la hauteur de ce que le corps médical peut livrer comme
exercice dans le processus d'évaluation
ou de consultation d'un projet de loi qui est présenté par le gouvernement dans
cette Assemblée. Et je suis content
que vous ayez abordé le projet de loi de la façon dont vous l'avez fait, à
savoir d'une façon objective, et rassurez-vous, là, vous êtes ici parce
qu'on a besoin de vous entendre, on est ici pour être conseillés, et
d'échanger.
vais commencer en mettant la table de façon suivante : Quand j'écoute le
corps médical, évidemment, le corps médical,
disons, dans le projet de loi, là, puis ici on ne parlera pas des autres
volets, là, de plaintes et d'approvisionnement, parce que vous venez ici parler de la
partie médicale en termes de
gouvernance, le corps médical se sent menacé par ce projet de loi là, qui, dans les faits, n'est pas
une révolution en soi. D'aucuns pourraient dire que c'en est une, parce que
c'est vrai que ça fait un pas qui n'a jamais
été franchi dans le passé. Mais, si une chose que ce n'est pas, ce n'est pas un
projet de loi qui vise à faire en sorte
qu'un P.D.G. d'établissement ait un pouvoir de vie ou de mort professionnelle
sur un médecin. Alors, dans une
certaine mesure, commencez par le voir, comme je l'ai dit précédemment, comme
étant un complément à la loi
n° 10. Dans l'évolution de la réforme que l'on met en place, il y a un
élément qui manquait qui est celui de ce complément-là. Il faut le voir
comme ça.
Quand
vous parlez de la nécessaire collaboration et implication entre les
gestionnaires purs et les médecins, c'est exactement ce que je pense, là, puis je l'ai dit dans tous les autres
projets de loi qui ont touché la santé, à un moment donné... Moi, j'ai été élevé dans la cogestion, et c'est
clair qu'elle doit être là. Quand vous nous dites, Dr Jen... Et d'ailleurs je
salue le fait que vous êtes la
première organisation à avoir, il y a plusieurs années, mis en place des
programmes de formation, pour les
médecins, en gestion. Puis vous avez raison là-dessus, là, il y a plein, plein
de médecins qui ne comprennent pas la loi, qui ne comprennent pas les
règles dans lesquelles ils naviguent et qui donc n'agissent pas.
contre, vous avez dit aussi que... vous avez convenu qu'il y avait des
problèmes dans le réseau, là, et qu'à certains égards ces problèmes-là... — et ça, c'est votre opinion, avec laquelle je
ne suis pas totalement d'accord, je suis d'accord en partie, mais pas totalement — vous dites : Dans le réseau, les lois
actuelles permettent de résoudre les choses. O.K. Je pense que non, moi, que ça ne permet pas de régler
toutes les choses. Le projet de loi n° 130 n'est pas un projet de loi pour
venir gérer la pratique professionnelle d'un médecin, mais bien de faire en
sorte que les balises selon lesquelles le médecin navigue dans le
système, elles, doivent être l'objet d'un certain encadrement.
Viens, vous avez fait référence... — et ça, ça me désole un peu de voir cette
perception-là, compte tenu du fait que
je l'ai dit à plusieurs reprises — vous avez parlé de données d'indicateurs
fiables, et ainsi de suite, là. Ce projet de loi là, là, ce n'est pas un projet de loi qui a été écrit
pour dire : Vous devez faire tant d'examens par jour ou voir tant de
patients par jour. Il y a d'autres
manières de gérer ça, par la négociation, et ainsi de suite, mettons, par
exemple, la loi n° 20. Ce n'est pas fait pour ça, là, ça, là. Ça,
c'est fait pour que, dans une organisation — on va être simple, là, dans
les commentaires — la machine roule, que la machine soit bien
huilée. La meilleure façon de le dire, là, c'est que cette loi-là doit être le lubrifiant du système. Ça ne marche
pas, là, bien, il y a quelque chose qui accroche, il y a un grain dans l'engrenage, il faut avoir la capacité d'agir sur
le grain qui nuit à l'engrenage. Alors, c'est comme ça qu'il faut le voir.
Vous
parlez de culture d'application, vous avez bien raison. Et, sur le terrain, là,
il y en a, des problèmes dans les organisations.
Parce qu'évidemment, quand on parle de ça, on parle de privilèges, hein, on ne
parle pas de la médecine au complet.
On parle de la médecine au complet mais dans une institution sur un territoire,
maintenant avec les CISSS. Alors, il
faut avoir ces leviers-là pour faire en sorte que la machine fonctionne. Et là
il y a plein d'exemples. Vous les avez entendus.
Je suis content de voir que vous avez suivi les travaux, donc vous avez entendu
les exemples que j'ai donnés.
Viens, vous avez vous-même fait référence à Kaiser. J'y ai souvent fait
référence moi-même. Il n'y a probablement pas d'organisation... Kaiser,
pour le bénéfice de tout le monde, c'est plus gros que le Québec en clientèle,
nombre d'institutions, et ainsi de suite, et
ça fait tout ce que le Québec fait. Alors, Kaiser, c'est le Québec en plus
gros, pas beaucoup plus gros, là, mais c'est quand même au moins le
Québec, et, vous savez — vous
allez me le confirmer, là, dans vos commentaires
ultérieurs — il n'y a
pas plus réglementé que Kaiser. Et pourtant, au conseil d'administration de
Kaiser, c'est une majorité de
médecins, en passant, et, quand on descend, oui, il y a des gestionnaires puis
il y a une cogestion, mais la
pratique médicale, elle est encadrée, elle est réglementée. Puis je ne dis pas
qu'il faut faire ça, là, ce n'est pas ça que je dis, là. Ce que je dis, là, c'est que le fait d'avoir une forme
d'encadrement, qui est donc un niveau de contrainte x, ça n'empêche pas la bonne pratique de la médecine,
puis ce n'est pas un déni d'autonomie professionnelle, c'est juste que
c'est un système qui fonctionne.
Alors,
la question que j'aurais à vous poser... Puis d'ailleurs je vous invite à faire
tous les commentaires qui vous viennent
à l'esprit sur ce que je viens de dire. Et, dans l'esprit de ce que je viens de
dire, là, n'est-il pas possible ou ne serait-il
pas possible de faire en sorte que nous puissions nous entendre sur ce qui est
le plus petit commun dénominateur de
règles à mettre dans une institution? Quand vous vous exprimez en disant :
Ça ne peut pas être le P.D.G., là, qui va venir me dire quelle dose de médicament donner, vous avez bien raison,
c'est bien évident, là. Mais ce n'est pas ça, le projet de loi. Est-ce que, par contre... Et là, Dr Viens, je sais que
vous, vous êtes chirurgien. Dre Jen, vous, je pense que c'est médecine
de...
Mme Jen
(Yun) : Spécialiste en santé publique.
M. Barrette :
...santé publique.
Mme Jen
(Yun) : Médecine préventive, oui.
Barrette : La santé publique, on pourrait en reparler. N'est-il pas
normal, dans vos secteurs respectifs, qu'à un moment donné, là, il y a un levier pour que, le bloc opératoire, les
règles de bloc opératoire soient observées, point final, pas peut-être oui aujourd'hui, puis... Non,
non, c'est ça, la règle, là, puis on marche tous dans la même vitesse, là.
En santé publique, n'est-il pas normal à un
moment donné que le gouvernement ou le CISSS ait un certain nombre de priorités à au moins respecter? Et là ma question
est la suivante, comme je l'ai dit tantôt, je la répète : N'est-il pas
possible, souhaitable et possible,
souhaitable d'abord, possible ensuite, à ce qu'on détermine collectivement
c'est quoi, la palette de règles qui
nous manquent actuellement à propos desquelles, nouvel environnement, les gens
seront formés? Vous le faites
vous-mêmes. J'ai dit ça à la FMSQ hier. Formez-nous. Bien, non, formez-vous,
là. Je veux dire, vous n'êtes pas des enfants,
là, vous êtes capables, si ça vous intéresse, la gestion, de vous former. Vous
en donnez, de la formation, qui est très
bonne, d'ailleurs. Ça se fait. Mais ne manque-t-il pas ça, ces règles-là, et
n'est-il pas possible collectivement d'en arriver à la détermination de ce qu'il manque dans notre réseau pour
corriger les problèmes que vous-mêmes voyez sur le terrain?
Mme Jen
(Yun) : Merci, M. le
ministre, pour ces commentaires qui, selon moi, viennent clarifier comment on
devrait interpréter le projet de loi
n° 130. Et je dirais d'emblée qu'entre ce que vous expliquez puis entre ce
qui est écrit, il y a un certain
écart, alors, surtout quand on parle de la dose avec laquelle on va appliquer
les balises, je pense qu'il y a une certaine variation dans
l'interprétation qu'on fait du projet de loi.
Mon deuxième
commentaire, avant de répondre à la question, c'est que les règles, les
mécanismes et les balises ne sont pas
magiques. Elles sont nécessaires, mais elles ne sont pas magiques. Ce n'est pas
la panacée. Il ne suffit pas d'avoir des règles et des mécanismes, encore faut-il
les diffuser, les faire connaître, les appliquer et les renforcer. Et
ces étapes-là passent par les médecins
gestionnaires. Et ce que nous, on constate, c'est que, premièrement, le
dénominateur commun dont vous parlez
existe déjà, puis il existe déjà dans la loi actuelle de santé et services
sociaux. Le problème, c'est dans
l'application. Et ce que nous, on pose comme diagnostic, c'est que les médecins
gestionnaires ne sont pas bien outillés
pour jouer le rôle qu'ils doivent jouer, pour renforcer justement les règles,
les appliquer, les règles qui existent déjà.
Alors, voici ma
partie de la réponse. Je passe
la parole à Dr Viens pour un complément.
M. Viens
(Hugo) : Écoutez, il y a des éléments très stimulants et intéressants
dans la discussion qu'on a aujourd'hui. Je pense que c'est très
constructif. Les modèles de gestion médicale, vous parlez des
Kaiser Permanente, les modèles d'application sont divers, les modes de
facturation sont divers, tout réside dans la capacité de créer une dynamique d'organisation qui soit positive et qui soit
empreinte d'imputabilité et de responsabilité, et je pense que c'est ce qui est
l'essence, essentiellement, de la loi
n° 130. Et, comme quand on parlait de médicaments tout à l'heure, on ne
dit pas que vous essayez d'induire ou
d'injecter un poison au réseau, mais bien un médicament, nos seules critiques
sont sur la dose et la vitesse avec laquelle on infuse le médicament.
Pour revenir
sur la notion des indicateurs dont vous parliez, dans mon commentaire tout à
l'heure, puis ça, c'est un des points
que j'ai retenus de la discussion avec la FMSQ hier, sur la nécessité
d'obtenir... Pour la bonne gestion d'un réseau et l'imputabilité, on a besoin d'indicateurs, de livrables, de
notions claires d'imputabilité, ce qu'actuellement, dans le réseau, on considère qu'en tout cas il y a un flou
à ça, et je crois que ces indicateurs-là pourraient être précisés à l'intérieur
d'une loi ou soit de modes d'application des
responsabilités respectives, sans nécessairement qu'on aille à une autorité
suprême, qui a le désavantage actuellement, et c'est notre principale
inquiétude, de démotiver le réseau.
Et il faut
comprendre que, dans la position actuelle, principalement sur
l'article 27, il y a un coup de semonce très fort qui est perçu dans la communauté médicale et
qui est dangereux. Moi, je vous dis, on est... Pour avoir été vice-président
d'un CMDP pendant cinq ans, je peux vous
dire que, oui, on a une problématique avec la culture d'application, puis là je
parle bien de culture d'application, parce
que ce qu'on répète et ce que plusieurs acteurs ont répété depuis le début de
la commission, c'est qu'il y a des
éléments qui sont là qui sont probablement suffisants, mais effectivement, vous
avez raison, puis il y a eu des
problèmes... Les CMDP l'ont demandée, l'augmentation de leurs pouvoirs des fois
pour agir sur les pas gentils ou les
méchants, là, comme Dr Arata... auxquels Dr Arata référait. Cette culture-là d'application n'est actuellement
pas nécessairement bien appliquée. Elle n'existe pas, cette... ou très peu.
Au CMDP, on a
des règlements et on sait très bien qu'à l'intérieur des règlements
du CMDP la mesure coercitive est
inquiétante pour les médecins. Et, même dans un hôpital où les médecins sont
de grands collaborateurs... Principalement, je vous dirais, le milieu dans lequel je travaille et j'ai oeuvré dans
les 15 dernières années, Saint-Jean-sur-Richelieu, on a une médecine très collaborative, on a un
partenariat médico-administratif très fort, et ça fonctionne très, très
bien. Et je peux vous dire que les
effets délétères de l'application de la loi n° 130, même pour des
médecins qui sont des gentils du réseau... se trouveraient démotivés et
verraient un affront à ça, qui peut être perçu... C'est peut-être une question
de perception, mais il y a un énorme danger,
là, parce que, je vous dis, le «backlash» de la communauté médicale face à une
mesure d'application telle que de donner les
pouvoirs à un D.G. d'hôpital sur les privilèges d'un médecin, on touche là à
un sacro-saint principe qui fait
partie de
la culture. Les cultures, ça peut évoluer, et je pense que, dans les dernières
années, on a vu évoluer une culture,
et la présence du ministre qu'on a actuellement est certainement un élément
important dans cette évolution de
culture là. Une culture qui évolue n'est pas nécessairement... n'évolue pas
nécessairement dans le mauvais sens,
à notre avis. Mais il y a des grands dangers à ça. La loi n° 130,
l'application par un D.G. de cette autorité-là va être perçue de façon
très, très, très délétère par le réseau, et ça nous inquiète.
La démotivation a été rapportée par plusieurs
autres organismes, et on demandait d'expliquer, à plusieurs reprises, quel va être l'effet le plus pervers de
ça. Les députés de l'opposition l'ont mentionné à quelques reprises. Sans
avoir de réponse très claire, mais je vous dirais que, si on demande aux
gestionnaires, aux médecins gestionnaires actuellement, aux chefs de
département auxquels on demande l'application un peu plus rigoureuse des
modalités de gestion,
de l'imputabilité... bien, si ces médecins gestionnaires là ne sont pas
capables d'aller voir leurs membres dans un simple département, là, avec des gens qui sont sur le terrain, qui
travaillent tous les jours et leur dire : Tu dois collaborer, parce qu'on a monté ces médecins-là contre une
imposition ultime, cette démobilisation-là est dangereuse. Nous en sommes
convaincus.
