Health and Social Services — 18 March 2015 (41st Legislature, 1st Session)
CSSS 2015-03-18
Quebec — Committees
Alors, sans
plus tarder, nous souhaitons la bienvenue, donc, aux représentantes, représentants de la Confédération des syndicats
nationaux.
Bienvenue à votre Assemblée nationale. Vous
disposez, comme vous le savez bien, d'une période initiale de 10 minutes de présentation. Par la suite,
vous aurez des échanges avec les parlementaires. Peut-être prendre le soin de
bien vous identifier ainsi que les fonctions que vous occupez. Alors, la parole
est à vous.
Lacharité (Jean) : Alors,
merci, M. le Président. Alors, je vous présente d'abord les gens qui
m'accompagnent : Andrée
Lapierre, du Service des relations du travail de la CSN, et Me Anne Pineau, qui
est adjointe au comité
exécutif de la CSN. Moi-même, Jean Lacharité, je suis vice-président de la CSN,
responsable notamment des politiques en santé et services sociaux pour notre
organisation syndicale.
Alors, merci, M. le ministre. Mesdames messieurs
les députés, bonjour. Merci à la commission de nous offrir l'opportunité de
présenter nos positions eu égard à une pièce législative majeure, le projet de
loi n° 20.
Je vais
procéder en trois temps pour la brève présentation. J'imagine que vous avez le
mémoire que l'on a produit entre les
mains. Alors, c'est sûr qu'en 10 minutes je vais escamoter un peu
certaines lignes directrices, mais on pourra par la suite, à la période
d'échange, revenir plus en profondeur.
D'abord, M. le ministre, je veux saluer le fait
que vous vous attaquez au problème des services de première ligne. Vous savez, avoir accès rapidement à un
médecin de famille, c'est souvent un casse-tête pour plusieurs
Québécoises et Québécois. Avoir un accès
rapide au médecin de famille, au service de première ligne, c'est souvent un
tour de force. Alors, M. le ministre,
je vais commencer en vous disant que vous êtes excellent quand vous faites vos
objets de projet de loi. Le problème,
c'est quand vous arrivez aux pistes de solution où — vous me permettrez de vous le dire avec tout
le respect que je vous dois — on vous trouve, à la CSN, beaucoup moins
performant. Là, je ne parle pas de vous en tant que médecin, de votre pratique médicale, mais, comme
médecin ministre de la Santé, on trouve ça un peu moins performant sur
les pistes de solution.
Alors, on va,
dans un premier temps, vous entretenir un peu sur une mise au jeu, mais aussi,
dans un deuxième temps, sur les
risques associés aux solutions proposées dans le projet de loi n° 20, pour
terminer avec ce qui nous apparaîtrait des pistes de solution
alternatives à ce qui est proposé dans le projet de loi n° 20 pour
améliorer l'accès à la première ligne et l'accès aux médecins de famille.
Donc, on doit
s'attaquer à ce problème-là, c'est évident, ça fait des années qu'on le vit. On
n'y arrive pas, mais on pense que, si on n'y arrive pas, c'est parce
qu'on a misé beaucoup trop souvent sur des modifications structurelles, des
modifications de structure. Or, dans le projet de loi, par exemple, il n'y a
rien pour les soins à domicile. Même, depuis
2003, ça a été négligé. Les services de première ligne ont été notamment
négligés, ce qui entraîne beaucoup de pression
sur les proches aidants qui sont en très grande majorité des femmes, à 80 %,
qui doivent assumer souvent le support
aux personnes qui ont besoin de soins à domicile. On observe que les groupes de
médecine familiale, les fameux GMF, sont souvent fermés, pour la plupart souvent fermés le soir, les week-ends,
les jours fériés, et ça a un impact direct, ça. C'est l'augmentation de l'achalandage dans les urgences,
ce que vise justement à solutionner le projet de loi n° 20 :
diminuer l'achalandage dans les urgences en permettant un meilleur accès aux
services de première ligne.
à cet égard-là, il y a eu une enquête de l'Institut de la statistique du
Québec, en 2013, sur les services de santé et soins de santé, notamment qui portent sur la question de
l'achalandage dans les urgences, et l'Institut de la statistique du Québec nous rapporte qu'il y a 36 % des
personnes qui se présentent à l'urgence qui s'y présentent pour un problème
non urgent. Et, de ces 36 % là, il y
en a 74 % qui affirment que, s'ils sont allés à l'urgence, c'est faute
d'avoir eu accès à des cliniques sans rendez-vous ou à des GMF parce
qu'ils étaient fermés. Alors, on a un sérieux problème de ce côté-là, et nous,
on pense qu'il y aurait peut-être des pistes de solution à regarder de ce
côté-là, mais j'y reviendrai.
Votre projet
de loi n° 20, M. le ministre, nous apparaît, au niveau des pistes de
solution, comme un très mauvais remède
pour solutionner la problématique que vous avez identifiée, mauvais remède en
imposant des quotas de patients aux médecins
que... si la cible n'est pas atteinte, vous allez diminuer ou vous attaquer à
leur rémunération, sur les activités médicales
particulières, sur les conditions que vous voulez imposer aux médecins
spécialistes. Et vous avez affirmé que vous
allez proposer un projet de règlement pour faire une pondération, là, entre les
clientèles plus lourdes en comparaison des clientèles plus légères. Mais
on ne le connaît pas, votre projet de règlement, donc, nous, pour nous, on
fonctionne un peu à l'aveugle.
Et, pour
nous, les risques associés à ce que vous mettez sur la table sont énormes, et
j'en nomme quelques-uns, je n'ai pas la prétention d'en faire ici une
liste exhaustive, mais quelques-uns qui frappent de plein fouet, à notre avis. D'abord,
on risque, et il y a des menaces à cet égard-là, d'assister à un certain nombre
de désaffiliations de certains médecins au régime d'assurance maladie du
Québec. On risque d'assister au fait que les médecins sélectionnent des clientèles beaucoup plus légères, ce qui va
affecter l'accès des cas plus lourds au système de santé et de services
sociaux. Ils risquent fort d'être laissés
pour compte. Quand on parle de cas plus lourd, là, on parle de gens qui vivent
des problèmes de multichronicité, des
problèmes de santé mentale, des problèmes de toxicomanie. On craint également
que, par le fait que vous imposiez
des quotas aux médecins, avec le nombre que vous voulez leur imposer, les
consultations médicales soient beaucoup plus brèves et, si tel est le
cas, nous, on considère que ça va affecter la qualité des consultations
médicales, d'une part, et que ça va... ça
risque d'amener une déshumanisation de la pratique médicale. Autre effet
pervers possible : les médecins
plus âgés qui travaillent à temps partiel, qui sont à l'âge de la retraite,
mais qui continuent à pratiquer tout de même, mais souvent à temps partiel, est-ce qu'ils ne choisiront pas tout
simplement de se retirer du système? Ça, c'est un autre effet pervers
possible.
Et c'est un secret de Polichinelle, là, on n'a
qu'à regarder les statistiques : de plus en plus de femmes dans les facultés de médecine. Alors, à ce que je sache, ce
sont encore elles qui peuvent procréer et donc elles qui peuvent avoir accès à des congés de maternité, des femmes qui
ont souvent plus de responsabilités familiales que leurs conjoints, donc
risquent de ne pas être capables d'atteindre
les quotas que vous voulez imposer. Est-ce qu'elles ne choisiront pas tout
simplement de prolonger leurs congés de
maternité, de ne faire aucune pratique plutôt que de faire 20, 25 heures de
pratique par semaine?
Alors, c'est
des écueils que votre projet de loi ne règle en rien, bien au contraire, et,
comme on ne connaît pas votre projet
de règlement, bien, c'est très difficile... Ce qu'on observe, c'est plus de
risques associés au fait qu'on accroisse l'achalandage dans les urgences, ce qui va totalement à l'encontre de
l'objectif visé par votre projet de loi, et ça diminue l'accès aux
services de première ligne.
Un mot sur votre approche qu'on qualifie de
coercitive, M. le ministre, là. On pense que ça vous prendre une bureaucratie assez imposante pour pouvoir
contrôler ça, et là vous n'atteindrez pas vos objectifs de diminution des
coûts, là, pour l'État. C'est un autre
problème, ça, alors que vous appliquez d'énormes compressions budgétaires dans
le réseau de la santé et des services sociaux actuellement qui affectent
directement les services à la population.
Je vais vous
dire que, par ailleurs, les fédérations médicales ne peuvent pas s'en laver les
mains. Elles font
partie du problème,
et il va falloir qu'elles aussi mettent l'épaule à la roue. Mais il faut que
vous acceptiez de travailler avec elles et eux sans une approche coercitive parce que, sinon, on pense que vous n'y
arriverez pas, malheureusement. Et c'est pour ces raisons-là que nous, on vous demande de retirer votre projet de loi
et de lancer une vaste consultation, une véritable consultation qui nous
apparaît nécessaire auprès de l'ensemble des acteurs du réseau.
Quelques pistes de solution alternatives qui
n'apparaissent pas au projet de loi pour améliorer l'accès aux services de première ligne, améliorer l'efficience
des services de première ligne. Nous, on pense qu'il y a un nécessaire
travail à faire sur les équipes interdisciplinaires.
La Présidente (Mme Montpetit) : En
conclusion s'il vous plaît.
M. Lacharité (Jean) : Bon, très
bien, alors je vais juste énumérer les pistes de solution et je conclus.
La Présidente (Mme Montpetit) : Très
rapidement.
M. Lacharité (Jean) : Très
rapidement. On pense que vous devriez vous attaquer à la révision du mode de
rémunération des médecins, le paiement à l'acte. Toutes les commissions qui ont
passé l'ont suggéré. On pense que vous
devriez vous attaquer à la lutte au surdiagnostic. On en a déjà discuté
ensemble, je sais que vous n'êtes pas d'accord avec l'Association
médicale du Québec, mais on pourra y revenir. On pense que vous devriez mettre
l'accent sur la prévention, mais là-dessus
vous allez complètement à contre-courant en coupant la direction régionale de
la santé publique, leur budget de l'ordre de 33 %. Il faut
améliorer l'information avec de bons systèmes informatisés sur les données cliniques. Enfin, il faut augmenter le financement
des soins à domicile et le financement pour les maladies chroniques.
vais conclure en vous disant — je ne parlerai pas du programme de
procréation médicalement assistée, on y reviendra — que
tout ça se passe dans une prolifération de pièces législatives majeures :
projet de loi n° 10, projet de loi n° 28, qui s'attaque aux pharmaciens, le projet
actuel de loi n° 20, vous avez annoncé d'autres réformes en préparation, le financement à l'activité, les
supercliniques, la révision de la
loi sur la santé et les services sociaux.
Nous, on trouve que vous procédez à la
pièce, M. le ministre, sans qu'on soit capables d'avoir une vue d'ensemble.
Alors, vous avez peut-être un plan structuré, je termine...
Présidente (Mme Montpetit) : Je vous remercie, M. Lacharité.
Malheureusement, nous avons amplement dépassé le temps...
M. Lacharité
(Jean) : Trois mots pour terminer.
La Présidente (Mme
Montpetit) : Trois mots. Les trois derniers.
M. Lacharité
(Jean) : S'il vous plaît, «time out», «time out», «time out».
La Présidente (Mme
Montpetit) : Parfait, je vous remercie, M. Lacharité pour votre
présentation.
Juste
avant de poursuivre, il y a un remplacement qui n'a pas été fait au niveau de
la commission. Donc, M, le secrétaire.
Le Secrétaire :
Oui, Mme Simard (Charlevoix—Côte-de-Beaupré)
est remplacée par M. Boucher (Ungava).
Présidente (Mme Montpetit) : Parfait. Alors, je vous remercie. Donc,
nous allons débuter la période d'échange avec la banquette
ministérielle.
Comme nous vous avons
alloué 1 min 30 s supplémentaire, M. le ministre, il vous restera 8
min 30 s.
M. Barrette :
8 min 30 s?
La Présidente (Mme
Montpetit) : Oui.
Barrette : Mon Dieu! O.K. Je vais commencer par une pointe d'humour...
Bien, M. Lacharité, Mme Pineau, et Mme Lapierre, une petite pointe
d'humour. Vous savez que Greenpeace ne sera pas content de vous, là, parce qu'à
la quantité de fax que vos membres m'envoient, là... Ce n'est pas méchant.
M. Lacharité
(Jean) : ...dans l'industrie du papier.
Des voix :
Ha, ha, ha!
Barrette : Bien, écoutez, je vais aller rapidement parce qu'on n'a
malheureusement pas beaucoup de temps, j'en
suis fort désolé. Il y a certains éléments, là, que vous avancez qui me
surprennent pas mal, puis j'aurais quasiment envie de vous aborder d'une façon plus générale. Vous avez émis un
certain nombre de critiques, et je postule que certaines des critiques que vous faites sont d'abord et
avant tout basées sur le fait que vous n'avez — ça, je le comprends, vous avez
raison — pas
eu encore accès aux éventuelles pondérations. Bon, j'imagine que vous avez
suivi la commission, vous avez entendu le
témoignage de la RAMQ hier qui, elle, a dit que pour ce qui est de la
bureaucratie de cette chose-là, pour utiliser
votre expression, c'est des choses qui étaient déjà en place pour la majorité
et que, dépendamment de l'évolution du projet
de loi, il y aurait des aménagements peut-être à faire, mais, pour le moment,
la RAMQ peut faire ce qui est dans le projet de loi. Ils l'ont dit d'une
façon, à mon avis, assez claire.
Maintenant,
pour ce qui est des autres éléments, là, vous avez parlé de craintes de
désaffiliation, de sélection de clientèle,
de choses comme ça, je postule que vous avez ces appréhensions-là à cause du
fait que nous n'avez pas vu les grilles
de pondération, puis là je vais prendre des exemples. Ne pensez-vous pas qu'à
un médecin à qui on demande une charge
de prise en charge spécifique, si elle est pondérée correctement, ça permet au
médecin de s'acquitter de sa tâche? Je vous
donne un exemple. Je vous demande
votre opinion là-dessus, là. Je prends un exemple que vous avez donné, là.
Si, par exemple, pour certaines clientèles à domicile, en fin de
vie, on compte un patient pour 18, 19, 15, par exemple, hein,
quand on fait quelque chose comme ça, ça
veut dire qu'il y a un médecin à qui on demande de prendre en charge 1 000 patients normaux, bien là, si j'en compte un pour 15, ça en fait pas mal moins,
là, vous comprenez? Alors, c'est la même chose pour l'âge. Vous avez émis une inquiétude, exprimé une
inquiétude à propos des médecins plus âgés. À partir du moment où on pondère ce que l'on demande à ces gens-là, en
fonction de l'âge du médecin par exemple, ne trouvez pas que, par une pondération, il est tout à fait possible de
s'attendre à une charge de prise en charge, si vous me permettez le
pléonasme, là, qui est tout à fait prenable par le médecin? Puis ça, cette
réponse-là, vous allez me la donner, et, en même temps, là, il faut bien
quelque chose.
