Health and Social Services — 2 May 2017 (41st Legislature, 1st Session)
CSSS 2017-05-02
Quebec — Committees
Président (M. Merlini) :
Alors, à l'ordre, s'il vous plaît! À
l'ordre, s'il vous plaît! Bienvenue à
la salle de l'Assemblée nationale. Ayant constaté le quorum et l'heure, je déclare donc la séance de la
Commission de la santé et des
services sociaux ouverte. Je demande à toutes les personnes dans la salle de
bien vouloir éteindre la sonnerie de leurs téléphones cellulaires et autres
appareils électroniques qui pourraient déranger l'importance de nos travaux.
La commission
est réunie ce matin et cette journée afin de procéder à l'étude des crédits
budgétaires du volet Santé et accessibilité aux soins du portefeuille
Santé et Services sociaux pour exercice financier 2017-2018. Une enveloppe
de 12 heures a été allouée pour l'étude de ces crédits.
Mme la secrétaire, y a-t-il des remplacements ce
matin?
Secrétaire : Oui, M. le Président. M. Poëti
(Marguerite-Bourgeoys) est remplacé par M. St-Denis (Argenteuil) et M.
Pagé (Labelle) est remplacé par Mme Poirier (Hochelaga-Maisonneuve).
Le Président (M. Merlini) : Très
bien. Je vous remercie de ces informations.
Nous allons
débuter par les remarques préliminaires puis nous allons procéder à une
discussion d'ordre général par blocs
d'environ 20 minutes, incluant les questions et les réponses. La mise aux
voix de ces crédits sera effectuée à la fin du temps qui leur sera
alloué.
Alors, M. le ministre, vous avez un bloc de
17 minutes pour vos remarques préliminaires. À vous la parole.
Barrette : Alors, merci, M. le Président. Alors, bien, bienvenue à
tout le monde, évidemment, aujourd'hui, les collègues des oppositions officielles et évidemment toute l'équipe,
qui représente les différents secteurs du ministère de la Santé et des Services sociaux, qui
m'accompagne, à commencer par mon chef de cabinet, M. Daniel Desharnais,
le sous-ministre en titre, M. Michel
Fontaine, et, comme je viens de le dire, les représentants, et ils sont
nombreux, comme vous pouvez le voir, des différents ministères et
organismes.
Alors, M. le
Président, aujourd'hui, c'est une étape qui, je pense, est importante, cette
étude de crédits. Pourquoi? Bien, je
pense qu'il est important de le rappeler, cette année sera l'année où la santé,
et les services sociaux au complet, en termes
budgétaires, franchira la frontière très significative de 50 % des
dépenses de programmes de notre gouvernement. Ce n'est évidemment pas 50 % du budget total de l'État, évidemment,
mais bien un peu plus de 50 % des dépenses de programmes, ce qui, en soi, est un fait à être
souligné et ce qui explique évidemment le fait que nous soyons si
nombreux aujourd'hui.
Je commence comme ça, M. le Président, parce que
la population, je pense, le réalise à tous les jours, les parlementaires, pas
nécessairement, mais je pense qu'on doit le souligner quand même : pour en
arriver à contrôler la croissance des coûts
des services de santé et des services sociaux, ça exige une maîtrise des
finances publiques. Et ça, on ne peut pas ne pas le souligner
suffisamment. On doit le répéter.
Dans les
12 heures qui vont nous occuper aujourd'hui et demain, on entendra
évidemment un certain nombre de questions
auxquelles je vais m'efforcer de répondre avec le plus de précision possible.
Évidemment, il y aura un certain nombre
aussi, probablement, d'allégations ou de sous-entendus dans les questions, mais
je tiens tout de suite à rappeler à nos
collègues parlementaires de toutes les oppositions que nous avons franchi la
barre de 50 % du budget des dépenses de programmes de notre gouvernement. Ce n'est pas rien. C'est une quantité
très grande de services, que ce soit de santé directe ou de services sociaux. Et évidemment on serait très intéressés
de voir ce que nos collègues des oppositions pourraient nous proposer de
faire différemment et sur quelle base ils pourraient nous proposer de faire
différemment. On aura certainement l'occasion d'y revenir pendant la période en
question, pendant les 12 heures qui vont nous occuper.
Une chose est
certaine, avec un budget de 36 763 000 000 $, donc, c'est
un gros chiffre, mais c'est un chiffre qui s'adresse à un sujet complexe qui touche tous les secteurs de la
société, tous les gens, tous les aspects de la société, et qui surtout nous oblige à faire des choix. Aujourd'hui,
je suis heureux, M. le Président, parce qu'on a maîtrisé la croissance
des coûts en santé, et on a fait des choix,
et on a fait des choix qu'on a étalés sur la place publique et que l'on va
reconduire dans ce budget-ci. L'augmentation
de notre budget de santé et des services sociaux est de 4,2 %. À
titre
indicatif, M. le Président, je pense
qu'il faut le souligner, toutes les provinces canadiennes ont de grandes
difficultés à faire face aux enjeux de
santé et des services sociaux, presque toutes les provinces canadiennes ont des
finances publiques qui sont en difficulté. Cette semaine, on voyait nos collègues de
l'Ontario présenter leur premier budget, leur premier budget en disant
qu'il est équilibré, et, dans ce budget
équilibré, on augmentait les coûts de santé de seulement 3,3 %. C'est
significatif quand même, 3,3 %,
mais c'est moins que ce que le Québec fait, et ça montre que les efforts qui
ont été faits par la population et par les gens du réseau ont donné
leurs fruits.
Et, quand on
dit que ça a donné leurs fruits, M. le Président, et que certaines décisions
doivent être prises, bien, allons-y et regardons essentiellement sur
quoi nous nous basons pour faire nos choix budgétaires pour la prochaine année. Évidemment, M. le Président, je pense qu'en
santé, tout le monde le dira, avant de soigner les gens, il faut
s'adresser à ce que l'on convient d'être la
première chose, la prévention. La prévention est un sujet qui fera l'objet
d'une présentation évidemment par ma
collègue Mme Charlebois, qui est ministre déléguée à un certain nombre de
choses, mais en particulier à la
prévention. Évidemment, il y a deux autres piliers de notre ministère que
sont... un qui est méconnu qui est celui des infrastructures, sur lequel
je reviendrai vers la fin de mon allocution, et le deuxième... le troisième ou
le deuxième, dans l'ordre évidemment, c'est celui des soins offerts à la
population.
Commençons,
M. le Président, par mettre les choses dans leur ordre approprié. Dans le bon
ordre, là, en santé... Puis je sais
que c'est des mots que je vais prononcer qui sont durs à entendre pour bien des
gens dans les oppositions et ceux qui critiquent
le système de santé, mais la médecine, M. le Président, là, la santé, il y aura
toujours des médecins, il y aura toujours
une première ligne, et, la première ligne, qui se doit d'être
interdisciplinaire, qui l'est de plus en plus, bien, on n'a pas le choix de s'adresser à cette
problématique-là. Je rappelle que nous sommes dans une période de
transformation de notre système de santé, particulièrement en ce qui a
trait à la première ligne, et le meilleur exemple que l'on peut donner, c'est la mise à jour que nous avons faite
en termes d'accès à la première ligne, en date du 31 décembre
dernier. Et, je le souligne encore une fois,
grâce à nos interventions, grâce à l'effet levier de notre loi n° 20, il
se trouve que, dans les faits — et ça, c'est vérifié, M. le
Président — il
y a plus de 560 000 personnes, en date du 31 décembre 2017,
qui ont maintenant accès à un médecin de famille.
Non seulement
sont-ils inscrits à un médecin de famille, mais les médecins changent leur
pratique. Ils changent leur pratique
de deux manières. Ils s'en vont vers ce que l'on appelle l'accès adapté, qui
est la fin du rendez-vous annuel répétitif et sans nécessité, pour avoir un profil de pratique qui soit... ce que
l'on peut qualifier d'une pratique ouverte, adaptée aux besoins des gens, qui fait en sorte que les
citoyens qui sont inscrits à un médecin de famille, eux puissent le voir dans
ce mode-là en quasi-totalité, quand c'est
nécessaire, dans la semaine. C'est du jamais-vu. Ça ne s'est jamais fait. Ça
n'a jamais été évoqué. Ça n'a jamais été proposé. Bien, nous l'avons
fait. Et ça se fait dans un environnement interdisciplinaire. Oui, M.
le Président, quand on fait ça, il y
a du travail d'infirmière et d'autres
professionnels. J'y vais, moi, sur le terrain. Je rencontre ces professionnels-là qui nous
disent : Oui, c'est beaucoup mieux comme ça. Et il faut aller les voir,
ces gens-là, plus souvent, je dirais.
Il faut aller les voir plus souvent pour qu'on entende leurs expériences nous
dire : Oui, ça fonctionne beaucoup mieux. Pour qui? Pas pour nous,
les gouvernements, pas pour nous les praticiens, mais pour les citoyens. Il
faut le rappeler, ça.
On avait annoncé d'ici la fin du mandat, et on
maintient cette annonce, cet engagement-là, le déploiement de 50 supercliniques. Ce sont des vraies
supercliniques. J'ai entendu des gens, dans les dernières heures, dire qu'il
n'y a pas de personnel supplémentaire. Ce matin, j'ai donné une entrevue
à la suite d'un médecin qui critiquait le fait que, les supercliniques, il n'y
avait pas de personnel supplémentaire. Bien, ça doit être parce qu'il ne
pratique pas dans une superclinique.
D'ailleurs, cet individu-là ne pratique pas dans une superclinique, il pratique
dans une urgence. Mais, dans une
superclinique, M. le Président, on investit des sommes d'argent, mais qui
arrivent en ajout de personnel, du personnel public, payé par le public, qui vient multiplier l'effet de l'offre de
services accrue qui est offerte par les supercliniques.
On est rendus
à 12, M. le Président. On en a actuellement dans presque tous les territoires,
on en a à Montréal, en Montérégie, à
Laval, en Estrie, et on en aura ailleurs. Sur mon bureau, au moment où on se
parle, 34 groupes de médecins se
sont avancés pour qu'on puisse analyser leurs dossiers. Ils ont l'intention de
faire ces 34 supercliniques là si l'analyse de leurs dossiers est positive, et je ne vois pas de
raisons pour lesquelles ça ne serait pas positif, mais nous aurons, sur
tout le territoire du Québec, sans doute
d'ici la fin de l'année 2017, opérationnelles, 34 supercliniques. Puis je
suis bien convaincu que, dans l'année 2018, on se rendra à 50.
Alors, ça,
c'est un ajout net, c'est important, c'est un ajout net d'offre de services
dans une transformation de la pratique
parce qu'on a eu un levier qui était la loi n° 20 qui, oui, a provoqué un
changement, mais n'est-ce pas ce que l'on voulait tous et toutes, provoquer un changement?, ce que nous avons
fait, et le changement est en train de s'opérer. Je suis convaincu, mais
vraiment convaincu que nous sommes à portée de main de résoudre la
problématique de l'accès en première ligne.
Est-ce que
c'est la fin des interventions que nous avons ou aurons à faire? La réponse, M.
le Président, évidemment, c'est non. Il y en aura d'autres. C'est la
raison pour laquelle on a un projet de recherche, un projet pilote, un projet
de recherche, le projet Archimède qu'on a lancé à Québec. C'est quoi, ça?
Imaginez, M. le Président, c'est un projet où on
met un surnombre de personnel non médical, des infirmières, des travailleurs,
et ainsi de suite, des IPS, les fameuses superinfirmières, qu'on met à profit dans un mode collaboratif selon
lequel on est convaincus qu'on va être capables de faire en sorte qu'un
médecin non plus aura la responsabilité de 1 000 ou de
1 500 personnes, mais bien de 3 000. Pourquoi 3 000? Parce qu'il y aura les équipes
appropriées pour appuyer et régler des problèmes qui sont des problèmes
ponctuels.
M. le Président, dans
la dernière année, on s'est adressés, et ça, il faut le retenir, nous nous
sommes adressés aux problématiques
ponctuelles qui gênent la fluidité de notre système, hein? Et on les connaît,
ces zones où il y a des problèmes de fluidité. Nous nous sommes adressés
au maintien à domicile, aux CHSLD, à l'attente pour les plateaux techniques, les scans, les résonnances, les salles
d'endoscopie, à l'attente chirurgicale en investissant dans de nouvelles
salles d'opération dans le réseau
hospitalier, en ajoutant des salles d'opération dans notre projet de trois
cliniques. Nous avons investi dans un plan
d'action en santé mentale qui a été annoncé il y a quelques jours, les gens qui
sont les plus démunis, pour ceux qui ont des
problèmes de santé mentale à l'extérieur de l'hôpital, de l'aide pour aller les
aider sur place. On sait, par
expérience, que ça résout un certain nombre de problèmes. L'investissement, M.
le Président, est au rendez-vous.
Évidemment, ce n'est
pas terminé. Bientôt, dans quelques semaines, nous tiendrons un forum sur les
soins à domicile. On tiendra un forum là-dessus. Et, à la clé de ce forum-là, il
y aura, là aussi, de nouvelles
pratiques, sans doute de nouveaux investissements, pour faire en sorte
qu'on améliore cet aspect-là.
Alors,
quand on prend le tout dans son ensemble, M. le
Président, ce n'est pas
compliqué : du domicile jusqu'à l'hôpital, en revenant à domicile, nous avons choisi de faire en sorte qu'on puisse identifier les points où il y a un frein, où il n'y a
pas la fluidité, pour faire en sorte que, dans cette chaîne, qui, comme dans toute
chaîne, se voit moins fonctionnelle parce
qu'il y a un endroit où on est moins
performants, on a identifié les problèmes et investi spécifiquement là-dedans en exigeant une reddition de
comptes. Que penser des fameux NSA
dont on parle depuis quelques semaines? On y reviendra certainement
dans les prochaines heures.
puisqu'il me reste un peu de temps, M. le Président, allons maintenant sur les infrastructures, hein? Moi, j'ai entendu une personne, qui est présente ici, dans la salle, dire qu'on
investissait dans du béton puis que ce n'était pas une bonne idée. Bien, je vais le répéter, M. le Président, à tous ceux et celles qui travaillent dans ces environnements-là, nous, au gouvernement
libéral, on comprend que l'environnement physique a un impact sur la qualité des services qu'on donne, ça
a un impact, en premier, sur le moral des troupes. À un moment donné, d'être
dans du dysfonctionnel et du vétuste, ça impacte les gens. Et ça a un impact
aussi sur la sécurité des soins, sur la prévention de la dissémination de
certaines infections nosocomiales. D'ailleurs, M. le Président, à cet égard-là,
ce matin, il y a eu une excellente nouvelle, on s'améliore au Québec, mais ça a un impact aussi sur, globalement, la
qualité des soins, M. le Président.
Donc,
les infrastructures, bien, rappelons-le, dans les 10 prochaines années, le
Québec a un plan d'investissement en
infrastructures de santé de 17 milliards de dollars. C'est beaucoup
d'argent. À la limite, et je le dis souvent, ce n'est probablement pas assez. Mais, et je termine
là-dessus, M. le Président, entre ne pas bien équilibrer les finances
publiques et de dépenser de l'argent sur de
la dette, comme d'autres gouvernements ont fait avant nous, et bien gérer
l'État pour avoir des liquidités, pour les investir au bon endroit, il
me semble que le choix est clair. Et c'est le choix que nous avons fait depuis
le 7 avril 2014 et c'est le choix qu'on va continuer de proposer à la
population le 1er octobre 2018. Merci, M. le Président.
