Public Finance — 10 June 2020 (42nd Legislature, 1st Session)
CFP 2020-06-10
Quebec — Committees
(Onze
heures trente et une minutes)
Le Président (M. Simard) :
Bienvenue à toutes et à tous. Je constate que nous avons quorum, nous pouvons
donc débuter nos travaux.
Comme
vous le savez, la commission est réunie afin de poursuivre les consultations
particulières et auditions publiques sur le projet de loi n° 61,
Loi visant la relance de l'économie du Québec et l'atténuation
des conséquences de l'état d'urgence sanitaire déclaré le 13 mars 2020 en
raison de la pandémie de la COVID-19.
la secrétaire, bonjour. Y a-t-il des remplacements aujourd'hui?
Secrétaire : Oui, M. le Président. Alors, M. Derraji
(Nelligan) est remplacé par Mme Thériault (Anjou—Louis-Riel) et M. Fortin (Pontiac) est remplacé par
Mme Nichols (Vaudreuil).
Président (M. Simard) : Très bien.
Président (M. Simard) : Il n'y a pas de quoi, M. le député de
La Pinière.
Ce matin, nous entendrons le Barreau
du Québec. Nous avons l'honneur ce matin de recevoir Me Paul-Matthieu
Grondin, bâtonnier — bienvenue,
monsieur — accompagné
de Me Sylvie Champagne, secrétaire et directrice.
Bienvenue
à vous deux. Vous savez que vous disposez d'une période de 10 minutes.
Nous vous écoutons.
M. Grondin
(Paul-Matthieu) : Alors, M. le ministre, M. le Président, Mmes et MM.
les députés, je vous remercie pour votre invitation.
Alors,
je m'appelle Paul-Matthieu Grondin. Je suis bâtonnier du Québec. Je suis
accompagné de Me Sylvie Champagne, qui est secrétaire de l'ordre et
directrice du Secrétariat de l'ordre et des Affaires juridiques du Barreau du
Québec.
J'aimerais commencer en disant que le
Barreau appuie la volonté du gouvernement de vouloir relancer l'économie
mais considère qu'elle devrait notamment être mise en équilibre avec diverses
préoccupations en regard des nouveaux
pouvoirs octroyés au gouvernement par le prolongement indéfini de l'état
d'urgence sanitaire, l'adoption de
nombreuses mesures d'atténuation par décret et l'immunité de poursuite conférée
au gouvernement. Alors, je m'explique.
Tout
d'abord, le projet de loi propose que l'état d'urgence sanitaire qui a été
déclaré par le gouvernement le 13 mars soit prolongé indéfiniment, jusqu'à
ce que le gouvernement décide d'y mettre fin.
article est au coeur de nos préoccupations. Cette mesure va en effet
directement à l'encontre de ce qui est normalement
prévu par la
Loi sur la santé publique, qui précise que le gouvernement ne peut
déclarer l'état d'urgence sanitaire que par période de 10 jours.
Barreau du Québec comprend que les règles mises en place dans la
Loi sur la santé publique visent à atteindre l'objectif de la loi. Or, les pouvoirs octroyés au gouvernement par la
Loi sur la santé publique sont larges. Ils incluent notamment le pouvoir
de faire des dépenses et de conclure des contrats que le gouvernement juge
nécessaires de même que d'ordonner toute autre mesure nécessaire pour protéger
la santé de la population. Ces larges pouvoirs doivent avoir un contrepoids qui
permet de mettre en balance les règles habituelles prévues aux lois avec les
mesures exceptionnelles que le gouvernement pourrait imposer en temps de
pandémie.
L'inconvénient pour
le gouvernement de devoir renouveler l'état d'urgence aux 10 jours est
relativement faible, et je dirais même insignifiant, comparativement aux
risques d'affaiblissement significatif des contre-pouvoirs d'un État de droit
tel que nous le voyons dans le présent projet de loi. Cela est d'autant plus
vrai dans le contexte actuel du déconfinement où les activités habituelles de
la population reprennent progressivement.
D'ailleurs, une
vérification des lois applicables dans les autres juridictions canadiennes nous
indique que les déclarations d'urgence sanitaire qui octroient de tels pouvoirs
au gouvernement sont toutes limitées dans le temps, et, pour le moment, nous
n'y avons constaté aucune exception.
