Labour and the Economy — 23 March 2021 (42nd Legislature, 1st Session)
CET 2021-03-23
Quebec — Committees
(Quinze heures vingt-cinq minutes)
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Alors, bonjour. Bonjour à tous et à tous. À l'ordre, s'il vous plaît! Ayant
constaté le quorum, je déclare la séance la séance de la Commission de
l'économie et du travail ouverte.
La commission
est réunie afin de poursuivre l'étude
détaillée du projet de loi n° 59,
Loi modernisant le régime de santé et de sécurité du travail.
Mme la secrétaire, y a-t-il des remplacements?
La Secrétaire : Oui, Mme la
Présidente. Mme Chassé (Châteauguay) sera remplacée par M. Provençal (Beauce-Nord); Mme Robitaille
(Bourassa-Sauvé), par M. Birnbaum (D'Arcy-McGee); et Mme Richard
(Duplessis), par M. Roy
(Bonaventure).
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Merci. Lors de l'ajournement de nos travaux la semaine dernière, nous en étions
à l'étude du sujet II.1.2, les services de réadaptation, et plus
précisément à l'étude de l'article 26. Et nous attendions un amendement, déposé par le député d'Hochelaga-Maisonneuve, que nous avons déjà reçu. Alors,
j'inviterais le député d'Hochelaga-Maisonneuve à lire l'amendement et à
l'expliquer, s'il y a lieu.
M. Leduc : Merci, Mme la Présidente.
Bonjour, tout le monde.
L'article 26 du projet de loi est amendé par le
remplacement «d'une mesure de réadaptation ou de» par «des mesures de
réadaptation, sauf d'une mesure soutien en recherche d'emploi et
d'accompagnement, que prévoit».
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Merci. Y a-t-il des explications?
M. Leduc : Oui, bien sûr. Il y a
deux aspects à l'amendement. Le premier, c'est le retour du pluriel plutôt que le singulier. On n'a pas tout à fait compris
pourquoi on allait vers le singulier. Ça nous inquiétait. Ça nous inquiétait
que ça enverrait un signal de durcissement,
qu'une seule fois, un seul rendez-vous, par exemple, manqué pourrait mener
à des sanctions.
Et l'autre aspect, bien sûr, c'est en
concordance avec ce que le ministre avait mentionné plus tôt, à savoir que les
mesures de recherche d'emploi et d'accompagnement, bien, elles seraient
volontaires, ce ne serait pas obligatoire. Donc,
on voudrait extraire des motifs, là, de sanction, ce non-recours, dans le fond,
aux mesures de recherche d'emploi
et d'accompagnement.
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Merci. M. le ministre.
Boulet : Merci, Mme la Présidente. Mes commentaires seront brefs.
L'article 142 prévoit que la commission «peut», «peut réduire ou
suspendre», et, au deuxième paragraphe, on dit : «Si le travailleur, sans
raison valable». Donc, il y a un niveau de protection relativement élevé pour
le travailleur. Et on dit : «omet ou refuse de se prévaloir d'une mesure
de réadaptation ou de son plan individualisé de réadaptation». Une mesure, ça
se justifie totalement, parce que, notamment, dans notre projet de loi, on
ajoute le retour progressif. Est-ce que, si une personne refuse de participer à son retour progressif, ça prendrait une
autre mesure de réadaptation pour justifier la commission d'exercer un
pouvoir qui, je le rappelle, est un «peut», qui a une relative discrétion?
Et, d'autre part, les services de soutien en
recherche d'emploi, ça aussi c'est nouveau, et ça, ça va au coeur même du p.l. n° 59.
On veut accompagner les travailleurs pour qu'ils puissent revenir dans les meilleurs
délais possible, et ça implique un
service de soutien et de recherche en emploi. Et donc, pour moi, ça m'apparaît
essentiel, on ne peut pas l'enlever,
c'est une mesure de réadaptation. D'ailleurs, le service de soutien en recherche d'emploi est
une des mesures qui est prévue en matière de réintégration professionnelle,
donc c'est la raison pour laquelle on ne l'ajoutait pas ici.
Et, dernier
point, ça fait l'objet d'un consensus du comité consultatif recherche... Le
CCTM prévoyait, d'ailleurs, qu'on
fasse référence aux services de soutien en recherche d'emploi. Merci, je n'ai
plus d'autre commentaire, Mme la
Présidente.
