Labour and the Economy — 28 May 2018 (41st Legislature, 1st Session)
CET 2018-05-28
Quebec — Committees
(Quatorze heures six minutes)
Présidente (Mme Richard) : Bonjour. Je nous souhaite un bel après-midi.
Et, ayant constaté le quorum, je déclare
la séance de la Commission de
l'économie et du travail ouverte. Je
demande à toutes les personnes présentes dans la salle de bien vouloir
éteindre la sonnerie de leurs appareils électroniques.
La commission
est réunie afin de poursuivre les consultations
particulières et auditions publiques
sur le projet de loi n° 176, Loi
modifiant la
Loi sur les normes du travail et d'autres dispositions
législatives afin principalement de faciliter la conciliation famille‑travail.
M. le secrétaire, y a-t-il des remplacements?
Secrétaire : Oui, Mme la Présidente. M. Picard
(Chutes-de-la-Chaudière) remplace M. Lamontagne (Johnson).
La Présidente (Mme Richard) :
Merci. Nous entendrons cet après-midi le Syndicat de la fonction publique et
parapublique du Québec, la Fédération interprofessionnelle de la santé du
Québec, la Coalition pour la conciliation famille-travail-études,
la Fondation des entreprises en recrutement de main-d'oeuvre agricole
étrangère, FERME, et enfin Action Travail des femmes.
Donc, nous
allons débuter et nous recevons maintenant le Syndicat de la fonction publique
et parapublique du Québec. Madame
messieurs, bienvenue à l'Assemblée nationale. Je vous rappelle que vous
disposez d'un temps maximal de
10 minutes pour faire votre exposé. Par la suite suivra un échange avec
les parlementaires. Et je pense que c'est M. Audy qui allez prendre
la parole. Est-ce que c'est ça? La parole est à vous, M. Audy.
M. Audy (Patrick) : Merci
beaucoup aux membres de la commission. C'est un plaisir d'être parmi vous aujourd'hui. Donc, je vous présente les personnes
qui m'accompagnent, donc, à côté, ma consoeur à ma gauche, Maryse Rousseau, vice-présidente, responsable de la
condition féminine, au syndicat. Et je suis accompagné du conseiller
politique à la défense des services publics et à la recherche,
M. Gabriel Arruda.
Le Syndicat
de la fonction publique et parapublique du Québec est un syndicat qui
représente 40 000 personnes. Nous,
on représente surtout les travailleuses et travailleurs du secteur public
québécois. On est aussi, comme organisation syndicale, engagés comme un
acteur social. Et c'est un peu à ce
titre qu'on est ici aujourd'hui en
commission.
Donc, depuis
2002, depuis la dernière réforme, la transformation du travail, elle a beaucoup
évolué depuis ce temps-là. Ce qu'on
doit signaler, le vieillissement de la population, par exemple, qui a exposé le
nombre d'aidants naturels, la venue de la nouvelle technologie, la
précarité inquiétante qu'on doit remarquer chez les jeunes et chez les femmes,
notamment, et les normes du travail couvrent environ 1,9 million de
personnes au Québec.
Comme acteur
social, le SFPQ, on est engagés dans la Campagne 5-10-15. Je vous rappelle,
cette campagne met de l'avant, en fait, de connaître son horaire de
travail cinq jours d'avance, de bénéficier de 10 jours de congé pour responsabilités familiales ou pour la santé et
fait la promotion d'un salaire minimum à 15 $ de l'heure. Nous sommes
aussi actifs dans la coalition conciliation
travail-famille-études, qui, maintenant, cette coalition-là, représente plus de
2 millions de personnes. Et on est aussi membres de la l'Intersyndicale
des femmes, qui ont pris plusieurs fois position sur la place publique sur la
question du harcèlement sexuel en milieu de travail.
Donc, le SFPQ
accueille positivement les amendements proposés dans ce projet de loi là. Par
contre, on y voit certaines lacunes.
