Transportation and the Environment — 20 September 2023 (43rd Legislature, 1st Session)
CTE 2023-09-20
Quebec — Committees
(Onze heures seize minutes)
Président (M. Jacques) : Bonjour à tous. Ayant constaté le quorum, je
déclare la séance de la Commission
des transports et de l'environnement ouverte.
La commission est réunie afin de procéder aux
consultations particulières et aux auditions publiques sur le projet de loi
n° 22, Loi concernant l'expropriation.
Mme la secrétaire, y a-t-il des remplacements?
La Secrétaire : Non, M. le
Président.
Le Président (M. Jacques) : Merci
beaucoup. Nous entendrons ce matin les organismes suivants : la ville de
Mascouche ainsi que L'Institut de développement urbain du Québec.
Je souhaite la bienvenue aux représentants de la
ville de Mascouche. Je vous rappelle que vous disposez de 10 minutes pour votre exposé, après quoi nous
procéderons à la période d'échange avec les membres de la commission. Je
vous invite donc à vous présenter et à commencer votre exposé.
M. Tremblay (Guillaume) : Merci
beaucoup, M. le Président. Donc, Mme la vice-première ministre et ministre des Transports, Mmes et MM. les membres
de la commission, vous me permettrez de saluer particulièrement mon
député, donc, M. le député de Masson. Je vous remercie de nous donner
l'occasion aujourd'hui de vous faire part de nos commentaires sur cet important
projet de loi, qui était tant attendu, ardemment, par le milieu municipal,
dont, bien sûr, la ville de Mascouche.
Je suis accompagné aujourd'hui par
M. Yohann Champagne, le directeur général adjoint et urbaniste de formation, ainsi que Me Charles Turcot,
assistant-greffier, avocat de formation, qui cumule également 12 ans
d'expérience en pratique privée en droit municipal.
M. Turcot (Charles) : Bonjour.
M. Tremblay (Guillaume) : La réforme
de la
Loi sur l'expropriation était souhaitée depuis un bon moment par la ville de Mascouche, si bien que nous
appuyons ce projet de loi qui, à notre avis, permettra de rétablir un meilleur
équilibre entre l'expropriant et l'exproprié. Nous sommes d'avis que l'intérêt
collectif doit parfois primer sur les intérêts
privés, notamment lorsqu'il est question de protection de l'environnement et du
patrimoine de même que pour le développement de logements sociaux et communautaires.
Soyons clairs ici, il ne s'agit pas de décider
d'aller faire de l'acquisition de terrains à rabais, il s'agit d'avoir des
balises permettant l'acquisition d'immeubles à juste prix, au bénéfice de la
collectivité, tout en permettant une compensation équitable et raisonnable aux
propriétaires expropriés.
Le manque de précision de la loi actuellement en
vigueur a fait en sorte que les tribunaux ont accordé des indemnités sur des
éléments purement spéculatifs, faisant fi des pouvoirs discrétionnaires du
conseil quant au développement du territoire. Dans ce contexte, il y avait lieu
de revoir la législation puisqu'en vertu de la loi actuelle les tribunaux ont
souvent écarté le zonage en vigueur pour retenir un usage pourtant prohibé afin
de fixer la valeur potentielle future.
En ce sens,
le projet de loi n° 22 constitue une approche équilibrée se fondant sur
une... la juste valeur marchande au lieu de la valeur au propriétaire à
titre
d'indemnité principale. Ainsi, le projet de loi n° 22 devrait permettre
aux municipalités d'avoir une certaine prévisibilité quant à l'indemnité totale
qui devra être versée à l'occasion d'une expropriation. Cette prévisibilité,
elle est essentielle à la saine gestion des finances publiques.
Bien que nous
soyons en accord avec l'essence du projet de loi, nous sommes d'avis que
certains amendements devraient être apportés afin de poursuivre le travail de
modernisation de celle-ci. Mais, pour cela, vous me permettrez de céder
la parole à deux experts à mes côtés, donc, tout d'abord, à M. Champagne
et, par la suite, à M. Turcot.
Champagne (Yohann) : Merci. Donc, effectivement, le projet de mémoire
de la ville de Mascouche appuie spécifiquement deux éléments-phares du
projet de loi et également vient formuler cinq recommandations dans le cadre de
la bonification souhaitée du projet de loi.
Le premier
élément central qu'on désire appuyer fortement, c'est évidemment le concept de
fixation de l'indemnité en fonction de la juste valeur marchande et non
pas d'une valeur au propriétaire. Les responsabilités au niveau environnemental
notamment... (panne de son) ...font en sorte qu'actuellement, sur la base de la
valeur des propriétaires... de la valeur au propriétaire, c'est
extrêmement difficile... (panne de son) ...d'être capable de rencontrer des
objectifs de conservation, préservation des espaces verts au niveau de la
ville. Et également le tribunal, actuellement, ne reconnaît pas ou vient...
vient écarter, en fait, vient faire fi de l'usage qui est actuellement exercé sur
un terrain et même des usages qui pourraient être conformes au niveau du
zonage.
Donc, il y a un volet extrêmement spéculatif
pour nous et hypothétique dans le cadre de l'établissement de la... du concept
de valeur au propriétaire, et conflictuel, et ça fait en sorte qu'il y a des
indemnités qui sont versées actuellement, et qui sont complètement
spéculatives, et qui ne représentent pas le réel potentiel d'utilisation
conforme du terrain. Donc, c'est un des éléments qu'on désire appuyer
fortement.
M. Turcot (Charles) : Le concept de
valeur au propriétaire a également contribué à alourdir grandement les délais
devant les tribunaux et dans les dossiers judiciaires, parce que ça exige une
démonstration, une preuve complexe sur la faisabilité des projets, sur la
rentabilité des projets et sur la planification des municipalités. J'ai vu des dossiers ayant plus de 100 jours d'auditions
en matière d'expropriation. Ce n'est vraiment pas l'idéal pour l'accès à
la justice. Mais on parle beaucoup de l'impact sur les ressources financières
d'une municipalité quand il y a un dossier d'expropriation avec peu de
prévisibilité sur les indemnités pouvant être versées, mais... en fait, oui, il y a cet impact-là, mais il y a aussi l'impact sur
les ressources humaines des municipalités, parce qu'un dossier qui dure
plus de 100 jours, ça demande beaucoup de travail à l'interne, du travail qu'on
ne peut pas mettre sur d'autres dossiers, qui demande beaucoup de présence
devant les tribunaux et de longs délais, parce que le 100 jours
d'auditions ne se fait pas toujours en continu, donc ça alourdit grandement les
auditions devant les tribunaux. Et on pense que le projet de loi va contribuer
à rapprocher les parties, à... ça va permettre de régler davantage de dossiers,
en ramenant ça à la juste valeur marchande et aussi en limitant aux usages
probables, réalisables et permis sur un horizon de trois ans.
Donc, cet équilibre-là entre les intérêts
collectifs et les intérêts individuels permettront de diminuer le nombre de litiges
ou d'auditions, devant le Tribunal administratif du Québec ou encore devant la
Cour supérieure, en expropriation déguisée.
Il s'agit aussi d'une approche qui va permettre de respecter davantage le
pouvoir discrétionnaire des conseils municipaux sur le développement de
son territoire également car c'est sur un horizon de trois ans qu'on doit
regarder qu'est-ce qui est probable comme usage.
Une autre recommandation qu'on fait, et ça,
c'est une précision qu'on souhaite voir le législateur adopter... À l'article 87, il est question d'un usage
probable, et non seulement possible. On pense que cette notion-là de «probable»
devrait être précisée pour exclure spécifiquement de l'usage probable qu'est-ce
qui requiert une approbation du conseil ou
une entente avec le conseil municipal pour accorder à un usage ou des éléments
de zonage plus favorables. On peut penser au règlement sur les plans
d'aménagement d'ensemble ou encore sur... le règlement sur les ententes sur les
travaux municipaux.
Donc,
actuellement, avec la valeur au propriétaire, avec des usages qui sont accordés
qui ne sont pas prévus à la réglementation, on se retrouve à prendre pour
acquis que ces développements-là seraient permis par les municipalités. Donc,
on pense que c'est essentiel de prévoir spécifiquement que, lorsque c'est un
projet qui est prévu par un règlement sur les plans d'aménagement d'ensemble,
ce n'est pas un usage probable et uniquement un usage possible qui demanderait
l'autorisation du conseil municipal. Donc, ça ne pourrait pas servir de base de
réclamation dans un projet de loi.
Évidemment, là, je ne parle pas des règlements
sur les plans... les PIIA. Dans ce cas-ci, c'est une approbation sur un... sur
des aspects esthétiques d'un projet. Donc, ce n'est pas de ce pouvoir discrétionnaire
là dont je parle, mais c'est vraiment de négocier... Oui, on t'accorde
peut-être une plus grande densité à ton projet mais selon des balises
négociées. Donc, c'est cet élément-là qu'on veut préciser, donc que ce ne soit
pas un usage probable.
Aussi, un autre point qu'on souhaite voir au
projet de loi, c'est prévoir l'immunité pour les municipalités ou un mécanisme de compensation pour les
expropriations déguisées ou... les dossiers d'expropriation déguisée découlant
d'une règle de concordance. On est d'avis qu'il ne revient pas aux
contribuables d'une municipalité locale de payer la facture lorsqu'elle se
fait poursuivre pour une expropriation déguisée à la suite de modifications à
la réglementation pour une concordance réglementaire. On a parlé des OGAT, on
en entend parler, mais, lorsqu'il s'agit d'une orientation gouvernementale qui
entraîne, en définitive, une modification à la réglementation, la ville devrait
avoir une immunité complète face aux poursuites pour les expropriations
déguisées. Mais, en même temps, on soutient que le propriétaire a quand même
droit à une compensation juste mais que ça ne devrait pas être à la
municipalité locale de le payer. On défend ce principe puisque, comme le
mentionne le gouvernement sur le site Consultation Québec, les orientations
gouvernementales constituent le véhicule des préoccupations du gouvernement en
aménagement du territoire. Les orientations gouvernementales dépassent les
intérêts purement locaux. En ce sens, le coût d'acquisition de tels terrains
devrait être assumé collectivement, et non pas localement.
Champagne (Yohann) : À
titre d'exemple, on peut, par exemple, donner,
effectivement... (panne de son) ...un terrain pour un centre de services
scolaire, pour l'établissement d'une nouvelle école, là. Avec, présentement,
les orientations gouvernementales, bon, qui découlent... dans le PMAD, ils sont
venus fixer des seuils de densité. Donc, à l'intérieur d'un certain secteur,
pour nous, au niveau, par exemple, de la gare de Mascouche, concrètement,
c'est... évidemment, ça a eu une évaluation augmentée, pour l'ensemble des
terrains, de façon substantielle. On vient cumuler à cet élément-là, également,
l'exigence d'un choix de terrains à l'intérieur. Bien, ça nous donne un
scénario où est-ce que le centre de services scolaire pourrait déterminer un
terrain spécifique, avec une augmentation extrêmement haute... une évaluation
qui est extrêmement haute au niveau des valeurs, alors que la ville n'a ni fait
le choix des seuils de densité et ni le choix de
l'emplacement. Donc, pour nous, il y a une incohérence par rapport au volet de
concordance des orientations.
M. Turcot (Charles) : Un autre
élément du projet de loi qu'on appuie, c'est les indemnités précisées et
plafonnées. Il y a un plafonnement pour les indemnités pour troubles, ennuis et
inconvénients, il y en a aussi pour les indemnités de convenance et il y a
beaucoup de précisions qui ont été amenées sur les indemnités de fermeture
d'une entreprise. On croit que ça va aider à simplifier les dossiers parce que
beaucoup d'expropriés faisaient preuve de beaucoup d'originalité dans le type
de réclamations qu'ils formulaient, ce qui éloignait les parties d'un règlement
ou d'une entente de gré à gré et qui exigeait souvent des jours d'auditions
devant le Tribunal administratif du Québec ou encore
dans des dossiers devant la Cour supérieure. Donc, à nouveau, pour alléger les
délais devant les tribunaux, alléger les dossiers devant les tribunaux
et favoriser des... une bonne entente entre les parties, on appuie les
indemnités précisées et plafonnées.
Ensuite, une autre proposition, c'est : on
aimerait voir une présomption au bénéfice des municipalités à l'effet qu'une
relocalisation sur le territoire de la municipalité constitue une
relocalisation à proximité. Dans le projet de loi, il y a des dispositions sur
la relocalisation de la
partie expropriée, mais, pour le gouvernement
provincial, ce n'est pas la même notion que pour une municipalité, la
proximité. La municipalité peut offrir des options sur son territoire, donc on
voudrait qu'il y ait une présomption irréfragable que, si on relocalise sur le
territoire, à ce moment-là c'est à proximité. Il restera toujours la
possibilité de faire le débat : Est-ce que ce terrain-là permet de
rétablir sa situation? Donc, on garde l'équilibre entre exproprié et
expropriant quand même, parce que le débat va se centrer sur : Est-ce que
ça permet de rétablir la situation?
On peut penser à un bord d'eau. Bien, sur le
territoire, il n'y en a peut-être pas énormément, de bords d'eau, mais, en
plus, si on limite la notion de proximité, ça va être encore plus difficile de
relocaliser cette personne-là. Donc, on pense que c'est de quoi qui est
susceptible d'aider à régler des dossiers, en disant : Tu es sur... Vous
êtes sur le territoire de la municipalité, c'est à proximité. Maintenant,
est-ce que ça permet de rétablir la situation? Et il restera maintenant la
question des... est-ce que le terrain a la même valeur ou non, et ça, il y a
déjà des précisions au projet de loi, qu'on appuie, qui viennent baliser une
possibilité d'indemnité selon la valeur des terrains.
Ensuite, une autre précision...
Le Président (M. Jacques) : En
terminant...
M. Turcot (Charles) : Oui, tout à
fait. À l'article 592 de la
Loi sur les cités et villes, actuellement, le
ministère des Affaires municipales et de l'Habitation ne considère pas une
décision du Tribunal administratif du Québec comme étant un jugement. La
conséquence, c'est que, pour une municipalité qui n'aurait pas les sommes
requises à ses fonds courants pour payer une indemnité d'expropriation, elle
doit passer par un processus... par le processus des personnes habiles à voter
pour faire approuver son règlement d'emprunt. Donc, on croit que ce serait bien
de préciser qu'une décision du tribunal administratif en matière
d'expropriation équivaut à un jugement, ce qui permettrait de seulement aller
chercher l'autorisation du ministère des Affaires municipales et de
l'Habitation.
Sur ce, je vous remercie.
M. Tremblay (Guillaume) : Merci
beaucoup. On est prêts à répondre à vos questions, M. le Président.
Président (M. Jacques) : Merci beaucoup pour votre exposé. Je cède
maintenant la parole à Mme la ministre pour une durée de
14 min 13 s.
Mme Guilbault : Oui. Merci beaucoup, M. le Président. Merci, messieurs,
d'être avec nous aujourd'hui. Très intéressant de vous entendre. Je vais
partager mon temps, vous l'aurez deviné, avec mon collègue de Masson, qui sera
intéressé aussi de s'adresser à vous. Mais je vais quand même y aller d'emblée
avec une ou deux questions.