Le Président (M.
Merlini) : Merci beaucoup, M. le ministre et député de
La Pinière, pour vos remarques préliminaires.
J'invite maintenant la porte-parole de l'opposition officielle et la députée de
Taillon à faire ses remarques préliminaires pour un maximum de
10 minutes. À vous la parole.
Lamarre : Merci, M. le Président. Je pense que la population a plus
envie d'entendre les réponses précises qu'on
espère obtenir de la part du ministre. Alors, je préfère libérer ce
10 minutes pour avoir plus de temps pour poser des questions et
obtenir des réponses du ministre. Merci.
Le Président (M.
Merlini) : C'est très bien. Alors, Mme la secrétaire va répartir votre
temps dans vos blocs d'intervention.
Maintenant, je cède la parole au porte-parole du deuxième groupe d'opposition
et député de Lévis pour ses remarques préliminaires, pour un maximum de
sept minutes.
M. Paradis (Lévis) : Merci, M. le Président. Bien, je prends ce temps-là uniquement, en
quelques secondes, pour saluer mes
collègues de l'opposition, également le ministre et toute son équipe, en
espérant qu'on pourra mettre à profit ce
temps-là pour, de fait, avancer de manière constructive. Je garderai le reste
du temps pour les interventions précises sur les questions. Merci.
Le Président (M.
Merlini) : Très bien. Alors, votre temps restant, demeurant va être
réparti dans vos blocs d'intervention. Alors, je vous remercie pour ces
remarques préliminaires.
Nous
allons commencer l'étude, proprement dite, des crédits budgétaires. Je suis
prêt à reconnaître une première intervention
de l'opposition officielle pour un premier bloc d'échange. Mme la députée de
Taillon, la parole est à vous.
Mme Lamarre :
Merci beaucoup, M. le Président. Alors, l'étude de crédits est l'occasion
d'obtenir des informations, des précisions.
Et, dans la réforme et les multiples lois que le ministre a pu appliquer depuis
trois ans, l'enjeu premier était de travailler à résoudre un symptôme,
qui est la liste d'attente aux urgences. C'est un peu l'alerte qui est traduite, à l'urgence, par ces attentes, et
qui traduit bien sûr un besoin d'amélioration de l'efficience dans la
circulation, dans l'organisation, dans la
synchronisation des soins à l'urgence, et qui traduit surtout de grandes
lacunes dans l'avant-urgence et dans
l'après-urgence, cette avant-urgence étant davantage liée à la première ligne,
pour laquelle il n'y a pas eu énormément d'investissements. Et les investissements ont été concentrés
principalement sur des sommes
destinées aux médecins et, après l'urgence,
dans le soutien à domicile, où vraiment, là, le gouvernement
libéral, qui avait promis 150 millions de dollars par année en
soutien à domicile, a donné 60 millions seulement l'année dernière et 69 millions
cette année. Alors, on est définitivement en déficit.
Mais revenons à l'urgence. Alors, ce bulletin,
c'est un peu le bulletin du ministre : les urgences, on voit que les temps d'attente à l'urgence n'ont pas diminué,
15 h 6 min, même chose que l'an dernier; délai de prise en
charge par un
médecin, 2 h 16 min. Et ce qu'on a trouvé qui s'est amplifié
davantage cette année, ce sont les unités de débordement, donc des lits supplémentaires qui n'entrent
pas dans les statistiques de l'urgence, mais dont les citoyens sont tout à fait conscients qu'ils ont été placés sur ces lits-là. Et donc on en avait
482, en 2015-2016, en moyenne par jour au Québec et, en
moyenne par jour au Québec en 2016-2017, on en a eu 511, lits de débordement.
Donc, c'est très, très pertinent et c'est très important.
Alors,
j'aimerais avoir de la part du ministre des informations par
rapport au temps de séjour des
patients sur les lits de débordement,
puisque ça va nous aider à avoir un portrait plus juste. Là, on
a un 15 h 6 min à l'urgence. Il faudrait ajouter le temps moyen des gens qui ont passé sur
ces lits... ces unités de débordement pour avoir un portrait plus exact
du temps d'attente réel des gens lorsqu'ils se présentent à l'urgence d'un hôpital.
Le Président (M. Merlini) : Merci. M.
le ministre.
Barrette : Bien, M. le Président, si vous le permettez, notre collègue a fait un état de situation,
et elle me pose une question que
j'aimerais qu'elle précise, puis je vais vous expliquer pourquoi.
Je ne suis pas sûr d'avoir compris la question, mais on va quand même...
pas rectifier, mais préciser certaines choses.
Lorsque nous
sommes arrivés en poste, le temps d'attente était au-delà de 17 heures.
C'est vrai, M. le Président, que,
cette année, la réduction du temps d'attente sur civière à l'urgence n'a pas
diminué de façon significative, très peu, c'est marginal. Il a diminué de façon significative par rapport à ce que
c'était lorsque nous sommes arrivés en poste, et ça, on ne peut pas
contester ça.
Maintenant,
avant de critiquer le fait que nous ayons encore cette durée moyenne de séjour
là, encore faut-il... Et c'est ce qui
est dommage un peu, en quelque sorte. Lorsqu'on parle de ce sujet-là, on
l'aborde toujours par un chiffre mais sans regarder les causes qui
résultent dans le chiffre. Alors, on va parler des causes, M. le Président.
Bon,
premièrement, j'entendais la députée de Taillon dans les médias dernièrement
dire qu'il fallait avoir plus de médecins
et d'infirmières à l'extérieur de l'hôpital pour diminuer le temps d'attente
sur civière dans les urgences.
Voilà une incohérence totale, parce que les gens à l'extérieur de l'urgence...
Quand bien même il y a plus de médecins ou plus d'infirmières, plus de
pharmaciens, et ainsi de suite, ça ne s'adresse pas aux gens qui sont couchés
sur une civière à l'urgence. Une personne
qui est couchée sur une civière à l'urgence est une personne chez qui on
soupçonne une condition médicale suffisamment grave pour au moins l'investiguer et possiblement l'hospitaliser pour recevoir tel ou tel
traitement.
Alors, prenons un exemple simple, M. le
Président : une personne qui a une douleur abdominale, chez qui on
soupçonne une diverticulite qui peut exiger une opération, bien, on n'opère pas
toutes les diverticulites, mais on les investigue
toutes lorsqu'on soupçonne ça. Alors, quand on est couchés sur une civière,
c'est parce qu'on ne peut pas être à la maison. Alors, mettons ça en
perspective, là. Le temps d'attente sur civière, contrairement à ce qu'a évoqué
notre collègue, n'a rien à voir avec l'extérieur de l'hôpital ni le temps
d'attente pour voir un médecin.
Pourquoi le 15 heures n'a pas diminué
significativement dans la dernière année et pourquoi a-t-il diminué
significativement entre notre arrivée et l'année dernière, et maintenant? Bien,
il a diminué parce qu'on a mis en place des règles de gestion qui étaient
favorables.
Mais aujourd'hui il y a un élément qui manquait,
et l'élément qui manquait, c'est ce que l'on appelle la problématique des NSA. C'est
un problème qui existe dans tout le Canada. Il ne faut pas penser, là, que le
Québec est différent des autres,
c'est un problème qui existe dans tout le Canada. NSA, ça veut dire «niveaux de
soins alternatifs». En français courant...
Le Président (M. Merlini) : Oui.
Mme Lamarre : ...répondu par un
chiffre, normalement. Alors, juste par équité, au niveau de la répartition du
temps...
Le Président (M. Merlini) : Oui, je
vérifie l'équité au niveau du temps.
Mme Lamarre : Merci beaucoup, M. le
Président.
Le Président (M. Merlini) : Le
ministre est bel et bien dans son temps. Il vous reste à peu près une minute.
Barrette : Alors, NSA, ce
sont des patients qui occupent des lits à l'étage, là où le patient qui est sur
civière à l'urgence devrait aller s'il a besoin
d'aller à l'étage. Et ces lits-là n'étaient pas libérés parce que
personne n'a investi pour les libérer,
hein? Puis ça inclut le gouvernement du Parti
québécois précédent. On a investi 100 millions de dollars, M.
le Président, 100 millions de dollars pour libérer ces lits-là.
Et, puisqu'on
parle de chiffres, à tous les jours, M.
le Président, tous les jours, de 10 % à 15 % des lits de courte durée, au Québec, sont occupés par des patients
qui ne devraient pas y être. Ça, c'est entre 2 000 et 2 500 personnes...
lits qui ne sont pas utilisables par les
patients de l'urgence. On a investi pour les libérer, et c'est ça qui va amener
progressivement une diminution encore plus significative de l'attente
sur civière dans les urgences.
Le Président (M. Merlini) : Merci,
M. le ministre. Mme la députée de Taillon.
Lamarre : Alors, je comprends que le ministre ne veut pas nous donner
l'information, à savoir quelle est la durée des personnes qui sont
restées sur les unités de débordement. C'est bien dommage parce que ça aurait
été très éclairant. D'autant plus que, dans le portrait du
15 h 6 min pour la durée moyenne sur une civière, on a aussi des
statistiques : plus de 24 heures et plus de 48 heures. Et ces
deux statistiques-là n'ont pas bougé les deux années où le ministre a pourtant
imposé et aurait dû avoir les conséquences de ces fameuses lois nos 10 et 20
dont il nous parle régulièrement.
Donc, séjour
24 heures ou plus, on a 20,7 % des gens qui attendent, 20,7 %
sur une civière à l'urgence. On ne sait pas après s'ils sont transférés sur une unité de débordement, ces
gens-là, puis on ne sait pas combien d'heures ils restent sur l'unité de débordement parce que le ministre
ne veut pas nous donner l'information. 48 heures et plus à l'urgence,
on a encore 5,1 % des gens qui
attendent sur une civière à l'urgence 48 heures après. On est le seul
endroit au monde à avoir des
statistiques de cette nature-là. Et c'est ça, l'objectif que le ministre avait
à rencontrer, et c'est ça, les réponses qu'il avait à nous donner et le problème qu'il avait à
résoudre, et il ne réussit pas. Alors, plutôt que de considérer que c'est un
constat d'échec et de dire : On va
faire mieux, il a décidé d'envoyer 100 millions de dollars, et on ne sait
pas exactement où et comment c'est appliqué, mais ça ne donne toujours
pas les bons résultats.
Alors,
l'autre enjeu, puisque... Je comprends, là, donc que le ministre ne veut pas
nous donner la moyenne d'heures pendant
laquelle les gens restent sur les unités de débordement, donc premier refus
d'information de la part du ministre. Ensuite,
on a un nombre total de patients ayant quitté l'urgence sans prise en charge
médicale, alors donc des gens qui sont tellement épuisés d'attendre à
l'urgence que, malgré le fait qu'on les ait inscrits, c'est-à-dire qu'on ait
fait toutes les démarches administratives pour les inscrire à l'urgence :
en 2015-2016, on en avait 343 000; en 2016-2017, 363 000, donc 20 000 personnes de plus qui ont
quitté. Déjà, la dernière fois qu'on a eu un rapport du Commissaire à la santé
et au bien-être, quand il était encore en fonction, il avait déjà, il y a deux
ans, dit qu'il y avait 30 % des gens qui quittaient avant d'avoir été
traités à l'urgence, et là on a 20 000 personnes de plus.
Alors, ces
personnes-là, ça représente des coûts. Est-ce que le ministre pourrait nous
dire combien ça coûte, inscrire quelqu'un
à l'urgence d'un hôpital? Quand quelqu'un se présente, on lui fait sa carte
médicale, il est accueilli, il y a des gens qui amènent des civières, il
y a des transferts, il y a des éléments... il y a du triage. Combien ça coûte
juste entrer à l'urgence d'un hôpital, avant d'avoir les soins? Juste l'entrée?
Le Président (M. Merlini) : Merci.
M. le ministre.
M. Barrette : M. le Président, je vous annonce que, là, j'ai
été indulgent, mais, à chaque fois, à partir de maintenant, que notre
collègue va dire que je refuse de donner une information, je vais évidemment
invoquer l'article 35. Je vous invite, M. le Président, à rappeler la
collègue à l'ordre.
Alors, je ne
refuse pas de donner telle ou telle information. Alors, le mot «le ministre refuse» a été répété
à au moins quatre reprises depuis la première intervention de la
collègue. Si c'est comme ça que la collègue veut que se déroule notre étude de
crédits, bien, ça sera comme ça, et je répondrai sur le même ton qu'elle, qui
est un ton qui est dérogatoire. Alors, je vous le dis, là, je l'ai laissé
passer. Je ne le laisserai plus passer. Voilà.
Maintenant,
pour répondre à la question, la donnée qu'elle me demande n'est pas une donnée
colligée dans notre système. Nous n'avons pas de durée moyenne de séjour
dans les unités de débordement. Je n'ai pas à ma portée actuellement cette donnée. Je
peux voir si éventuellement je peux trouver quelque chose, là, mais je ne
l'ai pas aujourd'hui. Alors, je ne refuse pas de donner une donnée.
Cette donnée-là, après avoir consulté d'ailleurs mes collègues qui m'entourent,
n'existe pas de façon formelle.
Maintenant, pour ce qui est, M. le Président,
des durées moyennes de séjour, et du plus de 24 heures, et du plus de 48 heures, bien, je vais continuer
sur ce que j'expliquais tout à
l'heure pour que les gens qui nous
occupent, qui, eux, s'intéressent aux faits comprennent bien. S'il n'y a
pas suffisamment de lits libérés sur un étage, la personne qui est à l'urgence
ne peut pas être transférée dans un environnement qui est plus approprié, qui
est celui d'une chambre.
La députée de Taillon a dit, et c'est
incroyable, ce que j'ai entendu, M. le Président : Le ministre a investi 100 millions de dollars, puis on ne sait pas
où ce que l'argent est allé. Bien, je vais lui dire très clairement,
M. le Président : Il y a une reddition de comptes qui est exigée de
chacun des centres hospitaliers, et, le 100 millions, la consigne a été extrêmement claire. Le réseau, les CISSS, les CIUSSS et hôpitaux non fusionnés ont
l'obligation de nous démontrer que l'argent qui a été octroyé à leur organisation a été dépensé pour acheter des ressources externes à l'hôpital pour
justement libérer ces lits.
Alors, voilà une affirmation qui est totalement
inappropriée pour une parlementaire. Elle aurait pu poser la question : Est-ce que le ministre
peut éventuellement en faire la démonstration? Bien oui, on pourra
lorsqu'il y aura une reddition de comptes complète, bien oui. Et là, aujourd'hui,
elle existe, cette reddition-là, reddition de comptes là, au moment où on se
parle.
Ce qui se
passe, par exemple, M. le
Président, et c'est la raison pour
laquelle je suis intervenu, au grand désespoir de ma collègue, c'est que les lits, lorsqu'ils sont libérés, les
médecins veulent traiter des gens, et les gens comprendront que, quand un lit se libère sur un étage de chirurgie,
tous les chirurgiens veulent l'avoir. Quand un lit se libère sur une
unité de médecine, tous les médecins — c'est comme ça qu'on les appelle, les
médecins versus les chirurgiens — veulent l'avoir pour faire telle ou
telle investigation.
