House Proceedings — 19 November 2014 (41st Legislature, 1st Session)
2014-11-19
Quebec — Debates (Hansard)
Le Vice-Président
(M. Ouimet) : Merci à vous, M. le député de Saint-Jean. M. le
député de Maskinongé.
Plante : Merci beaucoup, M. le Président. Permettez-moi aujourd'hui de
souligner le travail exceptionnel d'une grande bénévole du comté de
Maskinongé, soit Mme Pierrette Plante-Roy.
Mme Plante-Roy
est présidente du Noël du pauvre depuis plus de 10 ans. Elle est très
impliquée dans son milieu. Elle est
vice-présidente des Dames charitables, de la Fondation québécoise du cancer,
section Mauricie. Elle est également bénévole
de la fondation du centre de santé et de services sociaux de la MRC de
Maskinongé, du centre de bénévolat de Louiseville.
Je tiens donc aujourd'hui à souligner
l'engagement de Mme Plante-Roy auprès des personnes âgées dans les foyers de la municipalité. M. le Président, la
population du comté de Maskinongé est choyée de pouvoir compter sur une personne de coeur qui
fait preuve d'altruisme, une personne aussi dévouée au bien-être d'autrui. Au
nom de mes concitoyens, j'aurai le
privilège ce soir de décerner à Mme Plante-Roy une médaille de l'Assemblée
nationale pour son engagement bénévole qui fait une différence dans la
vie de ceux et celles qui la côtoient. Merci, M. le Président.
Vice-Président (M. Ouimet) : Merci à vous, M. le député de
Maskinongé. Mme la députée de Saint-Hyacinthe, je vous cède la parole.
Soucy : Merci, M. le Président. Aujourd'hui, je veux souligner la
première année d'existence de la maison de répit en agriculture du
Québec.
20 septembre 2013, cette maison ouvrait officiellement ses portes sur la
rue Benoît à Saint-Hyacinthe. Ce projet est né de l'initiative de
l'organisme Au Coeur des familles agricoles et de ses dirigeants, dont la
présidente actuelle, Mme Lise Tremblay,
et sa directrice générale, Maria Labrecque Duchesneau, qui sont ici présentes
avec nous. Pendant deux ans, elles
ont travaillé d'arrache-pied pour convaincre donateurs, commanditaires et
gouvernements à contribuer au bien-être des familles agricoles qui
vivent des moments difficiles.
faut connaître les agriculteurs pour savoir que ce sont des gens travaillant
365 jours par année, des gens fiers et orgueilleux qui n'iront pas chercher facilement de l'aide. La maison
répit en agriculture est donc essentielle. Le travail que la maison
accomplit pour aider et conseiller les agriculteurs qui vivent des moments
difficiles est inestimable.
espérant que le gouvernement mettra un jour l'agriculture dans ses listes de
priorités, je remercie Mmes Labrecque et Duchesneau pour leur engagement et leur dévouement et je les
encourage à poursuivre leur mission. Merci, M. le Président.
Vice-Président (M. Ouimet) : Merci à vous, Mme la députée de
Saint-Hyacinthe. M. le député de Sainte-Rose.
Habel : Merci, M. le Président. En tant que membre de la Commission de
la santé et des services sociaux, permettez-moi
de saluer l'Association pulmonaire du Québec, qui a pour mission de combattre
les maladies respiratoires grâce à la recherche, l'éducation, la
prévention et le soutien aux personnes atteintes.
existe de nombreuses maladies pulmonaires, dont la bronchite chronique et
emphysème. Cette maladie pulmonaire chronique
est associée au plus haut taux d'hospitalisation et constitue l'une des
principales causes d'engorgement des salles d'urgence de la province. Le
cancer du poumon, quant à lui, demeure le plus meurtrier de tous les cancers.
Au Québec en 2014, on estime que
6 400 personnes décéderont des suites de cette maladie. L'asthme est
une maladie pulmonaire qui touche
plus de 350 000 enfants et adolescents dans la province, et près de
50 % des personnes asthmatiques maîtrisent mal leur condition.
Dans
le cadre de la journée de la sensibilisation à l'Assemblée nationale,
l'Association pulmonaire du Québec souhaite
que les parlementaires luttent contre l'augmentation alarmante des cas de
maladie pulmonaire et a proposé des mesures en amont et en aval pour
contrer la maladie. Merci, M. le Président.
Vice-Président (M. Ouimet) : Merci à vous, M. le député de
Sainte-Rose. M. le député de Rosemont, je vous cède la parole.
Lisée : Merci, M. le Président. Je suis heureux de souligner
aujourd'hui la Semaine des centres jeunesse du Québec 2014 qui se déroule du 16 au 22 novembre. C'est l'occasion
de reconnaître le travail de plus de 14 000 femmes et hommes unis autour d'un même but depuis plus de
20 ans : accompagner et aider les jeunes en difficulté et leurs
familles. Je tiens à exprimer ma
reconnaissance pour l'énergie qu'ils consacrent à des milliers de jeunes qui
chaque année fréquentent les centres jeunesse. Et, grâce à leur soutien
humain et chaleureux, ces jeunes s'épanouissent et réalisent leurs rêves.
est malheureusement difficile de passer sous silence l'inquiétude
suscitée par le projet de loi
n° 10 du ministre de la Santé, qui entend fusionner
les centres jeunesse dans de nouvelles mégastructures. La fusion proposée
risque de déstructurer le modèle de
protection de la jeunesse du Québec pourtant efficace et envié à l'extérieur de nos frontières. Les
centres jeunesse détiennent une expertise inestimable, il est donc essentiel que ce modèle, un succès québécois, soit
préservé et valorisé pour 20 ans, et encore 20 ans, et encore 20 ans. Merci, M.
le Président.
Vice-Président (M. Ouimet) : Merci à vous, M. le député de
Rosemont. Mme la députée de Charlevoix—Côte-de-Beaupré, à vous la parole.
Simard : Merci, M. le Président. Alors, je souhaite aujourd'hui
féliciter Catherine Dufour, une jeune athlète de L'Île-aux-Coudres présente
dans nos tribunes, pour ses performances remarquables et remarquées en
kitesurf.
Actuellement
championne nord-américaine et 10e au championnat du monde, Catherine a appris à
faire du kitesurfing à l'île, où les
conditions de vent sont réputées comme étant particulièrement remarquables. Ce
n'est certes pas sans raison qu'on a
mis sur pied, en 2010, un OSBL ayant comme mission de promouvoir L'Île-aux-Coudres
comme destination kitesurf privilégiée.
suffit de parler avec Catherine ou de lire à son sujet pour constater que le
kitesurf a changé positivement sa vie. L'adrénaline,
le privilège de visiter des endroits inaccessibles et la volonté de se dépasser
sont des raisons motivant sa passion
pour ce sport. Selon Catherine, elle participe au développement du plus beau
sport jamais inventé. Elle consacre d'ailleurs
son énergie à devenir une ambassadrice pour le Canada et pour la voile, ce
qu'elle fait parfaitement. Félicitations, Catherine! Tu es un bel
exemple de fierté régionale. Merci, M. le Président.
Le Vice-Président
(M. Ouimet) : Alors, merci à vous, Mme la députée de Charlevoix—Côte-de-Beaupré.
Mme la députée de Bellechasse, à vous la parole.
Vien : Merci beaucoup, M. le Président. Je félicite la direction de la Chambre de
commerce de Bellechasse-Etchemins pour la soirée reconnaissance Hommage
aux femmes d'influence qui avait lieu récemment. 16 femmes au parcours exceptionnel ont été honorées pour leurs
qualités humaines, leurs talents de gestionnaires, leurs contributions à la vie communautaire et à l'avancement
des femmes. Et ces femmes d'influence sont les suivantes, je vais vous les nommer, M.
le Président : Mmes Paule
Baillargeon, Isabelle Bilodeau, Chantal Brochu, Nathalie Chabot, Cathy Demers,
Laurence Couture, Francine Ferland, Thérèse Gagnon, Caroline Gilbert,
Marie-Claude Guillemette, Maryan Lacasse, Marie-Claire
Larose, Nancy Lemieux, Nicole Mathieu, Céline Plante et Linda Saindon. Mesdames,
je vous salue et je vous redis toute mon appréciation.
Le Vice-Président
(M. Ouimet) : Alors, merci à vous, Mme la députée de Bellechasse.
Mme la députée de Laporte, à vous la parole.
Ménard : Merci, M. le Président. J'ai eu le privilège de remettre la Médaille de l'Assemblée nationale du Québec à soeur Gisèle Lalande pour
souligner 50 ans de dévouement et d'implication au sein du collège Durocher de
Saint-Lambert. Son histoire avec le collège débute en 1964, alors qu'elle
enseigne les mathématiques, et ce, pendant 34
ans. Elle est aussi responsable de la photographie, de l'audiovisuel, de
l'album des finissants, et j'en passe. Depuis sa retraite, elle continue de donner d'elle-même en siégeant au conseil d'administration de la fondation, au comité des bourses et au cabinet de campagne de l'école. Elle
a toujours su mettre ses élèves au coeur de ses projets et encourager
leurs réussites qui font la renommée du collège.
Félicitations,
soeur Lalande, pour votre implication et votre dévouement qui font de vous un
exemple pour notre communauté et pour l'ensemble du Québec! Merci.
Vice-Président (M. Ouimet) : Merci à vous, Mme la
députée de Laporte.
Enfin, M. le député de Verchères, je vous cède la parole.
Bergeron : Merci, M. le Président. C'est le 27 septembre dernier que nous avons
souligné, à l'occasion du souper
spaghetti de la Fondation du Centre d'accueil de Contrecoeur, le 20e
anniversaire de cette remarquable organisation vouée à l'amélioration des conditions de vie des
résidentes et résidents du Centre d'hébergement de Contrecoeur. On parle
ici, M. le Président, de 20 années
de dévouement exemplaire consacré au mieux-être des bénéficiaires, ce qui se
traduit par l'achat d'équipement adapté, la mise en place d'un milieu de
vie chaleureux ainsi que l'organisation d'activités thérapeutiques et récréatives, tout cela avec pour objectif d'assurer
confort et divertissement au quotidien à ces membres à part entière de notre communauté, à qui nous
devons tant, contribuant ainsi à égayer leur séjour et le rendre toujours plus
agréable.
Qu'il
me soit donc permis d'exprimer aux dévoués membres de la fondation du centre
d'accueil de Contrecoeur toute ma
gratitude et mes plus chaleureuses félicitations pour leur engagement
indéfectible. Longue vie à la Fondation du Centre d'accueil de Contrecoeur, ainsi qu'à ses valeureux bénévoles, au
personnel du Centre d'hébergement de Contrecoeur et à ces personnes
inestimables qui sont au centre de leur attention! Merci, M. le Président.
Vice-Président (M. Ouimet) : Merci à vous, M. le député de Verchères. Voilà qui met un terme à la rubrique
Déclarations de députés.
Je suspends les
travaux de l'Assemblée quelques instants.
(Suspension de la séance à
9 h 57)
Le Président :
Bon début de journée, chers collègues. Nous allons nous recueillir quelques
instants.
Merci. Veuillez vous
asseoir.
Le Président :
Pas tant que ça, quand même. Vous avez raison.
Alors,
j'ai le plaisir de souligner la présence dans nos tribunes de l'ambassadeur de
la république de Corée, Son Excellence M. Cho Hee-yong, à l'occasion de
sa visite officielle.
Également,
j'ai le plaisir de souligner la présence du consul général de l'État d'Israël à
Montréal, M. Ziv Nevo Kulman, à l'occasion de sa
visite de prise de poste.
je remarque que nous avons aussi un ancien collègue parlementaire parmi nous ce matin, M. Pierre Corbeil, l'ancien député
d'Abitibi-Est.
Nous
poursuivons les affaires courantes. Aujourd'hui, il n'y a pas de déclarations
ministérielles ni présentation de projets de loi.
la rubrique Dépôt de documents... Donc, à la rubrique Dépôt de documents, pour
ma part, je... C'est moi qui dépose un document.
Alors,
je dépose le rapport du Directeur général des élections concernant les
résultats officiels du scrutin qui s'est tenu le 20 octobre 2014 dans la circonscription électorale de Lévis, au plus
grand bonheur du député de Lévis, évidemment.
la rubrique Dépôt de rapports de commissions, M. le président de la Commission
des transports et de l'environnement et député d'Orford.
Reid : M. le
Président, je dépose le rapport de la Commission des transports et de
l'environnement qui, le 18 novembre 2014, a
procédé à des consultations particulières et tenu des auditions publiques sur
le projet de loi n° 16, Loi modifiant la
Loi sur les véhicules hors
route et d'autres dispositions.
Président : Alors, ce rapport est déposé. Je reviens à la
rubrique Dépôt de documents. M. le leader du gouvernement.
Fournier : Oui, avec mes excuses, M. le Président.
Permettez-moi de déposer la réponse du gouvernement à la pétition
déposée par la députée d'Hochelaga-Maisonneuve le 18 septembre 2014.
Le Président : Alors, ces
documents sont déposés.
À la rubrique
Dépôt de pétitions, M. le député de L'Assomption et chef du deuxième groupe
d'opposition voudrait présenter une
pétition qui est non conforme. Est-ce que j'ai un consentement? Consentement?
Consentement. M. le député de L'Assomption, nous vous écoutons.
M. Legault :
Oui. M. le Président, je dépose l'extrait d'une pétition adressée à l'Assemblée
nationale, signée par 108 pétitionnaires. Désignation : citoyens et
citoyennes du Québec.
«Les faits invoqués sont les suivants :
«Considérant
que nous disons oui aux soins palliatifs accessibles à tous, mais non à
l'euthanasie présentée sous le nom d'"aide médicale à mourir";
«Et l'intervention réclamée se résume
ainsi :
«Nous,
soussignés, agissons en qualité de citoyens concernés et demandons à nos
dirigeants du Québec de ne pas légaliser l'euthanasie.»
Je certifie que cet extrait est conforme à
l'original de la pétition.
Le Président : Alors,
l'extrait de cette pétition est déposé.
J'ai aussi
reçu, de la part de M. le député de Rousseau, une demande de dépôt d'une
pétition qui est non conforme. Est-ce que j'ai un consentement? Vous
consentez? Alors, consentement. M. le député de Rousseau.
M. Marceau :
Merci, M. le Président. Je dépose l'extrait d'une pétition adressée à
l'Assemblée nationale, signée par
2 785 pétitionnaires. Désignation : citoyens et citoyennes de la
municipalité de Chertsey. Il n'y a pas de faits invoqués.
«Et l'intervention réclamée se résume
ainsi :
«Nous,
soussignés, nous joignons aux membres du conseil municipal afin de contrer
l'établissement d'une nouvelle sablière dans la Grande-Jetée.»
Je certifie que cet extrait est conforme à
l'original de la pétition.
Le Président : Alors,
l'extrait de cette pétition est déposé.
Il n'y a pas
de réponses orales, ni de pétitions, ni d'interventions portant sur une
violation de droit ou de privilège.
