Institutions — 13 June 2019 (42nd Legislature, 1st Session)
CI 2019-06-13
Quebec — Committees
Donc, on
éviterait au Québec, je
pense, beaucoup de problèmes
en adoptant cet amendement-là que je
propose, et c'est pourquoi, une dernière fois, là, je vous invite à le
considérer sérieusement et, bien, à l'adopter.
Président (M. Bachand) : Merci,
M. le député. Interventions? Est-ce qu'il y a d'autres interventions sur le
sous-amendement du député de Jean-Lesage? Mme la députée de
Marguerite-Bourgeoys, s'il vous plaît.
Mme David : Donc, O.K., il n'y a pas
de réponse. C'est ça que je comprends. On continue?
Le Président (M.
Bachand) : Moi, je cède la parole à ceux qui me la demandent.
Mme David : O.K. C'est
tout à fait son choix. Mais je vais évidemment aller aussi dans ce sens-là de
mon collègue le député de Jean-Lesage
et je vais écouter attentivement mon premier ministre, parce que c'est le
premier ministre de tous les Québécois et tous les citoyens, notre
premier ministre, qui nous invite encore tout à l'heure, pendant la période de questions, et je le cite verbatim : «On peut
essayer de définir ce qu'est un signe religieux.» Alors, il a mis «on peut
essayer».
Vous
savez, quand j'étais à la petite école, il y avait une religieuse qui
disait : Quand on veut, on peut. J'ai été éduquée avec les religieuses, qui portaient tous les signes religieux
possibles, ce qui ne m'a pas empêchée de faire mes propres choix rendue à l'âge adulte. Et, ces
religieuses-là, il y en a beaucoup qui disaient : Forcez-vous. Quand on
veut, on peut. Alors, le premier
ministre, il dit : On peut essayer, donc il veut essayer, on peut essayer
de définir ce qu'est un signe religieux. Alors, un, ma question, c'est :
Est-ce que le ministre veut vraiment définir ce qu'est un signe religieux,
au-delà de sa définition, pour laquelle
effectivement pas seulement les députés libéraux, qui, supposément, ne
voudraient pas avancer, etc., qui
feraient de l'obstruction — tous les qualificatifs semblent nous convenir depuis hier — mais bien des chroniqueurs... Donc, le milieu journalistique, là, il va être
qualifié bientôt d'obstructif. Et donc plus on avance, plus c'est
compliqué.
Donc,
je voudrais savoir si le ministre est d'accord que, quand on veut, on peut, et
s'il est d'accord, avec son premier ministre,
qui dit qu'on peut essayer — il n'est même pas sûr qu'on va y
arriver — mais
qu'on doit absolument aller plus loin dans la définition d'un signe
religieux.
Président (M. Bachand) : Merci beaucoup. M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Bien, M. le Président, j'aime beaucoup ce proverbe : Quand on
veut, on peut. Alors, je pense que ça
résume bien l'ensemble des discussions que nous avons sur le projet de loi
n° 21. Quand on veut, on peut. Alors, si le Parti libéral le voulait, on pourrait adopter d'ici demain le projet
de
loi sur la laïcité de l'État. Quand on veut, on fait en sorte de pouvoir débloquer les choses. Moi, en
guise d'ouverture, pour les partis d'opposition j'ai proposé une définition
de «signe religieux», parce que, il faut le dire, hein, à la fois, Mme David,
la...
Président (M. Bachand) : ...
Mme David :
Vous ne me prendrez pas en défaut, M. le Président, là-dessus.
Président (M. Bachand) : ...sur le piton, ce matin.
M. Jolin-Barrette : Bien, je vois ça. Comme on dit, on semble prime
ce matin. Moi, je suis très calme, M.
le Président, et j'ai confiance, M. le Président, que, d'ici
22 h 30 ce soir, on va réussir à adopter tous les articles.
Alors,
M. le Président, Mme David, la précédente députée de Gouin, co-porte-parole de
Québec solidaire, disait, dans le projet de loi n° 398 qu'elle
a déposé, qui touche la laïcité de l'État : «La présente charte n'a pas
pour effet de restreindre le droit d'un
fonctionnaire ou d'un employé de l'État de porter un signe religieux visible
dans le cadre de ses fonctions sauf
s'il s'agit d'un juge, d'un procureur, d'un policier, d'un gardien de prison ou
d'une autre personne qui est autorisée à exercer de la coercition au nom
de l'État et qui doit faire preuve d'une impartialité absolue en fait et en apparence.» Mme Fatima Houda-Pepin, la précédente
députée de La Pinière, dans son projet de loi n° 491,
pour lequel elle a été expulsée du
Parti libéral : «Une personne en
autorité contraignante, notamment un juge, un procureur, un policier ou un agent correctionnel ne peut porter un signe
religieux ostentatoire dans l'exercice de ses fonctions.» M. Drainville,
dans le cadre du projet de loi n° 60, le précédent ministre de la Réforme
des institutions démocratiques et député de Marie-Victorin :
«Un membre du personnel d'un organisme public ne doit pas porter, dans
l'exercice de ses fonctions, un objet, tel un couvre-chef, un vêtement,
un bijou ou une autre parure, marquant ostensiblement, par son caractère démonstratif,
une appartenance religieuse.»
Dans
tous les exemples que je vous ai présentés, M. le Président, que ça soit une
députée de Québec solidaire, une
députée indépendante mais qui a été affiliée au Parti libéral pendant près de
20 ans — 1994‑2013,
19 ans — un
député du Parti québécois et ministre
du Parti québécois, dans l'ensemble de ces propositions législatives, il y a
uniquement le collègue du Parti
québécois qui avait amené une certaine définition. Or, ce que nous faisons,
c'est que nous allons plus loin :
nous indiquons clairement ce que constitue un signe religieux. Et en plus, pour
permettre de savoir ce que constitue un
signe religieux, on donne des outils à la personne. Et je vais le réexpliquer
pour le bénéfice de tous, parce que c'est très, très clair, le port d'un signe religieux, dans le cadre de la
définition : «Au sens du présent article, est un signe religieux
tout objet...» Il faut que ça soit un objet.
Ce qui est interdit, c'est le port d'un signe religieux, le port d'un objet,
hein? On a eu des questions hier
relativement à des «tattoos». Ce n'est pas le port d'un objet, un «tattoo»,
hein, on s'entend. Le port d'un signe
religieux : «...tout objet, notamment un vêtement, un symbole, un bijou,
une parure, un accessoire ou un couvre-chef qui est : 1° soit porté en lien avec une conviction ou une
croyance religieuse.» C'est un critère subjectif, c'est une analyse subjective.
Si une personne porte un objet et qu'elle a la conviction qu'il s'agit d'un
signe religieux, il s'agit d'un signe religieux
visé au sens de la loi, et c'est interdit de le porter si elle occupe une des
fonctions prévues — juge,
policier, agent de services correctionnels, procureur, directeur
d'école, enseignant.
Premier
critère : dans son for intérieur, est-ce que la personne considère l'objet
comme un signe religieux? Si c'est le
cas, elle ne doit pas le porter. Donc, dans le cadre de ses fonctions, elle ne
doit pas le porter. Je réitérerais, M. le Président, là-dessus aussi, et ça, c'est bien important, pour
les gens qui portent un signe religieux actuellement... qui sont en fonction :
ils peuvent le conserver parce qu'il y a une clause de droits acquis dans le
projet de loi, hein? On parle pour le futur.
Le deuxième critère, qui est alternatif et non
cumulatif : si, pour la personne, ça ne représente pas un signe religieux, ce qu'elle porte, la personne
dit : Non, ce n'est pas un signe religieux, parfait. Le deuxième critère,
c'est quoi quand
on applique la loi? Est-ce qu'aux yeux d'une personne raisonnable ça constitue
un signe religieux? «Soit raisonnablement considéré comme référant à une appartenance religieuse.» C'est un
critère qui est tout à fait objectif. Et on a vu, dans la jurisprudence, même dans les textes de loi, que
c'est fréquent. D'ailleurs, dans le code d'éthique et de déontologie des
commissaires de la commission scolaire
English-Montréal, on fait référence au critère de personne raisonnable. C'est
un critère avéré en droit qui s'applique. Et d'ailleurs c'est bien
important que l'ensemble des intervenants qui...
Président (M. Bachand) : ...oui, je vais vous reconnaître. Oui.
M. Jolin-Barrette : L'ensemble des intervenants qui s'expriment sur la place
publique, qui sont issus de facultés de
droit, qui enseignent le droit et qui ont cette connaissance-là se doivent, lorsqu'ils
prennent la parole publiquement, lorsqu'ils ont le privilège de renseigner la population
sur un
article de loi... ils ont l'obligation de renseigner adéquatement la population sur les tenants
et aboutissants d'un tel amendement. Il est fondamental, en ayant ce devoir-là,
en étant professeur d'université, clairement, d'indiquer à la population le
véritable sens de l'amendement tel que le législateur l'exprime.
L'article, il est extrêmement clair, d'autant plus lorsqu'on
a des connaissances juridiques et qu'on sait ce à quoi réfère une personne raisonnable. C'est
un concept avéré en droit. Au niveau du critère d'objectivité, il n'y a aucune ambiguïté. Au niveau du critère subjectif, le
premier critère, la croyance sincère et raisonnable de la personne, ça aussi,
c'est un critère qui est avéré en droit relativement à la liberté de religion.
Alors, lorsqu'on est professeur d'université et
qu'on prend la parole publiquement pour traiter de cet article-là, il est fort
important de renseigner adéquatement la population par les fonctions que nous occupons et par la crédibilité qui
vient avec le poste que nous occupons au sein d'une institution
publique.
Le Président
(M. Bachand) : Mme la députée de Marguerite-Bourgeoys, s'il
vous plaît.
Mme David :
Alors, je vais regarder le ministre et non la caméra. Donc, je m'adresse au
ministre en tant que professeure
d'université. J'ai passé 30 ans à l'Université de Montréal comme
professeure et j'ai gravi tous les échelons, à partir d'un doctorat
obtenu à 25 ans, jusqu'à professeure titulaire, donc adjointe, agrégée,
titulaire, titulaire étant une mention
honorifique pour dire que nous avons... «Agrégé», c'est la permanence.
«Titulaire», ça veut dire que nous avons une contribution significative à la vie intellectuelle. Je ne dis ça pas
pour me vanter, mais c'est parce que je pense que je parle un peu de
façon crédible de ce qu'est une carrière universitaire.
Jolin-Barrette : ...M. le Président.
Mme David :
Je sais que vous ne parlez pas de moi, M. le ministre, je parle...
M. Jolin-Barrette : Oui. Je tiens juste à spécifier que je ne parle pas de la députée de
Marguerite-Bourgeoys, que je réfère à
d'autres individus dans la sphère publique et que je ne réfère pas... mais je veux juste apporter cette
précision-là.
David : Parce que vous
référez à l'ensemble. Vous avez bien dit au début : L'ensemble
des... et je ne me rappelle plus du mot, si c'est «juristes», mais à la
fin vous êtes allé vraiment sur «professeurs». C'est comme si vous disiez que
les professeurs doivent avoir tous, tous la même opinion et que le débat
universitaire, la notion de liberté académique,
qui est, depuis les accords de Bologne en 1200 quelque chose... Écoutez, les
divergences de points de vue et les points de vue exprimés, comme
professeurs, qu'ils soient doyens de faculté de droit, si vous voulez être plus
précis — parce que je pense que je lis, moi aussi, ce
à quoi vous faites référence — ou d'autres qui sont professeurs dans
d'autres universités, qui n'ont peut-être
pas la même opinion que vous et que vous n'appréciez pas trop parce qu'ils
n'ont pas la même opinion que vous...
David : Laissez-moi finir. Un professeur d'université a l'absolu...
Vous en avez un à votre droite, je crois, un professeur d'université qui a ses
détracteurs aussi très clairement identifiés. Et c'est ça qui fait que la vie académique
et universitaire mondiale doit exister avec cette notion de liberté académique.
tout le monde doit penser la même chose, M. le ministre, vous errez grandement
sur ce qu'est un professeur d'université.
Alors, peut-être, vous n'aimez pas certaines opinions, vous allez dire qu'ils
induisent en erreur. Je pourrais vous dire,
dans le domaine où je professais, c'est le cas de le dire, où je pratiquais,
que tout le monde n'avait pas la même idée sur ce qu'était le psychisme humain et il y avait effectivement des
grandes, grandes dissensions d'un côté ou de l'autre, et c'est ça qui fait avancer les choses. Vous avez
choisi un métier où c'est justement toujours, toujours l'adversité, et c'est
pour ça que, des fois, je me dis : Le
droit, je suis contente de ne pas y être allée à ce point-là. J'aimais mieux la
psychologie, qui essaie de comprendre
et d'être empathique envers l'autre, etc. Alors, vous êtes dans un métier qui
effectivement est toujours dans
l'adversarial, comme on dit, mais essayez, s'il vous plaît, de ne pas faire
dire à des professeurs d'université ce qu'ils ne sont pas.
M. Lévesque (Chapleau) : ...s'il
vous plaît. Oui.
Président (M. Bachand) : Oui, mais vous savez que, s'il y a une
bonne discussion, la présidence est très ouverte. Alors, Mme la députée, s'il
vous plaît.
Mme David : Écoutez, c'est parce que
je ne pensais jamais, jamais parler de professeurs d'université en ce moment, là. C'est parce que le ministre en a
appelé à une espèce de vérité avec un V majuscule. Et donc je voudrais dire
en tout respect pour le collègue, que je respecte, justement qu'il faut faire
attention sur les opinions qui peuvent être contradictoires
à l'intérieur d'un champ de spécialité. Comme ça a toujours existé, ça existera
toujours. Et c'est ce qui fait avancer le débat.
Le Président (M.
Bachand) : M. le ministre.
Jolin-Barrette : Alors, M.
le Président, je ne remets aucunement en question la liberté académique, mes
propos portent sur le fait... et non
plus le fait d'avoir des opinions divergentes, contraires et de ne pas partager les opinions des uns et des autres. Moi, je n'ai aucun problème là-dedans.
Et surtout, comme la députée de Marguerite-Bourgeoys l'a dit, ça fait
partie du métier et ça
fait
partie de ma formation. Je suis capable d'apprécier le tout.
Il y a
une différence lorsque c'est une opinion et il y a
une différence lorsqu'on le présente à la population comme un état de fait. Il est important de renseigner adéquatement la population sur ce que présente le gouvernement. Lorsqu'un texte législatif est présenté, nous avons le devoir, comme parlementaires... On peut être en désaccord avec le libellé, on peut être en désaccord avec les conséquences qu'on
interprète, mais on ne peut pas dire ce que l'article ne dit pas ou faire
dire à l'article des choses qui ne
sont pas indiquées dans l'article, et ça, j'y tiens d'une façon très importante. Il
ne s'agit pas de question
de liberté académique, il ne s'agit pas d'une question d'opinion, il s'agit
de renseigner adéquatement la population.
On nous demande, dans la vie de tous les jours, comme parlementaires, comme
experts, de renseigner la population, et ça, je
pense que c'est fondamental. Et on peut avoir des opinions divergentes, et c'est vrai que ça fait
avancer la société, c'est vrai que ça fait avancer le débat. Par contre,
on a l'obligation d'être rigoureux dans la présentation des faits à la population,
et surtout lorsqu'on vient du milieu universitaire, surtout, et ça,
j'y tiens. On peut interpréter, on peut avoir des opinions divergentes, mais, au
niveau des faits, c'est vraiment
extrêmement important de présenter adéquatement le portrait de la situation telle que telle.
