Agriculture, Fisheries, Energy and Natural Resources — 5 April 2016 (41st Legislature, 1st Session)
CAPERN 2016-04-05
Quebec — Committees
(Quinze heures trente-trois
minutes)
Président (M. Morin) :
Bon milieu d'après-midi, tout
le monde. Comme nous avons le quorum,
je déclare la séance de la Commission de l'agriculture, des pêcheries, de
l'énergie et des ressources naturelles
ouverte. Je demande à toutes les personnes de vérifier vos téléphones
cellulaires ou vos tablettes, tout ce qui fait du bruit.
La commission est réunie afin de poursuivre les consultations
particulières et auditions publiques dans le cadre de l'étude du livre vert
intitulé Orientations du ministère de l'Énergie et des Ressources
naturelles en matière d'acceptabilité sociale.
Mme la présidente, y a-t-il des remplacements?
Secrétaire : Oui, M. le Président. Mme Richard (Duplessis) sera
remplacée par M. Ouellet (René-Lévesque); M. Villeneuve (Berthier), par
M. Lelièvre (Gaspé); et Mme D'Amours (Mirabel), par M. Surprenant (Groulx).
Le Président (M. Morin) :
Merci beaucoup. Cet après-midi, nous entendrons Développement économique
Sept-Îles, qui sont présents, l'Institut du Nouveau Monde, la ville de Gaspé et
le Conseil du patronat du Québec.
Donc, je
souhaite la bienvenue à nos invités. Vous savez que, pour les fins
d'enregistrement, on vous demande de vous
identifier, et vous avez 10 minutes pour nous exposer votre point de vue
sur l'acceptabilité sociale. Donc, la parole est à vous.
Brouillette (Marc) : Alors,
bonjour, M. le Président. Mon nom est Marc Brouillette. Je suis le vice-président
de Développement économique Sept-Îles. Je vais immédiatement céder la parole à
M. Tremblay, qui va se présenter et partir le bal.
Tremblay (Russel) :
Donc, bonjour, M. le Président. Russel Tremblay, Développement économique
Sept-Îles. Je suis directeur adjoint et commissaire aux infrastructures
stratégiques.
D'entrée de jeu, on a fait un mémoire synthèse
d'un petit peu les deux mémoires qu'on a faits au cours de la dernière année, notamment sur le chantier de
l'acceptabilité sociale. On l'a bonifié avec les études stratégiques sur
les hydrocarbures. On avait parlé
d'acceptabilité sociale également dans les EES. Et ça donne à peu près neuf
recommandations.
La première,
le premier point, l'acceptabilité sociale, est-ce que c'est l'affaire d'un seul
ministère? Quand on parle de
l'acceptabilité sociale, c'est une multitude de ministères ou entités
gouvernementales qui sont concernés, que ce soit le MESI, le MERN, le MTQ, le MDDELCC, Santé, Société
du Plan Nord, dans le cas comme une ville comme Sept-Îles, Stratégie maritime, encore une fois une ville
comme Sept-Îles, et j'en passe plusieurs. Puis ça, c'est rien que les
entités qui sont provinciales. Quand on
intègre le municipal et le fédéral, ça en fait une multitude. Le problème dans l'acceptabilité sociale,
c'est : Quand on en a un, des maillons de la chaîne, qui ne fait pas son
travail, ça dérape souvent dans des dérives populaires. Donc, pour nous, c'est vraiment important qu'on ait un
document de référence commun, et connu de tous, et appliqué par tous. Donc, notre première
recommandation, c'est : Définition uniforme de l'acceptabilité sociale
prise en compte et appliquée par tous les ministères et intervenants
impliqués.
La deuxième
recommandation, c'est l'importance de la communauté d'accueil. Premièrement,
c'est qui, les experts du milieu? Pour nous, c'est assez clair, les
experts du milieu, c'est ceux qui sont imputables, que ce soit au niveau économique, environnemental, de la ville en tant
que telle. Donc, c'est les gens qui sont les experts du milieu qui
peuvent apporter un «input» qui soit
intéressant au niveau de l'acceptabilité sociale. Ça signifie aussi un partage
d'information depuis le tout début de chacun
des projets. Bien souvent, dans l'inconnu, c'est là que les tensions se lèvent
et se montent, et impliquer la
communauté d'accueil fait, pour nous, du sens d'être en priorité. Donc, la
deuxième recommandation : La communauté hôte d'un projet doit être
une
partie prenante en amont du processus de discussion entre le MERN et le
promoteur, ce qui facilitera une meilleure intégration des projets de
développement.
Notre
troisième point, puisque le BAPE est le gardien de l'acceptabilité sociale, on
sait... De toute façon, vous avez eu
déjà plusieurs présentations où c'est qu'on parlait souvent qu'il y a trois
composantes à l'acceptabilité sociale, soit
l'environnement, le social et l'économie. Ce qu'on se rend compte : quand
c'est les audiences du BAPE, c'est souvent des lieux de défoulement
populaire. Les impacts négatifs sont très bien documentés, les mesures de
compensation également, mais les impacts
positifs le sont beaucoup moins. Puis, quand on veut avoir vraiment une bonne
prise de vue d'un dossier en
particulier, c'est important d'avoir les deux côtés de la médaille. Donc, notre
troisième recommandation : Une refonte du BAPE est nécessaire afin qu'il prenne
en compte toutes les dimensions de l'acceptabilité sociale, qui devra
consulter et informer la population avec un panel d'experts des différents
ministères.
Notre
quatrième recommandation, nous, dans le débat de Mine Arnaud, qui a fait
beaucoup d'encre dans notre communauté,
on a eu un outil scientifique qui a été appliqué pour, disons, évaluer
l'acceptabilité sociale. C'est une grille d'analyse qui a été montée par
la Chaire d'éco-conseil de l'UQAC, où c'est qu'on a essayé de mettre ça de
façon scientifique, l'acceptabilité sociale,
en sachant que ce n'est pas une photo, l'acceptabilité sociale, c'est un concept
qui évolue. Et cette grille-là nous a permis
de vraiment... si on referait l'exercice à toutes les années, on peut voir
l'évolution de toutes les notions de
l'acceptabilité sociale, savoir où est-ce que le promoteur score, où est-ce que
le promoteur peut améliorer, ce que la population perçoit des efforts.
Donc, c'est un élément qui devrait être pris en compte lorsqu'on va mettre en
application l'acceptabilité sociale, de mettre des principes scientifiques.
Notre
cinquième recommandation, c'est un gouvernement proactif. Dans tout débat, il y
a des questions qui sont légitimes,
autant des citoyens que par des opposants systématiques, les questions sont
légitimes. Bien souvent, on va voir dans les médias des fausses vérités
ou l'utilisation du nom des ministères : tel ministère a dit ça, la Santé
a dit telle affaire. Malheureusement, ce
n'est pas les ministères qui ont parlé, c'est des citoyens. Si le ministère ne
répond pas, qui doit réagir? Est-ce
que le promoteur peut parler au nom d'un ministère? Il ne peut pas. Puis, quand
il se fait interpeller sur une
question de santé, le promoteur, il ne peut pas parler, les commissions
industrielles ne peuvent pas parler, les villes ne peuvent pas parler,
il y a juste la Santé qui peut parler. Quand il n'y a pas de réponse, qu'est-ce
qui arrive? Le vide se remplit. Donc, c'est
là qu'on voit où est-ce qu'il y a un soulèvement populaire, parce que les gens
vont commencer à avoir des craintes,
qui sont justifiées parce qu'ils n'ont pas les réponses. Ils vont essayer de trouver
des réponses où est-ce qu'ils vont
chercher de l'information. Bien souvent, ça va être sur Internet, sur Facebook.
On s'entend que, bien souvent, ce genre
d'information là fait en sorte qu'on part sur des mauvaises prémisses. On a eu
de nombreux exemples d'une dérive du débat dans notre région quand les
experts ne se sont pas prononcés, ce qui a le résultat que le débat s'est
transporté sur un débat d'émotions où
l'esprit de rigueur scientifique n'avait plus sa place. Donc, notre sixième
recommandation, c'est que le Québec s'est
doté d'une fonction publique performante, qui a le devoir de protection des
citoyens, d'assurer une pérennité économique et d'offrir un milieu sain,
rétablir les faits dans les plus brefs délais fait
partie de sa mission.
M. Brouillette (Marc) : Alors, je
vais assurer la suite, M. le Président.
Le Président (M. Morin) :
Allez, M. Brouillette.
M. Brouillette (Marc) : On l'a déjà
souligné à plusieurs reprises, autant au niveau de la présentation en commission parlementaire de la
Loi sur la Société
du Plan Nord ou les deux projets de
loi sur les mines, n° 79 et
n° 43, l'importance d'avoir un fonds de diversification économique. C'est
un élément indispensable, dans un contexte d'acceptabilité
sociale, de tout projet d'envergure,
notamment minier ou autre, qui peut se réaliser au Québec. Alors, c'est
un fonds, évidemment, qui va, je dirais, répondre à des besoins, souvent des
besoins au niveau des infrastructures pour une municipalité ou un milieu, à
diminuer l'impact négatif que peut avoir un projet dans un milieu qui accueille un investisseur, permettre aussi à une municipalité ou un milieu de se diversifier, de sortir d'un réseau mono-industriel. Bref, en bout de piste, à partir des redevances ou de retours qui pourraient être versés dans ce fond de
diversification économique là, notre
sixième recommandation, c'est la mise en place d'un fonds de diversification
économique et social par territoire
de MRC opéré notamment par un comité, ou l'équivalent d'un Comax, composé des
acteurs socioéconomiques des entreprises et des décideurs politiques.
Ce qu'il est
important aussi de souligner, et on l'a vécu malheureusement trop souvent sur
la Côte-Nord récemment, et je le dis,
là, de façon très, très sereine, il faut que l'administration, au-delà de nos
lois que nous avons, actuelles, fasse
en sorte qu'on écourte les délais auxquels sont confrontés les projets
d'envergure. Les investisseurs, la communauté, les gouvernements aussi,
il faut le dire, les élus, il faut trouver une façon de se rendre plus
facilitateurs au niveau du développement de
ces projets-là. Et ça, ça fait
partie malheureusement aussi de la question
d'acceptabilité sociale. Alors, dans
un contexte semblable, vous savez, les opportunités d'affaires, quand ça prend
deux ou trois ans à partir d'un projet qui est présenté devant le BAPE, il faut trouver une façon de réduire ça
pour que l'opportunité d'affaires demeure et qu'on ne perde pas
l'investisseur. Dans ces circonstances-là, notre septième recommandation,
c'est : Québec doit s'engager à diminuer
drastiquement les délais associés à des projets économiques et à renouer avec,
je dirais, un esprit de facilitateur au niveau du développement de nos
affaires.
La huitième recommandation, on est tout à fait
d'accord avec la mise en place d'un bureau de coordination des grands projets au sein du ministère. C'est
l'orientation 5, objectif 2, action 2. Évidemment, la difficulté
qu'on va avoir, c'est qu'il faut que ça soit fait de façon à être arrimé
avec tous les autres organes, et organismes, et bureaux qui vont exister : bureau de la commercialisation au
niveau de la Société du Plan Nord, les développements qui sont faits,
exemple, par Investissement Québec, les
développements qui sont faits par les ZIP, arrimé avec la Stratégie maritime,
arrimé avec la stratégie de développement de l'aluminium. Alors, il faut
que tout ce monde-là se parle pour que l'investisseur, la société, tout le
monde sache qu'il y a juste une porte d'entrée, qu'il n'y en a pas 12 000.
conséquemment à ça, ce qui est important, c'est qu'il faut que les gens au sein
du ministère, ce soient des gens qui accompagnent immédiatement tout
investisseur, c'est notre dernière recommandation, M. le Président. Ça devrait
compléter le 10 minutes.
Président (M. Morin) : Merci. Il vous restait 40 secondes.
Merci. Donc, M. le ministre, vous avez 15 minutes pour échanger
avec nos invités.
Arcand : Merci, M. le
Président. D'abord, bienvenue, M. Brouillette et M. Tremblay. Bienvenue. Et
j'ai lu évidemment avec beaucoup d'attention votre mémoire, et inutile
de vous dire jusqu'à quel point le développement économique, particulièrement à Sept-Îles, me tient à coeur. Alors, ça,
je pense que c'est... Je dis ça d'entrée de jeu. Ça me tient à coeur partout, mais disons que, pour des
raisons évidentes, la Côte-Nord, pour moi, revêt un caractère très important.
Maintenant,
sur la question de la diversification économique, je vous dirais, d'entrée de
jeu, que c'est un dossier, évidemment...
On est très conscient de la demande qui nous a été faite. On regarde
différentes avenues au moment où on se
parle, et donc je pense également que, sur la question des royautés, entre
autres, probablement qu'une
partie des royautés, ce dont on a discuté,
entre autres, avec les municipalités, devrait aussi, peut-être, servir au
niveau du développement économique. Il n'y a pas juste le gouvernement du
Québec dans ça, il y a les municipalités.
Mais moi,
j'aimerais vous poser la question, parce qu'on ne semble pas être au courant,
au ministère, de la grille scientifique
de l'UQAC dont vous avez parlé tout à l'heure : Est-ce que vous pourriez
nous donner quelques idées sur ce que c'est exactement pour déterminer
c'est quoi, l'acceptabilité sociale?
Tremblay (Russel) : En fait,
M. le Président, ils n'ont pas déterminé c'était quoi, l'acceptabilité sociale,
ils ont juste évalué toutes les facettes du
développement durable, et il y a plusieurs éléments. Donc, c'est vraiment un
exercice qui est très rigoureux. Chacune des
facettes d'un projet est analysée avec des cotations, comment que le milieu perçoit chacun des
éléments. Et après ça on prend des personnes qui sont neutres dans le débat et
on fait... C'est quasiment comme un ensemble de sondage où il y a tout le monde
qui doivent remplir ça. Et après ça on regarde les résultats.
Le promoteur
fait aussi le même exercice de son côté avec la grille, puis, bien souvent, on va voir
sa... un élément très visuel, ils
réussissent à mettre une forme de triangle, les trois éléments du développement durable. Puis c'est là qu'on voit si le promoteur se distingue ou il est juste
normal. Il respecte-tu juste les lois? Est-ce qu'il va plus loin dans certains secteurs? Et on voit la perception du promoteur versus la perception de
la communauté hôte. Donc, c'est là qu'on voit c'est quoi, les éléments à bonifier. C'est-u des choses
que le promoteur a faites mais qu'il n'a pas assez bien dites? Donc, on
se rend compte c'est où, le travail à faire.
Pour nous, ça
a été un document qui a été intéressant. Malheureusement, vu qu'il y avait eu
une certaine forme de dérive dans ce
dossier-là... Je crois qu'il aurait dû y avoir plus de place à cet outil-là,
mais c'est un outil, là, qui n'est pas unique
dans son genre dans le monde, là. On avait fait des recherches, là, vu qu'on
avait des gens qui étaient spécialisés là-dedans au Québec, on avait
passé par la chaire de l'UQAC. Mais on sait qu'il y a d'autres outils de ce
genre-là qui peuvent apporter une forme de
rigueur scientifique à l'acceptabilité sociale, ce qui fait quelque chose qui
est différent. Et ça pourrait être intéressant, là, de creuser plus loin
puis de l'enchâsser dans une loi.
