Health and Social Services — 25 June 2014 (41st Legislature, 1st Session)
CSSS 2014-06-25
Quebec — Committees
Alors, premièrement, on comprendra ici la situation
qui a été bien expliquée par mes collègues, le premier ministre d'abord,
ainsi que par le président du Conseil
du trésor, lors des études des crédits précédentes, et qui ont fait état de la situation difficile devant laquelle nous nous trouvons. En
premier lieu, évidemment, on connaît aujourd'hui, et ceci a
été évidemment vérifié de deux façons... on connaît la situation précaire de
notre gouvernement quant aux finances publiques. On connaît évidemment la situation
vers laquelle nous nous dirigions de
façon irrévocable, c'est-à-dire un déficit potentiel de 7 milliards dans deux ans et, évidemment, les déficits qui n'étaient non pas annoncés, mais
qui ont été vérifiés pour l'année 2014‑2015 et l'année 2015‑2016,
respectivement de 2,5 milliards et de 1 750 000 000.
Alors, on sait qu'au Québec la croissance des
dépenses publiques dans la dernière période de 10 ans a été relativement élevée, peut-être pas énormément élevée par
rapport au reste du monde, mais certainement très élevée par rapport à notre capacité collective de payer puisque
la croissance des dépenses aurait été en moyenne, dans les 10 dernières années, de 5 %. Et, particulièrement en santé, elle aurait été même de
5,6 %, ce qui est évidemment substantiel. Alors, aujourd'hui, on se retrouve dans une situation où
on a à faire face à cette problématique, d'une part, et, d'autre part,
on a à faire face non seulement au retour à
l'équilibre budgétaire, mais à la nécessité pour notre gouvernement et, je
dirais, la société québécoise de
faire en sorte que, si le système de santé, parce que je pense que c'est ce
dont il est question, peut être
pérenne dans sa nature, c'est-à-dire dans sa nature publique, et puisse
continuer à offrir des services tels que requis à la population, bien, à
un moment donné, il doit y avoir des décisions qui seront certainement
difficiles à prendre, mais
des décisions devront être prises. Et c'est la raison pour laquelle notre
gouvernement, pendant la période du retour à l'équilibre budgétaire,
vise une croissance en santé de 3 %. Donc, la santé sera un secteur
d'activité où il y aura croissance, par opposition à certains autres secteurs
de notre gouvernement où il y aura certainement des situations encore plus difficiles à vivre. Mais notre
gouvernement a fait le choix de maintenir les services. Et je pense que c'est
la responsabilité du gouvernement, dans un
sujet aussi délicat que celui de la santé, de pouvoir s'assurer qu'en bout de
ligne la population reçoive les services requis pour des soins de santé requis.
Ceci dit, cet exercice-là ne pourra pas se faire autrement qu'en mettant en application des principes fondamentaux, les
principes fondamentaux qui sont ceux de notre gouvernement et que
j'énumère et agrémente de quelques commentaires.
D'abord,
l'intégrité. L'intégrité, ça veut dire quoi pour la santé et pour notre
gouvernement, pour l'ensemble de notre
gouvernement? Ça signifie que, face à la population, comme nous nous sommes
engagés dans la voie de l'équilibre budgétaire et de la
responsabilisation de nos dépenses, la population s'attend non seulement à des
gestes politiques qui soient clairs, nets et
précis, mais certainement des gestes politiques et administratifs
irréprochables. Et c'est la raison pour
laquelle on verra, là, dans la prochaine étude des crédits et dans notre mandat
quand on aura des décisions difficiles à être prises, les décisions seront prises d'une façon rigoureuse et aussi
transparente, la transparence étant essentiellement la deuxième et
certainement pas la dernière des valeurs et principes qui sous-tendent l'action
de notre gouvernement.
C'est quoi,
la transparence? Évidemment, j'y ai fait référence il y a quelques instants,
les décisions qui sont prises, qui seront prises et qui seront
difficiles, bien, seront faites avec clarté, c'est-à-dire qu'on informera la
population et on débattra. C'est le rôle de
l'Assemblée nationale de faire ces débats-là, et on prendra les décisions ou on
avancera des solutions avec le maximum de lucidité et en fonction des
problèmes et des enjeux auxquels fait face non seulement le gouvernement, mais
toute la population du Québec.
Une autre
valeur est celle de l'équité. L'équité, là, ça signifie évidemment traiter les
citoyens et les groupes de population de façon juste et équilibrée. En
termes plus clairs, ça signifie qu'en santé ce n'est pas un endroit où on fait
de la petite politique. Et il n'y aura pas, là, de décisions qui seront prises
en fonction d'un comté ou pas d'un comté. Récemment,
j'annonçais, par exemple, et j'y fais référence... la semaine dernière,
j'annonçais qu'il allait y avoir un report, le report d'un projet, et
non pas l'annulation, dans... du projet du CHU, à Sherbrooke, pour le bâtiment
mère-enfant, par exemple. Ce n'est pas un
projet qui est abandonné, c'est un projet qui est essentiellement reporté pour
des raisons purement d'équité. Et,
quand on dit équité, ça signifie qu'à un moment donné on doit faire en sorte
qu'il y ait un ordonnancement basé sur la raison. Et, quand j'ai pris
cette décision-là, M. le Président, c'est une décision qui était basée d'abord
et avant tout sur l'équité et non sur la
couleur du comté, surtout que, dans l'hôpital en question, la couleur du comté
était exactement la nôtre. Alors, à un moment donné, il faut faire en sorte que
des décisions soient prises, et, par exemple, dans
ce cas-là, nous y sommes allés sur la base de la vétusté, parce qu'il y avait
des projets qui devaient passer devant d'autres.
Et ça, je pense que le gouvernement s'attend... pas le gouvernement, je
m'excuse, la population s'attend à ce que nos décisions soient
empreintes d'équité au maximum.
Le respect. Le respect, ça veut dire transiger
avec les partenaires avec considération, mais sans complaisance. Je viens de donner un exemple qui allait
exactement dans ce sens-là. Ce sera le cas, comme je l'ai dit il y a quelques
instants, pour les débats à l'Assemblée
nationale. Oui, l'Assemblée est un endroit de débats que l'on qualifie de
contradictoires, contradictoires étant un
terme pour dire «débat». Et qui dit débats signifie qu'on n'a pas
nécessairement tous la même opinion, mais du débat doit normalement
naître soit la vérité, soit un compromis raisonnable; c'est la maxime selon laquelle j'ai toujours exercé ma pratique, mes
opinions et mes actions politiques, ce sera le cas encore aujourd'hui.
Et, si, à l'Assemblée nationale, de
meilleures idées surgissent que celles que nous proposerons, bien, elles sont
bienvenues, et nous les prendrons en
considération. D'ailleurs, je prends à ce
titre le commentaire qui a été fait
par notre collègue de Lévis, lors du discours du budget, qui avait salué
en grande
partie les mesures qui étaient proposées par mon collègue de
Robert-Baldwin lors de la présentation de son budget.
La confiance.
La confiance, ça signifie que... et ça, c'est important. Nous, on doit tous
ensemble... et au Parti libéral, au gouvernement, on croit qu'on peut
réussir. Et, en santé, on peut réussir à maintenir ce système public, on peut
le garder à long terme et de façon pérenne, mais, malheureusement, ça demande
quand même des ajustements. Et ces ajustements-là,
évidemment, on y reviendra plus tard, on les verra lors de la révision de
programmes qui sera faite dans la prochaine
année sur le comité qui est présidé par Mme Robillard. Travail d'équipe,
alors ça signifie évidemment travailler de concert, notamment au Parlement, j'y ai fait référence, là, il y a
quelques instants. Et évidemment nous venons de vivre, dans les quatre
dernières années, essentiellement un exercice qui s'est traduit par la plus
grande transparence, qui est celui... la
plus grande transparence, je m'excuse, et la plus grande collégialité, et je
parle évidemment du projet de loi n° 52, qui s'est conclu, lors de
cette session parlementaire ci, au bénéfice de toute la population du Québec.
Alors,
revenons encore sur les grands paramètres de notre budget qui a été présenté
récemment. Alors, en santé, on le
sait, c'est 32 milliards, 32 346 000 000 $, c'est une proportion, on le sait,
substantielle du budget du Québec, et à ça doivent s'ajouter des dépenses financées par le FINESSS, et, pour ceux
qui ne sont pas familiers avec la chose, c'est le Fonds de financement
des établissements de santé et des services sociaux, dans lequel s'ajoutent aux
32 milliards 1 545 000 000 $, pour un total que vous
connaissez.
Alors,
globalement, je l'ai dit en guise d'introduction, nous prévoyons pour la
prochaine année une croissance des dépenses de 3 %. Évidemment,
c'est une croissance qui est inférieure à la croissance historique du budget de
la santé du Québec, d'où la nécessité ultérieure de prendre des décisions
difficiles, mais notre situation est évidemment plus favorable que dans certains autres ministères. Et, je le rappelle, je ne
peux pas passer sous silence que, dans les 10 dernières années, la croissance moyenne des dépenses en
santé... insoutenable, c'est insoutenable, et c'est une question
purement mathématique. C'est insoutenable d'avoir une croissance en santé qui
est de l'ordre perpétuel de 5,6 %. C'est ce qu'a vécu
le système de santé québécois pendant les 10 dernières années, et c'est là que
se situe le plus grand défi de notre ministère,
c'est-à-dire ramener, dans le cadre du retour à l'équilibre budgétaire, cette
croissance à 3 % pour cette année, et évidemment très probablement
la même chose pour l'année prochaine, pour ensuite viser une croissance
annuelle de l'ordre de 4 %.
rappellerai à cet égard que le retour à l'équilibre zéro est une priorité pour
notre gouvernement, mais je rappellerai aussi à la population que,
récemment, des études ont été publiées, dont l'étude de l'Institut du Québec,
pilotée par M. Bachand, qui nous disait que le système de santé peut être
maintenu si sa croissance... les coûts de croissance sont maintenus dans
l'ordre de 4 à 4,5, 4,25 %. Nous, on vise 4 %, mais il y a une étape,
évidemment, qui est difficile, au travers de
laquelle il faut passer dans un premier temps, qui est celle du retour à
l'équilibre budgétaire qui passe par un contrôle de la croissance des
coûts de 3 % pour la prochaine année, ce qui va nous amener évidemment à
des choix qui vont être probablement difficiles, mais qui seront débattus ici,
certainement par l'étude des crédits et ultérieurement à l'Assemblée nationale.
Mais,
clairement, le statu quo est inacceptable pour plusieurs raisons qui sont
évidentes : la croissance, mais aussi pour une cause, parce qu'une cause... les effets viennent toujours d'une
cause, évidemment, en santé, alors la première étant celle du vieillissement de la population, et on
sait que le pic démographique du vieillissement de la population se
situe en 2031, et, si rien n'est fait, les dépenses en santé passeront, à
cause, en partie, de cette situation-là, de 43 % de notre budget à
69 % de l'ensemble des dépenses de programmes du gouvernement. Et ça,
c'est une chose, évidemment, qu'aucune juridiction canadienne ou internationale
ne peut supporter.
Alors, devant
ça déjà, on a mis en place des mesures pour faire face à cette situation, d'où
la demande qui a été faite au réseau,
dès notre arrivée, d'augmenter de 2 % la productivité pour ce qui est de
l'administratif et de la cible, dans notre programme électoral, d'une
réduction de la bureaucratie sur trois ans. Alors, on cible également une
réduction des dépenses administratives
immédiate de 3 % dans tout le réseau, et nous avons bonne confiance que
ces objectifs-là seront atteints.
Évidemment,
j'y ai fait référence il y a quelques instants, il y aura l'exercice de
révision de programmes. Et on pourrait dire que la santé est un
programme, mais... La santé est peut-être un programme, mais il est constitué
d'une mosaïque, d'une multitude de programmes.
Et, dans l'exercice de révision de programmes dans lequel on s'engage en
date d'aujourd'hui, ces programmes-là, ces
sous-programmes seront révisés, et une réflexion sera faite, et des
conclusions seront tirées, d'où l'importance
pour nous de participer activement à cet exercice. Notre objectif :
préserver l'essentiel. Nous ne sommes pas dans une dynamique où nous
allons couper pour couper. Nous allons voir ce qui est essentiel et revoir ce qui demande d'être révisé sur cette base
et, certainement, nous allons revoir les façons de fonctionner et
s'assurer que, par des gains de productivité et éventuellement de
restructuration ou de rationalisation, nous puissions atteindre l'efficience clinique appropriée pour maintenir en
place les services à la population et respecter la croissance visée de
notre budget pour faire en sorte qu'à la fin de l'exercice, en 2014‑2015 et
2015‑2016, on revienne à l'équilibre budgétaire pour ensuite avoir le bénéfice
d'avoir une croissance qui soit contrôlée par la suite.
Donc, on
comprendra que c'est un défi qui est absolument colossal, qui va demander de
grands efforts de tout le monde. Et,
comme je l'ai dit à plusieurs reprises dans un passé récent et en campagne
électorale, tout le monde va être obligé
de contribuer. Il n'y a pas de groupes, de sous-groupes, de secteurs qui
n'auront pas une contribution à faire, c'est impossible. Au bout de la
ligne, encore une fois, c'est la pérennité de notre système qui est en cause.
Alors, des services, comme ceci a été dit, des
développements de services seront possibles à partir de 2016. Entre-temps, nous serons dans une période de
rationalisation et de réévaluation nécessaire pour le retour à l'équilibre
budgétaire. Alors, concrètement, nous sommes donc en synchronisme et nous
adhérons complètement aux positions de notre premier ministre, de notre
ministre des Finances et de notre président du Conseil du trésor.
Toujours sur le plan de la bonne gestion, nous
sommes de fervents défenseurs du financement d'activités. Nous y reviendrons à plusieurs reprises. C'était
dans notre campagne... dans notre programme électoral. Le financement d'activités est un levier essentiel au contrôle
des coûts pour une raison très simple. Il est historique qu'au Québec,
peu importe le gouvernement, il est historique
que nous ayons eu des difficultés à évaluer les coûts. Alors, l'évaluation
des coûts doit passer par une méthode qui soit améliorée, qui est celle du
financement d'activités, et on y reviendra beaucoup...
Le Président (M. Tanguay) : ...
Le Président (M. Tanguay) : En
conclusion, s'il vous plaît.
Barrette : En conclusion. En conclusion, je terminerai en rafale sur
quelques éléments. La première ligne, qui est une priorité pour notre gouvernement... et de cette priorité-là,
nous allons prendre des actions pour les GMF. Notre programme électoral prévoit le développement des
infirmières praticiennes spécialisées, et, pour l'ensemble des services spécialisés, on s'attend à une utilisation
beaucoup plus optimale des plateaux techniques, qui est celle que nous
faisons aujourd'hui. Et ça, ça va pour la chirurgie, le cancer et toute la
programmation de périnatalité et particulièrement du contrôle de coûts en
médicaments. On l'a dit en campagne électorale que des économies substantielles
étaient à être faites sur la base de la négociation des ententes pour le coût
des médicaments, et ce sera fait. Et, au bout de la ligne, évidemment, ce sera
la survie de notre système qui sera en jeu et assurée.