Mais d'abord, comme je le dis toujours, là, vous
êtes... vous êtes peut-être le cinq, six, septième groupe d'une lignée de
groupes issus du milieu municipal, pour lesquels il y a des commentaires qui se
recoupent, évidemment l'accueil favorable au projet de loi. Vous l'avez dit, et
je l'ai dit souvent depuis le début des consultations, c'est un engagement
qu'on avait pris dans le dernier pacte fiscal, qu'on a réitéré aussi depuis le
nouveau mandat. Et donc ce projet de loi là vient le concrétiser. Donc... Puis,
sans surprise, c'est ça, c'est bien accueilli, parce qu'on le sait tous, les
projets d'infrastructures qu'on essaie de livrer pour nos citoyens, tant vous
que nous, le gouvernement, que ce soit du transport, du transport collectif,
des logements, des CPE, des écoles, etc., des parcs aussi, des milieux, des
milieux de vie qu'on essaie de développer, l'accès à la nature, et tout ça,
c'est très long et compliqué, pour une foule de raisons. Mais, si, au moins, on
peut s'aider en modernisant la
Loi sur l'expropriation, alors qu'on est, par
ailleurs, pris avec d'autres enjeux de coûts puis de chaînes
d'approvisionnement, etc., là... mais, au moins, ce sur quoi on peut agir, on
agit aujourd'hui. Donc, on est sur la même longueur d'onde là-dessus.
Vous amenez des commentaires intéressants, des
nuances, des suggestions, des recommandations. Peut-être, je vous amènerais sur
l'expropriation déguisée. Ça a été abordé par pas mal tout le monde, pas mal
tous les groupes qui sont venus nous
rencontrer à date. Je note que vous souhaiteriez une compensation en cas
d'expropriation déguisée. Il y a d'autres groupes... bien, en fait, il y
a un groupe, la ville de Montréal, qui, eux, disaient : Les articles 170,
171, qui abordent l'expropriation déguisée, devraient être retirés du projet de
loi, ça devrait être traité autrement, aux Affaires
municipales. L'ensemble des autres groupes, pour plusieurs, disaient : On
ne devrait pas pouvoir réclamer d'indemnité quand on est... ce n'est pas tout à
fait la même chose que l'expropriation déguisée, mais, tu sais, quand on
exproprie pour des objectifs gouvernementaux, pour des objectifs nobles
d'environnement, et tout ça... Et sinon, pour ce qui est de l'expropriation
déguisée, c'est ça, la plupart des groupes disaient : On devrait peut-être
l'encadrer même encore davantage. Donc, vous, où est-ce que vous vous situez
dans ce spectre-là de possibilités?
M. Tremblay
(Guillaume) : Écoutez, clairement, nous, on est vraiment du côté de la
Communauté métropolitaine de Montréal, donc on appuie le fait qu'il faut que ça
reste à l'intérieur. Mais de l'encadrer un petit peu... un petit peu mieux, je
veux dire, on serait à l'aise avec ça. Je ne sais pas, du côté de mon avocat
professionnel, si vous avez des suggestions à aller de l'avant avec ça.
M. Turcot
(Charles) : Évidemment, la rétroactivité de la loi, on peut avoir une
crainte qu'il y ait une série de poursuites
qui soient déposées avant l'entrée en vigueur de la loi. Donc, c'est sûr que ça
amène un effet intéressant, s'il y a un effet rétroactif. Encore là, il
faut le baliser à quel moment? Un dossier en cour, est-ce que ça s'applique là?
Est-ce que le dossier a été plaidé mais que le jugement n'a pas été rendu? Il y
a peut-être des précisions à amener à ce niveau-là, mais oui, on est favorables
à ce qu'il y ait une rétroactivité. Mais, par contre, la possibilité de revenir
sur notre réglementation qui a été adoptée dans le cadre d'une OGAT... qui a
débuté par une OGAT dans un concept de concordance, à ce moment-là, bien, on
n'a pas la possibilité de revenir sur notre réglementation parce qu'on ne sera
pas conformes au schéma d'aménagement.
Donc, c'est sûr, je
pense qu'il faut continuer à travailler ces dispositions-là. Il y a encore du
travail à faire, puis évidemment, on va être là si... pour collaborer, au
besoin.
Guilbault : D'accord. Puis peut-être une
autre question, avant de céder la parole sur... parce qu'il y a une diversité
de points de vue, là, évidemment, puis c'est normal, sur ce projet de loi là.
Il y a certains... il y a certaines personnes, la plupart... tout le monde
l'accueille favorablement, mais il y a certaines personnes qui font valoir que le fait de venir encadrer les
indemnisations, les montants, de venir encadrer, de façon générale, le processus
d'expropriation, évidemment, ça fait aussi le pari, ce projet de loi là,
d'envoyer un certain signal aux gens qui pourraient être intéressés à faire des
acquisitions avec des motifs, bon, disons, de faire de l'argent ou, en tout
cas, de rentabiliser cet investissement-là.
Donc
là, c'est sûr que ça envoie un certain message. Et donc, il y en a qui peuvent
dire, tu sais : Est-ce que ça va freiner le développement? Quelle
incidence ça peut avoir sur des projets de développement, sur des investissements?
Puis on pense beaucoup au logement, là, on est tous très, très habités par le
besoin criant de logements ou la pleine jouissance de nos... du bien, de la
propriété, tout ça. Alors, qu'est-ce que... quelles sont vos impressions
là-dessus?
M. Tremblay
(Guillaume) : On en parlait justement avant la rencontre, Mme la ministre.
Je vais céder aussi la parole à Me Turcot.
M. Turcot
(Charles) : Il y a des régimes semblables qu'on retrouve dans d'autres
provinces, et ça n'a pas nui au développement. Également, je pense qu'il va y
avoir peut-être moins d'acquisitions à
titre spéculatif. Donc, un promoteur, un
entrepreneur qui fait l'acquisition d'un terrain, il va être incité à
développer plus rapidement son terrain au lieu de s'asseoir en se disant :
Bien, peut-être qu'éventuellement la municipalité va en avoir besoin et, avec
la valeur au propriétaire, ça va être très rentable ou que ça va prendre de la
valeur. Donc, on pense que ça peut inciter les promoteurs à développer plus
rapidement.
M. Tremblay
(Guillaume) : Et, si vous permettez aussi, Mme la ministre, je pense
aussi que ça va être plus qu'intéressant pour tout l'aspect du logement social,
avec les OMH, dans nos communautés. Si on veut faire l'acquisition d'un
terrain, présentement, il n'y a pas trop de prévisibilité. Là, on va avoir un
peu plus de prévisibilité, puis je pense
que, pour le logement social, ça va vraiment donner un coup de main à
l'ensemble des villes du Québec.
Guilbault : Merci beaucoup. Je vais céder
la parole à votre député de... Merci beaucoup, messieurs.
Le Président (M. Jacques) :
Merci, Mme la ministre. M. le député de Masson, la parole est à vous.
M. Lemay : Merci,
M. le Président. Salutations d'usage à M. Tremblay, M. Turcot et M. Champagne.
Content de vous retrouver ici, en commission. Vous savez, les projets que vous
avez mentionnés tout à l'heure dans le mémoire, là, c'est une réalité, dans
notre territoire, bien entendu, à proximité de la gare de Mascouche, là.
Lorsque vous mentionnez les possibilités, là, vous avez fait mention pour une
école dans ce secteur-là... On sait la forte croissance démographique qu'on a
et les contraintes que nous avons avec le TOD, et, bien entendu, à proximité de
Montréal, le fait que les coûts de construction sont très élevés dans notre
secteur.
Peut-être, si vous
voulez préciser sur l'exemple qui fait du pouce sur les questions de Mme la
ministre, là, un peu, c'est quoi les
impacts... Est-ce que vous pouvez le chiffrer? Est-ce que vous avez un exemple,
au niveau monétaire, de c'est quoi, la différence que ça représente pour
votre municipalité?
M. Tremblay (Guillaume) : Bien,
écoutez, je pourrais vous donner un exemple, par exemple, d'un dossier d'un
golf, là, que vous connaissez bien. Et donc, écoutez, sans le nommer, parce que
vous savez qu'il y a une cause présentement... On est
devant la cour présentement, mais, si on fait juste comparer l'évaluation
foncière du terrain de golf de Mascouche, l'évaluation foncière, c'est public,
est environ à 3 954 000 $, et présentement, le promoteur nous
poursuit pour expropriation déguisée pour 62 millions. Vous avez un
exemple assez concret.
M. Lemay : Très
bien. Merci pour cet exemple-là aussi. On en aurait parlé ultimement, mais bref
vous l'avez abordé déjà, donc, c'est bien correct.
Vous
savez, dans votre mémoire, vous parlez, au point 5, à la page 5 de
votre mémoire, là, sur la présomption au bénéfice des municipalités à
l'article 7 du projet de loi n° 22. Puis là vous voulez avoir un
petit peu plus de précisions, parce qu'à
l'article 7 on fait mention que, si l'expropriant peut acquérir de gré à
gré... ou une expropriation ou un démembrement du droit de propriété au
bénéfice de l'immeuble... Dans le fond, ce qu'on vient mentionner, c'est qu'on
peut rétablir la situation en faisant l'acquisition d'un autre lieu à
proximité. Puis, vous, votre oint, c'est de mentionner que... vous dites :
le terme «proximité» devrait être précisé davantage.
Là, je crois
comprendre que vous voulez inclure... En tout cas, si je lis le mémoire que
vous nous avez remis, est-ce que je dois
comprendre que, pour vous, la «proximité» devrait être à l'intérieur du
territoire de la municipalité?
M. Turcot (Charles) : Exactement. Il y a une
présomption que, si on relocalise à l'intérieur de la municipalité,
c'est nécessairement à proximité, et restera le débat à savoir si cette
localisation-là permet de rétablir la situation de l'exproprié. Donc, ça laisse
quand même... ça permet quand même à l'exproprié de prétendre : Mais non,
ce n'est pas une situation qui permet de me rétablir. Mais, au moins, ça évite
un débat. Mais je suis à plus de deux kilomètres de mon ancien terrain, donc je
ne suis pas à proximité. Ça va simplifier les dossiers, ça va ouvrir les
possibilités pour la municipalité, dans un
dossier d'expropriation, en ouvrant les perspectives de relocalisation sur
l'ensemble du territoire, peut-être des terrains qu'on a déjà en main, ce qui
va éviter une nouvelle acquisition dans le cadre d'un dossier pour
relocaliser.
M. Tremblay (Guillaume) : Puis je pense que, pour
le gouvernement, vous l'avez... vous le faites déjà, je pense, dans la loi qui
est ainsi faite. Ça fait que vous pourriez appliquer la même mentalité pour les
villes en tant que telle.
M. Lemay : OK.
Sans dire que c'est un point pour lequel c'est bon ou mauvais, là, je fais
juste mentionner que, tu sais, certains
groupes nous arrivent puis nous disent, pour eux, la définition de proximité,
c'est le même quartier, en voulant dire que, si on déracine quelqu'un de
son quartier dans lequel il est présentement, tu sais, on devient hors
proximité. Ça fait que je voulais juste avoir cette précision-là puis les
explications sur votre point.
M. Turcot
(Charles) : Oui, bien, on pense que, de toute façon, une entreprise,
on ne va pas la relocaliser. On a un territoire, nous, 70 % agricole.
C'est sûr que ça va être dans le périmètre urbain. Il y a plein de réalités
dans les municipalités, mais quand même, sur
le territoire de la municipalité, maintenant, il y a quand même un... Si le
terrain a une moindre valeur, il y a
déjà des précisions, dans le projet de loi, pour le considérer. Sur
l'achalandage, il y a des précisions.
Donc,
je pense que tout le monde est bien protégé, mais ça va ouvrir le monde des
possibilités. C'est vraiment pour
faciliter les dossiers et éviter qu'un dossier d'expropriation fasse en sorte
qu'on doive exproprier un autre terrain pour régler un premier dossier d'expropriation, donc ça... encore ça
amène une lourdeur au processus d'expropriation. C'est ça, l'idée
derrière cette précision qui est demandée au projet de loi.
M. Tremblay (Guillaume) : Puis là on parlait, M. le
député, d'un dossier plus industriel, là, pour être bien compris, on ne parlait
pas d'une résidence privée.
M. Turcot
(Charles) : Une résidence privée, le débat se situe sur la possibilité
de rétablir la... sa situation. Donc, on peut penser aux... Est-ce que l'enfant
va pouvoir poursuivre ses études à la même école? Donc, c'est sûr qu'il y a
quand même une considération pour la situation de l'exproprié. On ne l'exclut
pas, mais ça ouvre le monde des possibilités quand même. Une municipalité, si
elle délocalise totalement une
partie expropriée d'une résidence familiale, bien,
évidemment, on va considérer le quartier, parce que sinon, ça ne permettra pas
de rétablir la situation. Donc, c'est quand même... c'est une décision qui
serait importante, mais ça n'enlève... ça n'évacue pas totalement le débat de
rétablir la situation.
M. Lemay : OK.
Merci pour les précisions. Puis M. Turcot, tout à l'heure, vous mentionniez, à
l'article 592 de la
Loi sur les cités et villes, puis ça fait
partie
de votre mémoire, là, votre item 6, là, à la page 5 de votre mémoire... puis
vous mentionnez que ça serait bien d'avoir un amendement, si on veut, une
modification à l'alinéa 2 de l'article 592 sur la
Loi sur les cités
et villes. Et là moi, je ne suis pas juriste, là, mais j'aimerais juste avoir
un petit peu plus de précisions parce que je comprends, au niveau des
règlements d'emprunt, qu'il y a des enjeux. Mais qu'est-ce que ça viendrait
faire concrètement pour vous, si on faisait cette modification? Ça vous
permettrait d'avoir quel type d'agilité supplémentaire?
M. Turcot
(Charles) : En fait, on n'a jamais eu un cas problématique, mais il
n'y a jamais de problème tant qu'il n'y en a pas un. Donc, les indemnités
d'expropriation, c'est souvent des montants importants. Et, si on ne l'a pas
aux fonds courants, il faut procéder par règlement à l'emprunt, et les
personnes habiles à voter peuvent signer un registre pour demander la tenue
d'un scrutin référendaire. Et, en matière d'expropriation, si on a un règlement
d'emprunt, on est obligés de passer par ce processus-là.
Donc, le jour que des
citoyens signeraient le registre, il faudrait faire un scrutin référendaire, ce
qui va retarder le paiement d'une indemnité d'expropriation qui a pourtant été
déterminée par le Tribunal administratif du Québec.
Donc, c'est juste une précision qui permettrait de faciliter, en allant voir au
ministère des Affaires municipales et de l'Habitation, en demandant :
Voici, j'ai un règlement d'emprunt, pouvez-vous l'approuver, on a eu un... une
décision qui a été rendue par le Tribunal administratif du Québec? Ce qui est
un... ce qui est déjà prévu pour un jugement de la Cour supérieure ou de la
Cour du Québec dans la loi, mais pas pour une décision du Tribunal
administratif du Québec. C'est une interprétation au ministère des Affaires
municipales et de l'Habitation. En venant baliser le tout dans la loi, bien, il
n'y aura plus de doute sur l'interprétation, et on pourrait passer directement
à l'approbation du ministère.
