Health and Social Services — 25 February 2015 (41st Legislature, 1st Session)
CSSS 2015-02-25
Quebec — Committees
ailleurs, le projet de loi, dans son état actuel, risque fort de conduire à un
empiétement du ministère sur la gestion des affaires académiques et la formation des étudiants en sciences de la
santé, qui, selon nous, doit demeurer une prérogative universitaire. Nous devons poursuivre le dialogue
et explorer ensemble des solutions viables qui nous permettront de préserver
la mission cruciale des médecins enseignants et chercheurs.
La formation
en médecine de famille est dispensée dans 48 unités de médecine familiale,
des UMF, rattachées aux quatre
facultés de médecine. Ce sont des centres universitaires, des milieux de soins,
de formation et de recherche et des foyers d'innovation
dans les modèles d'organisation de services. En plus de participer à la
formation de futurs médecins de famille, ces unités prodiguent des soins à un
demi-million de Québécois chaque année. Ensemble, les quatre facultés de médecine québécoises comptent actuellement un peu
plus de 4 000 étudiants aux études médicales de premier cycle et environ 4 000 autres en
résidence, dont un peu plus de 1 000 en médecine de famille. Le réseau d'enseignement couvre tout le Québec et s'étend
dans plusieurs milieux éloignés et ruraux. En plus de participer à la formation
des futurs médecins de famille, ces UMF
prodiguent des soins à un demi-million de Québécois qui y sont inscrits comme
patients et qui peuvent les fréquenter jusqu'à plusieurs fois par année.
La formation des résidents en médecine de
famille nécessite une participation importante et un engagement constant des médecins cliniciens enseignants. Les
stages en résidence de médecine de famille sont répartis entre les milieux de première ligne, par cela je veux dire suivi des
patients, sans rendez-vous, visites à domicile et soins de longue durée, et
les milieux de deuxième ligne en hôpitaux,
soit étages généraux et spécialisés, urgence, soins aux personnes âgées, soins
palliatifs, obstétrique et autres.
Les médecins
de famille cliniciens enseignants jouent également un rôle dans la formation de
premier cycle au doctorat en médecine, leur contribution à la formation
doctorale est essentielle et représente, selon les facultés, entre 20 % et 70 % de l'enseignement total. De
plus, les médecins de famille participent à la formation d'autres
professionnels de la santé tels que
les infirmières praticiennes spécialisées de première ligne et les pharmaciens.
Ils exercent aussi de plus en plus des tâches essentielles dans les
services d'urgence, les soins palliatifs, les soins aux personnes âgées, les
services de santé mentale et bien d'autres milieux.
Alors, à la
lumière de la pénurie de médecins de famille constatée au cours des dernières
années, un effort concerté de tous
les intervenants en collaboration avec le ministère de la Santé et des Services
sociaux nous a permis de valoriser et
de positionner cette spécialité pour en améliorer l'attractivité et favoriser
le généralisme dans la formation médicale. Au cours des 10 dernières années, le nombre d'étudiants entrant au
programme de résidence en médecine familiale a doublé, et nous sommes en
voie d'atteindre notre cible de 55 %. D'après les projections actuelles,
ce nombre continuera d'augmenter pour
loi n° 20 pourrait sérieusement compromettre les gains réalisés quant à la perception positive de la
médecine familiale chez les étudiants comme choix de carrière prometteur
et avantageux.
Vous me permettrez
d'ouvrir une parenthèse sur la
partie II du projet de loi n° 20
qui porte sur les activités cliniques et de recherche en matière de
procréation assistée. Les facultés saluent le désir du ministre de donner davantage
d'importance à l'évaluation éthique des projets de recherche en matière de procréation assistée et également son intention de demander à un organisme compétent comme le Collège des médecins du Québec d'élaborer, si nécessaire, des lignes directrices en matière de procréation
assistée. Toutefois, elles craignent un impact négatif du projet de
loi sur le niveau d'activité dans les infrastructures académiques qui se trouvent dans leurs centres hospitaliers d'enseignement — ça veut dire les CHU. Il faut donc sauvegarder ces infrastructures et leur
mission académique, quel que soit le
mode de financement choisi
pour la procréation assistée.