Vous,
vous êtes la CSN. Vous venez d'un monde où vous vous battez historiquement pour
des descriptions de tâches, puis là
je ne fais pas de commentaires subjectifs, là. Vous venez d'un univers où
l'attendu, la description de tâches, fait
partie de votre ADN, si vous me passez l'expression, là. Comment voulez-vous qu'on
puisse améliorer la situation actuellement
s'il n'y a pas une garantie de livrable, d'une part, et comment serait-il nocif
d'avoir une définition de livrable basée
sur une certaine pondération négociée, à la limite? Il va bien falloir avoir, à
un moment donné, une condition. Si c'est juste une question de bon vouloir de tout un chacun, on l'a essayé, le
bon vouloir, là, puis vous aller convenir, et je pense que vous l'avez
fait dans votre introduction, que le bon vouloir n'a pas donné les résultats
escomptés.
M. Lacharité
(Jean) : C'est à moi?
M. Barrette : Je vous laisse la
parole.
Lacharité (Jean) : Bien, ça
fait
partie du problème, effectivement, là. Le fait qu'on n'ait pas accès à vos
grilles de pondération et que personne n'y ait accès, comment voulez-vous qu'on
n'ait pas d'appréhensions? Premièrement.
Barrette : La question que je vous pose, c'est : À partir du
moment où il y a une pondération... Je vais vous la poser différemment.
Admettons que la pondération est raisonnable. Je vous donnais l'exemple, là, un
patient lourd à domicile, là, on le compte
pour 15, rien que ça, là, ça vous apparaît-u quelque chose de raisonnable,
d'une part? À partir du moment où on a des pondérations raisonnables,
n'est-il pas raisonnable aussi de fixer des livrables à atteindre?
M. Lacharité (Jean) : Bien, une
pondération raisonnable, elle va être jugée raisonnable à condition que vous vous entendiez avec les fédérations médicales. Là,
vous avez une approche qui est coercitive, sans entente, sans
négociation avec les fédérations médicales,
et vous comprendrez que, pour une organisation syndicale, c'est difficile de
vous approuver dans la façon dont vous fonctionnez actuellement.
M. Barrette : Non, je ne vous
demande pas de m'approuver. La question que je vous pose, c'est...
Lacharité (Jean) : Bon.
Mais, si les fédérations médicales le jugent raisonnable et que ça permet
d'atteindre des livrables, tant mieux, on va
saluer ça, puis si ça permet d'améliorer les actions aux services de première
ligne. Mais là vous m'avez parlé des
médecins plus âgés aussi. Qu'est-ce que vous allez faire pour les femmes qui
prennent des congés de maternité ou qui reviennent au travail de façon
graduelle ou à temps partiel?
Barrette : Moi, je propose, je vous le dis tout de suite, que les
femmes médecins soient traitées de la même manière que vos membres.
M. Lacharité (Jean) : C'est-à-dire?
M. Barrette : Vos membres, après
leur année de congé de maternité, ils reviennent au travail?
Lacharité (Jean) : Oui, mais
vous savez aussi, M. le ministre, que ce sont encore les femmes qui
assument le plus de responsabilités
familiales très souvent, et donc elles peuvent faire des choix en matière de
conciliation travail-famille qui vont
faire en sorte qu'elles vont passer un peu plus de temps avec l'enfant. Et je
ne dis pas que ça doit être comme ça,
là, je ne dis pas que les hommes ne doivent pas prendre leurs responsabilités,
là, ce n'est pas ça que je suis en train
de dire, mais on est devant un état de fait, et qui n'est pas corrigé encore,
et qui ne se corrigera pas nécessairement demain matin. Alors, il va falloir que vous leur permettiez de faire une
certaine conciliation travail-famille, parce que, si elles sont pour travailler, par exemple, 20, 25
heures par semaine, puis se retrouver pénalisées par votre matraque de
baisse de rémunération à l'autre bout parce
qu'ils n'ont pas suffisamment... qu'elles n'ont pas atteint les quotas ou les
cibles, leur choix, ça peut être très
facilement de dire : Bien, je ne travaille pas pantoute. Alors là, vous
allez diminuer l'accès et vous allez accroître les problèmes
d'achalandage dans les urgences.
M. Barrette : Je peux vous dire que
c'est une avenue qui est très peu praticable pour les médecins, parce que les médecins sont assujettis à des règles qui font
en sorte qu'ils ne peuvent pas arrêter de travailler au-delà d'un
certain temps, là. Ça pose des problèmes qui
sont significatifs. Et j'ai envie de faire le lien, avec le commentaire que
vous venez de faire, avec celui du Conseil du statut de la femme.
M. Lacharité (Jean) : C'est-à-dire?
Barrette : Bien, c'est-à-dire que le Conseil du statut de la femme...
et je cite approximativement la position qui a été exprimée par Mme Miville-Dechêne : Entre les choix des
professionnels mieux nantis et les besoins des patientes, qui sont souvent des aidantes naturelles, bien,
ils choisissent les patientes plutôt que le professionnel. Dit
différemment, ils considéraient, et là je mets un peu des mots dans leur
bouche, là, qu'un certain niveau de contrainte chez les femmes médecins était justifié parce que le besoin de la
clientèle — les hommes
et les femmes, évidemment, pour le Conseil du statut de la femme, plus les femmes — avait préséance sur la situation
individuelle des femmes médecins. Parce qu'à un moment donné il va bien
falloir aller le chercher, le service. Si on ne fait rien, on n'aura jamais de
résultat.
M. Lacharité (Jean) : Bien, c'est un
point de vue qui peut se défendre, mais n'empêche que la réalité, c'est aussi autre chose, et c'est ça qu'on vous dit, là.
Donc, vous devez porter une attention particulière
à cela, mais moi, je vais vous poser
une autre question, là. Quand on prône une réorganisation de la médecine
familiale, quand on prône beaucoup plus
de travail interdisciplinaire avec les autres professionnels de la santé, que
ce soient des physio, des psychologues, travailleurs sociaux, ergothérapeutes, infirmières, pharmaciens, avec
des équipes de travail bien intégrées, qui ont des plans de soins, des plans de suivi, qui ont comme
optique de faire de la prévention auprès de leurs patients, bien, ça, votre
projet de loi, il est tout à fait muet autour de ça.
Barrette : M. Lacharité, je vous soumettrai que ce dont vous parlez
était faisable avant le 27 novembre 2014, ça ne s'est pas fait, ça ne
s'est pas fait. Les circonstances... le cadre dans lequel notre société évolue
et dans lequel se retrouvent des médecins
n'empêchait pas ça. La seule et unique raison pour laquelle ce projet de loi là
existe, et d'ailleurs, manifestement, il a eu cet effet-là, c'est qu'il
n'y a personne qui, spontanément, livrait cette marchandise-là. Il n'y a
personne qui n'empêchait personne.
Vous nous avez parlé, par exemple,
d'informatisation. Il n'y a personne qui empêche les médecins de s'informatiser; il y a seulement 35 % des
médecins qui le sont. À un moment donné, vous ne trouvez pas qu'il faut
créer des conditions qui amènent les gens dans cette direction-là, la direction
du service à la population?
M. Lacharité (Jean) : Là, vous êtes
en train d'identifier comme coupable...
Présidente (Mme Montpetit) :
Je vous remercie. Je
vous remercie. Malheureusement, le
temps est écoulé. Donc, je vais céder la parole à la députée de Taillon.
Lamarre : Merci beaucoup, Mme la Présidente. Bonjour, M. Lacharité, Mme Pineau et Mme
Lapierre. Bonjour. Écoutez,
moi... on a peu de temps, 6 min 38 s. D'abord, ce que je retiens de vos recommandations,
vous en avez émis plusieurs, solutions, qui ne passent pas
nécessairement par des lois, et le ministre semble orienter vraiment ses choix vers tout ce qui est légal. Il veut forcer
par le biais d'une loi. Et je vois dans ça, par exemple, une diminution
du surdiagnostic, du surtraitement, une
meilleure utilisation des infrastructures dans les hôpitaux. Il y a plein
d'éléments qui peuvent améliorer la
fluidité. Vous avez parlé d'un meilleur recours à des infirmières, des
pharmaciens. On n'a pas besoin de
faire des lois pour ça, on peut faire ces choses-là tout de suite, mais ça, le
ministre ne nous en parle pas, ça fait un an qu'il est en pouvoir, et il
ne nous en parle pas.
Donc, il y a
une dimension où, effectivement, comme vous, je me questionne sur la vue
d'ensemble. Il nous dit qu'il y a des
choses qui se font au niveau de l'informatique, on ne les voit pas. Il nous dit
que tout va être dans les règlements avec
la pondération, et on ne la voit pas. Mais moi, je sais que vous faites
beaucoup d'évaluations puis de calculs, j'en fais un avec les quelques indices que le ministre nous donne. Il nous
dit : Mettons qu'on aurait un patient lourd à domicile et que ça vaudrait 15 patients. Alors, actuellement, les
gens qui ont 65 ans et plus au Québec, il y en a 1,3 million, 65 ans et
plus. Mettons qu'on prend seulement ceux qui ont 75 ans et plus, puis,
arbitrairement, je vous dirais qu'on en avait autour de 500 000 probablement. Si ces 500 000 personnes là, ce sont
des personnes âgées de 75 ans et plus, là-dessus, on n'a pas inclus... vous me direz qu'il y a peut-être
quelques personnes qui sont encore autonomes, mais on a des handicapés
qui sont plus jeunes, handicapés physiques,
on a des gens en soins palliatifs à domicile, on a des gens qui ont des
déficiences mentales graves, qui pourraient
avoir besoin. Donc, on a 500 000 potentielles personnes, là, qui auraient
besoin d'avoir des soins à domicile. Si on met un ratio de 15 pour ces patients-là, on
arrive à 7,5 millions d'habitants. Ça veut dire que, si les
médecins s'occupaient juste des 500 000 cas lourds, on aurait encore
7,5 millions de Québécois sans médecin de famille, ce qui n'améliorerait
pas notre portrait et le quotidien des gens.
Alors, moi,
j'aimerais ça un peu que vous nous parliez de l'importance de cette pondération
et de l'importance d'avoir une vue d'ensemble.
M. Lacharité (Jean) : Je vais
laisser Mme Lapierre répondre à la question.
Mme Lapierre (Andrée) : Ça s'allume
tout seul, cette affaire-là?
Bien,
effectivement, c'est intéressant que vous preniez le ratio comme ça. C'est
parce que le nombre de patients, on le
voit bien, là, ce n'est pas toute la question. Il faut savoir qu'est-ce que
c'est, une prise en charge, parce que le soutien qu'il manque au médecin
pour s'occuper de s'informatiser, pour faire plus de choses, c'est toutes des
conditions dont il faut discuter.
On est en
train de rentrer dans le vrai problème de pourquoi qu'on ne l'a pas, la vraie
première ligne du Québec. Depuis les
années 70 qu'on la veut puis, depuis les années 70, on sait aussi que le mode
de rémunération, ça a de l'influence. Mais
le projet de loi est muet sur ça. Il est muet sur l'interdisciplinarité, il est
muet sur tout un ensemble de conditions qui sont corollaires. Le ministre aime ça parler de Kaiser Permanente, mais
on ne voit pas c'est quoi, les marches pour aller là. Là, on est avec un corset brutal, et puis nous
autres, on dit : Il en manque des bouts, là. Alors, c'est ça, notre... La
question des bonnes pondérations, j'en suis.
Possiblement que c'est possible qu'avec des bonnes pondérations on comprenne
un peu mieux. C'est tout le connexe qui n'est pas sur la table, là.
Pineau (Anne) : ...
Mme Pineau
(Anne) : Et, en fait, c'est des discussions qui ont cours, là... Si on
prend, par exemple, le rapport de 2009, là,
du Commissaire à la santé, déjà, dans les recommandations — il
en faisait 10 — on
avait la médecine de groupe en première
ligne, le dossier informatisé, l'interdisciplinarité, on avait aussi la
rémunération des médecins qui devait être revue, mais un vrai débat
public en commission parlementaire pour avancer sur ces questions-là de façon globale. On n'en a pas, de ça, et c'est ça qu'on
réclame, parce que je
pense qu'on est rendus là, il faut
régler ce problème-là. On est
convaincus qu'il faut le régler, mais il faut le régler en s'assurant qu'on ait
des choses qui fonctionnent, et, pour ça... Et c'est ce pourquoi le projet
de loi n° 20 provoque autant de craintes chez nous. On craint que ça ne
marche pas. Ça ne
marche pas parce que ça prend un minimum d'adhésion et ça prend un
minimum de consensus. Et le projet
de loi n° 20, avec ses quotas,
bien, ça signifie du volume éventuellement, des courtes consultations, tout ça avec une
rémunération à l'acte. Or, on pense que c'est dangereux. Ce n'est pas la
track qu'on devrait prendre. On doit plutôt axer sur le travail interdisciplinaire, fixer, à la limite, des
cibles, mais des cibles pour une équipe de soins et où on utilise le plein
potentiel de tous les professionnels de la santé qui travaillent de plus en
plus avec les médecins.
La Présidente (Mme
Montpetit) : M. Lacharité.
M. Lacharité (Jean) : Oui. J'ajouterais à cela que c'est des réformes à la pièce. Je l'ai dit
tantôt, on ne voit pas la vision
d'ensemble. Il y en a d'autres qui s'en viennent, on est incapables d'avoir une
vision d'ensemble, de ce que ça va devenir.
On pense, nous, que... parce que ce sont des réformes majeures, là, pour un
réseau qui est extrêmement complexe.
moi, je vais vous souligner une autre crainte que j'ai, et ce n'est pas
juste... Ce n'est pas une crainte. Quand on parle au monde qui travaille
sur le terrain, ce qu'ils nous disent, c'est qu'ils sont en train de se
démotiver, qu'ils sont débordés, qu'ils sont
tout le temps en train de courir pour rendre une bonne qualité de service,
parce qu'ils veulent rendre une bonne
qualité de service, mais ils deviennent insatisfaits de par les conditions dans
lesquelles ils se retrouvent et de par les
réformes qu'on leur impose et les compressions qu'on leur impose également
actuellement dans le cadre des politiques d'austérité. Ils n'arrivent plus, et, pour faire des réformes aussi
majeures, moi, je vous signale qu'on a besoin du monde terrain, là, et s'ils sont démotivés, s'ils
tombent en congé de maladie, en burn-out, on n'y arrivera pas, malgré la
bonne volonté du ministre.
ministre se dit pressé en disant : On aurait pu faire ça dans le passé, on
ne l'a pas fait, alors moi, j'agis. Mais on peut-u avoir une vision
d'ensemble de ce qu'il veut faire, c'est ça qu'on exige, là, puis avoir un vrai
débat public avec l'ensemble — je vais le dire comme ça, en chinois,
là — du
«bucket», de ce qui s'en vient? C'est ça qu'on exige.
La Présidente (Mme
Montpetit) : Je vous remercie. Donc, nous allons continuer avec le
député de Lévis.
M. Paradis (Lévis) : Merci, Mme la Présidente. Bonjour, M. Lacharité, Me Pineau, Mme
Lapierre. Ce que vous êtes en train
de nous dire, c'est que, de un, vous manquez énormément d'éléments pour
analyser de bonne façon ce qui pourrait
se produire. Mais, manifestement, à l'oeil, on n'est pas en train de faire une
révolution qui va permettre d'améliorer, à votre avis, l'accessibilité, qui est un principe que vous défendez,
soit dit en passant. On s'en va dans le mur avec ça?
