Institutions — 29 October 2024 (43rd Legislature, 1st Session)
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31e législature, 4e session (6 mars 1979 - 18 juin 1980)
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28e législature, 3e session (20 février 1968 - 18 décembre 1968)
28e législature, 2e session (20 octobre 1967 - 20 octobre 1967)
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27e législature, 4e session (21 janvier 1965 - 6 août 1965)
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Cette version du Journal des débats est une version préliminaire : elle peut donc contenir des erreurs. La version définitive du Journal, en texte continu avec table des matières, est publiée dans un délai moyen de 2 ans suivant la date de la séance.
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mardi 29 octobre 2024
Vol. 47 N° 91
Consultations particulières et auditions publiques sur le projet de loi n° 73, Loi visant à contrer le partage sans consentement d’images intimes et à améliorer la protection et le soutien en matière civile des personnes victimes de violence
Aller directement au contenu du Journal des débats
Heures
9 h 30
10 h
10 h 30
11 h
11 h 30
12 h
15 h 30
16 h
16 h 30
17 h
17 h 30
18 h
18 h 30
19 h
Journal des débats
9 h 30 (version non révisée)
(Neuf heures quarante-sept minutes)
Le Président (M.
Bachand) : À l'ordre, s'il vous plaît!
Bonjour, tout le monde. Ayant constaté le quorum, je déclare la séance de la
Commission des institutions ouverte.
La commission est réunie afin d'entreprendre
des consultations particulières et audiences publiques sur le projet de loi
n° 73, Loi visant à contrer le partage sans consentement d'images intimes
et à améliorer la protection et le soutien en matière civile des personnes
victimes de violence.
Avant de débuter, Mme la secrétaire, y
a-t-il des remplacements?
La Secrétaire : Oui, M. le
Président. Mme Bourassa (Charlevoix—Côte-de-Beaupré) est remplacée par Mme
Lecours (Lotbinière-Frontenac); et M. Zanetti (Jean-Lesage) est remplacé par M.
Cliche Rivard (Saint-Henri—Sainte-Anne).
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. Ce matin, nous
allons débuter d'abord par les remarques préliminaires puis nous entendrons les
organismes suivants : le Réseau des centres d'aide aux victimes d'actes
criminels, le Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence
conjugale et le Regroupement québécois des centres d'aide et de lutte contre
les agressions à caractère sexuel.
On est maintenant en remarques... aux
remarques préliminaires. M. le ministre, vous avez la parole pour 6 minutes,
s'il vous plaît.
M. Jolin-Barrette : Merci, M.
le Président. À nouveau, au plaisir de vous retrouver, de retrouver les
collègues de la
partie gouvernementale, des oppositions et les collègues du
ministère de la Justice qui nous accompagneront.
Alors, nous entamons aujourd'hui l'étape
importante des consultations particulières du projet de loi n° 73,
Loi visant à contrer le partage sans consentement d'images intimes et à
améliorer la protection et le soutien en matière civile des personnes victimes
de violence. Celles et ceux qui suivent les travaux du ministère de la Justice
depuis notre arrivée en poste savent qu'offrir un meilleur soutien aux personnes
victimes et des services centrés sur les besoins et leur réalité est une
priorité. Les personnes victimes ont trop longtemps été reléguées au second
plan. Maintenant, nous nous assurons qu'elles soient les premières considérées
dans toutes nos décisions. Le projet de loi n° 73 s'inscrit directement
dans cette lignée, alors qu'il vise à mieux protéger les personnes victimes en
cas de partage d'images intimes sans consentement, tout en améliorant l'accompagnement
en matière civile, incluant en matière familiale, des personnes victimes de
violences sexuelles et de violence conjugale.
Dans les dernières années, nous avons vu l'apparition
d'un véritable fléau le partage d'images intimes sans consentement. Si vous
avez des adolescents à la maison, vous le constatez certainement. De nos jours,
les jeunes ont tous des cellulaires, et nous n'avons pas suffisamment de doigts
dans cette pièce pour compter le nombre de textos qu'ils s'envoient dans une
seule journée, je dirais même dans une seule heure. Malheureusement, ça ne
prend qu'un seul texto pour briser quelqu'un, affecter durablement son estime,
compromettre son sentiment de sécurité, saboter son lien de confiance envers
les autres. Et quand je parle de fléau, je n'exagère pas, selon une étude, on
estime qu'un adolescent sur cinq aurait déjà reçu l'image intime d'une personne
qui n'y consentait pas. Lorsqu'une telle situation se produit, la rapidité d'intervention
devient la clé. Plus c'est long avant de détruire l'image, plus celle-ci risque
de circuler et plus les conséquences peuvent être dévastatrices pour la
personne victime. Nous en avons d'ailleurs fait l'exercice la veille du dépôt
du projet de loi. La vidéo que vous avez probablement vu passer a rejoint une
centaine de personnes en moins de 15 minutes. Ça démontre à quel point une
image peut faire du chemin, et ce, en très peu de temps.
En ce moment, les procédures en place pour
dénoncer le partage d'images intimes peuvent s'étirer sur toute une année et ce
n'est pas acceptable. Avec le projet de loi n° 73,
nous introduisons un processus clair, simple et rapide afin d'empêcher ou de
faire cesser rapidement le partage d'une image intime sans consentement. Dès qu'une
personne apprendra qu'une image intime d'elle circule sans son consentement ou
qu'une autre personne menace de...
M. Jolin-Barrette : ...la
partager, elle pourra remplir un formulaire disponible en ligne ou au greffe
des palais de justice afin d'obtenir une ordonnance de la Cour du Québec. Le
juge qui recevra la demande devra la traiter en urgence et pourra ordonner à
toute personne, même celle se cachant derrière un pseudonyme, qui détient ou
qui a sous son contrôle l'image intime de ne pas partager l'image intime ou de
cesser tout partage, de la détruire ou de la désindexer... tout hyperlien
permettant d'y accéder.
• (9 h 50) •
Une personne visée par cette ordonnance
devra la respecter dès qu'elle lui sera notifiée, sans quoi elle s'exposera à
une amende pouvant aller de 500 $ à 5 000 $ par jour pour une
personne physique et de 5 000 $ à 50 000 $ par jour pour
une personne morale. Ultimement, une peine d'emprisonnement pourrait être
imposée à une personne physique.
Le projet de loi n° 73 propose également
de renforcer l'ordonnance civile de protection. Rappelons que cette dernière
vise la protection des personnes victimes, notamment en contexte de violence
familiale, conjugale ou sexuelle, d'intimidation ou de harcèlement. Le tribunal
peut, par exemple, ordonner à une personne de ne pas s'approcher... de ne pas
approcher le domicile ou le lieu de travail d'une autre personne ou de
l'empêcher de communiquer avec elle.
Les échos que nous avons de la part de
plusieurs organismes qui oeuvrent auprès des personnes victimes nous indiquent
que ce recours, bien que fort utile, est malheureusement peu utilisé étant
donné qu'il n'est pas adapté. Nous souhaitons donc en faciliter l'utilisation
afin de mieux protéger notamment les personnes victimes de violence familiale,
conjugale ou sexuelle.
En ce moment, une personne victime de ce
type de violence doit prouver que sa vie, sa santé ou sa sécurité est menacée
pour obtenir une ordonnance civile de protection. Dans certains cas, cela peut
être très difficile et pour ne pas dire impossible à prouver. Grâce au projet
de loi que nous avons déposé, la crainte d'un risque pour la vie, la santé ou
la sécurité d'une personne victime suffira pour obtenir une ordonnance. C'est
nuance qui peut sembler minime, mais cela fera une énorme différence pour les
personnes victimes dans le fardeau de preuve qui leur est imposé.
De plus, avec le projet de loi n° 73, le
non-respect de l'ordonnance civile de protection devient une infraction
criminelle, ce qui permettra aux policiers d'intervenir. Jusqu'ici, le fardeau
était sur les épaules de la personne victime qui devait entreprendre un
recours, parfois long et coûteux, d'outrage au tribunal. Désormais, les
policiers auront les moyens d'agir pour faire respecter l'ordonnance.
Finalement, le projet de loi n° 73
introduit plusieurs mesures qui permettront aux personnes victimes d'être mieux
soutenues en matière civile. Avec le tribunal spécialisé en matière criminelle
et pénale, nous avons développé de nouveaux articles... de nouveaux services
qui seront maintenant implantés en matière civile, incluant en matière
familiale, entre autres l'élargissement de l'offre de formation sur les
réalités de la violence sexuelle ou conjugale aux intervenants qui oeuvrent
auprès des personnes victimes en matière civile, incluant en matière familiale,
la possibilité pour la personne victime de témoigner à distance et d'être
accompagnée d'une personne de confiance ou d'un chien de soutien, et nous
venons établir clairement que la référence aux mythes et stéréotypes comme le
passé sexuel de la personne ou le fait qu'elle n'ait pas mis un terme à la
relation avec le présumé agresseur ne pourra pas servir de preuve.
Voilà donc un tour d'horizon rapide des
mesures-phares du projet de loi n° 73 sur lesquelles vous serez appelés à vous
prononcer au cours des prochaines heures. Mes collègues et moi serons à
l'écoute.
En terminant, le système de justice ne
doit jamais être un fardeau, il doit être un outil, et je souhaite que nous
gardions tous cela en tête pour la durée de nos travaux et pour l'amélioration
des lois en général.
Alors, je vous remercie, M. le Président,
à l'avance, et nous sommes prêts à procéder avec les consultations.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup, M. le ministre.
M. le député de l'Acadie pour six minutes, s'il vous plaît.
M. Morin : Alors, bonjour, M.
le Président. M. le ministre, collègues de la banquette gouvernementale, membre
de votre cabinet et probablement du ministère de la Justice qui vous
accompagnent également. Donc, je vous salue. Je salue également les collègues
des oppositions et M. Bourret qui m'accompagne, le recherchiste de l'aile
parlementaire dans le cadre du travail que nous allons entreprendre en lien
avec le projet de loi n° 73, Loi visant à contrer le partage sans consentement
d'images intimes et à améliorer la protection et le soutien en matière civile
des personnes victimes de violence.
C'est, je dois dire, M. le Président, un
projet de loi important, que je qualifierais d'important, dans un sujet qui est
aussi fondamental. Et je regardais, en préparant, évidemment, l'étude du projet
de loi, le fait que la Colombie-Britannique, par exemple, s'est déjà intéressée
à la question. Il y a une loi de la Colombie-Britannique qui traite de ça. Le
Code criminel également prévoit une infraction.
Je dois souligner, j'ai trouvé... j'ai été
impressionné, disons-le, par les moyens technologiques qui ont été utilisés par
le ministère pour nous aviser de ce projet de loi. Quand il y a des bonnes
choses qui sont faites, M. le Président, il faut le reconnaître. J'ai avoué que
c'était bien, c'était bien pensé. On parle de moyens technologiques, on reçoit
un petit texto, et voilà. Parce qu'effectivement...
Morin : ...le partage d'images intimes, l'utilisation de
l'Internet, c'est un outil, et ces fameux appareils très sophistiqués, c'est un
outil qu'un grand nombre de personnes, maintenant, utilisent constamment. On
peut même s'interroger à savoir s'il y a des gens qui pourraient s'en passer.
Je dois vous dire que c'est un sujet qui est important, parce qu'il y a aussi
une commission de l'Assemblée nationale qui étudie l'utilisation des appareils,
des appareils électroniques et des écrans. Donc, on voit que ça prend une
ampleur vraiment importante dans notre société. Et le fait de partager des
images intimes sans le consentement de la personne peut et a un impact
dévastateur. Et évidemment, une fois que c'est rendu sur le Web, là par
exemple, ça peut devenir difficile d'enlever ces images-là.
Alors, c'est important qu'on ait plusieurs
groupes et spécialistes, dont j'ai noté le professeur Trudel de l'Université de
Montréal, qui va venir nous parler éventuellement, évidemment, de ce projet de
loi, et comment le législateur peut agir en étant le plus... le plus efficace
possible. Je vous dirais qu'il y a quelques éléments qui ont retenu mon
attention, et je veux les partager d'emblée. D'ailleurs, ça a été soulevé par
différents groupes dans le cadre des mémoires que nous avons reçus. Il y a
toute la question, parfois, des délais dans le système judiciaire. Donc, si on
veut être efficace, il faudrait qu'on soit capable d'agir ou que les victimes
soient capables d'agir rapidement. Puis il y a aussi, bien sûr, l'accès à la
justice, donc, s'interroger sur toute la question de la gratuité et du rôle de
l'aide juridique dans ce domaine-là.
J'ai noté également qu'il y a une
importance qui a été identifiée puis qui sera accordée à la formation, et ça,
c'est un élément clé. Il va falloir, et on en rediscutera, mais il va falloir
que le ministre et le ministère s'assurent qu'il y aura des budgets pour bien
informer la population du fait que maintenant il y aura des sanctions. Il y
aura une possibilité de recourir à des ordonnances pour faire cesser ce type de
partage, sans consentement, d'images intimes. Mais surtout aussi, je vous
dirais, de prévenir les gens des effets dévastateurs que le partage de ces
images, sans consentement, peuvent avoir sur, évidemment, les victimes. Ça,
c'est quelque chose qu'on aura l'occasion évidemment de reparler et d'étudier.
Alors, sans plus tarder, je suis heureux,
à nouveau, de travailler au sein de cette commission, M. le Président, et de
débuter les consultations particulières dans le cadre du projet de loi n° 73.
Je vous remercie.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup, M. le député de
l'Acadie. Donc, on va débuter les auditions. Alors, il me fait plaisir d'avoir
les représentantes du Réseau des centres d'aide aux victimes d'actes criminels,
qu'on appelle communément les CAVAC, alors je pense que c'est bien connu
partout au Québec. Merci beaucoup d'être avec nous. Comme vous savez, vous avez
10 minutes de présentation et, après ça, on aura une période d'échange avec les
membres de la commission. Donc, d'abord, vous présenter et débuter votre
témoignage, s'il vous plaît. Merci.
