Culture and Education — 7 November 2019 (42nd Legislature, 1st Session)
CCE 2019-11-07
Quebec — Committees
Au cours des
dernières années, c'est cette approche de gestion axée sur les résultats qui a
d'ailleurs permis un virage important vers
l'enjeu de la réussite. Le taux de diplomation a augmenté de 4,1 points de pourcentage en cinq ans et de 9,9 points de pourcentage en 10 ans. Ceci a
permis d'atteindre maintenant 81,8 % de taux de diplomation et même de dépasser la cible gouvernementale, qui était
établie à 80 % en 2020. Pour nous assurer de conserver ce site
d'amélioration de la réussite des élèves, nous demandons de maintenir la
possibilité pour la direction générale d'intervenir auprès des établissements qui pourraient s'éloigner du sens à
donner à leur projet éducatif. En effet, il est essentiel de maintenir, sinon
de renforcer la cohésion et la cohérence des
actions vers une vision commune et partagée au sein de l'organisation, laquelle
s'actualise dans le Plan d'engagement vers la réussite, autour duquel
tous les acteurs de la réussite doivent converger.
C'est
pour appuyer cet élément essentiel que nous avons inclus dans notre mémoire une
illustration d'un cadre de cohérence
documenté et duquel s'inspirent depuis quelques années les différents acteurs.
Il met en évidence les meilleures pratiques
par un leadership partagé et les conditions optimales favorisant la réussite
des élèves, et ce, autour d'une vision commune.
Cette vision
commune orientée vers les déterminants de la réussite et les pratiques
reconnues efficaces ne peuvent trouver leur sens que dans la mesure où
la direction générale exerce pleinement son leadership éducatif et
administratif. Nous
recommandons donc que les interventions de la direction générale puissent se faire
également sur les objectifs et les cibles choisis par l'établissement
dans le cadre du projet éducatif afin de s'assurer que les meilleures pratiques
y soient privilégiées et qu'elles soient en
adéquation avec le Plan d'engagement vers la réussite et avec la planification
stratégique du ministère.
Dans le même
esprit, nous recommandons que l'évaluation périodique du projet éducatif soit
également acheminée à la commission scolaire ou au futur centre de services
scolaire. Ceci permettra à la direction générale de faire les
interventions pertinentes lors de la démarche de supervision des directions
d'établissement.
En matière de
gouvernance, compte tenu de la position des directions générales au
titre de
premiers dirigeants et considérant que le conseil des commissaires
actuel a comme seul employé le directeur général, nous jugeons important d'exercer un devoir de réserve et de demeurer
neutre dans ce débat relatif au maintien ou non du conseil des commissaires.
Cependant, puisque le gouvernement a comme
intention, par ce projet de loi, de transformer les conseils de commissaires
en conseils d'administration, nous souhaitons vous soumettre nos commentaires.
Ceux-ci porteront notamment sur la contribution
plus importante des parents, du personnel et des représentants de la communauté
aux décisions et aux orientations que prendra le futur centre de
services scolaire.
Depuis quelques années, nos pratiques
pédagogiques et de gestion se sont modifiées pour prendre appui sur la
recherche et les pratiques reconnues efficaces. C'est avec cette visée que nous
avons réfléchi à ce que pourrait être le modèle
de conseil d'administration idéal basé sur les meilleures pratiques. Nous nous
sommes permis de vous le décrire dans
ce mémoire. Par contre, puisque la proposition du projet de loi diffère de ce
modèle idéal, nous vous proposons des modifications qui pourraient
s'avérer satisfaisantes. Toutefois, dans la réalité quotidienne, lors des
travaux du conseil d'administration, certaines modalités proposées risquent
d'engendrer certaines dérives et des conflits d'intérêts.
Nous
accueillons positivement la volonté du ministre d'instituer, par le futur
centre de services scolaire, un comité d'engagement pour la réussite des
élèves. Notre association s'était déjà manifestée en ce sens lors des
consultations antérieures. Nous reconnaissons alors la valeur ajoutée
d'un tel comité pour s'appuyer sur la collaboration et l'expertise partagée afin
de favoriser la réussite de nos élèves. D'ailleurs, des comités de
pilotage ont été mis en place dans la plupart des commissions scolaires. Ces comités ont permis de faire l'analyse
des résultats, le déploiement et le suivi de leur Plan d'engagement vers la réussite, et ce, en s'assurant de la cohérence des projets
éducatifs des établissements avec le plan. Comme évoqué précédemment, il ne manque donc qu'un mécanisme
de régulation formel dans ce projet
de loi pour en assurer toute
sa valeur ajoutée.
M. Racette
(Sylvain) : En ce qui concerne les commissions scolaires anglophones, pour lesquelles une certaine forme d'élection
scolaire est maintenue, les directions générales de ces commissions scolaires
identifient deux types de préoccupations
liées au projet de loi n° 40. Le premier, d'ordre pratique, concerne les
ressources humaines et financières liées
à cette opération qui se fera sur un cycle plus court ainsi que la fenêtre plus
mince que ce délai raccourci offre pour entreprendre des projets
d'envergure. Le second, d'ordre plus fondamental, porte sur la compatibilité
des restrictions imposées aux candidats
possibles pour les postes d'élus et, conséquemment, sur les restrictions imposées
à la communauté de choisir les élus
qu'elle juge les plus aptes à les représenter, avec le droit constitutionnel de
la communauté anglophone de gérer et contrôler ses institutions.
M. Maltais (Lucien) : Enfin,
nous avons regroupé plusieurs recommandations qui font bien sûr référence aux
principaux éléments évoqués précédemment, mais qui permettent aussi
d'approfondir notre réflexion et de bonifier le projet de loi concernant
d'autres dispositions.
Nous vous remercions de votre attention et sommes
disponibles pour répondre à vos questions. Merci.
Présidente (Mme Thériault) : Merci, M. Maltais,
M. Racette. Donc, sans plus tarder, du côté ministériel pour
environ 15 min 30 s, M. le ministre.
M. Roberge : Merci bien, Mme la
Présidente. Merci pour votre présentation, pour votre mémoire, tout ce que vous avez dit. Merci, malgré tout, d'avoir
participé à l'exercice. On s'est parlé à quelques reprises dans les derniers
mois pour travailler en amont du dépôt du projet de loi, comme on l'a
fait avec tous les groupes, et je vois que votre réflexion s'est poursuivie au fil de ces échanges-là, puis
on va prendre bonne note de vos très nombreuses recommandations. Je vous
en remercie sincèrement, c'est le genre de contribution qu'on souhaite.
Et ce n'est
pas évident, puisqu'hier soir... et je fais un aparté, hein, ça ne vous
concerne pas directement, mais hier soir
j'ai reçu des appels fort inquiétants de cadres scolaires, de directions
générales, et je... pas vous personnellement, mais de cadres scolaires, de
directions générales, de directions d'école qui subissaient d'importantes
pressions de la part des conseils des
commissaires... pas tous, bien sûr, mais qui subissaient d'importantes
pressions pour ne pas collaborer à la bonification
de ce projet de loi, pour d'aucune façon aider ou même ajouter leur pierre aux
modifications qui s'en viennent. Et
je déplore ça ici, ce matin, et je vous remercie de participer, avec votre
devoir de réserve, puis vous le faites très, très bien. Puis je ne prétends pas que vous avez modulé
vos interventions suite à ça. Vous l'avez très bien exprimé, vous dites :
Bien, puisque le projet de loi est là, allons-y. Mais je sais qu'il y a
des gens parmi vos membres qui vivent des moments difficiles en ce moment.
Maintenant,
par rapport à la constitution du conseil d'administration qui pourra remplacer
le conseil des commissaires, vous
nous dites, à la page 38, «concernant la composition du conseil
d'administration», à votre recommandation 12... bon, vous y allez plutôt avec une répartition
différente, 5-5-5, donc cinq parents, cinq employés, cinq membres de la
communauté, et vous rajoutez «avec profils d'expertise».
Est-ce
que vous pouvez nous expliquer davantage qu'est-ce que vous souhaitez comme
profils d'expertise, puis pourquoi
c'est si important d'avoir des profils d'expertise pour ces gens venant siéger
sur le C.A. à
titre de membres de la communauté?
La Présidente (Mme Thériault) :
M. Maltais.
M. Maltais
(Lucien) : Oui. Donc, évidemment, dans le partage, pourquoi, tout
d'abord, le 5-5-5? Évidemment, on voulait avoir une situation, au lieu
que ça soit un face à face, bien, évidemment, qu'au niveau des pouvoirs ça soit
partagé. Évidemment, on est dans un mode collaboratif pour ne pas qu'un groupe
ait plus d'importance qu'un autre.
Au niveau, aussi, des employés, la direction des
services éducatifs, pour nous, c'était un joueur important. On voyait qu'il n'y
avait peut-être pas de place pour un cadre scolaire, puis nous, on croyait que
peut-être la présence d'un cadre... d'un
directeur des services éducatifs était de quoi d'important, surtout avec la
mission que la commission scolaire a ou que le futur centre de services
aura si le projet de loi est adopté.
Pour ce qui est en lien avec les profils d'expertise,
bien, évidemment, il faut comprendre que les organisations des centres de
services scolaires, les futurs centres de services ou, présentement, les
commissaires, c'est des grosses organisations,
donc, évidemment, il faut penser que c'est l'ensemble des écoles, des
établissements primaires, secondaires, formation
générale des adultes, formation professionnelle, pour lequel ils sont déployés
sur un vaste territoire et pour lequel il peut y avoir des enjeux
spécifiques.
Donc, pour
nous, l'organisme, l'instance décisionnelle doit avoir des compétences propres,
que ça soit en finances, en ressources humaines, au niveau de la
communauté, au niveau des ressources matérielles. Et c'est là l'apport de la communauté, hein, parce qu'évidemment on va comprendre que notre système public appartient
à la population, d'avoir des gens de la communauté avec des profils
d'expertise qui peuvent nous aider à avoir une vision, un regard, une vue
d'ensemble du système avec leurs compétences propres.
La Présidente (Mme Thériault) :
M. le ministre.
M. Roberge :
Merci. Bien sûr, rien n'empêche... De toute façon, les gens qui viennent du
réseau lui-même amènent leur vision,
leur expertise. L'enseignant, l'employé de soutien, la direction d'école
amènent cette expertise-là, c'est évident. Bien sûr, les parents n'ont pas que la qualité d'être parents, hein, ils
peuvent être travailleurs sociaux ou ils peuvent provenir du milieu des
arts, du milieu des sports, ils peuvent être eux-mêmes administrateurs de haut
niveau. Ils ne sont pas que parents, bien sûr. Mais l'idée d'introduire,
peut-être, ces profils d'expertise pour les membres de la communauté vient peut-être apporter une garantie qu'il y aura une
meilleure représentativité puis qu'on aura, sur le conseil d'administration,
toutes les qualités et les compétences nécessaires pour prendre des décisions
administratives sur des budgets qui sont quand même considérables.
Vous avez amené plusieurs points, mais je
voudrais revenir sur celui de la gestion collaborative, qui fait sa place, là, bon an, mal an, à l'intérieur du
réseau. Certaines directions d'école ont dit que le projet de loi allait
peut-être faciliter, améliorer la gestion collaborative. Quelle est
votre opinion par rapport à ce projet de loi là et cette idée d'avoir une implication plus grande des acteurs du milieu dans
la gestion, l'administration? Est-ce que c'est statu quo? Est-ce que ce
projet de loi là facilite la gestion collaborative? Quelle est votre opinion à
ce sujet?
M. Maltais
(Lucien) : Bien, nous, dans le fond, on prend acte de la volonté
ministérielle de faire un pas de plus vers la collaboration. Vous savez,
les directions générales exercent un leadership très fort au niveau du réseau.
Juste pour vous donner comme exemple, il y a un projet
qui se déploie qui s'appelle le projet CAR : collaborer, apprendre, réussir, qui est déployé à travers tout
le réseau, où les directions générales, de par leur initiative, avec le support
de la fondation Chagnon, ont utilisé leur
leadership pour mettre en place des équipes collaboratives, des communautés de
pratique, des communautés d'apprentissage professionnel, et ce, à différents
paliers, donc des directions générales qui travaillent
ensemble pour améliorer leurs pratiques à l'intérieur des commissions scolaires
afin de faire réussir plus d'élèves, des
directions générales qui animent, à l'intérieur de leurs organisations, les
équipes collaboratives de direction d'école pour que les directions d'école avec les meilleures pratiques puissent
installer dans leur milieu des équipes collaboratives, et les
équipes-écoles qui, elles, travaillent ensemble pour améliorer la réussite dans
leur milieu.
Vous le
savez, je pense que c'est bien... On voit, dans l'esprit de la loi, que la
collaboration, c'est un levier très fort pour faire réussir les
organisations. Ensemble, on peut aller plus loin. On peut se former ensemble,
on peut être plus performants, plus efficients, mais surtout on peut faire
réussir plus d'élèves.
La Présidente (Mme Thériault) :
M. le ministre.
M. Roberge : Merci. Puis je
pense que la création du comité d'engagement envers la réussite va dans cette direction-là, certainement. Mais bien sûr qu'on
pourra y apporter des modifications, à ce comité-là, suite à vos recommandations, mais je pense qu'on va
directement, quand même, dans une gestion collaborative puis une implication
des divers acteurs sur les leviers qui vont
amener la réussite scolaire. Puis il y a quand même d'autres personnes qui sont
passées avant vous qui ont dit, justement,
que ces éléments-là, spécifiquement, venaient donner une couleur au projet de
loi, qu'ils allaient amener la réussite scolaire et la réussite
éducative, parce que je prends bonne note que les gens l'ont mentionné, de ne pas évacuer la notion de
réussite éducative, qui est plus large que celle de la réussite scolaire.
Sur ces mots, je laisserais, si vous permettez,
Mme la Présidente, mon collègue de Saint-Jean prendre la relève.
Présidente (Mme Thériault) : Absolument, M. le ministre. M. le
député de Saint-Jean, il vous reste un peu moins de huit minutes.
M. Lemieux : Merci beaucoup,
Mme la ministre... Mme la Présidente. Excusez, je regardais le ministre.
Le ministre
l'a souligné, vous avez beaucoup de recommandations, 34. Moi, j'ai beaucoup de
petites questions, des clarifications
surtout, mais gênez-vous pas si vous voulez expliquer davantage que juste
répondre, c'est juste pour régler des détails.
Comme par
exemple, dans le mémoire, vous identifiez, et vous l'avez dit encore ce matin
dans votre résumé, que la plupart des
commissions scolaires ont mis en place un comité de pilotage pour faire
l'analyse des résultats. Est-ce que tous les membres du personnel scolaire sont
mis à contribution pour assurer le déploiement et le suivi de tout ça?
Pouvez-vous m'en dire un peu plus sur le comité de pilotage?
M. Maltais (Lucien) : Bien,
évidemment, tout d'abord, d'entrée de jeu, c'est vrai que j'aurais pu
mentionner l'initiative du comité d'engagement
pour la réussite. Dans le projet de loi, c'est une initiative, pour nous, qui
est... on est très favorables.