M. Lacharité (Jean) : Je pense que oui, malheureusement. À tout le moins, on est en train de
fragiliser de façon incroyable le
réseau de la santé et des services sociaux et les travailleuses et les
travailleurs qui y oeuvrent. Puis, quand je parle des travailleuses et
des travailleurs, là, je parle du monde qu'on représente, mais je vais parler
aussi des corps médicaux. Je pense que... Et
ce n'est pas possible, ce n'est pas possible de pouvoir faire une réforme comme
celle-là dans un climat de confrontation comme celui qu'on est en train
de créer. On va avoir besoin de la collaboration du monde à un moment donné. Il y a une confrontation avec les
fédérations médicales, il y a une confrontation avec les pharmaciens, il
y a une confrontation...
je vous signale aussi qu'il y a une négociation du secteur public qui s'en
vient, d'autres politiques d'austérité, d'autres compressions budgétaires. Moi, je vais vous dire que... Je ne
sais pas où il s'en va, le réseau, mais ma crainte, ma plus grande crainte, c'est qu'à un moment donné on
ne soit plus capable de livrer les services, dans le cadre public, de
façon adéquate. Et ce sera quoi, là, la conséquence de ça? Ça va être de la
privatisation. Donc, on va s'attaquer... et finir par fragiliser le réseau
public de santé et de services sociaux, qu'on veut universel et accessible.
M. Paradis (Lévis) : Permettez-moi... je sais que vous aviez quelque chose à ajouter
probablement, Mme Lapierre, mais
d'aller... Parce que le temps file très vite, puis on en a très peu. Vous avez
des pistes de solution quand même, vous dites qu'il y a des choses à revoir. Vous avez parlé de
rémunération, et ça a été énormément, ici, questionné puis suggéré.
Donc, la rémunération à l'acte, de revoir ça, plusieurs ont dit que la méthode
idéale, c'est la mixte, avec, bon, un équilibre
entre la prise en charge et l'acte. Vous parlez aussi, dans votre document, de rémunération
basée sur le salaire. J'aimerais ça vous entendre davantage.
M. Lacharité
(Jean) : Bien, nous, ce qu'on veut, là, c'est qu'il y ait des études...
La rémunération à l'acte n'a pas fait ses
preuves. Ça, c'est un des problèmes. Alors, ce qu'on dit, c'est :
Regardons quelles seraient les meilleures formules. C'est-u un régime hybride? C'est-u du salariat dans certains
cas? C'est-u des équipes interdisciplinaires, pour lesquelles il y aurait des budgets adéquats qui
sont accordés? Mais moi, je vais vous dire que, si on a des équipes interdisciplinaires, on va être comme le ministre,
on va exiger aussi qu'il y ait des cibles, là, à atteindre pour qu'on
puisse avoir les livrables. Mais pas imposer
par en haut, sans qu'il y ait eu consultation en bas et sans qu'on ait fait
l'ensemble des études qui y soient afférentes. Alors, attablons-nous.
Tant la commission
Rochon que la commission Clair ont dit qu'il fallait remettre en question... Et
même Castonguay-Nepveu, à l'époque, avait
dit... n'avait pas recommandé qu'on passe par le paiement à l'acte. Et même
le ministre Couillard, dans sa réforme, en
2004, disait qu'il fallait envisager une révision du paiement à l'acte. Aucune
suite n'a été donnée à ça. Le ministre
actuel, au lieu de donner des suites à cela, il procède par une approche
coercitive en disant : Vous
allez avoir tant de quotas, tant de cibles à atteindre, puis, si vous ne les
atteignez pas, je vais couper votre rémunération.
Alors, comprenez que
ça va être difficile, ça va être difficile pour l'avenir du réseau, ça, là, et
je ne vois pas comment on va s'en sortir puis comment on se met dans des
conditions pour atteindre l'objet du projet de loi, qui est d'améliorer
l'accessibilité aux médecins de famille et aux soins de première ligne.
M. Paradis
(Lévis) : Vous dites, M. Lacharité... Vous faites référence aux
commissions de la santé du passé, qui
traçaient à peu près toutes le même constat, en tout cas, qui revenaient avec
des pistes de solution, et vous parlez de celle... Vous parlez de l'actuel premier ministre Philippe Couillard,
qui, lui-même, en tout cas, mettait de l'avant des pistes de solution, dont le requestionnement de la
rémunération. Il disait quoi à ce moment-là, en 2004? Ce que vous dites à
peu près ou ce qui devrait être fait?
M. Lacharité (Jean) : Bien, le
ministre Couillard, à l'époque, s'est concentré sur une réforme de structure beaucoup plus que sur ce qu'il devait faire. Et
c'est ce que le ministre Barrette est en train de faire aussi : c'est des
réformes structurelles, qui n'ont rien à voir avec l'organisation terrain de
l'amélioration de l'efficience pour une meilleure accessibilité. Et le ministre Couillard nous avait promis qu'en créant
les CSSS il diminuerait les frais de bureaucratie. Selon les données que l'on a, nous, les frais de
bureaucratie ont augmenté de 30 % avec la création des CSSS, exactement
l'effet contraire qu'il visait à contrecarrer.
Présidente (Mme Montpetit) :
Je vous remercie, M. Lacharité. Donc, on va enchaîner avec le député de
Mercier.
M. Khadir : Merci. M. Lacharité, bienvenue,
Mmes Lapierre et Pineau. Je pense que le ministre a besoin de votre aide. Je
vais vous expliquer. En fait, c'est vraiment dans un esprit de collaboration que
j'interviens. Vous avez identifié les risques
de ce projet de loi : désaffiliation, pression à la sélection des patients, diminution de la qualité de la
consultation, donc déshumanisation, etc., les pressions que ça pourrait exercer
sur l'urgence.
Vous avez
identifié aussi des pistes de solution. Je pense que vous les avez
dégagées d'une consultation que vous avez
menée avec plusieurs autres partenaires au cours de la dernière année,
dont je suis au courant, et qui ne sont pas dans le projet de loi. Ensuite, concluant de tout ça, vous avez proposé que le ministre
abandonne son projet de loi, consulte tous les... surtout qu'il y a un
climat maintenant d'affrontement qui n'aide pas. Et, en plus, on sait que
l'autorité morale du ministre a été sérieusement entamée par ce qui est arrivé
au CHUM, et, dans ce climat-là, c'est sûr que ça n'a pas amélioré les choses.
Est-ce que
vous pensez, à ce moment-là, que, si le ministre retire son projet de loi et dit : Je vais vous consulter, puis on va faire une espèce d'états
généraux pour trouver des solutions pour changer ça, ça va augmenter sa
crédibilité et son autorité morale ou ça va l'entamer davantage, puis les gens
vont dire : Bien, il complètement déconsidéré?
Lacharité (Jean) : Bien non,
moi, je pense que ça augmenterait énormément sa crédibilité morale de
vouloir travailler avec l'ensemble des gens du milieu parce que là le problème,
c'est qu'il passe pour quelqu'un qui se veut omnipotent.
Et d'ailleurs, dans le projet de loi n° 10, il s'est donné énormément de
pouvoir, ce qui a donné naissance en
partie à la crise qu'on a vécue au
CHUM dernièrement, et là il a une approche coercitive.
M. Khadir : Donc, le retrait
du projet de loi aiderait la force d'intervention et de mobilisation du
ministre.
Lacharité (Jean) : Bien, ça
motiverait entre autres les gens qui sont sur le terrain à dire : Oui,
enfin, on va nous écouter et on va
trouver des pistes de solution ensemble, pas contre le ministre, avec le
ministre, avec le ministère, sans qu'on se substitue au ministère, parce
que le ministère a un rôle à jouer.
M. Khadir : Je pense que ça lui sourit parce
qu'il sourit à cette proposition. Moi, j'ai terminé. Je pense qu'on n'a pas
besoin de, disons, aller plus loin dans cette démonstration de bonne volonté
des gens qui disent : Il faut mobiliser l'ensemble
des acteurs. Il y a des solutions. On ne peut pas accepter le statu quo. Les
fédérations ont des responsabilités. Tout le monde le reconnaît, mais il
faut que le ministre soit à l'écoute des gens.
Présidente (Mme Montpetit) : Parfait. Alors, je vous remercie,
M. Lacharité, Me Pineau, Mme Lapierre. Merci pour votre
présentation et vos réponses à nos questions.
Donc, je vais suspendre les travaux quelques
instants et j'invite le prochain groupe à prendre place.
(Suspension de la séance à 12 h 22)
Le Président (M. Tanguay) : Alors, à
l'ordre, s'il vous plaît! Nous allons poursuivre nos travaux. Nous accueillons
maintenant les représentantes, représentants des Médecins québécois pour le
régime public.
Bienvenue à
votre Assemblée nationale. Vous
disposez de 10 minutes pour faire votre présentation, prendre le temps de bien vous présenter, nous préciser vos
fonctions. Par la suite, vous aurez un échange avec les parlementaires.
La parole est à vous.
Leblanc (Isabelle) :
Bonjour. Merci de nous accueillir. Mon nom est Isabelle Leblanc. Je suis la
présidente de Médecins québécois pour le régime public. J'ai avec moi Francis
Livernoche, qui est un pédiatre et un Fellow en pédiatrie sociale, qui est un conseiller auprès de
MQRP, et Dre Saïdeh Khadir, qui est une médecin de famille qui
travaille en urgence et qui est aussi une conseillère au sein de MQRP.
MQRP est ici,
un peu comme plusieurs autres groupes, je pense, pour dire : Très
bon diagnostic, il y a un grand problème d'accessibilité en
première ligne au Québec, il faut vraiment s'y attaquer, mais, nous aussi, pour
dire que la solution présentée n'est pas
bonne, et, en fait, on demande le retrait du projet de loi n° 20.
On va vous présenter quelques commentaires pour vous dire pourquoi on
pense que ce projet de loi là est inapproprié et dangereux pour le système de
santé public et ensuite nos propositions de solution pour l'accessibilité.
Le premier
grand problème du projet de loi n° 20, c'est que c'est un autre projet de loi autocratique et autoritaire qui
répond de façon non négociée à des enjeux complexes. On a déjà
vu, avec le projet de loi n° 10, qui a été adopté sous bâillon, que le ministre
s'octroyait des pouvoirs quasi absolus sur les établissements. Maintenant,
avec le projet de loi n° 20,
encore une fois, c'est lui qui va avoir beaucoup de contrôle sur l'organisation
de la pratique des médecins.
Il y a
aussi un manque de transparence. On nous dit : Ah oui! il y a
le projet de loi, mais vous n'avez pas vu encore les règlements,
vous n'avez pas encore vu les quotas, vous n'avez pas encore vu les
pondérations. Mais c'est très difficile de
se faire une idée sur un projet de
loi quand, en fait, on ne connaît pas
vraiment le contenu. C'est presque comme une coquille
vide, et ça nous semble symptomatique de la façon dont le ministre de la Santé,
en ce moment, et le gouvernement refusent d'avoir des dialogues démocratiques
avec les membres de la société civile. Donc, on incite le ministre à reprendre un dialogue honnête et ouvert
avec l'ensemble du corps médical afin de faire face au défi majeur de
l'accessibilité dans notre milieu de santé.
Notre deuxième grande crainte, c'est la
privatisation et la perturbation du réseau. On a pu voir, depuis que le projet de loi n° 20 a été annoncé, beaucoup
de médecins qui, en réponse au projet de loi n° 20, parlent de
désaffiliation, que ce soit comme moyen de
pression ou pour avoir des meilleures conditions de travail. On voit déjà les
cliniques privées qui font des annonces. On reçoit tous maintenant des
annonces dans nos courriels : Venez travailler pour nous, dans le privé, ça va aller mieux, vous allez avoir une
bonne qualité de vie : autonomie de pratique, horaire flexible, temps
protégé pour les rencontres avec leurs patients.
Parce que c'est un des points particuliers : les médecins ont l'impression
qu'on n'aura plus assez de temps pour faire une médecine de qualité avec nos
patients.
L'autre problème, avec la privatisation et la
perturbation du réseau, c'est que le réseau est déjà sous le coup du projet de loi n° 10, maintenant la loi
n° 10, qui bouleverse la façon dont on va pratiquer en établissement et
dont les soins de santé vont être
organisés. Si, en plus, on bouleverse les soins de santé primaires en même
temps, il va y avoir des ratés, encore plus de ratés dans le système,
encore plus de difficulté d'accès, encore plus de difficulté d'avoir des soins
de qualité, et ça, ça va pousser les
patients et les médecins à aller vers le privé. Donc, c'est notre grande crainte,
la privatisation et la perturbation du réseau.
Livernoche (Francis) : Un
autre risque qu'on craint avec ce projet
de loi là, c'est que le système
de quotas emmène une sélection des patients. On en a parlé tout à
l'heure. Quant à nous, il n'y a aucun système de pondération qui est assez exhaustif pour regrouper toutes les
conditions psychosociales ou médicales qui emmèneraient un médecin à voir son patient plus de 20 minutes. On est
trois médecins ici qui travaillent dans des milieux défavorisés. On peut
vous dire... Moi, juste en pédiatrie, je
pourrais nommer une centaine de codes pour des patients qui ont besoin de plus
de temps ou de plus de suivi que d'autres enfants.
On s'inquiète
aussi de la qualité des soins qui vont être donnés dans le contexte de ce projet de loi là. On sait qu'un médecin qui
a moins de temps avec son patient va avoir plus tendance à référer à d'autres
spécialistes, va avoir tendance à plus
médicamenter des conditions qui ne devraient pas l'être, et, en bout de ligne,
un médecin de famille, c'est surtout une approche, c'est surtout un soignant qui écoute, qui accompagne, le
médecin, son patient qui lui explique sa condition, puis, pour ça, ça
prend du temps.
Notre
troisième point qu'on avait, c'est par
rapport à la méconnaissance du rôle
qu'a pris l'omnipraticien dans notre système dans les dernières années. C'est un médecin qui endosse plusieurs chapeaux en ce
moment. Il ne s'occupe pas seulement
de la première ligne. Il joue un rôle crucial dans les institutions
hospitalières. Ils ont développé une expertise, une polyvalence, puis
ça, il faut le respecter et le préserver. Pour nous, ce projet de loi là, c'est
une attaque directe contre le choix
personnel des individus. C'est une ingérence, hein, une nouvelle ingérence du
ministre dans ce qui devrait rester de l'ordre
de la décision personnelle du professionnel. On voit là une attaque directe
contre les femmes médecins qui, pour des raisons familiales, ont souvent
besoin, pour quelques années, d'alléger leur pratique. Pour nous, c'est assez
évident qu'on assiste ici à de la discrimination importante.
Mme Khadir
(Saïdeh) : Bon, alors, après cette analyse, MQRP propose
10 solutions pour assurer l'accessibilité aux soins par les
médecins de famille au Québec.
Premièrement, pour accroître l'offre de
services, nous demandons au gouvernement d'exercer son pouvoir pour arrêter le désengagement et interdire aux
médecins non participants de réclamer des honoraires supérieurs à ceux
du régime public. Donc, comme explication, il y a un réel mouvement de
désengagement qui est commencé depuis les années
Chaoulli. Alors qu'en 2000 il y avait 15 médecins de famille au Québec
désengagés, précisément, en 2010, on était rendu à 140, et le flot a continué : en 2012, à 180, et
aujourd'hui, février 2015, nous sommes à 225 médecins désaffiliés,
désengagés. Et, à partir des chiffres mêmes du ministre, donc, si chacun de ces
225 médecins prenait au moins 1 500 patients en charge, ça veut dire près de
400 000 Québécois qui sont
privés de soins universels gratuits présentement à cause de ce phénomène
qui risque de s'accentuer avec le projet de loi, avec l'adoption du projet de
loi n° 20.