Barrette : Alors là, je vais vous soumettre la chose suivante, O.K.?
Puis on va remettre les choses dans... Je vais reprendre votre propos et vous préciser certains éléments.
Aujourd'hui, aujourd'hui, le privilège que reçoit un médecin, ça n'est pas un automatisme, en partant, là.
Alors, quand les médecins pensent actuellement que c'est un drame dramatique
d'avoir des conditions parce qu'une autorité
au-dessus de lui va avoir l'autorité de, bien, c'est déjà comme ça. Ce n'est
pas un automatisme, recevoir des privilèges.
Les conditions pour avoir les privilèges sont extrêmement minimales, mais
la mécanique d'obtention des privilèges,
elle existe déjà. Alors, quand les médecins disent : C'est dangereux,
c'est ceci, c'est cela, bien, ce
n'est pas parce que ça, ça va arriver. C'est déjà comme ça. Il y a des
conditions, mais qui sont extrêmement minimales.
La question,
à ce moment-là, ou la crainte pourrait être justifiée si les conditions
d'obtention de privilèges devenaient aléatoires
et au bon vouloir d'une personne, O.K.? C'est une critique qui est très
positive et ça ne peut pas être comme ça. Ça ne peut pas être comme ça.
Ça ne peut pas... Moi, je suis le P.D.G., je me lève demain matin, puis, à
partir de maintenant, là, tu ne peux pas
être dans un hôpital si tu as une barbe. Bon, je veux dire, c'est ridicule,
l'exemple que je donne, mais c'est la crainte que des gens peuvent avoir
dans l'exagération des choses.
Mon point
ici, là, c'est qu'il y en a, des règles. La question ici est de faire en sorte
que maintenant les règles soient peut-être un petit peu plus serrées,
pas énormément plus serrées. Moi, quand j'écoute les bons, là, parce que vous, vous parlez des pas fins, là, c'est l'expression
qui a été utilisée par d'autres personnes ici précédemment, bien, moi, quand
j'écoute des chefs, actuellement, les chefs,
moi, me parlent puis me disent : Enfin, on va avoir quelque chose
pour — je
donne l'expression que vous connaissez
bien — cheffer.
Enfin, là, je vais avoir le levier qu'il me faut pour exercer mon rôle
de chef.
Le P.D.G.
dans le projet de loi, là, il doit consulter. Il doit avoir un avis de son DSP.
Il ne peut pas décider de même, là. Ça
doit être déterminé après consultation, adapté au milieu en question. Puis ça
ne peut pas aller à l'infini, cette affaire-là, même pas aussi loin que
les médecins peuvent bien craindre. Mais n'est-il pas normal, en quelque part,
qu'il y ait un certain niveau de contrainte?
Moi, je regarde ça, là, et c'est toujours la même affaire, hein, c'est comme un
contrat. Un contrat, on le sort quand
ça va mal. On ne le sort pas quand ça va bien. Ceux qui ont une pratique collaborative, qui sont impliqués, puis
que ça fonctionne, je ne vois pas, moi, dans le projet de loi, qu'est-ce qui
peut venir changer leur vie, autrement que
la majorité des médecins collaborante dans un milieu, bien
là, va avoir un levier pour pouvoir agir sur sa minorité, que l'on sait être petite partout. C'est toujours
une petite minorité qui fait parfois, malheureusement, plus de troubles, proportionnellement à
son nombre.
Mme Jen
(Yun) : Mais encore une fois
je dirais : Il y a un écart entre ce qu'on met dans la loi et
comment on perçoit la loi. Que de donner la...
M. Barrette : ...ça devient une
question de perception de votre part.
Mme Jen (Yun) : Perception, oui.
M. Barrette : C'est pour ça que
c'est utile qu'on ait ces échanges-là, là.
Mme Jen
(Yun) : Puis la perception
est très importante, comme disait Dr Viens. Le risque de démobiliser
un corps médical est important.
Que de responsabiliser le P.D.G., et qu'il ait le dernier mot sur l'octroi et
le renouvellement des privilèges, est
perçu comme déposséder les CMDP d'une responsabilité qui est importante. Alors, juste cette perception-là a un
potentiel de démobilisation majeure.
M. Viens
(Hugo) : Bien, absolument. Puis on dit la même chose. Ce qui est clair, l'essentiel et
l'essence... Et tout le monde
est allé... tout le monde l'a répété, là, on n'est pas contre les principes, on
est... En fait, on n'est pas contre l'objectif de la loi. C'est dans son application, c'est dans
la vitesse d'infusion du médicament, c'est dans la vitesse avec laquelle ça se fait. On n'est pas en opposition
avec le projet de loi. Vous verrez que le ton est là. C'est dans les
modalités d'application. Et on croit qu'il y a probablement des
ajustements, de meilleures façons de le faire.
M. Barrette : Il ne me reste pas beaucoup
de temps, puis je veux...
Le Président (M. Merlini) : Deux
minutes.
M. Barrette : Il me reste deux
minutes. Il faut absolument que je vous pose cette question-là, parce qu'avec l'échange qu'on a eu c'est la question qui est probablement,
de mon côté, la plus importante. Dans la détermination, là... Puisque vous nous dites que vous êtes confortables
avec la finalité puis vous craignez la manière que ça va être fait ou le
contenu, quelle mécanique verriez-vous ou
recommanderiez-vous pour déterminer quelles sont les obligations que l'on
aurait à déterminer... à être attachées à
l'obtention de privilèges? En fait, il y a-tu une mécanique que vous verriez
comme étant pratique?
Mme Jen (Yun) : Bien, en termes de mécanique, nous croyons, nous
avons la position que les mécaniques sont déjà en place avec la loi
actuelle. Les CMDP devraient participer et l'ensemble des médecins
gestionnaires devraient participer activement avec les administrateurs de
l'établissement pour identifier les cibles de performance. Et c'est notre
position. C'est via une construction d'un
partenariat sain, médico-administratif, qui varie selon chaque milieu
hospitalier. Et, voilà, nous, on persiste à croire que le mécanisme se
fait plutôt via la construction d'un partenariat sain et d'une gouvernance
clinique forte.
M. Barrette :
Donc, dans ce partenariat-là, on peut quand même, ensemble, établir des
règles...
M. Barrette :
...qui vont dans le sens de 130. Très bien, moi, j'ai terminé, je pense, là?
Président (M. Merlini) : Oui, effectivement, M. le ministre, votre
temps est terminé pour ce bloc d'échange. On va maintenant aller du côté de l'opposition officielle. Mme la
députée de Taillon, vous disposez de 12 min 36 s pour
votre bloc d'échange. À vous la parole.
Lamarre : Merci beaucoup, M. le Président. Bonjour, Dre Jen. Bonjour,
Dr Viens. Alors, merci, parce que, vraiment,
l'Association médicale du Québec a cette grande qualité de ne pas représenter
strictement les intérêts spécifiques ou
syndicaux, on va le dire comme ça, des médecins. Vous avez toujours une
approche. D'abord, vous êtes constitués de médecins omnipraticiens, de spécialistes et de résidents, ce qui vous
donne un regard, je pense, qui est plus transversal, et vos approches sont presque toujours
constructives. Alors, je veux vous remercier pour cette approche qui fait du
bien, je vous dirais, dans l'étude de ce projet de loi n° 130.
la page 1 de votre mémoire, vous utilisez une expression qu'on a vue cette
semaine dans les médias. Vous dites : Le ministre, dans son projet de loi n° 130, a les bons objectifs,
mais les moyens ne sont pas bons. Et, cette semaine, on avait exactement
un gros dossier qui disait : Bons objectifs, mauvaise méthode.
Alors,
dans le dossier qui nous occupe, avec le projet de loi n° 130, on a un peu
la même rhétorique, c'est-à-dire qu'on
a encore des objectifs qui sont louables, on veut augmenter la performance de
notre réseau, l'accessibilité du réseau, on veut augmenter l'imputabilité, mais ce que je décode dans votre
mémoire, c'est que les moyens ne sont pas bons, que les méthodes utilisées ne donneront pas les
résultats et qu'un peu à la lumière de ce qui s'est passé actuellement avec le
projet de loi n° 10 et avec plusieurs autres éléments de la réforme du ministre,
bien, on accumule des échecs. On n'accumule pas les résultats qu'on
souhaite, parce que, là, on est presque à trois ans.
Donc,
les diagnostics sont corrects, mais les traitements sont parfois nocifs et même
toxiques. Et je pense que ça, le ministre doit en prendre acte à un moment donné, que de n'utiliser comme seule stratégie que les menaces, ça ne donne pas les résultats escomptés. Et ce qui semble être reproché de
façon maintenant répétitive, et pas seulement par les syndicats,
mais par l'ensemble des intervenants,
c'est la méthode, et la méthode à laquelle le ministre croit, qui est
l'abolition des privilèges des médecins, ne sera pas nécessairement...
ou, en tout cas, un contrôle sur ça fait en sorte que...
Président (M. Merlini) : Question
de... Excusez-moi, Mme la députée. Question de règlement, M. le
ministre?
Barrette : Alors, le projet de loi n'est pas, en aucune manière... Le mot «abolition de privilèges»
n'existe pas dans le projet de loi. Ce n'est pas un projet de loi d'abolition de
privilèges. J'aimerais que notre collègue soit plus précise dans ses termes.
Président (M. Merlini) :
C'est très bien. Alors, vous pouvez continuer, Mme la députée, en faisant évidemment
attention aux propos utilisés, parce qu'effectivement l'objet du projet de loi
n'est pas l'abolition de privilèges. Alors, veuillez continuer. Et ce
temps est pris sur la présidence, et non sur votre temps à vous.
Lamarre : Je vous remercie, mais je pense que les gens qui viennent
témoigner ici comprennent que ça pourrait
aller clairement jusqu'à la restriction au niveau des privilèges, clairement,
parce que c'est ce qui est indiqué dans certains éléments. Alors, on prend acte, mais on décode bien que, dans
le fond, l'intention, elle est là, dans la menace.
Donc,
tout le monde s'entend pour dire : Il faut plus d'imputabilité, il faut
que notre système fonctionne mieux, quand
même, et ça, je pense que vous le reconnaissez, du côté de l'Association
médicale du Québec. Alors, je vous avoue que, dans les suggestions, vous parlez beaucoup de collaboration
médecins gestionnaires et les gestionnaires. Qu'est-ce qui fait
qu'actuellement ça ne fonctionne pas? Parce que ça ne donne pas les résultats
attendus. Peut-être que c'est en processus,
mais là on ne peut pas dire, là, qu'on voit depuis deux ou trois ans... Et,
bien sûr, vous avez insisté beaucoup sur
les éléments de formation que votre association offre, mais qu'est-ce qui
pourrait être plus que juste de la formation? Parce qu'il faut quand même, à un moment donné, en donner pour son
argent à la population, et là le contexte n'est pas satisfaisant. On n'a pas besoin d'énumérer... On
peut se mettre la tête dans le sable puis dire : Non, non, tout va bien
puis ça va s'arranger, mais là il
faut des actions un peu plus concrètes. Qu'est-ce que vous suggérez
concrètement pour que ça s'améliore?
Mme Jen
(Yun) : Merci, Mme Lamarre,
pour votre question. Avant de passer la parole au Dr Viens, je dirais que, de façon générale, ce n'est pas en faisant la
même chose qu'on va arriver à des résultats différents. Donc, ce n'est pas en ajoutant toujours des règles et des mécanismes qu'on
va arriver à des résultats de santé différents. Et, dans ce contexte-là, comme j'ai dit tantôt, des règles, ce
n'est pas magique, des balises, ce n'est pas magique, encore faut-il les
appliquer, les renforcer, et ça, ça passe
par les médecins gestionnaires et les gestionnaires. Et ça prend une bonne
ambiance, un bon climat de collaboration pour trouver des solutions
locales, et la création de ce climat passe par les médecins gestionnaires, et ce qu'on constate maintenant, en
termes de moyens, de façon très générale, on ne rentrera pas dans les détails, c'est que les médecins gestionnaires que
nous avons maintenant, bien qu'ils soient très motivés, ils sont mal outillés,
ils ont besoin de formation, ils ont besoin de
reconnaissance, ils ont besoin d'être valorisés. Bien, voilà, ils ont besoin
d'être outillés. Dr Viens?
M. Viens
(Hugo) : Si vous permettez. On est revenus à quelques reprises sur la
culture d'application et le lien qu'il
y a avec la culture d'application et les problématiques du passé. On doit
comprendre qu'un système est en évolution, et le système a évolué à
vitesse grand V dans les deux dernières années. Ça, il faut le reconnaître. Il
faut reconnaître qu'il y a un épuisement, un
taux de burnout, un découragement de beaucoup de médecins gestionnaires qu'on
ressent sur le plancher, et il y a
une fragilité à ce niveau-là. Le ministre a certainement une qualité d'avoir un
leadership fort, et ça s'est ressenti
dans le réseau, mais à un coût qui est quand même assez élevé, je vous dirais,
sur les gestionnaires du réseau, dans le désir de participer de certains
médecins.
Et on répète encore, ce n'est pas tellement
l'essence ou la volonté derrière le projet de loi, mais vraiment son application. Et je réitère que nous sommes
intéressés à travailler et à collaborer. Je ne veux pas avoir le même ton
qu'hier, mais il y a
des éléments d'application qui peuvent être remis en question,
qui pourraient nous permettre, selon nous, et j'en suis à
peu près certain... en évitant le
côté délétère d'une application trop hâtive, qui pourrait être modifiée, par exemple un modèle de tutelle,
simplement, d'un CMDP qui pourrait, à la limite, être amené si un CMDP ne
réussit pas à aller chercher les pouvoirs nécessaires
pour faire modifier la culture organisationnelle.
Vous savez, en entreprise, on parle de vision,
mission, valeur, et on doit constamment réitérer ça et se rappeler quelle est
la mission, la vision et la valeur, et ça, je crois qu'on l'a oublié dans le réseau dans les 20, 30 dernières
années. On a manqué d'un leadership fort, d'une direction concrète qui
nous amènerait, tout le monde, dans un bateau dans la même direction.