On peut
décider, par la suite, de dire : Voici de quelle façon c'est
présenté, et je suis en désaccord pour telle, telle, telle raison. Mais il faut avoir l'honnêteté
intellectuelle de dire clairement à la population quel est le contenu de l'article qui
est présenté, qu'est-ce qui est mis
au jeu et ce sur quoi les parlementaires doivent se prononcer. Ça, je pense que
c'est la base pour avoir un débat qui
est serein et pour faire en sorte que... Ça nous permettra de cheminer dans le
débat public.
Le Président
(M. Bachand) : Mme la députée, s'il vous plaît.
Mme David :
J'apprécie nos échanges. On va donc continuer dans la sérénité et dans le
débat. Et j'apprécie que le ministre
puisse dire que nous pouvons avoir des divergences d'opinions. C'est déjà un
très bon début de se dire : On est d'accord, M. le ministre, à être en désaccord sur un certain nombre de
choses. Alors, on est d'accord à être en désaccord. C'est vraiment un
beau consensus là-dessus.
Et une qui,
peut-être, vous complique la vie... ou devrait, peut-être, vous compliquer un
peu la vie, c'est quelqu'un que vous
avez cité tout à l'heure, notre ex-collègue libérale Fatima Houda-Pepin, qui
encore, hier soir, était à une émission d'affaires publiques de Radio-Canada, mais qui est venue ici — je la vois encore assise là-bas — et qui dit — et puis là qu'est-ce qu'on fait avec sa déclaration?, parce que ça complique un peu
les choses, et vous avez sûrement réfléchi à la question : Le hidjab n'est pas un signe religieux. Alors là, je sais
que, bon, vous allez avoir des renseignements pour pouvoir répondre, mais ce n'est pas clair pour moi, parce
que, si le hidjab n'est pas un signe religieux, on est au coeur de ce projet
de loi et on est au coeur de l'application à
des enseignantes tout particulièrement, parce que c'est là que la situation
peut... et existe. Et donc, si ce
n'est pas un signe religieux, dans votre amendement, mais qui, bon, est
sous-amendé par le collègue de
Jean-Lesage... alors, si ce n'est pas un signe religieux, je plains l'autorité
compétente qui va devoir raisonnablement penser que, oui, c'est un signe religieux. Mais une grande autorité que
vous venez de citer dit : Ce n'est pas un signe religieux. Alors,
la confusion est vraiment assez totale.
Le Président (M. Bachand) :
M. le ministre, s'il vous plaît.
M. Jolin-Barrette : Oui.
Faisons référence à Fatima Houda-Pepin. Elle a dit hier soir, à l'émission 24/60 , en parlant de la définition que j'ai
proposée, que le gouvernement a proposée : «"Une bonne
définition", dit Houda-Pepin. Fatima Houda-Pepin, politicologue et
ancienne députée libérale, pense que cette définition, qu'elle avait elle-même réclamée en commission parlementaire le 9 mai
dernier, est utile. En entrevue à 24/60 , Mme Houda-Pepin explique
qu'"on ne peut pas amener une
disposition qui relève du droit nouveau et en parler dans plusieurs articles
sans jamais la définir". Elle
qualifie d'intéressant l'amendement que propose le gouvernement — du premier ministre — "parce qu'il nous donne les deux facettes des signes religieux". Ces
signes peuvent avoir un caractère objectif, comme le crucifix, qui "parle
par lui-même" et laisse peu de place à la contestation.»
Ensuite, M. le Président, Mme Houda-Pepin, lorsqu'elle
est venue et qu'elle a parlé de signes religieux, elle a fait référence au droit musulman, M. le Président, et
hier je l'ai exprimé... ou, avant-hier, je l'ai exprimé très clairement, à
l'effet qu'au Québec c'est le droit
québécois qui s'applique, ce n'est pas le droit musulman. Alors, clairement,
nous, on vient définir ce que constitue un signe religieux au Québec,
et...
Le Président
(M. Bachand) : Bien oui. M. le ministre.
Jolin-Barrette : Pour citer
les propos, là, de Mme Houda-Pepin, lorsqu'elle est venue, là.
Elle indique : «...en France en
1989 par des groupes islamistes comme symbole de leur identité politique est
devenu, grâce à nos tribunaux en
Occident, un signe religieux conférant un droit religieux, assimilé à la
liberté de religion, donc un droit fondamental.» Et, plus tard dans ses propos, elle dit : «Le grand mufti de la prestigieuse mosquée
Al-Azhar.» Le grand mufti, M. le Président, c'est
l'interprète officiel du droit musulman.
Alors,
M. le Président, c'est en droit musulman auquel réfère la
précédente collègue de La Pinière. Ici,
on a le droit de définir quels sont les signes religieux, et c'est ce que le gouvernement du Québec fait.
Le Président
(M. Bachand) : Mme la
députée, s'il vous plaît.
Mme David : Donc — et je passerai la parole à ma collègue — vous définissez, et c'est là que plusieurs chroniqueurs
vont dire : Ça s'en vient compliqué, notre affaire-là. Parce que, d'après votre deuxième amendement... et là je n'ai pas besoin de le citer textuellement, mais
c'est raisonnablement convenu par une société quelconque ou, je ne sais pas, notre société que c'est un signe religieux.
Donc, vous... ou la raisonnable personne qui va devoir juger de ça va
dire : Ce n'est peut-être pas le droit musulman, mais, au Québec,
on pense que c'est un signe religieux. C'est ça que je dois comprendre. Mais «on pense que» vient forcément
d'experts ou, le «on pense que», le directeur, dans son école, un mardi
matin, à neuf heures, il va dire : Quoi, «on pense que»?, on pense quoi
exactement, M. le Président?, ou qui m'aide à penser?, qui m'aide à avoir la
réponse à ça? C'est la complexité devant laquelle le ministre nous convie.
C'est
une complexité où ce n'est pas si simple que ça. Et le premier ministre dit,
justement, lui-même : On peut essayer de définir ce
qu'est un signe religieux, mais la réponse ne sera jamais «tout noir» ou «tout
blanc».
Le Président
(M. Bachand) : M. le ministre, s'il vous plaît.
M. Jolin-Barrette : M. le Président, j'apporte une définition dans le projet de loi. Et,
depuis que j'ai déposé l'amendement qui
vient définir les signes religieux, on me questionne beaucoup sur la personne
raisonnable. Or, c'est un concept avéré en droit québécois, en droit
canadien.
vais vous redonner la définition du dictionnaire juridique d'une «personne
raisonnable», parce que ça a été défini par les tribunaux, c'est dans nos lois, c'est dans
le Code civil. La commission scolaire English-Montréal fait référence à
la «personne raisonnable» à deux reprises
dans son code. Donc, si les gens ne savaient pas ce que constituait une
personne raisonnable, pourquoi, à la fois dans des règlements, dans des lois,
on référerait à la «personne raisonnable» le fait que ça soit M. ou Mme Tout-le-monde, que ça soit la
personne raisonnable.
La définition juridique, là, de «personne raisonnable» :
«Personne fictive qui sert de modèle objectif pour l'analyse de la
conduite d'une personne afin de déterminer si elle a commis une faute qui pourrait engager sa responsabilité civile ou
pénale. Modèle auquel se réfère la loi lorsqu'il y a lieu d'analyser la
conduite d'une personne. En matière contractuelle, personne qui se comporte
avec bon sens et d'une manière réfléchie lorsqu'elle contracte avec une autre.»
Mme David : M. le
Président...
M. Jolin-Barrette :
Donc, M. le Président, on
pourrait qualifier ça de «gros bon sens», «quelqu'un qui a du gros bon sens». Au ras des pâquerettes, là, c'est pas mal ça que ça veut
dire.
Le Président (M. Bachand) :
Mme la députée, s'il vous plaît.
Mme David :
Écoutez, on est d'accord qu'il y a une jurisprudence sur la «personne
raisonnable». Ce n'est pas ça, le problème. C'est l'application à ce projet de loi là. C'est
extraordinaire de vous entendre parler du gros bon sens, parce que vous êtes avocat vous-même, et juriste, et
tout ça. Donc, le gros bon sens de Mme X dans une ville x, dans une école
y, par rapport au gros bon sens d'un autre va peut-être être différent. Et
comment vont-ils être capables d'appliquer ce qu'eux, en toute bonne
foi, raisonnablement, pensent être leur gros bon sens?
Alors, si
c'était dans d'autres sujets peut-être plus simples que l'histoire des religions... On
est dans un concept d'une immense
complexité. Alors, j'aime bien entendre le ministre parler de gros bon
sens, mais on va en parler, du gros bon
sens, parce que le gros bon sens, ce n'est pas simple dans
l'histoire des religions. Puis moi, je m'arrête là pour l'instant.
Le Président
(M. Bachand) : M. le ministre, oui.
M. Jolin-Barrette : Juste là-dessus. Vous savez, dans toutes les lois
en milieu de travail, l'application nécessite que l'autorité chargée de
l'application de la loi, des normes, des règles applique la norme, hein?
Dans
la
Loi sur la laïcité, on vient interdire le port d'un signe religieux pour
certaines fonctions très précises. Ce n'est
pas différent de l'ensemble du régime de normes qui existent pour tout.
L'ensemble des gestionnaires, là, à tous les jours, dans nos écoles, dans nos commissions scolaires, dans
les corps de police, dans les prisons du Québec, au niveau de la gestion des procureurs, à tous les jours,
là, les gestionnaires, M. le
Président, là, bien, ils gèrent,
hein, ils appliquent les normes, ils appliquent le
cadre, ils appliquent les règles de la société. Vous savez, ils le font. Alors,
ce n'est pas nouveau, M. le Président. Le critère guidant cela, c'est celui de la subjectivité, si la personne
croit que c'est un signe religieux, dans
son for intérieur, et le deuxième critère, c'est un critère objectif. Alors, on
ne se distancie pas du régime normatif qui
existe pour l'ensemble de ce qui existe déjà. Ça, il faut bien
comprendre ça. On tente, là, d'alerter la population pour dire : Ce n'est pas applicable, ça va amener
des difficultés d'application, ça. Non. Les gens, M. le Président, là, les Québécois
puis les Québécoises, ce sont des personnes raisonnables dotées de sens. C'est
ça, le critère, M. le Président.
tente, là, de monter ça en épingle, là, M. le Président. Clairement,
M. le Président, on a ce débat-là, c'est bien qu'on ait ce débat-là, mais moi, je pense que pas
mal tout le monde ici sait très bien à quoi on réfère avec la
définition qu'on a proposée.
Président (M. Bachand) : M. le député
de Nelligan, s'il vous plaît.
M. Derraji : Oui. Merci, M. le Président. Écoutez,
c'est très intéressant, entendre le ministre parler de «personne raisonnable», et, à la
lumière de la définition qu'il donne à la «personne raisonnable» et à la
logique de la «personne raisonnable, j'ai
noté deux points. Donc, cette personne, la personne raisonnable, déjà le ministre
le dit depuis très longtemps, que c'était
du droit nouveau, et, ce que je comprends, que le ministre
veut envoyer le fardeau aux gestionnaires. Parce qu'on peut philosopher sur la norme ou la norme
sociétale...
Derraji : On peut, oui. Il peut aussi intervenir, notre cher collègue,
sur la norme sociétale. Mais ce que nous essayons de comprendre par
rapport à l'applicabilité est véridique, M. le Président.
Entre
hier et aujourd'hui, on entend le premier ministre dire une version par rapport
à un signe religieux, le ministre dit
une autre chose. Le collègue de Jean-Lesage — c'est ça? — nous a présenté tout un document, même si je
cherchais la barbe aussi, qui est
pour moi un signe religieux, mais il y a
différents types de barbe comme signes religieux, mais ce n'est pas encore clair. Mais j'aimerais bien, M. le Président, que le ministre, à qui je donne la possibilité de nous rassurer
et plutôt rassurer la population par rapport à l'applicabilité... Si nous
sommes aujourd'hui dans cette commission parlementaire en train de poser des questions sur
l'applicabilité, c'est parce qu'il y
a un risque, et le risque est partagé pas uniquement par les gens que le
ministre a cités, mais je peux en citer plusieurs. Et je vais citer, pour le
bénéfice du ministre, l'ancien parlementaire
Stéphane Bédard, qui hier a dit : «"Le projet de
loi sur la laïcité
de l'État ne peut pas être adopté
sous bâillon. Il n'y a pas eu assez d'heures en commission et il est
important", plaide-t-il. "Et c'est à lui, donc au ministre, de montrer qu'il est capable d'aller
jusqu'au bout de ses convictions, et ça inclut le fait de continuer les
travaux."»
commentaire a été aussi unanime, que ce soit avec MM. Bédard, Mulcair ou
Mario Dumont hier aussi. Donc, on
voit que ce n'est pas juste nous, les membres de l'opposition officielle, ou
l'équipe libérale, qui se questionnons sur l'applicabilité mais aussi sur la façon avec laquelle le ministre
définit les signes religieux. Donc, j'aimerais bien que le ministre m'explique, demain... Parce qu'il dit que
c'est applicable. Et le ministre dit que les gestionnaires sont capables
d'appliquer la loi selon les normes. Mais qui définit ces normes? La différence
entre une norme au sein d'une institution et une autre, chacun va
l'interpréter à sa manière, et c'est pour cela que, depuis le début, on parle
de lignes directrices, on parle d'une feuille de route.
ministre lui-même a ramené l'amendement parce qu'il a compris que, s'il ne
définissait pas... ou il ne donnait pas
une définition aux signes religieux, ça va partir dans tous les sens. Est-ce
que, M. le Président, le ministre ne voit pas qu'avec la définition que nous avons devant nous aujourd'hui ça va être
beaucoup plus difficile pour les gestionnaires d'adopter cette norme à la «personne raisonnable»? La «personne
raisonnable», comment il la voit concrètement sur le terrain?
Président (M. Bachand) : Merci, M. le député. M. le ministre,
s'il vous plaît.
M. Jolin-Barrette : M. le Président, l'ensemble des intervenants seront outillés avec la
définition que nous avons insérée
dans le cadre du projet de loi. Je l'ai toujours dit, un signe religieux, c'est
selon le sens commun. On vient outiller, avec les deux critères que nous ajoutons et avec la définition...
M. le Président, je réponds à la volonté du Parti libéral d'avoir une définition relativement à un signe
religieux. M. le Président. Je fais mon effort. Il faut que le Parti libéral
fasse son effort aussi. Tout le monde
sait, au Québec, ce que constitue un signe religieux, M. le Président. Tout le
monde sait ça.
le Président, il faut faire preuve de bonne foi. Je comprends, là, que le Parti
libéral, là, tente d'aller dans tous les sens et dire : Ah! c'est
incohérent. Non, c'est cohérent. Les Québécois souhaitent qu'on interdise le
port de signes religieux pour les personnes
en situation d'autorité, souhaitent qu'on l'interdise pour les enseignants,
pour les directeurs d'école. C'est la
volonté du gouvernement. Dans un souci de faire avancer les travaux, j'ai
proposé une définition.