Le Président (M. Pagé) : M.
le ministre.
Arcand : En tout
cas, je vous remercie beaucoup
de nous en informer. Puis on va certainement, au ministère, voir exactement comment cette grille-là peut être regardée. Et je vous remercie donc de nous sensibiliser à cet élément-là.
M. Tremblay (Russel) : Si je
pourrais ajouter, je pourrais vous...
Le Président (M. Pagé) : Oui,
M. Brouillette, allez-y.
Tremblay (Russel) : M. le
Président, je pourrais envoyer, au niveau de la documentation... déposer notre
grille qu'on a utilisée dans le dossier de Mine Arnaud.
Le Président (M. Pagé) : M.
le ministre.
Arcand : Bon. Merci.
J'aimerais juste qu'on revienne, parce que je pense qu'il y a un élément qui
est important dans ce dont on discute aujourd'hui, c'est tout ce qui
s'est passé dans le cas de Mine Arnaud. Je pense que c'est bien important qu'on revienne à ça, parce que c'est
clair qu'on en a parlé puis que ça a été un élément de discussion. Est-ce
que je me trompe en vous disant que, dans le
cas de Mine Arnaud, non seulement il y avait certains enjeux reliés à la
santé, là, et la question environnementale,
mais qu'il y avait même, au départ, certaines préoccupations sur le plan
économique, dans lequel on se
disait : Est-ce que ce projet-là est suffisamment bon pour la communauté?
Est-ce que, sur le plan économique, le
marché de l'apatite est assez bon, etc.? Il y avait des discussions. Est-ce
qu'au départ, même sur la question économique, je dirais, sur la rentabilité pour la communauté, sur ce que ça allait
créer comme emplois, etc., il y avait certaines questions qui étaient
posées à ce moment-là ou, d'après vous, c'était un enjeu qui était uniquement
environnemental?
Le Président (M. Pagé) :
M. Brouillette...
M. Brouillette (Marc) : En fait, au
fil...
Le Président (M. Pagé) : Ah!
M. Tremblay.
M. Brouillette (Marc) : M. le
Président, dans... Je suis M. Brouillette, M. le Président.
Le Président (M. Pagé) :
Oui, allez-y.
Brouillette (Marc) : Merci.
Au fil du dossier, l'économie a pris une certaine importance. Mais
initialement l'enjeu de taille a été un
enjeu environnemental, de santé, et ça, ça a été clair, notamment du côté des
groupes citoyens. Au fil du
temps — et, je
vous dirais, dans le cadre aussi du BAPE, on l'a vu — l'économie a pris une place... et les
circonstances ont fait que le côté économique a pris une place qui
n'aurait pas dû être, nécessairement. Et, encore aujourd'hui, la réalité, c'est que le dossier, d'un point de vue
économique, est encore omniprésent sur la place publique, notamment
compte tenu de la recherche d'un
investisseur, comme vous le savez si bien. Et il y a eu des informations — puis c'est un petit peu le point qu'on traitait — il y a eu des informations qui ont été
présentées et qui n'étaient pas exactes, mais qu'il n'y a personne qui a corrigé correctement le tir de la
part de ceux qui détenaient l'information. Et ça, ça a contribué à ne
pas aider l'aspect économique. Je vous le
résume, là, succinctement, M. le ministre, là, mais essentiellement je pense
que c'est vraiment le portrait, là, de la situation, qui a évolué,
évidemment, sur une période d'à peu près trois ans.
Le Président (M. Pagé) : M.
le ministre.
Arcand : O.K., mais, juste pour que je comprenne bien, les
enjeux, au départ, étaient... juste que vous me disiez quels étaient les
enjeux. Il y avait une question environnementale, il y avait une question de
santé, de dangerosité, là, de l'exploitation.
Brouillette (Marc) : Il y avait
une question de la qualité de l'air, M.
le ministre... M. le Président, excusez.
Le Président (M. Pagé) :
Allez-y, M. Brouillette.
Brouillette (Marc) : ...une
question de la qualité de l'air, la qualité de l'eau. Il y avait une question
aussi sur certaine fiabilité des
infrastructures qui étaient proposées par le promoteur qui a été mise en évidence, et la totale de ça dans un contexte
où il y a d'autres entreprises qui oeuvrent à Sept-Îles, l'effet cumulant...
culminant, excusez-moi.
M. Tremblay (Russel) : Cumulatif.
M. Brouillette (Marc) : Alors, M.
Tremblay voulait ajouter quelque chose, M. le Président.
Le Président (M. Pagé) : Oui.
Allez-y, M. Tremblay.
Tremblay (Russel) : À la
limite, au niveau économique, c'est plus au rôle du promoteur de faire ses
devoirs. Dans ce dossier-là, c'est sûr que
l'élément économique a été abordé, mais ce n'est pas le rôle de la
communauté, ce n'est pas le rôle de M.
et Mme Tout-le-monde de se positionner là-dessus. Le promoteur doit faire ses devoirs. Et nous,
comme communauté, si les investissements se font puis que finalement ils n'ont pas la même rentabilité, on a quand même les emplois, on a quand même les investissements qui vont être faits. Donc, ce n'était pas un... Ça a été amené comme
un débat où est-ce que c'était grave, la rentabilité, mais, dans le fond des choses, les données, disons, sensibles du
projet, donc, sont davantage
concurrentielles au niveau de l'apatite qui est dans le gisement, sa façon
de procéder dans le cas... Dans le temps,
c'était Yara qui était l'exploitant. Il
a ses façons de faire, qu'il n'a pas
à divulguer à tout le monde pour dévoiler son avantage concurrentiel
avec le reste du monde.
Donc, le point de vue économique, si le projet
est rentable ou non, on ne croit pas que ça fait
partie de l'acceptabilité sociale. En fait, les retombées
économiques dans la communauté, si, mais la rentabilité du projet, ça
n'en fait pas vraiment partie, selon nous.
Le Président (M. Pagé) : M.
le ministre.
Arcand : Je ne veux pas vous poser trop de questions
parce que je sais que mes collègues en ont, mais je
vous poserais comme question... Vous avez quand même été très dur en disant, entre autres : Écoutez, on a senti, même si le BAPE est un organisme sérieux, que, surtout au départ, là,
c'étaient des séances, vous avez dit, de défoulement populaire, où là, évidemment, quand c'est des
séances de défoulement populaire, c'est toujours un peu difficile
d'avoir, comme on dit, les vraies choses,
les vraies affaires. Et ma question est la suivante : S'il y avait eu au départ une étude d'impact indépendante, faite par les
différents ministères au sein du gouvernement, qui avait clairement déterminé les enjeux économiques, est-ce que,
pour vous, ça aurait aidé à avoir, à
tout le moins, un BAPE qui aurait été
un peu moins empreint de défoulement populaire, pour employer votre
expression?
Le Président (M. Pagé) : M.
Brouillette ou monsieur... M. Tremblay.
Tremblay (Russel) : C'est
sûr que, quand on... En fait, pourquoi qu'on fait les BAPE à cette date-là,
dans n'importe quel projet, c'est parce que l'ingénierie de
détail, ça coûte excessivement cher. Puis, si on est pour se positionner
pour dire non à un projet comme société,
ça serait plate pour le promoteur d'avoir à engendrer 60 %-70 % de ses frais pour avoir toutes les
réponses à toutes les informations. Ça fait qu'effectivement, oui, en
maintenant le BAPE à ce moment-là de chacune des étapes du projet, ça fait en
sorte qu'il y a des réponses qui sont plus vagues, parce qu'ils n'ont pas toute l'information détaillée, et ça finit par
dire : Bien, ils nous cachent quelque chose. Ah! ils ne nous ont pas
répondu là-dessus, donc probablement que ça va changer en cours de route.
Et nous, on travaille
en développement économique, on sait un petit peu comment ça
fonctionne, on sait que, même s'il y a
un BAPE qui est favorable à un projet, les ministères, ils ne se lavent pas les
mains, puis le projet peut aller de l'avant,
puis il peut faire les dégâts qu'il veut, puis il n'y a pas de suivi qui est fait
par la suite. Peut-être que l'élément de suivi est peut-être mis un petit peu moins en lumière de ce qu'on peut
penser dans l'imagerie populaire. Peut-être que ce serait intéressant de démontrer que le BAPE est
une étape à travers le processus, que le promoteur va être quand même suivi, on va avoir le respect de chacune des
normes et même aller au-delà. Peut-être que c'est un élément qui pourrait
être un peu plus, là, sorti.
Parce
qu'effectivement, là, des réponses qui n'étaient pas des réponses au BAPE, ça a
créé du tort. Puis je ne parle pas
nécessairement rien que du promoteur. Dans le cas de Mine Arnaud plus
particulièrement, au BAPE, on avait vu qu'il y avait plusieurs personnes de plusieurs ministères — je ne veux pas cibler personne en
particulier — mais qui
n'avaient été pas préparées à répondre aux
questions, et ça a... Tu sais, quand on voit les experts qui se font poser une
question par le public, ils disent : Je vais demander à mon expert
à côté, puis l'expert à côté dit : Je vais demander à l'expert à côté, puis l'expert à la fin, il demande à l'expert au
premier de dire : Peux-tu répondre, parce que moi, je ne la connais pas,
la réponse, puis ça fait la «loop»... Ça a
été dommage. Puis, s'il y a un élément que les opposants et les pour ont été
d'accord dans ce dossier-là, c'est de voir l'impréparation des experts qui ont
été invités, là, pour le BAPE pour Mine Arnaud.
Arcand :
O.K. Merci.
Le Président (M. Pagé) : M. le ministre, je pense qu'il y
avait deux de vos collègues, soit le député d'Abitibi-Est ou des
Îles-de-la-Madeleine... Lequel des deux? Député d'Abitibi-Est, allez-y.
Bourgeois : Oui. Merci, M. le Président.
Le Président (M.
Pagé) : Il vous reste 3 min 30 s.
Bourgeois : Merci, M. le Président. Justement pour faire... Un peu
dans la même lignée, vous parliez des éléments
qu'il faudrait considérer, toute la question évolutive d'un projet, bon, on
sait, en cours de route, puis c'est un des aspects quand on amène les gens à présenter leurs projets, à échanger.
Ça peut permettre aussi d'ajuster en fonction des attentes du milieu
hôte, la modalisation du projet en tant que tel dans sa réalisation, mais
également dans ses impacts auprès du milieu.
Donc,
le livre vert, dans ce qu'on recherche en termes d'acceptabilité sociale,
est-ce que vous le jugez plus adéquat, plus structurant que simplement
la démarche du BAPE, et comment vous le positionneriez un par rapport à
l'autre?
Le Président (M.
Pagé) : M. Tremblay.
M. Tremblay
(Russel) : C'est fondamental d'impliquer la communauté d'accueil. On a
eu un colloque, l'ADNPlanNord, à Baie-Comeau, là, il
y a quelques semaines, puis il y avait
un promoteur qui nous a donné un exemple d'acceptabilité sociale, puis j'ai trouvé ça vraiment... c'était une figure frappante. Il est arrivé, il avait sa page
titre en
anglais, il dit : Écoutez, moi, je suis
un francophone. J'étais dans mon bureau à Montréal puis je me
disais : Bon, bien, regarde, moi, je
vais aller faire une formation sur l'acceptabilité sociale; vu que je parle
français, je vais faire ma présentation en anglais, comme ça, là, tout
le monde va être content, les anglophones ne se sentiront pas lésés, tout ça.
Puis là il a dit : Par souci, là... qui
est anglophone ici? Il n'y a personne qui a levé la main. Là, il dit :
Vous savez, c'est ça, l'acceptabilité sociale. L'idée, dans mon bureau de Montréal, était excellente, mais je n'ai pas contacté le
milieu, je n'ai pas impliqué le milieu. Si j'avais connu le milieu
d'accueil, j'aurais su qu'il n'y a pas un anglophone à Baie-Comeau — en
tout cas, c'est entre parenthèses, il n'y avait pas d'anglophone. Donc, mon idée était superbonne, mais finalement, en
arrivant ici avec une présentation en anglais, je vous braque contre
moi.
Puis
eux, c'était Nemaska Lithium. Ils ont dit : On a fait beaucoup de consultations, on a demandé l'avis des gens dans
notre projet, mais on n'a jamais fait des vrais échanges, on a surtout donné de
la formation. On s'est rendu compte qu'après quatre ans on a perdu notre temps, puis
on a rechangé notre façon de faire, puis on a impliqué les gens dès le début.
Donc, ce que vous
faites dans le livre vert, si c'est une notion qui est bien ancrée, qui est
d'impliquer les communautés d'accueil... Parce que ce n'est pas nécessairement
la meilleure idée qui doit être appliquée dans chacun des projets, c'est l'idée
qui fait l'affaire du milieu d'accueil qui doit être mise en place.
Le Président (M.
Pagé) : Oui, il vous reste 50 secondes.
M. Bourgeois :
Oui, juste rapidement. Justement sur la notion de communauté d'accueil également,
la Côte-Nord est une grande région, comme la mienne, et, quand arrivent des projets
d'une certaine ampleur, et là je vais faire le parallèle avec le projet de la Romaine et Sept-Îles, est-ce que c'est la
région qui doit parler? Est-ce que c'est la localité, la MRC? Puis quel
niveau d'importance on doit attacher à chacun de ces acteurs-là par rapport,
exemple, au provincial?
Le Président (M.
Pagé) : En 15 secondes, M. Brouillette.
M. Brouillette (Marc) : Je vais répondre très rapidement.
C'est sûr que ce n'est pas toujours évident, là, vous en êtes conscients, vous
le vivez, et on le vit. Ce qu'on essaie de construire maintenant via la
création d'un comité de maximisation de
retombées économiques... celui-ci serait dans la MRC, actuellement, et couvrirait donc le territoire
de la MRC, mais on a des projets, évidemment, qui ont des retombées un peu
partout sur la Côte-Nord, il y a des gens de Baie-Comeau qui travaillent à la
Romaine, alors...
Président (M. Pagé) :
Je vous remercie, vous pourrez compléter, parce qu'on a déjà
écoulé notre temps. Donc, on va passer avec l'opposition officielle pour
un bloc de neuf minutes.
M. Ouellet :
Merci, M. le Président. Bienvenue à mes confrères du territoire de la Côte-Nord,
bien heureux de vous voir. J'aimerais vous
entendre sur quelques-uns des principes que vous avez énoncés. Vous avez parlé tout à l'heure puis vous avez soulevé un peu ce qui s'est passé dans le cas de la Mine
Arnaud , où est-ce que, dans la communauté ou à travers les différents
médias, il y avait des faussetés qui étaient véhiculées, et malheureusement des
organisations, ministères, comme vous avez nommé, n'avaient pas tenté de corriger
le tir.
l'intérieur du livre vert, le ministre propose qu'il y ait un agent de suivi
à l'intérieur du MRN pour accompagner le
promoteur. Croyez-vous que cet agent de suivi là pourrait être le répondant ou,
du moins, la courroie de transmission lorsqu'on perçoit dans la région
une fausseté, pour qu'elle soit adressée au ministère en question et pour qu'il
puisse effectivement corroborer ou, du moins, donner la bonne réponse?
Le Président (M.
Pagé) : M. Brouillette.