Lemay : Merci, M. Turcot, pour ces précisions. J'aimerais
ça revenir maintenant sur le golf de Mascouche, là, si vous pouvez en
parler ou pas. Bien, en fait, on a d'autres groupes qui vont venir nous
rencontrer, au courant de la journée et demain aussi, sur les associations de
golf, puis ils mentionnent, eux, dans leurs mémoires, que leur inquiétude, ce
serait qu'une municipalité pourrait décider d'exproprier en
partie le terrain,
et là, dans le fond, ce qui ferait en sorte
qu'il y aurait une
partie du terrain de golf qui ne serait pas exproprié, mais
une autre
partie qui le serait.
Est-ce que vous avez pris connaissance de cette
information-là ou est-ce que vous avez une réaction face à cette
possibilité-là?
M. Tremblay (Guillaume) : Bien,
écoutez, moi, tant et aussi longtemps que ça... Dans le mémoire, je pense que de la manière qu'il est expliqué, c'est tant
et aussi longtemps que ça correspond à un objectif, par exemple, des OGAT,
donc tant que ça reste pour un objectif public, que... Là, je ne vous parlerai pas
de l'exemple de Mascouche, mais je pourrais parler d'un autre exemple d'un
autre golf dans une autre municipalité. Si une ville décide de conserver une
grande portion puis, sur une petite portion, par exemple, de mettre une école,
bien, je veux dire, on s'entend que c'est toujours dans un objectif public. Je
pense que, de ce côté-là, c'est important de toujours avoir la notion d'une
priorité en lien avec les OGAT ou dans une propriété d'une communauté et non
pour faire, par exemple, un parc d'affaires ou... On est vraiment dans un
souci, là, de préservation. Et, quand on parle de préservation de milieux
humides, je pense que ça fait l'unanimité au Québec, là, qu'il faut de plus en
plus faire attention à l'environnement.
Lemay : Oui, merci beaucoup. C'est tout le temps qu'on
avait ensemble, mais je vous salue puis au plaisir de vous recroiser à
Mascouche.
M. Tremblay (Guillaume) : Merci, M.
le député de Masson.
Le Président (M. Jacques) : Merci,
M. le député. Je cède maintenant la parole à l'opposition officielle, le
porte-parole, M. le député d'Acadie.
M. Morin : Merci. Merci, M. le
Président. Alors, bonjour, merci d'être là avec nous. Merci également pour
votre mémoire.
D'emblée, j'aimerais aborder un élément que vous
soulevez dans votre mémoire, et il n'y a à peu près personne qui a soulevé ça
jusqu'à maintenant, c'est à la page 4... 3 en haut, quand vous prévoyez
une immunité aux municipalités ou un mécanisme de compensation. Et donc est-ce
que je comprends bien en disant que vous souhaitez la création d'un fonds
gouvernemental pour les municipalités locales qui seraient obligées de verser,
par exemple, une indemnité d'expropriation plus élevée ou qui dépasse leur budget?
Est-ce que je comprends bien?
M. Tremblay (Guillaume) : Bien,
nous, ce qu'on dit, c'est que, lorsque c'est pour correspondre à une
orientation gouvernementale... puis, tu sais, on va laisser aux législateurs
trouver la meilleure solution possible. Mais clairement, pour nous, ce qui est
important, c'est que, quand ça vient d'une orientation, puis que la ville est
obligée de faire un changement, puis là, après ça, on se fait poursuivre pour
expropriation déguisée, bien, il y a clairement... Vous comprenez que ce n'est
pas juste à une petite ville, puis là, Mascouche, je peux dire... je pense
qu'au Québec on est pareil une ville de
grande importance, mais imaginez-vous, au Québec, des plus petites villes qui
arriveraient avec une obligation de préserver tel, tel terrain dans le
cadre d'un plan métropolitain ou d'un objectif, puis là la ville se fait
poursuivre pour expropriation déguisée. Il y a clairement là un enjeu
important, oui, pour Mascouche mais pour l'ensemble des villes du Québec.
Donc, ce
qu'on invite aux législateurs, c'est de réfléchir à ça puis de mettre de
l'avant peut-être un mécanisme financier pour accompagner les villes
quand c'est pour une demande en lien avec des orientations gouvernementales ou
des institutions qui sont au-dessus des villes, disons.
M. Turcot (Charles) : C'est ça,
c'est un enjeu national et non pas local, alors que cet enjeu national là,
c'est la localité qui doit en assumer la facture actuellement. C'est le point
qu'on veut faire valoir. Donc, on va... on ne peut pas dire aux législateurs de quelle façon baliser ça, mais on veut
soumettre ce souci-là, que cet enjeu national là, bien, ce soit à la
collectivité, globalement, d'assumer les coûts.
Morin : Écoutez, c'est un point... c'est un point très
intéressant que vous soulevez, parce que je comprends que, tout dépendant de l'aménagement du
territoire, des lois en vigueur, notamment pour la protection de
l'environnement, il y a... vous avez des
obligations, et donc, si vous voulez consacrer une
partie importante de votre
ville, par exemple, à des espaces verts, bien, vous allez peut-être devoir
faire face... vous allez devoir exproprier des gens, et ça, vous êtes obligés
de le faire parce que la réglementation vous oblige à le faire.
Donc, ce n'est pas, finalement, votre décision,
et vous vous ramassez dans une situation où le propriétaire, lui, légitime,
peut dire : Bien, écoutez, expropriez-moi, mais moi, je ne veux pas perdre
d'argent non plus. J'ai un droit de propriété valable. Donc, au fond, ce que
vous dites, c'est que le gouvernement devrait créer un fonds pour ces cas-là,
parce que, vous, vous êtes obligé d'agir. L'exproprié va devoir perdre son
droit de propriété, mais vous ne voulez pas être obligé d'en faire les frais
compte tenu que c'est une obligation que la loi du gouvernement vous impose.
Donc, c'est... Oui?
M. Tremblay (Guillaume) : C'est
exactement ça, M. le député. Si, mettons... Je vais vous donner un exemple plus
que concret, là, mais quand vous regardez dans la CMM qui a des objectifs de
conserver de plus en plus d'espaces verts... vous savez, la réalité de Montréal
versus ses banlieues, c'est souvent dans les banlieues qu'on retrouve... Moi,
chez nous, j'ai la chance d'être à la tête d'une ville qui a 34 %
d'espaces boisés. Beaucoup de Montréalais,
beaucoup de gens du Grand Montréal viennent s'amuser chez nous, puis c'est même
notre carte d'entrée, puis on en est fiers. Mais si on veut garder des
espaces boisés de grande importance à travers la grande région de Montréal, ce
n'est pas juste à la ville qui a des espaces boisés d'assumer à 100 % les
coûts lorsque ça va venir d'une directive, par exemple, du Plan métropolitain
d'aménagement et de développement de la CMM.
C'est un exemple que je vous donne au niveau du
boisé, mais ça pourrait être la même chose avec les milieux hydriques et les
milieux humides, là. Vous savez, on met tous à jour nos plages et nos milieux
hydriques, là, présentement, et il va y avoir des impacts importants. Puis je
pense, comme tout le monde, collectivement... pas parce qu'une ville s'est
développée à vitesse grand V puis qu'une autre ville a décidé de préserver plus
d'espaces boisés qu'il faut qu'elle soit
pénalisée à terme, parce que, cette ville-là, elle a pris ses responsabilités
de conserver des espaces verts.
19 253
M. Morin : C'est
ça, alors, puis c'est un excellent... c'est un excellent élément que vous
soulevez. Effectivement, si une ville est diligente et qu'elle croit
véritablement à la conservation d'espaces verts et donc qu'elle agit, bien, elle
ne voudrait pas être pénalisée. Et cette idée-là, je la trouve très créative,
parce qu'au fond, tout dépendant du fonds et de
la façon dont il est géré, ça pourrait permettre à l'exproprié d'avoir une
valeur qui va lui permettre de se relocaliser, donc de ne pas perdre, parce qu'évidemment, on ne veut pas
nécessairement que les gens perdent. Mais ça permettrait aussi à la
ville de mieux gérer, évidemment, son budget parce que, vous, vous êtes obligés
d'agir.
Donc, je voulais juste vous souligner, très peu,
très peu de villes ont souligné ça, ont demandé ça ou ont eu une réflexion
là-dessus, et je trouve ça particulièrement créatif. Alors, merci pour cette
suggestion-là.
19 253
M. Morin :
Je vous en prie. Maintenant, dans votre expérience... parce qu'évidemment
la loi donne des balises, on parle de la juste valeur marchande avec d'autres
types d'indemnités bien définies, mais ça, c'est quand, évidemment, il n'y a
pas... il n'y a pas nécessairement d'entente. Dans votre expérience, c'est quoi
le pourcentage de dossiers d'expropriation qui se règlent de gré à gré?
M. Turcot (Charles) : À
Mascouche, est-ce qu'on a une idée?
M. Tremblay
(Guillaume) : Honnêtement, on pourrait même vous revenir à la
commission avec la réponse exacte.
M. Champagne (Yohann) : Je ne
pourrais pas dire.
M. Tremblay (Guillaume) : Mais
l'objectif ultime, là, moi, je pense que ça, c'est important de le dire, c'est
toujours de faire du gré à gré. On n'est vraiment pas dans... Tu sais,
l'expropriation, ce n'est pas quelque chose qu'on utilise très, très souvent.
Malgré, tu sais, qu'à un moment donné, si on veut être assis dans le siège, un
peu, du chauffeur pour avoir une négociation
plus juste et plus équitable, on pense que cette modification-là est plus
qu'importante. Mais on pourrait vous revenir
avec la donnée, si vous voulez, le nombre de fois qu'on a été de gré à gré versus...
Ça nous fera plaisir de le partager avec les membres de la commission.
M. Turcot (Charles) : C'est sûr
que, quand c'est une parcelle de terrain, souvent, ça se règle plus facilement
que quand c'est un terrain qui a... où la personne prétend qu'elle va pouvoir
faire un développement éventuellement. Mais quand j'étais au privé, en fait,
souvent, le dossier se retrouvait sur notre bureau parce que ça ne s'était pas
réglé de gré à gré. Donc, j'aurais un peu une opinion déformée du pourcentage
qui peuvent se régler, mais c'est au moins nous donner... par les nouvelles
précisions au projet de loi, ça va nous donner beaucoup plus de rapprochements.
Par exemple, si on parle de la valeur de
convenance, c'est maximum 20 000 $. Bien, si c'est ça qui sépare les
parties, je pense qu'on va tous être conscients que d'aller devant le
Tribunal administratif du Québec, le 20 000 $, il va fondre comme
neige au soleil.
19 253
M. Morin :
Très bien.
M. Tremblay
(Guillaume) : Et c'est un avocat qui dit ça.
19 253
M. Morin :
Oui. Non, je vous... Je vous remercie. Très, très intéressant.
Bon, on a... Mme la ministre en a parlé, on a
parlé beaucoup des articles 170, 171. Il y a des villes qui demandent une
immunité, d'autres qui demandent une présomption. Toute la question de
l'expropriation déguisée, vous, dans votre réalité, est-ce que ça pose un gros
enjeu pour votre ville? Puis vous demandez quoi, une immunité, une présomption?
C'est quoi, votre position là-dessus? Puis, dans votre expérience, est-ce que
ça entraîne des difficultés particulières chez vous, à Mascouche?
M. Tremblay (Guillaume) : Bien, il
faut comprendre, là... tantôt, je vous donnais un exemple concret, avec un
terrain de golf, que, présentement, on est poursuivis pour expropriation
déguisée. C'est des données qui sont publiques,
là, c'est pour ça que je peux les donner. Je vais faire attention dans mes...
Ça, on est poursuivis pour 62 millions versus un terrain qui, selon
l'évaluation foncière, en vaut 3,9 millions. Donc, vous allez comprendre
que, pour nous, c'est une donnée, dans le projet de loi, qui est plus
qu'importante, de là nous nous collons très grandement sur la position de la
Communauté métropolitaine de Montréal. Pour nous, c'est plus qu'important.
M. Morin : OK. Je vous remercie.
Autre question, vous avez souligné, et corrigez-moi si je fais erreur, que,
pour vous, à l'article 7, quand on parle, évidemment, de la possibilité
d'être relocalisé à proximité, vous voulez que ça soit précisé «à l'intérieur
de la même ville». Est-ce que je vous comprends bien ou si vous voulez
donner... vous voulez quand même laisser une certaine... en fait, une certaine
discrétion ou marge de manoeuvre, comme c'est écrit à l'article 7?
M. Turcot (Charles) : Le concept «à
proximité», ce serait spécifiquement pour les municipalités locales, ce serait
sur le territoire de la municipalité. C'est présumé être à proximité, et là il
resterait à faire le débat à savoir si ça permet de rétablir la situation pour
l'exproprié. Donc, c'est juste pour ouvrir la possibilité, pour éviter que ce
soit un débat d'un kilomètre, deux kilomètres, là. Est-ce que c'est à proximité
ou non? Sur le territoire, ce le serait.
M. Tremblay (Guillaume) : Si vous
permettez, M. le député.
M. Tremblay (Guillaume) : Aussi, on
pourrait y aller avec l'usage. Je pense que notre message qu'on lance
aujourd'hui... si, par exemple, une industrie se doit d'être relocalisée, vous
allez comprendre, comme mon collègue disait tantôt, ça ne serait pas dans un
parc... ça ne serait pas dans une terre agricole, ça serait dans un autre parc
industriel. Mais je peux comprendre... Puis tantôt c'est venu me chercher,
l'exemple qu'on donnait avec un citoyen, dans un quartier, qui va à l'école.
Moi, je peux comprendre que, quand on parle de résidences privées, on est dans
un autre débat. Mais nous, ici, notre
message, c'est surtout pour le commercial, pour l'industriel. Quand on dit
«commercial, industriel» dans la même localité, dans la même ville, on
pense que ce n'est pas là l'impact majeur, si tu restes dans la même
communauté, là.
Morin : OK. Donc, en fait, il faudrait spécifier davantage
et réserver votre demande à un usage commercial, parce qu'évidemment,
moi, l'exemple...
M. Tremblay (Guillaume) : Et
industriel.
M. Morin : Et industriel.
M. Tremblay (Guillaume) : Et
industriel.
M. Morin : Parce que l'exemple que
j'allais vous donner, tout dépendant, évidemment, de la grandeur de la ville,
de la municipalité... Mais, si vous prenez, par exemple, une ville comme Québec
ou Montréal puis que vous restez, je ne sais pas, moi, dans un arrondissement
de la ville dans l'est puis vous vous ramassez complètement dans l'ouest, donc,
non seulement vous changez d'école, vous changez de centre de services
scolaire, vous vous ramassez dans un autre milieu de vie. Puis je comprends que
votre demande ne vise pas ça, mais que vous la limitez à un usage commercial ou
industriel.
M. Tremblay (Guillaume) : Tout à
fait.
M. Morin : Parfait. Je vous
remercie.
Tremblay (Guillaume) : Parce que dans les villes... dans les
municipalités, là, avec toutes les possibilités, des fois, de... comment
qu'on appelle ça, tu sais, quand tu prends un secteur, tu le...