La définition
réfère à un objet, au port d'un objet. Le député de Nelligan nous a dit, en
introduction de ses remarques : On ne sait pas encore si une barbe
est visée ou non. Or, dès le 28 mars, dès la conférence de presse, j'ai
répondu à cette question-là. Il ne s'agit
pas d'un objet, c'est de la pilosité. On en a eu un, exemple, l'autre fois, de
pilosité, aussi, M. le Président.
le Président, la pilosité ne représente pas un objet. Donc, au sens de
l'article, au sens de la définition, cela ne constitue pas un signe
religieux. Alors, M. le Président, la pilosité est exclue des signes religieux.
Président (M. Bachand) : M. le député de Nelligan, s'il vous
plaît.
Derraji : Je ne pense pas que le ministre comprend la logique de la
barbe. Moi, je ne parle pas de la pilosité. Probablement, il fait référence à d'autres cas de pilosité, mais je fais
référence à un signe religieux. Mais je sais très bien que le ministre a le souhait de viser probablement
un signe qui est beaucoup plus visible, que les femmes portent. Mais aussi, pour la même religion, un voile ou une
barbe, c'est presque la même chose, sauf qu'un, il est porté par une femme,
et l'autre, c'est le signal d'une appartenance religieuse en portant une barbe.
La logique
veut que ce que j'ai devant moi avec le «notamment un vêtement, un symbole, un
bijou, une parure, un accessoire ou
un couvre-chef qui est», donc, par la suite... Le ministre dit qu'il veut interdire les signes
religieux. Donc, il considère que — je ne parle pas de la pilosité — la barbe d'un
homme n'est pas un signe religieux.
Le Président (M.
Bachand) : M. le ministre, s'il vous plaît.
Jolin-Barrette : Il
faut être très clair, M. le Président, hein, très, très, très clair. La
définition que nous avons, c'est une définition qui est adoptée par les parlementaires québécois.
C'est le droit québécois qui s'applique, pas le droit musulman, pas le droit des autres États. C'est le
droit québécois, et il appartient aux députés de l'Assemblée nationale,
aux législateurs tous ensemble de définir ce que constitue un signe religieux.
J'ai présenté
une définition de «tout objet». Le député de Nelligan me dit : Une barbe.
Une barbe, ce n'est pas un objet, c'est de la pilosité. On s'entend
là-dessus, là. C'est de la pilosité. Ça pousse. Il y en a que ça pousse plus,
il y en a d'autres que ça pousse moins, il y
en a que ça ne pousse pas du tout aussi. C'est une caractéristique physique de
la personne. M. le Président, ce
qu'on vient définir, c'est très clair : le sens commun des choses, le sens
courant. J'ai eu cette conversation-là avec la députée de Maurice-Richard.
J'ai eu cette conversation-là avec la députée de Westmount—Saint-Louis. Je l'ai eue avec la députée
de Bourassa-Sauvé, avec la députée de Marguerite-Bourgeoys, avec le député de Jean-Lesage. Un signe religieux, c'est un objet, M. le Président.
Le Président (M.
Bachand) : Merci.
M. Jolin-Barrette : Et, M. le Président...
Le Président (M.
Bachand) : En terminant, oui.
M. Jolin-Barrette : ...juste vous dire, là, qu'on va être un des États qui vient spécifier
le plus la définition.
Écoutez,
quand on regarde, supposons, là, dans la
loi sur l'instruction publique pour le
canton de Genève, en Suisse, qui est un État occidental, on indique à
l'article 11 : «Les enseignants ne doivent pas porter de signe
extérieur ostensible révélant
une appartenance à une religion ou à un mouvement politique ou religieux.» Au
Luxembourg : «À l'exception de l'enseignant
titulaire d'un cours d'instruction religieuse et morale, l'enseignant ne peut
manifester ostensiblement par sa tenue vestimentaire ou le port de
signes son appartenance à une doctrine religieuse ou politique.» En France, M.
le Président, décision du Conseil d'État — on ne parle pas de la cour du fond du rang, là : «...le fait pour un agent du service de l'enseignement public de manifester dans
l'exercice de ses fonctions ses croyances religieuses, notamment en portant
un signe destiné à marquer son appartenance
à une religion, constitue un manquement à ses obligations.» En Belgique,
M. le Président, les signes d'appartenance
convictionnelle, M. le Président... Alors, voyez-vous, on n'est pas le premier
État.
Je comprends que le Parti libéral, là, souhaite
qu'on n'interdise pas le port de signes religieux, mais, j'ai eu l'occasion de le dire à plusieurs reprises, je
trouve, M. le Président, qu'on essaie de trouver toutes les raisons pour faire
en sorte qu'on n'interdise pas le port de signes religieux pour les personnes
en situation d'autorité. Le Parti libéral, là, peut être en désaccord. Ça leur appartient. C'est la position de leur
formation politique officiellement, parce que je sais qu'il y a des députés au sein du Parti libéral qui
sont d'accord avec l'interdiction du port de signes religieux. J'ai cette
connaissance personnelle là, M. le Président.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. Le député de Nelligan, s'il vous plaît.
M. Jolin-Barrette : M. le Président,
juste pour conclure.
Le Président (M.
Bachand) : S'il vous plaît, oui.
Jolin-Barrette : On n'est
pas le seul État à le faire, O.K.? Ensemble, on se dote d'une définition. Il
faut arrêter de s'enfarger dans les fleurs du tapis, M. le Président.
Le Président (M.
Bachand) : M. le député de Nelligan, s'il vous plaît.
Derraji : Oui. Merci, M. le Président. Puis j'invite le ministre à
être juste beaucoup plus court dans ses réponses, parce qu'on veut avancer. Je pense que lui aussi,
il veut vraiment avancer. Pas la peine de nous rappeler des droits d'autres
États comme la France et la Belgique. Nous
sommes dans le droit québécois, et j'y tiens, à ça. Et je tiens à rappeler
aussi à M. le ministre que je suis
aussi un député québécois au sein de l'Assemblée nationale et je ne parle pas
du droit musulman. Je suis en tant que Québécois sur la table, et mes
questions à M. le ministre sont en lien avec sa définition d'un signe religieux, la définition que j'ai devant moi d'un
signe religieux qui vise juste les femmes, et je précise, les
femmes musulmanes et non pas les hommes musulmans.
Je lui pose la
question : Avec la même logique qu'il a utilisée pour dire aujourd'hui que
le voile est un signe religieux, comment il peut expliquer que la barbe n'aurait
pas la même portée religieuse si c'est un homme? Je ne parle pas de pilosité, parce que ce n'est pas le cas,
et je peux lui faire tout un cours, mais, pour le bénéfice de la commission, je ne vais pas étaler les éléments de la religion, pour le bénéfice du ministre,
mais je pense très bien qu'il comprend qu'il y a un signe exprimé par un homme et un signe exprimé
par une femme. Ce qu'on voit présentement, c'est l'applicabilité uniquement qui
visait les femmes qui travaillent en fonction publique ou les postes que lui-même,
il cible.
Donc, est-ce qu'il peut, le ministre, d'une manière très courte, m'expliquer, en fonction de la logique qu'il s'est donnée aux signes religieux, comment la
barbe n'aurait pas la même portée que le voile?
Le Président
(M. Bachand) : M. le ministre, s'il
vous plaît.
M. Jolin-Barrette : M. le
Président, c'est important de
renseigner adéquatement les Québécois qui nous écoutent dans le cadre de nos
propos ici.
Le député de
Nelligan vient de dire qu'on souhaite interdire le port de
signes religieux aux membres de la fonction publique, ce qui est faux, ce qui est faux, ce qui est
faux. L'annexe II prévoit les corps d'emploi, les fonctions pour lesquels
le port d'un signe religieux est interdit.
Ce n'est pas tous les fonctionnaires de l'État qui sont visés par
cette interdiction. M. le Président, il est faux de prétendre que le projet de loi s'applique uniquement aux femmes. Il s'applique autant aux hommes qu'aux femmes. Il s'applique à toutes les
religions, au catholicisme, au protestantisme, à ceux qui sont luthériens,
à ceux qui sont anglicans, à ceux qui sont
coptes, à ceux qui sont Grecs orthodoxes, à ceux qui sont Grecs catholiques,
à ceux qui sont Juifs, à ceux qui sont
musulmans. M. le Président, toutes les religions sont sur le même pied
d'égalité avec le projet de loi. Les hommes et les femmes sont sur le même pied
d'égalité dans le cadre du projet de
loi. Je l'ai dit, je l'ai redit, je l'ai re-redit, on tente, M. le Président, de détourner l'attention du bien-fondé du projet de loi, et ça, pour la suite des travaux, je souhaite que l'on cesse ça
du côté du Parti libéral.
Le Président
(M. Bachand) : M. le député de Nelligan, s'il vous plaît.
M. Derraji :
Oui. M. le Président, c'est des questions qui restent sans réponse. Et il y a
les journalistes qui écoutent et il y
a la population qui écoute. Le ministre n'est pas obligé à me répondre, mais il
va devoir répondre un jour comment la
logique qu'il a utilisée pour définir un signe religieux qui exclut les hommes
portant une barbe... de cette interdiction. Je vois clairement que le
ministre, avec la définition, ciblait des femmes musulmanes mais ne ciblait pas
des hommes musulmans qui portaient des barbes.
Or, que ça
soit la barbe ou le voile, ça dit presque la même chose. Un, il exprime sa
conviction religieuse avec un voile,
l'homme exprime une conviction religieuse ou une lecture religieuse avec une
barbe. Donc, moi, ma question reste. Le
ministre peut choisir de ne pas répondre, mais la logique n'est pas là. Donc,
il n'y a pas de logique qui va me convaincre aujourd'hui qu'on ne cible pas des femmes mais, plus, on cible les
hommes. Et ça reste encore une fois qu'au niveau de l'applicabilité, au-delà de la différence entre
hommes et femmes, au niveau de l'applicabilité et la personne raisonnable,
le ministre, avec son projet de définition de
«signe religieux»... on voit le fardeau de l'applicabilité à l'ensemble des
gestionnaires au niveau de l'État. Merci, M. le Président.
Président (M. Bachand) :
Merci. Interventions, M. le ministre? Mme la députée de Bourassa-Sauvé, s'il
vous plaît.
Mme Robitaille : Ah! le
ministre n'a pas de commentaire à cet effet-là?
Le Président (M. Bachand) :
Non.
Mme Robitaille :
Non. Je pense à une dame que je connais bien, qui est conseillère municipale et
qui est extrêmement compétente. Elle
est Juive hassidim et, dans sa religion, elle doit porter une perruque. Je veux
qu'on lise l'article. Puis peut-être qu'en bout de ligne le
ministre peut nous dire si ce qu'elle porte sur la tête, c'est un signe
religieux ou non.
Donc, au sens
du premier article, «est un signe religieux tout objet, notamment un vêtement,
un symbole, un bijou, une
parure — est-ce
que sa perruque est une parure? — un accessoire [...] un couvre-chef» qui soit
porté en lien avec une conviction ou
une croyance religieuse ou soit raisonnablement considéré comme référant à une
appartenance religieuse.
Donc, pour
cette dame, qui est conseillère municipale, et qui est très jeune, et qui a
certainement un avenir brillant devant elle, je pense qu'elle aimerait
savoir si ce qu'elle porte sur la tête, c'est un signe religieux.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : M. le Président,
faisons un exercice ensemble.
La députée de Bourassa-Sauvé nous convie à faire
un exercice pratique, alors faisons un exercice pratique ensemble. Allons dans l'annexe II du projet
de loi ensemble. Est-ce que, dans la liste des personnes qui sont visées par
l'interdiction de port de signes religieux,
on y voit qu'un conseiller ou une conseillère municipale est visée par
l'interdiction du port d'un signe religieux?
Mme Robitaille : Est-ce que je peux
répondre, M. le...
Président (M. Bachand) : Oui. Mme la députée de Bourassa-Sauvé,
s'il vous plaît.
Robitaille : Parce que je comprends très bien qu'un conseiller
municipal n'est pas visé par la loi, mais c'est une jeune femme d'une
trentaine d'années qui a des ambitions politiques, qui voudra peut-être devenir
députée, puis peut-être présidente de
l'Assemblée nationale. Donc, pour planifier sa carrière, elle aimerait
certainement savoir si ce qu'elle porte sur la tête va l'empêcher
d'aller où elle veut, d'avoir accès à certains postes.
Le Président (M.
Bachand) : M. le ministre, s'il vous plaît.
Jolin-Barrette : Vous savez,
M. le Président, quand on se présente en politique, on se présente pour servir
les citoyens, on ne se présente pas pour occuper un poste, on ne se présente
pas pour avoir un objectif de carrière.
Quand on se
présente en politique, on se présente pour servir les citoyens, on se présente
pour faire en sorte de s'assurer que le
mandat pour lequel on a été élu soit rempli. C'est le contrat moral du service
public et de l'engagement public. On se présente en politique parce
qu'on veut défendre des idées, on veut défendre des convictions. Et on dit, lorsqu'on se présente devant l'électorat... on se
dit : Voici ce à quoi je m'engage, voici. Ma formation politique, au
niveau provincial, s'engage à adopter certaines mesures législatives,
s'engage à gouverner de cette façon-là.
Je donne un
exemple pratique, M. le Président. Le gouvernement de la Coalition avenir
Québec s'est engagé, dès 2013, à
adopter un projet de
loi sur la laïcité et à faire en sorte que les personnes
en situation d'autorité ne portent pas de signe religieux. La CAQ a été
élue aux dernières élections générales, les 42es depuis 1867.
Le Président (M.
Bachand) : ...
M. Jolin-Barrette : M. le Président,
je veux juste compléter, je veux juste compléter...
Le Président (M.
Bachand) : ...M. le ministre, s'il vous plaît. Oui, M. le
ministre.
Jolin-Barrette :
L'engagement du gouvernement devant le peuple québécois, c'était d'interdire le
port de signes religieux pour les
personnes en situation d'autorité. Qu'est-ce que le gouvernement a fait? On a
déposé le projet de loi n° 21
puis on est en train de l'étudier. Il n'y a personne qui s'est dit : Moi,
je m'en vais en politique pour le poste que je vais occuper. Les gens qui se sont engagés pour la CAQ, c'était pour
servir les citoyens et faire en sorte que les engagements que nous avons pris, ils allaient être remplis.
C'est pour ça qu'on s'engage en politique, pas pour devenir président de
l'Assemblée nationale, pas pour devenir ministre du gouvernement.
On s'engage
pour servir les citoyens et surtout répondre au mandat qui nous a été confié par
les citoyens du Québec. C'est les
droits collectifs de la nation québécoise notamment qui doivent être pris en
considération. C'est extrêmement important.
Le Président (M.
Bachand) : Mme la députée de Bourassa-Sauvé, s'il vous plaît.
Robitaille : Mais est-ce que ce qu'elle porte sur la tête est un signe
religieux? Et la question est importante parce qu'on est en train de discuter de l'arbitraire de... en fait, de
la raisonnabililté d'une décision qui, en bout de ligne, dirait : Oui, ce qu'elle porte sur la tête,
c'est un signe religieux. Alors, moi, j'aimerais avoir au moins une piste du
ministre à savoir est-ce que ce qu'elle porte sur la tête, c'est un
signe religieux.
Le Président (M.
Bachand) : M. le ministre, s'il vous plaît.
Jolin-Barrette : M. le
Président, la députée de Bourassa-Sauvé et l'ensemble de ses collègues vont
vouloir, comme le député de Jean-Lesage le faisait, faire un quiz. Je ne
me soumettrai pas à un tel quiz.