Maintenant,
pour ces fameux comités de pilotage là, bien, ce qu'il faut comprendre, c'est
que nous, comme direction générale,
ce qu'on veut, c'est insuffler à l'intérieur de nos organisations, à l'aide
d'un leadership fort, une vision commune pour que les gens puissent travailler ensemble. Puis notre objectif,
c'est de faire réussir les élèves. On veut que les... Oui, on veut avoir
des résultats, puis pour nous, les résultats, c'est la réussite de nos élèves.
Évidemment
ces comités-là, pour nous, il est très clair que ça ne se fait pas tout seul,
puis évidemment on a besoin de la
collaboration de tous les acteurs. Donc, évidemment, lorsqu'on veut effectuer
un changement, le meilleur moyen pour que
ce changement-là puisse atterrir, c'est la participation, la participation du
plus grand nombre. Donc, dans ces comités-là, évidemment, la
participation de tous est privilégiée.
M. Lemieux : Dans votre...
Mme la Présidente?
La Présidente (Mme Thériault) :
Allez-y, M. le député.
M. Lemieux :
Merci. Dans votre mémoire, vous faites référence, c'est à la page 17, je
pense, à «un équilibre dans le partage des responsabilités et des prises
de décisions». Comment cet équilibre-là contribuerait au renforcement du principe de subsidiarité, dont on a énormément
parlé depuis le début? Alors, ça vous donne une chance d'en parler davantage.
M. Maltais (Lucien) : Bien,
évidemment, oui... Excusez, Mme la Présidente.
La Présidente (Mme Thériault) :
Allez-y, il n'y a pas de problème.
M. Maltais
(Lucien) : Pardon. Évidemment, il faut comprendre qu'à l'intérieur
d'une organisation on parle d'un système. Donc, il faut regarder les individus
et les instances, ils ont des rôles et responsabilités. Et évidemment, en lien
avec leurs rôles et responsabilités, il y a une imputabilité qui est associée.
Lorsqu'on est dans un mode de gestion
collaborative, évidemment, on va essayer de trouver la meilleure façon pour que les rôles et responsabilités soient
donnés aux bonnes personnes à la bonne place au bon moment. Et comment faire
ça? Bien, dans le principe de subsidiarité,
on veut que les décisions se prennent à la bonne place. Puis évidemment,
lorsque c'est éducatif, on souhaite
que, le plus possible, ça soit près de l'élève. Donc, comment faire tout ça?
Bien, c'est de s'assurer qu'en
collaboration, en prenant le contexte des organisations puis en s'assurant que
ça réponde aux besoins de l'organisation... parce que vous comprendrez que, les
commissions scolaires, il y en a plusieurs, ils ont des particularités qui
sont différentes, il y en a qui sont en région urbaine, d'autres qui sont en
région éloignée, donc d'essayer de voir, selon les besoins de l'organisation
puis ensemble, c'est quoi, la meilleure façon de répartir nos rôles et
responsabilités. Donc, on pourrait parler,
là... Un document très populaire dans les commissions scolaires, c'est le Règlement
de délégation de fonctions et de pouvoirs , qui, lui, va
traduire, évidemment, les pouvoirs de chacun dans l'organisation. Je pense que
j'ai mon collègue M. Bernard qui veut compléter.
M. Bernard
(Michel) : En fait, ce qui
nous importe le plus, en fait, en matière de subsidiarité... On est tout à fait
favorables au fait que les décisions se
prennent le plus près possible de l'élève. Cependant, en matière d'équité, c'est
le centre de services scolaire qui
peut agir pour s'assurer que, sur l'ensemble d'un territoire, c'est la seule
instance qui pourrait intervenir pour
s'assurer d'un accès équitable pour tous les enfants du territoire, et tous les
adultes aussi, remarquez, et ça, pour nous là, c'est extrêmement important.
M. Lemieux : M. Maltais,
aimez-vous la sémantique?
M. Maltais (Lucien) : Excusez?
M. Lemieux : La sémantique.
M. Maltais (Lucien) : Oui.
M. Lemieux : Parce que,
attendez, vous dites, dans votre mémoire... vous écrivez, dans votre mémoire,
puis ce n'est sûrement pas une faute de frappe, c'est trop beau comme
ça : «...le centre de services scolaire continue d'être en service à la mission auprès des établissements et
non pas au service de ces derniers.» J'aime la sémantique. Expliquez-moi.
M. Maltais
(Lucien) : Bien, évidemment, nous, la notion qu'on fait «en service»
puis «au service», c'est la force du
groupe. Vous savez, lorsqu'on est une commission scolaire, puis peut-être un
jour un centre de services scolaire, ce qu'il faut comprendre, c'est qu'à l'intérieur de l'organisation on a des
rôles et responsabilités, mais aussi il y a un sens de partage commun. Donc, évidemment, il faut
comprendre que ce n'est pas lui qui crie le plus fort qui va avoir
nécessairement plus de ressources. Il
y a un travail d'équipe qui doit se faire, puis c'est dans ce partage-là
qu'évidemment on va comprendre que,
dans le lien d'autorité puis l'arbitrage qui doit se faire, bien, la direction
générale a un rôle là-dedans, puis c'est de garder le cap sur des
orientations qu'on a prises.
Ça fait
qu'évidemment, si on donne comme message qu'au service une direction d'école
lève la main, demande quelque chose, puis
automatiquement on lui donne ce qu'elle demande, bien, évidemment, on va
comprendre que ça, ça pourrait enlever de quoi à une autre école, à un
autre centre.
Vous
savez, lorsqu'on parle d'une commission scolaire, on pense juste, mettons, au
centre administratif, mais le centre
administratif, c'est une petite partie. La vraie vie d'une commission scolaire,
c'est les écoles et les centres. Donc, nous, on doit être un petit peu
le chien de garde de tout ça.
La Présidente
(Mme Thériault) : Mme la députée de Huntingdon, il vous reste un
petit peu plus... 2 min 30 s, à peu près.
Mme IsaBelle :
Parfait. Alors, écoutez, moi, je reviens sur votre point 7, le comité
d'engagement pour la réussite des
élèves. C'est un comité, pour moi, qui m'apparaît important, et pour vous
aussi, hein, je pense que vous le soulevez, vous l'avez trouvé, vous l'avez même mentionné tantôt aussi. Je trouve
intéressante votre recommandation de permettre, par exemple, une
flexibilité des profils de qui pourrait participer, comme, justement, le membre
issu de la recherche.
par contre, je me questionne, c'est lorsque vous dites aussi d'ajouter à ce
comité un gestionnaire responsable de l'administration scolaire... de
l'adaptation scolaire, pardon. Est-ce que ce n'est pas la personne qui serait
issue de la recherche qui pourrait être responsable de ça aussi? Et
pourquoi un gestionnaire et non pas un membre?
M. Maltais
(Lucien) : Bon, évidemment, notre position par rapport à ça, c'est
que, lorsqu'on va travailler pour le comité
d'engagement pour la réussite, évidemment, on va travailler sur le Plan
d'engagement vers la réussite. Vous savez, les besoins particuliers des
élèves, c'est de quoi d'extrêmement important. Nos gestionnaires dans nos
organisations, qui est souvent un cadre de
services, une direction de services adjointe, une direction des services
éducatifs, bien, eux vont piloter
divers comités, puis je pense que c'est important qu'ils aient la place à
l'intérieur de ce comité-là pour s'occuper de nos élèves ayant des besoins particuliers pour ne pas qu'ils soient
oubliés, évidemment. Puis je ne dis pas qu'on les aurait oubliés, mais
évidemment je pense que c'est une place importante, là, qui doit être faite à
l'intérieur du comité.
Mme IsaBelle :
O.K. Donc, vous y voyez vraiment... O.K. Et ce gestionnaire-là, enfin, ça
pourrait aussi être un professionnel,
là, ça pourrait être une autre personne ou ça pourrait être le membre issu de
la recherche. C'est peut-être là... Oui, vous vouliez ajouter quelque
chose?
La Présidente
(Mme Thériault) : M. Bernard.
M. Bernard (Michel) : Bien, en fait, c'est parce qu'un des plus
importants enjeux dans le réseau pour offrir des meilleurs
services aux enfants en difficulté d'apprentissage et handicapés, c'est la
répartition des ressources. Et ça appartient
aux services éducatifs issus des besoins de chaque milieu de faire une
répartition où tout le monde va avoir des services de manière équitable et de qualité, et c'est un gestionnaire
qui prend en compte l'ensemble de ces besoins-là et non pas un professionnel qui pourrait être un
psychologue, quoiqu'ils ont, évidemment, une compétence pour exprimer des
points de vue, mais pas sur la coordination de l'ensemble des services.
Mme IsaBelle :
O.K. Merci.
Présidente (Mme Thériault) : Merci. Donc, sans plus tarder, je
vais aller du côté de l'opposition officielle. Mme la députée de Saint-Laurent,
vous avez 10 min 20 s.
Mme Rizqy : Merci beaucoup. Merci et
bienvenue. Tantôt, M. Bernard, vous avez fait référence à l'équité versus égalité. Pouvez-vous juste, en ce moment, nous expliquer comment vous
fonctionnez pour assurer, justement, l'équité à travers le réseau?
M. Bernard
(Michel) : Si vous permettez...
Mme Rizqy :
Je vous regarde.
M. Bernard (Michel) : Ah! vous voulez que je réponde, moi? Bien,
écoutez, historiquement, on a toujours dit, même dans nos propres
organisations... parce qu'on transige avec nos partenaires qui revendiquent des
ressources, toujours,
et le mot «égalité» est souvent évoqué, alors que nous, on utilise toujours le
mot «équité», et il y a une différence importante entre les deux. C'est
ce que vous voulez savoir? C'est ce que je comprends.
Égalité,
ça veut dire on en distribue partout pour tout le monde de manière égale. C'est
ça, l'égalité. L'équité, c'est de
tenir compte davantage des besoins spécifiques, alors donc, ça appelle à une
certaine modulation des ressources qui sont distribuées. Parce que, quand on parle de donner des chances égales à
tous les élèves, il faut parler d'équité. Et, nous, ce qu'on demande, d'ailleurs, dans le projet de loi,
c'est de réintroduire cette notion-là dans la mission du centre de services
scolaire.
Mme Rizqy :
Je vous remercie, parce que, pour nous, ce que vous venez de dire, c'est
essentiel. Et ça fait des mois que,
dans différents autres projets de loi, que ce soient, par exemple, les frais
facturés aux parents lorsqu'il était question des programmes
pédagogiques particuliers ou dans la distribution des nouvelles classes de
maternelle quatre ans, où est-ce que nous, on s'est battus pour avoir plus de
classes en milieu défavorisé... Puis maintenant vous faites référence à cette notion d'équité et non pas d'égalité, qui
nous est très proche, à nous, parce que... Je le dis parce que le ministre de
l'Éducation, souvent, nous a parlé
d'égalité, d'égalité, d'égalité, et je suis contente que vous nuancez et vous
distinguez les deux termes aussi parfaitement.
tantôt vous avez dit, M. Maltais, qu'en ce moment le réseau va bien, il se
porte bien. Qu'est-ce qui fait en sorte, justement, qu'il se porte si
bien? Avec aussi la réponse de M. Bernard.
La Présidente
(Mme Thériault) : M. Maltais.
M. Maltais
(Lucien) : Bien, tout d'abord, je vais mentionner que, lorsque... On
comprend que la volonté gouvernementale,
c'est de nous demander de faire un pas de plus. Donc, il ne faudrait pas
comprendre que notre position, c'est
le statu quo. On comprend que ce qui nous est demandé à l'intérieur de ce
projet de loi là, c'est de faire un pas de plus. Donc, évidemment, on a fait diverses recommandations sur le
système, les structures qu'ils nous ont proposés en place. Mais
présentement... Oui?
Mme Rizqy :
Si vous permettez, M. Maltais, je vais juste vous interrompre, parce qu'en fait, hier, le ministre de l'Éducation l'a très bien
exprimé, il ne parlait pas de faire un pas de plus, il disait clairement... il
a illustré ses propos ainsi : On inverse la pyramide, le paradigme.
Il dit : On change le paradigme, en faisant ce geste-là, donc on
changeait.
avant de changer, moi, je veux juste m'assurer, ainsi que mes collègues, que,
lorsque que j'ai l'AGIDECS qui est
devant moi, qui écrit dans son mémoire que le système fonctionne, et je
cite, très bien... j'aimerais savoir pourquoi qu'en ce moment ça fonctionne très bien puis aussi
que... dans les dernières années, je remarque — et félicitations! — un taux de
diplomation qui continue, à chaque année, de s'améliorer. Je crois qu'il y a
une seule commission scolaire, au mois de mai dernier, qu'on a su que le
taux avait un petit peu été en baisse, mais, dans les 72, il y en a juste une.
Mais, sinon pouvez-vous nous expliquer comment vous faites pour, justement, que
ça fonctionne très bien en ce moment?
M. Maltais
(Lucien) : Bien, tout d'abord, je vais vous l'expliquer, mais ma petite parenthèse serait la
suivante, donc, évidemment, pourquoi qu'on fait des recommandations en lien avec le projet de
loi actuel, c'est pour conserver la
lignée que nous avons prise depuis quelques années. Et comment expliquer
nos résultats des dernières années? Bien, je crois qu'à travers le temps c'est... la gestion axée sur les résultats nous a
apportés à être plus cohérents au niveau du système. Si on prend, par exemple... depuis quelques années, le gouvernement nous donne des objectifs
et des cibles pour lesquels nous, nous allons donc... avec sa planification
stratégique, nous donne des objectifs que nous allons inclure dans notre Plan d'engagement vers la réussite. Ensuite, on fait notre Plan d'engagement vers la réussite, on va voir les établissements, et les établissements, en cohérence, établissent leurs projets éducatifs. À l'intérieur de tout ça, il y a des mécanismes de régulation qui font que
nous avons réussi à mettre en place les moyens nécessaires pour avancer.
Évidemment,
vous comprendrez qu'un autre ingrédient a été de la mise en place des approches collaboratives, donc
tout ça se met en place. Nous, vous savez,
notre rôle, comme administrateurs, c'est de prendre les encadrements
gouvernementaux et de les faire atterrir sur le terrain dans nos
organisations en s'assurant de faire réussir le plus d'élèves possible.
La Présidente
(Mme Thériault) : Merci, M. Maltais. Mme la députée des Mille-Îles,
vous avez un peu plus de 5 min 30 s.
Mme Charbonneau :
Merci. Bonjour. Ça manque de filles dans votre groupe, mais ça, c'était juste
pour me faire plaisir que je vous le dis, pensez-y.