Et là, là, il
y a une espèce d'enthousiasme qui vient du fait que soudainement on libère des
lits et il y a eu une gestion qui a été sous-optimale. Et ce n'est pas un
reproche que je lance à personne, là. On a voulu, dans le réseau,
traiter plus de monde. C'est une bonne
chose. Mais cet argent-là, le 100 millions qui est en train d'être
opérationnalisé, devait servir et
doit encore servir exclusivement, en premier, à faire monter des patients de
l'urgence et à partir de maintenant, c'est ça.
Qu'est-ce
que ça donne? Ça donne que les débordements qui ont été évoqués avec beaucoup
d'énergie par mes deux collègues des
oppositions, bien, ces débordements-là sont en train aujourd'hui de s'effacer
par une saine gestion. Et j'y reviendrai après, parce que je vois dans
votre regard que vous m'indiquez que ma
partie de temps est écoulée.
Président (M. Merlini) : Merci beaucoup, M. le ministre, de respecter
l'équilibre entre les questions et les réponses. Mme la députée de
Taillon.
Lamarre : Alors, je comprends qu'il y a 511 lits de débordement
qui ont été occupés à tous les jours en moyenne au Québec dans la dernière année et qu'on n'a aucune idée du
temps que les gens les ont occupés et donc des coûts qui ont été
associés à l'occupation de ces unités de débordement... de ces lits de
débordement.
Alors, le ministre qui vient de dire que chaque dollar compte, que
tout doit être pesé, alors, moi, je lui donne... Et il me dit qu'il est ouvert à chercher des
informations. Demain, nous sommes encore en crédits toute la journée. Donc,
je demande au ministre de m'apporter des
informations, en fait, de les apporter à la population, parce que
la population est en droit d'avoir accès à cette
information-là : 511 lits de débordement chaque jour, au Québec,
qui ont été occupés par des patients. Combien de temps et combien ça a
coûté, ces unités de débordement? Alors, est-ce que le ministre accepte demain
de m'apporter les informations qu'il aura?
Le Président (M. Merlini) : M. le
ministre.
M. Barrette : M. le
Président, là, vraiment, on entre
dans un non-débat. Là, on est vraiment, là, dans le non-débat. Là, c'est vraiment, vraiment, vraiment s'adresser
à la population pour leur laisser croire qu'il y a
un problème. Il n'y a pas de problème, M. le Président, là. Alors, la
durée de moyenne de séjour dans un débordement, ce n'est pas un problème
en soi, parce que, quand la personne
quitte l'urgence, elle est, en quelque
part, parmi les lits, elle est
hospitalisée, et là on a une durée moyenne de séjour de patients
hospitalisés qui est aux alentours de sept jours. Et ça, c'est quelque chose
qui est connu.
Pour ce qui est du
coût, M. le Président, à partir du moment où on est hospitalisé, chaque citoyen
au Québec qui est hospitalisé, chaque
patient est l'objet d'un paiement qui est un per diem, qui existe pour tout le
monde. Alors, il n'y a pas d'enjeu
dans ce débat-là. L'enjeu, il est passé, là. On en a parlé. L'enjeu, c'est de
libérer des lits pour que les gens aillent
non pas... ne restent non pas dans un couloir, inconfortablement, n'aillent pas
dans un couloir à l'étage, même il y a des
pratiques qui le suggèrent. D'ailleurs, j'invite la députée de Taillon à
s'informer. Dans d'autres provinces, là, comme en Alberta, la très riche Alberta, bien, ils ont des unités de
débordement comme ça, eux autres aussi, parce qu'il n'y a pas de système
de santé qui peut se permettre d'avoir des ressources inutilisées. Et, si on
fonctionne à pleine capacité tout le temps, il y aura des moments où il y aura
des débordements. C'est en quelque
part la fatalité.
Alors, ces coûts-là,
mais il n'y a pas de drame, de scandale là. Il n'y a rien à reprocher. Une
personne qui est hospitalisée dans une unité de débordement ou dans un lit dans
une chambre normale reçoit un per diem comme tout le monde. On n'empêche pas les gens, là, d'être couchés dans un lit,
puis de manger, puis d'aller à la toilette parce qu'ils sont dans une
unité de débordement, là. Alors, il n'y a pas drame là.
Ce qui est l'enjeu, c'est ce dont je parle :
libérer des lits, 100 millions. Il y a une reddition de comptes,
contrairement à ce qu'insinue la
députée de... Oui, M. le Président. M. le Président, la députée a dit :
«On ne sait pas où l'argent va», de même, avec beaucoup de légèreté.
Le Président (M.
Merlini) : Il faut quand même...
M. Barrette : Alors, moi, je trouve que le ton
est un petit peu agressant et insultant, savez-vous pour qui? Pour les gestionnaires à qui on donne la consigne de le
dépenser correctement. C'est comme, quand elle parle, si les
gestionnaires ne faisaient leur job correctement. Moi, je vais vous dire une
chose, M. le Président, les gestionnaires...
Le Président (M.
Merlini) : M. le ministre...
Barrette : ...font un très bon travail dans le réseau.
Le Président (M. Merlini) : M. le ministre,
nonobstant... Il faut quand même faire attention pour ne pas utiliser...
et le mot «insinuer» prête une intention à
la députée de Taillon. Alors, je vous demande d'être prudent dans
l'utilisation de vos propos, même si vous défendez avec vigueur les
gestionnaires du réseau de la santé. Alors, nous allons...
Barrette : ...M. le Président.
Le Président (M. Merlini) : Tout à fait. Le
règlement, c'est bon pour pitou, c'est bon pour minou. Alors, nous
allons procéder à une autre question de Mme la députée de Taillon.
Mme Lamarre : Je veux affirmer tout le respect
que j'ai pour l'ensemble des gestionnaires du système de réseau de la santé, et c'est justement pour leur rendre
justice que je pense qu'il faut que la vérité sorte. C'est ce que les gens
veulent quand ils travaillent, et ils travaillent très fort.
Alors, j'ai demandé
une autre information, M. le Président, tantôt...
Lamarre : M. le Président, c'est à mon tour.
Le Président (M. Merlini) : Un instant, un
instant. Les appels au règlement, le temps est arrêté. Le temps est pris
sur la présidence. M. le ministre.
M. Barrette : M. le Président, vous voyez, elle
ne veut même pas me laisser le droit d'invoquer l'article 35, qui
est mon droit absolu.
Le Président (M.
Merlini) : Non, vous avez le droit en vertu de l'article 39 de
faire un appel au règlement.
M. Barrette :
Alors,
article 35, M. le Président.
Le Président (M.
Merlini) : Oui.
M. Barrette : Quand on dit «que la vérité
sorte», implicitement ça veut dire qu'on ment. Alors, je lui propose...
Le Président (M.
Merlini) : Non.
M. Barrette : ...d'arrêter d'avoir ces
insinuations-là. M. le Président, «que la vérité sorte», là, ça veut dire
que la vérité n'est pas sortie. Elle est
cachée. Puis, si elle est cachée, c'est que quelqu'un la cache. Là, là, tout le
monde qui nous écoutent aujourd'hui vont comprendre ça, là.
Le Président (M.
Merlini) : Il a invoqué...
Le Président (M. Merlini) : Il a invoqué
l'article 35, où on impute des motifs indignes, à l'article... au
sixième alinéa de l'article 35. Est-ce que vous avez un commentaire, en
vertu de l'article 40, sur l'appel au règlement?
Mme Lamarre : Bien, M. le Président, le ministre
évoque quelque chose qui n'est pas en lien avec notre débat actuellement. Je pense que la recherche de vérité,
c'est tout à fait honnête, et c'est tout à fait correct, et c'est pour ça
qu'on est ici. Et ça ne présume pas que ce qui est donné n'est pas vrai. Ça
présume juste que ce qu'on veut, c'est avoir les vraies informations le plus
possible pour la population. C'est l'objet des études de crédits. C'est d'aller
chercher l'information. Alors, c'est ce que j'ai demandé, M. le Président.
J'aimerais ça prendre les dernières minutes pour
demander un chiffre au ministre. Ça ne sera pas très long.
Président (M. Merlini) : Oui. Encore une fois, je rappelle aux
parlementaires, de part et d'autre de cette salle, de bien faire attention aux propos qui sont
utilisés. Oui, effectivement les questions sont posées avec vigueur, et les
réponses sont données avec autant de
vigueur. Et j'espère que nous allons continuer ce 12 heures d'échange tout
en respectant le règlement et en respectant le rôle que nous avons comme
parlementaire, qui est essentiel au bon fonctionnement de nos institutions.
Mme la
députée, à vous la parole pour votre question, et la réponse sera prise sur le
temps du gouvernement. Alors, à vous la parole, Mme la députée.
Mme Lamarre : Alors, je demande
au ministre de nous donner les informations qu'il aura sur les unités de débordement d'ici demain, si c'est possible, et
également d'ajouter l'année prochaine toutes les statistiques, et les
durées, et les informations sur le temps et le coût pour les unités de
débordement qui sont utilisées.
J'ai posé une autre question tantôt, une
évaluation du prix à l'admission d'un patient quand il se présente à l'urgence, le ministre ne m'a pas donné de réponse
à cette question. Je pense que je ne dévie pas de rien, là. Je n'ai pas
entendu cette réponse. Alors, les chiffres que j'ai, ça varie entre 250 $
et 500 $ selon la nature de l'hôpital, si c'est un hôpital très spécialisé ou un hôpital... Alors, on considère qu'on a
363 000 personnes qui ont quitté l'hôpital après leurs inscriptions. À des frais de 250 $ pour
ouvrir leur dossier et les accueillir au triage, ça fait 90 millions de
dollars dans notre année, la dernière année, qui ont été gaspillés, donc
pour lesquels des employés de l'État, des employés de nos établissements de santé ont travaillé pour ouvrir
des dossiers. Et ces gens-là n'ont même pas bénéficié de ce travail-là.
Et donc 90 millions de dollars, là,
363 120 personnes qui ont quitté avant d'avoir des services, à
250 $. Et on peut comprendre que,
dans un grand établissement, là, ça peut facilement coûter ça en temps et en
personnel qui se mobilise à chaque fois qu'il y a une demande
d'admission à l'urgence d'un hôpital.
Donc,
90 millions, est-ce que le ministre peut confirmer ces chiffres ou s'il
peut nous en... Puis, s'il en a d'autres, s'il en a des plus importants, il peut les apporter aussi. Est-ce qu'il
peut les moduler? Mais les chiffres que j'ai, moi, ça me donne
90 millions de dollars à ce moment-ci.
Le Président
(M. Merlini) : Merci. M. le ministre.
M. Barrette :
M. le Président, c'est un chiffre qui est plausible. Je peux faire la
vérification et revenir. Alors, c'est un
chiffre qui est plausible pour la simple et bonne raison, M. le Président, qu'à
chaque année il y a, dans nos urgences, 3,3 millions de visites.
Hein, il y a 3,3 millions de personnes, une fois ou plusieurs fois, là,
qui vont venir à l'urgence recevoir des services de santé.
Mais la
position de la députée de Taillon m'étonne, M. le Président. Parce que je vais
lui rappeler la chose suivante : dans
la course à la chefferie, elle avait pris une position, ça ne fait pas
longtemps, là, ça, c'est le 21 juin 2016, elle disait, là,
qu'elle proposait, avec son collègue de... elle proposait de créer une voie
rapide dans nos urgences pour traiter les problèmes
mineurs. Elle nous proposait, à toutes fins utiles, d'avoir plus de monde à
l'urgence, où ça irait encore plus vite.
Puis en même temps, aujourd'hui, ce que l'on entend, là, et ce qu'on entend
depuis plusieurs semaines, là, c'est que, là, il faudrait qu'on aille à l'extérieur. Mais, par-dessus tout, M. le
Président, là, je réfère aux propos et aux arguments que notre collègue tient depuis le début de l'étude
des crédits, il y a
trois ans, il y a quatre ans, là, sous Réjean Hébert, le
ministre de la Santé d'alors, il
y en avait, des unités de
débordement, puis le temps d'attente sur les urgences était encore plus
grand qu'aujourd'hui. Et au Parti québécois, on ne proposait pas et on ne
s'adressait pas à quoi que ce soit de cet ordre-là.
Quand avons-nous entendu le Parti québécois
proposer de s'adresser à la problématique des lits NSA? Quand avons-nous entendu le Parti québécois proposer d'aller encore plus loin du côté des supercliniques et des
GMF? Quand avons-nous entendu ce discours-là, alors qu'il y a maintenant
moins d'un an la députée de Taillon nous proposait d'accélérer le service aux urgences? Alors là, M. le Président, ici on est dans la contradiction, et je sens que, pendant les
12 prochaines heures, on aura à en exposer beaucoup d'autres.
Le Président (M. Merlini) : Merci
beaucoup, M. le ministre. Maintenant, je me tourne pour le premier bloc
d'échange avec le gouvernement, Mme la députée de Verdun, la parole est à vous.
Mme Melançon : Merci,
M. le Président. Je vais me permettre
à mon tour de saluer, bien sûr, les collègues de la banquette gouvernementale, la députée de Taillon,
le député de Lévis, le ministre, son équipe, et surtout le grand nombre
de personnes qui sont avec nous aujourd'hui. Alors, je vais me tourner des deux
côtés pour vous saluer. Bonjour, tout le monde,
merci d'être avec nous. Je sais à quel point l'étude des crédits, c'est important
et je sais tout le travail qu'il y
a derrière les 12 prochaines heures que
nous allons passer ensemble. Alors, en ce sens-là, je vous en remercie.
J'aimerais saluer plus personnellement M. Maltais, d'Héma-Québec, qui est avec
nous aujourd'hui, parce que je veux parler d'Héma-Québec, M. le Président.
Héma-Québec est un organisme que j'aime particulièrement,
et je vais pouvoir élaborer sur le sujet, mais le don de vie, le don de sang, don de vie, c'est quelque
chose qui m'a été donné très, très jeune, mon père étant donateur... un
donneur de tous les instants, avec plus de
130 dons de sang faits. Et, toute jeune déjà, j'avais hâte, à mon tour, de
pouvoir donner du sang, j'avais hâte
d'avoir mes 18 ans, parce que c'est 18 ans qui est l'âge minimum
requis pour pouvoir donner du sang, parce que je savais à quel point,
dans les hôpitaux, il y avait des besoins importants.
organise... et on le voit, là, d'ailleurs, demain, il y aura une collecte de
sang d'Héma-Québec — je vais
déjà en faire la promotion — ici, à l'édifice G, à Marie-Guyart donc, de
9 h 30 à 15 h 30. Avis à ceux et celles qui veulent
donner du sang ou ceux qui ne l'ont pas fait
encore et qui pourraient le faire, parce que les banques de sang, c'est
important dans nos hôpitaux, les accidentés de la route, les gens qui
sortent de blocs opératoires, le sang. C'est d'abord un des éléments très
importants pour la survie de plusieurs personnes.
Donc, la
députée de Crémazie, je sais qu'elle a tenu elle-même une collecte de sang dans
Crémazie le 10 avril dernier, et il y en a, bien sûr, dans Verdun,
j'invite les gens de Verdun à faire de même.
Mais
Héma-Québec, c'est plus que le sang uniquement. Il y a, bien sûr, les produits
sanguins, les produits stables, les tissus humains, les cellules
souches, le lait maternel, je vais y revenir un peu plus tard.