On trouve aussi que ça manque un petit peu d'ambition. Donc, c'est pour ça que
notre mémoire propose 14 recommandations
sur les angles suivants, donc : les pauses rémunérées, le congé annuel, le
contrôle du temps de travail, les
clauses de disparité de traitement, les congés de maladie pour responsabilités et pour responsabilités familiales et le rôle de la Commission des
normes, de l'équité, de la santé et la sécurité au travail, qu'on appelle la
CNESST.
Concernant
les pauses, ce que nous, on propose
comme amendement... Loin d'être du temps perdu, les pauses sont un moment privilégié pour retrouver la
concentration et l'intérêt dans les tâches à effectuer, comme le laissent
présager certaines études en psychologie. Donc, on en fait mention
dans notre mémoire. Donc, nous, ce qu'on propose, c'est une pause rémunérée de 15 minutes pour les
périodes de travail d'au moins quatre heures et de deux pauses rémunérées
pour les périodes de travail de 6 h 30 min.
congé annuel rémunéré, ce qu'on appelle aussi les vacances. Donc, malheureusement, les propositions qu'il y
a dans le projet de loi actuellement n'amènent malheureusement pas le Québec
en peloton de tête. Si on se compare à d'autres
juridictions qui ont des productivités comparables à celle du Québec, notamment
le Royaume-Uni, l'Allemagne, la Suisse et
l'Australie, ces juridictions ont le double de vacances annuelles offert à
leurs travailleurs. Donc, dans ce contexte,
ce que nous, on propose, après une année de service, ça serait trois semaines
de vacances rémunérées, et après cinq
années de service continu chez le même employeur, quatre semaines de vacances
payées. C'est ce qu'on propose dans notre mémoire.
contrôle du temps de travail. Alors, évidemment, le déclin de l'emploi stable à temps plein auprès d'un seul et même employeur amène des nouvelles problématiques.
Un nombre croissant de travailleuses et de travailleurs doit désormais
conjuguer avec des horaires atypiques avec multiples employeurs afin de combler
les fins de mois ou pour concilier les rémunérations avec les études. En 2013,
c'est quatre personnes sur 10 qui occupaient ce genre d'emploi.
Donc,
concernant les heures supplémentaires, nous, on pense que des mesures devraient
préciser que ce droit de refus de
travail après des horaires habituels doit être accompagné de garanties que les
personnes salariées ne seraient pas victimes de pénalités ou de
représailles.
Par ailleurs, le droit de refuser de travailler fait reporter le poids des décisions
sur les épaules des personnes salariées et non sur celles de l'employeur. Ainsi, afin d'équilibrer cette
relation, il faudrait instaurer un véritable droit de connaître son horaire de travail d'avance, tel que formulé
par la Campagne 5-10-15. Une telle mesure est loin d'être irréaliste. Par
exemple, en Saskatchewan, c'est entaché dans la loi et c'est sept jours
avant le travail qu'on doit divulguer, dans
le fond, l'horaire de travail. Les
normes de travail devraient introduire le droit de refuser de faire des heures
supplémentaires pour conflit d'horaire avec un autre employeur ou pour
les études.
clauses de disparité de traitement. Donc, nos partenaires de la FTQ estimaient
qu'en 2016 150 personnes étaient touchées
par ces clauses. Donc, même l'article 32 du projet de loi interdit les
clauses de disparité de traitement relatives aux régimes de retraite et aux autres avantages sociaux. Bien qu'il s'agisse
d'une grande avancée pour l'ensemble des travailleuses et travailleurs,
nous, en tout cas, on considère que les clauses de mesures transitoires
devraient être interdites.
Congés
pour maladie ou responsabilités familiales. Donc, dans la loi, on introduit deux
jours de congé rémunéré pour cause de
maladie et pour responsabilités familiales. C'est quand même une avancée dans la
bonne direction, mais c'est loin des
10 jours réclamés par plusieurs personnes au Québec. On pense que cette
mesure-là, d'avoir 10 jours de congé rémunéré pour responsabilités familiales ou pour maladie, favoriserait surtout
les plus bas salariés de notre société. Puis, en absence de rémunération, effectivement, ça accentue les inégalités sociales et au niveau
de la santé. Donc, afin de faciliter la conciliation travail-famille, en
plus, ce que nous, on propose aussi, ces congés devraient être aussi
fractionnés en demi-journées ou en heures
sans avoir besoin du consentement de l'employeur, comme c'est actuellement proposé dans le projet de loi.