Il y a aussi
l'importance, comme en Ontario, de faire en sorte que les médecins qui se désengagent
soient payés avec les mêmes tarifs que les médecins du régime public, ce
qui n'est pas maintenant le cas au Québec.
Deuxième
proposition. Nous demandons au gouvernement de mettre fin à ce système à deux
vitesses et d'offrir une couverture publique
complète de l'imagerie médicale, conformément aux engagements du Parti libéral
du Québec lors des dernières élections. Il
faut attendre, dans certaines régions pas très loin de Montréal ou des grandes
villes, près d'un an pour avoir une
échographie. Il n'y a presque aucune indication d'une échographie après
quelques mois. Ces examens sont pourtant disponibles illico, le jour
même, dans une clinique privée très près de l'hôpital, faits par les mêmes
radiologistes. Il y a plus de machines, techniciens d'imagerie en IRM, scan et
échographie au Québec, dans les études de
l'ISIS, que partout ailleurs au Canada, alors que les listes d'attente y sont
beaucoup plus élevées. Par exemple, les
listes d'attente qui sont problématiques et dont on parle en Ontario, comme
ordre de grandeur, ne sont que d'un mois. C'est ça, pour eux, une liste
d'attente trop longue. Ici, ce n'est pas le cas.
Troisième
proposition. Nous demandons au gouvernement et à la RAMQ de voir à
l'application de la
Loi sur l'assurance
maladie sur les frais imposés aux patients pour des soins médicalement requis
et de garantir que les médicaments ne soient facturés qu'à leur coût
réel. Actuellement, les frais accessoires sont une barrière financière réelle à l'accessibilité du médecin de famille aux
plateaux techniques, donc une limitation de ses outils pour intervenir.
Quatrièmement,
nous demandons une couverture
publique de tous les soins médicalement nécessaires, incluant ceux prodigués par les autres professionnels
de la santé. Donc, la question qui se pose, c'est : Une fois qu'on a vu
notre médecin de famille, là, qu'est-ce qu'on fait si on n'a pas accès au physiothérapeute, si on n'a pas accès au
psychologue, si on n'a pas accès à l'orthophoniste, au nutritionniste? Pour
traiter un malade, il faut des outils. Un médecin de famille ne peut pas seulement agir avec des
médicaments. Donc, qu'est-ce qu'il se passe en raison de cette inaccessibilité? Il y a une perte de temps de consultations supplémentaires
pour gérer une chronicité de la maladie. Il y a en fait une
surmédicalisation au lieu de finalement intervenir efficacement.
Mme Leblanc
(Isabelle) : Notre cinquième proposition, c'est que le ministère
entreprenne avec les milieux universitaires et les principaux intéressés un
relevé systématique des solutions d'accessibilité aux services spécialisés dans les autres provinces qui fonctionnent et
favoriser leur application ici au Québec. C'est très difficile comme
médecin de famille d'avoir accès à des
consultations avec des spécialistes en temps opportun. Il y a des programmes,
par exemple, en Colombie-Britannique,
d'accès par téléphone, le programme RACE, où les médecins de famille peuvent
appeler, avoir une consultation
téléphonique en temps opportun. Il y a aussi, dans certains CSSS, ici au
Québec, des centres de répartition de demandes
de service. Votre patient a besoin de voir un orthopédiste, vous remplissez le
formulaire, le patient va avoir un rendez-vous plus rapidement comme ça.
C'est organisé. Ça devrait être généralisé partout au Québec pour favoriser
l'accessibilité aux services spécialistes.
Notre sixième
demande, c'est demander qu'on encourage la pratique des rendez-vous en accès
adapté pour qu'elle devienne la norme. Ça,
vous en avez déjà entendu parler, beaucoup de groupes l'ont mentionné, c'est
avoir un rendez-vous avec votre
médecin quand vous en avez besoin et pas trois à six mois plus tard. Ça demande
une réorganisation de la pratique, ça
demande une éducation du patient, donc ça demande du temps à établir, mais, quand
c'est établi, tout le monde a une meilleure accessibilité.
Et on demande que les
notions de PREM et d'AMP soient reconsidérées pour que les modes de pratique
des médecins soient négociés, prévus en fonction des besoins des régions et ne
découragent pas une pratique consacrée exclusivement à la prise en charge. Comme
on a dit, les médecins omnipraticiens sont polyvalents, travaillent dans différents milieux. Mais, si on veut vraiment
augmenter l'accessibilité, on devrait permettre aux médecins de famille
de ne faire que de la prise en charge de première ligne.
M. Livernoche
(Francis) : Une autre proposition qu'on a, c'est de maintenir la
liberté de choix du patient comme il est défendu par la Loi de l'assurance
maladie. Nous croyons aussi à la prévention plutôt qu'à l'austérité. Nous, on recommande... Pour nous, il y a un lien
évident entre l'accessibilité et les indicateurs sociaux, donc on
devrait investir davantage dans des
politiques qui visent à supprimer les inégalités. Et finalement, dans le
contexte actuel, on est d'avis que ce
n'est pas par des mesures coercitives qu'on va arriver à résoudre ce problème
d'accessibilité qui est complexe, qui demande la collaboration de tout
le monde. Donc, nous incitons le ministre à reprendre le dialogue avec le corps
médical, mais surtout à nous exposer sa
vision du système de santé pour qu'on puisse ensemble travailler aux
solutions.
Président (M. Tanguay) : 6 min 30 s. Alors, merci
beaucoup. Alors, à la demande du ministre, nous vous avons permis évidemment de dépasser de
1 min 15 s le temps, ce qui est parfait. Donc, de
7 min 45 s, le ministre dispose de
6 min 30 s, et que les échanges commencent. M. le ministre.
M. Barrette :
Merci, M. le Président. Alors, excusez-moi, Dre Leblanc, Dre Khadir... Vous
avez un lien de parenté, j'imagine?
Mme Khadir (Saïdeh) :
Pas du tout.
M. Barrette :
Pas du tout, hein?
M. Barrette :
C'est correct. Bon, nous ne sommes pas tous frères et soeurs ici, dans la
salle. Dr Livernoche. Alors, merci d'être venus ici nous faire votre
présentation. Je vais vous poser une question très directe d'entrée de jeu.
Compte tenu de vos orientations, pourquoi vous ne nous proposez pas le salariat
des médecins?
Mme Leblanc
(Isabelle) : Le salariat?
Mme Leblanc (Isabelle) : Vous pensez
que ça va régler le problème?
M. Barrette : Non, non. Je vous pose
une question comme ça parce que vous avez une approche qui me semble aller dans
cette direction-là.
Mme Leblanc (Isabelle) : Pourquoi
vous pensez que ça va dans cette direction-là?
M. Barrette : C'est une impression.
Mme Leblanc (Isabelle) : D'accord.
Bien, je pense qu'on pense qu'il faut s'attaquer à la rémunération des
médecins, mais on ne pense pas qu'il y a des solutions simples comme : ah!
on augmente les quotas ou ah! on fixe un taux d'assiduité, ah! on passe au
salariat. Je pense qu'il faudrait voir des études précises pour voir quelle
sera la meilleure façon. On ne parle pas de rémunération dans le projet de loi
n° 20, dans notre étude du projet de loi n° 20.
M. Barrette : Je suis sûr qu'au MQRP
vous avez déjà eu une réflexion sur la rémunération des médecins.
Mme Leblanc (Isabelle) : Ça va même
être le sujet de notre rapport annuel cette année.
M. Barrette : Ah! ça veut dire que
vous ne voulez pas me divulguer, me dévoiler des choses secrètes?
Mme Leblanc (Isabelle) : Bien, on ne
voit pas le rapport. Dites-moi comment vous trouvez que ça a rapport avec le
projet de loi n° 20. Nous, notre inquiétude avec le projet de loi
n° 20, d'abord, c'est que ça nous arrive un peu comme un cheveu sur la soupe, sans concertation, ça vous donne beaucoup,
beaucoup de pouvoir, et nous, on a vraiment une crainte que ça va ouvrir
à la privatisation. C'est vraiment ça, notre crainte avec le projet de loi
n° 20.
M. Barrette : Alors, moi, je peux
vous dire que l'objectif n'est pas d'aller vers la privatisation, d'une part. D'autre part, vous me dites... vous me posez la question pour voir quel est le lien avec la
rémunération. Tous les groupes qui
viennent ici font le lien entre la rémunération... et vos prédécesseurs,
d'ailleurs, l'ont fait il y a quelques instants et ils n'ont pas été les seuls. Et, compte tenu de votre
orientation sociopolitique, je suis surpris que vous ne mettiez pas ça
sur la table. Mais c'est correct. Ce n'est pas une critique que je fais,
j'exprime ma surprise.
Maintenant,
je n'ai pas beaucoup de temps. Je regarde vos propositions : il n'y en a
pas beaucoup qui traitent de l'accès.
Il y en a beaucoup qui traitent de la nature publique du paiement. Le patient
qui va au privé, il a un service. Je ne fais pas l'apologie du privé, là, ce n'est pas ça que je fais, là. Le
patient qui va au privé, il a un service, et le patient qui va au public, il a un service. Ce n'est pas le même
payeur, et le problème qu'on vit aujourd'hui, c'est l'accès au service
en quantité. Le problème qu'on vit
aujourd'hui, ce n'est pas un problème, à mon sens, qui est un problème de
paiement, c'est un problème d'accès à une capacité de service.
Leblanc (Isabelle) : ...et,
si vous avez un médecin... Si vous êtes médecin de famille, vous avez un
patient qui vient avec un mal de dos, qui
n'a pas accès à un physiothérapeute, qui n'a pas accès à de l'imagerie, il va
revenir me voir plus souvent, il va
prendre la place d'un autre patient qui pourrait venir, c'est un problème
d'accès, ce n'est pas vrai. Puis les
barrières financières, c'est un... accès pour des patients. Un patient ne peut
pas nécessairement payer 500 $ pour aller faire une gastroscopie.
Il va revenir dans mon bureau plus souvent.
M. Barrette : Je comprends.
Actuellement, il n'y a pas d'attente pour les services de première ligne en
privé, c'est à la demande, et je n'en fais
pas la promotion d'aucune manière, mais il y a une attente au public. Ça veut
dire que la capacité offerte au privé
fait son travail, entre guillemets, et la totalité de la capacité qui est
offerte n'est pas optimale. Alors, je ne vois pas beaucoup de
recommandations qui traitent spécifiquement de l'accès comme tel.
Je vais vous
donner des exemples. Votre recommandation n° 6. Au numéro 6, vous demandez
qu'on encourage la pratique des
rendez-vous en accès adapté pour qu'elle devienne la norme. Ça existe depuis
1950 quelque, là, l'accès adapté. C'est
une vieille notion, vieille notion, là. Ce n'est pas une nouveauté dans le
comportement médical. Pourquoi les médecins ne l'ont pas fait
spontanément à date? Vous demandez... Parce qu'il n'y en a pas beaucoup, là. En
fait, il n'y en a vraiment pas beaucoup.
Vous
reprochez au système la gestion des PREM et des AMP. Vous voudriez que les AMP
soient reconsidérées. Vous trois, là, vous avez une pratique en
partie à
l'hôpital. Expliquez-moi comment l'hôpital, demain matin, peut fonctionner
correctement si on a un déplacement, mettons, massif de l'hôpital vers le
cabinet, ce qui nous emmène à la
problématique globale de la capacité. Je ne sais pas si vous avez lu ma lettre
ouverte d'il y a deux jours, là... d'il y a une journée, il est là, le
problème, et on va le chercher comment? Je ne le vois pas dans vos
propositions.
Leblanc (Isabelle) : Parce
que nous, on n'est pas d'accord avec le diagnostic que les médecins ne
travaillent assez, c'est pour ça qu'il y a
un problème. On voit que le problème est structurel, le problème est global.
C'est sûr que, si on s'en va, si on arrête les AMP demain matin, il va y avoir un problème,
mais c'est quelque chose qui peut être planifié. Les choses n'ont pas
nécessairement besoin d'être faites en deux mois, rapidement, avec tous les
pouvoirs à une seule personne. Les choses
peuvent être faites en concertation, les choses peuvent être faites avec la
négociation. Il y a des gens qui
voudraient faire la prise en charge à temps plein, il y a des gens qui
voudraient en prendre plus, de patients, mais qui ne peuvent pas parce
qu'ils doivent travailler en établissement. C'est un problème.
M. Barrette : Je comprends. Je vous
invite à oublier les histoires de pouvoir, là. Oubliez ça. Ça fait une
conversation intéressante que les oppositions aiment beaucoup. La problématique
aujourd'hui, là, demeure une problématique
de capacité. Que proposez-vous pour augmenter la capacité... pas augmenter,
utiliser la capacité non rendue... pas encore rendue disponible à la
population? Elle est là, la problématique. Laissons faire tout le reste,
qualitatif, là, du pouvoir. Pour moi, là, ça
dévie la discussion du vrai débat qui est celui de la capacité. On est-u
capable d'en donner plus? Vous me dites vous-même, là, que, si on sort
les médecins de l'hôpital, là, ça va poser un problème, puis je suis bien
d'accord avec vous. Il ne faut pas les sortir complètement ou, si on les sort,
c'est progressif.
Mme Leblanc (Isabelle) : ...
planifier ce qu'on va faire.
M. Barrette : Bon. Mais il n'en
reste pas moins qu'il y a une problématique de capacité. On va la chercher
comment, cette capacité-là?
Le Président (M. Tanguay) : Pour une
vingtaine de secondes.
Mme Khadir
(Saïdeh) : Je pense qu'on peut s'inspirer de l'exemple de toutes les
autres juridictions canadiennes dont
aucune n'utilise de telles méthodes coercitives. Pas parce qu'ils ne peuvent
pas le faire, ils peuvent le faire, mais parce que ça ne marche pas.
Donc, ce n'est pas parce qu'on ne veut pas augmenter la capacité, ce n'est pas
parce qu'on ne reconnaît pas qu'il y a une
capacité à aller gagner, mais on n'est pas d'accord avec vos méthodes d'action
et puis on a proposé plusieurs méthodes, et une façon d'attirer les
médecins de famille vers une pratique qui est...
Le Président (M. Tanguay) : Merci
beaucoup. Je dois maintenant céder la parole à notre collègue — je
suis désolé, vous pourrez poursuivre — de Taillon pour
4 min 30 s.
Mme Lamarre : Merci beaucoup, M. le
Président. Alors, écoutez, j'ai 4 min 30 s, mais je suis prête à
vous concéder 15, 20 secondes pour que vous terminiez votre idée.
Mme Khadir
(Saïdeh) : Voilà. Donc, je pense
qu'il y a une façon d'intéresser les médecins de famille.
On n'a qu'à aller voir les exemples
dans les autres provinces. Il y a un programme, par exemple, RACE en Colombie-Britannique,
qui sont des méthodes innovatrices, qui n'ont pas eu besoin de loi, et de
grande pompe, et des réformes structurelles chères,
et coûteuses, et déstructurantes. C'est un programme où le médecin de
famille a accès à une série de spécialistes d'une vaste gamme qui sont de garde, là, et qui répondent en temps réel
à la consultation du médecin de famille, qui fait qu'en
temps réel il peut gérer son patient, et ça marche très bien. Les études ont
montré qu'il y a une diminution des visites à l'urgence, diminution des visites
en personne chez le spécialiste et une augmentation de satisfaction et un gain
d'efficience monétaire.