M. Champagne (Yohann) : Gentrification,
le changement.
M. Tremblay
(Guillaume) : Donc, quand on fait des changements, c'est facile pour
nous puis ça pourrait nous permettre justement de... c'est ça, d'avancer.
M. Morin : Très bien. Autre chose,
dans votre mémoire, vous avez piqué ma curiosité à la page 5. Vous en avez parlé récemment, mais je veux juste m'assurer
de bien comprendre. Vous soulignez que le «MAMH ne considère pas les décisions
du TAQ comme un jugement», puis il me semble qu'un jugement du TAQ, c'est un
jugement. Donc, je voudrais juste essayer de comprendre.
M. Turcot (Charles) : Le ministère
considère que... Vu que ça provient d'un choix discrétionnaire de la ville
d'aller en expropriation, il ne considère pas que c'est un jugement en tant que
tel qui entraîne l'application de l'article 592 de la
Loi sur les cités et
villes pour éviter le processus référendaire pour une indemnité
d'expropriation.
Nous croyons, à la ville de Mascouche,
effectivement qu'une décision du Tribunal administratif du Québec devrait être
considérée comme un jugement pour éviter ce processus-là. Comme je le
mentionne, on n'a pas eu de problématique particulière à la ville de Mascouche,
mais on profite de l'occasion de discuter du projet de loi pour... qui a aussi
un but de faciliter les débats et faciliter aussi... accélérer le processus. Eh
bien, là, c'est pour accélérer le processus d'indemnisation, si on peut juste
aller chercher l'approbation du ministère comme pour un autre jugement, on
croit que ce serait un amendement profitable au projet de loi.
M. Tremblay (Guillaume) : Si vous me
permettez, M. le député, j'ai rapidement un exemple, une ville...
Président (M. Jacques) : Merci beaucoup, ça... Merci beaucoup, ça termine
l'intervention avec l'opposition officielle.
Je cède maintenant la parole au deuxième groupe d'opposition, en l'occurrence
au... à M. le député de Taschereau.
M. Grandmont : J'ai combien de
temps, M. le Président?
Le Président (M. Jacques) : Pour
quatre minutes.
M. Grandmont : Merci beaucoup. Donc,
on a quatre minutes. Merci, M. le Président.
M. Chabot, M. Champagne, M. le maire Tremblay,
content de vous retrouver. Merci pour votre présentation, votre mémoire, c'est très important, évidemment.
Je vous amènerais peut-être sur deux éléments. Le premier concerne un
élément, là, que la CMM nous a proposé, le fait de pouvoir exproprier... donner
les pouvoirs expropriants à une ville pour
aller récupérer une terre agricole qui n'aurait pas été exploitée dans les
trois dernières années. Il y a un territoire agricole assez important,
là, dans votre... dans votre ville, évidemment. Donc, je voulais savoir est-ce
que vous êtes d'accord avec cette proposition-là proposée par la CMQ... la CMM,
pardon.
M. Tremblay (Guillaume) : Bien,
honnêtement... La CMM, écoutez, on ne s'est pas arrêtés là-dessus, mais, je
veux dire, ça pourrait être quelque chose d'intéressant à évaluer. Tu sais,
cependant, il faut comprendre tout le personnel puis le temps qu'on aurait...
Puis je comprends l'objectif derrière. Maintenant, c'est le... comme on dit, le
jus de bras qu'il faudrait avoir pour nous
accompagner, mais, si on veut manger... continuer à manger local, clairement,
il faut s'assurer que nos terres agricoles sont en exploitation. Donc, sur le
principe, on est d'accord. Maintenant, c'est sur le comment qu'on pourrait y
arriver. Clairement, on aurait besoin d'aide, là, mais on n'est pas
nécessairement en désaccord.
M. Grandmont : Parfait. Merci pour
votre réponse.
L'autre chose que je voulais aborder avec vous
aussi touche, là, les articles 170, 171, les expropriations déguisées. Je
pense que, dans le fond, c'est peut-être une question de clarification que j'ai
besoin, là... une clarification que j'ai besoin de votre part. Si, d'un côté,
vous demandez l'immunité pour toute action qui serait posée par la ville de
Mascouche en concordance avec les orientations gouvernementales puis le
schéma... puis le PMAD puis le schéma... PMAD, oui, c'est ça, PMAD, puis le
schéma, est-ce que...
Donc, vous voulez l'immunité mais, de l'autre
côté, un fonds qui permettrait de dédommager les expropriés, en fait, pour ces mêmes actions là pour lesquelles
vous avez une immunité. Ça fait que j'ai de la misère à comprendre la mécanique
entre les deux. Si on a une immunité, en quoi on a besoin d'un fonds pour
dédommager?
M. Turcot (Charles) : En fait, c'est
notre position qu'on veut quand même que l'exproprié puisse avoir une juste
valeur pour sa propriété et, de l'autre côté, on mentionne que ce n'est pas à
la municipalité de payer. Donc, l'immunité éviterait de recevoir des
poursuites, mais quand même cet exproprié-là pourrait se tourner vers un fonds,
parce que, lui, qu'est-ce qu'il va prétendre, c'est que la réglementation a un
effet équivalent à l'expropriation, donc ne pourrait pas poursuivre la ville
mais pourrait quand même se tourner vers un fonds pour être indemnisé selon la
juste valeur marchande de son terrain. Donc, c'est la position de la ville à ce
niveau-là.
On n'a pas
été en profondeur sur la rétroactivité de la loi, on n'a pas soumis un point
particulier à ce niveau-là parce qu'on voyait qu'il y avait des
positions divergentes et on n'était pas en mesure de se positionner exactement
qu'est-ce qu'on pensait sur la rétroactivité, mais on croyait que c'était quand
même une bonne idée sur l'indemnité. Mais on pense important de penser à la personne
expropriée quand même, qui doit recevoir une juste valeur marchande, de
là l'idée du fonds.
Grandmont : D'accord. Est-ce que vous... est-ce que vous avez envisagé
également, dans vos réflexions, là... je comprends qu'il n'y a rien d'arrêté
précisément, mais que ce fonds-là aussi ait une valeur rétroactive?
M. Tremblay
(Guillaume) : Écoutez, il va falloir clairement, avec tous les
dossiers qui sont en cours présentement...
Tu sais, si vous faites juste regarder les dossiers des golfs à travers le
Québec, là, même le gouvernement du Québec est mis en cause, c'est à peu
près pour 500 millions de dollars, présentement, qu'on est poursuivis
pour expropriation déguisée. Donc, il y a une réalité, et il va falloir...
parce que sinon, là, c'est collectivement... Comment qu'on va y arriver?
Grandmont : OK. Parfait. Bien, je vous remercie pour ces
précisions-là. Je vous remercie encore pour votre mémoire, c'est très
éclairant. Et puis, bien, au plaisir.
M. Tremblay
(Guillaume) : Merci à vous.
Le Président (M.
Jacques) : Merci beaucoup de... pour votre participation à la
commission.
On va suspendre
quelques instants pour faire place au prochain groupe. Merci beaucoup.
(Suspension de la séance à
12 heures)
Le Président (M.
Jacques) : Je souhaite la bienvenue maintenant à L'Institut de
développement urbain du Québec. Je vous
rappelle que vous disposez de 10 minutes pour faire votre exposé avant de
débuter les échanges avec les membres de la commission.
Mme Melançon
(Isabelle) : Alors, merci, M. le Président. Mme la vice-première
ministre, ministre des Transports et de la
Mobilité durable, MM, Mmes les députés, je suis très heureuse d'être parmi vous
aujourd'hui pour cette commission parlementaire.
Avant d'entrer dans
le vif du sujet, j'aimerais d'abord vous présenter les personnes qui
m'accompagnent, donc, Me Adina Georgescu,
qui est associée au cabinet d'avocats Miller Thomson; et Me Luc Gratton,
également avocat chez Miller Thomson. Je tiens à les remercier
particulièrement d'avoir accepté d'être à mes côtés aujourd'hui et je tiens
également à souligner le travail exceptionnel qu'ils ont fait dans l'analyse du
projet de loi n° 22. Comme je le mentionnais, la ministre, dans ses
remarques préliminaires, en début de cette consultation particulière... le
projet de loi n° 22 répond aux demandes répétées des instances municipales
qui souhaitent essentiellement réduire les coûts d'expropriation, mais la
ministre a aussi mentionné vouloir chercher l'équilibre entre expropriants et
expropriés avec cette réforme.
Je tiens à la
rassurer, nous aussi, nous souhaitons que soit respecté l'équilibre entre les
droits et obligations de l'expropriant et ceux de l'exproprié. Malheureusement,
non seulement le projet de loi n° 22 ne préserve pas cet équilibre fondé
sur plus de 100 ans de jurisprudence, il fait exactement le contraire. Si
le projet de loi devait être adopté tel
quel, cela se traduirait en un déséquilibre important à l'avantage de
l'expropriant qui deviendrait, en quelque sorte, juge et partie. Nous
sommes donc ici pour exprimer le point de vue de la
partie expropriée, qui, je
le souligne au passage, n'a jamais été consultée au moment de l'élaboration de
ce projet de loi. En effet, seuls les représentants de la
partie expropriante
ont été consultés.
Ce qui devait
initialement être un exercice visant à uniformiser la procédure
d'expropriation, pour en réduire les délais,
se conclut avec un projet de loi qui propose de nouvelles règles en matière
d'indemnisation des expropriés. Uniformiser la procédure d'expropriation
était souhaité et faisait consensus, faire table rase sur plus de 100 ans
de jurisprudence en modifiant les règles d'indemnisation, certainement pas.
Nous sommes d'avis que toute réforme de la loi devrait respecter l'équilibre
entre les droits et les obligations de l'expropriant et ceux de l'exproprié
tant à l'égard de la procédure d'expropriation qu'à l'égard de l'indemnisation.
Nous avons donc pris le soin d'analyser le projet
de loi
article par
article afin de formuler des recommandations qui visent à
rétablir cet équilibre et ainsi s'assurer que les réformes puissent se
faire tout en respect des droits de l'exproprié.
Mme la ministre,
saviez-vous que plus de 90 % des dossiers d'expropriation au Québec se
règlent hors cour, preuve que le mécanisme actuel fonctionne? Est-ce qu'il est
perfectible? Absolument. Mais pour solutionner des cas d'exception, est-ce
vraiment nécessaire de créer un déséquilibre à l'avantage unique de
l'expropriant en enlevant des droits aux expropriés? Certainement pas. Dans les
faits, l'expropriation constitue déjà l'atteinte la plus radicale au droit de
propriété. Il s'agit d'un pouvoir extraordinaire, un pouvoir d'exception dans
une démocratie. Sa contrepartie doit être le
paiement d'une juste indemnité qui tient compte du préjudice infligé.
Exproprier, c'est d'abord confisquer. Le citoyen
exproprié est dépouillé de son bien contre son gré. Un exproprié, c'est un
propriétaire qui ne demande pas à vendre, mais que l'on achète malgré lui.
Alors, ce n'est pas un prix, c'est une indemnité qui lui est due.
La loi actuelle
définit l'indemnité en termes simples et courts : «L'indemnité est fixée
d'après la valeur du bien exproprié et du préjudice directement causé par
l'expropriation.» En clair, une indemnité doit permettre au citoyen frappé par
l'expropriation de se procurer une chose absolument semblable. Le projet de loi
n° 22 retire des droits à l'exproprié. Il va à l'encontre de la règle
fondamentale d'une juste indemnité énoncée à l'article 952 du Code civil du Québec et balaie, du même coup, près
de 100 ans de jurisprudence des tribunaux canadiens et québécois. En
retirant des droits à l'exproprié, le projet de loi n° 22 marque un
recul historique du droit de propriété.
J'aimerais, à
présent, dire quelques mots sur l'argumentation développée par certains groupes
de la
partie expropriante lors de leur passage devant cette commission. En
laissant entendre que les entrepreneurs immobiliers s'enrichissent en faisant...
en se faisant déposséder de leurs biens, ils leur font subir un procès
d'intention. Mme la ministre, les membres de L'Institut du développement
urbain, que je représente aujourd'hui, sont des femmes et des hommes qui ont la
fibre entrepreneuriale, qui développent des projets, qui bâtissent des
quartiers, des milieux de vie, des habitations, dont nous avons besoin plus que
jamais. Ils ne sont pas de méchants spéculateurs sans scrupule, comme voudraient nous faire croire certains
groupes d'expropriants. Et j'ajouterais qu'avec ce genre de logique certains
expropriants remettent également en doute l'impartialité des juges car,
lorsqu'il y a litige, c'est le rôle du tribunal de fixer une juste indemnité permettant à l'exproprié de reconstituer son patrimoine,
comme il l'était avant de se faire confisquer, sans être appauvri ni
injustement enrichi aux dépens des fonds publics.
Dans sa version
actuelle, le projet de loi n° 22... du projet de loi n° 22, Québec se
trouve à faire cavalier seul et deviendrait l'endroit le plus restrictif au
Canada. C'est un mauvais signal qu'on envoie aux investisseurs d'ici et
d'ailleurs. Dans notre mémoire, on démontre de façon claire que, contrairement
à ce qu'avancent certains groupes expropriants pour justifier la modification
des règles entourant l'indemnisation, les lois des autres provinces n'ont pas tenté de modifier le concept de l'usage le
meilleur et le plus profitable. Il demeure toujours le principe fondamental
en... en matière, dis-je, d'indemnisation, principe qui est confirmé par la
jurisprudence de ces provinces.
Donc, ne pas accorder
une juste et pleine indemnisation au propriétaire serait non seulement injuste
et abusif, mais cela porterait également atteinte à l'attractivité économique
du Québec. Pourquoi un propriétaire voudrait-il investir au Québec s'il risque de ne pas être pleinement indemnisé en
cas d'expropriation? En pleine crise du logement, l'objectif devrait
être de sécuriser les investissements privés, notamment dans le contexte où la
SCHL estime que le Québec a besoin de 860 000 logements de plus,
d'ici 2030, pour rétablir l'équilibre et l'abordabilité, ce qui veut dire qu'il faudrait construire plus de
120 000 logements de plus par année. Le problème, c'est qu'en même
temps plusieurs facteurs conjoncturels haussent.
Donc, on vit
actuellement des facteurs conjoncturels autres, notamment la hausse du taux
directeur, les coûts de construction, des conditions de prêt. Tout ça a plombé
la construction résidentielle. Cette année, elle connaît ses pires résultats en
plus de 20 ans avec une baisse des mises en chantier d'autour de
50 %. Le résultat? Seulement 35 000 logements auront été
construits en 2023. On s'éloigne donc dangereusement de la cible qui vise à
rétablir l'équilibre et l'abordabilité. Devant une telle situation, le
gouvernement devrait mettre en place urgemment des incitatifs permettant la construction d'unités dans les plus brefs
délais plutôt que de débattre de la dépossession rapide et à rabais des
biens des entrepreneurs immobiliers.