Ceci
dit, ceci dit, en ce moment, je vais revenir au modèle actuel, parce que je
pense que, pour les gens qui nous écoutent
puis pour ne pas faire de campagne de peur, il faut être capable de faire la
comparaison entre ce qui pourrait être puis
ce qui est en ce moment. Malheureusement, quelquefois, on entend un regard qui
est porté sur le conseil des commissaires qui est un peu bête, hein, des
fois c'est toujours de sa faute, mais le conseil des commissaires, c'est aussi
un organe politique. Puis, vous le disiez
bien tantôt, puis j'ai apprécié vous l'entendre dire, le conseil des
commissaires n'a qu'un seul patron... a un seul employé, qui est le
directeur général, qui, lui, a tous les autres employés. Donc, habituellement,
la conversation qui se passe entre le
conseil des commissaires, qui est politique, et l'administration, dont vous
représentez, fait en sorte que les
questions se posent, les décisions se prennent et l'application se fait de
façon administrative par les directeurs généraux.
Quand il n'y
aura plus... si jamais on arrive à ce moment-là, parce que ce sera deux modèles
différents, et, juste avec un petit
coup de coude, vous pouvez toucher à quelqu'un qui aura un modèle complètement
différent du vôtre, puisqu'on garde, chez les anglophones, un modèle
démocratique et on enlève le modèle démocratique aux francophones, mais, à
partir du moment où la réponse ne
viendra pas du conseil des commissaires, que l'imputabilité ne sera pas au
conseil des commissaires, qu'il y
aura peut-être moins de gens pour prendre la responsabilité d'une décision,
d'une équité ou d'une égalité, parce
que j'aime aussi votre comparaison, qui va prendre l'imputabilité d'une
décision qui est prise au sein de quelque chose d'autre qui
s'appellerait un conseil des commissaires?
La Présidente
(Mme Thériault) : M. Maltais.
M. Maltais
(Lucien) : Bien, tout d'abord, d'entrée de jeu, nous savions que nous
allions peut-être avoir une petite question sur le manque de présence féminine
à notre table, donc juste vous dire qu'en 2018 40 % de nos membres étaient
du sexe féminin, et présentement nous sommes à 55 %, en 2019.
Malheureusement, à la table, ici...
Mme Charbonneau :
Je suis contente de vous l'entendre dire parce que c'est important de
comprendre que le modèle masculin, dans nos écoles et dans nos bureaux
de direction... ne sont pas juste masculins, ils sont aussi féminins.
M. Maltais
(Lucien) : Maintenant, je comprends très bien votre question, puis
évidemment il y a un changement de
culture extrêmement important qui s'opère à l'intérieur des intentions
gouvernementales puis à l'intérieur de ce projet de loi là. Évidemment, si le projet de loi est adopté, il faut
comprendre qu'au niveau de la formation, hein, puis nous, on l'avait
dit, on veut être associés à cette formation-là qui sera donnée, ça va être
extrêmement important que les acteurs puissent
bien comprendre leur rôle. Je crois quand même que ça existe, des conseils
d'administration qui sont imputables de leurs décisions. Et, dans le
principe de subsidiarité aussi, chaque individu, les instances ont des rôles et
fonctions. Quand on a des rôles et
fonctions, bien, évidemment, on a des pouvoirs qui y sont associés. Et,
lorsqu'on a ces pouvoirs-là, bien,
vient avec la reddition de comptes, l'imputabilité, rendre des comptes. Donc,
nous, pour l'instant, notre modèle n'est pas créé, mais on sait qu'il y aura quand même une notion d'imputabilité
qui sera à installer, là, si le projet de loi est adopté dans le nouveau
système.
La Présidente (Mme Thériault) :
Mme la députée.
Mme Charbonneau :
Je vous posais la question parce que je me souviens d'avoir été assise dans une
classe de sixième année, puis j'étais
là comme parent, donc j'étais assise à un pupitre avec le nom de mon jeune, à
moi, devant moi, donc ce n'était pas mon nom qui était écrit. À
titre de
présidente de commission scolaire, j'avais apprécié que ça ne soit pas mon nom qui soit écrit. Et l'enseignant faisait la
démonstration de comment ça fonctionnait dans sa classe et est venu au moment où un parent a levé la main puis qu'il a
dit : Bien, les dictionnaires... ils sont donc bien poches, vos
dictionnaires, ils sont tout déchirés, tout maganés, c'est quoi, cette
affaire-là? Et la réponse systématique de l'enseignant, ça a été de dire : Oui, mais ça, c'est le conseil des
commissaires qui a décidé qu'on n'investissait pas dans les livres. Cette
phrase-là n'existera plus.
Et maintenant vous
allez probablement avoir à gérer plus de directives qui vont venir du
politique, mais pas du politique partenaire
assis à côté de vous, du politique qui vient de la grande tour puis qui prend
des décisions après avoir eu des recommandations, alors on ne pourra pas
lancer la balle avec autant de facilité. Est-ce qu'à ce moment-là vous croyez... puis c'est une question très...
elle se veut objective, là, croyez-vous que c'est le directeur général de la
commission scolaire qui va devenir le
porte-parole officiel pour pouvoir défendre... ou on va tout simplement
retourner la balle au politique, qui serait le politique, maintenant,
provincial, puisque ça ne sera plus de politique scolaire?
La Présidente
(Mme Thériault) : M. Maltais.
M. Maltais
(Lucien) : Bien, évidemment, vous comprendrez que nous, comme premiers
dirigeants administratifs, on a toujours considéré que nous devons...
notre devoir, c'est de s'assurer que les volontés gouvernementales, que les volontés de notre instance décisionnelle puissent
atterrir dans nos organisations. Donc, évidemment, on parle d'un changement
de culture important pour lequel, là... si
on parle du D.G., qui sera un porte-parole, bien, ce ne sera pas le même genre
de porte-parole qu'est présentement un président. Donc, si, évidemment,
cette loi-là est adoptée, il y a un changement de culture qui s'impose, donc une posture différente. Donc, il ne faudrait
pas penser que notre rôle va être semblable à un président de commission scolaire actuel. Comment ça va se
jouer, tout ça, à l'intérieur du système? Bien, puisqu'on est en approche...
on vise d'avoir une gestion participative,
une gestion collaborative, bien, c'est une volonté ministérielle. Donc, nous,
on croit qu'il y a une volonté ministérielle forte de travailler avec le
réseau, de travailler avec les partenaires. Et, nous, je crois que si c'est installé de la tête du réseau
jusque dans les classes, bien, évidemment, ça va être un système qui va pouvoir
être fonctionnel.
Présidente (Mme Thériault) : Et ceci met fin à l'échange. Donc,
je me tourne maintenant vers la députée de Sherbrooke pour
2 min 35 s. Mme la députée.
Mme Labrie :
Merci. Écoutez, j'aurais vraiment beaucoup de questions à vous poser.
Premièrement, je vois qu'il y a plusieurs
recommandations que vous faites par rapport au fait que le centre de services devrait
rester responsable de l'équité puis
aussi que la valorisation de l'éducation soit dans leur mission. J'imagine que
c'est en référence au fait que la
mission de promouvoir l'école publique est retirée. Donc, je suis contente de
voir que ça vous préoccupe aussi. On a beaucoup d'acteurs qui sont venus
ici nous dire que c'était très inquiétant.
Dans votre mémoire, vous demandez des
clarifications sur les intentions de modification de territoire et de partage
des services. J'aimerais ça savoir c'est quoi, vos inquiétudes par rapport à
La Présidente
(Mme Thériault) : M. Maltais.
M. Maltais
(Lucien) : Bien, évidemment, tu sais, vous comprendrez que notre
préoccupation c'est lorsqu'on... les changements de structure et les
changements d'organisation et de territoire, bien, ça apporte peut-être des
éléments de distraction. Donc, nous,
évidemment, c'est de voir s'il y a une volonté ministérielle de revoir les
territoires, c'est plus dans ce
sens-là. Parce que, vous savez, nous, ce qu'on veut, c'est continuer à
travailler dans un mode collaboratif à atteindre nos objectifs puis nos cibles de réussite pour tous
les élèves. Donc, évidemment, on sait qu'un changement de structure, bien,
ça peut apporter beaucoup d'éléments de distraction, donc nous, on veut les
éviter.
Mme Labrie :
Vous souhaitez éviter des fusions de territoires, par exemple.
M. Maltais
(Lucien) : Tout à fait.
Mme Labrie :
Vous ne voulez pas être contraints de faire des fusions de territoires.
M. Maltais
(Lucien) : Exactement.
Mme Labrie :
Et comment vous voyez ça, la possibilité que, maintenant, les familles
pourraient choisir d'inscrire leur enfant dans n'importe quelle école
sur le territoire ou même dans n'importe quel centre de services?
M. Maltais
(Lucien) : Nous, tout ce qui est bon pour les élèves, pour les
familles, on va trouver un moyen de le faire
atterrir dans notre réseau. Ça se peut qu'il y ait des inconvénients, mais
évidemment on va trouver des solutions, ce qu'on fait habituellement
dans nos organisations.
Mme Labrie :
Puis je vais y aller sur la question de la gestion axée sur les résultats, dont
vous avez parlé tout à l'heure. Je trouve
que vous en avez parlé avec beaucoup de positif, alors que, pourtant, c'est hautement critiqué dans le milieu. On a constaté, dans les dernières années,
là, les troubles anxieux ont doublé auprès des élèves, le niveau de détresse
psychologique est très élevé, là, 29 % des jeunes au secondaire qui ont un
taux de détresse psychologique, ce sont des choses
qui sont en augmentation. Là, je ne vous parle même pas des enseignants, je vous parle des élèves. Donc, vous ne pensez pas que
ça peut avoir un lien avec la pression induite par la gestion axée sur les
résultats?
La Présidente
(Mme Thériault) : En 20 secondes, M. Lessard.
M. Lessard (Normand) : Oui. Tout
simplement, la gestion axée sur les
résultats, sur quoi qu'on mise... puis dans le réseau, c'est beaucoup en
fonction... au niveau des apprentissages. Comment fait-on pour savoir si
l'élève a appris? Ce n'est pas uniquement
une analyse des résultats des bulletins, ça, c'est une photo, mais c'est bien
plus à savoir comment fait-on pour mesurer que l'élève a réussi, a appris, qu'est-ce qu'on fait avec l'élève qui n'a pas appris, qu'est-ce qu'on fait avec
l'élève qui sait, puis après ça, bien, c'est comment qu'on adapte nos services.
Donc, c'est ça, la volonté de la gestion axée sur les résultats qu'on veut mettre de
l'avant et qu'on met de l'avant depuis maintenant cinq, six ans, à travers le réseau, dans
plus de 63 commissions scolaires, principalement avec le mouvement CAR.
Présidente (Mme Thériault) : Et je dois maintenant aller du côté de la députée de Joliette pour
vos 2 min 35 s, à vous aussi.
Mme Hivon : Oui, merci
beaucoup. Je veux revenir aussi, brièvement, sur la question de l'équité. C'est un souci très important qu'on a, de ce côté-ci de la Chambre ou de la commission.
Donc, vous dites : C'est très important de confier nommément, noir sur blanc, ce rôle-là
de voir à l'équité. Pourquoi ce serait inquiétant que ce ne soit pas confié
noir sur blanc aux centres de services, la
notion d'équité? Et est-ce que c'est plus inquiétant, avec la réforme, que ce
rôle-là ne soit pas confié clairement?
La Présidente
(Mme Thériault) : M. Maltais.
M. Maltais
(Lucien) : Bon, est-ce qu'on a pris le terme «inquiétant» — je ne
me rappelle pas — dans
notre mémoire? Par contre,
une chose qui est claire, c'est que, nous, ce qu'on dit, c'est que, puisque le
centre de services scolaire, c'est
l'ensemble des établissements qui, eux, en mode collaboratif, déterminent la
façon qu'ils vont déployer les ressources et les
services, il faut que la mission revienne au centre de services scolaire
d'avoir une répartition équitable, soit au niveau des programmes, des services.
pourrais prendre, exemple, l'anglais intensif. Pourquoi, par exemple, dans un secteur donné, il n'y aurait pas d'anglais intensif ou il n'y aurait pas de quoi
qui serait organisé pour s'assurer de l'équité? Je pourrais parler des classes
d'adaptation scolaire, je pourrais parler des projets particuliers.
comprend que le comité de répartition des ressources, lui, doit répartir
de manière équitable les ressources, mais, lui,
c'est un petit peu plus au
niveau du budget
des ressources. Mais la vision globale de la commission scolaire du déploiement des services sur le territoire, nous, on croit que
ça doit être une mission qui doit revenir aux centres de services scolaires.
On veut travailler en équipe, donc d'avoir une vision commune, pour nous, c'est
un élément important.
La Présidente (Mme Thériault) :
Mme la députée.
Mme Hivon : Vous n'êtes pas rassurés, quand on entend les
directions d'école nous dire que tout ça va parfaitement se faire parce
qu'elles vont se parler entre elles, qu'ils n'ont pas besoin d'avoir d'autre
monde qui voit à ça? Vous n'avez peut-être pas dit le mot «inquiétant», mais je vous
demande : Pourquoi ça ne vous rassure pas, quand on entend ce discours-là?
M. Maltais
(Lucien) : Nous, on croit...
puis, si on prend Michael Fullan, lorsqu'on parle d'une organisation, d'avoir des stratégies claires, une vision commune, des approches
cohérentes, bien, évidemment, ça se fait avec le leadership
fort d'une direction générale qui peut assumer son rôle pleinement, avec un conseil d'administration, un conseil des commissaires qui, lui, a cette vision-là, qui la donne au directeur général qui la fait atterrir dans l'organisation. Donc, c'est comme ça qu'on reste une organisation
cohérente puis une organisation apprenante.
Mme Hivon : En dernier lieu, vous mentionnez que vous voulez
revoir la composition des C.A. pour qu'il
y ait moins de parents, 5-5-5, comme
vous avez dit, vous élaborez beaucoup sur l'équilibre qui est nécessaire. On a entendu un point de vue très fort pour la
présence des parents. Pourquoi, selon vous, il faudrait diminuer la présence
des parents?
M. Maltais
(Lucien) : Bien, rapidement,
je dirais, on ne veut pas nécessairement diminuer la présence des parents, on
trouve qu'à l'intérieur du système ils ont plusieurs places, le comité de
parents, les conseils d'établissements.
Pour ce qui est du conseil d'administration qui
est proposé, on se dit qu'on veut tout simplement un partage plus équitable des groupes pour s'assurer que ça
forme une équipe puis qu'il n'y ait pas de polarité, qu'il y ait un groupe
d'un côté puis un groupe de l'autre. Donc,
c'est seulement dans cette intention-là, donc, d'avoir un partage
plus équitable des forces.
Présidente (Mme Thériault) : Merci. Donc, ceci met fin à l'échange avec les parlementaires. Merci, MM. Lessard, Maltais, Racette et Bernard, d'être
venus en commission parlementaire.
Nous allons
suspendre quelques instants pour permettre à l'Institut du Nouveau
Monde de prendre place. Merci.
(Suspension de la séance à 12 h 15)
La Présidente (Mme Thériault) :
À l'ordre, s'il vous plaît, chers collègues! Donc, nous allons reprendre les travaux, et nous entendons maintenant l'Institut
du Nouveau Monde. Mme Malorie Flon, qui est directrice du développement,
vous avez environ une dizaine de minutes
pour nous présenter votre mémoire, et par la suite il y aura des échanges avec
les parlementaires. Bienvenue à l'Assemblée.