Donc, il y a beaucoup de méthodes innovantes. On
n'a pas besoin d'une loi avec des potentiels aussi nocifs, c'est-à-dire qu'un système
de santé...
Lamarre : ...maintenant.
Merci. Alors, bonjour, Dre Leblanc. Bonjour, Dre Khadir et Dr Livernoche.
Alors, ce que vous traduisez, dans le fond, c'est que ce dont on avait besoin, c'était une meilleure coordination,
une meilleure organisation et non pas des mesures drastiques et un peu
perçues, en tout cas, comme brutales.
Vous êtes des
Médecins québécois pour le régime public. Vous dites qu'il y a
une augmentation du nombre de médecins qui se désengagent. Est-ce que vous avez un peu pris le pouls,
depuis que le projet de loi
n° 20 a été déposé, sur les
intentions de médecins? Est-ce que c'est sérieux? Parce qu'on peut aussi se
dire : Bon, écoutez, c'est sûr que c'est l'argument qu'on aimerait bien, que les gens peuvent évoquer, mais
est-ce que, dans votre réalité, vous avez des données assez certaines...
Leblanc (Isabelle) : Beaucoup
de demandes... Beaucoup de gens nous envoient : Voici ce que les
cliniques privées qui recrutent nous
envoient, donc on sait que les cliniques privées recrutent plus. Depuis le mois
de décembre, il y a une dizaine de
personnes qui sont désaffiliées, omnipraticiens, donc, sur 200, ça fait quand même
5 % d'augmentation
depuis, là, le mois de décembre. Donc, il y a plus...
Mme Lamarre : 200 de votre
environnement...
Leblanc (Isabelle) : Non, en
général, qui se sont désaffiliés, donc de médecins qui se sont désaffiliés
dans les derniers trois mois.
Vous disiez
tout à l'heure qu'on pense que ça prend une meilleure coordination, ça prend
aussi la vision que la première ligne, ce n'est pas seulement les
médecins. Là, on s'en va dans une vision extrêmement médicocentriste. Mais, si on a accès à d'autres
professionnels de santé, si on coordonne mieux avec d'autres professionnels, il
va y avoir un meilleur accès avec le même nombre de médecins parce
qu'ils vont pouvoir voir les patients avec une meilleure qualité de soins, sans
avoir à les revoir aussi souvent.
Mme Lamarre : Donc, ça ferait aussi
partie de vos propositions...
Mme Leblanc (Isabelle) : Bien, la
couverture, c'est ça, on les a mis, oui.
Lamarre : ...cette meilleure coordination avec les autres. Vous parlez
de l'accès adapté. C'est quelque chose, effectivement, qui est connu. On
peut se demander pourquoi les fédérations médicales, et même le ministre, quand
il était à la FMSQ, n'ont pas aussi proposé
ça dans les contextes, et je pense que le bilan qu'on voit, c'est qu'on a
donné beaucoup d'argent mais sans imputabilité, sans avoir de garantie. On a
même donné les primes avant de donner... finalement
d'avoir le résultat. Et l'expérience de la Colombie-Britannique à laquelle vous
faites référence, j'y suis allée, et c'est
sûr qu'il y avait une prise en charge populationnelle, et les primes arrivaient
après, quand on avait des résultats, qu'on avait diminué
l'hospitalisation des patients, quand on avait eu un meilleur contrôle, par
exemple, des glycémies chez les patients diabétiques.
Alors, ici,
on a fait l'inverse, et là je pense qu'il y a des mesures à récupérer, mais ce
n'est pas ça qu'on voit, ce n'est pas
de cette façon-là que l'analyse est faite. Si vous aviez deux priorités, parce
que là vous en avez 10, c'est beaucoup, mais, si vous en aviez deux à
prioriser, ce serait quoi pour préserver notre système public?
Mme Leblanc (Isabelle) : D'abord,
une vraie concertation.
Le Président (M. Tanguay) : ...30
secondes, juste pour vous guider.
Leblanc (Isabelle) : Oui.
D'abord, une vraie concertation avec tous les acteurs, pas seulement les
médecins, pas seulement une personne qui
écrit un projet de loi, mais que tout le monde soit concerté pour voir ce qui
fonctionne. En Colombie-Britannique, encore,
il y a un groupe de médecins omnipraticiens qui travaillent avec le
gouvernement pour s'assurer un
meilleur accès. Penser à faire quelque chose comme ça. Donc, avoir une
meilleure concertation pour vraiment faire
un bon diagnostic pour trouver le bon traitement, je pense, ce serait le
premier. Le deuxième, c'est de mettre un frein à la désaffiliation puis au fait que les médecins, surtout dans un
contexte comme on se trouve en ce moment, peuvent arrêter de pratiquer. On voit ça, moi, je suis dans une
GMF avec des médecins résidents. Il y en a beaucoup qui me disent :
Je vais aller au privé parce que ça va être plus facile. Donc, mettre un frein
à ça.
Président (M. Tanguay) : Merci beaucoup. Maintenant, la parole est au
collègue de Lévis pour trois minutes.
M. Paradis (Lévis) : Merci, M. le
Président. Dre Leblanc, Dre Khadir, Dr Livernoche, merci d'être là. Vous avez établi des conséquences au projet de loi s'il devait être adopté comme il est
proposé. Vous parlez de la désaffiliation. Vous parlez aussi d'un effet
sur l'attraction de la profession. Le sentez-vous également à la lumière de ça?
Parce que certains nous ont dit : On le voit. Pour les futurs médecins, on
décidera de faire autre chose. Sentez-vous aussi cette conséquence potentielle
Leblanc (Isabelle) : Très
fortement, en fait, puis je pense que ça fait longtemps qu'il y a un discours
pas très gentil face aux médecins de famille
dans les médias, véhiculé par plein... dont les fédérations médicales, les
journaux, beaucoup de choses. On travaille
très fort pour convaincre les étudiants, les résidents, que la médecine de
famille, c'est un bon choix. De voir
que la qualité de la pratique... On leur apprend vraiment à avoir une pratique
de qualité et bien écouter le patient, bien prendre soin d'eux. De voir
qu'ils ne pourront plus faire ça parce que tout va être minuté, tout va être
selon des quotas, ça décourage beaucoup de gens. Et le fait qu'il y ait autant
de contraintes aussi ou qu'ils perçoivent qu'il y a autant de contraintes fait
que beaucoup de gens vont préférer aller en spécialité ou aller pratiquer au
privé.
M. Paradis (Lévis) : Vous le sentez.
Alors, vous sentez ce mouvement-là.
Mme Leblanc (Isabelle) : Le projet
de loi est sorti deux jours avant que les étudiants choisissent leur spécialité, et on a vu beaucoup moins de gens
appliquer en médecine de famille, beaucoup plus aller pour des
spécialités.
M. Paradis (Lévis) : J'y vais
rapidement, sans vouloir vous couper, parce qu'on a peu de temps.
Mme Leblanc (Isabelle) : Oui, oui.
M. Paradis (Lévis) : Mais vous
parlez aussi du fonctionnement, c'est-à-dire, vous dites : Le
fonctionnement va représenter une charge administrative significative. Donc,
vous imaginez qu'il y aura aussi comme conséquences des coûts à ça.
Expliquez-moi.
Mme Leblanc (Isabelle) : On n'a pas... Bien, apparemment, la RAMQ a
beaucoup de données, mais moi, je pense que, pour vraiment établir s'il y a
vraiment des quotas sur la vulnérabilité, ça va
prendre un fonctionnaire par
médecin pour vraiment
analyser quels sont les vrais critères de vulnérabilité. En ce moment, on en a
quatorze, et ils ne fonctionnent pas. La
moitié des patients vulnérables n'ont pas un de ces codes de vulnérabilité là.
Il y a des gens qui ne sont pas du tout vulnérables qui peuvent avoir un de ces codes-là. Si on commence à gérer
chaque patient en changeant... La trajectoire de vie peut vraiment varier, donc quelqu'un peut être non vulnérable un jour,
très vulnérable le lendemain. Je ne peux pas imaginer en termes de bureaucratie.. Ensuite, les médecins ne vont pas
être d'accord avec les coupes de 30 %, vont aller contester. Il va
probablement y avoir un fardeau en termes d'administration qui est impensable.
Peut-être qu'en ce moment on pense qu'il n'y en aura pas, mais, au quotidien,
je suis sûre qu'il va y en avoir un.
M. Paradis (Lévis) : Et je vous poserai une dernière question parce qu'il me reste à peu
près 40 secondes. Mais je salue le fait que vous parliez notamment de
l'accessibilité des examens d'imagerie par résonnance magnétique parce qu'on a sorti des chiffres récemment prouvant qu'il
y a 80 000 Québécois
qui sont en attente présentement. Donc, à travers vos solutions, corrigez-moi si je me trompe, vous favoriseriez aussi des ententes avec des cliniques
spécialisées affiliées au réseau public pour des examens ou des
chirurgies ambulatoires faisant en sorte qu'on puisse diminuer la pression?
Mme Leblanc (Isabelle) : Bien, on pense que ça devrait être offert par le
public. Autant que possible, ça devrait être offert par le public. En période de transition, peut-être que ça
peut être couvert, mais c'est sûr que, si on ramène ça au public... Dr Barrette qui est radiologue, mon
patient qui doit attendre un an pour une échographie... Connaissez-vous
une raison médicale pour laquelle quelqu'un peut avoir besoin d'une échographie
après un an? C'est quelque chose de... Il n'y en a pas, n'est-ce pas? On est
d'accord. C'est quelque chose d'impensable.
Le Président (M.
Tanguay) : Merci beaucoup. Ceci met fin... Ne compliquez pas ma tâche,
ne partez pas le ministre parce que je pense qu'il a le goût de répondre.
Alors, la parole est au collègue de Mercier pour 2 min 30 s.
M. Khadir :
J'ai le goût de laisser au ministre de répondre à ça.
Le Président (M.
Tanguay) : Voulez-vous ce...
M. Khadir :
Oui. Mais, juste une chose, je vais aussi poser une question. C'est complémentaire. Vous avez dit donc que le
problème d'accessibilité actuellement est fortement aggravé parce que,
quand le médecin de famille voit un patient
puis que, visite après visite, ce patient n'a pas obtenu le suivi
psychologique, n'a pas obtenu son test diagnostique, n'a pas eu sa consultation, bien, il engorge le
système, et il n'y a rien dans ce projet de loi qui puisse permettre de le
faire. Donc, répondre au ministre en me... Non. En fait, permettez-moi de
donner mon temps au ministre.
Le Président (M.
Tanguay) : Oui. M. le ministre. M. le ministre, la parole est à vous.
Barrette : Oui. Alors, la réponse, c'est non, et, comme le
gouvernement, le Parti libéral s'est engagé, nous allons rendre publiques... ramener dans le secteur
public la totalité des échographies dès le retour à l'équilibre
budgétaire.
M. Khadir :
Mais là je rappellerai...
M. Barrette :
Ou même avant, potentiellement, mais ça demande quand même quelques
aménagements administratifs pour le faire, mais ça sera fait. C'est un
engagement.
Le Président (M.
Tanguay) : M. le député de Mercier.
M. Khadir :
D'accord. Pour ce qui est de la révision des primes et des AMP, êtes-vous au
courant de sondages qui disent combien de médecins parmi ceux qui sont
obligés, par obligation, de le faire resteraient quand même dans les
établissements hospitaliers, même si les AMP tombent?
Mme Leblanc
(Isabelle) : Moi, j'en ai vu un seul qui date d'il y a à peu près
quatre ans, et 85 % des gens continueraient
à faire une pratique hospitalière. Donc, il y a à peu près 15 % des gens
qui travaillaient à ce moment-là, qui sont sous le coup des AMP, qui
voudraient aller...
M. Khadir :
L'abolition des AMP ne causerait pas une catastrophe. Il y aurait une petite
migration qui pourrait être adaptée.
Mme Leblanc
(Isabelle) : Et mais ça devrait être planifié.
M. Khadir :
Planifié de toute façon.
Mme Leblanc (Isabelle) : C'est sûr
que, si on décide ça demain matin, il risque d'y avoir des problèmes.
Khadir (Saïdeh) : ...mais une certaine liberté dans certaines régions,
selon les priorités des gens sur place, de permettre aux gens qui le
veulent, de le faire. Mais je ne pense pas qu'une abolition...
M. Khadir : Très bien.
Mme Leblanc (Isabelle) : Et la
permission de faire de la prise en charge pour ceux qui le veulent.
M. Khadir : J'ai fini. C'est
bon. Merci. Pas besoin de prolonger les choses.
Le Président (M. Tanguay) : Il vous
reste 30 secondes.
M. Barrette : Mais je peux les
prendre, d'abord.
Mme Leblanc (Isabelle) : Bien, Dr
Barrette veut les prendre.
Le Président (M. Tanguay) : Si cela
termine, peut-être un mot de la fin. Je vous en prie.
Livernoche (Francis) : Bien,
on revenait sur l'idée. Vous disiez deux idées maîtresses, on en a une
troisième, c'est vraiment... ça va avec qu'est-ce qu'on dit, outiller l'omnipraticien. Puis c'est quelque chose qu'on n'a pas beaucoup parlé,
mais toute l'informatisation,
améliorer la fluidité de l'information, c'est vraiment quelque chose qui va
sauver du temps, puis, pour répondre
à votre question, M. Barrette, un médecin qui passe moins de temps à faire de
la paperasse, à aller... à regarder ses laboratoires va voir plus de
patients. Donc, vous l'avez, votre résultat, là.
Le Président (M. Tanguay) : Merci
beaucoup.
Alors, compte tenu de l'heure, je suspends les
travaux jusqu'à 15 heures.
(Suspension de la séance à 13 h 1)
Président (M. Tanguay) : Alors, à l'ordre, s'il vous plaît! La
commission reprend ses travaux. Je demande à toutes les personnes
présentes dans la salle de bien vouloir éteindre la sonnerie de leurs
téléphones cellulaires.
Nous allons
donc poursuivre les consultations particulières et auditions publiques sur le
projet de loi n° 20, Loi édictant
la Loi favorisant l'accès aux services de médecine de famille et de médecine
spécialisée et modifiant diverses dispositions législatives en matière
de procréation assistée.
Je souhaite maintenant la bienvenue à la
représentante du Conseil québécois LGBT.
Vous disposez d'une période de 10 minutes
de présentation. Par la suite, vous aurez un échange avec les parlementaires. Peut-être bien prendre le soin de
vous présenter de même que de nous préciser vos fonctions, et, sans plus
tarder, la parole est à vous.
Greenbaum (Mona) : Merci beaucoup. Donc, je m'appelle Mona Greenbaum. En fait, je porte deux
chapeaux aujourd'hui. Je suis une administratrice au Conseil québécois LGBT,
qui est le groupe principal au Québec pour la défense des droits des personnes
lesbiennes, gaies, bisexuelles et trans, et je suis aussi la directrice de la Coalition des familles LGBT. Donc,
premièrement, je m'excuse d'avance parce que je suis un peu grippée, donc
je vais tousser un peu, malheureusement.
Donc, M. le
Président, M. le ministre, mesdames et messieurs les parlementaires, merci de
votre invitation à venir présenter
notre mémoire. Dans les 10 minutes qui me sont allouées, je vais parler de
certains points clés de notre mémoire que vous avez reçu. En fait, il y
a quatre éléments principaux dans le projet de loi qui nous inquiètent.