On ne se
doute pas de tout ce qu'il y a sous Héma-Québec. C'est
1 300 employés, 3 000 jours de collecte de sang. Il
y a 160 000 donneurs de sang par année. Et là, quand on parle de
donneurs de sang, on peut trouver le chiffre assez important, mais je pense
qu'on pourrait encore hausser ce nombre, avec le nombre de citoyens que nous
avons au Québec, 16 000 bénévoles.
Alors là, vraiment, je veux remercier les gens qui donnent du temps dans ces
collectes de sang, parce que, sans
eux, toute la pyramide, hein, possible pour Héma-Québec ne pourrait pas tenir.
Alors, je veux les saluer et je veux
les remercier. Et c'est 500 000 produits sanguins livrés annuellement
dans tous les hôpitaux du Québec, j'y reviendrai un peu plus tard.
Héma-Québec
surveille aussi, et de très près, toutes les maladies, les nouvelles maladies
transmissibles par le sang. Dans les
derniers mois, on a entendu beaucoup parler du virus Zika, donc je sais
qu'Héma-Québec travaille actuellement à pousser vers l'émergence de nouvelles solutions... et pour trouver
justement des solutions dans les qualités de sang qui peuvent être
offertes aux gens ici.
En plasma, le plasma, c'est un des organes — «organe»,
hein, je pense que c'est ce qu'on peut dire, non?
Mme Melançon : ...non? Vous pourrez
me dire, tout à l'heure, M. Maltais, vous allez pouvoir — où on
veut augmenter, pour les prochains mois, la
suffisance au Québec, en matière de plasma. Pour ce faire, j'ai vu qu'il y
avait de nouveaux centres qui avaient été
ouverts : Sherbrooke, Trois-Rivières, Saguenay. Alors, on pourra, bien
sûr, y revenir.
Depuis 1998 — 1998,
donc bientôt, Héma-Québec va célébrer ses 20 ans — on
s'est adapté aux besoins du système de
santé. Tout à l'heure, je parlais de la banque des tissus humains, Héma-Québec
qui prélève et fournit des tissus. Et je tiens à souligner des bons
coups, parce que souvent les oppositions, et c'est leur travail, veulent aller
gratter là où il y a de mauvaises nouvelles, et, nous, notre travail, c'est
aussi de mettre en lumière les bons coups. Alors, je vais saluer les bons
coups.
Il y a eu une
diminution des délais d'attente en greffe,
lorsque l'on parle de la banque des tissus humains, qui sont passés de cinq ans en 2011 à six mois en 2016. Et
j'ai dû relire à quelques reprises, là, les documents d'Héma-Québec
pour être bien certaine. C'est fantastique.
Il y a aussi
un registre de donneurs de cellules souches d'Héma-Québec qui a été mis sur
pied, et, de 2013 à 2015, on a augmenté de 40 % le nombre de
donneurs de cellules souches, ce qui est fantastique.
Il y a la
banque de sang de cordon, et là, comme mère de famille, et donc comme femme qui
a accouché, le sang de cordon, on
sait toute l'importance que ça peut revêtre donc on a atteint les objectifs de
la banque de sang de cordon.
La banque publique de lait maternel, ça, c'est
tout nouveau. Depuis 2014, hein, Héma-Québec, pour ceux et celles qui suivent nos travaux, Héma-Québec
fournit du lait maternel pasteurisé aux établissements du Québec. Et là
il y a des gens qui vont dire : Bien, pourquoi une banque de lait? Bien,
c'est destiné aux prématurés nés à 32 semaines de grossesse ou moins. Et il y a 180 donneuses et
9 000 bouteilles de lait qui sont donc distribuées. Ce n'est pas des
petits chiffres, c'est très intéressant. Et
je veux le dire, là : Ceux qui ont le temps d'aller chercher les documents
d'Héma-Québec, vous allez être surpris et ravis de voir tout le travail
qui est fait par cet organisme.
Malgré tout
ce que je viens de vous dire, Héma-Québec continue d'avoir comme objectifs
d'atteindre l'innovation dans les
domaines et de chercher une meilleure efficience pour les activités qu'elle
réalise dans les différents paramètres dont je viens de parler.
Alors, avec
les 20 ans d'Héma-Québec, moi, j'aimerais bien entendre et... savoir
comment fonctionne le système de collecte
et de livraison de produits sanguins. Tout à l'heure, j'en ai fait mention, il
y a beaucoup, beaucoup de produits sanguins,
donc 500 000 produits sanguins livrés annuellement aux hôpitaux du
Québec. Alors, moi, j'aimerais savoir, en termes de volume, de transport
et de logistique, comment est-ce que fonctionne Héma-Québec.
Le Président (M. Merlini) : Merci
beaucoup, Mme la députée de Verdun. M. le ministre.
Barrette : M. le Président, s'il y a consentement, j'aimerais pouvoir
donner la parole. D'ailleurs, je souligne que notre collègue de Taillon a souligné il y a quelques instants
l'appréciation qu'elle avait de nos gestionnaires dans le réseau de la santé. Alors, ce serait, à mon avis,
très opportun de pouvoir donner la parole, avec consentement, à M. Serge
Maltais.
Le Président (M. Merlini) : Alors,
est-ce que j'ai le consentement pour donner la parole à M. Maltais?
Des voix : Consentement.
Le Président (M. Merlini) :
Consentement.
Président (M. Merlini) : Oui, oui, oui. M. Maltais, vous allez vous
identifier pour les bienfaits de l'audio, de l'audiovisuel, et la technique. Il est ici, dans le fond. Alors, pour
les biens de l'audiovisuel, veuillez vous identifier et donner votre
titre et vos fonctions, s'il vous plaît.
M. Maltais (Serge) : Alors, bon
matin. Mon nom est Serge Maltais. Je suis président et chef de la direction
d'Héma-Québec.
Alors, M. le
Président, Mme et MM. les députés, c'est un grand honneur pour moi de
représenter Héma-Québec aujourd'hui.
Et je dois mentionner que c'est intéressant de vous écouter, Mme la députée de
Verdun, l'histoire de votre papa,
parce que l'histoire de votre père, c'est l'histoire de beaucoup de monde au
Québec. Je vais en parler un peu tantôt, en complément, pour les
activités d'Héma-Québec. Je vous remercie de votre témoignage. Nous sommes très
fiers de l'appui de tous les Québécois à la cause qu'est Héma-Québec.
Alors, le
transport chez Héma-Québec, écoutez, le transport se décline... Il y a deux
types de transport, vraiment : il y
a un aspect qui est... On doit organiser des collectes, les milliers de
collectes de sang. Je crois que tout le monde ici voit régulièrement dans leur voisinage une petite
pancarte blanche qui s'appelle «la collecte». La collecte, c'est un petit
miracle logistique à tous les jours des
employés. On a plus de 1 000 employés. On fait des milliers de
collectes un peu partout au Québec.
Alors, je vais parler d'un point de vue
collecte, je vous dirais, c'est beaucoup du transport de préparation de collecte, des chaises spécialisées, des produits
spécialisés, des sacs vides pour la collecte de sang, toutes ces choses-là.
Alors, c'est un transport un peu plus
courant. On a 38 camions pour faire ça, dont des 53 pieds, entre
autres, et ça se fait à la grandeur
du Québec. Je vous dirais, un aspect de ce transport-là des collectes, c'est
que le produit, une fois collecté, revient
vers les centres d'Héma-Québec sous une forme de température contrôlée, je vous
dirais. L'aspect complexe du transport chez Héma-Québec se situe plus du
côté de la livraison vers les hôpitaux. Je crois que c'est cette
partie que
j'aimerais peut-être adresser un peu plus en détail.
Alors, du côté des hôpitaux, la
première chose à mentionner, c'est que Santé Canada est l'agence de
réglementation pour nos activités. Nous
avons plusieurs types d'activité, comme vous avez mentionné, chez Héma-Québec,
et je vais en parler tantôt. Chacun de ces types d'activité là est
soumis à une réglementation qui est différente. Alors, ça, c'est la première
chose. Et ça amène quelque chose de spécial, le type de produits qu'on a. C'est
vraiment le concept...
Il y a probablement
quatre intrants spéciaux à considérer quand on parle de transport, chez Héma-Québec,
vers les centres hospitaliers.
Le premier intrant,
c'est le contrôle de la chaîne de froid. Nous avons, dépendamment des produits,
chez Héma-Québec, à transporter des produits
qui doivent demeurer entre moins 140 °C ou 22 °C. Alors, à moins
140 °C, on a, par exemple, des
produits vasculaires et valvulaires. À 22 °C, c'est les plaquettes. Les
plaquettes doivent absolument demeurer
à une certaine température. Alors, le premier intrant en transport, c'est la
chaîne de froid que l'on se doit de conserver en tout temps.
deuxième intrant à considérer, c'est la péremption des produits. Une plaquette,
une fois cueillie et testée, est bonne
pour quatre jours. Alors, notre habileté à collecter le bon type de plaquette...
Parce qu'on n'a pas tous le même type sanguin, n'est-ce pas, le même
groupe sanguin. Alors, il y a toute une mécanique logistique pour collecter la
bonne plaquette, et cette plaquette-là doit
être traitée, testée et expédiée excessivement rapidement. Après quatre jours
et demi, c'est fini, le produit n'est plus bon.
Troisième
intrant, naturellement, c'est le territoire et la fréquence à livrer. Le Québec
représente, par sa grandeur géographique,
une grande complexité de transport, quelque chose qui n'est pas toujours bien
compris. Nous sommes une population,
pour la grandeur du territoire, relativement faible, tout de même. Alors, d'un
point de vue transport, ça a un très gros impact, et je vais en parler
tantôt.
quatrième intrant, naturellement, que l'on se doit de conserver en tout temps,
c'est celui de la traçabilité. Alors, nous sommes dans les produits
médicaux. Nous devons savoir n'importe quand où est-ce qu'un produit est rendu,
à qui il a été donné, ce produit. Alors, si
jamais il y a de la problématique, on est capable de remonter la chaîne, c'est
très important. Donc, quatre intrants très importants en transport.
Maintenant,
pour des raisons... Qu'est-ce qu'on a fait avec ça, c'est que, pour des raisons
purement économiques, on a décidé,
dans certains cas, de livrer une
partie des produits d'Héma-Québec dans une
flotte privée. Alors, vous voyez peut-être de temps en temps des petits
camions qui font 14 pieds, des camions spéciaux qui ont été bâtis sur les spécifications d'Héma-Québec, en coordination avec
le CGER du gouvernement du Québec, et ces camions-là gardent la
température de 2 °C à 24 °C. Avec ces camions-là, on peut faire à peu
près tout ce qu'on a besoin de faire.
Dans
les faits, Héma-Québec, c'est près de 44 000 livraisons par année,
qui sont effectuées dans 97 hôpitaux au Québec. De ces près de 44 000 livraisons, il y en a 22 %
qui sont faites par la flotte privée d'Héma-Québec. C'est tout de même près des deux tiers du volume qui est ainsi
livré. Alors, nous avons des routes régulières, et ça se promène à des heures régulières dans les hôpitaux. Ça fait le
tour de certaines parties géographiques du Québec. Par contre, 78 %
des livraisons, c'est-à-dire
34 000 livraisons, sont, elles, effectuées par des transporteurs
externes, qui ont été choisis par appel d'offres par Héma-Québec et avec
qui nous avons des contrats très spécifiques de service.
Alors,
la grande majorité du volume, c'est par la flotte d'Héma-Québec. La majorité
des livraisons, ce n'est pas par la flotte de camions d'Héma-Québec.
Pourquoi est-ce que ça a été décidé comme ça? C'est que, d'un point de vue
économique, d'avoir une flotte de camions qui feraient la livraison à la
grandeur du Québec, considérant les volumes impliqués, ne tiendrait pas la
route, d'un point de vue économique.
Alors,
nous avons développé avec les années un ensemble de «packagings», désolé du mot
anglais, qui sont tout à fait validés
pour transporter les produits. Alors, nos produits peuvent être transportés à
l'état, comme ça, des sacs de sang dans
des boîtes, avec pas plus de congélation autour, dans nos camions. Par contre,
quand on doit envoyer des produits par des
flottes extérieures, par des compagnies de transport, c'est dans des boîtes
d'Héma-Québec qui sont très validées et qui assurent que l'on garde la
température en tout temps.
Maintenant,
pour donner une idée, en fait, de transport, l'ensemble des transports
d'Héma-Québec, sur un budget, l'an
passé, de 447 millions de dollars, l'ensemble des transports vers les
hôpitaux pour Héma-Québec a coûté 1 088 000 $. Dans les faits, la
partie transport ne représente
pas un centre de coûts très important chez Héma-Québec. Le focus est mis
sur le service aux hôpitaux. Et, par
rapport à ça, nous avons des sondages
réguliers et des conversations avec les hôpitaux de façon très régulière
pour travailler ensemble sur, par exemple, la fréquence de livraison, la
satisfaction des livraisons, s'il y a eu des problèmes. Et le taux de satisfaction est
très élevé. Je dois mentionner que le taux de satisfaction est élevé autant avec la flotte d'Héma-Québec qu'avec les
transporteurs extérieurs. Alors, on ne veut pas que ça ait un impact sur
l'aspect service. Et, d'un point de vue purement pratico-pratique et économique, nous ne pourrions pas avoir une flotte
privée pour l'ensemble du Québec.
Est-ce que vous
auriez une autre question sur le transport? Je pourrais vous parler des autres
activités d'Héma-Québec.
Le Président (M.
Merlini) : Merci, M. Maltais. Mme la députée de Verdun, il vous reste
trois minutes à ce bloc d'échange.
Melançon : Donc, je comprends que ce que vous avez développé en
transport, ça fonctionne très bien pour la desserte partout au Québec,
dans tous les hôpitaux, et qu'Héma-Québec, donc, a, avec les années... Parce qu'après 20 ans, là, j'imagine que vous avez été capable de peaufiner la
façon de faire. Avec toute l'évolution du système de santé, hein, qu'on connaît, là, actuellement, moi, je
veux savoir comment vous vous êtes adapté à la réalité des hôpitaux,
parce que les modes de fonctionnement dans les hôpitaux ont vraiment évolué.
Vous êtes en lien avec qui dans les hôpitaux, chez Héma-Québec? Est-ce que
c'est directement avec les CIUSSS? Comment ça fonctionne?
M. Maltais
(Serge) : ...
Le Président (M. Merlini) : M.
Maltais.
M. Maltais (Serge) : Pardon.
Le Président (M. Merlini) : M.
Maltais, allez-y.
M. Maltais
(Serge) : Nous sommes en
lien avec plusieurs différents groupes dans les hôpitaux, dépendamment
des échanges. On a des échanges purement
médicaux entre médecins. On a des échanges purement logistiques entre
groupes logistiques, alors quelqu'un qui part avec le camion et qui arrive sur
un dock, à l'hôpital. Il y a des échanges entre le service à la clientèle, qui reçoit les commandes, et les gens des hôpitaux,
qui placent les commandes. Alors, c'est vraiment une chaîne de communication.
Il y a plusieurs communications qui se font avec les hôpitaux.
Le Président (M. Merlini) : Merci,
M. Maltais. Mme la députée de Verdun.
Melançon : Donc, en termes
de volume, il n'y a jamais eu de problème à desservir les hôpitaux,
si je vous entends bien?
Le Président (M. Merlini) : M.
Maltais.
M. Maltais (Serge) : Non.
Mme Melançon : Pour les produits sanguins?