Lamarre : Donc, si je comprends bien, vous seriez plus favorables à ce
qu'il y ait une possibilité pour le ministre de mettre certains CMDP
sous tutelle plutôt que de travailler sur l'atteinte des privilèges ou
l'absence de renégociation de privilèges. Est-ce que c'est comme ça que je dois
comprendre?
M. Viens
(Hugo) : ...les modalités avec lesquelles on peut induire un
changement de culture, on peut assumer et imposer une vision de
leadership fort, sans nécessairement déposséder de ce qui est très cher aux
médecins et qui risquerait de créer de la
grogne, à notre avis, un peu inutile, en donnant le pouvoir aux D.G. Mais on
laisse quand même le pouvoir dans la
main des médecins, qui seraient des médecins d'un CMDP de tutelle, qui pourrait
même être sous le joug de l'Association
des CMDP, mais qui serait un CMDP qui regrouperait toutes les qualités qu'on
connaît à un CMDP qui est capable d'amener un leadership fort, dirigé
par des médecins... de compréhension, de connaissance du réseau, de formation
adéquate et d'imposition d'un leadership fort dans le sens des valeurs
médicales.
Lamarre : O.K., mais, vous savez, la nature humaine est ainsi faite
que, quelle que soit la profession qu'on a, c'est beaucoup plus facile de se concentrer sur les besoins de nos coéquipiers
que de l'ensemble de la population. Et là c'est ce qui est reproché, ce qui est reproché à différents niveaux,
dans différentes... Alors, comment s'assurer que les médecins qui auraient à imposer des mesures qui
viseraient non pas le confort des équipes, mais le confort et l'accès de
l'ensemble de la population d'un territoire soient mieux entendus?
Je vous avoue
que, dans votre mémoire, que j'ai lu et que j'apprécie, quand vous arrivez à la
page 9 en disant : «Il
faudrait mettre un comité de travail qui se pencherait sur la clarification»,
ce n'est pas fort, comme mesure incitative. Alors, c'est pour ça que je vous
requestionne sur la tutelle des CMDP. Mais avant ça il me semble qu'il faut
fixer des indicateurs de performance, des
cibles à atteindre et une volonté... Je suis d'accord avec vous, il faut faire
un partage de cette culture-là à
travers tout l'établissement, mais je ne les vois pas, là, ces
recommandations-là, dans votre mémoire, et, sans ça, je vous avoue que c'est un petit peu... je ne vois pas
comment ça pourrait changer clairement les choses. Alors, il faut qu'il y ait un changement, donc ça prend
peut-être des mesures un petit peu plus, quand même... où on n'ira pas par des menaces. Je comprends bien la mesure de
travailler en synergie, mais avec quand même des indicateurs, des cibles
à atteindre qui sont beaucoup plus tangibles, là, pour les équipes.
M. Viens (Hugo) : La détermination
de ces indicateurs-là, justement, c'est un des éléments sur lesquels ces comités-là pourraient se pencher de façon
collégiale et conviviale, de déterminer vraiment quelles sont les orientations
qu'on doit prendre au niveau de l'imputabilité et de la responsabilité des
différents sous-groupes à l'intérieur de la communauté
médicale et des médecins gestionnaires. Et c'est d'ailleurs un des principes
des modèles de Kaiser, hein, ce n'est
pas un directeur général qui impose, mais les directions sont prises en
fonction d'un comité de pairs, de médecins. Et c'est justement la procédure contraire qu'actuellement on impose,
avec la loi n° 130, en utilisant un directeur général pour imposer les décisions, ou en tout cas
influencer fortement des décisions plus bas sur le terrain. Alors, des mesures
comme celles de renforcement des valeurs du CMDP, de leur... d'une mise en
tutelle, ça, ça n'a pas été essayé dans le passé, cette notion-là n'a
pas non plus été imposée par une culture d'application solide.
Puis ça
existe, hein? Dans le milieu duquel je viens, là, on a une culture
d'application, une culture de responsabilité. Donc, ça s'induit, ça peut être contagieux. Le professionnalisme médical
est contagieux quand on induit et qu'on a un leadership fort local qui demande une application.
Et ça, c'est la notion que j'appelle un peu celle du perron de l'église.
Avant la RAMQ, quand le médecin du village
était sur le perron de l'église, il avait ses citoyens autour de lui, il ne
pouvait pas se déroger à sa responsabilité, s'assurer de la santé des
gens dans son village. On a un petit peu perdu ça dans les dernières années, et ça se retrouve. Le
professionnalisme médical, et l'ADN médical, est encore là. Il s'agit juste de
l'aviver et de le cultiver.
Mme Lamarre : En fait, moi,
j'entends beaucoup que vous êtes d'accord avec l'amélioration du leadership médical, mais l'efficience d'un système
dans un établissement, si on parle plus d'un établissement de santé, ça dépend aussi
d'un nombre important de paramètres : les systèmes de transmission
de l'information, les autres professionnels. Vous avez sûrement entendu parler du modèle de gestion
des contraintes. Et, quand on s'intéresse à ce modèle-là, on se rend compte que ce qu'on pense être la vraie contrainte
n'est pas la même. Est-ce que ça, ça ne serait pas un modèle, le modèle de gestion des contraintes, où, de façon commune,
mais pas seulement les médecins... Là, je vous avoue, là, il faudrait que les médecins acceptent de travailler avec des infirmières, avec des
pharmaciens, avec des préposés, avec des gens de l'entretien ménager pour qu'on prenne le pouls de l'ensemble de la
séquence d'un épisode de soins et qu'on améliore l'efficacité. Est-ce
que ce genre d'approche là vous conviendrait?
Le Président (M. Merlini) : Très rapidement,
votre réponse.
Mme Jen (Yun) : Oui. De façon générale,
on a une approche d'interdisciplinarité, d'abord. Et, par rapport à l'identification des moyens, c'est difficile
d'identifier des moyens qui seront efficaces à coup sûr, mur à mur, ça dépend
des dynamiques locales. Et c'est pour ça
qu'on met beaucoup plus d'emphase sur la dynamique et le climat de
collaboration pour identifier les moyens plus spécifiques qui vont
marcher sur le plan local. Et ça prend des données. Merci.
Président (M. Merlini) : Merci beaucoup pour ce bloc d'échange avec la députée de Taillon. M. le
député de Lévis, du deuxième groupe d'opposition, vous disposez de huit
minutes. À vous la parole.
M. Paradis
(Lévis) : Merci, M. le Président. Dre Jen, Dr Viens, bienvenue. Je ne serai pas très
original, parce qu'on est rendus à
l'étape où, manifestement, dans ce dossier-là, tous ceux qui nous parlent, ou à peu près, sont conscients de l'objectif et du résultat à atteindre,
c'est-à-dire que le système fonctionne de façon optimale, qu'on fasse en
sorte d'éviter ce que les gens en général,
là... Puis je comprends tout ce que ça peut supposer, mais il y a des
réalités que le citoyen, que le
patient voit qui sont très terre à terre. Puis le but de ça, c'est de faire en sorte qu'on atteigne une façon de fonctionner optimale. Et là, depuis le début, il y a deux visions qui s'opposent,
qui se confrontent, qui se mélangent, c'est celles de dire : On a besoin de leviers, on a besoin
d'un petit quelque chose, parce que, manifestement, ça perdure, là, les problématiques qui sont soulevées ici perdurent;
puis d'autres disent : On a déjà tout ce qu'il faut, il faut rien que s'en servir. Il y a des règles, mais elles ne sont pas vraiment
appliquées. Vous le dites également en page 2 de votre mémoire, où vous dites : «Une mise en application plus
rigoureuse de ces articles, et possiblement des amendements mineurs visant
à clarifier le rôle des médecins gestionnaires, à mieux les soutenir,
répondrait aux besoins.»
Mais là ça ne
marche pas, là. Il faut qu'on atteigne un but. Il faut
qu'on atteigne quelque chose. Est-ce que c'est pensable que le projet de
loi soit un outil nécessaire à ce moment-ci? Certains diront : Un mal nécessaire.
Je pose la question. Est-ce qu'on est rendus
là? Parce que, manifestement, malgré ce que vous souhaitez, la formation,
malgré le fait qu'il y a des gens qui veuillent avancer, qui veuillent
faire davantage, il y a cette culture à changer petit à petit, mais il y a des besoins imminents, là, là. Pour
ceux qui nous regardent et nous écoutent, c'est un bloc opératoire qui ne
marche pas comme il devrait fonctionner, par exemple. C'est des gens sont reportés pour mille et une raisons. C'est très, très, très ponctuel, c'est très
factuel. Ça, les gens comprennent ça. Est-ce qu'on n'est pas rendus à avoir
besoin de ça?
Puis
sous-question à ce que je vous dis là... Quand vous dites : L'effet
pervers, c'est la démotivation, je
comprends. Vous n'êtes pas les
premiers à nous dire ça également. Mais expliquez-moi en quoi un médecin qui fait
bien son travail, là, tu sais, où ça
va tout bien, il n'y en a pas, de trouble, il est là, il fait ses trucs puis il
est conscient puis motivé, etc., pourrait être démotivé par quelque chose qui serait mis en place mais qui ne le
contraindrait pas, parce qu'il n'est pas dans les pas fins. Puis ça, ça a été dit par le conseil des médecins,
dentistes et pharmaciens, et c'est le terme qu'on utilise dans l'organisation, là. Vous l'avez dit, c'est une minorité, là, auxquels on veut
s'adresser.
Alors, deux
volets. Est-ce qu'on n'est pas... Est-ce qu'il n'est pas pertinent, parce qu'on
n'est pas rendus là... Et pourquoi on démotiverait des médecins qui font
bien leur job avec un outil qui, manifestement, ne devrait pas les contraindre?
Parce qu'ils ne seront pas assujettis à ça, ils font bien leur travail.
Mme Jen
(Yun) : Très brièvement, je
dirais qu'on est d'accord qu'il y a un besoin imminent de changements sur le terrain, parce qu'il y a des problèmes
vécus sur le terrain. Et, pour résoudre ces problèmes, ça prend des acteurs de
changement. Et nous, on considère que les médecins gestionnaires sont des
acteurs de changement importants. Et donc, pour trouver des solutions, il faut régler... bien, selon notre approche
médicale, il faut poser un diagnostic sur le problème, il faut questionner les médecins gestionnaires
sur, selon eux, c'est quoi, les solutions. Et ils ont répondu, à travers notre
sondage, que, pour pouvoir répondre, pour
pouvoir trouver toutes les solutions terrain, on ne rentrera pas dans les
détails, ça prend les meilleurs leviers, qui prennent forme d'un
meilleur soutien avec l'administration. Donc, ce n'est pas...
Actuellement,
ce qu'ils ressentent, c'est d'être un petit peu laissés tout seuls. On leur dit
qu'ils ont une responsabilité de
coordination, mais, encore, nous ne sommes pas... Les médecins gestionnaires ne
sont pas des gestionnaires de carrière, on s'entend, tout le monde connaît la formation médicale. Ils ont besoin
de soutien de la part des administrateurs, ils ont besoin de formation, ils ont besoin d'outils et
d'information, comme Mme Lamarre venait de souligner. Bien, voilà. Ça,
c'est ma réponse. Dr Viens, vous aimeriez compléter?
Viens (Hugo) : Essentiellement, je crois qu'il y a actuellement un
courant qui est induit quand même, dans les derniers mois, dernières années, avec la formation, avec les
bouleversements actuels, il y a une prise de conscience. Je crois que ce n'est
pas vrai que les problèmes du passé sont appelés à continuer de se répéter
parce qu'il a réellement, je vous
dirais... Les médecins gestionnaires, ça ne date pas d'il y a très longtemps
dans les hôpitaux, et les changements de culture sont présents, et ils le sont, c'est une réalité. Et on est assez
convaincus que, si on laissait évoluer le réseau, actuellement, à la vitesse qui lui permettrait de
fonctionner, de mettre en place le leadership des médecins gestionnaires,
on arriverait à un changement qui serait
palpable. Et, des pas fins, il en resterait beaucoup moins, probablement assez
pour que ça devienne un peu trivial comme
expérience et beaucoup moins problématique dans la perception de la population.
M. Paradis (Lévis) : Dr Viens, je reviens sur le deuxième point. Je comprends bien ce que
vous dites, je comprends les
indicateurs, je comprends de tracer le portrait, le profil, etc. Je reviens sur
cet autre point parce que vous l'avez mis comme un élément majeur. L'effet, vous avez dit, pervers d'un projet
comme celui-là, c'est la démotivation des troupes. Puis vous avez parlé de votre expérience dans
votre milieu, Saint-Jean-sur-Richelieu, où vous avez cette motivation-là,
puis malgré tout vous dites : Il y a comme un danger de.
vous la repose, ma question : Quelqu'un qui fait bien son travail, qui
fait bien, qui est un médecin gestionnaire, qui comprend, qui règle les choses, qui ne fait pas
partie de ceux qu'on
montre du doigt et qui sont une minorité, en quoi, si c'était là, ça
risque de changer son quotidien, dans la mesure où il ne sera pas contraint par
quelque chose qui ne s'appliquera pas à lui? Il nous reste...
M. Viens
(Hugo) : 30 secondes.
M. Paradis (Lévis) : ...un bon trois, quatre minutes, facile, je pense. M. le Président, je
regarde mon chrono, là.
Le Président (M.
Merlini) : 2 min 30 s.