De plus, le projet de loi accorde
d'importants pouvoirs à l'exécutif, qui peut notamment déterminer que toutes
les règles prévues dans les lois ou les
règlements ne s'appliquent pas afin de prévenir ou d'atténuer toutes
conséquences découlant de la pandémie de la COVID-19. Le gouvernement
peut également soustraire certains contrats aux normes prévues par la LCOP.
Ces mesures devraient faire l'objet d'un
contrôle accru par l'Assemblée nationale. Si un règlement permet normalement de préciser les modalités
d'application d'une loi, il ne devrait pas avoir pour objet de définir les
concepts fondamentaux en vertu desquels elle sera appliquée ou bien en
exclure tout simplement l'application.
Nous sommes préoccupés par le fait que la
pandémie de la COVID-19 puisse être invoquée pour permettre d'outrepasser ces
règles qui constituent maintenant l'un des piliers de la lutte contre la
corruption et la collusion.
ailleurs, le projet de loi confère une immunité de poursuite au gouvernement,
ministres, organismes publics et toute autre personne pour des actes
accomplis de bonne foi dans l'exercice des pouvoirs qui leur sont conférés.
On retrouve
une immunité similaire dans la
Loi sur la santé publique, elle qui octroie de
larges pouvoirs, mais uniquement
relativement à des enjeux de santé publique, et les décisions
qui pourraient être attaquées sont normalement prises rapidement dans le
cadre d'une déclaration d'urgence sanitaire de 10 jours.
Le présent projet de loi a un champ d'application
beaucoup plus large, beaucoup plus étendu et propose que l'état d'urgence sanitaire soit prolongé
indéfiniment. Nous n'avons pu identifier aucune exigence temporelle à ce qu'une
telle immunité soit octroyée.
On trouve effectivement au projet de loi une
panoplie de pouvoirs attribués au gouvernement ou à d'autres organismes afin de favoriser la relance de l'économie,
objectif avoué du projet de loi. L'on n'a qu'à penser aux 202 grands
chantiers d'infrastructures qui feront l'objet de mesures d'accélération.
Ainsi, les entreprises
qui participeront aux travaux de ces grands chantiers bénéficient-elles de
cette immunité? Quelles sont les réelles limites d'une immunité de
poursuite mise en place dans un projet de loi qui ratisse si large et qui donne
de si grands pouvoirs à l'exécutif?
Si l'immunité de poursuite doit absolument se
retrouver dans ce projet de loi, elle devrait être rédigée de la même façon que
celle prévue à l'article 123 de la
Loi sur la santé publique. En effet, le
changement de termes dans le libellé laisse
croire qu'il existe une intention de modifier la portée de l'immunité puisque,
l'adage le dit, le législateur
ne parle pas pour ne rien dire.
M. le Président, voilà qui fait le tour des enjeux principaux que le Barreau voulait
aborder avec vous dans le cadre des consultations sur le projet de loi n° 61. Je tiens à vous remercier de l'invitation, et, puisqu'il
me reste quelques secondes, probablement, j'aimerais féliciter la secrétaire de
l'ordre pour son travail dans la production de ce mémoire ainsi que Nicolas,
Réa et Anna, qui nous écoutent probablement en ce moment. Merci beaucoup à
vous.
Président (M. Simard) : Alors, M. le bâtonnier, vos bons mots sont
très certainement déjà rendus. Merci de l'avoir fait, cela vous honore.
Je cède maintenant la parole au président du
Conseil du trésor.
M. Dubé : Merci, M. le
Président. Alors, M. Grondin, Mme Champagne, merci de vous être,
premièrement, libérés sur un avis, sur un délai aussi court. Alors, merci
d'être là, parce que votre opinion et cette consultation-là est très importante
pour nous. Vous connaissez très bien ce qu'on vit au Québec depuis plusieurs
mois, et ce projet de loi là est excessivement
important pour notre gouvernement, pour l'ensemble des Québécois, parce qu'on
doit trouver rapidement des
solutions, et, justement, l'accélération de nos infrastructures est un élément
clé de notre plan de relance. Alors, j'apprécie votre présence.
