Transportation and the Environment — 11 May 2017 (41st Legislature, 1st Session)
CTE 2017-05-11
Quebec — Committees
(Onze heures quatorze minutes)
Le Président (M. Iracà) : À l'ordre,
s'il vous plaît! Ayant constaté le quorum, je déclare la séance de la Commission des transports et de l'environnement ouverte. Je demande à toutes les personnes dans
la salle de bien vouloir éteindre la sonnerie de leurs téléphones
cellulaires et appareils électroniques.
La commission
est réunie afin de poursuivre les auditions
publiques dans le cadre des consultations particulières sur le projet
de loi n° 132, Loi concernant la conservation des milieux humides et
hydriques.
Mme la secrétaire, y a-t-il des remplacements?
Secrétaire : Oui, M. le Président. M. Boucher (Ungava) sera
remplacé par M. Chevarie (Îles-de-la-Madeleine); M. Bourgeois
(Abitibi-Est), par M. Habel (Sainte-Rose); et Mme Vallières (Richmond), par M.
Auger (Champlain).
Président (M. Iracà) : Merci beaucoup. Cet avant-midi, nous
n'entendrons qu'un seul groupe, l'Union des producteurs agricoles. Et je
vous souhaite la bienvenue chez nous, chez vous. Et je souhaite la bienvenue,
donc, aux représentants. Je vous demande de
bien vouloir vous présenter, ainsi que les personnes qui vous accompagnent. Je
vous rappelle que vous disposez de 10
minutes pour votre exposé. Par la suite, nous procéderons à une période
d'échange avec les membres de la commission. Alors, sans plus tarder, la
parole est à vous.
M. Caron
(Martin) : Merci bien. Tout
d'abord, je me présente, Martin Caron, deuxième vice-président à l'UPA provinciale des producteurs
laitiers et céréaliers à Louiseville, en Mauricie.
M. Marmen
(Simon) : Simon Marmen,
Confédération de l'Union des
producteurs agricoles, Direction recherches et politiques agricoles.
M. Forest (Stéphane) : Stéphane
Forest, avocat à la confédération.
M. Caron
(Martin) : Sans plus tarder, bien, nous allons commencer. Merci bien de nous accueillir. D'ailleurs,
au nom des producteurs agricoles et forestiers, merci de vouloir écouter
nos propos face au projet de loi n° 132. Entre autres, je vous dirais qu'il y a un grand intérêt
par rapport à ce projet de loi là. Il faut mentionner qu'il y a des
dizaines de milliers de producteurs
agricoles qui vont avoir un impact parce que ces milieux-là se retrouvent sur
les terres agricoles ou au niveau des boisés.
L'importance écologique des milieux humides et
hydriques fait l'unanimité, de même que la nécessité d'assurer la protection.
Le projet de loi soulève toutefois de nombreuses questions. Par rapport à ça,
il y a peut-être différentes inquiétudes,
entre autres au niveau de la modification proposée, entre autres, en effet,
d'accorder le quasi-statut d'aire
protégée à certains milieux humides se trouvant sur les terres agricoles ou sur
les terres privées. C'est peut-être un aspect que, pour nous, au niveau
de cet élément-là, on dit qu'il y a peut-être un risque d'expropriation déguisée,
et on va vous en faire part.
J'ai huit
points à vous faire part, dont la conclusion. J'y vais, en premier lieu, avec
les pièces manquantes pour mieux
comprendre. Nous reconnaissons l'importance des milieux humides et hydriques,
mais nous nous inquiétons sur des impacts du projet de loi en l'absence
d'informations fondamentales. En effet, il a été mentionné dans certaines communications du ministère que la liste des
activités à risque négligeable et celle des activités à risque faible
seraient inscrites dans le règlement qui
rentrerait en vigueur dans les 12 mois prochains. Connaître ces éléments
pourrait réduire les inquiétudes des
entreprises agricoles et forestières tout en leur offrant dès maintenant une
prévisibilité dans la conduite de
leurs affaires pour l'avenir. Donc, une des choses qu'on demande, l'union
demande de préciser les intentions réglementaires du gouvernement dès
maintenant pour offrir une vue d'ensemble du projet de loi et de ses impacts
aux propriétaires agricoles et forestiers.