Viens (Hugo) : Écoutez, puis la question est pertinente, je suis même
resté sur mon appétit hier en écoutant les
débats, justement, parce que vous avez reposé la question, on n'a pas pu répondre
à quelque chose d'assez spécifique, puis
je pense qu'il y a des exemples qui sont assez éloquents. J'ai eu une
discussion autour de ça, j'aime beaucoup les discussions de corridor, là, puis aller tâter le pouls de mes collègues,
puis des gentils, et ces gentils-là ne sont pas capables d'accepter. Et, encore là, il y a une question de
perception, là. Il y a un danger parce que, même si c'est une question de
perception, la culture n'est pas encore
assez induite sur le terrain, là, pour que les médecins acceptent actuellement
une imposition d'autorité comme celle-là. Les gentils se sentent pointés du
doigt, se sentent visés et ne comprennent pas, actuellement, la raison
pour laquelle on s'octroierait ce genre de droit là sur leur pratique, alors
qu'ils se sentent tout à fait adéquats dans ce qu'ils font.
c'est justement là, le danger, l'effet pervers de la mesure actuelle, c'est
justement d'atteindre, et d'attaquer... ou, en tout cas, dans la perception que ces gens-là se sentent attaqués,
si on n'a pas laissé le temps à la culture de s'imprégner dans le milieu... et aussi à la culture
d'imputabilité. Ces médecins-là n'ont pas encore la culture d'imputabilité. La
notion du 50 % du budget
programme à laquelle on est rendus, là, vous seriez surpris de savoir à quel
point, dans la population médicale,
on n'est pas formés. On est formés pour donner des services aux patients à tout
prix, c'est notre rôle, on apprend à
donner tout ce qu'on peut donner à notre patient. La notion des contraintes, ce
n'est pas induit, ce n'est pas compris, ce n'est pas non plus... on n'a
pas de formation dans ça.
Donc,
il faut comprendre qu'il y a toute une communauté médicale qui, dans le
terrain, là... Ceux qui sont les gentils, qui travaillent fort dans le quotidien sont ceux qui ont le moins cette
perception-là qu'il est justifié de se faire taper sur la tête avec une loi
comme celle-là. Encore là, il y a de la perception là-dedans. Ce n'est pas
nécessairement l'essence de ce qu'on
retrouve dans la loi, mais il y a un effet très délétère là. Et le temps des
modifications des modalités de l'application, ou simplement du libellé, ou de la prise de position sur le besoin de
contrôle ou le besoin de coercition pourrait être modifié, à notre avis, sans obtenir cet effet délétère là.
Le Président
(M. Merlini) : Merci beaucoup. Ça met un terme à ce bloc
d'échange avec le deuxième groupe d'opposition. Dre Jen, Dr Viens, représentant
l'Association médicale du Québec, merci de votre présence et votre contribution
constructive à nos travaux.
J'ajourne
nos travaux et j'invite les... je suspends, pardon, nos travaux et j'invite
notre prochain groupe à venir prendre place à la table. Les travaux sont
suspendus.
(Suspension de la séance à
12 h 1)
Le Président
(M. Merlini) : À l'ordre, s'il vous plaît! Nous allons reprendre
nos travaux. J'invite les gens à prendre place. Je souhaite donc la bienvenue
aux représentants du Groupe d'approvisionnement en commun de l'Est du Québec,
Sigma Santé et le Groupe d'approvisionnement en commun de l'Ouest du Québec.
vous invite, avant votre exposé, de vous présenter ainsi que les personnes qui
vous accompagnent. Vous disposez de 10 minutes pour votre exposé, et
ensuite on procédera aux échanges avec les membres de la commission. Bienvenue,
la parole est à vous.
M. Gendron
(Yvan) : Parfait. Donc, merci, M. le Président. M. le ministre de la
Santé et Services sociaux, Mmes et MM. les députés du gouvernement et de
l'opposition, mesdames et messieurs, il nous fait plaisir d'être ici dans le
cadre des consultations sur le projet de loi n° 130, loi visant la
modification de certaines dispositions relatives à l'organisation clinique et à
la gestion des établissements de santé et de services sociaux du Québec. Donc,
je tiens d'abord à vous remercier, membres
de la commission, de nous avoir invités pour vous partager notre expérience et
notre point de vue comme acteurs du réseau au service de la population.
Je m'appelle Yvan
Gendron, j'occupe actuellement, pour le bénéfice de la commission, bien sûr, le
poste de président du conseil d'administration
du groupe d'achat en commun Sigma Santé et aussi de président-directeur général
du CIUSSS de l'Est-de-l'Île-de-Montréal. Je
suis accompagné par Mme Nathalie Boisvert, vice-présidente du conseil d'administration du groupe d'achat en commun de
l'Est du Québec, et également M. Daniel Castonguay, qui est président du conseil d'administration du groupe d'achat en
commun de l'Ouest. Mme Boisvert occupe aussi le poste de présidente-directrice générale du Centre régional
de santé et des services sociaux de la Baie-James, et M. Castonguay est
président-directeur général du CISSS de Lanaudière. C'est à ce
titre de
présidents-directeurs généraux que nous participons
aux conseils d'administration, aux travaux de ces groupes d'achats là, en
commun. Donc, la preuve qu'on est impliqués, qu'on est engagés vraiment
dans cette organisation-là.
organisations, dans leur état actuel, existent quand même depuis 2012, avec la
réforme précédente. Elles ont été
créées dans le but d'optimiser la gestion de l'approvisionnement et de réduire
substantiellement les coûts des contrats d'approvisionnement du secteur de la santé et des services sociaux.
D'emblée, je souhaite vous dire que c'est mission accomplie, parce que, depuis 2012, nous avons
réalisé des économies fort importantes, substantielles, de plus de
300 millions de dollars, qui bénéficient directement au trésor
québécois, puis je vais y revenir tantôt.
Donc,
les groupes d'achat en commun et leurs gouvernants sont au coeur du projet de
loi n° 130. Dans ce projet de
loi, le gouvernement redéfinit la gouvernance des groupes d'approvisionnement
en commun et revoit certaines règles relatives
à l'organisation interne des établissements. Je vous rassure tout de suite, le
dépôt de ce projet de loi traduit la volonté
commune des groupes d'achat en commun, les trois groupes, et du ministère afin
de renforcer significativement le
rôle des groupes d'approvisionnement et des établissements dans la gestion du
réseau de la santé et des services sociaux. Nous appuyons en tous points
ce projet de loi.
Nous souhaitons mieux
faire connaître aux parlementaires le rôle de ces groupes d'achat en commun,
leurs réalisations, et, grâce à notre expertise du terrain, notre implication,
proposer quelques précisions au projet de loi.
Pour
la petite histoire, les groupes d'approvisionnement en commun existent depuis
plus de 30 ans au Québec. Ce
n'est pas nouveau. Ils ont pour objectifs de regrouper et d'optimiser les
différentes acquisitions en plus de générer, d'une part, des économies, bien sûr pour les
établissements de santé au Québec, grâce à un processus d'appel d'offres
public et à une mise en concurrence des
entreprises responsables de la fourniture des équipements, de fournitures et de
services dans le réseau québécois de la
santé et des services sociaux. D'autre part, et cela fait
partie de notre
quotidien, de notre source
d'inspiration et de nos responsabilités communes à tous, il nous apparaît
primordial d'assurer à la population une
offre de services de très grande qualité, à nos utilisateurs, au personnel du
réseau et aux médecins, des équipements, des fournitures et des services de haute qualité, tout en étant à
l'affût de l'évolution de la technologie, de son développement et conséquemment de son enseignement. Nous
considérons que nos fournisseurs sont des partenaires de premier plan et, jour
après jour, nous maintenons et développons notre collaboration. C'est notre
devoir.
Comme je le mentionnais plus tôt, et même, depuis
2011, le ministre Bolduc avait demandé aux trois nouveaux regroupements, à ce moment-là, de coordonner leurs
efforts, leurs expertises et nous avait fixé l'objectif de générer des économies de plus de 100 millions de dollars.
En 2015, à son tour, le ministre Barrette nous a demandé de générer des économies de 75 millions récurrentes et
25 millions non récurrentes, supplémentaires, pour les
années 2015-2018. C'est avec
fierté que nous avons non seulement livré la marchandise, mais nous avons même
dépassé ces attentes-là, ces objectifs, tout en rehaussant la qualité de nos achats, et ce, au bénéfice de notre
population, de nos établissements afin qu'ils puissent rencontrer les objectifs budgétaires fixés par le
gouvernement, les objectifs de qualité, d'accessibilité, tout en protégeant
les budgets consacrés aux services. Donc, je
le dis fièrement, au 30 septembre 2016, donc déjà un certain nombre
de mois, les trois regroupements
d'achats ont généré, avec la précieuse implication d'experts cliniques et
administratifs du réseau, grande
collaboration, plus de 300 millions de dollars de nouvelles économies pour
le réseau de la santé. Et ce n'est pas fini.
Comment
avons-nous atteint ces objectifs? Plusieurs éléments de réponse vous seront
exposés aujourd'hui. Les groupes
d'achat en commun sont des entreprises de services partagés d'approvisionnement
qui offrent des services-conseils aux
intervenants des centres intégrés universitaires de santé et de services
sociaux, aux centres intégrés de santé et de services sociaux, aux centres régionaux ainsi qu'aux
établissements non fusionnés en matière d'approvisionnement. Nous sommes
reconnus comme une référence dans le domaine
de l'approvisionnement, notamment grâce à notre expertise en matière de qualité, de transparence et d'efficacité des
processus. Ainsi, nous soutenons nos membres dans la définition de leurs
besoins, nous favorisons leur participation
aux regroupements d'achats, ce qui permet de maximiser, bien sûr, le pouvoir
d'achat, tout en maintenant un environnement
propice à la concurrence, dans le but de générer des économies d'échelle.
groupes d'achat en commun font également la promotion des meilleures pratiques
dans leur domaine. Nous travaillons
en étroite collaboration avec le réseau de l'éducation, notamment avec les
commissions scolaires, les cégeps et
les universités dans notre domaine. Les groupes d'achat en commun sont aussi
responsables, bien sûr, de la gestion, du
développement et de la coordination de tout ce qui se passe au niveau des
services d'approvisionnement en commun des biens et services. La qualité est au
coeur de tous nos mouvements, de tous nos processus développés avec, justement,
les différentes équipes.
L'objectif des
regroupements permet l'obtention de meilleurs contrats d'approvisionnement.
Nous mettons l'emphase sur la
création des meilleurs processus et sommes en constant rafraîchissement de ces
derniers afin qu'ils soient adaptés
aux normes en vigueur, aux besoins de notre clientèle évolutifs, dans
l'assurance de bien desservir nos concitoyens. Nous garantissons aux établissements une acquisition d'équipements et de
fournitures de grande qualité, à la fine pointe de la technologie.
Grâce à la
force, bien sûr, du nombre d'établissements regroupés, les groupes d'achat
peuvent offrir un meilleur pouvoir
d'achat au réseau de la santé québécois en permettant l'élaboration
d'acquisition d'équipements et de fournitures de pointe, ainsi que des services requis par le réseau de la santé et
des services sociaux, au bénéfice de notre population. Grâce à l'apport de nos regroupements, le
pourcentage d'achat a atteint 47 % du volume d'achat global en 2016, ce
qui nous rend également très fiers.
L'équité entre les fournisseurs, la saine concurrence et la transparence sont
au coeur de notre démarche d'affaires et de l'élaboration de nos appels
d'offres.
Pour ce qui est de la gouvernance, qui est au
coeur même de cette démarche législative dont il est question aujourd'hui, j'aborderai rapidement le sujet de la
gouvernance de ces différents groupes d'achat en commun. Veuillez noter que les conseils d'administration des
regroupements sont, entre autres, composés des P.D.G. de chacun des
établissements membres ou encore d'un cadre supérieur relevant
directement de son autorité ainsi que d'un membre représentant la Fédération des médecins spécialistes, pour nommer
ces trois intervenants. Dans l'esprit du sixième alinéa de l'article 2
de la
Loi sur les contrats des organismes
publics, notre reddition de comptes est fondée sur l'imputabilité de nos
dirigeants et sur la bonne
utilisation des fonds publics. Contrairement à ce que prétendent les
représentants de Medec, nous assurons toute
transparence dans le respect des règles et normes de confidentialité exigés et
recommandés lors de signatures de contrats.
Le conseil d'administration définit les
orientations de ces regroupements-là, tient compte évidemment des orientations ministérielles et s'assure de la
reddition des comptes inhérente à leurs activités. Chaque regroupement d'achats
possède des instances qui impliquent directement et quotidiennement plusieurs
directions d'établissement membres. Nous
recevons des mandats d'acquisition en provenance des établissements et du
ministère. Tous ces acteurs jouent un rôle majeur dans la définition des besoins de même que dans l'actualisation
des orientations et des activités des regroupements.
Ces groupes
d'achat en commun agissent selon un mode de fonctionnement collégial dans la
formation des comités qui procèdent à
l'acquisition des biens et services pour les établissements, ce qui permet
d'éviter que des décisions soient prises
unilatéralement. Nous nous assurons de former plusieurs comités, composés des
spécialistes de haut niveau oeuvrant dans
notre réseau, ayant chacun leur mandat spécifique selon la nature des
acquisitions. Nous consultons, par exemple, les infirmières cliniciennes, les chercheurs, les ingénieurs, médecins,
physiciens, nutritionnistes, pour nommer ceux-là, selon les besoins. Ils
ont hautement à coeur la qualité des services.
Les groupes
d'achat en commun travaillent en étroite collaboration avec leurs
administrateurs. Notre mode de gouvernance, basé sur cette
collaboration, contribue à l'amélioration de la qualité des services à la
population en se regroupant. C'est un mode
de fonctionnement à l'écoute des membres, qui est garant de notre succès sur
des économies générées. Nous sommes,
par contre, en constante réflexion quant aux différentes approches, bien sûr,
pour s'assurer de faire évoluer nos
pratiques, une grande collaboration entre les trois grands groupes d'approvisionnement,
qui nous permet d'assurer une
synergie en fonction de l'expertise développée, de la disponibilité des
ressources. Donc, nous travaillons toujours en commun, ensemble, et nous
avons développé certaines zones de spécialités.
Bien sûr, ces
regroupements-là, accompagnés des comités d'utilisateurs mis en place pour
élaborer des dossiers de mise en
concurrence, se questionnent continuellement sur les meilleures stratégies. Et,
à ce niveau, bien sûr, on s'appuie sur
la réglementation. Nous essayons toujours de trouver la meilleure stratégie en
fonction des besoins pour obtenir le meilleur
prix et ainsi assurer une saine gestion des deniers publics. De cette façon,
par contre, bien sûr, deux tiers de nos contrats d'appels d'offres sont basés sur la qualité, la qualité qui
nous permet d'assurer d'avoir quand même le meilleur service, les meilleures fournitures ou le meilleur
équipement. Et, de plus en plus, on penche, bien sûr... toujours à bien planifier nos appels d'offres, avec les meilleurs
critères, pour s'assurer que nos fournisseurs d'équipement, et autres, là,
nous fournissent les meilleurs équipements.