Mme Flon
(Malorie) : Parfait, merci
beaucoup. M. le ministre, MM., Mmes les parlementaires, merci d'accueillir
notre contribution à vos travaux.
INM a pour
mission d'accroître la participation des citoyens à la vie démocratique. On
mène des activités d'éducation à la
citoyenneté, des activités d'information et de participation publique. Nous
percevons le retrait du droit pour tous les citoyens d'élire les
personnes chargées de gouverner les écoles comme un recul sur le plan de la
participation.
Notre
contribution à vos travaux se fonde sur trois constats. D'abord, les grandes
orientations de l'école publique bénéficient de la part de tous les membres de
la société. Le taux de participation de 4,88 % enregistré aux dernières élections scolaires est un problème qui doit être abordé. Des
changements s'imposent pour renforcer la légitimité politique de la
gouvernance de nos écoles. Et, troisièmement, il existe au Québec des
inégalités socioéducatives, et elles doivent rapidement occuper l'attention des
acteurs de la gouvernance scolaire, quels qu'ils soient.
On s'apprête à supprimer un palier démocratique,
c'est un geste majeur. Avons-nous vraiment tout essayé? L'école publique est peut-être un des biens les plus précieux de notre
société. Ça contribue à réduire les inégalités, c'est un véhicule de
prospérité économique, c'est un déterminant de la santé, c'est un véhicule
d'intégration des immigrants. À l'origine, l'intention du législateur était de
faire en sorte, avec les gouvernements scolaires, d'assurer que l'éducation publique n'était pas seulement dans les mains de
gestionnaires ou d'administrateurs, mais aussi de citoyens élus, proches
des communautés, comme gardiens de la mission et des valeurs fondamentales et
d'équité pour nos jeunes.
On comprend
comment on est parvenu à ce taux de participation famélique en lisant un
article de Jean-Pierre Proulx dans L ' État du Québec en 2016 . Il décrit comment
les commissions scolaires sont passées de 1 557 commissions scolaires
catholiques, 273 commissions
scolaires protestantes en 1960 à 71 en 1999. Donc, la réduction importante du
nombre de commissions
scolaires a creusé l'écart entre les électeurs et les candidats, et surtout la
gouvernance s'est éloignée des écoles.
Mais, vous êtes parlementaires, les bénéfices
de la participation démocratique sont nombreux, alors on se pose la question
si on a vraiment tout essayé.
point de vue de l'INM, il y a des solutions qui ont été amenées dans le débat
public dans les dernières années qui auraient mérité une attention, qui
auraient mérité d'être testées avant l'abolition complète du principe d'une
gouvernance qui est redevable devant
la population. Puis je pense aux principales solutions qui étaient le jumelage
des élections municipales et scolaires ou le recours aux élus municipaux pour
valider les orientations de l'éducation publiques sur leurs territoires.
vais me permettre un parallèle avec le réseau de la santé pour poser une
question. Le dernier gouvernement a réformé
la gouvernance des établissements de santé en en réduisant le nombre. On est
passés de 269 en 2014 à 34 établissements en 2019. Les membres des conseils d'administration, tout comme les
P.D.G., sont désignés par leurs pairs ou nommés par le ministre. Les citoyens
n'y ont plus leur place. Les établissements de santé, selon plusieurs
observateurs, ont perdu aussi de leur proximité avec les communautés.
Le projet de loi
n° 40 ne va pas exactement là, mais la porte s'ouvre sur, peut-être,
d'autres réformes. Pour poursuivre le
parallèle, depuis l'avènement des centres intégrés de santé et de services
sociaux, beaucoup de services sociaux sont négligés. On parle beaucoup,
ces jours-ci, de protection de la jeunesse. Il y a la prévention, la santé
publique, la stratégie globale de soutien et d'hébergement relativement au
vieillissement de la population.
Tout autant que dans le domaine de santé, les
besoins en éducation sont énormes, variés, dépassent la transmission de la matière par le programme. Alors, la question
que je pose : Comment nous assurer que l'histoire ne se répétera pas
dans le réseau scolaire, où la perte de
légitimité représentative par la réforme envisagée est plus grande que celle
subie dans le réseau de la santé?
Le changement opéré
par le projet de loi est celui s'un système de représentation par suffrage
universel à un système de représentation des
citoyens-utilisateurs. L'opportunité d'aller vers cette démocratie d'usagers,
c'est que le taux de participation
risque d'augmenter étant donné la plus grande proximité des électeurs avec les
candidats. Avec le taux de participation,
la légitimité politique, aussi, des représentants va augmenter, mais le
risque : que la gouvernance des écoles d'un territoire prenne une
direction plus utilitariste en lien avec les intérêts des acteurs concernés,
des usagers, en prenant moins compte
d'autres enjeux municipaux, régionaux, communautaires ou relatifs au
développement à plus long terme de notre société.
L'autonomie et le
pouvoir décisionnel accru des parents sur les conseils d'établissement sont une
bonne chose du point de vue de la
participation des parents qui sont des citoyens. Ils risquent de se sentir plus
interpelés ayant plus de pouvoir, donc de s'engager dans l'école de
leurs enfants. Il y a le Conseil supérieur de l'éducation, en 2016, dans un rapport, qui a documenté les bénéfices des
conseils d'établissement, qui favorisent l'ouverture des établissements à leur
milieu, qui ajoutent de la transparence,
forcent les différents acteurs — direction, personnel, parents, élèves — à travailler ensemble, développent le
sentiment d'appartenance.
y a d'autres situations où les conseils d'établissement vivent des difficultés.
Il y a des membres qui s'impliquent pour
d'autres raisons que celles que le meilleur intérêt des élèves. On a vu des
enseignants voter en bloc au gré d'intérêts corporatistes. On a vu des parents
qui s'investissaient au conseil pour les intérêts individuels ou particuliers
de leurs élèves. Il a aussi été observé une méconnaissance des rôles et
fonctions et des pouvoirs qui s'exercent au sein de cette instance-là.
Mais
en fait les défis liés aux conseils d'établissement, au travail sur les
conseils d'établissement sont les mêmes que ceux vécus dans les conseils
des commissaires, sont les mêmes que ceux vécus à l'Assemblée nationale. Les
luttes de pouvoir, ça s'observe dans des instances comme celles-là, où il y a
différents intérêts qui se confrontent. La chose à faire, à notre avis, c'est de mieux soutenir les représentants sur ces
instances dans l'exercice de leur rôle. C'est possible de les accompagner pour développer l'art de la
collaboration et de la recherche de l'intérêt général à travers la discussion,
la confrontation des perspectives
citoyennes, institutionnelles, tout en s'appuyant sur des connaissances
scientifiques et des données sur les milieux.
Un autre point que je
souhaite souligner sur la participation des parents, c'est qu'elle varie selon
les milieux socioéconomiques et culturels.
On sait que les parents qui siègent sur les conseils d'établissement sont
généralement plus éduqués, gagnent un
meilleur revenu que la moyenne des Québécois.
Leurs enfants sont plus nombreux à fréquenter des classes enrichies que des
classes d'adaptation scolaire, moins de 5 %. Donc, considérant que
peut-être qu'un des plus grands défis de notre système éducatif,
actuellement, c'est de favoriser la mixité scolaire, de réduire les inégalités
de parcours scolaires, il va falloir donner
les moyens aux écoles pour susciter cette participation des parents qui sont
plus éloignés ou traditionnellement moins impliqués, au risque de perdre
de vue les intérêts généraux de l'ensemble des élèves.
me permets aussi une observation sur la disparition des AVSEC, des agents de
vie spirituelle et d'engagement communautaire. À l'INM, on intervient beaucoup
dans les écoles secondaires, et nos meilleurs alliés sont ces personnes-là,
parce qu'elles soutiennent les programmes de
coopération, d'engagement environnementaux, des programmes de soutien
aux conseils d'élèves. À l'heure actuelle, ces professionnels ont donc un
impact important auprès des jeunes. Et donc on
se demande comment ces fonctions vont être redistribuées. Dans le contexte de
la pénurie d'enseignants, des tâches plus que pleines, on peut craindre
que leur disparition nuise aux opportunités d'engagement et de participation
des élèves.
projet de loi n° 40 donne au conseil d'établissement l'obligation de
consulter les élèves ou des groupes d'élèves. C'est une très bonne chose. On
recommande même d'élargir cette notion pour encourager plus globalement la
participation des élèves. On oeuvre
auprès des jeunes depuis plusieurs années, on sait qu'il existe des défis pour
susciter la participation des jeunes,
mais il y a des stratégies très efficaces aussi. La plus signifiante, c'est
certainement l'éducation à la citoyenneté pour que nos élèves, maintenant mais plus tard, lorsqu'ils seront à leur
tour professionnels, peut-être dans le réseau éducatif, parents,
puissent contribuer activement à notre vie démocratique puis à celle du réseau
scolaire.
Inversement, la participation des
citoyens à la vie démocratique de leur école est aussi en soi une stratégie
d'éducation à la citoyenneté. Donc,
si c'est encouragé dès le plus jeune âge, on renforce la capacité des acteurs
sur le très long terme d'exercer leurs rôles puis leurs fonctions, notamment
celles qui leur sont dévolues par la loi. À l'heure actuelle, l'éducation à la
citoyenneté n'est pas un projet central de l'école publique mais un projet
périphérique. Comment susciter la participation des élèves devrait constituer un volet de la formation ministérielle que
devront suivre les membres des conseils d'établissement. L'art de la participation citoyenne, c'est de
savoir qui faire participer quand, sur quel objet, comment. La gestion
quotidienne d'une école est peut-être
un objet moins pertinent que les grandes orientations du projet éducatif, par
exemple. Dans tous les cas, ces démarches doivent s'appuyer sur de
l'information vulgarisée pour hausser la qualité de la participation.
vais vous faire l'économie des bénéfices de la participation citoyenne, qui se
retrouvent dans mon mémoire, si vous souhaitez en savoir davantage.
vais passer aux recommandations. L'intention du législateur à l'origine des
gouvernements scolaires était de garantir une participation à et une
surveillance citoyenne de l'éducation publique. Dans la pratique, le taux de
participation aux élections scolaire nous a éloignés de cette intention
noble.
La Présidente
(Mme Thériault) : Et je m'excuse, mais on n'a vraiment plus de
temps.
Mme Flon
(Malorie) : Ah! excusez-moi.
Présidente (Mme Thériault) : On a dépassé de plusieurs minutes.
Je suis convaincue que les parlementaires auront l'occasion de vous questionner sur vos recommandations,
puisqu'ils ont une copie entre leurs mains. Je suis désolée.
Donc, je vais me
tourner du côté du ministre de l'Éducation. Vous avez, M. le ministre, 16 minutes.
M. Roberge :
Merci bien, Mme la Présidente. Je vais commencer par vous remercier pour la
richesse de votre analyse puis de vos
propos. On voit que vous avez vraiment pris le temps de passer à travers le
projet de loi n° 40. Vous avez fait quelques mises au point, posé quelques questions, je vais essayer d'y
répondre, puis peut-être, moi aussi, je pourrais me permettre quelques
mises au point pour qu'on ait une compréhension commune des objectifs.
D'abord,
vous avez parlé de la réforme qu'il y a eu en santé par le précédent ministre
de la Santé en disant : Mais ils sont passés de 269 organisations à
34, donc des fusions, des abolitions, des membres de conseil d'administration nommés par le ministre. Vous avez dit : Bien,
le projet de loi n° 40 ne va pas là. Je vous remercie de cette précision,
parce qu'il y a plusieurs personnes qui pourraient attaquer le projet de
loi n° 40. On fait une espèce d'amalgame en disant : C'est pareil, puis c'est la même chose, puis c'est
une autre réforme pareille. On peut bien faire des comparables, là, mais, de
manière générale, il ne va pas à la même chose.
Vous
posez quand même une question : Comment s'assurer que l'histoire ne se
répète pas? Donc, il ne va pas là au départ, mais prenons garde puis mettons
même un garde-fou pour être sûrs qu'un éventuel dérapage ne l'y amène pas.
Mais le projet de loi, tel qu'il est, ne va
pas... ce n'est pas un copier-coller du projet de loi n° 40 ni dans ses
mesures ni dans son intention, puis je vous remercie de cette correction
et de ce rappel à ceux qui galvauderaient cette idée.
Vous
nous mettez en garde, par exemple, contre l'instauration d'une instance de citoyens-utilisateurs
par rapport au système qu'on a
actuellement. Je pense qu'à certains égards on pourrait accepter que les
parents, sur un conseil d'administration de centre de services... bon, ce n'est
pas eux qui sont dans les classes, mais ils peuvent faire office de citoyens-utilisateurs.
Par exemple, de faire entrer des membres de la communauté
qui ne sont ni parents ni employés du centre
de services, je ne pense pas qu'on peut les qualifier de parents ou citoyens-utilisateurs,
puis de faire une place pour une
première fois à des enseignants, des directions d'école, des professionnels,
orthopédagogues, et tout ça, je ne pense pas qu'on peut les qualifier de
citoyens-utilisateurs.
Donc, oui, il y a une
place aux citoyens-utilisateurs, réservée, avec un nombre défini de places qui
est là, mais il y en a déjà, en ce
moment, parce qu'il y a déjà des parents-commissaires, spécifiquement, sur les conseils des commissaires. Ils sont en moins grand
nombre, mais ils sont déjà présents sur les conseils des commissaires, ces
parents-utilisateurs. Avec un C.A., on leur donne davantage de sièges, mais il reste
que c'est loin d'être tous les sièges.
Ensuite,
vous nous mettez en garde, vous nous posez la question,
dire : Est-ce qu'il y a un danger de ne pas aller vers quelque
chose qui est plus utilitariste, puisqu'on
fait de la place à... Avec la prémisse que ce sont des parents-utilisateurs qui
contrôlent le système — bon, prémisse que j'ai remise en question,
mais vous pourrez, bien sûr, intervenir à la fin de ma question, qui
s'en vient, je vous rassure — est-ce qu'il y a un danger d'aller davantage
vers quelque chose qui soit utilitariste?
Je veux vous rassurer
en vous disant que les conseils d'établissement comme les conseils d'administration
de centres de services vont voir à l'organisation, à une question d'équité, mais les curriculums, les programmes,
les diplômes vont rester entre les
mains du gouvernement. Donc, on ne pourrait pas changer, supposons, le français
ou augmenter la part de formation destinée simplement au marché du
travail, comme ça, sur un conseil d'administration.
Et j'ai envie de vous
poser une autre question et je vous pose cette question-là, mais vous réagirez,
parce que j'ai abordé plusieurs
points, ça va être sur la question, qui est nouvelle,
qui a été très peu abordée avant vous, c'est la question de participation des élèves. Et, dans le projet de loi,
on donne cette mission au conseil d'établissement, de dire : Bien, au moins une fois par année, vous allez avoir le
devoir d'aller voir vos utilisateurs premiers, même pas les parents, les
élèves, de consulter les élèves. Pour
la première fois, on donne cette obligation-là, cette mission au conseil d'établissement. Comment vous
voyez ça? Puis comment est-ce qu'il faudrait le structurer dans la loi pour dire
comment ça doit être fait, ou, bref, quelle est votre opinion sur cette question
qui n'a pas été abordée encore en commission?