M. Brouillette (Marc) : C'est sûr que cette personne-là doit jouer son
rôle, mais elle ne pourra pas le jouer toute seule. Si cette personne-là est assise à Québec, n'est pas imprégnée du
milieu qui accueille l'investisseur,
oubliez ça. Il faut que cette personne-là
soit dès le départ... Puis c'est une de nos recommandations, il faut qu'il y
ait un accompagnement qui soit assuré
le plus rapidement possible, dans tout dossier, avec les gens du milieu, c'est
un effet combiné. Nous, on est capables
d'allumer des lumières pour s'assurer que l'information soit traitée, ce n'est
pas nécessairement à nous de le faire, c'est-à-dire
de traiter l'information, mais d'être en mesure de faire en sorte qu'il y ait
un porte-étendard dans le projet et qu'il assume à tout moment
l'évolution du projet.
sais, Mine Arnaud, là, c'est un autre exemple. Entre le moment où on a fini le
BAPE, à l'été 2013, et le moment où
le décret est sorti, un 19 mars 2015, où j'accueillais M. le
ministre... Tout le monde, de notre côté économique, on est contents le 19 mars. Mais pensez, là, à la
période qui a été vécue par la communauté pendant pratiquement deux ans
de temps, où on n'a pas pu savoir vraiment
qu'est-ce qu'il se passait. Et ça, ça a créé de l'émoi partout, à un tel point
qu'à un moment donné tout le monde était unanime, disait : Faites quelque
chose, que ça soit bon, pas bon, annoncez-le. Et ça, un agent devrait être en mesure de pouvoir dire à la
population : O.K., voici ce qu'il se passe, le BAPE est rendu là; il y a tel document qui s'échange, il y a telle
intervention que vous pouvez faire encore. Parce qu'il y a des
interventions peut-être qui peuvent être
faites encore par le public que, là, on ne pouvait pas faire, mais, au moins,
on avise le milieu, et ça, ça va alléger de beaucoup, beaucoup.
Pensez à
l'investisseur qui ne sait pas du tout par moments, pas toujours, mais qui ne
sait pas par moments, qu'est-ce qu'il se passe exactement dans ces différentes
enceintes là. Et ça, là, il faut vraiment, un, donner l'information, réduire
les délais. Ça, c'est deux de nos recommandations.
Le Président (M.
Pagé) : M. le député de René-Lévesque.
Ouellet : Merci. Donc, ma question : Est-ce que l'agent de suivi
pourrait faire ça avec le promoteur? Quand je vous entends, vous me dites qu'il faudrait plutôt avoir un agent
d'information qui ferait effectivement cette diffusion-là.
M. Brouillette
(Marc) : C'est un tout, M. le député, c'est un tout.
M. Ouellet :
C'est un tout.
M. Brouillette
(Marc) : C'est clair.
Ouellet : Vous avez parlé tantôt dans votre introduction de
l'importance de la communauté d'accueil, qu'elle soit complète par des
experts, qu'il y ait des gens autour de la table qui sont nommés et reconnus. À
l'intérieur de l'orientation 3 du livre
vert, on voit que le ministère veut produire de l'information plus accessible
et vulgarisée et qu'elle organise aussi des séances publiques de
rétro-information.
Bref,
est-ce que vous voyez cette communauté d'accueil soudée, c'est-à-dire que,
quand un projet commence, c'est la même communauté d'accueil qui suit le
projet, ou elle peut être variable, cette communauté d'accueil là, tout
dépendamment... Exemple, bon, on dit que c'est le président de la chambre de
commerce qui est là. Demain matin, la présidence
change, c'est une autre personne. Est-ce que vous voulez des individus
reconnus, dits experts ou des organisations dites compétentes pour
parler au nom de, dans vos communautés d'accueil?
Le Président (M.
Pagé) : M. Tremblay. Oui, allez-y.
M. Tremblay
(Russel) : C'est un peu des deux. C'est sûr que c'est important qu'il
y ait des gens qui soient imputables quand on parle, là, de ce que le besoin du
milieu est, quand on parle... que ça soit des développeurs économiques, que ça soit des gens en protection de
l'environnement, que ça soit la ville en tant que telle. C'est sûr qu'il
y a aussi des M., Mme Tout-le-monde qui doit
faire
partie comme... un petit peu comme les comités de suivi, là, qui
sont actuellement, là, imposés dans chacun
des projets miniers. On retrouve quand même une très grande majorité de
gens qui sont imputables et certains citoyens qui doivent appliquer, puis qu'il
y a un processus qui doit être aliéné.
Le problème
avec ça dans les dernières années, c'est que, bien souvent, c'est les
regroupements de citoyens qui deviennent
comme les porte-parole de l'environnement. Nous, on a une corporation
environnementale très dynamique sur notre
territoire, mais le premier réflexe des médias, dans tous les débats de projets
miniers, ou autres, ça a toujours été d'aller voir les regroupements de citoyens et non pas la corporation
environnement, qui a quand même des employés qui ont des formations de haut niveau en environnement, donc
qui sont capables d'analyser mieux les chiffres, ce qui fait en sorte
que, des fois, il y a des éléments qui sont
dits dans... C'est important que les citoyens puissent s'exprimer, mais
techniquement, des fois, c'est des experts qui devraient se positionner.
Le Président (M. Pagé) : M.
le député de René-Lévesque.
M. Ouellet : Vous avez parlé dans
une de vos recommandations qu'il y ait dans les projets des fonds de diversification. Ma question que j'aurais pour
vous : Est-ce que vous voyez que, pour chaque projet du MERN, donc,
il y aurait un fonds qui serait créé en
fonction de l'établissement même et de la réalisation du projet? Est-ce que
c'est ça ou que, dans la région, on
fait plutôt globalement : voici les projets qui sont susceptibles de se
réaliser, voici un fonds global par rapport à ces projets-là? Est-ce que
vous le compartimentez ou vous en voulez un tout global, plutôt?
Le Président (M. Pagé) : M.
Brouillette.
Brouillette (Marc) : En
fait, la présentation qui a été toujours maintenue jusqu'à présent, c'est
d'avoir un fonds qui est plus global
pour une région donnée, O.K.? C'est sûr qu'idéalement, après ça, on laisserait
au fonds, je pense, le soin de
déterminer. Si ça vise un territoire qui est beaucoup plus grand, on laisserait
au fonds, aux acteurs de déterminer la répartition de ces argents-là.
Parce que, si ça s'applique, exemple, comme on le prétend dans notre
recommandation, au territoire de la MRC et
que le projet est fait dans strictement une municipalité de la MRC, qu'il n'y a
pas de retombées ailleurs que dans
cette municipalité-là, alors on va laisser les gens qui vont siéger sur ce
comité-là déterminer la partition.
Là, ce qui est important, c'est de le mettre en
place, ce fameux comité de diversification là, parce que ça fait plusieurs années qu'on en parle et on ne voit pas
encore la couleur de ces argents-là dans le cadre d'un comité. Parce
que, pour nous autres, il aurait été utile récemment, là, dans la question
économique qui est vécue sur la Côte-Nord, pour permettre à tout le territoire d'utiliser ces argents-là pour contribuer
à une diversification, à garder des travailleurs qui ont dû quitter la Côte-Nord. Dans notre milieu à nous
autres, on a perdu un peu plus de 1 000 emplois dans l'espace de
18 mois. On aurait peut-être pu garder
ces gens-là, faire une formation différente, les préparer, exemple, pour
peut-être le projet de Mine Arnaud,
peut-être pour la phase III d'Alouette, peut-être dans d'autres
orientations, aider nos entreprises à prendre un virage technologique différent, à faire du maillage au
niveau de la transformation de l'aluminium, etc. Vous voyez les opportunités.
Mais, à chaque jour puis à chaque heure qui
passe on n'a pas accès à ces argents-là, peu importe la couleur, là, issue
du gouvernement, c'est quelque chose, quant à nous, qu'on vit déjà depuis
plusieurs années et qu'il faut qu'on mette en place.
C'était d'ailleurs une des recommandations que j'ai faites comme président de
la chambre de commerce quand on a présenté la
Loi sur la Société du Plan
Nord. Il faut vite créer ce comité-là... ce fonds-là, en fait, excusez-moi.
M. Ouellet : Combien de temps?
Le Président (M. Pagé) : Il
vous reste 50 secondes, M. le député de René-Lévesque.
M. Tremblay (Russel) :
...information rapide par rapport à...
Le Président (M. Pagé) : Oui,
M. Tremblay.
Tremblay (Russel) : ...par
rapport, là, à une donnée vraiment cartésienne, il y a des chercheurs
australiens qui ont évalué que, pour des
retombées économiques, là, pour faire un comité de maximisation, c'est un rayon
de 70 kilomètres autour du
projet qui... ce sont eux qui ont les impacts les plus grands, puis c'est dans
ce rayon-là qu'on doit mettre des genres... des fonds de
diversification, dans un rayon de 70 kilomètres autour du projet.
Le Président (M. Pagé) : Il
vous reste 20 secondes, M. le député de René-Lévesque.
Ouellet : Rapidement, quand est-ce qu'on crée ce fonds-là, lorsque le
projet démarre ou lorsque les études commencent?
Le Président (M. Pagé) : M.
Tremblay.
M. Tremblay (Russel) : Quand les
investissements se font.
M. Ouellet :
O.K. Merci.
Le Président (M. Pagé) :
Alors, je vous remercie. Alors, on va passer à la deuxième opposition pour un
bloc de six minutes. M. le député de Groulx, la parole est à vous.
M. Surprenant :
Merci, M. le Président. Alors, M. Brouillette, M. Tremblay, bonjour. Alors, mes
questions vont aller dans le sens de
ceux de mon collègue, qu'il vient de poser, au niveau de diversification, mais
de la création d'un fonds, en fait, là. Alors, oui, la diversification,
mais ma première question, elle serait au niveau de l'investissement que les entreprises vont faire pour donner une qualité de
vie à la communauté puis pour... Alors, comment ça fonctionne en...
Est-ce que les entreprises devraient être
tenues de verser un montant qui est une quote-part des revenus qu'ils vont
tirer ou des matières qu'ils vont
extraire du territoire? Est-ce que vous auriez des critères à suggérer pour
s'assurer que l'argent vienne?
M. Brouillette (Marc) : Moi, je pense
que c'est une partie... l'approche qui a été développée au fil de la présentation qu'on a faite, c'est une
partie des
redevances qui devrait être retournée par le gouvernement à la création
de ce fonds-là, ou de demander, sans nommer
l'exemple qu'on a, une aluminerie qui contribue à un fonds qui est
québécois actuellement, qui... de ces
argents-là, on pourrait prendre une
partie et la retourner dans le fonds de
diversification régional ou local. Ça, c'est deux exemples concrets
qu'on vous soumet.
Alors, il y
aura, je pense, autant de possibilités d'avoir des sources d'argent qu'il y a
de programmes qui existent. Parce qu'à un moment donné on sait que ces
argents-là servent aussi... les redevances servent aussi à d'autres fins.
Essentiellement, là, deux exemples concrets que je viens de vous donner
pourraient contribuer à le créer.
Vous savez,
dans les meilleures années, là, sur la Côte-Nord, au niveau minier, il sortait
entre 200, 250 millions. Retourner
un pourcentage minime de ça nous aurait permis, nous autres, de réaliser...
exemple qu'on donnait, d'avancer tranquillement le gazoduc sur la
Côte-Nord, qui nous aurait permis de faire quoi? De la deuxième transformation
sur une période de peut-être 10,
12 ans, un peu ce que les gens de Terre-Neuve ont fait avec la
Trans-Labrador Highway sur une période de 15 ans à coups de 10, 15,
20 millions. C'est un petit peu l'exemple que ça peut vous donner.
Le Président (M. Pagé) : M.
le député de Groulx.
Surprenant : Est-ce qu'il y a déjà eu des tentatives, quand même, par
le passé de s'assurer d'une diversification du territoire en demandant
aux entreprises de contribuer? Là, je sens qu'on veut le faire, mais il y a
sûrement eu des tentatives ou des expériences passées qui ont été faites?
Le Président (M. Pagé) : M.
Brouillette.
Brouillette (Marc) : Bien,
il y a eu effectivement des démarches, mais, pour obtenir comme... Je ne veux
pas dévoiler de secrets d'État, là, mais, dans le cadre d'un projet qu'on a
actuellement, si le projet se réalise, il y a une possibilité que l'investisseur puisse mettre des argents, ou une
participation dans un fonds, ou participer à un autre niveau au lieu de mettre l'argent dans ce fonds-là. Ça fait
que ça, c'est une façon de faire qui est actuellement débattue. Je vous
ferais le parallèle un peu : quand le gouvernement du Québec va octroyer
une tarification hydroélectrique, on a négocié des conditions qui permettent au gouvernement d'avoir certaines garanties au
niveau de l'emploi, au niveau donc de certaines retombées. C'est sûr qu'il y a des aspects qui seraient intéressants de
toucher, comme, on voit dans d'autres provinces, de ne pas avoir de «fly-in/fly-out» pour des
entreprises dans le cadre de l'opération, mais pas dans le cadre de la
construction, ou de faire en sorte... comme on a chez nos voisins de
Terre-Neuve, une obligation de faire de la transformation dans la province, ou
une partie, là, tout le moins, de la transformation, ou d'exiger un minimum
d'investissement dans la province sur
l'investissement global qui est effectué. Il y a aussi ces paramètres-là. Il y
a deux niveaux d'intervention possibles actuellement.
Le Président (M. Pagé) : M.
le député de Groulx.
M. Surprenant : Si vous parlez quant
au niveau d'investissement global qui a été fait, si on compare les entreprises d'exploration et d'exploitation,
l'entreprise d'exploration, elle va investir, elle n'aura pas de retour tout de suite. Donc, est-ce que vous serez quand
même enclin à suggérer qu'elles investissent aussi dans la diversification
d'économies, même si c'est simplement de l'exploration qu'elles font? C'est ce
que vous avez semblé dire tantôt.
Le Président (M. Pagé) : M.
Brouillette. M. Tremblay.
M. Tremblay (Russel) : Une
exploration, les dépenses sont beaucoup moins intéressantes que les projets de
construction et puis d'exploitation. Donc, je ne pense pas qu'au niveau de
l'exploration on serait là.
Mais un
élément qui est à considérer par
rapport à votre première question,
c'était la stabilité. La plupart des grandes entreprises préfèrent avoir un cadre stable, de savoir comment que ça va
coûter faire leurs projets. Donc, aller pièce à la pièce pour demander à chacun des donneurs
d'ordres : Est-ce que vous pouvez contribuer à la diversification
économique?, je pense qu'on risque de se mettre en porte-à-faux. On le sait,
avec les négociations autochtones, de notre côté, c'est : chacune des ententes qui est signée est la base de
l'autre qui suit. Ça crée un débalancement puis des mécontents tout le temps. Donc, imaginez un petit peu, là : il y a
une ville comme Sept-Îles qui réussit à avoir un fonds avec... si on
administre son territoire.
Arrive la ville à côté que la minière, elle, elle ne veut rien savoir. Ça va
encore créer de la jalousie. On est mieux
de mettre un cadre qui soit stable pour tout le monde, donc on sait
c'est quoi, les règles du jeu quand on va au Québec.
Le Président (M. Pagé) : Il
vous reste 30 secondes, M. le député de Groulx.