Nous avons
une stratégie aussi, bien sûr, locale. Nous devons tenir compte des besoins
locaux, régionaux, de la manière la
plus rigoureuse possible, tout en respectant les règles du Conseil du trésor.
Nous sommes responsables des
décisions prises au cours de l'année, puisqu'elles découlent d'autorisations
spécifiques, en vertu des différentes législations. C'est un modèle d'affaires de proximité, bien sûr,
qui respecte... Actuellement, nous sommes dans trois sièges sociaux, mais il y a de plus de 11 bureaux régionaux,
qui s'assurent d'être présents, justement proches de la clientèle pour répondre
de façon stratégique, là, aux besoins des
différentes régions, aux besoins du milieu. Donc, sur l'ensemble du territoire,
nos experts connaissent les marchés
de proximité, des centaines de fournisseurs disponibles qui approvisionnent
quotidiennement nos établissements.
Nous avons un devoir social, un devoir d'acteur corporatif et sociétal. Nous
collaborons, bien sûr, avec tous ces acteurs de développement
économique.
En terminant,
comme nous l'avons expliqué tout au long de cette présentation ainsi que dans
le mémoire qui vous a été remis, les groupes d'achat en commun sont des
organisations efficientes qui permettent à leurs membres et au trésor public de réaliser des économies substantielles en
regroupant leurs pouvoirs d'achat, tout en favorisant la concurrence. Nous avons dépassé de loin les demandes et nous voulons
aller plus loin. Ceci étant dit, quand on parle du potentiel actuellement atteint de 47 % sur le total, on
vise 60 %, pour aller chercher un autre 525 millions d'achat en
commun, pour avoir des économies supplémentaires de 100 millions.
Donc, c'est
avec conviction, en s'assurant d'une proximité avec nos dirigeants, les efforts
de nos équipes concertées en
collaboration avec nos experts, que nous pouvons faire mieux, ce qui définit
nos succès et les définira dans le futur. Donc, en tant qu'acteurs, en terminant, de premier plan, les dirigeants
d'établissement que vous avez devant vous, comme nous, s'impliquent pour faire la différence pour créer des opportunités
en assumant nos responsabilités. Le ministère, le gouvernement et vous
tous peuvent en être fiers.
Je vous remercie de votre attention, et nous
sommes disponibles aussi pour répondre à vos questions.
Président (M. Merlini) :
Merci, M. Gendron, pour votre exposé. Nous débutons la période d'échange avec
le député de La Pinière et ministre
de la Santé et des Services sociaux.
Vous disposez de 22 minutes. À vous, la parole.
M. Barrette : Merci, M. le Président.
Alors, M. Gendron, M. Castonguay, Mme Boivert, merci d'être ici aujourd'hui. D'entrée
de jeu, M. le Président, je vais juste mentionner quelque chose. Pour ne pas
que vous soyez indisposés, je vous annonce
simplement que, vers la fin, je devrai quitter parce que je dois être au Conseil des ministres pour un dossier que je dois présenter moi-même.
Mais soyez assurés qu'en vidéo je regarderai la fin de l'intervention.
Alors, je vais partir vers la fin probablement, dépendamment de la gestion du
temps, du temps parlementaire de notre collègue
de l'opposition officielle. Alors, pour ce qui est de la deuxième opposition,
je suis désolé, mais je vais le réécouter plus tard dans la journée.
Bien, merci
d'être venus, parce que je pense que vous venez faire certainement oeuvre utile en présentant ce que vous faites. Ce n'est pas très connu dans le réseau, ce que vous faites.
Bon. Vous savez que moi, je suis impliqué là-dedans depuis très, très, très longtemps, mais c'est vrai que ce que vous faites, un, ce
n'est pas connu, et, deux, les gens ne réalisent pas l'importance des économies
qui sont générées par vos actions, et ça, je pense qu'on ne le soulignera
jamais assez. Les gens ne le savent
pas, mais, à bien des égards, dans bien des fournitures, de quelque type que ce
soit, vous ne l'avez pas mentionné,
mais vous faites des approvisionnements en commun qui ont une étendue qui est
très grande, là. Vous allez de grands équipements médicaux très
dispendieux et spécialisés à des choses plus simples, mais vous avez une
palette d'achats, là, qui est extrêmement vaste et pour lesquels je
pense que le Québec
peut être fier, parce qu'on va
chercher les prix souvent les plus
bas au Canada, là, ça, c'est très clair, là, pour ceux qui sont informés de
cette dynamique-là, et ça, c'est à votre... le mérite vous en revient.
Alors, ceci
dit, vous avez dit deux, trois affaires, peut-être juste pour éclairer les
gens, vous dites que vous faites 47 %
de ce qui s'achète en approvisionnement en commun, pouvez-vous nous indiquer
quelle est la nature du 53 % restant? Et, compte tenu du succès dans le 47 %, pourquoi on ne le fait pas
encore dans le 53 %? Là, vous allez me dire que c'est de ma faute à
moi, là.
M. Gendron
(Yvan) : Non, bien, il fallait se
garder un peu de plaisir quand même, là, pour la suite des choses. Mais évidemment
il y a beaucoup, je dirais, de secteurs, entre autres au niveau de la spécialisation technologique, et autres,
équipements, fournitures spécialisées, que
les gens ont trouvé des avantages importants à négocier parce que, bien sûr que, quand on constate, encore de nos jours... Quand
on fait des groupes d'achat, mettons, sur les prothèses de hanche ou les pacemakers, qu'on a 40 %,
50 %, 60 %.
70 % d'économies lors d'un appel d'offres, bien, on se dit : Il y a
encore beaucoup de choses à faire. Bien évidemment, il faut que nos
comités d'utilisateurs se forment, on a beaucoup de participation, que ce soient des médecins, des spécialistes, des
professionnels, et autres, là. Et le fait, je pense, de regrouper sous
34 établissements, suite à la réforme, va nous faciliter les choses, parce
qu'on est quand même, là, 34 décideurs. Quand
il y en avait 182, puis 750 avant, bien, c'était plus difficile de faire des
choses. Maintenant, bien, je pense que, la stratégie, le leadership est plus facile à obtenir, puis on a une très
belle collaboration des équipes de professionnels et des médecins à ce niveau-là. D'ailleurs, au niveau des
conseils d'administration, nous avons des représentants, là, de la sphère
médicale, par exemple, là. Donc, on peut
faire plus, et maintenant c'est plus facile avec moins, bien sûr, de
représentants d'organisation.
M. Barrette :
...je n'ai pas pensé de noter, mais effectivement, auparavant, il fut un temps,
et pas très lointain, donc il n'y a
vraiment pas longtemps, qu'il y en avait 182, et les achats de groupe étaient
plus difficiles parce que si... vous
vous en rappelez tout aussi bien que moi, ça demandait, précédemment,
l'approbation de tout un chacun de participer, alors que, là,
maintenant, c'est moins comme ça.
Donc, pour faire l'autre 53 %, bon, il y a évidemment
des fournitures où ce n'est pas utile de le faire pour des raisons de volume ou de spécialisation, mais est-ce que
je peux dire qu'actuellement vous pourriez en faire plus si vous aviez
les capacités d'en faire plus en termes de volume et d'étendue d'achats?
M. Gendron
(Yvan) : Bien, la réponse
est définitivement oui, à plusieurs
niveaux, puis mes collègues pourront rajouter
aussi, bien sûr, là. Mais c'est plus facile d'autant plus que, depuis quelques
années... De passer de 11 regroupements à trois regroupements d'achat en commun, c'est plus facile de partager
notre expertise, partager les bons coups. Mais en même temps on a un
devoir de ne pas créer des monopoles d'achat non plus, O.K.? C'était une des
craintes que les utilisateurs avaient, de
dire : Si j'embarque dans un regroupement d'achats, est-ce que je vais
perdre un peu le monopole... Plutôt
est-ce que je vais être pris avec une compagnie versus une autre? Il y a un
danger, toujours, là-dedans, puis de façon particulière en pharmacie, par exemple on connaît très bien les
histoires de pénurie de produit, et autres, là, mais ça se passe
aussi au niveau de la technologie. Mais on a un devoir là-dessus, et moi, je
pense que maintenant on a un pouvoir de
se réunir de façon plus facile. Puis les gens participent de plus en plus et y
trouvent leur compte. Donc, on a un appel à ce niveau-là à faire, mais on a beaucoup de participants maintenant
sur l'appel d'offres, mais on a un gain à faire. Est-ce qu'on peut monter jusqu'à 70 %? Je ne suis
pas certain, là, mais 60 %, c'est atteignable hors de tout doute, mais je
pense qu'on va pouvoir aller plus loin que ça.
M. Barrette :
Vous allez être probablement d'accord avec moi si je dis qu'il y a des
fournitures pour lesquelles l'approvisionnement
en commun n'est pas vraiment approprié pour des raisons de spécialisation, mais
il y a encore des équipements et/ou fournitures où on peut avoir une
action, puis ça, c'est correct de dire ça comme ça.
M. Gendron
(Yvan) : Il y a des
équipements qui sont uniques, là, dans leur forme, là, mais, avec le temps, ils
deviennent moins uniques parce qu'il y a de
la compétition qui se forme. Donc, dans un premier horizon de temps, quand
les équipements sont uniques, par exemple,
on n'a pas un intérêt de faire un achat en commun. Mais, bien sûr avec le temps,
les technologies avancent, bien, il faut
toujours se requestionner. Donc, il faut que ce soit évolutif, notre façon de
faire.
M. Barrette : Là, je vais
rentrer un petit peu plus dans le détail, bien, dans le détail, dans de la
mécanique opérationnelle des achats en
commun, de deux manières. Je vais vous poser un certain nombre de questions.
Je comprends que vous êtes en faveur, je ne pense pas que vous qui êtes là-dedans, vous allez venir ici nous dire que ce n'est pas
une bonne idée, là, le contraire
aurait été surprenant. Mais il n'en reste pas moins qu'il y a
des commentaires qui se sont faits. Je ne sais pas si vous
avez eu l'occasion de suivre les travaux de cette commission-ci. Probablement
pas...
M. Gendron (Yvan) : Non, on
est...
M. Barrette : ...parce que vous
avez des jobs à temps plein, là.
M. Gendron (Yvan) : On est
assez occupés, oui.
M. Barrette : C'est
ça, qui est d'un autre ordre. Le
Medec est venu nous dire un certain
nombre de choses qui m'ont beaucoup étonné, puis j'aimerais ça que vous nous
éclaireriez là-dessus ou que vous nous donniez vos commentaires. Une des choses que le Medec
a dit, puis je vous la relaie, là, et je la cite quasiment mot à mot, le Medec
est venu nous dire que, dans la façon
de faire actuelle des regroupements d'achats, des achats de groupe, pour eux autres,
là, ils voyaient cette mécanique-là, cette procédure-là toujours
basée sur le plus bas prix. Moi, j'ai répondu que ce n'est pas le cas, et vous
avez... Parce que le Medec, là, ce
sont des fournisseurs. Ce n'est pas des acheteurs, c'est des fournisseurs,
c'est eux qui soumissionnent à vos appels d'offres, là. Là, je sais évidemment
pas mal la réponse, mais je pense qu'il y a lieu pour vous d'entrer un petit peu
plus dans le détail. Quand une organisation vient ici nous dire que la qualité n'est pas un critère, bon, il
y a deux questions
qui viennent : Est-ce que c'est vrai? Et, si ce n'est pas un critère, est-ce que
c'est vrai dans certains cas, dans
tous les cas? Quel est le poids relatif de la qualité? La qualité est-elle, oui ou non, un élément dans les appels
d'offres? Prenez le temps, là, puis lâchez-vous lousse pour nous expliquer
ça, parce que moi, j'ai été très,
très, très étonné de ce
commentaire-là. Et le commentaire était très affirmé de la part des
représentants du Medec, et là je dois vous dire que ça détonnait, là,
dans mon esprit par rapport à ce que j'ai vécu moi-même dans ce milieu-là.
Castonguay (Daniel) : Alors,
c'est de toute évidence qu'on a été surpris lorsqu'on a appris ça, parce que,
non, la qualité est très importante au
sein des regroupements d'achats. Alors, on réunit des comités d'experts dédiés,
dépendamment des spécialités, par rapport à l'équipement ou à la
fourniture qui est, nécessairement, à acquérir, et ce comité d'experts là... Nous
avons, dans chacun des appels d'offres, un appel d'offres monté avec un nombre
de critères de qualité. Les deux
tiers de nos appels d'offres ont des critères de qualité, qui peuvent atteindre
jusqu'à 30 % de l'appel d'offres,
pour voir le produit qui est le plus de qualité, pour que nos cliniciens
puissent donner le service à la clientèle le plus approprié. Et par la suite le facteur prix rentre en ligne de
compte dans l'appel d'offres, pour ceux qui se classent sur le facteur qu'on appelle un facteur K, qui est
prévu dans les appels d'offres. Et ça, c'est fait toujours en partenariat
avec l'ensemble des cliniciens qui utilisent soit les équipements de haute
technologie ou les fournitures médicales nécessaires.
Alors, en tout temps, on intègre un critère de qualité, et fait avec beaucoup
de rigueur de la part des cliniciens, des
utilisateurs des produits qui participent à ces comités d'experts pour bâtir
les appels d'offres et faire les évaluations avant qu'on puisse ouvrir les enveloppes de prix, pour que le prix
devienne, après ça, une condition de la poursuite des appels d'offres.
Alors, le critère qualité est très important.
Dans d'autres
domaines, où il n'y a pas... Dans le tiers restant, c'est que le critère
qualité n'est pas nécessairement nécessaire pour le produit qui est
convoité.
M. Gendron
(Yvan) : Je pourrais... un petit
complément. À ce que je sache, nous sommes le client, donc le client, c'est vraiment la population, c'est les gens qu'on
dessert, c'est nos utilisateurs qui utilisent différents produits. On a des
bonnes relations avec Medec, aussi l'AFISQ,
mais c'est à eux, quand même, de se positionner, mais c'est à nous autres
de bien planifier nos critères, dans le
fond, ce qu'on demande, que ça soit précis par rapport à ça, là, et c'est à eux
d'évoluer par rapport à ça. Et, s'ils
baissent leurs prix de 30 %, 40 %, 50 %, 60 %, je pense
qu'ils ont de la marge aussi, là, pour agir pour l'amélioration de leurs
produits en même temps, puis nous autres, bien, on est un acteur de
développement, d'amélioration.