Ce que je
peux dire, M. le Président, c'est que, dans l'exemple qui est formulé par la
députée de Bourassa-Sauvé, c'est un
exemple fictif, hypothétique, et la mise en contexte de cet exemple-là le
démontre très bien, parce qu'un conseiller municipal n'est pas visé par l'application de la loi.
L'article qui vise
un conseiller municipal, c'est relativement au visage à découvert. Est-ce que la députée de Bourassa-Sauvé
est contre le fait que les conseillers et les conseillères municipaux au
Québec exercent leurs fonctions avec le visage à découvert? J'aimerais le
savoir, M. le Président.
Le Président (M.
Bachand) : Mme la députée de Bourassa-Sauvé, s'il vous plaît.
Robitaille : Cette jeune femme là est au début de sa vie
professionnelle. Moi, j'aimerais savoir si ce qu'elle porte sur la tête est un
signe religieux. Or, le ministre n'est pas capable de répondre. Et c'est là la
problématique, M. le Président, c'est
là qu'on se pose des questions, et de là l'importance du sous-amendement de mon
collègue de Jean-Lesage. Et donc
qu'est-ce qu'on fait avec ça? On ne le sait pas. Le ministre n'est pas capable
de répondre. Si justement la personne qui
décide d'une situation comme ça... Disons que la dame est enseignante et elle
travaille dans une école publique. Si son directeur porte... et décide que, selon lui, et selon toute
raisonnabilité, selon lui, sa raison à lui, c'est un signe religieux, si
elle considère que c'est déraisonnable, quel recours a-t-elle?
Si elle
considère que c'est déraisonnable, a-t-elle un recours, peut-elle en appeler?
Et là on parle de la personne. Peut-elle en appeler de cette
décision-là? A-t-elle un recours?
Président (M. Bachand) : Merci, Mme la députée. M. le ministre,
s'il vous plaît.
Jolin-Barrette : M. le
Président, on a eu cette question-là hier matin, et j'ai répondu qu'on allait
le voir dans les articles qui
suivent, entre les articles 12 et 15. J'ai déjà répondu à cette
question-là. Alors, si on veut avoir la réponse complète à cette question-là, il faut cheminer avec l'article, parce
que, M. le Président, vous savez, je suis très respectueux du règlement
et je veux être pertinent pour répondre à mes questions en lien avec l'article
étudié.
Le Président (M.
Bachand) : J'avais le député de Jean-Lesage, vu qu'on est quand
même sur son...
Le Président (M.
Bachand) : O.K. Rapidement, Mme la députée, oui.
Robitaille : En fait, je vous parle de tout ça parce qu'on est tous...
En fait, la confusion, je pense, elle n'est pas juste partagée par des gens de ma formation, mais par plusieurs
personnes, plusieurs individus, plusieurs journalistes, chroniqueurs,
philosophes qui réfléchissent à la question.
Ce matin,
dans La Presse , Agnès Gruda, qui suit toutes ces
questions-là, a écrit un
article intéressant. Elle parle de l'amendement du ministre et, en tout respect,
elle dit que cette définition ajoute à la confusion, et j'aimerais lire un
petit bout de son texte. Je pense que c'est
important, parce qu'il y a plein de gens qui se posent des questions. Elle
dit : «Faudra-t-il faire appel à
des experts pour décider si toutes les croix réfèrent forcément au
christianisme? Et toutes les étoiles
de David au judaïsme? Si des boucles d'oreille en forme de croix "réfèrent"
ou non à Jésus? Si on peut épingler de
tels signes au revers du veston ou s'il faut les éliminer complètement? Sans
l'ajout de mardi, le projet de loi laissait déjà beaucoup de place à l'interprétation. Avec cet ajout, on ouvre la
voie à une sorte de régime d'inquisition — c'est elle qui parle — portant
atteinte à la vie privée des gens — et j'aimerais entendre le
ministre là-dessus — débouchant
potentiellement sur des décisions tout aussi
arbitraires et discriminatoires qu'avant. [En] ouvrant la porte à une multitude
de contestations devant les tribunaux, qui
auront la tâche ingrate d'évaluer le poids religieux des kippas, voiles et
crucifix. En voulant montrer que son
projet de loi vise toutes les religions [...] tous les signes religieux et que toutes
les confessions seront égales aux yeux de l'État, la nouvelle mouture du
projet de loi n° 21 débouche sur un projet — et là
je la cite — surréaliste et difficilement applicable. Et
démontre, par l'absurde, tout ce qui ne va pas avec [cette] conception
de la laïcité de l'État que le gouvernement Legault tente de faire adopter à
toute vapeur, sous la menace du bâillon.»
C'est dur,
mais c'est quand même une femme qui suit les enjeux sociaux depuis très, très
longtemps, qui s'appelle Agnès Gruda, et une femme dont le jugement est
écouté par plusieurs. Donc, j'aimerais entendre le ministre là-dessus.
Le Président (M.
Bachand) : Merci, Mme la députée. M. le ministre, s'il vous
plaît.
Jolin-Barrette : Bien, M. le
Président, vous conviendrez que je ne partage pas l'opinion de Mme Gruda.
Elle a droit à son opinion, ça lui appartient. Mais je ne la partage
pas, aucunement. C'est très clair.
Et, vous
savez, sur le chemin de la laïcité,
il y aura beaucoup d'adversaires, il y aura beaucoup
de gens qui voudront le statu quo. Ce
que je constate depuis que j'ai déposé le projet de loi, c'est que le Parti libéral se retrouve dans une position où
il veut le statu quo. Ça, c'est très,
très, très clair pour moi et c'est
très clair aussi auprès des Québécois que le Parti
libéral ne souhaite que rien ne
change en matière de laïcité, que le Parti
libéral ne souhaite pas qu'on
interdise le port de signes religieux.
Ça ne peut pas être plus clair que ça. La députée de Bourassa-Sauvé fait référence à dire, en citant les propos de Mme Gruda, que le Québec
va devenir l'Inquisition... où se déroule l'Inquisition. Bon, premièrement,
c'est un terme religieux un peu, là.
Mais, la Belgique, l'Allemagne, le Luxembourg, la France, tous des endroits
dans le monde, des pays occidentaux
où on interdit le port de signes religieux pour certaines personnes, est-ce qu'il y a de l'Inquisition là-bas? Bon, vous me direz — puis
on peut retourner à l'histoire : Il y en a déjà eu, hein? Mais, à ce jour,
je ne pense pas qu'il y a d'Inquisition
là-bas puis je ne pense pas que c'est moins légitime pour l'État québécois
d'interdire le port de signes religieux
pour certains postes, certaines fonctions, pour certaines personnes dans le
cadre de leurs fonctions en raison des pouvoirs qu'elles exercent.
La position du Parti libéral, M. le Président,
c'est de dire que les policiers devraient pouvoir porter des signes religieux, que les juges devraient pouvoir porter
des signes religieux, que les agents de services correctionnels devraient
pouvoir porter des signes religieux, que les directeurs d'école devraient
pouvoir porter des signes religieux, que les enseignants devraient pouvoir
porter des signes religieux, M. le Président, que les procureurs, les agents de
l'État qui poursuivent, dans une salle de
cour, des prévenus, des accusés, puissent porter des signes religieux. C'est
ça, la vision du Parti libéral. Je ne la partage pas, et mon gouvernement
ne la partage pas. Et les Québécois ne partagent pas cette vision-là.
Le Président (M.
Bachand) : ...députée de Bourassa-Sauvé, s'il
vous plaît.
Mme Robitaille : Écoutez, ma
formation politique n'est pas la seule à se questionner sur la clarté de cet amendement.
Il y a, de toute évidence, confusion. Et on est quand même dans un État de
droit, et donc il y aura des recours. Et, si la décision est déraisonnable,
bien, la personne en appellera, et là il va y avoir des experts qui vont se
pencher sur la question. Il va y
avoir certainement... Alors, on va développer une espèce d'expertise. Ce que
dit Mme Gruda, c'est qu'on s'en va vers quelque chose de
surréaliste, en effet.
Le Président (M. Bachand) : Rapidement.
M. Jolin-Barrette : M. le Président, ce n'est pas surréaliste du tout, interdire le
port de signes religieux avec un critère qui est objectif, fondé sur la
croyance sincère de la personne. C'est déjà le critère qui existe pour la
liberté de religion. C'est ce qui est avéré
par la jurisprudence et avec un critère objectif aux yeux de la
personne raisonnable, aux yeux de M.
et Mme Tout-le-monde. M. le
Président, ça ne peut pas être plus
clair que cela. Honnêtement, j'ai fait mon effort. J'ai fait des avancées pour montrer des gestes d'ouverture
envers le Parti libéral. Il est temps que le Parti libéral fasse oeuvre utile et démontre des signes
d'ouverture pour faire avancer le projet de
loi sur la laïcité.
Président (M. Bachand) : Merci beaucoup.
Compte tenu de
l'heure, la commission suspend ses travaux jusqu'à 15 heures. Merci.
(Suspension de la séance à
12 h 59)
(Reprise à 15
Président (M. Bachand) : À l'ordre, s'il
vous plaît! Bienvenue. La commission reprend ses travaux. Je demande, bien sûr,
à toutes les personnes dans la salle de bien vouloir éteindre leurs appareils électroniques.
vous rappelle que la commission est réunie afin de poursuivre l'étude détaillée du projet de loi n° 21, la Loi
sur la laïcité de l'État. Lors de la
suspension de nos travaux ce matin, les discussions portaient sur le sous-amendement à l'article 6 du député
de Jean-Lesage. Interventions? Mme la députée de Bourassa-Sauvé, s'il vous
plaît.
Robitaille : Merci, M. le Président. Et puis, M. le Président, je pense que
vous allez me comprendre puis vous
allez être sensible à ce que je dis, parce
que, bon, je comprends, je sais que
vous avez été ambassadeur du Canada
à l'UNESCO et puis vous avez vu de près des gens de partout.
Moi,
vous savez, à la période des questions, j'entendais le premier ministre. J'ai regardé son point de presse. Il parle de niaisage. On ne fait pas
du niaisage, M. le Président, on ne perd pas notre temps. On ne perd pas notre
temps. Dans mon comté — je
vous l'ai déjà dit ici, vous savez que je suis loyale aux gens
de mon comté — il y a
des gens qui vont être affectés par
ce projet de loi là, il y a des enseignantes, j'ai des confrères de travail,
des jeunes avocats juifs aussi qui
vont être affectés, des jeunes avocates musulmanes. On a eu aussi aux
consultations quelqu'un de la religion sikhe qui nous a parlé
d'une façon convaincante, qui nous a expliqué comment le projet de loi va
au-delà des professions qu'elle cible, va toucher les communautés, la
communauté sikhe entre autres, et le message que ça envoie. Donc, les discussions qu'on a ici en ce moment sont
fondamentales, M. le Président. On s'apprête à suspendre la charte québécoise des droits, la Charte canadienne des droits. Ce n'est vraiment pas
banal. Il y aura des gens, comme j'ai dit tout à l'heure, qui vont être affectés par
ça. Et, je le rappelle, je le répète, et je l'ai dit au ministre,
il y a plusieurs constitutionnalistes qui sont venus ici. La grande
majorité des constitutionnalistes...
M. Lévesque
(Chapleau) : ...on est sur le sous-amendement actuellement. J'aimerais
ça qu'on revienne...
Robitaille : Oui. Bien, écoutez-moi.
Vous allez comprendre pourquoi on est sur le sujet de l'amendement.
Président (M. Bachand) : Je vais — merci, M. le député de
Chapleau — juste
laisser...
Robitaille : Oui. Merci, M. le Président.
Le Président (M. Bachand) : On va laisser aller la députée de
Bourassa-Sauvé, s'il
vous plaît. Oui, s'il vous plaît, Mme la députée.
Robitaille : Donc, il y a
eu des constitutionnalistes. Il y a eu M. Gérard Bouchard qui nous a dit que, si on
veut suspendre la Charte des droits, il faut un motif supérieur, il faut une
urgence, il faut des raisons sérieuses.
encore une fois, en consultations, il y a eu des gens qui travaillent sur le
terrain, hein, des gens qui travaillent, des enseignants, il y a eu des représentants des commissions scolaires
qui nous ont dit qu'en fait, sur le terrain, il n'y en avait pas, de problème. Et, dans ma
circonscription, Bourassa-Sauvé, à la commission scolaire Pointe-de-l'Île, il y
a des enseignantes voilées. Il n'y en
a pas beaucoup, mais il y en a. Et il y a aussi des étudiantes qui veulent
devenir enseignantes, qui aimeraient
travailler et qui, à cause de ce projet de loi là, ne pourront probablement pas
travailler à la commission scolaire Pointe-de-l'Île. C'est des enjeux sérieux,
et de là l'importance de poser les bonnes questions et d'avoir les
bonnes réponses, dans le respect de
l'opinion contraire, et j'entends le ministre. Ce projet de loi là ne va pas
nous protéger des extrémistes, ne va
pas aider à l'émancipation des femmes musulmanes, et il y aura des conséquences
dans la société. Ce ne sera pas
nécessairement sur la majorité, c'est vrai, mais il y aura des gens qui vont
être affectés. Il va y avoir des gens des minorités qui vont être
affectés. Et, en démocratie, le droit des minorités, on le protège.
Donc,
je veux juste vous dire ça, M. le Président. On ne fait pas du niaisage ici et
puis on ne perd pas notre temps. Et c'est
pour ça que j'appelle le ministre à répondre à nos questions, des questions
extrêmement pertinentes pour les gens qui
nous écoutent. Alors, j'aimerais savoir si les gens, justement, qui vont juger
la décision de leur supérieur déraisonnable... est-ce que ces gens-là
vont pouvoir avoir un recours?
Le Président (M. Bachand) : Merci
beaucoup. Interventions? M. le ministre, s'il vous plaît.
Jolin-Barrette : Alors, M. le Président, à cette question-là, à
laquelle j'ai déjà répondu ce matin et hier également...
j'ai déjà indiqué à la députée de Bourassa-Sauvé, M. le Président, que la
réponse à cette question-là se trouvait aux articles 12 et suivants du projet de loi. Donc, je sais que nous
allons cheminer rondement cet après-midi et que nous allons aborder ce
sujet-là aux articles 12 et suivants très prochainement, dans les prochaines
minutes.
Président (M. Bachand) : Interventions? Mme la députée de
Bourassa-Sauvé, s'il vous plaît.
Président (M. Bachand) : Mme la députée de Maurice-Richard,
s'il vous plaît. Merci.
Montpetit : Je vous remercie, M. le Président. Contente de vous retrouver cet après-midi
pour continuer nos travaux, M. le ministre, M. le Président, collègues.