Nous sommes donc rendus à la période de
questions et de réponses orales. J'invite maintenant M. le chef de l'opposition
officielle.
Bédard :
M. le Président, hier, le Sénat américain n'a pas approuvé le projet de loi
autorisant la construction du
pipeline qui devait permettre d'acheminer le pétrole des sables bitumineux de
l'Alberta vers le golfe du Mexique. Les élus américains, eux, ont donc droit au
chapitre et refusent ce que le
premier ministre du Québec, lui, accepte en échange d'un chèque de péréquation. Les élus américains se
sont donc prononcés sur le projet, un luxe qui ne nous est pas donné, M.
le Président; trop de risques pour eux, pas assez d'avantages économiques.
Hier, donc, dans un vrai pays, on évalue qu'il y a
plus de risques que d'avantages à aller de l'avant, mais, dans la réalité du Québec d'aujourd'hui, nous sommes incapables de décider ce qui se passe chez nous, M. le Président. Aussi simple que ça. On est
dans une réalité provinciale bien réelle qu'a même... nous l'a rappelé, d'ailleurs, le premier ministre et le chef de la deuxième
opposition, en choeur, d'ailleurs.
Est-ce
que le premier ministre peut nous dire ce qui arrivera si les Québécois disent
non au projet de TransCanada Énergie
dans notre réalité provinciale? Le premier ministre peut nous le dire... peut-il nous dire s'il sera
capable de faire respecter la volonté du Québec et d'empêcher la réalisation de
ce projet?
Le Président : M. le premier
ministre.
M. Couillard : Alors, M. le Président, je vais rassurer notre
collègue, d'abord pour lui dire que, comme nous, il a une grande chance d'être né de ce côté-ci de la
planète, ce qui lui donne une patrie, le Québec, et un pays, le Canada.
Et, pour ça, on doit tous en être heureux, M. le
Président.
Maintenant, je ne sais pas où il prend qu'on
a approuvé le projet de TransCanada. Je ne sais pas dans quel rêve ou dans quelle dimension parallèle de l'univers il
se trouvait, parce qu'à ce que je sache le gouvernement n'a pas accepté,
n'a pas approuvé ce projet. Il a cependant établi très clairement... y compris
par écrit, au président de la compagnie TransCanada, que les règles et règlements
environnementaux du Québec allaient s'assumer, que nous allions assumer notre pleine juridiction, qu'il y avait des
exigences à remplir pour les autochtones, pour la
sécurité en cas de déversement et
les autres règles normales, M. le Président, que le Québec doit imposer et
exiger avant d'autoriser ce projet, qui n'est pas encore autorisé, je le
rappelle, malgré la façon dont la question a
été posée.
est clair, M. le Président, qu'on veut également analyser... Et cette
entreprise, en passant, qui est une entreprise constituée, a le droit qu'on analyse son projet correctement. Cependant,
c'est notre devoir de faire part à cette entreprise, au promoteur
du projet, qu'il y a des conditions à remplir sur le développement économique,
les retombées, l'environnement, la
relation avec les peuples autochtones. Et nous allons le faire de façon très
ferme, mais avec également un esprit d'équité envers tous ceux concernés, bien sûr, la population du Québec au premier
choix, mais également l'entreprise, qui doit voir l'objet de son projet
faire l'objet d'un... pardon, son projet faire
l'objet d'un examen équitable.
Le Président : Première complémentaire, M. le chef
de l'opposition.
Bédard : Le premier
ministre a une mémoire sélective sur ses engagements, mais il en a aussi sur
ses propos. Il a clairement dit, en cette Chambre,
que c'était normal, on recevait un chèque de péréquation, donc c'était normal
qu'on laisse passer le pétrole ici sans avantage.
Mais il parle de la compagnie. Hier, à plusieurs
reprises, on a demandé au ministre de dénoncer les méthodes de manipulation, littéralement, qui ont été prises
par la compagnie. Le ministre a refusé. Aujourd'hui, je demande au premier
ministre... On est face à un plan de
communication où, clairement, on souhaite manipuler l'opinion publique, instrumentaliser
les médias.
Est-ce qu'il dénonce
ces méthodes archaïques...
Le Président : M. le premier ministre.
M. Couillard : Franchement, M. le Président, bien sûr,
ça ne nous influence pas, ce genre de manoeuvre là, ce genre de
publication là. On est à un autre niveau, on est au niveau des intérêts
supérieurs du Québec.
Pour ce qui est des paiements de péréquation, je vais quand même
lui rappeler... Je pense que ça fait cinq fois que je leur demande — ils
ont une course au leadership, ils auront l'occasion d'en débattre — comment, dans leur projet, qui, un
jour, peut-être, souhaitent-ils, se réalisera, comment pensent-ils remplacer
les 9 milliards de péréquation, les 16 milliards
de dépenses excédentaires du gouvernement fédéral au Québec? Ils n'osent pas
aborder la question parce qu'il n'y a pas de réponse, parce que c'est
impossible de compenser ça, M. le Président, dans l'état actuel des choses.
Maintenant,
encore une fois, nous avons des exigences très précises par rapport au
promoteur du projet, notamment sur la
question, je le répète, des retombées économiques vérifiables, des peuples
autochtones, de l'environnement et de la
sécurité, M. le Président.
Le Président : Deuxième complémentaire, M. le chef
de l'opposition.
Bédard : Le premier ministre banalise encore,
M. le Président. On est face à un exercice, littéralement, de
manipulation. Lui, il dit : Bien non, ce
n'est pas de la manipulation. Ils vont payer
des millions de dollars à une des plus grandes firmes de communication mondiale. Pour faire quoi? Même faire de la fausse mobilisation citoyenne, une
fausse campagne d'appui au projet, attaquer
littéralement ceux qui sont contre le projet. Ça, ça va à
l'encontre de nos valeurs, à comment on procède au Québec.
Alors,
moi, ce que je demande au premier
ministre, c'est d'avoir le courage de
ce que n'a pas fait son ministre. C'est de dénoncer cette campagne qui
va à l'encontre de nos valeurs et de nos intérêts, M. le Président.
Le Président :
M. le premier ministre.
M. Couillard : M. le Président, je ne prétends pas ici faire un parallèle inapproprié,
mais je retrouve certaines techniques
utilisées par l'opposition officielle dans la promotion de leur projet, où tout Québécois
qui n'est pas d'accord avec
eux n'est pas d'accord avec le Québec. Et je pense..
M. Couillard : Maintenant, M. le Président, que ce soit dit de façon très claire : Nous ne sommes pas… je ne suis
pas de ceux qu'on influence par des techniques aussi grossières.
Le Président :
Troisième complémentaire, M. le chef de l'opposition.
Bédard : Je prends note, encore une fois, que le premier
ministre refuse de condamner ces procédés et je pense que c'est bien malheureux. Et il se traîne les
pieds, en plus, parce que ça fait des mois qu'on entend et qu'on souhaite…
Il y a une même motion votée unanimement qui
souhaite la tenue d'un BAPE sur le projet d'Énergie Est, et le premier
ministre n'y donne pas suite.
Alors,
ce que je voudrais savoir maintenant, là, puis là ce n'est pas une campagne de
publicité qui va nous changer, là : Est-ce qu'il va… Quand va-t-il
ordonner ce BAPE souhaité par tous les Québécois, M. le Président ?
Le Président :
M. le premier ministre.
M. Couillard : M. le Président, je dois malheureusement informer notre collègue que
ses propos ne sont pas exacts. Depuis le 30 mai dernier, nous avons
entrepris la démarche qui mène à un BAPE. Cette démarche commence par les
données qu'il faut rassembler, communiquer en langue
française au gouvernement du Québec pour qu'on puisse les étudier, faire de
cette évaluation environnementale une
partie
de ce qui constituera le travail du BAPE, qui aura des audiences publiques.
Alors,
M. le Président, je ne sais pas, encore une fois, où notre collègue va chercher
ses informations, ça fait déjà plusieurs mois qu'on a lancé le BAPE.
Qu'il reprenne contact avec la réalité, M. le Président.
Le Président :
Principale, M. le député de Lac-Saint-Jean.
Cloutier : M. le Président, comme tous les matins, le 13 février 2014, Mike Belance se
dirigeait vers l'école pour aller
reconduire son fils de cinq ans. Il a amorcé le même virage qu'il fait à
chaque jour avant d'être frappé de plein fouet au côté arrière droit de sa voiture, là où son fils était
installé. Le père de famille a été frappé par un enquêteur de la Sûreté
du Québec qui roulait à 122 kilomètres-heure
dans une zone de 50, alors qu'il ne répondait à aucune urgence. Le garçon s'est accroché à la vie pendant cinq
jours à l'hôpital avant, malheureusement, de succomber à ses blessures.
Neuf
mois après l'incident, ce sont les enquêteurs de police eux-mêmes qui ont cogné
à la porte des parents pour informer
les parents qu'il n'y aurait pas d'accusation criminelle de portée contre
le policier, et le porte-parole du Directeur des poursuites criminelles
qui refuse de s'expliquer.
Mme la justice,
allez-vous personnellement intervenir?
Le Président :
Mme la ministre de la Justice.
Mme Vallée :
M. le Président, d'abord, évidemment, des circonstances telles que celles
décrites par mon collègue sont des
circonstances terribles pour des parents. La perte d'un enfant est probablement la perte la plus importante. Alors, à cet égard, M. le Président,
permettez-moi d'offrir toutes mes sympathies à la famille de la jeune victime.
Je vous rappellerai encore une fois, M. le Président, que le Directeur des poursuites criminelles et
pénales est un organisme indépendant.
Depuis 2007, il jouit d'une indépendance totale, et la décision de porter ou de ne pas
porter une accusation relève… faite suite à une analyse et ne peut aucunement
être politisée.
Maintenant,
dans la foulée, M. le Président, de l'annonce de la création du Bureau des
enquêtes indépendantes, le Directeur des poursuites criminelles et pénales s'est engagé à revoir toute la politique
de communication lorsqu'il va décider ou non de ne pas déposer de poursuite
suivant une enquête indépendante. La situation particulière à laquelle mon
collègue fait référence est, en effet,
quelque peu inusitée puisqu'un représentant du Directeur des poursuites
criminelles et pénales aurait dû…
Le Président :
En terminant.
Mme Vallée :
…accompagner les policiers.
Le Président :
Première complémentaire, M. le député de Lac-Saint-Jean.
Cloutier : M. le Président, la mère de la jeune victime lance
un véritable cri du coeur, et je cite : «Mon fils est parti. Rien ne pourra me le ramener. […]c'est
comme si [pour les autorités], c'est correct ce qui [...] est arrivé. J'ai
besoin d'une explication rationnelle...»
La ministre a tous
les pouvoirs d'intervenir. Va-t-elle donner des explications rationnelles aux
parents?
Le Président :
Mme la ministre de la Justice.
Vallée : M. le Président, vous comprendrez que, dans ce
dossier, et j'ai expliqué la décision, l'analyse du rapport, l'analyse des faits dans le litige, de
l'ensemble des faits dans le litige a été entreprise de façon tout à fait indépendante par le Directeur des poursuites
criminelles et pénales. Et c'est cette analyse rigoureuse qui a mené à la
décision du Directeur des poursuites
criminelles et pénales de ne pas entreprendre de poursuite. Cette analyse-là
doit se faire de façon indépendante. Peu importe la publicisation d'un
dossier, la sortie d'un dossier, on ne peut politiser…
Le Président :
En terminant.
Mme Vallée :
…cette décision. Ceci étant dit, le Directeur des poursuites criminelles et
pénales…
Le Président :
M. le député de Lac-Saint-Jean, en deuxième complémentaire.
Cloutier : M. le Président, la ministre de la Justice, le
Procureur général du Québec, a une immense responsabilité dans ce dossier. Il existe des situations exceptionnelles
où on donne tous les pouvoirs au ministre de la Justice pour intervenir, ce sont les articles 23 et 24 de la loi. Les
parents lancent un véritable cri du coeur. Il s'agit là d'une situation exceptionnelle où un policier est
impliqué. Mme la ministre, ayez de la compassion pour la famille et donnez
des explications.
Le Président :
S'il vous plaît! S'il vous plaît! Mme la ministre de la Justice.
Vallée : M. le Président, j'en ai, de la compassion pour la
famille. Et il faut justement éviter de politiser des situations comme celle-ci. Ceci étant dit, M.
le Président, le Directeur des poursuites criminelles et pénales doit et va
rencontrer la famille afin d'expliquer la situation qui l'a amené à ne pas
porter d'accusation.
Le Président :
Principale, M. le chef du deuxième groupe d'opposition.
M. Legault :
M. le Président, au cours de la dernière année, on a assisté à un débat très
sensible, au Québec, sur la laïcité.
Le gouvernement du Parti québécois a été sanctionné par la population, le 7
avril dernier, pour avoir exploité politiquement ce dossier délicat.
M. le Président, ce débat n'est pas
terminé. Il est toujours en suspens. Lors de la dernière campagne électorale,
le premier ministre s'est engagé à faire des
propositions — et je
prends ses mots — dès le
lendemain des élections. Et sa
ministre de la Justice, lors de l'étude des crédits, a pris l'engagement de
déposer un projet de
loi sur la laïcité cet automne. Il reste quelques jours, quelques semaines à la
session en cours, et le problème
demeure. Pourtant, c'est une valeur importante,
la laïcité. Ça fait
partie de l'identité québécoise. Et ça fait des années que ça traîne. Il faut le régler. Et il y a
un consensus, M. le
Président, au Québec
pour interdire aux personnes qui sont en autorité de porter des signes
religieux.
Donc,
ma question au premier
ministre : Est-ce qu'il va déposer un projet de loi
et est-ce qu'il est d'accord pour interdire aux personnes qui sont en
autorité, comme les policiers, les agents de la paix, les juges, de porter des
signes religieux visibles, oui ou non?
Le Président :
M. le premier ministre.
M. Couillard : M. le Président, notre collègue fait des reproches au Parti québécois
qui sont justifiés, mais il va dans la même voie, du congédiement, de la
discrimination. C'est ce qu'il nous indique actuellement.
Alors, je vais
répéter, M. le Président, qu'effectivement nous allons légiférer. Nous allons
légiférer sur cette question qui est une
question importante. Et, je suis d'accord avec lui, ce débat doit être
poursuivi. Et notre position est bien connue, il le sait, on l'a répété
plusieurs fois, on en a même débattu, lui et moi.
Nous voulons, bien
sûr, réitérer d'abord que c'est l'interculturalisme qui est le modèle d'accueil
de la société québécoise. Nous voulons
réitérer, M. le Président, que l'État, dans ses institutions, dans ses
institutions, doit être neutre. Nous
voulons dire que les services publics doivent être donnés et reçus à visage
découvert et nous voulons donner aux décideurs
un guide qui est le même pour tout le monde pour décider des demandes
d'accommodement. On a dit qu'on le ferait, on va le faire.