Mme Flon
(Malorie) : Pour la première question, évidemment,
c'est bien qu'il y ait des représentants des communautés sur les conseils d'administration des centres
de services. Bon, proportionnellement, peut-être qu'ils sont plus nombreux, mais, vous savez, moi, je ne
m'embarquerai pas à vous conseiller : Il faut tant de tel corps
professionnel ou de combien de citoyens, je laisse à des personnes plus
expertes de gouvernance de faire ces recommandations-là.
Je voudrais quand même réagir. La notion de citoyen-utilisateur,
pour moi, elle englobe aussi tous les acteurs concernés.
Donc, je ne pense pas juste aux parents, je pense aussi aux professionnels, aux
gestionnaires, dans le sens où ils ont
des intérêts dans la façon dont le réseau fonctionne. Le bénéfice qu'on perd,
je crois, avec le rôle des citoyens comme instance de gouvernance, c'est en
cette théorie, ce rôle de s'élever au-delà des intérêts d'utilisation... puis
je ne devrais peut-être pas utiliser le mot «utilisation», mais des
intérêts des acteurs concernés. Puis, même dans le domaine de la santé, les utilisateurs, c'est, oui, les patients, mais il y a
aussi des professionnels qui ont des intérêts corporatistes, on peut le dire
comme ça, dans la façon dont un système roule. Donc, d'avoir des citoyens,
souvent, ça nous permet de s'élever puis d'avoir un regard plus élevé ou autre, disons-le ainsi. Mais je pense, oui,
qu'il faut le nommer, puis on s'en va vers un autre genre de démocratie
en donnant ce rôle de gouvernance à des acteurs du système.
Pour la question de la participation des élèves,
je l'ai dit, c'est une bonne chose, on le voit d'un bon oeil, cette obligation
de consulter. Il peut y avoir des bonnes et des mauvaises façons de consulter.
À votre question : Comment est-ce qu'on recommanderait de mettre ça dans le projet de loi?, c'est une excellente question, puis j'aimerais que vous me donniez
plus que 30 secondes pour y penser. Si vous souhaitez, on pourrait rester
en contact à ce sujet-là. Mais je crois, en
effet, qu'il y a des règles, il y a des règles de l'art de la consultation, que
nous connaissons bien, à l'INM, qu'on pourrait vous communiquer, et
qu'il y aurait moyen de sensibiliser ou de former, puisqu'il était question
d'une formation. Dans le projet de loi, ça devrait faire
partie d'une formation, parce qu'il y a des
stratégies efficaces et d'autres qui sont nuisibles, qui ont plus tendance à créer du cynisme quand on
consulte puis qu'il n'y a pas de suites, par exemple. Donc, c'est ça, je
pourrai vous transmettre des règles de l'art
de la participation publique qui s'adressent à la participation des jeunes,
également, et qui pourraient faire l'objet d'un volet de la formation
qui est prévue.
La Présidente (Mme Thériault) :
M. le ministre.
M. Roberge : Merci bien. Au bas
de la page 7, je vais citer une
partie du mémoire, vous dites : «Le
projet de loi n° 40 donne plus de pouvoir
et d'autonomie aux conseils d'établissement des écoles. C'est une bonne chose
pour encourager la participation à cette instance et pour assurer que
chaque établissement ait la marge de manoeuvre pour répondre aux besoins de ses élèves.» Plus loin, on dit :
«L'autonomie et le pouvoir décisionnel accru des parents...» Je suis content
que vous le mentionniez, parce qu'il
y en a qui disent : Non, il n'y en a pas, de décentralisation, mais là on
le voit, là : «L'autonomie et le pouvoir décisionnel accru des
parents siégeant sur les conseils d'établissement et le conseil
d'administration d'un centre de services
sont donc une bonne chose d'un point de vue de la participation des
citoyens-parents.» Donc, on voit qu'il y a une espèce d'implication de
la communauté dans son école.
Mais par
contre, vous soulevez la question, peut-être qu'à l'instance régionale une plus grande
participation des gens qui n'ont pas de lien direct soit comme parent
soit comme employé... et je prends bonne note de ce commentaire, parce que c'est le genre de chose qu'on peut faire
comme ajustement, après des participations constructives comme la vôtre.
Et, si vous me permettez, Mme la Présidente, je céderais la parole à mon collègue de Beauce-Sud... ou Nord,
j'oublie toujours.
La Présidente (Mme Thériault) :
Sud.
M. Roberge : Je m'excuse. Beauce-Sud.
Présidente (Mme Thériault) : Oui. M. le député de Beauce-Sud, la parole est à vous. Vous avez
7 min 30 s, environ.
M. Poulin : Il n'y a aucun problème. Si je pourrais être
député de toute la Beauce, un jour, j'en serais très heureux, mais ça ne
serait qu'au fédéral, en fait.
Alors, merci, Mme la Présidente. Merci,
M. le ministre. Très content de vous
revoir, Malorie, et qu'on puisse passer un peu de temps ensemble. L'Institut du
Nouveau Monde est déjà un partenaire du gouvernement du Québec, entre
autres pour l'élaboration du prochain plan
pour la jeunesse québécoise. On a travaillé ensemble sur la meilleure façon
de consulter les jeunes du Québec.
Et, vous avez raison, moi, je suis extrêmement
inquiet sur la participation des jeunes dans nos institutions démocratiques, surtout quand je regarde le taux de
participation lors des dernières élections provinciales, qui était bas pour
tout le monde mais qui était
particulièrement bas, également, pour les jeunes du Québec, ce sont des
chiffres qui sont tout récents,
autour de 58 % des jeunes de 15
à 29 ans qui sont allés voter. Alors, il y a une grande inquiétude à avoir sur
la façon dont on peut rapprocher la démocratie des jeunes.
Il n'en
demeure pas moins que j'aimerais savoir : Dans tout l'historique de l'INM
et dans toute l'expérience que vous avez, quand vous allez dans les
écoles et que vous travaillez très fort avec les conseils d'élèves, est-ce
qu'ils vous parlent d'un intérêt pour les
élections scolaires? Est-ce que vous avez des données sur le 4,88 % qui
vont voter? À l'intérieur de ça, combien de jeunes vont voter? Et est-ce
que vous sentez un appétit pour les élections scolaires à travers votre
expérience auprès de la jeunesse québécoise?
La Présidente (Mme Thériault) :
Mme Flon.
Mme Flon
(Malorie) : De manière générale, les jeunes ne savent même pas qu'il
existe une telle chose qu'une élection
scolaire, et même les plus vieux, là, donc il y a, je pense, un déficit
d'éducation politique. L'éducation politique, ça fait
partie de l'éducation à la citoyenneté, mais comment le système
démocratique fonctionne, ce n'est pas enseigné de manière systématique à nos jeunes. Donc, non, il
n'y a pas de données sur le nombre de jeunes, je n'ai pas de données à vous fournir sur le nombre de jeunes qui votent.
Mais, dans nos ateliers de Politique 101, on parle des paliers
démocratiques, et souvent les gens
qu'on rencontre ne savent pas qu'il existe des élections scolaires. Voilà, vous
avez... Donc, c'est ça. Non, il y avait une autre
partie à votre
question?
M. Poulin :
Oui, bien, absolument, mais je parlais, en fait, de... si les jeunes vous en
parlaient. Vous m'avez répondu, vous
me dites : Non, ils ne savent même pas qu'il y a les élections scolaires,
vous n'aviez pas de données à me donner, là, sur le 4,88 %, à
savoir s'il y avait des jeunes, beaucoup de jeunes qui sortaient voter aux
élections scolaires.
J'ai
une autre question, parce que je connais et je reconnais votre expertise en
termes de participation citoyenne. Et, dans le futur plan sur la
jeunesse, on va mettre quand même pas mal d'argent pour voir de quelle façon on
peut mieux inciter les jeunes à aller voter.
J'ai annoncé l'aile jeunesse de la Fédération québécoise des municipalités, la
FQM, qui est une première, pour
concerter les jeunes élus municipaux, mais ce qui revient souvent, c'est
qu'ils nous disent : On aime ça quand les gens qui prennent les
décisions sont près de nous. Et vous ne voyez pas quelque chose de positif,
dans le projet de loi n° 40, que les directions d'école, les enseignants
aient, justement, une... puissent prendre, un, des décisions encore plus près des élèves? Et je me mets dans la
peau des conseils d'élèves, qui vont pouvoir aller à la porte du directeur,
dire : Je veux ça dans mon école, on
pense que c'est bon, et que ces gens-là puissent voir les moyens d'agir
rapidement auprès des élèves, et ceci ne va pas renforcer l'intérêt des
élèves, justement, envers la prise de décision, envers l'implication citoyenne? Puis, oui, ce n'est peut-être pas loin
de moi, les décisions, c'est peut-être dans mon école que je peux faire bouger
les choses, est-ce que ce n'est pas positif, ça, dans le projet de loi
n° 40?
La Présidente
(Mme Thériault) : Mme Flon.
Mme Flon (Malorie) : Oui, c'est positif, c'était d'ailleurs ce que je
vous ai décrit, si tant est que ce pouvoir soit, évidemment, mis en pratique, ce pouvoir dévolu au conseil
d'établissement, et que la consultation des élèves soit bien faite.
dois avouer que je ne suis pas juriste ni experte de la gouvernance scolaire,
mais, à la lecture du projet de loi, ce
n'est pas non plus toujours très, très clair — puis je m'adresse
à vous aussi, M. le ministre — quels
pouvoirs appartiennent aux conseils d'établissement, quels pouvoirs
appartiennent aux centres de services, quels pouvoirs appartiennent au
ministère. Je trouve qu'il manque quand même
de clarté sur cette répartition des pouvoirs dans le projet de loi. Ça
mériterait peut-être d'être précisé.
Mais,
oui, les pouvoirs accrus dévolus aux conseils d'établissement, c'est une bonne
chose. L'obligation de consulter les élèves, c'est une bonne chose. S'il y a
une vraie dynamique de collaboration dans les écoles, cela va renforcer
le leadership, aussi, des directions d'établissement. On sait qu'actuellement
il y a des jeunes qui ont des directions d'établissement
qui sont très favorables à la composition d'un conseil d'élèves, d'autres qui
sont moins favorables, ils se butent encore à de la résistance. Donc, ça
va, évidemment... on va voir comment ça va se passer dans la pratique.
suis contente, aussi, de savoir que vous allez faire une place à la
consultation dans la prochaine stratégie jeunesse. On sera là pour vous fournir
des recommandations. Je sais que c'est votre prérogative de les suivre ou pas.
On en a fourni pour la façon de
consulter, actuellement, certaines n'ont pas été retenues, mais ce n'est pas
grave, ça nous fait quand même plaisir de continuer à vous porter
conseil.
M. Poulin :
Bien, vous me connaissez, j'aime prendre les excellentes idées. Il y en avait
plusieurs, mais, avec le temps qu'on avait dans le cadre des
consultations, on ne pouvait pas toutes les prendre.
Mme Flon
(Malorie) : Bien sûr.
M. Poulin :
D'ailleurs, je suis convaincu qu'on va se voir à Québec le 12 décembre, et
on va pouvoir discuter de tout ça.
Mme Flon
(Malorie) : Absolument, je serai là.
M. Poulin :
En terminant, on réfléchit, depuis plusieurs années, à la façon dont on peut,
justement, mieux impliquer nos jeunes et qu'ils aillent plus voter aux
élections provinciales, qu'il y ait plus de candidatures jeunesse au
provincial, au fédéral et au municipal. Et
moi, je pense que, quand les jeunes au Québec vont dire : C'est possible
d'avoir du pouvoir dans mon école, rapidement on va ressentir un impact
positif sur les autres paliers.
Mme Flon
(Malorie) : Je suis entièrement d'accord avec vous.
Présidente (Mme Thériault) : Merci, M. le député de Beauce-Sud.
J'ai le député de Chapleau qui veut faire une intervention. Un peu plus
de 1 min 30 s, questions et réponses.
M. Lévesque
(Chapleau) : Parfait, donc ce sera rapide. Merci, Mme la Présidente,
merci à tout le monde.
Donc, peut-être parler de l'accroissement de la
participation citoyenne, ça semble être la trame de fond de votre présentation, là. Vous avez évoqué l'idée, bon,
que l'éducation publique ne soit pas seulement entre les mains
d'administrateurs ou de gestionnaires. Vous avez également, là, parlé du changement qui
était opéré, donc la représentation par suffrage universel vers le citoyen-utilisateur. Vous avez également
rappelé judicieusement le taux de participation très bas, là, quoi,
4,86 %, aux dernières élections puis vous avez appelé, en quelque
sorte, à une solution.
La solution,
ça ne pourrait pas nécessairement être... ou est-ce que ça ne serait pas,
justement, le projet de loi n° 40, justement, qui propose... qui
vise à encourager la participation des citoyens? Donc, les parents, les membres
de la communauté, le personnel scolaire, ces
personnes sont élues, dans le fond, par leurs pairs pour participer, dans le
fond, à la démocratie scolaire,
est-ce que vous voyez d'un bon oeil cette participation-là? Est-ce que c'est
quelque chose qui est quand même intéressant pour vous?
La Présidente (Mme Thériault) :
...secondes pour répondre aux multiples questions.
Mme Flon
(Malorie) : Nous voyons des
risques et des opportunités au projet de loi n° 40. On recommande quand
même la prudence. On a l'impression qu'il y
a un éloignement de l'intention originelle du législateur, avec les
gouvernements scolaires, qui était d'avoir des citoyens qui n'ont pas
d'intérêt direct dans le réseau, qui ont un rôle de surveillance.
Présidente (Mme Thériault) : Ça vous va? Merci. Nous allons
maintenant du côté de l'opposition officielle. Mme la députée de
Saint-Laurent.
Mme Rizqy :
Merci beaucoup. Bienvenue parmi nous. Désolée, mais j'ai manqué un bout.
Comment on fait pour améliorer la démocratie en abolissant un palier de
démocratie au Québec?
La Présidente (Mme Thériault) :
Mme Flon.
Mme Flon (Malorie) : Je n'ai
pas dit qu'on améliorait la démocratie...
Mme Rizqy : Vous, non, mais il
me semble que c'était sous-entendu.
Mme Rizqy : Ah! la
participation citoyenne.
Présidente (Mme Thériault) : Je vais vous demander de ne pas vous
interpeler de part et d'autre, s'il vous plaît.
Mme Rizqy : D'accord. Donc, je
veux juste bien comprendre, pour ceux...
La Présidente (Mme Thériault) :
Mme la députée de Saint-Laurent, faites votre échange avec notre invitée.
Mme Rizqy : Donc, êtes-vous d'accord que, lorsqu'on veut
améliorer la participation citoyenne, ce n'est pas en abolissant un
palier de décision où est-ce qu'on invite les gens, justement, à aller voter?