Je termine
sur un mot, M. le Président : N'oublions certainement pas la problématique
de la qualité de vie de nos aînés auxquels nous aurons, évidemment, à
nous adresser de la façon la plus constructive possible et toujours en respectant nos objectifs
budgétaires. Alors, je vous remercie, M. le Président, de m'avoir accordé ces
quelques secondes supplémentaires.
Le Président (M. Tanguay) : Merci
beaucoup, M. le ministre. De toute façon, pour tous les collègues parlementaires, évidemment, le temps que nous
prenons sera retiré et déduit du temps de la banquette ministérielle.
Alors, merci, M. le ministre.
J'invite
maintenant la porte-parole de l'opposition officielle et députée de Taillon à
faire ses remarques préliminaires pour un maximum de 10 minutes.
Mme Lamarre : Alors, merci beaucoup,
M. le Président. Je tiens également à remercier et à saluer tous les participants à cette session, M. le ministre, tous
les gens qui vous accompagnent et qui ont contribué à fournir les six volumes de réponses à nos questions. Alors, on
apprécie beaucoup le travail, les efforts qui ont été faits pour
répondre à ces questions. Je remercie
également les ministres et les députés... le ministre, mais également les
députés de l'opposition qui nous accompagnent. Je tiens à souligner la
présence de M. Bernard Drainville, député de Marie-Victorin, et mon attachée...
ma recherchiste, Mme Laurie Comtois, qui m'accompagne pour cette présentation
d'étude des crédits.
Je pense que,
tout comme le ministre de la Santé, nous partageons un souci d'une saine
utilisation des sommes des
contribuables, de tous les Québécois. Un budget important, 32,3 milliards
de dollars, 43 % du budget total. Il reste que, pour les Québécois et les Québécoises, la santé,
c'est une priorité. Et, de la même façon que, quand on élève notre
famille, on tient à lui assurer qu'elle
puisse bien manger, on tient également à s'assurer qu'elle évolue en santé, et
il ne nous semble pas incompatible de
jumeler les deux objectifs, d'avoir des enjeux économiques et une économie bien
monitorés, bien surveillés, avec un
accès à un système de santé qui assure une accessibilité. On n'est même plus à
parler de performance, on est rendus
à parler d'accessibilité. Et c'est vraiment une priorité qui a été plusieurs
fois annoncée, confirmée par différents sondages et par différentes actions que les Québécois et les Québécoises
posent. Ils déboursent beaucoup pour cette santé qui leur tient à coeur
et ils attendent aussi à avoir des résultats. On a actuellement
deux millions sur huit millions de Québécois
qui n'ont pas accès à un médecin de famille. On peut considérer que c'est un
point de rupture. C'est un point de rupture parce qu'à un moment donné,
lorsqu'on n'a pas accès au médecin de famille au bon moment, il y a des conditions plus graves qui se détériorent et qui
amènent des situations de santé plus graves et également des coûts plus
importants. Donc, il y a encore une façon de faire coïncider les deux
objectifs.
L'institut national de la statistique déclarait
que 30 % des gens qui se présentaient à l'urgence d'un hôpital le faisaient en sachant très bien, lorsqu'elles
partaient, lorsque ces personnes-là partaient de la maison, que ce n'était
pas nécessaire qu'elles aillent à l'urgence
d'un hôpital, mais elles le faisaient parce qu'elles n'avaient pas d'autre
porte d'entrée dans le système de santé. Or, quand on va à l'urgence
d'un hôpital, ça coûte entre 250 $ et 500 $ pour utiliser les services d'une urgence à l'hôpital. Il y a donc là
des gains importants, des économies importantes à faire en utilisant
mieux notre système de santé, en utilisant mieux l'ensemble des systèmes et en
remettant le patient au bon endroit au bon moment
dans un système de santé. Je vous dirais, comme analogie, le citoyen ordinaire,
il ne recourt pas continuellement à son concessionnaire pour faire laver
sa voiture. À un moment donné, il la fait laver la première fois qu'il
l'achète; les fois d'ensuite, il utilise le bon endroit pour laver sa voiture.
Il commence par lui-même, donc on pense que la prévention et les saines
habitudes de vie sont certainement un élément important, et, dans certains cas,
il va utiliser des ressources qui sont adaptées aux besoins qu'il a. Donc, je
pense qu'on doit aussi regarder notre système de santé avec une perspective
comme celle-là.
En 18 mois,
le parti... l'ancien gouvernement a réussi à donner 330 000...
330 000 Québécois ont réussi à obtenir un médecin de famille, ce
qui ne s'était pas vu depuis au moins 2009. On a diminué le temps d'attente à
l'urgence, on a donné 110 millions de
dollars en soins à domicile et on a amélioré les cibles en GMF, même si on est
tout à fait conscients qu'il y a encore beaucoup de travail à faire à ce
niveau-là. L'informatisation du système de santé reste aussi une priorité et
une préoccupation.
Alors, M. le
Président, je suis très consciente que la population, elle a surtout envie
d'entendre des réponses à des questions.
Alors, je ne prendrai pas plus de mon temps et je préférerais conserver les
précieuses minutes de cette période de questions pour adresser
ultérieurement mes questions au ministre de la Santé. Je vous remercie.
Président (M. Tanguay) :
Parfait. Merci beaucoup, Mme la
députée de Taillon,
ce sera fait. Alors, je cède maintenant la parole au député de La Peltrie
et porte-parole du deuxième groupe d'opposition à faire ses remarques
préliminaires pour un maximum de sept minutes. Vous allez m'indiquer...
Caire : Je vais
conserver mon temps pour échanger avec le ministre, M. le Président.
Président (M. Tanguay) :
Excellent! Alors, ce sera fait. Merci beaucoup, M. le député de La Peltrie. Je suis maintenant prêt à reconnaître une première intervention
de l'opposition officielle pour un premier bloc d'échange. Mme la députée de Taillon, la parole est à vous, en vous rappelant que vous
disposez maintenant d'un temps de 20 minutes, et nous additionnerons votre temps de remarques préliminaires plus tard.
Alors, pour 20 minutes, Mme la députée de Taillon.
Lamarre : Merci. Alors, à la lecture du budget, nous avons été un peu
étonnés d'entendre si peu parler de la
santé. Nous avons recherché les quelques indices que nous avions pour évaluer
un petit peu les grands morceaux qui constituaient finalement les coûts
importants au niveau de la santé. Il est certain que le montant qui nous a
frappés au départ, c'est le 285 millions de dollars qui était inscrit au
niveau des services médicaux. Et, dans le contexte du début des sessions
parlementaires où il y a eu plusieurs échanges, on a quand même considéré que
ce montant-là était entouré d'une certaine ambiguïté, qu'on aurait aimé avoir
un peu plus de précision.
Donc, il semble que
l'étalement de la hausse de salaire des médecins soit actuellement la pierre
angulaire sur laquelle repose une bonne
partie du cadre financier du gouvernement, et il y a eu plusieurs déclarations
qui ont été faites, et il semble que tout le reste doive demeurer en
suspens tant que cette entente sur l'étalement ne sera pas faite, ce qui nous apparaît très préoccupant, parce qu'on le
sait la santé des gens, elle, lorsqu'elle se détériore, elle n'attend pas
des mois et des mois, et donc l'accès au
système de santé demeure une priorité et devrait être travaillé parallèlement à
ces difficultés, là, qu'on perçoit au niveau d'un règlement avec les
fédérations médicales.
Alors, juste pour
faire un bref rappel, le 14 mai, le ministre a indiqué que cette question
devait être réglée, doit être réglée d'ici le dépôt du premier budget du
gouvernement libéral prévu en juin. Le 26 mai, on rapportait qu'il y avait une augmentation de la pression sur
les fédérations des médecins. Un peu plus tard, le ministre des Finances affirmait que c'était une question de quelques
jours, et il fallait que ça se fasse vite. Ensuite, on disait que, s'il n'y
avait pas une entente conclue, on évoquait la possibilité d'une loi spéciale,
et là, le 12 juin, on apprend qu'il est impossible qu'il n'y ait pas d'entente
d'ici l'automne, comme s'il fallait se réjouir, là, d'un délai supplémentaire
de trois mois et si, la période de l'été, les gens ne continueraient pas
à être en difficultés importantes au niveau de leur accès.
Alors, écoutez, le
285 millions de dollars, on aimerait savoir... et ma question au ministre,
c'est : Qu'est-ce qu'il comporte, ce
285 millions de dollars là, et comment... Est-ce qu'il est fixe? Est-ce
que c'est un montant qui est fixe? Est-ce qu'il peut être plus important
ou s'il peut être moins important?
Le Président (M.
Tanguay) : Alors, M. le ministre.
M. Barrette :
Alors, merci, M. le Président. Alors, je rejoins, évidemment, la députée de Taillon
quant à son inconfort face à la compréhension des chiffres qui ont été
présentés dans le budget, qui sont, par ailleurs, très précis. Malheureusement, je... pas malheureusement, mais je vous dirais que je comprends la position
de la députée de Taillon face à son insatisfaction, mais je lui dirai
que la source de son insatisfaction est évidemment son propre parti, parce qu'évidemment la signification du montant qui a été inscrit au budget vient d'abord
et avant tout, et exclusivement — j'insiste, Mme la députée, j'insiste — ce
chiffre-là vient des décisions qui ont été prises par le Parti québécois lorsqu'il était au pouvoir. Et la signification de l'utilisation
de ces sommes d'argent est parfaitement comprise par le Parti québécois parce
qu'ils sont responsables de ladite chose.
Maintenant,
je m'inscrirai en faux, M. le
Président, lorsque la députée de Taillon
fait référence, comme elle l'a fait il y a
quelques instants, sur la non-terminaison ou la prolongation de la négociation
au-delà de la date de dépôt du budget en suggérant que, pendant l'été,
la population doit recevoir des soins. Il va de soi, M. le Président, et on le constate
sur le terrain... Je n'ai pas vu, moi, — et d'ailleurs nos collègues
journalistes seraient les premiers à le rapporter — de
situation où la prestation de soins de la part des médecins, qu'ils soient
médecins de famille ou médecins spécialistes, soit remise en cause. Je
n'ai pas entendu, constaté ou même eu vent de moyens de pression.
Alors, lorsqu'on fait
la référence à l'accès aux soins pendant l'été qui pourrait être compromis par
une prolongation de la négociation, bien, évidemment, je suis un peu surpris
parce que ce n'est pas ça, et je m'inscris en faux
là-dedans. Et je tiens ici, puisque nous sommes diffusés, à rassurer la
population : nous avons des négociations qui poursuivent leur cours. D'ailleurs, aujourd'hui, j'ai une communication de prévue avec une des deux fédérations
médicales, et il n'y a pas de tension, et il n'y a pas d'écueil à cette
étape-ci. Alors, je tiens à rassurer la population sur ce fait.
Je rappellerai aussi
à la population et aux deux oppositions que la situation dans laquelle la santé
se retrouve est un peu particulière. Nous sommes dans un exercice budgétaire
qui vise le retour à l'équilibre et, en même temps, M. le Président, nous sommes à
négocier une entente qui déborde largement, largement la période concernée pour
le retour à l'équilibre budgétaire. Je rappellerai à la députée de Taillon
que nous en sommes à faire un exercice d'étalement de la rémunération des médecins, qui se fera sur une période d'années x. Le
début de la négociation, on le rappellera, ça a irrité beaucoup les fédérations médicales. Je n'ai pas senti
d'irritation du côté de la CAQ, mais j'ai senti une irritation en
Chambre du côté du Parti québécois puisque la députée de Taillon elle-même
avait qualifié cet étalement d'énorme, d'invraisemblable. Je pense citer
adéquatement les mots de la députée de Taillon.
Alors, je rappelle,
donc, notre point de départ était 15 ans, nous sommes en négociation, nous
sommes rendus à 10 ans. Mais vous
conviendrez, M. le Président, que l'étalement déborde largement la période du
retour à l'équilibre budgétaire, débordant largement le retour à
l'équilibre budgétaire. Ça devient comme un incontournable que cette négociation-là ne soit pas terminée à cette étape-ci, mais, en même temps, n'a pas
nécessairement d'impact sur le budget présenté. Pourquoi? Parce que le
budget, lui, prévoit un montant pour 2014‑2015, qui, lui, sera négocié dans la...
sera inclus dans l'entente négociée ultérieurement et éventuellement avec les
fédérations médicales.
Pour ce qui est des
augmentations de 285 millions, elles répondent précisément à la question
de la députée de Taillon, et il était
important de faire ce préambule, M. le Président, pour mettre les choses en
contexte. Ce 285 millions...
Président (M. Tanguay) : M. le ministre, en concluant. On va essayer
de garder une proportionnalité entre le temps de questions.
M. Barrette : Très bien.
Président (M. Tanguay) : Alors, en concluant. Merci beaucoup.
M. Barrette :
Merci, M. le Président. En concluant, ce 285 millions représente
l'application, sur une année complète, des
ententes et des mesures signées par le Parti québécois, qui ont été faites de
façon volontairement retardée pour évidemment, politiquement, en arriver
à la situation actuelle.
Le Président (M.
Tanguay) : Mme la députée de Taillon.
Mme Lamarre :
Alors, M. le Président, j'ai l'impression qu'on... je n'ai pas, peut-être, bien
exprimé ma question ou le ministre ne l'a pas bien comprise. Mais, vous savez,
ce que la population ressent actuellement, elle se préoccupe peu des délais de négociation directe. Ce qu'elle veut, c'est
des services et des soins, elle veut un meilleur accès. Et c'est lorsque
le gouvernement évoque que cette négociation-là devient le motif pour retarder
la mise en vigueur de d'autres analyses et l'implantation de d'autres mesures
importantes en santé, c'est là que les gens peuvent manifester une incompréhension.
Donc,
ma question est : Le 285 millions de dollars, est-ce qu'il pourrait
être plus important que ça? Et, sinon, si on est sûrs que c'est ce
montant-là qui, de toute façon, sera le montant final, quelle que soit l'issue
de la négociation, sur un étalement, est-ce qu'on peut commencer à penser à
d'autres mesures que la simple négociation pour améliorer l'efficience du système de santé et faire en sorte
qu'on ait un système qui soit plus performant et qui... même, dans
certains cas, on ne parle même pas de performance, on parle d'accessibilité à
des services essentiels.
juste pour reprendre la
partie de l'été, il reste qu'on a 2 millions de
Québécois sur 8 millions qui n'ont pas accès à un médecin de famille. Et moi, j'avais compris
que notre ministre actuel avait la ferme intention d'améliorer
rapidement cette situation-là. Alors, peu importe ce qui se passe avec les
médecins, puisqu'on n'est pas en gain d'efficacité dans la négociation avec les
médecins, on est simplement dans le statu quo au niveau des services, alors ce
qu'on espère, c'est... Qu'est-ce qui va se
passer pour que le système de santé puisse s'améliorer rapidement? Quels sont
les indices que le ministre nous donne là-dessus?