Un autre
élément qu'on veut vous amener, c'est les définitions des milieux humides et
hydriques. Nous constatons que les fossés n'ont pas été inclus dans la
définition des milieux humides et hydriques. Cela, pour nous, c'est assez
important, entre autres, et la proposition qu'on vous fait de ce côté-là,
c'est : Dans ce contexte, pour éliminer toute confusion, nous demandons que le plan régional des milieux humides et
hydriques auquel on fait référence soit élaboré en considérant la
définition du nouvel
article 46.01 de la
Loi sur la qualité de
l'environnement.
Un autre
point qu'on parle, au niveau des transferts de la responsabilité de la
délimitation et de la catégorisation des
milieux humides et hydriques au monde municipal. Ce projet de loi est ambigu à l'égard
de l'instance municipale devant élaborer le plan régional. Le deuxième alinéa de
l'article 15 remet cette responsabilité aux MRC, alors que
l'article 15.3 suggère que cela
concerne les municipalités. Il est également prévu que l'élaboration de ces plans
devrait minimalement se faire en consultant les organismes de bassins
versants ainsi que les tables de concertation régionales. Selon nous, cela est
insuffisant.
Les choses
qu'on propose : de préciser l'article 8 du projet de loi,
introduisant notamment l'article 15 et 15.3, que l'élaboration d'un plan régional des milieux
humides et hydriques relève de la compétence des MRC, et non pas celle
des municipalités locales. Et un autre
ajout, au niveau de l'article 15.3 de la Loi affirmant le caractère collectif
des ressources en eau et visant à
renforcer leur protection, que l'association accréditée représentant les
producteurs agricoles et forestiers ainsi que les comités consultatifs
agricoles des MRC doivent obligatoirement être consultés.
Autre point,
nouveau régime d'autorisation pour l'intervention en milieu humide et hydrique.
La perspective de moduler
l'encadrement réglementaire selon le risque est, selon nous, souhaitable et
raisonnable. Les activités agricoles et sylvicoles doivent être traitées distinctement de certaines activités
telles que l'urbanisation. L'approche est donc potentiellement intéressante dans la mesure où la catégorisation du
risque pour chacune des activités est adéquatement déterminée. Par ailleurs, il existe déjà des
guides à ce propos, particulièrement en matière sylvicole. Et, au besoin, au
niveau des autres règles, on pourrait voir à
offrir notre collaboration pour faire... Et, d'ailleurs, on sait qu'il y a
quelques groupes qui sont intéressés à faire ces guides-là.
Donc, la demande qu'on fait, c'est d'établir,
par un règlement d'application déterminant le niveau de risque associé à chaque
type de projet, que les activités et sylvicoles présentent, de manière
générale, un risque faible ou négligeable.
Autre chose, de collaborer avec l'union pour établir les règles d'application
afin d'optimiser les travaux et de s'assurer,
par des mesures complémentaires au projet de loi, le transfert de ces
connaissances-là ainsi que l'adoption de bonnes pratiques agricoles.
Autre point,
compensation financière comme condition préalable à la délivrance d'une
autorisation. Il est mentionné dans l'un des communiqués de presse par
le ministère que certaines activités agricoles et sylvicoles pourraient être exemptées de la compensation, compte tenu de leur
caractère réversible. Là encore, nous sommes très favorables à la prise en compte de cette importante distinction. Nous
demandons d'exempter les activités agricoles et sylvicoles du versement d'une compensation financière comme condition
autorisant une intervention dans un milieu humide, compte tenu de leur
caractère réversible et du faible risque qu'elles représentent.
Autre point, sur l'aménagement de nouveaux
milieux humides et hydriques en milieu agricole et forestier, comme prévu au projet de loi, le principe d'aucune
perte nette de milieu humide exigera la création de nouveaux milieux
humides en contrepartie de ceux qui auront été détruits ou perturbés.