Barrette : Juste pour clarifier, parce que, comme vous le savez, il y
a des gens qui nous écoutent de l'extérieur, et même pour le bénéfice de nous, les parlementaires, dans la mécanique
que vous utilisez, là, et à la tête de laquelle vous êtes, est-ce qu'il est possible qu'un produit à la
case départ soit éliminé, avant l'ouverture des enveloppes, sur la base de
l'évaluation de la qualité?
Castonguay (Daniel) : Tout à fait, un produit peut être éliminé sur la
base de la qualité. S'il doit atteindre le pourcentage de 70 % pour traverser le critère de qualité et il
arrive à la note de 62 %, alors on n'ouvre pas l'enveloppe, il est
disqualifié.
M. Barrette : Donc, la qualité...
C'est structuré, l'évaluation, là.
M. Castonguay (Daniel) : Exact.
M. Barrette : J'imagine qu'il y a
des grilles puis qu'il y a plusieurs personnes, là, qui font ça.
M. Castonguay (Daniel) : C'est une
grille d'experts qui a été bâtie, et, à partir d'une grille très objective, là,
l'évaluation, elle est faite. Et, si le
produit qui est soumis ne répond pas à cette grille précise qui a été faite par
les experts et que... c'est une grille qui est connue, on n'ouvre pas
l'enveloppe.
M. Gendron
(Yvan) : Et, en complément, si
vous permettez, M. le ministre, il faut rappeler que, pour la population... D'abord, les experts
cliniques, les médecins — parce
que les experts, pour nous, c'est les médecins, les infirmières, donc c'est des
gens du réseau qui offrent des services — ils ne veulent pas engager
leur responsabilité professionnelle en donnant des services avec des équipements
ou des fournitures de mauvaise qualité. Donc, ça fait
partie de la base
de nos choix, de nos décisions, et on les prend...
Barrette : C'est intéressant, ce que vous dites. Alors, est-ce que je dois comprendre, si vous
mentionnez les infirmières, que,
lorsque pour un produit quelconque il
y a l'implication... un produit, un
service... bien, pas un service, évidemment, mais un produit, lorsque le travail d'une
infirmière a un... pas un impact, mais est impliqué dans le choix, ça aussi, c'est pris en considération? Je vous
donne un exemple, là : on achète un produit, là, puis... Évidemment,
ce que je comprends de ce que vous
nous dites, c'est que ça, c'est pour le patient. La qualité, là, c'est parce
que le produit que vous achetez, dans
cet exemple-là, là... Puis on peut prendre un exemple
simple, qui est une lentille. Bien, ça, ça va aller dans l'oeil d'un patient, alors c'est sûr que la
qualité, là, c'est la qualité de la lentille. Mais mettre une lentille, ça
demande une manutention d'un médecin
puis d'une infirmière, ça veut dire que, dans l'évaluation de la qualité, il y a
aussi l'impact que ça a... donc, il y a
une infirmière qui participe à l'évaluation parce qu'elle le manipule. Alors, un produit
pourrait être merveilleux, mais, s'il
n'est pas manipulable ou il est dangereux à la manipulation, bien là, vous
allez peut-être avoir un score moins bon, même si la
lentille est bien bonne. Je vous donne un exemple grossier, là. C'est ça?
M. Castonguay (Daniel) : Exact. Vous
avez raison.
Barrette : Alors, quand les
gens nous disent : La qualité, ce n'est jamais là, puis c'est juste le
prix, ça ne tient pas la route, là, ça.
M. Gendron (Yvan) : Non.
Barrette : À l'inverse, il
doit y avoir, j'imagine... puis là je vais prendre un exemple
un peu caricatural, je l'admets : acheter des crayons, là,
j'imagine qu'il n'y a pas un comité d'experts, là.
M. Castonguay (Daniel) : ...et puis
c'est le prix.
Barrette : Et là c'est le
plus bas prix. Donc, ce que je comprends, là, pour la mécanique que vous
utilisez, la qualité a un potentiel
éliminatoire. Et ça, ça veut dire qu'une compagnie, là, qui dumperait, là... Le
«dumping», c'est un mot que tout le monde connaît en commerce, là. Du dumping, ça peut être contrecarré, entre
autres, par la qualité. Parce qu'on
peut faire du dumping en prix, puis on peut faire du dumping en prix parce que
la qualité n'est pas là, là, on connaît toutes les mécaniques, là. Donc,
la qualité est toujours, toujours, toujours un élément. Bon.
Dans des secteurs précis, puis là je vais dans
le sens de ma collègue de l'opposition officielle, les gens sont venus... certaines personnes sont venues nous
dire : Bon, les achats en commun, là, le médicament... L'APES est venue
nous voir sur ça. Puis vous n'êtes sûrement
pas surpris, si vous l'avez entendu, de leur commentaire. Le médicament, ce
n'est pas de la même manière que ça se
traite. Quelle est votre relation... Parce qu'évidemment ceux qui ont fait le
plus d'achats dans le passé,
historiquement, là, c'est les départements de pharmacie dans les hôpitaux.
C'est eux autres qui en ont fait le plus. Est-ce que vous autres, vous
êtes impliqués dans ces achats-là ou non? Ou est-ce que c'est séparé, là?
Castonguay (Daniel) : Oui, on est impliqués, les groupes d'achat,
depuis plusieurs années dans l'approvisionnement au niveau pharmaceutique. Et également le produit est livré jusque dans
la pharmacie d'établissement, sans passer par l'approvisionnement interne avec... Lorsque c'est négocié par des
groupes d'approvisionnement, avec les firmes, tout est vraiment pensé et tout est fait, même la
péremption des médicaments, directement dans nos pharmacies, et impliquant
nos pharmaciens.
M. Barrette :
Là, mon temps file. Il me reste combien de temps?
Le Président (M.
Merlini) : Il vous reste sept minutes, M. le ministre.
M. Barrette :
Ah! sept minutes, ça va bien. Continuons.
M. Gendron (Yvan) : En complément, M. le ministre. Avant tout, il faut que les pharmaciens et que
l'équipe médicale de chacun des établissements permettent que ce médicament-là soit utilisé, qu'il n'entre pas qui
veut. Donc, après cette
discrimination-là, je dirais le besoin spécifique pour les différentes
clientèles. Après ça, ça s'en va au
niveau des approvisionnements
communs en fonction des besoins. Mais, tout d'abord, au niveau de la qualité...
Barrette :
...d'établissement où un ou des pharmaciens d'établissement ont toujours
un rôle à jouer dans votre procédure, là.
M. Gendron (Yvan)
: Effectivement, toujours.
Barrette : O.K. Là,
je vais aborder un autre élément qui est plus commercial, juste pour que vous
nous éclairiez là-dessus. Je pense que, dans bien des cas, vous
fonctionnez encore par vagues, là. Mais il y a une attention, quand même,
qui est portée à s'assurer d'avoir une
mécanique qui fasse en sorte qu'il
n'y ait pas de monopole de créer. On combat les monopoles existants,
mais on ne veut pas en créer de nouveaux, puis on veut s'assurer que le marché
soit ouvert.
Medec, quand ils sont venus ici, ont aussi dit que la mécanique
d'approvisionnement nuisait à l'entrée dans le commerce de fournisseurs qui pourraient être plus compétitifs. Ça, je
vais vous dire bien franchement, là, c'est la deuxième affirmation qui m'a étonné, parce que je n'ai
jamais vu rien de ce genre-là dans le passé, là. Alors, peut-être que les
choses ont changé. Éclairez-nous là-dessus, là.
Mme Boisvert
(Nathalie) : Je vais débuter, puis peut-être vous pourrez compléter. Par
rapport aux groupes d'approvisionnement en
commun, on a mis en place des politiques de développement
durable qui nous permettent d'être
près des... dans les régions pour éviter justement
le... pour permettre la concurrence puis éviter qu'il y ait des monopoles
qui se construisent. Alors, ces politiques-là
sont aidantes pour les groupes, puis sont aidantes aussi pour les régions, et
permettent aux régions de pouvoir
soumissionner sur nos appels
d'offres, également.
Alors, c'est une présence, là, qui est intéressante dans les régions, et
avec notre politique de développement durable.
Barrette : Mais, sur la
question qui avait été évoquée... Peut-être que j'ai mal posé la question, c'est possible,
évidemment. Sur la question de permettre, ou de ne pas permettre, ou de nuire, ou
de ne pas être suffisamment ouvert à tous
les fournisseurs planétaires, est-ce
qu'on a une mécanique qui empêche ça?
Autrement dit, là, vos appels
d'offres, aux dernières nouvelles,
sont publics, sont sur le SEAO, là. Ça, c'est public, ça fait que l'univers le
voit. Mais il n'y a pas de politique,
actuellement, qui empêcherait une firme japonaise de venir
soumissionner sur un produit qui est dans l'appel d'offres de manière compétitive. Il n'y a pas ça, là?
Parce que
ce qui a été évoqué, là, c'est qu'on ratait des occasions d'affaires parce que
notre mécanique empêchait des gens de soumissionner un produit de qualité
équivalente à un meilleur prix. C'est ça qui a été évoqué, plus clairement, là, si ma question n'était pas claire. Notre mécanique empêche quelqu'un
qui vient de l'univers de rentrer ici pour un produit compétitif sur le
plan clinique et à un prix plus bas. Ça, ça m'a beaucoup étonné comme
affirmation.
M. Gendron (Yvan) : Je vais vous répondre de deux façons. Premièrement, les règles,
lois, etc., directives, que ce soit au niveau du Conseil du trésor ou au niveau du
temps de réglementation, nos règlements de conseils d'administration,
les orientations du ministère, au contraire, c'est de transparence, là.
Écoutez, les gens, ils savent tout, ils savent tout, c'est public sur le système d'appel d'offres électronique. Moi, comme
président-directeur général, ainsi que mes collègues, on s'implique dans ces conseils d'administration
de regroupements d'achats là parce qu'on a des intérêts de s'assurer que
notre clientèle est bien desservie, là.
c'est ouvert. Nous, on veut la meilleure concurrence, avoir le meilleur prix pour
un équipement, une fourniture de
qualité, de très haute qualité, qui nous permet d'avancer là-dessus. On n'a
aucun avantage à jouer différemment, mais on va garder quand même ce leadership-là. On ne donnera pas aux
fournisseurs qui s'achètent entre eux autres qu'ils définissent le
marché, là. D'ailleurs, la preuve, c'est qu'en se regroupant puis en se
donnant, justement, par vagues... Parce qu'il faut
y aller par vagues, parce qu'on ne peut pas régler pour cinq ans les
fournitures de l'ensemble du Québec parce qu'on va tuer le marché
puis on va perdre des économies. D'ailleurs, dans le mémoire que vous avez,
vous avez des fois des comparaisons
entre deux ans, qu'un groupe d'achat à réussi à avoir des économies importantes
sur un pacemaker, par exemple, puis,
deux ans après, on a obtenu encore mieux, bien, justement, parce qu'une
concurrence s'installe. Puis le pacemaker,
à ce que je sache, il est toujours d'aussi bonne qualité, puis l'ensemble des
fournisseurs ont accès à toute cette information-là.
Barrette : Est-ce qu'il y a eu un seul cas où... Parce que, dans le
monde médical, là, il n'y a pas 80 compagnies, là, ce n'est pas comme une automobile, là, où il y
a une tonne de modèles, là. Est-ce qu'il y a un seul cas, dans le monde
médical, où on a vu des gens quitter le Québec parce que... achats regroupés?
M. Gendron (Yvan) : On a surtout vu, surtout en milieu médical,
mettons, au niveau des équipements médicaux spécialisés, des compagnies, mettons, s'entendre
entre eux autres pour s'acheter, on voit beaucoup plus ça, O.K.? Il y a
des équipements aussi qui ne tiennent
pas la route longtemps, parce
qu'évidemment il n'y en a pas des tonnes qui sortent de ce type de
modèle là. Ça arrive dans ce sens-là. Sinon, la réponse, non.
M. Barrette :
Non? O.K. Moi, j'ai fait le tour, M. le Président.
Président (M. Merlini) : Merci beaucoup, M. le ministre et député de
La Pinière, pour ce bloc d'échange. Nous allons du côté de l'opposition officielle. Mme la députée de
Taillon, vous disposez de 13 minutes. À vous la parole.
Lamarre : Merci beaucoup, M. le Président. Alors, bienvenue.
Bienvenue, M. Gendron — on a eu l'occasion de se rencontrer il n'y a pas très
longtemps — Mme
Boisvert et M. Castonguay.
Donc,
vous nous avez présenté des chiffres intéressants, puis moi, je vous avoue que
j'aime bien voir ces chiffres-là, les
économies. Vous avez mis des exemples très concrets dans votre document. Alors,
je vous remercie. C'est très éclairant. Et effectivement on considère que c'est un acquis d'avoir réussi, je
pense, à diminuer de 11 à trois le nombre de regroupements d'achat en
commun.
Maintenant,
dans le projet de loi, vous avez vu qu'à l'article 38 le ministre prévoit la
possibilité de faire une fusion des
groupes. Donc, à trois, le ministre considère quand même qu'il pourrait encore
vous refusionner en un seul pour certains achats ou pour certaines
caractéristiques. Comment vous voyez ça et dans quels secteurs vous voyez que
ça pourrait s'appliquer, dans quels secteurs vous trouvez que ça ne devrait pas
s'appliquer?
Castonguay (Daniel) : D'entrée de jeu, d'abord, de devenir public
devient, pour nous, un avantage important de pouvoir se concerter avec
des orientations et des mandats très clairs, et là, à ce moment-là, dans des
domaines très spécifiques de haute
technologie, pharmaceutique ou autres, que les trois groupes d'achat se
partagent les mandats et les orientations. Ce qui est important pour
nous lorsqu'on fusionne, où on est trois, où on les fusionne, c'est de garder l'«empowerment» de l'ensemble des établissements,
des 34 établissements, c'est de garder notre «empowerment» pour être capables d'être très impliqués dans le
regroupement d'achats, parce que c'est ce qui fait l'engagement et c'est ce qui
fait qu'il faut mobiliser l'ensemble des
experts, nous, pour être capables de toujours aller en achat en commun, pour le
bien de donner l'accès aux services à la population. Alors, oui, pour nous,
c'est faisable parce que ça va donner des orientations
très, très, très claires et des mandats clairs et, nous, à ce moment-là, le
conseil d'administration qui pourrait migrer différemment, guider
l'ensemble des établissements dans cette concertation-là.