Mme Villeneuve
(Marie-Christine) : Merci. Bonjour, mesdames, messieurs. Merci de
l'invitation. D'abord, mon nom est Marie-Christine Villeneuve. Je suis
coordonnatrice aux communications et aux relations publiques pour le Réseau des
CAVAC. Je suis accompagnée de Marilie Cormier-Gaudet, elle est directrice
générale du CAVAC, Centre-du-Québec; ainsi que de Karine Gagnon, qui est
coordonnatrice au soutien organisationnel au Réseau des CAVAC également.
Donc, je vais d'emblée vous présenter...
faire les grandes lignes du Réseau des CAVAC. Peut-être certains, certaines le
connaissent un peu mieux que d'autres, le réseau a pour mission, en fait, de
promouvoir, de faire la promotion des besoins des personnes victimes d'actes
criminels, de leurs proches ainsi que des témoins d'infractions criminelles.
Mais on a aussi comme mission, à
titre de réseau, là, d'être à la recherche des
meilleures pratiques en matière de victimologie et de favoriser l'harmonisation
de ces pratiques-là au sein de l'ensemble des CAVAC. Donc, ce sont 17 centres
d'aide aux victimes d'actes criminels qui composent notre réseau, qui sont situés
dans chacune des régions administratives. Et ces CAVAC là sont des organismes à
but non lucratif, qui offrent des services à une clientèle qui est très vaste.
Donc, on offre des services aux victimes
directes d'une infraction criminelle, à leurs proches également, qui peuvent
vivre beaucoup de conséquences, mais aussi aux témoins. Peu importe l'âge, peu
importe le sexe, peu importe le moment où est survenue l'infraction criminelle,
on offre les services. Et peu importe si la personne a porté plainte aux
services de police ou participe à un processus judiciaire, les services sont
offerts à toutes ces personnes-là. Les services qu'on offre, eh bien, on parle
de suivi...
Mme Villeneuve (Marie-Christine) :
...psychosocial, de suivi post-traumatique pour arriver à limiter les
conséquences de l'infraction criminelle sur leur vie. Donc, on vise une reprise
de pouvoir graduelle. Donc, ce sont des suivis qui sont de courte, moyenne
durée, à court, moyen terme.
On offre aussi, évidemment, de
l'information judiciaire, tout ce qui est en lien avec le processus judiciaire.
On va les accompagner avant, pendant, après le processus, pour s'assurer
qu'elles comprennent bien tout ce qui est en lien avec le processus judiciaire,
ce qui, parfois, là, échappe un peu à la connaissance, quand on n'est pas
plongé dans ce milieu-là. On va, évidemment, leur offrir des informations en
lien avec les recours qu'elles ont, l'indemnisation, par exemple, qu'elles
peuvent avoir accès... à laquelle elles peuvent avoir accès, et offrir du
soutien technique dans ces démarches-là, donc remplir les papiers, par exemple,
pour avoir accès à l'IVAC, à la CNESST, bref, les indemnisations qui sont
possibles pour elles.
• (10 heures) •
Donc, on va les accompagner là-dedans
aussi, mais on est aussi en mesure, là... Si on juge que la personne victime a
des besoins particuliers qui pourraient être mieux répondus par un autre
organisme qui est spécialisé, on va faire ce référencement-là, évidemment.
Donc, ce sont des services qui sont
offerts dans chacun de nos CAVAC. Vous mentionner aussi qu'on a 185 portes
d'entrée, donc on est présent, oui, évidemment, dans les sièges sociaux, mais
aussi dans les postes de police et dans les palais de justice.
Alors, ça fait le tour un peu de ce qu'on
peut offrir et à qui on offre ces services-là. Et, évidemment, vous êtes bien
conscients que, dans le cadre de cette mission-là et de nos fonctions, on est à
même de constater les conséquences néfastes du partage non consensuel d'images
intimes, mais aussi on a des préoccupations en lien avec ce que vivent les
personnes victimes au sein du processus judiciaire civil, alors que ce sont les
mêmes personnes victimes qui traversent le processus au niveau criminel. Alors,
on a évidemment des remarques à vous partager, aujourd'hui, en lien avec le
projet de loi no 73.
Je vais donc partager... plutôt passer la
parole, oui, à ma collègue, Marilie Cormier-Gaudet, qui est directrice générale
du CAVAC Centre-du-Québec.
Mme Cormier-Gaudet (Marilie) : Donc.
Bonjour à tous. Merci de m'accorder le temps de partager un peu. Donc, je
débuterais par mentionner que le réseau des CAVAC est très favorable à ce
projet de loi là. C'est des outils supplémentaires pour les personnes victimes
et ça envoie un message plus dissuasif. Si vous n'avez pas... si vous ne l'avez
pas fait, je vous invite fortement à lire le mémoire que nous avons déposé. Il
est un peu plus étoffé que les points qu'on va mentionner aujourd'hui. On va
vous mentionner seulement, aujourd'hui, là, les points saillants au niveau de
nos préoccupations puis quelques suggestions. Et comme l'a nommé ma collègue,
Marie-Christine, peu importe la juridiction, les personnes victimes ont les
mêmes besoins, et on souhaite que ces besoins-là reçoivent la même
considération.
Je vais débuter par vous parler de
l'article 6, au niveau du partage des images intimes. Donc, sans vouloir
répéter ce que Me Morin vient de mentionner, dans un contexte d'engorgement des
tribunaux et devant la croissance constante de ce type de comportement, soit le
partage d'images intimes, on a une préoccupation quant à la vitesse à laquelle
le système de justice sera en mesure de répondre aux demandes des personnes
victimes, considérant la somme de dossiers qui sont déjà référés aux juges de
garde. Donc, est-ce les demandes des personnes victimes seront réellement
entendues et traitées en temps opportun et quels seront les mécanismes
administratifs mis en place en dehors des heures ouvrables, parce que ces comportements-là
ne prennent pas de pause.
Je vais poursuivre avec l'article 18,
toujours au niveau du partage des images intimes. Donc, on se posait la
question : Quels sont les moyens ou les mécanismes qui vont être mis en
place en cas de non-respect d'une ordonnance? Ces mécanismes-là doivent être
clairs et faciles d'accès pour les personnes victimes. Dans le même ordre
d'idée, quels sont les moyens envisagés pour faire respecter une ordonnance
pour une organisation ou une personne dans une autre juridiction? On peut
prendre l'exemple de Pornhub, qui a récemment fait l'objet d'un reportage à
Enquête, je vous suggère encore une fois d'aller l'écouter si ce n'est pas
fait, c'est tout un combat pour les personnes victimes, là, de tenter d'obtenir
justice dans ces cas-là. Je vais passer la parole à ma collègue, Karine Gagnon.
Mme Gagnon (Karine) : Je
m'excuse. Merci, Marilie. Bonsoir à tous et à toutes. Donc, plus spécifiquement
concernant l'ordonnance civile de protection, il y a deux éléments qu'on
souhaite porter à votre attention, plus précisément, de vive voix. Donc, en ce
qui concerne la mesure qui prévoit de rendre exécutoire, là, l'ordonnance
civile de protection, c'est évidemment une mesure qu'on trouve tout à fait
adéquate, dans le sens de ne pas laisser reposer sur les épaules de la personne
victime, là, les démarches pour faire respecter ce type d'ordonnance, comme ça
a été mentionné, là, dans les remarques préliminaires...
Haut de la page
10 h (version non révisé
e) Mme Gagnon (Karine) : ...par
contre, évidemment, on a des préoccupations quant à l'arrimage entre le civil
et les corps de police, donc comment ces liens-là vont se créer et s'assurer
que les corps de police aient bien l'information requise, s'assurer également,
et ça a été mentionné, là, aussi dans les remarques préliminaires, que les
policiers, policières qui auront à intervenir pour ce genre de situation soient
bien formés sur ce type d'ordonnance, en comprennent bien la portée et soient
bien formés également sur leurs pouvoirs dans ce cadre-là, leurs nouveaux
pouvoirs dans ce cadre-là. Évidemment, encore une fois, dans ce type de
situation là, le temps est aussi important. On parle de sécurité des personnes.
Donc, les ressources, les policiers, policières devront aussi être en nombre
suffisant pour être en mesure d'intervenir en temps opportun en cas de
non-respect de ce type d'ordonnance.
L'autre élément qu'on souhaite porter à
votre attention, ça concerne les mesures d'accompagnement et les mesures de
facilitation du témoignage. Dans le fond, on prend ce qui existe actuellement
dans le secteur criminel et pénal et on l'importe au niveau civil, ce qui est
tout à fait pertinent à notre avis. La préoccupation qu'on a, c'est au niveau
de l'attestation qu'une personne devrait obtenir pour pouvoir avoir accès,
entre autres, aux témoignages à distance ou encore à un chien d'assistance. On
se demande pourquoi cette attestation-là est requise. On essaie de voir un peu,
là, quelle est l'intention sous-jacente, si c'est de faire en sorte que les
personnes victimes se retournent vers des ressources d'aide, bien, c'est
certainement un objectif qui est louable, sauf qu'il faut quand même garder en
tête que, de se tourner vers des ressources d'aide, ça doit être la liberté de
la personne victime, ça doit être son choix, on ne peut pas lui imposer ce
genre de choses là. Donc, c'est un souci qu'on a à cet égard-là. Et puis on a
aussi le souci de la charge administrative et des démarches supplémentaires que
ça représente pour une personne victime, au même
titre que ça représente aussi
une charge administrative supplémentaire pour les ressources d'aide qui, comme
vous le savez, sont bien occupées à répondre aux demandes en augmentation
constante des personnes victimes. Donc, on... cette exigence-là d'attestation,
on... elle nous préoccupe.
Et par ailleurs on a aussi le souci en ce
qui concerne les ressources qui seront appelées à accompagner les personnes
victimes dans le processus civil. Nous, évidemment, on fait ce travail-là au
niveau criminel et pénal. Mais comme ça a été mentionné par ma collègue tout à
l'heure, les personnes qui traversent le processus civil, le processus
judiciaire et civil, ont les mêmes besoins d'accompagnement. Donc, il faudra
être au rendez- vous en ce qui concerne, là, les ressources je dirais
spécialisées et qui ont les connaissances et la formation nécessaires pour
faire cet accompagnement-là de façon adéquate.
Je ne sais pas si nous reste encore un peu
de temps, je repasserais la parole à ma collègue Marilie.
Le Président (M.
Bachand) : Le 10 minutes est déjà passé,
mais je regarde du côté gouvernemental.
Mme Gagnon (Karine) : ...
Le Président (M. Bachand) : Alors, si vous voulez continuer, ça va être sur le temps pris
du côté ministériel. Merci.
Mme Cormier-Gaudet (Marilie) : Parfait.
Il ne nous reste qu'un seul petit point. Je terminerais avec l'article 19
au niveau du partage d'images intimes. Donc, le Réseau des CAVAC souhaite
mentionner, là, que notre souhait est que la nouvelle loi ait un effet
dissuasif puis que les ordonnances émises soient respectées. En ce sens-là, on
trouve bien pertinent que les sommes des contraventions soient remises aux
CAVAC, mais ce qu'on a pu constater que de telles mesures dissuasives, ça ne
semble pas suffisant pour assurer la pérennité du fonds. Les besoins des
personnes victimes sont grandissants, les dénonciations sont en hausse, donc il
faut être au rendez-vous. Merci beaucoup.
Le Président (M.
Bachand) : Merci infiniment. Donc, je me
tourne maintenant vers le côté gouvernemental. M. le ministre, il vous reste 16 min 26 s.
M. Jolin-Barrette : Merci, M.
le Président. Mme Cormier-Gaudet, Mme Gagnon, Mme Villeneuve, bonjour, merci de
participer aux consultations publiques en lien avec le projet de loi n° 73 pour le Réseau des centres d'aide aux victimes d'actes
criminels. Et puis, bien, j'ai l'occasion de vous connaître un petit peu, puis
de vous visiter de temps à autre, notamment dans les palais de justice puis, à
toutes les fois, ça m'impressionne à quel point vous faites un excellent
travail d'accompagnement. Ce n'est pas un travail qui est facile de soutenir, d'accompagner
les personnes victimes au sein du processus judiciaire, alors je veux vous
lever mon chapeau, au travail que vous faites les intervenants aussi dans
vos... dans vos différents centres qui sont soit dans les palais de justice,
soit hors palais de justice ou dans... souvent dans les services de police ou
dans les différentes régions quand vous êtes délocalisés. Alors, vous êtes des
partenaires essentiels au système de justice, puis je souhaite l'énoncer...
M. Jolin-Barrette : ...publiquement
et fortement aussi pour dire que vous faites du très bon travail. Peut-être
pour répondre à quelques points que vous avez soulevés, en lien avec votre
mémoire, je suis d'accord avec vous qu'il faut faire en sorte de simplifier la
vie le plus possible des personnes victimes. Puis un des objectifs du projet de
loi, c'est celui-là. Donc, on amène ce qu'on fait en matière criminelle, mythes
et stéréotypes, aides aux témoignages, tout ça, en matière civile. L'exemple
que vous avez donné sur l'attestation pour le télétémoignage, la façon dont on
a réfléchi la chose, c'est pour faire en sorte que ce soit accordé, justement,
parce qu'un des enjeux qui a été porté à mon attention, c'est que, parfois,
supposons, lorsqu'une personne victime de violence conjugale, en matière
civile, donc en matière familiale, bien, le tribunal ne l'accordait pas
systématiquement le fait de permettre à Mme d'être... en matière de
télétémoignage. Et pour obtenir le télétémoignage, il fallait déposer une
requête à la cour avec fort... souvent avec son avocat. Donc, ça engendrait des
coûts puis une lourdeur de la part de la personne victime. Le fardeau était sur
ses épaules. Donc, on cherche à simplifier tout ça et on inverse également le
fardeau, la règle de preuve... la règle de procédure relativement à l'octroi du
témoignage à distance. Parce que ce qu'on veut favoriser, c'est lorsqu'il y a
présence de violence, que le juge l'accorde. Sauf que notre enjeu actuellement,
c'est que le juge ne l'accordait pas systématiquement quand c'étaient des
victimes adultes en matière civile.