Donc, par
rapport à l'amendement qui est proposé par le collègue de Jean-Lesage, je
pense que c'est fondamental puis j'espère qu'on pourra avoir des échanges avec le ministre
justement pour pouvoir perfectionner la définition, dans
le fond, de ce qu'est un signe
religieux. Et, si on veut réussir à
avancer dans ce projet de loi aujourd'hui et dans la prochaine journée, les prochaines semaines... Je ne sais pas
comment le reste de l'histoire se dessinera. Mais, si on veut continuer d'avancer, certainement, il va falloir
résoudre cette question-là de ce qu'est un signe religieux, je le répète,
pour fins des échanges, parce que
ça m'apparaît important. On est arrivés à, quoi, trois jours de la fin de
la session avec le dépôt de l'amendement du ministre, qui nous répétait la semaine dernière que
c'était très clair, ce qu'était un signe
religieux. De toute évidence, le fait de déposer cet amendement-là...
je présume qu'il est revenu sur sa décision ou il a souhaité préciser, à tout le moins, ce que c'était. Ça demeure toujours aussi obscur, parce que, est-il nécessaire de le rappeler?, dans sa volonté de le préciser avec le dépôt de cet amendement-là
mardi, le premier ministre... hier, c'est, quoi, à midi, l'alliance était
un signe religieux, puis, à 14 heures,
finalement, l'alliance n'était plus un signe religieux. Donc, c'est une
démonstration, dans le fond... Quand
le premier ministre du Québec n'est pas capable de circonscrire avec exactitude
ce qu'est... ou si ce n'est pas clair
dans son esprit, comme premier ministre du Québec, comme premier ministre qui
veut faire adopter une loi, ce qu'est
ou ce que n'est pas un signe religieux, je pense, ça vient parfaitement faire
la démonstration qu'il y a clairement un enjeu par rapport à la
définition.
encore aujourd'hui, à la période de questions, le premier ministre l'a
resouligné, qu'il était important de prendre le temps et d'apporter les précisions nécessaires à cette définition. Et je
pense que les prochaines heures seront certainement... à moins qu'on arrive à avancer très rapidement sur
ce qu'est un signe religieux. Mais là, avec ce qui est sur la table, je pense
qu'on est encore loin de la coupe aux lèvres.
par rapport à l'amendement du député
de Jean-Lesage, qui porte, notamment,
sur... puis je veux revenir à cet exemple-là. Puis ce n'est pas mon intention... Je sais
que le ministre nous l'a souligné lors des dernières interventions, qu'il ne veut pas passer un
quiz. Et l'intention n'est pas de lui faire passer un quiz, parce qu'on pourrait arriver avec les centaines
de signes religieux... puis là je dis «centaines», plusieurs centaines de signes religieux
qui existent à travers la centaine de religions, et l'idée n'est pas en ce sens.
Mais il faudra en venir à un moment où il
y aura une définition beaucoup plus
circonscrite. Et, par rapport à l'intention, je portais à l'attention du ministre — je
ne me souviens pas si c'était hier ou
avant-hier, l'espace-temps commence à être flou dans ces longues semaines
intensives — le
cas de l'étudiante en France qui,
après l'application de la
loi sur la laïcité, s'était vu refuser l'accès au collège parce qu'un administrateur avait décidé, dans le
fond, que sa jupe était un objet religieux, et c'est à ça que ça nous expose.
Et moi, je veux en revenir justement par rapport à la situation d'un professeur qui se retrouverait dans la même
situation. Est-ce que, justement, l'intention, puis c'est un peu ce qui est porté par le député de Jean-Lesage...
est-ce que l'intention derrière la tenue ou la parure, le vêtement... D'ailleurs, il faudra définir la différence entre
«parure», «vêtement» et l'ensemble des termes qui ont été présentés par le ministre. Mais j'aimerais bien qu'il puisse
venir nous éclairer sur non seulement comment un administrateur viendra déterminer... Et il y a un précédent. Ça s'est
passé. Donc, on n'est pas à l'abri du fait que ça se reproduise de nouveau
et que, de façon discrétionnaire, un
administrateur décide qu'une jupe est un signe religieux en ce sens qu'elle
fait partie... Souvent, par exemple,
une jupe longue va être retrouvée chez une femme musulmane. Comment
l'administrateur va pouvoir justement être éclairé dans ses décisions?
Président (M. Bachand) : Interventions? M. le ministre, s'il
vous plaît.
M. Jolin-Barrette : Plusieurs choses, M. le Président. C'est un plaisir de retrouver la
députée de Maurice-Richard.
Elle nous a manqué ce matin. Je crois qu'elle vaquait à d'autres occupations
avec mes collègues.
Jolin-Barrette : Pardon?
Jolin-Barrette : Non, non, non. Mais je dis juste que vous étiez
occupée puis qu'on s'est ennuyés.
Alors,
M. le Président, le 28 mars dernier, j'ai déjà répondu aux différentes
questions auxquelles fait allusion la collègue
de Maurice-Richard dans le cadre de la conférence de presse sur le
dépôt du projet de loi. Pour ce qui est des exemples qui sont donnés par
la collègue de Maurice-Richard, notamment, relativement au
port d'une jupe, dans un premier temps, le
cas qu'elle soulève, auquel elle fait référence, c'est un cas en Europe, hein,
d'une étudiante. Alors, nous, l'interdiction
de port de signes religieux ne vise pas les étudiants, ça vise les personnes en
situation d'autorité. Donc, dans le cadre
d'une école, c'est les directeurs d'école ou les enseignants, ça ne vise pas
les élèves, là. Ça, il faut que ça soit très clair, là, pour tout le monde ici. Au niveau du champ d'application de
la loi, là, tout le monde peut garder son signe religieux, à l'exception des gens qui occupent une fonction
d'autorité : les juges, les policiers, les agents de services
correctionnels, les procureurs, les
directeurs d'école, les enseignants. Pour ces personnes-là, dans le cadre de
leurs fonctions uniquement, là, pour
le temps qu'ils font leur prestation de travail, ils ne peuvent pas porter de
signes religieux. On ne vise pas les élèves, là. On ne vise pas les autres
membres du personnel. Seulement ces fonctions-là, comme on s'était engagés à le
faire. Alors, c'est limité uniquement pour la prestation de travail.
à quoi invite plus largement le projet de loi, c'est que tous les
fonctionnaires de l'État donnent des services à visage découvert. Ça, c'est vrai que ça couvre tous les fonctionnaires
de l'État. Même chose pour les citoyens qui demandent un service public : pour des motifs
d'identification et de sécurité, eux doivent se découvrir le visage aussi. Mais
il n'est pas question du tout
d'interdire les signes religieux chez tout le monde, chez tous les
bénéficiaires de services publics, chez tous les élèves, là. Ce n'est
pas ça du tout, le projet de loi. Le projet de loi, c'est vraiment très clair,
là, c'est relativement à l'interdiction du
port de signes religieux pour certaines fonctions très spécifiques. Et
d'ailleurs, dans un souci d'assurer l'application du projet de loi, on a inséré une clause de maintien en emploi
pour les personnes qui porteraient déjà, au moment de l'adoption de la loi, un signe
religieux. Donc, ces personnes-là pourront conserver leurs signes religieux.
Exemple, si vous aviez un policier qui portait déjà un signe religieux au
moment du dépôt de la loi, bien, il peut le conserver. C'est une clause de maintien en emploi, une clause
de droits acquis aussi, qu'on peut appeler, même chose pour un enseignant
ou une enseignante ou un directeur d'école ou une directrice d'école.
Donc,
là-dessus, honnêtement, je
pense que le projet de loi qu'on présente, c'est un projet
de loi qui est modéré, qui est pragmatique. Puis, M. le Président, je souhaite avoir la contribution du Parti libéral là-dessus,
qu'on puisse l'adopter ensemble, le projet de loi.
Président (M. Bachand) : Mme la députée de
Maurice-Richard, s'il vous plaît.
Montpetit : Bien, le ministre
sait très bien que, si on est assis ici, c'est parce qu'on souhaite évidemment y contribuer, s'il nous laisse le temps de le
faire, car est-il bon de rappeler qu'on a commencé cette étude détaillée il y a à peine
une semaine? Donc, ça fait, quoi, 24, 25 heures, une grosse journée de
travail, hein, une très grosse journée de travail. Mais c'est 24 heures d'étude détaillée jusqu'à maintenant.
Donc, nous, on vous l'a dit, on demeure disponibles. On restera
disponibles pour continuer à y travailler. Je pense
que c'est important. Vous avez parlé de vouloir laisser un legs historique.
Faisons-le comme il faut.
pour revenir au cas qui nous occupe... Puis je suis bien
consciente que le cas auquel je réfère... Puis peut-être que vous avez manqué
le... Je faisais un parallèle. Je sais très
bien que ce cas-là est le cas d'une
élève en France, effectivement.
Je dis juste que ce que ça démontre, ce
cas-là, c'est que ça peut très bien arriver à une enseignante qui se présenterait — donc,
c'est la même situation — dans une école, habillée de la même façon. Ce que
ça démontre, c'est que, sans définition claire, ça laisse place à une
partie arbitraire, et subjective, et
discrétionnaire. Et je pense que, dans un contexte où il est quand même question de restreindre des
droits fondamentaux, il y a une nécessité de s'assurer qu'il n'y aura pas place
à la subjectivité et qu'il y aura une
définition très circonscrite pour permettre aux administrateurs d'appliquer
cette loi de façon précise. Et j'en
reviens à dire : Si, dans l'esprit du ministre, c'est clair pour lui, ce
qu'est un signe religieux, je l'inviterais à ne pas perdre de vue que, son propre premier ministre, pour lui, hier
midi, ce ne l'était pas. Et il me répond que le 28 mars il a tout défini ça. Le 28 mars, ce qu'il
avait dit, c'est : Tous les signes religieux de toutes les religions. Et,
si c'était si clair que ça... Oui,
c'étaient tous les signes religieux et de toutes les religions. Et, si c'était
si clair que ça, j'aimerais bien comprendre
la raison pour laquelle il a déposé un amendement avant-hier. Donc, ça doit
être forcément parce qu'il en vient au fait qu'il y a une nécessité de
le circonscrire davantage.
la lumière des déclarations de son premier ministre, je pense que ça vient
faire la démonstration qu'on doit faire un pas de plus encore dans la définition et dans la circonscription qui
sera faite exactement. Et, à la lumière de ce qui a été redit ce matin du premier ministre en période de
questions, il faudra travailler à continuer de préciser, d'aventure, ce qu'est
un signe religieux.
Président (M. Bachand) : Merci. M. le ministre, interventions?
Président (M. Bachand) : Mme la députée de Les Plaines, s'il
vous plaît.
Lecours (Les Plaines) : Merci beaucoup, M. le Président. Je voudrais
juste... dans l'ordre des choses. On est
sur le sous-amendement. On parle de l'amendement du ministre, mais il y a un
sous-amendement qui a été déposé. Est-ce qu'on pourrait statuer sur le
sous-amendement? Est-ce qu'on est prêts à statuer sur le sous-amendement?
Le Président (M.
Bachand) : Lorsque
les interventions seront terminées sur le sous-amendement, le sous-amendement
sera mis aux voix.
Montpetit : ...du ministre, puis, encore là, je ne veux pas faire un
argumentaire, j'entends les députés du gouvernement, puis ils l'ont fait
à plusieurs reprises hier, rappeler le fait... On sait très bien où on en est.
On vous en remercie. Je pense qu'il y a un
président dans cette commission. Vous faites très bien votre travail, M. le
Président. Et la question, je pense,
qu'il est de... et on parle de l'amendement du député de Jean-Lesage, de venir
circonscrire ce qu'est un signe
religieux, le sous-amendement, puis après ça on reparlera de l'amendement du
ministre. Et c'est tout dans un objectif
de venir le circonscrire. Donc, attendez-vous à nous entendre parler de ce
qu'est un signe religieux. C'est exactement ça, le fond de la
discussion.
Donc,
je repose ma question au ministre. Moi, c'est ça que je veux savoir. J'aimerais
ça avoir une réponse sur comment un
administrateur va venir, s'il n'y a
pas de liste exhaustive et précise... comment on s'assure de ne pas avoir
une situation comme celle qui s'est produite pour l'étudiante.
Bien, ça pourrait être la même situation pour une professeure qui se présenterait habillée de la même façon. Et,
si c'était si clair le 28 mars, pourquoi a-t-il jugé nécessaire
alors, avant-hier, de déposer un amendement
sur la précision? Je ne peux que me rendre à l'évidence, c'est qu'il avait un souci de le préciser davantage.
Président (M. Bachand) : Merci, Mme la
députée. M. le ministre, s'il vous plaît.
M. Jolin-Barrette : Bien, M. le Président, la collègue de Maurice-Richard nous présente
un exemple hypothétique en lien avec quelqu'un qui n'est pas visé par le projet de loi, hein, parce que les étudiants ne sont pas couverts par le projet de
loi. Alors, j'aimerais ça savoir si
elle peut nous soumettre des cas équivalents en France, supposons, où il y a
eu des litiges avec les enseignants,
parce que ça fait plusieurs années que l'interdiction de port de signes religieux existe en France, hein, ça fait plusieurs années.
Alors,
j'aimerais avoir plusieurs cas d'exemple qui touchent les enseignants ou les directions
d'école en France. Est-ce que la députée
de Maurice-Richard peut nous présenter des comparatifs comme ceux-là pour appuyer ses
propos?
Président (M. Bachand) : Interventions? Mme
la députée.
Montpetit : Bien, écoutez,
moi, je peux retourner la question au ministre puis lui demander : Est-ce qu'il veut nous présenter combien il y a de juges à l'heure actuelle qui
portent un signe religieux, puis combien il y a de policiers à l'heure actuelle qui portent un signe religieux,
puis sur quoi il est en train de légiférer, exactement? Mais ce n'est pas ça,
le fond de ma question. Et j'aimerais, pour
le bon déroulement de ces travaux, qu'on continue d'avoir un échange
constructif et je l'apprécie beaucoup. Et je ne lui parle pas d'une
élève, je lui parle d'un professeur.
vous voulez, je peux prendre complètement un autre exemple, que ce soit
justement un juge, là, la situation... mais, je veux dire, une
professeure qui se présenterait avec la même jupe — c'est juste ça, la
question — ou
qui se présenterait avec un autre symbole. Je vous l'ai dit. On a eu la
discussion, par exemple — attendez,
il faut que je le retrouve — sur des symboles qui sont... Je vous
parlais, la semaine dernière, par exemple, du yin-yang. Je l'ai apporté,
parce que c'est plus clair. Des fois, ce
n'est pas clair, hein? Le yin-yang, qui est quand même un signe qui est porté
par plein d'adolescents, par des adultes
aussi, qui est porté plus de façon, je vais dire, esthétique, à moins que le
ministre me dise que ce n'est pas,
selon le sens commun ou selon l'amendement qu'il a déposé, un signe religieux,
je ne pense pas que, si on allait
voir les administrateurs à l'heure actuelle, par exemple les directeurs
d'école, ce serait évident pour eux que c'est un signe du taoïsme.
Donc,
on va se retrouver avec des situations justement comme ça qui sont arbitraires,
parce qu'il y aura un cas où, par exemple, un directeur d'école aura décidé que
l'étoile de David est un signe religieux, alors que c'est un signe
culturel. Et c'est à ce genre de situation là qu'on fera face.
Président (M. Bachand) : Merci beaucoup. M. le ministre, s'il
vous plaît.
M. Jolin-Barrette : Deux choses, M. le Président. Est-ce qu'on peut avoir le dépôt du
document, s'il vous plaît?
Président (M. Bachand) : Ça va? Donc, dépôt de document?
Jolin-Barrette : Non?
Montpetit : Oui, oui, absolument.
Président (M. Bachand) : Oui, oui. Vous vous êtes commise à le
déposer.
Montpetit : On peut vous le déposer. Je suis sûre que mon collègue de
Jean-Lesage serait très heureux, par le fait même, de vous déposer
l'ensemble des signes religieux.
Jolin-Barrette : C'est déjà fait.
Mme Montpetit : Ah! c'est déjà fait.
Bien, c'est merveilleux.
Jolin-Barrette : Par souci d'équité, je souhaitais que vous puissiez
le déposer aussi.