M. Maltais
(Serge) : Non. Je me dois de
mentionner, on parle souvent de produits sanguins, mais on a d'autres produits aussi, et ces autres produits-là
embarquent dans le même camion. Alors, il
y a des fois qu'on expédie de
façon séparée, mais nous tentons... Parce que,
bien que ce soit différentes unités sur différents étages à l'hôpital,
nous envoyons des produits en même temps dans le camion. Tant qu'à
envoyer un camion à l'hôpital, on met tous les produits d'Héma-Québec. Il y en
a d'autres que le sang.
Le Président (M. Merlini) : Merci,
M. Maltais. Mme la députée de Verdun, il reste une minute.
Melançon : Combien de
camions environ... La flotte de camions, là, qui circule au quotidien, ça
représente quoi, à peu près?
Le Président (M. Merlini) : M.
Maltais.
M. Maltais (Serge) : ...hôpitaux...
Le Président (M. Merlini) : M.
Maltais, veuillez attendre, pour les bienfaits de l'audio, là.
M. Maltais (Serge) : Oui, je vais
finir par l'apprendre. Pour la livraison finale aux hôpitaux, c'est huit petits
camions Héma-Québec. La flotte pour la
préparation des collectes, c'est 38 camions, et il y a
plusieurs camions 53 pieds là-dedans.
On a également quatre unités mobiles, qui ressemblent à des très, très
gros Winnebagos, où est-ce que la collecte se fait dans ce camion mobile. Alors, dépendamment de la quantité de
dons que nous savons que nous allons recueillir, nous utilisons
différentes façons de collecter.
Président (M. Merlini) : Merci beaucoup pour ce bloc d'échange avec le gouvernement. Nous allons nous tourner maintenant vers le deuxième groupe d'opposition.
M. le député de Lévis, la
parole est à vous pour votre
premier bloc d'échange de 20 minutes. À vous.
M. Paradis
(Lévis) : Merci, M. le Président. Évidemment, on souhaite tous l'amélioration de
l'accessibilité et l'efficacité de
notre système de santé. Je pense que les données statistiques nous
permettent aussi, en cours de route, de juger des efforts qui sont faits et des résultats, qui sont heureux à certains
endroits, qui étonnent à d'autres. Et je reviendrai sur le dossier du
temps d'attente, l'avération du temps d'attente moyen des patients sur civière
dans les urgences entre mars 2016 et
mars 2017, parce que ces chiffres-là, M. le Président, nous
enseignent des choses, nous permettent de corriger le tir, si besoin, de se réjouir de résultats et
de tenter de comprendre, hein? C'est le phénomène. Et je pense, M. le Président, que le ministre l'a fait
lorsqu'on a fait un forum, notamment en ce qui concerne les CHSLD, c'est-à-dire
d'aller chercher les meilleures pratiques pour tenter de comprendre et
d'améliorer ce qui peut se faire partout ou ailleurs.
Alors, le
constat, trois années après l'arrivée du ministre de la Santé, en ce qui
concerne le temps d'attente moyen des
patients sur civière dans les urgences, eh bien, ça stagne. Aucune amélioration du temps d'attente moyen, ça stagne à 15 h 36 min.
Hausse de l'attente dans cinq régions et dans 48 urgences sur 119. C'est
48 % des urgences. C'est des détériorations
qui sont quand même importantes au
chapitre des minutes constatées. Baisse de
l'attente, hein? Il faut le dire aussi. Il y a hausse de l'attente, baisse de
l'attente dans huit régions et dans 71 urgences, 52 %. Alors, vous
voyez le ratio? 48 % contre 52 %.
60 urgences sur 119... 69 urgences sur 119 dépassent toujours la cible
ministérielle de 12 heures. D'ailleurs,
on a réitéré très récemment cette volonté d'atteindre l'objectif qu'on s'était
donné en 2003, de dire qu'en 2018 l'objectif demeure le 12 heures
d'attente. C'est l'objectif que se donne le gouvernement pour 2018.
Il y a des
améliorations dans Lanaudière, mais des délais qui demeurent inacceptables,
notamment à l'Hôpital Pierre-Le
Gardeur qui continue de déborder. Et je me questionne sur des chiffres, et,
sans les passer, chacun des centres hospitaliers, en revue, ni chacune
des régions, il y a quand même... J'imagine que le ministre doit être inquiet
de voir certaines situations, malheureusement, se détériorer en plusieurs
endroits. Et j'en prendrai deux en exemple. Tiens, trois. À l'Hôpital de Gatineau, où on a une augmentation de plus
108 minutes, passant à au-delà de 20 heures d'attente moyenne. Je pense à l'Hôpital de Maria, où c'est
plus 228 minutes, on est à 17 h 30 min. Je pense à
l'Hôpital de Papineau, plus
198 minutes. 198 minutes, là, c'est plus de trois heures de plus, là,
sur les statistiques qui sont maintenant révélées.
J'aimerais demander au ministre, d'abord,
comment on peut expliquer ces hausses-là. Je sais qu'il doit être conscient...
Puis habituellement on s'attaque aux foyers d'incendie dans les endroits où
c'est les pires pour tenter de comprendre ce
qui ne se fait pas là puis qui se fait peut-être ailleurs. Est-ce que le
ministre a une idée? Il peut nous expliquer comment, lui, analyse ces hausses majeures dans certaines régions du
Québec, voire dans certains centres hospitaliers, et comment compte-t-il
y remédier?
Le Président (M. Merlini) : Merci
beaucoup, M. le député de Lévis. M. le ministre.
Barrette : Merci, M. le Président. Je vais commencer par rappeler à
mon collègue que, dans la plateforme électorale
en santé de son parti en 2014, il n'y avait aucune proposition sur les
urgences. M. le Président, on peut... D'abord, ce n'est pas long, hein? Il n'y a pas grand-chose en santé, on s'entend,
là, et il n'y avait même pas le mot «urgence». Alors, je suis content de
voir que notre collègue s'intéresse à ce que nous faisons.
Mais je vais
corriger ce que notre collègue dit. Il a dit, et je cite : «Ça stagne. Il
n'y a aucune amélioration.» C'est ça qu'il a dit, c'est les mots qu'il
vient d'utiliser. Pourtant, il y a une amélioration. Depuis 2011, on est passé
de plus de 17 heures à 15 heures.
Oui, c'est vrai, ce n'est pas parfait, je l'admets, mais il y a une
amélioration. Les séjours de plus de 48 heures,
c'est passé de 6,5 % à 5,2 %... à 5,1 %, M. le Président. Bien,
ça, si on faisait des statistiques, là, c'est à peu près 18 %
d'amélioration. Moi, si j'avais un rendement de 18 %, là, à la bourse, je
serais bien heureux, puis les fonds de pension le seraient aussi. Alors, ça
dépend. Évidemment, les chiffres, M. le Président, ils disent juste une chose.
On peut leur faire dire des choses, mais ils
disent une chose : Un, c'est un. Ça peut être une pomme ou une orange,
mais un, c'est un. Et, quand les choses s'améliorent, elles
s'améliorent. Elles ne stagnent pas, elles s'améliorent.
Est-ce que
nous maintenons la cible ministérielle de 12 heures? La réponse, c'est
oui. Et notre collègue, M. le Président,
nous demandait quelle était mon opinion sur les problématiques que l'on avait.
Bon, je l'ai dit précédemment et je
vais le redire aujourd'hui. Pourquoi les choses cessent-elles de s'améliorer?
Bien, il y a un certain nombre de raisons, puis on devrait plutôt
prendre le problème dans l'autre sens : Est-ce que les leviers qu'on s'est
donnés à date ont donné le maximum de leur effet? Peut-être. Est-ce qu'il doit
y avoir des leviers supplémentaires? Sans doute. Et je reviens... parce qu'il est important de revenir là-dessus, il
ne serait pas acceptable de ne pas voir d'amélioration sur la durée
moyenne de séjour sur civière à l'urgence
après avoir investi spécifiquement 100 millions de dollars pour libérer
des lits dans les hôpitaux, des lits de courte durée.
En français,
M. le Président, là, je vais insister là-dessus, si vous prenez un hôpital de
100 lits dans les 20 dernières années... Parce qu'il y avait
jusqu'à 15 % des lits occupés par des gens qui ne devaient pas y être,
parfois des mois, M. le Président, des mois,
on a vu ça. Alors, si, pendant quatre mois, un lit n'est jamais libéré, pendant
quatre mois ce lit-là ne peut pas recevoir un patient qui vient de
l'urgence, est retourné. Ça veut dire qu'un hôpital de 100 lits, là, de façon statutaire, régulière, à tous les jours, a
fonctionné entre 85 et 90 lits tout le temps. Là, on investit 100 millions
pour que l'hôpital fonctionne à 100 lits, si c'est un hôpital de
100 lits, que les 10 à 15 lits toujours occupés et indisponibles
deviennent disponibles. C'est le prochain levier. Qui a fait ça? Nous. Qui l'a
proposé? Nous. Qui va voir l'effet? La population.
Le député de
Lévis me demande si j'ai réfléchi. Bien oui, j'ai réfléchi. Et non seulement
j'ai réfléchi, mais j'ai identifié le problème et investi les sommes
pour les corriger. Le problème de notre collègue, de nos collègues, c'est qu'évidemment c'est la bonne décision à prendre. Et quelle est
la critique que l'on peut formuler? C'est que l'effet ne soit pas encore immédiat, ce n'est pas encore vu
partout. Bien, il n'y a rien, dans la vie, là, pour lequel il y a
un effet immédiat, et j'y reviendrai dans quelques instants.
Le Président (M. Merlini) : Merci
beaucoup, M. le ministre. M. le député de Lévis.
M. Paradis
(Lévis) : Oui, M. le Président. Je rappelle, au bénéfice du ministre : trois années après l'arrivée du ministre
de la Santé, le temps d'attente est toujours de plus de 15 heures. C'est
ça qu'on a dit, là. Et son «un plus un, deux
plus deux...» Je veux dire, un, c'est un, puis zéro, c'est zéro. Mars 2016
à mars 2017, le ministre peut bien vouloir contester les chiffres, là, l'avération du temps moyen d'attente des
patients sur civière dans cette période de temps là, elle a stagné à
15 h 36 min. Alors, ça, c'est ce qui est... Tu sais, c'est zéro
égale zéro.
questionnement... Puis je comprends ce que le ministre nous dit. Donc,
j'imagine... Et je prendrais un autre exemple, là. On parle de, bon, l'Hôpital
de Papineau avec 198 minutes de plus en avération, donc on est maintenant
à plus de 20 heures. J'imagine qu'on n'a pas réussi à faire
l'exercice dont le ministre nous parle sur la libération des lits. L'Hôpital
général juif, de Montréal, ça m'intéresse parce que c'est un bel exemple, le ministre
l'a déjà cité, on était à 12 h 30 min en mars 2016. Et on s'est tous réjouis
de dire : On a peut-être une façon de faire là, puis on doit se servir
de l'exemple de ces bonnes pratiques. Mais là, dans cette année-là, entre
mars 2016 et mars 2017, augmentation de 1 h 30 min, de
90 minutes, pour le porter à 14 heures.
Je rappelle l'exemple,
je rappelle celui-là. Est-ce que l'Hôpital général juif a été victime de son
succès? Donc, plus de gens y rentrent
parce qu'ils disent : Ça va être moins long, alors que, normalement, le système devrait nous permettre de ne pas nous rendre à l'urgence, de un. Et, de
deux, est-ce que le ministre, dans ces foyers-là importants,
là, où il y a des augmentations majeures par rapport à d'autres endroits où ça se... où le temps
diminue... Est-ce qu'on a des actions spéciales et un comité
particulier dans les endroits où, manifestement, les attentes ont beaucoup
augmenté?
Le Président (M. Merlini) : Merci, M.
le député de Lévis. M. le ministre.
Barrette : Et la réponse est
oui, M. le Président. Puis ces gestes-là ont déjà été
posés. Et je vais réitérer le propos que
je tenais en réponse à notre collègue de Taillon il y a quelques instants. À l'Hôpital général juif, on vient de
vivre une période de débordement qui coïncide parfaitement avec l'investissement
que l'on a fait pour libérer des lits à l'hôpital.
Dans un hôpital très performant — l'Hôpital
général juif, c'est un hôpital très performant — à qui on a donné, au même moment, des lits de plus et des budgets
supplémentaires pour faire de la chirurgie... et, au même moment, on a
eu un débordement de l'urgence. Ça, ça ne prend pas un grand cours de gestion
et de connaissance du réseau de la santé pour conclure que les lits n'ont pas
été utilisés en priorité pour les patients de l'urgence.
Je l'ai dit, puis ce n'est pas un reproche que
je fais aux gens sur le terrain, les gens veulent faire plus pour les citoyens, mais, à un moment donné, il y a des
arbitrages qui doivent être faits, il y a des choix qui doivent être posés.
Et, dans le cas présent, l'investissement ne
servait pas à faire plus d'électifs, mais bien de monter les patients à
l'urgence. On l'a vu. Je le répète, M. le Président, dans une urgence, là, un
lit libéré, c'est convoité, convoité. Je pourrais prendre toutes sortes de dictons, là. Et c'est extrêmement
convoité. On demande à ceux qui gèrent de s'assurer que les lits de
l'urgence soient intégrés dans la gestion
des lits hospitaliers et donc que les lits libérés servent à monter les
patients de l'urgence. On vient de vivre un moment d'enthousiasme qu'on
doit corriger.
Mais il n'en
reste pas moins, M. le Président, qu'on donne actuellement de la marge de
manoeuvre. Et la marge de manoeuvre va faire quoi? Elle va forcer les
équipes médicales — et
là, M. le Président, je pèse mes mots et j'invite mon collègue à bien porter attention — les équipes médicales, donc de médecins de
famille, de spécialistes en médecine d'urgence
et de médecins spécialistes aux étages, à travailler ensemble. Un patient
couché sur civière à l'urgence, ce n'est pas un patient qui doit être l'objet d'être transféré comme ça, sans
raison, à l'étage. Les gens doivent
travailler ensemble pour faire en sorte que le patient qui est à l'urgence pendant une période d'observation
n'ait pas nécessairement à monter, puisse retourner à la maison
avec du maintien à domicile. Ça, c'est de la collaboration exigée entre tout le
monde : les médecins spécialistes, les
médecins généralistes, de famille et les gestionnaires. Le vrai travail
d'équipe, là, il est là, et c'est de
là, à la suite de notre investissement, qu'on aura l'effet maximal. Et ça, ça doit
arriver. C'était d'ailleurs, M.
le Président, l'objet et l'essence de mon intervention, il y a maintenant deux semaines et demie, eu égard à la
problématique des urgences.
Le Président (M. Merlini) : Merci,
M. le ministre. M. le député de Lévis.
M. Paradis
(Lévis) : Je compléterais
sur ce dossier avec une question fort
simple : Est-ce que le ministre de la Santé, très confiant, peut
garantir que la cible de 12 heures sera atteinte pour 2018?
Le Président (M. Merlini) : M. le
ministre.
Barrette : Je peux garantir que je ferai tous les efforts nécessaires
pour atteindre cette cible-là. Mais le réseau de la santé, M. le Président, là, c'est un réseau qui n'est pas une chaîne
de montage composée d'objets inertes. C'est un réseau où l'objet de notre intérêt est une personne
vivante, un patient, dont on ne peut prédire l'évolution. Et le
comportement collaboratif de tout un chacun de cet environnement-là, bien, ça,
c'est quelque chose à développer. On entre dans une nouvelle ère, et ce que
j'entends du terrain, c'est que les gens sont prêts à le faire.