Cette
éventualité soulève des inquiétudes chez les producteurs agricoles et
forestiers. L'une de nos appréhensions à l'égard de la création de nouveaux milieux humides et hydriques concerne
les restrictions parfois sévères d'intervention imposées aux fins de
leur protection.
Le mauvais drainage des terres agricoles conduit
à de nombreux problèmes tels que la compaction, la perte d'efficacité des engrais, la croissance déficiente
des cultures ainsi que la vulnérabilité accrue aux insectes et aux
maladies. Le maintien de bonnes conditions hydrologiques est fondamental pour
l'agriculture. Dans ce contexte, lorsqu'ils... en aménagement dans le secteur où l'agriculture est présente, il ne
faudrait pas négliger de procéder, au besoin, à des entretiens
périodiques et d'éviter qu'avec les années les zones humides causent des contraintes
au niveau du bon drainage des terres agricoles.
Compte tenu de ce qui précède, notre demande,
c'est de n'envisager l'aménagement ou la restauration d'un milieu humide ou
hydrique en zone agricole et forestière qu'après avoir procédé à une étude d'impact
sur le milieu avoisinant et après avoir maintenu une bonne condition de
drainage pour les propriétés voisines.
Dernier point
avant la conclusion, compensation financière pour la protection des milieux
humides et hydriques. Le droit de
propriété est un droit fondamental dans notre société. La Charte des droits et
libertés de la personne stipule à l'article 6 :
Toute personne a le droit de la jouissance paisible et à la liberté...
disposition de ses biens, sauf quand les mesures prévues à la loi... Il y a donc forcément une limite aux contraintes
pouvant être imposées au propriétaire et l'empêchant de profiter de son bien. Or, à ces mesures de
protection qu'il adopte, le gouvernement obligerait certains citoyens à
laisser à l'état naturel une
partie plus ou moins grande de leur propriété au
bénéfice de la collectivité. Obliger le propriétaire à aménager l'équivalent d'une aire protégée sur sa propriété, et cela sans
compensation, c'est de l'expropriation déguisée. Donc, notre demande, c'est d'établir des règles de compensation
équitables pour les propriétaires qui devront protéger ces milieux
humides au bénéfice de la collectivité.
J'arrive à ma
conclusion. Juste pour vous mentionner qu'on est tous là, au niveau de la
protection des milieux humides et
hydriques. Les producteurs agricoles, depuis longtemps, s'associent et
collaborent à la protection environnementale et au niveau de la faune aussi. Mais, je vous dirais, il ne faut jamais
oublier les impacts que ça a parce que ces fonciers-là, ça appartient au niveau des producteurs agricoles. Et
de plus en plus qu'on met des exigences, bien, ça amène une lourdeur
administrative aussi. Et on a juste à penser aussi l'impact que ça a sur nos
entreprises présentement. Qu'on parle du développement
urbain, entre autres, qu'on parle des développements publics, ça passe souvent
sur les terres agricoles.
Le Président (M. Iracà) : 40
secondes, M. Caron.
M. Caron
(Martin) : Et le reste,
l'impact majeur présentement qu'on vit par rapport à nos exploitations agricoles,
c'est que, si on veut vraiment augmenter nos
superficies, bien, on a une problématique présentement parce que, si on
regarde par rapport au REA, entre autres,
l'interdiction de l'accroissement de nos superficies, ça, ça a un impact
majeur. Donc, on est restreints sur nos terres
agricoles, mais on ne peut pas accroître nos terres agricoles. Et vous savez
sûrement que nos terres agricoles, c'est un des premiers outils qu'on a au
niveau des producteurs agricoles. Merci.
Le Président (M. Iracà) : Merci
beaucoup. Alors, nous allons débuter un bloc d'échange avec la
partie
gouvernementale, et je cède immédiatement la parole à M. le ministre.
Heurtel : Merci, M. le Président. Bonjour, messieurs. Merci pour votre présentation ainsi que votre
mémoire. Je veux dire, je veux juste
comprendre, là, de façon générale, puis ap