Mme Flon
(Malorie) : Bien sûr.
C'est-à-dire que, oui, c'est un palier démocratique qui va disparaître, donc ça
va être une occasion de participation citoyenne qui va disparaître.
Mme Rizqy : Vous avez sûrement
remarqué que, souvent, il y a des femmes, aussi, qui se présentent à
titre de commissaires, que c'est leur première fois
qu'elles vont mettre, permettez-moi l'expression, leur face sur le poteau et
que d'autres, par la suite, vont pouvoir cheminer, vont devenir
conseillères de ville, mairesses, députées ici, à l'Assemblée nationale,
ou même au fédéral. Pensez-vous que, justement, en abolissant ce palier, on
peut peut-être même mettre un frein à certaines femmes qui n'auront pas
eu l'occasion, un jour, d'expérimenter la vie politique?
Mme Flon
(Malorie) : Toute abolition
d'une opportunité de participation citoyenne constitue un frein. Ça limite
les expériences de participation à la vie démocratique.
Mme Rizqy : Tantôt, vous avez dit, puis vous m'avez fait
sourire : Je ne suis pas juriste, et vous vous êtes tournée vers le ministre de l'Éducation en disant :
Dans la loi, ce n'est pas très clair, les pouvoirs qu'il va y avoir puis si on
veut vraiment participer. Puis, juste
avant, vous avez dit : Il faut faire aussi attention aux consultations
pour consulter, et ça, ça m'a vraiment fait sourire parce que...
J'aimerais ça que vous élaboreriez un peu là-dessus, parce qu'effectivement, lorsqu'on ne sait pas quels pouvoirs on a et qu'on
est consulté, mais que des fois on a l'impression qu'une consultation va
amener à une prise de décision, mais qu'on n'a pas eu la décision escomptée,
est-ce que ça peut faire en sorte que les gens, par la suite, vont être
découragés et même peut-être même, après ça, arrêter de participer?
Mme Flon (Malorie) : Bien sûr.
Il y a plusieurs éléments de réponse. Pour avoir une participation de qualité, c'est-à-dire qui va véritablement améliorer la
décision et l'éclairer, il faut une information adéquate. Donc, les élèves ont
besoin, si on les consulte, d'avoir une certaine information, ça a besoin
d'être clair, c'est quoi, le sujet, les paramètres. Il faut une diversité de
modalités de consultation pour aller rejoindre différents élèves. Est-ce qu'on
va juste s'adresser à
ceux qui parlent plus haut, mieux, fort ou est-ce qu'on va aller chercher les
autres catégories d'élèves également? Il y a plusieurs autres paramètres auxquels on doit faire attention. Il faut
évidemment clarifier qu'est-ce qui va être fait avec le résultat de la consultation, comment la
consultation va éclairer la décision. Il y a une gestion d'attentes à faire
quand on consulte. Donc, oui, une mauvaise consultation peut générer du
cynisme et du désengagement.
Mme Rizqy : Merci. Puis je sais que... Merci beaucoup pour
votre participation, parce que je peux vous dire que c'est une bonne
dose de fraîcheur en démocratie.
Mme Flon
(Malorie) : Merci.
La Présidente
(Mme Thériault) : Merci. Mme la députée des Mille-Îles.
Mme Charbonneau : Merci, Mme
la Présidente. Bonjour. Je vais
passer à travers vous pour passer un message en premier. Je vais vous
dire que la commission scolaire de Laval, en 2018, a fait un partenariat avec
vous et a fait une conversation publique sur
l'école lavalloise de demain. C'était en 2018, peut-être que je n'aurai pas la
chance et la joie de voir l'impact
que ça a eu pour susciter la démocratie scolaire à Laval, puisque, si la
tendance se maintient et le nombre de 75
contre le reste fait en sorte que le projet de loi passe, on ne verra pas le
résultat de la chose. Mais je veux vous dire que j'ai trouvé ça intéressant d'être assise dans la même salle que les gens
de commerce, des gens du municipal, des gens du tourisme, les gens qui
s'occupent de Laval mais qui se soucient aussi de son école publique, assis
dans la même salle. Ça fait que je vous le
dis, parce que j'ai eu le privilège de voir les gens que vous représentez en
action dans ce principe de consultation
là, j'ai trouvé ça très intéressant, et c'était une décision du conseil des
commissaires de faire ça. Donc, quelquefois, hein, il faut le savoir,
plus souvent qu'autrement, ils prennent des très, très bonnes décisions.
sur quoi je veux revenir, parce que vous êtes la deuxième personne à avoir le
souci de nous le signaler, quelquefois, quand je fais
partie d'un milieu défavorisé, peut-être que les gens ne
pensent pas pouvoir participer parce qu'ils portent un propre jugement
sur leur valeur ajoutée. Et on sait que, si on n'entend pas les gens de milieux
vulnérables, bien, on va peut-être avoir une iniquité qui va s'installer sans
même s'en apercevoir. Pourquoi? Bien, parce que, quand j'ai un vocabulaire élaboré, quand je suis fière de moi,
quand je suis sûre de moi puis quand j'ai du temps et des sous pour s'occuper
du temps que je n'ai pas, bien, peut-être
que je peux faire valoir des idées que quelqu'un en milieu défavorisé ne
pourrait pas faire valoir.
Donc,
dans ma perspective à moi, puis je vous le dis bien sincèrement, je pense que mes collègues le savent maintenant, moi, la clientèle défavorisée, c'est une clientèle
que j'aimerais avoir sous mon aile de façon constante pour pouvoir vraiment adresser toutes les petites problématiques, que ce soit la faim, que ce soit l'aide aux
devoirs, ou tout le reste. Mais, si mon nombre est réduit, si mon conseil d'administration est géré autant par le personnel qui s'occupe de
ces écoles que les parents qui sont
mieux nantis, comment je fais de m'assurer d'une équité — et non d'une égalité, d'une équité — dans un milieu de vie? Puis moi, en ce moment, je pourrais vous
parler de Laval, là, mais, vous le savez comme moi, Laval, c'est
35 kilomètres par 45 kilomètres, et je passe de la pauvreté à la
richesse. Je le dis en toute humilité, parce que c'est une variante partout sur l'île, et je peux dire qu'en
ce moment j'ai une équité de services à Laval. Alors, quand je change le
système — puis je reprends le geste — je
change le paradigme, comment je fais pour m'assurer que je n'échappe pas ma
clientèle en milieu défavorisé?
La Présidente
(Mme Thériault) : Mme Flon.
Mme Flon
(Malorie) : C'est une excellente question, et c'est une préoccupation,
aussi, que nous avons puis, je pense, que je
vous ai communiquée à travers le mémoire. On a la responsabilité de s'assurer une répartition équitable des ressources.
Comment est-ce que ça va se faire? Je ne le sais pas, ce n'est pas
très clair. Est-ce qu'il va y avoir des gens des ressources
éducatives sur les C.A. des centres de services? Je ne sais pas. Dans tous les
cas, il y a plusieurs stratégies
pour veiller à une répartition équitable, il y a des moyens d'aller susciter la
contribution des personnes vulnérables, de les faire se sentir assez compétents pour participer à des
décisions publiques. Puis, bien, il y a des données qui existent sur les
milieux, il faut que décisions soient prises sur la base de données. Mais
comment on a les données? En allant voir les gens, souvent, les
personnes concernées aussi.
Présidente (Mme Thériault) : Mme la députée... Ah! Mme la députée
de Westmount—Saint-Louis,
désolée.
Mme Maccarone :
Combien de temps, Mme la Présidente?
La Présidente
(Mme Thériault) : Trois minutes.
Mme Maccarone :
O.K. Merci pour votre présence aujourd'hui. Moi aussi, je vais utiliser votre
présence pour passer un message. Je ne sais
pas si vous êtes au courant ou si les collègues sont au courant, mais, au sein du conseil des
commissaires de Lester-B.-Pearson, ils ont deux élèves qui sont commissaires...
La Présidente
(Mme Thériault) : Mme Flon.
Mme Flon
(Malorie) : Oui. Ce n'est pas une problématique que j'ai examinée,
donc je ne me sens pas à l'aise de me
prononcer dessus, mais, selon les observations qu'on voit dans les médias, en
effet, il y aurait une iniquité, mais je ne voudrais pas en dire plus.
Mme Maccarone :
O.K. Une dernière question pour vous, parce que j'ai entendu mes collègues
parler de pouvoirs des parents, puis ça
serait un... pouvoirs des parents qui sont accrus. Actuellement, dans le
système que nous avons pour les
élections des membres qui siègent sur
le conseil de commissaires, savez-vous si les parents sont exclus à se
présenter pour toutes les positions qui sont disponibles?
Mme Flon
(Malorie) : Non, les parents peuvent se présenter.
Mme Maccarone :
Ça fait qu'actuellement, si on a 13 ou 10, tous les parents peuvent se
présenter?
Mme Flon
(Malorie) : Oui.
Mme Maccarone :
Ça fait que ça veut dire qu'ils ont déjà un pouvoir de représentation, ils ont déjà un
pouvoir de participer. Puis, dans le projet de loi n° 40, ça veut dire qu'ils vont diminuer le nombre de
parents qui auront un siège autour de la table, n'est-ce pas?
Mme Flon
(Malorie) : Oui.
Mme Maccarone :
Est-ce que ça, c'est un pouvoir accru?
Mme Flon (Malorie) : Un pouvoir accru, non, mais le projet... C'est
sûr que le vrai problème, ce n'est pas que les parents n'ont pas
l'opportunité de se présenter, c'est le taux de participation qui est le vrai
problème.
Présidente (Mme Thériault) : Et je dois mettre fin à l'échange. Je vais passer, maintenant, la parole à la députée de Joliette.
Et il y a déjà eu un consentement ici, entre les différents
partis, pour verser le temps de la députée de Sherbrooke au profit de la
députée de Joliette, avec le consentement du ministre
et de l'opposition officielle. Mme la
députée de Joliette,
vous avez près de cinq minutes.
Mme Hivon : Merci. Vous ne savez pas la chance que j'ai aujourd'hui, j'ai cinq minutes au lieu de 2 min 40 s, donc c'est
Noël.
Oui,
alors, écoutez, bien, merci beaucoup, c'est intéressant,
c'est une perspective un peu différente. Je me demandais, vous avez abordé,
avec ma collègue de Mille-Îles, rapidement, la question de l'équité, vous avez beaucoup
parlé de la question de... dans la
répartition des ressources, mais est-ce
que vous vous êtes penchés sur... Le
groupe qui vous précédait nous disait que
ce serait important que l'équité soit vraiment une fonction, de
s'assurer de l'équité, assumée par les nouveaux conseils d'administration, donc, des centres de services. Est-ce
que vous vous êtes penchés sur toute cette notion d'équité là en lien avec le fait que, là, il va y avoir un libre
choix complet pour la fréquentation des écoles, puisqu'il n'y aura plus de lien
avec le territoire dans l'article 1 du projet de loi? Vous n'avez pas
regardé cette question-là spécifiquement?
Mme Flon (Malorie) : Vous m'amenez dans un niveau d'analyse pour
lequel on ne se sent pas suffisamment experts.
Mme Hivon :
Parfait, c'est ce que je voulais savoir. En termes de consultation, puis de
comment faire atterrir des réformes, puis de
s'assurer d'un consensus social, ce qui est un peu votre expertise, est-ce que...
Là, on a une réforme sur les structures, la
gouvernance, avec certains autres éléments qui arrivent, mais ça n'a pas été
précédé d'une vaste consultation sur les enjeux de fond, je dirais, sur quelle
est l'école qu'on veut, en ce moment, sur l'école à deux vitesses, à trois vitesses, sur des enjeux d'équité, notamment.
Est-ce qu'on aurait dû faire ça ou
est-ce qu'on bénéficierait, comme société, de faire les choses dans cet
ordre-là?
Mme Flon
(Malorie) : Oui, clairement,
nous aurions bénéficié d'avoir un débat social plus large, je crois, sur cette
question-là pour examiner différents
scénarios, confronter les idées dans la discussion aussi. Là, vous avez une
succession de points de vue
individuels qui vont, certes, vous informer, mais je crois qu'on aurait
bénéficié de faire aussi délibérer les acteurs entre eux sur ces
questions-là, et peut-être que des recommandations s'en serait dégagées.
Mme Hivon :
Parce qu'il y a une force au travail qu'on fait puis qui peut se répercuter,
via les médias, dans l'espace public, ce qui engage un dialogue, mais je pense
qu'il faut faire les choses dans l'ordre et je pense aussi qu'il faut se
donner du temps, parfois, quand on fait des
réformes comme celle-là. Malheureusement, je pense qu'en ce moment on ne
travaille pas dans les conditions
idéales parce qu'on met cette réforme-là avant d'avoir fait le débat sur le
fond et parce qu'on travaille avec un
échéancier très serré, parce que le ministre a déclaré que, le 29 février,
les commissaires scolaires n'auraient plus les responsabilités qu'ils assument à l'heure actuelle, donc ça met un
peu de pression, je dirais, pour un sain débat public. Est-ce que le facteur temps est un élément, dans
la saine délibération, pour bâtir des consensus et faire atterrir des réformes?
Mme Flon (Malorie) :
Absolument.
Mme Hivon :
Merci. Ça a l'air arrangé, là, mais on ne s'était pas...
Mme Flon (Malorie) : Ça ne
l'est pas.
Mme Hivon :
Non, c'est parce que moi, j'ai été très marquée, comme certains le savent, par
mon expérience avec l'aide médicale à mourir. Je ne dis pas que c'est la
même chose, mais le facteur temps et l'aspect délibératif a aidé beaucoup à bâtir les consensus. Puis je pense que,
quand on change des choses comme ce qu'on change aujourd'hui, qui vont affecter tout le système scolaire, il ne faut
pas minimiser comment une réforme va atterrir, comment on a pu bâtir le
consensus pour que les acteurs se sentent mobilisés et qu'il y ait cette
adhésion-là.
Mme Flon
(Malorie) : Oui. Puis, si je
peux me permettre, pour qu'il y ait un débat social efficace, aussi, il y a un
volet d'information qui est important. Et je pense que, dans la société
québécoise, il y a encore une mécompréhension de certains rôles, de comment les pouvoirs se répartissent,
actuellement, même entre les différents acteurs, et puis, oui, on aurait
bénéficié de temps pour pouvoir avoir ce débat-là.
Mme Hivon : Oui.
Puis moi, je donne un exemple en termes... je ne sais pas si le ministre va la
faire, là, cette campagne d'information là,
mais toute la question, justement, de la fréquentation des écoles, du changement,
un peu, des écoles de quartier, des
impacts que ça peut avoir pour les écoles de village. En ce moment, il n'y a
pas de débat là-dessus, les gens ne
sont pas au courant parce qu'ils pensent qu'on est juste dans la question des
structures. C'est d'abord ce dans quoi on est, mais, je pense, c'est un
enjeu important.