Lamarre : Oui, mais, dans le... Le ministre a cité tantôt, là, et hier
l'APES nous a présenté... Par exemple, du
côté des médicaments, il y a des calendriers d'appels d'offres. Parce qu'il y a
des médicaments qui deviennent génériques, si vous signez une entente pour trois ans puis qu'au bout de six mois il
y a un générique qui devient disponible, bien, on se rend compte que... C'est
sûr qu'on peut avoir des pertes importantes, là, à négocier un seul... mais
aussi à négocier avec un seul
fournisseur pour trois ans. Alors, est-ce que, pour les médicaments, vous ne
voyez pas des occasions d'exception et l'importance de maintenir trois
regroupements différents?
M. Gendron (Yvan) : Tout d'abord, il faut parler de la vie actuelle, depuis les dernières
années. Là, on travaille déjà
en concertation depuis des années. Tantôt, c'est le groupe de l'Est, tantôt
c'est le groupe de l'Ouest, tantôt c'est Sigma
Santé qui part avec l'appel d'offres provincial, pour différentes raisons.
Souvent, c'est le développement de l'expertise, il y a une
opportunité. Mais avant tout, bien sûr, là, ce qui est fort important
dans ce que vous dites, qui est tout
à fait pertinent, c'est : il faut avoir une bonne lecture du
marché, là, une bonne lecture de l'évolution des produits, de ce qui s'en
vient, pour mettre un appel d'offres,
exemple, sur un an seulement quand on sait qu'il y a plein de nouvelles
technologies qui s'en viennent, ou de
poursuivre un contrat six mois parce
qu'on sait qu'il y a
d'autre chose qui s'en vient, justement pour toujours chercher le meilleur
bénéfice pour la clientèle, et particulièrement dans le domaine pharmaceutique,
où il y a une évolution constante et importante,
surtout avec toute la médecine personnalisée, comme vous connaissez bien, etc.,
là. Ça, il y a comme, je dirais, un intérêt,
une préoccupation fort importante là-dedans. Vous avez tout à fait raison. Ça fait
partie de nos
préoccupations. Donc, souvent, des appels d'offres plus courts
pour bénéficier des avantages, et autres, puis du changement
technologique.
Mme Lamarre :
Et, si vous étiez centralisés à un seul regroupement d'achats pour des
médicaments, par exemple, le risque de pénurie serait beaucoup
plus grand parce que vous concentreriez votre achat sur un certain
médicament, mettons, d'un certain générique,
et à ce moment-là... c'est sûr qu'à première vue ça pourrait être très
attrayant d'avoir des économies qui
pourraient aller jusqu'à 70 %,
là, on le voit, mais qui rendrait tout ça très, très vulnérable parce que
d'un coup on crée une demande énorme auprès
d'une seule compagnie pharmaceutique, d'un seul fabricant, ou même, dans n'importe quel contexte où il y aurait un
bris ou une mise à niveau demandée par la FDA pour les installations de ce
fabricant-là, on risque de mettre tout le
Québec en pénurie de médicaments. Et, pour avoir vécu ça, ce n'est pas facile
de trouver des options quand on a vraiment
tous mis nos oeufs dans le même panier, je vous dirais. Dans le domaine du
médicament, on l'a vu, même en essayant d'en importer des États-Unis ou de
l'Europe, il y avait des délais de trois à six
mois. Alors, pour ne pas mettre la population en danger, là... Parce qu'on l'a
bien vu, le médicament, ce n'est pas la même catégorie de fourniture que des pacemakers ou des remplacements de...
des cristallins, là, pour remplacer des cataractes.
M. Gendron (Yvan) :
Dans votre question, qui est tout à fait pertinente, Mme la députée, il y a
plusieurs éléments. Premier élément, bien
sûr, là, c'est : on profite, là, justement, des vagues d'achat, avec
différents critères, pour s'assurer,
justement, qu'on ne tombe pas en pénurie, là. Mais, dans le domaine
pharmaceutique, de façon particulière, on
est un peu pris à savoir quelle compagnie va acheter laquelle, puis quelle va
arrêter de produire tel produit. Pour éviter ça, nous, on veut s'assurer
qu'on puisse aller soit par vagues, des vagues restreintes en termes de temps,
en termes d'accessibilité, revenir par
rapport à ça, mais on veut s'assurer aussi, avec tous les critères de qualité,
d'accessibilité, ils doivent nous garantir, là, O.K., ils ont des
obligations, devoirs, responsabilités... et de s'assurer de fournir...
Mme Lamarre : ...ne vous
garantissent, ils ne font...
M. Gendron (Yvan) : Pardon?
Lamarre : Est-ce que vous avez des pénalités prévues s'ils ne
fournissent pas? Parce que moi, j'en ai vu beaucoup, de contrats, où on dit «vous devez», mais, s'il n'y a pas de
pénalités, bien... Aux États-Unis, ils ont imposé des amendes de 8 000 $ par jour quand une
compagnie ne remplit pas son obligation de fournir. Est-ce que vous avez ce
genre de pénalité là dans vos contrats?
M. Castonguay (Daniel) : Oui, il y a
ce genre de pénalité dans les contrats.
Lamarre : Pouvez-vous m'en donner un, exemple? C'est quoi, la plus
haute pénalité que vous avez en cas de pénurie d'un fabricant?
Castonguay (Daniel) :
En cas de pénurie, on passe au fournisseur
suivant dans l'appel d'offres, et la compagnie qui est en rupture de stock paie l'écart du prix que l'autre fournisseur
va nous le... le fournir. Et ça, c'est dans des contrats actuellement.
Mme Lamarre : Je vous dirais, ce
n'est pas une pénalité qui protège la population, parce que le deuxième fournisseur sera incapable de fournir l'ensemble
du volume. S'ils se partageaient l'ensemble du volume à fournir à 40-30-30,
mettons qu'ils sont trois, et que celui de
40 en manque, eh bien... même si vous dites, là... celui de 30, il n'en aura
pas suffisamment. Alors, c'est pour
ça, je veux juste attirer l'attention sur les risques. Et, quand on demande
trois fournisseurs en tout temps du
côté des médicaments, ce n'est pas par caprice, ce n'est pas parce qu'on ne
veut pas que l'État profite des
meilleures économies. C'est parce qu'il y a un risque réel à cause de ce
potentiel de bris de fonctionnement, de production, d'interruption de
production qui cause des dommages, là, qui sont ingérables autrement.
M. Gendron
(Yvan) : On partage vos
préoccupations, ce que vous dites, parce qu'effectivement il y a une difficulté
à ce niveau-là. On le vit, là, on a, oui, des pénalités, oui, on a des
critères, etc., mais est-ce qu'on a les moyens de l'appliquer puis d'avoir un
retour? Ça, c'est une autre affaire. Dans certains cas, oui, parce que le
risque le plus grand, c'est de perdre
le marché, puis de le perdre justement au profit d'une autre compagnie. Mais on
sait très bien que les produits se réduisent,
puis, de plus en plus qu'on va s'en aller vers la médecine personnalisée, il va
falloir affiner un peu notre façon de
faire, notre façon, je dirais, d'acheter ces produits-là et de s'assurer que
nos fournisseurs sont responsables. Et ça, on a besoin de vous, les parlementaires, on a besoin de vous, le
gouvernement, pour apporter des éléments supplémentaires qui nous
permettent d'avoir ces leviers-là pour jouer pleinement notre rôle.
Lamarre : Puis le projet de loi ne pourrait pas prévoir certaines de
ces pénalités-là, puisqu'on a une
section particulièrement dédiée à l'approvisionnement en commun?
M. Gendron
(Yvan) : Moi, je pense qu'au niveau...
Le gouvernement avec le Conseil du trésor, et autres, devront
prévoir ces modalités-là pour nous soutenir
là-dedans. Parce que nous, comme groupe d'achat et comme président-directeur général d'établissement, bien sûr, on a nos limites, mais on s'assure de prendre le
maximum, là, je dirais, de barrières, de leviers pour s'assurer que la
clientèle est toujours bien desservie.
Mme Lamarre : ...le ministre a dit
qu'il écouterait, alors on va lui faire confiance.
M. Gendron (Yvan) : On va lui répéter.
Lamarre : Mais c'est certainement quelque chose qui... Parce qu'on l'a vécu. On se pensait à
l'abri, au Québec, de toute forme de pénurie, et on en a vécu, et
on en vit encore constamment, alors ça vous met, vous-même, dans une situation
très difficile.
Castonguay (Daniel) :
...peuvent faire une grande différence, et également il ne faut pas... et
bâtir les pénalités en conséquence,
mais il ne faut pas oublier que les pénalités n'annulent pas le risque, le
risque demeure présent pareil.
Lamarre : D'accord, mais je
veux juste nous rappeler qu'aux États-Unis ils les imposent, ces pénalités-là. Alors,
si le fabricant qui est en Europe ou, peu importe, ailleurs dans le monde a le
choix entre approvisionner les États-Unis, où il y a
une amende, et le Québec, où il n'y a pas d'amende, on se rend compte
qu'on va toujours être les perdants dans ce dossier-là.
Alors, c'est juste par mesure de précaution pour la population.
Le groupe
Medec est venu nous voir et il nous a parlé des ristournes, d'un 12 % de
ristournes obligatoires qui était dans
les contrats. Est-ce que vous pouvez nous dire comment on pourrait se départir
de ça, ou à quoi servent ces ristournes et pourquoi nous, on impose ça dans nos contrats? On le sait, là, ces
contrats-là... ces compagnies-là sont mondiales, et, quand ailleurs on dit : Ce n'est pas permis
pour ces compagnies-là d'offrir des ristournes, ça leur fait un mauvais
bulletin, et je ne pense pas qu'on veut être associé à ça, au Québec.
Alors, comment on peut se départir de ça?
M. Gendron
(Yvan) : Tout d'abord, on va clarifier certaines choses, là, c'est une
pratique qui existe depuis, je dirais, de nombreuses années dans certains
secteurs spécialisés. Ça, c'est une chose. Deuxièmement, quand Medec
dit : On ne devrait pas avoir ça
parce qu'on est pénalisés, là, inquiétez-vous pas, ils ajustent
leurs prix en conséquence de ça. Donc, Medec, les fournisseurs ne
perdent pas d'argent avec ça. Ça, c'est deux choses.
L'idée en
arrière de ça, du fameux 12 %, qui est pour un certain nombre de contrats
dans les équipements spécialisés ou
dans certaines fournitures, surtout les fournitures en cardiologie, ou peu
importe, l'idée, à l'époque, il y a de nombreuses années, c'était de dire : On veut s'assurer qu'un certain montant,
qui provient justement des économies soit d'achats, de volume, d'utilisation,
peu importe, puisse permettre, finalement, le développement, je dirais, de l'établissement,
le développement de la spécialité, par exemple en cardiologie, pour
aller plus loin, donc au bénéfice de la population. Maintenant...
et éviter aussi que ça tombe dans un déficit, que ça tombe dans une utilisation
autre, parce qu'il y avait des gains
d'économie, et ça permettait... je dirais, ça donnait un
incitatif aux acteurs, aux spécialistes, aux utilisateurs de s'impliquer
et de faire partie, justement,
des appels d'offres, mais de s'assurer que ces montants-là soient bien sûr
au bénéfice de la population, du développement, de l'enseignement, et
autres.
Maintenant,
si cette pratique-là, on dit, bon : Elle est dévolue, on ne doit plus
l'utiliser, bien, écoutez, de
toute façon, nous, comme présidents-directeurs généraux,
ce n'est pas l'élément, nous autres, principal de l'histoire. C'est à nous
de gérer l'ensemble des budgets puis d'y attribuer la bonne essence... la bonne
utilisation, finalement.
Lamarre : On est en 2017, il y a
des règles de gouvernance maintenant. Si vous dites que, de toute façon, ils se reprennent, moi,
j'aimerais mieux que vous négociez sur le vrai prix, approprié, puis qu'on
donne aux gens qui ont besoin de
développer des services et de la recherche avec ces budgets-là
les vrais budgets, qui porteraient le vrai nom. Je pense
que ça, on a intérêt à nommer les choses correctement, et, dans votre secteur,
c'est majeur.
Il me reste
une minute, je voudrais juste... vous pourrez répondre aux deux en même temps.
Vous achetez pour combien de médicaments, les trois groupes, chez
McKesson, chez le grossiste McKesson?
M. Gendron
(Yvan) : Je pense qu'on va
prendre la question en délibéré puis vous revenir, la commission,
parce qu'on n'a pas été dans ce détail-là, mais on va pouvoir vous
fournir ça.
Mme Lamarre : Mais, à peu près,
c'est quoi, le pourcentage de vos achats?
M. Gendron (Yvan) : 600 millions,
que répond...
Mme Lamarre : 600 millions de
dollars?
M. Gendron (Yvan) : Oui,
600 millions de dollars.
Lamarre : D'accord. Alors,
vous savez qu'actuellement il y a, au
niveau de la gouvernance, quelqu'un qui est à la fois président d'un établissement
fusionné, CHUM et Sainte-Justine, et qui est vice-président de McKesson.
Comment vous gérez ce conflit d'intérêts évident?
Le Président (M. Merlini) : En
30 secondes.
M. Gendron
(Yvan) : En 30 secondes,
donc, je peux prendre trois expressos... Non. Ce que je dirais, un, ça ne
nous concerne pas, nous, à la table, présentement, comme président des conseils
d'administration et vice-président des regroupements d'achats, donc je laisserais la question au ministre,
répondre, là... les nominations, parce que c'est des nominations qui sont pour
des membres indépendants.
Lamarre : Vous nous
confirmez qu'il y a 600 millions de dollars qui sont achetés par les trois regroupements d'achat en commun auprès de l'organisation McKesson.
M. Gendron (Yvan) : Tout à fait.
Mme Lamarre : Je vous remercie beaucoup.
