Agriculture, Fisheries, Energy and Natural Resources — 30 June 2014 (41st Legislature, 1st Session)
CAPERN 2014-06-30
Quebec — Committees
Président (M. Morin) : Merci, M. le député de Chauveau. Donc,
allons-y pour le premier bloc d'échanges avec M. le député de
Marie-Victorin.
M. Drainville : Merci beaucoup, M. le Président.
J'aimerais d'abord qu'on parle, si vous me le permettez, M. le président d'Hydro-Québec, j'aimerais qu'on parle
des allégations qui ont été faites devant la commission Charbonneau. Il y a un ancien ingénieur de BPR et de Roche qui,
témoignant sous le sceau de la confidentialité, a déclaré, le 16 juin
dernier, que les véritables renvois d'ascenseur pour les firmes de génie qui
contribuaient au financement des partis politiques
étaient de remporter des contrats des grandes sociétés d'État comme
Hydro-Québec. Ce sont des allégations extrêmement
graves et j'aimerais que vous nous disiez, si, à la suite de ces
allégations-là, vous avez fait des vérifications à l'interne pour vous assurer qu'effectivement il
n'y a aucune pratique de collusion, de malversation qui mine l'intégrité
du processus d'octroi de contrats à Hydro-Québec.
Le Président (M. Morin) : M.
le ministre? M. Vandal? M. Vandal? Allez-y.
Le Président (M. Morin) :
Oui. D'accord. Est-ce qu'on aurait le consentement de tout le monde?
Des voix : Consentement...
Le Président (M. Morin) : Ça
va? Si vous voulez vous identifier, M. Vandal.
M. Vandal
(Thierry) : Oui. Alors donc, Thierry Vandal, président-directeur
général d'Hydro-Québec. Il me fait bien,
bien plaisir d'être ici, de pouvoir répondre aux questions des parlementaires
dans cet exercice, là, des crédits du ministère.
Donc, en
réponse à votre question, M. le député, d'abord vous rassurer : les
pratiques d'attribution et de planification des contrats, qui sont les contrats qu'Hydro-Québec met de l'avant, sont
extrêmement rigoureuses, elles sont robustes. Elles ont fait, je crois, le test... elles ont passé le test du temps.
Elles ont évolué avec les années. Mais, pour résumer, là, Hydro-Québec mène, chaque année, une planification
qui est une planification qui est rigoureuse, qui est fonction de son
portefeuille de travaux.
Or, vous
savez, on investit, des années comme les années courantes, 4 milliards de
dollars environ par année, et, pour
réaliser ces travaux, 4 milliards, il y a bien sûr beaucoup de travail qui
se fait à l'interne, mais il y a également du travail qui se fait à l'externe. Le travail qui se fait à l'externe, si
on parle par exemple du travail qui se fait dans le domaine du génie-conseil, se fait sur la base d'une
planification qui est une planification qui vise à assurer — et qui a fonctionné comme ça historiquement — qu'Hydro-Québec ait toujours accès à des
expertises qui sont des expertises de pointe dans ces différents
secteurs.
Alors, sur cette base-là, il y a des firmes qui,
avec les années, au fil des travaux d'Hydro-Québec, ont pu être spécialisées,
par exemple, au niveau des nouveaux aménagements hydroélectriques, au niveau des
automatismes en centrale, et donc ces
firmes-là, spécialisées, parce qu'elles ont les équipes compétentes, sont
intégrées à la planification d'Hydro-Québec,
et Hydro-Québec, en fonction de son volume de travail, en fonction de la nature
de son travail qui peut évoluer avec les années, fait une planification,
et cette planification conduit à l'octroi de contrats.
Il faut bien
comprendre que, dans le domaine du génie-conseil, ce qu'Hydro-Québec a fait par
ailleurs, c'est que, pour éviter des
pratiques d'appels d'offres qui auraient pu donner lieu, comme on l'a vu, à des
résultats moins heureux, Hydro-Québec
mène sur une base régulière des négociations avec l'ensemble de l'industrie.