• (10 h 10) •
Donc, nous, ce qu'on dit : Bien, à
partir du moment où il y a un organisme d'aide qui atteste qu'il y a une
consultation pour violence conjugale ou violence sexuelle, bien, à ce
moment-là, ça va être au juge de devoir justifier pourquoi est-ce que je
n'accorde pas le télétémoignage, alors que ça devrait être la norme, pour
éviter justement que Mme ait à témoigner à trois pieds de M. dans la même salle
où est-ce que des comportements qui n'apparaissent pas comme étant de la
violence apparente, mais qui entraînent un signal entre les ex-conjoints que ça
amenait à faire de la violence.
On m'a raconté que M., avant de violenter
sa conjointe, bien, il se raclait toujours la gorge, puis que, là, au tribunal,
quand elle venait pour témoigner, bien, M. commençait à se racler la gorge.
Donc, c'était tout pour déstabiliser la personne victime dans la même salle.
Alors, je pense qu'il faut favoriser le fait d'avoir du télétémoignage pour
justement que la personne victime puisse livrer librement son témoignage et le
faire en toute... en toute sécurité à l'extérieur de la salle de cours. Puis là
le juge à moins que ce soit pour apprécier la crédibilité, bien là, à ce
moment-là, il devra accorder le témoignage à distance. Ça fait que c'est dans
cet objectif-là qu'on amène ça justement pour amener le tribunal à favoriser le
témoignage.
Autre... autre mesure que vous avez
soulevée, sur la question de la disponibilité en matière d'ordonnance pour le
partage d'images intimes. Dans le fond, nous, on souhaite que ce soit traité
dans les meilleurs délais, d'une façon qui est urgente par la Cour du Québec.
Et là, en termes de disponibilité, bien, ça va fonctionner par les mesures
administratives qu'on a déjà en place. Prenez l'exemple de la Cour supérieure en
matière d'injonction, et les injonctions qui sont prononcées d'urgence
également, donc, ça va être un peu le même processus. Les juges de paix
magistrats sont de garde pour entendre les mandats, donc on leur donne la
juridiction, donc 24-7. Les juges de la Cour du Québec ont des disponibilités,
ont des gardes aussi et tout ça. Donc, on va s'assurer, en collaboration avec
la magistrature, qu'il y ait quelqu'un pourra entendre la requête rapidement.
Et vous avez soulevé un autre point aussi,
avant de vous céder la parole, là, mais vous avez soulevé un autre point sur
l'application de l'ordonnance extraterritoriale lorsque l'entreprise, elle
n'est pas là. Nous en sommes conscients. Il y a des ententes de réciprocité,
parfois, mais vous avez raison de dire qu'à certains endroits dans le monde, si
c'est hébergé, supposons, en Thaïlande... puis là je parle à travers mon
chapeau, je ne sais pas si on a une entente de réciprocité, mais ça peut être
difficile. Mais notre objectif, c'est deux choses. Oui, Internet, mais
également le partage texto. Et ça, ça se fait à une échelle beaucoup plus
locale. Ça fait que c'est sûr que ce n'est pas parfait sur réussir à empêcher,
mais ça, c'est tous les jugements de toutes les juridictions au Canada, qu'on a
une limite à une portée extraterritoriale quand il n'y a pas d'entente. Mais
peut-être vous entendre là-dessus, si ça... si ça répond à vos... à vos enjeux.
Mme Cormier-Gaudet (Marilie) : Bien,
je peux me prononcer. Merci, M. le ministre. En fait, je commenterai que votre
premier point, c'est louable, que vous avez nommé afin de convaincre la
magistrature, là, au niveau des mesures d'aide au témoignage. Par contre, les
organismes, si je prends en exemple les CAVAC, on va pouvoir effectivement
attester que la personne victime reçoit nos services... pour qu'on le fasse,
mais je...
Mme Cormier-Gaudet (Marilie) : ...on
va attester que cette personne victime là subit de la violence. C'est là la
nuance qu'on aimerait apporter puis c'est de là notre questionnement. Voilà.
M. Jolin-Barrette : O.K. Sur
l'ordonnance de protection civile, là, vous souhaiteriez que la durée minimale
de protection soit plus longue que le 10 jours. Cependant, ce qu'on a prévu
comme mécanisme, c'est le fait que le juge peut la renouveler dans son bureau
aussi. Donc...
Parce que là, dans le fond, l'ordonnance
civile de protection, on n'oblige pas un débat contradictoire dès le départ. Ça
veut dire : on n'a pas besoin d'avoir la personne qui est visée par
l'ordonnance au tribunal. Ça fait que ça peut se faire, on dit, ex parte, mais,
à ce moment-là, elle est notifiée, et là, par la suite, il peut y avoir un
contrôle de la part du juge, mais ce n'est pas nécessaire de réunir toutes les
parties, puis il va pouvoir la renouveler dans son bureau.
Donc, ça, je voulais juste le porter à
votre attention. C'est sûr, il y aura un renouvellement, mais il n'est pas
obligé d'y avoir une audition formelle par la suite, là. Mais ça prend... ça
prend un certain délai quand même parce que, vu que l'ordonnance est prononcée
sans que la personne ait pu faire valoir ses arguments, l'ordonnance prononcée
contre lui, il faut qu'il y ait un mécanisme à un moment donné pour que la
personne puisse se soulever. Ça fait qu'elle est prononcée d'urgence 10 jours,
mais après il y a une sorte de contrôle par le juge si elle est contestée. Mais
on s'assure au départ qu'immédiatement elle puisse être ordonnée.
Mme Gagnon (Karine) : Bien,
il y avait cet élément-là sur le 10 jours, mais il y avait le trois ans aussi,
parce qu'on comprend, là, que, le 10 jours, à un moment donné, l'autre
partie
doit être entendue, évidemment, là. Mais il y avait sur le trois ans aussi
qu'on trouvait que la période n'était peut-être pas assez longue.
Évidemment, il y a la... il y a la possibilité
de renouveler, mais notre préoccupation, c'était de ne pas rajouter une
démarche pour la personne victime de façon trop rapide, compte tenu... on sait,
en contexte post... de postséparation, comment ça peut durer pendant de très
nombreuses années, cette violence-là, encore plus quand il y a des enfants.
Ça fait que notre souci, c'était ça,
c'était de ne pas... d'éviter à la personne victime d'avoir à revenir à la cour
trop rapidement. À notre avis, trois ans, c'était peut-être un peu court à ce
niveau-là.
Maintenant, de combien devrait être la
durée? Il faudrait peut-être, là, consulter des études sur le sujet, tu sais,
qui sont plus précises sur dans combien... dans le temps, combien ça peut
s'étendre, ce genre de violence là, pour déterminer un peu, là, la durée de
l'ordonnance.
M. Jolin-Barrette : Je
comprends. Vous nous dites de consulter les études, mais est-ce que vous avez
une opinion sur, selon vous, quelle devrait être la durée, si ce n'est pas
trois ans?
Mme Cormier-Gaudet (Marilie) : De
notre côté, là, on avait pensé à un cinq ans, qui serait un peu plus
raisonnable.
M. Jolin-Barrette : O.K.,
parfait. Donc, globalement, le projet de loi amène des avancées. On va prendre
en compte vos commentaires que vous avez formulés dans le mémoire. Je vais
céder la parole à vos collègues, mais je tiens à vous remercier d'avoir déposé
un mémoire puis d'être venues en commission parlementaire aujourd'hui.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup, M. le ministre.
Il reste sept minutes 30 secondes à la
partie gouvernementale. Donc, Mme la
députée de Laval-des-Rapides, s'il vous plaît.
Mme Haytayan : Merci, M. le
Président. Bonjour, mesdames. Merci pour votre temps ce matin.
Sur le terrain, à quel point vous
constatez une augmentation de l'ampleur du phénomène? Puis aussi, côté
victimes, quel est le profil qui revient le plus souvent?
Mme Gagnon (Karine) : Vous
voulez dire par rapport au partage d'images intimes plus particulièrement?
Mme Haytayan : Les victimes.
Oui, le profil des victimes.
Mme Gagnon (Karine) : Bien,
c'est sûr que ce qu'on constate, je vous dirais, dans les dernières années,
c'est une augmentation au niveau des jeunes. Ça, c'est quelque chose qu'on
constate. Profil des victimes, bien, c'est...
Mme Haytayan : Quand vous
dites «jeunes», si je peux me permettre, quand vous dites «jeunes», quelle
tranche d'âge?
Mme Gagnon (Karine) : Les
adolescents.
Mme Haytayan : O.K.
Mme Gagnon (Karine) : Les
adolescents. Donc, comme c'était mentionné tout à l'heure, dans le fond, le
projet de loi, c'est sûr que, quand c'est entre des individus qu'on peut
facilement identifier, on voit, nous, que, pour les jeunes, pour les
adolescents, c'est... ce qui est prévu dans la loi, ça risque d'être aidant,
là, pour contrer ce genre de comportement là, parce que c'est quelque chose
qu'on voit qui est en émergence... en fait, ce n'est pas juste en émergence,
là, ça prend une ampleur assez importante, là, dans les dernières années.
Mme Haytayan : ...dernières
années. Donc, depuis combien d'années vous voyez cette ampleur?
Mme Gagnon (Karine) : Ce
serait difficile à qualifier, mais je vous dirais que la pandémie a contribué
certainement à ce que les jeunes soient encore beaucoup plus sur les réseaux
sociaux qu'ils l'étaient auparavant. Donc, on pourrait situer... situer le
début de cette augmentation-là autour de la pandémie, là.
Mme Haytayan : Donc, surtout
depuis 2020.
Mme Gagnon (Karine) : ...
Mme Haytayan : O.K. O.K.
Aussi, je voulais vous entendre sur l'ordonnance civile de...
Mme Haytayan : ...actuellement,
avec ce type d'ordonnance, s'il n'y a pas de suivi par les policiers, est-ce
que c'est problématique, selon vous?
Mme Gagnon (Karine) : En fait,
oui, c'est problématique parce que le fardeau repose sur la personne victime, à
ce moment-là, de dénoncer au... bien. En matière civile, par outrage ou
tribunal. Donc, c'est une requête qui doit être présentée. Et, évidemment, bon,
c'est une démarche judiciaire, mais là on parle surtout de délais, parce que,
quand ce genre d'ordonnance là n'est pas respectée, c'est la sécurité de la
personne victime, et potentiellement ses enfants, si elle en a, qui est à
risque. Donc, on veut une intervention rapide et immédiate, par des gens qui
sont en mesure de poser des gestes et d'arrêter les auteurs de violence. Donc,
c'est effectivement problématique.
C'est pour ça qu'on parle d'un faux
sentiment de sécurité, parce que la personne victime peut penser que, parce qu'elle
a cette ordonnance-là qui vient d'un juge, elle est en sécurité, mais, dans les
faits, la réaction qui peut... qui peut avoir lieu, bien, elle est vraiment...
Ça prend beaucoup de temps, là, avant que ça puisse se produire.
• (10 h 20) •
Mme Haytayan : O.K. Merci.
Le Président (M.
Bachand) : ...M. le député de Saint-Jean,
4 min 30 s.
M. Lemieux : Merci. Merci
beaucoup, M. le Président. Mesdames Cormier-Gaudet, Gagnon et Villeneuve, merci
beaucoup d'être avec nous ce matin et d'inaugurer ces consultations publiques
sur le projet de loi. Je vais rester, moi aussi, sur la
partie des images,
parce que c'est le
titre du projet de loi, mais, en même temps, c'est ce qui a
bouleversé le grand public quand ça a commencé à circuler, parce qu'il y a eu
plusieurs reportages, que les images circulaient à l'école, textos, et tout ça,
puis là on a compris l'ampleur du phénomène.
Je reviens juste sur la
partie des jeunes,
dont on parlait tout à l'heure, parce qu'on a l'impression que parce que les
médias nous ont parlé de la circulation de ces images-là en textos ou dans des
groupes d'étudiants du secondaire, surtout, qu'il n'y avait pas de problème,
que ce n'était pas un gros problème pour le reste de la gente féminine et des
autres.
Pourtant, au criminel, si j'ai bien lu, il
y a à peine une centaine, peut-être, certaines années, 150, 175 dossiers
criminels qui sont ouverts, parce que c'est effectivement couvert par le
criminel. Est-ce que la dimension civile qu'on introduit maintenant peut faire
ouvrir les vannes? Pensez-vous? Est-ce que vous voyez vraiment la possibilité,
pas seulement pour les jeunes, mais tous ceux et celles qui sont frappés par ce
problème-là, d'intervenir facilement? Parce que c'est ça, la prétention du
ministre, dans son projet de loi : ça va être facile, ça va être rapide.
Est-ce qu'il y a ce qu'il faut là-dedans pour ça?
Mme Gagnon (Karine) : Est-ce
que ça va ouvrir les vannes? C'est difficile à dire. Est-ce que c'est un outil
supplémentaire? Certainement. Vous l'avez mentionné, on parle des jeunes, mais
ce n'est pas que les jeunes, hein, on rencontre aussi des situations de fraude,
de sextorsion. On a des gens plus âgés, là, qui se font menacer, qui se font
extorquer de l'argent de cette façon-là. On parle des femmes, mais il y a aussi
des hommes qui sont victimes de ce genre de choses là.
Est-ce que ce sera plus facile? Ça reste
toujours quelque chose d'intime. Ça restera certainement toujours quelque chose
de difficile, pour une personne victime, à dénoncer, peu importe la juridiction
qui sera utilisée, mais c'est certainement un moyen supplémentaire pour pouvoir
le faire et le faire d'une autre manière. Il y a des gens qui pourraient être
intimidés par le fait d'aller vers les policiers, vers un processus judiciaire
criminel, et pour qui le processus... le processus civil pourra être plus
adéquat. Donc, c'est certainement un outil supplémentaire.