Alors, oui,
je peux m'engager à faire tous les efforts pour en arriver là. Je ne peux pas,
même si on m'affuble de ce pouvoir-là, contrôler tout un chacun sur le
terrain. Mais il y a des évidences documentées, publiées sur la planète occidentale — on ne comparera pas le tiers-monde, là — qui veulent, qui pointent, qui indiquent
que, oui, on peut réussir ça. Mais,
pour réussir ça, M. le Président... Je vais terminer mon intervention
là-dessus. Si nous n'avions pas équilibré le budget, je n'aurais pas pu libérer des lits. Et j'attends toujours une
proposition chiffrée et évaluée de la part et du PQ et de la CAQ. Je
n'en entends jamais.
Le Président (M. Merlini) : Merci,
M. le ministre. M. le député de Lévis.
M. Paradis
(Lévis) : Merci, M. le
Président. J'aborde un dossier sur lequel nous sommes fréquemment
revenus, et ça concerne nos aînés.
D'ailleurs, on a eu l'occasion de l'aborder également lors des crédits en ce
qui concernait les aînés, la ministre
responsable des aînés, il y a peu de temps. Je reviens sur cette norme de deux
bains par semaine aux aînés dans les CHSLD.
Dans les dernières
semaines, la CAQ a découvert, par accès à l'information, qu'il existait une
norme pour les détenus incarcérés dans les
prisons québécoises, qui ont droit à un minimum de deux bains par semaine.
C'est dans le règlement
du ministère de la Sécurité publique, donc ça a son importance. Je sais que les
conditions physiques, là — et on ne fera pas bien, bien de chemin là-dessus — les conditions physiques et les capacités
cognitives des prisonniers ne sont pas
les mêmes que dans les CHSLD, mais ceci nous démontre qu'il y a des normes,
puis c'est inscrit, parce que c'était important.
Aujourd'hui, là, actuellement, il n'y en a pas, de norme officielle sur le
nombre de bains et de douches pour nos aînés en CHSLD. C'est un dossier
dont on parle depuis longtemps.
vous rappelle le sondage, hein, puis seulement très rapidement, le sondage
préparé et diffusé par TVA. Ce n'est pas loin, c'est juin 2016.
92 % des Québécois jugent qu'un bain par semaine en CHSLD, c'est
insuffisant. 81 % des Québécois...
92 %, là. Puis 81 % disent... Le ministre a déjà chiffré ça, il a dit
que c'était 30 millions. Bien, les Québécois lui disent :
Investissez, M. le ministre, parce qu'un bain par semaine, ça ne fait pas sens,
selon les Québécois, à 92 %.
apprend récemment que, du côté de l'Ontario, on a une norme nationale de deux
bains par semaine dans les CHSLD. Depuis 2004, en Ontario, le
gouvernement offre à tous les résidents des centres de soins de longue durée la
possibilité d'obtenir deux bains par
semaine, selon leur volonté, selon leur volonté, avec une exception pour ceux
et celles qui ne le peuvent pas parce
qu'il y a des raisons médicales, qui ne le veulent pas. Et d'ailleurs ça aussi,
c'est intéressant, parce qu'à chaque
fois qu'on revient là-dessus il faut marteler le fait : pour ceux qui le
veulent et ceux qui le peuvent. Parce
que, trop fréquemment, on entend puis on se fait répliquer : Bien oui,
mais vous allez forcer des gens à prendre un bain. Non, ce n'est pas ça,
la réalité. Pour ceux qui le peuvent et ceux qui le veulent. Donc, l'Ontario le
fait.
Question relativement
simple, parce que... un dossier sur lequel on a beaucoup parlé : Pourquoi
les aînés de l'Ontario hébergés dans des foyers de longue durée ont droit à
deux bains par semaine? Pourquoi les aînés québécois n'auraient pas droit? Est-ce que le ministre entend débloquer les
30 millions nécessaires, tel que souhaité par la population, pour
qu'enfin on ait une norme minimale de deux bains par semaine pour ceux qui le
peuvent et ceux qui le veulent?
Le Président (M.
Merlini) : M. le ministre.
M. Barrette :
Alors, M. le Président, en Chambre, je me suis déjà levé pour dire que le
programme électoral et le plan politique de
la CAQ étaient essentiellement ce qui était écrit dans le journal le matin. Et,
puisque mon collègue fait référence à
un
article qui était dans le journal, mais d'hier, je vais référer à son plan
politique, qui est l'article de journal auquel il fait référence. Et je cite, M. le Président, je réfère, là, je
cite, là... mais, dans ce cas-là, je peux citer parce que c'est dans le journal, alors : «Tous les foyers de
soins de longue durée de l'Ontario doivent assurer à chaque résident un
bain au moins deux fois par semaine en
utilisant la méthode de son choix, ou plus souvent, compte tenu de ses besoins
en matière d'hygiène[...] — trois points de suspension.
"Bain" — entre
guillemets. C'est dans la règle ontarienne — s'entend notamment des bains, des douches et des toilettes
complètes à l'éponge.» En Ontario, en Ontario, on considère qu'une toilette complète qui n'est pas dans un bain, mais
au lit du patient, est un bain. C'est écrit tel quel dans son programme
électoral, qui a été publié dans Le Journal de Montréal , et ça rime.
C'est
ça, la réalité, M. le Président, là. La réalité, c'est que les personnes âgées
en perte d'autonomie sévère dans nos
CHSLD — et ils
sont de plus en plus en perte d'autonomie, parce qu'aujourd'hui on tente de
garder les gens qui ont une autonomie
raisonnable à la maison — ces gens-là sont dans une situation clinique qui n'est pas
toujours appropriée pour avoir un bain. Je l'ai dit à plusieurs
reprises, je vais le répéter encore aujourd'hui, quand je vais dans les CHSLD,
des familles, M. le Président, me demandent
de ne pas écouter les représentations des politiciens parce que leurs aînés,
quand ils vont dans le bain, ça leur prend une semaine pour s'en remettre,
quatre jours. Je l'entends régulièrement.
Ce qui est important,
M. le Président, c'est que les soins soient donnés de façon requise à tout le
monde, mais soient adaptés à la situation clinique des gens. Et on devrait se
poser la question ici, tout le monde ensemble, M. le Président : Est-ce qu'on doit satisfaire notre perception de
nous-mêmes ou bien s'assurer que les soins soient adaptés aux besoins des gens? Rien n'empêche, M. le Président,
rien n'empêche actuellement notre réseau de donner plus d'un bain par
semaine aux personnes âgées, rien. Rien, rien n'empêche ça, hein? Et est-ce
qu'on va améliorer notre capacité de desserte de services? La réponse, c'est
oui, M. le Président.
Rappelons-nous que
nous avons, à la fin de notre forum, annoncé un investissement de
65 millions de dollars pour engager
qui, en majorité? Des préposés, et ces préposés-là sont les gens qui donnent
des bains, M. le Président. Alors, nous
l'améliorons. Mais ce que notre collègue me demande, nous demande, c'est de
faire des lois pour une situation qui ne doit pas être une loi. Notre
enjeu est de donner la capacité, en offre de services, d'aller là, et c'est ce
sur quoi nous travaillons à tous les jours, M. le Président.
Le Président (M.
Merlini) : Merci. Merci, M. le ministre. M. le député de Lévis.
M. Paradis
(Lévis) : Bien, M. le Président, le ministre a déjà cité une comptine
ici, au salon bleu, là : répète, puis
le reste, là. C'est un petit peu ce que le ministre fait actuellement, répéter
la même chose, alors que, fondamentalement, ce qu'il amène comme
argument ne tient pas plus qu'il y a trois semaines, un mois, un an.
Puis,
pour lui permettre de bien comprendre le mot à mot, je vais lire pour lui.
Peut-être qu'en le disant, là, ça va être
plus facile. 33,
article 1 : «Le titulaire de permis d'un foyer de
soins de longue durée veille à ce que chaque résident du foyer prenne un bain au moins deux fois par
semaine en utilisant la méthode de son choix...» C'est quoi, là?
L'éponge, là, ce n'est pas : Regarde,
on va te donner deux fois l'éponge, puis ça va être correct. «En utilisant la
méthode de son choix». Et ça peut être des bains. La norme existe. Elle
existe là-bas, les gens la réclament.
ministre aura beau dire ce qu'il veut, pourquoi s'entêter à ne pas donner aux
aînés cette possibilité? Et je le répète, pour ceux qui le peuvent et
qui le veulent. Parce que le ministre s'entête, M. le Président, à répéter
qu'on va traumatiser des gens. C'est clair dans notre formulation. C'est
exactement ce qui a été fait là-bas. Et je me demande pourquoi le ministre
s'entête, encore une fois, à ne pas écouter la population.
Président (M. Merlini) : Merci, M. le député de Lévis. Et la réponse
sera prise sur le prochain bloc du gouvernement. M. le ministre, à vous la
réponse.
Barrette : Oui, parce que, là, on s'entend que notre collègue, l'ayant
minuté moi-même, a largement excédé son temps permis. Mais je vais
répondre, M. le Président.
Le Président (M. Merlini) :
D'une minute.
Barrette : C'est écrit. C'est écrit, c'est écrit dans son programme
électoral qu'un bain, c'est ça. Et «de son choix», je vais simplement rappeler à notre collègue que la majorité... peut-être pas la majorité, mais une grande, grande, grande
partie de nos résidents en CHSLD n'ont plus
l'état cognitif pour faire ce genre de choix là. Et c'est sans doute
pour ça qu'au gouvernement ontarien, on a
inclus dans leur législation — puis
ça doit être clair, puisque Le
Journal de Montréal le rapporte lui-même — qu'un
bain inclut la douche, les soins d'hygiène, la toilette complète à l'éponge.
qui est important de retenir ici, M.
le Président, c'est que tous nos
aînés, sans exception, à tous les jours, toute l'année durant, reçoivent des soins d'hygiène complets et appropriés,
qui peuvent ne pas satisfaire la perception qu'a notre collègue
de ce que ça devrait être, mais ces services-là, ces soins d'hygiène là sont
donnés à tout le monde à tous les jours.
Président (M. Merlini) : Merci, M. le ministre. Pour le prochain groupe... Pour le prochain bloc
d'intervention du gouvernement, M. le député de Beauce-Sud. À vous la parole.
Il reste 17 min 30 s.
M. Busque :
Merci beaucoup, M. le
Président. Alors, étant donné que je viens tout juste d'arriver, je vais en profiter pour saluer mes collègues de l'opposition officielle, mon collègue également de la deuxième opposition, ainsi que mes collègues,
bien entendu, ainsi que le ministre et tous les gens qui l'accompagnent.
Alors,
M. le Président, moi, j'aimerais beaucoup interpeler le ministre sur le projet
Optilab. Optilab est un projet ambitieux,
est un projet qui, depuis qu'il est annoncé... Il y a plusieurs personnes de
mon comté qui m'ont interpelé sur ce projet pour s'enquérir
d'information supplémentaire, avoir des explications qui font en sorte de bien
comprendre l'ensemble de ce projet, et où on part, et où on veut s'en aller.
Alors,
en premier, j'aimerais justement mentionner d'où vient l'origine du projet
Optilab. Alors, dès 1999, un rapport
du Vérificateur général du Québec formulait déjà des recommandations en lien
avec l'organisation et la performance des laboratoires ainsi que sur la
gestion de l'équipement et la pertinence des analyses. Dans ce contexte, tout
en reconnaissant la qualité des ressources
humaines et des pratiques de service de laboratoire, les travaux menant au
projet Optilab ont permis d'actualiser la nécessité d'une réorganisation de ce
secteur. Le modèle proposé doit permettre de maintenir
ou même d'améliorer la qualité des pratiques de biologie médicale, tout en
augmentant l'efficience globale du réseau.
Optilab est un projet
de réorganisation de laboratoires de biologie médicale qui a débuté en
septembre 2011. Il s'agit d'une
démarche qui provient d'une action concertée d'acteurs du réseau de la santé
visant à doter le Québec de laboratoires de biologie médicale capables
de répondre avec efficience aux besoins actuels et futurs de la population. Ainsi, le ministère de la Santé et des Services
sociaux souhaite doter le Québec d'un réseau de laboratoires biomédicaux
optimaux en termes d'accès, de qualité
technique, de temps réponse, de sécurité, de pertinence clinique et
d'efficience dans l'usage des ressources humaines, financières, technologiques
et informationnelles.
Antérieurement,
les services de biologie médicale étaient offerts et répartis dans quelque
500 unités administratives des
établissements publics du Québec, créées depuis la mise en oeuvre de la loi
n° 10. Optilab propose un
regroupement de ces laboratoires, à terme,
en 11 grappes de laboratoires de biologie médicale qui auront comme but une
offre de services concertée et complémentaire. Ces grappes rassembleront
les installations d'un seul ou de plusieurs établissements, permettront la mise en commun de différentes
expertises et répondront aux exigences de qualité de ce secteur des plus
spécialisés et novateurs qui est la biologie
médicale. La transformation nécessaire à la mise en place des grappes de
services nouvellement créées se réalisera progressivement au cours des
prochaines années.
Alors,
c'est bien évident que la responsabilité du ministère de la Santé et des
Services sociaux est bien entendu comme
toute organisation qui désire s'améliorer, c'est le devoir d'assurer et d'offrir
les meilleurs services à la population, bien entendu, la nécessité d'innover, de profiter de la technologie
disponible. Ce projet, comme tout projet de réorganisation, va changer des façons de faire, engendrer
certaines inquiétudes relatives à ces changements, inquiétudes qui se
manifestent au niveau des ressources humaines, mouvements des ressources
humaines, au niveau des transports, je pense que le collègue — je l'ai
manqué tantôt — le
collègue de... le représentant d'Héma-Québec a parlé là, de transport tantôt,
mais il y a des questionnements au niveau du
transport. Alors, c'est tout à fait normal dans toute réorganisation d'avoir de
genre de questionnement, d'inquiétude.
Cependant,
les objectifs du projet Optilab feront en sorte d'amener les services de
laboratoire à un niveau... au niveau
2017, c'est-à-dire de profiter des technologies disponibles présentement.
Alors, bien entendu, le niveau d'efficacité sera élevé et aura des impacts positifs sur les coûts reliés aux tests
en laboratoire, aux travaux en laboratoire, aux ressources humaines, et
tout ça, bien entendu dans le but d'un service meilleur.
Alors, moi,
j'aimerais profiter des quelques prochaines minutes avec M. le ministre pour
lui demander de, justement, nous entretenir
sur le projet dans son ensemble, sur les différentes étapes à venir ainsi que
sur les retombées.
Le Président (M.
Merlini) : Merci, M. le député de Beauce-Sud. M. le ministre.
Barrette : Merci, M. le Président. Merci, cher collègue. Évidemment,
Optilab, c'est un sujet qui est d'actualité, et je pense qu'il est certainement très pertinent pour nous de nous y
adresser à l'étude des crédits. Bon, ne serait-ce, en partant,
que parce que la finalité d'Optilab à long terme, non pas à court terme, mais à
long terme, est une économie substantielle, économie qui, à terme, sera
évidemment réinvestie dans notre réseau de la santé.