Montpetit : Bien, je vais vous le déposer avec plaisir. Mais est-ce
que je peux demander en retour qu'on ait
une réponse peut-être sur chacun de ces signes-là à savoir s'ils sont des
signes religieux ou pas? Encore faut-il que ce soit utile de vous les
déposer, mais ça me fera très plaisir.
M. Jolin-Barrette : Alors, M. le
Président...
Le Président (M.
Bachand) : Alors, on distribue le document, on le dépose?
M. Jolin-Barrette : Oui, s'il vous
plaît. Bien, moi, j'aimerais ça en avoir une copie, M. le Président.
Le Président (M.
Bachand) : Pour distribution? Merci beaucoup. M. le ministre,
s'il vous plaît.
Jolin-Barrette : Oui. Il y a
beaucoup de choses qui sont dites par la députée de Maurice-Richard, mais ce qui est fondamental, c'est qu'elle souhaite que je me
prononce sur des exemples hypothétiques.
Vous savez,
les règles que nous établissons, elles sont très claires avec les deux critères
que l'on met. Et la collègue de Maurice-Richard dit : Écoutez, bien, vous avez déposé un
amendement, le gouvernement a déposé un amendement. Oui, j'ai déposé un amendement dans le but
notamment de satisfaire les oppositions, M. le Président, de tenter de répondre
à leurs préoccupations parce que la
définition que nous avions choisie dès le départ, c'est le sens courant, le
sens commun. Suite aux interventions des collègues des oppositions,
suite aux interventions des gens qui sont venus en commission parlementaire, bien, j'étais à l'écoute et j'ai proposé une définition
dans un souci de satisfaire, notamment, le Parti
libéral du Québec pour avoir une définition, parce qu'on me
disait : Ça prend une définition. Et la définition que je propose d'un signe religieux m'apparaît tout à fait
conforme à ce qui se fait dans les autres pays et même va plus loin, notamment
lorsqu'il y a l'interdiction de port de signes religieux. Et d'ailleurs, M. le
Président, on vient définir avec une analyse subjective
et une analyse objective les différents
critères à savoir ce que constitue le port de signes religieux, ce que
constitue un signe religieux. Et, nous, ce qu'on interdit, c'est le port
de signes religieux.
Alors, M. le
Président, l'autre élément. La députée de Maurice-Richard parle beaucoup du sous-amendement du collègue de Jean-Lesage, mais par
contre, dans le sous-amendement, on ne vient pas définir davantage... on vient
rajouter un second critère subjectif,
dans la deuxième proposition, qui est de nature objective, qui vient dénaturer
le deuxième paragraphe de l'amendement. Alors, si la députée de Maurice-Richard veut venir définir ce que constitue un signe religieux, je l'invite à déposer un amendement si
elle a un amendement, mais, sur le sous-amendement du collègue de Jean-Lesage, il n'est pas approprié de l'appuyer,
considérant le fait qu'il vient amener de la confusion dans une définition
qui est très claire.
Président (M. Bachand) :
Merci beaucoup. Interventions? S'il n'y a pas d'autre intervention, nous allons
mettre le sous-amendement aux voix. Est-ce que le sous-amendement est
adopté?
Le Président (M.
Bachand) : Adopté?
Le Président (M.
Bachand) : Donc, rejeté?
Président (M. Bachand) : Le
sous-amendement. Donc, le sous-amendement est rejeté. Est-ce que tout le monde
a bien compris?
Président (M. Bachand) :
Bon, c'est pour ça que je vous regardais, là. Donc, merci beaucoup. On va faire
un appel...
Président (M. Bachand) :
S'il vous plaît! Un vote par appel nominal est demandé. Mme la secrétaire, s'il
vous plaît.
La Secrétaire : Pour, contre,
abstention. M. Zanetti (Jean-Lesage)?
La Secrétaire :
M. Jolin-Barrette (Borduas)?
M. Jolin-Barrette : Contre.
La Secrétaire :
Mme Lachance (Bellechasse)?
La Secrétaire :
Mme Lecours (Les Plaines)?
Mme Lecours (Les Plaines) : Contre.
La Secrétaire :
M. Lemieux (Saint-Jean)?
La Secrétaire :
M. Lévesque (Chapleau)?
M. Lévesque (Chapleau) : Contre.
La Secrétaire :
M. Jacques (Mégantic)?
La Secrétaire :
Mme Tardif (Laviolette—Saint-Maurice)?
La Secrétaire :
M. Lamothe (Ungava)?
La Secrétaire :
Mme David (Marguerite-Bourgeoys)?
La Secrétaire :
M. Derraji (Nelligan)?
La Secrétaire :
Mme Montpetit (Maurice-Richard)?
La Secrétaire :
Mme Robitaille (Bourassa-Sauvé)?
La Secrétaire :
M. Bachand (Richmond)?
Le Président (M.
Bachand) : Abstention. Donc, le sous-amendement est rejeté. On
revient maintenant à l'amendement à l'article 6 déposé par le ministre.
Interventions?
M. Jolin-Barrette : On est prêts à
voter, M. le Président.
Le Président (M.
Bachand) : Mme la députée de Marguerite-Bourgeoys, s'il vous
plaît.
Mme David : Alors, revenons à
l'amendement proposé par le ministre. C'est donc avec deux paragraphes ou deux alinéas, et on parle, là-dedans, évidemment,
qu'on réfère à un certain nombre... et le ministre l'a dit à plusieurs reprises,
et j'aimerais l'entendre là-dessus... à
plusieurs corps de métier. C'est-à-dire qu'il dit toujours : Juges,
policiers, gardiens de prison,
enseignants, directeurs d'école. Je pense que les cinq, là, c'est comme le
chapelet, on le sait, là, exactement, là, à la page 13. Mais, s'il ne veut
pas qu'on aille directement dans l'annexe, je n'ai aucun problème, mais, en
général, il a toujours décrit ça
comme l'autorité coercitive dans certains cas, et, dans d'autres, on élargit la
notion à l'autorité. Mais ma première
question serait qu'il y a beaucoup, beaucoup de gens là-dedans ou bien... À
moins qu'il m'explique vraiment ce que font ces gens-là dans la vie. Peut-être que
j'ai mal compris. Mais j'essaie de comprendre pourquoi il y a des gens qui exercent des fonctions à la Commission de
protection du territoire agricole, à la Régie de l'énergie, à la régie de
l'alcool, courses et jeux, la Régie
des marchés agricoles et alimentaires. Je ne sais pas, mais, moi, dans ma
tête... j'aimerais ça être peut-être
Louis-José Houde pour trouver une phrase drôle, mais ça ne clique pas avec
l'autorité coercitive, là, «alimentaires».
Alors,
j'aimerais vraiment vous entendre. Puis c'est une question sérieuse, parce que
j'essaie vraiment de faire avancer
les choses, là. Alors, ce serait le fun d'avoir un échange qui nous apprend
vraiment comment vous avez réfléchi à ces
questions-là, parce que, pour ce qui est de la notion de coercitif, on
s'attend, dans la population en général... vous avez raison, vous le dites vous-même, policiers, juges,
etc., qui était le sens même du rapport Bouchard-Taylor. Mais là vous
allez avec la Régie du logement. Enfin, vraiment, je suis restée un peu comme
étonnée quand j'ai lu ça.
Alors,
est-ce que ça répond à vos notions d'autorité, qu'elle soit coercitive ou non,
ou à une tout autre notion qui m'aurait échappé pour mettre dans ces
listes-là...
Président (M. Bachand) : Merci beaucoup. M. le ministre, s'il
vous plaît.
Jolin-Barrette : Oui. Merci, M. le Président. Alors, la collègue de
Marguerite-Bourgeoys fait référence à l'annexe II du projet de loi.
Donc,
le projet de loi, à l'article 6, réfère à l'annexe II pour les postes qui sont
visés par l'interdiction de porter un
signe religieux. La collègue réfère à 3° de l'annexe II. Parmi ceux qui sont
visés : un membre, un commissaire ou un régisseur, selon le cas,
exerçant des fonctions au sein du Comité de déontologie policière, de la
Commission d'accès à l'information, la
Commission de la fonction publique, la Régie des alcools, des courses et des
jeux, la Régie du logement, le
Tribunal administratif du Québec, le tribunal des marchés financiers. Tous ces
tribunaux sont des tribunaux administratifs quasi judiciaires. Ce sont les tribunaux qui rendent le plus de
décisions sur les administrés au Québec. Lorsqu'on parle d'«administrés», ça veut dire «sur les citoyens».
Ce sont là où on rend le plus de décisions de justice annuellement. Ce
sont les tribunaux de proximité avec les citoyens, où les citoyens font valoir
leurs droits devant ces instances quasi judiciaires.
Il m'apparaît tout à fait important que, lorsqu'un justiciable, lorsqu'un
administré, lorsqu'un citoyen se présente devant un tribunal, les juges administratifs, les décideurs administratifs,
dans les différentes lois habilitantes, ont... créatrices, pardon... On dit «membre», «commissaire» ou
«régisseur» en fonction du tribunal, là, qui est présent, en fonction de la
régie. Eh bien, ceux-ci ont des pouvoirs
extrêmement importants de rendre des décisions qui affectent la vie des
administrés, des citoyens qui se présentent devant eux.
Alors,
il m'apparaît clairement que ces juges, ces décideurs administratifs
représentent des figures d'autorité et que l'apparence... bien, en fait, que les exigences de la laïcité exigent
que les décideurs administratifs ne portent pas de signe religieux dans le cadre de l'exercice de leurs
fonctions, d'autant plus que, dans le cadre du rapport Noreau sur la réforme
de la justice administrative, qui a été déposé sous...
Jolin-Barrette : Oui, je pense, c'était le PQ. Oui.
M. Jolin-Barrette : Ah! bien, ça, je ne le sais pas, je ne connais pas ces liens-là,
mais... D'ailleurs, très bon rapport, hein,
très, très, très bon rapport. Il a été rendu, ce rapport-là, dans le fond, en
collaboration avec Martine Valois, professeure de droit à l'Université de Montréal; M. Noreau; avec Pierre Issalys, à
la Faculté de droit de l'Université Laval; et avec Mme la vice-rectrice à l'Université de Montréal...
non, Mme France Houle, vice-doyenne à la Faculté de droit. Bon, alors,
très bon rapport.
organismes-là ont fait l'objet du rapport sur l'indépendance des tribunaux
judiciaires... pardon, les tribunaux administratifs,
et on explique à quel point ces cours de justice sont fondamentales et sont
importantes. Alors, le citoyen, lorsqu'il se présente devant un tribunal
administratif comme ça, il doit s'assurer que les garanties d'indépendance, d'impartialité sont présentes quand il fait valoir
ses droits. Donc, le juge administratif, le décideur administratif représentent
une figure d'autorité.
Président (M. Bachand) : Mme la députée, s'il vous plaît.
David : Alors, indirectement ou à la toute fin, vous répondez
probablement à la première
partie de ma question, c'est-à-dire que, dans la tête du monde qui ne
sont pas nécessairement dans ce milieu assez savant de qu'est-ce que c'est,
un tribunal administratif, une autre sorte
de tribunal, du citoyen ordinaire qui nous écoute et qui s'est intéressé
peut-être, à l'époque, au rapport Bouchard-Taylor, quand on parle
d'autorité coercitive... C'était très, très, très circonscrit, juges, policiers, gardiens de prison, parce qu'on on a le
pouvoir d'arrêter quelqu'un, de changer sa vie, de l'envoyer en prison, etc.
je comprends de votre paragraphe 3°, parce que, là, on parle de celui-là, mais
peut-être vous me direz que ça s'applique
à d'autres paragraphes aussi, que nous ne sommes plus dans ce qu'on appellerait
l'autorité coercitive, nous serions dans la notion d'autorité, point.
Président (M. Bachand) : M. le ministre.
David : Enfin, c'est les mots que vous avez employés pour finir votre
phrase tout à l'heure : Ils représentent l'autorité.
Jolin-Barrette : Ce sont des
figures d'autorité, mais, dans le cadre de plusieurs tribunaux administratifs,
ils peuvent rendre des ordonnances qui ont un effet assez coercitif
aussi.
David : Mais est-ce que je dois comprendre que vous êtes allés quand
même... ou conclure que vous êtes allés
quand même... On le sait, que vous êtes allés plus loin que le rapport
Bouchard-Taylor, on le sait, je pense à ne serait-ce que les enseignants. Mais vous êtes allés plus
loin qu'on pense que vous êtes allés plus loin en mettant des catégories de
gens qui, y compris pour les procureurs, les juristes, etc., avocats... Vous
êtes allés beaucoup plus loin que Bouchard-Taylor en ce sens-là. La
page 13 est quand même assez longue, et j'essaie de voir à quoi vous avez
voulu répondre comme... ou quelle question
vous vous posiez pour inclure tous ces gens-là, parce que c'est sûr que ça
élargit évidemment la portée de votre loi.
Le Président (M.
Bachand) : Merci, Mme la députée. M. le ministre, s'il vous
plaît.
Jolin-Barrette : Bien, vous
savez, dans le rapport Bouchard-Taylor, ils font référence aux juges. La
majorité des juges, au Québec, c'est des juges administratifs.
Mme David : ...des greffiers. Ce
n'est pas très, très juge, ça.
Jolin-Barrette : Attention!
En vertu du Code de procédure civile, les greffiers peuvent rendre des
ordonnances comme les juges.
Mme David : Je ne veux pas vous
faire un quiz, là, mais...
M. Jolin-Barrette : Non, non, mais
ce n'est pas un quiz.
David : ...je voudrais savoir lesquels, au paragraphe 3°, sont vraiment des juges qui sont visés,
et non pas juste... je
ne veux pas être péjorative, là, mais des non-juges qui sont dans la Régie du
bâtiment, par exemple. Je veux voir, si je travaillais à la Régie du
bâtiment, ça s'applique à qui, dans le fond.
Jolin-Barrette :
Dans le fond, dans le cadre des tribunaux, là, un membre, un commissaire ou un
régisseur, là, c'est
dans le cadre de la fonction juridictionnelle, notamment. Ces personnes-là
rendent des décisions au bénéfice des citoyens.
Mais je vous donne un exemple, M. le Président, je donne un exemple. Tout à
l'heure, on me disait : Ah! mais ça n'a pas un pouvoir coercitif, les gens qui sont dans la liste. Bien, la
commission des libérations conditionnelles, là, qui va statuer sur
est-ce qu'on libère quelqu'un de prison ou non, c'est pas mal coercitif, ça.
Mme David : Je suis
d'accord avec vous dans votre logique, je suis complètement d'accord, mais...
M. Jolin-Barrette : Mais, pour moi et pour...
Mme David : ...la
commission du territoire agricole, on est loin des libérations conditionnelles.
Jolin-Barrette :
Bien, moi, je pense que ça a une très grande incidence sur la vie des gens, la
Commission de la protection du territoire agricole, le
fait de pouvoir...
Mme David :
...coercitif, on se comprend.