M. Lemieux : Surtout...
Mme Cormier-Gaudet (Marilie) :
M. Lemieux : Oui, allez-y.
Mme Cormier-Gaudet (Marilie) : Oui.
J'allais dire, si je peux me permettre, on a effectivement eu un bel exemple de
ce que vous venez de nommer à Drummondville. Donc, à Drummondville, on a été un
des cinq projets pilotes, des cinq premiers projets pilotes en matière de
tribunaux spécialisés en violence conjugale et en violence sexuelle, et on a vu
une augmentation des dénonciations à la police pour ce type de crimes là. Donc,
il se peut que cela ait cet effet-là, effectivement.
M. Lemieux : Et là il n'y a
presque plus temps, M. le Président? Une minute. C'est rapide, une minute,
alors je vais seulement rajouter mes compliments à ceux du ministre tout à
l'heure. J'avais envie de commencer en vous disant merci d'exister, parce
que... mais j'ai sauté dans la question de la collègue pour enchaîner. Mais,
effectivement, il faut être assis dans une commission comme celle-ci pour vous
voir revenir à chaque fois, à chaque fois qu'il y a des problèmes adressés par
le gouvernement par rapport à violence sexuelle, violence conjugale, aide aux
victimes de quelque ordre qu'elles soient. Et je sais que vous êtes une
créature, mais c'est beau de voir la passion que vous investissez dans cette
créature de la société pour venir en aide aux victimes...
M. Lemieux : ...merci
beaucoup.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. M. le député de
l'Acadie, s'il vous plaît.
Morin : Oui. Merci, M. le Président. Alors, Mmes Cormier-Gaudet,
Gagnon et Villeneuve, merci d'être là avec nous aujourd'hui. Moi, je dois vous
dire, j'ai la chance, là, de le dire publiquement, mais il y a... ça fait
déjà... ça remonte à quelques mois, mais j'ai eu la chance d'être accueilli par
le CAVAC à Drummondville. On y a fait une visite, on a eu une excellente
discussion, puis, après ça, nous sommes allés au palais de justice. Alors, je
voulais vous remercier, et le faire publiquement, pour l'accueil que j'ai reçu,
mais aussi pour le travail que vous faites auprès des victimes d'actes
criminels. Et j'espère qu'au palais les réaménagements se font bien pour vous
puis que vous êtes capables, sans problème, de remplir votre mandat. Donc,
merci... merci beaucoup.
Merci aussi d'avoir pris le temps de
déposer un mémoire à la commission sur un sujet qui est effectivement très
important. J'aurais... j'aurais quelques questions pour vous. À
l'article 14 du projet de loi, une fois que l'ordonnance est... est
obtenue, on parle du mode de signification et on dit : «par tout mode
approprié, notamment par huissier de justice, poste recommandée, remise en main
propre, service de messagerie ou moyens technologiques. Est-ce que vous pensez
que c'est suffisant? Et quand je l'ai lu, l'entremise de la poste recommandée,
ça peut prendre quand même du temps. Remise en main propre, j'imagine que ce
serait par un huissier de justice. Est-ce que vous y voyez un enjeu? Puis moyen
technologique, bien, le problème, c'est que ça peut être la preuve de la
signification. Est-ce qu'il y aurait d'autres moyens auxquels vous avez pensé
qui pourraient permettre de signifier l'auteur de ses gestes blâmables?
Mme Gagnon (Karine) : Bien,
c'est une question technique que vous nous posez, puis évidemment, on n'est pas
spécialistes de cette question-là. Mais évidemment ça prend un moyen qui permet
de signifier en temps opportun, parce qu'on l'a mentionné, là, à quelques
reprises. Tant pour ce qui concerne l'ordonnance civile de protection que pour
le partage d'images intimes, le temps est un enjeu. Donc effectivement il faut
que le moyen utilisé rencontre, là, ces préoccupations-là concernant le temps,
Morin : Oui, puis c'est vrai, vous avez raison, c'est vrai que
c'est un moyen un peu technique. Mais parfois le législateur a de très bonnes
idées, des bons principes, mais souvent c'est dans les détails, dans la mise en
application qu'on voit que c'est un peu plus compliqué. Donc, vous comprendrez
que moi, comme législateur, ce volet-là m'intéresse aussi d'une façon
importante d'ailleurs.
Un peu dans le même sujet, mais peut être
un peu moins technique, vous soulevez aussi la question de l'accès ou des
coûts, puis vous faites mention, à un moment donné, je pense, dans votre
mémoire, de l'aide juridique. D'après vous, quels sont les meilleurs mécanismes
puis est-ce que l'État devrait les défrayer pour permettre justement aux
victimes de ce type de comportement là de pouvoir agir rapidement?
Mme Gagnon (Karine) : Bien en
fait, on soulevé cette question-là concernant... si on souhaite invoquer, entre
autres, le passé d'une personne victime. On sait qu'en matière criminelle et
pénale, quand ce genre de requête là doit être débattu, le procureur de la
Couronne n'étant pas l'avocat de la personne victime, la personne victime a
droit d'être représentée gratuitement pour le débat sur cette requête-là. Nous,
ce qu'on suggère, c'est que comme on importe ces principes-là en matière
civile, et qu'en matière civile généralement la personne va être représentée
par avocat, mais que la
partie sur le débat de ce type de requête là puisse
aussi être... être défrayé par l'aide juridique. C'est vraiment spécifiquement
par rapport à cet aspect-là qu'on ont soulevait la question. Parce que c'est
exactement le même type de débat, donc la personne devrait avoir les mêmes
droits dans les deux juridictions à ce moment-là. C'est à ce niveau-là qu'on
invoquait cette possibilité-là.
Morin : Je vous remercie. C'est très clair. J'aurais une autre
question. Dans le projet de loi, le projet de loi va aussi modifier le Code de
procédure civile, et à l'article 9, puis M. le ministre en a parlé, l'a
évoqué, on dit «le témoin avec l'autorisation du tribunal, ou la
partie qui a
déposé au greffe une attestation confirmant qu'elle est présentée à un service
d'aide aux personnes victimes...
Morin : ...reconnu par le ministère de la Justice. Donc, ça, ça
pourrait être vous.
Une voix : Hum-hum.
Morin : Excellent. Donc, pourrait à ce moment-là, témoigner à
distance ou utiliser, évidemment, un autre type de mécanisme pour témoigner.
Ces craintes-là, qui sont qui sont justifiées chez les victimes, est-ce que
vous avez... vous avez un grand nombre de demandes ou de dialogues avec les
victimes qui font en sorte qu'elles pourraient se prévaloir de cette
autorisation-là? Puis je vous pose la question parce qu'une fois que la loi va
être en vigueur, vous, allez-vous avoir eu assez d'employés pour être capables
de faire face à la demande?
• (10 h 30) •
Mme Cormier-Gaudet (Marilie) : C'était
effectivement notre crainte. C'est pourquoi, là, on l'a amenée dans nos faits
saillants. Actuellement, on se questionnait sur la pertinence de cette
attestation-là, parce que ça va ajouter une charge supplémentaire aux CAVAC.
C'est sans surprise que les CAVAC, en ce moment, ont une charge de travail qui
est déjà importante, donc on appréhende, oui, le fait d'avoir flux de demandes.
Si on parle de cour criminelle, donc en
chambre criminelle, c'est la grande majorité de nos victimes, là, qui ont
recours aux aides au témoignage, qu'on parle de paravent, de chien d'assistance
ou de témoignages en visioconférence. Donc, et ose croire que ce sera la même
chose lorsque cette loi-là va être en vigueur.
Mme Villeneuve
(Marie-Christine) : Notamment, je pense... bien, peut-être préciser,
quand tu dis... quand on mentionne la grande majorité, on parle quand même dans
un contexte de violence conjugale. Dans ce contexte-là, effectivement, ce sont
des outils qui sont appréciés et souvent très, très nécessaires. Donc, on peut
penser, effectivement, que ce sera demandé.
Maintenant, quand vous demandez :
Est-ce que ça va ajouter une charge, est-ce que vous parlez de l'accompagnement
même au niveau de la cour civile ou vous parliez simplement de l'attestation?
Morin : Bien, je parle de l'attestation, d'abord, parce qu'on
peut... c'est certain qu'il y a des victimes qui vont s'en prévaloir. Il y a
probablement des victimes qui vont avoir besoin d'aide pour comprendre,
évidemment, ce à quoi il en retourne, l'impact, tout ça, l'information qui est
relevée. Puis, évidemment, si ça retombe sur vos épaules, parce que vous
êtes... bien, fort heureusement, bien identifiées comme étant des expertes dans
le domaine, mais, évidemment, vos ressources ne sont pas illimitées. C'est la
même logique, c'est la même préoccupation, en fait, que j'ai, tu sais, si on
met un truc dans un projet de loi qui est bon, mais qu'après ça tout le monde
est plus ou moins content parce que vous n'avez pas les ressources pour rendre
le travail, ça frustre tout le monde : vous, parce que vous n'êtes pas
capables de faire le travail, puis les victimes, parce qu'elles ne sont pas
capables d'avoir le service. Donc, c'est pour ça que je voulais avoir, compte
tenu de votre expertise, grande, dans ce domaine... Comment vous voyez ça?
Est-ce que vous allez envoyer des demandes supplémentaires pour augmenter votre
budget au ministère ou...
Mme Gagnon (Karine) : Bien si
je peux juste compléter, on comprend l'objectif, là, de contourner les requêtes
qui devaient être déposées. Parce que, tu sais, je comprends, on comprend qu'on
veut alléger, là, le fardeau des personnes victimes. Donc, si l'attestation
peut venir aider à ça, on comprend l'idée, là. Sauf que nous, notre souhait, ce
serait que ce soit vraiment comme en matière criminelle, que ce soit quelque
chose d'automatique pour les personnes victimes.
Donc, évidemment, on n'est pas des experts
du processus judiciaire civil, donc les technicalités, et tout ça, ça ne relève
pas de nos compétences, mais c'est vraiment notre souhait, ce serait que cette
attestation-là ne soit pas nécessaire. Maintenant, si ça vient... si ça vient
éviter de présenter une requête, qui est encore beaucoup plus lourde qu'une
attestation, bien là, à ce moment-là, il faudra voir, justement, comment, dans
les services d'aide, oui, les CAVAC, mais les autres services d'aide aux
personnes victimes, dépendant du type de victimisation, comment on serait en
mesure de répondre à ce besoin-là? Parce que, oui, il va y en avoir, des
demandes, puis on le souhaite, qu'il y en ait, parce qu'on veut que les
personnes aient accès à ces mesures-là au civil, au même
titre qu'au criminel,
mais oui, la question va se poser, de l'opérationnalisation de tout ça sur le
terrain, effectivement.
Mme Cormier-Gaudet (Marilie) :
Puis on pourrait poursuivre juste en précisant, là, qu'au niveau de
l'accompagnement, parce que vous avez mentionné que votre question a deux
volets, présentement, on est vraiment les spécialistes au niveau de
l'accompagnement des personnes victimes en chambre criminelle. Comme l'a dit ma
collègue, on n'est pas des spécialistes en chambre civile. Donc, si c'est le
souhait, que les CAVAC accompagnent en chambre civile, évidemment, il va
falloir revoir un petit peu nos mandats, là.
Morin :
Oui, bien, en fait, c'est un point excessivement pertinent, à mon avis, que
vous soulevez. Parce que, bien sûr, tu sais, les CAVAC, bien, on parle
toujours...
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10 h 30 (version non révisé
e) M. Morin : ...victimes d'actes
criminels, mais le traumatisme ne sera pas moins grand pour la victime si elle
va déposer devant une chambre civile, là, on...
Une voix : Exactement.
M. Morin : Les conséquences
ne sont pas les mêmes pour la personne qui est visée par la procédure, mais,
pour la victime, elle, ce ne sera pas différent. Et donc, avec votre expertise,
avec votre expérience, est-ce qu'il y a des centres qui pourraient les aider?
Parce que je comprends que vous, ça déborde un peu votre mandat. Est-ce que je
me trompe ou...
Mme Cormier-Gaudet (Marilie) : Effectivement.
Vous voyez juste.
M. Morin : D'accord,
excellent. Donc, ça va être une chose à réfléchir. Je vous remercie. Merci
beaucoup. Puis avez-vous aussi de l'expérience avec le témoignage et l'aide
avec un chien guide?
Mme Cormier-Gaudet (Marilie) : Avec
un chien d'assistance judiciaire, effectivement, là, si je peux parler pour
Drummondville. Donc, on a le privilège depuis déjà deux ans d'avoir Falcor avec
nous, là, qui accompagne les personnes victimes au... du tribunal spécialisé.
M. Morin : Puis ça fonctionne
bien?
Mme Cormier-Gaudet (Marilie) : Ça
fonctionne très bien.
Mme Villeneuve
(Marie-Christine) : Oui, on en a trois présentement, projets pilotes
qui fonctionne, là, notamment à Drummondville et dans deux autres régions. Et
ça fonctionne effectivement très bien. Il y a des demandes, et ça facilite
beaucoup, en fait, le passage des personnes victimes au sein du tribunal.
M. Morin : Parfait. Je vous
remercie beaucoup. J'ai terminé, M. le Président.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. Sur ce, à mon
tour de vous remercier d'avoir participé aux travaux de la commission.
Et je suspends les travaux quelques
instants pour accueillir le prochain groupe. Merci et à bientôt. Merci.
(Suspension de la séance à 10 h 36)
(Reprise à 10 h 38)
Le Président (M.
Bachand) : À l'ordre, s'il vous plaît. La
commission reprend ses travaux. Alors, il me fait plaisir d'accueillir en
personne les représentantes du Regroupement des maisons pour femmes victimes de
violence conjugale. Merci beaucoup d'être avec nous. Je vous invite, bien sûr,
d'abord, à vous présenter et à débuter votre témoignage. Merci beaucoup.