Maintenant,
je demanderais à notre collègue et aux collègues de l'Assemblée de réaliser
que, dans le contexte actuel, avec
les événements tragiques des dernières semaines qui ont meurtri une communauté
de Québécois, de Québécois qui se
sont sentis interpellés et stigmatisés à travers ces malheureux événements
alors qu'ils n'ont aucune responsabilité, pour la vaste majorité d'entre eux, pour ce qui s'est produit, il est préférable
de ne pas ajouter à ça pour l'instant. Nous allons légiférer en temps
requis, et ce sera fait comme nous l'avions dit, M. le Président.
Le Président :
Première complémentaire, M. le chef du deuxième groupe d'opposition.
Legault : M. le Président, le premier ministre nous dit que sa
position est connue. Je voudrais lui poser une question très précise : Est-ce que, selon lui, une policière ou un
policier devrait avoir la permission de porter une croix visible, un turban
ou un voile? Oui ou non?
Le Président :
M. le premier ministre.
M. Couillard : M. le Président, je condamne avec force cette façon d'aborder la
question. Je vais le dire avec force
tous les jours, s'il le faut, que je suis là pour défendre les libertés des
Québécois et Québécoises de toutes les origines, que je dis non à l'exclusion et non à la discrimination. Cependant, il y
aura des règles claires, et il connaît ces règles. Il connaît ces
règles.
vais lui poser une question : Combien est-ce qu'il y en a, de policiers,
qui portent des signes religieux au Québec? On va bien sûr s'assurer que les décisions se prennent selon des
critères qui sont corrects, respectueux des droits des gens parce que,
pour nous, les droits et libertés, ça compte aussi.
Président : Deuxième complémentaire, M. le chef du deuxième
groupe d'opposition. Et j'aimerais entendre et la question et la réponse.
Legault : M. le Président, notre responsabilité, là, c'est de
préparer l'avenir. Et ce que je comprends, c'est que le premier ministre, contrairement aux consensus québécois, lui, il
est d'accord qu'un policier ou une policière puisse porter...
Président : S'il vous plaît! S'il vous plaît! S'il
vous plaît, le chef du deuxième groupe d'opposition a bien le droit de poser la question comme
il l'entend.
Legault : M. le Président, ce
que je comprends, c'est que le premier
ministre, contrairement au consensus québécois, lui, il est d'accord pour qu'un policier,
une policière puisse porter une croix visible, un
turban ou un voile. C'est ça
qu'il dit.
Le Président : M. le premier ministre.
M. Couillard : M. le
Président, il y a
une raison pour laquelle notre collègue est de ce côté-là de la
Chambre puis, nous autres, de
ce côté-là. Une de ces raisons… il y en a
d'autres également, une de ces raisons, c'est
que nous — je vais employer un mot qu'il a connu, mais qu'il n'utilise plus — on
a eu le courage de parler des droits et des libertés
des gens et on va continuer à
le faire. Maintenant, on s'est déjà parlé de ça, lui et moi,
il sait très bien quelle est notre position. C'est au directeur des
services de police à prendre ces décisions si
on a des critères légaux, des critères clairs…
Le Président : En terminant.
M. Couillard : …des critères équitables pour tout le
monde. Qu'il arrête de sombrer dans la discrimination, M. le Président.
Le Président : Principale, Mme la députée de…
Le Président : Ça va? M. le député, ça va?
Président : M. le
député, ça va? Il y a
une personne ici qui a le droit de parole, c'est
Mme la députée de Repentigny.
Lavallée : M. le
Président, ce matin, l'intention du gouvernement d'aller chercher plus d'argent dans les poches
des familles se précise encore une
fois. Les différents scénarios du Parti libéral indiquent toutes les mêmes choses, soit l'augmentation des tarifs de garderie. Même le gouvernement semble vouloir aller chercher le 60 millions supplémentaire de
la Prestation universelle pour la garde d'enfants
annoncé par le gouvernement fédéral.
clair, ce que le gouvernement fédéral donne d'une main aux familles québécoises, le gouvernement libéral le reprend de l'autre main. Le premier ministre
s'était pourtant engagé clairement à ne pas récupérer le champ fiscal libéré
par le gouvernement fédéral. On comprend
donc, encore une fois,
qu'il renie sa parole.
question est simple : Pourquoi le
faire toujours sur le dos des familles québécoises?
Le Président : M. le ministre des Finances.
Leitão : M. le Président, je dois
vous avouer que cette question est complètement à côté de la réalité. Malheureusement, c'est
ça. Rappelons un peu de quoi on parle, on parle du PUGE, c'est un nom un peu étrange, mais la
Prestation universelle pour garde d'enfants, qui est une prestation fédérale
qui est envoyée à tous les Canadiens, qui bénéficie
surtout les familles, les familles les plus défavorisées. Donc, de cette
optique-là, c'est un programme fédéral avec lequel nous partageons entièrement les
objectifs. Et, au Québec, cette PUGE bénéficie,
encore une fois, surtout les familles
les plus vulnérables et à plus bas revenus.
Cependant,
cette prestation-là, elle est taxable, elle est imposable ici comme ailleurs au
Canada. Donc, les personnes qui ont
un revenu plus élevé, oui, en effet, une
partie de cette prestation est déjà… déjà, elle est imposable et donc elle revient déjà aux coffres des gouvernements. Donc, il n'y a pas de nouvelle mesure, il n'y a pas de
nouveau projet d'aller chercher quoi que ce soit à qui que ce
soit. Ce sont les dispositions actuelles qui sont déjà en vigueur, et ça ne
change absolument rien.
Le Président : Première complémentaire, Mme la
députée de Repentigny.
Mme Lavallée : M. le Président, le gouvernement fédéral
a fait le choix d'accorder un répit aux familles québécoises. Le gouvernement
libéral s'apprête à renier sa parole, à occuper le champ fiscal libéré et à
taxer encore davantage les familles.
ministre de la Famille, qui tarde à nous
donner l'heure juste, peut-elle nous garantir
qu'elle écarte complètement les scénarios de modulation ou
d'augmentation des frais de garderie au-delà de l'inflation?
Le Président :
M. le ministre des Finances.
M. Leitão : M. le Président, c'est quand même dommage. Encore une fois, on ne
change absolument rien. Cette prestation,
elle est taxable ici comme ailleurs. On ne va pas
occuper quoi que ce soit de nouveau, il n'y a rien qui change.
D'ailleurs, la façon dont cette prestation universelle est établie, elle est
particulièrement progressive et progressiste. Elle
soutient surtout les familles à plus bas revenus,
qui, elles, ne paient aucun impôt additionnel
sur cette prestation-là. Ce sont les
familles à plus hauts revenus qui, elles,
encore aujourd'hui, avant qu'on fasse quoi que
ce soit, paient de l'impôt sur cette
prestation-là. Je ne vois pas vraiment, mais vraiment, pourquoi on fait un
scandale sur un sujet qui n'ait pas
lieu à avoir de scandale, M. le Président.
Le Président : Deuxième
complémentaire, Mme la députée de Repentigny.
Lavallée : M. le Président, le gouvernement libéral est difficile à suivre. Il dénonçait la
hausse de l'ancien gouvernement du Parti québécois, mais aujourd'hui il
s'apprêterait à faire encore pire.
La ministre
peut-elle nous garantir qu'elle écarte complètement les scénarios de modulation ou d'augmentation des frais de garderie au-delà de l'inflation? Pourquoi ce gouvernement empêche les familles de profiter enfin du répit offert par le gouvernement
fédéral?
Le Président : M. le ministre
des Finances.
Leitão : M. le Président, c'est la même chose, les familles québécoises
vont profiter de l'amélioration que le gouvernement fédéral a apportée au PUGE — je
n'aime pas beaucoup ce nom — alors,
Prestation universelle pour garde d'enfants,
les familles québécoises vont profiter de ça. On n'occupe en rien cet
espace fiscal qui aurait été… qui n'a pas été, en tout cas, libéré par
le gouvernement fédéral. C'est une mesure qui bénéficie…
Le Président : M. le leader,
oui.
Bonnardel : …le ministre doit répondre directement à la question, il doit répondre directement à la question.
La question qu'on lui pose : Est-ce que, oui ou non, il va accepter que l'augmentation
des tarifs ne soit pas plus…
Le Président : M. le ministre
des Finances, veuillez conclure, s'il vous plaît.
Leitão : Une éventuelle… une
éventuelle augmentation des tarifs… je ne sais pas s'il va y en avoir ou
pas, mais une éventuelle augmentation des tarifs des garderies n'a rien à voir avec le PUGE, ce sont deux
sujets complètement différents
et séparés. Une chose n'a rien à voir avec l'autre, c'est différent, M. le
Président.
Le Président : Principale, M.
le député de Chambly.
Roberge : M. le Président, on apprenait, hier soir, que le gouvernement a l'intention de
fusionner les commissions scolaires.
Mais pourquoi les fusionner? J'ai bien l'impression que le gouvernement ne sait pas trop pourquoi, parce
que c'est tout un revirement.
En campagne électorale et au printemps dernier, les commissions
scolaires étaient qualifiées par les
libéraux de partenaires
incontournables. Pas question de s'attaquer aux structures, nous disaient-ils il y a à
peine six mois. Alors, le gouvernement a dépensé 20 millions de dollars pour
tenir des élections, et, avec un taux de participation de 5 %, bien ils ont été rappelés à la
réalité.
Donc, il
fallait un plan de réforme, ils n'en avaient pas, alors ils sont allés fouiller
dans le programme de la coalition. Et
il a vu que nous, on voulait réduire la bureaucratie. Mais j'espère qu'il va
poursuivre la lecture de notre programme, M. le Président, parce qu'on
parle d'écoles autonomes puis on parle aussi d'éliminer les élections
scolaires, oui, oui.
Le ministre s'attaquera-t-il aux élections
scolaires ou se contentera-t-il de fusionner des structures désuètes?
Le Président :
M. le ministre de l'Éducation.
Bolduc
(Jean-Talon) : Merci, M. le Président. Dans un premier
temps, ce que nous voulons, c'est travailler en collaboration, en partenariat avec les autres intervenants, dont,
entre autres, les commissions scolaires et la Fédération des commissions scolaires. Et également, M. le
Président, notre objectif premier, c'est la réussite scolaire. Et j'ai dit à
plusieurs reprises que le statu quo
maintenant n'est plus possible. Et, ce que j'ai compris, les deux partis et
également Québec solidaire, je crois,
sont d'accord qu'il y a des choses qu'on doit faire au Québec. Suite aux
derniers résultats des élections scolaires, les gens nous disent :
On veut du changement.
J'ai dit
qu'il y aurait trois niveaux de changement. Premier niveau de changement, on va
faire une réflexion sur la gouvernance,
la question des élections scolaires. On va également discuter quelles sont les
autorités… le pouvoir que le ministre doit se donner puis que les
commissions scolaires doivent avoir et surtout que l'école doit posséder.
Deuxième
niveau, M. le Président, j'ai annoncé à plusieurs reprises, dans un but
d'optimisation des ressources, qu'on
devrait regrouper certaines commissions scolaires, donc possibilité de fusion,
mais également ce que l'on doit faire, c'est voir s'il ne pourrait pas y
avoir des ententes pour regrouper certains services.
M. le Président, c'est notre plan de match, et
on le suit à la lettre.
Le Président : Première
complémentaire, M. le député de Chambly.
M. Roberge : M. le Président, manifestement,
ce plan de match là n'était pas écrit en campagne électorale, parce que c'est le contraire de ce qu'on
entendait. Aux dernières élections, moins de 5 % des gens sont allés
voter. Ça, ça veut dire qu'il y a
plus que 95 % des gens qui ont choisi de ne pas aller voter, et le
gouvernement veut maintenir les élections scolaires. Il parle de fusion,
mais il ne nous parle pas du fait qu'il veut maintenir les élections scolaires.
Il y a un
grand penseur qui s'appelle Albert Einstein qui disait que la folie, c'est de
faire toujours la même chose en espérant un résultat différent. Le
ministre…
Le Président : Bien, je… On
va cesser ça là, là. M. le ministre de l'Éducation.
Bolduc
(Jean-Talon) : Bien, M. le Président, là j'entends un
message qui est incohérent. Il nous dit qu'on n'en fait pas assez puis
en même temps il nous dit qu'on en fait trop. Ça fait qu'il faudrait juste
s'entendre.
Il est très clair qu'on veut améliorer le réseau
scolaire, on veut améliorer la réussite scolaire. Pour cela, il y a plusieurs niveaux d'intervention. Premier
niveau : réflexion sur la gouvernance. Deuxième niveau : tout le
monde s'entend, on peut regrouper des
commissions scolaires, faire des fusions de façon géographique, respectant la
démographie, mais surtout laisser le
pouvoir à l'école le plus près possible où étudient les enfants. Le troisième
niveau : revoir les responsabilités entre le ministère, la
commission scolaire et l'école, en favorisant l'école.
Le Président : Deuxième
complémentaire, M. le député de Chambly.
Roberge : M. le Président, laisser le pouvoir à l'école, c'est une
bonne chose, mais ça, ça veut dire qu'il faut l'enlever quelque part. Le
pouvoir ne peut pas être aux deux endroits ou même aux trois endroits : au
ministère, à la commission scolaire, à l'école. À un moment donné, il faut
faire des choix. Il faut avoir un plan, il faut le suivre.
Donc, si vous
dites que vous voulez que le pouvoir soit dans les écoles, ça veut dire qu'il
ne peut pas être dans vos commissions scolaires, même si vous les
fusionnez. Ça ne fonctionnera pas.
Le ministre
peut-il s'engager à éliminer les élections scolaires pour vraiment décentraliser
la prise de décision dans les écoles?
Le Président : M. le ministre
de l'Éducation.
Bolduc
(Jean-Talon) : M. le Président, le député de Chambly mélange
deux dossiers. Il y a la question de l'élection
scolaire, une réflexion à faire, mais même lui a reconnu qu'advenant
l'abolition des commissions scolaires on devait garder un palier
intermédiaire, l'équivalent de la commission scolaire, sans élection. M. le
Président, c'est la réflexion que nous
faisons, et en même temps on veut optimiser le réseau en faisant des fusions,
et en même temps on veut qu'il y ait plus de pouvoirs au niveau de
l'école. Quoi demander de plus?
Président : Principale, M. le député de Bonaventure.
Roy : M. le Président, le ministre des Forêts affirmait ici
même, le 2 octobre dernier, et je cite : «Le monde travaille dans
le bois, les entreprises font de l'argent, les scieries vont mieux, on répond
aux besoins des papetières.» M. le Président, le ministre est complètement
déconnecté de ce qui se passe sur le terrain.
Après les pertes
d'emploi en Estrie, à Shawinigan, au Saguenay—Lac-Saint-Jean et à Baie-Comeau, ce
sont maintenant trois usines de Tembec, en
Abitibi, qui vont interrompre leurs opérations dû au manque d'approvisionnement.
