Institutions — 9 September 2014 (41st Legislature, 1st Session)
CI 2014-09-09
Quebec — Committees
En vertu du règlement, notre règlement, l'article
294.1, la Commission des institutions doit entendre à chaque année le Protecteur du citoyen et le Directeur
général des élections. Malheureusement, compte tenu de la charge, je
dirais la surcharge de travail à la Commission des institutions, c'est une
obligation qu'on a de la difficulté à respecter. Alors, j'espère et je... En
tout cas, je vais faire tout ce que je peux pour que le travail que nous
entreprenons ce matin, nous puissions le reprendre à chaque année, tel que
l'exige l'article de notre règlement.
Alors, ce
matin, nous recevons avec beaucoup de plaisir le Protecteur du citoyen, Mme
Raymonde Saint-Germain, et les membres de son équipe qu'elle va nous
présenter. Et donc c'est avec beaucoup de plaisir que la Commission des institutions vous reçoit. Nous avons prévu l'avant-midi pour une période d'échange, de présentation de
votre part et d'échange avec les parlementaires. Et donc, Mme Saint-Germain, je vous cède la parole, en vous
demandant, dans un premier temps, de présenter votre équipe qui vous accompagne et en vous mentionnant
que vous disposez d'une période de 30 minutes pour votre présentation. À
vous la parole.
Saint-Germain (Raymonde) : Merci. Merci de votre accueil, M.
le Président, Mmes, MM. les députés membres de la
commission. Alors, je vous présente mes collaborateurs : à ma droite
immédiate, M. Claude Dussault, vice-protecteur;
à sa droite, Me Marc-André Dowd, également vice-protecteur; et, à ma gauche, M.
Jean-François Bernier, qui est secrétaire général et directeur des
affaires juridiques.
Je vous
précise d'emblée que je résumerai plusieurs éléments du texte que je vous ai fait parvenir
hier parce que je souhaite
consacrer la majeure
partie du temps à des échanges et à la réponse à vos
questions. Mes collaborateurs et moi, nous tenons à vous remercier de votre
intérêt pour le Protecteur du citoyen et du temps que vous nous consacrez aujourd'hui. Nous avons le souci, au cours de cette séance, de vous rendre compte
le plus complètement possible de nos activités et aussi de
notre gestion.
Comme vous le
savez, la mission du Protecteur du
citoyen est de s'assurer, en toute indépendance et impartialité, du respect
des droits des citoyens, qu'il
s'agisse d'individus, d'entreprises ou d'associations, dans leurs relations
avec les services publics du Québec. Le Protecteur du citoyen est aussi le
protecteur des usagers des services de santé et des services sociaux, pour lesquels nous agissons principalement en deuxième et en dernier recours. Enfin, à
titre d'ombudsman correctionnel du Québec, nous sommes chargés
d'assurer le respect des droits résiduels des personnes incarcérées dans
les établissements de détention et dans les quartiers cellulaires
des palais de justice du Québec. Je reviendrai, d'ailleurs, sur ce mandat
particulier.
Plus de 375 instances sont formellement
assujetties à notre compétence, soit 80 ministères et organismes du gouvernement
et 295 établissements de santé et de services sociaux qui regroupent près de
1 700 installations. La finalité de
notre travail est de nous assurer que les dispensateurs de services publics
traitent les citoyens de manière juste et équitable. L'équité est
d'ailleurs une notion fondamentale au coeur de notre mission et qui en
constitue la spécificité même. En effet, la
Loi sur le Protecteur du citoyen nous habilite à intervenir lorsque nous
constatons qu'un acte ou une omission, une omission d'agir, est de
nature déraisonnable, injuste ou abusive.
Quelques mots sur notre clientèle et son profil.