Surprenant : Dans la grille
dont vous faisiez allusion, là, on a réussi à la trouver, vous indiquez
un point : «[Favorise] la production et
l'accès à des biens et services de la plus grande qualité possible.»
Pouvez-vous expliquer ce que vous
voulez dire par ça? Parce que, les entreprises qui vont produire, il n'y a pas
de... L'acceptabilité sociale, c'est de s'assurer qu'ils ne fassent pas de dégât, là, dans la communauté
et puis... Mais de leur demander : Est-ce qu'ils produisent des
biens de la plus grande qualité possible?, je ne sais pas...
Président (M. Pagé) :
Malheureusement, le temps nous est écoulé. Alors, c'est tout le temps que nous avions pour cette présentation.
Alors, nous
allons suspendre pour un moment, je vous
remercie de votre présence, pour
laisser le temps au prochain groupe de prendre place. Merci.
(Suspension de la séance à 16 h 14)
Le Président (M. Pagé) :
Alors, nous allons reprendre nos travaux. Je vous souhaite la bienvenue. Vous
êtes le représentant de l'Institut du Nouveau Monde. Je vous invite à vous
présenter, et vous avez 10 minutes pour faire la présentation de votre mémoire.
M. Venne
(Michel) : Merci, M. le
Président. Je m'appelle
Michel Venne, je suis le directeur
général de l'Institut du Nouveau
Monde. Et je voudrais d'abord m'excuser de ne pas avoir fait parvenir notre
mémoire au préalable. Il vous sera acheminé avec toutes les références
et les annexes nécessaires dans les prochains jours.
L'Institut du Nouveau Monde, c'est une
organisation à but non lucratif dont la mission est d'accroître la participation des citoyens à la vie démocratique,
et, pour les fins du sujet qui nous occupe aujourd'hui, je mentionne
qu'on a organisé l'an passé, en collaboration avec l'UQAR, un colloque, un
forum public sur l'acceptabilité sociale, dont les actes ont été publiés. On a mené divers travaux sur ce sujet-là pour la
ville de Sept-Îles. Nous avons animé des rencontres publiques dans le
cadre de l'évaluation environnementale stratégique sur les gaz de schiste et
nous avons conduit, en 2012, une
conversation publique sur l'avenir minier du Québec, qui a fait ressortir les
attentes d'environ 500 citoyens que nous avons consultés, y compris des membres de l'industrie minière, en
matière d'acceptabilité sociale. Et c'est sur la base de ces différents
travaux que nous prenons la parole aujourd'hui.
Entre autres,
je souligne que la définition de l'acceptabilité sociale qui est retenue dans le
livre vert est celle qui a été proposée
il y a déjà quelques années par ma collègue la directrice générale adjointe de
l'INM, Julie Caron-Malenfant. Celle-ci
m'aurait accompagné volontiers si elle n'était pas présentement chez elle en
congé de maternité. Mais elle me souffle
un message : selon elle, il y aurait lieu de réviser légèrement cette
définition-là, entre autres en y introduisant la notion de démocratie,
et je vais vous expliquer pourquoi.
Les divers
travaux qu'on a menés ensemble au cours des dernières années nous invitent en
effet à mieux insérer les processus
destinés à mesurer l'acceptabilité sociale des projets dans le cadre des
institutions démocratiques existantes et des processus de décision collective portant, entre autres, sur l'aménagement
du territoire et le développement économique des régions. Je cite à cet égard une des conclusions de notre conversation
publique sur l'avenir minier : «La question minière ne peut être
abordée en vase clos. Le développement minier doit s'inscrire dans une vision
globale du développement. Logiquement, il
faudrait que les régions se dotent de plans de développement qui porteraient
aussi [sur les] considérations à long terme.
«La conception et l'adoption de ces plans à long
terme forceraient à mettre en balance les avantages et les inconvénients du développement minier dans une
région donnée, par rapport aux autres potentiels liés à l'utilisation du
territoire : forêt, agriculture,
tourisme, conservation, villégiature, et autres. Ils prendraient en considération
le point de vue éclairé des citoyens et l'impact des activités minières
sur leur qualité de vie, tant sur le plan social, économique que culturel.» Fin
de la citation.
Ce que nous
retenons de nos consultations avec les citoyens sur l'avenir minier, c'est que
l'acceptabilité sociale dépend de
l'insertion du projet concerné dans une vision plus globale de la région, qui
s'appuie sur l'histoire de cette région-là, sur ses caractéristiques sociodémographiques, sur l'état de
l'économie, le taux de chômage, et ainsi de suite. C'est sur cette vision globale que les citoyens veulent
d'abord être consultés puis pouvoir veiller, à travers des instances qui
leur sont familières, à ce qu'un projet particulier s'articule convenablement
avec le plan général adopté.
En ce sens,
l'intention du ministère de rendre plus transparents et plus participatifs les
mécanismes de planification et de
conciliation des usages dans les plans d'affectation du territoire public et de
les actualiser est une très bonne nouvelle, que nous accueillons favorablement, ainsi que l'intention d'assurer la
mise en place de processus prévisibles d'information et de consultation
à toutes les étapes d'un projet. Ce sont de bonnes nouvelles.
Nous accueillons
favorablement des éléments du livre vert. Cependant, il y a deux ou trois
choses sur lesquelles j'aimerais insister et qui pourraient constituer des
améliorations à ce qui est proposé.
Le livre vert
devrait être plus clair à l'égard des pouvoirs locaux. Si le ministère est le
gardien des territoires, les municipalités
et les MRC peuvent prétendre la même chose, et c'est une lacune sévère du livre
vert de ne pas considérer le rôle des
municipalités de manière plus explicite. On a vu, par exemple, dans l'Est du
Québec des décideurs publics locaux réagir
de plusieurs manières aux contestations, à une certaine époque, de la filière
éolienne et intégrer dans la conversation locale et régionale ces projets, qui sont devenus pour plusieurs des
opportunités. Il y a des élus locaux qui
ont utilisé leur marge de manoeuvre, leur capacité d'intervention pour
maximiser les retombées économiques locales en devenant partenaires de certains
projets. Il y en a d'autres qui ont utilisé des outils réglementaires pour
encadrer ou établir des normes de localisation des équipements. Mais surtout,
dans le travail accompli par les acteurs publics locaux, on peut observer des arrangements originaux, qui montrent
leur capacité à traduire dans des normes, ou des lois, ou des
règlements, ou des pratiques les
représentations qui émergent de la discussion publique, que ce soit une
contestation ou que ce soit le discours des groupes dans cette
communauté-là.
Bref, les
élus locaux sont des agents de changement parce que leur action est intégrée à
la trame régionale. Elle tient compte
de l'histoire de la région, de son rapport à une industrie, des besoins variés
de la population, des conflits sous-jacents et du désir de satisfaire la
communauté de manière équilibrée, ne serait-ce que pour être réélus aux
élections suivantes. Ils jouent un rôle
important, et ce serait bête de ne pas s'appuyer sur eux. Alors, la motivation
est forte de bien faire, mais on ne leur donne pas toujours les moyens
d'agir.
Les élus locaux ne peuvent pas être considérés
comme des parties prenantes ordinaires avec lesquelles les promoteurs devront
avoir pris contact à travers un comité de liaison, comme le propose le livre
vert.
Le palier
régional de concertation — je me permets de le souligner — que constituaient les conférences
régionales des élus pouvait représenter
aussi un atout quant à la concertation sur des projets dont les impacts
dépassent les frontières des
localités. Bon, les CRE n'existent plus. Il faudrait peut-être songer à les
remplacer par d'autre chose, ne serait-ce que pour ces fonctions-là.
intentions du ministère, donc, sont bonnes. Les concepts clés sont dans le
livre vert : consulter en amont, assurer une bonne information à toutes les étapes, rendre des comptes. Je
souligne par contre que les mesures qui sont proposées sont des mesures volontaires, et nous aurions
souhaité, pour notre part, qu'elles soient plus contraignantes. Et ça
ressort de ce que les citoyens, les écologistes, les élus locaux et même des
gens de l'industrie nous ont dit lorsque nous avons consulté sur l'avenir
minier. Entre autres, dans l'industrie, on veut au moins deux choses : une
certitude quant aux exigences auxquelles on
devra se soumettre lorsqu'on développera un projet et, deuxièmement, une
application équitable des règles à l'ensemble de l'industrie.
Au-delà,
donc, de la question de la contrainte, il y a deux aspects fondamentaux qui
m'apparaissent importants de critiquer.
Le premier, c'est que la diffusion de l'information de même que la mise en
place d'un processus de consultation publique
relèvent, selon le livre vert, d'abord de la responsabilité du promoteur d'un
projet. Un promoteur peut, certes, établir
un dialogue avec les citoyens et les parties prenantes. Ces actions de relations
avec la communauté sont une bonne chose,
mais elles relèvent de pratiques de relations publiques, pratiques certes
légitimes mais qui ne peuvent pas remplacer les processus politiques ou
les institutions démocratiques.
Le livre vert
perpétue, dans ce sens-là, une pratique répandue, qui renvoie à une sorte de
négociation privée, entre le promoteur
et les parties prenantes, l'établissement de l'acceptabilité sociale d'un
projet, alors que l'effet de cette négociation aura des impacts sur toute la communauté, sur toute la région, dans
certains cas sur tout le Québec. La légitimité de ces négociations reste
toujours fragile, entre autres parce que le promoteur est juge et partie.
Le deuxième
aspect concerne le rôle même dévolu au ministère dans les processus
participatifs proposés. Je veux d'abord
rappeler une des conclusions de notre conversation publique sur l'avenir
minier : «La conversation publique a permis de déceler chez nombre de citoyens une méfiance, pour ne pas dire
une grande déception, plus grande à l'endroit de l'État même qu'envers les compagnies minières. Le message est assez
clair : Que l'État assume ses responsabilités! Fiduciaire des
ressources naturelles, c'est à lui de les protéger. Pour d'aucuns, le ministère
des Ressources naturelles et de la
Faune — à
l'époque — ne peut
pas à la fois agir pour protéger le territoire, l'environnement et les
citoyens, d'une part, et se faire le chantre et le promoteur de
l'industrie minière, d'autre part.» Fin de la citation.
D'une
certaine manière, le ministère est aussi perçu comme juge et
partie à cause de
son rôle de promotion du développement économique, ce qui n'est pas un
tort du tout en soi, mais il y a une sorte de confusion des rôles quand on est à la fois promoteur de quelque chose et en
même temps qu'on est le responsable d'un processus consultatif où la neutralité est quelque chose d'important. Il nous
est arrivé à plusieurs reprises, dans d'autres contextes, de suggérer au
gouvernement de se doter de mécanismes de
participation publique qui puissent être utilisés dans tous les contextes
et servir à tous les ministères. On a créé le BAPE il y a une quarantaine
d'années. On était, au Québec, à l'avant-garde à cette époque. Depuis, on fait un peu de surplace. Mais depuis, aussi, on a
découvert l'impact des questions sociales sur les projets, on a découvert que l'acceptabilité sociale était
fondamentale. Les gens des milieux économiques réclament un bureau
d'audiences publiques sur les impacts économiques. Il y aurait peut-être lieu
de réviser cela et de s'en servir pour des projets locaux.
Et je conclurai, M.
le Président, en disant que le livre vert représente un pas dans la bonne
direction puisqu'il reconnaît le caractère
crucial de l'acceptabilité sociale des grands projets et qu'il amène le ministère
à développer une culture de la
participation publique. Il faudrait cependant retirer aux promoteurs la
responsabilité de la participation des citoyens. Il faut considérer le fait que le ministère peut
difficilement jouer lui-même deux rôles distincts. Le rôle des
municipalités et des MRC devrait être mieux
considéré et reconnu dans le livre vert. Et finalement je vous remercie
d'avance de penser à l'accompagnement non seulement des promoteurs dans les processus
participatifs, mais des citoyens. L'acceptabilité sociale est une
question de compromis au sein d'une communauté. C'est donc une affaire
politique.
Président (M. Pagé) : Merci bien. Alors, M. le ministre, pour
un bloc de 15 minutes, vous pouvez échanger avec M. Venne.
Arcand :
Merci infiniment, M. Venne. Bienvenue à cette audience de la commission
parlementaire. Évidemment, on a eu
l'occasion, je pense, de se côtoyer pendant de nombreuses années sur plusieurs
questions. Je me rappelle, entre autres, à l'époque du débat du gaz de
schiste, entre autres, où vous aviez fait... organisé, en tout cas, certaines
réunions de citoyens, etc.
M. Venne
(Michel) : Qui avaient été assez houleuses.
Arcand :
C'est ça. Ça a été très bien fait. Écoutez, j'écoutais beaucoup ce que vous
disiez. je dois vous dire que, tout
de suite je vous le dis en commençant, le rôle du ministère, ce n'est
certainement pas d'être le promoteur, c'est d'être un facilitateur, d'une part. D'autre part, je suis
tout à fait d'accord avec vous sur le rôle très important des municipalités.
Mais je me rappelle, entre autres, très souvent, quand il y a eu le débat, au
départ, du gaz de schiste, souvent les promoteurs allaient voir le maire puis ils disaient : j'allais voir le maire
puis quelques conseillers, et par la suite, bien, j'ai parlé au maire,
donc il est d'accord, donc la population doit être d'accord. On s'entend pour
dire que ça va bien souvent bien au-delà de ça.
Mais ce que je retiens de ce que vous me dites,
c'est que vous voulez des règles ou enfin, pour vous, il devrait y avoir des
règles plus contraignantes aux promoteurs ou dans le processus que l'on discute
actuellement dans le livre vert. Est-ce que vous pourriez me dire à peu
près ce que vous avez en tête comme règles plus contraignantes comme telles?
Le Président (M.
Pagé) : M. Venne.
M. Venne
(Michel) : En fait, c'est que le livre vert contient toutes les bonnes
suggestions, hein : consulter en amont,
fournir de l'information à chacune des étapes, rendre des comptes à la fin du
processus, s'assurer que l'information soit facilement accessible, dans
certains cas c'est au ministère qu'on attribue cette fonction-là, mais, bref,
toutes ces propositions-là pourraient
devenir contraignantes, c'est-à-dire que, pour obtenir un permis ou en tout cas
une autorisation, je ne me rappelle
pas des termes que vous utilisez, il faudrait que le projet soit passé à
travers une série de règles. Pourquoi? Je l'ai expliqué, il y a des raisons qui tiennent à la clarté du processus,
entre autres, pour les citoyens, mais ça vaut aussi pour les gens de l'industrie, de sorte qu'on serait
certains que tous les joueurs dans l'industrie passeraient par le même
processus, pas seulement ceux qui sont de meilleure volonté que les autres. Je
comprends que, dans des processus de politique publique, on aime bien — et on a raison de voir les choses comme
ça — commencer
par essayer d'inciter les gens à faire les
choses et puis, si, au bout de quelques années, on se rend compte que la bonne
volonté ne suffit pas, on peut légiférer, on peut réglementer, mais il
me semble que le temps serait mûr pour établir des règles claires.
Ensuite, parmi ces
règles-là, et je répète, elles sont pas mal toutes dans votre livre vert, mais,
au travers ces règles-là, il me semble qu'il
sera important d'intégrer le processus dans les processus politiques locaux ou
régionaux, surtout ceux qui sont liés à l'aménagement du territoire.