À La Sarre, à Senneterre et à Béarn,
des centaines de travailleurs risquent de passer les fêtes au chômage pendant
que le ministre se complaît dans
l'inaction et l'immobilisme. Pourtant, les volumes de bois existent, mais le
ministre refuse de les rendre disponibles.
Qu'est-ce qu'il
attend pour libérer le bois et permettre aux travailleurs de gagner leur vie?
Le Président :
M. le ministre des Forêts.
Lessard : Alors, merci, M. le Président. La question est
fort pertinente. Donc, je reprends les propos. Dans l'industrie du sciage au Québec, M. le Président,
ça va bien. Les usines manquent quoi? D'approvisionnement. Pourquoi ils manquent d'approvisionnement? Parce que,
justement, le régime doit libérer le bois suffisant parce que la demande
aux États-Unis est importante, parce qu'il y a 1 million de chantiers qui
demandent pour que nos entreprises aient le maximum de bois pour qu'on donne de
l'ouvrage.
Récemment,
j'étais en Abitibi, hein? Dès le mois de juin, on a demandé aux entreprises de
libérer le maximum de bois avec le
ministère. Dès le mois de septembre, deux fois les entreprises, autant de
Tembec que Résolu, ont obtenu 100 000 mètres
cubes de volume non récolté. On pousse la machine. On demande au Forestier en
chef de faire plus vite. On demande
aux entreprises puis au ministère de planifier le territoire pour libérer le
maximum de bois parce que ça crée de
la job, autant dans les papetières, autant les gens qui vont scier sur le
territoire. C'est vrai aujourd'hui, c'est vrai demain. On travaille au
maximum pour libérer l'ambition du Québec puis donner des jobs partout dans
toutes les régions.
Le Président :
Première complémentaire, M. le député de Bonaventure.
M. Roy :
M. le Président, ce n'est pas le son de cloche que nous avons de l'industrie.
Et les gens de l'Abitibi sonnent l'alarme.
La MRC du Témiscamingue, les maires de La Sarre et de Senneterre et le
syndicat des travailleurs sont unanimes : le bois est là, et le
ministre doit le rendre disponible pour que les travailleurs gardent leurs
emplois.
Qu'est-ce que le
ministre attend pour prendre ses responsabilités?
Le Président :
M. le ministre des Forêts.
Lessard : Toutes les usines, autant de l'Abitibi, de la
Mauricie, de la Gaspésie, ont toutes une capacité de scier du bois plus grande que la demande forestière, M.
le Président. Il y a moins de bois disponible pour l'ensemble des usines,
qui ont une surcapacité de production.
Mais,
malgré ça, on a demandé au Forestier en chef de regarder dans les cinq
dernières années… En passant, le Parti
québécois aurait peut-être eu... aurait dû avoir l'idée avant, hein? Parce que,
l'année passée, vous ne l'avez pas fait. Cette année, on est obligés de faire du rattrapage. Mais ce n'est pas grave, M.
le Président, on est déterminés à
réussir pour donner le maximum
de bois dans toutes les régions du Québec. Ça procure des jobs aujourd'hui, ça procurera des jobs demain
parce que la perspective s'est
améliorée, puis le gouvernement, on est
au travail à tous les jours. Tous les jours…
Le Président : Deuxième complémentaire, M. le député
de Bonaventure.
Roy : M. le
Président, il se perd des emplois en
forêt.
Malgré le discours du ministre, qui est déconnecté de la réalité, actuellement les gens crient à l'aide, l'Abititi crie qu'il n'y a pas de bois et que
des emplois vont se perdre. Le préfet
de la MRC de Témiscamingue est clair, j'ouvre les
guillemets : «Il est inadmissible que des travailleurs et leurs familles subissent
les contrecoups de l'inaction du ministre des Forêts…» À
Senneterre et à La Sarre, même son de cloche.
Est-ce que le ministre peut s'engager à libérer
les volumes de bois pour permettre à ces travailleurs
de garder leurs emplois? Et, M. le Président…
Président : M. le ministre des Forêts.
Président : Vous demandez un dépôt? Consentement pour le dépôt? Consentement pour le dépôt. M. le
ministre des Forêts.
Lessard : Au mois de juin, j'étais en Abitibi, à l'invitation de mes deux collègues. La semaine passée, l'association forestière, on y tenait une conférence
fort importante, lors de la tenue de l'association forestière, où tous les forestiers de la région étaient présents. Ce
qu'on a dit : On va libérer l'ambition de
la forêt pour qu'on évite qu'il se perde
de l'argent en forêt. Le maximum de monde travaille dans nos entreprises,
et tout le monde est au travail pour qu'on réussisse, autant
en Abitibi, en Mauricie, en Gaspésie
puis au Lac-Saint-Jean. On va la libérer, la forêt,
pour faire travailler le maximum de monde. Le message est clair : Tous les jours, c'est un lundi quand on est en affaires.
Le Président : Principale, M. le député de Mercier.
Le Président : S'il vous plaît! C'est bon. M. le député de Mercier, c'est à vous la parole.
M. Khadir : M. le Président, un cabinet d'avocats a révélé, dimanche, que plus de 100 millions de dollars sont facturés
illégalement par des cliniques privées à des malades pour des produits ou des
services qui, en principe, devraient être
gratuits selon la loi. Des médecins, malheureusement, font honte à ma profession, à celle du premier ministre, en faisant payer les malades parfois jusqu'à 100 fois le prix
de certains produits ou médicaments. C'est parfaitement illégal.
Alors,
50 cliniques médicales, la RAMQ et même le ministre
de la Santé sont actuellement poursuivis en recours collectif.
Le gouvernement, en fait, s'expose à devoir payer des centaines
de millions de
dollars aux patients si le recours s'avère aussi fondé que tout dernièrement, en 2012, où le gouvernement a payé 6 millions de
dollars pour une situation
similaire.
Alors,
des médecins consciencieux réunis au sein du MQRP, des retraités des organisations de défense des droits des
malades demandent au gouvernement et au Collège des médecins d'agir. Que compte
faire le ministre de la Santé actuel? Vous savez, de riches…
Le Président : M. le ministre de la Santé.
Barrette : M. le
Président, évidemment,
actuellement, comme le
député de Mercier
vient de nous l'indiquer, il y a actuellement un recours collectif qui est devant les
tribunaux. Et, sur cet élément-là, évidemment, je ne peux faire de commentaire autre que
celui que la justice doive suivre son cours.
Ceci
dit, M. le Président, contrairement
à ce que dit le député
de Mercier, il y a des facturations qui sont faites, des frais qui sont chargés aux patients qui sont tout à fait légaux et il y a des zones grises dans
la loi, et que c'est une chose, effectivement,
qu'un jour nous allons essayer de clarifier, un jour
prochain — au cas où j'aie une complémentaire à cet effet-là, on ne sait jamais.
Mais,
ceci dit, M. le Président, il y
a, contrairement à ce que dit le député
de Mercier, des frais qui sont tout à fait légaux. Maintenant, dans le recours collectif, je ne ferai pas de commentaire sur chacun des frais qui sont mis en cause, et nous laisserons, évidemment, la
cour faire son oeuvre, M. le Président.
Le Président : Première complémentaire, M. le député de Mercier.
M. Khadir : Alors, je vais
demander au ministre de m'expliquer si les faits que je vais lui exposer, qui
sont vécus par des milliers de patients, sont légaux : «Mon médecin a refusé de me traiter quand j'ai
demandé des précisions sur le 50 $ qu'il demandait pour de la Xylocaine — ça, c'est pour geler avant de faire un prélèvement — ça a retardé d'un mois et demi l'excision d'un naevus qui s'est avéré ensuite
cancéreux.» Un autre exemple :
«L'optométriste m'a chargé 30 $ pour des gouttes qui valent
3 $ à la pharmacie. Il m'a forcé à les acheter, sinon je devais partir.»
Le Président :
M. le ministre de la Santé.
M. Barrette : M. le Président, comme
beaucoup de gens s'en sont rendu compte dans cette Chambre, j'adore pratiquer illégalement le droit. Mais, dans le cas
présent, je ne le ferai évidemment pas, puisque, comme je l'ai dit il y a quelques instants, cette cause étant devant la justice, la
justice fera son oeuvre.
Ceci dit, je
me permettrai de rappeler au député de Mercier qu'il y a une différence
fondamentale... Et ça, M. le Président,
c'est difficile à apprécier, à Québec
solidaire, entre qu'est-ce qui est légal, illégal et exagéré. L'exagération
est un concept qui se pratique différemment
en politique selon le parti. Alors, la différence entre la légalité et
l'illégalité existe et...
Le Président : En terminant.
M. Barrette : Et voilà. Il n'y a
rien d'autre à dire.
Le Président : Deuxième
complémentaire, M. le député de Mercier.
M. Khadir : Bien, le ministre peut éviter de
répondre si ça lui plaît comme ça, mais les cas que je lui décris ne
sont pas devant les tribunaux. Il aurait pu répondre, ça aurait été peut-être
plus intéressant.
En 2007, le premier ministre actuel avait promis
de clarifier les choses. Il n'a rien fait pour mettre fin à la surfacturation. En 2010, son successeur a reçu un
rapport confidentiel de la RAMQ, il l'a tabletté. En 2013, le ministre
du PQ voulait faire des choses, donner les moyens, rien n'a été fait.
Pourquoi rien n'a été fait depuis le
7 avril par le ministre actuel?
Le Président : M. le leader
du gouvernement.
Fournier : …en réponse à la question posée par notre collègue,
peut-être un rappel au règlement lui permet d'offrir une
partie de la réponse à la question qui est posée.
L'article 82 de notre règlement prohibe, empêche… Ce n'est pas une
question que le ministre décide de ne pas répondre, c'est qu'il n'a pas le
droit en vertu du règlement qui nous gouverne
tous et auquel nous devons tous notre appui et notre respect.
L'article 82
dit que le ministre ne peut pas répondre à des éléments qui concernent les paragraphes 2° et 3° de
l'article 35, et justement, à cet article-là, on parle des causes qui sont devant les tribunaux. Notre collègue, M.
le Président, ne fait que respecter le règlement. Faire le contraire l'amènerait
dans une zone d'illégalité, tout au moins d'irrespect du règlement...
Le Président : En terminant.
M. Fournier : ...et je suis
sûr que ce n'est pas ce que notre collègue le député de Mercier souhaite.
Le Président : Principale, M.
le député de La Peltrie.
Caire :
M. le Président, le projet de loi n° 10 a du potentiel, mais, il faut bien
le dire, il a été mal vendu, on veut
aller trop vite, et surtout le ministre oublie des éléments majeurs, par exemple
l'intégration des systèmes informatiques. On parle ici de la gestion de toutes les informations nécessaires à la
prise de décision et à l'évaluation de la performance, ce qui a fait dire à la Protectrice du citoyen
qu'il y avait de nombreux risques financiers et des risques de dérapage. Et
faut-il rappeler que les dérapages
informatiques expliquent l'échec de la réforme amorcée par le premier ministre
il y a 10 ans?
Protectrice du citoyen n'est pas seule à nous dire ça. L'AQESSS est venue dire
ça, l'AMQ, les pharmaciens, les jeunes médecins, l'IGOPP et des dizaines
d'autres organismes sont venus exprimer la même crainte, il n'y a pas de plan.
Est-ce que le
ministre de la Santé peut nous dire pourquoi il nous lance dans une réforme
comme celle-là sans avoir de plan
d'intégration des services informatiques, d'échéancier et de budget pour un
élément qui va capitaliser, qui va faire en sorte que sa réforme va
être...
Le Président :
M. le ministre de la Santé.
M. Barrette : M. le Président, je
profite de cette question-ci pour remercier la Coalition avenir Québec et, particulièrement, le député de La Peltrie pour l'appui qu'il vient d'exprimer au fondement
du projet de loi ainsi que pour le travail qu'il a fait en commission
parlementaire, travail qui a été éminemment constructif. Ceci dit…
Barrette : Bien, c'est parce que
ça n'a pas été la même chose de tous les partis, là. C'est de même, M. le Président.
Alors, ceci
dit, pour ce qui est de la vente du projet de loi, bien je l'invite,
évidemment, à nous appuyer à faire cet
exercice de vente auprès de la population. J'invite aussi l'opposition
officielle à le faire comme je l'invite à participer de façon fluide, comme le projet de loi n° 10
le recherche, et constructive en commission parlementaire lorsqu'il y aura
l'étude
article par article.
Ceci dit, M.
le Président, pour ce qui est de l'informatique, il m'apparaît implicite dans
le projet de loi n° 10 que l'informatique
sera un des éléments qui devra être intégré dans un CISSS sans que ce soit
nécessairement uniforme. Mais j'ai dit en commission parlementaire, par
exemple, pour ce qui est de la comptabilité, M. le Président...
Le Président : En terminant.
M. Barrette : ...que des sommes sont
déjà engagées pour uniformiser le Québec sur ce plan.
Le Président : Première
complémentaire, M. le député de La Peltrie.
Caire :
M. le Président, justement
parce qu'on souhaite que la réforme, cette fois-ci, fonctionne,
contrairement à la précédente, je le mets en garde, l'intégration des systèmes
informatiques est capitale à l'échec ou au succès.
Alors, quand
va-t-il déposer un plan clair, un recensement des systèmes, un budget et un
plan d'intégration des systèmes informatiques, M. le Président?
Le Président : M. le ministre
de la Santé.
Barrette : M. le Président, le député de La Peltrie s'adresse,
effectivement, à un élément qui est critique, et je suis d'accord avec lui. Ceci dit, je lui rappelle
qu'en commission parlementaire j'ai indiqué à la commission et aux gens qui sont venus devant nous qu'il y avait
actuellement — et c'est
au budget — un
investissement de 85 millions de dollars qui était en cours de déploiement pour, justement, uniformiser la
comptabilité et toute la gestion dans notre système de santé. Et, d'autre part, lorsqu'il y aura la
création des CISSS, évidemment on fera obligatoirement cette intégration-là
parce qu'il a été dit qu'il y aurait un
dossier unique, un seul patient, un seul répertoire de laboratoire, et ainsi de
suite.
Le Président : En terminant.
M. Barrette : Je comprends que ce
n'est pas dit de façon spécifique, mais c'est clairement implicite.
Le Président : M. le député
de La Peltrie en deuxième complémentaire.
Caire :
M. le Président, le ministre fait une erreur fondamentale. Ce ne sont pas les
CISSS qui vont amener l'intégration
des systèmes informatiques, c'est l'intégration des systèmes informatiques qui
va permettre la création des CISSS.
Et, pour ça, on a besoin d'un plan qui est clair, d'échéanciers qui sont précis
et de budgets qui sont dévolus à ça précisément.
Alors, quand le ministre va-t-il nous déposer ce
plan-là? On en a besoin.
Le Président : M. le ministre
de la Santé.