Au cours des deux années pour lesquelles nous vous rendons compte aujourd'hui,
donc 2011‑2012 et 2012‑2013, près de 39 000 demandes ont été logées au
Protecteur du citoyen. Je vous présente le
profil des citoyens qui se sont adressés à nous — à l'exclusion de celui des personnes
incarcérées, sur lequel je reviendrai — parce que ce profil démontre bien leur
diversité d'âge, leur provenance et leur statut socioéconomique.
52 %
sont des hommes. Les trois quarts ont entre 35 et 64 ans, alors que moins de
1 % ont entre 18 et 24 ans. 95 % ont au moins un diplôme secondaire; parmi eux, 36 % ont complété
des études universitaires et 25 % le cégep. On constate donc dans
notre clientèle une surreprésentativité de citoyens qui détiennent minimalement
un diplôme collégial, donc 61 % de
notre clientèle, par rapport à la population générale du Québec, où 49 %
détient un diplôme d'études collégiales. 57 % ont un revenu
individuel avant impôt de moins de 39 000 $ et 30 % entre
40 000 $ et 79 000 $. Quant à leur occupation principale,
43 % sont sur le marché du travail, 23 % sont retraités, 8 %
sont prestataires de l'aide sociale, 6 %
reçoivent des indemnités soit de la CSST ou de la SAAQ, et 2 %, de
l'assurance-emploi, et 3 % sont des étudiants.
Quelques résultats de notre action principale
d'enquête. Au cours des deux exercices étudiés, lorsque nous avons conclu que les motifs d'insatisfaction des
citoyens étaient fondés, nos recommandations, à impacts individuels
comme collectifs, ont été acceptées à plus de 98 %. J'insiste sur le fait
que le suivi de ces recommandations est de première importance, car, en l'absence de pouvoirs contraignants, notre
efficacité repose à la fois sur la rigueur de nos enquêtes, sur la qualité de notre argumentaire et sur le
réalisme de nos recommandations afin que celles-ci remédient concrètement
aux préjudices qu'elles visent à corriger.
Les principaux motifs de plaintes fondées qui
ont fait l'objet d'une enquête au cours de ces deux exercices ont été : le
premier, les délais et les difficultés d'accès aux soins et aux services; le
manque de coordination entre les programmes
et les services; les incidences financières; l'environnement et le milieu de vie;
le non-respect des droits; la compétence et l'attitude du personnel.
Cela dit, le haut degré de suivi de nos recommandations reflète la bonne collaboration générale que nous recevons des
services publics, une collaboration que nous nous efforçons d'encourager
par une approche constructive auprès des organismes et des instances concernés.
Le travail
que nous effectuons en réaction aux problèmes qui nous sont soumis est complété
par notre intervention en matière de prévention des préjudices. Sans
qu'il nous soit possible d'en faire une démonstration statistique, cette prévention s'exerce pour un nombre beaucoup plus
élevé de personnes que celui, déjà important, qui s'adresse à nous,
personnes et entreprises, et qui ont effectivement requis nos services.
J'aborderai brièvement le résultat de
quelques-unes de nos interventions de nature systémique.
L'organisation
des services d'intervention d'urgence hors du réseau routier a fait l'objet
d'un rapport spécial du Protecteur du
citoyen en mars 2013. Ce rapport visait à diminuer le nombre de décès et à
réduire le risque de handicaps permanents chez les survivants d'un
accident qui survient hors route, notamment dans des milieux isolés. Ce rapport
s'intitulait Une desserte à optimiser
pour sauver des vies . Nous avons conclu à la nécessité d'une meilleure
organisation des services d'intervention
d'urgence hors du réseau routier afin d'en accroître la qualité et
l'accessibilité. Pour ce faire, nous avons formulé sept recommandations
au ministère de la Santé et des Services sociaux et au ministère de la Sécurité
publique, qui sont les principaux organismes publics intervenants dans ce
domaine.