Autrement dit, la tarification avec
laquelle Hydro-Québec achète par exemple les services de génie-conseil est une
tarification qui est commune : un ingénieur
d'une certaine séniorité, sur la base de son C.V., va être payé un certain
montant, et — vous
rassurer là-dessus — ces
montants sont... Si on les compare aux
autres grandes professions — par exemple, le droit, pratique... service
comptable — les tarifs
qui sont payés par Hydro-Québec sont des tarifs qui, on le croit, sont
raisonnables. Un très, très grand expert d'un domaine pointu d'ingénierie payé par
Hydro-Québec, pour une firme qui rendrait ses services disponibles, serait
payé entre 150 $ et 200 $ de
l'heure. Si vous comparez ça à de très, très grandes expertises en droit ou en
comptabilité, c'est une tarification qui se veut, on croit, raisonnable.
Donc, sur la
base de la planification d'Hydro-Québec, Hydro-Québec établit le nombre
d'heures d'ingénierie qu'elle juge
nécessaire pour réaliser des travaux, a identifié les firmes qui ont les
expertises pointues. Et on ne
s'improvise pas, vous pouvez imaginer,
experts en planification ou en réalisation d'automatisme dans les centrales ou
en nouvel aménagement hydroélectrique
tout simplement comme ça. C'est des expertises qui sont développées au fil des
années. Et donc, sur cette base-là, Hydro-Québec, dans sa planification,
attribue des contrats et fait le suivi de ces contrats-là.
Une des clés pour vous rassurer sur la rigueur
et la robustesse de nos planifications, c'est qu'Hydro-Québec a maintenu à l'interne une expertise qui nous permet
justement de bien évaluer le volume de travail qui est requis et la qualité
du travail qui est exécuté. Donc,
Hydro-Québec a maintenu, à l'interne, dans ses propres équipes, des expertises
en ingénierie qui sont
significatives. On a un grand, grand nombre d'ingénieurs qui sont en mesure de
bien planifier le travail, qui sont en mesure de bien suivre le travail,
de bien évaluer la qualité du travail réalisé. Et donc cette planification-là
est une planification qui est «bottom-up», si
vous me permettez l'anglicisme. Ce n'est pas le président-directeur général
d'Hydro-Québec qui, de son bureau, ou un de
mes collègues qui dit : Tels travaux vont aller à telle firme. Ce n'est
pas comme ça que ça fonctionne. C'est une planification qui est faite
par les gens de la base, qui évaluent les besoins, qui s'assurent d'une continuité historique de disponibilité
d'expertise — on ne
voudrait pas être concentrés sur une seule firme, par exemple — et donc qui, sur cette base de planification
là, établissent comment les travaux, sur une année donnée, vont être attribués. Et, dans la mesure où plusieurs
des travaux sont des travaux qui sont pluriannuels, bien sûr il y a du travail
qui se continue dans les années qui suivent.
Drainville : O.K.
Mais ma question, M. Vandal, était : Est-ce que vous avez mené des
vérifications internes après que ces allégations aient été formulées
devant la commission Charbonneau? Est-ce que vous vous êtes assuré qu'il n'y a
pas de collusion dans l'octroi des contrats à Hydro-Québec, oui ou non?
M. Vandal
(Thierry) : On n'a
pas attendu le mois de juin pour faire ce genre de vérification, et, dans ce
sens-là, ce que je voulais vous
indiquer, c'est je voulais vous expliquer comment ça fonctionnait et le travail
et la collaboration qu'Hydro-Québec a engagés à la fois avec la commission Charbonneau, mais également avec
l'UPAC, parce qu'on sait que l'UPAC
travaille, mais, également, nos propres équipes de vérification interne, depuis
bien, bien des années, visent justement
à s'assurer qu'Hydro-Québec ne soit pas victime, ne soit pas prise dans des
pratiques qui seraient des pratiques de
type collusionnaire comme celle que vous évoquez. Donc, ces vérifications, on
ne s'est pas réveillés, là, au mois de juin,
au moment de ces allégations, pour s'assurer, et faire les suivis, et
communiquer toutes les informations qui sont à notre disposition auprès des organismes qui font ce travail en ce moment
et qui confirment pour nous que nos pratiques d'attribution de contrats dans ces domaines sont des pratiques qui sont
robustes, qui ont fait... qui nous assurent une grande qualité d'expertise et qui ont permis la
réalisation des ouvrages que vous connaissez, des ouvrages qui font l'envie de
la planète dans le domaine électrique.