Barrette : M. le Président, je vais rappeler… Bien, en fait, je vais
dire au député de La Peltrie ce qu'on dit souvent en médecine : On ne traite pas des images et des résultats
de laboratoire. Et le pendant de ça dans le projet de loi n° 10 est que les ordinateurs ne se
fusionnent pas eux-mêmes, et ce sont des administrations qui font cette
fusion-là. Alors, ce n'est pas vrai de penser que l'intégration des
systèmes informatiques va faire la fusion. Ce sera le projet de loi n° 10 qui mettra en place une structure
de gestion qui fera en sorte que cette intégration-là se fera — et je terminerai là-dessus,
M. le Président — pour le
bénéfice des patients, qui s'attendent à ça, à avoir une fluidité de
l'information qui les concerne, et ça se réalisera, M. le Président.
Le Président : Principale, M.
le député de Sanguinet.
Therrien : M. le Président, le 11 juin 2008, tous les partis
ont adopté une motion présentée par Raymond Bachand pour appuyer la
démarche visant à obtenir la reconnaissance de suffixe .quebec. Depuis le 13
novembre dernier, c'est possible d'adopter
cette adresse. Pourtant, le gouvernement libéral refuse de faire migrer ses
sites gouvernementaux vers cette
appellation. Ça ne coûtait rien de réserver le nom des domaines, mais le
gouvernement ne l'a pas fait. C'est l'organisme PointQuébec qui a été obligé de le faire. Le projet est appuyé par les
gens d'affaires et les Québécois de tous les milieux. C'est un investissement qui nous permettra d'être
attractifs vis-à-vis les investisseurs et les visiteurs de l'étranger. Migrer
progressivement minimiserait les coûts par
rapport aux retombées positives d'adopter cette appellation. Mais, quand il
s'agit de s'affirmer, de prendre notre place
sur le Web, de créer un véritable drapeau virtuel, le gouvernement fait preuve
de très peu de vision.
Pourquoi ne pas saisir, M. le Président, cette
occasion unique et cesser votre provincialisme?
Le Président : M. le
président du Conseil du trésor.
Coiteux : Bien, M. le Président, c'est très simple, c'est parce qu'au
moment où on est en train de prendre des décisions qui sont forcément difficiles pour retourner à l'équilibre
budgétaire en ayant une marche à franchir qui nous a été laissée par l'administration précédente à plus
de 5 milliards de dollars, eh bien, dans le moment, M. le Président, on
n'a pas les moyens d'enlever de 11 à
12 millions de dollars, par exemple, à la culture pour le mettre dans la
migration vers des sites Web qu'on a
actuellement et qui fonctionnent très bien. L'argent ne pousse pas dans les
arbres, M. le Président.
Le Président : Cela met fin à
la période de questions et de réponses orales.
Vice-Président (M. Ouimet) : Alors, nous en sommes à la rubrique
des motions sans préavis, et, en fonction de nos règles et de l'ordre de
présentation, je cède la parole à Mme la députée d'Hochelaga-Maisonneuve.
Mme Poirier : Alors, M. le
Président, je sollicite le consentement des membres de cette Assemblée afin de
présenter, conjointement avec la députée de Montarville, la motion
suivante :
«Que
l'Assemblée nationale prenne acte de la récente vague de dénonciation
d'agressions sexuelles dans les médias du Québec;
«Qu'elle reconnaisse que la violence sexuelle
contre les femmes est un problème de société extrêmement préoccupant qui nous
concerne tous sans exception;
«Qu'elle
encourage les victimes à dénoncer toute forme d'agressions et qu'elle demande
au gouvernement de renforcer les services d'aide aux victimes actuellement
disponibles;
«Qu'elle
rappelle la motion votée unanimement le 6 décembre 2013 par l'Assemblée nationale qui demande au gouvernement de remettre en
2014 son plan d'action en matière d'exploitation sexuelle;
«Enfin, qu'elle invite les membres de la Commission
des relations avec les citoyens à statuer sur un mandat d'initiative portant sur ce sujet en prenant exemple sur la Commission
spéciale sur la question de mourir dans la dignité.
Le Vice-Président (M. Ouimet) :
Alors, merci à vous, Mme la députée d'Hochelaga-Maisonneuve. Y a-t-il
consentement pour débattre de cette motion? M. le leader du gouvernement.
Fournier : Je vais d'abord
solliciter par votre entremise la possibilité que je puisse donner quelques
informations concernant cette motion, M. le Président. Je vois que la collègue
qui présente est d'accord.
Vice-Président (M. Ouimet) : Moi, je dois vérifier s'il y a consentement ou pas pour débattre. Quant
aux autres informations, s'il y a un consentement unanime, on peut aller
de l'avant.
Vice-Président (M. Ouimet) : Il n'y a pas de consentement, M. le leader. Question de
règlement, M. le leader du
gouvernement.
Fournier : Oui,
question de règlement inspirée de notre Code d'éthique, M. le Président, concernant la conduite d'un
député, qui nous rappelle que nous devons rechercher la parole donnée. Ce
matin, avec la députée de Gouin et la députée qui propose, il y a eu une
entente pour qu'il y ait reformulation et dépôt demain d'une motion sur le
sujet. Je considère — et
je le dis honnêtement — je
considère que cette présentation est pour retrait et donc qu'elle est maintenant retirée, tel que l'entente a été
donnée à la députée de Gouin, et les partis pourront reformuler.
Vice-Président (M. Ouimet) : Alors, M. le leader, comme vous savez, la présidence n'est pas au
courant des tractations entre les différentes formations politiques, et
donc…
Le Vice-Président (M. Ouimet) :
Oui, je vais vous entendre, Mme la leader.
Maltais : …question de règlement. On a eu une discussion avec le
leader avant la période de questions. J'ai
vérifié s'il y avait entente, et on me disait qu'il n'y avait pas entente
formelle. S'il veut qu'on rediscute de la motion, ça nous fera plaisir. Je m'attendais à ce qu'il se
lève et qu'il dise : Mettez-la sur la glace, on se reparlera. Ça, c'est
possible.
Le Vice-Président (M. Ouimet) :
M. le leader.
M. Fournier : …pour indiquer que, dans nos travaux, je suis
toujours là pour qu'il y ait des discussions et que ça aille bien. Je veux simplement
dire à notre collègue qu'elle peut même vérifier avec la députée
de Gouin, l'entente était formelle. Elle ne l'a juste
pas respectée.
Vice-Président (M. Ouimet) : Très bien. Alors, je n'irai pas plus loin dans cette
voie-là, là, il n'y a pas de consentement pour débattre de cette
motion. Sur la question de règlement…
Maltais : …il vient de dire que nous n'avons pas respecté
d'entente. Je m'excuse, là, il n'y avait pas entente, mais j'entends le ministre, et il répond à ma
demande que je lui ai faite à la période de questions, c'est-à-dire qu'on se
rassoie et qu'on discute.
Vice-Président (M. Ouimet) : Très bien. Alors, quant à moi, je vais recevoir une
prochaine motion sans préavis, et je pense que M. le député de Groulx
souhaite présenter une motion sans préavis. M. le député.
Surprenant : M. le Président, je demande le consentement pour déposer la motion suivante
conjointement avec le député de Sanguinet et la députée de Sainte-Marie—Saint-Jacques :
«Que l'Assemblée nationale exige du gouvernement qu'il respecte l'engagement pris par le président du Conseil du trésor de publier un rapport concernant les
premières recommandations de la commission permanente de révision des
programmes;
«Qu'elle exige du gouvernement qu'il dépose ce
rapport prévu pour octobre dernier immédiatement.»
Vice-Président (M. Ouimet) : Alors, merci à vous, M. le député
de Groulx. Y a-t-il consentement pour débattre de la motion? M. le
leader adjoint du gouvernement?
Sklavounos : Pas de
consentement, M. le Président.
Vice-Président (M. Ouimet) : Il n'y a pas de consentement.
Alors, nous passons maintenant à la motion de M. le ministre de la Santé
et des Services sociaux.
Barrette : M. le Président, avant de présenter la motion, peut-être
que vous me permettrez de souligner pour les auditeurs qui nous écoutent que, dans l'Assemblée d'aujourd'hui, la
totalité des gens porte soit une boucle pour signaler la Journée québécoise de sensibilisation au cancer
de la prostate ou encore une cravate, une cravate qui est à l'initiative de nos
collègues qui sont ici présents, que
j'aimerais saluer. Au balcon, nous avons avec nous aujourd'hui l'Association
professionnelle des gardes de corps du gouvernement du Québec, dont le
président est M. Éric Létourneau. Je tiens à les souligner.
Alors, à
l'initiative de l'association et en collaboration avec M. Pierre Jobin, qui est
chef d'antenne à TVA à Québec, et
pour le bénéfice du CHUQ, nous portons la cravate. Et la boucle est une promotion au bénéfice de la Fondation Procure, et je salue mes collègues féminines qui, aussi, la portent.
Voilà.
Le Vice-Président (M. Ouimet) :
Et maintenant pour la motion, M. le ministre de la Santé.
Barrette : Merci. Alors, M. le Président, je sollicite le consentement
de l'Assemblée, puisqu'il est tard, afin de présenter la motion suivante
conjointement avec la députée de Taillon et le député des
Chutes-de-la-Chaudière :
«Que l'Assemblée nationale souligne la
Journée internationale de l'homme et la Journée québécoise de sensibilisation
au cancer de la prostate;
«Qu'elle
réitère que le cancer de la prostate est la forme de cancer la plus répandue
chez les hommes au Canada.»
Vice-Président (M. Ouimet) : Alors, merci à vous, M. le
ministre de la Santé et des Services sociaux. Y a-t-il consentement pour
débattre de cette motion? M. le leader adjoint du gouvernement.
Sklavounos :
M. le Président, nous proposons l'adoption sans débat.
Le Vice-Président
(M. Ouimet) : Très bien. Alors, cette motion est-elle adoptée?
Vice-Président (M. Ouimet) : Adopté. Mme la députée de
Sainte-Marie—Saint-Jacques,
pour une prochaine motion.
Mme Massé :
Merci, M. le Président. Je demande le consentement de la Chambre pour débattre
de la motion suivante conjointement avec le député de Marie-Victorin :
«Que
l'Assemblée nationale prenne acte du nombre record de débranchements de clients
par Hydro-Québec qui a atteint plus de 51 000 clients en septembre
2014;
«Que
l'Assemblée nationale rappelle à Hydro-Québec que l'installation de compteurs
intelligents ne visait pas à
faciliter le débranchement de clients à distance, que l'accès à l'électricité
est un besoin essentiel, que l'augmentation du nombre de débranchements est causée par l'appauvrissement de la
population et l'invite à la plus grande retenue puisque les
débranchements à distance peuvent entraîner des risques importants pour la santé
et la sécurité de la population.»
Vice-Président (M. Ouimet) : Alors, merci à vous, Mme la
députée de Sainte-Marie—Saint-Jacques.
Y a-t-il consentement pour débattre de cette motion? M. le leader
adjoint du gouvernement.
Sklavounos :
Pas de consentement, M. le Président.
Vice-Président (M. Ouimet) : Alors, il n'y a pas de
consentement. Y a-t-il d'autres motions sans préavis?
S'il n'y en a pas, nous passons maintenant aux
avis touchant les travaux des commissions. M. le leader adjoint du
gouvernement.
Sklavounos : Oui. Merci, M. le Président. J'avise cette
Assemblée que la Commission de l'aménagement du territoire poursuivra l'étude détaillée du projet de loi n° 3, Loi
favorisant la santé financière et la pérennité des régimes de retraite à prestations déterminées du secteur
municipal, aujourd'hui, après la période des affaires courantes jusqu'à
13 heures et de 15 heures à 18 heures, à la salle Louis-Joseph-Papineau;
La Commission de
l'agriculture, des pêcheries, de l'énergie et des ressources naturelles
poursuivra l'étude détaillée du projet de
loi n° 11,
Loi sur la Société du Plan Nord, aujourd'hui, après les
affaires courantes jusqu'à 13 heures et de 15 heures à 18 heures, à la
salle Louis-Hippolyte-La Fontaine;
La Commission des
institutions poursuivra l'étude détaillée du projet de loi n° 17, Loi
modifiant la
Loi sur le Barreau, la
Loi sur
le notariat et le Code des professions, aujourd'hui, après les affaires
courantes jusqu'à 13 heures et de 15 heures à 16 h 30, à la
salle du Conseil législatif;
finalement la Commission des finances publiques poursuivra l'étude détaillée du
projet de loi n° 15,
Loi sur la
gestion et le contrôle des effectifs des ministères, des organismes et des
réseaux du secteur public ainsi que des sociétés d'État, aujourd'hui, de
15 heures à 17 heures, à la salle des Premiers-Ministres, 1.38, de l'édifice
Pamphile-Le May. Merci, M. le Président.
Le Vice-Président
(M. Ouimet) : Merci à vous, M. le leader adjoint du
gouvernement.
À la rubrique,
maintenant, des renseignements sur les travaux de l'Assemblée…
Alors,
nous passons maintenant à la rubrique des affaires du jour, la période des
affaires courantes étant terminée. M. le leader adjoint du gouvernement,
pour la suite des choses.
Sklavounos :
Oui. M. le Président, auriez-vous l'amabilité d'appeler l'article 1 de notre
feuilleton?
Le Vice-Président (M. Ouimet) :
Alors, à l'article 1 du feuilleton, M. le ministre de la Santé et des Services sociaux propose l'adoption du principe du projet
de loi n° 10, Loi modifiant l'organisation et la gouvernance du réseau de la santé et des services sociaux notamment par
l'abolition des agences régionales. Alors, M. le ministre de la Santé et
des Services sociaux, je vous cède la parole. Vous avez un droit de parole de
60 minutes.
Barrette : Merci, M. le Président. Le 25 septembre dernier, j'ai
présenté à l'Assemblée nationale le projet de loi n° 10, intitulé la Loi modifiant l'organisation et la
gouvernance du réseau de la santé et des services sociaux notamment par l'abolition des agences régionales.
Ce projet de loi a récemment fait l'objet de consultations particulières
et d'auditions à la Commission de la santé
et des services sociaux. Ces consultations se sont déroulées du 20 octobre au
13 novembre dernier, et, à cette occasion,
nous avons entendu 64 groupes et avons reçu 120 mémoires qui ont été déposés. Nous avons apprécié la qualité des réflexions et
des propositions émises par tous ceux et celles qui sont venus exprimer leur point de vue en partageant leurs idées et
leurs préoccupations. Ces personnes, groupes, associations et organismes
ont donc pu enrichir nos propres réflexions.
J'accorde,
pour ma part, une immense importance à ce projet de loi, dont l'objectif,
rappelons-le, est d'assurer, par la création d'un seul établissement intégré de santé et de services sociaux par région, une véritable intégration des services. Cette intégration permettra, M. le Président, un parcours de soins plus simple et plus fluide pour les usagers,
un accès plus grand aux services et l'amélioration de la qualité et de la sécurité des services. Aussi, l'intégration
favorisera l'accroissement de
l'efficience et l'efficacité du réseau par une consolidation et une
concentration des fonctions administratives
au profit des services à la population. Le projet
de loi vise également
à alléger les structures et la bureaucratie
au profit d'une gestion administrative plus rigoureuse et plus saine.