Le Président (M.
Tanguay) : Alors, M. le ministre.
M. Barrette :
Alors, M. le Président, il y a plusieurs éléments, dans la question de la
députée de Taillon, qui s'entrechoquent et qui viennent entretenir une
confusion, là.
Premièrement, le
montant de 285 millions n'est pas un montant qui vise à restreindre les
services, d'aucune manière. Le montant de
285 millions, essentiellement, est un montant qui était déjà prévu dans
les livres du Parti québécois parce
qu'ils ont signé des ententes... des mesures, pardon, qui ont été mises en
application dans une fraction de l'année 2013, et l'application de ces ententes-là dans une année complète, en
2014‑2015, fait en sorte qu'il y a une dépense qui est de cet ordre-là.
Alors, ce montant-là était déjà prévu dans les livres du Parti québécois.
Maintenant, la
députée de Taillon nous demande si ce montant-là est un montant maximal.
Évidemment, ce montant-là est un montant qui
était déjà prévu, qui est prévu au budget, et viendront s'ajouter
potentiellement de très, très, très
faibles montants, parce que, comme nous en sommes dans une mesure, un exercice
d'étalement de la rémunération des médecins, qu'ils soient spécialistes
et médecins de famille, évidemment que les sommes qui seront allouées en 2014‑2015
et en 2015‑2016 ne seront certainement pas d'une grande ampleur.
Ceci
dit, la députée de Taillon, toujours en multipliant les items dans sa
question — ce que
je comprends, c'est tout à fait
légitime — bien, on
aborde ici l'efficacité de notre système et on fait référence aux groupes de
médecins de famille. Or, j'ai dit, en guise d'introduction, qu'il allait
être nécessaire pour nous — comme
pour n'importe quel gouvernement, mais certainement pour le nôtre — de
faire en sorte que, oui, nous révisions la façon de fonctionner de notre réseau, peu importent ses aspects. Il est
clair que l'efficience est le point central de la prochaine politique
ou des prochaines décisions qui
seront à être prises, précisément parce
que, sur une question
purement budgétaire, on n'a pas
le choix de le faire si on veut atteindre
l'équilibre zéro et contrôler la croissance des coûts à 4 % ou moins
éventuellement parce que c'est l'objectif qui est visé.
Alors, aujourd'hui,
le fait d'avoir ce montant-là inscrit au budget ne signifie en aucun cas une
restriction des services. Je ne comprends
pas comment on puisse faire l'adéquation entre ce montant-là dans le budget et
la limitation des services, alors que
l'essence de l'intervention du gouvernement sera celle de faire en sorte qu'on
sera plus efficients. Elle faisait référence aux médecins de famille...
Je vois que peut-être que mon temps est trop long, j'y reviendrai peut-être à
la prochaine question. Ça va sûrement revenir.
Le Président (M.
Tanguay) : Ça va bien, M. le ministre. Je pense qu'on a une bonne proportion.
Alors, Mme la députée de Taillon.
Lamarre : Alors, ce que je comprends de la réponse du ministre, c'est
que le 285 millions de dollars
serait l'équivalent d'un arrérage. Donc, ce n'est pas un montant lié à
l'étalement. Alors, je vais demander au ministre quel est le montant du
973 millions haussé au niveau de notre budget en santé qui est lié à l'étalement.
Le Président (M.
Tanguay) : M. le ministre.
M. Barrette :
M. le Président, le 285 millions, je l'ai dit en introduction de la
première réponse que j'ai faite à la députée
de Taillon, ce n'est pas un arrérage. Je l'ai vu avec la députée de Richelieu,
lorsqu'en Chambre elle posait répétitivement la
même question, il y a manifestement une incompréhension profonde de ce que sont
les ententes signées avec les fédérations
médicales. Le 285 millions, je le répète, n'est pas un arrérage. Le
285 millions représente la somme induite par la signature
d'ententes particulières entre les deux fédérations médicales et le Parti
québécois lorsqu'il était au pouvoir, et
plus spécifiquement en fin 2012 jusqu'à la fin 2013, parce que, depuis 2013, il
n'y a pas eu de document mis en application entre les fédérations et le
gouvernement.
La mécanique des
ententes est telle, M. le Président, que budgétairement, lorsqu'on met en place
des ententes, elles devraient être mises en
place et en application le 1er avril. Malheureusement, le Parti québécois
a eu la manie, et ça a été vertement critiqué par les fédérations
médicales, de mettre en place des ententes et de les appliquer plus tard dans
l'année, ce qui faisait en sorte qu'au budget, lorsque la conciliation devait
être faite, on n'avait pas la dépense prévue.
dépense prévue sur une année complète va s'actualiser en 2014‑2015 puisqu'elles
ont été déployées en 2012 et en 2013,
et surtout celles de 2013. Ce faisant, le 285 millions représente
l'augmentation nécessaire au budget non pas pour payer des arrérages,
mais pour simplement actualiser des ententes signées, de bonne foi,
j'imagine, par le Parti québécois en 2013.
Le Président (M.
Tanguay) : Mme la députée de Taillon.
Lamarre : Oui. Le premier ministre a dit que, dans le contexte des sommes versées aux fédérations,
pour l'instant, tout était gelé. Et le
président du Conseil du trésor a dit que des sommes ont été versées aux médecins
depuis le 1er avril. Donc, quelles sont ces sommes qui ont été versées aux
médecins depuis le 1er avril?
Barrette : M. le Président, encore une fois, je le répète, les sommes qui ont été versées depuis
le 1er avril sont les sommes qui ont été prévues aux ententes
signées par le Parti québécois. Il n'y a pas de sommes additionnelles qui ont été versées aux médecins spécialistes ou de
famille sur la base des ententes depuis le 1er avril. Je le répète, ce ne
sont que l'application des ententes qui ont
été signées par le Parti québécois, qui étaient en vigueur au 1er avril,
au 1er mars, au 1er février,
au 1er janvier, parce que les nouvelles sommes induites par la signature
des ententes du Parti québécois
ont commencé, essentiellement, à la fin de
l'automne 2013, ce qui signifie qu'en 2014, 100 % des sommes additionnelles qui ont été livrées aux deux fédérations médicales sont le résultat
d'ententes signées par le Parti québécois en 2012 et en 2013. Je sais, M. le Président, c'est compliqué,
c'est difficile à expliquer, parfois c'est difficile à comprendre, mais
c'est la réalité.
Président (M. Tanguay) : Merci, M. le ministre. Mme la députée de
Taillon, en vous indiquant qu'il vous reste un peu plus de quatre
minutes. Alors, à vous la parole.
Lamarre : Ce sera très court, je vais reprendre ma question,
l'avant-dernière question. Donc, combien de la hausse du
973 millions, de la hausse en santé, est budgété pour les services
médicaux?
Le Président (M.
Tanguay) : M. le ministre.
Barrette : M. le Président, ce ne sont pas, encore une fois, des
hausses. Je le répète, et c'est nécessaire de le répéter, lorsqu'on parle de hausse, on parle d'augmentations qui sont le
résultat d'une négociation. C'est ça, une hausse. Lorsque les gens qui
nous regardent aujourd'hui à la télévision négocient une hausse de leur
rémunération, c'est une hausse, mettons, d'un taux horaire, d'un salaire
forfaitaire, d'un contrat, mais c'est le résultat d'une négociation. Au moment
où on se parle, il n'y a pas de hausse au sens propre du terme. Il y a une
masse, une dépense globale qui a augmenté
par rapport à l'année 2013‑2014 pour une raison simple : parce que les
ententes qui ont été signées tardivement par le Parti québécois, sur une base budgétaire annuelle de 2013‑2014,
se reflètent aujourd'hui par une hausse du budget 2014‑2015 parce qu'en 2013‑2014 l'application de
ces ententes-là ne s'est pas faite sur l'année fiscale complète requise.
Encore une fois, je
sais que ce n'est pas évident et je comprends la question de la députée de
Taillon, mais c'est la réalité, et je ne
peux dire rien de plus pour ce qui est des hausses. Les hausses sont en train
d'être négociées sur la base de l'étalement, et aujourd'hui, comme vous
le savez, la négociation n'est pas terminée.
Le Président (M.
Tanguay) : Mme la députée de Taillon.
Lamarre : Alors, ce que je comprends, c'est que le ministre ne veut
pas m'indiquer quelle est la portion de la masse du 973 millions qui est prévu dans le budget actuellement
pour les services médicaux. Je n'aurai pas d'autres questions, monsieur.
Le Président (M.
Tanguay) : Merci, Mme la députée de Taillon. Alors, je suis maintenant
prêt à reconnaître les députés de la
banquette ministérielle pour un bloc d'échange avec le ministre pour une
période maximale de 19 minutes. Alors, qui va commencer? Alors, je
cède maintenant la parole au député de Saint-Maurice.
Giguère : Oui. Merci, M. le Président. Sous un gouvernement libéral,
nous avons créé la Commission spéciale sur la question mourir dans la
dignité. Elle était composée de neuf députés issus de différents partis
présents en cette Assemblée. Il y a eu consultation provinciale. Plus de 300
mémoires furent déposés à la commission.
Pour continuer dans
cette lancée historique, la commission a tenu des auditions publiques dans neuf
villes... dans huit villes, excusez. Le
rapport de la commission fut déposé le 22 mars 2012 et il contenait 24
recommandations. Le 15 janvier 2013, nous recevions le
rapport afin de mettre en oeuvre les recommandations de la commission spéciale de l'Assemblée nationale sur la question de mourir
dans la dignité. Les juristes ont examiné différents aspects reliés à cette question fort importante, soit les questions
constitutionnelles, l'application des règles en droit criminel,
l'évolution du droit civil et, finalement, l'impact des chartes des droits et
libertés.
17 septembre au 10 octobre 2013, il y a eu des consultations particulières par
la Commission de la santé et des services sociaux. 52 personnes et
organismes ont été consultés. Le 22 octobre 2013, c'est le dépôt du rapport de
la consultation. Nous nous retrouvons à
l'étude détaillée du projet de loi à compter du 21 novembre 2013, et il s'est
poursuivi sur plusieurs semaines, jusqu'au 16 février dernier. Pendant cette
analyse, 57 amendements ont été adoptés par les législateurs. Le 18 février
2014, nous entreprenions la prise en considération du rapport de la commission.
Comme
nous tous, le travail a été arrêté, malheureusement, le 19 février, et le
projet de loi meurt au feuilleton en raison
d'une décision précipitée du précédent gouvernement, qui a préféré aller en
élection plutôt que d'adopter ce projet de loi qui en était à sa conclusion. Notre chef, responsable, a
mentionné qu'il était rassuré par les
amendements apportés au projet de loi n° 52. Il
a ajouté qu'il a obtenu les précisions qu'il souhaitait. Donc, M. le Président,
à la sortie de la première rencontre du Conseil des ministres, le chef du gouvernement
a mentionné qu'il désirait réinscrire au feuilleton le projet de loi au stade
où il était afin que le projet soit adopté avant l'ajournement des travaux de
l'été.
L'engagement de notre
formation politique pris en campagne électorale fut honoré et respecté. Après quelques heures de débat, le Parlement a adopté
le projet de loi n° 52. Nous en sommes d'autant plus fiers car notre
chef a permis aux membres de notre formation politique de voter selon leur
conscience sur un sujet aussi délicat; un fait rare, M. le Président, et une grande ouverture d'esprit de sa part,
et une façon nouvelle de gouverner la province. Nous constatons la
transparence, le respect et la confiance de notre chef envers sa députation.
J'aurais une
question, M. le Président, à poser à ce moment-ci au ministre responsable de la
Santé et Services sociaux afin qu'il nous
donne plus de détails concernant les droits des personnes en fin de vie et des
différentes avenues qui s'offrent aux Québécois.
Le Président (M.
Tanguay) : Merci beaucoup, M. le député de Saint-Maurice. M. le
ministre.
Barrette : M. le Président, M. le député de Saint-Maurice, je
vous remercie d'adresser ce sujet-là
dans cette période d'étude des crédits parce qu'évidemment, comme je l'ai
dit en Chambre lorsque le projet de loi a été adopté, il s'agit certainement d'un projet de loi historique, qui est le fruit,
et on le sait, du résultat du travail collégial tout à fait remarquable
qui a été fait à l'Assemblée nationale pendant plus de quatre ans et demi, et
ce, de façon non partisane. Et je pense que
tout le monde dans la société québécoise le reconnaît, nous l'avons reconnu, et
c'est aussi sur cette base-là que l'adoption de ce projet de loi là aura
été historique.
Vous
l'avez mentionné, M. le député, il est très clair que ce projet de loi, étant
le résultat de ce type de travail là, ne
pouvait faire en sorte que susciter une certaine émotion dans la population. Et
d'ailleurs, à cet égard, M. le Président, quand on regarde les journaux ces jours-ci, on voit que, même si le
projet a été adopté, il y a encore de multiples opinions qui sont exprimées dans les journaux, à la radio,
surtout dans les journaux, en français, en anglais, face à ce projet de
loi qui suscite encore beaucoup d'intérêt et un certain nombre de
questionnements dans la population, et je dirai que c'est tout à fait normal.
le député de Saint-Maurice l'a dit, le premier ministre a eu la rigueur et le
courage de ramener le projet de loi en
l'état où il était lorsque la Chambre a été dissoute, en février dernier, et
une dernière discussion a eu lieu, et un vote tout à fait libre a été fait par les deux partis, et je
salue ici les membres de notre parti qui se sont présentés pour voter en
personne et exprimer soit leur approbation, mais surtout, dans certains cas,
leur désapprobation. Et, je l'ai dit au moment de l'adoption de la loi, c'est le genre de loi qui ne peut pas être
unanime, et j'ai dit à l'époque, et je le maintiens aujourd'hui, ce n'est pas le genre de loi pour lequel on doit
s'attendre à une unanimité. Et je pense qu'à ce moment-ci et lors du
vote la démocratie s'est bien exprimée et a fait son travail.