Et je vous
dirais, d'entrée de jeu, qu'après avoir déjà eu quelques consultations et du
travail avec l'opposition, où on a commencé par un...
deux briefings techniques la semaine dernière, je vous dirais que je n'ai
pas vraiment de grande surprise de vos commentaires,
mais je voudrais quand même en discuter ou peut-être expliquer certains éléments
pour obtenir peut-être un peu de précision sur ce que vous suggérez comme
changements. Parce que, je l'ai bien mentionné puis je l'ai dit plusieurs fois,
ce projet de loi là, il est perfectible parce que, dans un état de crise, il ne
faut pas attendre d'avoir la perfection pour
prendre une décision. Il faut mettre quelque chose sur la table, être capable
d'obtenir les commentaires de ceux avec qui on travaille. C'est comme ça qu'on
a travaillé dans cette crise-là depuis le
début. Alors, aujourd'hui, d'avoir la chance de... d'entendre vos commentaires,
pour moi, je vais prendre tout le temps nécessaire pour vous écouter.
Bon, sur la question de la prolongation
indéfinie, bon, je pourrais vous donner un ensemble de raisons, mais il y en a
une qui nous avait, je dirais, guidés vers cette... de garder la période
ouverte, on peut dire «indéterminée», «indéfinie», il y avait une question de
prévisibilité, ce qu'on a trouvé difficile pour plusieurs des décisions qu'on a
eues à prendre dans les premiers mois, puis je vous donne un exemple.
Prenons, par exemple, l'éducation, l'école. Vous
savez, quand on tombe en période de pandémie, une des premières choses qu'on a réalisées avec la Santé publique, c'est qu'on
regarde le bassin de population qui peut bouger, qui doit être distancé, puis on tombe rapidement, lorsqu'on prend le
domaine des affaires, à 1,5 million de travailleurs, qu'ils soient dans le commerce, etc. Mais, quand on
y rajoutait les enfants, on tombe déjà à un autre million de personnes. Ça... Le nombre de personnes qui
étaient impliquées dans les décisions qu'on prenait était immense, hein?
On se comprend?
Puis, lorsqu'on avait à prendre des décisions sur
la distanciation, comment on pouvait minimiser des infections, il
fallait toujours avoir en tête pour qui on le faisait pour être capables de
prendre les bonnes décisions. Est-ce qu'on rouvre les écoles plus tôt? Est-ce qu'on ferme?
Est-ce qu'on laisse les commerces fermés? Vous me suivez, là? C'était
toujours de... C'est facile de confiner, mais le déconfinement est beaucoup
plus difficile que le confinement. Ça, je pense que tout le monde comprend ça
aujourd'hui.
Le point que je veux
faire, c'est qu'on a essayé, avec cet élément du projet de loi là, de se donner
un peu de prévisibilité, avec l'élément dont vous parlez, là, pour fixer la
période. J'aimerais vous entendre. Parce que c'est sûr qu'on a un petit peu
plus d'expérience, là, de comment on a vécu la pandémie de cette première phase
là, mais je dois vous dire... puis je pense qu'on ne doit pas se le cacher, je
pense qu'il faut bien gérer ce qui s'en vient. On aura probablement une deuxième
phase. On le voit un peu partout, que ce soit en Europe, en Asie, que ce soit
en Australie, on voit qu'il n'y a rien encore de stabilisé. Puis ceux
qui l'ont connu avant nous vont probablement nous indiquer un peu ce qu'on va vivre dans les prochains mois. Je
ne veux pas être le prophète de malheur, mais je pense qu'il faut être
réaliste.
Donc, cette notion-là
de prévisibilité nous a guidés de la façon dont on voulait se garder une
réserve d'avoir le plus de flexibilité possible sur la période de crise
sanitaire pour être capable de dire... Le ministre de l'Éducation, quand il prend une décision, bien, il se dit :
O.K., je vais être encore en période sanitaire, donc comment je peux prendre
mes décisions par rapport aux écoles, par exemple? Vous me suivez?
Alors, aujourd'hui,
quand... J'entends et je vois vos commentaires. Vous me dites : On
devrait... ce n'est pas ça que vous dites, mais on devrait l'enlever, on
devrait revenir à la règle de... Mais comment vous pouvez nous aider, comme gouvernement, à s'assurer