Je voulais
vous amener, ma collègue y a fait référence, vous aussi... la présence des gens
qui s'impliquent. Certains nous ont
dit que, souvent, il y a une disproportion de gens de milieux économiquement
plus favorisés qui vont s'engager plus
facilement, pour toutes sortes de raisons qu'on peut imaginer. Comment on fait?
Parce que, là, on a un double défi, il va y avoir plus de parents... bien, pas
plus de parents, on se comprend, mais, dans la composition, il y a une
proportion forte réservée aux parents
versus les membres de la communauté. Un, ça, j'aimerais ça vous entendre à
savoir si on a le bon équilibre.
La Présidente (Mme Thériault) :
En 20 secondes.
Mme Hivon :
Ah! puis, deux, comment on fait pour stimuler la participation de gens qui
participent moins facilement?
La Présidente (Mme Thériault) :
Et il vous en reste 15.
Mme Flon
(Malorie) : Pour susciter la
participation de gens qui participent moins facilement, il faut des ressources,
il faut du temps, il faut du monde qui font
des liens. On passe par des organismes, on fait des appels, on va rencontrer
des gens, on crée une relation de confiance. Donc, il y a des ressources
à mettre en place.
l'équilibre, comme je vous dis, je préférerais m'abstenir de dire un nombre
adéquat, là, pour les centres de services, mais c'est certain que je vois d'un bon oeil qu'il y ait des
représentants de la communauté. En même temps, ma compréhension, c'est
que ces gens-là seront élus par les parents, donc est-ce qu'on ne passe pas un
peu à côté de la... Je pose la question. Il y a aussi une question...
La Présidente (Mme Thériault) :
Et je vous remercie de votre contribution, Mme Flon.
Nous allons maintenant suspendre les travaux, et
nous les reprendrons à 15 heures. Merci. Bon appétit!
(Suspension de la séance à 13 h 02)
Présidente (Mme Thériault) : À l'ordre, s'il vous plaît! Donc,
ayant constaté le quorum, la Commission
de la culture et de l'éducation
reprend ses travaux. Je vous demande de bien vouloir éteindre la sonnerie de
vos appareils électroniques.
Et nous
poursuivons les auditions publiques dans le cadre des consultations
particulières et des auditions publiques sur le projet de loi n° 40, Loi modifiant principalement la
Loi sur l'instruction publique
relativement à l'organisation et à la gouvernance scolaires.
après-midi, nous entendrons la Fédération des cégeps, l'Institut de coopération
pour l'éducation des adultes, la Fédération québécoise des
municipalités et la Fédération des syndicats de l'enseignement.
Donc, je
souhaite la bienvenue aux représentants de la Fédération des cégeps.
M. Tremblay, vous avez à peu près une
dizaine de minutes pour nous faire votre exposé et nous présenter les gens qui
vous accompagnent, et par la suite ce sera les échanges avec les
parlementaires. Bienvenue à l'assemblée.
M. Tremblay
(Bernard) : Merci, Mme la Présidente. Bonjour, Mmes, MM. les députés.
Je commence donc en me présentant, Bernard Tremblay, je suis le
président-directeur général de la Fédération des cégeps. Je suis accompagné,
à ma gauche, de M. Sylvain Lambert, qui est le président de notre Conseil
des directions générales puis qui est également le directeur général du cégep Édouard-Montpetit, à ma droite,
Me Annie Kirouac, qui est avocate, donc, au Service juridique de la
fédération.
Nous sommes
ici aujourd'hui pour représenter, évidemment, les 48 cégeps du Québec, et
nous vous remercions de nous donner
l'occasion de commenter le projet de loi n° 40, dont certaines
modifications législatives présentent un intérêt pour nos membres.
D'entrée de jeu, je me permettrai de préciser
que, pour nous, les modifications apportées, donc, à la structure décisionnelle
des commissions scolaires n'ont de sens que si elles contribuent à améliorer
les services éducatifs offerts aux élèves.
C'est donc dans cette perspective que nous avons analysé le projet de loi. Mais
nous pensons aussi qu'elles doivent préparer les élèves du secondaire, donc, à
la poursuite de leurs études au niveau collégial, s'ils le souhaitent. C'est
donc dans la perspective du continuum de
formation entre les ordres d'enseignement que la Fédération des cégeps se
prononce sur ce projet de loi.
Parmi les éléments qui nous interpellent plus
particulièrement, on retrouve des éléments de centralisation qui nous paraissent présenter un certain risque de
déconnexion par rapport aux réalités régionales et institutionnelles. Il y a un
risque d'alourdissement des processus et de
la reddition de comptes en ce qui concerne notamment les analyses qui
pourraient être exigées par le ministre en matière de partage de ressources
et des services. Il en va de même pour l'autorisation nécessaire avant de
procéder à des travaux de construction, d'agrandissement ou de rénovation, par
exemple.
Vous savez,
les réseaux de l'éducation doivent répondre aux besoins des élèves et des étudiants
selon des échéanciers serrés et avec un cycle de gestion, je dirais, qui est
particulier et qui est différent de celui du gouvernement. C'est
pourquoi l'ancrage de la gouvernance des établissements dans leurs régions est
une caractéristique fondamentale en éducation.
Comme première recommandation de notre mémoire,
nous demandons que le projet de loi valorise cet ancrage de la gouvernance des centres de services
scolaires et des établissements dans leurs communautés. Nous proposons
également que les centres de services
scolaires disposent du libre choix de convenir d'une entente de partage de
services. Le projet de loi comporte un pouvoir au ministre qui nous
questionne un peu à cet égard.
En ce qui
concerne la composition des conseils d'administration des centres de services
scolaires, nous notons avec satisfaction qu'un membre du personnel ne pourra
représenter une association de salariés d'un centre. Il s'agit d'un
élément important, selon notre expérience.
Nous recommandons cependant, sur la base de notre expérience que nous avons
vécue, donc, dans les cégeps,
d'introduire une disposition équivalente à l'article 12 de la
Loi sur les
collèges d'enseignement général et
professionnel pour renforcer la notion de primauté des intérêts du centre
lorsque des décisions sont prises avec des membres de l'interne.
Sur ce, je vais laisser mon collègue poursuivre
la présentation.
M. Lambert
(Sylvain) : Oui. Dans la
recommandation 4 de notre mémoire, nous demandons qu'un siège soit réservé
à un représentant des cégeps au sein du
conseil d'administration du centre de services scolaire, au même
titre que les
conseils d'administration des cégeps
comprennent actuellement des membres de commissions scolaires et un membre des
universités. Cette pratique, pensons-nous,
favorise les relations entre les établissements sur des enjeux comme la
persévérance scolaire ou la mise en commun de services, par exemple.
De même, le
comité d'engagement pour la réussite des élèves, dont la composition est
définie dans le projet de loi, devrait
aussi comprendre un représentant des cégeps pour occuper le siège réservé à un
membre issu de la recherche en éducation.
Plusieurs projets de recherche sur la réussite au collégial sont en cours dans
les cégeps, nous possédons donc une vaste expérience dans le domaine.
Par ailleurs,
le projet de loi nous semble un peu trop discret quant au profil attendu des
membres parents qui occuperont les huit sièges du conseil. Pour que ce conseil
dispose des expertises nécessaires pour exercer une gouvernance représentative, nous proposons, dans notre recommandation 5, qu'il soit demandé aux
centres de services scolaires d'élaborer un profil de compétence de tous
les membres de leur conseil d'administration.
La notion
d'allocation de présence au conseil d'administration prévue dans le projet de
loi a également retenu notre attention, et nous accueillons
favorablement cette mesure. Nous recommandons par conséquent que le
gouvernement se penche sur les moyens à mettre en place
pour traiter de manière équitable tous les membres externes des centres de
services scolaires mais aussi des cégeps. Je te redonne la parole.
M. Tremblay (Bernard) : Si vous
le permettez, je terminerai avec deux remarques.
La première concerne l'article 34 du projet
de loi, qui permet exceptionnellement aux directeurs d'école de majorer le résultat d'un élève après avoir
consulté l'enseignant. Cette disposition pourrait entraîner, selon nous, une
utilisation de ce pouvoir sans le
consentement de l'enseignant, à qui nous reconnaissons le jugement
professionnel requis pour assumer cette
fonction d'évaluation dans sa classe. Et, si ce n'est pas le cas, nous croyons
que le centre de services scolaire devrait avoir la capacité d'agir face à un enseignant qui comporte des problèmes
de compétence ou autres, là, alors, si ce problème, évidemment, est de
cet ordre-là.
Notre deuxième remarque est plutôt une mise en
garde. Alors, certains groupes que vous entendrez dans le cadre de ces auditions pourraient vouloir saisir
l'occasion pour s'inviter dans un débat non sollicité sur la gouvernance de
la formation professionnelle. Or, il serait
dangereux de croire que la solution du problème de rareté de main-d'oeuvre passe par la prise en charge
de cette gouvernance par les entreprises
ou les associations d'entreprises. Cela pourrait avoir pour conséquence
d'imposer un virage utilitariste à la formation professionnelle, au détriment
de la formation fondamentale nécessaire aux travailleurs et à tous les
citoyens.
En ce qui
concerne l'identification des besoins de formation, qui serait aussi la cause
de la rareté de main-d'oeuvre, selon
certains, nous voulons rappeler que les conseils régionaux des partenaires du
marché du travail jouent un rôle important à cet égard, il serait inutile d'ajouter une autre instance consultative
décisionnelle. Nous invitons donc le ministre à rediriger ce débat de société vers les membres de la
Commission des partenaires du marché du travail. Évidemment, cette mise en
garde concernant la formation professionnelle s'applique aussi à la formation
technique.
Nous vous
remercions pour votre écoute, et nous espérons que vous prendrez en
considération nos remarques. Merci.
Présidente (Mme Thériault) : Merci beaucoup, M. Tremblay.
Donc, sans plus tarder, je me tourne vers le ministre pour votre bloc
d'échange de 16 minutes. M. le ministre.
M. Roberge : Merci bien, Mme la
Présidente. Merci pour votre présentation. Plusieurs questions pour vous, d'abord parce que, bon, vous arrivez à
titre de
partenaire du réseau de l'éducation, mais aussi avec un partenaire qui a un mode de gouvernance qui est différent de qu'est-ce
qu'on a dans le réseau scolaire, sans élection au suffrage universel puis...
Parce que, pour mettre en jeu notre
proposition, on a regardé ce qui se faisait ici, ce qui se faisait ailleurs, ce
qui se faisait dans le réseau universitaire, collégial, donc chez nous
et ailleurs. De votre côté, les conseils d'administration dans les cégeps fonctionnent avec un nombre de personnes
qui représentent diverses catégories. Pourriez-vous exposer aux gens quelle est
la composition habituelle d'un conseil d'administration sur un cégep?
La Présidente (Mme Thériault) :
M. Lambert.
M. Lambert
(Sylvain) : Je vais y aller
de mémoire, je vais essayer de ne pas en oublier. On a des étudiants, on a des
enseignants, il y a aussi les gens du milieu socioéconomique, deux représentants, il y a des gens du milieu de l'industrie, des industriels, donc, qui sont présents, il y a
aussi un représentant universitaire, représentant de commission scolaire, des anciens diplômés soit du
secteur technique, secteur préuniversitaire. Et là j'espère que je n'en oublie
pas, mais ça représente assez...
Donc, on
parlait du profil de compétence, c'est quand
même une représentation intéressante de la société. Et ce mélange interne-externe, là aussi, fait des débats
fort intéressants, parce qu'évidemment, là, nous, on arrive avec des positions qui
ont été débattues à l'interne. C'est intéressant pour alimenter la réflexion
que les gens de l'interne y soient, mais évidemment
il faut... Et c'est comme ça qu'est prévue, aussi, la loi chez nous. Il y a
quand même une majorité de membres externes,
bien sûr, pour assurer une bonne gouvernance. Donc, on a vraiment des
représentants très diversifiés sur nos conseils d'administration.
La Présidente (Mme Thériault) :
M. le ministre.
M. Roberge :
Merci. Je fais des liens avec l'intervention précédente, en fin d'avant-midi,
où on avait l'INM, l'Institut du Nouveau Monde, qui nous parlait de ces
gouvernances-là, avec les gens qui sont utilisateurs, ou parents-utilisateurs,
ou des fois des gens qui sont dans
l'instance elle-même, comme des profs, des choses comme ça, parce qu'on pouvait
les compter comme utilisateurs aussi.
Donc, vous avez des C.A. avec une pluralité d'acteurs, des gens de l'interne,
des gens de l'externe, des gens qu'on pourrait qualifier d'utilisateurs, des gens
qu'on pourrait qualifier de membres de la communauté ou, enfin, de partenaires, et vous avez combien de personnes?
Tout ce monde-là, quand on additionne tout ce monde-là, ça fait des C.A.
de combien de personnes, à peu près?
M. Lambert
(Sylvain) : En général,
c'est 19 personnes. Il y a certaines exceptions, là, quand il y a des
écoles nationales ou des situations particulières, ça peut aller
jusqu'à 21, mais...
M. Lambert (Sylvain) : ...cégep
régional, oui, mais sinon, c'est 19, la norme dans le réseau.
M. Roberge :
O.K. Donc, on n'est pas très loin du modèle proposé ici avec nos centres de
services, où on arrive à 16. Mais ça
peut être un peu plus nombreux, dans le cas du réseau anglophone, là, ça
pourrait monter jusqu'à 20. Donc, entre 16 et 20, on
n'est pas loin de 19.
Vous
vous intéressez, dans votre mémoire, à un point qui n'a pas été soulevé par les
intervenants précédents, donc je
trouve ça intéressant, la notion de compensation ou de jetons de présence, parce que
beaucoup de gens ont dit : Bien, voyons, ça ne marchera pas, les
C.A., les centres de services, on demande à des bénévoles de venir faire un
travail qui devrait prendre des heures, et
des heures, et des heures. Bon, on extrapole en pensant que les gens sur le
C.A. feraient le même travail que les
commissaires. C'est faux. En partant, on ne demandera pas aux gens qui sont sur
les C.A. de faire le travail des commissaires.
Mais, si on veut un comparable, puisqu'on n'a pas des C.A. sur nos centres de
services en ce moment, on n'a pas encore nos centres de services, on va se
tourner vers vous, peut-être deux questions. Vos C.A. se rencontrent combien
de fois par année? Et est-ce qu'il y a une
espèce de compensation financière ou de jetons de présence pour participation
sur vos instances?
M. Lambert (Sylvain) : ...bon, je vais continuer. Bien, non, il n'y a pas
de jeton de présence, donc, c'est un engagement
bénévole. Évidemment, ça peut être variable selon les cégeps, le nombre de
rencontres, mais, généralement, il y en a au moins six par année,
parfois plus, ça peut aller à huit, 10 dans des années où est-ce qu'il
doit y avoir des C.A. extraordinaires pour
des questions, des situations particulières. Mais je pense que, si on dit
entre six et 10 par année, c'est
pas mal ce à quoi ça ressemble, là, le nombre de rencontres.