Ceci
dit, je reviens sur le projet de loi. Ce qui s'offre aux Québécois, bien, c'est
inscrit clairement dans les premiers paragraphes du projet de loi. Le
projet de loi dit une chose, et c'est important, parce que, quand on demande
quelles sont les avenues qui s'offrent aux
Québécois, bien, si elles s'offrent aux Québécois, bien, il faut aussi décider
à l'avance si les Québécois sont les
seuls et uniques à avoir à faire ce choix-là et s'ils ont le pouvoir de faire
ce choix-là. Et, quand on lit les deux premiers paragraphes du projet de
loi, bien, on constate ça. On constate que c'est un projet de loi qui vise à donner le pouvoir au citoyen quant aux décisions
qui doivent être prises lorsque le citoyen se retrouve dans la
malheureuse situation qui est inévitable pour nous tous et nous toutes, qui est
celle de la fin de vie.
projet de loi fonde sa réflexion sur la dignité, la dignité qui passe par le
choix, et ce choix-là et cette dignité-là sont clairement inscrits dans
le projet de loi dans ses premières phrases. Et ça, ça doit être noté, ça n'a
pas été dit suffisamment à mon goût, c'est un projet de loi qui n'est pas un débat de système de valeurs de l'un par rapport à l'autre,
ce n'est pas un projet de loi qui vise à faire la morale à un ou à l'autre, ce
n'est pas un projet de loi qui dit à l'un ou à l'autre groupe de partisans ou non des éléments qui sont dans le projet de loi qu'ils ont raison ou ils ont tort. C'est un projet de loi qui
vient faire en sorte qu'aujourd'hui, en 2014, dans l'état de la pensée collective des Québécois
et des Québécoises... nous en sommes rendus où.
Dans un projet de loi
doivent être inscrits des éléments qui sont clairs, et ces éléments-là sont de
trois ordres. En premier lieu, et c'est important, le projet de loi, quand on
nous demande — et
la question est tout à fait à propos — quelles sont les avenues qui s'offrent aux Québécois, bien, en premier lieu, le projet de loi dit une chose :
ce sont les soins palliatifs, et le projet de loi fait des soins palliatifs un
droit. Le projet de loi fait en sorte que les soins palliatifs doivent être
rendus disponibles à la population en temps opportun, évidemment.
Et qui dit soins
palliatifs, évidemment, dit soins et dit donc qualité des soins. C'est quelque
chose d'unique. Je ne connais pas, M. le
Président, de juridiction au Canada ou en Amérique du Nord qui statue dans une
loi qu'un soin palliatif est un
droit. Ce projet de loi fait ça, et ça, c'est remarquable et c'est une grande
avancée pour la société québécoise en
ce qui me concerne. Étant moi-même médecin, je peux vous dire que le fait
maintenant de savoir que les soins palliatifs sont un droit, je comprends que la population va l'exiger avec raison et
que la population va exiger des soins de bonne qualité avec raison. Ce projet de loi fait ça. Non seulement il dit que
c'est un droit, mais le projet de loi dit clairement que le réseau de santé, notre réseau de santé, notre
réseau public a l'obligation d'offrir, selon cette loi-là — ça, maintenant, ce n'est plus un projet, évidemment, c'est une
loi — l'éventail
des choix qui sont prévus dans la loi aux personnes qui se situent en fin de vie. Et, dans ces choix-là, il y
a... ou dans ces possibilités-là, il y a les soins palliatifs. Alors, c'est
non seulement un droit, mais la loi dit clairement que les soins palliatifs
doivent être offerts partout, même à la maison. C'est ça qu'il dit, le projet
de loi... la loi en premier.
Maintenant,
la loi dit deux autres éléments, et ça, pour certains, c'est une nouveauté.
C'est une nouveauté qui, pour certains,
va plus loin qu'ils ne le voudraient. C'est une nouveauté qui, pour certains,
ne va peut-être pas assez loin qu'ils ne
le voudraient. Mais c'est une nouveauté qui est en synchronisme avec la pensée
collective des Québécois et Québécoises, comme je l'ai dit tout à l'heure. Et ces deux éléments-là sont des
éléments d'ordre médical en ce sens que le patient, lui, qui arrive en fin de vie et qui a le choix de
refuser tout traitement ou d'avoir accès à un continuum de soins, qui
comprend les soins palliatifs, peut, à tout
moment, décider d'avoir accès à deux actions médicales spécifiques qui sont
particulières, et la première est la sédation palliative continue.
Alors, la sédation palliative continue, M. le
Président, c'est un geste médical que l'on pourrait qualifier de technique, mais qu'on devrait qualifier d'abord de
pharmacologique, mais qui est administré par un médecin et qui vise, dans des circonstances particulières — on y reviendra — à offrir à un patient en fin de vie qui est
dans une situation de souffrance la possibilité de se voir administrer
une panoplie — parce
qu'il y a plusieurs options possibles — de médicaments, de procédures qui permettent à ce patient-là d'être
sédationné. Sédationné, en termes courants, ça veut dire qu'on est
anesthésié, endormi. Et ce geste-là, il est continu et il dure, durerait, si le
patient le choisit, le temps que la maladie termine son cours.
Alors, la
sédation palliative est un geste d'apaisement. Ce n'est pas un geste qui
entraîne la mort, ce n'est pas un geste
qui vise à faire quoi que ce soit d'autre que de soulager le patient par la
voie de la sédation palliative, évidemment, parce que le patient est dans
une situation de douleurs physiques ou psychiques qui sont non
soulageables par les méthodes dites traditionnelles. Quand je dis «traditionnelles»,
ici, là, je parle de la médecine que l'on connaît, mais qui ne va pas
jusqu'à la sédation palliative continue. Alors, la sédation palliative
continue, par définition, va soulager parce que la personne va être sédationnée, donc va être inconsciente, mais ne
souffrira plus, et la maladie suivra son cours. Et évidemment ce n'est
administrable que chez des patients qui sont en fin de vie, donc dans le cas
d'une maladie qui, irrévocablement ou irrémédiablement, amène à la mort.
La troisième
option est évidemment l'aide médicale à mourir, qui a été largement
débattue et qui l'est encore dans les journaux ces jours-ci, on le voit.
L'aide médicale à mourir, par opposition à la sédation palliative continue,
n'est pas un geste qui vise simplement à
soulager le patient aussi longtemps que la maladie va suivre son cours jusqu'à une éventuelle mort, M. le Président, mais l'aide médicale à mourir,
évidemment, par définition, termine la vie du patient. Le patient, s'il choisit cette option-là, se verra
administrer une médication — après avoir été, évidemment, sédationné
pour éviter toute souffrance additionnelle — qui entraînera la mort.
L'aide médicale à mourir n'est pas un suicide
assisté. C'est une chose qui est très, très, très débattue dans la société, ce n'est pas un suicide assisté. Pour un
peu illustrer la différence, une personne qui choisirait, si c'était légal et ça ne l'est pas, l'option d'un suicide
assisté, qui est offert dans certains pays, est une personne qui, dans la
quasi-totalité des cas, n'est pas dans une
situation de fin de vie. C'est un suicide, la personne pourrait vivre. Alors,
dans l'aide médicale à mourir, il y a
des conditions qui sont très spécifiques, qui font en sorte que le patient doit
être en fin de vie, et, oui, ce geste-là entraîne le décès du patient,
selon son propre choix.
La loi prévoit aussi quelque chose d'absolument
essentiel qui est celle des directives médicales anticipées. Et j'y fais
référence, M. le Président, parce que c'est un pan de la loi qui est essentiel
parce que ça donne le pouvoir au patient de
déterminer à l'avance, de façon répétée, de façon enregistrée d'une manière
quelconque, de façon enregistrée de
déterminer quels seront ou quels seraient le niveau et le type de soins qu'il
ou elle aura dans cette circonstance-là, à l'exception d'une chose : la loi ne prévoit pas comme... en fait,
l'empêche, comme aide d'avoir... comme option, l'aide médicale à mourir, dans cette circonstance-là, à
l'avance. On ne peut pas décider, sur la base d'une directive médicale
anticipée, de choisir l'aide médicale à mourir 15 ans à l'avance. Je vous
donne un exemple, là, je vais prendre le mien :
à mon âge, je pourrais écrire tous les documents que je veux qui me disent, si
je suis face à telle à situation clinique en fin de vie, à 87 ans et demi, je veux l'aide médicale à mourir,
ce n'est pas permis. Alors, l'aide médicale à mourir est un geste
particulier qui ne peut s'exercer que dans des circonstances particulières.
Alors, que fait donc la loi? Je résume. La loi
dit : Le citoyen, dans une circonstance spécifique qui est celle de la fin de vie, a la possibilité de faire son
propre choix, la dignité passant par le choix de l'individu, sans influence
externe. Le projet de loi est clair là-dessus. Parmi ces choix, il y a
évidemment, comme toujours, le refus de traitement. Mais, dans les traitements, il y a trois options :
la première, qui est un droit comme les deux autres, qui est le soin palliatif;
la deuxième, que j'ai bien expliquée, je pense, la sédation palliative
terminale; et la troisième, l'aide médicale à mourir.
Président (M. Tanguay) : Merci beaucoup, M. le ministre. Alors, M. le
député de Saint-Maurice, il vous reste un peu plus de deux minutes.
Roberge : Oui. Je vais continuer sur la loi n° 52, si vous voulez
bien, M. le Président. M. le ministre, nous avons également pu prendre connaissance d'articles de journaux et d'une
campagne publicitaire qui faisaient référence à la Belgique et à la
Suisse. Pouvez-vous nous donner des explications et surtout nous rassurer quant
à ces avenues?
Le Président (M. Tanguay) : M. le
ministre.
Barrette : Merci, M. le Président. Merci, M. le député. Alors,
évidemment, lorsque... On peut dire
une chose : Il est vrai qu'à la
case départ, lorsque la loi n'était qu'un projet, le projet de loi n° 52 à l'époque, il y a eu une commission
qui a été créée, qui était la commission
mourir dans la dignité, et cette commission-là, comme M. le député l'a dit de
façon détaillée, a siégé, a entendu et a
fait plusieurs analyses. Et, parmi ces analyses-là, il y a
eu des comparaisons avec ce qui se faisait à l'extérieur du Québec.
Alors, ont été étudiés ce qui se faisait et se fait aujourd'hui encore en
Belgique et en Suisse, par exemple, ont été étudiés aussi ce qui se faisait et se fait encore aujourd'hui dans certains États américains comme l'Oregon. Et, sur la
base des expériences de ces pays-là, le projet de loi a été pondu. Et une chose
a été décidée d'une façon claire, nette et
précise : contrairement à ce qui se fait dans certains pays, le Québec, par rapport à certains de ces pays-là ou certains de ces endroits-là, ne
permet pas, je l'ai dit il y a quelques minutes, le suicide assisté, et ça,
c'est extrêmement important.
Le suicide assisté est interdit dans
cette loi-ci, d'une part, et je ne vois pas comment il le sera dans
les prochaines années au Québec, compte tenu de ce que je perçois être la
pensée collective des Québécois et Québécoises. Bien
sûr, la Belgique a été peut-être
l'endroit duquel on s'est le plus inspirés parce que la Belgique a
un modèle social qui nous ressemble et un état de situation
de la pensée collective des Belges qui est assez proche de celle des Québécois.
Je ne veux pas élaborer là-dessus...
Le Président (M. Tanguay) : En
conclusion, M. le ministre.
Barrette : En conclusion.
Alors, nous, essentiellement, on a retenu la base, et la base, ce sont les
critères qui permettent d'avoir accès, évidemment, à tous ces
éléments-là. Puis je porterai votre attention sur les critères qui permettent
d'avoir accès à l'aide médicale à mourir : la personne doit être majeure
et apte à consentir aux soins; la personne
doit être assurée, au sens de l'assurance
maladie; être en fin de vie — ça,
c'est important, la fin de vie, ça se détermine; être atteint d'une
maladie grave et incurable; avoir une situation médicale qui se caractérise par
un déclin avancé et irréversible de ses capacités; éprouver des souffrances
physiques et psychiques constantes, insupportables et qui ne peuvent être apaisées dans les conditions que la personne juge
tolérables; la personne doit, de manière libre et éclairée, formuler
pour elle-même la demande d'aide médicale à mourir; et la personne peut en tout
temps et par tout moyen retirer sa demande d'aide médicale à mourir. Alors, c'est important, M. le Président, un élément supplémentaire, le Québec, je l'ai dit dans mon premier critère, ne peut
pas, comme en Belgique, ouvrir ce geste-là à des personnes mineures.
Président (M. Tanguay) : Merci beaucoup, M. le ministre. Alors, il vous sera loisible peut-être
de poursuivre, si vous le désirez,
lors du prochain bloc. Et le temps, je tiens à rassurer les parlementaires, qui est pris en extra, évidemment, est déduit du temps... la
banquette ministérielle.
Maintenant, je suis prêt à reconnaître, pour un
bloc de 23 minutes, le porte-parole du deuxième groupe d'opposition, M. le
député de La Peltrie.
Caire : Merci,
M. le Président. Peut-être
une petite question de clarification au ministre avant de commencer. Tout à l'heure, il a
parlé de cibles à 4 % pour le contrôle de la croissance des dépenses,
4 % ou moins. Moi, j'avais compris que
le ministre des Finances avait fixé cette cible-là à 3 %. Donc, peut-il
nous indiquer précisément quelle est sa cible de contrôle des dépenses
pour l'année 2014‑2015?
Le Président (M. Tanguay) : Alors,
M. le ministre.
M. Barrette : M. le Président, le
député de La Peltrie a raison. Lorsque j'ai fait référence, peut-être que
je me suis exprimé pas suffisamment clair,
parce que, quand j'ai parlé de ça, je parlais d'aujourd'hui et du futur. Vous
avez tout à fait raison, M. le député, la cible de la croissance, en 2014‑2015,
est de 3 %. Et, quand je faisais référence au 4 %, je faisais
référence au fait qu'après le retour à l'équilibre budgétaire notre engagement
électoral — c'était
notre engagement électoral et ça le demeure — était de nous permettre de
revenir à une croissance de 4 % après le retour à
l'équilibre budgétaire.
Et vous vous
rappellerez, M. le député, que je faisais référence aussi, à ce moment-là, à
l'étude qui a été publiée par M. Bachand, de l'Institut du Québec,
qui, lui, d'après son analyse, concluait que notre système de santé pourrait
être pérenne si la croissance des coûts était maintenue dans une fourchette de
4 % à 4,25 % ou 4,5 %, dépendamment des scénarios qu'il mettait
en cause.
Le Président (M. Tanguay) : Oui, M.
le député de La Peltrie.
Caire : ...M. le Président. Donc, 3 %, M. le Président,
ceci étant dit, ça, c'est la cible, qui a été fixée par le ministre, des
dépenses. Le ministre de la Santé, à ce jour, a refusé de se fixer lui-même des
objectifs. Je lui ai donné trois différents secteurs, là, pour lesquels je
m'attendais minimalement à des objectifs de sa part, notamment sur la question de la bureaucratie, M. le Président. Et
j'aimerais, bien, en fait, peut-être rappeler au ministre la
Loi sur l'administration publique.
L'article 46 fait obligation
à son ministère de déposer un plan de gestion pour lequel il doit se fixer des objectifs. Donc, depuis que je
lui ai posé cette question-là, est-ce qu'il a revu sa réponse? Et est-ce
qu'il peut nous faire part de ses objectifs,
des trois principaux objectifs, donc, qu'il va fixer à son ministère et qu'il
va établir dans son plan de gestion annuel?
Le Président (M.
Tanguay) : Oui, M. le ministre.