Je pense, M.
le Président, qu'avant qu'il y ait des questions et des critiques peut-être sur
ce sujet-là... Je pense qu'il y a
lieu, comme l'a fait mon collègue, de rappeler que ce projet-là a commencé il y
a maintenant plusieurs années. Optilab,
c'est le fruit d'une longue réflexion qui nous amène où nous sommes
aujourd'hui. Mais je pense qu'il est important de rappeler que le Parti
québécois, lorsqu'il a été au pouvoir récemment, a pris une position qui est
très claire quant à Optilab. Et vous allez me permettre de me référer à une
lettre que la sous-ministre de l'époque envoyait au nom du ministre de la Santé du Parti québécois de
l'époque en disant ceci : «Le ministère de la Santé et des Services
sociaux, sur avis de ses partenaires — "les partenaire", on parle du
réseau ici M. le Président, on parle des hôpitaux, et ainsi de suite — met de l'avant une transformation majeure
des services de biologie médicale en privilégiant un regroupement par grappes
de laboratoires, ce qui est radicalement
différent de la dynamique d'organisation qui prévalait jusqu'à maintenant.» Je
continue, M. le Président, la
référence : «Le réseau du MSSS sera ainsi mieux équipé pour faire face aux
importants défis qui nous interpellent
en santé, notamment l'éclosion technologique des services diagnostiques qui
prennent, année après année, une plus grande proportion des coûts de
services de santé.»
Et, un peu
plus loin, on fait référence ici aux économies : «Comme vous le savez, le
MSSS doit procéder à une reddition de comptes auprès du Conseil du
trésor pour tous ces postes de dépenses, dont la mesure d'économie de 100 millions de dollars — évaluée donc par le Parti québécois, nous on pense que ça a été surévalué — découlant
du projet d'optimisation des laboratoires.»
Ça, c'est une lettre, M. le Président, qui a été envoyée par le bureau du
ministre de la Santé de l'époque le 11 décembre 2013.
Alors,
Optilab, c'est un projet qui est transpartisan et, par un hasard déconcertant,
qui devient partisan aujourd'hui. C'en
dit long sur notre façon de faire de la politique. Mais je m'arrête là, M. le
Président. À cette époque-là ou avant, je n'ai jamais entendu la CAQ
critiquer Optilab de quelque manière que ce soit. Pourtant, aujourd'hui, on
entend encore un certain nombre de critiques. Et là vient l'intérêt des propos
qui nous ont été exposés par M. Maltais.
M. Maltais est venu nous parler d'Héma-Québec.
Je ne connais personne, M. le Président, au Québec, qui ne considère pas qu'Héma-Québec est une organisation
de classe mondiale, de premier niveau, qui assure accès et sécurité à des produits sanguins sur tout le territoire du
Québec. Même moi, M. le Président, j'ai appris un certain nombre de
choses techniques dans l'exposé de M.
Maltais. Et aujourd'hui, quand on entend parler d'Optilab, on en entend
beaucoup parler sur la base de la sécurité, la perte de prélèvements, et
ainsi de suite.
Bien, on va prendre un petit instant simplement
pour rappeler les grandes lignes de ce que M. Maltais nous a exposé. Il transporte, M. le Président, des
prélèvements sanguins, hein? Comprenons-nous, là, quand on donne du
sang, c'est le même geste que de faire une prise
de sang pour avoir une analyse de laboratoire, on prend du sang pour en
donner ou on prend du sang pour l'analyser,
mais c'est une prise de sang. Et M. Maltais nous expliquait que ce sang-là, qui
est recueilli dans des récipients
quelconques, est transporté vers un laboratoire central. Mais là je pense que
le parallèle avec Optilab, il est parfait. Si, chez Héma-Québec, on peut
prélever du sang de façon sécuritaire partout sur le territoire du Québec et le
transporter vers un laboratoire central, c'est donc que ça peut se faire.
Et, si c'est
sécuritaire, bien, ça doit être parce qu'il y a des normes. Et que nous a dit
M. Maltais? Oui, il y a des normes,
ce sont des normes qui sont édictées par Santé Canada. Moi, j'ai été
impressionné quand M. Maltais nous a dit que, dans ses camions, là, la chose la plus importante, c'était la
chaîne de froid. Je ne savais pas, moi, qu'on transportait un certain type d'échantillon à moins 140 °C,
hein? Juste à
titre indicatif, là, un congélateur, là, c'est moins quelques
degrés, là, ce n'est pas moins 140 °C, là. Alors, ça, ça demande une
technologie qui est une technologie de pointe.
Toujours dans
le même parallèle, M. le Président, Héma-Québec nous a fait la démonstration
qu'on pouvait faire circuler les
prélèvements sans aucun problème partout au Québec de façon sécuritaire, dans
un laboratoire central. Et, en plus,
on nous a expliqué, et c'est encore plus compliqué, qu'on peut faire revenir
des produits sanguins traités. C'est des produits qui ont été transformés à partir du sang humain, on peut les
transporter d'un laboratoire central vers des hôpitaux où ces produits-là sont administrés, injectés à
des gens comme vous et moi. Et ça, ça doit être blindé, comme sécurité,
là, pour que ça puisse se faire.
Alors, on a un
système de transport qui est prouvé comme étant faisable par une organisation
qui l'a fait pendant des années, qui
est reconnue sur la planète entière comme étant au sommet de la performance, et
la même organisation a le même
système de transport pour ramener des produits transformés en toute sécurité
chez le patient qui le recevra dans les hôpitaux, parce qu'il y a des
normes. Ça se fait.
Or, c'est la
première critique qu'on fait d'Optilab, le transport. Ça ne peut pas se faire
transporter de Sept-Îles à Québec. Pourtant, le sang est prélevé par
Héma-Québec à Sept-Îles, et les produits sanguins reviennent de Québec ou
Montréal à Sept-Îles. Ô surprise!
Et que nous a enseigné, M. Maltais? Il nous a
enseigné aussi que leur système de transport était l'objet d'un système de
traçabilité. Il n'est pas allé dans ce détail-là, mais je vais y aller, moi, M.
le Président.
Ça veut dire quoi, ça, «traçabilité»? Ça veut
dire que, par exemple... Et ça se vit ça périodiquement, une fois tous les 10, 15 ans, là. Si, par exemple, il
y aurait eu un produit sanguin potentiellement contaminé, une réaction au
produit que démontre le patient, bien,
savez-vous qu'est-ce qu'on fait à Héma-Québec? On a tellement de traçabilité,
là, qu'on peut retrouver le lot et
même le donneur ou les donneurs du lot. Imaginez, là, on a une traçabilité qui
nous permet même de revenir aux
donneurs — au
pluriel. On n'a pas besoin de ça, là, dans Optilab. Mais c'est pour vous
montrer que, sur la base de la
logistique, nous avons, au Québec, des champions reconnus comme tels partout.
Je fais une petite parenthèse pour les féliciter, c'est rare qu'on
félicite Héma-Québec, ils sont dans l'ombre, mais ils nous enseignent que, dans
un environnement de laboratoire, on peut, sans aucun problème et de façon
sécuritaire, transporter des prélèvements.
je vais aller plus loin, et là ça a dû être dur pour certaines oreilles en face
de nous, ils font faire... affaire aussi avec des sous-traitants qui sont assujettis aux mêmes normes de qualité
et de traçabilité, et il n'y a pas de problème. Moi, je peux vous dire une chose, M. le Président, s'il
y avait des problèmes, la première organisation qui les divulguerait,
c'est Héma-Québec. Savez-vous pourquoi?
Parce que, chez Héma-Québec, la confiance de la population, c'est majeur,
c'est primordial. C'est ça, la réalité, M.
le Président. Alors, aujourd'hui, au moment où tout un chacun s'évertue à
critiquer Optilab sur la base du transport,
n'avons-nous pas sous les yeux toutes les données qui garantissent exactement
le contraire en termes de risque? C'est la sécurité qu'on a sous les
yeux parce qu'on l'a fait au Québec par des Québécois.
Comment va se
déployer Optilab? C'est un plan essentiellement, à partir d'aujourd'hui, de
cinq ans. Optilab doit se faire un
pas à la fois pour des raisons évidentes, des raisons d'organisation de
sécurité, de traçabilité, et ainsi de suite. Ça ne peut pas aller vite, on doit prendre notre temps. Mais, oui, comme
gouvernement, nous avons la responsabilité de prendre la bonne décision en termes de gestion des fonds
publics. Si nous avons la capacité d'aller économiser 75 millions de
dollars pour le bénéfice d'autres secteurs
en santé et services sociaux, nous avons la responsabilité de le faire au même
titre qu'un gouvernement responsable
devrait toujours tout faire pour présenter des budgets équilibrés, ce que nous,
au Parti libéral du Québec, avons fait dans les trois dernières années
et refaisons cette année, M. le Président.
Le Président (M. Merlini) : Merci beaucoup,
M. le ministre. Ça met un terme à ce bloc d'échange avec les membres du
gouvernement. Nous terminons la matinée avec un bloc d'échange avec
l'opposition officielle. Mme la députée de Taillon, la parole est à vous pour
le temps qui nous reste.
Lamarre : Je vous remercie beaucoup, M. le Président. Nous souhaitons
tous qu'il y ait concrètement une amélioration
de l'accès de la population à son système de santé, parce que c'est son système
de santé, il faut se le rappeler. En introduction, le ministre a précisé
l'ampleur de l'argent qui était donné, la moitié des sommes destinées aux programmes, c'est majeur, et ces sommes d'argent,
elles doivent à tout prix donner les résultats escomptés à la
population. Et, depuis maintenant 15 ans, le
Québec ne réussit pas, par les moyens traditionnels qu'il utilise, à faire en
sorte que l'accès soit au
rendez-vous. Et c'est ça qui, à ce moment-ci, crée énormément de déception, je
vous dirais, d'angoisse, dans certains cas,
de la population, tant par les difficultés, une fois qu'ils sont inscrits au
guichet, d'avoir accès à un médecin de famille.
Et là je
voudrais parler de la solution que le ministre propose et dont il fait état
dans plusieurs points de presse régulièrement.
Alors, il a appelé ça des supercliniques.
J'hésite à utiliser ce mot-là, M. le
Président, parce que,
ce que je constate, c'est que ce sont
des conversions, en fait, de cliniques-réseaux. Déjà, au début des
années 2000, il y avait
eu 48 cliniques-réseaux qui avaient
été constituées, et ces cliniques avaient comme objectif, comme obligation même, d'être ouvertes 12 heures par jour, sept jours-semaine. Or, dans son
communiqué, le 25 avril 2016, quand le ministre a annoncé ses supercliniques, il a dit qu'on devrait avoir des
supercliniques à 12 heures par jour, sept jours-semaine, ce qui était
déjà l'engagement qui avait été pris par les cliniques-réseaux. Donc, pourquoi
ne pas s'assurer que les cliniques‑réseaux remplissaient bien la mission qui
était demandée?
Et il y avait
quand même quelque chose quand tantôt j'ai parlé d'urgence, les soirs de fin de
semaine, le samedi et le dimanche, on n'avait pas les quatre heures nécessaires pour permettre aux gens qui... Ça arrive, une otite, une
infection urinaire, un samedi soir ou un
dimanche soir. Les otites n'ont pas encore décidé de choisir seulement
les jours de semaine pour apparaître,
donc il y a des gens qui ont besoin d'avoir des services. Ces gens-là, quand ils n'ont pas d'autre option, ils se rendent à l'urgence, et ça nous coûte beaucoup
plus cher, et ils ne sont pas passés en priorité, ce qui est bien
normal, ce n'est pas le bon endroit pour eux d'aller. Mais donc il nous faut
d'autres options.
Quand on a travaillé sur les GMF avec le projet
de loi n° 20 et le projet de loi n° 10, le ministre n'a pas voulu
imposer aux GMF des heures d'ouverture le samedi soir, le dimanche soir. Alors,
il a dit : Ça va se régler par les supercliniques. Hier, il nous annonce
des supercliniques, et ces supercliniques-là, conformément à son annonce du 25 avril 2016, ça devrait donc être
ouvert 84 heures par semaine, et là hier il nous dit que ça va être
76 heures par semaine qu'on va avoir pour ces cliniques. Alors, il
y a quand même un grand écart.
Est-ce que
le ministre reconnaît que, dans le
fond, ces cliniques-là ne pourront pas rencontrer les exigences des supercliniques? Oui, on sait que deux cliniques
vont être ouvertes sur six en alternance, là, et on va en avoir deux sur
l'île de Laval qui vont être ouvertes le
samedi soir et le dimanche soir. Mais moi, je regarde les heures d'ouverture
déjà, les heures de disponibilité
déjà de ces six cliniques-là. On avait déjà 434 heures. J'ai fait le tour,
j'ai regardé sur leurs sites, puis j'ai
pris ça de façon très objective, il y avait déjà 434 heures qui étaient
ouvertes... offertes. Et là à 76 heures, six cliniques, ça va faire 456 heures, ça fait
3 h 30 min de plus par semaine, plus de petites plages de quatre
heures qui vont être en alternance.
Alors, est-ce
que le ministre peut nous dire si ces cliniques-là vont finir par offrir un
84 heures éventuellement? Et également j'aimerais avoir des
précisions parce que, là aussi, quand on parle de six supercliniques, le
ministre individuellement avait dit :
Chaque superclinique devrait offrir des services de prélèvement et d'imagerie
médicale. Est-ce que les six
supercliniques vont offrir ces services-là? Dans ce que je vois actuellement,
il n'y en aurait qu'une qui l'offrirait, et donc... Parce que,
là, on ne parle plus de supercliniques. On peut être contents, se réjouir qu'il y ait quelque chose de nouveau qui arrive, là, mais on n'appellera pas ça
des supercliniques parce que, de toute évidence, lesquelles caractéristiques
dont le ministre s'était engagé à imposer
pour que ça s'appelle des supercliniques, elles ne sont pas là, elles ne sont
pas là.
Alors, est-ce
que le ministre va faire en sorte que ça réponde à ça ou s'il reconnaît que ce
ne sont pas vraiment des
supercliniques comme il le voulait et qu'il est obligé de céder parce qu'il n'a
pas été capable d'imposer qu'on ait une disponibilité pour la population
les soirs de fins de semaine pour des conditions de première ligne, des
conditions mineures?
Le Président (M. Merlini) :
Merci beaucoup, Mme la députée de Taillon. M. le ministre.
M. Barrette :
M. le Président, moi, je vais, aujourd'hui, là, prendre un instant pour
féliciter l'ensemble des médecins de famille de l'île de Laval. La collègue,
elle tient toujours un discours qui est un discours d'imposition. «Le ministre n'a pas réussi à leur imposer.» Bien, je n'ai pas
voulu imposer rien, alors je ne peux pas avoir réussi à imposer. Ne pas imposer quelque chose, on n'est pas
dans un mode d'imposition. Et moi, si j'étais médecin de famille aujourd'hui, je serais très inquiet de voir la critique officielle du Parti québécois qui veut prendre le pouvoir, annoncer qu'en arrivant elle va imposer ses volontés aux médecins. C'est de ça
qu'elle parle, là. Et ça, c'est la personne, M. le Président, qui,
pendant l'étude de la loi n° 10 et de
la loi n° 20, faisait des interventions du genre : Le mot «ministre»
apparaît 100 fois dans le projet
de loi; le mot «patient», jamais.
Le ministre a trop de pouvoirs. Le ministre
centralise tout. Le ministre, le ministre, le ministre.
Alors, j'imagine
que ma collègue aspire à me remplacer. Le contraire me surprendrait. Alors, ce
que je comprends, c'est
qu'elle veut faire encore plus que moi en termes d'exercice du pouvoir. Bien
là, il y a un message qui est lancé à toute
la communauté médicale : le Parti québécois veut vous
transformer en employés, et votre patron va s'appeler la députée de
Taillon. Alors, moi, je le dis, parce
que c'est dit en des mots beaucoup plus clairs, ce que notre collègue
vient d'évoquer.