Le premier
concerne l'interdiction pour les femmes de plus de 42 ans d'avoir recours
à la procréation assistée. Avec cet
article, le gouvernement rendra illégal l'accès de ces femmes au traitement de
fécondation in vitro, et ce, même si elles en défraient elles-mêmes les
coûts. De plus, il est prévu que les médecins qui aident ces femmes à obtenir
les traitements désirés à l'extérieur du Québec soient mis à l'amende.
manière générale, nous sommes en accord avec le principe selon lequel les
interventions médicales présentant un
taux de succès limité ne soient pas couvertes par des fonds publics ainsi
qu'avec le fait que toute procédure mettant potentiellement en danger la santé d'un enfant à naître soit interdite.
Il y a un déclin évident de la fertilité des femmes avec l'âge. Ceci dit, la santé reproductive de chaque
femme peut dépendre d'un grand nombre de facteurs. L'âge ne constitue qu'un de ces facteurs. C'est la raison pour
laquelle nous connaissons tous des femmes de plus de 42 ans qui ont
conçu et donné naissance à des enfants en
santé, parfois même sans recours à la procréation assistée. Nous estimons donc
que les femmes de plus de 42 ans devraient pouvoir être évaluées de
façon holistique par leur médecin et que l'accès à la fécondation in vitro devrait être permis dans les cas où la situation de
santé et le potentiel de fertilité de la femme sont considérés comme
raisonnablement prometteurs. Nous considérons donc que l'exclusion systématique
des femmes âgées de
plus de 42 ans constitue une discrimination médicalement et éthiquement
non justifiable et doit donc être enlevée du projet de loi.
deuxième élément qui nous concerne est l'impact du crédit d'impôt proposé sur
l'accès à la parentalité. Comme vous
le savez, pour la communauté LGBT, la procréation assistée est l'option la plus
utilisée pour fonder une famille. Il y a très peu d'autres choix pour
nous. À cause des lois des pays d'origine, nous ne pouvons pas adopter des
enfants à l'international. L'adoption des
enfants québécois est très limitée aussi à cause du faible nombre d'enfants
adoptables au Québec et un processus qui est lourd et compliqué.
Il nous semble que
beaucoup de familles seront très désavantagées par le système de crédits
d'impôt. À
titre d'exemple, un couple ayant
un revenu familial moyen québécois de 70 000 $ par année aurait accès
à des crédits d'impôt de 60 %.
Ainsi, si les coûts liés à la procréation assistée pour cette même année
étaient de 20 000 $, le couple devrait tout de même défrayer
8 000 $, un somme difficile à assumer pour un couple avec ce niveau
de revenus. Ajoutez à ça des frais de
déplacement et des journées d'absence au travail pour les couples qui vivent en
région, des médicaments et puis nous...
ce serait très cher. Nous aimerions que ces crédits d'impôt soient bonifiés
pour prendre en compte le lourd fardeau de tous ces coûts, sinon, nous
aurons un système où seulement les personnes riches auront la possibilité de
fonder une famille. De plus, étant donné que
le projet de loi propose qu'une proportion significative des dépenses liées à
la procréation assistée sera assumée par les futurs parents, nous
aimerions que le ministère de la Santé instaure des directives strictes afin
d'assurer le contrôle des frais associés aux différentes procédures médicales
et tests liés à la procréation assistée. En
effet, le Dr Pierre Miron a récemment prédit une hausse certaine des prix des
services procréation assistée dans les
cliniques privées en raison d'une baisse de volume. Dans Le Devoir , il a
dit : «Si le volume diminue, les coûts vont augmenter et les
patients vont devoir éponger.» De tels propos évoquent la possibilité
d'importantes variations d'une clinique à l'autre des coûts associés à la
procréation assistée.
La troisième chose
qui nous touche dans le projet de loi concerne les personnes transgenres de
notre communauté. Les personnes transgenres prennent de plus en plus leur place
dans notre société. Elles ont de plus en plus
une visibilité et une reconnaissance sociale au Québec. Le diagnostic de
dysphorie de genre, des fois attribué aux personnes transgenres, est largement reconnu par la communauté médicale.
La réassignation sexuelle, ou changement de sexe, s'est avérée bénéfique et efficace dans le traitement de certains
individus avec un diagnostic de dysphorie de genre. Certaines personnes trans vont avoir des
chirurgies et prendre des hormones pour aligner leur corps au genre
ressenti. D'autres vont juste prendre des
hormones. Toutes ces procédures peuvent engendrer la stérilité. Parce que les
interventions chirurgicales et hormonales
sont essentielles pour les personnes trans, les organismes médicaux reconnus à
l'international recommandent que les
personnes entamant un changement de sexe fassent l'objet d'un suivi en
fertilité et qu'elles puissent préserver leurs gamètes.
projet de loi n° 20 prend compte des services requis à des fins de
préservation de la fertilité déterminés par règlement. Avec cet article, le gouvernement propose de couvrir les
dépenses de toute personne dont l'infertilité résulte des traitements médicaux. L'exemple donné est
celui d'une personne atteinte du cancer, qui doit suivre des traitements
de chimiothérapie qui la rendront infertile. La Coalition des familles LGBT
recommande que le gouvernement, dans ses règlements liés à cet article, inclue
les personnes trans dans la couverture de la préservation de la fertilité.
Finalement,
nous sommes en accord avec l'idée selon laquelle un médecin qui aurait des
raisons justifiables de soupçonner
qu'une personne ou qu'un individu ne possède pas les capacités parentales
nécessaires pour élever un enfant puisse
demander qu'une évaluation psychosociale soit effectuée. Nous croyons toutefois
que ce type d'évaluation, qui s'étend habituellement sur plusieurs
semaines ou même des mois, ne devrait pas être obligatoire pour tout couple ou
individu ayant recours à un don de gamètes. De toute évidence, dans le cas des
personnes LGBT ayant recours à la procréation
assistée, il existe toujours le besoin d'un don de gamètes. Exiger une
évaluation psychosociale de toute personne ayant ce besoin équivaudrait
à cibler systématiquement les minorités sexuelles.
plus, il existe des inquiétudes au sein de la communauté LGBT à l'effet que des
psychologues ou des travailleurs
sociaux inadéquatement formés puissent considérer une famille avec parents LGBT
déficiente par définition. Nous
considérons qu'avec cet
article les personnes LGBT deviendront le sujet d'un
profilage. De nous soumettre à des évaluations psychosociales sans
raison serait non seulement une discrimination, mais aussi une atteinte à notre
dignité. La seule discrimination justifiable
d'un point de vue éthique pour restreindre l'accès aux services de
procréation assistée est celle fondée sur le
bien-être de l'enfant. Or, il n'y a aucune donnée scientifique qui puisse
mettre en doute le bien-être des enfants issus et élevés au sein des
familles LGBT. Les recherches sur nos familles ont d'abord porté sur l'évaluation de la capacité des personnes LGBT à
être parents. Elles ont également évalué le développement psychosocial
et émotif des enfants dans leurs familles.
Finalement, elles ont évalué l'expérience sociale de ces enfants avec d'autres
jeunes et avec les adultes.
En bref, aucune de
ces pistes de recherche ne constate l'existence de différences significatives
entre nos familles et celles de la majorité.
Les parents sont aussi compétents, les enfants sont aussi épanouis. Il n'y a
donc aucune donnée probante qui justifie une discrimination quant à
l'accès à la parentalité basée sur l'orientation sexuelle ou l'identité de genre, et donc aucune raison d'exiger une évaluation psychosociale pour 100 % de notre communauté. Le Québec est
connu mondialement pour son ouverture envers les minorités sexuelles. Des
évaluations psychosociales ciblant
100 % de notre communauté seront une tache dans l'histoire des personnes
LGBT québécoises. Dans la situation actuelle, les couples ou les
individus ayant recours au don de gamètes ont accès à une session de suivi
psychologique d'une heure au cours de
laquelle il est question du fait que l'enfant n'aura pas de connexion génétique
commune avec au moins un des deux parents. Nous considérons ce système
approprié et adéquat dans la plupart des circonstances.
En conclusion, même si le projet de loi part
d'une bonne intention et comporte plusieurs aspects positifs, il comporte quand
même des risques importants pour les minorités sexuelles. Merci de votre
attention.
Président (M. Tanguay) : Merci beaucoup. Alors, maintenant, nous
allons débuter la période d'échange, et je cède la parole au ministre de
la Santé et des Services sociaux pour 18 min 30 s.
M. Barrette : Merci, M. le
Président. Alors, madame, bienvenue à cette commission parlementaire.
Écoutez, je
vais commencer par faire une remarque générale. L'évaluation psychologique n'a
absolument aucun lien avec
l'orientation sexuelle des couples ou des individus, et j'irais même jusqu'à
dire que, dans l'expérience du moins du
Québec, et je suis convaincu que c'est l'expérience internationale, lorsque ces
évaluations-là... surtout dans le temps qu'il y avait des crédits d'impôt, ces évaluations-là se faisaient assez
régulièrement, la communauté LGBT était toujours parmi les plus, entre guillemets, là, performantes dans les évaluations
de capacité de parentalité. Alors, je peux vous dire que non seulement,
de notre côté, il n'y a pas d'intention ou de profilage de quelque nature que
ce soit, mais l'expérience montre qu'au
contraire, disons, si on met ça de façon générale, là, les évaluations
pointaient beaucoup... assez rarement vers une problématique réelle dans votre communauté, ce qui, j'espère, va
vous rassurer. Alors, les évaluations ne sont pas faites pour faire du profilage, et, dans le milieu de la
fertilité ou de l'infertilité, c'est un élément qui est très connu, et je
vois difficilement... Je comprends votre
inquiétude, mais je vois difficilement comment ça pourrait se matérialiser.
Maintenant, à l'opposé, à l'adoption, pour
ceux qui arrivent à passer dans ce processus-là, il y a ça, il y a cette
évaluation-là. Ce serait assez difficile de justifier d'un côté et de ne
pas justifier de l'autre.
J'aimerais ça que vous reveniez et que vous
élaboriez un petit peu plus sur la suggestion que vous faites à propos des crédits d'impôt. Je comprends que vous
ne contestez pas ou du moins vous avez un certain niveau d'acceptation de l'approche du crédit d'impôt, mais vous
considérez que le crédit, ce n'est pas à la bonne hauteur. Alors, quelle
serait la bonne hauteur, d'après vous?
Mme Greenbaum (Mona) : En fait, je
ne suis pas économiste, mais ce que je peux dire, c'est que c'est sûr qu'avec les crédits d'impôt offerts ça va éliminer
l'accès à une grande portion de notre communauté parce que les frais
vont être très élevés, et puis on sait qu'à travers les années, en fait depuis
l'année... au début des années 2000, c'est une valeur de notre société de permettre aux gens d'avoir des enfants. On a
vu, avec différents gouvernements, libéral, Parti québécois, une hausse
progressive des subventions gouvernementales, avec la procréation assistée,
jusqu'à 100 % récemment, depuis 2010,
et puis donc là on va revenir à quelque chose qui, en fait, est pire que ce
qu'on avait avant 2010. Donc, il y
aura beaucoup de gens qui ne vont pas avoir accès du tout, et ça, c'est
particulièrement vrai pour les gens qui vivent en région. En plus d'avoir ces frais à payer, ils vont être
obligés de payer les médicaments qui ne sont pas couverts, ils vont être obligés de payer des frais de
déplacement. Donc, moi, j'aimerais que ce soit comme beaucoup bonifié,
sinon qu'on garde le même système en place, c'est sûr.
En termes de l'évaluation psychosociale, je vous
comprends que vous êtes... que vous ne profilez pas notre communauté par exprès, mais, par contre, le
résultat sera que 100 % de notre communauté va être obligée de passer à
travers une évaluation très lourde. Donc, je me demande pourquoi c'est juste...
L'objet de ça, c'est juste les personnes qui reçoivent
des dons de gamètes. Est-ce que notre capacité parentale est plus en question
qu'un couple hétérosexuel qui arrive
dans une clinique qui utilise leur propre gamète? Parce qu'une évaluation
psychosociale — j'ai
vérifié sur le site Web de
l'association des travailleurs sociaux, l'ordre des travailleurs sociaux et
l'Ordre des psychologues — donc, ça exige au
minimum deux rencontres avec le couple, une rencontre avec chaque membre du
couple, une visite à domicile. Il y a
aussi dans ça un recueil de données personnelles, des références, formulaires
médicaux, preuves d'emploi, état des revenus,
preuve de résidence, vérification des dossiers judiciaires, etc. Aussi, ça va
être des coûts qui vont être, j'imagine, assumés par les couples ou les
individuels. Donc, ça, si on paie déjà 150 $ à 200 $ pour une
rencontre avec une psychologue pour un suivi
d'une heure, donc j'imagine que ça va être dans l'ordre de 2 000 $.
Et puis pourquoi est-ce que notre
capacité parentale soit soupçonnée d'être moins bonne que des parents qui ont
des liens génétiques avec leurs enfants?
Alors, ça, c'est ma question. Je pense que, si
vous voulez que tous les couples en fertilité soient évalués, tous... qui reçoivent les donneurs de gamètes et
que vous voulez êtes vraiment transversaux, donc je vous suggère que
vous appliquiez ça à tout le monde et pas
juste aux personnes qui reçoivent des dons des gamètes. Et puis, en plus,
pourquoi ne pas demander ça à tous les
Québécois en général, une évaluation psychologique? Je me demande pourquoi
est-ce qu'on serait sujets à cette évaluation.
Barrette : O.K. Je prends bonne note de vos commentaires. Maintenant,
je vais vous avouer que vous m'avez surpris quant à votre questionnement
sur les transgenres. Techniquement, de mémoire, ce n'est pas exclu dans le
projet de loi.
Greenbaum (Mona) : Non, pas
du tout, c'est juste... Notre idée dans ça, ce n'était pas que vous
proposez qu'ils soient exclus, mais c'était juste pour assurer qu'ils soient
inclus. Donc, de ne pas oublier, parce que j'espère que ça va compter dans ça. Parce que c'est sûr que la dysphorie de gens,
c'est un diagnostic médical. Et puis, pour les personnes qui vont suivre des traitements d'hormones ou qui vont avoir
des chirurgies, ça peut les rendre stériles. Donc, on espère que ça soit
couvert, juste comme les personnes qui vont suivre des traitements de chimio.
M. Barrette : Bien, écoutez, vous
avez compris que, dans le projet de loi, il y avait un aspect de protection de fertilité dans certaines circonstances, là. Et
je pense que, manifestement, ça peut être inclus implicitement dans
cette catégorie-là. Alors, ce n'était pas non plus l'intention du projet de loi
d'exclure un certain nombre d'individus.
Mme Greenbaum (Mona) : O.K. Parfait.
M. Barrette : Pour la
question du 42 ans, vous considérez que ça s'applique intégralement de la même
manière chez les couples de la communauté LGBT?
Mme Greenbaum (Mona) : Oui et peut-être même un peu plus, parce que,
pour nous, c'est sûr que nos enfants n'arrivent pas juste comme ça.
Donc, l'âge moyen de procréation est peut-être un peu plus tard que la
population en général. Donc, il y a des
personnes qui vont commencer à penser à fonder leur famille un peu comme des
personnes un peu plus âgées, mais, oui, ça nous touche comme les autres,
oui.
Barrette : Mais vous considérez que c'est un problème suffisamment
significatif pour s'y adresser du point de vue de votre communauté?