Enfin, il favorise une ligne d'autorité, de gouvernance et d'imputabilité plus claire et cohérente. La
prise en compte des réalités propres à chaque région sera plus effective, et
les points de service, comme les
équipes cliniques, resteront autonomes dans le choix des moyens déployés pour
assurer l'accès et le respect des orientations ministérielles.
Les modifications législatives qui sont
présentées s'inscrivent dans la foulée de la réforme entreprise, M. le Président, en 2003. Elles offrent d'ailleurs
d'aller plus loin pour placer davantage le patient au coeur des activités et
des actions du réseau. Des gains,
tant sur le plan technologique, clinique et financier, sont escomptés et
justifient de terminer l'oeuvre
d'intégration amorcée il y a maintenant près d'une décennie. En misant sur des
acquis déjà en place, le gouvernement
propose des changements législatifs touchant principalement la structure
organisationnelle du réseau de la santé et des services sociaux et la
mise en place d'une nouvelle gouvernance.
inscrivent également des dispositions relatives aux ressources financières,
dont un nouveau mode d'allocation par programmes services permettant de
protéger les services aux personnes les plus vulnérables comme la clientèle présentant une déficience physique, une déficience
intellectuelle ou une dépendance, ainsi que des mesures précisant le partage de certaines responsabilités entre les
deux paliers de gouvernance restants et donnant au ministre le moyen d'assurer
une saine gestion du réseau de la santé et des services sociaux.
Je suis donc
très heureux, M. le Président, de proposer aujourd'hui l'adoption de principe
du projet de loi n° 10. Avant
d'aller plus loin, il m'apparaît essentiel de rappeler dans le détail les
principaux objectifs inhérents à ce projet de loi. Le projet de loi propose la création d'établissements
à mission élargie pour chaque région sociosanitaire issue de la fusion et de l'agence de la santé et des services sociaux
et de l'ensemble des administrations des établissements publics de la région. Pour la région de Montréal, évidemment, le
nombre d'établissements régionaux prévus est plutôt de cinq, compte tenu de la situation sociodémographique de la
région de Montréal. Ainsi, cette réorganisation vise, je le rappelle, à
favoriser et à simplifier l'accès aux
services pour la population et à contribuer à l'amélioration de la qualité et
de la sécurité des soins, de même qu'à accroître l'efficience et
l'efficacité du réseau de la santé et des services sociaux.
Le projet de
loi, M. le Président, instaure également une nouvelle gouvernance pour les
établissements régionaux et suprarégionaux. Plus spécifiquement, il
précise la composition des conseils d'administration de ces deux types
d'établissement, dont le nombre de membres variera entre 13 et 15.
Le projet de loi prévoit également que ces
membres soient rémunérés, que la majorité soit indépendante et réponde à des
profils de compétence précis. L'ensemble de ces membres est nommé par le
ministre de la Santé et des Services sociaux
à partir d'une liste de noms qui sera fournie par différents groupes, dont un
groupe d'experts en gouvernance pour ce qui est des membres indépendants
Le projet de
loi, M. le Président, confie également à la direction des nouveaux
établissements un président-directeur général
qui est secondé dans ses fonctions par un président-directeur général adjoint.
Tous deux sont aussi nommés par le ministre.
Par ailleurs,
le projet de loi contient des dispositions d'interprétation et d'application de
plusieurs lois et règlements pour
tenir compte des modifications, évidemment, apportées à l'organisation et à la
gouvernance du réseau de la santé et des
services sociaux. Ces dispositions portent essentiellement sur l'exercice, par
les établissements régionaux et le ministre, de certaines fonctions
actuellement exercées par les agences de la santé et des services sociaux.
Je tiens à
rappeler, M. le Président, que le projet de loi dont il est question ici est de
nature transitoire. Je l'ai dit à plusieurs reprises, il vise à donner une
impulsion au réseau tout en menant vers une véritable intégration des services,
et ce, au profit des citoyens du Québec. Il va donc de
soi qu'il sera nécessaire, dans un deuxième temps, de revoir en profondeur
l'actuelle
loi sur la santé et les services sociaux, tel que je l'ai mentionné
auparavant à plusieurs reprises.
M. le
Président, nous avons entendu les réflexions et les propositions d'une
multitude de groupes en commission parlementaire. Depuis, nous avons
pris le temps d'analyser chacune des propositions de façon consciencieuse, et
je m'engage donc, M. le Président, formellement aujourd'hui à apporter des
ajustements au projet de loi de façon à le bonifier, et ce, dans le respect des
objectifs principaux fixés.
Tout d'abord, je tiens à réaffirmer, M. le
Président, ma confiance envers les
gestionnaires, les administrateurs et
l'ensemble des différents acteurs du système
de santé et de services sociaux du Québec et en leur capacité de relever les
importants défis qui les attendent au cours
des prochaines années. D'entrée de jeu, les consultations qui viennent tout
juste de se terminer ont permis de constater que la très grande majorité
des personnes, groupes, associations et organismes rencontrés souscrivent pleinement à l'intention première du projet de
loi. Cette intention, je le rappelle, est de favoriser et de simplifier et l'accès aux services pour la
population, mais aussi de contribuer à l'amélioration de la qualité et de la
sécurité des soins et d'accroître
l'efficience du réseau québécois de santé et de services sociaux en définissant
mieux les corridors de services et en
assurant la simplicité et la fluidité du parcours des patients. Plusieurs ont
exprimé le désir d'être
partie
prenante du changement qui s'amorce et ont affirmé leur pleine collaboration à
la mise en place de cette restructuration.
J'ajouterai
ici, M. le Président, que personne, ni un groupe ni un individu de quelque
origine que ce soit, n'a remis en
question la pertinence d'abolir les agences régionales de santé et de services
sociaux. Alors, nous avons des consultations qui nous ont permis de conclure que le fondement du projet de loi est
accepté par la population et que personne ne conteste l'abolition des
agences.
Des réserves,
par contre, ont été soulevées sur certains aspects touchant l'organisation et
la structure proposées par le projet
de loi. Actuellement, contrairement à la région de Montréal, il est prévu dans
le projet de loi que les centres hospitaliers universitaires de la
région de la Capitale-Nationale et de l'Estrie soient intégrés à l'intérieur
même d'un centre intégré de santé et de
services sociaux. À cet égard, j'ai bien entendu, M. le Président, les principaux messages soulevés
par les gens qui se sont présentés en commission
parlementaire et je prends l'engagement de m'appliquer à définir des solutions qui permettent de
progresser tout en respectant les objectifs poursuivis par le projet de loi.
En ce qui a trait au regroupement des établissements actuellement prévu au projet
de loi, je retiens, M. le Président, également que la réorganisation du réseau visée par le projet
de loi pourrait tenir compte
davantage de certaines réalités géographiques, démographiques et
socioculturelles de certaines régions. Je verrai donc à revoir le regroupement
des établissements et des réseaux locaux de services de certaines
régions telles la Capitale-Nationale, l'Estrie, la Montérégie et la Gaspésie—Îles-de-la-Madeleine.
Également, M. le Président, vous comprendrez que la mise en place d'une réforme de cette nature
doit se faire de façon progressive, et c'est pourquoi
le projet de loi actuel prévoit et maintiendra la nomination par
le ministre des P.D.G., des présidents-directeurs généraux adjoints ainsi que les membres des conseils d'administration. Cependant, il est important de réitérer que ce mode
de comblement est et sera définitivement transitoire. Tel que je l'ai déjà
mentionné, il sera nécessaire dans un deuxième temps, c'est-à-dire dans ce mandat, M. le Président, de revoir en
profondeur l'actuelle
Loi sur les
services de santé et les services sociaux. Les conclusions de cet exercice nous
permettront d'évaluer la meilleure façon de pourvoir ces différents postes lors du renouvellement de leurs
mandats respectifs, qui se réalisera sans aucun doute d'ici la fin de ce
mandat.
Un autre ajustement
envisagé est de s'assurer que le projet
de loi n'entraîne pas l'éloignement
des usagers du réseau de la santé et
des services sociaux des actions et
des centres de décision, mais plutôt de maintenir une voix forte pour ceux-ci.
Le projet de loi doit s'assurer d'un équilibre entre la participation citoyenne
et la professionnalisation des conseils d'administration nécessaire en raison de la taille et de la
complexité des nouveaux établissements créés. Ainsi, la mise en place d'un comité provincial relevant du ministre
pourrait être envisagée en ce qui a
trait aux usagers, mais d'autres
réflexions sont en cours actuellement pour s'assurer, dans l'éventuel projet de loi, s'il est adopté, une représentation significative et, je
dirais, M. le Président, maximale des usagers dans cette nouvelle structure.
Finalement, le projet de loi propose une
intégration des services sous la gouverne d'un seul établissement par région, sauf, évidemment, à Montréal
et dans certaines régions qui seront révisées, incluant l'ensemble des services
sociaux. Cette intégration permettra
un meilleur arrimage entre les soins à offrir à ces clientèles et une plus
grande fluidité entre les première, deuxième et troisième lignes, notamment
pour les cas qui présentent des problématiques multiples.
Il est plus
urgent que jamais, sachant à quel point notre population
vieillit et se déplace sur le territoire, victime plus que jamais de problèmes de santé chroniques qui exigeront
d'accéder à plusieurs types de services dans plusieurs endroits,
dans plusieurs… pendant plusieurs années.
Dans
l'intérêt, M. le Président, dans l'intérêt
d'assurer une place solide à ces différents services au sein de chacun des centres intégrés de santé et de services sociaux, des mesures ont été introduites
au projet de loi afin de protéger les ressources
financières ainsi que l'expertise dévolue aux clientèles vulnérables. Je l'ai
dit en commission parlementaire à
plusieurs reprises, il y a des secteurs d'activité qui sont petits en budget,
immensément importants en importance, et ces gens-là doivent voir et
leur expertise et leur financement protégés dans l'exécution de nos
orientations futures. Toutefois, comme j'ai
la ferme intention de bien protéger le secteur social, des mesures de
protection supplémentaires seront ajoutées.
En terminant,
M. le Président, je suis conscient que des inquiétudes ont été exprimées et que
des zones d'ambiguïté peuvent demeurer. Ces zones apparaissent
inévitables dans le cas d'un projet de loi de transition qui n'est pas encore accompagné
de sa réglementation. Je vous réitère donc mon intention d'analyser encore plus
en profondeur et avec une grande ouverture l'ensemble des
recommandations issues de la récente consultation afin de pouvoir, dans un
avenir rapproché,
apporter les éléments de clarification qui parviendront à répondre à plusieurs
des inquiétudes exprimées en commission parlementaire.
Et je
rajouterai ceci, M. le Président : Il y a
eu toutes sortes de représentations qui ont été faites en commission parlementaire, qui sont venues
par divers groupes, parfois des citoyens individuels, parfois des
regroupements de citoyens de diverses
origines, parfois des organisations représentatives professionnelles ou syndicales, mais je peux dire une chose : Bien qu'il y ait eu des discours
purement... que je pourrais qualifier de corporatistes, il y a eu une grande
majorité de remarques et de commentaires qui
ont été faits sur des fondements réels. Et nous les avons entendus, et je peux
raisonnablement affirmer aujourd'hui, M. le Président, que nous aurons
des amendements qui seront proposés, qui répondront à, je l'espère, la totalité
des critiques et commentaires qui ont été formulés qui sont fondés.
Évidemment,
le projet de loi n° 10 n'est pas là pour
refaire la politique entière de notre gouvernement — je termine là-dessus — le
projet de loi n° 10 est un projet qui est fait non pas pour le
gouvernement, mais pour les patients. Ce projet de loi mis en place… à mettre la structure… en place la structure
nécessaire pour qu'on puisse grever... greffer
dessus la panoplie de mesures qui
vont faire en sorte qu'enfin nous pourrons améliorer de façon définitive notre
système de santé et de services
sociaux au bénéfice des patients, des usagers, des citoyens qui nous écoutent
et qui sont concernés ainsi que pour leurs proches, M. le Président. Je
vous remercie, M. le Président.
Vice-Président (M. Ouimet) :
Alors, merci à vous, M. le ministre de la Santé et des Services sociaux. Mme la
députée de Taillon et porte-parole de l'opposition officielle en matière de
santé, je vous cède la parole.
Lamarre : Merci beaucoup, M. le
Président. Alors donc, mes commentaires porteront sur la Loi modifiant
l'organisation et la gouvernance du réseau de la santé et des services sociaux
notamment par l'abolition des agences.
D'entrée de
jeu, j'aimerais lire l'article 1 de ce projet de loi, qui indique : «La présente loi modifie l'organisation
et la gouvernance du réseau de la santé et
des services sociaux afin de favoriser et de simplifier l'accès aux services
pour la population, de contribuer à
l'amélioration de la qualité et de la sécurité des soins et d'accroître
l'efficience et l'efficacité de ce
réseau.» Et, dans le deuxième paragraphe, on indique
que ce sera axé sur la proximité et la continuité des services.
M. le
Président, les gens qui sont venus nous rencontrer, les 64 groupes,
seulement quatre ont donné un appui clair à ce projet de loi là. Une
douzaine ont émis des réserves, mais ont quand même donné une opinion
favorable, mais la majorité, grande majorité
ont vraiment exprimé des préoccupations. Surtout, je vous dirais, ce qui a été
dit, c'est que ce n'était pas ça,
la priorité. Et je pense que ce que les gens ont unanimement dit dans cette commission parlementaire là, c'est que la priorité, c'était un meilleur accès à
notre système de santé.
Et, pour vous
donner quelques exemples de comment l'accès,
actuellement, est déficient au Québec... Et c'est inconcevable,
M. le Président, qu'on ait autant de
difficultés que ça à avoir accès à un médecin
de famille. Il n'y a pas d'autres
endroits qui ont ce genre de problème là. On a 2 millions de Québécois sur
8 millions qui n'ont pas de médecin
de famille. On a 18 heures d'attente,
en moyenne, à l'urgence. Dans tous les pays développés, on fixe des objectifs
de quatre heures comme maximal temps d'attente à l'urgence. Il faut
que les urgences soient réglées. Quand ça ne fonctionne pas, on remet en question nos processus
et on trouve une façon pour qu'en quatre heures tout le monde soit vu dans les
urgences.
Le rapport du Commissaire à la santé et au bien-être
nous a dit récemment que 60 % des gens qui allaient à l'urgence avaient un niveau de priorité P4 ou P5,
ce qui veut dire que ce n'était pas prioritaire, en tout cas ce n'était pas
une priorité importante, P1, P2 et P3 étant
les priorités les plus grandes. Donc, on a un problème avec la première ligne.