Je note avec
satisfaction que les deux ministères ont pris la décision de travailler
ensemble à la mise en oeuvre d'un plan
d'action commun qui comporte trois grands champs d'action : le financement
des interventions; la sensibilisation et les communications; la création et la mise en oeuvre des équipes de
secours. Notre analyse des plus récents rapports d'étape, qui nous ont été soumis en juillet dernier,
confirme que des efforts importants ont été consentis par ces deux
ministères au suivi de nos recommandations.
Nous avons également produit un rapport spécial
sur la contribution financière des parents au placement de leurs enfants. Je réfère ici au placement
d'enfants généralement sur ordonnance de la cour, soit dans des centres
jeunesse ou dans des milieux de vie substituts. Dans ce rapport, publié en mars
2013, nous avons constaté que le règlement qui encadre la gestion de la contribution financière des parents dont
l'enfant mineur est placé en milieu substitut, par exemple en famille d'accueil, est désuet et que son
application diffère d'un centre jeunesse à l'autre et que cela entraîne des
incohérences et des inéquités. Nous estimons
de plus qu'il est nécessaire de réviser le mode de calcul et de
perception de cette contribution et d'uniformiser les pratiques des centres
jeunesse à cet égard.
Nous avons, en conséquence, formulé 11
recommandations au ministère de la Santé et des Services sociaux, à la Régie des rentes du Québec, à l'Agence du
revenu du Québec ainsi qu'au ministère des Finances et de l'Économie.
Les inéquités que suscite la disparité, d'un
centre jeunesse à l'autre, des pratiques de calcul, de facturation, de
perception et de recouvrement des contributions occasionnent des préjudices
importants pour les parents et les enfants hébergés en milieu substitut. Je
suis donc d'avis que la révision de la réglementation s'impose rapidement et
que les pratiques des centres jeunesse en cette matière doivent être rendues
plus équitables et plus efficaces.
Nous avons également produit un deuxième rapport
sur les services offerts aux personnes qui présentent un trouble envahissant du
développement, qu'on appelle plus communément un TED, un deuxième rapport qui a
suivi un premier rapport publié en 2009 sur les services aux enfants de sept
ans ou moins qui sont également atteints de ce syndrome du trouble envahissant
du développement.
Nous avons
constaté que l'accès aux services publics pour les personnes qui présentent un
TED constitue un parcours parsemé d'embûches qui engendrent de
nombreuses insatisfactions, généralement fondées. Même si on peut recenser une offre de services publics théorique
qui est destinée aux adolescents et aux adultes, cette offre est, en
réalité, sur le terrain, peu accessible et inégalement accessible. Je précise
que, selon une estimation minimale récente, plus de 20 000 personnes pourraient présenter un trouble envahissant
du développement au Québec et que le taux de prévalence est en croissance constante depuis le début des années
2000. Il y a de plus en plus de diagnostics qui expliquent la hausse de
ce taux de prévalence.
Au 31 mars 2013, 2 440 personnes qui
présentaient un TED étaient en attente d'un premier service dans un
établissement du réseau de la santé et des services sociaux, ce qui représente
une augmentation de 24 % par rapport à 2012.
Le délai moyen d'attente se situait à un an en 2013 contre 261 jours en 2012.
On peut conclure de ces données que la pression sur les services publics
est et sera de plus en plus importante.
D'une manière générale, les ministères et les organismes concernés
répondent avec ouverture à nos recommandations. Par exemple, plusieurs
programmes de formation sur la problématique particulière des TED sont déployés
auprès du personnel du réseau de la santé et
des services sociaux, auprès du personnel aussi du réseau de l'éducation. Nous
avons recensé des actions conjointes qui
touchent le soutien aux familles, le guichet unique, l'intervention pivot et
l'évaluation du programme d'intervention comportementale intensive. Je suis
satisfaite évidemment du fait qu'il s'agisse d'actions conjointes et
concertées, mais les délais pour l'accessibilité aux services demeurent encore
très préoccupants.
Services de soutien à domicile, maintenant. On
connaît l'importance de ces services de soutien et la place qu'on leur fait dans le réseau