Mme Riendeau (Louise) : Bonjour,
je suis Louise Riendeau. Je suis coresponsable des dossiers politiques au
regroupement et je suis accompagnée de Mélanie Guénette, qui est membre du
conseil d'administration de notre organisme et qui est directrice de la maison
Le Prélude.
Alors, bonjour, M. le Président, M. le
ministre, chers députés. On est très contentes d'être ici pour vous parler. On
va vous parler spécifiquement du projet de loi en fonction de la réalité des
femmes victimes de violence conjugale. Notre association regroupe 46 maisons
réparties à travers le Québec, qui, de ce fait, accompagnent des milliers de
femmes victimes de violence conjugale. Et l'ensemble des éléments du projet de
loi sont d'intérêt pour ces femmes-là. Pour nous, le projet de loi est
certainement une avancée au plan de la protection des femmes victimes de
violence conjugale, comme d'autres victimes aussi.
Ce qui a beaucoup retenu notre attention,
ce n'est pas tant les articles du projet de loi, mais son application, pour
laquelle on a un certain nombre de préoccupations et de recommandations. On va
aussi présenter quelques mesures qui, on pense, auraient pu figurer au projet
de loi no 73.
Pour ce qui est de la question du partage
d'images intimes, tantôt...
Mme Riendeau (Louise) : ...il
y avait des questions sur les jeunes. Nous, c'est une réalité que les femmes
victimes de violence conjugale vivent. On voit souvent des conjoints obliger
les femmes à être filmées, à être photographiées sans leur consentement pendant
les activités sexuelles et les menacer d'utiliser ces images-là,
particulièrement au moment où les femmes tentent de mettre fin à leur relation.
Alors, ce que le projet de loi propose pour nous est important. Le fait qu'on
puisse invoquer la révocation du consentement est aussi important dans la
mesure où, quand on parle de violence conjugale, on parle souvent plutôt de
consentement vicié par peur de subir des agressions. Donc pour nous, ça va être
intéressant. Donc que ce soit au niveau de la... du partage d'images intimes ou
de l'ordonnance de protection civile dont on va parler un peu plus longuement,
nous, ce qui nous préoccupe, c'est que les victimes aient les moyens de
vraiment raconter tout ce qu'elles ont vécu et tout ce qui est pertinent pour
que les juges puissent en tenir compte, et ça ne va pas de soi.
• (10 h 40) •
On vient de vivre une expérience
intéressante avec le ministère de la Sécurité publique où on a été sur un comité
pour refaire la déclaration que les victimes peuvent utiliser au moment d'aller
porter plainte, et je dirais que notre participation a permis beaucoup de
bonifier, de mettre des éléments de contrôle coercitif qui n'auraient pas été
mis là autrement, et ça a permis de le tester avec les victimes qui nous ont
dit : Ah! si on avait eu ça, on aurait déclaré beaucoup plus de choses aux
policiers. Donc, on pense que c'est un bel exemple, et ce qu'on recommande,
c'est qu'en fait, pour les formulaires dont il est question dans le projet de
loi, que le gouvernement s'associe à des ressources spécialisées comme les
nôtres, mais aussi à des services comme Rebâtir qui faisait
partie du comité où
en était, ou Juripop qui ont beaucoup représenté des victimes de violences
sexuelles et de violences conjugales. On pense que, comme ça, on pourrait
s'assurer d'avoir un meilleur outil. Mais un outil ne suffit pas toujours,
c'est un... déclarer tout ça pour les victimes, c'est quelque chose d'intime,
parfois de honteux. Donc, on se dit : Ça serait bien qu'elles puissent
bénéficier d'un accompagnement et que ce mandat-là soit confié à Rebâtir qui
déjà donne des consultations aux victimes de violences sexuelles et de
violences conjugales. Donc, on pense que, comme ça, les victimes feraient de
meilleures déclarations, et les juges auraient davantage ce qu'il faut en main
pour prendre des décisions à ce niveau-là.
On est préoccupés effectivement aussi par
la capacité des juges d'évaluer les risques. Donc, si les facteurs de risque
sont présents dans le formulaire, ça sera facilitant pour prendre des décisions
à ce niveau-là. On est aussi préoccupés par comment les policiers vont pouvoir
intervenir en cas de contravention à l'ordonnance de protection civile. On
dit : Le service de police sera informé. Mais pour nous, ça ne suffit pas.
Ça se peut que le manquement à l'ordonnance arrive dans la ville à côté. Donc,
il faut s'assurer que l'autre service de police soit aussi au fait, et la seule
façon de faire ça, c'est que ça soit rentré dans la base de données du Centre
de renseignements policiers du Québec. Mais ça, c'est codifié, c'est un certain
nombre de caractères, ce n'est pas si simple. Donc, on se dit : Il faudra
vraiment que le ministère de la Justice et le ministère de la Sécurité publique
travaillent avec le CRTQ pour que celui-ci regarde comment ça peut se faire et
donne des indications aux services de police. Et l'autre chose aussi, ce qu'on
nous dit, c'est que souvent, les ordonnances, celles qui sont données en droit
de la famille, vont être dans un tout un jugement en droit de la famille, de
plusieurs pages. Donc, c'est complexe. Donc, on se dit : Ça serait
intéressant qu'il y ait un formulaire où les conditions sont inscrites
séparément, ça va faciliter la vie des policiers pour rentrer ça et ça
facilitera aussi l'intervention. Donc, pour nous, ça, c'est un élément qui est
important. Il est tout aussi important quand on regarde comment on va signifier
les ordonnances, qu'est ce qu'on va dire aux victimes au moment où le conjoint
reçoit l'ordonnance. Il y a des victimes qui cohabitent encore avec l'auteur de
violences. Donc, il faut les diriger vers des ressources qui peuvent les aider
à mettre en place un filet de sécurité.
Puis il faudra aussi que les policiers
soient formés. Encore aujourd'hui, malheureusement, on banalise les bris
conditions ou conditions de remise en liberté au 810. Donc ça, pour nous, c'est
un élément qui sera important. Et on pense que le ministre de la Sécurité
publique devrait indiquer, dans le Guide de pratiques policières en matière de
violence conjugale et peut être en matière de violence sexuelle, comment les
policiers doivent agir dans le cas des ordonnances de...
Mme Riendeau (Louise) : ...protection
civile. Pour ce qui est de toute la
section aides aux témoignages, possibilité
de témoigner à distance où on demande aux victimes d'avoir une attestation pour
leur faciliter la vie, nous, on recommande que les mêmes organismes qui sont
reconnus pour la résiliation du bail ou l'accès aux soins, sans le consentement
de l'autre parent, soient reconnus, donc les CAVAC, les CALACS, les maisons
d'hébergement, mais qu'on ajoute aussi d'autres organismes qui viennent en aide
aux victimes et rebâtir, comme ça, ça facilitera la vie aux victimes à ce moment-là.
J'essaie d'aller vite. On a beaucoup de choses à dire en 10 minutes.
Puis c'est ça, pour le témoignage à
distance, j'ai entendu le ministre qui disait: Bien, s'il y a une attestation,
peut-être que les juges vont davantage l'entendre. En tout cas, on est
préoccupés pour que les juges n'utilisent pas l'exception qui dit : Si
vous pensez que ça va être plus facile de vérifier la crédibilité, vous pouvez
demander un témoignage en personne. On sait que, pour les victimes, c'est
quelque chose qui est difficile. Donc, on espère qu'il y aura sensibilisation,
discussion avec le Conseil de la magistrature à ce niveau-là.
Enfin, pour la formation des intervenants,
on pense que le ministre devrait prendre exemple sur la
Loi sur le tribunal
spécialisé où on avait nommé les professionnels qui devaient être formés. En
droit civil, il y a certains professionnels qui sont de pratique privée, qui ne
sont pas dans un organisme ou dans un ministère. Donc, il serait peut-être bon
de les nommer et aussi de dire que la formation doit être donnée en consultant
des ressources qui ont de l'expertise en la matière.
Au plan de la terminologie, on a remarqué
qu'on ne parle pas toujours de la même façon de la violence conjugale et de la
violence sexuelle. Nous, on recommanderait qu'on parle toujours au long de
violence conjugale, toujours au long de plans de violence à caractère sexuel et
qu'on l'harmonise partout dans le projet de loi. Et on propose aussi, pour
s'assurer qu'on ait une vision complète de ce qu'est la violence conjugale et
pas juste de la violence physique, qu'on fasse une apposition, qu'on mette
après «violence conjugale», «contrôle coercitif». Il y a de plus en plus de
gens qui savent de quoi on parle, mais il y en a qui ne sont pas encore tout à
fait au courant. Donc, ça va un peu forcer une meilleure compréhension des
choses.
Et, enfin, on voulait souligner deux
sujets qui sont problématiques pour la sécurité des victimes, un, c'est quand
elles vont chercher leurs effets personnels à leur ancien domicile, l'autre,
c'est quand le conjoint a laissé ses effets personnels là. Dans le premier cas,
en général, la police les accompagne et, en général, les conjoints acceptent.
Mais il y a des cas où les conjoints refusent, et, à ce moment-là, la police
dit : Bien, il faut que vous alliez chercher un jugement, mais aller
chercher un jugement, c'est long. Donc, est-ce qu'on peut s'inspirer de ce
qu'on a pour la résiliation du bail, pour l'accès aux soins sans l'accord de
l'autre parent, pour qu'un officier public recevant une attestation d'un
organisme spécialisé puisse faire une attestation que Mme peut retourner
chercher ses effets, ce qui permettrait au policier de l'accompagner dans ça.
Ça, c'est une chose.
Pour la question de la récupération des
biens laissés par le conjoint, à l'heure actuelle, en fonction de l'article 944
du Code civil, une femme peut être prise, pendant six mois, avec les biens du
conjoint, et les biens, ça peut être des animaux, dont il faut prendre soin,
parce que sinon elle pourrait être accusée de ne pas avoir fait les choses
correctement. C'est un peu long. Alors, on dit : Est-ce qu'il pourrait y
avoir une exception, dans les cas de violence conjugale, pour réduire les
délais au maximum à deux mois?
Alors, voilà, on pense, c'est un bon
projet de loi, mais il faut qu'il soit bien appliqué.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup, Mme Riendeau.
M. le ministre, s'il vous plaît.
M. Jolin-Barrette : Oui.
Alors, Mme Riendeau, Mme Guénette, bonjour. C'est toujours un plaisir de vous
retrouver. Donc, je rebondis sur votre dernière phrase, vous trouvez que c'est
un bon projet de loi. Donc, c'est dans l'application que c'est important, puis
vous nous avez fait des suggestions sur les modalités d'application.
Essentiellement, là, sur le fond, les articles, vous êtes en accord, qu'on met
en place. Je voulais vous demander les impacts des différentes mesures qu'on
amène comme changement. Je donne un exemple. L'ordonnance civile de protection,
on diminue le fardeau pour la victime, on criminalise également le bris. Là, je
suis d'accord, avec vous, sur la question du CRPQ, du fait que ce qu'on a
prévu, là, dans le fond, c'est que l'ordonnance, elle est notifiée au corps de
police où réside la demanderesse, mais également on veut l'inscrire aussi au
CRPQ.
Ça fait qu'on est en discussion avec le
ministère de la Sécurité publique là-dessus. Vous avez raison de dire qu'en
matière de jugements familiaux, il y a plusieurs types d'ordonnance. C'est pour
ça qu'on est en train de travailler à ce que l'ordonnance civile de
protection...
M. Jolin-Barrette : ...ça
puisse être énoncé sous forme de formulaire, ça puisse être énoncé dans le
jugement, mais également pour que ça puisse être intégré dans le CRPQ, il faut
que ça soit prescriptif comme formulaire. Donc, votre suggestion est très très
bonne, puis on est enlignés sur vous. Donc, c'est quoi l'impact pour les
personnes victimes de la diminution du fardeau de preuve en ordonnance civile
de protection comme on le fait?
• (10 h 50) •
Mme Riendeau (Louise) : Bien,
je pense que tout ce qui peut faciliter l'accès à des mesures de sécurité pour
les victimes est important. Si on parle de la violence conjugale, souvent les
victimes vont avoir à faire des procédures en droit de la famille, des
procédures au judiciaire. C'est beaucoup et c'est très lourd. Donc, il faut
faciliter ça. C'est une bonne idée, mais ce n'est pas magique. C'est pour ça
qu'on dit : Ça prend un bon formulaire pour que les victimes puissent bien
déclarer et ça prend de l'accompagnement. Ça fait que ça, je pense que c'est...
il ne faut pas penser que ça va se faire si facilement, là, c'est des sujets
très sensibles. Puis il ne faut pas non plus, comme les collègues des CAVAC le
disaient, créer un faux sentiment de sécurité. Donc, il faut s'assurer que,
s'il y a une contravention, bien, il va pouvoir y avoir une intervention qui
est rapide. Donc c'est pour nous, c'est deux éléments vraiment essentiels, et
il va falloir s'assurer que l'intervention est juste. Comme je le disais
malheureusement, et nos collègues de la fédération ont fait une lettre ouverte
dans Le Devoir la semaine dernière. Il y a encore malheureusement beaucoup de
cas où c'est les bris de condition ne sont pas... ne sont pas pris au sérieux
quand les femmes les rapportent. Donc, on a besoin de maximiser la formation,
puis faire comprendre aussi que ce soit aux policiers, que ce soit aux juges,
que les dangers de féminicide, d'homicide intraconjugal, ça ne vient pas
nécessairement après une escalade de violence puis beaucoup de violence
physique. Les recherches nous montrent le contraire. Ça vient toujours après du
contrôle coercitif ou à peu près, puis souvent il n'y en a pas eu de violence
physique avant. Donc, c'est pour ça aussi qu'on insiste pour qu'on reconnaisse
mieux le contrôle coercitif puis que les... Puis d'ailleurs, au Québec, je
dirais, nous, on a fait beaucoup de formation, on commence à comprendre,
cette... cette notion-là. On est en avance sur nos collègues du reste du
Canada, mais il reste du travail à faire.