Mme Greenbaum
(Mona) : Oui, oui.
M. Barrette :
Vous n'avez pas fait de commentaire — ou j'ai mal saisi — sur
la nécessité, parce que c'est une chose que
l'on a mise spécifiquement dans le projet de loi, de passer par l'insémination
avant la FIV spécifiquement pour les couples lesbiens. Ça, avez-vous des
commentaires critiques à formuler ou ça vous va?
Mme Greenbaum (Mona) : Bien, s'il n'y a pas comme un problème
physiologiquement reconnu, donc, oui, je pense, en fait, c'est dans
notre façon de voir les choses qu'il y ait l'intervention médicale la moindre
possible.
Barrette : Parce qu'il est probablement statistiquement pas mal moins probable que les deux membres du
couple femme-femme soient les deux infertiles.
Mme Greenbaum (Mona) : Oui, c'est vrai, mais ce n'est pas toujours
les deux femmes qui veulent porter un enfant. Ça peut être le cas, mais
ce n'est pas le cas dans toutes nos familles.
M. Barrette :
Oui, mais là, à un moment donné, on rentre dans une zone grise.
Mme Greenbaum
(Mona) : Dans une?
M. Barrette :
Une zone plus grise.
Mme Greenbaum (Mona) : Oui, mais ce n'est pas... Comme pour tout le
monde, comme dans la communauté hétérosexuelle,
ce n'est pas toutes les femmes hétérosexuelles qui veulent porter un enfant.
Des fois, ça peut marcher...
M. Barrette :
Pour avoir un enfant, ils n'ont pas le choix de passer par là, là.
Mme Greenbaum
(Mona) : Oui, oui, c'est vrai, mais, dans un couple lesbien, on a le
choix, et des fois, pour diverses raisons,
c'est seulement une des deux femmes qui veut porter l'enfant, même si les deux
veulent devenir parents. Mais, oui,
en théorie, il y a certains couples lesbiens où les deux peuvent avoir une
chance de porter l'enfant, mais ce n'est pas vrai pour tous les couples.
M. Barrette :
Là, je vais vous avouer que c'est un sujet qui est peut-être sensible, mais
avec lequel j'ai une certaine difficulté,
parce que, sur le plan de l'accès à la parentalité, et là je vais le dire avec
le plus de délicatesse possible, vous
avez la chance d'avoir deux possibilités, dans votre couple, d'avoir un enfant,
et là il me semble que ça ne devrait pas
être une question de choix : Qui porte? Qui ne porte pas? C'est : Qui
peut porter? Si c'est les deux, tant mieux, si c'est une, bon, il y en a
au moins une des deux, là.
Mme Greenbaum
(Mona) : Oui, et c'est souvent le cas que, si ça ne fonctionne pas
pour une, donc, l'autre, si elle n'est pas
trop âgée ou si elle n'a pas un problème de fertilité, peut comme essayer.
Donc, dans plusieurs couples, j'ai vu ça, mais je ne peux pas dire que
c'est vrai pour 100 % des couples.
M. Barrette :
Actuellement, en termes d'accès, vous n'avez pas de problème dans votre
communauté?
Mme Greenbaum (Mona) : Non. Majoritairement non. C'est sûr qu'il y a un
manque de sensibilisation des fois parmi
certains médecins. Donc, des fois, on peut rencontrer un médecin qui est moins
à l'aise avec notre communauté, mais en général ça va bien.
Barrette : O.K. Alors, bon, ça me va. J'ai vu la liste de vos
recommandations. Essentiellement, il y a des choses là-dedans qui sont déjà prévues dans le projet de
loi, et ça, on est bien d'accord avec ça. Je reçois quand même de façon intéressée les critiques que vous faites. On va
les prendre en considération, certainement. Je vous remercie. Je n'ai
pas d'autre question, M. le Président.
Président (M. Tanguay) : Merci beaucoup. Nous cédons maintenant la
parole à notre collègue de Taillon pour 11 minutes.
Lamarre : Merci beaucoup, M. le Président. Bonjour,
Mme Greenbaum. Bienvenue à la commission parlementaire.
D'abord, je souligne, dans votre mémoire, le fait que vous commenciez par
mettre en évidence un certain nombre d'éléments sur lesquels vous êtes
d'accord avec le projet de loi, et ça correspond tout à fait à notre vision,
c'est-à-dire qu'il y avait besoin de certaines balises, et vous les traduisez
très bien.
contre, certains éléments qui sont inclus nous questionnent beaucoup. Ce matin,
j'ai questionné le ministre entre autres
sur le sort réservé aux femmes de plus de 42 ans, l'accès, mais même le fait de
rendre illégal le recours à la fécondation
in vitro. Le ministre a semblé avoir de l'ouverture. Alors, je vous invite
à suivre l'adoption
article par
article ensuite, quand on arrivera, pour
voir si ça va se concrétiser, mais, de ce côté-ci, on a l'impression qu'il y
avait une ouverture du côté du ministre.
Dans
la
section qui suit, vous parlez des crédits d'impôt, et vous avez une mise en
situation avec un revenu familial moyen
de 70 480 $, mais, où je suis un peu étonnée, c'est quand vous parlez
des coûts. Vous les estimez à 20 000 $. C'est un peu plus
élevé que ce qu'on a entendu jusqu'à maintenant, là, par l'association des
gynécologues et obstétriciens. Peut-être que vous pouvez nous présenter un
petit peu comment vous arrivez à ce montant-là.
Mme Greenbaum (Mona) : Honnêtement, c'est un chiffre rond. Donc, je n'ai
pas calculé, mais c'était comme selon
le constat que, comme les prix pour les FIV peuvent varier énormément, ce qu'on
a vu, entre 5 000 $ et 8 000 $, et que ça peut
prendre plus qu'une FIV pour devenir... pour tomber enceinte, en plus les
médicaments, les tests, tous les autres frais
associés à ça, donc je pense que, même si on envisage un certain nombre de FIV
et puis des tests, le montant peut monter assez vite, mais c'est...
Mme Lamarre :
Même si on coupait les frais de moitié, ça reste quand même des coûts importants
pour les personnes qui souhaitent... Là, il faut défrayer l'équivalent de 4 000 $
selon vos calculs et selon ceux aussi auxquels on arrive. Qu'est-ce qui serait la meilleure façon d'aller chercher une
contribution? Vous faites référence, là, à peut-être des versements anticipés ou une façon de rassurer les
gens sur le fait qu'ils vont avoir accès rapidement et au bon moment à
cet argent pour leur garantir que... éviter qu'ils aient à l'économiser à
l'avance?
Mme Greenbaum
(Mona) : Bien, même avec les versements anticipés, c'est quand même
très lourd comme fardeau comme de penser que ça va coûter plusieurs mille
dollars par année. Donc, c'est sûr que, sans les versements anticipés, la majorité des gens ne vont pas avoir
la liquidité nécessaire pour payer. Donc, ça, c'est important. Mais,
quand même, ça reste très dispendieux pour
la majorité des familles au Québec. Et puis je vois ça déjà dans ma
communauté. Il y a des familles qui sont en
grand rush pour faire leur rendez-vous parce qu'ils savent que, l'année
prochaine, si le projet de loi passe,
ils ne vont pas être capables de former leur famille. Donc, ça va mettre un
grand x sur leur projet parental parce que, pour nous, il n'y a pas
beaucoup d'autres choix.
Lamarre : Donc, vous entendez, au sein de la communauté LBGT, vraiment
une urgence, là, de se prévaloir de ça avant l'entrée en vigueur du
projet de loi n° 20.
Mme Greenbaum (Mona) : C'est ça. Et puis, en plus, les gens qui ont déjà
un enfant sont en panique parce que les crédits d'impôt ne vont même pas être... la proposition qu'ils ne soient
pas offerts aux personnes pour un deuxième enfant. Et puis donc là ça
rendra le plan de leur famille impossible.
Lamarre : O.K. Vous avez parlé de l'évaluation psychosociale.
Effectivement, on peut se demander quel est l'objet de l'évaluation psychosociale. J'ai lu, par d'autres
regroupements, que, dans le fond, ça s'appliquait, par exemple, à... l'évaluation était pertinente dans le cas d'une
parenté naturelle parce que les gens devaient faire le deuil d'une
parenté naturelle qu'ils avaient anticipé,
alors que, dans le cas des personnes LGBT, des familles LGBT, bien, c'était
déjà conçu et pensé qu'elles auraient
besoin d'avoir accès à la procréation médicalement assistée. Est-ce que c'est
la seule raison que vous voyez pour l'évaluation psychosociale?
Mme Greenbaum
(Mona) : Je pense à... Actuellement, il y a un suivi psychologique
d'une heure, et puis c'est, en fait, pour
soutenir les couples dans ça. Parce que ce que je crois, c'est que la majorité
des couples hétérosexuels qui entrent
dans une clinique de fertilité entrent en pensant que les médecins vont réussir
à mettre leurs gamètes ensemble pour faire
l'enfant, et puis, de temps en temps, ça ne fonctionne pas. Donc, ils ont
besoin de prendre cette nouvelle... d'adapter à cette nouvelle, et puis
le suivi d'une heure d'un psychologue les aide à dealer avec ce deuil-là.
Nous,
la communauté LGBT, on entre dans les cliniques déjà très heureux. On n'assume
pas qu'on va faire des bébés avec nos gamètes ensemble, ça, c'est sûr.
Donc, est-ce qu'on a besoin de ce soutien-là? Moi, je ne crois pas. Honnêtement, même le suivi d'une heure... Les
membres de ma communauté me disent que c'est le fun. C'est une rencontre
d'une heure, et puis on discute. Donc, c'est
vu comme un soutien, mais certainement, dans une heure, ce n'est pas une
évaluation : c'est un soutien, et aucun
psychologue ne peut évaluer notre capacité parentale dans une heure. Donc,
une vraie évaluation psychosociale, c'est
quelque chose d'extrêmement rigoureux, et puis ce n'est pas indiqué pour nous,
et puis moi, je crois... non plus, ce
n'est pas indiqué pour les couples hétérosexuels, à moins qu'ils disent :
Je suis très mal à l'aise parce que
mon enfant ne va pas avoir un lien génétique avec moi. Mais normalement, rendus
à ce point, après plusieurs années d'essais, même les couples
hétérosexuels, je pense, seraient à l'aise à accepter cette nouvelle-là. Donc,
est-ce qu'ils ont besoin d'être évalués? Je
comprends qu'il y a eu des problèmes dans certains hôpitaux, certains patients
qui étaient acceptés qui ont dû ne pas être acceptés dans le programme,
mais c'est très minimal, ça, et il n'y a pas comme une énorme quantité des gens
qui étaient acceptés qui n'auront pas dû avoir des enfants.
Donc,
pourquoi, à cause de ces problèmes, ces petits problèmes, qui étaient
médiatisés, mais qui ne représentent pas la majorité, est-ce qu'on va
être tous obligés de suivre une vraie évaluation psychosociale? Pour moi, ça ne
fait aucun sens du tout.
Lamarre : Vous dites qu'actuellement il y a déjà, en fait, une période
de soutien, que vous appelez, qui n'est
pas vraiment une évaluation, mais d'une heure, qui est obligatoire. Est-ce qu'à
votre connaissance il y a déjà des couples
LGBT qui ont été refusés dans leurs démarches de procréation médicalement
assistée à la suite de cette évaluation-là?
Greenbaum (Mona) : Moi, je
suis la directrice de cet organisme depuis une vingtaine d'années, et
puis on a accès à la procréation assistée depuis 2001, 2002, je n'ai jamais
entendu qu'une personne soit refusée. Donc là, de les obliger de faire l'évaluation psychosociale, je crois que c'est une perte de
temps, une perte d'argent aussi. Ça
va «delayer» comme... ça va retarder un processus où les gens sont déjà un peu
comme dans le rush, parce qu'avec... La fertilité
est de moins en moins présente avec l'âge. Et puis, si les travailleurs sociaux
ne sont pas disponibles pour nous tout de suite pour des rendez-vous,
pour les quatre, cinq rendez-vous que ça va prendre, ça peut retarder le
processus pour un autre an.
Donc, moi, je
trouve que ce n'est pas du tout indiqué ici pour la communauté LGBT et puis
pour la grande majorité des personnes
hétérosexuelles aussi qui ont besoin des dons de gamètes. Je ne vois pas
pourquoi... Je comprends, si un médecin
ou le psychologue a l'idée que les personnes devant lui sont vraiment
farfelues, donc là on peut suggérer une évaluation psychosociale, mais
pourquoi commencer avec ça a priori? Pour moi, ce n'est pas logique.
Lamarre : Vous verriez peut-être deux étapes, la rencontre de soutien
psychologique et, sur référence, une évaluation psychosociale
ultérieure? Ce serait plus comme ça comme vous le verriez?
Mme Greenbaum (Mona) : Mais ça peut
être comme ça si c'est vu comme un problème, si on a une raison justifiable de soupçonner qu'il y a un problème.
Donc, ça, ça pourrait être une façon. C'est sûr que, si, comme par
exemple, une portion de notre communauté
sera ciblée systématiquement par les psychologues, comme par exemple les
personnes trans vont être suggérées d'aller tout le temps vers l'évaluation
psychosociale, donc on va voir ça encore comme un profilage. Mais moi, je crois que, dans certains cas, pas dans la
communauté trans nécessairement, mais en général, pour la société québécoise, il peut y avoir une raison
pour une évaluation psychosociale, mais pas pour un groupe spécifiquement, oui.
Mme Lamarre : Déjà que les besoins
en évaluation psychosociale sont nombreux pour beaucoup d'autres personnes dans
la société.
Mme Greenbaum (Mona) : C'est ça.
C'est un système qui est déjà très chargé.
Lamarre : Vous faites référence au registre, et ça, beaucoup de gens
en ont parlé dans leurs mémoires, mais on
n'a pas beaucoup de temps pour en parler dans nos questions. Alors, je vais...
Il me reste une minute, mais je vais vous la laisser. Quels sont les
avantages pour vous d'avoir ce registre?
Mme Greenbaum (Mona) : Bien, c'est
ça, il y a eu... Juste en général, comme...
Mme Lamarre : Parce qu'il était
prévu dans le projet de loi et il ne s'est jamais concrétisé.
Greenbaum (Mona) : Oui,
c'est ça. Mais, en général, nous, nous avons beaucoup de revendications
en termes de la procréation assistée. C'est
un grand enjeu social qui affecte beaucoup, beaucoup de Québécois et
Québécoises. Donc, on trouve ça triste qu'on
est comme limités à faire des commentaires sur seulement les choses qui sont
dans le projet de loi, et puis il y a tellement d'autres enjeux
importants comme le registre.
Et puis, en
fait, on a deux revendications autour d'un registre : premièrement, un
registre pour suivre les traitements dans
la procréation assistée pour assurer... qu'il réussit, donc pour mesurer le
taux de succès, et aussi les impacts à court, à moyen et puis à long
terme sur les femmes qui portent les enfants et puis sur leurs enfants, et que
ce registre soit publiquement accessible.
Donc, ça, c'est un type de registre qu'on aimerait voir, parce que, pour nous,
comme personnes qui utilisent ces traitements, on n'a aucune idée,
honnêtement.
Président (M. Tanguay) : Merci. Merci beaucoup. Nous devons maintenant
céder la parole à notre collègue de Lévis pour
7 min 30 s.