Parce qu'il y a une responsabilité des MRC en aménagement des territoires. On sait que les villes, en tout cas
si on en croit la FQM et l'UMQ, sont demandeurs pour... demandeuses...
oui, en fait, demanderesses... en tout cas
demandent plus de responsabilités et de marges de manoeuvre sur le plan de
l'aménagement du territoire. Elles demandent
aussi plus de marges de manoeuvre et plus de responsabilités en matière
de développement économique. Et il me semble qu'il n'y a pas d'intégration qui
est prévue, alors que je pense que les processus locaux et régionaux sont des
processus de compromis, de concertation, où on est capable de jouer certains
arbitrages qu'un ministère ne pourra pas faire, parce que justement il n'est
pas de la région.
Le Président (M.
Pagé) : M. le ministre.
Arcand :
J'ai regardé, lorsque j'étais ministre de l'Environnement, il y avait un
dossier qui était extrêmement litigieux,
et qui l'est d'ailleurs toujours, parce que j'ai vu ça aux nouvelles
aujourd'hui, le promoteur d'une mine de niobium, je pense, dans la région d'Oka, et à l'époque... je pense que c'est un projet qui date d'au moins 15, 20 ans, si ce
n'est pas plus. Et évidemment
tous les ministres de l'Environnement ont eu toutes sortes de difficultés
avec ce projet-là. Et, encore aujourd'hui, j'ai vu quelque
part que ce projet-là allait être
retiré. Parce que finalement il semble qu'il n'y ait pas, justement,
d'acceptabilité sociale, le promoteur a tout
de suite conclu qu'il n'y en aurait
pas, et il n'y en avait pas eu avec d'autres promoteurs également. Or,
il existe actuellement au nord de Dolbeau une mine de niobium ou enfin une
opération exactement similaire. Dans ce
cas-là, ça ne semble pas poser de problème. Dans le cas qui nous préoccupe, à
Oka, gros problème. Pourtant, c'est pas mal le même genre d'opération.
vous avez parlé, donc, d'insertion dans la région, que souvent la différence,
c'est l'insertion dans la région. Est-ce
que je me trompe, d'une part, en vous disant que plus on se rapproche des
grands centres urbains, plus l'acceptabilité sociale devient difficile, plus on s'éloigne en région, c'est un peu
plus facile, de façon générale? Je ne vous dis pas qu'il n'y a pas des enjeux puis des problèmes, mais, en
général, est-ce qu'on... Quand je regarde ces deux exemples-là, ce sont
des exemples qui m'indiquent qu'il semble y avoir une problématique d'approche
dans bien des cas.
Le Président (M. Morin) : M.
Venne.
Venne (Michel) : Une question de densité de population : plus il
y a de gens dans une agglomération, évidemment plus il y a de gens qui peuvent
ressentir différentes sortes d'inconvénients à un projet. Dans le cas de Mine Arnaud, par exemple, il y a des gens qui ne
voulaient pas de ce projet-là parce qu'il y avait je ne sais trop
combien de camions qui auraient passé sur la
rue pas loin de chez eux à chaque jour pendant x nombres d'années, ou il y
aurait eu des explosions répétitives
dans un site situé à quelques kilomètres à peine de la ville. Et, en effet,
j'ai entendu à Sept-Îles une dame dire : Écoutez, là, allez creuser
des mines au nord, mais laissez-nous le bord du fleuve, hein? Alors, en effet,
la proximité des centres joue un rôle.
Mais, vous savez,
l'acceptabilité sociale, ça dépend d'un ensemble de facteurs. Les gens qui
m'ont précédé parlaient d'une grille d'analyse, qui vous a été suggérée,
provenant de l'UQAC, il y en a plusieurs autres, grilles, qui existent — je
pourrai vous les acheminer, si vous le souhaitez, mais je suis sûr que les gens
de votre ministère les ont — mais
sauf que l'acceptabilité sociale, ça ne se fait pas en cochant des grilles.
C'est un phénomène intangible qui tient à tout un ensemble de conflits puis
d'histoires dans la région et qui tient aussi à toutes sortes de conditions.
Mine
Arnaud, au début, là, il y avait de l'opposition, entre autres, parce qu'il n'y
avait pas de chômage. Il y avait de
l'opposition à Sept-Îles aussi à des projets d'immeubles à logements parce que
ça allait cacher la vue sur la baie de Sept-Îles,
là, mais les gens n'avaient pas besoin de ces logements-là, ça allait bien sur
le plan économique. Et l'appui au projet a augmenté au fur et à mesure
que le chômage a augmenté.
Alors,
bref, c'est toute une série de facteurs qui n'ont rien à voir avec la qualité
du projet parfois. Donc, ce sont des circonstances. Et c'est pour ça que
c'est un arbitrage politique qui doit être fait. On ne peut pas le faire de
manière administrative. C'est vraiment un
jeu politique dans lequel il y a, bien sûr, les institutions, les institutions
qui doivent servir à faire des
compromis lorsqu'elles sont bien menées — et, en général, au Québec, on est
relativement bons là-dedans — mais ça joue aussi du débat public, qui, lui, est incontrôlable, en effet. Et
c'est pour ça que c'est une alchimie, et ça dépend... ça prend du talent politique pour assurer
l'acceptabilité sociale d'un projet lorsque ce projet-là crée des inconvénients
aux gens.
Le Président (M.
Morin) : M. le ministre.
Arcand :
Plusieurs personnes... ou enfin ce qui se dégage jusqu'ici, c'est que les gens
nous disent : Bien, écoutez, ce ne
serait pas mauvais d'avoir, finalement, deux étapes, à tout le moins,
c'est-à-dire d'aller en amont avec le projet,
analyser au départ l'aspect économique du projet, dans un premier temps, avec
un processus qui pourrait être public, donc,
et par la suite aller éventuellement au BAPE pour... et que ça permettrait, en
fait, aux promoteurs même de pouvoir corriger certains aspects du tir, à
partir du moment où il y a une première audience publique.
ne sais pas ce que vous pensez de ça, mais ce sont des choses qui semblent être
ressorties souvent ici, sur le fait qu'au
départ, s'il n'y a pas de viabilité économique ou d'intérêt économique ou les
citoyens trouvent qu'il n'y a pas assez de retombées économiques, bien, à ce moment-là, ça ne donne rien d'aller
plus loin. Parce que le projet va faire probablement comme ça a été le
cas à Oka, d'après ce que je comprends, là, et avoir... tout de suite le
promoteur a décidé de ne pas aller plus loin.
Alors,
je ne sais pas ce que vous pensez de l'idée d'aller à une, deux ou peut-être
même trois étapes, je ne le sais pas, mais pour pouvoir faire évoluer ce
projet-là.
Le Président (M.
Morin) : M. Venne.
M. Venne (Michel) : Écoutez, quand un promoteur a un projet en main, il y a eu découverte
d'un gisement, si on parle des mines, par exemple, ou il existe une
forêt qui pourrait être exploitée, ou enfin, bref, il y a une possibilité d'exploitation. Lui-même, j'imagine, calcule la
rentabilité d'un projet comme celui-là, il calcule ses coûts et... bon.
Et c'est clair qu'une communauté, elle
aussi, elle calcule ses coûts et ses gains. Et, en effet, les retombées économiques, c'est un des grands facteurs
d'acceptabilité sociale. Je l'ai mentionné pour Sept-Îles : plus le taux
de chômage a augmenté avec la fermeture de
certaines mines, à cause des changements dans le marché mondial du fer, plus
l'appui au projet a augmenté. Alors,
c'est pareil, dans n'importe quelle communauté, on va voir qu'est-ce que ça
nous rapporte, un projet comme celui-là. Et c'est vrai que c'est un
facteur important. Donc, vous n'avez pas tort en disant ça.
Deuxièmement,
tout ce que j'ai entendu chaque fois que j'ai fait des consultations sur des
questions comme ça, c'est qu'il était
préférable, y compris pour le promoteur, de faire des consultations le plus en
amont possible. Ça, c'est tout à fait vrai, et vous l'avez déjà noté
dans votre livre vert.
Le Président (M.
Pagé) : M. le ministre.
Le Président (M.
Pagé) : On va passer à votre collègue des Îles-de-la-Madeleine.
M. le député, il vous reste 4 min 30 s.
M. Chevarie :
Merci. Combien?
Le Président (M.
Pagé) : 4 min 30 s.
Chevarie : Merci. Merci, M. le Président. Merci de votre contribution,
M. Venne, c'est très intéressant. Si j'ai bien compris de votre
organisme, sur le concept d'acceptabilité sociale, puis vous me corrigerez si
j'ai une mauvaise lecture,
vous mentionnez, entre autres, que ce n'est pas l'acceptation passive d'un
projet par une majorité silencieuse ou encore
ça ne se résume pas par deux pôles, un pour, l'un contre, mais que ça met en
débat des valeurs, dépendamment des gens
de la communauté, des visions du territoire, ainsi de suite, puis ça exige la
mise en place d'un processus d'interaction entre les différentes
instances d'une communauté, les individus, ainsi de suite.
Donc, ce
n'est pas un concept qui est très facile à définir, je dirais, dans le cadre
d'une image ou de quelques mots. Mais j'ai retenu une définition de Mme
Corinne Gendron, de l'UQAM, que j'imagine que vous connaissez, qui est professeure-chercheuse, qui, elle, dit :
L'acceptabilité sociale, ça égale un jugement populationnel. Partant de ça,
comment est-ce qu'on peut l'évaluer ou le qualifier, ce jugement-là?
Le Président (M. Pagé) : M.
Venne.
M. Venne (Michel) : L'acceptabilité
sociale, en fait, ce n'est pas si compliqué que ça, c'est : Est-ce que la
communauté en veut, du projet, ou si elle n'en veut pas? Hein, la définition,
ce n'est pas... on peut chercher midi à 14 heures,
là, mais, en gros, c'est ça : Le monde en veut-u ou il en veut-u pas? Mais
évidemment la question est de savoir qui
parle au nom de la communauté. C'est toujours ça, la grande difficulté. Et,
dans notre régime démocratique, on a des institutions démocratiques dont les élus sont des représentants de la
population. Et c'est une des raisons pour lesquelles je mentionne le rôle important que devraient jouer
les municipalités dans les processus, c'est qu'on a là déjà des gens qui
ont été élus dans un processus légitime et
qui ont la légitimité de représenter la population. Sauf qu'on vit dans une
société pluraliste, et il y a une certaine
méfiance envers les élus, et il y a des citoyens qui s'organisent, et
l'expression du point de vue de ces différents citoyens là est aussi
importante. Alors, il faut trouver le moyen de la laisser s'exprimer.
Et, pour
savoir ce que les gens, ce que la communauté pense, il faut capter toutes les
voix de la communauté, et puis ça
prend quelqu'un qui est neutre, qui n'a pas d'intérêt là-dedans, et qui va
porter un jugement sur ce qu'il a entendu, et qui va dire aux promoteurs ou aux élus : Écoute,
ce que j'ai entendu, là, ce n'est pas du tout accepté par la population, ou
encore ce serait accepté si on ajoutait les
conditions suivantes, ou encore qui dirait : Écoute, ça passe comme une
balle, ou qui dirait : Écoute,
c'est moitié-moitié, là, et là toi, comme élu, tu as une décision à prendre.
Mais c'est ce que le gouvernement fait à chaque fois qu'il reçoit un
rapport du BAPE.
Alors, c'est
ça qu'il faut, au fond, continuer d'instituer. Parce que, «anyway», on est loin
de partir de zéro, il y en a eu
plein, de beaux processus qui ont bien marché, mais il faut l'instituer, le
répandre, le rendre universel et puis considérer que c'est un processus
politique et non pas un processus administratif ni scientifique, cette
affaire-là. Ça tient dans l'interaction, puis je pense qu'on a tout avantage à
ce que ça passe à travers les institutions qu'on connaît déjà.
Le Président (M. Pagé) : M.
le député des Îles, il vous reste 30 secondes.
M. Chevarie : 30 secondes.
Bien, on sait tous qu'un projet de développement minier ou énergétique, il y a
trois dimensions : le volet économique, vous en avez parlé, le volet de
l'acceptabilité sociale, le volet écologique ou environnemental. Et tantôt, à une réponse au ministre,
je ne sais pas si j'ai bien compris, mais vous sembliez dire que le
volet économique est vraiment le facteur prédominant. J'aimerais ça vous
entendre là-dessus quelques secondes.
Le Président (M. Pagé) : Il
reste cinq secondes, M. Venne.
M. Venne
(Michel) : Ce que je veux
dire, c'est que c'est un débat extrêmement important, mais ce qu'on voit apparaître au cours
des dernières années, c'est les retombées ou les répercussions sociales des
projets qui montent en importance dans l'expression de ce que disent les
citoyens, et même au-delà des préoccupations environnementales.
Le Président (M. Pagé) : Je
vous remercie. Donc, on va passer, pour un bloc de neuf minutes, à l'opposition
officielle, M. le député de René-Lévesque. C'est parti.
Ouellet : Merci, M. le
Président. Alors, bienvenue, M. Venne. Je suis content de vous voir. J'avais eu
l'opportunité par le passé de déjà
travailler avec votre institut, avec Mme Baril, en question, avant d'être
député. Donc, je connais bien votre organisation et le genre de travail
que vous faites.
M. Venne (Michel) : Merci.
M. Ouellet : J'aurais quelques
interventions que j'aimerais vous entendre un petit peu plus là-dessus. En
acceptabilité sociale, on dit souvent : Plus on commence tôt, plus les
gens sont informés, mieux on peut répondre à une
panoplie de questions en amont. La question que j'ai pour vous : Est-ce
que, dans certains cas, plus on commence tôt... et, si les promoteurs
n'ont pas suffisamment d'information, est-ce qu'on n'est pas en train un peu de
biaiser le processus? Donc, si on a commencé
un petit peu plus tard, c'est-à-dire quand on n'a pas toute l'information, mais
une bonne partie, on pourrait faire un processus plus démocratique puis les
échanges seraient plus complets?
Le Président (M. Pagé) : M.
Venne.
M. Venne
(Michel) : Je pense qu'il
faut voir cette question-là comme devant s'insérer dans un processus qui
est continu, d'une certaine manière. Si on va très en amont, je l'ai mentionné
dans ma présentation, ce que les gens nous ont dit quand on a fait le tour des régions sur
l'avenir minier, c'est : Écoute, nous autres, dans notre région, là, on
devrait avoir un plan — d'ailleurs la plupart des régions en avaient
un — de
développement qui met l'accent sur telle ou telle industrie, sur telle ou telle activité économique,
sur la diversification, comme l'ont dit les gens qui m'ont précédé à
cette tribune tout à l'heure, et comment s'insère le minier là-dedans. Alors,
on part de là. Et là, ensuite, bien, c'est une conversation qui est continue entre les élus locaux, les élus régionaux,
les MRC, les entrepreneurs, les promoteurs, les explorateurs. Tous ces gens-là ont des relations continues, à travers la
chambre de commerce ou autrement. Et donc le processus, il est continu.
Alors, c'est
la même chose à partir du moment où le projet apparaît. Il peut y avoir... On
peut dès le départ dire : Bien,
on aurait un projet, là, d'une mine. Si c'est une mine à ciel ouvert, ça
implique évidemment un gros trou. Elle est située où? Ça, on sait ça. Tu sais, déjà on sait ça. Même si on n'a pas
tous les détails d'un rapport d'évaluation environnementale qu'on présente au BAPE, on a déjà des éléments
clés. On commence par le dire. C'est sûr que les entreprises sont
réticentes parfois, parce qu'il y a des questions de compétitivité, ou le
reste.