Jolin-Barrette :
Bien, le fait de pouvoir ou non jouir de son droit de propriété en fonction du
zonage, le fait de
construire une maison ou non ou de développer son entreprise ou non, ça a un
grand impact, effectivement. Et la Commission de protection du territoire agricole peut rendre des ordonnances
importantes aussi en fonction de la non-utilisation d'un lot et geler
toutes les activités sur un lot aussi.
décisions qui sont rendues par les tribunaux administratifs, ce sont des
décisions extrêmement importantes. Et ce qu'il faut se rappeler, là, dans l'histoire, là, c'est que toutes
ces fonctions juridictionnelles là étaient exercées par les tribunaux de droit commun, donc, supposons, par la
Cour supérieure, et, au fur et à mesure que le législateur a créé des lois ou a attribué des fonctions particulières, on
les a données à des tribunaux spécialisés, des tribunaux administratifs,
et ce sont les décideurs administratifs qui
sont les plus spécialisés, si je peux dire, dans ces différents domaines là,
dans des lois sectorielles. Donc, on
se retrouve dans une situation où, quand on fait un contrôle judiciaire, on se
retrouve à la Cour supérieure, mais
les normes d'application en matière de révision judiciaire sont la décision
correcte ou raisonnable. Et, dans les
critères élaborés par la Cour suprême, on doit faire preuve de déférence envers
les tribunaux administratifs, d'où
l'importance de leur indépendance et l'apparence aussi d'impartialité,
l'apparence de neutralité pour un justiciable qui se présente devant un
tribunal qui statue sur les droits des citoyens québécois.
Le Président (M. Bachand) : Mme la députée,
s'il vous plaît.
David : C'est fort intéressant, ce que dit le ministre. On
sent, là, qu'on est vraiment, si je peux me permettre
une parenthèse, au travail, là. On est au travail, et c'est très apprécié. Je
vous remercie beaucoup, parce
que vous m'en apprenez au fur et à
mesure que j'écoute, et ça nous permet d'aller un peu plus loin dans la
définition, et ça me semble très
important pour les citoyens qui nous écoutent, et je vous garantis, en tout
cas, que moi, je ne perds pas mon temps en ce moment et je suis très
contente de vos réponses. Et on continue donc dans ce sens-là.
Puis
là, je comprends, la Régie du
bâtiment... non, la Régie du logement, par exemple, qui peut rendre une décision sur le logement de quelqu'un, c'est une forme
d'autorité que vous avez définie, et je trouve ça intéressant parce que...
parlons-en de l'autorité, qui a une
incidence sur la vie des gens. Et est-ce
qu'on pourrait dire qu'ils ont une
incidence sur la vie des gens, qu'il
y a forcément d'autres corps de métier aussi qui ont une incidence sur la vie
des gens? Et donc, là, vous êtes dans
la sphère plutôt, comme vous avez dit, quasi judiciaire — c'est-u ça que vous avez dit? — ou quasi quelque chose, là... quasi judiciaire. Mais, si la notion
d'autorité, c'est qu'ils ont une incidence sur la vie des gens, parce qu'on
ne parle pas d'autorité nécessairement
coercitive au sens de «port d'armes», par exemple... La «coercition», c'est un
mot qui est vraiment fort, là, et
c'était là-dessus que le rapport Bouchard-Taylor allait et il s'arrêtait à ça.
Puis ils ont longuement défini ce
qu'était la coercition puis pourquoi ils ont mis «les juges», «les procureurs»
et puis «les gardiens de prison», parce
que, bon, un gardien de prison, ça peut pas mal remettre un prisonnier dans sa
cellule puis ça peut... Dans le sens commun,
que vous aimez bien, quand on réfère au mot «coercition», c'est... Je n'ai pas
mon dictionnaire avec moi, mais je
pourrais l'avoir facilement. La coercition, c'est vraiment quelque chose de
pratiquement physique ou un juge qui envoie le sentencé en prison, etc.
si je comprends bien ce que vous me dites, «autorité», on est dans une zone qui
s'en va plus vers une notion mais quand même quasi judiciaire mais qui
est donc entre l'autorité à l'enseignant, au directeur d'école et l'autorité «à la coercition». Est-ce que vous seriez d'accord
avec moi qu'on est comme entre les deux un peu avec le paragraphe 3°? Disons ça comme ça, parce que, là, il y a
différents niveaux, différentes classifications que vous avez décidé de retenir
pour une raison, j'imagine, qui vous
semblait valable mais que je veux bien comprendre, qu'on est dans l'autorité
quasi judiciaire mais non coercitive, mais non l'autorité au professeur
d'école. Je vois que vous avez un dictionnaire.
Président (M. Bachand) : Merci, Mme la députée. M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Deux choses. Premièrement, les juges ne portent
pas d'arme à feu, mais ils ont un pouvoir particulier. Donc, au niveau de la
coercition, ce n'est pas la même chose qu'un policier si on fait référence au
port d'une arme, mais nulle personne
ne pensera qu'un juge, ça n'a pas de pouvoir. Les juges administratifs ont des
fonctions assimilables à des juges. Ils ne sont pas dotés de tous les
pouvoirs qu'un juge de la Cour supérieure ou de la Cour du Québec a, supposons, et même un juge de la Cour du
Québec n'a pas les mêmes pouvoirs qu'un juge de la Cour supérieure.
Cela
étant dit, les décideurs administratifs incarnent l'État. Ils sont appelés à
statuer sur des décisions qui ont une incidence, dans la vie des gens,
qui est importante. Ils ont des pouvoirs d'ordonnancement. Ils ont des
pouvoirs, si on entend «contrainte» au sens
large, d'obliger à faire ou à ne pas faire des choses. Revenons à la CPTAQ, la
commission de la protection agricole.
Ils peuvent obliger des individus à remettre en état, supposons, une terre ou à
démolir... et que ça coûte des centaines de milliers de dollars. Il y a un
véritable pouvoir au sein des tribunaux administratifs. Et d'ailleurs, dans le cadre du rapport Bouchard-Taylor, il y
avait une notion de coercition aussi, mais il y avait une notion aussi du fait
d'incarner l'État. Lorsqu'une personne
incarne l'État, elle devrait être visée. C'est pour ça que MM. Bouchard et
Taylor visaient, notamment, le président de l'Assemblée nationale, parce
qu'il était au coeur de l'État, il incarnait l'État. Même chose pourquoi M. Bouchard, dans son livre, indique que les
directions de commission scolaire, les administrateurs de commission
scolaire devraient être visés, parce qu'ils incarnent... Protecteur du citoyen,
des postes où il y a une incarnation de
l'État avec des pouvoirs particuliers, et on le voit. Donc, la figure
d'autorité, le pouvoir de coercition, ce sont des concepts qui rejoignent
l'incarnation du pouvoir de l'État à travers certaines fonctions. Alors, c'est
pour ça que c'est visé.
d'ailleurs, si je peux compléter, lorsqu'on lit le pouvoir de coercition, là...
«coercition» : «Pouvoir de contraindre quelqu'un à se soumettre à
la loi. Le fait de contraindre.» Donc, un juge administratif, ça a le pouvoir
de soumettre quelqu'un à la loi. Donc, au sens du dictionnaire, ils ont le
pouvoir de contraindre.
Président (M. Bachand) : Merci. Mme la députée, s'il vous
plaît.
David : Il ne me reste plus beaucoup de temps, malheureusement, mais
le rapport Bouchard-Taylor s'est quand même arrêté rapidement à une
description et à une énumération beaucoup plus courte que la vôtre. Donc, vous avez pris un petit bout coercitif du rapport Bouchard-Taylor...
très coercitif, et puis vous avez étendu quand même... ça, vous devez en convenir, vous en conviendrez, ce
n'est pas difficile à convenir que vous avez quand même été beaucoup plus loin en allant vers la quasi-coercition ou la
presque coercition pour aller vers le non coercitif mais la notion d'autorité.
Mais ça, ça me fera un plaisir de revenir
sur la notion d'autorité, parce que, malheureusement, je pense que mon temps à moi,
en ce moment, est terminé.
Président (M. Bachand) : Il vous reste
quelques minutes quand même. M. le ministre.
Jolin-Barrette : Oui. Juste
pour répondre à la collègue de Marguerite-Bourgeoys. Dans le rapport Bouchard-Taylor... On a toujours dit qu'on
s'inspirait du rapport Bouchard-Taylor, mais ce qu'il faut comprendre aussi,
c'est que, lorsque le
rapport Bouchard-Taylor, il est écrit, il n'est pas écrit dans une perspective
légaliste, que ça constitue une loi.
Alors, lorsqu'on rédige la loi, ça prend de la cohérence, et on s'assure aussi
de statuer sur les cas de figure associés aux recommandations du rapport
Bouchard-Taylor.
Quand vous
êtes à la commission des libérations conditionnelles, le commissaire, qui est
un décideur administratif ou un juge administratif à la commission des
libérations conditionnelles, l'impact de ses décisions est extrêmement important parce qu'il va déterminer est-ce que,
oui ou non, la personne, on lui donne une libération conditionnelle ou elle
continue de faire son temps à l'intérieur de
la prison. Prenez quelqu'un qui est indemnisé... ou veut être indemnisé en
vertu de la LATMP, en vertu de la Loi
sur les accidents du travail et les maladies professionnelles. La personne se
blesse au travail, et la CSST refuse
d'indemniser cette personne-là, se présente devant le Tribunal administratif du
travail, la section... je ne sais pas si ça existe encore, là, la CLP.
Ça a été fusionné, là. Et là la personne est invalide. Moi, je pense que la personne qui se présente devant le tribunal et qui
fait valoir, dans le cadre de son audition, des points qui vont avoir un
impact sur le reste de sa vie, sur la
conduite de sa vie... la personne doit s'assurer que... le justiciable doit
s'assurer que la personne qui est
assise sur le banc, en apparence, notamment, soit neutre et applique les
principes de laïcité de l'État et doit
incarner les principes de laïcité de l'État. Ça fait que je pense que c'est
pertinent de mettre les décideurs administratifs dans l'interdiction de
porter des signes religieux parce qu'ils sont sur le banc et ils rendent des
décisions.
Le Président (M.
Bachand) : Merci. Mme la députée, s'il vous plaît.
David : C'est très bien, votre réponse, et ça m'a fait penser à un
pouvoir, entre autres, que j'ai moi-même dû exercer dans mes fonctions
et que d'autres ont exercé, un pouvoir, par exemple... et ça peut être même
dans une... Parce que vous allez me répondre
que, dans une université à charte, ce n'est pas la même chose qu'une université
dans le périmètre gouvernemental.
Donc, une composante constituante de l'UQ a le pouvoir de mettre fin à une
vocation de devenir avocat, de
devenir... je ne peux pas dire «médecin», parce qu'il n'y a pas de faculté de
médecine à l'UQ, mais je peux dire «infirmière», et c'en est, ça, de la
conséquence très grave.
Alors, je
comprends très bien votre définition
dans les gens qui représentent l'État, mais, les gens qui représentent l'État, est-ce qu'on ne pourrait pas dire qu'il y en a beaucoup, beaucoup, beaucoup dans toutes sortes de sphères et que donc votre liste, si on rentre dans votre logique,
pourrait être énormément plus grande, parce qu'on peut dire : C'est énormément subventionné par l'État? Je ne
veux pas vous donner de mauvaise idée, là, quand je dis ça, mais j'essaie de
trouver la suite logique. Moi, j'ai brisé probablement des carrières,
là, en coulant un étudiant qui a eu des recours... un, des étudiants. Quand on fait une carrière, c'est notre fonction.
Vous le savez, vous avez passé des examens, vous aussi. Vous pouvez réussir, vous pouvez échouer. Et, au nom de l'institution, par exemple une université, un collège, ou tout ça, c'est pas
mal dans ce sens-là quelqu'un qui peut changer la vie d'un autre et qui est
payé par une institution qui est très représentative de l'État
parce qu'elle est financée par l'État.
Le Président (M.
Bachand) : M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : Je veux juste
être rassuré, là, M. le Président, là, il n'y a aucun étudiant qui a été
coulé... Il y avait des raisons, là, pour lesquelles la députée de Marguerite-Bourgeoys
les a coulés, là, c'était...
Mme David : ...la même rigueur.
M. Jolin-Barrette : ...c'était une
analyse objective, ce n'était pas subjectif.
David : Je ne sais pas où vous voulez en venir. Je ne sais pas si vous
avez vous-même échoué déjà un cours dans
votre vie. Probablement pas. Je ne sais pas. Mais vous espérez que ça a été
très rigoureux et objectif... ou vous n'avez pas eu la note que vous
auriez aimé avoir.
M. Jolin-Barrette : Ça, c'est arrivé.
Ça, c'est arrivé.
Mme David : En droit, là, les
révisions de notes, c'est monnaie courante, c'est le grand sport national.
M. Jolin-Barrette : ...pas souvent.
M. Jolin-Barrette : Ça ne bouge pas
souvent.
David : Je le sais, mais c'est le sport national. Je le sais, j'ai été
prise là-dedans beaucoup avec la Faculté de droit.
Donc, pour
fermer cette parenthèse, ce que je veux dire, c'est que, oui, je suis votre
logique au paragraphe 3°, mais, si on
la suit vraiment de façon... la description que vous en avez donnée, qu'ils ont
une incidence sur la vie des gens, il
y a plusieurs corps de métier qui ont de l'influence sur la vie des gens ou
d'incidences, des conséquences sur la vie des gens.
Le Président (M.
Bachand) : M. le ministre, oui.
Jolin-Barrette : J'ai aussi parlé de fonctions assimilables aussi.
Dans les autres alinéas de l'annexe II, supposons...
Prenons le suivant : «4° un commissaire nommé par le gouvernement en
vertu de la
Loi sur les commissions d'enquête,
ainsi qu'un avocat ou un notaire agissant pour une telle commission.» Un
commissaire d'enquête, là, ça a des pouvoirs
extraordinaires, l'équivalent des pouvoirs d'un juge aussi. Au paragraphe
précédent, «un tribunal administratif», ça a un plus grand pouvoir
qu'une faculté ou un département. Un arbitre nommé en vertu du Code du travail,
c'est l'équivalent d'un juge aussi. Donc,
c'est des fonctions qui sont assimilables à celles d'une fonction judiciaire,
notamment, qui ont un impact qui a une... décision qui est rendue au
soutien de l'application de la loi.
Donc, la
logique derrière ça, c'est de faire en sorte que, pour certaines fonctions
particulières qui représentent des
figures d'autorité mais qui aussi sont des fonctions assimilables à celles d'un
juge dans ces cas-là, supposons, en matière administrative, bien, oui,
on les vise aussi... ou qu'elles incarnent l'État.
Le Président (M.
Bachand) : Allez-y rapidement, rapidement, rapidement.
David : Non, mais c'est parce que je conclus juste qu'il y a une
logique très juridique, «État» au sens «juridique». C'est des avocats
qui ont fait ça, c'est peut-être normal. Et, à l'article 10, «enseignant», on
quitte complètement cet univers-là pour
aller dans un univers que moi, je connais plus, et c'est pour ça que je vous ai
amené dans cet univers-là, mais on va avoir l'occasion d'y revenir.
Le Président (M.
Bachand) : J'ai le député de Saint-Jean qui a demandé la
parole, s'il vous plaît.
M. Lemieux : S'il vous plaît, M. le
juge. Merci.
Le Président (M.
Bachand) : «M. le juge»?
M. Lemieux : «M. le juge». On est en train de parler
d'avocasserie, je suis resté pris là-dessus. Désolé, M.
le Président. Désolé. C'est vraiment qu'on parle beaucoup d'avocasserie,
vous avez bien raison.