Maintenant,
j'aimerais entretenir la commission des changements proposés dans les règles
procédurales. Si l'un des objectifs du projet de loi est d'accélérer
l'expropriation pour permettre de réaliser plus rapidement des projets publics,
l'IDU soumet respectueusement que la réforme des règles d'expropriation
proposée ici ne permettrait pas d'atteindre ce but. Au contraire, ces nouvelles
règles auraient pour effet de rendre le processus substantiellement plus lourd
et rigide, multipliant les étapes procédurales et allongeant, par le fait même,
les délais. Cela aurait pour conséquence
d'ajouter une pression supplémentaire sur les tribunaux, déjà débordés. Et, je
le rappelle, 90 % des dossiers d'expropriation actuellement se
règlent hors cour. Plusieurs dispositions du projet de loi font en sorte
d'accorder un pouvoir extraordinaire à l'expropriant.
Le premier élément
sur lequel je veux insister est la fixation d'un délai de trois ans aux fins
d'établir l'usage le meilleur et le plus profitable à l'article 87. Ce
délai est arbitraire et inapproprié quand on sait que les autorités expropriantes, les gouvernements supérieurs et les
municipalités sont largement responsables des délais pour autoriser des projets immobiliers, délais d'ailleurs qui ne
cessent de s'allonger depuis quelques années. Avec le projet de loi n° 22,
on place notamment les municipalités dans une situation privilégiée puisque ce
sont elles qui autorisent au préalable toute modification de zonage et qui
octroient les différents permis nécessaires à la réalisation de projets
immobiliers, situation dans laquelle une ville se trouverait à être ainsi juge
et partie. Le projet de loi autoriserait dorénavant les villes qui souhaitent
exproprier un propriétaire de modifier le zonage du terrain au préalable, de
sorte à en diminuer la valeur aux fins du calcul de l'indemnité due aux
propriétaires expropriés.
Le deuxième élément
concerne les dépenses d'un exproprié... qu'un exproprié peut engager. À
l'article 74 du projet de loi,
l'expropriant se voit octroyer un droit de regard, un droit de désaccord, ainsi
qu'un droit de s'adresser au TAQ à l'égard des dépenses que souhaite
engager l'exproprié et qui sont liées à une indemnité que celui-ci entend
réclamer.
Alors, je serai tout
à fait disponible pour répondre à vos questions, M. le Président. Je vois que
le temps manque, mais, en définitive, le
projet de loi n° 22 donne la capacité aux villes de devenir juge et
partie. Merci. Je suis prête à répondre à vos questions.
Président (M. Jacques) : Merci beaucoup pour votre présentation. Je cède
maintenant la parole à Mme la ministre pour une période de
15 min 40 s.
Mme Guilbault : Oui,
merci beaucoup, M. le Président. Merci, Mme Melançon et les personnes qui
vous accompagnent. Merci d'être ici. Je ne sais pas si les personnes en arrière
vous accompagnent aussi, mais donc tous les membres de l'institut présents...
Merci beaucoup d'être avec nous et d'apporter ce point de vue là, parce que
vous l'avez dit, là, et on a eu beaucoup de
représentants issus du milieu municipal, et on a eu l'UPA, on a eu divers
groupes, et ils étaient tous favorables au projet de loi, sauf peut être
l'Ordre des évaluateurs agréés, quoiqu'il se disait favorable, mais avec
plusieurs bémols.
Mais bref, tout ça
pour dire que vous amenez un point de vue... un point de vue différent, donc
c'est très intéressant. Et vous avez raison de dire que, mon souci, puis je
crois qu'il est partagé par tout le monde autour de la table, sans vouloir leur mettre de mots dans la bouche, c'est la
recherche de l'équilibre entre l'expropriant, l'exproprié. Et le
principe de l'expropriation dit qu'on ne devrait ni s'enrichir ni s'appauvrir
lors d'une expropriation. Donc, c'est ce qu'on se propose de faire avec le
projet de loi, et notre sensibilité... Évidemment, nous, on est au
gouvernement, donc, un peu comme les villes d'ailleurs, on a cette pression de
pouvoir livrer des projets pour nos citoyens dans des délais et des coûts qui sont les plus raisonnables possible. C'est
vraiment ce qu'on a. C'est la principale préoccupation qui est derrière
ce projet de loi là.
Et vous le savez,
ayant été vous-même une élue qui attendait après des projets dans votre
circonscription dans le passé, vous savez que notamment les expropriations, pas
seulement ça... Et vous avez dit à juste titre, là, les paramètres
conjoncturels sont à la hausse. Il y a toutes sortes de paramètres
conjoncturels qui sont complexes pour plein
de raisons dans le monde en ce moment, mais il reste que l'expropriation, c'est
une loi qui relève du gouvernement, sur laquelle on a une emprise, et
beaucoup de délais actuellement, et beaucoup de coûts. Une
partie importante
des coûts, dans les projets d'infrastructure, sont liés aux procédures
d'expropriation qui sont lourdes, qui sont longues et qui ouvrent la porte à
des coûts. Et là on regardait, là, on a plusieurs exemples de projets où les
coûts ont explosé, notamment à cause des
expropriations. Puis là, dernièrement, il y avait un
article à Sherbrooke, le
pont Grandes-Fourches, où on évaluait les coûts d'expropriation à
3 millions, qui sont rendus à 14 millions au moment où on se parle.
Alors...
Et je sais que vous
dites que les propriétaires sont là pour faire du développement, sont là pour
la bonne cause, pour faire des projets pour nos citoyens, ils ne sont pas là
pour s'enrichir, et tout ça, mais... Et je vous donne un autre exemple, la CMM
qui est venue la semaine dernière, qui nous disait : Nous, en ce moment...
Puis vous savez aussi que les villes sont prises avec... bien, prises, c'est-à-dire...
sont partenaires dans l'atteinte d'objectifs environnementaux, 30 %
d'aires protégées, et tout ça. Alors, ils disaient : Nous, la CMM, en ce
moment, on a un lot de terrains qu'on
évalue, nous, à 68 millions, et les propriétaires l'évaluent à 504 ou
508 millions. Alors, déjà là, il y a un delta qui est de la plus grande importance, à la plus grande
incidence financière. Donc, je pourrais vous donner toutes sortes
d'exemples comme ça.
Mais donc, comment
est-ce qu'on concilie votre point de vue sur la chose avec la réalité du fait
que, dans la vraie vie, les projets coûtent cher? Et la STM était ici hier, on
est en plein prolongement de la ligne bleue après tant d'années, puis une des choses qui fait que c'est si long, c'est
justement les procédures d'expropriation, entre autres, et eux estiment à
13 % du coût du projet lié aux expropriations. Donc, sur un projet évalué
actuellement à 6,4 milliards, c'est 832 millions en
expropriation. Une
partie de ça continuerait d'être déboursée même avec la
nouvelle loi. C'est ce que je dis toujours, les chiffres ne tomberont pas à
zéro, mais on peut penser que ça serait moindre. Donc, comment est-ce que vous conciliez le point de vue que vous
amenez avec la réalité du fait que, dans plein de projets d'infrastructure, ça
fait exploser les coûts et les délais?
Mme Melançon
(Isabelle) : Bien, je vais le répéter, parce que je pense que c'était
important qu'on se le dise ici, là, 90 %, même 93 %, j'ai lu chez les
évaluateurs, des cas d'expropriation se règlent de gré à gré. Je ne pense pas
que ce soit... puis tout à l'heure, vous disiez avec justesse, Mme la ministre,
que les entrepreneurs immobiliers sont là
pour faire du développement. Quand on dit : Ils ne sont pas là pour
s'enrichir, ils sont là pour s'enrichir, bien sûr, on est dans un modèle
capitaliste, mais ils ne sont pas là pour s'enrichir sur le dos des
contribuables. Ce n'est pas en faisant de l'expropriation qu'ils
s'enrichissent, c'est en faisant des projets.
Donc,
ce qu'on entend, là, actuellement, puis c'est ce qui est très difficile pour
les membres de L'IDU, bien entendu, c'est de croire que les expropriés,
donc les propriétaires actuellement, sont assis puis ils attendent la parade
pour faire de l'argent. Je veux juste vous
dire, les promoteurs, ils font des sous quand ils font des projets, pas quand
ils attendent pour être expropriés. Ça, c'est totalement faux de croire
ça. Est-ce que les promoteurs, actuellement, veulent voir du développement, du
développement, par exemple, pour du transport en commun? La réponse, c'est oui.
La réponse, c'est oui. Tout le monde est pour la vertu, là, honnêtement, tout
le monde veut avoir des projets. Est-ce que cela va diminuer les coûts? Vous
parliez de 13 % tout à l'heure. Est-ce qu'on va tomber à moins de
13 %? Et je vous le rappelle, là, vous êtes en train de faire un projet de
loi pour 7 % de cas d'exception qui se retrouvent devant les tribunaux
actuellement.
Alors,
nous, ce qu'on veut principalement, c'est que ça ne se fasse pas sur le dos des
propriétaires. L'équilibre dont vous parliez tout à l'heure, Mme la
ministre, là, avec lequel je suis tout à fait d'accord, on ne le retrouve pas
versus le projet de loi, versus la loi de 1973, dans lequel il y avait des
droits pour les expropriés. Ces droits-là, on ne les retrouve plus à
l'intérieur du projet de loi n° 22 et, à un moment
donné, nous, on veut surtout faire valoir qu'on a un besoin d'équilibre, mais on a aussi un besoin de stabilité. Parce qu'actuellement
vous parliez avec justesse de la crise du logement qui sévit,
honnêtement, au Canada... au Canada, le Québec va être le plus restrictif, et
ça, ça va faire fuir certains investisseurs. Qu'ils soient du Canada, qu'ils
soient du Québec, ça va faire... il va y avoir une fuite, malheureusement, dans nos capitaux qui vont se
faire, alors que c'est maintenant qu'on a besoin d'argent, c'est maintenant qu'on
doit sortir du logement de terre.
Mais
à partir du moment où il y a des propriétaires qui vont regarder ça puis qui
vont dire : Là, attends un petit peu,
là, au Québec, c'est là où c'est le plus dangereux, où on peut se faire
exproprier avec une perte de droits, bien, c'est certain qu'il va y
avoir une fuite de capitaux. Est-ce que vous aviez d'autres choses à ajouter,
Me Gratton?
M. Gratton
(Luc) : Je veux juste juste dire la chose suivante : ce n'est pas
en faisant l'économie de payer la juste indemnité à des propriétaires de façon
à ce que des projets coûtent moins cher que l'on va atteindre l'objectif désiré. Il y a un principe qui est celui de la
valeur à l'exproprié, qui veut que l'exproprié soit replacé dans la même
situation au terme de... en vertu... par l'indemnité qu'il l'était avant
d'être exproprié. Ce principe-là, il est attaqué de plusieurs façons dans le projet de loi, et ces attaques-là
visent à réduire les coûts. Mais ce n'est pas en réduisant les coûts que l'on
atteint la justice, et on va avoir toutes sortes d'effets pervers qui vont
résulter de cette situation-là.
Je reprends votre
exemple. Je ne connais pas l'exemple du pont de Grandes-Fourches. Je ne sais
pas si le 3 millions, c'est une mauvaise estimation de départ. Ce que je
sais, c'est que, si ça coûte 14 millions, selon les règles que l'on a
actuellement, bien, c'est parce que ça vaut 14 millions. Et, si on veut
réaliser le projet, bien, ça va être 14 millions, de la même façon que, si
les coûts de construction augmentent sur le marché, on peut bien trouver ça
déplorable, mais ce sont les coûts sur le marché et on doit vivre en fonction
de ça.
Dans la
loi sur
l'expropriation, il y a une notion de justice qui est fondamentale, la règle de
la valeur à l'exproprié. Le but, l'objectif de le mettre dans la même situation
où il était, s'il n'avait pas été exproprié, ce but-là est fondamental, et il
existe depuis plus de 100 ans, et on ne devrait pas le supprimer juste
pour faire des économies. Il y a une
question de justice et d'équité fondamentale entre les corps publics
expropriants et les expropriés. Et ce ne sont pas que les développeurs
dont on doit parler, ce sont tous les expropriés, tous les expropriés, et
malheureusement, il y a beaucoup de gens qui ne sont pas représentés par des
organisations... vont être dans cette situation-là.
Et, comme dit
Mme Melançon, en pratique, il va y avoir... ça va avoir des impacts sur le
marché immobilier, parce que sachant que, si vous risquez d'être exproprié,
vous n'allez pas être payé le montant que ça prend pour vous replacer dans la
même situation, bien, c'est bien sûr qu'il y a des investissements qui ne se
feront pas. Voilà.
Mme Georgescu
(Adina-Christina) : Si je peux juste rajouter peut-être un point. Si
on se compare aux autres juridictions, justement, en parlant de l'attractivité
du Québec, pour les investissements, les autres juridictions canadiennes, pour
la plupart, à
titre d'exemple, l'Ontario et la Colombie-Britannique ont un
régime de compensation d'indemnisation de l'exproprié qui ressemble à ce qui
est actuellement en place au Québec, donc, une valeur à l'exproprié pour
l'indemniser entièrement du préjudice subi en raison de l'expropriation. Donc,
certainement, les investisseurs qui se trouvent dans une situation à devoir
choisir entre une juridiction comme le Québec, avec un projet de loi qui est beaucoup plus restrictif, versus l'Ontario, la
Colombie-Britannique ou une autre juridiction canadienne, le choix ne
sera pas très, très, très difficile à faire.
Guilbault : Oui, merci. J'aurais eu
d'autres questions, mais je vais laisser le reste de mon temps à ma collègue de
Châteauguay. Merci.
Le Président (M.
Jacques) : Merci, Mme la ministre. Donc, je cède la parole à la
députée de Châteauguay pour 5 min 40 s.
Mme Gendron :
Merci beaucoup. Bonjour, Mme Melançon, Me Gratton, Me Adina.
Bienvenue chez vous, Mme Melançon. En fait,
j'ai bien entendu ce que vous avez parlé, et puis vous parlez beaucoup de
logement, oui, ça a une importance capitale. Par contre, on a eu
plusieurs groupes qui nous ont confirmé que c'est certain qu'ils préfèrent faire des ententes gré à gré avec les expropriés.
Vous l'avez même confirmé en disant qu'il y a 93 % des gens qui font... la
majorité des expropriations se font hors cour. Donc, il resterait... bon, hors
cour, de gré à gré, il resterait comme un 7 %.
Moi,
j'aimerais savoir, dans des... on parle de logement, mais, dans des situations
comme, mettons, le corridor vers Châteauguay-Léry, qu'est-ce que vous
répondez aux municipalités ou aux groupes environnementaux qui veulent protéger
ces lieux de biodiversité et ces terrains verts là? Qu'est-ce que vous leur
répondez à ces groupes-là?
Mme Melançon
(Isabelle) : Bien, il y a deux cas, puis je connais un peu le projet
dont vous parlez. Actuellement, là, ça ne peut pas... tout ne peut pas se faire
sur le dos des propriétaires. Tout ne peut pas se faire sur le dos des
propriétaires. Quand on parle d'un projet collectif, bien, je pense que c'est
collectif. À partir du moment où il y a des ententes qui peuvent être faites...
puis vous avez raison de rappeler que c'est 93 % des ententes qui se font
de gré à gré, l'autre 7 %, il se règle où? Il se règle devant le Tribunal
administratif, et ce n'est pas l'exproprié qui règle, qui donne... qui fait un
boulier, là, puis qui sort les chiffres. C'est un juge qui prend une décision
quant à la valeur.