M. Jolin-Barrette : O.K. Mais
d'ailleurs, sur la question de la formation, les corps de police aussi vont
être visés par l'offre de formation qu'on offre dans la loi. Vous avez raison
de dire qu'il faut que ça soit sanctionnable dans le fond l'ordonnance. Donc,
c'est pour ça qu'on le transfère en infraction criminelle par le mécanisme
de... je pense que c'est 127 du Code criminel, puis on a enlevé le recours sur
l'outrage au tribunal justement pour pas que ça soit sur le fardeau... le
fardeau soit sur les épaules de la victime à cet effet- là. Ça fait que c'est
la logique, on veut que l'utilisation de l'ordonnance civile de protection soit
beaucoup plus disponible et vous avez raison de dire aussi le formulaire pour
remplir... et vous donniez l'exemple des déclarations et tout ça, on va vous
consulter pour les formulaires qui sont disponibles, autant pour l'image intime
que pour l'autre. Et puis pour les organismes qui vont être appelés à être
reconnus, c'est par arrêté ministériel. Donc, c'est nous qui allons déterminer
ça. Donc, on va vous consulter aussi pour... pour avoir un large, un large
réseau à ce niveau-là.
J'aimerais que vous me parliez de votre
expérience par rapport au télétémoignage dans des dossiers, supposons, de violence
conjugale, violence sexuelle. Comment ça se passe généralement à la cour, là?
Est-ce que... est-ce que la magistrature accepte le télétémoignage?
Mme Guénette (Mélanie) : C'est
arrivé à quelques reprises pendant la COVID et c'est là qu'on a eu beaucoup
plus accès au télétémoignage, et ça fait toute la différence pour les femmes
victimes de violence conjugale. D'un, on parlait de contrôle tantôt. Oui, il y
a encore quand même le contrôle, parce qu'on voit quand même ce qui se passe à
la cour, mais le sentiment de sécurité est vraiment augmenté en étant pas
physiquement avec M.. Quelqu'un parlait tantôt, là, à trois pieds à côté, je
pense que c'est vous, M. le ministre, effectivement ça a une différence, au
niveau du contrôle coercitif aussi, tu sais, il y a un... il y a un pas de
distance qui s'est pris. Donc, c'est sûr que c'est une mesure qui est... qui
est largement valorisée, là, puis qu'on va mettre de l'avant, là, dans nos
maisons pour... Si ce projet de loi passe, avec cette mesure-là, on va vraiment
la promouvoir auprès de notre clientèle. C'est clair.
M. Jolin-Barrette : Dans ce
que vous constatez, est-ce que vous avez des femmes, qui sont hébergées chez
vous, qui se font dire : Non, il faut aller témoigner en cour
actuellement?
Mme Guénette (Mélanie) : Ça
arrive encore fréquemment.
M. Jolin-Barrette : Ça arrive
encore fréquemment.
Mme Guénette (Mélanie) : C'est
encore fréquent.
Mme Riendeau (Louise) : Oui,
je dirais que le télétémoignage est quand même assez récent et, pendant
longtemps, c'était réservé aux enfants, aux personnes en situation de handicap.
Puis malheureusement, en droit de la famille, on a encore des juges qui
disent : Bien, séparer, c'est fini...
Mme Riendeau (Louise) : ...ou,
tu sais, qui ne sont pas capables de prendre la pleine mesure de l'impact que
la violence a pu avoir. Donc, dans ce sens-là, nous, on voit d'une... d'un bon
oeil le fait que ça puisse être élargi, effectivement, au civil, parce que, si
toutes les femmes ne portent pas plainte au criminel, parce qu'elles ne le
veulent pas ou elles n'ont pas vécu ce qui est actuellement reconnu comme une
infraction, toutes celles qui ont des enfants vont aller en droit de la
famille. Ça touche donc beaucoup de femmes, et c'est des... On voit la
virulence et parfois la quérulence des conjoints dans ces procédures-là. C'est
très épuisant émotivement et financièrement pour les femmes. Donc, tout ce qui
peut faciliter la fin de l'union sans revictimiser les victimes est le
bienvenu.
Mme Guénette (Mélanie) : Si
je peux permettre...
M. Jolin-Barrette : Allez-y,
allez-y.
Mme Guénette (Mélanie) : ...l'aspect
aussi du lieu où a lieu le télétémoignage. Donc, tu sais, d'être au palais à
côté... d'être, tu sais, dans une salle à côté, ce n'est pas rassurant. Par
contre, de pouvoir le faire soit du bureau de leur avocat ou dans nos bureaux,
à partir de nos bureaux, ou de tout autre bureau à l'extérieur du palais de
justice, c'est... ça fait une différence.
M. Jolin-Barrette : Parce que
c'est un des objectifs, là, tu sais, dans le projet de
loi sur le droit de la
famille, le 56, on a nommé la violence judiciaire, justement sur la question de
la quérulence puis d'épuiser financièrement le conjoint, tout ça. Là, on
amène... En civil, la règle de base, c'est que, dès qu'il y a l'attestation, on
accorde le télétémoignage. C'est sûr que ça prend une exception pour le
tribunal, parce qu'ils peuvent l'ordonner pour la crédibilité, mais le principe
de base, c'est : vous avez votre attestation, vous avez droit au
télétémoignage, justement parce que moi aussi, j'ai constaté que ce n'était pas
systématiquement accordé, même avec requête, tout ça. Donc là, je pense qu'on
amène un changement de paradigme là-dedans pour justement que les gens se sentent
à l'aise quand ils rentrent dans les palais de justice ou quand ils prennent
action puis qu'ils fassent du télétémoignage, que ce soit dans les bureaux.
C'est la même chose avec la disposition sur la question de l'adresse.
Tu sais, ça, la question de l'adresse,
peut-être nous expliquer en droit de la famille, supposons, quand il y a de la
violence conjugale, là, qu'est-ce que ça signifie, là, le fait de divulguer ou
non son adresse. Parce que, généralement, quand vous êtes en civil à la cour,
le greffier vous demande, bien, de vous nommer puis demande l'adresse, puis
votre adresse est sur les procédures. Ça fait que c'est quoi l'impact de faire
ce qu'on fait du fait que l'adresse, désormais, ça va pouvoir être le bureau
d'avocat ou le greffe?
Mme Guénette (Mélanie) : Bien,
beaucoup. Au niveau de la sécurité, combien de femmes demandent à ce que la
garde d'enfant, l'échange de garde se fasse à un lieu neutre justement pour ne
pas que le conjoint auteur de violence soit informé du lieu où elle habite? Ça,
c'est... tu sais, c'est par mesure de sécurité.
Tu sais, on met déjà en place tout un
filet de sécurité quand Mme... Là, d'emblée, je vais vous dire que ça arrive
que l'adresse, c'est la maison d'hébergement. On ne peut pas donner... Tu sais,
pour moi, c'est clair, là, mais on ne peut pas donner l'adresse de la maison
d'hébergement par mesure de sécurité, autant pour les femmes, les enfants qu'on
héberge que pour nos travailleuses. Mais, c'est ça, dans leurs... dans le cas
de leurs domiciles à elles, c'est leur filet de sécurité où est-ce qu'on met...
Tu sais, quand elles quittent les maisons d'hébergement ou même quand elles
sont en service externe puis qu'elles se relocalisent, on fait avec elles un
filet de sécurité où est-ce qu'on met en place un système d'alarme, on fait...
on met en place des caméras de sécurité dans certains cas. Certaines déménagent
très loin aussi. Si on se met à donner l'adresse, c'est clair qu'on vient de
donner toute l'information pertinente à M. pour exercer un contrôle, ne serait-ce
qu'en passant régulièrement devant la maison ou... Ça arrive fréquemment. C'est
quelque chose qui arrive de façon fréquente, là, que l'adresse se retrouve
comme ça connue.
M. Jolin-Barrette : O.K. Je
vous remercie pour votre passage en commission parlementaire. Je vais laisser
mes collègues échanger avec vous, mais un grand merci pour votre témoignage
puis votre mémoire, puis on va prendre ça en considération. Merci.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup, M. le député de
Saint-Jean, s'il vous plaît.
M. Lemieux : Oui. Merci
beaucoup, M. le Président. Il nous reste combien de temps?
Le Président (M.
Bachand) : 6 min 39.
M. Lemieux : Merci. D'abord,
mesdames, bonjour. Bienvenue. Rebienvenue en vrai. Tellement content de vous
revoir, Mme Riendeau. Merci beaucoup.
Il y a un concept qui s'impose de plus en
plus au fur et à mesure de vos visites, puis là je ne suis pas micro dans le
projet de loi, je suis macro dans l'ensemble de l'oeuvre : le concept du
contrôle coercitif. À chaque fois que vous avez quelque chose à dire, il y a
toujours le contrôle avant, pendant ou après ce dont vous parlez. Les images
intimes, là, c'est un peu, beaucoup ou un gros morceau du contrôle coercitif?
• (11 heures) •
Mme Riendeau (Louise) : Ça en
fait partie. Le contrôle coercitif, en fait, c'est toutes les manifestations...
Haut de la page
11 h (version non révisé
e) Mme Riendeau (Louise) : ...tous
les gestes qu'un conjoint peut utiliser pour contrôler sa victime. Donc, il y a
la violence sexuelle, la violence physique, qui sont des évidences, le partage
d'images intimes, mais ça peut être l'isolement, ça peut être l'humiliation, ça
peut être le contrôle économique. En fait, ça en fait partie, et souvent, tout
comme en violence sexuelle de façon générale, c'est des crimes qui sont moins
dénoncés par les victimes, plus intimes. Même en maison d'hébergement, souvent,
les victimes, c'est la dernière chose dont elles vont nous parler, mais c'est
quelque chose qui malheureusement est vécu par beaucoup de femmes. Dans une
recherche récente, là, qui a été menée conjointement avec l'UQAM, une femme sur
cinq disait qu'elle a été filmée ou photographiée pendant les relations
sexuelles sans son consentement. On n'a pas de chiffres sur dans combien de cas
ça a été diffusé. Mais la peur que ce soit diffusé est quelque chose de très
fort qui fait que des femmes vont rester, donc le contrôle s'exerce de cette
façon-là.
M. Lemieux : Et d'ailleurs la
diffusion, à la limite, elle n'est... elle n'est pas si importante que ça si
elle fait
partie du contrôle, la menace qui va avec.
Mme Riendeau (Louise) : Absolument.
M. Lemieux : La gagnez-vous,
cette bataille pour que le contrôle coercitif devienne une espèce de... de
pièce centrale de ce qu'il faut qu'on ait dans nos lois, dans nos règlements,
dans nos habitudes avec les policiers et la cour? Sentez-vous que vous avancez?
Moi, je le sens de fois en fois, quand vous venez nous voir. Mais c'est
difficile à prouver...
Mme Riendeau (Louise) : Oui,
mais...
M. Lemieux : ...et les lois n'étaient
pas faites pour ça au début, là.
Mme Riendeau (Louise) : Bien,
il y a un projet de loi à l'étude, maintenant au Sénat en deuxième lecture.
Nous, on espère vraiment qu'il pourra être adopté, avoir la sanction royale
avant qu'il y ait des changements de gouvernement, parce que ça donnerait des
leviers aux femmes, ça reconnaîtrait mieux ce qu'elles vivent et ça donnerait
des leviers aussi aux policiers pour intervenir. Je vous dirais qu'au Québec,
on l'a dit, on a formé 6 000 acteurs judiciaires, beaucoup de policiers dans
les dernières années, et il y a une ouverture, il y a une volonté. Mais c'est
sûr qu'un projet de loi qui viendrait en faire une infraction nous aiderait.
Mais on voit maintenant des rapports de
police où le contrôle coercitif est mentionné, même si ce n'est pas une
infraction. Ça donne un meilleur éclairage aux procureurs quand ils ont à
plaider le dossier, à faire des représentations sur sentence. Donc, nous on a,
oui, la conviction qu'on avance et que c'est... c'est vraiment un moyen pour
mieux faire reconnaître l'ensemble des violences et des gestes de contrôle que
vivent les femmes.
M. Lemieux : Et, si je peux
me permettre, le contrôle coercitif, quand il est noté, quand il est remarqué,
quand il est enregistré, ce n'est pas seulement les policiers, c'est toute la
machine qui peut en tenir compte, là.
Mme Riendeau (Louise) : Tout
à fait, ce... Mais c'est ça, il faut que ça parte des policiers, parce que le
dossier part de là, le procureur peut mieux travailler, les gens aux services
correctionnels peuvent en tenir compte. Ça va... Tu sais, on a travaillé avec
les gens de la Commission des libérations conditionnelles, puis qui nous
disaient : Bien, on a besoin de l'avoir dans les dossiers à partir du
début pour que nous, on prenne des bonnes décisions.
M. Lemieux : Vous n'avez pas mentionné
les juges. C'est juste un oubli, ou c'est volontaire?
Mme Riendeau (Louise) : Non,
ce n'est pas un oubli, ça reste... On compte sur le ministre pour avoir des
discussions avec le Conseil de la magistrature. Ça reste un défi, puis c'est...
c'est le noyau dur, là, pour arriver à faire connaître cette réalité-là par l'ensemble
des juges, qu'ils soient au criminel ou qu'ils soient au civil. Bien sûr, s'il
y a une infraction qui est créée, ça va percoler quelque part au niveau de la
magistrature, mais...
M. Lemieux : Merci beaucoup, Mme
Riendeau. M. le Président.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. Il reste 1 min 50 s
Mme Haytayan : Merci, M. le
Président. Vous en avez parlé un peu plus tôt. Dans un contexte de violence
conjugale, est-ce que vous pouvez nous donner des exemples de stéréotypes, de
mythes qui sont utilisés comme éléments de preuve dans les dossiers en matière
civile?