M. Barrette :
Oui, M. le Président. Alors, la question est évidemment tout à fait pertinente.
Et la question, pour moi, ici... ou
l'objectif, pour moi, n'est pas de ne pas répondre à la question, mais bien de
renchérir sur un certain nombre d'éléments.
Premièrement,
nous avons, dans notre programme électoral, des objectifs qui sont clairs en
termes d'économies réalisables. Je
rappelle au député — je pense
qu'il le sait sans doute parce que je l'ai déjà dit — que, dans notre programme, nous avons
l'objectif de réduire de 10 % la bureaucratie pendant notre mandat, et
plus si possible, et, je vous dirais, M. le
député, le plus rapidement possible. Alors, ce 10 % là représente une
économie substantielle. Il pourrait être encore plus substantiel,
éventuellement.
Dans
notre programme, également, nous avions... et nous l'avons fait maintenant, ça,
c'est déjà un engagement qui a été pris par... et une décision qui a été
prise par notre ministère, j'ai demandé au réseau, pour ce qui est du volet administratif, de s'adresser à la productivité et
de s'assurer de baisser les coûts de fonctionnement du volet
administratif de l'ordre, pour la productivité, de 2 % ou de 3 % pour
ce volet-là.
Comme ça a été
clairement indiqué dans notre programme, sur la base des économies recherchées,
il y a tout le volet médicament. On sait
que, dans le médicament, il est possible et probable — et il faudra faire cet effort-là,
d'autres provinces l'ont fait — d'aller chercher des sommes, des économies
substantielles additionnelles dans les prochaines années, notamment en
négociant de façon plus serrée nos achats de groupe, et c'est une chose qui
sera faite. Et là aussi il y a des montants substantiels qui doivent être
recherchés.
Maintenant,
il y a un volet qui est un volet qui est très important en termes de sous et
pour lequel je ne peux pas aujourd'hui donner de détails, pour une
raison simple : le réseau, aujourd'hui, un, demande de poursuivre ces
efforts d'optimisation et de rationalisation
sur la base de la gestion, et on vise, dans ce secteur d'activité là, à aller
chercher des sommes substantielles, et ceci, évidemment, vous le
comprendrez, exige une collaboration du réseau. Aujourd'hui, nous en sommes à l'étape un de la consigne qui a
été donnée au réseau, avec des objectifs qui sont clairs, mais avec une
façon de faire qui demeure à être discutée sur la base de la collaboration avec
le réseau.
y a deux semaines, on m'a critiqué assez vertement dans les médias pour ne pas
avoir participé à une journée de
réflexion organisée par l'AQESSS et la CSN. Cette demande-là est arrivée un peu
tard pour mon entrée en poste, d'une part, j'avais d'autres obligations,
mais vous voyez que le réseau a compris le message. Le réseau a compris qu'il devait y avoir des efforts d'optimisation et le
réseau non seulement l'a compris, mais a déjà ouvert à l'interne la discussion.
Et je m'attends à ce que, lorsque nous-mêmes arriverons avec nos propositions
particulières, le réseau, lui aussi, ait ses suggestions, et ça sera la
résultante de tout ça qui fera en sorte qu'on pourra aller chercher un certain
nombre...
Le Président (M.
Tanguay) : En conclusion, M. le ministre.
M. Barrette :
...d'économies sur la base de l'optimisation du réseau.
Le Président (M.
Tanguay) : Merci, M. le ministre. M. le député de La Peltrie.
Caire : Oui. Juste dire au ministre : Je me discipline
à avoir des questions courtes, j'aimerais peut-être avoir des réponses un peu plus concises et surtout un
peu plus précises. Et je serai donc plus précis. Et j'en ai déjà... j'ai
déjà interrogé le ministre là-dessus :
Dans le rapport du comité consultatif qui a été présidé par Raymond Bachand en
2009, duquel étaient membres Luc Godbout,
Claude Montmarquette, Robert Gagné, notamment, Pierre Fortin, à la
page 17... Je vais peut-être faire un
petit bout de lecture, M. le Président.
«Le secteur de la santé», c'est le sous-titre du paragraphe : «Le
comité a d'abord porté son attention sur le secteur de la santé, dont
l'importance et la croissance des dépenses qui
y sont consacrées constituent l'une des problématiques majeures des finances publiques. Le premier exemple
retenu par le comité concerne les structures
de gestion de notre système de santé.» C'est le premier exemple qu'ils ont
pris, M. le Président.
«Les
structures de gestion de notre système de santé se caractérisent par la très
forte centralisation du processus de décision, ce qui rejaillit à tous
les niveaux sur le processus de gestion.
système de santé québécois juxtapose une structure centrale importante et une
structure régionale elle-même fort développée.
Cette double structure a un coût direct non négligeable. Elle a surtout un
impact sur le fonctionnement du système,
qu'elle alourdit de façon significative. De façon générale, les pays de l'OCDE
ont opté pour un ministère fort et des structures régionales légères, ou
à l'inverse pour un ministère léger [avec] une structure régionale plus
élaborée. Le Québec fait les deux.» Page 12.
Page 33, M. le
Président : «Cette double structure — parce qu'on revient sur
l'existence des agences — un
coût direct non négligeable, estimé en 2009
à près de 600 millions de dollars par année. Elle a surtout un impact sur
le fonctionnement du système, qu'elle alourdit de façon considérable...»
M. le Président,
est-ce que le chiffre de 600 millions est un chiffre correct?
Le Président (M. Tanguay) : M. le
ministre.
M. Barrette :
Le 600 millions?
Caire : Oui, le
600 millions dont est mention dans le rapport du comité consultatif.
Est-ce que le ministre reconnaît la validité de ce chiffre-là?
Le Président (M. Tanguay) : M. le
ministre.
Barrette : Alors, c'est un chiffre qui provient d'une étude. Je
pourrais dire, sans l'affirmer de façon définitive, qu'il est peut-être possible d'aller chercher des
sommes substantielles à cette hauteur-là. En 2014‑2015... Parce que, là,
vous m'aviez dit que vous alliez me poser,
M. le député, une question précise, mais qui, finalement, a été... le
préambule a été long, là, alors je vais
tenter de répondre à cette question-là et à la question précédente. En 2014‑2015,
on vise, dans des mesures d'optimisation et de révision de
l'administration de notre réseau, des économies, pour 2014‑2015, de
225 millions de dollars.
À un moment
donné, je pense vous avoir déjà entendu, dans une autre vie, faire
référence — et même,
à certains égards, aujourd'hui — à la problématique de la
lourdeur de notre encadrement. On peut dire ça? Alors, nous sommes d'accord avec cet élément-là, et nous visons à
faire en sorte de réduire le taux d'encadrement, et, plus
spécifiquement, nous visons à diminuer le
nombre de cadres de 1 300 cadres, au Québec, sur une période de trois ans,
en commençant par cette année, par exemple.
Alors,
évidemment, on a parlé... et le président du Conseil du trésor, mon collègue,
en a parlé à plusieurs reprises, le
gel des effectifs est un gel qui va s'appliquer aussi en santé. Et, comme il le
dit, ce n'est pas un gel qui vise... qui signifie l'arrêt de l'embauche, mais qui vise à faire en
sorte que les mises à la retraite ou les prises de retraite, plutôt,
génèrent un déplacement d'emplois vers les
services à proprement parler. C'est une mesure qui, au bout de la ligne, va
être difficile et qui va faire en
sorte que, sur le plan et de l'encadrement et de l'organisation des soins, on
pourra optimiser les choses.
Je vous donne
quelques autres exemples d'optimisation. Le temps supplémentaire, c'est décrié.
À un moment donné, le temps supplémentaire, il faudra qu'il soit réduit.
Les départs à la retraite, j'en ai parlé. L'application, à la retraite... un remplacement pour deux départs dans
le cadre du gel des effectifs. Les frais de fonctionnement, j'en ai
parlé tout à l'heure, frais de
fonctionnement sur la base administrative, bien, il y a des économies à faire
là, et c'est très clair.
Dans les dernières années, et j'en suis une des
personnes qui en sont à l'origine, il y a des économies substantielles qui ont été
faites au Québec sur la base d'achats en commun. C'est une chose que bien des
gens ont poussée, c'est une chose que l'on
poussera encore. OPTILAB, par exemple, a des économies substantielles à aller
chercher, les blocs opératoires, et j'en passe. Alors, il est impossible de
donner trois mesures qui vont donner les économies recherchées, mais c'est une série de mesures qui atteignent toutes les
facettes de notre réseau qui doivent être envisagées. Et la commande, à
un moment donné, doit venir d'en haut, et la commande, elle a déjà été donnée.
Le Président (M. Tanguay) : En
conclusion. Merci, M. le ministre. M. le député de La Peltrie.
Caire : M. le
Président, mon préambule était la lecture du rapport du gouvernement libéral du
comité présidé par Raymond Bachand. La question, elle est fort simple : Est-ce
que le 600 millions qui est mentionné très clairement dans le fascicule deux, à la page 33 de ce rapport-là...
Est-ce que ce 600 millions
là est un chiffre que le ministre reconnaît comme étant crédible?
Le Président (M. Tanguay) : M. le
ministre.
Barrette : Alors, je répondrai une chose simple : Le rapport de
M. Bachand, c'est un rapport que j'ai lu en diagonale pour certains éléments. Il ne fait pas
partie de notre
programme électoral ni du dépôt dans le budget, là. Mais, pour y faire référence d'une façon plus
spécifique, il y a des économies qui sont substantielles qui peuvent être...
aller être cherchées pendant les deux prochaines années, notamment en restructuration.
Et je vois le député de La Peltrie qui va,
encore une fois, sortir des citations que j'ai déjà faites. Et, pour répondre
spécifiquement à la question, il est plausible, sur le plan de la réorganisation, sur le plan administratif du réseau,
d'aller chercher des économies qui pourraient être dans cette
fourchette-là. Est-ce que c'est suffisamment précis, M. le député?
Le Président (M. Tanguay) : Merci,
M. le ministre. M. le député de La Peltrie.
Caire : Oui, non,
je retiens une chose. Le ministre dit : Je l'ai lu en diagonale. Est-ce
qu'il l'avait lu en diagonale quand, dans la revue Le Spécialiste , il a
cité mot pour mot le rapport où il disait qu'il y avait 600 millions
d'économies à faire en abolissant les agences?
Le Président (M. Tanguay) : M. le
ministre.
Barrette : Alors, je répète la réponse et sans aucune
hésitation : Sur le plan de la réorganisation administrative de notre réseau de la santé au sens large et
complet du terme, il est possible d'aller chercher des économies
probablement dans cette fourchette-là. Maintenant, pour ce qui est des agences
proprement dites, je tiens à rappeler au député de La Peltrie la réponse que je lui avais faite en Chambre, qui était
très simple : Les agences, à proprement parler, dans les budgets du Québec, ont un coût de l'ordre de
93 millions de dollars. Maintenant, les agences, c'est une chose;
l'organisation administrative du réseau, c'en est une
autre. Et, quand M. Bachand... Ce que je comprends de la citation que le député de La Peltrie nous a faite, il parle,
lui, de la gestion du réseau et pas spécifiquement, uniquement des agences,
à moins que j'aie mal compris la citation.
Le Président (M.
Tanguay) : M. le député de La Peltrie.
Caire : J'y vais par étapes, M. le Président. Et là, pour le
moment, ce qui me préoccupe, c'est les agences. Robert Gagné, c'est un
nom qui dit quelque chose au ministre, coprésidait ce comité-là, Claude Montmarquette en était membre. Est-ce que je me
trompe ou ces deux personnes-là sont membres du comité de révision
permanente des programmes qui a été mis en place par le gouvernement libéral?
Le Président (M.
Tanguay) : M. le ministre.
M. Barrette :
M. le Président, est-ce que je dois répondre aux évidences?
Le Président (M.
Tanguay) : C'est la réponse...
M. Barrette :
C'est une chose qui est connue, elle est de notoriété publique, là.
Caire :
Il m'apparaît que oui, parce que, je veux dire...
M. Barrette :
Bien oui, c'est...
Caire :
...il a été un temps où ils disaient que c'était 600 millions d'économies.
Le Président (M.
Tanguay) : Là, attendez. On ne fera pas de débat entre nous.
Caire :
Non, non, mais c'est parce que, là, si on veut embarquer là-dedans...
Le Président (M.
Tanguay) : Alors, M. le ministre, voulez-vous compléter votre réponse?
M. Barrette :
La réponse est oui.
Le Président (M.
Tanguay) : O.K. M. le député de La Peltrie.
Caire :
Bon, on progresse. Donc, ces deux personnes-là, que vous avez mandatées pour
réviser les programmes du gouvernement,
entre autres — ils ne
sont pas les seuls, mais entre autres — ont signé un rapport dans lequel ils nous disent que la double structure
nous coûte 600 millions. Et là je n'entends pas le ministre...
Actuellement, le ministre semble incapable
de confirmer que c'est bel et bien... ce chiffre-là, il est crédible. Alors,
moi, je veux juste... des économies substantielles, puis là il me ramène
au budget des agences. Je le sais, le budget des agences. Mais il y a un
chiffre qui est sur la table, qui est de 600 millions. Il est-u bon, oui
on non?
Le Président (M.
Tanguay) : O.K. Alors, merci, M. le député de La Peltrie. La
parole au ministre.
Barrette : Bien, alors, comme dirait mon collègue de La Peltrie,
nous progressons. Parce que ce à quoi font référence les personnes
citées, ils font référence à la gestion de notre réseau, ils ne font pas
référence spécifiquement aux agences.
Le Président (M.
Tanguay) : Pardon. Veuillez vous adresser à la présidence, chers
collègues.
Barrette : M. le Président, alors, c'est... De toute façon,
évidemment, c'est un peu tourner en rond, parce que ce que vise le député de La Peltrie est de
savoir — et j'y
ai répondu — si, dans
le cadre de la gestion de notre réseau, qui est qualifiée comme étant très lourde par différents observateurs, lesquels
sont aussi maintenant membres de la commission sur la révision de
programmes — que
je n'ai pas nommée, pour corriger le député de La Peltrie, qui a été
nommée par le président du Conseil du
trésor, mais à laquelle j'adhère — j'ai dit de façon claire, nette et précise
que cette fourchette-là était une fourchette atteignable en termes
d'économies. Que puis-je dire de plus? Oui, je peux dire quelque chose de plus : Oui, c'est dans notre intention
d'aller chercher ce genre d'économies là dans les mesures que l'on mettra en
place, mesures qui seront décidées dans les prochaines semaines et mois et qui,
oui, passeront aussi par le filtre de la commission de révision de programmes.
Président (M. Tanguay) : M. le député de La Peltrie, en vous
rappelant qu'il vous reste un peu moins de six minutes.
Caire :
Oui, M. le Président, merci. Alors, M. le Président, juste pour répondre...