Alors, honnêtement,
au moment où on se parle, actuellement, s'il y a 7 % des cas qui se
retrouvent devant les tribunaux, il faut
faire confiance aux juges qui actuellement regardent la loi, font les
évaluations. Me Gratton, je pense que, sur les 7 %, ce n'est
pas toujours en gain de cause pour les expropriés, n'est-ce pas?
M. Gratton (Luc) : Bien, pas du tout, parce
que le tribunal, puis la jurisprudence, le principe de base, de remettre
l'exproprié à la même situation, on dit bien, dans la jurisprudence, «sans
l'appauvrir ni l'enrichir injustement». Alors, on cherche justement à lui donner le juste montant
qui va le compenser, mais qui ne le compensera pas d'une façon qui est excessive.
Les tribunaux sont extrêmement préoccupés par la
question de la double indemnisation par la question de la spéculation. Ne pensez pas qu'ils sont là pour
récompenser la spéculation. Les principes qui sont élaborés par la jurisprudence, depuis 100 ans, ne visent pas à
encourager la spéculation, ils visent à engager une juste indemnité. Et la
juste indemnité, c'est celle qui récompense l'exproprié du plein potentiel de
son immeuble, mais d'un potentiel qui est
réalisable, qui est probable, d'un préjudice qui a vraiment été causé par
l'expropriation, sans l'enrichir. Et donc il y a une préoccupation pour
le coût collectif, et ça existe depuis 100 ans, et c'est ça, notre
jurisprudence.
Mme Melançon (Isabelle) : Et si je
peux simplement ajouter, il y a toute la procédure aussi qui... dans le projet de loi n° 22 qu'on va devoir revoir.
Donc, je dirais aux citoyens là-bas : Ça va être encore plus long avec le
projet de loi n° 22, parce que, savez-vous quoi, le 7 %, actuellement,
qui se retrouve devant les tribunaux, bien, le chiffre ne va pas
gonfler, là, il va exploser. Me Georgescu, probablement que vous pourriez...
vous pourrez donner plus de détails à Mme la députée.
Mme Georgescu (Adina-Christina) : Absolument,
je peux le faire tout de suite. Effectivement, à travers certaines des nouvelles règles qui sont
introduites, du point de vue procédural, dans le nouveau projet de loi, on pense faire accélérer le processus. Et, quand je parle du
processus, je parle du processus de l'instance d'expropriation, donc
devant les tribunaux. Mais, contrairement à cet objectif que l'on essaie
d'atteindre, je pense qu'on réussit à faire exactement le contraire.
Quelques exemples concrets. En vertu de
l'article 108 du projet de loi, on permet au tribunal administratif de
traiter des questions incidentes qui sont essentielles pour la détermination de
la... de l'indemnité définitive à laquelle l'exproprié aura droit. Ce que ça
veut dire en pratique, c'est que le tribunal administratif pourra être saisi,
pendant l'instance d'expropriation, de certaines questions fondamentales,
comme, par exemple, la détermination de l'usage le meilleur et le plus profitable, qui sert à déterminer la valeur
marchande de la propriété qui est expropriée, et d'autres sujets qui
sont d'aussi grande importance : déterminer la valeur marchande elle-même,
déterminer les chefs de réclamation de chaque type d'indemnités, selon le cas,
qui sera applicable.
Et, en ayant ce type de petits procès à
l'intérieur de l'instance d'expropriation, on est en train de créer des débats
additionnels qui vont, d'une part, lier les parties rendues au procès au fonds
pour l'indemnité définitive, alors que le
tribunal n'a pas entre les mains, au moment de rendre sa décision interlocutoire
incidente, toute la preuve nécessaire, et
d'autre part, à cause des délais d'appel, on pourrait se retrouver à être
devant les tribunaux, des instances supérieures également, pendant
plusieurs, plusieurs années.
Président (M. Jacques) : Merci beaucoup. Ceci termine la période d'échange
avec la
partie gouvernementale. Je cède maintenant la parole au député
d'Acadie pour 12 min 23 s.
Morin : Merci. Merci, M. le Président. Alors, bonjour.
Merci. Merci d'être là. Merci de nous éclairer et merci pour votre
mémoire. Merci de nous donner, finalement, un éclairage différent, parce que ce
qu'on a entendu jusque maintenant, c'était quand même assez unanime.
Je trouve les considérations que vous apportez
particulièrement intéressantes. En fait, il y a l'Ordre des évaluateurs agréés
du Québec qui, eux aussi, bon, enfin, ont mis un peu en garde le législateur.
Ils ont dit par ailleurs que le projet de loi n'était pas mauvais, mais qu'il
pouvait être... il était perfectible. Puis évidemment, bien, vous le savez, c'est ça, le rôle d'un législateur,
c'est-à-dire de s'assurer qu'un projet de loi va être juste, qu'il va y avoir
un équilibre. Puis c'est particulièrement vrai, je vous dirais, pour
l'opposition officielle parce que ça nous permet d'inviter le gouvernement à
regarder différents aspects d'un projet de loi.
La question que j'ai pour vous... parce
qu'évidemment moi aussi, je recherche l'équilibre, mais on veut que personne ne
s'enrichisse indûment puis on ne veut pas que les gens s'appauvrissent non
plus. Il est très probable que, compte tenu
de la majorité gouvernementale, ce projet de loi soit adopté. Ça, je pense que
ce n'est pas une grosse vérité que je viens de sortir là. Là, d'après
vous, quel est le point le plus critique qui devrait être modifié, amendé, avec
le projet de loi, pour qu'on soit capables
de rétablir un équilibre? Parce que ce que vous nous dites, au fond, c'est que
ça crée un déséquilibre.
Mme Melançon (Isabelle) : Bien,
merci. Merci pour cette question. J'attirerais votre attention, si vous me
permettez, M. le député, sur deux articles.
Article
L'article 87, dans le
fond, permet dorénavant à un expropriant de modifier un zonage au préalable
pour diminuer la valeur pour le calcul de l'indemnité. Ça, honnêtement, ça
s'appelle, le «planning blight», ce qui est interdit actuellement. Dans
l'actuel projet de loi, ça va donner, donc... ça va permettre, puis on va le
dire, là, aux municipalités de changer des
zonages pour être sûres de pouvoir payer moins cher une indemnité. Donc,
l'article 87... puis je vais laisser les avocats peut-être aller un
peu plus loin.
L'article
L'article 74, c'est sur les dépenses autorisées pour... par l'expropriant
pour l'exproprié. Honnêtement, là, on
parle non seulement d'un recul quant au droit de propriété, mais en plus de ça,
on parle d'un recul pour les droits de...
d'un propriétaire d'avoir des avis de professionnels pour pouvoir... parce
qu'on va se le dire, là, ma mère qui se fait exproprier demain matin,
là, elle, elle ne connaît pas la loi, elle va avoir besoin d'avoir des
professionnels autour d'elle, mais elle va devoir demander la permission à
l'expropriant avant de pouvoir décider de donner un contrat à un professionnel
qui va pouvoir l'accompagner. Ça, honnêtement, c'est du jamais-vu.
Donc,
sur l'article 87, sur l'article 74, je vous dirais que c'est les deux
points de déséquilibre majeurs. Il y en a plusieurs autres, là, je vais
vous laisser le soin de bien éplucher le mémoire qu'on vous dépose, mais
assurément, à cause de ça, la finalité,
c'est qu'il va y avoir un recul quant à l'attractivité économique du Québec. Et
ça, c'est important. Ça, honnêtement, on ne peut
pas perdre ça de vue actuellement, là. Quand on sait que le Québec va devenir,
donc, le plus exigeant en matière de processus d'expropriation, à un moment
donné, ça, il y a des gens qui vont se gratter la tête puis qui vont dire : Bien, des investissements, on va
peut-être les faire ailleurs qu'au Québec, alors qu'on est dans une
crise du logement, alors qu'on a besoin de montants importants actuellement
pour pouvoir permettre de lever des logements un peu partout, parce que la
crise du logement n'est pas uniquement à Montréal, n'est pas uniquement à
Québec, est dans toutes les régions du Québec. Me Georgescu.
Mme Georgescu
(Adina-Christina) : Si je peux me permettre, relativement au «planning
blight» auquel Mme Melançon vient de faire référence, je veux juste faire
une... un comparatif avec d'autres juridictions.
La Colombie-Britannique,
dans sa
loi sur l'expropriation, exclut expressément, à l'article 33, la
possibilité pour le tribunal de tenir compte, dans la fixation de l'indemnité à
l'exproprié, des démarches du corps expropriant pour changer les usages, changer le zonage, changer les règles en place
afin de notamment réduire la valeur de la propriété en vue de
l'expropriation. Le «planning blight» est textuellement et expressément
interdit par la législation de la Colombie-Britannique.
En Ontario, la
situation est très similaire, quoique pas aussi expresse dans la loi. Les
tribunaux, depuis des années, des dizaines
d'années, sont au même effet : le «planning blight» est une pratique qui
est interdite. Et on ne tient pas
compte des démarches antérieures à l'expropriation prises par le corps expropriant
pour changer les règles, changer les usages autorisés afin d'essayer de
réduire la valeur lors de la fixation de l'indemnité définitive à l'exproprié.
Donc, je vous dirais,
si on compare avec les autres juridictions, le Québec serait, avec ce nouveau
projet de loi, le plus restrictif.
M. Morin : Dans la loi... enfin, le projet de loi, on parle
de la «juste valeur marchande», mais avec ça, bien là, il arrive un
cadre qui va venir baliser les indemnités. Est-ce que je me trompe, si, dans
d'autres juridictions au Canada, notamment en Ontario, en Colombie-Britannique,
on parle aussi de la «juste valeur marchande»?
Mme Georgescu
(Adina-Christina) : Je peux y aller. Tout à fait, on parle de la
«juste valeur marchande» dans ces autres juridictions également. Mais la juste
valeur marchande est toujours calculée sur la base du même principe, l'usage le
meilleur et le plus profitable, selon l'interprétation qui en est faite
aujourd'hui au Québec par nos propres tribunaux. C'est un principe de base
fondamental qui est applicable à travers le Canada et depuis des... une
centaine... plus d'une centaine d'années, comme le mentionnait Me Gratton
tout à l'heure et Mme Melançon dans ses mots introductifs. Ce n'est pas quelque
chose qui est hors de l'ordinaire. Même si on utilise le terme «valeur
marchande», la valeur marchande est basée sur des principes d'évaluation
foncière, d'évaluation...
Quand on parle de
l'ordre des évaluateurs du Québec, c'est à eux qu'on fait référence. C'est un
principe d'évaluation qui est utilisé pour fonder cette valeur marchande là et
c'est le même principe qui est utilisé partout. Il n'y a aucune distinction. On
parle au Québec, de façon plus particulière, de ce qu'on appelle la valeur à
l'exproprié, qui est une particularité, mais ce n'est pas parce qu'on utilise
ce terme-là que ça veut dire nécessairement que les autres juridictions ne font
pas l'exercice de la même manière. C'est juste qu'ils l'appellent différemment.
Dans les autres juridictions, ça s'appelle... je m'excuse, je n'ai pas le
terme... le terme ne me revient pas, je n'arrête pas de l'oublier, mais je vais vous le donner dans un instant. Il y a un terme
en anglais, le «special economic advantage», qui tient compte... On peut
le traduire au Québec, dans le nouveau projet de loi, comme étant l'indemnité
de convenance. Le «special economic advantage» est la valeur particulière que
l'on peut donner à un bien par rapport au propriétaire qui, lui, en bénéficie
d'une manière très spéciale, d'une manière dont un autre propriétaire, qui
serait propriétaire de la même propriété, ne bénéficierait pas. Dans toutes les
autres juridictions canadiennes, cette portion de l'indemnité bénéficie à tous
les types d'expropriés. Avec le nouveau projet de loi n° 22, on limite, au
Québec, l'indemnité de convenance
strictement au secteur résidentiel, donc seulement si quelqu'un se fait
exproprier de sa résidence principale.
M. Morin : Je
vous remercie. Il y a plusieurs municipalités... puis vous avez peut-être
regardé les audiences de la commission, là,
ça fait plusieurs jours qu'on siège. Il y a plusieurs municipalités qui nous
ont dit : Écoutez, c'est un bon projet de loi, il faut faire
quelque chose, parce que nous, on a des obligations en vertu de la loi, on est
obligées de refaire nos zones d'urbanisme, on est obligées de protéger des
zones éventuellement pour protéger l'environnement, on a des zones hydriques.
Donc, nous, on n'a pas le choix, là, on est obligées d'adopter des règlements,
et là, bien, évidemment, après ça, ça fait en sorte qu'il y a des gens qui vont
être expropriés, mais on ne voudrait pas qu'on ait à payer pour ça ou qu'on
plaide de l'expropriation déguisée, parce que, finalement, on n'a pas le choix
de faire ça.
Qu'est-ce
que vous répondez à ces villes-là qui disent : Écoutez, nous, on est
coincées, là, on n'a pas le choix, là?
M. Gratton
(Luc) : Je comprends qu'effectivement, en vertu de... du cadre
d'aménagement, elles peuvent ne pas avoir le choix, mais il faut bien
comprendre que ça ne va pas résulter nécessairement dans des situations qui ne
pourront pas se régler conformément aux règles actuelles.
D'abord, ce n'est pas
parce que, je veux dire, vous êtes obligés d'exproprier un milieu humide que ça
va vous coûter une fortune. Si le milieu humide, il était déjà zoné depuis
40 ans comme un milieu naturel, la personne qui l'a acquis il y a
20 ans, elle ne sera pas indemnisée d'une façon indue. Elle a un bien qui
est déjà zoné milieu humide, et sa valeur, c'est celle d'un milieu humide déjà
zoné comme tel.
par contre, elle a un zonage résidentiel à l'égard d'un milieu que tout à coup
on découvre qu'il est humide, et sur ce milieu... dans ce milieu
résidentiel, elle a posé divers gestes, par exemple, adopté un zonage
résidentiel, négocié des ententes sur la desserte des terrains en cause, signé
des protocoles de développement du terrain, et qu'elle change son fusil
d'épaule, parce qu'elle se sent contrainte par ce cadre-là, et qu'elle le zone
conservation en application de ce nouveau cadre là, et qu'elle l'exproprie,
bien, c'est bien malheureux, mais, en vertu de nos règles, elle va devoir
indemniser le propriétaire pour le potentiel qu'il avait à l'égard de ce
logement-là.
Alors, il va y avoir différentes situations, et
c'est ça, notre jurisprudence, comme je vous dis. Il y a des règles qui font en
sorte qu'on doit considérer la situation concrète devant laquelle on fait face,
et probablement que ça va être plus difficile dans cette situation-là, mais ce
n'est pas une raison pour priver le propriétaire de ce à quoi il a droit, de ses investissements, de ce qu'il a payé
en termes de taxes pendant les années passées, des efforts qu'il a faits,
des frais professionnels qu'il a engagés puis de lui dire : Bien, écoute,
nous, collectivité, on a besoin de ton terrain, puis c'est bien dommage, c'est
le cadre dans lequel on doit agir, puis on ne paiera pas ce que ça vaut, point
à la ligne. Ce n'est pas la réponse acceptable.