Mme Riendeau (Louise) : Elle
n'a pas quitté, elle n'a pas porté plainte, ça fait
partie des choses. Pourquoi
elle n'a pas rapporté ce qu'elle vivait? D'autres mythes en matière civile qui
ne sont pas tout à fait visés par le projet de loi, mais genre : C'est...
c'est un mauvais conjoint, mais c'est un bon père, alors qu'il a exposé ses
enfants à des gestes de violence et de contrôle.
Donc, on a du travail à faire pour ramener
les choses dans leur juste mesure puis apprécier toute la... la souffrance que
vivent les femmes et que vivent aussi les enfants qui sont...
Mme Riendeau (Louise) : ...dans
ces foyers.
Mme Haytayan : Merci.
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup. M. le député de
l'Acadie, s'il vous plaît!
M. Morin : Merci, M. le
Président. Mme Riendeau, Mme Guénette, bonjour. Merci d'être là avec nous.
Merci aussi pour le mémoire que vous avez produit à la commission, qui contient
un nombre important de recommandations, puis on voit évidemment toute l'ardeur
que vous mettez dans votre travail pour parler de ces sujets-là, et alors c'est
très apprécié, je tiens à le souligner.
J'aurais une question plus générale, parce
que vous l'avez évoqué tout à l'heure, ça dépasse peut-être un petit peu le
cadre du projet de loi, mais je trouve ça important parce que j'ai été... Moi,
en fait comme député, j'ai eu à aider des gens qui avaient des problèmes comme
ça. Donc, je voudrais juste cerner peut-être l'ampleur du problème, puis voir
s'il y a des correctifs qui pourraient être apportés. Vous avez dit tantôt,
puis corrigez moi si je fais erreur, il y a encore des accusations parfois, que
ce soit d'agression, de harcèlement ou autre, qui se termine en 810 et où
parfois des bris de conditions qui ne sont pas... qui ne sont pas judiciarisés.
Est-ce que... est-ce que c'est un phénomène que vous voyez souvent? Est-ce que
c'est des cas vraiment isolés? Est-ce qu'il y aurait quelque chose à faire
là-dedans et intervenir éventuellement? Comment vous voyez ça? Est-ce que c'est
fréquent?
Mme Riendeau (Louise) : Tu
veux-tu y aller...
Mme Guénette (Mélanie) : Bien
oui, c'est assez... ça arrive. Il y a plusieurs raisons pourquoi que ce n'est
pas nécessairement relevé les bris de condition. Bon, Mme a peur aussi, ça, ça
rentre dans les raisons, le sentiment de sécurité, mais aussi la discorde. Moi,
ce que j'ai envie de relever, c'est la discordance entre le traitement des bris
de condition. Certains... je vais vous donner un exemple. Tu sais, certaines
vont être.... vont être crues. Le niveau où est-ce que la Mme est crue ou n'est
pas crue, ça, c'est... ça a un impact, ou de prendre en considération... Tu
sais, il est passé en avant de la porte, c'est il est passé en avant de la
porte. Mais pour Mme, là, il n'y a pas d'affaire à passer en avant de la porte,
ça fait toute la différence. Puis là, c'est comme il passait par là, ou c'est
un boulevard ou... Ce n'est pas grave, tu sais, c'est... c'est une façon de...
on va revenir avec le contrôle, mais c'est une façon d'établir son contrôle et
de démontrer sa présence, et ça ne sera pas nécessairement traité de toutes les
façons. Il y a aussi les bris de conditions par personne interposée. Je peux
vous donner un exemple qu'on a vécu et qui est assez, assez récent, ou où on...
M. a appelé à la garderie alors qu'il n'avait pas d'autorisation de rentrer en
communication avec l'enfant, huit fois, pour savoir elle était où la sortie
pour les enfants parce qu'il y avait une sortie extérieure, puis pour vouloir
payer la sortie. Évidemment, on a fortement suggéré, et ça a été respecté
aussi, de ne pas envoyer l'enfant à cette sortie à la garderie, mais... puis
ça, bien, parce que c'est une personne interposée, ça n'a pas été pris en
considération, mais c'est clairement une mesure de contrôle qui est prise
envers Mme où, cette journée-là, elle a gardé l'enfant à la maison alors
qu'elle aurait pu le laisser aller à la garderie, tu sais.
M. Morin : Parfait, je
vous...
Mme Riendeau (Louise) : Et
j'ajouterais que...
M. Morin : Oui, oui.
Mme Riendeau (Louise) :
...qu'une des failles du système, vous savez, quand il y a un 810 ou quand il y
a une ordonnance de... avec certaines conditions, c'est souvent écrit, sauf
exception pour les mesures dictées par la Cour supérieure où, sauf exception
pour les enfants, et beaucoup de conjoints vont utiliser ça. Tu sais, moi,
j'ai... on a fait une recherche à un moment donné, sur le 810. Le conjoint
appelait à 2 heures du matin pour parler des enfants. Quelle urgence
peut-il y avoir à 2 heures du matin quand les enfants sont chez Mme pour
lui parler des enfants? Et il utilisait ce prétexte-là, cette espèce de faille,
puis là, les policiers sont toujours en disant : oui, mais il a le droit
quand c'est en fonction des enfants. Donc, il faut clarifier ces choses-là,
qu'est ce que ça veut dire en fonction d'un jugement, puis il faut aussi qu'on
ait plus de cohérence entre les jugements en matière familiale et les jugements
en matière criminelle. Souvent, le tribunal de la famille se dit : Ah! la
sécurité, ça va être le criminel qui va l'avoir pris en charge, puis le criminel
se dit : Bien, moi, je ne me mêle pas de ça, voir si... qu'elles devraient
être les relations, ça appartient au tribunal de la famille. Sauf que toutes
les failles dans le système, quand il y a du contrôle coercitif, servent à
les... servent à l'exercer.
• (11 h 10) •
M. Morin : Oui,
effectivement, quelqu'un qui veut utiliser ces failles-là va évidemment les...
vas les utiliser, là, clairement. Ça fait que je vous remercie. Merci beaucoup
pour votre... votre éclairage. Vous avez mentionné aussi, au départ...
M. Morin : ...quand on
parlait, entre autres, je pense, du formulaire ou de l'attestation, la capacité
des juges à évaluer les risques... Avez-vous des suggestions de ce qui pourrait
être fait ou mis pour qu'il y ait une meilleure évaluation des risques?
Mme Riendeau (Louise) : Bien,
moi, je pense qu'il faut que les formulaires permettent aux femmes d'expliquer
toute une série de facteurs de risque qu'elles pourraient vivre et dont elles
ne sont pas toujours conscientes. C'est pour ça qu'il faut avoir des questions
qui nous permettent de voir c'est quoi, l'histoire de cette relation-là, pour
voir, est-ce qu'effectivement il y a eu du harcèlement? Est-ce qu'on sait s'il
y avait de la violence avec d'autres conjointes précédemment? On revient
justement d'une mission sur la criminalisation du contrôle coercitif en
Grande-Bretagne. Une des façons que les policiers utilisent dans les enquêtes
qu'ils font puis pour l'évaluation des risques... ils essaient de retrouver les
anciennes conjointes et de voir, il y a-tu un pattern, il était-tu violent avec
une autre avant? Ça fait qu'il y a différents facteurs de risque qui pourraient
avantageusement être mis dans un formulaire. Si la femme l'a vécu, elle peut
l'exprimer, si elle l'a pas vécu, elle n'en parlera pas, mais je pense que ça
pourrait être aidant et ça pourrait aussi faire penser... des fois, prendre
conscience aux femmes de tout ce qu'elles ont vécu, parce qu'elles
disent : Bien, je ne sais pas, il ne m'a pas battue, j'ai-tu vécu de la
violence?, alors qu'elles ont vécu beaucoup de contrôle et qu'elles en ont peur
depuis des années.
M. Morin : Oui, puis,
évidemment, on sait que, oui, bien sûr, il y a de la violence physique, mais il
peut y avoir de la violence verbale, il peut y avoir, tu sais, je veux dire, ça...
Mme Riendeau (Louise) : Absolument.
M. Morin : Puis une victime
peut être aussi traumatisée, tout dépendant du type de violence. On ne peut pas
identifier un seul type de violence, clairement, là. Excellent, merci.
J'en parlais tout à l'heure avec les
représentantes des CAVAC, puis j'attire votre attention, là, c'est un peu plus
micro, à l'article 9 du projet de loi, qui va venir modifier le Code de
procédure civile, quand on parle du témoignage à distance puis qu'on parle
d'une attestation confirmant... Évidemment, les CAVAC sont là en matière
criminelle, là, on est en matière civile. Donc, voyez-vous des mesures qui
pourraient être mises en place pour aider les victimes pour qu'elles
comprennent bien l'importance de remplir l'attestation? Parce que, là, je
comprends de la part de M. le ministre, que, s'il y a une attestation, le
tribunal n'aurait plus de discrétion. Comment vous voyez ça? Est-ce qu'ils
devraient être aidés... ça devrait-tu être couvert par l'aide juridique? Vous,
avez-vous la capacité de les aider? Parce qu'on a beau mettre ça, si les gens
ne le savent pas, ils ne sont pas capables de remplir le formulaire, ça ne va
pas aider personne.
Mme Riendeau (Louise) : Non.
Bien, on l'a proposé au niveau du partage d'images intimes, mais je pense qu'on
pourrait aussi le proposer au niveau de ces mesures-là. On pense que les
campagnes d'information publiques sont importantes, mais ça ne suffit pas,
évidemment. C'est pour ça que nous, on a recommandé que, pour remplir les
formulaires, ou, dans certains cas, pour être représenté, qu'on donne le mandat
à Rebâtir. Parce qu'effectivement, au criminel, les procureurs peuvent faire
les demandes, nommer tout ça, mais c'est vrai qu'au civil les victimes ont
besoin d'être accompagnées.
Nous, on ne s'est pas opposées à l'idée
d'attestation parce que c'est aussi une occasion de réseauter les victimes avec
des organisations spécialisées, qui peuvent regarder avec elles... Tu sais,
avoir une attestation, avoir une ordonnance c'est une chose, mais ce n'est pas
l'ensemble du filet de sécurité. Donc, c'est sûr que c'est davantage de travail
et qu'il faudra qu'il y ait des ressources qui suivent, éventuellement, mais on
pense que des organismes spécialisés pourraient les accompagner et que quand on
est plus au niveau juridique, que c'est un mandat qui pourrait être donné par
la commission, là, à l'organisme Rebâtir, qui a développé une très belle
expertise au niveau de la violence conjugale et de la violence sexuelle, depuis
qu'ils sont là, en place.
M. Morin : Je vous remercie.
Une dernière question. À la page 13 de votre mémoire, votre recommandation 16,
vous dites : «Cette histoire peut sembler anecdotique, mais le
regroupement demande à ce que le ministère de la Justice s'assure que la Chambre
des huissiers du Québec inclue une nouvelle formation de base.» Est-ce qu'il y
a un problème particulier? Vous parlez de vigilance, confidentialité des
adresses?
Mme Riendeau (Louise) : Bien,
en fait, on a été informé d'une situation d'une femme qui avait eu un problème
avec un huissier qui avait déclaré l'adresse au conjoint, qui a même tenté de
l'extorsion pour ne pas la donner. Mais on a régulièrement des huissiers qui
arrivent dans...
Mme Riendeau (Louise) : ...maison
d'hébergement, alors que les adresses sont supposées être confidentielles.
Donc, je pense qu'il faut... il faut qu'il y ait... que, justement, puisqu'on
prend des mesures pour assurer la confidentialité des adresses des victimes,
qu'on revisite cette question-là, que la Chambre des huissiers du Québec, là,
avec le ministère de la Justice s'assure que ces gens là feront
partie des gens
formés dans le cadre du projet de loi n° 73 puis connaissent particulièrement
les enjeux et les défis qu'on a face à des situations de violence conjugale où
toute l'importance de la confidentialité de l'adresse est entière.
M. Morin : Parfait. Merci
beaucoup, M. le Président.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. Mme la députée de
Vaudreuil, s'il vous plaît.
Mme Nichols : Merci. Merci,
M. le Président. Merci de votre présence, merci de votre mémoire qui est
vraiment très complet, avec plusieurs recommandations. On a l'impression que ça
touche pas mal à tous les points. Mais évidemment, vous êtes les expertes.
Bien, je dis : Les expertes, en fait, vous vivez presque quotidiennement,
je dirais, là, avec des cas un peu atypiques, invivables, là, je dirais, là,
même de femmes victimes de violence, de famille, tout ça. Est-ce que, selon
vous, le projet de loi... Là, j'ai compris, quand vous avez dit au ministre que
c'est un... tu sais, c'est un bon projet de loi, puis on est contents, là,
d'arriver avec des mesures comme ça, parce qu'il faut protéger ces femmes-là,
victimes, protéger les familles, les enfants aussi.
Mais est-ce qu'il y aurait, je ne veux pas
dire : Une faille, ou est-ce qu'il y aurait un enjeu majeur qui se... qui
n'est pas... qui ne serait pas là? Je présume, vous en auriez fait une
recommandation, là, mais est-ce qu'il y a un... Tu sais, votre plus grande
préoccupation, j'ai compris qu'il y avait l'adresse, la confidentialité, le
formulaire, puis tout, mais la protection de la femme, évidemment. Mais quelle
serait la... C'est parce que moi, je vois qu'il y a comme un... on dirait qu'à
un moment donné, il ne faut pas que ça devienne trop lourd non plus. Parce que,
si c'est trop lourd, tu sais, je comprends, le formulaire, je comprends tout
ça, mais j'ai l'impression que, si ça devient trop lourd, on n'y arrivera pas
non plus, Ça va se perdre dans les dédales de la police, ça va se perdre dans
les dédales de... tu sais, un peu partout. Ça fait que, s'il y avait une
recommandation à faire?