Et puis, au
fur et à mesure qu'on en sait davantage, on donne de l'information,
c'est-à-dire que... Et, en effet, tout au long de ce processus-là, c'est
itératif, comme on dit, il y a des allers-retours entre l'information qui est
disponible, les décideurs et la population. Et on évolue dans le projet au fur
et à mesure, mais déjà... Par exemple, à Sept-Îles, je suis persuadé que, dès
le départ, quand on a dit qu'il y aurait une mine à ciel ouvert à cinq
kilomètres du centre-ville de Sept-Îles...
Il y a des gens qui disaient que c'était à proximité d'une source d'eau. Je
n'ai pas la précision, mais enfin, bref, avant même d'avoir les détails
sur le contenu chimique du produit ou le nombre ou la densité de la poussière
dans l'air, il y avait certainement déjà des
opposants. Alors donc, ça permet quand même assez rapidement non seulement
de répondre à des questions, mais de voir
quelle est l'attitude de la population, de la communauté face au projet. Mais
on évolue dans ce projet-là.
Mais plus tôt
on commence, plus tôt le promoteur sait à quoi s'attendre. Dans certains cas,
il verra comment il peut améliorer
son projet. Dans d'autres cas, peut-être qu'il tirera la conclusion, comme à
Oka, qu'il n'y a rien à faire.
Le Président (M. Pagé) : M.
le député de René-Lévesque.
M. Ouellet : Merci. Dans votre
mémoire, vous parlez de l'importance ou du rôle, du moins, des élus dans le
processus pour... je ne veux pas dire favoriser l'acceptabilité sociale, mais
travailler à la mise en place du processus.
M. Venne (Michel) : Bien, pour
savoir...
M. Ouellet : Oui, allez-y... Non,
allez-y.
Le Président (M. Pagé) : M. Venne.
M. Venne
(Michel) : Non, mais, en
fait, c'est pour savoir c'est quoi, la décision qu'on doit prendre, en
fonction de la communauté.
M. Ouellet : O.K. Vous savez, les élus changent aux cinq ans.
Dans certains cas, on pourrait avoir un maire ou une mairesse favorable à un état de fait en commençant
le projet. Et on pourrait avoir un autre élu en cours de mandat, bon,
qui se présente et qui se positionne contre,
et effectivement, à bout de course, faire chavirer un peu
l'adhésion populaire, parce que celui qui était pour a maintenant
un adversaire qui se lance contre et, bon, qui gagne des suffrages. Est-ce que,
ça, vous voyez un enjeu, qu'un élu se positionne ouvertement et foncièrement en
accord ou en désaccord pour ce qui est d'un processus dit démocratique ou pour
et par les citoyens?
Le Président (M. Pagé) : M. Venne.
M. Venne
(Michel) : En fait, vous
voyez, dans le débat public, les élus ont comme un double rôle. D'une
part, vous êtes des hommes et des femmes
politiques. En fait, je devrais dire «des hommes» parce qu'il n'y a que des
hommes députés, je crois, autour de
la table. Alors, vous êtes des hommes ou des femmes politiques et vous avez des
opinions. Vous n'êtes pas allés en
politique parce que vous n'aviez pas d'opinion, vous avez un point de vue,
parfois une idéologie. Donc, il est normal que vous la défendiez et il
est normal qu'il y ait certains projets qui vous plaisent et que vous
souhaitiez les défendre. Et, dans le débat
public, vous vous exprimez, puis c'est normal, ça fait
partie des règles du
jeu, puis on aime ça, même, des fois, vous voir vous chamailler un peu.
Mais, au-delà
de ça, quand arrive le moment de prendre une décision, là il y a des processus
qui doivent être suivis. Pour adopter une loi ici, il y a un processus à
suivre, il y a des règles de procédure, il y a des délais qui sont impartis. C'est la même chose lorsqu'il s'agit de prendre
une décision au niveau municipal, il devrait y avoir des règles. Et,
quand on parle d'acceptabilité sociale comme
on le fait aujourd'hui et quand on dit : On doit se fixer des règles du
jeu, bien, il faut que ces règles du jeu là soient suivies par les élus,
même ceux qui ont des opinions.
Alors, comme
les élus ont des opinions, souvent, presque toujours en fait, c'est la raison
pour laquelle je disais dans ma
présentation qu'il serait intéressant qu'il y ait un tiers neutre qui puisse la
faire, la consultation. Parce que, si c'est le maire qui a déjà pris parti pour ou contre un projet qui mène la
consultation par lui-même, bien, évidemment, il va être pris en grippe
par le camp opposé, alors que, si c'est un tiers neutre qui mène la
consultation, légitime, un tiers neutre légitime,
eh bien, à ce moment-là, le résultat de la consultation sera clair. Le maire
demeure le maire : avec ses conseillers, il va prendre une décision dans son champ de
juridiction, et le ministre va prendre une décision dans son champ de
juridiction. Puis, au bout du compte, on va savoir s'il y a un permis, une
autorisation ou s'il n'y en a pas. Mais le processus de consultation, lui, va
avoir été crédible parce qu'il y aura un tiers neutre qui l'aura mené.
Le Président (M. Pagé) : M.
le député de Gaspé, il vous reste deux minutes et quelques secondes.
Lelièvre : Merci, M. le Président. Je salue M. le ministre et
l'ensemble des collègues de toutes les formations politiques. Bonjour, M. Venne. Il me fait
plaisir de vous rencontrer. J'ai lu beaucoup sur vous, je vous ai entendu,
mais je pense que c'est la première fois que j'ai le plaisir de vous voir en
personne.
M. Venne (Michel) : Ça me fait
plaisir d'être ici avec vous.
Lelièvre : Écoutez, j'aurais beaucoup de questions à vous poser, mais
la première, on n'a pas grand temps : Quand on parle
d'acceptabilité sociale, j'aimerais savoir le cadre de référence physique
applicable à cette notion-là. Je m'exprime... Je m'explique. Par exemple, au
niveau, disons, d'un projet pétrolier dans une région x et dans une municipalité x, pour un enjeu aussi important que
le pétrole, par exemple, selon vous, quand on parle d'acceptabilité
sociale, est-ce que l'enjeu en question ou
le type de ressource en question peut influencer le niveau territorial
d'acceptabilité sociale, donc viser un plus grand ou un plus petit
groupe d'acteurs?
Le Président (M. Pagé) :
M. Venne.
M. Venne
(Michel) : Oui. La réponse,
c'est oui. Par exemple, dans le cas du pétrole... Je vais prendre la
réponse autrement. L'acceptabilité sociale
commence, je dirais, au niveau national, c'est-à-dire : Est-ce qu'au
niveau national, tel type
d'industrie, on est pour ou on n'en veut pas? Dans les années 70, à un
moment donné, on a décidé qu'on ne ferait pas de nucléaire. On avait Gentilly, on a arrêté. On s'est tourné vers
l'hydroélectricité. Ça a été une décision qui a été prise au niveau
national, évidemment, par les institutions politiques, mais qui a fait
consensus. On a dit : On ne veut pas de nucléaire,
on s'en va sur l'hydroélectricité. O.K. À partir de ce moment-là, il y a une
sorte d'acceptabilité sociale au niveau national de la filière
hydroélectrique.
Dans le cas
du pétrole, je pense qu'on n'est pas encore rendu là tout à fait. C'est-à-dire
qu'il y a encore des grands débats sur la question de savoir si le
Québec devrait ou pas exploiter ses ressources fossiles, et, si oui, comment,
et, si non, pourquoi. Ça serait le fun de le
savoir aussi. Et donc le débat national n'est pas fini. Alors, inévitablement,
même quand il y a un enjeu qui est local à propos du pétrole, inévitablement le
débat va rebondir au niveau national parce qu'il y a des acteurs du débat
public national qui sont impliqués dans la discussion sur la question de savoir
si...
Le Président (M. Pagé) : Je
vous remercie...
M. Venne (Michel) : ...au plan
national, on est pour ou on est contre.
Président (M. Pagé) :
Je vous remercie. Alors, c'est ce qui complète le bloc. On va
aller maintenant avec la deuxième opposition pour un bloc
de six minutes. M. le député de Groulx.
Surprenant : Merci, M. le Président. Est-ce que vous voulez terminer rapidement
ce que vous étiez en train de dire? Je peux vous laisser 15,
30 secondes.
M. Venne
(Michel) : Oui, bien,
j'allais dire que... Mais par contre, une fois que l'acceptabilité sociale
existe au niveau national, il faut le vérifier au niveau local. Parce qu'il
y a d'autres enjeux qui se jouent, qui sont de l'ordre des répercussions de l'environnement local, de
santé, des questions sociales comme le logement, l'impact sur le
logement, l'impact sur les dépendances,
l'impact sur la délinquance, et ainsi
de suite, mais ça se fait au niveau
local à ce moment-là.
Le Président (M. Pagé) :
Allez-y, M. le député de Groulx.
Surprenant : Alors, peut
être local, mais, au niveau de la concertation régionale, vous avez mentionné
dans votre document qu'il faudrait revoir, en fait, l'effet de la
création d'une instance au niveau régional. Alors, on sait très bien que les CRE ne sont plus là. Bon. Alors, est-ce
que vous pourriez suggérer une façon de faire, qui soit la même dans
tous les cas, pour éviter justement, comme
on disait tantôt, que... si un maire a un intérêt, bon, il va prendre des gens
peut-être plus de sa vision, et donc,
pour éviter ça, créer une structure qui va faire en sorte que ce soit toujours
neutre? Auriez-vous une suggestion à faire?
Le Président (M. Pagé) : M.
Venne.
M. Venne
(Michel) : Là, il y a deux
aspects dans ce que vous dites. Quand j'évoquais tout à l'heure l'aspect
de la concertation régionale, c'est que,
souvent, les projets qui touchent les ressources naturelles touchent de grands
territoires, et ça chevauche plusieurs
territoires municipaux, ou en tout cas les impacts ou les répercussions vont
toucher toute une région. Et, dans ce
sens-là, le fait qu'il existait une instance de concertation régionale pouvait,
en tout cas, être un atout. Est-ce qu'il était bien utilisé ou pas bien utilisé? Ça,
on aurait pu faire une évaluation des CRE puis on l'aurait su. Mais
néanmoins je trouve qu'il y a un avantage
sur certains enjeux, surtout les territoriaux, d'avoir une instance régionale
ou palier régional où on peut se
concerter. Ça ne doit pas nécessairement avoir la même forme dans toutes les
régions. Montréal, ce n'est pas
pareil, puis Québec, et puis l'Abitibi, puis la Côte-Nord, là, on n'est pas
dans des univers similaires, mais l'idée d'une concertation régionale,
ça aide à voir comment s'insère un projet dans une dynamique régionale.
Par rapport
aux instances neutres de consultation, on a des exemples, le Bureau d'audiences
publiques, c'en est un, exemple, il
est consacré aux impacts environnementaux. Tout à l'heure, je pense que le
Conseil du patronat vient ici, il me semble
que le Conseil du patronat prône l'existence d'un bureau d'audiences publiques
sur les impacts économiques. Bien, pourquoi on ne fait pas tout ça dans
la même instance? Et pourquoi cette instance-là n'est pas appelée à intervenir
un peu partout au Québec sur des projets de grande ampleur? Mais on peut aussi
avoir des instances comme l'Office de consultation
publique de Montréal, qui est une instance qui fonctionne à peu près de la même
manière mais sur des enjeux montréalais.
On pourrait avoir la même chose au niveau soit de chaque région ou d'un
ensemble de régions, mettre à la disposition
des MRC ou des villes un instrument de consultation compétent, reconnu,
légitime, qui viendrait travailler sur leur territoire quand il y a un
projet.
Le Président (M. Pagé) : M.
le député de Groulx.
M. Surprenant : Au niveau des
particuliers, vous mentionnez qu'il faudrait penser à l'accompagnement non seulement des promoteurs, mais des citoyens qui
veulent participer en leur réservant des ressources, l'accès à
l'expertise à des guides et à des sources
d'information faciles à consulter. Au niveau de ces axes-là, donc de
l'expertise en particulier, ça peut
impliquer des coûts, à ce moment-là, de faire affaire... Alors, qu'est-ce que
vous verriez comme proposition qu'on puisse répéter partout au niveau du
support des gens pour...
Le Président (M. Pagé) : M.
Venne.
M. Venne
(Michel) : Ce que je dis là,
ça nous est venu des citoyens qu'on a consultés sur l'avenir minier, les
gens disaient : Écoutez, nous autres,
on est du monde ordinaire, là, on n'est pas tous des spécialistes en chimie et
on a besoin d'avoir accès à des
ressources. La meilleure façon d'avoir accès à des ressources, c'est de faire
ce que le gouvernement fait déjà,
mais de le faire peut-être un petit peu plus intensément, de s'assurer qu'il
existe dans la société des organisations qui sont spécialisées dans des questions comme celles-là et qui peuvent se
mettre au service de citoyens. Le Centre québécois de droit sur l'environnement en est un, peut-être
que M. le ministre a déjà eu maille à partir avec le centre, je n'en
sais rien.
Mais, cela
étant dit, mon exemple n'est peut-être pas bon, là, j'ai peut-être mal choisi,
mais il y a des organisations qui
existent, il s'agit de les financer, et puis, comme ça, des citoyens peuvent y
avoir recours pour avoir de l'expertise sur des enjeux très précis. Et donc les coûts ne sont pas si énormes. Mais
je pense qu'il est préférable d'avoir ça et d'avoir un bon processus participatif, que le coût d'un
projet qui était bon puis qui n'est pas réalisé à cause d'une contestation
mal fondée, ou d'avoir un projet mauvais qui est réalisé et qui a des
répercussions négatives par la suite.
Le Président (M. Pagé) :
1 min 15 s, M. le député de Groulx.
Le Président (M. Pagé) : Une
minute.
Surprenant : Merci. Donc,
vous parlez de financer ces groupes-là qui vont supporter des gens. Comment
on établit des règles claires de financement, que les gens sachent à quoi
s'attendre?
Le Président (M. Pagé) : M.
Venne.
M. Venne
(Michel) : Il s'agit
de les définir. C'est quoi, les mandats des organisations qu'on veut
financer? Et c'est ce que fait le gouvernement dans plein de domaines aujourd'hui. Si, par
exemple, le gouvernement décide de financer des entreprises d'économie sociale dans le
domaine de la gestion des services à domicile, bien, il établit des règles, des
contrats avec ces organisations-là. Ou alors on crée un programme de subventions avec des normes — c'est commun dans l'administration publique — et qui disent : Bien, voici, nous, on
est prêts à financer des organisations qui vont produire de l'information fondée sur des travaux
scientifiques, qui vont mettre à la disposition des groupes de citoyens des
scientifiques réputés, etc.
Surprenant : Donc, ma question, c'est que ce serait au gouvernement à
financer ça? On n'imposerait pas ça aux entrepreneurs, aux promoteurs de
projet qui mettent un montant pour subventionner les gens, là?
Le Président (M. Pagé) : En
quelques secondes, M. Venne.
M. Venne
(Michel) : Comme vous le
savez, le gouvernement n'a pas d'argent, il va toujours chercher
l'argent dans les poches de quelqu'un.