Et ça, ça nous a été répété énormément. Non
seulement on a ces gens qui viennent de façon non appropriée à l'urgence, et ça coûte très cher, parce qu'une
consultation à l'urgence, ça coûte entre 250 $ et 500 $. Alors, quand
les gens mettent le pied à l'urgence,
on ne le sait pas, là, mais on ouvre un dossier, on fait une démarche qui coûte
entre 250 $ et 500 $. Et on
apprend en plus que 30 % des gens quittent avant d'avoir été vus parce que
c'est trop long, ça prend trop de temps. Et finalement on a dépensé le
250 $, on n'a pas le bon service, on n'a pas la protection du citoyen, et
ce citoyen-là va probablement se retrouver ailleurs le lendemain pour
retrouver... et donc amener d'autres frais.
Il y a plus de six mois d'attente pour les
chirurgies. Alors, cette semaine, on avait, dans nos revues de presse,
20 000 chirurgies qui étaient en attente pour
20 000 Québécois.
Une autre statistique qui est troublante :
18 % des Québécois apprennent qu'ils ont un cancer et, quand ils apprennent qu'ils ont un cancer, ils n'ont pas de
médecin de famille. Alors, ça, ça veut dire que, s'ils en avaient eu un,
médecin de famille, peut-être que le cancer
aurait été identifié, diagnostiqué plus tôt. Et, s'ils n'ont pas de médecin de
famille, on peut comprendre que leur cancer
a été diagnostiqué à l'urgence d'un hôpital, encore une fois. Et c'est sûr que,
si on a des médecins de famille à rendre disponibles, ces patients-là en ont
besoin en priorité prioritaire.
Donc, ce que
l'ensemble des gens sont venus dire, c'est qu'on avait un système de santé qui
était bon mais qui avait besoin d'amélioration au niveau de
l'accessibilité.
Le ministre a
souvent évoqué que son modèle de réforme de gouvernance faisait référence au
Cleveland Clinic ou au Kaiser
Permanente. Je vais citer Robert Perreault, qui est médecin et professeur
associé à la Faculté de médecine de l'Université McGill, qui connaît
bien ces deux systèmes. Et, à la Cleveland Clinic, ce qu'il précise, c'est que
la Cleveland Clinic possède bien d'autres caractéristiques que celle de l'intégration,
comme c'est prévu, première ligne, deuxième
ligne et service ultraspécialisé. Il dit, comme autres services, comme autres
caractéristiques que le Québec ne semble pas être prêt à offrir :
«Les voici : continuité de soins absolue, équipes multidisciplinaires de
prise en charge, médecins salariés et gérés
de manière cohérente, contrat de travail pour les médecins renouvelable chaque
année avec évaluation de performance, départements
structurés selon une logique de besoins du patient, par exemple un institut [de cardiologie] et vasculaire. Enfin et surtout,
des systèmes d'information orientés sur la mesure de la performance…»
ce qui concerne le Kaiser Permanente : «Ici, [la] priorité à des
interventions préventives et précoces à partir de protocoles clairs et de services de première ligne hautement
coordonnés hors des hôpitaux.» Alors donc, on voit qu'il y a énormément
de dimensions qui ne sont pas abordées.
ce que les gens sont venus nous dire, sont venus dire au ministre, c'est :
M. le ministre, ne nous embarquez pas
dans une autre réforme de structure qui va nous paralyser pendant 10 ans.
Parce que les gens venaient témoigner que, la réforme de 2003, ils commençaient à peine à retomber sur leurs pieds
et être capables d'être fonctionnels. Ils ont dit : Ce n'est pas de ça dont on a besoin. Ce dont on a
besoin, c'est des mesures comme celle-là, de la reddition de comptes. Le mot est mal... est souvent mal perçu, mal
utilisé, mais je pense que c'est ça. Donc, c'est vraiment d'avoir des orientations
claires, des indicateurs de performance et
d'orienter vers des résultats concrets où on va clairement démontrer qu'on a
amélioré l'accessibilité aux soins de santé dans un système qui a de belles
qualités.
Maintenant,
ce système de santé là, les gens sont aussi venus nous dire : Attention,
M. le ministre, ce n'est pas que le
système de santé, c'est le système de santé et de services sociaux. Et on a
très peur que, dans cette réforme, tout ce qui est service social soit escamoté, soit... les gens ont utilisé le
terme «englouti» par les services de curatif, par l'hospitalier, parce que, dans le modèle des CISSS, on replace
les hôpitaux au centre, dans le fond, de chacun de ces centres intégrés de services… de santé et de services sociaux.
Alors, clairement, les gens sont venus dire : Ne touchez pas à tout, ne
venez pas nous bouleverser tout ce qu'on a et surtout travaillez sur les
vraies choses. Les vraies choses, c'est la reddition de comptes, c'est des indicateurs de performance. C'est, comme mon collègue
de la CAQ l'a dit, une urgence à améliorer nos systèmes d'information et
l'informatisation du système.
On ne réalise pas
actuellement. C'est inconcevable que les hôpitaux ne puissent pas partager
l'information, qu'entre un hôpital, un CLSC
et une pharmacie d'un territoire donné l'information ne circule pas. Elle est
là, la priorité aussi. Et n'importe quelle réforme ne donnera pas de
résultat si on n'a pas un meilleur système d'information et une informatisation
beaucoup plus appropriée.
Tantôt,
je suis un peu… j'étais un peu inquiète, parce que le ministre a dit : On
va travailler sur l'informatisation sans
que ce soit uniforme. Écoutez, les laboratoires ne se parlent pas, on ne peut
pas fusionner les laboratoires. Si vous passez une prise de sang, si quelqu'un passe une prise de sang à un
endroit, on ne peut pas savoir ailleurs, dans un autre endroit du Québec, qu'est-ce que cette prise de
sang là a donné. Alors, on a vraiment une priorité à mettre là-dessus, et
les ressources, elles doivent aller là. Elles ne doivent pas aller sur
l'organisation de structures.
Tantôt,
le ministre a aussi dit : Personne ne conteste l'abolition des agences.
Bien, en fait, le constat que les gens ont
fait, avec raison, c'est que les agences ne sont pas abolies dans ce projet de
loi là. Ce qu'on fait, c'est qu'on reconstruit 28 centres intégrés de services… de santé et de services sociaux.
Ce qui a été aboli, ce sont la centaine de CSSS, qui étaient, avant, plus près des gens et qui étaient la structure,
dans notre système de santé, qui vraiment était près des citoyens, qui
étaient répartis partout sur le territoire et avec lesquels les citoyens
avaient une bonne relation. Alors, ce n'est pas les agences qui sont abolies,
ce sont ces CSSS là par des fusions à profusion.
L'accès
priorité, écoutez, on a aussi d'autres informations qui sont venues.
L'Association des établissements de réadaptation
en déficience physique du Québec est venue nous donner des chiffres qui sont,
je pense, très parlants et qui nous
donnent, encore une fois, l'importance à accorder à l'accessibilité.
Actuellement, quand on détecte chez des enfants des problèmes de langage, eh bien, si on détecte, par exemple, chez un
enfant de trois ans un problème de langage, les délais d'attente sont de deux ans et demi, deux ans et demi pour que cet
enfant-là puisse avoir accès à des soins. On se rend compte que, s'il est rendu à cinq ans et demi, les dommages sont
difficilement récupérables, et très souvent il va déjà avoir été à la maternelle, à l'école et il va déjà
avoir été marginalisé. Il y a des urgences, il y a des choses qui ne se
récupèrent pas après deux ans, deux
ans et demi. Alors, si on a de l'urgence à mettre, c'est là. Et ça, ça a été
confirmé par l'Ordre des
orthophonistes et audiologistes du Québec, qui est venu aussi avec un cri du
coeur dire : Écoutez, c'est ça qui est la priorité pour ce secteur
d'exercice là.
Fédération québécoise des centres de réadaptation en déficience intellectuelle
et en troubles envahissants du développement
nous a aussi fait part de sa grande, grande crainte qu'il y ait un glissement
vers l'hôpital, et c'est le genre de
problème de… Leur fédération, d'ailleurs, disparaît carrément avec le projet de
loi n° 10. Cette fédération était constituée à 50 % de membres qui étaient des parents
d'enfants avec un problème d'autisme ou de trouble… ou de déficience
intellectuelle. Les parents sont très, très inquiets. Alors, je pense
qu'ils doivent vraiment… il faut entendre cette préoccupation-là.
on peut comprendre que ce genre de priorité là peut facilement être
complètement escamoté par des budgets qui vont devoir prendre compte
davantage du prix des médicaments, par exemple, dans les hôpitaux, de
différentes priorités curatives, alors qu'on a des enjeux importants à ce
niveau-là et des enjeux qui ont un impact aussi sociétal, social… sociaux, pardon, mais également
économique, parce que, quand on réussit à faire en sorte que des parents
gardent leurs enfants avec un trouble
du spectre de l'autisme à la maison parce qu'ils ont des services raisonnables
pendant un certain nombre d'heures durant la journée, bien, on peut
comprendre qu'à ce moment-là c'est toute la société qui en bénéficie et c'est l'enfant lui-même.
Alors,
en gros, ce qu'on nous dit de ce système, les 64 groupes qui sont passés
et ceux qui ont eu aussi… qui n'ont pas
pu être entendus mais qui ont pris le temps de rédiger un mémoire… et je les
remercie d'avoir pris ce temps, d'avoir eu la conscience sociale de… sociétale
de participer à cet exercice-là. Donc,
d'abord, ce qui est ressorti énormément aussi, c'est l'absence de consultation. J'ai demandé
à la plupart des groupes s'ils avaient été consultés avant la
publication du projet de loi, et
personne, personne ne m'a dit avoir été consulté au préalable. Et je rappelle
qu'on a reçu 64 groupes, des groupes
de médecins, des groupes d'infirmières, des groupes de travailleurs sociaux,
des groupes de patients, des groupes de citoyens, des syndicats.
Personne n'a été consulté.
Je vous dirais que la
Fédération des médecins résidents a même dit que c'était un projet pour lequel
il y avait seulement le ministre qui avait
une vision globale complète. Parce que, là aussi, ce qu'on nous a dit, c'est
que le projet de loi n° 10,
c'est seulement un morceau du casse-tête. Or, on nous demande de nous prononcer
sur ce morceau-là, et on n'a aucune idée de ce que sera l'ensemble du
casse-tête, et ça, c'est très préoccupant. Et,
quand on parle de transparence, sincèrement,
c'est inadmissible. Le ministre aurait dû au moins nous dire… grossièrement, de façon plus générale, mais
nous dire :
Il y aura, après ce projet de loi là, quatre ou cinq
autres projets de loi, et nous indiquer un peu la nature de ces projets pour qu'on ait une vision globale.
D'abord, ça aurait peut-être atténué certaines préoccupations, certaines
craintes, mais ça aurait été nettement quelque chose qui aurait fait
preuve de transparence, alors que, sur la transparence, à ce moment-ci, on est obligés de donner la note zéro.
Donc, la centralisation, clairement, on fait remonter dorénavant à peu
près toutes les décisions au ministre.
Et, pour vous donner une idée de ça, même
certains groupes de préposés sont venus dire… et de travailleurs communautaires qui ont accès à des programmes de perfectionnement,
eh bien, dans le projet de loi n° 10, l'autorisation des programmes de perfectionnement, la formation
continue pour ces gens-là, va devoir remonter au ministre. Alors, on s'imagine
la congestion que ça va créer, ça va être très, très long à avoir des
résultats, et les questions devront toutes remonter
au ministre. Donc, il n'y aura plus d'appropriation du terrain, il n'y aura
plus les citoyens… La
participation active des citoyens est vraiment abolie : on avait 3 100 usagers, on va en avoir
15 sur les conseils d'administration maintenant.
Mais certainement, aussi, on voit bien, là, qu'on n'a plus du tout de… on a vraiment une centralisation incroyable,
qui va à l'encontre aussi de tous les modèles de soins de santé qui
fonctionnent actuellement dans le monde.
On veut
décentraliser parce que les besoins des gens sont différents, parce qu'à l'intérieur d'une région on a des
caractéristiques particulières. Et on a besoin d'avoir aussi la grande
contribution des groupes communautaires, qui jouent un rôle exceptionnel dans l'équilibre et
dans la performance du soutien en santé et en services sociaux, et ces gens-là
vont se sentir complètement mis de côté, très
éloignés du processus de décision. On se rend compte qu'à Longueuil, en Montérégie, actuellement, il y aura un seul CISSS,
le ministre a évoqué la possibilité qu'il en fasse peut-être deux, mais… 1,5 million de citoyens dans un seul centre
intégré en Montérégie, entre Vaudreuil et Contrecoeur. Alors, vous imaginez
un citoyen qui veut essayer d'avoir un lien
avec sa structure administrative pour faire avancer
un dossier? C'est énorme, c'est
mégastructure. C'est impossible, dans le fond, de faire entendre sa voix
rapidement, à tout le moins, et peut-être même de
la faire entendre tout court.
Donc, la
centralisation, clairement, ce qui a été également évoqué comme préoccupation,
c'est la grosseur des conseils des
médecins, dentistes et pharmaciens, ce qu'on appelle les CMDP. Alors, il y aura
des CMDP qui vont contenir
jusqu'à 2 000 médecins, et ce qu'on voit, à ce moment-là, c'est qu'il
faut qu'on standardise les pratiques. Donc, il va y avoir énormément de temps
passé à travailler sur la standardisation des protocoles.
Vous savez, quand on rentre à l'hôpital, il y a
des protocoles. Quand on fusionne deux, trois établissements ensemble, il faut qu'il y ait une standardisation
de ces protocoles-là. Les médecins, par exemple, du CHUQ, à Québec, sont venus parler du temps qu'ils avaient mis… Ça
fait deux ans et demi qu'il y a eu une… on a forcé une réforme… une fusion c'est-à-dire, pas forcé, mais on a… Il y a eu une
fusion, et 1 600 médecins ont mis deux ans et demi, ils disent…
à peine… Ils ont supplié le ministre de ne
pas leur imposer une autre réforme, parce
qu'ils ont dit : Écoutez, on en sort à peine, là. On veut donner continuellement les bons
soins aux patients, mais en plus on a un travail supplémentaire à faire
avec ces fusions. Donc, vraiment, une préoccupation importante.
La FADOQ, la
Fédération de l'âge d'or
du Québec, est venue nous dire que le projet centralisait le pouvoir sans
prévoir de processus décisionnel local, et elle l'a déploré très fortement.
Alors donc,
centralisation, bureaucratie. Alors, comme tout va retourner au gouvernement,
au ministre, c'est sûr qu'il va y avoir énormément de paperasse. On
prévoit des économies d'emploi. Je pense que le chiffre qui a été évoqué,
d'avoir une centaine de cadres seulement qui vont être rapatriés, sur les
1 300, qui vont être rapatriés à Québec, au gouvernement... je pense que, rapidement, on va
avoir à réembaucher d'autres personnes pour travailler, pour accueillir tout ça. De sorte que les économies du projet de
loi n° 10, qui sont essentiellement, en fait,
deux choses… Il y a 220 millions qui est évoqué comme économie potentielle, je vous dirais que, là-dessus,
c'est du temps de personnel, c'est de la rémunération de personnel, et un 20 millions en santé publique, je vais revenir à la santé publique tantôt, mais, le
200 millions en ressources humaines, on est loin d'être sûrs que ça va être au rendez-vous.