La Présidente (Mme IsaBelle) :
Merci. Y a-t-il d'autres interventions? Député d'Hochelaga-Maisonneuve.
M. Leduc : M. le ministre, donc, me
recommande de me fier aux tribunaux, en quelque sorte, là, s'il dit : La raison valable, c'est ça qui va être le guide,
le sans raison valable, là, qui est prévu à 142. Mais je veux bien comprendre,
donc, ces sanctions-là qui sont prévues, avec ou sans raison valable, là, un
des effets concrets, c'est de couper l'IRR.
Boulet : Vous le savez, ce
n'est pas une pénalité, c'est une sanction administrative. C'est plus un incitatif, on réduit ou on suspend.
Vous savez, en pratique, on ne coupe pas l'IRR ad vitam, on le réduit ou on le
suspend pendant une semaine ou deux semaines. C'est quelqu'un qui ne participe
pas à une mesure de réadaptation ou à son plan individualisé de réadaptation.
Vous le savez, en plus, c'est appliqué de façon totalement respectueuse du
droit du travailleur, et toutes les
protections sont là. Non seulement il y a le «peut», mais, en plus, il y a
«la raison valable». Donc, si le travailleur ne peut pas participer à une mesure de réadaptation ou omet de
respecter son plan individualisé de réadaptation, il y a toujours une
justification, là, ou un motif valable qui peut être avancé par ledit travailleur.
Merci, Mme la Présidente.
M. Leduc : Mais, dans ce cas, quelle
était l'intention du ministre de passer du pluriel au singulier?
M. Boulet : Bien, notamment en
raison de l'ajout de mesures complètement nouvelles de réadaptation. Et, quand
vous allez regarder les mesures de réadaptation, elles sont toutes, en soi, importantes.
Puis, quand on parle de soutien en recherche d'emploi, c'est une mesure qui, en
soi, est globale, et on ne peut pas ne pas la respecter, on ne peut pas ne pas
collaborer, la même affaire pour le retour progressif au travail. Vous l'avez
dit, ça s'inscrit, d'ailleurs, dans la perspective du devoir d'accommodement
raisonnable d'un employeur. On ne peut pas ne pas collaborer, il faut collaborer, à moins, encore une fois, que le travailleur ou la travailleuse ait un motif valable. Merci, Mme la Présidente.
M. Leduc : Est-ce que j'ai raison de
comprendre de cet article-là et de cette mesure-là qu'elle s'appliquera donc en
concordance avec ce qui va venir plus tard, à l'article 19? Vous savez que
ça a été largement discuté, puis c'est controversé, là, les travailleurs de
55 ans et plus, qu'on ramène, qu'on force un peu dans le giron, qu'on
ramène dans le giron du travail. Ça va s'appliquer, ça, dans ce contexte-là?
M. Boulet : Bien, écoutez, puis
c'est un
article postérieur, mais oui, dans la mesure où une personne qui est
entre 55 et 59 ans, dans le contexte d'une maladie professionnelle, peut
avoir accès à une mesure de réadaptation. Ultimement, oui, mais, encore une
fois, on n'est pas... à moins que vous ayez des cas d'abus dans l'application
de cet
article 142. La discussion que j'ai eue avec le collègue de Nelligan,
la semaine passée, qui souhaitait que ce soit un «doit» plutôt qu'un «peut»,
vous a démontré assez clairement que, dans la pratique, il y a... tout à fait,
c'est appliqué de façon tout à fait respectueuse des droits des parties. Merci.
M. Leduc : J'ai compris de cet
échange-là que vous n'étiez pas en accord, par contre, avec la proposition du
député de Nelligan.
M. Boulet : J'ai dit que, quand on
fait un projet de loi, vous le savez, collègue, on cherche un équilibre, puis
moi, je ne suis pas ici pour favoriser un au détriment de l'autre. Je pense que
c'est un régime, encore une fois, qui est fondamental pour la santé-sécurité
des travailleurs, puis on vise à permettre que les travailleurs puissent
réintégrer un emploi de façon à éviter, notamment, la chronicisation des
lésions professionnelles. Et donc c'est au bénéfice de la santé-sécurité des travailleurs et ultimement
des employeurs dans un contexte où ils ont besoin de travailleurs en santé.