rôle de la CNESST. Donc, nous, on propose une meilleure vérification puis un meilleur mode de prévention au niveau de la Commission
des normes du travail. Donc, si on améliore ces facettes... ne constitue une
réelle avancée qu'à condition
qu'elles soient connues par les personnes salariées. Donc, même si on met de
l'avant des nouvelles normes, si elles
ne sont pas connues des salariés ou si elles ne sont pas respectées des
employeurs, malheureusement, ces avancées seront vaines.
plus récente étude de la Commission des normes avait établi que 58 % des personnes salariées sont
victimes d'au moins une infraction aux
normes du travail, et 62,4 % des personnes salariées victimes d'au moins
trois infractions ont l'impression
que leur employeur respecte la loi. Le SFPQ, on fait deux constats, donc, qu'il
semble y avoir plus d'efforts pour la
diffusion et la vulgarisation déjà entreprise par... La CNESST devrait aller
plus loin dans sa façon de mettre de l'avant
ces réformes. Dans un deuxième temps, l'institution doit jouer un rôle plus
actif dans la défense des droits des travailleuses
et des travailleurs. Comme solution, on propose le délai de carence... de le
faire passer de 45 jours à 90 jours pour le dépôt d'une
plainte.
CNESST devrait jouer un rôle plus actif et préventif dans l'application des normes
du travail. Ce rôle plus actif devrait se manifester par le recours plus
systématique aux activités de surveillance et d'inspection. En ce sens, la CNESST devrait favoriser les enquêtes programmées,
c'est-à-dire des enquêtes menées par des inspections du travail sans que
des plaintes ou des dénonciations ne soient portées à son attention. En fait,
en Ontario, ils ont adopté le projet de loi
n° 148 en novembre 2017. Donc, dorénavant, les agents des normes d'emploi
effectuent de nombreuses inspections proactives.
Il peut aviser l'employeur par écrit de sa visite, mais il n'est pas tenu de le
faire selon la loi. Et leur cible est d'inspecter un employeur sur 10
par année.
Donc,
en conclusion, on considère quand même que c'est un pas dans la bonne direction.
L'encadrement par les agences de
placement... Par exemple, les mesures de conciliation travail-famille déjà
proposées, on le souligne, c'est quand même
important. Mais, quand même, deux réformes, en 1990 et celle de 2002... c'est
quand même des délais très longs. On voudrait
que ce délai-là soit quand même plus court dans le temps. Mais on voudrait
quand même que les bonifications actuelles soient plus actuelles, soient
plus, disons, courageuses un petit peu.
La Présidente (Mme Richard) : Merci beaucoup, M. Audy. On va
débuter la période d'échange. Mme la ministre, c'est à vous la parole.
Mme Vien :
Merci beaucoup, Mme la Présidente. Merci, M. Audy. Merci aussi aux gens
qui vous accompagnent.
Contrairement
à vous, moi, je trouve que nous avons une pièce législative qui est courageuse.
Très sincèrement, je pense qu'on a
fait le maximum que nous pouvions. Et effectivement, si on est en commission
parlementaire, c'est qu'on est quand
même à l'écoute des commentaires, des suggestions. Peut-être y a-t-il des
éléments qui nous ont échappé quand on a rédigé le projet de loi. Mais, ceci étant dit, M. Audy, je pense
qu'on a devant nous une pièce législative qui est costaude, qui est importante et, comme vous l'avez si bien
souligné, d'ailleurs, qui contient plusieurs éléments excessivement
positifs.
J'aurais deux ou trois questions pour vous. La
première, c'est au mouvement auquel vous adhérez, dont on a beaucoup entendu
parler aussi, cette campagne du 5-10-15. Évidemment, vous le constatez comme moi,
on ne va pas nécessairement
là où vous souhaiteriez que l'on soit aujourd'hui. Mais je pense quand même
qu'on a fait des avancées assez importantes,
comme le fait, par exemple, de