Il est certain qu'il va y avoir énormément de
personnes qui vont devoir être mises à contribution. Mais, au lieu que ce soient des gens qui travaillent dans les
régions, qui étaient aussi des forces vives dans les territoires du Québec…
Et ça, on l'a… Mes collègues qui sont en
région ont aussi évoqué qu'il y avait, dans ce projet
de loi, des pertes d'emploi de
haut niveau à travers toutes les régions. Et donc on perd ces emplois-là, on les reconcentre tous à Québec, donc des
difficultés importantes à ce niveau-là.
Dans le
budget, plusieurs ont demandé au ministre un estimé des coûts de transition, et
on n'a pas du tout ça. Donc, le 200 millions, il est très
arbitraire. C'est un 200 millions vraiment grossier, pour dire : Il va y
avoir, finalement,
de l'attrition, des postes qui vont être
abolis progressivement. Mais tous les coûts de changement n'ont pas été
évoqués, et ils vont être nombreux,
ne serait-ce que dans la papeterie, dans tout ce
qu'il va y avoir à être changé partout,
dans toute l'organisation, les structures, les locations de locaux.
C'est incroyable. Les accréditations syndicales vont également devoir être
changées.
Alors, vous
imaginez l'énergie — et c'est
ça que les gens sont venus nous dire — qui va être mise à une fusion, alors
qu'on a besoin de mettre cette énergie-là à
l'accessibilité aux soins?
Les gens nous ont parlé de différentes
priorités — on
va essayer d'être positif. Et donc ils ont dit :
Oui, on est d'accord pour que le
gouvernement donne… le ministre donne les orientations. Tout le monde est
d'accord pour ça. Mais il y a une deuxième obligation qui va avec les orientations, et c'est
d'assurer l'atteinte des résultats. Et trop souvent, dans notre système, on a mis des structures, on a même
mis des balises, et on a mis des objectifs à atteindre, et on ne s'est pas
rendu jusqu'aux résultats. Il faut changer
aussi la culture de dire qu'on donne tout de suite et qu'on n'attend pas que
les résultats soient là. Je donne
l'exemple de la Colombie-Britannique, où les
médecins ont des objectifs : par exemple, des patients diabétiques qui vont à l'hôpital cinq
fois dans l'année et qui n'atteignent pas leurs cibles, bien, le médecin doit
les accompagner, et souvent c'est avec des équipes d'infirmières, pharmaciens. Donc, ils ont
des... ils suivent ce patient-là, et
on finance au résultat. Donc, si, au bout d'un an, on a réussi à démontrer que
le patient est allé juste deux fois à l'hôpital
au lieu de cinq fois, si ses glycémies ont
été mieux contrôlées, là on donne la prime. Alors qu'au Québec,
on l'a bien vu, malheureusement, avec le
député de Taillon,
la prime est donnée au départ, et on n'a pas du tout de garantie qu'on a le
résultat. Alors, ça, ça a été rapporté
souvent comme un changement à apporter dans notre structure et dans les
modalités qui entourent la rémunération des médecins.
Beaucoup
de gens ont demandé clairement au ministre un plan de transition, et Mme Saint-Germain, la Protecteur du citoyen, y a fait référence, et elle a insisté,
et plusieurs autres groupes ont également insisté là-dessus. Quand on a une
réforme de cette envergure-là, il est certain que ça prend un plan de
transition. Il y a un jour où on va dire : On ferme l'agence et on va récréer notre conseil
d'administration avec notre CISSS, mais il va y avoir des gens qui vont devoir
quand même recommencer à travailler.
Et cette agence-là, comme je vous disais, elle ne sera pas fermée, elle va être
reconstruite mais avec une
méga-agence qui va être encore avec d'autres personnes. Ça va être très, très
compliqué. Et donc ça prend un plan de transition.
Ça prend un
plan de transition aussi pour tous les organismes qui actuellement se
référaient... soit qu'ils étaient autonomes
ou soit qu'ils se référaient à un CSSS et qui, là, du jour au lendemain, vont
se retrouver à devoir se référer à un centre
intégré de santé et de services sociaux. Donc, clairement, un plan de
transition, c'est essentiel. Et ça, ça n'est pas du tout, du tout présent, et je n'ai pas entendu le
ministre manifester d'intention d'ouverture par rapport à l'élaboration d'un
plan de transition.
Ce que des
gens sont venus nous dire aussi, c'est que, de travailler dans un grand, grand
groupe comme ça, il risque d'y avoir
une déresponsabilisation. Tantôt, je vous parlais des CMDP. C'est sûr que les
gens, les médecins qui travaillent dans
un hôpital, ils ont l'appartenance à cet hôpital-là. Quand on parle de groupe
communautaire, ils ont une appartenance à leur groupe communautaire. Si tout à coup ça devient quelque chose qui
couvre une région immense et qu'ils n'ont plus la structure de base qui
était les CSSS, eh bien, ils n'ont plus d'ancrage, ils n'ont plus de point de
référence avec leur système de santé. Et ça,
ça les inquiète beaucoup. Ils ont très peur de démobiliser leurs membres, ils
ont très peur que ça soit vraiment quelque chose qui fasse en sorte que les
gens se déresponsabilisent de toutes les contributions qu'ils ont à faire pour
le bon fonctionnement du CISSS. Des gens nous ont dit : Ça a pris
10 ans avec la réforme de 2003 pour qu'on puisse voir lever le travail des CSSS, et là on est rendus à recueillir
le bien de ça, et vous le laissez tomber, et vous repensez tout ça. Certains ont reproché au ministre, et je
le cite parce que c'est comme ça que c'était... il y a une pensée magique
face aux effets collatéraux de la réforme.
Alors, comme
je vous dis, il y a énormément de choses qui vont être touchées dans ces
fusions, mais il faut même penser que
les accréditations syndicales vont devoir être revues. Alors, ça nous donne une
idée de l'ampleur de tous les éléments non liés directement avec la
qualité des soins et l'accessibilité.
Il y a
certaines préoccupations qui demeurent également par rapport à certains
articles du projet de loi, et je vais en
lire quelques-uns. Par exemple, au niveau de la langue française, il y a un
article, l'article 65, qui dit : «Tout établissement doit élaborer un programme d'accès aux services de santé
et aux services sociaux en langue anglaise pour les personnes
d'expression anglaise à qui il dispense des services.
«Le programme
doit tenir compte des ressources humaines, matérielles et financières de
l'établissement. Il doit également
être approuvé par le gouvernement et être révisé au moins tous les trois ans.» Ça
existe déjà, ça. C'est exactement ce
qui existe déjà, donc l'accès en anglais à des services, mais vous noterez que
le mot qui est utilisé, c'est le mot «établissement». Et là on va fusionner une
quinzaine… peut-être 18, 20 établissements, et ça porte encore le nom «établissement». Alors, comment on va distinguer
quel est l'établissement à l'intérieur de l'établissement? Et, si c'est
un seul établissement, eh bien, ça veut dire que ça va être le
méga-établissement qui va devoir répondre à cette demande-là. Et le ministre, dans sa réponse aux questions, a
été habile parce qu'il n'a pas utilisé le mot «établissement», il a utilisé
le mot «institution». Mais, si le mot «établissement» reste comme il est
actuellement dans le projet de loi n° 10, on comprend,
et des groupes l'ont évoqué comme problématique, que ce méga-établissement-là
devrait offrir les soins en anglais
comme les établissements désignés actuellement. Alors, on voit que ça couvre
beaucoup, beaucoup, beaucoup plus
large. Donc, on aura besoin de revérifier tout ça et de faire reclarifier ça.
Mais les réponses du ministre en commission parlementaire n'étaient pas claires parce qu'il a utilisé le mot
«institution». Alors, ou bien il faudra changer «institution»... il faudra changer le nom «établissement», pour ce
méga-établissement, pour le mot «institution» ou bien il faudra, à ce
moment-là, faire, préciser des choses à ce niveau-là.
Il y a
également quelque chose qui a posé problème en termes de transparence. Ça a été
évoqué par Me Jean-Pierre Ménard, ça
a été évoqué également par le Protecteur du citoyen et ça a été évoqué par
plusieurs autres groupes, et c'est l'article 161 du projet de loi :
gouvernement peut, par règlement, prendre toute mesure nécessaire ou utile à
l'application de la présente loi ou à la réalisation efficace de son
objet.
«Un règlement pris en application du présent
article n'est pas soumis à l'obligation de publication ni au délai d'entrée en vigueur prévus aux articles 8 et 17 de
la
Loi sur les règlements; il peut en outre, une fois publié et s'il en dispose
ainsi, s'appliquer à compter de toute date non antérieure au 1er avril 2015.»
Alors, ce qu'on comprend
de ça, c'est que le projet de loi permettrait qu'il soit soustrait à la
publication des règlements. Je vais vous
dire, ça a l'air anodin peut-être pour les gens qui nous écoutent à la maison,
mais c'est très grave. C'est un
projet que tout le monde a dit… avoir été fait dans la précipitation. On l'a
dit, aucune consultation. Toutes les autres
réformes de la santé qu'on a eues ont fait l'objet de consultations qui ont
duré un certain nombre de mois. Ou, à tout
le moins, le ministre aurait pu rencontrer des groupes avant, faire des états
généraux, faire quelque chose qui aurait permis d'aller chercher un peu plus le pouls de ce que les gens du
réseau de la santé et des services sociaux perçoivent et vivent et ce qu'ils ont à apporter et il ne l'a
pas fait. Mais non seulement il ne l'a pas fait, donc, en consultations
préalables, mais là, on l'a vu avec
les 64 groupes qui sont passés, il y a eu énormément de préoccupations qui ont
été exprimées, de demandes de
modifications, d'amendements, de changements au niveau du libellé de plusieurs
articles, et là le projet de loi
n° 10 prévoit qu'il pourrait se soustraire à la publication, c'est-à-dire
que les modifications qui vont être apportées au règlement ne seraient
plus soumises… Après, il passerait directement à l'adoption et ne serait plus
soumis à la publication.
Ce que ça
dit, c'est qu'il y a une volonté du ministre de ne pas écouter les autres, de
ne pas entendre et de vraiment gérer
tout ça comme s'il était le seul à être responsable de tout ce système-là. Et
les gens lui disent : Attention, M. le ministre, c'est dangereux, tout ça. Il y a des choses que
vous pouvez ne pas avoir pensées, il y a des réalités que vous pouvez ne pas
connaître, en particulier au niveau des services
sociaux. La ministre déléguée est venue à plusieurs occasions également, mais je vous dirais qu'il y a quand même
des choses qui sont dans le projet de loi qui ne rassurent pas les gens.
Donc, la transparence, elle n'est pas au rendez-vous,
et la capacité de vouloir recueillir
des critiques, elle n'est pas au rendez-vous aussi, et, les indices qu'on aurait dans le projet de loi pour nous rassurer, on ne les retrouve pas. Et non seulement
on ne les retrouve pas, mais on retrouve le contraire, on retrouve des éléments
qui nous disent : On veut pouvoir contrecarrer
toute résistance, toute critique. Et, si on décide que, le règlement,
on va le modifier comme ça, ça sera comme ça, et personne d'autre n'aura le droit de le relire une dernière fois
avant qu'il soit adopté de
façon définitive. Et ça, c'est
vraiment, en termes de transparence… On a un gouvernement qui nous a annoncé de la transparence. Eh bien, c'est un bris important. Et, pour une fois, là, il a une occasion de nous
montrer qu'il va nous donner de la transparence, et on ne la retrouve pas. Et, comme je
vous dis, on retrouve même, étonnamment, cet article-là spécifiquement qui
dit : On peut court-circuiter le
processus de consultation, en
tout cas, de publication qui permet
encore une dernière chance aux gens qui veulent réajuster le tir sur les
modifications apportées au projet de loi.
Il y a également
des préoccupations dans le projet
de loi par rapport à une éventuelle
privatisation. Et là aussi le ministre nous a dit : Il n'en est pas question,
je veux un système public, on veut un système public, mais on
regarde… Et la FTQ l'a bien indiqué
dans sa présentation.
L'article 59, le 12e alinéa dit : «12° le
ministre est responsable de soutenir les
établissements dans l'organisation des services et d'intervenir auprès de ceux-ci
pour favoriser la conclusion d'ententes de services visant à répondre aux besoins de la population
ou, à défaut d'entente et conformément
à l'article 105.1 de la
Loi sur les services de santé et les services sociaux, de préciser la contribution attendue de chacun des établissements.» Alors, pour plusieurs,
il y a dans cet article-là une possibilité d'ouverture à des services au privé, et elle est
bien… elle est indiquée, là, le
potentiel est là. Donc, c'est la CSN — je
m'excuse, j'ai dit «la FTQ» — c'est
la CSN qui a manifesté de grandes préoccupations, et sa lecture est à l'effet que cet article-là pourrait facilement
permettre la privatisation de certains services en santé.
Donc, vraiment,
on doit être très prudents, et il n'y
a pas beaucoup de choses qui nous
rassurent dans cette… Dans tous les
petits écueils qui ont été soulevés, le ministre disait : Non, non, non,
ce n'est pas ça que ça veut dire. Mais c'est quand même ça qui était écrit
et c'est ça qui est encore écrit. Alors, on espère qu'il va avoir vraiment
l'ouverture. Moi, ce que j'entends de
sa préoccupation et de son ouverture, c'est beaucoup
plus des ouvertures de modification territoriale, géographique où on va couper un petit peu là, on va le réaménager là.
Mais des vraies ouvertures ou des vrais correctifs sur des articles du projet de loi qui sont
problématiques et qui laissent sous-entendre qu'on pourrait avoir des écarts au niveau de la transparence et au
niveau de la protection de notre système de
santé public… eh bien, écoutez, c'est problématique,
et ça, je n'ai pas entendu de correctif du côté du ministre
à ce niveau-là. Les gens nous ont dit également…
Donc, centralisation, j'en ai parlé un petit
peu; la bureaucratie, évidemment, comme tout va remonter principalement au gouvernement. Politisation. Alors, on l'a déjà
dit, le mot «ministre» apparaît plus de 100 fois, 102 fois, dans le projet de loi; le mot «patient», aucune
fois, et quelques fois le mot «usager».
Donc, là
aussi, dans tous les systèmes de santé des pays développés, on essaie de ne
pas politiser les systèmes de santé. Pourquoi? Parce que
les politiciens ont des mandats qui, en
général, sont autour de quatre ans, et les mesures qui sont performantes en
santé mettent beaucoup de temps avant de porter leurs
résultats. Alors, les mesures peuvent prendre
jusqu'à 10 ans, en santé publique, 15 ans avant qu'on ait un
impact. Par exemple, si on dit aux gens :
On fait une campagne pour la santé,
diminuer le tabagisme, on va avoir un impact parfois 50 ans plus tard. Or,
quand on politise un système comme
celui de la santé et des services sociaux, on incite les politiciens à mettre
des actions q