Président (M. Merlini) :
Merci beaucoup, Mme la
députée de Taillon, pour ce bloc
d'échange. Maintenant, Mme la députée de Repentigny, du deuxième
groupe d'opposition, vous disposez de neuf minutes. À vous la parole.
b15389 Mme
Lavallée : Merci beaucoup. Merci beaucoup, bienvenue d'être... pour
être ici, M. Castonguay que je connais déjà, puisqu'il travaille dans ma
région.
pharmaciens d'établissement ont recommandé que vous puissiez offrir vos
services aux cliniques médicales du
Québec. Il y a une ouverture dans la loi, puis je pense que le ministre veut
aller vers ça. Ce serait un nouveau marché pour vous. J'imagine que ça amène certaines particularités à regarder, à
considérer. Et est-ce que vous seriez capables à moyen terme
d'approvisionner les centaines de cliniques médicales?
M. Gendron
(Yvan) : Bonne question. Je pense
qu'il y a deux questions là-dedans, puis, Daniel ou Nathalie, vous répondrez. Mais d'abord, la première
question : Est-ce que nous, on pourrait, mettons, oeuvrer là-dedans?, bien
je pense que, si on nous demande de
le faire puis de profiter, justement, de l'appel d'offres, de l'expertise, et
autres, je pense qu'on va bien l'entendre en même temps.
Pour ce qui est... La modalité qui est la plus importante,
c'est comment ça va se faire. Puis la distribution, et autres, là, ce serait tout un défi. Mais en même temps c'est les
fournisseurs qui distribuent. Donc, il y aurait un passage ou une transition quelconque. Mais, écoutez, on en
achète énormément, de produits pharmaceutiques, maintenant. Par contre, les groupes, mettons, pharmaceutiques, et
autres, là, c'est des entreprises indépendantes, avec leur façon de faire,
et autres, là, mais je pense que c'est une
question gouvernementale et légale. Je ne pourrais pas répondre si ce serait la
meilleure des choses, là.
Lavallée : Est-ce que c'est une question que le ministre vous a posée
avant l'élaboration du projet de loi?
M. Gendron (Yvan) : Non.
Mme Lavallée : Non. Je n'ai pas
d'autre question.
Président (M. Merlini) : Merci beaucoup, Mme la députée de Repentigny.
Alors, Mme Nathalie Boisvert, représentant
le Groupe d'approvisionnement en commun de l'Est du Québec, M. Daniel
Castonguay, représentant le Groupe d'approvisionnement
en commun de l'Ouest du Québec, et M. Yvan Gendron, représentant Sigma Santé,
merci de votre présence et votre contribution aux travaux de la
commission.
Compte tenu
de l'heure, je suspends donc les travaux de la commission jusqu'à
15 heures, où nous poursuivrons notre mandat. Bon appétit à tous,
merci.
(Suspension de la séance à 12 h 52)
Président (M. Merlini) : À l'ordre, s'il vous plaît! Nous allons reprendre nos travaux. Je demande à
toutes les personnes présentes au salon rouge de bien vouloir éteindre
la sonnerie de leurs téléphones cellulaires.
Nous poursuivons donc les auditions publiques
dans le cadre des consultations particulières sur le projet de loi n° 130, Loi modifiant certaines dispositions
relatives à l'organisation clinique et à la gestion des établissements de
santé et de services sociaux.
Je souhaite
donc la bienvenue aux représentants de la Table de coordination des réseaux universitaires intégrés en santé. Je vous demande de bien vouloir vous
présenter ainsi que les personnes qui vous accompagnent. Votre audition sera d'une durée de 1 h 30 min,
presque, et vous disposez de 30 minutes pour votre exposé. Par la suite,
nous procéderons... Ça, ça ne change pas, vous avez vraiment
30 minutes pour votre exposé. Nous procéderons par la suite à la période
d'échange avec les membres de la commission. Bienvenue, la parole est à vous.
Bourdon (Gertrude) : Merci,
M. le Président. Alors, M. le ministre, Mmes, MM. les parlementaires, bien,
d'abord, merci de nous recevoir. Et puis,
sans plus tarder, je me présente, Gertrude Bourdon, je suis présidente du RUIS
de l'Université Laval et P.D.G. du CHU de
Québec, et je vais présenter également mes collègues qui m'accompagnent,
alors : sur ma gauche, Mme Patricia
Gauthier, qui est présidente du RUIS Sherbrooke et également
présidente-directrice générale du
CIUSSS Sherbrooke et du Centre hospitalier universitaire Sherbrooke;
immédiatement à ma gauche, alors le
Dr Pierre Cossette, qui est doyen de la Faculté de médecine de l'Université de
Sherbrooke, mais il est également président le la conférence des doyens; immédiatement sur ma droite, le Dr Fabrice
Brunet, qui est président du RUIS de Montréal et également P.D.G. du CHU de Sainte-Justine et du CHUM; et, à mon
extrême droite, Mme Martine Alfonso, qui est présidente du RUIS McGill et P.D.G. par intérim du Centre universitaire de
santé McGill. Alors, les collègues s'exprimeront de la gauche vers la
droite à tour de rôle. Alors, immédiatement, je passe la parole à Mme Patricia
Gauthier.
Mme Gauthier (Patricia) : Alors,
bonjour à tous. Alors, je vais vous entretenir sur la création des réseaux universitaires intégrés de santé, le RUIS, la
composition des RUIS ainsi que la gouvernance des RUIS, alors ce sera la
partie que je ferai.
C'est
en 2003 qu'ont été créés les quatre RUIS, pour Réseau universitaire intégré de
santé, correspondant aux quatre
facultés de médecine du Québec, soit Laval, McGill, Montréal et Sherbrooke, et
leurs territoires d'enseignement. J'ai
personnellement exercé le rôle de président et de vice-président du RUIS depuis
2004 au sein du RUIS de Sherbrooke. Ils
ont, dès lors, mis en oeuvre... Ça a été mis en oeuvre par des leaders du
ministère de la Santé, Michel Bureau en fait partie, de ces leaders du début, ainsi que les D.G. des CHU et doyens de
l'époque. Alors, ces leaders-là ont mis en place chacun des RUIS, et aussi ça a été fait par l'ensemble des partenaires
qui ont pris part à la création de ces RUIS là en 2003.
Au fil des
ans, ils ont ajusté leurs façons de faire et leur programmation pour tenir
compte des besoins de leurs membres
respectifs et pour adapter leurs interventions à l'évolution du réseau de la
santé et services sociaux lui-même. Ils
ont notamment élargi leur champ d'action à l'ensemble
des régions de leurs territoires et ils ont fait en sorte que, dans tous
les travaux, la prise en compte de véritables continuums de soins et services,
soit de la première ligne aux soins surspécialisés, qui sont offerts en
quatrième ligne, soit toujours considérée.
Et, cette évolution-là, on peut dire que,
maintenant, on parle surtout du RUIS 2.0. Donc, depuis sa création, en 2003, avec la réflexion qui a été faite avec la
réforme, on en vient à dire qu'on est maintenant rendus au RUIS 2.0 pour
vraiment passer à une autre étape de RUIS,
qui va intégrer davantage, aussi, le volet des services sociaux à l'ensemble
de la réforme que nous venons de vivre avec la loi n° 10 et la loi
n° 20.
composition des RUIS. Alors, le projet de loi n° 10, qui a été sanctionné
le 9 février 2015, et pour lequel les RUIS avaient affirmé... ils étaient venus ici, en commission
parlementaire, pour affirmer, souscrire aux objectifs de cette réforme. Alors,
ce projet de loi là modifie de facto la composition des RUIS. Les comités de
direction des RUIS sont maintenant minimalement composés de tous les
P.D.G. de leurs territoires. Les doyens des facultés de médecine, présents depuis le début des RUIS, se sont vu
rejoints, dans la plupart des RUIS, par leurs collègues de médecine dentaire,
de sciences infirmières, de sciences
sociales et de pharmacie. Ce membership élargi est essentiel pour promouvoir la
pratique en interdisciplinarité et
sensibiliser les étudiants pendant leurs formations initiales. Alors, c'est
l'intégration du volet social avec le secteur santé qui prend toute son
importance pour soutenir l'offre de services de santé et services sociaux.
Maintenant, la gouvernance des RUIS. Les RUIS
sont des instances de concertation. La mobilisation de leurs membres pour agir
de manière concertée repose, d'une part, sur le partage d'une même vision et
sur l'adhésion à des objectifs communs, et, d'autre part, sur l'interdépendance
de leurs actions pour l'atteinte de leurs objectifs.
Le comité de
direction de chacun des RUIS est maintenant présidé par le P.D.G. du CHU de son
territoire. Alors, c'est ce qui fait
l'objet de notre présence ici aujourd'hui. La composition de sa gouvernance
fait l'objet de l'article 39 du
présent projet de loi. Nous aurons d'ailleurs des suggestions à formuler à cet
effet, sur la deuxième recommandation qui
vous est faite aujourd'hui, afin de reconnaître la contribution essentielle du
milieu académique dans la poursuite des travaux du RUIS et de son interdépendance avec les milieux de soins et
services, autant santé que services sociaux. Donc, nous avons vraiment
besoin l'une de l'autre, autant la composante académique que la composante
clinique.
Finalement,
la Table de coordination nationale des RUIS, constituée par le ministre et
présidée par son représentant, en
l'occurrence le sous-ministre associé aux affaires médicales et universitaires,
a essentiellement la responsabilité de coordonner
l'action des RUIS pour assurer l'accès à la médecine académique dans toutes les
régions du Québec et assurer la
concertation entre eux. Et nous souhaitons vous mentionner que, cette coordination-là
qui est faite par le ministère de la Santé, on souhaite que ce soit
comme ça aussi, parce que Dr Bureau nous avait suggéré que l'on puisse prendre
cette coordination-là nous-mêmes. Je pense qu'à cette étape-ci on souhaitait
que la coordination soit aussi exercée par l'instance du ministère de la Santé.
Alors, voilà, je passe la parole à Dr Cossette.
Cossette (Pierre) : Merci, Patricia. Donc, je vais vous parler
un petit peu de la mission, des mandats, puis illustrer un peu à quoi
les RUIS ont servi et servent encore, donc, conformément à l'énoncé de la loi,
qui est de favoriser la complémentarité puis
l'intégration des missions de soins, d'enseignement et de recherche,
d'évaluation des modes de technologie
et des impacts en services sociaux. Donc, les RUIS existent pour l'ensemble des
régions du Québec, agissent dans tous les traitements des dossiers comme
Pour les
facultés de médecine, en fait, en fonction de notre responsabilité sociale,
pour nous, c'est important de pouvoir
contribuer d'une façon pertinente au développement de la main-d'oeuvre
médicale. C'était le point de départ, là, et on fait beaucoup plus que ça maintenant. Et ça, c'est important de
bien comprendre ça, parce que l'articulation entre le réseau de la santé
puis le réseau universitaire est essentielle à plusieurs égards. D'une part, on
pense que le réseau universitaire peut
influencer les meilleures pratiques du réseau de la santé, mais, d'autre part,
c'est important que le réseau de la
santé influence le réseau universitaire dans sa façon d'enseigner, d'enseigner
des choses pertinentes. Et un exemple qu'on
peut comprendre, aussi, c'est toute l'évolution de la pratique vers la médecine
de famille puis le déploiement des groupes de médecine de famille, des
UMF, qui sont maintenant des GMFU, qui sont depuis... Parce qu'initialement
l'enseignement médical, il y a 30 ans, était fait dans les CHU.
Maintenant, c'est très déployé, et aujourd'hui on a, au Québec, 38 UMF, qui sont réparties dans tout le Québec. Et ces
gens-là contribuent aux soins, mais c'est important aussi qu'ils aient
accès à des modèles de soins différents, c'est important d'avoir des UMF en
milieu urbain, en milieu intermédiaire puis
en milieu éloigné pour que tous ces modèles-là soient enseignés. Donc, pour
nous, l'interaction entre le réseau
puis l'enseignement, par exemple dans le développement de la médecine de
famille, est absolument essentielle des deux côtés, si on veut. Donc,
ça, c'est un point qui est important pour nous.
Et l'autre
chose, c'est que, dans le virage vers la médecine de famille, qui est un
objectif qui est poursuivi par les facultés
de médecine, on veut que nos médecins qui sont en place dans les milieux...
donc on veut que la médecine ne soit pas enseignée juste par des grands
professeurs d'université, mais soit enseignée par des praticiens du milieu, et
ça prend une force mobilisée dans le
milieu, qui sont souvent les médecins de famille, mais qui peut être aussi des
spécialistes en milieux régionaux,
qui vont venir enseigner, qui vont accepter aussi de prendre des étudiants à
tous les niveaux de leur formation. Donc, ça, c'est un enjeu important. Et il y a une des
recommandations qui va revenir là-dessus, parce que la fonction d'enseignement de ces médecins-là qui sont
déployés dans le réseau, elle est essentielle pour que nos programmes soient bons, mais elle est essentielle aussi pour
qu'on puisse enseigner de la bonne façon, qu'on enseigne la médecine qui
reflète vraiment la réalité multiple du
terrain. Donc, pour nous, ça, c'est un point qui est important. Donc, de
concilier les besoins académiques avec les impératifs cliniques, et vice
et versa, c'est un élément majeur.
L'autre chose
aussi qu'on remarque de plus en plus, c'est que cette concertation-là entre les
milieux académiques et les milieux
cliniques est essentielle dans la formation d'autres professionnels que les médecins comme tels, puis les médecins de famille à plus forte raison, là. Donc,
qu'on soit en réadaptation ou en sciences infirmières, les enjeux sont très,
très importants. Il faut
pouvoir coordonner les milieux de stage entre les établissements d'enseignement et les établissements de
santé. Donc, par exemple... c'est vrai aussi en réadaptation. Donc, l'enjeu
d'avoir accès et de pouvoir se partager des plateaux d'enseignement est vraiment très important, et, là aussi, c'est au bénéfice mutuel du réseau
de la santé puis du réseau de l'enseignement supérieur.
Donc, de la même
façon que, pour les médecins, il faut faire des choses pertinentes... Et il faut
être capables de s'interinfluencer.
Et j'irais même une coche plus loin, donc les médecins qu'on
déploie, par exemple, dans nos GMFU, ils ne vont pas enseigner juste à des médecins, ils
vont enseig