Maintenant,
elle nous parle de Laval. Alors, je vais souligner le travail qui a été fait
par les médecins de Laval. Alors,
regardons de quoi on parle ici exactement. Laval, c'est une région
administrative qui a une caractéristique très, très claire et très simple. C'est une population circonscrite.
C'est une île. Ils ont un code postal à eux et ils ont un certain nombre
de groupes de médecine de famille qui ont
choisi, M. le Président, «choisi», «choisi», de travailler ensemble pour
transformer leur pratique et aller vers le concept de superclinique.
Ils nous ont
fait une proposition, dans un premier temps. Parce qu'il y a un débat dans le
monde de la médecine de famille :
Est-ce qu'on a besoin d'autant de supercliniques? Moi, je crois que oui. Est-ce
qu'on a besoin d'avoir des heures d'ouverture
aussi étendues? Moi, je crois que oui. Eux ont proposé un modus operandi
unique, unique, et qui ne sera pas reproduit
ailleurs, qui est celui que la collègue vient de résumer. Je n'ai pas plié
devant personne. J'ai négocié quelque chose qui était valable. Et qu'ai-je négocié? J'ai négocié un investissement
flexible dans un réseau de six cliniques, dont deux vont fonctionner en
mode superclinique complet à partir du mois de juin, avec en même temps, M. le
Président, il faut le souligner, pour la population de Laval, l'accès à un site
électronique, une application Web de prise de rendez-vous électronique dans ces
cliniques-là, pour la population de Laval.
Laval va
devenir, pour les prochains mois, non seulement le lieu de rodage de notre
système de rendez-vous, mais le lieu de rodage du principe même du
continuum de soins qui inclut le GMF, passe par la superclinique et se termine
à l'urgence quand c'est nécessaire. Nous
avons une opportunité d'analyse et même de recherche, M. le Président, dans
la transformation de notre système de santé.
Pourquoi? Parce qu'on a une région géographiquement densément peuplée,
avec une démographie qui est représentative
du Québec, dans laquelle nous avons un groupe de médecins de famille qui a
choisi de s'engager. C'est presque tout le monde sur l'île de Laval qui
embarque là-dedans.
Et ce qu'on a
comme engagement, c'est que, oui, si la démonstration est faite, elle est
faite. Ils vont tous embarquer au
mode superclinique. On fait une
partie d'expérimentation qui ne sera pas
reproduite ailleurs, parce que ces conditions-là ne sont pas les mêmes ailleurs. Alors, ça, ça s'appelle une chose qui
est très simple : une négociation, que je vais qualifier du bon mot, une négociation réussie au bénéfice de
toutes les parties. Et on comprend des propos de notre collègue qu'au
Parti québécois, on n'est pas dans ce mode-là, mais vraiment pas.
Le Président (M. Merlini) : Merci,
M. le ministre. Mme la députée de Taillon.
Lamarre : Merci, M. le Président. Moi, je ne fais que citer les
engagements que le ministre a pris, je répète, ses engagements à lui. Alors, ce qu'il nous dit, c'est qu'il est
toujours... finalement, quand il fait des annonces, ce n'est pas des vraies annonces. C'était en processus de
négociation. Alors, c'est ça qu'on doit décoder dorénavant des
prochaines annonces qu'il va faire. C'est
que ce n'est pas tout à fait ça,
parce qu'il est en mode négociation. Moi, quand le ministre dit : Je m'engage à ça, j'y crois, parce que je pense
que, s'il le dit... C'est un ministre, il est imputable de ses engagements. Et
donc, les engagements qu'il a pris, bien, de toute évidence, là, il ne les
respecte pas.
Est-ce que le
ministre peut s'engager à ce que chacune des prochaines
cliniques qu'il appelle supercliniques qui vont être ouvertes soit ouverte 84 heures par semaine, comme il l'a
dit lui-même dans ce qu'il a promis à la population comme étant une
avancée pour améliorer l'accès?
Le Président (M. Merlini) : Merci. M.
le ministre.
Barrette : Il y a
bien une seule personne au Québec qui ne considère pas que ce que j'annonce n'est
pas une avancée, et elle est devant moi. C'est son choix, c'est son appréciation.
Maintenant,
moi, M. le Président, ce que je trouve un peu irritant
intellectuellement, c'est que l'annonce que j'ai faite hier, elle était très claire. J'ai fait l'annonce de la façon très
précise qu'il y aurait deux cliniques à 84 heures
rotatoires, que les autres allaient... Ça a été très, très, très clairement
dit.
Je vais
revenir sur un point, M. le Président, un point qui est très important. La députée de
Taillon, régulièrement, dit que, ah,
c'est du pareil au même. L'investissement que l'on fait, M. le Président, est à la
condition qu'il y ait une garantie d'un volume minimal de sans
rendez-vous dans ce réseau-là. Je vais le répéter : c'est 180 000
sans rendez-vous annuellement qui doit être
livré par ces six cliniques-là pour une population qui est un peu au-dessus de
450 000. Faisons le rapport
entre les deux, là : 180 000 pour 450 000 personnes, même
500 000, ça commence à faire du sans rendez-vous, ça. En plus, M. le Président, non seulement ces
cliniques-là ont l'obligation de livrer ça, mais, pour les aider, on leur
envoie du personnel,
et la quantité de personnel qu'on leur envoie peut aller, dépendamment du
niveau, jusqu'à 12 professionnels de
plus. Que font ces professionnels-là? Ils font deux choses, M. le
Président : ils favorisent une productivité augmentée, ils font aussi du travail autonome, ce qui fait que
l'accès à la population vient d'autant être augmenté. Ça, la députée de
Taillon, évidemment, ne le note pas. Alors, ça, ça s'appelle de l'aveuglement
politiquement volontaire.
Le Président (M. Merlini) : Mme la
députée de Taillon.
Mme Lamarre : Ce n'est pas prêter
des intentions, M. le Président...
Le Président (M. Merlini) : Oui.
Oui, M. le... Effectivement.
Mme Lamarre : ...mais on ne
gaspillera pas nos secondes.
Le Président (M. Merlini) : Non,
non. Je vous en prie.
Mme Lamarre : Alors, je comprends que le ministre
ne veut pas garantir que les prochaines cliniques super, qu'il appelle,
seront ouvertes 84 heures par semaine. C'est ce que je comprends à ce
moment-ci.
Maintenant, il parle d'un nombre de places
garanties. Pour être capable d'évaluer le nombre de places...
Le Président (M. Merlini) : Un
instant.
M. Barrette : ...appel au règlement.
Le Président (M. Merlini) : Oui, M.
le ministre.
M. Barrette : 36. On me prête des
intentions.
Le Président (M. Merlini) : 35, 35.
Barrette : 35, pardon. «Le ministre
ne veut pas...» Alors, quand je reviendrai à ma prochaine prise de
parole... Je n'avais pas complété ma
réponse, à votre demande, compte tenu des signes que vous me faisiez. Ça
n'autorise pas notre collègue à me
prêter l'intention de ne pas vouloir garantir. Je le sais, M. le Président, ça va être 12 heures comme ça. Ça ne m'impatiente même pas. Mais je vous ai averti,
j'allais relever chacun de ces moments-là un par un, comme je viens de
le faire. J'attends impatiemment le prochain. Il reste six minutes pour ce
bloc-là.
Le Président (M. Merlini) : À la
question, Mme la députée de Taillon.
Lamarre : Le ministre
met en évidence les éléments que j'essaie de démontrer. Dans le fond, ce qu'il
a parlé, il a parlé d'une promesse d'un
certain nombre de rendez-vous. Mais, pour être capable d'apprécier la
bonification que l'investissement...
parce qu'on donne quand même 719 000 $, là, par année à ces six
cliniques-là de façon récurrente, il faut savoir d'où on part. Donc, est-ce qu'on peut savoir aujourd'hui, par
exemple, au cours de la dernière année, ces six cliniques-là, combien de patients sans rendez-vous ont-elles
accueillis? C'est une question très précise, M. le Président. J'aimerais
ça avoir une réponse très précise : le nombre de patients sans rendez-vous
que ces six cliniques-là accueillaient durant la dernière année.
Le Président (M. Merlini) : En une
minute, M. le ministre.
M. Barrette :
Bien, en une minute, M. le Président, ça va prendre juste
15 secondes : ça demande à ce qu'on fasse une analyse dans la
base de données de la RAMQ, que je ne peux pas faire séance tenante,
évidemment. N'étant pas moi-même un ordinateur, là, je ne peux pas faire cette
interrogation-là.
Le Président (M. Merlini) : O.K.
Oui?
Mme Lamarre : M. le Président,
est-ce que le ministre s'engage à le fournir cet après-midi?
Président (M. Merlini) :
C'était ce que j'étais pour dire, Mme
la députée. Donc, suite à la
recherche, vous pourrez déposer les statistiques demandées au
secrétariat de la commission.
Barrette : Je déposerai les
statistiques si elles sont identifiables comme telles, parce que
la question qui est posée, ce sont les sans rendez-vous. C'est ça, la
question qui est posée...
Le Président (M. Merlini) : Oui,
oui, tout à fait.
M. Barrette : ...et je doute que je
puisse faire la...
Lamarre : C'est parce que,
si on ne peut pas identifier les sans rendez-vous aujourd'hui, comment il va faire pour savoir puis promettre qu'il va y en
avoir 180 000 places, de sans rendez-vous?
M. Barrette : ... Ces gens-là sont comptabilisés.
Le Président (M. Merlini) : Alors,
dans la mesure où ça devient possible de l'identifier, vous déposerez les
informations au secrétariat de la commission.
Président (M. Merlini) : Compte tenu de l'heure, je suspends donc les
travaux de la commission jusqu'après la période des affaires courantes,
où nous poursuivrons notre mandat. Bon appétit à tous.
(Suspension de la séance à 12 heures)
Le Président (M. Merlini) : Alors, à
l'ordre, s'il vous plaît! Nous allons reprendre nos travaux.
Je vous
rappelle que la Commission de la
santé et des services sociaux est réunie à la salle de l'Assemblée
nationale pour poursuivre l'étude des
crédits budgétaires du volet Santé et accessibilité aux soins du portefeuille
Santé et Services sociaux pour l'exercice financier de 2017-2018.
Avant
d'entrer en ondes, j'ai convenu, et j'ai consensus des groupes, puisque nous
commençons à 15 h 30, de dépasser,
et nous devons... et qu'une période de trois heures doit être consacrée à
l'étude des crédits cet après-midi, nous avons le consentement pour
terminer à 18 h 15 la période avant le souper et à 21 h 45
en soirée.
Alors, lors
de la suspension de nos travaux de ce matin, Mme la députée de Taillon
avait la parole. Je vous invite donc à poursuivre votre intervention. Et
vous disposez d'un bloc de 12 minutes.
Lamarre : M. le Président, je veux juste préciser que ce que j'avais compris, c'est que le bloc
de 12... mon intervention de ce matin était terminée et que je voulais
un bloc de 12...
Le Président (M. Merlini) : Oui,
oui, tout à fait, tout à fait.
Mme Lamarre : Donc, vous me
permettez de le faire tout de suite. C'est bien ça?
Le Président (M. Merlini) : Oui,
allez-y.
Mme Lamarre : Excellent. Merci. Alors, ce que j'aimerais
aborder, c'est au niveau de l'étude
des crédits, dans la réponse à nos
questions, de l'opposition
officielle, à la page 150, pour les gens qui nous accompagnent, ça
concerne l'état des structures, des infrastructures de notre parc, je vous
dirais, d'établissements de santé. En 2014-2015, on avait des sommes de
88,5 millions de dollars qui étaient prévues pour la résorption du déficit
d'entretien. Donc, on comprend que c'est
nos... Il y a eu plusieurs reportages qui ont fait état de la vétusté de nos
hôpitaux, de nos établissements, et on a donc un montant, normalement, qu'on réserve pour la résorption du
déficit d'entretien, qui était de 88,5 millions. Cette année, il a
fondu à 36,2 millions.
Alors, j'aimerais
que le ministre nous explique comment, dans un contexte où on a autant de
situations difficiles dans nos
établissements, où clairement, là, les gens qui circulent dans ces
établissements-là constatent qu'il y a vraiment des établissements dans des états très, très
détériorés, comment on peut choisir, puisqu'on est en surplus budgétaire,
comment on peut faire le choix de dire qu'on
donne aussi peu et qu'on a donné aussi peu pour 2015-2016 par rapport à 2014-2015.
Le Président (M. Merlini) : Merci,
Mme la députée de Taillon. M. le ministre.
Barrette : M. le Président, est-ce que... Parce que j'ai de la
difficulté à... Peut-être que notre pagination à nous n'est pas la même.
Est-ce que notre collègue a dit : Dans les questions particulières du
volume, la page 150?
Lamarre : En fait, c'est les questions 198 et 212. Dans les
crédits 2017-2018, c'est la question 212, et dans celles de
2016...
M. Barrette : J'avais mal compris
les pages.
Mme Lamarre : Dans celles de
2016-2017, c'était la question 198.
M. Barrette : M. le Président.
Le Président (M. Merlini) : Oui, M.
le ministre.
Barrette : Étant donné que
ce n'est pas encore la bonne page que j'ai, je vais finir par les placer, juste
me les dire encore, là, pendant que mes collègues trouvent la bonne
page.
Mme Lamarre : C'est dans la réponse
aux questions particulières de l'opposition officielle, le volume 1.
M. Barrette : C'est la question 212?
M. Barrette : Je pensais que c'était
la...
Mme Lamarre : Question 212,
page 150.
Le Président (M. Merlini) :
...l'équipe autour de vous trouve ladite page, on pourrait passer à une...
Le Président (M. Merlini) : Oui,
allez-y.
Barrette : Parce que
notre collègue, pendant qu'on me donne la réponse... pas la réponse, mais qu'on
me donne le document, m'a posé la question :
Comment ça se fait qu'on a mis si peu? Et la question, si j'ai bien
compris... je l'ai bien comprise, était à propos du déficit de maintien.
Mme Lamarre : Du déficit de maintien
d'actif, oui, d'entretien.
Barrette : Alors, la
réponse, elle est relativement simple. Et je l'ai dit à plusieurs reprises, je
vais le dire encore aujourd'hui. À chaque annonce d'infrastructure que
je fais, sans exception, je commence toujours ma présentation en disant : Vous savez, l'enjeu le plus grand dans notre système de santé n'est pas
simplement la première ligne, mais bien celui des infrastructures. Et je continue toujours en disant :
Notre parc immobilier est tel que, si on avait, sur la base d'un prix
normé qui est celui d'aujourd'hui et qu'on le considère comme étant constant...
alors, en dollars constants, il faudrait
investir jusqu'à 800 millions de dollars par année pour renouveler notre parc d'infrastructures sur la base d'une durée de vie de chacune d'entre elles de
60 ans.
Alors, ça, M. le Président, quand on me pose la question : Sur la base de quoi?, bien, c'est sur la base du
grand enjeu de celui de l'équilibre budgétaire de l'État, qui, lui, nous exige à faire des choix. Et, oui, nous sommes
le premier gouvernement à avoir fait le choix de faire un état de situation
de la vétusté de nos infrastructures. D'ici la fin de l