En conclusion, la Conférence des doyens des
facultés de médecine du Québec soumet six principes, six principes qui doivent être garantis pour que les facultés
envisagent d'appuyer le projet de loi n° 20 : principe 1, la reconnaissance de l'importance cruciale d'une collaboration formelle et soutenue entre le
ministère de la Santé et des Services sociaux, le ministère de l'Enseignement supérieur, de la Recherche
et de la Science et les facultés de médecine dans la transformation du réseau; principe 2, la reconnaissance du
statut de médecin de famille enseignant et chercheur et l'adaptation des exigences cliniques prévues aux exigences académiques; principe 3, la reconnaissance du statut de médecin
spécialiste enseignant et chercheur et l'adaptation des exigences
cliniques prévues aux exigences académiques pour eux aussi; principe 4, la
reconnaissance d'une pratique collective et interdisciplinaire de la médecine
de famille dans les milieux qui font de l'enseignement; principe 5, la reconnaissance
que les milieux cliniques et en particulier les UMF sont à configuration variable et nécessitent donc des ressources adaptées pour répondre aux besoins de
leur population et aux besoins de formation; et principe 6, la reconnaissance que des conditions matérielles
spécifiques sont essentielles si on veut assurer l'accessibilité et une
qualité d'enseignement.
La Conférence
des doyens des facultés de médecine du Québec ne peut donc pas donner son appui
au projet de loi actuel en l'absence de garanties de respect de ces six
principes. De ne pas distinguer d'entrée de jeu que les médecins oeuvrant dans les milieux d'enseignement
pratiquent leur profession selon des paramètres particuliers induirait un
risque élevé de traiter
inéquitablement ces médecins et de les soumettre à des obligations impossibles
à respecter. Au nom de mes collègues
de la Conférence des doyens des facultés de médecine du Québec, nous convions
donc le ministre et le ministère à un
dialogue ouvert et constructif en l'assurant de notre collaboration afin de
faire de ce projet de transformation du réseau de la santé un succès.
Merci beaucoup de votre attention.
Président (M. Tanguay) : Merci beaucoup. Alors, sans plus tarder, débutons la période d'échange. Je cède la parole au ministre de la Santé
pour une période de 14 min 15 s.
Barrette : Merci, M. le Président. Alors, Dr Eidelman, bienvenue.
Dr Boisjoly, Dr Cossette, Dr Bergeron. Alors, merci. Malheureusement, on a moins de temps, alors je vais aller certainement plus
directement au point pour qu'on puisse
avoir un échange productif. Je vais reprendre vos six éléments. Et, pour le
bénéfice des gens qui nous écoutent et des parlementaires qui nous accompagnent, je tiens à informer tout le monde
que, des rencontres sur ces six sujets-là, on en a eu plusieurs, et je
suis convaincu qu'on en aura d'autres.
Je vais
commencer par faire un premier commentaire qui est très important pour moi,
vous pourrez le commenter, là, évidemment je vais vous redonner la
parole. C'est sûr que ce projet de loi là vient modifier la perception que les jeunes étudiants en
médecine peuvent avoir de la médecine de famille, c'est évident, pour une
raison simple, et ce n'est pas à
cause du... C'est à cause du projet de loi, mais c'est incontournable. Et, peu
importe ce qui arrivera ou arriverait, ça
va devoir changer, c'est une finalité. La médecine de famille ne peut plus être
considérée comme étant un véhicule dans
lequel il n'y a pas... où il y a un maximum de qualité de vie puis il n'y a pas
un minimum de responsabilité sociale, hein,
l'état de la médecine de famille doit changer, ça, c'est la première chose. Et
de ne pas appuyer le projet de loi, à mon avis, sur la base du fait que la perception de la médecine de famille va
changer, c'est un mauvais chemin. La perception de la médecine de famille va changer parce que la médecine de famille
doit prendre d'autres voies, la voie du service à la population requis.