J'ai entendu parler, tantôt, de fonds qui
pouvaient être mis à la disposition des municipalités. Si on leur impose des
obligations qu'en vertu du cadre actuel et dans une perspective de...
d'indemniser justement l'exproprié, si on a besoin de fonds, bien, il va
falloir dégager des fonds autrement. Mais on ne peut pas demander au
propriétaire d'être celui qui va, dans le fond, donner son terrain à la
communauté pour exécuter ce... pour entrer dans ce nouveau cadre là. Voilà.
M. Morin : Merci. Il me reste encore
une minute, deux minutes?
Le Président (M. Jacques) : Trois
secondes.
Morin : Trois secondes. Oh! Qu'est-ce que vous pensez d'un
protocole d'instance pour faciliter la procédure devant le TAQ?
Le Président (M. Jacques) : Merci
beaucoup. Ceci met fin à la période d'échange. Je cède maintenant la parole au
député de Taschereau pour 4 min 8 s.
M. Grandmont : Oui, merci, M. le
Président. Me Gratton, Me Georgescu, Mme Melançon, merci d'être
là aujourd'hui.
J'aimerais d'abord aller sur le 93 % versus
7 % que vous avez beaucoup évoqué, 93 % des cas qui se règlent de gré
à gré. On comprend que sur l'ensemble de ce qui se passe au Québec, j'imagine
qu'il y en a beaucoup, là. J'ai beaucoup suivi le dossier du tramway.
Évidemment, des fois, c'est des petites... on appelle ça des lichettes de
terrain. Donc, des cas, il doit y en avoir énormément au Québec. Je peux
comprendre que le 7 % représente peut-être plus des cas qui sont coûteux, complexes, dans des projets, des grands
ensembles, ligne bleue et autres projets de cette... de ce type-là. Le 7 %, là, sur la valeur totale
des expropriations au Québec, là, des montants qui sont versés en
indemnisation, là, ça représente combien, ce 7 % là, de l'ensemble?
M. Gratton (Luc) : On n'a pas... On
ne peut pas vous donner de réponse. Ça doit varier... Ça doit varier avec les
années, là. Écoutez, c'est comme dans le domaine civil. On a des règles, dans
le Code civil, qui aménagent les droits de... les droits et obligations des
gens entre eux. Comme avocats, nous autres, l'expérience que l'on a, c'est que
90 % des dossiers litigieux vont se régler hors cour. Mais, je veux dire,
d'une année à l'autre, le montant qui va se régler, je n'en ai pas connaissance
et je ne pense pas...
M. Grandmont : On peut soupçonner
que ça... On peut soupçonner que ça va être un montant quand même plus
important que 7 %.
M. Gratton (Luc) : Ah! ça, c'est
évident. C'est évident.
M. Grandmont : Parfait. Vous avez
parlé aussi de la crise du logement. Je m'interroge, quand même, parce que
depuis... la crise du logement, elle existe... ce n'est pas un phénomène
récent, elle existe depuis au moins... moi, j'ai commencé à travailler dans des
comités de citoyens il y a longtemps, en 2005, puis déjà on parlait de la crise
du logement, qui avait débuté en 2000. On
est... On joue dans des règles, le PL n° 22 n'est pas encore adopté,
sanctionné, il y a une crise du logement. En quoi le contexte actuel n'a
pas permis de régler cette crise du logement là? Donc, vous soupçonnez que le
PL n° 22 l'empêcherait, empêcherait de régler cette crise du logement
là, alors qu'elle existe depuis déjà 20... 20, 23 ans, cette crise-là. Alors,
il est où, le risque? Elle est où, la crainte, finalement, là?
Mme Melançon (Isabelle) : ...dans le
fond, ça va être un nouveau cadre juridique qui sera exclusif au Québec, ssi on
adopte le projet de loi n° 22 dans sa mouture actuelle, là, contrairement
à tout ce qui est fait ailleurs dans le
Canada. Je pense que Me Georgescu vous l'a bien élaboré tout à
l'heure. La problématique, c'est qu'actuellement... puis là je vais
mettre vraiment mon chapeau IDU, là, actuellement, il y a... on a un problème
conjoncturel avec les taux d'intérêt, avec tout ce qui se passe, là. Vous le
savez mieux que quiconque, là, on a cette problématique-là, mais il vient
s'ajouter des couches, à chaque fois, sur le dos des entrepreneurs immobiliers.
Par exemple, là, on a
décidé, du côté d'Ottawa, d'enlever la TPS. Du côté de l'Ontario, on a décidé
d'enlever la taxe provinciale, chose qu'on n'a pas décidé de faire du côté du
Québec. Savez-vous que les investisseurs vont se dire : Il y a un
problème, actuellement, avec le projet de loi n° 22 au Québec, il n'y a plus
de TVQ... il n'y a plus de TVO, donc la taxe de vente de l'Ontario, il y a plus
de... on va s'en aller en Ontario, on va aller investir, on va aller mettre des
capitaux en Ontario. Ils vont faire la même chose avec la Colombie-Britannique,
qui ont aussi fait des choix autres. Donc, c'est les... les choix qui sont
faits aujourd'hui mettent une pression supplémentaire, alors que je veux juste
vous dire, là, les promoteurs ont besoin de tout sauf d'une pression
supplémentaire, actuellement, pour faire du logement.
M. Grandmont : Il y a des groupes...
Il y a des groupes qui sont venus nous voir puis ils nous ont dit : Ce que
les promoteurs ont besoin, c'est de la prévisibilité. Puis ils nous ont dit
qu'à l'intérieur du PL n° 22, de la façon dont il est écrit, il y a même de la matière à lutter contre la crise du
logement, au contraire, tout à fait au contraire de ce que vous dites
actuellement, là.
Mme Melançon (Isabelle) : Bien, moi,
je peux vous dire que je représente quand même la très, très grande
partie des entrepreneurs immobiliers, puis il n'y
a pas personne qui est venu me dire qu'à l'intérieur du projet de loi
n° 22, tel qu'il est rédigé actuellement, avec le déséquilibre que
ça va créer, ça va permettre de sortir du logement de terre.
Président (M. Jacques) : Merci beaucoup. Ceci termine la période d'échange
avec les membres de la commission. Je vous remercie pour votre
participation.
Et la commission suspend ses travaux jusqu'à
15 heures.
(Suspension de la séance à 12 h 50)
Le Président (M. Jacques) : Bonjour
à tous. La Commission des transports et de l'environnement reprend ses travaux.
Nous poursuivons les consultations particulières
et les auditions publiques sur le projet de loi n° 22, Loi concernant
l'expropriation.
après-midi, nous entendrons les organismes suivants : Vivre en ville,
l'Association nationale des propriétaires de terrains de golf du Canada
et le Centre québécois du droit de l'environnement.
Je souhaite
la bienvenue aux représentants de Vivre en ville. Je vous rappelle que vous
disposez de 10 minutes pour faire votre exposé, après quoi nous
procéderons à la période d'échange avec les membres de la commission. Je vous
invite donc à vous présenter et à débuter votre exposé.
M. Savard (Christian) : Bonjour à
tous. D'abord, merci à la commission pour l'invitation pour venir commenter cet important projet de loi. Mon nom est
Christian Savard, je suis directeur général de Vivre en ville. Je suis
accompagné de Samuel Pagé-Plouffe, directeur affaires publiques, chez Vivre en
ville, également.
Donc, d'entrée de jeu, on tient à saluer
l'intention du gouvernement de moderniser le régime d'expropriation québécois.
On sait que le Québec s'est donné des objectifs importants en matière
environnementale, notamment en protection du territoire. On sait que, lors de
la COP15 de l'année dernière, on a décidé de viser une protection de 30 %
de notre territoire. On sait également qu'on a des enjeux en matière de logement,
et une des clés, c'est le contrôle du foncier pour les villes. Si on veut
construire plus de logements, que ce soit privé ou public, il faut que les
villes aient davantage d'outils pour avoir un certain contrôle du foncier,
particulièrement pour le logement social, où est-ce qu'avoir des terrains est
très difficile.
Considérant aussi que le gouvernement a pris des
engagements de construire de grands projets de transport public, ayant vu, dans
les dernières années, des projets de transport public menacés en matière de
coûts en raison du régime actuel
d'expropriation, et considérant également que le Québec s'est doté d'une
politique nationale d'architecture et d'aménagement du territoire qui
marque un certain virage dans l'importance qu'on donne à comment on aménage nos
villes... et qui vont demander aux différents paliers de gouvernement, que ce
soit le gouvernement du Québec ou les villes, davantage d'outils pour atteindre
les objectifs, on ne peut qu'encourager le gouvernement à aller le plus loin
possible dans la modernisation de cette loi-là afin de faciliter les processus
et de diminuer les coûts pour les pouvoirs publics.
Nous avons... On n'a pas... on ne croit pas
avoir la finesse sur les technicalités juridiques. Toutefois, sur la portée du
projet de loi, on croit qu'on a quelques recommandations dans notre mémoire,
qu'on vous a transmis, qui pourraient le bonifier et l'amener, là, un peu plus
loin. Donc, je laisse maintenant mon collègue vous présenter quelques-unes de
ces recommandations.
M. Pagé-Plouffe
(Samuel) : Merci. Merci, Christian. Bonjour, tout le monde. Je
commencerais rapidement par une statistique : en 1980, 75 % des
enfants québécois allaient à l'école à pied. Aujourd'hui, c'est moins de
25 % des enfants qui peuvent le faire. Et ça, la
raison pour laquelle c'est le cas, c'est que les écoles, comme d'autres
services publics, se sont beaucoup éloignées, hein, notamment en raison de
l'étalement urbain, donc, les services du quotidien
se sont éloignés. Et là je veux juste vous dire, on ne prétend pas que
l'expropriation, le régime d'expropriation, à lui seul, est responsable
de cette statistique-là, bien sûr que non. Par contre, il est vrai que comme il
est souvent plus cher et plus compliqué
d'aller chercher un terrain qui est bien situé, qui est sous-utilisé mais qui
se trouve à proximité des services, ça a comme conséquence,
effectivement, que les services sont souvent moins bien localisés. Et on a encore, tout récemment, un exemple d'école qui se
retrouve, là, en périphérie, sur le bord d'une autoroute, à un endroit
où, même, la qualité de l'air est néfaste pour les enfants.
Et ce que l'on se
dit, c'est : Avec un régime de l'expropriation renouvelé, c'est vrai pour
les écoles, mais ce sera vrai pour les autres services publics, ce sera vrai
même pour le développement de la mobilité durable, ce sera vrai pour
l'habitation. Il sera possible d'en faire plus pour moins cher.
Alors, notre mémoire,
là, s'appelle Pour un régime d'expropriation au service de l'intérêt public .
On trouve que cette idée-là d'intérêt public est vraiment fondamentale dans la
discussion qu'on a à avoir. Intérêt public, certes, pour ce que ça coûte aux contribuables québécois de développer des
infrastructures, mais intérêt public aussi pour une qualité de vie
collective, là. On passe beaucoup plus de temps... je donnais l'exemple, là,
avec les écoles, beaucoup plus de temps dans
la congestion parce que... parce qu'on a un développement qui est très étalé,
parce que les terrains les plus intéressants, souvent, sont trop chers.
Alors,
je passe rapidement à nos principales recommandations. La première
recommandation : élargir la portée du projet de loi pour habiliter
les pouvoirs publics à utiliser l'expropriation pour accélérer et encadrer le
développement des terrains autour des infrastructures de transport en commun.
Je ne crois pas être le... je crois que Vivre en ville, on n'est pas les seuls à avoir fait cette
proposition-là devant cette commission. Je sais que la STM, notamment, en a
fait part. On a regardé un peu ce qui se passe, là, en Colombie-Britannique,
puis effectivement, on trouve que c'est un modèle qui est inspirant.
Donc, c'est notre première recommandation.
Ensuite, peut-être
notre recommandation la plus originale : exiger que toute expropriation
soit réalisée en cohérence avec les finalités de la planification territoriale.
Donc, les finalités de la planification territoriale, c'est un
article qui se
retrouve dans la LAU, la
Loi sur l'aménagement et l'urbanisme, qui a été
modifiée, là, tout récemment, donc, au mois
de juin dernier. Et on a ajouté, donc, une série d'objectifs, de pourquoi on
fait de la planification territoriale. Et,
pour nous, c'est un petit peu un garde-fou parce que ces objectifs-là, vous
pourriez aller les consulter, ce sont tous des objectifs qui vont dans
le sens de l'intérêt public.
Alors, comme disait
Christian tout à l'heure, on a une nouvelle politique d'aménagement du
territoire, et, définitivement, le
renouvellement du régime d'expropriation, ça peut être un puissant outil pour
l'aménagement durable du territoire. Et pourquoi pas... puis là on a
même une proposition de libellé sur comment on pourrait le faire, là, mais
pourquoi pas, donc, avoir les finalités de la planification territoriale pour
guider, finalement, pour guider le législateur qui décide d'exproprier ou...
enfin, les pouvoirs publics?
Recommandation
3 : inclure la lutte contre les changements climatiques et la protection
de la biodiversité comme motif d'utilité publique ou de fins municipales. Là,
ce que je dirais là-dessus... notamment pour guider les tribunaux dans leur
interprétation et peut-être une interprétation qui pourrait être évolutive en
fonction de l'évolution de la science. Et concrètement, demain matin, comment
cette recommandation-là transformerait l'interprétation des tribunaux, je ne le
sais pas, mais je pense que, justement, les tribunaux seraient invités à,
justement, se fier davantage à la science climatique.
Recommandation
4 : consacrer la valeur marchande comme base de la fixation de l'indemnité
d'expropriation, comme le propose le projet de loi, et baliser davantage
ce concept. Donc, pour l'essentiel, comme le disait Christian tout à l'heure,
nous, à Vivre en ville, on reçoit bien le projet de loi. On le voit d'un bon
oeil et on appuie, là, la décision d'y aller avec la valeur marchande pour
déterminer les montants d'expropriation. On constate qu'il y a différents
partenaires, notamment de la CMQ, qui ont souhaité qu'il y ait un balisage un
peu resserré de la manière dont on détermine l'indemnisation qui doit être
fournie, mais somme toute, cette recommandation-là, le message que l'on veut
passer, c'est que l'on appuie l'orientation générale du projet de loi.
On a deux
propositions aussi où, là, franchement, on a une grande humilité, là. On
propose d'étudier la possibilité d'indemnités réduites pour décourager la
négligence et l'abandon d'immeubles et pour encourager la construction
résidentielle. Donc, par exemple, un terrain qui est vague ou qui est
sous-utilisé depuis très longtemps, est-ce qu'il ne pourrait pas y avoir une
certaine, disons, pénalité dans le montant de l'indemnisation, justement, pour
encourager la construction résidentielle, pour faire face à la crise de
l'habitation? C'est une question qu'on pose, puis peut-être que ce serait un
régime transitoire, mais on propose aux décideurs, à tout le moins, d'y
réfléchir. J'ai essayé de consulter, là,
l'analyse d'impact réglementaire du projet de loi. J'ai trouvé une version
préliminaire, mais je n'ai pas trouvé, donc, tous les détails, je ne
sais pas si ça a été considéré.