Quand le ministre dit : Ça ne touchait
pas explicitement aux agences, je vais relire ce que j'ai déjà lu : «Cette
double structure a un coût direct non négligeable, estimé en 2009 à près
de 600 millions de dollars par année.» On parle bel et bien des agences,
très clairement, premièrement.
Deuxièmement,
il y a déjà un comité qui a été mandaté par le gouvernement pour... ça
s'appelle Mieux dépenser, mieux
financer nos services publics — Pistes de solution . Ça fait que ce que je comprends, c'est qu'on va
prendre le rapport d'un comité consultatif, on va mandater les membres
qui étaient déjà sur le comité consultatif pour être sur le comité de révision des programmes, on va demander au
comité de révision des programmes de revoir le travail qui a été fait
par le comité consultatif. C'est ça, le plan de gestion du ministre?
Le Président (M.
Tanguay) : Merci, M. le député de La Peltrie. M. le ministre.
M. Barrette :
Alors, M. le Président, manifestement, ici, on a un problème sémantique, et je
vais le répéter. Le député de
La Peltrie parle de double structure et focusse toute son intervention sur
les agences. Je comprends la fixation, c'est normal, c'est la politique.
Mais il parle d'une citation qui fait référence... Il l'a dit au moins deux
fois dans ses interventions, et sinon trois. À chaque fois, il cite une
partie
du document qui parle d'une double structure et, dans sa citation, la citation
indique que la double structure est le central et le régional. La double
structure fait référence à «deux», «double»;
«seule», ça ne se peut pas. Alors, «double», ça ne peut pas être juste les
agences, «double», ça doit impliquer
que c'est : agences plus quelque chose, et le quelque chose étant un
dédoublement d'une fonction de gestion.
Alors,
j'ai dit très clairement, et je vais le redire, que, oui, il est probablement
possible, et certainement que ça sera
un objectif visé par notre gouvernement, de faire en sorte qu'on va aller
chercher les économies les plus substantielles en s'adressant à la
gestion de notre réseau qui, oui, est composé d'une double structure et, à la
limite, d'une triple structure — à la limite, quand on inclut les administrations
hospitalières locales. Il y a là un travail à faire pour lequel des
économies... Je le répète pour la troisième fois, sinon la quatrième, que la
fourchette indiquée par les analyses des experts est potentiellement
réalisable.
Le Président (M.
Tanguay) : Merci, M. le ministre. M. le député de La Peltrie.
Caire :
Oui, bien, M. le Président, le ministre dit que mon obsession des agences est
une obsession de nature politique. Je veux
juste lui rappeler qu'au moment où il était président de la Fédération des
médecins spécialistes le plaidoyer
pour l'abolition des agences, là, ce n'était pas... J'imagine que ce n'était
pas politique quand il faisait ça comme président du syndicat des médecins spécialistes. J'imagine que sa
connaissance intime du réseau lui dictait d'aller dans ce sens-là. Alors, moi, ce que je ne comprends pas,
c'est que, quand il a été président de la FMSQ, il militait pour
l'abolition des agences, lorsqu'il a été
candidat pour ma formation politique, il militait pour l'abolition des agences
et maintenant qu'il est ministre libéral, les agences, c'est la
meilleure invention depuis le pain tranché. J'essaie juste de comprendre où est l'évolution, là. Est-ce que son sous-ministre
en
titre lui a fait un long plaidoyer pour garder les agences bien
vivantes? Parce que ce que je vois en plus,
dans le budget, c'est une diminution de 5 millions du budget des agences.
On n'est même pas sur la cible de réduction dont il m'a parlée, alors
que des économies substantielles, il l'a dit lui-même... Il ne veut pas le chiffrer. Le comité le dit, c'est
600 millions; lui, il parle de «substantielles». Ça fait que j'essaie de
voir où sont les actions musclées promises, parce qu'il y a des
objectifs intéressants, mais, au niveau du plan de match pour atteindre ces
objectifs-là, c'est le flou total.
Alors, moi, je veux
comprendre de la part du ministre, là, c'est quoi, cette conversion-là subite.
Il y avait des économies, il le disait
lui-même, très importantes à faire au niveau des agences, c'est une structure
qui n'était pas utile au réseau de la
santé. Il y a plusieurs citations de lui, dans ce magazine-là, qu'il a dit,
puis aujourd'hui, là, il essaie de nous embrouiller l'esprit en nous
parlant : Oui, mais c'est des doubles structures, il y en a un peu là, un
peu là, un peu là.
Alors, moi, qu'il
m'explique, là, c'est quoi, sa conversion subite aux agences de santé, M. le
Président, parce que j'ai de la difficulté à suivre.
Le Président (M.
Tanguay) : M. le ministre.
Barrette : M. le Président, alors, c'est la joute parlementaire qui
est la plus intéressante. Alors, premièrement, je rappellerais au député
de La Peltrie, M. le Président, que je n'ai pas parlé d'obsession, j'ai
parlé de fixation, ce qui n'est pas la même
chose. Deuxièmement, je n'ai pas nié le fait, et d'aucune manière, qu'il n'y
avait pas à s'adresser à la structure
des agences puisque j'ai dit, de façon claire, nette et précise, que tout ce
qui concerne la gestion dans le réseau allait y être adressé. Alors, le
député de La Peltrie revient constamment sur les agences, alors que les
agences sont incluses dans ce qui est
qualifié de doubles structures pour lesquelles je dis que notre gouvernement va
avoir une action de rationalisation
de façon, je dirais même, à la limite, agressive pour aller chercher le maximum
d'économies possibles. Cependant, le
député de La Peltrie voudrait que j'étale, aujourd'hui, une série de
mesures spécifiques qui ne peuvent être faites parce que nous devons d'abord passer devant la commission de
révision de programmes, et il le sait, c'est notre programme, c'est une
autre façon de faire...
Le Président (M. Tanguay) : ...
Barrette : ...à la sortie de laquelle ces propositions-là seront divulguées.
Le Président (M.
Tanguay) : Merci beaucoup, M. le ministre. Ça fait donc le bloc de 23
minutes, et nous devons respecter le temps.
Alors, maintenant, je
suis prêt à reconnaître le député de Saint-Maurice pour le gouvernement, la
banquette ministérielle, pour un bloc de 18 min 40 s.
Giguère : Merci, M. le Président. Moi, j'aimerais ça, M. le Président,
revenir sur ma deuxième question, tantôt, que j'ai posée à M. le ministre, c'est la différence qu'il y a en
Belgique, en Suisse et ici, au Québec, avec notre projet de loi. Parce que, comme qu'il a abordé aussi tantôt, on
voit beaucoup d'articles dans les journaux, c'est très délicat, ce
sujet-là, même si la loi est passée. On en entend parler, mes collègues et moi,
on en entend parler régulièrement. Encore dernièrement,
là, lundi, à la fête nationale, lundi soir, j'ai été abordé. Donc, c'est un
sujet qui est quand même délicat. Et puis, des fois, ça part un petit
peu à gauche, à droite. On entend dire des ouï-dire, puis les personnes ont
besoin d'être rassurées. C'est pour ça,
tantôt, je vous ai demandé, M. le ministre, de nous rassurer, la différence
qu'il y a entre notre projet de loi
n° 52 et qu'est-ce qui se fait en Suisse et en Belgique. C'est sûr que,
là-bas, on parle beaucoup de suicide assisté, donc qui fait un petit peu
peur dans la population. Est-ce que vous pouvez nous rassurer un petit peu plus
sur ça?
Le Président (M.
Tanguay) : Merci, M. le député de Saint-Maurice. M. le ministre.
M. Barrette :
Encore une fois, M. le député, le suicide assisté n'est pas un geste qui est
permis d'aucune manière, ni de près ni de
loin, dans la loi actuelle. Et, encore une fois, il faut faire la distinction
entre le suicide assisté et l'aide
médicale à mourir. Le suicide assisté se fait dans des circonstances qui, par
définition, n'ont pas de rapport ou de lien
avec les conditions qui mèneraient à l'aide médicale à mourir puisque le
suicide assisté se fait dans une condition qui peut être cliniquement
difficile pour le patient ou le citoyen qui envisagerait une telle possibilité,
mais le patient ou le citoyen, dans cette circonstance-là, n'est jamais, dans
le cas du suicide assisté, dans une situation de fin de vie.
Je prendrai comme
exemple un exemple qui est souvent, souvent, souvent cité à ce titre-là.
Aujourd'hui, malheureusement, on est en été,
il y aura des accidents de la route, il y aura des gens qui seront paralysés,
malheureusement. Ça fait
partie des
événements malheureux, regrettables auxquels on fait face à tous les étés. Il y
a des gens, là, lorsqu'ils auront le diagnostic d'une paralysie... vont
être profondément déprimés, et c'est tout à fait compréhensible, là, la vie change. Ce n'est pas rien, là. Quand on a ce
diagnostic-là le lendemain d'un jour où on était tout à fait normal, c'est
tout un traumatisme et physique et émotif.
Et je peux vous dire, par expérience, qu'il y a bien des gens qui, surtout les
jeunes, quand ils sont dans cette situation-là, ont des pensées assez sombres.
Bien, ça, là, si une personne avait accès à une loi qui permettrait le suicide assisté, bien, c'est ça, un suicide assisté. La
personne n'est pas en fin de vie, la personne est dans une condition
difficile physiquement, émotivement, devant laquelle il n'y a pas de sortie ou il
n'y a pas de soulagement qui lui
apparaissent possible. Il y a une période d'acceptation qui est parfois longue,
qui, parfois, se passe bien, puis, parfois, il y a des récidives de dépression, par exemple, et ainsi de suite. Ce
genre d'événement là, qui mènerait à la décision de vouloir mourir, bien, ça, c'est un suicide
assisté. Et ça, là, c'est impossible dans l'état actuel de la législation qui a
été passée, ce n'est pas possible. Et, même
si quelqu'un le voulait, là, il n'y a pas de moyen de pression, de passe-passe,
de ce que vous voulez, là. Ça, au Canada,
c'est un crime. Il n'y a pas un
médecin, là, qui va faire ça, et ça ne s'adresse pas à ça.
Par opposition à la
personne qui est en fin de vie, je le répète, la loi fait en sorte qu'on offre
au patient un élément parmi d'autres, parmi trois autres... quatre si on prend
le refus de traitement, qui permettent au patient de prendre sa décision à ce moment-là dans sa vie, qui est irrémédiablement
irréversible. Et là, dans cette circonstance-là, encore une fois, l'aide médicale à mourir est une option que la société
et le débat qui s'est fait semblent vouloir permettre.
vous me permettez, M. le député de Saint-Maurice, je vais faire un aparté
légal. Je ne suis pas avocat, mais, quand
on regarde le droit, le droit, il est fait pour protéger les individus puis
surtout les plus... bien, pas surtout, mais tous les individus et particulièrement les individus en situation vulnérable
à tout moment de leur vie. Mais, quand on arrive au dernier jour de la
vie, qui doit avoir préséance, par exemple — c'est un débat philosophique
intéressant — qui
doit avoir préséance sur tout? Est-ce que
c'est un cadre légal qui doit avoir préséance sur tout ou est-ce que
l'individu, à un moment donné, ne peut pas, lui, décider? Et c'est ça
qui est un peu aussi le fondement de toute la réflexion qui a été faite. Qu'il y ait une loi qui empêche le suicide
assisté en toutes circonstances quand on n'est pas en fin de vie, ça, là,
je suis bien content, moi, d'avoir une loi comme ça, parce que le suicide
assisté, là, ça ouvrirait la porte à bien des abus potentiels. Quand on arrive à la situation de fin de vie, où la vie se
termine, la personne le sait, il n'y a pas d'influence externe, la personne souffre, la personne décide
d'avoir par la loi une option qui est celle-là, de laquelle elle peut se
retirer, ça m'apparaît un bon choix de
société. Maintenant, pour tout le reste, pour que la population soit rassurée,
c'est impossible.
Et je vais aller
peut-être un peu plus loin dans le sens que vous me posiez la question, qui est
tout à fait importante. La loi prévoit, et
c'est important, qu'on ne puisse pas, qu'on ne puisse pas avoir une influence
externe pour pousser la personne à
prendre cette décision-là. La loi force le médecin à prendre des démarches
appropriées nécessaires pour s'assurer qu'il n'y ait pas d'influence
externe.
Alors,
quand on regarde toutes les balises, les garde-fous qui existent dans la loi
pour éviter les dérapages, bien je pense qu'il y a lieu de penser que ce
projet de loi là réussira justement à éviter ces dérapages-là au bénéfice de
tout le monde et rassurera la population.
Président (M. Tanguay) : Merci beaucoup, M. le ministre. M. le député
de Saint-Maurice, aviez-vous terminé?
M. Giguère : Non, j'aurais une
petite... Bien, j'ai une petite question.
Le Président (M.
Tanguay) : Oui, je vous en prie.
Giguère : J'ai remarqué, au dernier
article du projet de loi, que
l'entrée en vigueur est prévue dans 18 mois. Pouvez-vous nous
renseigner... renseigner la commission à ce sujet?
M. Barrette : Oui. Alors, le 18
mois, ça, il faut le voir comme étant un geste de prudence. Tout le monde, à
l'Assemblée nationale, était d'accord avec cet élément-là non seulement parce
que ça va prendre... pour les éléments que ça sous-tend comme mise en place,
mais aussi à cause du temps, le délai qu'on prenne pour être sûrs que tout soit
mis en place.
Quand je
disais, à la première question que vous m'avez posée, qu'il devait y avoir des
critères auxquels... le patient devait rencontrer pour pouvoir avoir
accès aux trois éléments, bien, il y a trois éléments d'abord et avant tout.
Quand je disais que la loi faisait des soins
palliatifs un droit, bien, c'est un droit. Quand on disait qu'il y a des
garde-fous il y a quelques instants, bien, ces garde-fous-là doivent
être suivis et vérifiés, précisément pour éviter les dérapages.
Le 18 mois sert à faire en sorte que le gouvernement — et ça
aurait été la même chose, peu importe le gouvernement au pouvoir — puisse
faire en sorte d'avoir le temps de mettre en place l'offre de services d'abord
en soins palliatifs qui doit être offerte aux citoyens
du Québec, parce
que c'est un droit et c'est quelque chose qu'on vient enchâsser dans la
loi et qui est une nécessité. Donc, on doit s'assurer que, dans les
18 prochains mois, ces soins-là soient rendus accessibles partout
au Québec. Comme je l'ai dit, toutes les institutions du Québec devront mettre
en place un cadre local qui va permettre d'avoir cette possibilité-là.
Mais, quand
on tombe du côté des deux autres mesures que sont la sédation palliative
continue et l'aide médicale à mourir, bien là il y a toute une mécanique
administrative. Et là l'idée n'est pas de créer des emplois administratifs, là,
mais l'idée est de faire en sorte que les choses soient encadrées d'une façon
adéquate pour éviter, évidemment, les dérapages. Il est prévu qu'il y ait des
formulaires, des demandes, une double opinion, et ainsi de suite, que certains éléments soient colligés au dossier, par exemple.