Alors, c'est à lui ensuite de déterminer de quelle manière il peut refiler la
facture dans le cadre de processus d'autorisation de projet ou
autrement, par la fiscalité ou par des taxes à payer.
Président (M. Pagé) : Je vous remercie, M. Venne. Et on va
suspendre pour un moment, laisser le temps au prochain groupe de prendre
place. Merci.
(Suspension de la séance à 16 h 56)
Président (M. Pagé) : Alors, à l'ordre, s'il vous plaît! Nous
allons reprendre nos travaux, chers collègues. Nous recevons, pour le
mémoire, la présentation, la ville de Gaspé. Je vous demande de vous présenter.
À partir de maintenant, vous avez 10 minutes pour présenter votre mémoire.
Merci.
M. Côté (Daniel) : Parfait. Je
me présente : je suis Daniel Côté. Je suis le maire de Gaspé. Je suis
accompagné de Jocelyn Villeneuve, qui est
directeur à l'urbanisme, à l'environnement et à l'aménagement du territoire de
la municipalité.
Merci, M. le Président. Merci, Mmes et MM. les
députés, M. le ministre, de nous entendre ici aujourd'hui. Je vais y aller
assez rondement. On aurait beaucoup de choses à dire, parce qu'on a vécu toutes
sortes de projets de développement
impliquant de l'acceptabilité sociale sur notre territoire, mais je vais
essayer d'y aller le plus rondement possible, puis ensuite on pourra
répondre, évidemment, à toutes vos questions.
Je vous
dirais, comme prémisse de base à la discussion qu'on va tenir ce matin... cet
après-midi, pardon, la question de la vision du territoire, la question
de la planification territoriale, donc les enjeux qui sont relatifs aux
pouvoirs municipaux, c'est quelque chose qui
va nous occuper beaucoup; aussi la nécessité d'avoir des cadres juridiques qui
sont les plus cohérents possible à tous les
paliers, que ce soit... — fédéral, ça ne nous concerne pas aujourd'hui, mais c'est
quand même derrière nous — il y a le provincial, il y a le
municipal — c'est
important d'être cohérent dans notre cadre juridique, on va vous le démontrer tout à l'heure — la nécessité d'avoir des pouvoirs
habilitants qui sont, oui, présents aux bonnes instances, mais aussi qui sont assumés par les paliers qui sont
concernés, par les types de développement; l'implication des acteurs à toutes les étapes des projets; et
également le maintien constant d'un équilibre entre les projets de
développement et leur milieu d'insertion. Donc, c'est ce qui va guider notre
présentation.
On va vous
donner deux exemples : d'abord, le développement éolien et ensuite le
développement des hydrocarbures.
C'est deux choses qu'on a vécues et qu'on vit sur notre territoire. D'abord, en
éolien, petit historique rapide : 2003, projet de parc éolien dans
notre municipalité. Au départ, le promoteur débarque avec son projet, présente
ça, boom!, petite bombe dans le milieu. Les gens sont tous contre : Il
n'est pas question de venir scraper notre paysage, blablabla. Toute la grosse
affaire. Ils ne s'installeront pas sur ma place de chasse — parce
que ça se passe en milieu forestier — et tout ça. Ça fait que, O.K., ça ne va pas
bien au départ. Bon. C'est mal reçu au départ. Qu'est-ce qu'on fait?
D'abord, il
faut savoir, la première chose, c'est que les municipalités étaient habilitées
de certains pouvoirs en aménagement
du territoire. Comment ça se transmet concrètement? C'est qu'on avait la
possibilité d'avoir des règlements de
zonage, d'établir du zonage. Donc, on avait la possibilité de faire des RCI,
qu'on appelle, un règlement de contrôle intérimaire, pour encadrer le
développement de cette industrie-là. Du côté de Gaspé, on a choisi la voie du
plan d'implantation et d'intégration
architecturale, qu'on appelle le PIIA. Qu'est-ce que ça mange en hiver?
Bien, ça vient dire qu'est-ce qu'on fait, comment on encadre le développement,
c'est-à-dire quelle distance séparatrice on met entre une éolienne puis la route, entre les éoliennes et les
maisons, comment on l'intègre, qu'est-ce
qui est permis, qu'est-ce qui n'est pas permis en termes d'aménagement
du territoire. Ça, c'est le rôle qui était consacré à la municipalité, et, du
côté de Gaspé, on l'a bien assumé, puis ce
qu'on a vu, c'est qu'à peu près partout où les municipalités ont bien assumé
leur rôle, les projets éoliens se sont bien implantés.
Vous allez me
voir venir dans mes conclusions assez facilement, vous allez voir, je suis
assez transparent. Voilà. Donc, une façon de le gérer pour améliorer
l'intégration, c'est que les pouvoirs soient le plus proche possible de la population. Quand une municipalité exerce ses
pouvoirs de zonage, bien, habituellement les projets s'implantent mieux
dans le milieu. Tu sais, une municipalité ne
mettra pas une usine lourde dans le milieu d'un quartier résidentiel, ça va de
soi. Donc, on fait notre zonage, c'est un pouvoir qu'on a reçu dans les
années 70, les municipalités, donc on l'exerce.
Ensuite, dans
le développement éolien, ce qui est arrivé chez nous, dans le parc éolien qui
est sur notre territoire, le BAPE se
penche systématiquement sur le dossier, une demande d'audience du BAPE qui a
été exécutée, effectivement les gens ont eu l'occasion de se faire
entendre, ils ont eu l'occasion de participer au processus. On a eu l'occasion,
via le processus de PIIA, qui implique aussi
la population, et via le processus du BAPE, d'entendre la population et de
tasser les irritants. Tu sais, on le voyait
au début, pourquoi les gens étaient contre, on disait : Bon, pourquoi? Ah,
j'ai dit «on», je n'étais pas maire à l'époque, j'étais simple citoyen,
je l'ai vu comme citoyen, se passer dans le coin chez nous puis personnellement
même, au départ, j'avais peut-être un petit préjugé contre, sauf que j'ai
compris les bons côtés des choses après,
puis ça, c'est important aussi. Mais, ceci étant dit, bon, le BAPE arrive, le
PIIA se fait, la population est impliquée,
on tasse les irritants, qu'est-ce qui ne fait pas l'affaire, bon, on était trop
proche de tel chalet, on était peut-être trop proche de tel site patrimonial, trop visible de la route, trop
d'éoliennes visibles de la route. Bon, on remodule le projet, on le refait en fonction de tasser les irritants,
avec, en plus de ça, l'autre volet, c'est les retombées économiques et
l'expertise.
Il y a eu, à travers
tout ça, l'implantation d'un technocentre éolien sur le territoire chez nous.
Mine de rien, c'est 25, 30 experts qui
débarquent, des maîtrises, des doctorats. Il y a un centre de recherche qui se
bâtit chez nous. Donc, on a accès aux experts qui sont dans notre cour, qui viennent faire
l'épicerie avec nous autres. Ça fait que c'est facile de leur poser des questions, c'est facile de les
voir, c'est facile de faciliter l'intégration quand tu as accès, quand tu as
une question-réponse qui est facile à obtenir. Tu as à peu près, quoi, 300
emplois qui ont été créés aussi dans l'industrie manufacturière locale, et avec des retombées qui dépassent le local,
évidemment. Puis tu as aussi des redevances qui sont versées au milieu.
Les redevances au milieu, c'est toujours facilitant en termes d'acceptabilité
sociale.
sorte qu'une fois qu'on a franchi toutes ces étapes-là il y a l'appropriation
citoyenne. Les citoyens qui, au départ, étaient irrités par ce type de
développement là... une fois qu'on a tassé les irritants, la population l'a
accepté. La population l'a accepté et non
seulement l'a accepté, mais est maintenant fière. À preuve, on fait une charte
des paysages. D'ailleurs, la première
charte des paysages municipaux, dans une municipalité du Canada, de tout
l'ensemble du Canada, ça s'est passé
chez nous il n'y a pas longtemps, concours, photos. Qu'est-ce qui ressort comme
paysages de choix? Les paysages avec
des éoliennes dessus, ça ressort. Donc, l'irritant est devenu une source de
fierté grâce à toutes ces étapes-là. Donc, c'est la façon dont l'éolien
a été traité chez nous.
Développement
d'hydrocarbures. Autre dossier, complètement autre dossier. En fait, pour se
localiser, il y a trois projets qui se
passent en Gaspésie présentement, on a le projet Bourque, qui est à à peu près
40 kilomètres de Gaspé, le projet
Galt, à une vingtaine de kilomètres du centre-ville, et le projet Haldimand,
qui est dans le centre-ville. Disons-nous les vraies affaires, là, peu importe ce qu'on dira, puis il y a une
lisière boisée qui sépare des maisons, on est à 350 mètres d'une maison. On est à deux kilomètres du
centre-ville. On est à 150 mètres d'un petit ruisseau qui va se jeter dans
une rivière à saumon de renommée
internationale, qui, la rivière à saumon, se jette dans une baie où il y a
toutes sortes d'espèces de baleines,
où on fait un développement touristique autour de ça. Bref, il y a tout ça. Pas
facile l'acceptabilité sociale quand le
projet se passe dans la cour des citoyens. On l'avait goûté avec l'éolien, il y
avait eu les ajustements nécessaires, mais, dans ce cas-ci, c'est
beaucoup plus difficile. C'est ça qu'on est venus vous témoigner.
Le pourquoi c'est
difficile? D'abord, le pouvoir habilitant, zéro pouvoir aux municipalités. Les
municipalités peuvent décider à peu près
tout ce qu'ils veulent en termes de zonage, on a une grande latitude, sauf le
développement des hydrocarbures. Comment
veux-tu... On dit : On ne peut pas mettre une industrie lourde dans un
quartier résidentiel, par contre un développement pétrolier peut se
faire dans un quartier résidentiel, pas de trouble avec ça.
Deuxièmement, la
législation date, la législation de base, là, le cadre législatif date de 1880.
Oui, il y a eu des ajustements législatifs avec le temps, un peu. Par contre,
le développement des hydrocarbures est très récent, et les ajustements législatifs n'ont pas encore été tout
à fait faits. Puis on a vraiment hâte d'avoir une
loi sur les hydrocarbures
à jour aussi là-dessus. La
Loi sur les mines
a été mise à jour, on aimerait bien que le cadre des hydrocarbures le soit
aussi. On sait que c'est dans les cordes du
gouvernement, mais ça cause toutes sortes d'incohérences quand tu as un cadre
législatif qui est dépassé.
Puis
je vais vous donner un exemple. Dans les processus d'approbation
environnementaux, un salon de coiffure qui
veut se ploguer sur une fosse septique doit avoir un certificat d'autorisation
du ministère de l'Environnement, mais ça ne prend pas de certificat d'autorisation du ministère de
l'Environnement pour forer un puits d'hydrocarbures en phase exploration. Phase d'exploitation, c'en prend un,
mais ça ne prend pas de BAPE. Ça prend un BAPE pour quatre éoliennes, 10 MW éoliens, ça prend un BAPE, mais ça n'en
prend pas pour faire une exploitation d'hydrocarbures. Ça fait qu'il y a
comme des incohérences là-dessus.
Autre affaire, les
EES sur les hydrocarbures, on était bien heureux de voir les évaluations
environnementales stratégiques, on l'a salué
puis on était très contents de voir que ça se développait, que ça se passait,
que le gouvernement, vraiment, faisait des grosses consultations
là-dessus. On en est ressortis qu'il y avait 25 études spécifiques sur
l'île d'Anticosti, il y avait zéro étude
spécifique sur le seul endroit où ça se fait en milieu habité, ce
développement-là. Gaspé, zéro, l'île
d'Anticosti, 25. 14 études spécifiques sur le milieu du golfe
Saint-Laurent, zéro, je le répète, sur Gaspé ou en Gaspésie, là où le développement se fait dans un
cadre particulier, le cas de Haldimand, où ça se fait en milieu habité.
On se dit : À quelque part, il y a une
dichotomie qui est importante, qu'il faut combler si on veut que les projets
soient acceptables socialement. Puis, ça fait quoi, ça fait tout près
d'un an, là, qu'on martèle la nécessité que le BAPE se penche sur ce dossier-là aussi. Et on l'a vu en éolien, le BAPE
a adouci les problématiques. Ça fait qu'on aimerait bien aussi que le
BAPE s'y penche. J'écoutais le précédent interlocuteur qui venait à peu près
mentionner la même chose.
Donc,
nos recommandations finales, ce serait grosso modo de suivre le modèle qui a
été bâti dans le développement éolien.
Deuxièmement... Bien, en fait, dans ce modèle-là, d'abord prévoir des pouvoirs
accrus aux municipalités. C'est-à-dire quoi?
C'est-à-dire des pouvoirs d'aménagement du territoire, des pouvoirs de zonage
qui nous permettraient de faire les meilleurs développements possible.
On va me dire : Ah oui, mais on ne peut pas déplacer un gisement. Dans
l'éolien non plus, on ne peut pas déplacer
un gisement de vent, c'est un gisement aussi, mais par contre on s'ajuste en
fonction de la présence de la population. On
pourrait faire la même chose en termes d'hydrocarbures aussi ou en termes
miniers : avoir des mécanismes de consultation comme le BAPE, avoir des
retombées économiques claires, de
l'expertise locale qui se développe, technocentre, par exemple, ou autres, et,
au final, on présume, si ça se passe comme dans l'éolien, au final on va avoir une appropriation citoyenne de ces
projets-là, que les gens vont en être fiers. Puis c'est ça qu'on veut,
que le développement se fasse comme il faut, qu'il se fasse avec
l'acceptabilité des citoyens.
Le Président (M.
Pagé) : Merci beaucoup. Top chrono, M. le maire de Gaspé.
Félicitations pour votre présentation, et vos belles photos nous donnent envie
d'aller chez vous!
M. Côté
(Daniel) : Bien, vous viendrez cet été, avec plaisir!
Le Président (M. Pagé) :
Absolument! Alors, M. le ministre, un bloc de 15 minutes pour échanger
avec le maire de Gaspé.
Arcand : Bien, d'abord, M. Côté et M. Villeneuve,
merci infiniment de votre présence ici. Je dois vous, dire d'entrée de
jeu, que vous avez couvert pas mal large, si vous me permettez l'expression,
parce qu'ici on n'est pas là pour
nécessairement changer la loi québécoise sur l'environnement, mais j'ai écouté
quand même avec beaucoup d'intérêt toutes les recommandations que vous
avez faites à ce sujet-là.
vous étiez capables, au départ, juste de me donner une mise à jour rapide, là.
Vous avez trois projets principaux : Bourque, Haldimand et Galt. Pouvez-vous juste me faire une mise à jour
de ce qui se passe actuellement au niveau de l'acceptabilité sociale?
Est-ce que ces projets-là avancent? Est-ce que ces projets-là ont de
l'acceptabilité sociale? Est-ce qu'il y a
des enjeux particuliers? Je vois qu'avec Haldimand vous semblez indiquer, là,
que c'est un peu proche, là, de la ville, mais juste pour me guider un
peu au départ.
Le Président (M.
Pagé) : M. Côté.