Recommandation
7 : adopter les articles sur l'expropriation déguisée inscrits dans le
projet de loi. Et recommandation 8, il faut vraiment les lire ensemble : lors
d'une prochaine intervention législative du ministère des Affaires municipales,
donc, codifier le principe et essentiellement, donc, protéger les pouvoirs des
municipalités en matière d'urbanisme, de
zonage, tout ça parce qu'on ne croit pas qu'à travers 22 on va régler la
question de l'expropriation déguisée. C'est une question qui est
particulièrement, disons, urgente depuis les deux dernières années, depuis les
décisions récentes des tribunaux. Le
ministère des Affaires municipales aura à fournir, je crois, une solution
législative pour clarifier les choses, mais je ne crois pas qu'on y
arrivera à ce moment-ci.
Donc, ce sera tout pour ce qui est de nos
recommandations spécifiques, et on est, évidemment, disposés à prendre
l'ensemble de vos questions.
Président (M. Jacques) : Merci beaucoup pour votre présentation. J'invite
maintenant la députée d'Argenteuil à débuter les échanges.
Grondin : Merci, M. le Président. M. Savard, M.
Pagé-Plouffe, peut-être, avant tout, excuser la ministre, qui est
absente. Elle est au salon bleu en motion du mercredi. Elle aurait bien aimé
être avec vous.
Donc, je vais tenter d'être aussi éloquente
qu'elle. On sait que, bon, le dépôt de projet de loi, vous l'avez bien vu,
c'était une demande depuis des années, à maintes reprises, par le milieu
municipal et d'autres acteurs de la société.
On voit que la loi actuelle a d'importants impacts sur la hausse des outils...
des coûts des projets d'infrastructure, des infrastructures, notamment,
ou des projets structurants, et sur les délais de livraison. Et, depuis le
début de la consultation, il y a une majorité, là, d'intervenants, à ce jour,
qui sont en faveur du projet de loi.
En novembre 2021, vous aviez co-signé une
lettre, notamment M. Savard, où vous souhaitiez que... la réforme devait
avoir pour objectif une meilleure localisation, un meilleur contrôle des coûts
des équipements publics et une réalisation plus efficace des projets.
Malgré ce
que vous nous avez partagé, est-ce que vous considérez que l'objectif est
atteint?
Pagé-Plouffe (Samuel) : Bien, pour l'essentiel, je crois que l'objectif
est atteint. On devra, je crois, mesurer l'atteinte de cet objectif-là
au moment de la mise en oeuvre de la nouvelle loi.
J'ai essayé de me faire une tête, combien on va
économiser avec ça, et c'est difficile parce que ce que le projet de loi vient
faire, c'est limiter la spéculation, et la spéculation, bien, parfois, un
projet de loi... excusez-moi, une
expropriation... Par exemple, pour la ligne bleue, certains terrains ont coûté
quatre fois plus cher que l'estimation du départ. Est-ce que ce sera le cas pour l'ensemble des expropriations?
Est-ce que les indemnisations vont être réduites de manière faramineuse
à chaque fois? C'est évident que la réponse est non.
Et on sera
bien intéressés de voir à quel point ça contribue à améliorer, à diminuer les
coûts, dans certains cas, et aussi à
améliorer la rapidité de la livraison, mais ce que j'ai à dire là-dessus, c'est
que, je crois, ce que le gouvernement a fait, c'est de répondre
positivement à la demande qui a été faite, beaucoup par le milieu municipal,
mais vraiment pas que par le milieu
municipal. Vous avez nommé la lettre ouverte que l'on avait signée. Donc, il
n'y a pas de surprise pour nous, la
demande qui était faite, c'était effectivement d'y aller sur la valeur
marchande. Et donc, oui, somme toute, le projet de loi va dans le bon
sens, je spécifie, quand même, sur la question de l'expropriation, hein? Expropriation
déguisée, c'est un tout autre sujet.
Mme Grondin : J'aurai évidemment des
questions à ce sujet, mais avant d'embarquer dans cet aspect-là du projet de
loi, et surtout sur toute la question de la protection des milieux naturels,
c'est mon dada, donc on pourra en parler si
nous avons le temps, on a eu quelques intervenants, là, qui sont venus pour
nous expliquer, en fait, que ce projet de loi aurait des impacts sur le
développement d'habitations, par exemple, ou qu'il viendrait réduire
l'attraction des investissements. J'aimerais vous entendre sur ce sujet-là.
M. Savard (Christian) : ...difficulté
à comprendre pourquoi ça ferait ça. On l'a entendu puis on n'est pas... on ne
comprend pas. Il n'y aurait... il n'y aurait personne qui va perdre sa chemise,
c'est... Il n'y a pas de remise en question du droit de propriété. On n'est pas
en train de saisir des terres, on est en train de moderniser une vieille loi
qui, de par son évolution, avec le temps, a montré ses limites de manière
flagrante.
On l'a vu, il
y a un paquet d'intervenants qui sont venus nous dire : Vous voyez, on n'a
pas pu faire ça à cause de ça ou ça nous a coûté des dizaines de millions de
plus à cause de ça. Et je crois... je ne crois pas que les propriétaires
vont être floués dans l'expropriation. Il ne
faut pas oublier non plus que, tu sais, il y a une limite à ce que les pouvoirs
publics vont pouvoir exproprier, là. Tu sais, tu ne le fais pas pour le faire,
tu le fais parce que tu as des très bonnes raisons d'intérêt public. Et je pense que les défis auxquels font
face... qu'on fait face nécessitent ce genre d'intervention là.
On se rend
compte qu'à travers le monde les sociétés qui réussissent, là, à relever un
certain nombre des défis environnementaux,
sociaux qu'on a, très souvent les pouvoirs publics ont plus accès à du foncier.
Bien, il y a différentes manières de... des fois, ils possèdent
d'avance, mais parfois il faut pouvoir acheter, et le régime actuel ne
fonctionne pas, est, en quelque sorte,
brisé. Je pense qu'il n'y a personne qui... Nous, on n'a pas cette
interprétation-là que les gens... puis il ne faut pas oublier que le
régime québécois... Il y en a d'autres ailleurs, des régimes d'expropriation,
qui sont souvent mieux calibrés, et je ne pense pas qu'on quitte ces
juridictions-là pour ça, là. Donc, probablement que le régime québécois,
actuellement, est trop généreux.
M. Pagé-Plouffe (Samuel) : Peut-être...
Mme Grondin : Oui, allez-y.
M. Pagé-Plouffe (Samuel) : ...un
petit élément complémentaire. Si on réussit à construire plus efficacement et à
moindre coût des projets de transport collectif, bien, forcément, on pourra
déjà en construire plus parce qu'on en aura plus pour notre argent. Et je nous
invite à penser au développement immobilier qui se fait tout autour, là, du
REM. On voit ce que ça a comme conséquences, quand on lance des projets de
mobilité, de mobilité durable. Ça propulse, en fait, le développement de
l'habitation.
Après, bien, c'est vrai qu'il faut avoir les
capacités d'offrir de l'habitation qui répond aux différents besoins. Et je
sais que les gens en habitation, notamment logement social, tout ça, ont des
revendications pour le projet de loi. Je crois que c'est
important de les entendre, mais, somme toute, on voit d'un bon oeil, à la fois
pour le transport et pour l'habitation, ce qui se trouve dans le projet de loi.
Mme Grondin :
M. le Président, il me reste
combien de temps pour que... parce que j'ai beaucoup de questions.
Le Président (M.
Jacques) : 9 min 31 s.
Mme Grondin :
Ah! Si on va du côté de la
protection des milieux naturels, si on prend l'aspect, par exemple, d'expropriation
déguisée, il y a eu, au cours de la présente consultation, différentes
propositions. Vous soulignez le fait qu'il est probablement très important
d'enchâsser le principe... en fait, je le résume comme ça, mais n'hésitez pas à me corriger, le principe qui reconnaît les
devoirs du milieu municipal, des devoirs qui sont sans équivoque, en matière
de protection de la biodiversité. Vous en parlez notamment à la page 17 de
votre mémoire.
Est-ce que je
comprends bien, dans le fond, qu'il y a peut-être un autre véhicule que le
projet de loi n° 22 qui viendrait enchâsser ce principe-là?
M. Pagé-Plouffe
(Samuel) : Oui, absolument. Donc, ce que le projet de loi fait, c'est
de débuter une certaine codification de la question de l'expropriation
déguisée. Ceci dit, on est loin d'avoir une clarification et une protection des
pouvoirs des municipalités en matière de zonage, d'urbanisme, de
réglementation. Et donc, bon, nous, on est à l'aise, là, à ce que le
gouvernement adopte les articles qui concernent l'expropriation déguisée dans
le projet de loi.
Ceci dit, on est
convaincus qu'il sera nécessaire d'y avoir une seconde intervention
législative, celle-ci du ministère des Affaires municipales et de l'Habitation,
spécifiquement pour protéger les pouvoirs des municipalités en matière de protection du territoire, protection
des milieux naturels. Et essentiellement ce sont des pouvoirs de zonage,
hein, et, à cet égard-là, bien, quand les municipalités utilisent ces
pouvoirs-là, il ne faut pas que ça donne lieu à des indemnités.
Et l'expropriation
déguisée, c'est un concept qui a été interprété par les tribunaux, et là,
maintenant qu'on constate, là... On avait
fait partie, à Vivre en ville, même, d'un recours à la Cour suprême, on y
réfère dans notre mémoire, et, bon,
la Cour suprême a refusé de l'entendre, et donc, maintenant, la balle est
complètement dans le camp du législateur.
moi, une chose qui me rassurerait beaucoup, en fait, c'est qu'il y ait un
engagement, peut-être de Mme la ministre ou, enfin, du gouvernement,
que, dans un deuxième temps, on y revienne, à la question de l'expropriation
déguisée, peu importe lequel véhicule, peut-être dans un omnibus municipal,
donc, pour donner de la clarté, de la prévisibilité aux municipalités qui ont
des obligations très importantes en matière de protection du territoire puis
qui vont devenir de plus en plus importantes. Christian parlait tout à l'heure
de la politique d'aménagement du territoire. Dans les nouvelles orientations gouvernementales, on va exiger d'identifier, de
protéger, par exemple, les corridors écologiques, tout ça, mais on se
retrouve, en ce moment, dans une espèce de flou ou de vide... pas de vide
juridique, en fait, je dirais dans une incertitude qui limite, définitivement,
la capacité des municipalités à le faire.
Mme Grondin :
Bien, en fait, peut-être, pour
vous rassurer d'emblée, je sais que la ministre discute actuellement avec la ministre des Affaires municipales et le
ministre de l'Environnement. Donc, effectivement, là, ils sont en train de
regarder de quelle façon et si c'est possible d'intervenir à ce niveau-là.
Vous avez parlé... En
fait, il y a certains intervenants qui suggèrent de définir ce que c'est, une
expropriation déguisée. Est-ce que vous considérez que c'est un élément qui est
essentiel?
M. Pagé-Plouffe
(Samuel) : Pas à ce moment-ci.
Mme Grondin :
Parfait. Peut-être une autre
petite question. Je vous ramène à la recommandation n° 2,
en fait : exiger que toute expropriation soit réalisée en cohérence
avec les finalités de la planification territoriale. Vous en avez parlé.
En fait, j'aimerais
bien saisir, parce que je vous avoue que, d'emblée, je suis un peu préoccupée.
La connaissance du territoire, au sein des MRC, elle n'est pas pareille partout
au Québec, puis il y a encore beaucoup de connaissances à acquérir. Il y a des
enjeux qu'on va découvrir, notamment avec les changements climatiques ou
l'adaptation aux changements climatiques. Il y a des... Donc, est-ce que ce
n'est pas un peu comme encarcaner la
loi sur l'expropriation, si on le met dans
un outil de planification territoriale qui n'est pas révisé quotidiennement,
nécessairement?
M. Savard
(Christian) : J'aurais tendance à dire que... puis je comprends
pourquoi on pose la question. J'aurais
tendance à dire qu'à notre lecture c'est le contraire. Elle renforce la loi
parce que les finalités sont relativement larges, hein, et concernent
notamment l'adaptation aux changements climatiques. Et c'est aussi une manière
de lancer... de renforcer le message de la
bonne planification et que ce n'est pas qu'un caprice, par exemple, d'un gouvernement, de faire de l'expropriation. C'est
parce que ça s'inscrit à travers les orientations qu'il y a inscrit dans une...
dans sa loi qui concerne le territoire, donc la LAU.
Donc, pour nous, ça
vient, au contraire, embrasser un peu plus large et donner plus de force aux
motifs d'expropriation. Donc, c'est un enjeu de cohérence et de renforcer, je
dirais, tout le régime d'aménagement du Québec en faisant ça. Donc, c'est comme
ça que... c'est dans... c'est le sens de notre proposition.
Mme Grondin : ...en
désaccord, mais peut-être, pour le commun des mortels, peut-être... c'est
peut-être le terme «finalité», en fait, qui, selon moi, n'est peut-être pas
assez concret. Qu'est-ce que ça veut dire, vraiment, là? Est-ce que vous êtes... vous seriez en mesure de
me donner un exemple, par exemple, pour la protection de la biodiversité?
Ce serait ça, le grand... la grande finalité, même si on ne connaît pas les
endroits où il faudrait conserver sur un territoire, par exemple?
M. Pagé-Plouffe (Samuel) : Absolument.
En fait, les finalités... c'est un terme, effectivement, qui est assez
technique, les finalités de la planification territoriale. c'est tout
simplement un
article auquel on réfère, qui se trouve dans la nouvelle
Loi sur
l'aménagement et l'urbanisme. Et donc il y a une série d'objectifs communs
qu'on se donne sur la planification territoriale. Et l'objectif 9 se lit
ainsi : «La conservation et la mise en valeur des milieux naturels, de la biodiversité ainsi que l'accessibilité à la
nature.» Donc, effectivement, ce à quoi vous référiez se trouverait directement,
disons, impacté, ou on aurait le réflexe, finalement, quand on fait des
expropriations, de s'assurer de respecter cette finalité-là, de protection de
la biodiversité.
Peut-être un dernier élément. La bonne
planification nous permet aussi d'aller plus vite. Parce que, justement, quand
on se rend compte sur le tard que le choix du terrain qui a été fait pour une
école ou pour x service public se retrouve à être contesté par la population
parce qu'il est loin des services, parce que... comme on disait tout à l'heure,
parce que la qualité de l'air est mauvaise, bien là, il faut revenir à la
planche à dessin puis il faut revenir en arrière. Donc, la planification a
cette vertu-là, la bonne planification, quand on se donne un plan de match,
d'arriver à mettre en oeuvre plus rapidement nos projets.
Mme Grondin : Donc, c'est comme un
argument de plus en termes de prévisibilité?
M. Savard (Christian) : Oui, c'est
un argument de plus, en termes de prévisibilité et de légitimité des opérations d'expropriation, c'est comme ça qu'on
l'a pensé, mais de... et, de manière générale, on parle de prévisibilité.
C'est pour ça que