Mais, par-dessus tout ça, le gouvernement doit s'assurer, compte tenu du
virage que la société vient de prendre en
matière de soins de vie, de faire un suivi de ce pour quoi il a légiféré. Et
c'est la raison pour laquelle il y aura la
mise en place d'une commission qui aura à faire périodiquement l'évaluation de
l'évolution de l'application de cette
loi-là, notamment en ce qui a trait pas simplement aux soins palliatifs,
évidemment, mais aussi aux deux
autres éléments et d'en faire ultimement rapport au ministre qui devient, lui,
le dernier responsable de la chose. Et la chose sera évidemment rendue
publique.
Alors, le
18 mois sert à faire en sorte qu'à la case départ de l'application réelle
de la loi au quotidien tout soit en place pour éviter tout dérapage
possible.
Président (M. Tanguay) : Merci, M. le ministre. Je veux maintenant
faire reconnaître le député de Papineau.
M. Iracà : Oui. Alors, merci,
M. le Président. J'aurais une question peut-être un petit peu plus pointue, une
question plus... davantage d'administration,
mais je pense qu'elle est d'intérêt public, en lien avec un contrat octroyé
sans appel d'offres à la compagnie
d'informatique IBM, qui a fait l'objet de manchettes dernièrement. Donc, ce
serait intéressant qu'on puisse avoir une réponse en lien avec ça dans
l'intérêt public.
Et, je vous dirais, il y a plusieurs contrats
qui sont octroyés dans l'appareil gouvernemental. Dans mon ancienne vie,
j'étais gestionnaire au gouvernement du Québec et j'ai dû octroyer certains
contrats, à l'occasion, sans appel d'offres,
mais en respectant certaines modalités, certaines balises en lien avec le montant
aussi du contrat qui est octroyé,
tout ça dans le but... Le seul et unique but, c'est qu'on offre un service de
qualité aux citoyens. Il faut parfois faire des choix en lien avec des
appels d'offres, mais en respectant les normes et modalités qui sont en lien
avec ça.
Alors, en lien avec le contrat que j'ai
mentionné au début, je demanderais au ministre de nous expliquer pourquoi le ministère de la Santé et des Services
sociaux a choisi d'octroyer sans appel d'offres un contrat de trois ans
et 20 millions de dollars et pourquoi la décision a été prise avant
l'analyse menée pour savoir si un appel d'offres s'impose. Quelle est la
justification du contrat? Pourquoi trois ans? En quoi s'engage aussi la
compagnie IBM? Et pourquoi de tels services sont essentiels pour le ministère
de la Santé et des Services sociaux?
Alors, c'est
une question peut-être un peu pointue, mais, je pense, d'intérêt public. Et
donc ma question est dans ce sens-là, l'explication en lien avec le
contrat qui a été octroyé sans appel d'offres.
Le Président (M. Habel) : M. le
ministre.
M. Barrette : M. le Président...
Merci, M. le député, de me poser cette question-là. Évidemment, j'ai pris
connaissance de cette décision-là en arrivant en poste, et, simplement pour rappeler
les faits, c'est une décision qui a été
prise par le Parti québécois pendant la campagne électorale, et, comme vous le
dites, c'est effectivement un contrat substantiel
de l'ordre de 20 millions de dollars. Et, si vous me permettez de faire
une correction, c'est un contrat qui s'étend sur une période de
10 ans, et non de trois ans, et qui touche effectivement notre système de
communication en termes de courriels dans tout le réseau de la santé.
Comme vous, j'ai été
très, très, très surpris de cette situation-là parce que ce que je comprends,
là, c'est qu'il y avait une démarche normale qui avait été entamée, et
cette démarche normale là, d'appel
d'offres, s'est terminée par
un contrat de gré à gré à hauteur de 20 millions de dollars, convenu par
mon prédécesseur, donc par le Parti québécois, pendant la campagne électorale, ce qui m'a beaucoup
étonné, d'ailleurs, parce que, pendant la campagne électorale, on se rappellera que, sur certains projets de loi, dont la loi n° 41, on nous disait qu'on ne pouvait pas négocier
parce que c'était la campagne électorale, mais, par un hasard déconcertant, il y a
eu un contrat de gré à gré de signé par le gouvernement précédent dans
la période en question.
Évidemment, je
n'étais pas là, c'était un dossier qui a été piloté par l'équipe précédente,
et, si vous me le permettez, M. le Président, je... M. le Président, si vous me le permettez, je passerais la parole
à M. Audet, qui est à la tête de la Direction générale des
technologies d'information au ministère, qui pourrait vous répondre plus en
détail sur la démarche qui a été faite à ce moment-là et vous donner des
informations plus précises vu que je n'étais pas là à ce moment-là.
Président (M. Tanguay) :
Oui. Alors, avant de lui céder la parole, nous devons avoir le consentement
pour lui permettre d'intervenir. Oui?
Consentement? Nous avons le consentement. Alors, je vous demanderais, s'il vous plaît, de vous nommer et de préciser votre fonction, et la parole est
à vous.
M. Audet (Richard) : Oui, bonjour. Richard Audet, sous-ministre associé, responsable de la
Direction générale des technologies de l'information au ministère de la
Santé.
Donc, en réponse à la
question, j'aurais besoin de donner deux éléments de contexte historique sur le
dossier. D'abord, le dossier Lotus Notes,
c'est le courrier électronique, bien
sûr, mais c'est aussi beaucoup
d'autres applications qui sont utilisées dans l'ensemble du réseau de la
santé depuis des années. Si on remonte l'historique de Lotus Notes, c'est depuis 1997 que le ministère de la Santé et son réseau se sont dotés d'un système de
courrier électronique, mais aussi ce
qu'on appelle le collecticiel Lotus Notes qui sert à bâtir des applications de
toutes sortes dans l'ensemble du réseau. Pour vous donner un chiffre, actuellement,
le recensement qu'on avait lorsqu'on a fait l'étude, à l'automne dernier, on
avait 3 300 applications qui étaient recensées dans l'ensemble du
réseau. Bien sûr, on pourrait refaire la lecture aujourd'hui, il y aurait des
variations parce qu'il y en a qui sont délestées, il y en a qui pourraient être
ajoutées. Règle générale, il n'y aurait pas dû y en avoir d'ajoutées, parce qu'on avait donné quand même une
instruction, il y a quelques
années, de ne plus bâtir avec ce logiciel-là parce que le ministère comptait
faire une migration.
le 3 300, il faut ramener ça quand même à sa réalité : les trois
quarts de ce qu'il y a là-dedans, ce sont des choses qui sont
très informationnelles, donc qui sont d'ordre administratif. Ils ne sont pas
reliés au clinicoadministratif. Et le clinicoadministratif, c'est à peu près
25 % de ces applications-là, donc, si on arrondit, peut-être aux environs
de 700 applications qui ont des valeurs
clinicoadministratives. Je me permettrais de donner quelques exemples. Quand
on parle de clinicoadministratif, on parle, par exemple, de Périscope, c'est un
système d'information qui permet la gestion des activités reliées aux blocs opératoires; Reinvent, c'est un logiciel
conçu pour assurer le contrôle de l'inventaire biomédical; DSIE,
qui est utilisé par plusieurs établissements, c'est des demandes de services
interétablissements, donc c'est relié, finalement, à la livraison des services; médecine hyperbare...
Évidemment, il y a des taux d'utilisation qui sont
différents. On ne parle pas de milliers
d'utilisateurs pour chacune de ces applications-là, mais ce sont, dans beaucoup
de cas, des petites applications ou encore des microapplications qui
servent à l'ensemble du réseau.
Donc, ça, c'est
l'élément de contexte historique. Pendant des années, c'est le ministère qui a
administré ce contrat-là, et, par la suite, il y a
eu des ententes qui ont été... ce mandat-là a été délégué à l'ancienne société
SOGIC, et la société SOGIC a signé
des ententes à partir de 2007, d'abord, une entente pour trois ans et deux
ententes sous-jacentes de deux ans. Voilà pour les éléments de contexte
historique dans ce dossier.
J'aimerais ramener
aussi, dans le contexte historique, ce qui est important dans le contexte,
c'est qu'il était de l'intention du
ministère de renouveler son courrier électronique par appel d'offres. Donc, à l'été 2012, il y a un appel d'offres qui avait été préparé dans les mois précédents
pour permettre au ministère de se doter d'un service de courrier électronique, on appelait ça le Service national
de courrier électronique, et qui donnerait à la clé, finalement,
un service clés en main à l'ensemble
du ministère et de son réseau pour opérer les services de courrier
électronique. Malheureusement, moi,
je suis arrivé au mois de juin, nous étions à la conclusion de l'évaluation de
cet appel d'offres là, et les
résultats étaient qu'aucun des fournisseurs n'était retenu pour être
capable d'opérer le Service national de courrier électronique selon les
exigences du devis du ministère.
l'été 2013, donc, nous avions à réfléchir sur la suite des événements et
analyser le scénario qui pourrait être mis en oeuvre pour assurer les services de courrier électronique. Donc, à
l'automne, nous avons fait les analyses nécessaires et nous avons
documenté les raisons pour lesquelles on devrait ...
Le Président (M.
Tanguay) : ...M. Audet, s'il vous plaît.
M. Audet
(Richard) : ...oui, O.K., je vais accélérer — pour
lesquelles nous devions documenter le dossier. La solution qui s'imposait pour
nous, compte tenu du délai qui nous était imparti, c'était de renouveler
l'entente avec IBM. Comme le mentionnait le
ministre, on parle d'une entente de 20 millions, potentiellement sur cinq
ans, je dis bien «potentiellement». Dans cette entente-là, il y a trois
ans qui sont fermes...
Président (M. Tanguay) : M. Audet, malheureusement, c'est tout le
temps que nous avons. Nous pourrons, le cas échéant, revenir dans le
prochain bloc avec un complément de réponse.
suis maintenant prêt à reconnaître, de l'opposition officielle, pour un bloc de
22 minutes, la députée de Taillon.
Mme Lamarre :
Merci beaucoup, M. le Président. M. le ministre, en campagne électorale, au
niveau de la santé, vous vous êtes engagé à
installer 50 cliniques, 50 cliniques que vous avez qualifiées de «super». Donc,
je voulais un peu voir avec vous comment vous voyez que ça pourrait
s'installer, qu'est-ce que ça... comment ça fonctionnerait et à partir de quand
les Québécois pourraient compter sur ces cliniques.
Le Président (M.
Tanguay) : Merci. M. le ministre.
M. Barrette : Merci, M. le
Président. Alors, effectivement, vous avez raison, Mme la députée, il s'agit
d'un engagement électoral. Et l'engagement
électoral, évidemment, comme tout engagement électoral, c'est un
engagement qui doit se réaliser dans le
mandat. Nous avons fait la proposition de mettre en place une cinquantaine de
supercliniques dans notre réseau, et cette cinquantaine-là pourrait être plus,
ce n'est pas un objectif final, mais notre objectif, notre engagement électoral
est de 50. À la fin, ça peut être 60, on verra selon le rythme de déploiement
qui sera en place.
Alors, pour
bien comprendre ce à quoi on fait référence lorsqu'on parle de supercliniques,
on parle de cliniques qui visent à délester essentiellement les urgences
de par la clientèle qui s'y retrouve de façon périodique ou ponctuelle et qui devrait se retrouver ailleurs que dans une
urgence. Alors, on sait, et je pense qu'il n'y a personne, dans la
pratique, qui peut vraiment contester ce fait-là : il y a beaucoup de gens
qui vont à l'urgence parce qu'ils n'ont pas d'autres points de chute. Et il y a
beaucoup de gens qui vont là aussi parce qu'ils savent qu'ils auront un service
que je qualifierai de complet, et je reviens
dans un instant sur ce que je veux dire par ça. Mais, quand on regarde les
statistiques et quand on analyse la clientèle qui se présente dans les
urgences, bien, on sait tous, sur le terrain, en médecine, en nursing, en
pharmacie, même, Mme la députée, qu'il y a un certain nombre de patients qui
sont à l'urgence qui devraient être à l'extérieur, et ça, c'est jusqu'à une
hauteur de 70 %.
Qu'offre
l'urgence que des cliniques n'offrent pas? Bon, d'abord, une disponibilité 24
heures par jour, ce qui n'est pas
l'objectif des supercliniques parce que les urgences, ce n'est pas composé
simplement de visites de gens qui viennent à 2 heures du matin, là, c'est composé de gens qui viennent là aussi le
jour. Mais on offre aussi, à l'urgence, un spectre de services qui est
plus large que dans un cabinet de médecine familiale. Et, sur cet élément-là
précis, je fais référence, évidemment, à
deux éléments qui sont primordiaux dans bien des cas, pas tous les cas, mais
dans bien des cas, le premier étant
l'accès au laboratoire — tous les patients ambulatoires qui se présentent à l'urgence n'ont
pas nécessairement besoin de
laboratoire, mais, souvent, c'est le cas — et évidemment de l'imagerie médicale. Et je
fais le même commentaire : tous les patients n'ont pas besoin
d'avoir accès à l'imagerie médicale à l'urgence, mais c'est souvent le cas. Et,
dans les deux exemples que je viens de donner, les patients qui se présentent
ont parfois besoin, en plus, de consultation à des spécialistes de spécialités
de base. Et...
Le Président (M. Tanguay) : En
conclusion, M. le ministre.
M. Barrette : Ah! vous voulez que
j'arrête?
Le Président (M. Tanguay) : Non.
Pour garder le principe de proportionnalité...
Barrette : Oui, je comprends, mais c'est parce que la question, M. le
Président, exige une longue réponse.
Le Président (M. Tanguay) : Tu peux
conclure... Je vous donne l'occasion de conclure.
M. Barrette : O.K. Si vous voulez
que je continue après la prochaine question...
Mme Lamarre : ...parler après.
M. Barrette : O.K. Alors, on y
reviendra.
Le Président (M. Tanguay) : Mme la
députée de Taillon.
Mme Lamarre : Bien, en fait, à
partir de quand est-ce qu'on peut penser avoir une première mégaclinique
privée? Donc, c'est une question très précise avec un moment très précis. Une
réponse très précise, s'il vous plaît.
Le Président (M. Tanguay) : M. le
ministre.
Barrette : Alors, M. le Président, encore une fois, je vais terminer
ma réponse parce que c'est important. Alors donc, ces cliniques-là, ces
supercliniques-là visent à être un peu le miroir de l'urgence, en ce sens que,
pour une problématique qui ne nécessite pas
un rendez-vous dans trois mois, là — et
je prends cet exemple-là pour caricaturer la situation simplement — un
citoyen devrait pouvoir avoir accès à la même gamme de services à l'extérieur
de l'hôpital, ce qui désengorgerait
largement les urgences, d'une part, et soulagerait le patient qui
régulièrement, quand il va à l'extérieur, part avec une prescription
pour avoir une prise de sang ou avoir un examen d'imagerie médicale. Donc, ça
demande à ce que des individus, que ce
soient des médecins de famille, des spécialistes ou autres, se regroupent pour
mettre en place cette structure-là et cette offre de services là qui
inclut, donc, plus d'offres de service physiquement que ne le ferait ou ne le
fait actuellement un GMF ou une clinique-réseau.