M. Paradis
(Lévis) : Merci, M. le
Président. Bienvenue, Mme Gauthier. Merci d'être là. Je vais vous
permettre de continuer. Parce que vous disiez, évidemment, en marge du projet
de loi n° 20... puis j'y reviendrai un petit peu, mais, je veux dire, vous avez aussi... puis vous avez présenté des
revendications ou des propositions qui vont au-delà du projet de loi et
du dossier de la procréation assistée dans le projet de loi. Notamment, vous y
étiez avec les registres. Alors, je vous laisse la possibilité de poursuivre un
petit peu sur l'importance de cet outil-là pour vous.
Greenbaum (Mona) : Merci.
C'est très gentil. Donc, l'autre aspect de ce registre, et puis c'est une
grande... c'est un discours qu'on a, une discussion qu'on a dans notre société,
c'est pour que les enfants peuvent avoir accès à leur
origine génétique. Donc, la situation actuelle, c'est que les donneurs de
gamètes, les donneurs de sperme ou les donneurs d'ovules, sont anonymes pour la
grande majorité des cas. Donc, nous, nous aimerions que le système soit changé pour qu'on puisse avoir accès à des
donneurs à identité ouverte comme on a... On a un système comme ça aux
États-Unis. Et puis, aux États-Unis, quand les enfants auront 18 ans, s'ils
veulent avoir contact avec... ou avoir des informations sur le donneur, ils
peuvent contacter la clinique de fertilité et puis, la clinique, les mettre en
contact.
Donc là,
nous, on veut un registre centralisé avec les informations sur les donneurs
de gamète. Donc, si un enfant veut
avoir des informations médicales, génétiques, «whatever», sur le
donneur, donc il peut avoir accès. Donc, ça, c'est comme une autre de
nos revendications...
M. Paradis
(Lévis) : Permettez-moi, Mme
Gauthier, sur ce dossier-là, parce que vous en parlez en page 9 de votre
mémoire, l'accès aux informations médicales
et génétiques sur les donneurs et donneuses de gamètes, parce que vous
dites que, de toute façon, il y a, et c'est
ce que vous écrivez, quand même... Il y a des gens qui y auront recours à... ou
iront aux États-Unis pour justement être en mesure d'avoir ces informations-là
qu'on souhaiterait avoir ici, au Québec. Vous avez, chez vous, dans la
communauté LGBT, des gens qui font cette manoeuvre-là?
Greenbaum (Mona) : Oui,
c'est ça parce qu'au Canada les
donneurs sont, par définition, anonymes, mais il y a comme une façon un
peu de contourner ça parce que nous, dans notre communauté et puis, je pense,
de plus en plus dans la communauté des
parents hétérosexuels, on pense que c'est important de donner cette possibilité
à nos enfants d'avoir accès à leur
origine génétique. Donc, nous, la façon comme de contourner ce manque d'accès,
c'est d'acheter du sperme de ce qu'on
appelle des donneurs à identité ouverte, des banques de sperme américain. Donc,
dans ça, on est obligés de payer les frais pour les échantillons de
sperme, mais, quand même, on pense que ça vaut la peine parce que c'est
important pour nos enfants d'avoir accès.
M. Paradis
(Lévis) : Je reviendrai sur
un autre phénomène, puis vous abordez
aussi ce thème, puis je vais me garder
quelques secondes pour parler davantage aussi... Je vais revenir sur
l'évaluation psychosociale et toute la notion de paiement et de crédit d'impôt que vous questionnez. Vous parlez aussi
d'un petit dossier. Vous abordez la gestation pour autrui, une pratique
qui existe au Québec, et vous voudriez aussi, dans votre document, proposer des
choses.
Greenbaum (Mona) : Je sais
que, comme il y a un manque d'encadrement légal autour de la gestation
pour autrui au Québec... Il y a juste une
chose qui dit que les contrats entre mères porteuses puis les parents
«intendés» ne sont pas légalement
reconnus. Donc, ce que ça fait, c'est que, des fois, comme on a eu récemment au
Québec dans un couple hétérosexuel, à
la première instance, la mère «intendée» n'était pas reconnue par le juge, donc
le père biologique, son conjoint, était légalement reconnu. La
gestatrice a renoncé à ses droits parentaux, mais, quand c'était le temps que
la deuxième personne, la conjointe du père
soit légalement reconnue, le juge a refusé, donc l'enfant s'est trouvé juste
avec un parent légal. Donc là, c'est allé en
Cour d'appel, et puis finalement la mère a eu sa reconnaissance légale comme
parent.
Mais ça met
en danger ça. Ça, c'est juste une jurisprudence, donc on pense qu'il doit y avoir,
comme ailleurs au Canada, des
contrats avec les mères porteuses qui protègent les mères porteuses, ça va
protéger aussi les donneuses d'ovule, ça
protège les futurs parents et puis ça protège particulièrement l'enfant d'avoir
des contrats en place, parce qu'on a tous entendu des histoires où comme, par exemple, l'enfant est né handicapé
et les parents «intendés» ne veulent pas le prendre ou, contrairement
à... Il y a des cas où, par exemple, un homme donne son sperme, il veut devenir
parent, et puis la gestatrice dit à la
fin : Je veux garder l'enfant. Donc là, c'est l'enfant qui se trouve en
garde partagée. C'est compliqué, donc on
ne peut pas ignorer que cette pratique existe et puis que ça va continuer à
exister. La situation actuelle, ce qui arrive, c'est qu'il y a un
tourisme reproductif parce que les gens vont aller ailleurs au Canada ou aux
États-Unis.
Donc, il faut
légiférer sur ça, mais c'est un enjeu social qui est compliqué. Donc, ce qu'on
a demandé... je sais que c'est un
enjeu légal, mais nous, on a demandé au ministère de la Santé d'avoir une
consultation publique. Ça, c'est juste un des aspects liés à la
procréation assistée. Donc, pour nous, ça ne fait pas de sens qu'un grand sujet
comme ça, la procréation assistée, soit
attaché à une autre loi qui est très importante, et puis il y a peut-être trois
ou quatre personnes qui présentent sur ça, et puis on met ça à côté.
M. Paradis (Lévis) : Je comprends,
et là je reviens sur l'élément, parce qu'on s'éloigne un peu du projet de loi n° 20, puis pas tant que ça non plus
parce que, dans la mesure... Ce que vous êtes en train de me dire, c'est que
vous auriez souhaité qu'on scinde le projet de loi pour être en mesure de
traiter de la question de la procréation assistée, ce qui aurait permis
davantage d'avancer plutôt que de faire en sorte que les deux sujets, quelque
part, se confrontent.
Greenbaum (Mona) : C'est ça. Moi, je pense que le sujet disparaît
dans la plus grande discussion autour des quotas avec les médecins. Donc, on n'a pas un temps suffisant pour
discuter de quelque chose qui est tellement
important, qui affecte de plus en plus les familles québécoises, et il y a tellement
d'enjeux autour de ça, et puis on a comme 15, 20 minutes à discuter de ça.
M. Paradis (Lévis) : Je compléterai
en vous demandant, et en revenant sur le projet de loi n° 20, ce que vous me dites, si je vous comprends bien, c'est que,
dans sa facture actuelle, c'est-à-dire dans ce qui existe présentement, ça demeure, à vos yeux, pour la communauté
et en général, la meilleure façon de faire. Vous craignez donc la modification
du mode de remboursement des crédits d'impôt, parce que vous me dites qu'actuellement vous sentez dans la
communauté une espèce d'urgence d'aller justement consulter, parce que, sinon, il
y a des projets parentaux qui vont tomber.
Greenbaum (Mona) : Oui,
mais, c'est sûr, je ne sais pas si on doit garder le système
actuel, moi, j'aimerais ça, c'est sûr, là, on trouve que ça marche bien
pour la grande majorité des familles...
M. Paradis
(Lévis) : Alors,
permettez-moi... Je m'excuse de vous couper, mais, si on voulait avoir quelque chose pour justement faire en sorte qu'on puisse... qui coûte moins
cher, c'est-à-dire, quelles seraient les balises, ou qu'est-ce
que vous pourriez apporter, ou la suggestion
pour faire en sorte qu'on puisse économiser sans couper le projet
parental de parents?
Greenbaum (Mona) : Mais il y a
des modèles ailleurs. Donc, encore, comme j'ai dit à M. Barrette, je ne
suis pas économiste, mais, par exemple, au moins, comme subventionner un cycle
de FIV pour chaque enfant, de ne pas limiter
ça à un enfant, peut-être de bonifier des crédits d'impôt. Il y a
plusieurs façons. C'est sûr que je n'ai pas la solution, mais je crois que c'est une valeur de notre société
d'aider les personnes à fonder une famille, et puis il y a même certains économistes qui vont
dire que de créer des enfants, à long terme, ça va bénéficier économiquement
notre société. Donc, c'est une solution à court terme de couper ce programme-là,
mais, à long terme, pour nous, ce n'est pas une solution, et puis c'est
sûr que ça va empêcher beaucoup de gens de fonder leurs familles.
M. Paradis (Lévis) : Merci.
Mme Greenbaum (Mona) : Merci.
Le Président
(M. Tanguay) : Merci beaucoup. Alors, à la demande de notre collègue de Mercier, il vous a permis de compléter votre
réponse. Pour 2 min 30 s, collègue.
M. Khadir : On sait que,
depuis une quinzaine d'années, différentes mesures de nature sociale, mais
aussi législatives ont permis de reconnaître, d'abord, les droits de la communauté
LGBT; ensuite, il y a eu plusieurs, aussi, améliorations
dans toutes sortes de législations entourant l'adoption, entourant l'aide à la
fertilité, appelons-le comme ça. Vous
avez parlé des problèmes, des quatre problèmes essentiels que présente ce projet de loi pour la communauté
LGBT ou plus en général. Maintenant,
si on devait compléter... Parce qu'on
voit que la parentalité, par les exemples que vous avez donnés, la parentalité, la notion de parent est en
évolution dans la société, et les lois, les dispositions législatives n'accompagnent pas cette évolution pour mieux le
baliser, l'encadrer. Si vous aviez à compléter des mesures, c'est-à-dire,
on vous disait : À la place du
ministre, écrivez-nous dans un projet de loi quelques éléments... incluez dans
le projet de loi quelques éléments qui vont venir compléter ce qu'on a
fait depuis 15 ans, ça serait quoi?
Greenbaum (Mona) : Bien,
comme j'ai dit tantôt, c'est sûr que d'avoir des registres centralisés, donc,
des registres sur les donneurs de gamètes,
des registres aussi suivant les différentes technologies de procréation
assistée pour voir leurs impacts à court terme et à long terme sur les
parents, sur les enfants aussi...
J'aimerais
aussi voir potentiellement de la recherche sur les causes d'infertilité. Ça,
c'est une chose qu'on ne discute pas,
mais, on voit, il y a un taux augmentant d'infertilité dans notre société et
puis on ne regarde pas les causes. J'aimerais aussi qu'au Québec ça soit
changé, qu'on puisse avoir accès aux donneurs à identité ouverte. J'aimerais...
Mme Greenbaum (Mona) : Ça veut dire
comme des donneurs qui ne sont pas anonymes.
Mme Greenbaum (Mona) : Oui, c'est
ça. J'aimerais aussi voir, comme on a dit, une discussion autour de la
gestation pour autrui, pour avoir l'encadrement légal et social sur ces
pratiques-là. Aussi sur le consentement. Donc, il y a beaucoup de personnes qui entrent en procréation assistée, qui
sont très dans le rush pour faire des traitements, qui vont signer des
consentements tout de suite, sans savoir exactement qu'est-ce qui est dedans.
Donc, on veut avoir comme un système en place, dans les cliniques, pour accompagner
ces patients, parce qu'ils font des décisions, par exemple, sur les embryons
surnuméraires. Donc, quand on fait une fécondation in vitro, des fois, on a des
extras à la fin.
Le Président (M. Tanguay) : Merci
beaucoup. Merci beaucoup, Mme Greenbaum. Ça a été un bel échange. Ceci met
fin, donc, à la période de temps qui vous est allouée à
titre de représentante
du Conseil québécois LGBT.
Je suspends nos travaux quelques instants.
(Suspension de la séance à 16 h 5)
Le Président (M. Tanguay) : Alors, à
l'ordre, s'il vous plaît! Nous allons poursuivre nos travaux. Nous accueillons
maintenant les représentantes, représentants de l'Association des médecins en
CLSC.
Alors, bienvenue à votre
Assemblée nationale. Vous disposez d'une période de 10 minutes pour faire
votre présentation. Par la suite, vous aurez
un échange avec les parlementaires. Je vous demanderais de bien prendre le
temps de vous identifier et de préciser vos fonctions, et, sans plus tarder, la
parole est à vous.
M. Dion (Sylvain) : Merci, M. le
Président. M. le Président de la commission, M. le ministre de la Santé, Mmes et MM. les parlementaires, je me
présente : Sylvain Dion, je suis médecin de famille à Lac-Etchemin,
dans la belle région de
Chaudière-Appalaches. Je pratique la médecine de famille depuis 27 ans et
j'exerce en CLSC, GMF, UMF et également
en CHSLD, dans mon établissement. Je suis ici, bien sûr, en tant que président
de l'Association des médecins de CLSC du Québec.
Permettez-moi d'abord de remercier la commission
pour l'occasion qui nous est donnée de réagir au projet de loi n° 20
actuellement à l'étude et de débattre avec vous des enjeux liés à
l'accessibilité aux services médicaux de première ligne au Québec.
Je suis accompagné, à ma droite, de la
Dre Catherine Risi, qui est médecin de famille en santé publique en Montérégie et vice-présidente de notre
association; et, à ma gauche, de Dre Adriana Comisso, du CLSC GMF
Sainte-Rose, à Laval. Dre Comisso
pratique aussi dans le programme
clinique jeunesse et planning du CLSC et également en milieu
hospitalier.
Notre association regroupe près de
1 000 médecins de famille oeuvrant en CLSC. Je souligne aussi que
nous comptons dans nos rangs plus d'une
centaine de médecins qui pratiquent en santé publique, dont une majorité a
également une pratique clinique. D'entrée de
jeu, nous tenons à affirmer que nous adhérons à l'objectif de ce projet de loi
qui est d'améliorer l'accessibilité
aux services médicaux de première ligne. Vous comprendrez cependant dans notre
propos que nous rejetons l'approche
proposée par le ministre, et nous voulons échanger avec vous de solutions
combien plus mobilisatrices pour assurer aux Québécois un meilleur accès
à un médecin de famille.
Permettez-moi d'abord de parler de la pratique
de la médecine familiale en CLSC. Les premiers CLSC ont vu le jour il y a plus de 40 ans. Il s'y est développé, au fil des
années, une médecine distinctive intégrant des services de prise en charge et de suivi de patients de tous
âges à une pratique auprès de clientèles spécifiques, ce que nous
appelons les programmes en CLSC. Ce modèle de pratique, nous l'avons nommé le
projet médical en CLSC. Nous voulons ici mentionner
quelques caractéristiques de notre pratique. Nous offrons une médecine globale,
une médecine de proximité souvent dans le milieu de vie des patients, à
la maison, à l'école ou encore dans les milieux de travail. Le travail de collaboration interprofessionnel développé en CLSC
a été à l'avant-garde des pratiques de première ligne actuelles. Nul doute que nos modes de rémunération y sont pour
quelque chose. Finalement, la prévention des maladies et la promotion de
la santé sont des préoccupations constantes de nos médecins.
Les médecins de famill