Maintenant,
et je vais vous redonner dans quelques instants la parole là-dessus, là, pour
ce qui est de trois de vos éléments,
là, qui sont le statut du médecin de famille en tant qu'enseignant, du médecin
spécialiste en tant qu'enseignant, c'est
évident qu'on le reconnaît, c'est déjà reconnu à bien des égards dans les
ententes avec les fédérations médicales. Le statut de pratique collective, les ressources et les conditions
physiques, ce que j'aimerais entendre de vous, c'est des choses factuelles. Par exemple, vous savez, et je
comprends qu'à ce jour on n'ait pas donné les équivalences, par exemple,
pour ce qui est des pondérations, je le
sais, là, c'est la critique première qui est véhiculée, et elles ne sont pas
données, ces équivalences-là,
maintenant, non pas parce qu'on n'en a pas — mais on va finir par les sortir pendant les
commissions parlementaires — parce qu'on a attendu les commissions
parlementaires pour recevoir vos propositions. Et là, aujourd'hui, bien j'aimerais entendre des propositions. Dans un
esprit de prise en compte de ce qui vient avec la charge d'enseignement,
c'est quoi que vous verriez? Et qu'est-ce
qu'il vous faut comme ressources? Je sais à peu près ce que vous allez
me dire, théoriquement, mais j'aimerais l'entendre.
Le projet de
loi n° 20, là, c'est un projet d'abord de capacité. Et, quand on dit
la capacité, comme je vous l'ai dit la dernière
fois qu'on s'est vus, c'est une question de nombre de patients qu'on voit dans
une année, par jour, pendant un nombre
de jours, une offre de services, une disponibilité, après on l'organise, la
capacité, et on la pondère. Et on prend, et je suis d'accord, en considération que, comme je l'ai dit à plusieurs
reprises, un patient qui est en fin de vie à domicile ne peut pas être compté pour un au même
titre
qu'un adolescent de 18 ans qui voit le médecin parce qu'il a une entorse
après une
partie de football, ce n'est pas
la même chose, on est d'accord avec ça. C'est la même chose pour l'enseignant,
mais en quelque
part il faut des pondérations comme il nous faut des
commentaires précis le plus possible sur ce que vous demandez comme aménagements pour ce qui est des ressources
organisationnelles et physiques, c'est ça que je veux entendre, moi, aujourd'hui, pour que je puisse
adapter le projet de loi à ce que vous faites. Mais à la fin, qui devient le
début, le début est la capacité. Et après ça
je vous poserai une deuxième question, que vous devinez évidemment, mais
j'aimerais ça vous entendre sur les premiers éléments que je viens de dire.
Eidelman (David H.) : Merci
beaucoup. M. le Président, le ministre nous a posé la question au sujet de nos
propositions. La première proposition qu'on
aimerait faire, c'est de renforcer la collaboration entre les facultés de
médecine et le ministère, surtout le
ministère de la Santé et des Services sociaux, pour être sûrs que nous trouvons
des solutions aux problèmes de la
population québécoise, y compris le besoin de capacité, qui sont consistantes
avec la mission éducative, avec le
besoin d'avoir un milieu où on forme bien les futurs médecins et les autres
professionnels de la santé, ça, c'est notre mission numéro un en tant
que doyens, mais nous croyons qu'il y a aussi d'autres choses qu'on peut faire
qui n'apparaît pas du tout dans le projet de
loi actuel, par exemple le rôle des autres professions et
l'interdisciplinarité. Ça, c'est une
méthode et un mécanisme bien prouvé ailleurs qui sert à aider la productivité
des médecins. Et, comme vous savez, comme le ministre va savoir et les
autres médecins présen