Donc, on peut
s'attendre à voir se mettre en place au moins une ou quelques-unes de ces
cliniques-là non pas dans l'année 2014‑2015, mais dans l'année 2015‑2016,
mais potentiellement dans 2014‑2015, pour des raisons purement techniques. Alors, il y a une organisation
physique qui doit se mettre en place. Je connais actuellement des endroits
qui pourraient avoir les capacités physiques
pour démarrer ça. C'est possible. Si on peut le faire rapidement, on le fera,
mais je pense qu'on doit se donner quelques mois, pas des années, avant de
faire en sorte que ça se déploie.
Alors,
c'est la raison pour laquelle, d'entrée de jeu, la première chose que j'ai
dite, c'est que c'est un engagement d'un
mandat non pas pour ramener plus loin... reporter plus loin des engagements,
mais bien souligner le fait qu'il y a des contingences physiques et
organisationnelles qui font que ça ne peut pas se faire le mois prochain.
Le Président (M. Tanguay) : Merci, M.
le ministre. Mme la députée de Taillon.
Lamarre : Alors, M. le Président, effectivement, j'entends le ministre qui a déjà ciblé certains
endroits. Il en a même fait une citation, il
a promis des annonces dans certaines régions en disant qu'il ouvrira une
superclinique dans le secteur
Grand-Mère et une autre à Brossard, un projet pilote dans son comté, car
l'emplacement lui permettrait d'avoir l'oeil
sur le projet pour mieux en évaluer les résultats. Je vous avoue qu'au niveau
du positionnement de ces cliniques-là il
y a plusieurs interrogations parce qu'au niveau des groupes de médecine de
famille il y avait plusieurs autres provinces, plusieurs autres endroits
dans le monde qui ont démontré la valeur ajoutée d'un meilleur accès à la première
ligne, et c'est l'objectif des groupes de
médecin de famille. Donc, plusieurs... et j'ai entendu aussi le premier ministre et le ministre de la Santé parler de s'appuyer sur des données
probantes. Or, dans la création des groupes de médecins de famille, on a
d'autres modèles et on a d'autres... des données probantes qui démontrent la
valeur ajoutée de ces structures-là.
Dans le cas
de cliniques spécialisées, mégacliniques privées, ça, je n'en ai pas vu, je
n'en ai pas entendu, en tout cas, actuellement.
J'ai aussi entendu le ministre, un peu plus tôt, parler d'une rationalisation,
d'une diminution des structures, et ce que je comprends, c'est qu'on
s'engage à créer de nouvelles structures construites, donc du béton, plutôt que
des services. Et ce qui semble vraiment
faire défaut dans notre système de santé, c'est de la disponibilité de
professionnels de santé. C'est ça qui nous
manque. Alors, je vois mal comment ça pourrait répondre à ce besoin-là. Une des
préoccupations, c'est certainement que de
déménager les spécialistes, qui sont déjà, dans certains hôpitaux, peu
nombreux, vers des cliniques privées, ça vide le système. En tout cas,
il y a un risque, certainement, de vider le système public de ces spécialistes,
et donc d'allonger et de retarder le processus de traitement des patients.
Une des
questions que je me pose... parce qu'on a vérifié, et même les gens de l'AQESSS
indiquent que, dans le fond, ce seraient des sortes d'hôpitaux
décentralisés privés. Alors, ce que j'ai vérifié auprès des organisations, des
établissements de santé... Les établissements de santé se disent tout à fait
ouverts à rendre leurs infrastructures, leurs appareils d'échographie, de
tomographie... donc, ce à quoi le ministre fait appel en termes d'accès au
laboratoire et à l'imagerie médicale. Pourquoi on n'utiliserait pas davantage
ces services-là qui sont déjà payés par les Québécois et disponibles dans nos établissements de santé les
soirs et les fins de semaine? Et, si on a besoin, justement, de
rehausser les équipements, parce qu'on sait qu'il y a une modernité dans ces
équipements-là, pourquoi ne pas en faire profiter nos établissements de santé
où à la fois les patients qui sont hospitalisés et ceux qui ont besoin de
services ambulatoires pourraient en profiter?
Donc, c'est
un peu un regard particulier qu'on peut poser par rapport à la pertinence de
ces cliniques-là. Et donc je me dis
qu'on pourrait faire d'une pierre deux coups en diminuant les structures ou, en tout cas, les rationalisant, et tout en rehaussant,
donc, l'accessibilité. Et on serait sûrs également de préserver les services essentiels requis en
établissement de santé, parce que les
Québécois sont conscients que, dans certains cas, ils ont beaucoup de
difficultés à rencontrer leurs spécialistes en établissement de santé et
beaucoup plus de facilité à recevoir des soins en clinique privée.
Alors, quel serait donc... Pour essayer,
puisqu'on est dans les budgets, de comprendre un peu les bénéfices, et les
coûts, et l'efficience, quel serait le coût par une mégaclinique privée?
Le Président (M. Tanguay) : Merci. M.
le ministre.
Barrette : M. le Président, c'est assez difficile de résumer une question ou de répondre à une
seule question, quel serait le coût, par exemple, alors qu'on a abordé un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit,
neuf items. Et, compte tenu du préambule qui comprend neuf items, M. le
Président, je vais répondre d'une façon ordonnée pour résumer un peu la pensée
de la question qui m'est posée, là.
Alors, elle
me demande c'est quoi, le coût d'une clinique-réseau. M. le Président, le coût d'une clinique-réseau, là, c'est le coût des services
rendus, puis on verra le nombre de services qui sera rendu. Et je ne suis pas...
Évidemment, je n'ai pas de... je ne suis pas JoJo Savard, là. Moi, je ne
peux pas prédire le coût des services qui vont être rendus dans chacune
des supercliniques du réseau québécois, d'une part.
Maintenant,
je vais remettre les choses en ordre, M.
le Président. Alors, premièrement, l'objectif ici est de faire en sorte
que la clientèle, la clientèle, je répète, la clientèle n'ait plus à aller à
l'urgence pour recevoir des soins qui pourraient être reçus à l'extérieur de l'hôpital, et c'est ce que les gens demandent. Alors, elle
a fait référence à ça, Mme la
députée de Taillon, M. le Président. Premier élément.
Deuxième élément, elle dit qu'il y a des modèles
qui fonctionnent actuellement qui ne fonctionnent pas à pleine capacité. Parfait, mais c'est exactement ce que nous disons
depuis le début et que, même, j'ai dit dans une autre vie avant. Le gouvernement
précédent a eu 18 mois, M. le Président, 18 mois, 18 mois pour
faire respecter le cadre de gestion, les
ententes des groupes de médecins de famille qui prévoient des volumes — ça,
des volumes, là, c'est un mot bureaucratique pour dire «des citoyens qui
attendent de voir le médecin» — et des heures d'ouverture — les
heures d'ouverture, c'est un mot bureaucratique pour dire que le patient, actuellement,
ne peut pas y aller en revenant du travail ni avant le travail. Alors, ils ont
eu 18 mois pour faire respecter ça et ils ne l'ont pas fait. Alors, les groupes
de médecine familiale, c'est ça.
cliniques-réseaux, c'est un peu un super-GMF. Alors, pour illustrer ce qui est
le propos des supercliniques, pensons
simplement GMF plus, un GMF où les rendez-vous ne sont pas un an à l'avance mais un GMF, M. le Président, où
les rendez-vous sont, mettons, à la semaine, maximum deux semaines. Pourquoi?
Pour donner et garantir à la population des grilles horaires qui font... qui
existent, parce qu'actuellement elles n'existent pas, elles existent juste à
l'urgence. Alors là, elles seront là, et les médecins pourront aussi avoir une
pratique normale de GMF.
Mais
il y aura des supercliniques qui sont des GMF un peu plus élaborés mais dont
l'activité sera centrée sur les besoins
des patients, et ces endroits-là, M. le Président, contrairement à ce qu'a dit
la députée de Taillon, M. le Président, ne sont pas des cliniques privées au sens sémantique du terme, ce sont des
cliniques conventionnées. «Privé» est un mot, en politique, utilisé
comme un épouvantail pour diminuer l'importance ou culpabiliser des gestes qui
ne sont pas donnés à l'hôpital. Or, de quoi avons-nous besoin, M. le Président?
On a besoin d'endroits où le citoyen qui nous écoute actuellement va pouvoir avoir accès à des soins chez eux, pas
40 kilomètres plus loin parce que l'hôpital est à 40 kilomètres,
près de chez eux, payés par la RAMQ. Ce n'est pas du privé, ça, M. le
Président, c'est du public conventionné servi à
l'extérieur de l'hôpital, et ça, c'est important. Peut-on politiquement,
collectivement, à partir d'aujourd'hui, centrer nos interventions sur
l'intérêt du patient et arrêter de sortir des épouvantails qui inquiètent la
population comme le privé?
déploiement de ces cliniques-là, M. le Président, se fera de façon
populationnelle. Pas de population, pas de clinique-réseau. On l'a dit
dans la campagne électorale, et je le redis aujourd'hui : Pour avoir une
clinique-réseau, il faut quand même une
masse critique. La masse critique, c'est de 50 000 à 70 000
personnes. Et je corrigerai la députée de Taillon, M. le Président, je n'ai pas annoncé une clinique-réseau à
Grand-Mère et à Brossard. J'ai dit — à moins que j'aie été mal cité — que Grand-Mère, par exemple, et Brossard,
par exemple, mais aussi ville d'Anjou, mais aussi Sherbrooke, mais aussi Québec, mais aussi Lévis, mais aussi
Chicoutimi ont des bassins de population qui justifient la mise en place
d'une clinique-réseau. Et c'est facile...
Pas une clinique-réseau, pardon, une superclinique. C'est facile, M. le
Président, on n'a qu'à regarder le palmarès
des urgences. Si une urgence déborde, c'est parce qu'elle ne fournit pas. Si
elle ne fournit pas, c'est parce qu'il n'y a pas assez de ressources
autour. S'il n'y a pas assez de ressources autour, bien c'est pour la
population autour. Moi, je n'ai jamais entendu dire qu'il y avait un problème
d'urgence démesurée à Chandler, M. le Président,
mais j'ai entendu dire régulièrement qu'il y en avait à Charles-Le Moyne.
Puis, entre Charles-Le Moyne, par exemple,
là, puis Jardins-Roussillon, là, il y a combien de centaines de milliers de
personnes qui pourraient aller dans une clinique-réseau? Alors, qu'ils
soient dans... un député bleu, rouge ou multicolore, ça importe peu, mon rôle
est de servir la population. Et la façon de
le faire, sur le sujet des supercliniques, est d'en mettre aux endroits
appropriés populationnellement.
Alors,
quand on me dit qu'on va déplacer des ressources comme des médecins
spécialistes dans des cabinets, bien c'est déjà ça que tous les
gouvernements ont fait, M. le Président. Qu'on ait à regarder l'ophtalmologie,
la pédiatrie, la rhumatologie, et ainsi de suite, on les a sortis des hôpitaux.
Pourquoi ne collaboreraient-ils pas aux supercliniques? Et peut-être que la députée de Taillon pourrait aller rencontrer ces
organisations-là pour leur demander si c'est une bonne ou une mauvaise
idée.
On nous a parlé aussi
de rationaliser la structure en utilisant mieux les ressources. Bien, merci.
Alors, je comprends que le PQ, maintenant...
la députée de Taillon est en fusion intellectuelle avec le député de
La Peltrie, puisque tout le monde, maintenant, considère que
rationaliser, c'est parfait. Et c'est ce qu'on a annoncé. Je suis heureux, les
débats parlementaires vont être plus courts, parce que c'est ce qu'on va faire,
oui, on va rationaliser.
elle nous a demandé... elle m'a demandé : Qu'est-ce qu'on va faire pour
maximiser l'utilisation des ressources? Bien, est-ce que j'ai dit que, dans une superclinique, il devait y avoir
un laboratoire? J'ai dit qu'il devait y avoir accès à des services de
laboratoire. Je l'invite à regarder le projet OPTILAB, qui vise à restructurer
toute l'organisation des laboratoires pour
justement, justement, M. le Président, faire en sorte que, des supercliniques,
par exemple, on déplace les prélèvements et qu'à la place d'amener un
laboratoire on utilise justement de façon rationnelle, avec une plus grande
efficience nos laboratoires.
Mais,
pour l'imagerie médicale, que voulez-vous, M. le Président, pour imager un
patient, il faut avoir le patient en
avant de soi, et moi, je ne peux pas imager un patient, étant donné que c'est
ma spécialité, à distance, je n'ai pas ce pouvoir-là. Par contre, on
pourrait très bien mettre une technicienne autonome, qui est très autonome par
définition, qui a l'expérience, et, avec la
technologie, avoir un radiologue à distance qui supervise l'examen. Ça, M. le
Président, c'est l'Alberta, c'est la Colombie-Britannique, c'est la
Saskatchewan, c'est le Manitoba, c'est l'Ontario, c'est l'Est du Canada, tout
le monde fait ça comme ça. Alors, ça se fait, mais je constate aujourd'hui
qu'il y a évidemment une incompréhension, encore une fois, de la chose au Parti
québécois.
pour ce que ça coûte, bien, je vais vous le dire, M. le Président. Ce que ça
coûte, si on se base sur les GMF actuels,
c'est un investissement en personnel, parce que je n'ai pas parlé des
infirmières, et il faudra aussi des infirmières. Actuellement, dans un
GMF, on investit une somme, dépendamment de la grosseur, qui se situe dans une
fourchette de 400 000 $ à 550 000 $, plus, évidemment, les
honoraires des médecins.
Le Président (M.
Tanguay) : Merci beaucoup, M. le ministre. Mme la députée de Taillon.
Mme Lamarre :
Alors, je vous remercie, M. le Président. Puisque le ministre se permet de
commenter mes questions, je vous dirai que
j'ai entendu quand même un certain nombre de contradictions dans sa dernière
intervention par rapport, entre autres, aux
accès aux laboratoires. Moi, ce que je veux souligner, c'est que ce que la
population a besoin... Ce n'est pas les lieux qui lui manquent, c'est
l'accès. Donc, les villes qui ont été citées par le ministre représentent des
grandes villes, puisqu'on parle de villes où on a besoin de 50 000 à
70 000 personnes, et on veut ajouter une nouvelle structure de
50 cliniques alors qu'on a 125 établissements de santé qui sont déjà
équipés avec ces infrastructures-là, et qui
sont bien répartis sur tout le territoire québécois, et qui donnent déjà des
services. Donc, si on a besoin d'une clinique à Québec, une
mégaclinique, eh bien, on a juste à ouvrir et à rendre disponible... Et
d'ailleurs il me semble avoir déjà entendu