Mme Riendeau (Louise) : Moi,
je dirais que, s'il y avait une recommandation, ce serait une meilleure
connaissance et une meilleure compréhension de tous les acteurs visés de ce
qu'est la violence conjugale dans son ensemble, donc du contrôle coercitif. Si
on avait ça, déjà, beaucoup de choses qui sont proposées là auraient pu être
facilitées. Donc, je dirais que c'est pour ça qu'on suggère d'apposer contrôle
coercitif à côté de violence conjugale, puis qu'on dit : Il faut... il
faut que tout le monde soit formé pour vraiment comprendre à la fois les enjeux
de sécurité puis à la fois les enjeux de conséquences à long terme que peut avoir
la violence conjugale sur les femmes et les enfants.
Mme Nichols : Bien, est-ce
qu'on peut lire entre les lignes qu'il y a peut-être à certains niveaux où ce
n'est pas assez pris au sérieux, où on va souligner qu'il manque telle affaire
justement pour intervenir? Est-ce que c'est ce que je comprends?
Mme Riendeau (Louise) : Oui,
moi, je dirais qu'on a fait des progrès en droit criminel, mais qu'on a encore
des croûtes à manger en droit de la famille. Absolument, c'est... on a beaucoup
de témoignages de femmes qui nous sollicitent parce qu'elles sont désespérées,
qu'elles risquent de perdre la garde de leurs enfants. Parce que les juges et
les experts psychosociaux disent qu'en dénonçant la violence ou en voulant
protéger leurs enfants, elles font de l'aliénation parentale. Donc, on a à ce
niveau-là beaucoup, beaucoup de progrès à faire. Et la difficulté, tu sais,
quand on est en droit criminel, le ministre peut émettre des orientations, le
DPCP donne des directives. Quand on est en droit de la famille, on est avec des
acteurs privés, on est des avocats de pratique privée, on a des juges qui ont
une indépendance. Donc, il faut qu'on... en tout cas, qu'on soit créatif pour
trouver des moyens.
Mme Nichols : Mais ça, on
comprend qu'il y a déjà des directives qui ont été données puis qu'il y a déjà
des formations obligatoires, entre autres, là, pour les... pour la
magistrature. Donc, vous souhaitez que ce soit appliqué, tu sais, à l'ensemble
des intervenants dans les différents dossiers.
• (11 h 20) •
Mme Guénette (Mélanie) : Si
je peux me permettre, je suis d'accord avec Louise, puis j'ajouterais... je me
permets une deuxième, l'accompagnement de rebâtir pour les victimes, pour les
compétences de droit, ça va faire toute la différence aussi, tu sais, d'avoir
quelqu'un qui accompagne les victimes, qui a les compétences juridiques pour
les accompagner, faire valoir leurs droits aussi à travers le système
judiciaire, civil et familial. C'est vraiment important de... c'est ça, et
rebâtir fait un travail extraordinaire avec les victimes. C'est fort apprécié,
mais ce n'est pas assez long. On a... ils ont quatre heures environ avec... de
disponibles...
Mme Guénette (Mélanie) : ...de
disponibles. Puis, des fois, les... on a des dossiers qui sont complexes, puis
quatre heures, ça ne devient pas suffisant, parce qu'on peut tomber dans un
dossier immigration, droit civil, tu sais, ça s'accumule... Ça fait que, quatre
heures, on a fait vite le tour. Ça fait que de donner un plus grand mandat
peut-être puis qu'ils puissent être mieux accompagnés. Je pense qu'on fait un
bon travail au niveau de l'accompagnement psychosocial dans nos ressources,
mais, au niveau juridique, ça prend des spécialistes dans le domaine, puis je
pense que Rebâtir est un bon...
Le Président (M.
Bachand) : Merci beaucoup, Mme Guénette.
Mme Riendeau, merci encore une fois d'avoir été avec nous aujourd'hui. Puis on
se dit, bien, à bientôt. Merci beaucoup.
Alors, je suspends les travaux quelques
instants. Merci.
(Suspension de la séance à 11 h 21)
(Reprise à 11 h 26)
Le Président (M.
Bachand) : À l'ordre, s'il vous plaît! La
commission reprend ses travaux. Alors, il nous fait plaisir d'accueillir la
représentante du Regroupement québécois des centres d'aide et de lutte contre
les agressions à caractère sexuel. Alors, merci beaucoup d'être avec nous. Je
vous inviterais d'abord à vous présenter puis à débuter votre témoignage. Merci
beaucoup.
Mme Khiari (Ikram) : Merci
beaucoup. Donc, bonjour. Mon nom est Ikram Khiari, analyste politique et juridique
au regroupement des CALACS. Au nom du Regroupement québécois des centres d'aide
et de lutte contre les agressions à caractère sexuel, RQCALACS, et de ses
membres, les CALACS, nous tenons d'abord à vous remercier de votre invitation
aujourd'hui à prendre part aux consultations concernant le projet de loi
n° 73. Nous tenons tout d'abord à vous remercier et à saluer votre
travail, qui représente une avancée majeure dans la lutte contre les agressions
à caractère sexuel. Cela fait plus de 40 ans que le RQCALACS et que les
CALACS luttent contre les violences faites aux femmes et aux filles, plus
spécifiquement contre les violences sexuelles par le biais de la prévention, de
la défense des droits et de l'aide aux victimes survivantes d'agressions à
caractère sexuel via des services d'intervention féministe, intersectionnelle
pour toutes les femmes et les filles du Québec. Comme seul groupe national en
violence sexuelle au Québec, nous oeuvrons activement pour que les droits des
personnes victimes et survivantes de violences sexuelles et de violences basées
sur le genre soient protégés, garantis et renforcés. Cela fait plusieurs années
que nos CALACS constatent que le partage des photos intimes non consensuel est
une problématique qui gagne en importance, particulièrement chez les jeunes
âgés entre 12 et 24 ans. Il nous apparaît important de souligner
aujourd'hui que le RQCALACS et ses membres considèrent que ce fléau représente
une forme d'agression à caractère sexuel ayant des conséquences dévastatrices
pour les victimes.
Considérant des restrictions de temps et
de ressources, nous n'avons pas été en mesure d'analyser le projet de loi dans
toute sa profondeur ou de fournir un mémoire, mais fortes de nos expériences
auprès des femmes victimes de violence sexuelle, nous souhaitons toutefois
maintenant vous partager nos observations et nos recommandations concernant le
projet de loi n° 73.
Tout d'abord, le partage non consensuel
d'image intime est une forme de violence sexuelle qui peut avoir des
conséquences dévastatrices pour les victimes. Comme le souligne le regroupement
des maisons pour femmes victimes de violence conjugale ainsi que de nombreuses
organisations entendues en commission, il est essentiel que le formulaire de
demande d'ordonnance pour faire cesser le partage de ces images soit élaboré en
collaboration avec des experts et expertes en violence sexuelle pour qu'il soit
adapté à leurs besoins et à leur réalité. En effet, notre expertise au RQCALACS
nous permet d'affirmer que les victimes et les personnes survivantes ont
souvent honte de parler de ce type de violence et peuvent en minimiser les
impacts. Il est donc primordial de tenir compte de cette réalité dans la
conception du formulaire afin qu'il permette aux victimes de décrire leur
situation de manière complète et sécurisante.
Nous recommandons que les organisations et
les personnes expertes participent à l'élaboration, à la mise en application et
à la stratégie de diffusion de ce formulaire. Je parle notamment du RQCALACS,
les CALACS, Rebâtir et Juripop ainsi que d'autres organismes présents
aujourd'hui. Nous recommandons que des dispositifs qui tiennent compte à la
fois des réalités spécifiques des personnes victimes et des obstacles auxquels
ils peuvent être confrontés soient mis en place en collaboration avec les
organisations et les personnes d'expertes.
En deuxième, le projet de loi n° 73
aborde la violence conjugale et la violence sexuelle comme deux catégories
distinctes. Or, il est crucial de reconnaître que la violence sexuelle est souvent
présente dans un contexte de violence conjugale. De plus, la menace de partager
des images intimes est un moyen de contrôle coercitif utilisé par certains
conjoints pour maintenir leur emprise sur leur victime. Il est essentiel que
les juges soient sensibilisés aux dynamiques de pouvoir et de contrôle qui
caractérisent la violence sexuelle afin de pouvoir prendre des décisions
éclairées pour la protection des victimes. Nous recommandons que le projet de
loi reconnaisse explicitement la violence sexuelle commise par un ou une
partenaire intime comme une forme de violence conjugale. Il est important de
nommer cette réalité pour mieux la comprendre et la combattre.
Au niveau des... de la formation des
personnes intervenantes, il est primordial que toutes les personnes
intervenantes qui travaillent auprès des victimes de violence, y compris les
juges, les procureurs, policiers et policières et les professionnels de la
santé reçoivent une formation spécialisée sur les réalités de la violence
sexuelle. Le projet de loi n° 73 prévoit une telle formation pour les
personnes susceptibles d'intervenir dans un tel contexte. Toutefois, le projet
de loi ne spécifie pas quels organismes seront responsables de dispenser cette
formation. Il est important de nommer explicitement les CALACS et les autres
organismes spécialisés en violence sexuelle comme ressource incontournable pour
la formation des juges, des procureurs, policiers et policières et de toutes
les autres personnes intervenantes qui travaillent auprès des victimes.
• (11 h 30) •
Nous saluons la modification permettant
aux victimes de ne pas divulguer leur adresse. Cependant, comme le mentionne le
Regroupement des maisons pour femmes...
Haut de la page
11 h 30 (version non révisé
e) Mme Khiari (Ikram) : ...de
violence conjugale. Il est crucial que les greffiers et greffières soient
également formés pour informer les victimes de cette possibilité et les diriger
vers les services d'aide appropriés, y compris les CALACS.
L'accès à un accompagnement spécialisé est
primordial pour les victimes de violence sexuelle afin de les aider à naviguer
dans le système judiciaire. Nous recommandons donc de nommer explicitement les
organismes responsables de la formation spécialisée sur la violence sexuelle.
Nous recommandons des organismes comme les CALACS, Juripop, Rebâtir et d'autres
organismes présents aujourd'hui. Nous recommandons également que la formation
aborde spécifiquement les enjeux liés à la violence sexuelle, notamment le
consentement, les dynamiques de pouvoir et le contrôle coercitif, les mythes et
les stéréotypes ainsi que les conséquences de la violence sexuelle sur les
victimes.
Au niveau des témoignages, le projet de
loi n° 73 permet aux victimes de témoigner à distance, qui est une avancée
majeure. Cependant, il permet aussi au juge d'ordonner le témoignage en
personne s'il estime qu'un témoignage à distance ne lui permet pas d'apprécier
la crédibilité du témoin. Cette disposition est problématique, car elle laisse
place à l'interprétation du juge, qui ne pourrait ne pas être suffisamment
sensibilisé aux réalités des victimes de violence sexuelle.
Le témoignage à distance est essentiel
pour éviter la retraumatisation des victimes, qui peuvent notamment être
confrontées à leurs agresseurs lors d'un témoignage en personne. Le RQCALACS
recommande donc d'offrir systématiquement la possibilité de témoigner à
distance aux victimes de violence sexuelle sans laisser au juge la possibilité
de l'exiger en personne.
Nous appuyons également la recommandation
du Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale que le
ministre de la Justice reconnaisse un plus large éventail de services d'aide
aux victimes pour fournir l'attestation nécessaire à l'application de certaines
mesures du projet de loi. Cela permettrait aux victimes de choisir un service
qui répond à leurs besoins spécifiques.
Au niveau du croisement des oppressions,
afin de garantir un accès équitable à la justice pour toutes les victimes de
violences à caractère sexuel, il est crucial de reconnaître et de répondre aux
besoins spécifiques des victimes qui vivent à la croisée des oppressions. Ces
victimes peuvent faire face à des obstacles supplémentaires en raison de leur
origine ethnique, de leur statut socioéconomique, de leur orientation sexuelle,
de leur handicap ou d'autres facteurs de marginalisation. Le RQCALACS
recommande que le ministère de la Justice mette en place des mesures pour
faciliter l'accès à la justice pour les victimes qui visent à la croisée... qui
vivent à la croisée des oppressions. Ces mesures doivent être prises en compte
à toutes les étapes de la procédure. Ces mesures peuvent inclure l'accès à des
services de traduction et d'interprétation, la prise en charge des frais de
déplacement s'il y a lieu, le soutien aux victimes ayant des besoins
particuliers et la sensibilisation des intervenants et intervenantes aux
réalités des oppressions croisées. Finalement, au niveau de la
prévention, la diffusion non consensuelle d'images intimes en ligne est une
forme de violence sexuelle de plus en plus répandue, qui nécessite donc une
réponse juridique adaptée. Les victimes de partage non consensuel d'images
intimes subissent des effets psychologiques profonds, incluant anxiété,
dépression, isolement social et même des pensées suicidaires dans certains cas.
Beaucoup ressentent une honte et une peur de voir leurs relations, qu'elles
soient personnelles ou professionnelles, compromises. Cette violence les
conduit souvent à éviter des interactions sociales, craignant que les images
aient été vues par leur entourage ou des collègues, qui peut même mener à la
perte d'emploi ou des difficultés d'embauche. Pour contrer efficacement la
cyberviolence sexuelle, il faut miser sur une approche multidimensionnelle qui
cible différents groupes.
Premièrement, il est crucial d'intégrer
des programmes d'éducation au consentement, au respect de la vie privée et aux
conséquences du partage non consensuel d'images intimes dans les écoles. Le
programme Empreinte du RQCALACS, créé en collaboration avec des professeurs de
l'UQAM, est un parfait exemple du type de projet à soutenir. Il s'agit d'un
programme de prévention des agressions sexuelles spécifiquement conçu pour les
élèves du secondaire au Québec.
Deuxièmement, il est essentiel de former
les parents, les éducateurs et les professionnels sur les différentes formes de
cyberviolence sexuelle, les risques pour les jeunes et les moyens de les
protéger. Des guides pratiques, des ateliers de sensibilisation et des formations
spécialisées peuvent les aider à identifier les signes de manipulation en
ligne, soutenir les victimes et promouvoir des comportements responsables en
ligne.
Troisièmement, et finalement, des
campagnes de sensibilisation grand public sont nécessaires pour déconstruire
les mythes et les stéréotypes