Drainville : O.K. Mais est-ce que... Vous avez un service de
vérification interne à Hydro-Québec, n'est-ce pas?
M. Vandal (Thierry) : Bien
sûr, oui.
M. Drainville : Bon! Est-ce
que votre service de vérification interne a enquêté sur le mécanisme d'octroi
des contrats à Hydro-Québec pour s'assurer qu'il n'y ait pas de collusion ou d'autre malversation
ou pratique collusionnaire dans l'octroi des contrats d'Hydro-Québec?
M. Vandal
(Thierry) : Je
croyais vous avoir répondu; je peux reprendre la réponse. La réponse, c'est
oui, mais on ne s'est pas réveillés
au mois de juin pour faire cette vérification. Autrement dit, on n'a pas appris
une allégation le 16 juin pour
commencer une vérification. Ce travail, il se fait en continu et il a fait
l'objet de travaux encore plus poussés et plus raffinés dans le
contexte, bien sûr, du début des travaux qui maintenant remontent à plusieurs
années, à la fois de la commission mais également de l'UPAC, auxquelles Hydro-Québec
a assuré toute sa collaboration, auxquelles Hydro-Québec a rendu accessibles beaucoup, beaucoup
d'informations et avec lesquelles on maintient un canal de communication
qui est tout à fait ouvert.
À Hydro-Québec, on est fiers de nos pratiques.
On croit que nos pratiques sont des pratiques robustes. On est toujours ouverts à des suggestions qui pourraient
permettre de les renforcer, de les améliorer, mais ce que je peux vous dire, c'est qu'Hydro-Québec, ces vérifications, on
ne les a pas commencées comme ça parce que quelque chose a été allégué
au mois de juin.
Drainville : Et ces
vérifications, elles ont commencé quand? Ça fait combien d'années de ça? La
première vérification, disons, sur l'intégrité
du processus d'octroi de contrats chez Hydro-Québec relativement aux
allégations, informations, concernant la collusion dans l'octroi des
contrats, elle remonte à quand?
M. Vandal
(Thierry) : Je ne pourrais pas vous donner une date. Je peux
vous parler de la période pour laquelle j'occupe mes présentes fonctions. Ce travail, il se fait en continu. Je
vais vous expliquer un petit peu comment ça fonctionne, la vérification interne chez Hydro-Québec. On
établit les principaux risques d'affaires de l'entreprise comme n'importe
quelle entreprise et,
sur la base de cette évaluation de risques d'affaires, on établit un plan de
vérification qui permet de renouveler,
de repasser de façon régulière sur des sujets qui peuvent présenter des risques
pour l'organisation. Alors, ce genre de situation là a pu donner lieu à
des vérifications au fil des années.
Maintenant,
il est certain que, dans le contexte de la mise de l'avant du mandat de la
commission Charbonneau et des travaux
qui avaient débuté un peu avant, là, au niveau de l'UPAC, Hydro-Québec a été
amenée à pousser encore plus son
travail et de rendre disponibles beaucoup, beaucoup d'informations sur le
sujet. Et, dans le contexte de tout ce travail-là, je peux vous dire qu'aujourd'hui, moi, je suis
très, très rassuré, très confiant que nos pratiques d'attribution de contrats,
par exemple dans le domaine du
génie-conseil, sont des pratiques qui se veulent robustes, et qui se veulent
rigoureuses, et qui ont assuré au
Québec, sur le marché du Québec, la présence d'ingénierie, par exemple, de
grande qualité sur une base continue et qui ont accompagné les grands
travaux d'Hydro-Québec.
M. Drainville :
Est-ce que c'est possible pour vous de vérifier avec peut-être... Vous avez une
équipe qui vous accompagne. Est-ce
que c'est... Parce que je peux concevoir que vous n'ayez pas, là, l'année au
bout des doigts, là, mais est-ce que c'est possible de vérifier la
première vérification portant sur l'octroi des contrats, le processus d'octroi
des contrats, elle remonte à quand? Vous, vous êtes chez Hydro depuis 1996.
Vous êtes le P.D.G. depuis avril 2005?
M. Vandal
(Thierry) : C'est bien ça.
M. Drainville :
Donc, es