Évidemment,
il y a aussi des comités. Il y a un comité exécutif, là, qui est prévu dans la
loi. Il y a aussi des comités, souvent, d'audit finances, des comités de
gouvernance, tout dépendant, là, encore une fois, de la gouvernance locale.
Donc, il y a des gens qui sont plus impliqués, pour qui c'est peut-être plus
demandant, il y a des réunions qui s'ajoutent, mais ça se fait de manière bénévole, et généralement les
gens sont là parce qu'ils croient en la cause, parce qu'ils veulent contribuer,
là, à l'avancement de l'éducation au Québec.
M. Tremblay
(Bernard) : Mais, j'ajouterais, si on a mentionné, évidemment, cette
considération-là des jetons de présence... on sait que, bon, c'est une
recommandation de l'IGOPP, on sait que, de plus en plus, on implante plusieurs recommandations, y compris dans les cégeps, des
recommandations de l'IGOPP qui impliquent plus de réunions, plus de comités,
que la gouvernance, donc, ne se limite plus à participer une fois par mois à un
conseil d'administration mais à avoir, donc,
des comités ad hoc ou des comités statutaires, et donc, dans ce contexte-là, on
pense que la tendance nous amène à dire que, oui, ça prend une
reconnaissance, au-delà de l'engagement des gens, pour être sûrs que le travail
se fait avec tout le sérieux nécessaire.
Même si, présentement, on a des gens engagés, les gens commencent à nous
dire : Bien, on est un peu
essoufflés puis on trouve que c'est exigeant, ce qu'on nous demande, d'ajouter
un comité RH, puis d'ajouter un comité de gouvernance, puis un comité de
finances, etc.
M. Roberge :
O.K. Mais donc c'est une bonne idée d'avoir une espèce de compensation, des
jetons de présence. Aussi, je le
précise, les gens qui siégeront sur les conseils d'administration, au-delà...
qu'on estime en ce moment... Puis ce
n'est pas fait, hein, il ne faut pas mettre la charrue devant les boeufs, le
projet de loi n'est pas sanctionné, les règlements ne sont pas adoptés. On a une intention, qu'il
faut mettre sur la table, d'environ 100 $ par rencontre comme jeton de
présence. 10 à 12 rencontres par
année, ça fait quand même un peu plus de 1 000 $. Puis ce qu'il y a
en ce moment aussi, les frais de
déplacement, tout ça, évidemment, ça serait compensé, surtout quand on pense
qu'il y a des très grandes commissions scolaires.
Des fois, on pourrait avoir quelqu'un qui fait 30, 40, 50, 60 kilomètres,
facilement, pour se rendre à la rencontre, puis évidemment ça serait
compensé.
Mais
ça nous amène, à vous entendre, à voir que ça se peut, trouver... des cégeps,
il y en a une quarantaine au Québec, ça se peut, trouver 40,
50 fois 10 personnes qui sont bénévoles, qui sont compétentes,
qui veulent donner de leur temps. Ça se fait
même bénévolement dans le réseau des collèges, des cégeps, pas de raison que ça
ne pourrait pas se faire, avec jetons de présence, dans le réseau des
commissions scolaires, devenues des centres de services. Ce n'est pas une
utopie de penser ça, d'autant plus
que la Fédération des comités de parents nous a dit : Nous autres, on en a
plein, de parents qui le feraient.
M. Tremblay
(Bernard) : J'ajouterais, par ailleurs... puis, oui, je pense que vous
avez raison de le dire, mais en même temps... puis c'est ça aussi, le
sens de notre propos en introduction, ce lien entre la communauté et la maison
d'enseignement.
Vous
savez, on administre des fonds publics, c'est normal qu'on rende des comptes à
l'État, mais en même temps c'est important que les gens qui sont au
conseil d'administration aient le sentiment de vraiment faire oeuvre utile et
de non pas seulement sanctionner des choses.
Et ça, on l'entend dans nos conseils d'administration, où les gens nous disent :
Écoutez, il y a beaucoup de redditions de
comptes au gouvernement, est-ce qu'on a un rôle vraiment utile, nous? Alors, je
le dis, de façon générale, je pense
que ce souci-là, comme parlementaires, vous devez l'avoir. En tout cas, je
profite de l'occasion pour vous le souligner, donc, que les gens sentent
vraiment leur contribution, et je pense que ça, c'est gage d'engagement.
M. Roberge :
Je pense, c'est très important, justement, d'aller dans un contexte de respect
de l'implication des gens, donc de reconnaître au conseil d'administration du
centre de services une liberté de choix, une capacité d'agir, puis même chose pour, dans notre cas, les conseils
d'établissement aussi. Si on veut que les gens s'investissent, les gens
viennent, il ne faut pas qu'ils aient
l'impression d'être des plantes vertes autour d'une table puis d'être là pour
être là, de servir de quorum. Je pense, il faut respecter les gens.
Un autre élément sur lequel j'aimerais
vous questionner, c'est la question de porte-parole, de représentant officiel. Dans le modèle proposé avec le projet de loi n° 40, les gens sur les conseils d'administration se
trouvent à être élus différemment. Moi, je dis qu'ils vont être élus
deux fois. Souvent, ils vont être élus sur le conseil d'établissement puis, après ça, ils vont être élus sur le C.A., mais
après, sur le C.A., ils font un travail d'administrateur, de veille. Ce ne
seraient plus eux, les porte-parole, ce seraient eux qui nommeraient le directeur
général ou la directrice générale en tant que porte-parole. Des gens nous ont dit : Ah! bien là, ça n'a
pas de bon sens, d'aller empêcher les gens de s'exprimer, vous allez museler les gens, les directions générales ne
contesteraient pas le gouvernement, les directions générales ne pourraient pas
prendre un ministre ou un gouvernement de front. Est-ce que vous avez l'impression que les directions
générales des cégeps, parce qu'elles ne sont pas élues, ne peuvent pas
critiquer le gouvernement ou dénoncer même un geste ou une parole prononcés par un ministre ou un premier ministre? Est-ce que vous vous sentez muselés parce que
vous n'êtes pas élus au suffrage universel?
M. Tremblay
(Bernard) : Si je réponds, est-ce que
vous allez avoir l'impression que je muselle mon président? Non, mais j'ai le
goût de dire... Je pense qu'effectivement... Je ne crois pas, hein, de pouvoir...
En fait, je peux témoigner que je ne
crois pas que les directions générales de cégep, là, se sentent muselées. Mais
par ailleurs, évidemment, je pense que, dans leurs prises de
position publiques, ils prennent une position administrative.
Évidemment,
à partir du moment où on change une gouvernance, entre guillemets, politique à
une gouvernance plus administrative, là, on comprend que le porte-parole de
l'établissement, il est souvent mandaté pour expliquer, dans le fond,
des décisions de l'organisation. Et souvent, dans notre expérience, la
direction générale, parce qu'elle a une connaissance
de l'ensemble des dossiers de l'établissement, est bien placée pour dire :
Bien, voilà pourquoi telle situation s'est produite, voilà quel choix on a
fait, mais c'est sûr que c'est plus dans un rôle, j'oserais dire, explicatif
que dans un rôle de revendication,
parce qu'évidemment, à partir du moment où on est des gestionnaires, on est
dans une autre posture.
La Présidente
(Mme Thériault) : M. le député de Saint-Jérôme, il vous reste
5 min 30 s.
M. Chassin : Merci. En ajout sur cette question-là, est-ce
que, par exemple, les cégeps bien
implantés dans leur communauté ne portent pas parfois aussi la voix de
leur communauté pour faire valoir certains besoins?
M. Tremblay
(Bernard) : Oui, tout à fait. Effectivement, peut-être, ma réponse n'a pas mis ça en évidence. C'est
sûr qu'il y a, comment dire, les besoins de la région, les besoins en matière
d'enseignement supérieur, c'est sûr que les directions
générales sont en mesure de les partager. Et je pense que mon collègue peut
ajouter avec des exemples concrets.
M. Lambert (Sylvain) : Oui, tout à fait. Mais, de toute façon, juste
dans l'actualité, aujourd'hui, vous verrez que des directeurs généraux prennent
position, et il n'y a rien qui empêche, en effet, quand ils représentent... et
d'où l'importance de la représentativité au sein de la gouvernance pour que la
position du cégep que représente le directeur général soit celle d'une
communauté, soit celle d'un milieu qui s'affirme, là.
M. Chassin : On y reviendra peut-être, mais, justement, dans le projet de loi
n° 40, on a un peu cette intention là d'ancrer tant les C.A. que
les conseils d'établissement avec la communauté. Je voudrais quand même attirer
l'attention des gens ici et des gens qui
nous écoutent sur une proposition que vous faites. En fait, vous parlez de
reproduire l'article 12 de la
Loi des collèges d'enseignement dans le projet de loi n° 40,
spécifiquement. Bien en fait, vous pouvez peut-être nous résumer l'article 12, Mme Kirouac, pour
expliquer en quoi ça peut être intéressant, dans la gouvernance, de garder ce
principe.
Mme Kirouac (Annie) : En fait, pour résumer l'article 12,
l'article 12, vous avez quatre alinéas qui parlent, un, évidemment, du principe de conflit
d'intérêts, où on doit se retirer et
le dénoncer, mais il y a des alinéas qui prévoient un automatisme, pour les membres du personnel, où ils
doivent se retirer quand ils ont à voter sur lien d'emploi, rémunération,
conditions de travail soit de leur catégorie
d'employé ou une autre catégorie également. Alors, il y a un automatisme que nous, on
considère qui devrait être reproduit au niveau, là, des conseils, là, pour les
commissions scolaires.
M. Chassin : C'est une suggestion que je trouve intéressante. Parfois, justement, en
regardant d'autres lois dans d'autres ordres d'enseignement, on peut
s'en inspirer.
Vous
parlez du partage des services aussi, à la page 3 de votre mémoire, puis,
dans le fond, j'essaie de bien vous suivre,
là, quand vous parlez du libre choix, finalement, du centre de services par
rapport à une entente. Évidemment, ça signifie, à quelque part, que,
dans l'article, vous souhaiteriez que le ministre ne puisse pas exiger, en
fait, en partage... Je ne sais pas, puis là j'essaie de voir avec vous... Dans
l'article proposé, il y a plusieurs étapes, hein? Donc, on voit qu'il y a une progression, il y a une réflexion,
il y a même une analyse. Autrement dit, le «exiger» arrive un peu à la fin
d'un processus où tous les acteurs sont
impliqués, où il y a, dans le fond, des données probantes. Est-ce que vous
n'avez pas l'impression que,
justement, en plaçant le «exiger» à la fin on montre à quel point on fait
d'abord une démarche de bonne foi
avec tous les acteurs? Et en même temps, puis là c'est une question, peut-être,
un peu plus, justement, de gouvernance ou
de responsabilité ministérielle, ultimement, mais, comme il s'agit de données
publiques, est-ce qu'il n'est pas légitime qu'un ministre du gouvernement soit
responsable de ces dépenses-là, et, à tout prendre, le ministre de l'Éducation,
ce serait peut-être le plus indiqué?
M. Tremblay
(Bernard) : Oui. En fait, je vous dirais, nous, selon notre
expérience, quand il y a des orientations, des souhaits qui sont émis par notre
ministre, effectivement, ils sont pris en considération, ils sont analysés.
je reviens encore sur l'importance de tenir compte du contexte de chacune des
régions. Et donc, avec tout le respect que j'ai pour les gens qui sont à
Québec, il reste quand même que les gens de la région ont une capacité de tenir compte d'enjeux qui, parfois, peuvent
échapper aux gens qui sont à Québec, et au-delà des individus, hein, parce que,
comme on dit souvent, quand on parle d'un
projet de loi, ce projet de loi là, s'il entre en vigueur, il nous dépassera
tous, en termes de durée. Et donc ce
n'est pas un enjeu par rapport aux personnes, mais c'est un enjeu par rapport
au fait que, de façon naturelle, l'organisation des ministères peut conduire
à un crescendo qui se ferait très rapidement et qui se conclurait assez
rapidement par une conclusion du type : Bien, vous devez le faire. Et on
pense, nous...
Puis,
vous savez, il y a un autre débat, actuellement, qui est en cours sur le Centre
d'acquisitions gouvernementales, il y a des liens à faire. Pour nous, c'est
important, si le message est lancé, de dire : Travaillez ensemble. Les
gens vont le faire. Les réseaux de l'éducation sont des réseaux très
collaboratifs quand ils comprennent bien les orientations du gouvernement, et on pense donc que d'y aller sur
une base volontaire est suffisant et produirait les effets qu'on souhaite
obtenir.
M. Chassin : Même si, à la fin, la responsabilité ministérielle doit être, à quelque
part, inscrite dans le projet de loi, est-ce que vous êtes sensibles à
cet argumentaire?
M. Tremblay
(Bernard) : Puis c'est intéressant de la façon dont vous l'amenez,
parce que je vous réitère que, si on veut que nos conseils d'administration
aient le sentiment qu'ils dirigent quelque chose, il faut à tout le moins
qu'ils aient cette capacité-là,
réelle, sans avoir toujours une épée de Damoclès, en disant : Si vous ne
faites pas ce qu'on veut, bien, on va vous le dire, quoi faire. Et ça, c'est un
signe qu'on voyait dans le projet de loi, sur lequel on voulait vous mettre en
garde, parce que l'éducation,
contrairement à la santé, dans la plupart des systèmes d'éducation dans le
monde, est justement... on valorise
l'implication locale et on pense que c'est important, donc, que ça ne soit pas,
donc, une espèce d'automatisme, là, de sanction ministérielle, à la fin.
Présidente (Mme Thériault) : Et ceci met fin à l'échange. Donc,
je me tourne du côté de l'opposition officielle. Mme la députée de
Saint-Laurent, la parole est à vous pour 16 minutes.
La Présidente
(Mme Thériault) : Ah! excusez, 10 min 40 s,
pardon.
Mme Rizqy :
Ah! j'étais très heureuse pendant un moment.
Merci,
et bienvenue parmi nous. Tantôt, vous avez parlé de gouvernance bien ancrée, de
ne pas avoir le sentiment de,
justement, juste sanctionner, «rubber-stamping», comme on dit souvent en
anglais. Et le ministre parle beaucoup d'inverser le paradigme et
ramener le pouvoir au centre de ceux qui sont plus proches des élèves.
Pourtant, dans le projet de loi, il y a
beaucoup : par règlement, par règlement, par règlement. Donc, clairement,
on voit qu'il y a aussi une indication que ça va être centralisé ici, à Québec. Et vous avez aussi dit, pour
reprendre votre expression : Avec respect, des fois les gens de
Québec, ils peuvent en échapper, et que les gens de régions sont mieux placés.
m'en voudrais énormément de ne pas ouvrir cette parenthèse aujourd'hui, car
cette semaine a été lourde en émotions pour nous, à l'Assemblée
nationale. Nous avons reçu des étudiants étrangers dans nos tribunes, nous
avons vu des étudiants manifester devant
l'Assemblée nationale, et vous avez dit d'entrée de jeu que vous représentez
les cégeps. Alors, suite à une
décision par règlement,