M. Leduc : Vous n'avez pas une
crainte par rapport à la judiciarisation? Vous savez que c'est un enjeu important de toute l'économie générale de la SST.
Ça a été soulevé à plusieurs reprises, puis c'est un des rares consensus,
peut-être des deux côtés de la médaille dans le droit du travail, qu'il y a
une surjudiciarisation en santé et sécurité du travail.
Est-ce que le fait d'avoir quand même mis
beaucoup plus d'incitatifs, disons-le comme ça, ou carrément d'avoir rendu
systématique et obligatoire, là, la recherche d'emploi, par les autres articles
qu'on a précédemment traités... Est-ce qu'il n'y a pas, en laissant... en envoyant volontairement un singulier
plutôt qu'un pluriel, en refusant, potentiellement, mon amendement, qui
veut soustraire, donc, la recherche d'emploi de ces conditions-là, est-ce qu'on
n'envoie pas un signal inquiétant puis on n'est pas en train de provoquer, à
moyen terme, certainement, peut-être même à court terme, encore plus de judiciarisation?
M. Boulet : Non, au contraire,
on envoie un signal contradictoire et incompatible avec un des objectifs cruciaux du projet de loi, c'est-à-dire d'aider, accompagner les travailleurs, notamment dans un processus
de recherche d'emploi. Ça, ça fait, à mon avis, un fort consensus dans
les milieux de travail, qu'ils puissent éventuellement bénéficier des services
de mon ministère dans un contexte de parcours personnalisé de retour en emploi.
Merci.
M. Leduc : Mais donc c'est obligatoire,
dans les faits?
M. Boulet : Il n'y a rien d'obligatoire,
la réadapt... Non, je ne veux pas refaire des débats, là. On a ajouté que tout
le processus de réadaptation, ça se fait en collaboration avec l'employeur et
le travailleur. Je ne sais pas qui vous a mentionné ce que... Tu sais, on a
fait cette discussion-là à maintes reprises, et il n'y a pas d'obligation. Puis
le professionnel de la santé qui est en charge du travailleur est impliqué
aussi dans le processus, là, on a déjà fait ce débat-là.
Et, sur la judiciarisation, on va faire le
débat. Puis je pense qu'on fait un immense pas en avant pour réduire la judiciarisation
quand on permet une option entre la révision administrative puis le Tribunal
administratif du travail. Je pense qu'on va réduire considérablement les délais
et le nombre de cas entendus au tribunal administratif ou
en révision administrative. Ça va surtout réduire les délais. Il va y avoir un
nombre de cas probablement plus important au Tribunal administratif du travail,
mais ça va être plus rapide, souhaitons-le. Merci.
M. Leduc :
Je ne veux pas étirer inutilement puis je ne veux pas refaire tous les débats,
en effet, mais justement, parce qu'on a fait ce débat-là plus tôt, il y a déjà
deux semaines, je pense, sur le mot «collaboration», puis j'ai insisté à ce
moment-là... Je vous ai fait parler beaucoup pour dire qu'est-ce que ça veut
dire. C'est un mot qui me semble ambigu. Est-ce qu'il va y avoir une
obligation? Vous m'avez dit : Non, non, non, il n'y aura pas d'obligation,
mais moi, je ne fais que mettre en pratique ce que j'ai retenu de notre échange
d'il y a deux semaines. Puis loin de moi l'idée de vouloir le refaire en
entier, mais là j'apprends peut-être que je n'ai pas tout à fait bien compris
ce qu'on a discuté il y a deux semaines.
peut-être, si le singulier, pluriel, c'est ça qui vous
dérange, je veux dire, je peux le réécrire, là, l'amendement, pour juste garder la
section qui retire les mesures
d'emploi des conséquences. Parce que, si je suis obligé... comment je dirais,
si ma collaboration est fortement sollicitée parce que j'aurai une grosse
conséquence si je ne le fais pas, ce n'est plus une collaboration, là.
M. Boulet :
Non, mais j'aimerais ça vous rassurer, parce que 142, là, il s'applique après
que le travailleur ait accepté une mesure et il omet ou refuse d'y participer.
Donc, par exemple, il cesse la formation, il cesse un traitement, il refuse de
faire une chose qui est dans son plan individualisé de réadaptation. Je pense
que c'est assez clair qu'il n'y a pas d'enjeu pour les travailleurs, trava