M. Côté (Daniel) : Parfait. En fait, le projet Bourque, on est à
40 kilomètres de Gaspé, 20 kilomètres de Murdochville,
25 kilomètres de Grande-Vallée. À vrai dire, on est dans le milieu du
bois. Des fois, je dis : On est dans le milieu de nulle part. Ce n'est pas nulle part, c'est dans le milieu de la
Gaspésie, mais on est vraiment très, très loin des populations. Enjeu d'acceptabilité sociale, c'est accepté. Je
ne peux pas vous dire le pourcentage, mais c'est accepté à un très, très
fort pourcentage. Galt est quand même plus proche de Gaspé puis, malgré tout, à
une vingtaine de kilomètres à peine du centre-ville,
peut-être une dizaine de kilomètres de la résidence la plus proche, tout près
d'une rivière à saumon aussi. Par contre,
il est loin de la population, donc les gens l'acceptent très bien aussi. On
entend très peu, sinon pas de critiques sur ce projet-là non plus. Haldimand, le dernier forage était à 350 mètres
d'une résidence. Ça, plus tu es proche de la population, on dirait que
plus l'acceptabilité sociale est difficile, puis ça va de soi.
Puis,
je vous dirais, j'ajouterais : Chez nous, l'acceptabilité sociale est
difficile par la population locale. Quand je regarde Anticosti, c'est un autre enjeu, l'acceptabilité sociale est
plus difficile sur Le Plateau—Mont-Royal pour Anticosti, je pense. Par contre, chez nous,
l'acceptabilité sociale, c'est sur le territoire où ça se passe. C'est là où
c'est vraiment différent. Puis on a
peut-être moins accès aux tribunes aussi, puis c'est peut-être pour ça qu'on en
entend moins parler, mais c'est
vraiment difficile, on le sent, chez nous on le sent, la population est
carrément divisée. On essaie d'essayer d'être rassembleurs là-dedans
puis de tasser les irritants, mais, quand tu n'as pas de pouvoir, quand tu n'as
aucun pouvoir comme municipalité, comment tu fais pour tasser les irritants? Tu
demandes aux responsables, à ceux qui
ont le pouvoir habilitant de les tasser, les irritants, mais ce n'est
pas simple.
Le Président (M.
Pagé) : M. le ministre.
Arcand :
Vous avez quand même... Les municipalités n'ont peut-être pas le genre de
pouvoir que vous voudriez avoir mais ont quand même un certain pouvoir,
d'abord, moral très important. C'est vous qui êtes... Les maires et mairesses
sont quand même très reliés, si on veut, à leurs communautés.
J'essaie juste de
concilier ces éléments-là de pouvoir. Parce que vous réclamez beaucoup de
choses, dans un premier temps. Puis vous dites : Écoutez, nous, on pense
que le BAPE, c'est une bonne affaire. On trouve que c'est important d'avoir un BAPE, etc. Par contre, dans
votre recommandation n° 4, vous dites : C'est très important
d'avoir des retombées économiques locales,
d'avoir une étude qui pourrait être faite sur les retombées économiques
locales. C'est un peu ce que le
ministère de l'Énergie semble proposer, de dire : En amont, avant même
qu'on fasse un BAPE, il serait peut-être
important d'avoir une étude économique qui va être faite avec les différents
ministères, sous l'égide, si on veut, du ministère de l'Énergie, dans laquelle on va être en mesure d'évaluer de
façon la plus objective possible si ce projet-là, sur le plan économique, peut faire du sens. Alors,
est-ce que ce rôle-là qui est attribué au niveau du ministère est quelque chose
sur laquelle vous êtes d'accord?
Le Président (M.
Pagé) : M. Côté.
M. Côté (Daniel) : En principe, je vous dirais que oui, oui, en effet.
Parce que c'est important de savoir toutes les retombées, parce qu'on ne peut pas juste focusser
sur le volet environnemental ni sur le volet social. D'abord, est-ce que
c'est des projets qui économiquement
rapportent quelque chose au milieu? Que ce soit en emploi, que ce soit en
expertise, enfin d'emplois reliés à l'expertise, ou que ce soit redevances au
milieu, ou peu importe, c'est très important qu'on se penche sur la question des retombées économiques, vous avez
entièrement raison, puis on est d'accord avec ça, puis ça, on l'a dit, dans une perspective de développement
durable, on ne fera pas le diagramme du développement durable, vous le
connaissez aussi bien que moi, là.
L'économie
doit se concilier avec l'environnement puis la population, puis l'acceptabilité
sociale est là. Le tout fait les
meilleurs projets qu'on peut imaginer. Donc, évidemment qu'on est d'accord avec
le volet économique, mais il faut aussi
que soient greffés le volet environnemental et le volet de l'acceptabilité
sociale. Est-ce qu'on est dus — je ne veux pas lancer la question
trop loin — pour
moderniser le BAPE pour qu'il inclue non seulement l'environnement, mais aussi
l'acceptabilité sociale, qu'il fait de plus en plus d'ailleurs, et le volet
économique? Peut-être que ça serait une instance de ce type-là qu'il faudrait
développer pour englober tout ça pour arriver avec le meilleur tout. Ça,
je plaiderais en faveur de ça sans problème.
Le Président (M.
Pagé) : M. le ministre.
Arcand : Bien, tout à l'heure,
je parlais de ça parce que je parlais de la mine de niobium à Oka, où le
promoteur ne s'est même pas rendu au BAPE
puisqu'il a vu rapidement, en faisant ses rencontres et ses analyses, et à
l'intérieur d'un processus, qu'il
n'avait pas besoin d'aller plus loin parce qu'il n'avait pas d'acceptabilité
sociale. Cette mine-là est située à quelques kilomètres du centre-ville
de Montréal, et je pense que c'est... Oka est à peu près à, je ne sais pas, une
trentaine de kilomètres, ou quelque chose
comme ça, déjà il est près de Laval, il est près de... Alors, vous comprenez
que, dans ce cas-là, il y avait véritablement une problématique.
Mais je
voulais quand même qu'on revienne sur le cas de Haldimand. Est-ce que, dans ce
cas-là, pour vous, c'est une problématique qui est quelque chose qu'on
peut contourner, qui peut être discutée, ou si c'est quelque chose que,
vraiment, là, il y a une problématique majeure sur laquelle il n'y aura à peu
près pas d'acceptabilité sociale?
Le Président (M. Pagé) :
M. Côté.
M. Côté
(Daniel) : Je pense que la
problématique est contournable, mais j'espère qu'il n'est pas trop tard
pour la contourner, parce qu'en fait il y a
eu des étapes qui ont été peut-être dépassées un petit peu trop vite. Il faut
agir en amont si on veut avoir une
meilleure acceptabilité sociale. Dans ce cas-ci, on ne peut pas revenir en
arrière, on ne peut pas refaire le passé, là, mais il y a eu quelques
lacunes, disons, sur les actes qui auraient dû être posés en amont pour
impliquer davantage la population. Puis en fait l'un des enjeux à la base de la
problématique de l'acceptabilité sociale, c'est le manque d'information. À la
base, dans une saine communication, ça prend de l'information, puis de l'information
impartiale, de l'information indépendante.
Je ne veux pas plaider pour l'industrie ou pour les industriels. Par contre,
je trouve qu'ils sont souvent laissés à
eux-mêmes en termes d'information. Puis, quand l'information émane de
l'industrie elle-même, bien, quelle
crédibilité les gens lui accordent? Ils vont dire : Bien, c'est sûr,
l'industrie travaille pour elle-même, elle
travaille pour sa poche. Puis c'est normal, tu sais, puis c'est sain, sauf que,
d'un autre côté, l'information indépendante n'est pas là.
En termes du
développement des hydrocarbures au Québec, jusque dans les années 90 on avait
la SOQUIP, qui était une institution
de l'État, donc qui avait, à quelque part, une certaine indépendance,
une certaine impartialité vis-à-vis le développement,
mais qui faisait quand même de la prospection, puis tout ça, mais pas
nécessairement avec le même intérêt pécuniaire que peut avoir une entreprise
privée. Donc, à quelque part, ce qui émanait
de la SOQUIP était plus indépendant, plus impartial, les gens pouvaient plus
s'y fier. Puis je ne dis pas qu'il ne faut
pas se fier à l'industrie privée, sauf que son intérêt, c'est des intérêts
pécuniaires. Puis c'est normal, c'est sain, on a le système capitaliste, c'est bien correct. Sauf que,
si on veut que les projets soient plus acceptables, si on veut les
rendre acceptables, il faut partager la
bonne information, il faut que les pouvoirs habilitants partagent
l'information avec le public et aillent chercher les consensus nécessaires pour
le développement.
On l'a vu en
éolien, je vous disais. L'exemple de tout à l'heure, on pourrait le voir aussi.
Dans le cas de Haldimand, est-ce
qu'il est trop tard? Peut-être pas. Peut-être pas, mais, avant d'aller trop
loin, avant d'aller plus loin... avant de faire de nouveaux forages, avant de passer en mode exploitation, là il n'est
pas trop tard. Il y a sûrement d'autres étapes qui s'en viennent dans
Haldimand. Là, ils vont faire des tests de production longue durée, là, dans
les prochains mois. C'est bien correct, ça
n'implique pas nécessairement des grosses étapes majeures, à ce qu'on en
comprend. Par contre, avant de faire
un Haldimand 5, ou un 6, ou un 7 ou avant de passer en exploitation,
est-ce que le BAPE pourrait se pencher sur le dossier? Je pense qu'on a assez d'information maintenant pour soumettre
ça au BAPE et que le BAPE fasse la consultation nécessaire et fasse l'étape d'appropriation citoyenne qui est nécessaire
avant d'aller plus loin. Je pense qu'on est vraiment rendus là dans ce
dossier-là.
Écoutez, ça
fait tout près d'un an que je plaide la demande de BAPE, puis on l'a faite au
conseil municipal, que l'industrie
était d'accord, que les citoyens étaient d'accord, que le milieu
environnementaliste était d'accord, et même que les tenants du développement pétrolier à tout prix étaient aussi
d'accord. Tout le monde était d'accord sur la demande de BAPE qu'on a
faite le 2 mai 2015. On est presque un an plus tard, puis on me
réfère toujours aux évaluations environnementales
stratégiques, où il n'y a aucune étude spécifique de faite sur le territoire de
Haldimand sur le territoire de Gaspé.
J'ai hâte d'avoir une réponse claire que, oui ou non, on a un BAPE ou pas.
Parce que moi, je pense qu'on est rendus là. Je vous l'exprime.
Puis vous faites les consultations, vous avez
entendu plein d'intervenants ici, puis je suis certain qu'il y en a plusieurs
qui ont parlé du BAPE, son importance, du respect que la population donne à
cette instance-là, à cette institution-là.
Je pense qu'on est rendus là dans ce dossier-là, si on veut... pour atteindre
un processus qui serait irréversible... si on ne veut pas aller trop
loin.
Ça fait que
vous me demandez si on est rendus trop loin ou si c'est irréversible, je pense
que ce n'est pas irréversible, je pense qu'il y a moyen d'avoir une
appropriation citoyenne.
Le Président (M. Pagé) : O.K.
M. le ministre, une dernière?
Arcand : Je n'ai pas d'autre question,
parce que je sais que mon collègue veut vous en poser,
mais j'aurais juste un commentaire à faire. Je sais que, dans les études
EES, l'INRS a fait une étude spécifique sur l'eau, je pense, au niveau
de Gaspé, sur l'impact des forages sur la nappe phréatique. Alors, je voulais
juste vous dire qu'il y a quelque
chose, quand même, là, de façon spécifique, qui a été fait.
Le Président (M. Pagé) :
Merci, M. le ministre. Alors, votre voisin, le député des Îles-de-la-Madeleine.
Allez-y, M. le député. Il vous reste cinq minutes.
M. Chevarie :
Cinq minutes?
Le Président (M. Pagé) : Oui.
M. Chevarie : Merci, M. le Président.
Bienvenue à l'Assemblée nationale, merci pour votre contribution à cette commission.
M. Côté (Daniel) : Merci de nous
accueillir, cher voisin.
Chevarie : Oui, c'est ça,
voisin à 200 quelques kilomètres, mais quand même, oui, effectivement. Vous avez émis un certain nombre de recommandations, puis ça
touche plusieurs étapes dans ce que vous émettez comme recommandations : le BAPE
à différentes étapes, un peu le suivi de la démarche de l'éolien, vous demandez
que la ville puisse avoir une plus
grande autonomie par rapport à la réglementation, tout ça, et bien sûr
les retombées économiques, l'acceptabilité
sociale. Mais vous avez soumis un autre élément important dont vous n'avez pas
parlé tantôt, c'est toute la question de la santé publique.
Et j'apprécierais que vous nous en parliez un peu par rapport à l'implication de la Santé publique,
du ministère de la Santé et des
Services sociaux. Et est-ce que
vous l'avez sollicitée dans le cadre
de la filière éolienne?
Le Président (M. Pagé) : M. Côté.
M. Côté
(Daniel) : Je n'ai pas la
réponse pour la filière éolienne. Comme je vous le disais, moi, je suis élu
depuis 2013, ce développement s'est fait en
2003, 2004, 2005. Je ne sais pas à quel point la Santé publique avait été
interpellée, mais, en fait, je présume, à
quelque part, qu'il y a tellement eu d'études qui ont été faites, d'études
environnementales, et tout ça, je présume
qu'il y a eu quelque chose aussi sur la santé publique. Ça a été documenté
en long et en large, là, les effets acoustiques et tout le tralala, là.
Du côté hydrocarbures, dans le cadre des
évaluations environnementales stratégiques, il y a eu une étude qui porte sur la santé publique. Pour nous, on s'attendait...
Quand on l'a lue, on l'a lue avec beaucoup d'attention, étant donné que, quand ça se passe proche des citoyens...
Bien, «citoyen» dit «santé» aussi, hein? On l'a lue avec beaucoup
d'attention puis, en fait, on s'attendait à trouver beaucoup de réponses
là-dedans. Puis ça a été le contraire, ça a soulevé plus de questions, de nouvelles questions plutôt que de
nous apporter des réponses. Il y a plein d'éléments là-dedans qui ressortaient,
au niveau, par exemple, des risques reliés
au radon. On sait que la Gaspésie est un territoire fertile au niveau du
radon. En fait, il y a eu beaucoup de tests
dans les écoles qui ont été faits et qui démontraient un haut taux de radon.
Quand on voyait les interactions
entre le radon versus les forages, puis tout ça, on se disait : Wow! Ça
nous apporte encore des nouvelles questions dont on n'a pas,
malheureusement, les réponses.
Ça fait qu'au niveau
de la santé publique les enjeux sont effectivement très,
très, très présents, surtout quand
ça se passe en milieu résidentiel. Tu sais,
quand tu es dans un parc industriel, tu poses un petit peu moins la question
déjà, puis, quand tu es dans le milieu du bois, bien, tu ne
poses pas la question pantoute. Mais
là, dans le cas d'un de nos dossiers, ça se passe en milieu résidentiel, donc les questions se posent, puis
malheureusement non seulement on n'a pas eu de réponse avec les EES... Bien, on a eu quelques réponses,
mais on a eu plus de questions que de réponses avec les EES,
malheureusement. Mais, bon, je pense qu'il faut continuer d'aller de l'avant.
Puis je
reviens encore... je suis tannant avec mon BAPE, mais je vais toujours être
tannant avec mon BAPE, je vais continuer de le dire : Si le BAPE
arrivait e