Je voulais peut-être
un éclaircissement, peut-être des explications de la part du ministre, le temps
de lui dire que je comprends très bien
comment il en est venu à déposer cet amendement-là, puisqu'on est sur l'amendement, M. le Président. Moi,
je n'en avais pas besoin particulièrement, je
pense que ça se tenait très bien
comme ça. J'aimais l'idée du sens commun, j'aimais l'idée que ce soit large,
que, dans le temps, ça puisse être interprété et réinterprété en fonction des
modes, en fonction des tendances. Et
c'est ça qui me faisait peur et que je voulais entendre du ministre. Est-ce
qu'on est trop restrictifs? Je comprends la notion, là, d'alternatif — comment vous dites ça dans les
explications? — alternatif
mais non cumulatif, mais c'est quand
même deux affaires fondamentales. Et il y a plein de monde qui vont dire que ça
prend les deux sans définir exactement ce que ça veut dire, «non
cumulatif», là.
Est-ce que ce
n'est pas dangereux, en même temps, d'aller assez loin pour faire plaisir mais
peut-être trop loin pour que ce soit clair comme de l'eau de roche,
comme on dit, là?
M. Jolin-Barrette : Bien, en fait,
la définition qu'on propose m'apparaît répondre à toutes les situations. Parce que les collègues du Parti libéral
disaient : Ça prend une définition. Or, ce qu'on fait, c'est qu'on indique
que c'est un objet, hein? Le premier
critère, c'est le port d'un objet qui est interdit. Et le premier critère, au
niveau de la subjectivité, c'est que,
si une personne considère que cet objet-là constitue un signe religieux, elle
ne peut pas le porter dans l'exercice de
ses fonctions. Le deuxième critère, qui n'est pas cumulatif au premier, c'est
le fait de dire : Bien, aux yeux de la personne raisonnable, cela représente un signe religieux,
cet objet représente un signe religieux. Alors, on couvre les situations et les
cas d'exemple auxquels les collègues des
oppositions avaient une crainte, où, en termes d'application, les cas seront
visés par ces deux hypothèses-là.
Alors, pour
moi, ça couvre l'objectif recherché par les collègues des oppositions, et c'est
dans ce sens-là que j'ai proposé
l'amendement pour faire en sorte que, bien sûr, le sens commun s'applique, et
il va pouvoir se matérialiser par le deuxième paragraphe aux yeux d'une
personne raisonnable, une «personne raisonnable», le sens commun, le sens
courant, la connaissance de ce... aux yeux de la personne raisonnable. Et donc
ça va permettre clairement d'avoir une application qui est conforme à la
volonté du législateur.
Le Président (M.
Bachand) : M. le député de Saint-Jean, ça va?
M. Lemieux : Merci, M. le juge.
Le Président (M.
Bachand) : M. le député de Nelligan, s'il vous plaît.
Derraji : Il n'est pas juge,
il est président de commission. Mais, écoutez, j'aime bien l'intervention du député de Saint-Jean parce
qu'il a mis la table à ma question.
Il a mis la table à ma question, parce
que je veux vraiment entendre
le ministre pour me parler du «soit raisonnablement considéré comme référant à
une appartenance religieuse». Donc, il y a le mot «raisonnable», «considéré comme référant»
et il y a l'«appartenance religieuse». Ça veut dire que le
juge a... dans ce cas, c'est un juge, que ce soit un directeur d'école ou, ce que le
ministre a dit tout à l'heure, le raisonnable qui va porter la décision de dire : Ça, c'est un
objet religieux. Donc, le ministre, quand il a mis cet amendement, il l'a
ajouté à peine 48 heures... qu'est-ce qu'il voulait dire par le
«raisonnable» et par le référent religieux? Merci, M. le Président.
Le Président (M. Bachand) : Merci. M. le
ministre...
M. Derraji :
Bien, c'est la «personne raisonnable». Donc, j'espère qu'il va nous éclairer.
Président (M. Bachand) : Merci. M. le ministre, s'il vous
plaît.
M. Jolin-Barrette : Oui. Bien, j'ai eu l'occasion de lire la définition de «personne
raisonnable», M. le Président, à
plusieurs occasions. Donc, l'appartenance religieuse, c'est l'appartenance à
une religion, M. le Président. Donc, l'idée, c'est de faire en sorte de
s'assurer que, d'un point de vue objectif, le signe porté réfère à une croyance
religieuse.
Derraji : Merci, M. le Président. Je vais revenir à cette définition.
Tout à l'heure, M. le Président, le ministre a référé à cheik Dr Ali Gomaa, que Mme Pepin a cité ici, en commission. Je
ne sais pas si M. le ministre a fait ses recherches par rapport à ce mufti,
très proche du régime égyptien, et que... À un certain moment, même, ce même
mufti a autorisé de tuer les manifestants en Égypte. Mais, du moment que le
ministre a utilisé et a fait référence à ce mufti, je tiens à lui
rappeler que ce même mufti avait déclaré à plusieurs reprises que le hidjab est
obligatoire. Donc, tantôt, il le dit obligatoire, parfois il ne le dit pas
obligatoire, la même chose pour là-bas.
Je reviens au «soit
raisonnablement considéré comme référant à une appartenance religieuse». Tout à
l'heure, M. le Président, le ministre nous
parlait de la personne raisonnable. Je sais que le ministre n'aime pas les cas
hypothétiques, mais on est dans des
cas où on cherche l'applicabilité de la loi. Depuis le début, je pense que nous
avons démontré avec nos questions qu'on veut que la loi soit applicable. Et je
vais lui donner un exemple où la personne raisonnable est de confession musulmane, appartenance religieuse très
définie, et, pour lui, la barbe est un signe religieux, il est convaincu.
Est-ce qu'il va permettre... C'est que ça va être le motif de... et son
raisonnement par rapport à la barbe.
Président (M. Bachand) : Merci, M. le député. M. le
ministre, s'il vous plaît.
M. Jolin-Barrette : M. le Président, je ne commenterai pas des cas
d'exemple. Cela étant dit, je référais le député de Nelligan à la définition, O.K. : «Le port d'un signe religieux
est interdit dans l'exercice de leurs fonctions aux personnes énumérées à l'annexe II. Au sens du présent
article, est un signe religieux tout objet...» La barbe, c'est de la pilosité.
Ce n'est pas couvert. Ça pousse. Ce n'est pas un objet, ça pousse. On a
quelques exemples, parmi nous ici, là, de personnes qui portent la barbe. Moi, ce matin, j'ai décidé
de ne pas aller dans cette direction-là, M. le Président. Mais ça ne constitue
certainement pas un objet au sens de la définition.
M. Derraji :
...dans le monde, la barbe, même avec une connotation religieuse, ils ont le
droit de la garder. Mais, malheureusement,
les femmes... Et d'ailleurs vous avez dit tout à l'heure que Mme Pepin
hier a déclaré dans une émission pas
mal de choses par rapport au port du voile. Mais même le port du voile a
plusieurs interprétations, donc, il y en a qui le portent pour une
considération religieuse, et d'autres, pour autre chose. Donc, le fait de
considérer le voile ou son port... est
religieux, mais pour les hommes, la barbe, ce n'est pas un signe religieux, et
c'est là où je vois que la définition du signe religieux, elle est très,
très, très, très limitée et cible uniquement des femmes, en grande majorité.
Ça, on l'a vu, on l'a entendu de plusieurs
groupes. Et, encore une fois, le fardeau sera, M. le Président, sur la personne
raisonnable, donc, que le ministre
mentionne depuis tout à l'heure, qui doit analyser et appliquer les normes,
sachant que même, les normes, on peut les interpréter de différentes
façons.
ministre va répondre quoi demain à des gens où ils voient qu'il y a du sexisme
dans cet article? Si le but, c'est vraiment
éloigner tout symbole religieux... le ministre aime dire «objet», mais tout
symbole religieux de l'espace public, est-ce qu'il pense vraiment qu'il élimine
l'ensemble des objets de l'espace public... les objets religieux de l'espace
public?
Le Président
(M. Bachand) : M. le ministre.
M. Jolin-Barrette : L'objectif, M. le Président, du projet de loi,
c'est d'interdire le port de signes religieux pour certaines personnes
qui sont prévues à l'annexe II de la loi. Alors, le collègue référait au
mufti.
M. Derraji :
Ah! vous l'avez bien prononcé. Ça se dit des deux façons.
M. Jolin-Barrette : Bon. Lorsque j'ai référé à cette personne, je
référais au propos de Mme Houda-Pepin, qui est venue en commission
parlementaire, et je la citais.
Alors,
M. le Président, c'est très clair, l'application de la disposition, elle est
simple. On vient définir qu'un signe religieux, c'est un objet, et tout
le monde sait c'est quoi, un objet, M. le Président. Et, en plus, on vient
mettre une énumération pour accompagner «la
personne». Et ça, je fais ça dans un souci d'ouverture, M. le Président, parce
que le sens courant, le sens commun ne commandait pas d'aller aussi loin
que nous sommes allés. Alors, M. le Président, je souhaite vraiment
satisfaire le Parti libéral pour qu'on puisse avancer.
Président (M. Bachand) : Merci. M. le député, s'il vous plaît.
Derraji : Oui. Par rapport à
la citation, c'est que je tiens juste à informer M. le ministre, parce que
je ne pense pas que c'est ses
convictions, ça, en aucun cas. Et je ne vous prête pas d'intention. C'est
qu'avant de citer quelqu'un je dois m'assurer de la... pas la
pertinence, mais... je cherche le mot...
Jolin-Barrette : La véracité.
Derraji : Exactement,
et je pense que vous avez aussi rédigé pas mal et écrit pas mal de recherches.
C'est qu'on peut confirmer la
citation à plusieurs reprises, et surtout la personne qui le cite, parce que
vous avez cité la personne, et je sais que vous citez les propos d'une
personne qui est venue en commission parlementaire.
O.K.
Donc, vous avez cité les propos de quelqu'un qui est venu en commission parlementaire. Par
respect, je tiens à vous dire que la
personne qui est venue en commission
parlementaire, c'était ce personnage
qui parlait du voile, a déjà
deux versions. Et je ne pense pas que vous allez même utiliser la citation de quelqu'un
qui a, dans un moment donné, autorisé de
tuer les manifestants en Égypte et je n'ai pas besoin de vous rappeler ce qui
s'est passé en Égypte. Donc, juste prendre ça avec un peu de recul.
Mais je
reviens à l'amendement. La même chose s'applique pour des femmes qui
mettent des perruques, donc, pensons à des femmes juives. Donc, la
question, M. le Président, reste, là, que l'amendement... Et je salue l'effort
du ministre. Vous savez pourquoi je salue son effort? Parce que,
depuis le début, on demandait une définition. Depuis le début, on demandait de la clarté par rapport aux signes
religieux. Et je l'entends quand il dit qu'on doit avancer. Je le remercie
parce qu'il a ramené au moins une définition, mais ça fait à peine 48 heures,
hein, qu'on a la définition. On aurait dû avoir la définition depuis
très longtemps, mais ce que j'aime en lui, M. le Président, c'est qu'il écoute.
Il écoute, il écoute, il écoute. Et là je
l'invite maintenant à vraiment écouter pour qu'on avance ensemble, hein, parce que
je sais qu'il le fait avec nous dans
un autre projet de loi. Et j'aime bien échanger avec lui, d'avoir une
bonne ouverture et d'avoir le sens de l'écoute.
Il a évolué depuis le début, M. le
Président, et il nous a ramené un amendement.
Moi, ce que je l'invite aujourd'hui, c'est
de faire un autre pas avec nous, d'être beaucoup plus précis, parce que
ce qu'on veut, c'est qu'un
article soit applicable. Là, maintenant, il reste encore beaucoup d'ambiguïté par
rapport à cet article, et la conviction ou la croyance religieuse
reste quand même vague par rapport à
l'applicabilité. Et, M. le ministre, j'en suis sûr et certain, que votre objectif
avec cette loi, demain, à
part votre
legs, c'est qu'elle soit applicable, c'est ça. Vous avez dit que c'est à ça que
la CAQ a été élue, hein? Vous l'avez
dit, mais assurez-vous qu'elle soit applicable. Et les questions qu'on pose aujourd'hui, c'est pour vous dire à quel point la loi, en date d'aujourd'hui,
n'est pas applicable, parce qu'il faut accompagner les gens. Les gestionnaires, ils ont de la misère à appliquer
des lois faciles. Et c'est pour cela qu'il y a toujours des contestations.
Pensons, M. le Président, aux lois sur les normes du travail.
Et donc, au
lieu de lancer le fardeau, est-ce que le ministre n'a pas pensé à des lignes, à des guides? Qu'il
se mette à la place de ces personnes qui vont appliquer la loi demain. Même
nous, nous sommes face à un
article qui n'est pas complet, un
article qui dit tout, et il ne dit rien au bout de la
ligne. On pose des questions sur l'objet. Le collègue de Jean-Lesage a ramené un ensemble de signes. On est incapable de déterminer c'est
quoi, un signe, et celui qui ne l'est pas.
Encore une fois, la loi et cet
article
confirment que probablement une bonne majorité de personnes qu'on va cibler, c'est des femmes. Mais est-ce que
le ministre va encourager que des femmes ne vont pas
travailler? Je ne pense pas. On
encourage l'épanouissement des femmes, on encourage que les femmes progressent
dans la société. Et donc ce n'est pas parce qu'elles
portent un objet ou un signe qu'on va les empêcher de ne pas aller... et
avancer et s'épanouir professionnellement.
Donc, M. le Président, ma question, elle est très simple : Comment le ministre
entend avec son amendement que son
article 6 va être appliqué
sur le terrain et dès demain?
Le Président (M.
Bachand) : M. le ministre, s'il vous plaît.
M. Jolin-Barrette : M. le Président,
je pense qu'on a quelque chose, là. Je pense qu'on a quelque chose, parce que le
député de Nelligan vient de
dire : Comment pense-t-il — en
parlant de moi, M. le Président — que
son
article va être appliqué dès
demain? Alors, M. le Président, je pense qu'on vient d'avoir une confession du
député de Nelligan, qui vient de nous
confirmer que nous allons pouvoir adopter le projet de
loi sur la laïcité
d'ici demain. J'en suis très heureux, M. le Président.
Le Président (M.
Bachand) : M. le député de Nelligan, s'il
vous plaît.
Derraji : M. le Président, je vous ai dit au début que j'adore échanger avec le ministre.
Il vient de le prouver, qu'il est un
homme passionné. Bien, vous savez quoi? Qu'il avance avec nous, hein, qu'il
entende nos amendements, qu'il nous
réponde sans regarder la caméra 2 ou 3, qu'il nous regarde dans les yeux
et qu'il avance avec nous. Qui a dit qu'on voulait retarder et lancer ça pour demain? Non, on ne l'a jamais
dit. Oui, j'y crois, qu'on va avancer, mais, s'il vous plaît, répondez à
nos questions. On pose des questions que le peuple pose,
que l'ensemble de la population pose aussi, et mes questions sont très
claires au niveau de l'applicabilité.
Le Président (M.
Bachand) : S'il vous plaît.
Derraji : Donc, monsieur, je
vais répéter, parce qu'il y avait un moment d'inattention. Ce n'est pas grave.
M. le Président, ce que je demande à M. le ministre, c'est l'applicabilité. On l'a vu, l'ensemble des commentateurs qu'on
entend, la plupart manifestent et constatent
qu'il y a quand
même une certaine ambiguïté. Donc, le
ministre a le luxe de nous dire qu'il n'y a pas
d'ambiguïté, c'est clair.
Le Président (M. Bachand) : M.